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v-
f,
(EUVRES COMPLETES
BI
SAINT BERNARD
PftMGUEUX, IMPRIMERIE BOUCHARIE ET C.
(EDVRES COMPLETES
SAINT BERNARD
TIIADTICTION NOUYELLE
PAP. M. L'ABBE CHARPENTIER
TOME QUATRIEME
ME
PARIS
UBRAIRIE DE LOUIS VIVES, EDITEUR
RUE DELAMBRE, 9
1807
1 HE INSTITUTE 0?
IOl -
2 8 1S31
(EUVRES COMPLETES
DE SAINT BERNARD
PREMIER ABBE DE CLAIRVAUX.
QUARANTE-CINQlilEME ' SERMON ».
De la trinite en Dieu et dans I'homme.
1. La bienheureuse etsainte Trinite b, Pere,Fils et
Saint-Esprit, Dieu unique, puissance, sagesse et
bonte supremes, a cree une sorte de trinite a son
image et a sa ressemblanee, quand clle a fait l'ame
raisonnable, oil on trouve quelques vestiges dela su-
preme Trinite en ce qu'elle est en meme temps me-
moire, raison et volonte. Or, Dieu l'a creee de telle
sorte que, demeurant en lui, elle fut heureuse de
son union aveclui, et qu'elle ne put se detourner
de lui sans etre malheureuse de quelque cote
qu'elle aille. Mais, cette trinite creee aima mieux,
par un mouvement de sa propre volonte, toraber,
que se tenir debout par un acte de son libre arbitre
avec la grace de son auteur. Elle est done tombee
par la suggestion, par la delectation et par le con-
sentement, du rang aussi eleve que beau de sa tri-
nite, je veux dire de la puissance, de la sagesse et
de la purete, dans une sorte de trinite contraire et
souillee, e'est-a-dire dans la faiblesse, dans l'aveu-
a Les sermons suivants sont appeles les Petits sermons. Hors-
tius les a coraptes au nombre des Sermons divers, apres en avoir
reporte plusieurs au rang des Pemees. Peut-etre sont-ce cea
sermons que Jean de Salisbury demandait ix Pierre dc Celles de
lui envoyer et qu'il appelait dans ses lettres xevi, ei xcvn, les
glement et l'impurete. En effet, sa memoire est de-
venue impuissante et infirme, sa raison imprudente
et tenebreuse, et sa volonte impure. Or, si la me-
moire qui, tant qu'elle etait debout, rappelait la
puissance de la divinite dans sa simplicity, en tom-
bant de es mains, vint se rompre sur les rochers,
s'il est permis de parler ainsi, et se brisa en trois
morceaux qui sont les pensees aftectueuses, les one-
reuses et les oiseuses. Par pensees auectueusrs, Trois chllte
j'entends celles ou la metnoire se trouve affectee; do '.«
telles sont les preoccupations des choses necessaires
a la vie, du boire et du manger et le reste; par
onereuses, j'entends les soucis des choses exte-
rieures, et des occupations penibles; et par pensees .
oiseuses, je veux dire celles qui ne l'affectent ni ne
la chargent, maisqui pourtant la detournent de la
contemplation des choses eternelles; telle est, par
exemple, la penseed'un cheval qui court, d'un oi-
seau qui vole.
2. La raison a fait aussi une triple chute. En ef-
fet, elle etait capable de discerner entre le bien et ^ ^"J"
le mal, entre levraiet le faux, entre ce qui est
avantageux et ce quine l'est point. Or, quand il lui
Fleurs des paroles de saint Bernard.
ti Ce sermon se trouve reproduit en grande partie dans le livre
VIII des Fleurs de saint Bernard, chapitres I et XXV, oii il
est parle de la cbarite dans les termes oil il en estparle plus bas
au n. 5.
SERMO XLV.
De varia Trinitate, Dei scilicet et Hominis.
1. Beata ilia et sempiterna Trinitas, Pater et Films
et Spiritus-sanctus, units Deus scilicet, summa potentia
stimma sapientia, summa benignitas, creavit quamdum
trinitatem ad imagiiiem et similitudinem suam, animam
videlicet rationalem : qua? in eo pr«fert vestigium
quoddam illiiis summa? Trinitatis, quod ex memoria,
ratione, et voluntate consistat. Creavit autem earn lioc
modo, ut manens in illo, participatione ejus esset beata :
aversa ab illo, quocunque se conferret, remaneret mi-
sera. Sed haec trinitas creata elegit potius per motum
* at. Crea- propria? voluntatis caderc, quam ex gratia * conditoris
tioniB. per liberum arbitrium stare. Cecidit ergo per sugges-
tionem, delectationem, consensum, ab ilia summa et
pulchra trinitate, scilicet potentia, sapientia, pnritate,
T. IV.
in quamdam contrariam et fcedam trinitatem, scilice t
infinnilatem, ca?citatem, immtmditiam. Memoria cnim
facta est impotens et infirma, ratio imprudens et fcene-
brosa, voluntas impura. Porro memoria, qua? simplicis
divinilatis potentiam stans cogitabat, ab ilia cadens et
velut supra saxa corruens, in tres partes confracta dissi-
liit, scilicet in cogitationes affectuosas, onerosas, otiosas.
AlTectuosas voco Mas, in quibus ipsaafficitur, ut in earls
rerum necessariarum , edendi , bibendi , caeterarum-
que * similium : onerosas, ut in exterioribus adminia-
trationibus et occupationibus duris : otiosas, quibus nee
afficitur neconeratur, ettamenab a3ternorum contempla-
tione per ilia distenditur : ut si cogitet, verbi gratia,
equum currentem, aut avem volantem.
2. Rationis quoque triplex casus est. Siquidem ejus
erat discernere inter bonum et malum, verum et falsttm,
commodum el incommodum ; in quibus discernendis
tanla modo caligine ca>catur, ut saepe in contrariam du-
al. innume-
rabilium.
.4.1 VRES Hi: SAINT HEHNAHD.
faut discemer entre ces choses maintenant, elle est
si aveugle qu'il lui arrive bii-n souvent de jugei
tout le contraire de ce qui es', de prendre le mal
pour le bien, le faux pour le yrai, le riuisible pour
Futile, et reciproquement. Or, elle ne so trompe-
rait jamais ainsi dans ces mat. civs si elle n'etait
point priv^e de la lumiere avec laquelle elle a 6te
crvce. Mais, comme elle est dechue aussi, il i si
hors de doute qu'elle ne trouve plus autre chose
mainteuant que les tenebres de sou aveuglement.
De la vieut qu'elle a perdu l'iustruuient qui lui etait
necessaire pour administrer ces choses, je veux
parler du trivium de la sagesse, c'est-a-dire de
l'ethique, de la logique et de la physique, autre-
ment elites, science de la morale, science de l'ob-
servation et science de la nature, car l'ethique nous
apprend a choisir le bien el a repousser le mal; la
logique, a discerner le vrai du faux, et la physi-
que, a reconuaitre ce qui est utile ou nuisible,
c'est-a-dire ce qui, dans la pratique, doit t'tre pris
ou laisse.
la Tolonie a 3. Vient ensuite la volonte doDt la mine est
' "chute" egalement triple. En effet, au lieu de demeurer
triple eh
attachee a la bonte et a la purete souveraines et de
n'aimer qu'elles, par un etfet de sa propre iniquite,
elle est tomb6e de ces hauteurs dans les bas-fonds
bienheureuse Trinite qui s'est souvenue le sa mise-
riconle et qui a oublie nos fautes. Ainsi, le Fils
de Dieu, envoye par son Pere, est venu, et il nous
a don ue la foi ; apres le Fils, le Saint-Esprit fut
envoye a son tour el nous a appris et cIoiiik- la
charite. Avec ces deux biens, je veux dire avec la
foi et la charite, nous est venne l'esperance de re-
tourner vers le Pore. Or, c'est par cetle sorte de
trinite, par la Foi, l'Esperance et la Charite, que,
comme par une sorte de trident, la bienheureuse
et immuable Trinite a raniene du fond de l'abime,
ou elle etait tombee, notre trinite muable, dechue
et malheureuse. Aiusi, la Foi a eclaire sa raison,
l'Esperance a rcleve sa memoire, et la Charite a
purilie sa volonte. Lors done que le Fils de Dieu
est venu et s'est fail homnie, comme je l'ai dit, hq
qui etait Dieu, il a fait comme un bon medecin, des
ordonnances dont l'execution devait nous rendre
le salut que nous avions perdu. Pour nous les faire
accepter avec confiance, il fit des miracles, et,
pour nous convaincre deleur utilite, il nous promit
la beatitude.
5. On distingue done la Foi aux preceptes, la
foi aux miracles, et la foi aux promesses, en d'au-
tres termes, la foi par laquelle nous croyons en
Dieu, et celle par laquelle nous croyons Dieu.
La supreme
Trini'r ;i
repare la
iri[iln chute
de la nature.
F.l ri-la par
le moyen de
la foi, de
t'esperauce
et de la
charite.
oil la concupiscence de la chair, celle des veux et Croire en Dieu, c'est mettre en lui notre es-
l'auibition du siecle lui font aimer les choses de la
terre. Peut-il se concevoir une chute plus malheu-
reuse que celle-la ou, par la perte de la memoire,
de la raison et de la volonte, toute la substance de
Fame est atteinte d'un coup mortel.
l\. Mais cette chute, si grave, si tenebreuse, si
souillee de notre nature, elle a ete reparee par la
perance et notre amour. C'est par la foi aux mira-
cles que nous croyons Dieu, qui peut en operer et
qui peut tout. Par la foi aux promesses, nous
croyons a Dieu qui accomplit exactement tout ce
qu'il promet. De merne on distingue aussi trois
sortes d'esperance qui decoulent des trois sortes de
foi dont je viens de parler. En effet, la foi aux
II y a trois
sortes de foi :
la foi aux
preceptes,
celle aux
miracles et
celle aux
promesses.
Croire en
Dieu, Ilieuet
a Dieu.
cat judicium, recipiens malum pro bono, falstim pro
vtro, noxium pro commotio, et e converso. Nunquam
vero in his falleretur, si nunquam lumine, a quo cicala
est, privaretur. Sed quia et ipsa inde cecidit, procul du-
bio nihil aliud quam tenebras sine caecitatis invenit.
Unde factum est, ut et iustrumentum perderet, quo ilia
adminisharel, scilicet illiud trivium sapientiaD, elhi-
cam, logicam, physicam : quas nos possumus aliis vo-
care nominibus. moralem, inspectivam, et naturalem
scienliam. Siquidem per ethicam eligitur bonum, re-
probatur malum : per logicam cognoscilur verum et
falsum : per physicam commodum et incommodum ,
id est, quid in usum assumendum sit, quid respuen-
dum.
3. Sequitur voluntas, cujus ruina similiter tripertita
est. Quae enim summae benignitati et puritati inhaerere
ct earn solam diligere debuit ; per propriam iniquita-
tem a supernis in baec infima lapsa, per concupiscen-
tiani carnis, concupisoentiam oculorum , et amhilionem
saeculi lerrena dilexit. Quid hoc infelicius casu
potest aestimari , ubi pereunte memoria , ratione ,
voluntate, tota animae substantia perimitur.
4. Verumtamcn hunc tarn gravem, tam tenebrosum,
tarn sordidum lapsutn nostras naturae rcparavit ilia beata
Trinitas, memor misericordiae suae, immemor culpae
nostras. Vcnit ergo a Palre missus Dei Filius, el dedit
(idem : post Filium missus est Spiritus-Sanctus,et dedit
docuilque charitatem. Itaque per hose duo, id est fidem
et charitatem, facta est spes rcdeundi ad Patrem. Et
baec est trinitas, scilicet Fides, Spes, Charilas ; per
quam velut per tridentem reduxit de limo profundi ad
amissam beatiludinem ilia incommuLibilis et beata Tri-
nitas mutabilem, lapsam, et miseram trinitalem. Et Fi-
des quidem illuminavit rationem ; Spes erexit memo-
riam ; Charitas veropurgavit voluntalem. Cum ergo vc-
nit (ut dictum est) Deus Filius et faclus est homo, qui
erat Deus; lanquam medicus bonus dedit, praxepta,
quibus observatis reformarelur salus amissa. Ut vcro
pra?ceptis faceret (idem, e.xhibuit signa : ut eorumdem
praeceptorum persuaderet ulilitalem, promisit beatitudi-
nem.
5. Est igitur fides alia praeceptorum, alia signorum,
alia promissorum : id est qua credimus in Deum, qua
credimus Deum, qua credimus Deo. Per fidem praecep-
torum credimus in Deum. Credere aulem in Deum est
in eum sperare et eura diligere. Per fidem signorum
credimus Deum, qui talia potest, et omnia potest. Per
fidem promissorum credimus Deo, qui quidquid pro-
mittit, veraciter complct. Similiter quoque spes triplex
est, et procedit de praedicta triplici fide. Nam de fide
SERMONS DIVERS.
preeeptes enfante l'esperance du pardon; lafoi aux
miracles, fait naitre l'esperance de la grace; et la
foi aux promesses, l'esperance de la gloire. Ou
trouve aussi trois sortes de charite, car il y a celle
qui vient « d'un cceur pur, celle qui nait d'une con-
science bonne, et celle qu'eufante une foi non
feinte (I Tim. i, 5). » La purete se rapporte au
proehain, la conscience a nous et la foi a Dieu. Or,
la purete exige de nous que tout ce que nous fai-
sons tende au bien du proehain et a la gloire de
Dieu. Mais il est de la plus grande importance que
nous prouvions cette purete au proehain, car, si
pour ce qui est de Dieu, il n'y a point de secret en
nous, il n'en est de meme pour le proehain, qu'au-
tant que nous lui ouvrons notre cceur. Deux choses
font la bonne conscience : e'est la penitence et la
continence; par l'une, en effet, nous expions les
peches que nous avons commis, etpar la continence
nous cessons d'en commettre d'autres qu'il faille
expier ensuite; voila le devoir que nous avons a
remplir envers nous. Apres cela, vient la foi non
feinte que nous devons avoir a cceur de prouver a
Dieu, et qui ne saurait nous permettre ni de l'of-
fenser a cause de l'amour que nous avons pour le
proehain, ni de nous montrer moins soumis a ses
commandements a cause de notre conscience que
nous voulous maintenir dans l'huniilite par la pe-
nitence et par la continence; voila en quoi consiste
la foi non feinte. La foi non feinte est iniso ici par
opposition avec la foi morte et la foi feinle. La foi
morte est la foi sans les ceuvresjla foi feinte est
celle qui ne croit que pour un temps, et qui s'eva-
nouit a l'approche de la tentation; voila meme
d'oului vient son nom de feinte ou fragile.
Recapitula-
tion.
Ditft rente*
trinitas.
praeceptorum oritur spes veniae : de fide signorum, spes
gratia? : de fide promissorum, spes gloria3. Cliaritas iti-
dem ternario numero colligitur, de cords paro , et de
conscientia bona, et fide non ficta. Purilalem debemus
proximo, conscientiam nobis, (idem Deo. Puritas autem
est, ut quidquid agitur, aut ad utilitatcm pioximi, ant
ad hoQorem liat Dei. Maximeautem exhibendaest proxi-
mo, quia Deo manifesti sumus : proximo autem non
possumus, nisi in quantum illi cor nostrum aperimus.
Conscientiam bonam faciunt in nobis duo, peenitentia et
eontinentia : quando scilicet per pcenitentiam peccata
commissa punimus, et per continentiam deinceps pu-
nienda non committimus : et banc debemus nobis. Post
hasc superest fides non ficta, quae Deo vigilanter exhi-
benda est, ut nee propter proximum, cut nos impendi-
mus charitatem, offendamus Deum; nee propter cons-
cientiam, quam per pcenitentiam et continentiam in hu-
militate custodire volumus, minus exsequamur manda-
torum Dei obedientiam : et haec est fides non ficta. Non
ficta autem ponitur ad differentiam mortua? fidei, et fic-
tas. Mortua (ides est, quae sine operibus est. Fides ficta,
quae ad tempus credit, et in tempore tentationis recedit,
unde etiam ficta, id est fragilis, dicitur.
6. Haec omnia brevius possumus colligere, ut facilius
commendentur memoriae. Dicamus ergo : est Trinitas
6. Nous [iouvoiis resumer lout ce que nous ve-
nous de dire en quelques mots seulement, pour le
graver plus facilement dans la memoire. Je dis
done qu'il y a la Trinite creatrice, Pere, Fils et
Saint-Esprit, des mains de laquelle est tombee la
trinite creee, memoire, raison et volonte. 11 y a
encore la trinite par laquelle la seconde est tombee,
e'est la trinite suggestion, delectation et consente-
ment: puis la trinite dans laquelle elle est tombee,
la trinite impuissance, aveuglement et souillure, et
eulin la trinite qui est tombee, e'est la trinite me-
moire, raison et volonte. Chacun des termes de
cette trinite a fait une trinite de chutes. La me-
moire est tombee dans trois especes de pensees qui
sont les pensees affect ueuses, les pensees onereuses
et les oiseuses. La raison est tombee aussi dans
une triple ignorance, l'ignorance du bien et du
mal, duvrai et du faux, de l'utile et du nuisible.
De meme la volonte est tombee dans la concupis-
cence de la chair, dans celle des yeux, et dans
l'ambition du siecle. II y ae,ncoie la trinite par la-
quelle celle qui est tombee se releve, e'est la Foi,
l'Esperance et la Charite, qui se subdivisent chacune
en trois branches. En effet, il y a la foi aux preeep-
tes, celle aux miracles et celle aux promesses. De
meme, il y a l'esperance du pardon, celle de la
grace et celle de la gloire ; et entin la charite se •
divise en charite d'un coeur pur, d'une conscience
bonne et douce, d'une foi non feinte.
QUARANTE-SIXIEME SERMON \ * C'etait le
second des
De la connexion de la virrjinitc et de I'humiliti. 'ions?'"
Je vous salue, Marie, pleine de grace (Luc. 1,
creatrix, Pater et Films et Spiritus-Sanctus, ex qua ce-
cidit croata trinitas, memoria, ratio, et voluntas. Est et
trinitas per quam cecidit, videlicet per suggestionem,
delectationem, consensum. Etcst trinitas in quam ceei-
dit, videlicet impotentia, caecifas, immunditia. Rursus
trinitas qua? cecidit, id eat memoria, ratio, voluntas.
Singula? cujusque tripertitus exstitit casus. Memoria
cecidit in tres species cogitationum; affectuosas, onero-
rosas, otiosas. Ratio in triplicem ignorantbm; boni et
mali, veri et falsi, commodi et incommodi. Voluntas in
concupiseentlam carnis, concupiscentiam oculorum, et
ambitionem saeculi. Est trinitas per quam resnrgit, sci-
licet fides, spes, charitas. Qua? Irimembres habent sub-
divisiones. Est enim fides, praeceptorum, signorum,
promissorum : est et spes venia?, gratis, gloris : et e9t
charitas de corde puro, et conscientia bona, et fide non
ficta.
SERMO XLV1.
De virginitatis et hurnilitatis connexions.
Ave Maria gratia plena. Non in sola virginitate cons-
tare poterat gratia? plenitudo : neque enim omnibus est
(IKUVRES DE SAINT BERNARD.
28). » La plenitude de la grace ne pouvait cou-
sister dans la settle virginity, atteadn qu'iln'estpas
donne a tout le monde de recevoir de cette pleni-
tude-la.. Heureux ceui qui n'ont point souille leurs
robes et qui se glorifient, avec notre Heine, du pri-
vilege de la virginite. Mais n'avez vous qu'une
seule benediction, 6 ma maitresse? Je voussnpplie
tie me benir aussi. La vertu Je purete a peri en
moi a et je n'ai plus memo la force de soupirer
apres elle. J'ai pourri sur mon fnmier, et je snis
devenu semblable aux betes de somme, mais ne
trouverai-je point quelque cbose aupres de vous, et
s'il ne m'est plus permis de vous suivre parlout oil
vousallez, ne pourrai-je du moins demeurer quelque
part avec vous? L'ange cherche une jeune filleque
le Seigneur a prepare* au fils du Seigneur. 11 a bu
a votre urne, car il etait charms d'une vertu parente
de la sienne; mais no donnerez-vous point aussi a
boire aux betes de somme (Gen. xxiv, 14) ? L'ange
n'a bu que parce. que vous ne connaissiez point
d'homme, que les betes de somme boivent aussi
puisque vous vous glorifiez par dessus lout de votre
humilite. Vous dites, en effet : « Le Seigneur a
jete les yeux sur l'humilite de sa servante (Luc.
l, li8). » La virginite sans l'humilite est une gloire,
sans doute, mais non aux yeux de Dieu. Le Tres-
Haut regarde toujours les cboses basses et humbles,
et ne voit qu'avec mepris les choses elevees (Psal.
cxxxvii, 5). 11 donne la grace aux humbles et re-
siste aux superbes (Jacob, iv, 16.) Mais peut-etre,
votre urne, 6 Yierge, n'est-elle pas remplie seule-
ment par deux mesures,elle est capable d'en rece-
voir une troisieme; en sorte que, non-seulernent
a Bellarmin se fonde sur ccs paroles pour revoquer en doute
que ce sermon soil de saint Bernard dont la purete ne souffrit
jamais la moindre atteinte. Mais qui empeche de voir dans ces
mots le Iangage d'une amc pleine de modestie qui ne s'exprime
ainsi qu'eu songeant aux chutes des honimes en general ? Peut-
de ea accipere. Felices qui non inquinaverunt vestimenta
sua, etcum Regina nostra virginitalisprivilegioglorianlur.
Sed num unam tantum benediclionem habes, o Domina?
Et mihi obsecro ut benedicas. Peiiit virtus ilia a me,
non est jam vol adspiraro ad illam. Compufrui in
stercore meo, et ut jumentum factus sum : sed numquid
non erit milii etiam aliquid apud tc? nonerit ubi possim
esse tecum, quiajam sequi non valeo quocunquc ieris?
Quaerit angelus puellam, quam praiparavit Dominus (ilio
domini sui. Bibit ipse de hydria tua, cognata sibi
virtute delectatus : sed numquid non etjumentis potum
tribues? Bibit angelus, quod virum non cognoscis :
bibant et jumenta, quod de bumilitate singulariter
gloriaris. Respexit, inquit, Dominus humilitatem ancillw
sum. Nam virginitas sine humilitate habct fortasse glo-
riam, sed non apud Deum. Humilia semper excelsus
respicit, et alta a longe cognoscit. Humilibus dal gratiam,
superbis resistit. Sed forte ne in his quidem duabus
metretis plena est hydria tua : capax est etiam tertian,
ut non modo angelus et jumenta, sed ipse jam bibat
architriclinus. Hoc enim vinumbonum, quod servavimus
l'ange et la bete de somme puissent s'ahreuver a
cette urne, mais que le maitre-d'holcl le puisse
aussi. Voila, en clfet, le bon vin que nous avuns
conserve jusqu'a ce moment; l'ange est leservileur
qui en puise, mais il n'en puise que pour en por-
ter au maitre-d'hotel, je ma dire au Bere qui,
etant le principe de la Trinite, petit, a bon droit,
s'appeler maitre-d'hotel. Enfin, l'ange signale a
notre attention la fecondite de Marie qui est latroi-
sieme mesure quandil nousdit : « Le fruit saint qui
itailra de vous sera appele le fils de Dieu (Lw. i,
32). » C'est comme s'il avait dit : 11 n'y a qu'avec
lui que cette generation vous soit commune.
QUARANTE-SEPT1LME SERMON *.
Les quatre orgueils.
« Je vous salue, Marie, pleine de grace, » oui
vraiment pleine de grace, car elle est pleine aux
yeux de Dieu, des anges ct des hommes; aux yeux
de ces derniers par sa fecondite ; aux yeux des an-
ges par sa purete, et aux yeux de Dieu par son
humilite. C'est dans cette troisieme vertu qu'elle se
dit l'objet des regards de celui qui abaisse ses
yeux sur les choses humbles et les detourne avec
mepris de celles qui sont elevees. Car, de meme que
les regards de Satan se portent sur tout ce qui est
sublime, ainsi ceux du Seigneur ne s'abaissent que
sur les humbles (Psal. cxxxvil, 5). Aussi, dit-il,
dans leCantique des cantiques : iiRevenez, revenez,
6 Sunamite, revenez, revenez que je vous considere
(Cant, vi, 12). » S'ilrepete quatre fois de suite, re-
etre bicn aussi l'orateur se confond-il, en cette circonstancc,
avec ses auditeurs. C'est la remarque de Horstius dans ses
notes. En tout cas, ce sermon se trouvc attribue a saint Bernard
dans les plus anciennes editions.
usque adhuc, minister angelus haurit, sed til ferat
architriclino. Patrem loquor, qui principium Trinitatis,
architriclinus jurevocatur. Ait saneangelus.ftEcundilalem
Mariae commendans, quie tertia est metreta : Quod ex le
nascetur Sanctum, vocabitur Filius Dei; ac si dicat
Cum eo solo tibi est generatio ista communis.
SERMO XLVII.
De quadruplici superbia.
Ave Maria gratia plena. Bene plena; quia Deo, et
angelis, cthominibus grata. Hominibusper foecunditatem,
angelis per virginitatem, Deo per humilitatem. In hoe
tertio a Domino se respectam teslatur, qui humilia
respicit, et alta a longe cognoscit. Sicut enim oculi
Satanaj omne sublime vident, ita oculi Domini omnem
humilem intuentur. Unde ait in Cantico canticorum :
lievertere, reverterc, Sunamilis ; revertere, revertere, ut
intueamur te. Quater dicit, Revertere, propter quadru-
SERMONS DIVERS.
vcnez, c'est a cause des quatre sortes d'orgueil qui
l'avaient detournee de Dieu el souslraite a ses re-
1 j a quatre gards. En effet, il y a l'orgueil du coeur \ celui de
ipgneiis.i'or- ja j,ouciie ceiui Jes ceuvres, et enlin l'orgueil de
ceeur, de la l'kabit. L'orgueil du cceur est celui qui fait que
wwe/et'de Thomme est grand a ses veux. C'est de ret orgueil
l'habit. que je §age Jenjande a etre delivre quand il dit
u Ne me donnez point des veux altiers {Eccli. xxm,
5), » et ailleurs : « Malheur a tous qui etes sages
a vos yeux (ha. v, 21). » L'orgueil de la bouche
ou de la langue s'appelle encore jactance, c'est
quand un homme, non content d'avoir de hauls
sentiments de sa personne, parle de lui en termes
qui Televent. Aussi, le I'salmiste dit-il : « Que le
Seigneur perde entitlement toutes les levres trom-
peuses, et la langue qui parle avec jactance (Psal.
xi, h). » Quant a l'orgueil des ceuvres, c'est quand
un homme fait tout ce qu'il peut pour paraitre
grand. Le Psalmiste en parle aussi en ces termes :
« Celui qui agit avec orgueil ne demeurera point
dans ma maison (Psal. c, 9;. » L'orgueil des ha-
bits est celui qui porte l'homme a se vetir d'habils
somptueux pour paraitre glorieux. C'est cet orgueil
qui inspire a saint Paul ce langage : « Ce n'est pas
dans des habits precieux (1 Tim. u, 9), » etau Sei-
gneur ces paroles : « Ceux qui s'habillent d'une
maniere delicate se trouvent daus la maison
>■ a cinq des rois (Matt . xi, 9), » oil l'orgueil abonde. Or,
, le Seigneur a donne a Tame raisonnable, cinq re-
medes contre cette peste mortelle, le lieu, le corps,
la t ntation du diable, la predication de Jesus-
Christ, et l'exemple de sa vie. Le lieu, car nous
soinmes en exil ; le corps, car il est pesant ; la ten-
tation, car elle inquiete; la predication de Jesus-
a L'auteur des Fleurs de saint Bernard rapporte ce passage
Christ, parce quelle edifie, et l'exemple de sa vie,
parce qu'il forme. Car, de meme que Fame est la
vie du corps, ainsi Dieu est la vie de Tame, et de
meme que le corps est mort quand il cesse de sen-
tir, daus ses cinq sens, Taction de l'ame, ainsi Tame
est morte quand, par ces moyens, elle ne se sent
plus humiliee par le Seigneur.
QUARANTE-HUITIEME SERMON \
La pauvrete volontaire.
« Jesus entra dans une bourgade appelee Be-
thanie, et une femme nominee Marthe le recut
dans sa maison (Luc. x, 38). » La bourgade ou
Jesus-Christ est entre est la pauvrete volontaire,
elle met ses habitants a couvert de la double atta-
que dont ils sont Tobjet de la part des amateurs de
ce nionde, je veux dire de leur propre envie a
eux, et de Tenvie des autres. En effet, la pauvrete,
etant reputee misere, est a Tabri de Tenvie des
autres, et lorsqu'elle est volontaire elle ne por-
te elle-meme envie a personne. Les deux soeurs
de Bethanie sont Timage des deux sortes de vie
que menent les amants de la pauvrete. Les uns,
avec Marthe, se tourmentent et preparent deux plats
au Seigneur Jesus, je veux dure le plat de la cor-
rection de leurs oeuTres avec assaisonnement de
contrition, celui des oeuvres de piete avec le condi-
ment de la devotion. Quant a ceux qui, avec Marie,
vaquent uniquement a Dieu, ilsconsiderent ce qu'est
Dieu dans le monde, dans les hommes, dans les
anges, en lui-meme et dans les reprouves. Dans
leur contemplation Dieu leur apparait comme le
directeur et le gouverneur du monde, le libera-
teur des hommes et leur aide, le sauveur et la gloi-
dans son litre n, chap. xu.
plicem superbiam, per quam aversa a Domino non
videbatur. Est enirn superbia cordis, superbia oris,
superbia operis, superbia habitus. Superbia cordis est,
quando homo in oculis suis magnus est. Contra quam
sapiens orat, dicens : Extollenliam oculorum meorum ne
dederis mihi. Et alibi : Vie qui sapientes estis in oculis
vestris. Superbia oris vel linguae, quae et jactantia
dicitur, est quandn homo non solum magna de se sentit,
scd etiam loquitur. Unde psalmista : Disperdat Dominus
universa labia dolosa,et lingtuan magniloquam. Superbia
operis est, quando homo exteriori quadam superbia, ut
magnus appareat, agit. De qua idem Psalmista ait : Non
habitabit in medio domus mea; qui facii superbiam. Su-
perbia habitus est, quando homo, ut gloriosus videatur,
pretiosi3 se ornat vestibus. Unde Paulus : Non in i-este
preiiosa. Et Dominus : Qui mol/ibus vestiuntur, in
domibus regum sunt, ubi superbia abur.dat. Sunt autem
quinque, quae ad remedium lam mortifera pestis a
Domino rationali anima? sunt posita, locus, corpus,
tentatio diaboli, praedicatio Christi, et ejus conversatio.
Locos, quia exsilium : corpus, quia onerosum : tentatio,
quia inquietat : Christi praedicatio, quia ajdificat : et
ejus conversatio, quia informal. His quasi quinque
sensibus Deus humilitatem operatur in annua. Sicut
* C'etait le
quatrieme
des Petits
sermons.
La pauvrete
est a couvert
de sa propre
envie et de
I'envie des
autres.
Objet de sa
contempla-
tion.
enim anima vita est corporis, ita Deus vita est animae :
et sicut corpus mortuum est, quod per quinque sensus
ab anima non vegetatur : ita anima mortua est, quae per
hffic a Domino non humiliatur.
SERMO XLVIII.
De puupertate voluntaria.
Intravit Jesus in quodam castellum, et mulier qum-
dam, Martha nomine, excepit ilium in domum suam.
Castellum ubi Christus intravit, voluntaria est paupertas,
quae habitatores suos a gemina impugnatione, qua hujus
mundi amatores expugnantur, reddit securos, scilicet
propria invidia, et aliena. Paupertas enim, dumputatur
misera, aliena caret invidia : et quia est voluntaria, ne-
mini quidquam invidet. Duae istae sorores duas vitas
amatorum paupcrtatis significant. Quidam cum Martha
solliciti Domino Jesu duo pulmentaria praeparant,
scilicet correctionem operis cum salsamento contritio-
nis, et opus pietatis cum condimento devotionis. Hi
vero qui cum Maria soli Deo vacant, considerantes quid
sit Deus in mundo, quid in hominibus, quid in angelis.
6
OEUVRES DE SAINT HEUNARD.
I
ettiquu me
des l'etils
sermon?.
II y a trois
Verbes.
ro il<'.- anges; en lui-mdme, le principe ct la fin, la
terreur el l'horreur des rfeprouves. Dans ses crea-
tmvs.il est admirable) il est aimable dans les hom-
ines, il est desirable dans les anges, incompre-
hensible en lui-memc et intolerable dans les re-
prouves.
QUARATNTE-NEUV1EME SERMON \
Des de paroles on de vertus.
« Le jour exhale line parole, un verbe, au jour
(Psal. win. 2). » Le jour qui s'adresse aujour,
rest t'ange qui parle a la Vierge. L'ange est appele
jour a cause tie sa l'elicite, or, la Vierge recoit le
meme iiiMn . a raison de sa vertu <le purete. « Et
la nuit donne la science a la nuit. » La nuit c'est
le serpent a cause de sa malice, c'est egalemeut la
femine i i use de sun ignorance. i<Le jour pro-
fere un verbe au jour, » la divinite a la virginite,
du sein de la majeste du Pere, dans le sein de la
virginite de la mere. Autrement encore : « Le jour
profere un verbe. une parole au jour; » c'est Dieu
le Pere proferant son Verbe a l'ame raisonnable
eclair^e par la foi. « Et la nuit donne la science a
la nuit; » la creature raisonnable a l'ame raison-
nable que la foi u'eclaire point encore. Voila ce
qui fait dire a l'Ap6tre : « Ce qu'il y a d'invisible
en Dieu, est devenu visible depuis la creation du
monde par la connaissance que ses creatures nous
en donnenl (Rom. i, 20). » Voila pourquoi aussi
nous parlons du Verbe indique, du Verbe inspire.
a et du Verbe profere. Le premier fait la connais-
sance, le second, la conversion et le troisienie, la
a L'auteur des Fleurs de saint Bernard, reproduit ce passage,
quid in scipso,quid in reprobis;conlemp]antur quia Deus
est mumii rector et gubernator, hominum liberator et
adjutor, angelorum sapor et decor, in seipso prin-
cipium et finis, reprobonim terror ct horror. In crea-
luris mirabilis, in hominibus amabilis, in angelis de-
siderabilia, in seipso incomprehensibilis, in reprobis
intolerabilis.
SERMO XLIX.
I> ! (ripUci verba.
/>< mm. I)ies diei, angelus Virgini.
Dies angelus propter beatitudinem ; Virgo dies propter
intcgrilatis virtutom. /•.'/ nox nodi indicat sciendum.
Serpens nox propter malitiam : mulier nox propter
ignoraniiaiD. Dies diei eructat verbum. Deltas virginitati,
de utero paternal majestatis, in utero maternae intcgri-
latis. Aliter : Dies diei eructat verbum; Deus Pater
animae rationali per (Idem illuminate. Et nox nocti in-
ra rationalis animae rationali non-
duni | illuminate. Unde Apostolus : Invisi-
biHa Dei per ea qua facta ntnt, intellecta conspiciuntur
le nos dicimus verbum indicatom,
vivitication. Le premier a nui, le second n'a point
servi, et le troisienie a vivitie. Le premier a nui,
« parce que, ayant counu Dieu, les homines ne
l'ont point glorifie comme Dieu, et ils ne lui ont
point rendu graces, mais ils se sont egares dans
leurs vains raisonnemeuts, et leur cceur insense
s'est renipli de tenebres (Ibidem. 21). » Le, second
n'a point servi, parce qu'il n'a point donne une
loi qui pent vivilier. Mais le troisienie a vivitie
parce qu'il nous a rachetes par la croix. Le pre-
mier est tout entier au dehors, le second est moi-
tie au dehors et nioitie au dedans, et le troisienie
est tout entier au dedans. Notez de plus que ce qui
s'exhale, ne s'echappe de noire bouche qu'en etn-
portaut une cerlaine odeur de noire propre subs-
tance, et voila pourquoi la sagesse incarnee est
representee comme ayant en soi loute plenitude,
dans les miracles toute connaissance, dans la doc-
trine toute conversion, dans la passion toute vivi-
tication. C'est ce qui faisait dire au Prophete :
« Venez el revenons au Seigneur ; parce que c'est
lui-meme qui nous a pris et qui nous gueiira ; lui
qui nous frappera et prendra soin de nos bles-
sures. 11 nous rendra la vie dans deux jours (Osec.
vi, 1), » e'est-a-dire apres les deux jours de la con-
naissance et de la conversion ; « le troisienie jour
il nous ressuscilera, » a la voix du Verbe incarne
par sa premiere resurrection : « et nous vivrons en
sa presence, » vivifies par sa passion, et eclair6s
d'une sereine lumiere par la connaissance des mi-
racles. « Puis nous marcherons sur ces pas, pour
connaitre le Seigneur, » instruits par la conversion
de sa doctrine.
dans son livre yni, chapitre II.
verbum inspiralum, verbum eructatum. Priraum fecit
cognitioncm, secundum conversionem , tertium vivi-
ficationem. Primum obfuit , secundum non profuit,
tertium vivificavit. Primum obfuit : quia cum cognovit-
sent Deum, non sicut Deum glorificaverunt, aut gratias
egeru.nl, sed eoanuerunt in cogitutionibus suit, et obs-
curatum est insipiens cor eorum. Secundum non pro-
fuit : quia non data C3t lex , qnaj posset vivificare.
Tertium vivificavit : quia per crucem redemit. Primum
lotum deforis ; secundum foris et intus, tertium totum
intus. Et nota, quia quod eractatur, de pleniludinc
eruclantis cum quodam ipsius substantia; sapore pro-
fertur. Et idcirco Sapienlia incarnata dicitur habens in
se omncm plonitudinein, in miraculis cognitioncm, in
doctrina conversionem, in passione vivifioationcm. Un-
de ait Propheta : Venite et revertamur ad Dominum .
(/uia ipse eepit, et sanabit nos • perculiet, et curabit nos:
Viviftcabit nos post duos dies, scilicet cognilionis ct
conversions : in die terlia suscitabit «ot, voce Vcrbi
incarnati per primam suam rcsurrcctionem : et vivemus
in conspeclu ejus, vivificali per passionem, sereniua
illuminati per miraculonun cogintioncm : sequemur ut
cognoscamus Dominum, instructi per doctrinae conver-
sionem.
SERMONS DIVERS.
• C'etait le
sixieme des
Pelita
sermons.
Partout le
hrist estroi
CINQl'ANTIEME SERMON *.
// favt bien regler les affections tie I'dme.
1. « Sortcz, filles de Sion, et voyez voire Roi Salo-
mon [Cant, in, 11). » Si l'auteursaere ne Jit point,
venez voir l'Ecclesiaste on Idida, car Salomon por-
tait aussi ces deux Doms, e'est qu'il veut parler de
Jesus-Christ, notre vrai Salomon, qui est Salomon,
c'est-a-dire, le pacifique dans l'exil ; l'Ecclesiaste,
c'est-a-dire l'oraleur, dans le jugement ; Idida,
c'est-a-dire, l£ cheri du Seigneur, dans le royau-
me ; mais qui partout est Roi. Dans l'exil il est
la regie des mceurs ; au jugement, il discerne les
merites, et dans le royaume, il les recompense a.
Dans l'exil il est doux, au jugement il est juste, et
dans son royaume il est glorieux. 11 est aimable
dans l'exil, terrible sur son tribunal, et admirable
dans son royaume. « Sous le diademe dont sa mere
lui a ceiut le front. » Or, ce diademe est une cou-
ronne de misericorde, et sous elle il est mi objet
d'imitation. Sa maratre lui a ceint le front d'une
couronne de misere, mais avec cette couronne-la
il est meprisable : je veux parler de la Synagogue
qui a ete pour lui non une mere, mais une mara-
tre. Sa famille le couronnera d'une couronne de
justice, et sous elle il sera terrible. Son Pere le
couronne aussi, mais d'une couronne de gloire, et
avec elle il est digne d'envie. Que les pecheurs le
coutemplent done avec sa couronne de misere,
c'est-a-dire, avec sa couronne d'epines, et qu'ils en
soient saisis de componction. Que les lilies de Sion,
a Le commencement de ce sermon u'est guere qae la repro-
duction dn second sermon ponr ie jonr de T'Epipbanie, n. 1.
b Au sujet de ces affections de l'ame, on pent retire les notes
les Ames affectueuses le regardent avec sa couron-
ne de misericorde et 1'imitent. Les mechants le
verront aussi portant la couronne de justice, et ils
periront. Les saints le verront pare de la couronne
de gloire, et ils en seront pour toujours dans la
joie.
2. « Sortez, Giles de Sion, » ames dedicates, allez
du sens de la chair a l'intelligence de l'esprit, de
la servitude de la concupiscence ckarnelie a la
liberie de l'intelligence spiriluelle; « et voyez le
roi Salomon sous le diademe dont sa mere l'a cou-
ronne. » Ceux qui marchent sur ses traces sont
aussi couronnes, mais e'est a dessein, et ils sont en
cela aides de la grace. II n'y a que lui qui soit
couronne par sa mere, parce qu'il n'y a que lui
qui soit sorti du sein maternel comme un epoux
de son lit nuptial, avec des affections bien regiees.
Or, ces affections bien connues, sont au nombre de
quatre, b ce sont l'amour et la joie, la crainte et
la tristesse. II n'y a point d'ame humaine sans ces
quatre affections-la; mais cbez les uns elles sont
pour la honte, et cbez les autres pour la gloire. En
effet, sont-elles purifiees et bien ordonnees, elles
sont la gloire de l'ame sous la couronne des ver-
tus : sont-elles dereglees, elles sont sa confusion,
son abaissement et son ignominie. Or, voici com-
ment on les purifie ; e'est en aimant ce qu'on doit
aimer, en aimaul davantage ce qui doit etre aime
davantage, et enfin en n'aimant pas ce qu'on ne
doit point aimer. Voila ce que e'est qu'un amour
puritie. Et ainsi des autres affections. On les regie
de cette maniere ; on place la crainte la premiere,
puis vient la joie, en troisieme lieu la tristesse, et
dont nous avons accompagne le II Sermon, pour lc mercredi
des ceadres numero 3. Ce passage se trouve rapporte dans les
Fkws de saint Bernard, livre ix, chapitre Tin.
Les quatre
affections
sont regiees
en Jesus-
Christ des le
ventre de sa
mere.
Comment on
les purifie.
Comment on
doit les
regler.
SERMO L.
De affectionibus rede ordinandi?.
t. Egredimini filio? Sion, et videte regent Salomomm.
Non dicit Ecclesiasten, aut Ididam. Nam ct his no-
minibus appellatus est rex ille : et significat Jesum-
Christum nostrum verum Salomonem, qui est Salo-
monem, id est pacificus, in exsilio : Ecclesiastes, id est
concionator, in judicio : [dida, id est, dilectus Domini,
in regno; tibique Rex. In exsilio rector morum, in
judicio discretor meritorum, in regno distrihutor pra-
miorum. In exsilio mansuetus, in judicio Justus, in
regno gloriosus. In exsilio amabilis, in judicio terribilis,
in regno admirabilis. In diademate quo coronavit eum
mater sua. Est autem hsc corona misericordiae, et in
hac imitabilis. Coronavit eum et noverca sua corona
niiseriae, et in hac contemptibilis. Synagogam loquor,
qua? se ei non matrem cxhibuit, sed novercam. Coro-
nabit eum familia sua corona justiti*, et in hac terri-
bilis : coronat cum Pater suus corona glorias, et in hac
desiderabilis. Videant ergo eum peccatore3 in corona
miseriae, id est spinea, et compungantur : videant eum
liliae Sion, animae affectuosae, in corona misericordiae,
et imitentur : videbunt eum impii in corona justitiae, et
peribunt : videbunt eum sancti in corona gloria?, et per-
petualiter gaudebunt.
2. Egredimini fllice Sion, animae delicatae, de sensu
carnis ad intellectum mentis; de servitute carnalis con-
cupiscentiae ad Ubertatem spiritualis intelligentiae ; et
videte regem Salomonem in diademate, quo cor
eum mater sua. Coronantur quidem et alii imitatores
ipsius, sed hoc ex industria adjuti per gratiam. Solus
iste a matre coronatus est, quia solus cum ordinatis af-
fectionibus tanquam sponsus e thalamo processit ex
utero matris. Sunt autem alfectiones istse quatuor no-
tissimae, amor et laetitia, timor et tristitia. Absque his
non subsistit humana anima : sed quibusdam sunt in
coronam, quibusdam in confusionem. Purgatas enim et
ordinatae gloriosam in virtutum corona reddunt ani-
mam : inordinatae per confusionem dejectam et ignomi-
niosam. Purgantur autem sic. Si amantur quae amanda
sunt, si magis amantur quae magis amanda sunt, si non
amantur quae amanda non sunt, amor purgatus erit. Sic
amantur amanda sunt si magis amanda non sunt si non
et de caeteris. Ordinantur autem sic. In initio timor,
deinde lastitia. post tristitia, in consummations amor.
B
OKUVHES DE SAINT BEHNAHD.
SfSSiSflT ^Lf"™*?^ ^^^^t plus f0rtemen, aux Coses ^
Bien reglecs
CO 801
rerliu ; dire-
glees clles
soot un trou-
ble.
sent. Delacrainleetde lajoic aail It prudence, la
crainte esl la i ause, et la joie le fruit. La joie et la
tristesse donnent naissance a la temperance car
■ elle-ci a pour cause la tristesse et pour fruit,la joie.
De la tristesse et de 1'amour nait la force, la tris-
-t la cause, et 1'amour, If fruit. II manque
quelque chose a la couronne pour 6tre par-
faite; 1'amour ct la crainte vont produire la jus-
dont la cause est la crainte, ct le fruit est
1'amour.
3. Considered done comment ces affections de
I'ame, bien reglees sont des vertus, et comment
tie sont que des perturbations. Si
la tristesse vient apres la crainte, elle engendre le
poirj si la joie suit 1'amour, e'est la dissolu-
tion ; que la crainte st.it done suivie de la joie, car
en meme temps que la crainte met en garde pour
l'avenir, la joie goute le bonheur du present et
recueille le fruit d'une prudente precaution. 11
faut Jliic que la joie eprouve la crainte : la crainte
ainsi epr.Hivee n'est autre chose que la prudence.
La tristesse doit accompagner la joie, car celui qui
n'a point perdu le souvenir ties choses tristes, n'em-
brasse les joies qu'avec moderation ; il faut done
que la tristesse tempere la joie. La joie temperee
n'est autre chose que la temperance meme. Que
1'amour s'ajoute it la tristesse, car, quiconque sous
1'empire de 1'amour desire ee qu'il doit aimer, a
plus de force pour supporter les choses tristes. 11
est done necessaire que 1'amour forlifie la tristesse.
Or, la tristesse fortifiee par 1'amour n'est autre
chose que la force. Joignez 1'amour a la crainte,
et celui qui tient compte de ce qu'il doit craindre
est dans i'ordre qu'il aime. II faut done que 1'amour
regie la crainte. Or, la crainte reglee par 1'amour
n'est autre chose que la justice. 11 y a deux affec-
tions de I'ame, la joie et la tristesse qui sont ad
intra; en efiet, c'est en nous que nous nous rejouis-
sons, et en nous quo nous sentons la tristesse.
L'amour et la crainte au contraire sont ad extra.
En effet, la crainte est une affection naturelle de
I'ame qui nous unit par la partie inferieure a la
partie superieure, die tend a Dieu seul. Quant a
l'amour, e'est une affection de l'ame qui nous unit
en meme temps a la partie superieure, a la partie
inferieure et a la partie egale : il se rapporte a
Dieu et au procltain. Or, e'est dans ces deux points
que consiste la parfaite justice, e'est dans la crainte
de Dieu a cause de sa puissance, dans l'amour a
cause de sa bonte, dans l'amour du procuain a
cause de l'identite de sa nature et de la notrc.
C1NQUANTE ET UNIEME SERMON *.
La purification de Marie et la circoncision
du Christ.
1. Qu'est-ce a dire quand nous disons que la
bienlieureuse Marie s'est purifiee ? Qu'est-ce a dire
eucore quand nous disons que Jesus lui-meme a
ete circoncis ? Car Marie n'avait pas plus besoin
d'etre purifiee que Jesus d'etre circoncis. C'est done
pour nous que l'un recoit la circoncision et que
1'autre se purine, c'est pour donner un exemple
aux penitents, pour nous apprendre a nous tenir
eloignes, a nous circoncire d'abord du vice par la
Celui qui
tient compte
do ce qu'il
doit craindre
aime plus
fortement
ce qu'il doit
Ce qu'on
entend par
une justice
parfaite.
• C'ftait le
septiemc et
le huitieme
des Petits
sermons.
Que nous
enseignent la
circoncision
de Jesus-
Christ et la
purification
de Marie.
Compositio quarum talis est. De timore et laetitia nas-
citur prudentia, et est timor causa prudentia, lajlitia
fructus. De laetitia et Iristitia nascitur lemperantia, cu-
jus est tristitia causa, laetitia fructus. De tristitia et
amore nascitur forliludo, et est tristitia causa fortiludi-
nis, amor fruclns. Clauditur circulus corona;. De amore
et timore nascitur jaslitia,et est timor causa justifies,
amor fructu .
3. Considera ergo quomodo islte atrectiones ordinate
virtu tes sunt; inordinate, perturbationes. Si timorem
sequalur tristitia, desperalionem generat : si amorem
laetitia, dissolutioncm. Sequatur ergo timorem latitia,
quia timor futura cavet, laetitia de praesenti gaudet,
prudentis cautelae (Inem laetitia possidet. Probet ergo
lajtitia timorem. Probrdus timor nihil aliud quam pru-
dentia est. Comitctur Uetitiam tristitia, quia moderate
laeta amplectitur, qui liisliu, quia moderate tela am-
plectitur, qui tristia reminiscilur. Tempere ergo
a. Temperata laetitia nihil aliud
quam tempcrantia est. Jnngatur amor tristifis, quia for-
mer Buetinel tristitia , qui per amorem qua? sunt
aman'i. at. Confortel ergo amor trisuliam.
Conforlata vcro tristitia nihil ;Jiud quam fortitudo
Jungatur amor timori : quia ordinate amandis
inha;ret.qui limenda non ncgligit. Ordinet ergo amor ti-
morem. Ordinatus timor nihil aliud quam justitia est
Duie affectiones, laetitia et tristitia, non se extendunt ad
aha : in nobis mini laelamur, et in nobis tristamur. Amor
et timor ad alia se extendunt. Timor enim affectio est
est naturalis, quae nos conjungil superiori per inferiorem
patrem; et habet se ad solum Deum. Amor affectio
est, qua; nos conjungit superiori, et inferiori; et a;qua-
li ; et habel se ad Deum et proximum. In his autem
duobus perfecta consistit justitia, ut timeamus Deum
propter potenliani, amemus propter bonitatem, ct proxi-
mum propter nature societatem.
SERMO LI.
De Maria; purifieatione, et Christi circumcisionc.
Quid est quod dicimus bealam Mariana purificari?
Quid vero quod ipsumjesum dicimus circumcidi? Enim
vero tarn non indignit ilia purilicalionc, quam nee illc
circumcisionc. Nobis ergo et hie circumciditur, et ilia
purificalur, prasbenles excmplum pocnilentibus, ut a vi-
tiis continentes, primumpcr ipsam conlinenliam circum-
cidamur, deinde a commissis per pcenitentiam purifice-
mur. Quid est autem quod Maria purtat Jesum in utero,
SERMONS DIVERS.
continence, et a nous purifier ensuite des fautes
que nous avons commises, par la penitence. Qu'est-
ce a dire encore que Marie porte Jesus dans ses
flancs, Joseph sur ses epaules, quand il fuit en
Egypte, et quand il en revient, et Simeon dans ses
bras ? lis nous represented les trois ordres d'elus :
Marie les predicateurs, Joseph les penitents et Si-
meon ceux qui font des bonnes ceuvres. En effet,
celui qui evangelise les autres porte en quelque
sorte Jesus dans ses flancs pour l'enfanter aux
homines, on plutot pour enfanter les hommes a
Jesus. Saint Paul, qui s'ecriait : « Mes petits enfanls
pour qui je sens de nouveau les douleurs de l'en-
fantement, jusqu'a ce que Jesus-Christ soit forme
en vous (Gal. iv, 19j » etait de ee nombre. Quant
a ceux qui se fatiguent pour Jesus-Christ, qui
souffrent persecution, qui ne font de mal a per-
sonne, et endurent patiemment les injustices dont
ils sont l'objet de la part des autres, on peut dire
avuc raisou qu'ils portent le Christ sur leurs epau-
les : c'est a eux que la Verite memo a dit : « Que
celui qui veut venir apres moi, se renonce lui-
meme, etc. (Luc. ix, 23). » Pour ce qui est de ceux
qui donnent a manger a ceux qui ont faim, et a
boire a ceux qui ont soif, et qui exercent envers
ceux qui sont daus le besoin toutes les autres
ceuvres de miserioorde, ne vous semble-t-il pas
qu'ils le portent dans leurs bras ? Or, c'est a eux
que le Seigneur s'adressera au jour du jugement
et dira : « Toutes les fois que vous avez fait cela
au moindre des miens, c'est a moi que vous l'avez
fait (Matt, xxv, 60). »
C'eiait le C1NQUANTE-DEUXIEME SERMON *.
mvieme des
'etils ser- De la maison de la sagesse divine, c'esl-a-dire
de la Vierge Marie.
1. j La Sagesse s'est batie une maison, etc. (Prov.
ix, 1). » Comme le mot sagesse se prend en plu-
sieurs sens, il faut rechercher qu'elle est la sagesse
qui s'est batie une maison. En effet, ilya la sagesse
de la chair qui est ennemie de l)ieu. (Rom. vm, 7),
et la sagesse de ce monde qui n'est que folie aux
yeux de Dieu (i Cor. in, 19). L'une et l'autre,selon
l'apotre saint Jacques, font la sagesse de la terre,
« la sagesse animate, diabolique (Jacob, in, 15). »
C'est suivant cette sagesse que sont sages ceux qui
ne le sont que pour faire le mal, et qui ne savent
pas faire le bien ; mais ils sont accuses et condam-
nes dans leur sagesse, selon ce mot de l'Ecriture :
« Je saisirai les sages dans le'irs ruses, je perdrai
la sagesse des sages, et je rejetterai la science des
savants (i Cor. i, 19). » 11 me semble qu'on peut
parfaitement et proprement appliquer a ces sages
cette parole de Salomon : « II est encore un mal
que j'ai vu sous le soleil, c'est l'homme qui est
sage a ses yeux. » Ni la sagesse de la chair, ni
celle du monde n'edilie, loin de la, elle detruit
plutot la maison oil elle habile. II y a done une
autre sagesse qui vient den haut; elle est avant
tout prodigue, puis elle est pacifique. Cette Sagesse
c'est le Christ, la vertu de Dieu, la sagesse de
Dieu, dont l'Apotre a dit : « II nous a ete donne
pour elre notre sagesse, notre justice, notre sanc-
tification et notre redemption (i Cor. i, 30. »
2. Ainsi cette Sagesse qui etait la sagesse de
Dieu, et qui etait Dieu, venant a nous du sein du
Pere, s'est edifie une demeure, je veux parler de La sainte
la Vierge Marie sa mere, et dans cette demeure il Vierge Marie
a taille sept coloiines. Qu'est-ce a dire, il a taille demeure de
dans cette maison sept colonnes, si ce n'est qu'il la sajffeeus.e e
l'a preparee par la foi et par les ceuvres a etre une
demeure digue de lui? Le nombre trois est le
nombre de la foi a cause de la sainte Trinite, et le
nombre quatre est celui des mceurs a cause des
Joseph in humero, in ^Egyptum scilicet iens et inde
rediens; Simeon portat in brachiis? Significant isti Ires
electorum ordines ; Maria praedicatores, Joseph poeni-
tcntes , Simeon bonos operalores. Qui enim aliis
evangelizal, quasi Jesum in utero portat, ut eum aliis,
vel potius alios ei pariat. De talibus erat beatus Paulus,
qui dicebat : Filioli met, quos iterum parturio, donee
Christus formetur in vobis. Qui vcro pro Chrislo
laboribus fatigantur, qui persecutiones paliunlur, qui
nulli mala inferunt, sed ab aliis illata patienter ferunt,
merito isti portare eum in humeris dicuntur : quibus et
ab ipsa Vcritate dicitur : Qui vult venire post me,
abneget semetipsum, etc. Si quis aulem est qui porrigat
panem esurienti, potum sitienti, cateraque misericordis
opera sollicite impendat egenti, nonne iste recte videtur
eum portare in brachiis? Hujusmodi cnim dicturus est
in judicio Dominus : Quaudai fecistis uni ex minimis
meis, mihi fecistis.
SERMO LII.
De domo diviiue sapientia1, id est virgins hlariae.
1. Sapientia adificavit sibi domum, etc. Cum multis
modis sapientia intelligatur, quaerendum est qua; sapientia
aedificavit sibi domum. Dicitur enim sapientia carnis,
qua; inimica est Deo : et sapientia hujus mundi, quae
stultitia est apud Deum. Utraque ista secundum Jacobum
apostolum teri'ena est, animalis, diabolica. Secundum
banc sapientiam dicuntur sapientes, ut faciant mala,
bene autem facere nesciunt : et in ipsa sua sapientia
arguunlur et perduntur, sicut scriptum est : Comprehen-
dam sapientes in astutia eorum, et perdam sapientiam
sapientium, et prudentiam prudentium rcprobabo. Et
ulique talibus sapientibus videtur mihi digne et compe-
tenter dictum Salomonis aptari, quod ait : Est malitia
quam vidi sub sole, virum qui videtur apud se sapiens
esse. Nulla talis sapientia, sive carnis, sive mundi, asdi-
ficat, imo destruit quamcunque domum inhabitat. Est
ergo alia sapientia qua; desursum est ; primum quidem
pudica, deinde pacilica. Hie est Christus Dei virtus, et
Dei sapientia, de quo Apostolus : Qui (actus est, inquit,
nobis sapientia a Deo, et justitia, et sanctiftcatio , el
redemptio.
2. Hsc itaque sapientia quae Dei erat, et Deus erat,
de sinu Patris ad nos veniens, jedificavit sibi domum,
10
(EUVRES DE SAINT RKRNAKD.
Trois colon-
nes de cette
demeure sont
la foi a la
sainte Trinite
Les qnatre
antres
colonnes dc
cetle
demeure sont
les qnatre
vertus cardi-
nal es.
quatre vertus principales. Je disdonc que la sainte
Trinity s'est trouvee dans la bienhenrense Marie,
et s'y est trouvee pir la presence de sa majeste,
bun quelle n'ait recu quo le Fils quaDd il s'est
uni la nature humaiae :el j'en ai pour garant le
temoignage meme du messagei celeste qui lui de-
couvrit in ces termes le secret de ce mystere :
a Je vous salue, pleine de grace, le Seigneur est
avec vous : » et un pcu apre^ : « Le Saint-Esprit
surviendra en vous, et la vertu du Tres-Haut vous
couvrira de son ombre (Luc. 1, 28). » Ainsi vous
avez le Seigneur, vous avez la vertu du Tres-Haut
et vous avez le Saint-Esprit : en d'autres termes,
vous avez le Pere, le Fils et le Saint-Esprit. D'ail-
leurs le Pere ne va point sans le Fils, non plus
que le Fils sans le Pere, de meme que le Saint-
Esprit, qui procede des deux, ne va ni sans l'un ni
sansl'autre, s'll faut en croire ces paroles du Fils :
« Je suis dans le Pere et le Pere est en inoi. » Et
ailleurs : « Quant a mon Pere qui denieureenmoi,
c'est lui qui fait tout (Joan, xiv, 10). » 11 est clair
que la foi de la sainte Trinite se trouvait dans le
cceur de laVierge.
3. Mais eut-elle aussi les quatre autres colonnes,
je veux dire les quatre vertus principales"? Le sujet
merite que nous nous en assurions. Voyons done
d'abord si elle eut la vertu de force. Comment cette
vertu lui aurait-elle fait defaut quand, rejetant les
pompes du siecle et meprisant les voluptes de la
chair, elle concut le projet de vivre pour Dieu seul
dans sa virginite? Si je ne me trompe, la Vierge
est la femme dont Salomon parle en ces termes :
«Qui trouvera une femme forte? Elle est plus
precieuse que ce qu'on va chercher au bout du
ipsam scilicet matrem suam virginem Mariani : in qua
septem columnas exeidit. Quid est in ea scplem colum-
nas excidere, nisi ipsam dignum sibi habitaculum lide
et operibus praeparare? Nimirum ternarius numerus ad
lidem propter sanctam Trinitatem ; quaternarius pertinct
ad mores propter quatuor principales vitiates. Quod
autem in beala Maria sancta Trinilas fuerit (fuerit dico
per pra?sentiam majeslatis) ubi solus Films erat persus-
ceptionera humanitatis : testatur nuntius ccclestis, qui ei
arcana mysteria reserans.ait : Ace gratia plena, Dominus
tecum, et post pauca : Spiritus-Sanctus superveniet in te,
el virtus altiisimi obumbrabit tibi. Ecce habes Dominum,
habes virtutem altissimi, babes Spiritum-Sanctum :
habes Patrem et Filium ct Spiritum-Sanctum. Neque
enim potest esse, aut Pater sine Filio, aut sine Patre
Filius, aut sine ulroque proccdens ab utroque Spiritus-
Sanctus, ipso Filio diccnte : Ego in Patre, et Pater in
me eit. Et iterum : Pater autem in me manens , ipse facit
opera. Manifestum est fuisse in corde virginis fidem
sancta? Trinitatis.
3. L'trum autem et quatuor principales virtutcs tan-
quam quatuor columnas posscderit, inquisitione dignum
videtur. Primumcrgo videamusan furtitudinctn babuerit.
Quae nimirum virtus quomodo 11 1 i abesse potuil, quae
abjectis *ecularibus pompis , sprclisque voluptatibus
monde [Prov. xxxi, 10,. "Telle fut sa force, en effet,
qu'elle ecrasa la tete du serpent a qui le Seigneur
avail dit : a Je mettrai des inimities entre la fem-
me et toi, entre sa race el la tienue ; elle t'ecra-
sera la tete (Gen. in, 15). » Pour ce qui est d.: la
temperance, de la prudence et de la justice, on voit
plus clair que le jour, au langage de 1'Ange, et a
sa reponse i eUe, quelle possedait ces vertus. En
etret, a ce saint si profond de l'Ange, « je vous
salue, pleine de gr4ce, le Seigneur est avec vous, »
au lieu de s'elever dans sa pensee, en s'entendant
benir pour ce privilege unique de la grice, elle
garde le silence, et se demande interieurement ce
que pottvail etre ce salut extraordinaire. N'est-ce
point la temperance ijui la f.iit agir en cette cir-
constance? Puis, lorsque l'Ange l'instruit des mys-
teres du ciel, elle s'informe de lui, avec soin, de la
maniere dont elle pourrait concevoir et enfanter
un tils, puisqu'elle ne connaissait point d'liomme ;
evidemment, dans ces questions, eclatesa prudence.
Quant a sa justice, elle la prouve lorsqu'elle se
declare la servante du Seigneur. En effet, on trouve
la preuve que la confession est le propre des justes
dans ces paroles du Psalsmiste : « Ainsi les justes
confesseront votre nom, et ceux qui out le coeur
droit demeureront en votre presence (Psal. cxxxix,
14). » Ailleurs, on lit encore, apropos des justes :
« Et vous direz, en confessant ses louanges, les
ceuvressouverainement bonnes du Seigneur (Eccli.
xxxix, 21). »
h- Ainsi la bienheureuse Vierge Marie s'e-t mon-
tree forte dans ses desseins, temperante dans son
silence, prudente dans ses questions et juste dans
sa confession. C'est sur ces quatres colonnes des
carnis, soli Deo in virginitate vivere proposuit? Nisi
fallor, base virgo est qua! apud Salomonem legitur : Mu-
lierem fortem quis inveniet ? Procul et de uHimis finibus
pretium ejus. Qoai adeo fortia fuit, ut illius serpenlis
caput contererct, cui a Domino dictum est : inimicitias
ponam inter te et mulierem, et inter semen tuum et
semen il/iu<; : ipsa eonteret caput tuum. Porro quod
temperans, prudens et justa fuerit, ex angelicollocutiuuc,
ct sua ipsius responsione luce clarius comprobamus. Sa-
lutata quippc tain vunerabiliter ab angelo, Ave gratia
plena, Dominus tecum : non se cxtulit, quasi qua?
ex singulari gratia? privilegio benediceretur, scd siluil :
et qualis csset insolita ha?c salubilio, secum cogitavit.
Qua in re quid nisi temperans fuit. At vero cum dc
cceleslibus mystcriis ab eodem angelo doceretur, dili-
gentcr qua?sivit quomodo concipcret ac parcrct, qua?
virum utique non cognosceret : et in hoc sine dubio
prudens exstitit. Jus(ili;e autem prasfert insignc. ubi se
ancillam Domini confitetur. Nam quod juslorum sit
confessio, testatur qui ait: Verumtamen justi confitebun-
tur nomini tun, et Imbitabunt rerli rum vultu tuo. Et
alibi justis dicitur : et dicetis in confessione, opera Do-
mini universa bona valde,
4. Fuit igitur beala virgo Maria fortis in proposito,
temperans in silcntio, prudens in interrogatione, justa
SERMONS DIVERS.
11
mceurs et sur les trois de la foi dout j'ai parle phis
haut, que la sagesse celeste s'est clevee en elle
une demeure; elle remplit si bien son cceur qne,
de la plenitude de son a me, sa chair hit fecondee
et que toutc Vierge quelle hit, elle enfanta, par
une grace singuliere, cette meme Sagesse qui s'e-
tait revetue de notre chair, et qu'elle avait com-
mence par concevoir auparavant dans son ame
pleine de purete. Et nous aussi, si nous voulons
devenir la demeure de cette meme Sagesse, il faut
que nous lui elevions egalement en nous une de-
meure qui repose sur les sept memes colonnes, c'est-
a-dire que nous nous preparions a la recevoir par
la foi et les mceurs. Or, dans les verlus morales je
crois que la justice toute seule peut suflire, mais
a condition qu'elle se trouve entouree et soutenue
par les autres vertus. Aussi, pour ne point nous
trouver induits en erreur par l'ignorance, il faut
que la prudence marche devant ses pas, que la
temperance et la force marchent a ses cotes, la
soutiennent ct l'empechent de tomber soit a droite,
soit a gauche.
C1NQUANTE-TR0IS1EME SERMON \
Les notns du Sauveur.
1. « Et son nom sera l'Admirable, le Conseiller,
le Dieu, le Fort, le Pere du sieele a venir et le Prince
de la paix [Isa. ix, 6). 11 est Admirable » dans sa
predication ; « Dieu » dans ses oeuvres ; « Fort »
dans sa passion ; « le Pere du sieele futur » dans
sa resurectiou ; « le Prince de la paix » dans sa
perpetuelle felicite. On peut aussi lui donner tous
ces noms dans l'ceuvre de notre salut. En effet,
in confessione. His itaque quatuor morum columnis, et
tribus fidei prsdiclis exslruxit in ea sibi dotnum Sapien-
tia ccelestis; quae adeo menlem ejus replevit, ut de ple-
nitudine mentis fcecundaretur et caro, ac virgo singulari
gratia eamdem ipsam sapientiain carne tectam pareret,
quam prius mente pura conceperat. Nos quoque si
ejusdem Sapientiae fieri domus volumus, necesse est ut
eisdem septeni columnis exstruamur, id est ut fide et
moribus ei praeparemur. Et in moribus quidem solam
puto sufficcrc justitinm, caeteris tamen virtutibus circum-
fultam. Itaque ne errore fallutur ignorantioB,sit eipraevia
prudentia : sint hinc inde temperantia atque fortitudo,
ne forte labatur, vel in dexteram, velin sinislram partem
declinando.
SERMO LUI.
De nominibus Salvatoris.
1. Et vocabitur nomen ejus Admirabihs, Consiliarius,
Deus, Fortis, Pater futuri sweuli, Princeps pacts. Admi-
rabilis est in nativitale; Consiliarius in prasdicatione ;
Deus in operationc ; Forth in passione ; Pater futuri
« il est Admirable » dans la conversion de notre
volonte, car ce changement est l'ceuvre de la droite
du Tres-Haut. Ensuite « il est Conseiller » dans la
revelation de sa volonte, quand il fait connaitre a
ceux qu'il a convertis la voie qu'ils doivent suivre.
C'est ce qui faisait dire a Saint Paul apres sa con-
version : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse
(Act. ix, 7) ? » Une fois convertis, nous devons res-
sentir de la componction a la pen see de nos fautes
passees dans la remission desquelles il se montre
« Dieu » puisqu'il n'y a que Dieu qui puisse remet-
tre les peches, selon la remarque des Juifs qui
disaient a notre Sauveur quand, etant encore sur
la terre, il remettait les peches a quelqu'un, qu'il
prononcait un blaspheme, parce qu'il s'attribuait
un pouvoir qui n'appartient qu'a Dieu. En quatrie-
me lieu, il est « Fort, » puisque, selon la remarque
de l'Apotre, il faut que « tous ceux qui veulent
vivre avec piete en Jesus-Christ souffrent la perse-
cution (II Tim. in, 12). »
2. Qui pourraiten supporter les atteiiites sans son
aide ? Aussi David dit-il « si Dieu ne m'eiit assiste,
il ne s'en serait pas fallu de beaucoup que mon
time ne tombat dans l'enfer (l'sal. xcm, 17). «
Lorsqu'il nous protege dans la tribulation quand
il ecarte et eloigne de nous les puissances des airs,
quel nom lui donner, si ce n'est celuideFort?
Aussi est-il dit, « le Seigneur fort et puissant, le
Seigneur puissant dans les combats (Psal.xxm, 8). »
Mais comme notre conversion et notre vie doivent se
passer en Jesus-Cbrist, non en vue des cboses tem-
porelles, mais dans l'esperanee des biens futurs,
on lui donne, en cinquieme lieu, le nom de « Pere
du sieele a venir, » Pere dans la regeneration de
nos corps. Et enfiu puisque « si nous devons res-
sceculi in resurrectione, Princeps pacii in perpetua bea-
titudine. IIa>c ctiam nomina possunt ei congrue assi-
gnaii in opere nostras salutis. Nam primo dicitur Admi-
rabilis in conversione nostr;e voluntatis, quas mutatio est
solius dexterae Excelsi postmodum dicitur Conci/iarius
in revelatione suss voluntatis , quando revelat
quid sequendum sit jam conversis. Undo Paulus conver-
sus dicebat : Domine quid me vis facerel Conversiautem
necesse est compungantur pro pr.Tteritis delictis, in
quorum remissione dicitur Deus, cujus tantum est, pec-
cata remittcre. Hinc est quod Sahatore nostro in terra
remittente peccala, Judasi dicunt eum blasphemare
quasi qui assumeret sibi quod erat solius Dei. Quarto
dicitur Fortis : juxta sententiam enini Apostoli necesse
est, ut omnes qui pie volunt vivere in Christo Jesu, per-
secutionem patiantur.
2. Sed quis sustinerei, nisi ille juvaret? Unde David :
Nisi quia Dnminus adjuuit me, paulo minus habitasset in
inferno anima mea. Cum ergo nos in Iribulatione pro-
tegil, cum ipsas aeriaspo testates arcct a nobis acrepellit,
quid aliud in boc opere dici potest, nisi fortis? Unde
dictum est : Dominus fortis et potens,Dominus potensin
pnelio. Et quuniam ipsa conversio, et vita nostra in
Christo agenda est, non intuitu temporalium reruni, scd
12
OEUVRES DE SAINT BEKNARD.
tectum est accouiplie, et il no reste plus rien k
desirer. Cost Jans La pail, on etl'et, que le Psalinistc
se rejouit el s'ecrie an miliou do sos chants : « Je-
rusalem loue le Seigneur, louo ton Dieu, 6 Sion,
susciter tous, neanmoius nous ne serous point tous justice ct avec piete [Tit. 11, 12). Notre impiete
changes (I Cor. xv, 51), » pour discorner le chan- e'etait notre manque de foi, car nous ne croyions
gemenl des juste* de la resurrection des pecheurs, point Dieu, et nous ne l'honorions point. Or, s'il y c.o qu'il fau
il est appele, en sixieme lieu, « le prince Prince a piete a honorer Dieu, il y a impiete a le renier. ^"f,"",',''!','. ','',''
de la paix. » L'ne l'ois qu'on a la paix, toute per- Quant aux desirs mundaius, c'esl la concupiscence p" fesdesin
de la chair, la concupiscence des yeux et l'orgueil
de la vie, qui nous portent et nous inclinent a
l'amour du siecle. Quand il y a renonce, l'liomme
vit avec temperance, car il met un frein a la concu-
parce qu'il a fortitie les serrures de tes portes, et piscence de la chair, a celle des yeux et a l'orgueil
qu'il a beni les enfants que tu renfernies dans ton de la vie. Quand on commence a etre sobre,on op- n y a deux •
enceinte. 11 a etabli la paix jusques aux conlins de pose deux sortes de sobrietes a une double ivresse. *
L'lvressc exterieure consisle dans l'effusion des
vuliiptes, et l'interieure dans l'occupation des curio-
sites. Par contre, la sobriete exterieure cimsiste ii
reti'ener les voluptes, etl'exterieure, arepousser les
curiosiles. Voila comment l'homme vit avec sobriete
quant a ce qui le regarde, et avec justice par rap- La :„
tes Etats [Psal. cxlvii, 1). » L'Ange, en s'adressant
a Joseph, renferme avec autant d'elegance que de
brievete, tous ces noms dans un seul « vous l'ap-
pellerez Jesus (Mutt, l, 21), » dit-il, et il doiine le
sens de ce dernier nom en ajoutaut : « car e'ett
lui qui sauvera son peuple de ses peches (Ibi-
dem). »
• C etait le
ODzieme des
Petils ser-
mons.
Le Christ est
venu pour
nous aider et
nousinslruire
CINQUANTE-QUATRIEME SERMON *.
De I'apparition du Christ.
Le Fils de Dieu nous est apparu pour nous ai-
nort au prochain a qui il rend ce qui est juste. La '» J"616
11 ^ i consistent en
justice consiste en deux choses, dans l'innocence deui choscs.
et dans la bienfaisance. L'innocence en est la base,
et la bienfaisance le couronnement. Avec piet6
envers Dieu, ai-je dit : or, la piete aussi consiste
en deux choses, a ne pas presumer de nous, et
a mettre toute notre conflance en Dieu, pour triom-
der et pour nous instruire ; ce qu'il peut bien 1'aire . pher, par son secours, de tous les obstacles du mon-
car il est la vertu du Pere, et sa sagesse. En taut
que vertu du Pere il assiste; en tant que sagesse il
instruit et forme. La faiblesse a besoin d'etre as-
sistee, et les aveugles out besoin de science et de
doctrine. Aussi, la sagesse du Pere nous a-t-elle
inslruits quand elle nous a fait renoncer a l'im-
piete et aux passions mondaines, pour que nous
vivions dans le siecle present avec temperance avec
de. II ne faut point cesser de se contier en Dieu,
il faut au contraire agir en lui avec confiance et
securite. Tel qu'un charitable et louable medecin,
il a bu le premier la potion qu'il preparait a ses
malades, je veux parler de la passion et de la mort
qu'il a endurees. C'est par ce moyen qu'il a recou-
vre la sante de l'immortalite et de l'iinpassibilite,
et appris aux siens a boire avec coniiance la potion
spc futurorum bonorum : ideo quinto loco ponitur, Pater
futuri sceculi. Paler scilicet in regeneratione corporum
nostrorum. Quia vero omnes guidon resuryemus, sed
non omnes immutabimur : ut discernat immutationem
juslorum ab iniqtiorum resurrectionc, ponitur sexto loco
Princeps pads. Qua obtenta, tola perfectio impletur, nee
jam ultra aliud quidquam appelendmu relinquitur. Ipsa
est cnim/in cujus exsultatione concinit Psalm ista,dicens:
Lauda Jerusalem Dominum, laudu. Deum tuum Sion :
quoniam confortavit scrus portarum tuarum, benedixit
filiis bus in te, qui posuit fines tuos pacem. Horum sex
nominum consequential!! et virtuteni breviter atque ele-
gantcr comprehendit uno nomine angelus loquens ad
Joseph : Et vocabis , inquit , nomen ejus Jesum.
Cujus videlicet nominis exponens rationem : Ipse
enim, ait, salvum faciei populum smtm a peccalis
eorum.
SERMO LIV.
De npparitione Christi.
Filius Dei apparuit, ul nos adjuvaret et erudiret :
quod potest, quia est virtus Patris, et sapientia. Virtus
adjuvat, sapientia erudit etinformat. Infirmitatiauxilium
est nncessarium : cascilas cruditionc indiget et doctrina.
Erudivit sane, faciens abnegare impictatem et soecularia
desideria, ut sobrie, et juste, el, pie vivamus. Impietas
crat incredulitas, quia Deum nee credebamus, nee cole-
bamus. Deum enim sieut pium est colere, sic impium
est abnegare. Stfcularia desideria sunt concupiscentia
carnis, concupiscentia oculorum, superbia vita; : qu»
tralmnt et inclinant ad amorem saeculi. Istis abnegatis
vivit homo sobrie, refrenans concupiscentiam carnis,
concupiscentiam oculorum, superbiam vitas. Poslquam
vero incipit esse sobrius, contra duplicem cbrietalem
dupliecm ponit sobrictatem. Ebriclas exterior volupta-
lum elTusio, interior curiositatum occupatio. E contra
sobrietas exterior voluplatum refrcnatio, interior curio-
sitatum exclusio. Ila vivit homo sobrie quantum ad
seipsum, juste quantum ad proximum, cui exhibet quod
justum est. Justitia est in duobus, in innocentia et in
beneficentia. Innocentia justitiam inchoat, beneliccntia
consummat. Pie quantum ad Deum. Piotas est in
duobus, ut de nobis non prajsumamus, sed in Deo
perfecln eonlidamus : ut per cum omnia mundi impe-
dimenta vincamus. In Deo non est diffidendum, sod
secure et fiducialiter est agendum. Ipse, tanquam pius
et laudabilis medicus, prius bibitpotionem quara parabat
SERMONS DIVERS.
13
C'6tait le
mzieme dcs
Petils ser-
mons.
qui produit la sante et la vie. Enfin celui qui apres
sa passion est entre dans la vie eternelle nous
donne lieu d'esperer en toute securite, que nous
obtiendrons la menie chose de lui.
CINQUANTE-CINQUIEME SERMON *.
Les six urnes spirituelles.
1. « II y avait la sis urnes de pierres pour ser-
vir aux purifications en usage chez les Juifs (Joan.
ins tropolo- n, 6). » Voyons dans les sis urnes placees la six
'*i\tTDesS observances proposees par Dieu a ses serviteurs,
lesquelles doivent leur servir a se purifier, corame
les urnes aux Juifs. Ce sont le silence a, la psal-
modie, les veilles, le jeune, le travail nianuel et
Le silence la purete de la chair. Dans l'urne du silence, nous
. ., nous nurifions des peches que la loquacite nous
luit sortes ' i-ii
: loquacite. fait eorninettre. Or, ll y a hint sortes de loquacite.
En effet, s'il y a des paroles sottes, vaines, men-
songeres, et oiseuses, il y en a aussi de fourbes,
de niedisantes, d'impudiques et d'excusatoires. Or,
toute cette peste nait de la loquacite, et il n'y a
que le silence pour la faire perir dans sa racine,
on du moins pour l'empecher de faire trop de ra-
. La psal- vages. Nous trouvonsdans la psalmodie une double
modie. confession : on elfet, en psalmodiant, le pecheur
sent naitre la coraponction au souvenir de ses pe-
ches, en meme temps il chante les louanges de
Dieu a cause de ses justes jugements. Aussi est-ce
dans cette urne que tout Juif, si sa confession est
droite, se purifie de l'esprit immonde da blasphe-
me auquel il etait sujet avantsa conversion. Quand
il se louait lui-meme et qu'il accusait Dieu, qu'e-
a On retrom 2 la meme partie eiprimee dans les memes termes
dans le deuiiewe sermon pour l'octave de l'Epiphanie numero 9.
suis, id est passionem et mortem sustinuit : et sic
sanitatem immorlalilatis accepit , et impassibilitatis ,
docens suos ut confidenter biberent potionem, quae ge-
nerat sanitatem et vitam : et qui post passionem vita
aeterna vivit, spem dat nobis ut idem speremus ab eo
securi.
SERMO LV.
De sex hydriis spiriiualibus .
1. Erant ibi posilce lapidece sex hydrice secundum pu-
rificalionem Judceorum. Intelligamus has sex hydrias
ibi positas, esse sex observantias servis Dei propositas,
in quibus tanquam Judaei purificari debeant. Sunt autem
istae, silentium, psalmodia, vigiliae, jejunium, opus ma-
nuum, carnis munditia. In bydria silentii purificamur a
peccalis, qua; verbositate contrahimus. Cujus vitii sunt
octo species. Est enim verbum stultum, vanum.mendax,
otiosum,dolosum, maledicum,impudicum,excusatorium.
Quae nimirum pestis de luquacitate nascitur, et per si-
lentii censuram aut evertitur funditus, autcerte ne mul-
tait-il autre chose qu'un blasphemateur? Ne sont-
ce point des blasphemateurs que ceus qui disent :
« La voie du Seigneur n'est pas juste (Ezech. xvm,
25) ? » N'est-ce point un sot blasphemateur que
celui qui s'ecriait : « 11 n'y a point de Dieu [Psal.
lii, 1) ? n Mais une fois converti, une fois qu'il a
confesse les louanges de Dieu, et qu'il a ete instruit
par les divins eantiques, il a corrige sa vie et ses
discours ; il s'est accuse lui-meme et il a accepte
ses peches, et, en meme temps qu'il loue Dieu, il
attribue, non a lui-meme, mais au Seigneur le bien
qu'il trouve en lui. Tout cela se fait dans la psal-
modie ; or, par psalmodie, il faut entendre tout ce
qui se chante en l'honneur de Dieu avec melodie
de cceur, que ce soient des psaumes, des hymnes
ou tout autre cantique.
2. La troisieme urne, d'apres ce que j'ai ditplus
haut, est l'urne des veilles. Elles doivent toujours
etre accompagneesde la perseverance danslapriere.
Ainsi, nous voyons dans l'Evangile que le Seigneur
passait des nuits en prieres, [Luc. vi, 12) et dans
les exhortations qu'il fait entendre a ses disciples,
il ne separe point la priere de la vigilance :
« Veillez et priez, dit-il, pour que vous n'entriez
point en tentation (Marc, xiv, 38 et Luc. xxu, 46). »
Ces veilles nous purifient de nos souillures que
nous contractons dans le relachement de la som-
nolence, alors que, dans une sorted'oubli,nousnous
ralentissons et nous nous engourdissons dans les
voies du salut. La quatrieme urne est le jeune : il
ne viendra, je crois, a la pensee de personne de
douter que le jeune aussi nous purifie. C'est une
verite reconnue, que les contraires se guerissent
par les contraires. Si done nous avons peche par
L'ordre seul en a M un peu change\
3 . Les veilles
t. Le jeiine
Son utility.
turn noceat, reprimitur. In psalmodia fit duplex con-
fessio, ubi et peecator deculpiscompungitur, et Deo lau-
des super judiciajusticiae suae dicuntur. Inhacergo hydria
Juda>us quisque, qui scilicet recte confitetur, purificatur
ab immundo spiritu blasphemiaB, cui ante conversionem
subjacebat. Dum enim seipsum laudaret, ac Deum accu-
sant, quid aliud quam blasphemus erat ? .\nnon sunt
blasphemi, qui dicunt i Non est <pqua via Domini?
An non insipiens ille blasphemus, qui dicit incorde suo,
Non est Deus ? Jam vero conversus et confessus, canti-
cisque divinis instructus, correcta vita corrigit et verba;
seque ipsum accusans, mala sibi computat : Deum
autem laudans, bonum quod in se videt, non sibi, sed
illi applicat : et hoc totum agitur in psalmodia. Per
psalmodiam accipe quidquid Deo agitur cum mentis
melodia, sive sint psalmi, sive hymni, sive etiara qua?-
cumque cantica.
2. Tertiam hydriam posui superius vigilias. Has sem-
per debet comitari orationum instantia. Unde et Domi-
nus in Evangelio legitur in oratione pernoctasse : et
discipulos suos exhortans, utrumque simul conjunxit,
dicens : Yigilate et orate, ut non intretis in tentationem.
Tales vigiliae abluunt nos a sordibus, quas contraximus
u
OEI'VRES 1»E SAINT RERNARU.
exces de boirc et de inanger, qu'avons-nous Je
mieux a faire que de nous purifier par l'abstinence?
D'aUleurs le jeune ne nous purifle pas settlement
de ce peche, il nous donne encore la force de chas-
ser le demon, elon ce que il it le Seigneur m£me :
« Cette sorte de demons no peut-etre chassee que
par la priere et le jeune [Mare, ix, 28). »
5. Le iratail 3. Vie'iit ensuite la cinquieme urne qui est le tra-
manupl. vajj manuel. [i „Vst j)as dirticile de trouver com-
ment cette urne sert aux purifications ; car, pour
ne point parler de tout le reste, qui pourra estimer
a sa juste valeur le prix et La grace du travail
manuel qui nous permet de passer notre vie, avec
le produit de nos mains et sans porter envie aux
II nons est biens de qui que ce suit ? Si on etait tente de voir
recommandi jaus meg p;^,.,,!,^^ non ie langage de la verite, mais cher. On pent se purifier aux cinq autres urnes,
dc 1 Apjtrc- une pure declamation, il faudrait prefer l'oreille je veux dire a l'urne du silence et a celle de la
payer, car nous avons travaille jour et nuit avec
peine et fatigue pour n'etre a charge a aucun de
vous (u That, in, 7). » Ecoutez-le aussi enseigner
ce qu'il faisait : « quaml nous etions avec vous, nous
vous declarions que celui qui no veut pas travail-
ler, ne doit point manger [Ibidem. 10). » Vous
voyez avec: quelles instances le Doctenr des nations
recommande le travail manuel. Pourquoi l'eut-il
tant a coeur, si ce n'est pares que ce bon et diligent
pasteur vit que le travail manuel interessait beau-
coup le salut de ses brebis ?
h. Reste la derniere urne qui est la purete de la
chair. Or, cette urne nous puriGe de cinq souil-
lures corporelles, qui nous viennent par la vue,
par l'ouie, par le gout, par l'odoral et par le tou-
6. La purete
(Je la chair.
aux discours de notre maitre dans la foi et la ve-
rite, de l'apotre saint Paul dans salettreaux Thes-
saloniciens, oil il leur enseigne et prescrit le tra-
vail, o Nous vous supplions, dit-il, et nous vous
conjurons en Notre Seigneur Jesus-Christ, de vous
etudier a vivre eu paix, et de vous apphquer cha-
cun a ce que vous avez a faire, de travailler de
vos propres mains comme nous vous l'avons or-
donne, et de vous conduire honnetement envers
ceux qui sont hors de l'Eglise, et de ne rien de-
sirer de ce qui est aux autres (i Thess. iv; 1, 10 a
13). » Ecoutez maintenant, aussi comment il pra-
tiquait lui-meme ce qu'il enseignait aux autres :
« Vous savez vous-memes ce qu'il faut faire pour
nous imiter; or, il n'y a rien eu de turbulent dans
la maniere dont nous avons vecu chez vous ; nous
n'avons point non plus mange votre pain sans le
per somnolentiam rosoluti, dum oblivione quadam a via
salutis intepuimus ac torpuimus. Quarta hydria estjoju-
nium, de quo quis dubitet an et ipsum purificet? Vera
est ilia sententia : conlrariis curanlur conlraria. Si ergo
per giilara peccavimus et ingluviem, quid restat nisi
ut per abstinenliam reparemuf? Nee solum hujus
vitii fit per jejunium purificalio; insuper et virtus ad
cxpellendos daemones comparalur, dicente Domino :
Hoc genus in nutto potest exire, nisi in oratione et
jejunio.
3. Sequitur quinta hydria, quaedicitur opus manuum :
in quo si qua.Tatur an sit aliqua purificalio, facile potest
inveniri per multa. Nam ut plurima praeteream, hoc
solum quanti sit prteconii, quanUe gratia}, quis digne
aestimet, suo se quemque labore transiyere, ac nullius
aliquid desidcrare? Ac ne me quisquam putet haecmagis
declamatorie, quam ex veritate proferre ; audiat ipsum
doclorem nostrum in tide et veritate apostolum Paulum
scribentem ad Thessalonicenses, haec ipsa docentem et
praecipientem. Rogamus vos, inquit, fratres, ut abunde-
tis magis et operant delis ut quieii sitis, et ut vestrum
negotiant agalis, et operemini manibus vestris, sicut
pracepimus vobis , et ut honeste ambuletis ad eos qui
fork sunt, et nullius aliquid dcsiderelis. Audiat eum-
dem ipsum facientem qua? docebat. Ipti enim scietis,
psalmodie, a l'urne des veilles, a celle du jeune,
et enfin a l'urne du travail manuel, sans se purifier
a la sixieme. Mais si nos flancs nesont pas ccints,
c'est-ii-dire si la purete de la chair nous fait defaut,
a quoi nous servira-t-il d'avoir nos lampes allu-
mees ? Aussi, faut-il conclure de la qu'il est neces-
saire de nous purifier dans cette sixieme urne qui,
ajoutee aux cinq autres, a le pouvoir d'assurer le
salut. 11 faut noter encore que dans toutes ces
observances, nous devons les quatre premieres a
nous, la cinquieme au prochain et la sixieme a
Dieu. En effet, e'est pour nous, pour notre propre
discipline, que nous devons observer le silence,
pratiquer la psalmodie, les veilles et lc jeune, e'est
pour le prochain que nous devons nous exercer
au travail manuel, alin de n'etre a charge a per-
sonne, et de nous procurer meme de quoi subve-
Sa necesaite.
inquit, guemadmodum oporteat vos imitari nos,quoniam
non inquieti fuimus inter vos, neque panem gratis man-
ducavimus ah aliquo, sed in lubore ct fatigatione, node
et die operantes, ne quern centrum gravaremus. Item
audiat docentem quae faciebat : Cum essemus apud vos,
hwc denuntiabamus vobis, quoniam si quis non vult
operari, nee manducet. Vides quam sollicite obser-
vandum praecepit Doctor gentium opus manuum? Cur
hoc tantopere curavit, nisi quia, sicut bonus et
diligens pastor, hoc ovium saluti plurimum expedite
providit?
4. Restat ultima, carnis munditia. In hac fit purificalio
ab ilia quinqtiepertila corporis illecebra, visus, auditus,
gustus, odoratus, tactus. Et caetera quidem praedicta, id
est silentinm, psalmodia, vigilioe, jejunium, opus ma-
nuum, exerceri sine ista possunt : sed si lumbi praocincli
non sint, id est si desit carnis munditia, lucerna: ardentes
quid proderunt? Hinc ergo colligendum est, quod sit
necessaria hujus hydriae purificalio, qua; sola omnibus
supradictis aequipollentem obtinet vim salutis. Et notan-
dum quod in his omnibus observantiis quatuor primas
debemus nobis, quintam proximo, sextain Deo. Nam
silentium, psalmodiam, vigilias, jejunium debet quisque
exercere propter seipsum, hoc est propter suam disci-
plinam i opus manuum propter proximum, ne quem
SERMONS DIVERS.
15
nir aux besoms des pauvres, et c'est pour Dieu
quo nous cultivons la purete du corps, c'est afin
de ini plnire et de faire sa volonte. Aussi, est-il
eerit : « La volonte de Dieu est que vous soyez
saints, que vous vous absteniez de la fornication,
que chacun de vous sache posseder le vase de son
corps dans la saintete et dans l'honnetete (Thess.
iv, 3). » Que si ces urnes sont de pierre, cela veut
dire que ce qu'elles representent ne peut se pra-
tiquer sans quelque difficulte, et que la voie qui
conduit a la vie est dure et penible. Peut-etre en-
core est-il dit qu'elles sont de pierre, pour signifier
la force, car il n'est pas facile de les briser, ni de
repandre la liqueur qu'elles contiennent, ce qui
arriverait bien vite si elles etaient d'argile, de bois
ou de toute autre matiere fragile. Enfin, peut-etre
par cette pierre dont elles sont faites, veut-on dire
qu'elles sont ehretiennes, c'est-a-dire faites avec la
pierre qui est le Cbrist, pour qu'elles soient eta-
blies dans la foi du Christ.
CINQUANTE-SIXIEME SERMON \
II faut emplir les six urnes d'un triple amour.
1. « Ces urnes contenaient chacune deux ou trois
mesures (./< \n. li, 6). » II faut savoir avant tout
que ci's urnes sont tantot pleines et tantot vides ;
tantot pleines de venin, quelquefois pleines d'eau,
et parfois aussi pleines de vin, elles sont vides et
vaines quandon ne les a quepour servir de vain or-
nement, ou pour quelque usage temporel. Elles
sont pleines de venin quand on les porte avec
ruurmure et avec aigreur. On dit qu'elles sont
pleines d'eau quand on les pratique avec la crainte
de Dieu. Puisque par l'eau on entend la crainte
de Dieu. Ainsi on lit dans Salomon : « La crainte
du Seigneur est une source de vie (Prov. xiv, 27). »
Elles sont pleines de vin quand la crainte se change
en amour, car 1'araour chasse la crainte, attendu
que ce qu'on faisait sous l'empire de la crainte du
chatiment se fait alors avec plaisir et amour de
la justice. Le Seigneur ne veut pas qu'elles soient
vides ou vaines, il donne l'ordre de les faire rem-
plir d'eau, mais c'est pour qu'elle se change en vin
qu'il les fait remplir d'eau. Mais a qui le Seigneur
ordonne-t-il de les remplir d'eau? C'est aux servi-
teurs, c'est-a-dire a ceux qu'il a elablissur toute
sa maison pour distribuer, en son temps, a tout le
monde une mesure de froment ; mais auparavant
Marie a prepare leur esprit en disant : « Faites
ce qu'il vous dira (Joan, h, 5). » Ce trait nous ap-
prend que nous ne devons point nous ingerer dans
l'office de predicateur, si nous n'y sommes pre-
pares d'abord par Marie, c'est-a-dire par la grace
qui est la mere de la predication, autrement nous
entendrions dire de nous : « lis ont regne par eux-
meines, non point par moi; ils ont ete princes; et
je ne l'ai point su (Osee. vn, U) . » Ce sont done les p y a (r0;s
serviteurs qui emplissent d'eau les urnes ; ils disent craintes.
dans leurs predications des choses merveilleuses de
la douceur du royaume de Dieu, et font retentir
des paroles terribles, en parlant de l'horreur des
supplices eternels ; ; eux qui les entendent parler
concoivent une double crainte, l'une d'etre prives
de la douceur du royaume de Dieu, l'autre d'etre
expose aux supplices eternels. Voila comment les
urnes contiennent deux mesures ? Mais que faut-il
entendre par ces mots, ou trois mesures ? Le voici,
ajoutezune troisieme crainte aux deux premieres, et
vous aurez trois mesures . Les deux premieres craintes
ont rapport a l'avenir, elles sont tres-utiles; mais
gpavet, sed rnagis habeat unde tribuat necessitatem pa-
ticnti : carnis mundiliam propter Deum, ut illi placeat,
et ejus voluntatem facial. Unde scriptum est ; Hcec est
enim voluntas Dei sanctificatio vestra, ut abstineatis vos
a fornication? , «/ sciat unusquisque vesfrum suum uas
possidere in sanc/iftcatione el honore. Quod autem ilia?
hydria? lapidea? dicuntur, significat quod sine aliqua
difhcultate observari non possunt, et quod dura etaspera
est via qua? ducit ad vitam. Vel certe lapidea? dicuntur
propter forlitudinem, ne facile frangantur aut dissolvan-
tur, et effundatur liquor gratia? qui in eis conlinetur,
quod utique cito contingere posset, si vel fictiles essent,
vel lignea?, seu cujuslibet alterius fragilis materia?. Vel
etiam lapidea?, id est Christiana?, a lapide Christo, ut
scilicet in fide Christi fiant.
SERMO LVI.
De hydriis mysticis implendis tripliei timore.
I. Capientes singula? metretas binas vel ternas. Hie
primum sciendum est, quod hujusmodi hydria? aliquando
sunt vacua? , aliquando sunt plenae. Plena? autem ali-
quando veneno, aliquando aqua , interdum etiam vino.
Vacua? quippe et inanes sunt, cum pro inani gloria, vel
aliquo temporali emolumento sunt. Plena? veneno sunt,
si cum murmure et animi rancore gerantur. Aquaplena?
dicuntur , cum ex timore Dei observantur : siquidem
per aquam limor intelligitur. Unde et apud Salomonem
legitur : Timor Domini fans vita'. Vino aulem plena?
sunt, cum timor vertitur in amorem ; cum charitas ex-
cludit timorem ; cum ea quae prius observabantur timore
pcena?, jam e\ercentur delectatione et amorejustitia?. Ut
vacua? vel veneno infecta? sint non vult Dominus ; ut
impleantur aqua jubet Dominus : ut autem aqua in vi-
num vertatur, boo facit Dominus. Sed quibus implere
hydrias aqua imperat Dominus ? Ministris utique , quos
et constituit super familiam suam, ut dent illi in tem-
pore tritici mensuram, quibus tamen Maria primum sug-
gesserit, dicens ; Quodcumque dixerit vobis, facile. Quo
exemplo innuitur, quod ofBcium pra?dicationis non de-
bent usurpare sibi, nisi quos Maria, id est mater gratia,
prius instruxerit. Alioquin dicetur eis : Regnaverunt, et
non ex me; principes exstiterunt, et ego ignoravi. Im-
plent ergo ministri hydrias aqua : predicant mira de
16
il y on a one troisiomo qui a rapport au present,
olio est bion preferable, e'est cello qui nous fait
ct. iin.hr ot apprthender constamment quo la grace
inteneure nous abandoune. iinsi quiconque esl
remphde cette crainte, a fevidemment ajonte une
troisiomo mesure aux deux premieres.
2. Or, il faut remarquer que ce n'est quo lors-
que los urnes furent rempliea d'eau jusqu'au haul,
quo L'eau nit changee on vin ; la raison demande,
en effet, que si la crainte est le principe de la sa-
gesse, la plenitude de la dileetion snive la perfec-
tion de la crainte. Aussi lo maltre d'hotel dit-il a
1'epoux : b Tout honuuo commence par servir lo
bon vin, ct quaml on a bion bu il on sort de moin-
dre qualite; pour vous, vous avez reserve le bon
\in jusqu'a cotte beure [Joan, a, 10). » Les gens du
momle, quand its desirent s'elever aux bonneurs,
commencent par metlre les autres bommes dans
leurs interests par l'amour. Mais a peine ont-il at-
toint lour but que, enfles par le pouvoir, ils font
plier devant eux, par la crainte, ceux-la memes a
qui ils temoignaient de l'amour quand ils n'otaient
que de simples particuliers, bien loin de cbercber a
leur inspiror de la crainte. Ces gens-la commencont
La crainte r . ° .
fiDit par se par servir le bon vin, je veux dire par temoignor
de l'amour; et quand on est enivre de leur amour,
alors ils servent quelque cbose de moins bon, c'cst-
a-diro la crainte. Notre Epoux fait tout lecontrairo.
11 reserve toujours pour la fin, le bon vin, et il nous
verse d'abord ce qui, au prix de son bon vin, estun
vin de qualite inferieure, en nous disant : « Mou
fils, quand vous vous presentez pour servir Dieu,
tenez-vous dans la crainte (Eccl. n, 1) . » Si la
crainte a fait de vous son serviteur, la charite lui
(fXVRES DE SAINT BERNARD.
fera do vous un ami, TOila comment l'eau se
trouvera changed en vin. C'est pour cela que vous
vous purifiez dans les six tunes do la crainte, el
pour cela aussi quo vous vous approcboz de lui
dans la crainte, comme un serviteur de son maltre,
afin de passer de l'etat de serviteur a la condition
do fils.
elumgei
en amour
CINQUANTE-SEPTIEME SERMON '.
Z.f^ sept sceaux rompus par le Christ.
1. « Void le Lion de la tribu de Juda, le rojolon
do David qui a obtenu par sa victoire le pouvoir
d'ouvrir le livre, et d'en rompre los sept sceaux
(Ajjoc. v, 5). » Cos sept sceaux ce sont sa naissance
temporolle, sa circoncision legale, la purification
de sa mere, sa fuite en Egypte, les besoius du corps,
son bapteme et sa passion. En effet, ce sont la au-
tant de cachets de 1'luimanite dont la sagosse de
Dieu incarnee a voulu fitre tenue et scellee. Elle est
la seconde personne de la Trinite, et, bien que le
Pore, lo Fils et le Saint-Esprit aient egalement con-
tribue a l'incarnation, ce n'est toutefois ni le Pore,
ni le Saint-Esprit qui se sont incarnes, mais uni-
quement le Fils. 11 est vrai que le Pere et le Saint-
Esprit, etant inseparables du Fils, remplissaient sa
chair, mais ilsne l'emplissaient que par la presence
de leur majeste, non point par la reception de leur
personne. Voila pourquoi, en merne temps que le
Fils fait oclator, dans sa chair, la puissance du Pere
par ses ceuvres, et la bonte du Saint-Esprit par la
remission des peches, il cele sous les sceaux dont
j'ai parle plus haul, ce qui le touche, ou plutut co
• C'etait le
qoatorziema
desPetitsser
mons.
I pour l'-joui
de Piques.
Operation di
)a sainte
Trinite dan;
Tincarnatioi
du Christ.
dulcedine regni , intentant horrendadeterroresupplicii:
fit summus auditoribus de ulroque timor, ne vel illo
fraudentur, vel islo plectantnr ; et ila capiunt bydriK
metretas binas. Quid est autem velternas? Addaturillis
duobus teptius timor, et capiunt liydriae metretas ternas.
Et illi quidem duo prsdicti timores de future . sonl
valde utiles : sed est alius timor de praesenti miillo
probabilior, quo timet homo, et semper est pavidus, ne
interna gratia deseratur. Quisquis igitur hoc timore re-
pletus fucrit, profecto binis metretas ternas addidit.
2. Notandum autem, quod cum hydriae plena? factae
sunt usque ad summum, tunc aqua versa est in vinum
bonum : quia nimirum ordo rationis est, ut si timor est
initium charitatis , perfectum sequatur etiam plenitudo
dilectionis. Unde etiam architriclinus dicit ad sponsum :
Omnis homo primum vinum bonum ponit : et cum ine-
briati fuerint, tunc id quod deterius est. Tu autem ser-
vasti vinum bonum mque adhuc. Consuetudinis est sae-
cularium hotninum , ut cum aliquem honorem adipisci
desiderant, caeteros sibi priu9 per amorem acquirant.
Cum vero adepti fuerint, elati potestate , eos ipsos per
timorem sibi postmodum subjiciunt, quibus priusprivati
non terrorem , sed amorem cxhibuerant. Isti ponunt
primum bonum vinum, id est amorem : et cum ine-
bmti fuerint, tunc id quod deterius est, id est, timorem.
E contrario facit Sponsus nosier. Semper enim servat
ad ultimum bonum vinum ; quod vero in ejus compa-
ratione deterius est, ante propinat, dicens : Fili, acce-
dens ad tervitutem Dei sla in timore. Si ex timore tc
feceris ipsius servum , faciet te ex charitate amicum
suum. Et sic aqua timoris commutabitur in vinum di-
lectionis. Ab hoc enim puriticaris in illis sex hydriis
aquis timoris, ab hoc in timore accedis ad ipsum, tan-
quam servus ad dominuni, ul de servo proveharis in li-
lium.
SERMO LVII.
De septem signaculis per Christum solutis.
1. Ecce vicit Leo de tribu Juda, radix David, aperire
librum, el solvere septem signucida ejus. Septem signa-
cula sunt, temporalis nativitas, legalis circumcisio, Ma-
tris purgatio, fuga in jEgyptum, carnis necessitudo,
baptismus, passio. Ha»c siquidem sunt veras quaedam
humanitatis insignia, quibus se teneri ac ligari voluit
incarnata Dei sapientia. Ipsa quippe est secunda in Tri-
nitate persona : et licet eamdem incarnationem simnl fe-
cerinl Pater et Filius et Spiritus-sanctus ; non tamen
SERMONS DIVERS.
17
qui est tout lui-meme, je veux dire la Sagesse de
Dieu. II s'est produit ainsi line chose merveilleuse
et surprenante, la force supreme s'est faite faible,
et, s'il m'est permis de parler ainsi, ce que je ne
ferai qu'avec le sentiment d'un profond respect, la
sagesse s'est, en quelque sorte, faite insensee. Mais
pourquoi hesiterai-je a repeter ce que le Doctcur
des nations n'a pas craint de nous enseigner. Or
voici ce qu'il croyait, ce qu'il enseignait, ce qu'il
ecrivait meme : « Pour nous, disait-il, nous pre-
chons Jesus crucitie, ce qui est un scandale pour
les Juifs, et une folie aux yeux des gentils. Mais
c'est la force meme et la sagesse de Dieu pour ceux
qui sont appeles, soit Juifs, soit Gentils. farce que
ce qui parait en Dieu une folie, est plus sage que
la sagesse de tons les hommes, et que ce qui sem-
ble en Dieu une faiblesse est plus lort que la force
de tous les hommes (1 Co;', r, 23 a 25). »
force et 2. Toutefois cette force etait cacliee et devait so
is?christe Parfaire aans l'liumilite, pour accomplir lous les
L6esdans oracles des prophetes. Ainsi un Dieu impassible a
'UVT6 dc -
Sdempiion souffei't sui la croix, et celui qui est le Fils 1m-
mortel de Dieu est mort et a ete enseveli dans
notre chair mortelle. Mais le troisieme jour il est
ressuscite d'entre les morts et l'Agneau de la pas-
sion est devenu le lion de la resurrection. « Le
Lion de la tribu de Juda s'est leve et il a vaincu ; »
car il a foule aux pieds, en ressuscitautparsa pro-
pre vertu, la mort qu'il avait soufferte par suite
de notre propre faiblesse, et maintenant « qu'il est
ressuscite d'entre les morts, la mort n'aura plus
jamais d'empire sur lui (Rom. vr, 9). » Mais c'est
en ressuscitant eten rnontant au ciel, qu'il a di-
vert le livre, attendu que c'est alors, selon la sainte
Ecriture, que sa divinite devint manifeste a tous
les regards. Aussi est-il ecrit : « Elevez-vous plus
hant que les cieux, Seigneur Dieu, et votre gloire
eclatera sur toute la terre (Psal. cvn, U). » 11 a
aussi brise les sijpt sceaux de ce livre, quand il a
ouvert l'esprit des fideles a l'intelligence des livres
saints, et quand il a niontre [ilus clair que le jour
que tout ce que la Loi et les Prophetes avaient
predit de ses mysteres sous le voile de l'allegorie,
je veux dire tout ce qu'il a fait dans le temps par
le ministere de l'homme, avait ete predit de lui et
se trouvait accompli en lui.
CINOUANTE-HIJITIEME SERMON*. •C'etait Is
quinzieme des
Petits
Les trois saintcs femmes qui vont embaumer le corps sermons.
de Je'sus mort, sont l'esprit, la main et la lanque
qui travaillent au salut du prochain.
V. le sermon
n sur la
1 . Que nous representent ces trois saintes fem-
mes qui s'en vont acheter des parfums apres la n^umcthn.
mort de Jesus, pour embaumer son corps, depose
dans le tombeau ? Quel exemple nous donnent-
elles a suivre dans leur action ? Car, selon saint
Gregoire (S. Gregor. in homil. Pascha>), tout ce
qui s'est fait est un signe de ce qu'il faut faire dans
la sainte Eglise. Pour nous done si nous voyons
que le Christ, e'est-a-dire la foi du Christ, a cesse
de vivre dans le coaur de quelqu'un de. nos freres,
il faut employer tous nos soins pour venir embau-
mer son corps et nous approcher de lui, apres avoir
fait emplette de parfums. Les trois saintes femmes
de l'Evangile nous representent trois puissances
qui se procurent chacune les parfums qui leur
Les trois
saintes
femmes au
sens tropo-
logique
Pater aut Spiritus Sanctus est inoamatus, sed solus
Filius. Implevit quidem et Pater et Spiritas Sanctus
camera Filii, a quo neuter eorum poterat separari ; sed
implevit majestate, non susceptione. Ideoquc Filius os-
tendit in came potentiam Patris per opera , cxhibuit
bonitatem Spiritus Sancti remittendo peccata; et quod
snum erat, imo quod ipso erat, id est sapientia, seoc-
cultavil per ilia prredicta signacula. Facta est igitur res
mira et obstupenda. Infirmata est virtus siimrna, (ut ita
dicam, si dici Iiceat, quod tamen reverenter dico) quasi
infutuata est sapientia. Nee erubesco dicere , quod non
erubuit Doctor gentium docere. Sic nempe credidit, sic
docuit, sic scriptum reliquit. Nos, inquit, prcedicamus
Christum cruxifixum, Judreis quidem scandalum, Genti-
bus autem stultitiam : ipsis autem vocatis Judmis atquc
Grcecis , Christum Dei virtutem , et Dei sapientiam :
quia quod slultum est Dei, sapientius est hominibus; et
(fuod infirmum est Dei fortius est hominibus.
2. Verumtamen hrec virtus abscondenda erat, et in
humilitate perficienda : ut omnium implerentur oracula
prophetarum. Passus est ergo in cruce impassibilis Deus,
et incarne nostra raortali mortuus acsepultusimmortalis
Dei Filius. Sed ecce tertia die resurrexit a mortuis : et
qui agnus exstiterat in passione, leo factus est in re-
surrectione. Surrexit et vicit Leo de tribu Juda: quia
T. IV.
mortem, quam ex infirmilate nostra pertulit , ex virtute
sua resurgendo calcavit. Resurgens enim a mortuis, jam
non moritur, mors Mi ultra nondominabitur. Resurgendo
autem et in coelum ascendendo, librum aperuit, quia ni-
mirum ex auctoritate sacraj Scripturs, quod Deus esset,
innotuit manifeste. Unde scriptum est : Exnliare super
coalos Deus, et super omnem terram gloria tua. Sep-
tem quoque cjusdem libri signacula solvit , quando in-
tellectual eloquii sacri fidelium mentibus reseravit : et
quidquid de mysteriis suis. Lex et Prophetae sub alle-
goriis pra?dixerant, de bis scilicet , quae per hominem
temporaliter gessit ; haac de se praedicta, et in se ac per
se completa, luce clarius indicavit.
SERMO LVIII.
De tribus mulieribu? mortuum ungentibus, id est, mente,
manu, lingua, salutem proximi curanlibus.
1. Quid est quod post mortem ejus tres ilia? sancus
mulieres emerunt aromata, ut in monumento positum
ungerent eum? Quid in sua actione nobis reliquerunt
imitandum? Res enim gesta, ut ait beatus Gregorius,
aliquid in sancta Ecclesia signat gerendum. Et nos ergo
18
,. nnent. Quelles sont-elles1! Co sont I'esprit,
la main ft la languc. Kn effet, quiconquo acb
donne quelqui cho e autre ol o e ;
et ce qu'il donne, il 1 ■ perd pour acquerir ce qu'il
cu de si volonte propre,
ft il fail emplette de sentiments de compassion, de
z&e pour I
sfil. La main paie en monnaie d'obei inc
. ibulations,
la pei > ion. si '■' ,|""';" '' (1;l"s
la chair. Quant a la langue, elle do i li denier
de la confessi i are dans la cor-
on, I'abondance dans ['exhortation, et I'effica-
cite dans la pei suasion.
2. Apres s'etre approvisionnees deparfums, elles
B'entretenaient entre elles le long du chemin et se
■ni : o Qui nous 6tera la pierre qui ferme
l'entree du sep ■■<■'? Or, cette pierre,
c'esl i excessive, on la paresse, ou la du-
. Car, tant qu'elli srment 1 e du coeur,
il esl tain etl
■ .: ,, po n I'em-
bauti que il est ecril : «Vol
, , in la preparation mime de
a. ix, 17), » ell, s voient la pierre
ecartee et elles I ins le sepulcre, maisalors
I [ue le mort donl elles renaient
embaumer if corps est ressuscite. Qui le leur fait
, .,,,., j Qui le leur mnonce i C'estun ange qui
avail ete te oin de cette resurrection. Aussi voit-on
le visage de celui en qui le Christ est ressuscite
plus joyeux el ' : ■'" • son langage
est plus pur, sa demarche plus modeste et sun
esprit plus prompt a touteespece de bonnes oeuvres.
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Or, qu'est-ce que toul cela sinon autanl de gais
messagers de so resurrection interieure? On ponr-
rail de mernc donner un sens Ggure a tous les
autres details de la resurrection de Jesus-Christ,
dans le linceul trouve sur la pierre du sepulcre,
dans I'annonce faite par I'ange que le Seigneur se
fera voir en Galilee, el dans tons les autres Iraits
du recit evangelique, en sorte que tout ce qu'on
raconte s'6tant passe dans le chef, se trouva
reproduit au sens moral dans son corps.
CINQUANTE-NEUV1EME SKKMON. •
Les trois pains de I'homme spiriluel.
1. « Mon ami, pretez-moi trois pains (Luc. xi,
5). » Mon ami, en arrivaut de route, je veux dire
notre prochain quel qu'il soil, quand il se con-
verts, a besoin de trois pains pour se restaurer.
Le premier de ces pains est celui de la continence
qui resserre le tissu du corps el l'empeche de se
repandre dans les voluptes mortelles. Le second est
celui de l'humilite qui fortine l'ame et l'empeche
de tirer vanite de sa continence. Le Iroisieme pain
est celui dela fervour, de la charite qui allume le
feu dans notre ame ft qui conserve pour toujours
le corps et lame, en nu'me temps dans la chasl-te
el dans l'humilite. Ces trois vertus, je veux dire la
rhisi.de, l'humilite et la charity son! comme les
trois pains qui restaurent les forces de I'homme
de Dieu et l'affermissent en sorte que selonle motde
1'Apotve, il aitle corps, .l'ame et le coeur en bon
etat au jour de l'aveneinent du Seigneur (i Cor. 1,
7). Or, par l'ame, j'entends la grace qui, selon le
• C'etail le
dix-septiemo
ties Petits
sermons.
Le seizifcmc
a 6t6 report6
parmi les
pens^es.
si Christum mortuum, id est fidem Christi mortuam in
corde cajuspiam fratris senserimus , danda nobis opera
est, ut ad ungendum corpus mortuum emptisaromatibus
: , inn tres ilia; mulieres tres in
nobis efucientias, qua sibi congrua comparant aromata.
Quae sunt il us lingua. Omnis eniui qui
emit, aat el iquid : et quod dat, perdit, ut pos-
il quod accipit. i": igil mens nummum pi
apassionis, -■
justiticc. di i Llii- Dal i i bedii tiam,
(it in tribulatione patientiam, in opere perseveran-
atiam. Dal lingua nummum con-
ipil modum ii lione . copiam in
exhort
, dum ad monumen-
(„,,, ,j mntur invicem , ct diounl :
Qui,: „h ostio monuments Lapis
, velduritia : qua
dlim , ,1 ilruit, frustra ad ungendum
,„„,,, , ius, vel lingua cum quibuslibet
aroma i ptum est, Prtspara-
auris lua : vident lapidem
revolution, introeuntin monumentum : et quemungere
volcbant mortuum, audiunt as »itatutn. Quia hoc indi-
cat? Quis hoc prsedicat ? Angelua utique testis resur-
rectionis. Videtur scilicet lnijus in quo Christus resur-
rexit, vultus ladior, aspectus venustior, sermo puriur.in-
cessus modeslior, et ad omne opus bomnn spirilus
promptior. Qua? omnia quid sunt aliud , quam quidam
interna resurrectioins hilaris nuntius? Caetera quoque,
qua in Gliristi resurrection* gesta vel dicta sunt, ulpote
do invento sudario, ac de ipso Domino in Galilaea vi-
dendo, et aliis qua evangelica conduct historia, possunt
niinii'iira juxta cceptam tropologiam interpretari : ut
quod historice pracessit in capite , consequenler cliam
credatur lieri moraliter in ejus corpora.
SERMO LIX.
De tribus panibus haminis spirUualin
Amice, commoda mtiii Ires- panes. Veniens ad nos de
via nosier amicus, id est quilibet conversus proximus,
tribus panibus reficiendus est. Primus pania est conti-
nent quia pestringitur corpus, ne deinoeps per morti-
feras voluptatea defluat. Secundus est humilitas, qua
inslrnitur anima, ne de ipsa sua conlinentia superbiat.
Tertius est fervor charitatis, quo accenditur spintus, ut
utrumque, id est corpus et animam, in castitate et hu-
SERMONS DIVERS.
19
meme apotre, vient en aide ;\ notre faiblesse, et
nous empeche de tomber en defaillance, en atten-
dant le moment oil nous pourrons moissonner le
bien (pie nous avons seme. (Rom. vm, 2G . I. e pre-
mier des trois pains est le pain de la chair ou du
corps, le second est celui de la raison, et le troi-
sieme celui de l'esprit. Toutes les fois qu'on se
trouve a court de ces pains, il faut en demander a
Dieu. Ce n'est pas sans raison qu'on en demande
trois, car il y a trois etres a restaurer; l'ame qui
est comme l'homme, la chair qui est comme la
femme, et l'esprit qui est commele serviteurde l'un
et de l'autre. Notez encore qu'il ne dit pas : donnez-
moi, mais « pretez-nioi trois pains, » pour mdiquer
par-la qu'il se propose de les lui rendre ; et en effet,
le pretre doit obten'r de Dieu la grace pour le pe-
cheur qui se convortit, mais il ne saurait se rap-
porter le fruit de celte grace, il doit l'aliribuer a
Dieu.
c..uil le SOIXANTIEME SERMON '.
t-hnitifeme
sermons'.' Jesus-Christ est descendu et il est remonle, "insi
descendons-nous el remontons-nous aussi.
1. « Personne n'est rnonte au ciel que celui qui
est descendu du ciel, le Fils de lhomme qui est
dans le ciel {Joan, m, 23). » Notre-Seigneur a et
Sauveur Jesus-Christ voulant nous apprendre a
monter au ciel, a fait ce qu'il nous a enseigne et
est monte lui-meme auciel. Mais comme il n'aurait
pu monter s'il n'avait commence par descendre,
la divinite, etant un etre simple, ne lui permet-
a. Ce passage se tronre reprodait au livre vu des Fleurs de
tait ni de monter ni de descendre, attendu qu'elle
ne pent ni croitre ni diminuer ou changer en quel-
que maniere que ce soit, il unit done a sa personne
notre nature, je reus dire la nature humaine, afin
de pouvoir et monter et descendre et nous ensei-
gner la voie par laquel'.e nous pouvions monter
nous-memes. C'est ce que nous indiquent les pa-
roles de l'Evangile que je vous ai citees. Ces pa-
roles, en effet, « nul n'est monte au ciel que celui
qui est descendu du ciel, » expriment qu'il s'est
uni la nature humaine ; et celles-ci qui viennent
ensuite, « celui qui est dans le ciel, » rappellent
l'immuabilite de sa nature divine. Ces paroles nous
indiquent egalement qu'il est aussi la voie par la-
quelle nous devons monter, et la patrie ou nous
devons demeurer ; la voie pour ceux qui sont en-
core dans le passage, et la patrie pour ceux qui y
sont parvenus. Tout en demeurant ce qu'il etait
dans sa nature, il est descendu et il est remonte
chez nous a cause de nous, en atteignant depuis
une extremite jusqu'a l'autre avec force, et en dis-
posant tout avec douceur [Sap. vui, 1). 11 est en
effet descendu si bas qu'il ne convenait pas qu'il
descendit davantage, et il est monte si haut qu'il ne
saurait monter plus qu'il i'a fait. Pour ce qui est
de descendre, il est descendu avec force, parce qu'il
etait la force meme, mais il a dispose son ascension
avec douceur, parce qu'il etait la Sagesse. « 11 est
descendn » lisons-nous, « il n'est pas tombe ; celui
qui tombe ne descend point par degre, au con-
traire, quand on descend on pose le pied d'un degre
sur l'autre.
2. II y a done des degres pour descendre comme
saint Bernard, chapitre i, et les sairaots an chapitre II.
militate perseveranter custodial. His tribus virtutibus,
id est, castitatis humilitatis, charifatis , tanquam tribus
panibus reficitur homo Dei et roboratur ; ut secundum
Apostolum in die adventus Domini sit integer spiritus,
anima, et corpus. Spiritum autem voco gratiam , qua?
justa apostolum eumdemadjuvat infirmitatemnostram ne
deficiamus, donee suo tempore metamus bonumquodse-
minavimus. Yocatur primus panis carnalis vel corpora-
lis, secundus rationalis, tertius spiritualis. Hi panes
quoties desunt, a Deo requirendi sunt. Merito autem
tres quasruntur, quia tres reOciendi veniunt : Anima
quasi vir, caro quasi eonjux , spiritus velul utriusque
vernaculus. Et nolandum quod non ait, da, sed commoda
mihi tres panes, quasi redditurus : quia sacerdos pecca-
tori convertenti debet quidem gratiam dtvinilus impe-
trare, fructum vero ejusdem gratia non sibi debet, sed
Deo referre.
SERMO LX.
De Christi itemyue nostra descensu, et aseensu.
i. Nemo ascendit inccelum, nisi qui de aelo descendit,
Filius hominis qui est in ccelo. Doininus et Salvator nos-
ter Jesus-Christus volens nos docere quomodo in cae-
lum ascenderemus, ipse fecit quod docuit , ascendit in
ccelum. Et quoniam ascendere non proterat, nisi prius
descenderet ; descendere autem eum vel ascendere non
patiebatnr dignitatis suae simplicitas, quippe quae nee
min.ii potest, nee augeri , aut aliquo modo variari : as-
sumpsit in unitatem suae persona; naturam nostram, id
est humanam, in qua descenderet et ascende-et; viam-
que nobis, qua et nos ascenderemus, cstenderet. Quod
totum indicant sincti Evangelii verba proposita. In eo
enim quod dictum est, Xeino ascendit in caelum nisi qui
"lit , assumptio humanae naturae exprimitur
in eo autem quod infertur, qui est in ccelo, divinilatis
suae incommutabilitas ostenditur. In quibus verbis illud
etiam innuitur, quod ipse sit viaperquam ascendamus;
ipse patria ubi maneamus : via scilicet transeuntibus,
patria pervenientibus. Manens itaquequod erat innatura
sua, descendit et ascendit propter nos in nostra : atlin-
gens nimirum a fine usque ad finem fortiter , et dispo-
nens omnia suaviter. Descendit siquidem quo inferius
non decuit ; ascendit quo Celsius non potuit : ipsumque
descensum egit fortiter, quia virtus erat; ascensum,
disposuit suaviter, quia sapientia erat. Descendit autem
dictum est, non, cecidit quia qui cadit, sine gradu ruit :
qui autem descendit, gradatim pedem ponit.
2. Suntergogradusindescendendo.sunt in ascendendo.
In descendendo primus quidem gradus est a summo ccelo
20
OKFVRKS DE SAINT BERNARD.
Irois degres
dans la
dcscenle.
II y a trois
ii y a trois ^? ,M1 ,( !k0ur monter- A la descente, le premier
dcscentes ou degr6 est celui qui conduit «Ui haut du ciel a la
nature humaini . nd, celui qui aboutita la
croix, etle troisieme est celui qui va jusqu'a la
mort. Voil . , jusqu'ou il est descendu. Au-
rait-il pu descendre plus b i> encore .' Certainement,
notre Hoi pouvait dir : el - . crier dans 1.' sentiment
i coeur, s'il m'esf permis de le dire : « Y a-t-il
quelque chose de plus que j'aie du fairo et quo jo
n'ai point fait [Isa v, 4)? Personne ne saurait
avoir un amour plus grand que celui qui va j us—
qu'a donner sa vie pour ses amis [Joan, xv, 13). »
Nous venous de voir comment il est descendu,
voyons maintenant comment il est monte.. 11 l'a
fait aussi par trois degres, dont le premier est la
gloire de sa resurrection; le second, la puissance du
<iegr*s anssi jugement, et le troisieme, la place qu'il occupe a la
montSe. droite de son Pere. Par sa mort, il a merite de res-
suseii i : par s i croix, de sieger sur le tribunal du
juge; car, s'il fut injustement juge sur la croix, il
devait en obtenir une juste reparation le jour ou il
s'ecrierait apres sa resurrection : « Toute puissance
ui'a ete donnee daus le ciel et sur la terre (Malt.
xxviu, 18). » Quant a sa forme d'esclave, a sa
chair, veux-je dire, dans laquelle il a souflert et il
est mort, il l'a ressuscitee et elevee au plus haut des
cieux, il l'a placee au dessus des chceurs des anges,
a la droite de son Pere . Quoi de plus doux que cette
■disposition dans laquelle la mort est absorbee dans
sa victoire, et l'ignominie de la croix se change en
gloire? Au point que les saints s'ecrient : «Loin de
moi la pensee de me glorifier en autre chose que la
croix de Notre-Seigneur Jesus-Christ (Gahd. vi.
14). >' Quoi de plus doux, dis-je, que cette disposi-
tion dans laquelle l'bumilite meme de la chair
de ce monde vers le Pere? Nun, il n'ya rien
de iblime que celte asi ension : on n • saur lil
ni dire ni concevoir rien de plus glorieux. \
comm jneur esl descendu el comment il
est monte par le mystere de son incarnation, el
nous a laisse unexemple pour que nous marchions
pas.
3. Quant a nous, nous devons prendre exemple Comment
pour nos inu'urs sur son mystere ; « oar quiconque imiter sa
,. .., , , ? ilcscecle et
tilt qUll demeiire dans le Christ, doit marcher son ascension
comine il a marche Lui-meme [Joan, u, 6). » Des-
cendons done par la voie de l'hurni ite, et que no-
tre premier degre, je veux dire noire premier pas,
soit de ne vouloir point dominer ; le second, de
vouloir eiresoumis, et le troisieme de soufl'rir avec
patience dans notre soumission, toute espece de
niepris et d'injuros. Celui qui, dans les cieux, di- n j a trois
sait dans son cceur : « Je monterai au ciel, j'eta- '^''nj,™
blirai mon trone au dessus des astres de J)ieu;je descente
m'asseoirai sur la montagne de l'alliance, a cole de
l'Aquilon ; jo me placerai au dessus des nuees les
plus elevecs, et je serai semblable au Tres-Haut
(Isa. xiv, 13), » ne connaissait point le premier de-
gre ; aussi, en s'exprimant ainsi, tomba-t-il du ciel
d'une chute irreparable, et cela parce que e'est un
orgueil intolerable que de vouloir dominer. Quant
a nos premiers parents, dans le paradis, ils ont
manque dr. second degre, quand ils aimerent
mieux abuser de leur voloute que de. se soumettre
au Createur; toutefois, ils ne pdusserent point la
la jrresomption jusqu'a vouloir dominer sur ceux
de leur race. Aussi leur faute et leur eluUiment
furent-ils bien differents de l'orgueil et de la chute
du diable, et meriteient-ils de la clemence de
Dieu d'etre rachetes. Quant au troisieme degre il
usque ad carneni; secundus usque adcrucem; tertius usque
ad mortem. Ecce quousqucdescendit. Numquid amplius
potuit? Potcrat jam certe Rex nosterdicere,et quasi quo-
dam operis affectu clamare : Quid ultra debui facere, et
non fecil Majorem hac dilectionem nemo haiet, id ani-
mam suam ponat quis amicis suis. Vidimus descen-
sum, videamus et ascensum. Sed et ille quoque triplex
est, et ejus primus gradus gloria resurrectionis; secun-
dus potestas judicii , terlius consessits ad dexteram Pa-
tris. Et de morte quidem meruit resurrectionem ; de
cruce judicii polestatem : ut quoniam in ilia injuste judi-
catus est, de ilia justam oblineret judicis censuram.ipso
post resurrectionem dicente : Data est mthi omnis po-
testas in cceto et in terra. Ipsam vero s rvi forman, id
est carnem, in qua passus et mortuus est resuscitatam
evexit super omnes ccelos , et super omnes angelorum
choros, usque ad dexteram Patris. Quid hac disposi-
tione suavius, ubi mors absorbetur in victoria, ubi igno-
minia crucis vcrtitur in gloriain ? ut de ilia dicaut sancti :
Absil mthi gloriari nisi in cruce Don i Jesu
Christi : abi et ipsa carnis humilitas ex hoc mundo
transit ad Patrum. Hac ascensione nibil sublimius , hoc
honore nihil gloriosus dici potest aut cogitari. Sic per
incarnationis suae mysterium descendit ct ascendit Do-
minus, relinquens nobis exemplum ut soquamur vesti-
gia ejus.
3. Sumamus et nos de mysterio ejus moribus nostris
exemplum. Qui enim died se in Chrtsto manere , debet
skut ipse ambulavii et ipse ambulare. Descendamus per
viam liumilitalis, ponaturque nobis primus ejus gradus,
id est primus pfol'ectus, nolle dominari ; secundus velle
subjici : tertius in ipsa subjectione quaslibet contume-
lias, et injurias illatas ;equanimiter pati. Primo gradu
caruit in coelo Lucifer ille, qui dixit in corde suo : In
caelum ascendant , super astra Dei exaltabo solium
meum : sedebo in monte testamenti , in lateribus Aqui-
lonis : ascendant super altiludinem nubium, similis era
Altissimo. Haec dicens Irreparalibiter cecidit de coelo :
et hoc ideo forte, quia omnino intolerabilissuperbia est,
velle dominari. Secundo gradu caruerunt primi homi-
nes in paradiso, qui licet sua maluerint voluntate abuti,
quam Creatori subjici : non tamen prasumpserunt ce-
teris sua? sortis dominari. Ideoque culpa eorum el poe-
na longe extitit dissimilis snperbue atque ruinaediaboli ;
undo et divina dementia quandoquc meruerunt reparari.
Tertium gradum non habent qui ad tempus credunt,
sed in tempore tentationis recedunl.
SERMONS DIVERS.
21
fait defaut a ceux qui croieut pour un temps, et
qui se retirent au moment de la tentation.
lx. Je vous dis toutes ces choses pour que nous
sachions bien quels soul ceux que nous devonsnous
donnev bien de garde d'imiter. En effet, le diable et
l'homme voulurent egalement s'elever mal a pro-
pos Fun et l'autre, celui-ci a la science, et celui-la
a la puissance et tousles deux a l'orgueil. Ne veuil-
lons point nous elever de la sorle, au lien de cela,
ecoutons plutot le Prophetese demandant comment
il faut monter. « Qui est-ce qui montera sur la
montagne du Seigneur? Ou qui esl-ce qui s'arre-
tera dans son lieu saint ? Ce sera celui dont les
mains sont innoeentes, et dont le cceur est pur, qui
n'apas recu son auie en vain, ni fait a son pro-
chain des serments faux et trompeurs [Psal. xxin,
. 3). » Or, il faut noter ici que le Prophete compte
II y a trois . . , ,.
legres aussi aussi trois degres pour aecomphr notre ascension.
Le premier est l'innocence des ceuvres, le second la
purete du cceur, et le troisieme le fruit de l'edifi-
cation. Or nous retrouvons ces trois degres indiques
d'une facon admirable dans les degres de Fascen-
sion dont il a ete parle plus haut. En effet, nous
avons vu alors que le troisieme degre est le
support des injures, c'est, en effet, a cela qu'on re-
connait le premier degre de cette ascension, je veux
dire l'innocence des ceuvres. Le second degre elait
la patience de la sujetion qui est le fruit de la pu-
rete du cceur; or, celte purete est le second degre
de l'ascension. C'est, en effet, pour cela que nous
avons des docteurs places a notre tete : c'est pour
que nous puriliions notre cceur, selon ce motdu Sei-
gneur : « Vous etes deja purs a cause de la parole
que je vous ai dite {Juan. xv). » Or, le premier degre
de l'ascension etait le mepris de la domination qui
a Tout ce pasBage se trouve reproduit dans le livre vu des
est lui-meme le fruit de Feditication. Or,quiconque
ne desire point dominer les autres se trouve tres
utilement charge de les conduire et de les former.
SOIXANTE ET UNIEME SERMON \
11 y a quatre monlagnes a gravir.
dans noire
ascension
4. Haec dicimus, ut sciamus a quorum imitatione de-
clinare debeamus. Nam et diabolus , et homo uterque
ascendere praposlere voluit : hie ad scientiam , ille
ad potentiam, ambo ad superbiam. Non sic ascendere
velimus, qnin polius audiamus Prophetam quaerentem
quomodo ascendendum sit. Quis , inquit, ascendet in
monlem Domini, aut quis stabit in loco sancto ejus ? In-
nocent manibus et mundo corde, qui non accepit in vano
animam suurn, nee juravit in doloproximo suo. Ubi no-
tandum, quod triplicem gradum ascendendi constituit.
Primus gradus est innocentia operis ; secundus , mun-
ditia cordis ; tertius, fructus asdificationis. Quos gradus
miro modo in venimus in superioribusgradibus ascensionis.
Ibi quippe fuerat tertius gradus, tolerantiainjuriarum. Ipsa
est enim quae probat bujus ascensionis primum gradum,
id est innocentiam operis. Ibi secundus fuerat paticntia
subjectionis : et ipsam operatur munditia cordis , quae
est secundus ascensionis gradus. Ad hoc enim doctores
praalatos habemus, ut cor mundemus, dicente Domino :
Jam vos mvndi estis propter sermonem , quern locutus
sum vobis. Ibi etiam primus gradus fuerat contemptus
dominationis : hie tertius est fructus aedificationis. Quis-
* C'etait le
dix-nenvieme
des Petits
sermons.
1. Qui est-ce qui montera sur la montagne du
Seigneur (1 sal. xxm, 3) ? » Jesus-Christ s'est eleve
une fois avec son corps au plus haut des cieux, et llsrJTt\s j"
maintenant il monte spirituellement tons les jours p^ches, les
, ., c- J i fimles et les
dans le cceur de ses ems. Si done nous voulons mon- crimes,
ter avec lui, il faut que de la vallee des vices nous
nous elevions sur la montagne des vertus. Or, les
vices sont de deux sortes a : les uns ne nuisent
qu'a nous, et les autres nuisent au prochain ; les
uns sont des fautes, les autres des crimes ; mais les
uns et les autres sont appeles la vallee des larmes,
attendu que la vie des pecheurs doit etre pleuree
avec un fleuve de larmes. Or, de la vallee des fau-
tes, on monte sur la montagne de la chastete par
la triple continence des membres, des sens et des
pen sees. La premiere de ces continences consiste Le mont de
dans la repression des actes, dans la seconde on la chastete.
evite les regards, et la troisieme coupe les senti-
ments dans la racine. On monte de meme de la
vallee des crimes sur la montagne de l'innocence.
Or, voici l'echelle qui y donne acces : « Ne faites
point aux autres ce que vous ne voulez pas qu'on
vous fasse a vous-meme (Malt, vu, 12) : » elle
compte trois echelons de craiute ; car il y a la
crainte de celui qui souffre et qui pent nousrendre
la pareille ; celle du pouvoir du superieur qui peut
nouspunir, etenfln celle du juge interieur qui rend a
Fkurs de saint Bernaid, chapitre xxxi.
quis autem dominari non appetit , is profecto fructuose
praeest caeteris instituendis.
SERMO LXI.
De quatuor montibus ascendendis.
\. Quis ascendet in montem Domini'. Ascendit qui-
dem semel Christus corporaliter super altitudinem cce-
lorum : sed et nunc ascendit quotidie spiritualiter in
cordibus electorum. Si ergo volumus et nos cum eo
ascendere, ascendendum nobis est in montes viitutum
de vallibus vitiorum. Est autem gemina species ipso-
rum vitiorum. Alia enim sunt quae nocent nobis, alia
quae proximis; ilia tlagitia, isla vocantur facinora ; et
haec omnia dicuntur vallis lacrymarum, quia omni fle-
tus fluvio plangenda est vita peccatorum. De valle
flagiliorum ascenditur ad montem castitatis triplici con-
tinentia, membrorum, sensuum, cogilalionum. In prima
continentia cohibetur actus, in secunda vitatur aspectus,
in tertia resecatur affectus. Item de valle facinorum
22
OEUVRES DE SAINT BERNARP.
Le mont de
la patience.
chacuu scion scs oeuvres. Quanil on est parvenu au
haul de eette montagne, on est juste, et on vit de
la foi, mais il l'aut alors, suivant l'Ap&tre, souflrir
persecution (II Tim. ui, rj .
2. 11 faut done passer du mont de l'innocenceau
mont de la patience ou so dresse aussi une fechelle
a trois echelons donl le premier est la passion du
Seigneur, lesecond la torn: des martyrs, et le troi-
sieme la grandeur de la recompense. On pourrait
les nomuier les degres de la pudeur, de memo que
nous avons appele ceux de l'innocence les degres
de la crainte. .Note/, bien que le mont de la patience
est, suivant les degres, ardu, epineux ou aride. 11 est
ardu a cause de la difflculte d'imiter la passion de
Notre-Seigneur, epineux a cause des aiguillons de
la tentation qui sont nombreux ; en effet, ce sont
les pertes de biens, les paroles de mepris, les souf-
frances du corps qui eprouvent la Constance des
saints martyrs ; aride, a cause de la recompense
des merites qui ne s'accorde point en ce nionde,
Le mont de mais en l'autre. Apres ce mont, il y en a encore un
*"' a gravir, mais ce mont est le mont des monts et
S01XANTE DEUXIEME SERMON \
de suivre le
Viritables et di/ferentes manures
< Christ.
• C'etait le
vingt-
deuxtfme deB
Petils ser-
mons.
Quant aux
vingtifeme e'
« Que eclui qui se met a mon service me suive. » uni'"me ser-
11 y en a qui, au lieu de suivre le Christ le fuient ; JJ°j}''en'j8 res°
il v en a d'autres qui ne le suivent point, mais le porta parmi
devancent : plusieurs marchent a sasuilesans pou-
voir l'atteindre, et enfin on en voit qui le suivent
et L'atteignent. Ceux qui fuient Jesus-Christ aulieu
de le suivre sont ceux qui ne cessent point de pe-
cher, e'est d'eux qu'il est ecrit : « Quieonque fait
le mal hait la lumiere {Joan, xn, 26), » et qu'un
Prophete a dit : « Ceux qui s'eloignent de vous,
Seigneur, periront [Psal. lxxii, 27). » Quant a ceux
qui ne le suivent pas, mais le precedent, ce
sont ceux qui preferent leurs sentiments a ceux des
maitres. Tel elait Pierre, quand ilblamait le Sauveur
qui voulait souffrir pour notre salut, et lui di-
sait : « Ah ? Seigneur, a Dieu ne plaise, cela ne
lea pensees.
quand on en a atteiut le sommet on trouve que le vous arrivera pas (Matt, xvi, 23) ! » On suit le Sei-
Seigneur y habit e. Aussi est-il ecrit : « 11 a choisi gneursans l'atteindre quand on agit avec noncha-
le sejour de la paix pour sa demeure (Psal. lxxv,
2). » Or, sur ce montse dresse egalement une echelle,
celle de la charite, ce qui fait dire au Seigneur :
« Faites aux hommes tout ce que vous voulez qu'ils
vous fassent (Mall, vn, 1, et Tob. iv, 16). » Or,
nous voulons qu'on nous rende le bien que nous
faisons, qu'on nous pardonne uos fautes et qu'on
nous donne sans pensee de relour.
lence et relichement, ou quand, fatigue dele suivre,
on retourne a nioitie cbemin. A ceux-la l'Apotre
dit : « Relevez done vos mains languissantes, et
fortifiez vos genoux affaiblis, conduisez vos pas dans
des voies droites afin que, s'il y en a parmi vous
qui soient chancelants, ils ne s'ecarteut pas du
chemin, mais plutot qu'ils se redressent (Hebr. xn,
12.) « Enfin, on le suit et on l'atteint quand on s'en-
gage de tout son cueur et avec perseverance dans
la voie de l'humilite, car e'est alors qu'on marche
ascenditur in montcm innoeentise. Hie erigitur scala,
Quod libi non vis fieri, alii ne facias : et ponilur in ea
triplex gradus timoris; vel ejus scilicet qui patitur, ne
reddat talionem : vet superioris potesUitis, ne inferat
ultionem ; vel interni Judicis, qui reddit uniquique se-
cundum opera sua. Cum autem ad hunc monlem ascen-
derint jam jusli sunt, et ex tide vivunl sed necesse est
eos secundum Apostolum perscutionempati.
2. Itaque confugiendum est de monte innocenthe ad
montem patientia; : et hie quoque eiigitur scala triplicis
gradus. Primus est Domini pnssio ; sccundus martyrum
fortiludo ; lertius praemii magnitudo.Possunt sane gra-
dus isti did gradus pudoris; sicut in innoccntia fucrunt
gradus timoris. Et nota, quod mons iste patientiai
secundum hos gradus est arduus, spinosus, aridus. Ar-
duus, popter difticultatem imitandi passionem Domini ;
spinosus, propter aculcos tentationum qua? mulliplices
sunt, damna scilicet reium, contunielia? verborum, cru-
cialus corporum, in quibue sancti martyres examinan-
tur ; aridus, propter relribulionem prxmioium, qua;
non in lioc saecul . sed in future Post hunc
montem reatat ei alius mons ascendendus, mons scilicet
montium ; ad quern cum pervencrit, jam in eo Dcus
requiescit. Unde ecriptum est : Faclus est in pace locus
ejus. Sed ts in hoc monte pacis erigitur scala charitatis,
unde Dominus dieit : Qumcunque vultis ut facianl vobis
homines, et vos facile Hits. Volumus siquidem retribui
nobis, volumus ignosci, volumus gratis dari.
SERMO I.XII.
De varia el vera sequela Christi.
Qui mihi ministrul, me sequalur. Quidam sunt qui non
sequunlur Christum, sed fugiunt : alii non scquuntur,
sed praeunt : nonnulli scquuntur, sed non asscquuntur,
alii vero sequunlur et conscquunlur. Non scquuntur
sed fugiunt, qui necdum peccarc desislunt, de quibus
scriptum est : Omnis qui male agit, odd lucem. Et Pro-
phela : Ecce isti qui clongant se a te, peribunt. Non se-
quunlur, sed praeunt, qui magistrorum sentcntiis suas
pra'l'erunl. Quorum imagincm tenebat Petrus, cum pro
salute nostra volentem pati Dominumiucreparet, dioens:
Absita te Domino, non erU libi hoc. Sequunlur, sed
non asscquuntur, qui segniter ac remisse agunt, vel us-
que ad lincin uon persevcianles de medio itinera rcver-
tuntur. Talibus dicit Apostolus : Remissas manus, et
dissoluta genua erigite, et yvessus rectos facile pedibus
vestrii, ut uon c/audicans quis errel, magis autcm sane-
SERMONS DIVERS.
23
veritablement ii la suite du Seigneur. « Que celui
qui se met a mon service, ine suive, » c'est-a-dire
m'imite. Mais quel fruit en recueillera-t-il ? Le
Seigneur repond : « Mon serviteur sera aussi la ou
je suis [Joan, sn, 26). » Le fruit de 1'imitation de
Jesus-Christ est done la felicite eternelle.
C'etait le S01XANTE-TROIS1EME SERMON. *
vingt-
troisiime des . ,,,.., . ■,
Peiits ser- Des trois moyens de recouvrer la beatitude presents
mons- par Jesus-Christ dans ees tcrmes : Que celui qui
rent venir apres moi, etc.
Que celui qui le veut° vienne apres moi, par moi
eta moi; apres moi pareeque jesuisla verite, par moi
parce que je suisla voie; a moiparce que je suis la
vie. « Si quelqu'im veut venir apres moi, qu'il re-
nonce a soi-meme, qu'il porte sa croix et me suive
(Luc. ix, 23). » II y a trois'choses que le Christ,, la
Vertu, la Sagesse de Dieu , l'Ange du grand
Conseil, propose al'ame raisonnablecreeea l'image
de la Sainte Trinite, ce sont la servitude, l'abaisse-
ment et Tasperite. La servitude est designee par le
renoneement a soi, l'abaissement, par le porte-
ment de la croix, et l'asperite, par 1'imitation du
Christ; e'est ainsi que l'homme qui, par sa deso-
beissance, etait tombe de l'etat de sa triple felicite,
se trouvant humilie par l'aitliction de sa triple
misere, se relevera par son obeissance. II etait
dechu de lui-meme de la societe des anges et de la
vision de Dieu, c'est-a-dire de la liberte, de la
dignite et de la felicite. Qu'il ecoute done uu
a Les Fteurs, de saint Bernard, reproduisent tout ce passage
au livre vm, chapitre xxxi.
b Ce passage est reprodnit dans les Fteurs de saint Bernard,
conseil, et, en se renoncant lui-meme, c'esl-a-dire
en renoncant ii sa volonte propre, il recuperera sa
liberte; en prenant sa croix, c'est-a-dire en cruci-
iiant sa chair avec ses vices et ses concupiscences,
il retrouvera, par le bien de la continence, la so-
ciete des anges; en suivant le Christ, c'est-a-dire
en imitant sa passion, il recouvrera la vision de
sa splendeur, attendu que si nous souffrons avec
lui nous regnerons aussi avec lui (Rom. vm, 7).
SOIXANTE-QUATRIEME SERMON *.
La vie et la mart des saints sont precieuses.
1. « C'est une chose precieuse auxyeux du Sei-
gneur que la mort de ses saints (Psal. cxv, 5). »
Ce qui rend la mort des saints precieuse aux yeux
de Dieu, c'est tantot leur vie, tantot la cause meme
de cette mort, el tantot enfin l'une el l'autre en
meme temps. Chez les confesseurs h qui meurent
dans le Seigneur, ce qui rend leur mort precieuse,
c'est leur vie. Dans les martyrs qui meurent pour
le Seigneur, ce qui donnc du prix ii leur mort,
c'est tantut uniquemeut la cause de cette mort, et
tantot siniuhauement cette meme cause et leur
Vie. La vie des uns rend leur mort preciei
la cause de la mort des autres la rend phis pre-
cieuse, et la reunion de la cause de la mort a ce.
merite de leur vie rend la mort des troisiemes
inliuiment precieuse.
2'. Or, il y a trois choses qui rendent sainte la
vie d'un homme : c'est la sobriete dans le genre de
livre vm, chapitre lxxxiv ; on en trouve d'autres tire? du
meme sermon, n. 2, dans le meme livre, chapitre lxivii.
* C'etaient le
vingt-qua-
trieme et le
vingt-cin-
quieme Petits
sermons.
II y a trois
choses qui
rendent la
mort des
saints glo-
riease.
II y a trois
choses qui
font un
homme saint.
tw. Sequuntur et consequuntur, qui viam humilitatis,
ejus devoto mentis aflecta perseveranter imitantur. Hu-
jusmodi vere sequuntur Dominum. Quirnihi ministrat,
me seqnaiur, id est, me imitetur. Quo fructu? VI ubi
sum ego, inquit, ibi sit et minister meus. Fructus
itaque liujus imitationis mansio est SBternae beatitu-
dinis.
SERMO LXIII.
Detribus mediis recuperandie beatitudinisaChristoprass-
criptis, in illud, Qui vult venire post me, etc.
Qui vult , veniat post me, per me, ad me. Post me
quia Veritas sum : per me, quia via sum : ad me, quia
vita sum. Qui vult venire post me, abneget semetipsum,
et tollat crucem suam, et sequaiur me. Tria proposuit
Cliristus, Dei virtus el Dei sapientia, Angelus magni
consilii, animae rationali ad imaginem Trinitatis facta;,
scilicet scrvitutem, vililatem, asperitatem. In abnega-
tione sui servilus; in tulcrationc crucis vilitas, in imita-
tione Cbrisli designatur aspeiitas : ut quse per inobe-
dientiam de statu trina> felici'atis ceciderat, bumiliala
afflictione trinse miseries per obedienliam resurgat. Ce-
ciderat, enim a seipsa, a societate angelorum, a visione
Dei, id est a liberlate, a dignitate, a beatitudine. Audi.it
ergo concilium, ut abnegando semetipsam, id est pru-
priam voluntatem, sui libertatem recuperet : tollendo
crucem suam , id est carnem suam cum viliis et con-
cupiscentiis cruciugendo, per continentiae bonum recu-
peret societatem angelorum : sequendo Christum,
id est ejus passioneni imitando, recuperet claritatis
ejus visioncm : quia sicompatimur ei et conregnabi-
111 us.
SERMO LXIV.
De pretiosa vita et morte sanctorum.
i. Pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus :
Pretiosam in conspectu Domini mortem sanctorum ejus
facit aliquando vita, aliquando causa, aliquando vita si-
111 li 1 cum causa. In confessoribus, qui in Domino mo-
riunUir, facit pretiosam vita. In martyribus, qui pro
Domino moriuntur, facit earn pretiosam aliquando sola
causa, aliquando causa pariter et vita. Et ilia quidern
mors pretiosa est, quam comniendat vita : preliosior,
quam facit causa : pretiosissima vero quam praivenit vita
simul cum causa.
2. Porro tria sunt qua? sanctam aciunt hominis vitam ;
24
OEl'YRES DE SAINT BERNARD.
II y a trois
choses qui
reudent la
niort d'un
saiot pre-
cieuse.
• C'etait le
vingt-sixieme
des Petits
sermons.
i. Parabole
du trteor
cache dans
un champ.
vie, la justice dans les actes, et la piete dans les
sentiments. Or. la sobriele dans le genre do vie
consiste a vivre avec continence, en bonne intelli-
gence avec nos frert - leissance, avec chas-
tite. avec charite et avec humilite. Or, par la
continence, c'est la chastete qu'on acquiert; par la
bonne intelligence. c'est la charite, et par l'obeis-
sance c'est l'huuiilite. Or, telle est la vcrtu qui rend
l'auie parfaitemeni soumisea Dieii, et la fait vivre
en securite a l'ombre de ses ailes. La justice dans
les actes consiste a etre droit, discret et fructucux.
Droit par la bonte d'inteniion, discret en se main-
tenant dans la luesure de la possibility, et fruclueux
en procurant le bien du prothain. Les sentiments
seront pieux si notre Ibi tient Dieu pour souverai-
nemeul puissant, souverainement sage et souve-
rainement bun, si nous croyons que sa puissance
soutieut notre faiblesse, que sa sagesse corrige
notre ignorance, que sa bonte efface notre iniquite.
II y a trois choses qui rendenl la mort des saints
precieuse : c'est le repos apres le travail, la joie
produite par la nouveaute et la securite, naissant
de l'eternite.
S01XANTE-CINQUIEME SERMON \
Rapport etroit entre ees trois paraboles, que nous
lisous en saint Matthieu : « Le royaume du ciel est
semblable a un tre'sor cache dans un champ, etc.
1. Les trois paraboles qu'on vient de nous lire
nous montrent trois degres. Le champ est notre
corps, taut que les desirs passionnes y regnent en
maitres, c'est un champ inculte et frappe de male-
dictions qui ne produit que des ronces et des epi-
nes. Eu effet, qui est-ce qui le croirait capable, en
cet etat, tie produire de dignes fruits de penitence?
o ame insensee, pourquoi exposes-tu ainsi ton
corps ? ne sais-tu pas ce qu'il y a de cache eu lui?
(Ju'est-ce, sinon lc royaume des cieux? Tu penses
trouvcr en lui des ceuvres de salut par lesquelles
il te sera possible d'acquerii le royaume des cieux.
Achele-le done ce champ et mets toi-meme ton
corps a l'abri des atteintes de tes concupiscences,
et paies-en 1'acquisition au prix des aliments et
des occasions de ces merries concupiscences.
2. Quand tu auras decouvert le tresor cache dans
ton champ, fais du negoce et cherche des perles
precieuses ; si tu en trouves une bien precieuse,
alors vends ce que tu possedes, et achete-la. Mais
quelle est cette perle unique ct si precieuse? II ne
faut point s'etonner si, pourun tresor, le negotiant
avendu lout ce qu'il avait, e'est-a-dire s'il a vendu
sespecbes pouracquerir des richesses de salut, et s'il
a renonce a tout ce qui fomente le peche. Car
dans le principe, il n'avait pas autre chose que
cela. Mais a present qu'il a trouve ce tresor,
comment se fait-il qu'il cherche de bonnes perles
et que pour une seule il vende tout ce qu'il
possede? A mon sens, je crois que celte perle uni-
que n'est autre chose que l'unite. Or, celui qui cher-
che de bonnes perles, c'est celui qui dans les ceuvres
de salut, ne se contente pas des biens inferieurs,
mais recherche les biens les plus eleves et les plus
excellents. Comme il ne trouve rien de plus pre-
cieux que l'unite, il n'tpargnera point le reste de
son. avoir pour se la procurer, et il preferera, sans
balancer, l'unite aux jeunes, aux veilles et aux
prieres.
victus sobrins, actus Justus, sensus pius. Yictus sobrius
erit, si conlinenter, si socialiter, si obedienter, id est
caste, charitative, humiliter, vixerimus. Per continen-
tiam enim casti las, per £ ci litatem charitas, perobedien-
tiaruhumilitasacquiritur.Ethcecest virtus, quee animam
perfecte Dcosubditani,sub umbra alarumipsiussecure tacit
vivere. Actusjustuserit, si fuerit rectus, discretus, fruetuo-
sus. Rcclusperbonaminienlionem,discretus per mensu-
ram possibililatis, frucluosusper utililatem proximorum.
Sensus pius erit, si fides nostra Deum sentit summe
potentem, summe sapieolem, summe bonum : ut per
ejus polentiam, nostramcredamusadjuvari infirmitatem ;
per ejus sapienliam, nostram credamus corrigi ignoran-
tiam ; per ejus bonitatem, nostram credaaius dilui ini-
quilatem. Tria sunt quae mortem sanclorum faciunt pre-
tiosam, quies a labore, gaudium de novitate, securitas
de aeternitate.
SERMO LXV.
De connexione triplicis Parabola? apud Matlh. Si-
mile at regnum ccelorum thesauro abscondilo in
agro, etc.
1. Triplicem nobis commendat gradum parabola tri-
2. Parabole
d'un mar-
cband qui
achete des
perles.
plcx lcclionis unius. Agcr est corpus. Huic dum adhuc
dominanlur passiones desideriorum, jacet incultus, ct
obnoxius malcdicto, spinas ct tribulos germinal; quid
intus lateat ignoratur. Quis enim co tempore ido-
neum repute! ferre dignos peenitentiae fruclus? Quid
tarn insipienler exponis anima corpus tuum ? Nescis
quid absconditum sit in co? Quid, nisi regnum coe-
lorum? Invenirc est in eo salulis opera, quibus reg-
num ccelorum polcris adipisci. Erne ergo agrum, et a
eoncupiscentiis tuis tibi vindica corpus tuum, dato
nimirum pretio fomenlis et occasionibus ipsarum con-
cupiscentiarum.
2. Ubi vero thesaurum effodcris, esto jam negotiator,
et pretiosas margarilas quaere. Si preliosissimam unam
inveneris, etiam tunc vende quidquid habes, et erne
earn. Quae est tamen una tarn pretiosa? Neque enim
mirum si pro thesauro vendidit quaecunque habebat,
id est pro dhitiis salutis et peccata, et peccati fomenta
deseruit. Ha'c quippe sola prius habebat. Nunc autem,
ubi thesaurum hunc reperit, quomodo quaerit bonas
margarilas, et pro una omnia vendidit ? Ego unam
hanc nihil aliud quam unitatem arbilror esse. Quaerit
autem bonas margarilas, qui. in opere salutis suae
non est contentus inferioribus bonis, sed summa quss-
que et excellenliora perquirit. Nihil ergo pretiosius
SERMONS DIVER
25
i.Paraboledu
filet lance
lans la mer.
3. Or, je veux qu'on deineure si bien dans l'unite
qu'on y soit Don pas comme si tous ne faisaient
qu'un, mais comme si un seul etait avec tous.
Qu'on ouvre son sein bien large, qu'on enferme
dans ses entrailles toute sorte d'affeetions, qu'on se
fasse tout a tous, egalement pret a se rejouir ou a
compatir avec tous, a partager la joie de ceux qui
sont daus la joie, et les larmes de ceux qui pleu-
rent. Car un jour viendra oil, assis sur lerivage,le
pecheur rejettera du filet de la charite tous les
mauvais poissons, et mettra au rebut tout ce qui
est mauvais.
SOIXANTE-SIXIEME SERMON *.
Les huil beatitudes sont opposees a autant de picMs.
1. Le remede du peche a suivi dans le meine
ordre que le peche a precede. Le premier peche
a a ete commis dans le ciel par l'orgueil de l'ange
prevaricateur qui a dit en son coeur : « Jc mon-
terai au ciel, j'etablirai mon trone au dessus des
astres de Dieu ; je m'asseoirai sur la monlagne de
l'alliance, a cote de l'Aquilon, je me placerai au
dessus des nuees les plus elevees, et je serai sem-
blable au Tres-Haut (/sa. xiv, .3). » II s'enfla au
dedans de lui-meme et, chasse du milieu des
esprits bienbeureux, il perditleroyaume des cieux.
C'est contre ce pecbe qu'il a ete dit : « Bienbeu-
reux les pauvres d'esprit, parce que le royaume
des cieux est a eux (Matt. v,'3). » Le second pecbe
a ete commis dans le paradis terrestre par la de-
sobeissance de la femme. A la suite de ce pecbe,
■ Les Fleurs de saint Bernard reproduisent une partie de ce
inveniens imitate, non parcal omnibus CEeteris propter
earn : jejuniis, vigiliis, orationibus audacter prHeferat
nnitatem.
3. Volo autem, ut in ea quoque sic mancat, non
quasi unus ex omnibus, sed quasi cum omnibus unus.
Latum expandat sinum, ex omni genere affectionum
claudat intra viscera sua, omnibus omnia fiat, et con-
gaudere paratus, et compali : gaudere cum gaudentibus,
fiere cum llentibus. Erit enim cum ad littus veniens,
malos pisces a sagena charitatis excludet, et quidquid
molestum est, foras mittetur.
SERMO LXVI.
la chair se revolta contre l'esprit, en sorte que de
meme que l'esprit s'etait revolte contre le Createur,
la chair refusa de se soumettre a l'esprit. C'est
contre ce peche qu'il a ete dit : « Bienbeureux
ceux qui sont doux, parce qu'ils possederout la
terre (Ibid.) » Le Seigneur renferme le remede a
ces deux p6cb.es dans ces mots : « Apprenez de moi
que je suis doux et bumble de coeur (Matt, xi, 29). »
Le troisieme pecbe est celui que fit Eve quand elle
entraina Adam dans sa faute. Elle aurait du pleu-
rer sa faute au lieu d'en ajouter une seconde a la
premiere, mais elle crut trouver une consolation si
elle faisait participer son niari a son pecbe. C'est
en effet un sentiment de la nature de vouloir trou-
ver quelqu'un qui partage nos vices ou nos vertus.
C'est contre ce peche qu'a ete donue ce remede :
« Bienbeureux ceux qui pleurent, parce qu'ils
seront consoles (Matt, v, li). »
2. Adam, par son conseDtement, commit le
quatrieme peche, car Adam ne fut pas seduil, tan-
dis que ce fut la seduction qui entraina Eve dans
sa faute. Eve pecha par ignorance et Adam par
faiblesse. L'afiection trop grande qu'il avait pour sa
femme le conduisit au peche, non parce qu'il fit la
volonte de sa femme, mais parce qu'il prefera cette
volonle a celle de Dieu; c'est pour cela que le Sei-
gneur a dit : « Puisque tu as mieux aime beir a
la voix de ta compagne qu'a la mienne, la terre
sera maudile (Gen., m, 17). » II etait juste, en effe*
qu'il obeit preferabiement a celui i qui il devaik
le plus, et qui oserait douter qu'Adam ne dut plus
a Dieu qu'a Eve? Si 1'amour l'attachait a sa femme,
a plus forte raison 1'amour et la crainte devaient
Sermoi', dans le livre x, chapitre I.
De oclo bealitudinibus oppositis totidem
peccatis.
1. Eodem ordinc quo pracessit culpa, subsecuta est
cliam culpa; medicina. Primum peccatum est factum
in coslo per superbiam prsvaricatoris angeli, qui dixit
in corde suo : In caelum conscendam, super astra Dei
exaltnbo solium meum : scdebo in monte testamenti,
in tateribus Aquilonis : ascendant super a/tifudinem nu-
bium, era similis AUissimo. In seipso tumuit, et de
Le second
peche est la
desobeis-
sance, la
seconde
beatitude lui
est oppoaee.
Le troisieme
peche a ete
la seduction
d'Adam par
five ; la
troisieme
beatitude lui
est opposee.
sorte beatorum spirituum ejectus, ccelorum regnum ami-
sit. Contra hoc peccatum dictum est : lieati pauperes
spiritu, quoniam ipsorum est regnum ccelorum. Secun-
dum peccatum commissum est per inobedicntiam mu-
licris in paradise Ex hoc peccato facta est caro rebellis
spiritui, ut quoniam spirilus ejus non fuit subjeclus
Crcatori, nee caro sit subjecta spiritui. Contra hoc est
dictum : Beati mites, quoniam ipsi possidebunl terrain.
Horum duorum peccatorum comprehendit Dominus
medicinam, dicens : Discite a me quia mitis sum, et
humilis corde. Terlium peccatum fuit, quod ipsa mu-
lier virum quoque secum traxit in cuipam. Debuit qui-
dem ilia peccatum suum dellere, nee addere peccatum
peccato : sed in hoc se pulavit habere consolationem, si
virum faceret peccati sui participem. Quodammodo
enim naturale est unumquemque velle, sive in vitiis,
sive in virtutibus, associarc sibi consortem. Conlra hoc
peccatum est istud remedium : Beati qui lugenl, quo-
niam ipsi consolabuntur.
2. Quarlum peccatum commisit Adam, qui consensit.
Adam enim, sicut ait Apostolus, non est seduclus,
mulier autem seducta in pra'varicaiione fuit. Ilia per
ignorantiam, istc peccavit per infirmilatem. Peccavit
autem nimis diligendo uxorem, non quia ejus volunta-
tem fecit, sed quia earn voluntati prstulit divinae. Unde
26
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
l'attaeher a Dion. Ces deux liens devaient avoir il dejaeleveen ellequelquemouvementd'orgueil qui
Le quatri^me
peche e<t le
consenletnent
d'Ailam, il
a pour
opposee la
huitieme
beatitude.
plus d'empire sur lui pour lui faire observer le
precepte de Dieu, que la settle affection qu'il avait
pow sa sotnpagne. La remede contre ce quatrieme
pei he as) dans ces paroles de l'Ap6tre : « Bienheu-
reux cam qui onl faim al suit' de la justice, car ils
seront rassasiea Matlh., v, 6). » OrAdameutla
justice, car Uieu le area juste ; niais son lihre arbi-
tre, qui rempecha de suivra la justice, Ten de-
tourna facilament. ("est ce que dit le Psalmiste
lorsque, an parlant .lu Christ, il s'ecrie : « Vous
avez aime la justice etdeteste L'iniquite (Psul., xuv,
8). » Adam commit un cuaquieme peche, en reje-
tant sa faute sur Eve, lorsqu'il dit : « La femme
que vous m'avez donnee pour compagne ma pre-
senta du fruit et j'en ai mange [Gen. m, 12), »
D'abord il se niontra cruel envers lui-meme en
excusant son peche, ensuite envers son epouse en
l'accusant. II pensa ainsi se venger en accusant
celle dont Tumour l'avait porte au peche. Cost
contre ce peche qu'il est dit : « Bienheureux les
misericordieux, par ce qu'il leur sera fait miseri-
corde [Matt., v, 6 . »
3. Le sixieme peche est celui que commit Eve
lorsque Dieu, en luireprochant sa faute, lui denianda
pourquoi elle avait agi ainsi. Elle repondit en
effet : « Le serpent m'a trompee, et j'ai mange du
fruit (Gen. in, 13). » Elle s'est laissee aller a des
paroles de malice et a chercher des excuses a son
peche (Psal. cxl, 4), en rejetant sa faute sur le
lui valut d'etre seduite par le serpent. C'est contre ce
peche qu'il a ate dit : a Bienheureux ceux qui out
in- pur, car ils verront Dieu (Matt. v. 8). » Le
septieme peche se commit hors du paradis ter-
restre, torsque Cain s'eleva contre son frere Abel
elle tua (Gen. iv, 8). Cest depuis ce moment qu'il
est devenu habituel aux mediants de se lever
contre les bons, et de lis oppriiner : Voici le re-
mede de ce peche : « Bienheureux les paciflques,
parce qu'ils seront appeles les enfants de Dieu
[Matt, v, 9). » Si les mediants nc cessent point
leurs persecutions, il faut que les bons les souf-
frent avec patience, en attendant les paroles conso-
lantes qui suivent et qui leur sont adressees :
« Bienheureux ceux qui souffrent persecution a
cause de la justice, parce que leroyaume des cieux
est a eux (Ibidem). » Voila a quel point l'avenement
du Christ fut necessaire pour soumettre la chair
a l'esprit, remettre l'homme en pais avec lui-meme
et le recoiicilier avec Dieu.
SOIXANTE-SEPTIEME SERMON *.
La loi comprend deux iortes de preceptes, Its preceptes
moraux et les figuratifs.
1. « La loi a ete donnee par Moise, c'est par
Jesus-Christ que la grace et la verite nous out ett
apportees. (Jean, i, 17 ). » Or, je trouve deux sortes
Le septieme
p6cb6 est la
haine ties
nx'-chants
contre les
bons ; la sep-
Ueme beati-
tude lui est
opposee.
La hnitierae
beatitude est
opposee a la
persecution
des mediants
• C'etait le
vingt-hui-
tieme des
Petits
sermons.
serpent, conime si elle cessait d'etre coupable pour de preceptes dans la loi ancienne . II y en a de mo-
avoir ete teuti'e quatid les suggestions du strpent nelui raux, tels que ceux-ci : « Vous ne cederez point a
auraientfaitaucunmalsielleavaitrefuseleconsente- la concupiscence ; vous ne commettrez point d'a-
mentdesaproprevolontejpeut-etrebienaussis'etait- dultere ; honorez votre Pere (Matt, iu, 18, Rom.i,
ct a Domino ei dictum est : Pro eo quod obedisti voci
uxoris tua; phuquam mem, maledicta terra in opere tuo.
Juslum quippe erat, ut illius magia voluntatem faceret,
cui plus debebat. Quis vcro ambigal plus cum debere
conditori, quam uxori? Siquidem uxori erat adstridus
tantum per amorem, Deo autem per timorem simul
et amorem. Plus ergo debuerunt valere duo vincula
ad tenendum eum erga Dei prceceptum, quam uniini
tantum erga conjugis affectum. Contra hoc quartum
peccatum adhibitum est remedium : Beati qui esuriunt
et sitiunt justitiam, quoniam ipsi saturabinitur. Habuit
quidem Adam justitiam a justo Deo creatus Justus :
sed quia non cam ex libera arbitrio direxit, facile ab
ea per idem liberum arbitrium defluxit. Quod contra
dicitur per Psalmilam de Cbristo : Di/cxisti justitiam,
el odish iniquUatem. Quintum a;que peccatum commi-
Mt, qui propriam eulpani relopsll in uxorcm, cum ait :
Mutter quam ilxlutt mtlu sociam, dedit mdii de ligno,
et comedi. Piimo quidtm crudelis in se, qui peccatum
suupi excusavit ; sccundo in uxorem, quam accusant.
El utique satis sun.pta est digna de peccalo vindicla,
quando cam !<cmsa\it, cBJna anore peceavit. Contra boc
peccatum dicltm est : Beati misertcoides, quoniam ipsi
mitericordiam comequentur.
I. Sextum peccatum fecit Eva, qus cum increparetur
a Domino cur boc fecissel, respondit ei : Serpens dece-
pit me, et comedi. Sic declinavit et ipsa in verba mali-
tice, ad excusandas excusationes in peccatis, refundens
culpam in serpentem, quasi immunis a crimine, cum
nil obfuissel suggeatio serpentis, si ilia negassel assen-
sum propria voluntatis ; et forte prajcessit in ea aliquis
motus superbia?, unde seduci meruit a serpente. Contra
quod dictum est : Benti mundo corde, quoniam ipsi
Deum oidebunt. Seplimum peccatum factum est extra
paradisum, quando Cain consurexit adversus Abel fratrcm
suum, et inlet-fecit eum. Ex eo jam tempore inveteralu m
esl. til mali insurganlin bonos, et opprimant eos. Hujus
peccali remedium est illud : Beati pacifici, quoniam
fitii Dei vocabuntur. Quod si ab infestalione cessare no-
lucrint iniqui, patienler lolerent eos jusli, audienles
consolationem qua; scquitur, et dicit : Beati qui perse-
cutionem patiuatur propter justitiam : quoniam ipsorum
est regnum coilorum. Eccc quam neccssatius fuit adven-
tus Christi, qui carnem sttbjiceret spiritui, hominem
pacilicaret sibi, Deum reconciliaret homini.
SERMO LXVIl.
De duplicibui Legis prceceptis, moralibus, et figuratibus.
1. Lex per Moysen data est, gratia et Veritas per Je-
SERMONS DIVERS.
27
9, Exod. xx, 13), » et autres semblables. II y en a
de figuratifs qui ne sout que des ombres ou des
figures, telle est l'ininiolation des taureaux et le
sang des boucs. Quoiqu'il en soit, un peuple charnel
ne pouvait ni les accomplir ni trouver en eux son
salut. Quund le Sauveur du monde reprochait aux
Pharisiens, dans son Evangile, de rendre inuliles
les preceptes et les comrnaudemcnts de Dieu par
leurs traditions, il parlait evidemnient des preceptes
qui devaient regler leurs nioeurs.Lorsqu'il parle des
autres par son Propbete, il dit : « Je leur ai donne
des preceptes quine sontpas bons (Ezcch. xx, 25), »
evidemment ces preceptes ne sout autres que ceux
qui etaient la figure de cboses futures. En uffet,
quel rapport y a-t-il entre le peche d'un bomme et
l'immolation d'un belier en expiation de ce peche;
cette victime du peche n'aurait-elle pas pu s'ecrier
avec le Propbete : « J'ai paye ce que je n'ai point
pris (Psal. lxviii, 7) ? » On ne peut disconvenir
que si ces preceptes n'etaient pas bons , c'est
parce que le peuple auquel ils etaient donnes
n'etait pas bon lui-meme, s'il faut sen rapporter a
ce mot du Propbete : « Vous serez saint, Seigneur,
avec celui qui est saint, et innocent avec l'homuie
qui est innocent {Psal. xvn, 26). » II savait, en
effet, que le cceur des Juifs etait un cceur charnel,
voila pourquoi il leur donna des sacrements char-
nels incapables de rendre parfait dans sa conscience
celui qui le servaitdans la justice de la ehair. Notre-
Seigneur Jesus-Christ vint done plein de grace et
de verite afin que desormais les preceptes moraux
fussent observes par la vertu de la grace et que les
preceptes figuratifs et mystiques, une fois la verite
a Ce sermon, qui est le vingt-neuvienie petit sermon, ne tliffe-
rant point du trente-deuxieme des sermons diners, que nous
avons place en son lieu, est omis ici a dessein.
qu'ils recouvraient devoilee , cessassent d'etre
suivis a la lettre et fussent compris dans un sens
spirituel . Voila pourquoi quand un homme peche,
ce n'est plus un taureau ou un belier qu'il doit im-
moler, mais c'est l'hostie vivante de son propre
corps, un vrai sacrifice raisonnable et acceptable
qu'il doit offrir dans les jeimes et les penitences
pour obtenir en meme temps la grace et son
pardon .
SOIXANTE-HUITIEME SERMON a.
SOIXANTE-NEUVIEME SERMON \
Le triple renouvellement d'une triple vetuste.
1. « Portons l'image de l'homme celeste comme
nous avons porte celle de l'homme terrestre
(1 Cor. xv, 49). » II y a deuxb hommes : le vieil et
le nouveau. Le vieil homme est Adam, le nouveau,
Jesus-Christ. Le premier est le terrestre, le second
est le celeste ; la vetuste est l'image du premier, et
la nouveaute, celle du second. Or, de meme qu'il y
a une triple vetuste, ainsi y a-t-il trois nouveautes.
II y a la vetuste du cceur, de labouche et du corps,
car nous avons peche par-la en trois manieres
differences, e'est-a-dire par pensee, par parole et
par action. Le cceur est le siege des desirs ehar-
nels et mondains, je veux dire de l'amour de la chair
et de l'amour du siecle. De meme il y a une double
vetuste dans la bouche : l'ignorance et la detrac-
tion. Le corps aussi a ses deux vetustes : le crime
et la turpitude. Telle est l'image du vieil bomme
qu'il faut renouveler en nous. Si le vieil homme
b Ce sermon et le suivantse trouvent reproduits en paitie dans
les Fleurs de saint Bernard, livre vn, chapitre lvi et xxxui.
• C'etait le
trentieme
des Petits
sermons.
Triple
Tetuste.
sum Christum facta est. Duplex in lege veteri precep-
torum genus invenio. Sunt enim moralia quaadam, utest
Non concupisces ; Non adulter abis; Honora patrem luum,
et bis similia. Sunt etiam tigurativa et umbralilia qua;-
dam, ut est taurorum immolatio, et sanguinis hircorum.
Verumlamen carnalis ille populus nee ilia implere po-
terat, nee in his obtinere salutem, Unde et Salvator in
Evangelio legis praecepta improperat Pharisaeis, quod
propter traditiones suas irrita facerent Dei mandata, ipsa
sine dubio, in quibus esset aBdificatio morum. Nam de
caeteris ipse loquitur per Prophetam : Dedi eis prae-
cepta non bona : ipsa plane, in quibus esset umbra
futurorum. Quae enim consequentia ralionis, ut homine
peccante aries mulclaretur, et diceret cum Propheta :
Qua non rapui, tunc e.csolvebam ? Merito sane non
bona praecepla populus non bonus accepit, dicente
Propheta : Cum sancto sanctus eris, et cum perverso
pervertcris. Noverat enim Judasorum corda carnalia :
unde et carnalia eis tradidit sacramenta, quaa non pos-
sent juxta conscientiam perrectum facere servientem in
justitiis carnis. Venit proinde plenus gratia et veritate
Christus Dominus noster, ut ex hoc jam moralia qui-
d«m impleantur per gratiam : quae vero umbritilia et
mystica fuerant, revelata veritate deinceps non ad litte-
ram observentur, sed secundum spiritum spiritualiter
inlelligantur. Propterea jam non aries vet taurus
humine peccante mactatur, sed viva corporis hostia,
rationale et acceptabile sacrilicium, in jejuniis et labo-
ribus veniam merelur pariter et gratiam.
SERMO LXVIII. Sen 29. ex Parvis cum in nullo
differat a Sermone 32. de Diversis, hie consulto
omissus est.
SERMO LXIX.
De triplici renovalione triplicis vetustatis.
I . Sicut portavimus imayinem terreni hominis, por-
temus el imaginem cwlestis. Duo homines sunt, velus et
novus : Adam vetus, Christus novus. Ille terrenus, iste
ccelestis : illius imago vestustas, istius imago novi-
tas. Est autem triplex vetustas, et e contiario triplex
novitas. Est enim vetustas in corde, in ore, in corpo-
re : in quibus tribus modis peccavimus, cogitatione,'lo-
cutione, et opere. In corde sunt desideria carnalia et
28
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Triple reno-
TatioD.
n'etait point dans le cceur, l'Apdtre ne nous dirait
point : n Renouvelez-vous au fond de votre cceur,
et revdtex-vous de 1'homme nouveau qui est c&6
selon Dieu dans une justice et une saintete verita-
bles (Eph. iv, 23). » De meme, si le vieil homme
n'exislait pas dans notre bouche, l'Ecriture ne nous
dirait pas non plus : « Que ce qui est vieux s'eloi-
gne de votre bouche (1 Reg. n, 3). » Et l'Apdtre
n'aurait pas ajoute : « Que mil niauvais discours
ne sorte de votre bouche; qu'il n'en sorte que de
bous et de propres a uourrir la foi et a inspire? la
piete a ceuz qui les entendent [Eph. iv, 29). »
Quant au vieil homme qui habite dans notre corps,
il en parle en ces termes : « De merne que vous
,iit servir vos membres a l'irupurete et a l'in-
justiee, » et, pour ce qui est de la renovation, il
continue ainsi : « Faites-les servir maintenant a la
justice pour vous sanctifier [Rom. vi, 19).
2. Que notre cceur se renouvelle done en se puri-
liant de tous ses desirs charnels el mondains, et
qu'a leur place s'etablisse l'amour de Dieu et de la
celeste patrie. Que l'arrogance et la detraction
s'eloignent de notre bouche et qu'a leur place suc-
cedent la confession de nos peches et des paroles de
bienveillance et d'estime a l'endroit du prochain.
A la place des hontes et des turpitudes qui sont la
vieillesse du corps, mettons la continence et l'inno-
cence, chassons ainsi les vices par les vertus contrai-
res. Cette renovation est l'ceuvre du Christ, qui habite
en nous par la foi, comme il le dit lui-meme :
« Voici que je fais tout nouveau [Apuc. xxi, 5). »
Voila ce qui fait dire a l'Epouse des Cantiques :
0 Placez-moi comme un cachet sur votre cceur,
comme un sceau sur votre bras [Cant, vm, 6j. »
saecularia, id est amor carnis, et amor saculi. Similiter
in ore est gemina vetustas, arrogantia et derogatio.
Item geniina in corpore , llagitia et facinora. Haec om-
nia sunt imago veleris hominis , et haec omnia reno-
vanda sunt in nobis. Si non esset vetustas in corde,
non diceiet Apostolus : Renovamini spiritu mentis ves-
tra, et induite novum hominem, qui secundum Deum
creatus est in juslitia et sanctitate veritatis. Hem si
non esset vetustas in ore, non diceret Scriptura : Rece-
dant Vetera de ore vestro. Et Apostolus dicit : Omnis
sermo malus non procedat de ore vestro, sed qui bonus
est, ad adificatiumiii fidei, ut del gratiam audientibus.
Sed et de vetustate corporis mentionem facit, cum di-
cit : Sicut exhibuistu membra vestra service immunditia;
et iniquitati ad iniquilutem. De cujus renovatione etiam
subjungit : Itn nunc crhibete membra vestra servire jus-
titia in sanetificationem.
2. Rcnovetur ergo cor nostrum a carnalibus et saecu-
laribus deaiderUs : ut exclude illis introducatur amor
Dei, et amor patriae cceleslis. Recedant ab ore nostro
arrogantia et derogatio : it snecedant pro his vera pec-
catorum nostrorum confessio, et bona de proximis oes-
timalio. Pro flagiliis et facinoribus, quae vestutas est
corporis, assumatur conlincntia et innocentia, ut scilicet
contrariis virtutibus contraria vitia depellantur. Hanc
Quand il halute dans notre cceur, e'est la sagesse,
rjuand il habite dans notre bouche, e'est la verile,
et quand il habite dans notre corps e'est la jus-
tice.
SOIXANTE-DIXIEME SERMON. *
De la I'igilance el de la sollicitude qu'il (mil apporter
au soin <lu salul.
« Nous sommes en spectacle au monde, aux
anges et aux hommes ( I Cor., iv, 9). » Oui, en
spectacle aux bons et aux mediants, car les uns
sont tenus en eveil par la passion de l'envie et les
autres par la compassion el la misericorde ; ces
sentiments les empechent les uns et les autres de
nous perdre jamais de vue, car, en meme temps que
les premiers ne souhaitent que notie mine, les
seconds ne soupirent qu'apres notre avancemeut.
Nous sommes dans un temps d'epreuve, places
entre le paradis et Tenter, etablis en quelque sorte
entre le cloitre et le monde. De part et d'autre on
a l'ceil ouvert sur toutes nos actions et on se dit :
Oh ! s'il pouvait passer dans notre camp ! 11 est
vrai que s'ils s'expriment ainsi, e'est dans des
intentions hien ditlerentes, si on ne peut dire que
ce soit avec une volonte moins forte chez les uns
que chez les autres. Mais si tous les yeux sont ainsi
diriges sur nous, oil se portent les notres, et pour-
quoi sont-ils les seuls qui se detournent de nous?
Objet d'ime si graude attention a gauche et a droite,
il n'y a que nous qui atlectionnons de n'avoir point
les yeux sur notre vie, que nous qui negligions de
nous considerer. Et cependant nous n'avons pas
• I'.VUil I,.
(rente ct
unieme des
Petits ser-
moDs.
supradictam renovationem facil Christus habilans in no-
bis per lidem, sicul ipse ait : Ecce nova facio omnia.
Unde et ad Sponsam loquitur in Canticis : Pone me ut
signaculum super cor tuum, id signaculum super
brachium tuum. llabilans igitur in corde est sa-
pientia, habitans in ore Veritas, habitans in corpore jus-
(itia.
SERMO LXX.
De vigitantia et sollicitudine curanda sa/utis.
Spectacutum facti sumus mundo, et angelis, ct homi-
nibus. Ita plane, et malis, et bonis pariter. Illos enim
sollicilat invidiam passio, istos compassio misericordise,
ut in nos incessanter intendant : illi quidem defectum
nostrum, isli profeclum desidcrantes. Nimirum in pro-
batione sumus, inter paradisum et internum interim me-
dii, velul inter claustium ct sasculum constitute Dili-
genler consideratur utrimque quid agimus, utrimque
dicitur : 0 si ad nos transeat ! intentione quidem dissi-
mili, sed non dispari forsitan voluntate. Quod si ita
omnium oculi in nos : nostri quo abierunt, aut quaresoli
ipsi recesserunt a nobis? Adextrissiquidem et a sinistra
SERMONS DIVERS
29
Sainl Ber-
lard blanie
3tre l.'chet6
ans l'affaire
do notre
salut.
• C'etait le
rcnte-qua-
trieme des
Petits ser-
mons dont
les trente-
leusieme ct
Irenlc-troi-
sieme sont
rcportes
parmi lea
pensecs*
1 'ombre de crainte de ceux qui peuvent nous
trompev, ni aucun respect du moins pour les
esprits angeliqaes qui exercent les fonctions de
ser\ item's de Dieu aupres de nous. « Les justes
attendent que vous me rendiez justice (Psal. cxu,
8), » dit le Prophete, et « les pecheurs m'ont attendu
pour me perdre (Psal. cxvui, 95), » contLnue-t-il
ailleurs. D'un cote l'enfer et de l'autre la couronne
me sont prepares, et, place entre les deux, puis-je
bien m'occuper de bagatelles et prendre plaisir a
battler? Est-ce ainsi que je suis insensible aux
attraits du desir et a la crainte du danger, sans
crainte et sans desir la oil il faudrait le plus en
avoir, et oil il est tres peruicieux que je ne
ressente ni l'un ni l'autre ? Levons-nous done
enliu, mes freres, et n'ayons pas recu notre time
en vain, notre ame, dis-je, pour laquelle d'autres
que nous veillent avec tant d'ardeur les uns pour
sou bien et les autres pour son mal. Ce n'est pas
peu de cbose que ce que les ennemis attaquent
avee une telle vigueur, et les concitoyens attendent
avec tant d'ardeur.
SOIXANTE ET ONZIEME SERMON \
1. La morale entiere, parfaite, consiste princi-
palement en derx cboses : a fuir le vice et a re-
cbercher la vertu, attendu qu'il ne suflit pas d'e-
viter le mal si on ne fait pas le bien. C'est ce qui
faisait dire au Psalmiste : « Eloignez-vous du mal
et faites le bien [Psal., xxxvi, 27). » Fuyons done
le vice etembrassonsla vertu. Rappelons-nous, en
quelques mots, quelques traits de l'histoire sainte.
La famine contraiut Israel a aller en Egypte, et la,
tanto studio circumspecti, soli dissimulamus inspicere
vitam nostram, soli nosmet ipsos negligimus intueri:
nee verentes deceptorios, nee administratorios saltern
opiritus reverentes Me exspectanl justi, donee retri-
buas. Et autem : Me exspectaoerunt peccatores ut mild
perderent me. Hinc mihi gehenna, inde corona paratur :
et inter hanc atque illam medium nugari libet, oscitare
delectat ? usque adeo nee trahor desiderio, nee periculo
terreor, nee cupidus plane, nee pavidus, in quibus ma-
gis fuerat necessa ium : perniciosissime insensibilis ad
utrumque. Exsurgamus aliquando, fratres, nee in vano
accipiamus animas nostras, pro quibus alii tanto zelo,
vel in bonum vigilant, vel in malum. Non est res
parva, quam sic iusectantur hosles, cives sic praestolan-
tur.
SERMO LXXI.
1. Integra et p^fecta moralitas in duobus prrecipue
consistit, in evitandis vitiis, ct appctendis virtutibus :
quoniam non sufticit a malo abstinere, si non et bonum
faciamus. Inde Psalmista : Deelina a malo, et fae bo-
num. Fugiamus ergo vitia, amplectamur virtutes. His-
torias igitur summatim delibantes, moralitatis fructus
il trouve un nouveau maltre, perd sa liberte et
devient esclave (Gen. xuu, 2). Pour avoir fixe son
sejour dans ce pays, il est soumis au pouvoir de
Pharaon qui fait tue.r tous ses enfants mules et ne
conserve la vie qu'aux lilies. Israel est condamne
a de durs travaux de mortier et de briques, Pha-
raon ne lui donne que de la paille pour son
travail et la famine le contraiut a servir
(Exod. i, lh).
2. Ce n'est ni la disette de pain, ni la soif d'eau,
mais le besom d'entendre la parole de Dieu qui riquc cache
pousse bien des hommes a entrer en Egypte. La j g^l ^es
parole de Dieu est la vraie lumiere qui eclaire Israelites
tout homme venant en ce monde (Joan, i, 9) . Aussi u fc e"
le Psalmiste dit-il : « Le precepte du Seigneur est Esyp,e-
pleiu de lumiere et il eclaire les yeux (Psal. xvm,
9). » Quiconque marche a l'eclat de cette lumiere
ne marche pas dans les tenebres, il a au contraire
la lumiere de la vie. De la lumiere des preceptes,
on passe a celle des recompenses. Ceux qui souf-
frent la disette de cette parole divine sont forces
d'entrer dans l'Egypte, je veux dire dans les tene-
bres. Us se trouvent, en effet, tout environnes des te-
nebres de 1'igDorance et soumisa la domination du
Pharaon, je veux dire du diable, qui est le prince
de l'Egypte, e'est-a-dire des tenebres. Selon ce
mot de l'Apotre : « Nous n'avons point a. combattre
contre la chair et le sang, mais conlre les princi-
pautes et les puissances, contre les princes du
monde, e'est-a-dire de ce siecle tenebreux, contre
les esprits de malice repandus daus les airs (Eph.
vi, 12). » Sous le joug du Pharaon, on fait des ou-
vrages de lerre, je veux dire sans consistance et
mal propres. II donne de la paille, e'est-a-dire des
decerpamus. Fames coegit Israel intrare in /Egyptum :
statim reperit ibi novum dominum, et de libera servus
efficitur. Ex illius regionis inbabitatione redigitur sub
potestate Pharaonis : qui masculos pra;cepit interfici,
feminas reservari : Israel operibus luti et lateris duri-
ter affligitur, Pharao paleas ministrat laborantibus : fa-
mes coegit.
2. Non fames panis, neque sitis aqua? ; sed audiendi
verbum Dei, compellit multoa intrare /Egyptum. Hoc
verbum Dei est lux vera, qua illuminat omnem homi-
nem venientem in hunc mundum. Unde Psalmista :
Prwceplum Domini lucidum, illuminans ocu/os. Qui
hanc lucem sequitur, non ambulat in tenebris, sed habet
lumen vita;. De luce praeceptorum transitur ad lumen
praemiorum. Qui hujus divini verbi palitur egestatem,
cogilur intrare ^Egyptum, id est tenebras. Invol-
vitur enim tenebris ignorantia?, et subjacet dominio
Pharaonis, id est diaboli, qui princeps est ^Egypti, hoc
est tenebrarum, juxta illud Apostoli : Non est nobis
colluetatio adversus earnem et sanguinem , sed adversus
principes et poteslates, adversus mundi rectores tenebra-
rum harum, contra spirituatui nequitite in ccelestibus.
Sub jugo Pharaonis hunt lutea opera, id est dissoluta
et sordida. Ab ipso dantur palea:, id est leves cogita-
tiones. Palearum est leviter accendi, et in momento
,iO
HOJVRES DE SAINT BERNARD.
• C etait le
treote-cin-
quitme des
Petits ser-
mons.
pensees legeres ; or la paille fait mi feu leger el so
consume m un moment ; ainsi en est-il des mau-
vsdses pensees qua ta demon nous envoie; idles
s'alliinu'iit promptemenl dans notre esprit an con-
seatement <le la mollesse de la chair. Mais si nous
nous etudkms a resister aux homines, avec l'aide
de Dieu, elles oe tarderont point a s'eteiadre. Cetaii
en bn'ilint de la paille que les Israelites cuisaieot
l'argile et diircissaient les briques. Or, les mau-
vaisis pensees, qui sont de la boue, sont soumises
an feu de la paille de la- delectation, et, quand elles
se traduisent en actes, alors elles sont ctlites, it.
quand elles passent en coutumes, elles sont durcies
comme la hrique.
S0IXANTE-D01ZIEME SERMON *.
1. « Bienheureux l'homme qui ne s'estpaslaisse.
aller au conseil des impies (Psal. 1, 1). » La piete
est la vertu de ceux qui croient en Dieu et le ser-
vent ; car la piete n'est autre que le culte de Dieu
[Job. xx, jiirta lxx.) Or, ce culte consiste en trois
chair, la chair a lVsprit, et que se fait un conseil
d'impie. Us se disettt en effet les uns aux autres :
a N'ayonstoos qn'nne meme bourse (Prov. i. IV. >
lis mttt.nl alors chacnn une obole dans la me-
raoire qui est comme leur bourse commune; l'o-
bole 'lu demon est la suggestion, celle de la chair,
la delectation, et celle de l'csprit, le consentement.
Puis chacun y puise comme dans un tresor com-
mun, de quoi se procurer l'aliment qui lui con-
vieut ; la chair y puise de quoi se consumer, je veux
parler d'un feu qui ne s'eteint plus; l'esnrit y
puise la mauvaise conscience, c'est le ver qui ne
meurt pas ; quant au demon, il y puise le sang de
l'une et de l'autre.
2. Or, on se rend au conseil desimpiesde quatre
manieres differentes.Les uns y vont traines malgre
eux; les autres y sont attires par certains attraits;
ceux-ci se laissent seduire par ignorance, et ceux-
la s'y rendent spontanement. A ces quatre sortes
d*hommes, il faut quatre vertus qui sont comme au-
tant d'armes pour resister etnepourse point laisser
aller dans le conseil des impies. A ceux qui y sont
Le conseil
drs impies a
pour auteur
et pour
)e demon.
II y a quatre
voies qui
conduisent au
conseil des
impies, et
quatre vertus
opposecs a
ces quatre
voies.
choses : dans la foi, l'esperance etlacharite qui sont entraines malgre eux, ce qu'il faut, c'est la force
invisibles. Or, les impies, les hommes qui ne ser-
vent point Dieu, ceux qui sont dans la pensee de
preferer les choses visibles aux invisibles, les ter-
restres aux celestes, manquent de ces vertus. A
leur tete, est le diable, leur chef, le premier qui se
soit eloigne de la piete et qui devint impie, et par
ses ruses depouilla de leur piete les hommes qui
etaient dans le paradis terrestre, pour leur faire
partaker ses egarements et son iniquite. II seduisit
done Eve, qui elle-meme seduisit son mari. C'est
encore ainsi que le demon suggere la revolte a la
• Gnillaume, l'anteur des Fleurs de saint Bernard reproduit
ce passage dans son iivre ix, chapitre xx ; il reproduit un autre
pour ponvoir resister jusqu'a la fin aux menices,
aux tourments et aux pertes. Ceux qui se sen tent
attires par de certains attraits, ils ont besoin de la
vertu de temperance qui reprime les desirs illicites
et ne permet a l'ame ni de ceder aux promesses ni
de se laisser amollir par les flatteries. Quant a ceux
qui se laissent seduire par ignorance, ils ont besoin
de prudence pour discerner l'utilc de l'inutile et
pour apprendre ce qu'il faut retenir et ce qu'il faut
rejeter. Ceux qui s'y rendent spontanement, ont
besoin de justice ; la justice, en effet, est la recti-
passage au chapitre ill, n. 3.
consumi. Sic et malae cogitaliones a diabolo immissa;
cito in mentibus nostris aecenduntur, carnis mollitie
consenliente. Sed si viriliter sludeamus resistere, Deo
juvanle protinus exstinguiintur. Paleis accensis coque-
batur lulum, et solidabatur in lateres : et pravae eogita-
tioncs, qua? sunt lulum, paleis delectationis aecenduntur.
Qu* cum Iranscunt in actum, tunc decoquuntur :
cum vero ducunlur in consuetudincm, tunc solidan-
tur.
SERMO LXXII.
1. Beatus rir, qui non abiit in comilio impiorum. Pii
sunt qui in Detim credunt, et ipsum colunt. Est enim
pietas cultus Dei. Hie autem cultus in tribus consistit,
Ode, spe, et charilate, qua; sunt invisibilia. His tribus
carent impii, qui Deum non colunt ; et quorum conci-
lium est visibilia invisibilibus, terrena ccelestibus prae-
ponere. Horum caput et princeps est diabolus, qui pri-
mus a pielate recessit, et impius factus, eliam homines
in paradiso positos, ab eadem pietate fraude sua dejecit,
volens cos habere socios sui erroris, et participes ini-
quitatls. Ule enim Evam seduxit, et ilia virum sibi sub-
didit. Similiter adhuc daemon suggerit carni, caro spi-
rilui, et fit impiorum consilium. Dicnnt enim sibi invi-
cem : Omnium nostrum sit unum marsupium. Ponunt
ergo in memoria, quasi in marsupio, quisque obolum
suum : daemon scilicet suggeslionem, caro delectatio-
nem, spiritus consensum. Inde, tanquam de symbolo,
comparant sibi viclum competentem : caro quidem
combuslionem, ignem scilicel qui non exslingui-
tur : spiritus malam conscienliam, id est vermem qui
non moritur : daemon autem emit utriusque sangui-
nem.
2. Ad hoc consilium impiorum itur qualuor modis.
Quidam enim trahuplur inviti, alii attrahuntur illecti,
alii seducuntur ignari, alii sequunlur sponlanei. Istis
necessarian sunt quatuor virtutes, per quas armati re-
sistant, ne in consilio eant. Invitis necessaria est forti-
tudo, qua resistant usque ad mortem minis, cruciatibus,
et damnis. Mi qui attrahuntur illecti, indigent tempe-
rantia, qua; reprimit illici'.a desideria, nee cedit promia-
sionibus, nee eniollitur blanditiis. litis qui seducuntur
ignari, est opus prudenlia, quas ab utilibus inutialia
discernit, ct docel quid tenendum, quidve rejiciendum
sit. Juslitia est rectitudo voluntatis, qua; nee amat pec-
SERMONS DIVERS.
31
hide de la volonte qui n'aime ni pecker ni consen-
tir au peche. La justice et la force ont leur siege
dans la volonte, attendu que e'est la volonte qui
doit etre juste et forte. Or, voici dans quel ordre
agit la justice : elle commence par rcjeter le mal,
puis elle propose le bien. Elle semble avoir fait de-
faut a Adam qui consentit au mal et renonca ainsi
a ce qui etait bien. La prudence et la tempera/ice
ont leur siege dans la raison, car e'est la raison
qui doit etre prudente et temperee. En etfet, la
prudence n'est autre chose que la raison instruite
par la grace a eviter le contact de l'injustice a
cause de la justice. Elle evite non-seulement l'in-
justice ouverte, mais encore tout ce qui est, en
quelque maniere que ce soit, contraire a la justice;
elle ne tient pas tant compte de ce. qui est per-
mis que de ce qu'il est bon de faire. Elle fuit les
richesses et les autres choses semblables, non pas
parce qu'elles sont illicites, mais parce qu'elles
sont ordinatrement un obstacle a la justice. C'est a
cause de eeux qui agissent ainsi par un sentiment
d'hypocrisie qu'il est dit : « A cause de la justice. »
;e qu'il faut La justice est la perfection de Fame raisonnable.
rasiic/bie" ''es autres vertus, telles que la force, la tempe-
oriionncc ranee, la prudence, qui conservent la justice et
' une vertu l'empecheut de se perdre ou de s'affaiblir, out loutes
laqueiiVks rapport a requisition ou a la conservation de cette
iutrr>s ve-ius vertu. Mais, cruand la justice est parfaite et qu'elle
80nt subor- . ,, , . , ,,
donnees. est passee a 1 elat de sentiment de 1 ame, elle se
confond avec les trois autres vertus, attendu qu'elle
est forte, prudente et temperee.
3. « Heureux 1'homme qui ne se laisse point
aller : » se laisser aller est le propre de ceus qui
sont inconstants, et peuvent ceder au moindre souf-
care, nee peccalo consentire. Justitia et fortitudo sedem
hahent voluntatem : quia voluntas justa debet esse, et
furtis. Est autem justitia ordinata hoc modo, scilicet
mala respuens, bonis meliora pr;eponens. Hanc non vi-
detur habuisse Adam, qui malo consentiens, quod utile
erat deseruit. Prudentia et temperantia sedem habent
in ratione : quia ratio prudens debet esse, et temperala.
Est quippe prudentia, ratio docta, scilicet a gratia, vi-
lare contagia inj tistitiae propter justitiam. Vitat quidem
non solum i. J istiliam apertam, sed etiam ilia quae sunt
aliquo modo contra justitiam attendens non quod licet
sed magis quod expedit : vitans divitias et quaedam
alia, non quia illicito, sed quia justitiae solent esse im-
pedimenta. Sed propter qnosdam qui ex hypocrisi hoc
faciunt, additur, propter justitiam. Justitia est perfeclio
anima? rationalis. Aliae virtutes sunt ad ejus acquisitio-
nem vel conservationcm, Ibrtitudo, temperantia, pru-
dentia, qua; justitiam conservant ne amittatur, aut mi-
nuatur. Postquam vero perfecta est justitia, et transit
in affectum c rdis idem est quod ilia tria : quia fortis
est, prudens, temperata.
3. Qui non abiit. Abire pertinet ad illos qui sunt in-
constantes, et leviter possunt impelli. Quod quidain vo-
lentes evitare, fmnt evidenter obstinati, nullius consilio
acquiescentes, propositum suum immobiliter tenentes.
fie. 11 en est qui n'evitent ce del'aut qu'en deve-
nant obstines, ils ne cedent a aucun conseil, et
tiennent avec entetement a leurs projets. Aussi le
Psalmiste a-t-il ajoute ces mots : « et qui ne s'est
point arrete, » e'est-a-dire qui n'est ni leger ni en-
tete. La voie des pecheurs est le monde, ou leur
volonte propre, qui n'est autre que l'orgueil, est la
source de tous les maux, de nieme que la volontfi
commune est celle de tous les biens : « Et qui ne
s'est point assis dans la chaire de pestilence. » Or,
c'est etre assis que d'enseigner aux autres a pe-
cher par son exeniple. Or, cette cliaire repose sur La cbaire de
quatre pieds, dont le premier est la malice, le se- pestilence est
cond le mepris de Dieu, le troisieme l'irreverence, melnie' ma'u-
et le quatrieme la ruse. La malice consiste dans l*{* pX0e8e Por
l'amour et le gout du mal, mais dans l'amour du q"3'" Pieds-
mal pour le mal, comme l'ont le diable et quel-
ques mechants. Or, comme il arrive parfoisque eeux-
ci craignent Dieu, sinou d'une crainte bonne, du
moins d'une crainte quileur fait apprehender de faire
des pertes temporelles, ou de subir quelques peines
corporelles,ils en viennent jusqu'au mepris de Dieu
meme, et deviennent plus mauvais encore : voila
comment le mepris de Dieu est le second pied de
la chaire de pestilence. 11 pourrait se faire qu'on
aimat le mal qu'on meprisit Dieu, mais qu'on fut
encore retenu par la crainte des hommes avec qui
on vit, voila d'ou vient le troisieme pied, je veux .
dire l'irreverence qui aggrave le mal, et qui de-
truit la crainte de Dieu et des hommes. Pour la
consommation de la malice, vient le quatrieme
pied de la chaire de pestilence, je veux dire la
ruse, qui nous apprend a nous servir des trois au-
tres, et mele l'huile avec le venin, et le miel avec
Et ideo adjunctum est, el non stetis, scilicet, ut nee
levis sit, nee obstinatus. Via peccatorum est mundus,
vel propria voluntas, qua? est superbia, ex qua omnia
mala : sicut ex communi sunt bona. Et in cathedra
pestilenti.n non sedit. Sedet, qui docet exemplo suo fa-
ciens peccare alios. Cathedra est base, et quatuor pedibus
subsistit. Primus pes est malitia ; secundus contemptus
Dei; tertius irreverentia ; quartus astutia. Ma-
litia est amare malum, et saporem mali habere; et ma-
lum, quia malum est diligere, sicut facit diabolus, et
normulli iniqui. Sed quia tit aliquando, ut tales timeant
Deum non timore bono, sed ne incurrunt vel damnum
rerum, vel corporis cruciatum : amplius tiantmali, con-
temnunt et ipsum Deum ; et (it secundus pes contemp-
tus Dei. Item posset (ieri ut malum amarent, Deum
contemnerent, sed inhiberet eos pudor hominum, cum
quibus habitant : ideo ad augmentum mali sequitur ter-
tius pes irreverentia, ut nee Deum timeant, nee homi-
nes revereantur. Ad consummationem vero malitiaa
adest quartus pes astutia, ut sciant uti tribus prajdictis,
miscentes oleo venenum, et melli acetum. Eminens
pars cathedrae, cui sedens inhasret, est potentia. Si
enim potens est qui pradicta habet, tunc plurimum no-
cet : vel si potentem sibi allicere potest, quern consilio
suo sedueat, et ad malum impellat. Deinde apponitur
32
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Le haul de
cbaire est
paiMUM.
Le coussin de
la chaire ist
la lraine
gloire.
le vinaiere. Le haut de cette cbaire, l'endroit ou promesse. L'un et l'autre conduisent le char, l'un
se place celui qui s'asseoii dedans, est la puissance, par la crainte, et l'autre par la cupidity, el chacun
En effet, si celui qui .1 'out ce que je viens de <liiv a sou aiguillon qui le pousse. 11 n'y a que le Fils
est puissant, ou s'il pent attirer le puissant a qui ne soit ni trappe par la crainte, ni excite par
lui, le seduire par ses conseils, et le porter an mal, la cupidite, mais qui est pousse par 1'esprit de di-
alors il fail beaucoup de mal. Apres cela vient le lection, el qui esl porU sur le char sans fatigue et
coussin sur lequel il s'asscoit doucement. Or, un sans blessures : « Tous ceux qui sont conduits par
coussin est rait de plumes legeres d'oiseaux, ce 1'esprit de Dieu, sont lils de Dieu [Rom. vni, ill). »
qui rappelle la vaine gloire, et la faveur populaire, Ce char a aussi quatre roues, je veux parler des
dont les hommes se repaissent avec delices, et se quatre affections de lame bien connues, l'amour
L'escabeau
est 1 hjpocri'
sie.
niontrent fiers. II se met ensuite un escabeau sous
les pieds, pour qu'ils ne toucbent point la terre.
En effet, les hommes de cette sorte ne font pour la
purpart aucnne action terrestre, ils feignent d'en
et la joie. la crainte et la tristesse. En effet, les me-
diants aiment les cboses temporelles, et sont dans
la joie quand ils ont mal agi ; mais la crainte et
une tristesse eternelle suivent cet amour et cette
faire de spirituelles pour mieux tromper. Leur doc- crainte. Quant aux elus a qui il est dit : « Le mon-
trine est semblable a la peste, elle couvre et desole de sera dans la joie et vous dans la tristesse, mais
beaucoup d'endroits. voire tristesse se changera en joie (Joan, xvi, 20), »
U. « Mais sa volonte est clans la loi du Seigneur ils prennent la crainte et la tristesse pour roues de
(Ibidem. 2). » Dans le precedent verset, le Psalmiste devant, et l'amour et la tristesse pour roues de der-
nous a dit ce qu'il faut rejeter, il nous apprend ce riere, car pour eux la crainte se change en amour,
qu'il faut desirer dans celui-ci. Dans l'un il nous et la tristesse en une joie eternelle.
II y a trois
sortes d'hom-
roes qui
s'avanceot
par les sen-
tiers de la
loi du Sei-
gneur.
est dit quelque chose d'analogue a ceci : « Detour-
nez-vous du mal. « Dans l'autre c'est comme s'il
nous etait recommande « de faire le bien, » car
marcher dans la loi n'a pas d'autre sens. Mais com-
me on ne parcourt point la voie des commande-
ments de Dieu, des pieds du corps, mais par les
sentiments de fame, voila pourquoi le Psalmiste
dit : « Sa volonte est dans la voie du Seigneur. »
5. 11 faut remarquer que la route de la loi de
Dieu se fait en six jours. Le premier jour est le
gemissement du cceur, le second la confession de
la bouche, le troisieme l'aumone de notre propre
bien , le quatrieme est le travail corporel, le cin-
quieme le renoncement a notre propre volonte, et le
sixieme le mepris de la mort. Le septieme jour est
le repos des six premiers dans l'esperance du bui-
En effet, selon saint Gregoire, vouloir, pour 1'esprit, tieme jour qui est celui de la resurection. « 11 1116-
c'est marcher. Or, la voie des commandements est dite jour et unit cette loi sainte (Ibidem. 2). » En
parcourue par trois personnes qui semblent y lut- quelque etat que l'homme se trouve, il ne doit
ter a la course, par l'esclave, par le mercenaire et jamais s'eloigner de la loi du Seigneur, mais il
par le Fils. II y a deux coursiers qui trainent le faut qu'anx jours mauvais il se rappelle les bons
char, ce sont la menace et la promesse. L'esclave jours, et qu'aux bons jours il se rappelle constam-
est monte sur la menace, et le mercenaire sur la ment les mauvais. On peut aussi entendre par le
pulvinar, ut suaviter sedeat. Pulvinar fit de levibus pen-
nis avium, significans vaaam gloriam, et favorem popu-
larem, quibus homines rtelectati cxlolluntur. Scabellum
pedibus supponitur, nc terram langant. Tales enim non-
nulli terrenas acliones non faciunt, sed spirituals simu-
lant, ut magis decipiant. Ilorum doctrina est quasi
pestilentia, multa loca occupans et vastans.
1. Seel in lege Domini voluntas ejus. Superiori versu
dictum est quid sit respuendum : in hoc autein dicitur
quid sit appetendum. In illo dictum est tanquam decli-
na a malo : hoc autcm, et fac bonum : quod utique
est ambulare in lege. Sed quoniam haec via agitur non
gressu corporis, sed afTeclu mentis : ideo dictum est,
In lege Domini voluntas ejus. Vellc enim, teste beato
Gregorio, mente ire est. Per hanc viain incedunt, et
quasi quemdam cursum ducunt tria genera bominum,
servus, mercenarius, filius. Trahunt autem eumdem
currum jumenta, quorum nomina sunt, comminalio et
promissio. Super couiminationem servus sedet, super
promissionem mercenarius. Ilorum ulerqne Irahit cur-
rum, alter timore, alter cupiditatc ; et uterque propriis
stimulis impellitur. Solus lilius, qui nee timore quati-
tur, nee illicitur cupiditate, sed spiritu dilectionis agi-
lur, sine labore aut lsesione vchitur in curru : Quicum-
que enim spiritu Dei aguntur, hi filii sunt Dei. Habel
eliam currus ille quatuor rolas, illas scilicet qualuor
animi affectiones nolissimas, amorem et la'titiam, timo-
rein el Iristiiiam, Amant enim reprobi temporalia, et
ketantur cum male lecerint : sed hunc amorem et hanc
laetitiam sequilur Umor el tristitia sempiterna. Elccti
veio, quibus dicitur, Munilus gaudebit, vos autem con-
tristabimini, sed tristitia vestra vertetur in gaudium;
ponunt primas rolas limorem et tristitiam , poste-
riores amorem et laeUtiam. Ipsis enim commu-
talur limor in charitatem, tristitia in laetitiam 9empiter-
nam.
5. Notandum autem, quod hasc via legis Domini con-
summatur sex diebus. Et prima quidem dicta est ge-
mitus cordis, secunda conffesio oris, tertia largitio pro-
prise possessionis, quarta labor corporis, quinta abnega-
tio proprise voluntatis, sexta contemptus mortis. In sep-
tima fit quies ab omnibus pnedictis, sperans octavam
resurreclionis. Et in lege ejus meditabitur die ac node.
In quocumquc statu sit homo positus, nunquam rece-
dendum est illi a lege Domini, sed semper in die bo-
norum non immemor sit malorum, et in die malorum
•sKRMONS DIVERS.
33
jour ft la nuit la vie contemplative et la vie active,
qui sont toutes les deux conteimes dans la loi du
Seigneur.
SOIXANTE-TREIZIEME SERMON *.
« L'insense a dit dans son eceur, il n'y a point
de Dieu. » Dieu est un, il est vrai, un comme subs-
tance, et pourtant si ce n'est par suite de verite in
lui, du moins par l'effet de changement en nous,
il semble avoir un gout different selon ceux qui le
goutent. En effet. Time qui le craint ne lui trouve
que le gout de la justice et de la puissance, et celle
qui l'aime, que celui de la bonte et de la miseri-
corde. Voila pourquoi le rneme Prophete dit ail-
leurs : « Le Seigneur a parle une fois et j'ai enteu-
du ces deux cboses ; la puissance appartient a
Dieu, et la misericorde est a vous, Seigneur (Psal.
i.xi. i! . » Entendre cela ou le gouter, c'est la me-
me chose, attendu que l'un et l'autre se font par
une seule et meme ame parfaitement simple. Le
Seigneur n'a done point parle qu'une fois, il a en-
gendre le Verbe, et nous, par ce seul Yerbe, nous
avous entendu et goute ces deux choses, « la puis-
sance est a Dieu, el la misericorde est a vous Sei-
gneur. » Mais il faut etre tout a fait insense pour
ne trouver a Dieu le gout ni de la crainte ni de
I'amour. Que celui qui en est la s'intruise tant
qu'il lui plaira, pour moi je lui refuserai le nom
de sage tant qu'il ne craindra ni n'aimera Dieu.
Comment, en effet, pourrais-je dire consomme en
sagesse celui qui n'a pas meme encore le commen-
cement de la sagesse? Car « le commencement de
la sagesse est la crainte de Dieu Psal. ex, 9) : » et
la consommalion est I'amour, l'esperance en est
le milieu [Eccli. i, 16 et Prou. i, 7). Celui a qui la
crainte ne fait pas trouver a Dieu un gout de jus-
tice, ni l'amour un gout de misericorde, dit certai-
nement dans le fond de son cceur, il n'y a pas de
Dieu, car pour lui ce n'est pas un Dieu, qu'un
Dieu qu'il ne tient ni pour bon ni pour juste.
SOIXANTE-QUATORZIEME SERMON \
« lis se sont cotrompus et ■■mil devenus abominables
■ I'm* toutes leurs affections ; il n'y en »/'"* un qui fas*''
le hien, il n'y en apas un seul (Psal. nil, 2 et LU,7). »
L'ame a sa corruption * comme le corps a la
sieune. Celle de l'ame est <le trois sortes, et celle
du corps est de quatre, car le corps se com-
pose de quatre elements, et l'ame de trois puissan-
ces. Celle-ci, en effet, a la puissance raisonuable, la
concupiscible et l'irascible. La puissance raisonna-
ble est en pleine sante quand l'ame connait la ve-
rite, elle se corrompt quand elle est alteinte par
l'orgueil, mais sa corruption est de deux sortes
dans la connaissance d'elle-meme et dans celle de
Dieu. La vaine gloire corrompt la concupiscence,
et l'envie, la colere. La corruption du corps s'ap-
pelle aussi abomination, et se produit de quatre
manieres selon les quatre elements qui le compo-
sent. 11 y a quatre choses qui corrompent le corps,
la curiosite, la loquacite, la cruaute. et la volupte.
Or, on divise le corps en quatre parties, oil chacun
des elements a particulierement son siege. Ainsi,
c'est dans les yeux que se trouve le feu ; dans la
langue qui forme la voix est l'air; la terre a sa
a Tout ce passage se trouve reproduit dans les Fleurs de saint
Bernard, livre vn. chapitre xxxvu.
* C'etait !•
trenle-
septieme de?
Petits ser-
mons.
II 7 a trois
sortes de
corruptions.
La corrup-
tion du
corps est de
quatre sortes
"Les quat re-
elements se
font particu-
lierement
sentir,
chacun dans
Tune des
quatre
parties du
corps.
memor sit semper honorum. Potest etiam per diem et
noctem contemplaliva et activa vita intelligi, quae ambic
continentur in lege Domini.
SERMO LXXIII.
Dixit insipiens in corde sito, Non est Deus. Deus, li-
cet unus sit et unum sil, tamen non sui varietate, sed
animi noslri inutatione, guslantibus nobis diversos vide-
lur habere sapores. Sapit enim timenti, jtistitiam et po-
tentiam : sapit amanti, bonitatem el misericord iam.
Unde et alibi ait idem iste propheta : Sernel locufits est
Deus, duo lime uudivi : quia potestas Dei est, et m,i Do-
mine misericordia. Idem quippe est audire hoc, quod
gustare : quia utrumque fit una et simplicissima meute.
llaque semel locutus est Deus : quia unum genuil Ver-
bum. Cseleruin nos per unum Verbum duo lisc audi-
mus sive sapimus, quia potestas Dei est, el lifji Domine
misericordia. At is quidem penitus insipiens est, cui
nee timorem Deus sapit, nee amorem. Discat quantum
vult ; ego sapientem non dixerim, dum nee timebit,
nee diliget Deum. Quomodo enim dixerimus in sapien-
tia consummatum, quern video nee initiatum ? Nam,
Initium sapientiep iimor Domini : consummatio amor ;
t. rv.
media sibi vindicat spes. Cui ergo nee justitiam sapit
Dens per timorem, nee misericordiam per amorem ; is
plane dicit incorde suo : Non est Deus. Deum
enim non putat . quern nee justum, nee pium re-
putat,
SERMO LXXIV.
Corrupti sunt, et abominabiles facti sunt in studiis
suis; non est qui faciat bonum, non est usque ad unum.
Habet anima comiptionem suam, habet et corpus
suam. Corruptio animas tripertita est; quadripertita est
corporis. Corpus siquidem constat ex quatuorelementis :
anima vero in triplici vi subsislit. Est enim rationalis,
concupiscibilis, irascibilis. Rationalis , cujus sanitas esl
eognitio veriiatis, corrumpilur superbia, Corrupla au-
tem fallitur duobus modis : in cognitione sui, et cog-
nitione Dei. Concupiscentiam corrumpit vana gloria,
iram invidia. Corruptio corporis dicitur abominatio :
et fit quatuor modis, secundum quatuor elementa ex
quibus constat. Quatuor enim sunt qua1 corpus cor-
rumpunt, enriositas, loquaeitas, crudelitas, voluptas.
Sunt autem quatuor partes corporis, in quibus singulis
maxime vigent singula elementa. Nam in oculis est
» itl \RES III. SAINT UEItNAHH.
place dans les mains dont le propre esl le lact el sontrepandus dans lout l'univers, el se Ironvent
I ..in dans les orgaius Se la generation. Or, ees attaches par une sorte de ghi dans tousles lieuxdv
quatres parties du corps sont corrompues par une monde 1 Je ne dis pas, dit le Seigneur, que je ne
quadruple peste : je v. mix dire par la curiosite qui sauve point quelques-uns de ces hommes, car je
corrompt les \.u\, par la loquacity qui corrompt puis en un moment rappeler tout ii moi; mais « je
la langue, par la minute qui corrompt les mains, ne les reunirai point pour des sacrifices sanglants
et par la volupte qui corrompt les organes Je la [Ibid. 5), » c'est-a-dire je ne reunirai point ceuz
generation. Voila comment les hommes deviennent qui perseverent dans le sang jusqu'au jour ou le
« corrompus et abominables, » corrompus dans nombre de burs infirmites force le peche a
leur ,'ime. abominable? dans leur corps ; corrom- les quitter plutut qn'il ne les force a quitter
pus devant Dieu, abominables devant les hommes. eux-memes le peche. Je ne rassemblerai pas
« 11 n'v en a pas qui fassent !e bien, il n'y en a pas beaucoup de ces gens-la, dit le Seigneur. S'il m'cn
II j a qmire un seul. » 11 \ a qualresorlesdegensdont aurune,si souvient bien. dans toules les Kciitures, on ne
ce n'est une. ne fait le bien. En etTet, il y en a qui trouve que le larron de I'Evangile qui ait fete saim-
ne compreniient el ne cherchent point Dieu, ceuz- ainsi : ne vom laissez done pointaller a lesperance
la sunt morts. II y en a qui le comprennent, mais perilleuse, dune pareille grace, car non-seuloment
ne ie cherchent point ; ce spnt les impies. II en est I'esprit souffle ou il vent, mais il ne souffle qne
d'autres qui le cherchent mais sans le comnrendre, quand il vent ; il ne lui est pas difficile de donnar,
et ceux-hi sont des insenses. F.nfin, il sen trouve
qui comprennent Dieu et le cherchent, et ceux-la
sont des saints, les seuls dont on puisse dire, its
font le bien.
series de
gens parent
lesqoelU? awe
scale '
l.ieti.
SOIXANTE-QUINZIEME SERMON
q lis ont multiplie leurs intirmites et ensuite ils
out precipite leurs pas (Psal. xv, 3). » Pourquoi
les hommes different-ils de i'aire penitence pendant
la vie et fondent-ils tant d'esperance sur leur der-
enun instant, une contrition parfaite quand il y
en a tant d'autres qui s'exercent a en avoir une
pendant si longtemps. D'ailleurs, qui vous dit que
celui que vous meprisez comme vous le faites, vou-
dra vous venir ainsi en aide ? Sans doute, I'esprit
de sagesse est plein de bonte, mais il ne saurait de-
liver celui qiii s'est maudit de sa propre bouche
(Sap. i, 6) ; or, ecoutez celui qui se trouve en ce
cas : « Maudit celui qui peche dans l'esperance du
pardon. »
• C'eUit le
trente-
haitieme Acs
B
sermons.
II esl dangc-
rem de
remetlre
jusqu a la
mort le soiD mere confession ? Comment peuvent-ilspenser que
«hrt. ' dans le court mlervalle d'une Ueure il leur sera
possible de rappeler a eux tous les membres de douceurs (Pud. xx, 3). » II nous faut trois bene-
leur ame, dont les concupiscences et les desirs se dictions, une benediction prevenante, une adjuvante
S01XANTE-SE1ZIEME SERMON \
Celait le
trente-
c< Vous l'avez prevent! de benedictions et de neuTieine des
Petils ser-
ignis : in lingua, quae vocem format, aer : in manibus,
quarum proprie lactus est, terra : in membris genita-
libus, aqua. Has quatuor partes corrumpit ilia quadri-
perlita pestis : oculos scilicet curiositas, linguam loqua-
citas, manus crudclitas, gcnilalia voluplas. Sic Hunt
homines corrupti et abommabiles, corrupti in anuria,
abominabiles in corpore ; corrupti coram Deo, abomi-
nabiles coram hominibus. Non est qui facial bomtm,
non est usque ad union. Quatuor genera sunt hominum,
quorum omnium nullum est quod faciat bonum, nisi
unum. Quidam enim, qui Dcum nee intelligunt, nee
requirunt; et hi morlui sunt. Alii intelligunt quidem,
sed non requirunt; et hi impii sunt. Alii requirunt, non
autem intelligunt ; et hi fatui sunt. Alii vero et intel-
ligunt, et requirunt; hi sancti sunt : de quibus subs
dici potest, quia ipsi sunt qui faciunt bonum.
Dominus, quin et talium salvem aliquos : polens sum
enim in momento omnia revocare : sed non congre-
gabo conventicula eorum de sanguineus, id est, qui in
sanguine pcrsevcrant, donee multiplicatis inlirmitatibus
deseranlur a peccatis antequam deserant ea. Non magna
talium conventicula congregabo. Si bene memini, in
toto canone Seripturarum unum latronem invenies sic
salvalum. Noli ergo huie tarn periculosa? exspectationi
credere lemclipsum. Et quidem spiritus non modo ubi
volt, sed quando vull, spiral : nee ei difficile est de
subilo perfectam dare contritionem cordis, quam via
multo tempore alii consequuntur : sed unde scis, quod
tunc tibi ita subvenire velil, quern tu interim sic re-
pellis? Bcnignus quidem est spiritus sapiential : sed non
liberabit maledictum a labiis suis. Audi quis ille sit :
Maledictus qui peccat in spe.
SERMO LXXY.
Mnltipiicnta sunt infirmttntes eorum, postea accelera-
verunt. Quid dissimulunt lioniines in vila sua agcre
pcenitentiam , et exlrema de cunfessione pnesumuiil?
Quomodo sub unius horae articulo revocari posse awti-
mant omnia animae membra, cujus concupiscentiae et
desideria per totum mundum spai^asunt, et ubique tcr-
rarum velut quodam visco tenentur? Non dico, ait
SERMO LXXV1.
Pr/evenisti eum in benedictionibus duleedinii. Triplex
nobis necessaria est benedictio, pra-veniens, adjuvans,
et consummans. Prima miseiicmdi.e, secunda gratiap,
tertia gloriae. Pcaevenit misericordia conversionem, ad-
jmat gratia conversationem, perlicit gloria consumma-
tionem. Nisi trinam banc benedictionem dsderit Deus.
SERMONS RIVERS.
35
d1 une consonrniante. Ln pttimiere est una benedic-
liou de misericorde ; la secondo line beDediction de
grace, ct la troisieme tint benediction da gloire. La
misericorde previent riotre conversion, la grace
1'aide, et la gloire en fait la consonimation. Si Dieu
nc donne point cette benediction, notre terrenepuut
donner nn fruit do salut, car nous ne saurions ni
commences 1c bien tant que uons ne sommes point
prevenus par la grace, ni le faire, si nous ne som-
mes aides de la grace, ni etre consommes dans le
bien aussi longtemps que nous ne sommes pas
reniplis parh gloire. Mais de ces trois graces, ce nest
pas sans raison que nous trouvons plus douce celle
qui nuns previent, non-seulement sans aucun me-
pita de notre part, mais malgie (ant de denierilcs, et
qui fait que tandis que nous sommes enfanls de
colere et artisans dreuvresde mort, Dieu asumous
licesMire °'<'s pensiVs de paix, alors surtout quand au lieude
our com- iui demauder qn'il ait de ces pensees snr nous,
wncer ct .
nr parfairs nous 1 en detoui'nons par nos altaqiics ; an lieu de
l'invoquer, nous le provoquons: au lieu d'appeler,
nousrepoiissonsl'esprit bon, 1' esprit de vie, I'espril
d'adoption. Quelle douceur pent trouver ailleurs
une arne qui n'en trouve point dans une telle
misericorde? C'est done avec raison que la bene-
diction qui previent est appelec une benediction de
douceur, attendu que celle qui aide est une bene-
diction de force, et celle qui consomme une bene-
diction de plenitude.
aurait lien de bien surprenanl qu'un peuple connu
deDieuleservit; mais qu'un peuple qu'il ne connais-
sait point le serve et lui obeisse a la parole, voila
ce qui est vraiment glorieux. Or, les gensconnus
de lui. et ceux qu'il ne connait point, les hommes
qui le eonnaissent et ceux qui ne le connaissent
point sont ile quatre sortes differentes ; les uns, en !I y9*rt^',atrl!
efl'et, sont connus de Dieu et le connaissent eux- d'uommes
, , . . i , - x i connus et iu-
memes ; les autresne sont point connus de luiet nele connus de
connaissent point ; eeux-ci sont connus de n:°"
Dieu,
i'.'etait le
uarantiiime
des Petits
sermoru.
SOIXANTE D1X-SEPTIEME SERMON *.
« Un peuple que je ne connaissais point a em-
brasse mon service (Psal. xvu, 48). » — II n'y
b L'auteur des Fleurs de saint Bernard reproduit ce sermon
dans son livre vm, chapitre Tin.
mais ne le connaissent point eux-meines ; ceux-lii
ne sont point connus de lui et pourtant le connais-
sent. I,e connaitre de Dieu est de rendre heureux
ceux qu'il connail ; et le connaitre de 1'homme est
de rendre graces. Aussi ceux qui sont connus de
Dieu ct le connaissent oux-memes, sont-ils les saints
anges, crees heureux par lui, ils sont sans cesse
occupes a cbanter ses louanges, et a vaquer a son
service. Quant a ceux qui ne sont point connus de
lui et qui ne le connaissent pas non plus, ce sont
des pauvres qui sont pauvresmalgre eux ; uil'abon-
dance des biens temporels ne les enricbit, ni le ser-
vice de Dieu ne les rend heureux. Pour ceux qui
sont connus de Dieu, mais ne le connaissent point,
ce sont les ricbes du siecle ; combles de toute sorte
de biens qu'ils possedent en abondance, el presses
par les desirs charnels de ce siecle, ils n'attacbent
jamais leur cceur aux choses du ciel. Ceux qui ne
sont point connus et qui ne connaissent point, ce
sont les pauvres volontaires ; ni la tribulation, ni la
misere, ni aucun autre peril ne sauraient les sepa-
rer de lacbarite de Dieu. Ces derniers sont eprou-
ves de bien des manieres differentes et fatigues par
de bien penibles tribulations, seloncequi est ecrit:
« La fournaise eprouve les vases du potier, et la
tentation eprouve les hommes justes (Eccl. xxvn,
non potcrit dare terra nostra fructum salutis. Neque
enira ant inchoate bonum, donee a miscricordia prae-
veniamur; ant agere bonum, donee adjiivemur a gra-
tia: ant consummari in bono possumus, donee gloria
repleamur. Veruni in his tribus non inimerito dulcius
sapit ea, qua? non modo immeritos, sed et male meritos
praevenit : ut dum adhue fdii sumus iras, et operamur
opera mortis, ipse cogitet super nos cogitationes pacis,
et ne petentibas quidem imo et impetentibus; non in-
vocantibus, sed provocantibus ; non interpellantibus.
sed etiam rcpellentibus, spiritum bonum, spiritum vitsp,
adoptionis spiritum largiatur. Quid illi anirna? dulce
sapiat, eui miserieordia tanta non sapit? Merito proinde
benedictio dulcedinis nominatur ea qua? praavenit;
quia quae adjuvat. fortitudinis; qua? consummat, pleni-
tudinis est.
SERMO LXXV1I.
Populus quern noncognovi, servivii mihi. Non esset
magnae admirationis, si populus a Deo cegnitus serviret
Hi. Gum vero incognifus illi sefviat, et in auditu auris
obediat, magna? laudi adscribendum est. Ex hoc genere
cognitorum et non cognitorum, et cognoscentium et
non cognoscentium, sunt quatuor differentia;. Quidam
enim sunt qui a Deo eognoscuntur, et Deum cognos-
cunt ; alii non eognoscuntur, nee cognoscunt : alii non
eognoscuntur quidem. sed ipsi non cognoscunt : alii
non eognoscuntur, et tamen cognoscunt. Cognoscere
Dei, est felicem facere : cognoscere hominis, est gra-
tias ngcrc. Qui ergo eognoscuntur a Deo, et Deum
cognoscunt, sancli angeli sunt : qui ab eo felices facti,
ejus laudibus semper vacant, et obsequiis deserviunt.
Qui nee eognoscuntur, nee cognoscunt, pauperes sunt
necessarii : quos nee re rum temporalium eopia ditat,
nee beatificat seivitus divina. Qui autem eognoscuntur,
sad non cognoscunt, divites sunt hujus saeculi : qui
acceptis quidem opibus affluunl, sed carnalibus desi-
deriis hujus saeculi pressi, nunquam ad coelestia cor
siispendunt. Qui vero non eognoscuntur et cognos-
cunt, pauperes sunt voluntarii : quos nee tribiiiatio, nee
angustia, nee alia quaecunque pericula possunt separarc
a charilate Dei. Et hi nimirum multis modis probantur
adversis, durisque fatigantur tribulationibus, sicut scrip-
turn est : Vasa figuli probat fornax, el homines jtislos
.16
CEI VRES DE SAINT BERNARD.
SOIXANTE DIX-HU1TIEME SERMON \
llieu.
6 . < C'eal d'eux encore que le I'.-almiste parle en
ces termes : « 0 mon Dieu, mon Dieu, jetez sur
moi tos regards, pourqiioi m'avei-vous abandonne H y a trois choses : les tentes, les parvis et les
l« puircs (Pjoi. xxi, 1)? » Ne vous semblenl-ils pas inconuas maisons. Dans les tentes, se trouvent tous les justes
TO sont de Dieu ceux qui le prient de ji ter un regard sur lU,i vivenl et travaillenl encore dans leur chair, car
eomn™''°Jon' eux? Et pourtantquoiqu'ils paraissent abandonnes, c'ef( soush l mte que vivent les ouvriers et les sol-
• *« cependantils connaissent Dieu ; quant a ceux qui ci.its. Les tentes ont un toit, mais elles u'ont point
le connaissent, le merue Psalmiste ajoute aussit6t ,],. fondations et sont portatives ; de meme les justes
dans le meme psaume : « Mon Dieu, je crierai pen- n'ont point de fondement dansle present; ils sont a
danl lejour, et vous ne m'ecouterez point, je crie- la recherche de la citt permanente quiases fonde-
rai aussi pendant la nuit, et on ne me regardera menls dans les cieux. En effet, leurfoi qui est leur
point comjne fou a cause tie tout cela (Ibid. 2). » t'ondement, n'est pas dans les choses de la terre,
C'est done d'eux que Dieu meme a dit : «L'n peuple mais dans le Seigneur. Ils ont aussi un toit, e'est-a-
que je ne connaissais point a embrasse mon ser- dire ils sont abrites et proteges par la grace, Les
vice. » C'est comme sil avail dit ouverteinent a ses parvis touchent a la maison et ils out une certaine
anges: Que faites-vous si vous ne me servez, vous etendue; c'est la que se trouvent les ames saintes
que je rends heureux, quand ceux-la que j'aban-
donne dans leur pauvrete se consacrent a mon ser-
vice ? Qn'est-ce encore que vous m'obeissiez, vous
qui voyez ma face, quand ceux-la meme qui en-
tendeiit seulemeut ma parole, sans me voir, m'o-
beissent aussi ? Car si les anges voient Dieu, les
hommes ne font qu'entendre sa parole : ils l'enten
quarante-
deuxieme dps
Pelits
sermoos, le
quaranle
tt u n i ■
trouve
reporteparmi
lea
sentences.
Que faut-il
entendre pax
les tentes,
les parvis et
les maison?
et a qui
ils
coDfianapnl.
line fois separees de leur corps, qui out de leten-
due et delivrees .les entraves de la chair. Les par-
vis ont un fondement mais n'ont point de toits;
c'est parce que les Ames qui sont dans l'amour de
Dieu ne s'ecroiilent point, ce qui faisait dire an
Psalmiste : « Nos pieds etaient fermes (Psal. cxxi,
2), » mais elles n'ont point le toit, car elles atten-
ded, dis-je, et ils lui obeissent, alin de meriter de dent encore leur couronnement qui ne pent trou
devenir, un jour, semblables aux anges et de con- ver place que dans la resurrection de leurs corps.
tempter sa face. Ainsi, c'est en ecoutant sa parole
qu'on merite de le voir, et c'est en le voyant qu'on
est recompense de 1 avoir ecoute. Mais il faut com-
mencer par l'ecouter, on ne le voit qu'ensuite, se-
lon ce mot de l'Ecriture : « Eeoute, ma tille, et
vois [Psal. xi.iv, Hi. » Par consequent quieonque
desire voirDieu, dansl'avenir, doit commence!' par
l'ecouter dans le present, et par lui obeir a la
parole.
Mais, apres la resurrection, elles seront avec les
anges dans la maison qui a un fondement et un
toit. Son fondement, c'est la stabilite de leteruelle
beatitude, dont le toit est la consommation et la
perfection.
SOIXANTE DIX-NFXVIEME SEKMON '.
« Mon cceur est pret, 6 mon Dieu, mon cceur est
* C'etait le
quaranle-
troisieme dea
Tetits
fprnions.
tentatio tribulationis. Ex quorum item persona loquitur
Psalmus : Deus Deus mens respice in me, quare me
dereliquisti? Numquid non incogniti videntur, qui orant
ut respiciantur? Verumtamen licet derelict! videantur,
ipsi tamen Ueum cognoscunt ; et ex persona cognoscen-
tium statim in eodem psalmo subinfertur : Deus metis
clamaliO per diem, el iv>n • :iuw/irs ; i-t noete, el nun
ad insipientiam mihi. De his ergo vox divina dicit :
Populus quern non cognovi, servivit mihi. Acsi aperte
diceret angelis suis : Quid si vos mihi servitis, quos
felices facio, quandoquidem illi mihi scrviunt, quos
in sua paupt ttatc derelinquo? Et quid, si vos mihi obe-
ditis qui facicm meam videtis, cum et illi obediant, qui
me tanlum audiunt, et non viilent? Vident quippe
angeli, audiunt homines. Audiunt scilicet et obediunt,
ut quandoque similes angelis facti, mereanlur ipsi
quoque videre. Itaque auditus est meritum videndi,
visio premium audiendi. El prius est audire, videre
posterius, sicut scriptum est : Audi fiiia, et vide. Quis-
quis ergo in futuro Ueum videre desiderat, profecto
necesse est ut in praesenti prius Ueum audiat, et in au-
dita auris obediat.
SERMO LXXYI1I.
Tria sunt ; tabernacula, atria, domus. In laberna-
culis sunt omnes justi in carne viventes et laborantes :
quia tarbernacula laborantium sunt et militantium.
Tabcrnaculum vero habet tectum , sec fundaniento
caret, et portabile est : quia justi in pra-sentibus non
sunt fundati, sed inquirunt civitatem, desursum fun-
damenta habentem. Fides etiam eoium, quae est fun-
damentum, non est in terrcnis, sed in Uomino. Tectum
habent, id est, munimentum gratia; et proteclionem.
Atria sunt domui vicina, amplitudinem habentia. In
ill is sunt mums sanctie corporibns exuls, qua? in la-
titudine sunt, deposita carnis angustia. Atria habent
fundamenlum, sed non tectum : quia anima qua? in
amore Dei sunt, non ruunt, unde stantes erant pedes
noslri : sed non habent tectum aduuc expeclanles aug-
mentum, quod non erit nisi in resurrectione corporum
suorum. Post ipsam sane resurrectionem cum angelis
erunt in domo, quae habet fundamenlum et tectum.
Fundamentum est stabilitas aetcrna? beatitudinis, tectum
consummatio et perfectio ipsius.
SERMO LXXIX.
Paralum eor meum Deus , paratwn eor meum. Via
SERMONS DIVERS.
37
pret (Ps'tl. lvi, 1). » Mes freres, la voie royale ne
se detourue ni a droite ni a gauche. Or, s'il est fa-
cile de trouvpr un homme qui soit prepare une
fois, il ne Test pas autant d'en trouver lin qui le
soit deux fois. Si Dieu lui dit : « Chassez l'eselave et
son flls {Genes, xxi, 10), »je veux parler des oeuvres
de la chair, il n'hesite pas ; mais s'il lui dit : « Ini-
mole-inoi ton fils que tu aimes, ton fils Isaac, » il
ne peut entendre ces mots avec assez de patience
pour paraitre, par la grace de l'utilite et de l'unite,
supporter la perte de l'objetdeses affections. Pour-
Lmbien il 1u°i done le servite\ir de Jesus-Christ ne rejette-
t difficile de rai(_il point tout ee qui a rapport au plaisir de la
renoncer r ........ ...
sa propre chair? Mais, se voir pnve avee egahte d ame de ses
■voionts. jQjes Spjrituelles quaud l'obeissance 1'exige, ou
lorsque un motif de charite fraternelle le demande,
voila qui est offrir a Dieu un holocauste vraiment
grand et d'agreable odeur. Toutefois n'oubliez pas
que, dans ce sacrilice, e'est moins Isaac que le be-
lier de la revoltequ'on immole.
CjUATRE-VINGTIEME SERMON *.
1. « Ab que e'est une chose bonne et agreable
que les freres soient bien unis ensemble (Psal.
cxxxn, 1) ! » 11 y a une union naturelle, une union
cbarnelle, une union virtuelle, une union morale,
une union spirituelle, une union sociale, une union
personnelle, une union priucipale. L'union natu-
relle est celle du corps et de l'ame; l'union char-
nelle est celle de l'homine et de la femme; e'est
d'elle qu'il a ete dit : « Us seront deux dans une
meme chair (Gen. n, 25). » L'union virtuelle est
celle qui unit l'homme a lui-meme, l'empeche de
se repandre sur divers objets et lui fait demander
une seule chose au Seigneur (Psal. xxvi, U). L'u-
nion mornle est celle qui nous unit au prochain;
e'est d'elle que le Psalmiste parle en ces termes ;
« II fait habiter les hommes de meme sentiment
ensemble (Psal. lxvii, 6). » L'union spirituelle est
celle qui nous unit a Dieu ; l'Apotre en parle ainsi :
« Celui qui demeure attache a Dieu est un meme
esprit avec lui (1 Cor. vi, 17). » L'union sociale se
truuve parmi les anges qui ont tons le meme vou-
loir et le meme nou-vouloir. L'union personnelle
existe dans le Christ, quant a l'union principale et
substantielle, elle n'existe que dans la Sainte Tri-
nite.
2. « Coinme il est bon et agreable. » II y a des
choses qui sont bonnes et agreables, et il y en a
qui ne sont ni agreables ni bonnes, de meme il y
en a qui sont bonnes sans etre agreables etd'aulres
qui sont agreables sans etre bonnes. Celles qui ne
sont que bonnes sans etre agreables, conduisent a
celles qui sont bonnes et agreables tout a la fois;
mais celles qui ne sont qu'agreables sans etre
bonnes, elles menent aux choses qui ne sont ni
agreables ni bonnes. Les choses qui sont bonnes
sans etre agreables ce sont : la continence, la pa-
tience, la discipline; celles qui sont agreables mais
ne sont pas bonnes, e'est la volupte, la curiosite, la
vanite. Quant a celles qui ne sont ni bonnes ni
agreables, e'est l'envie, la tristesse, l'impatience.
Les choses qui sont bonnes et agreables, e'est
l'honnetete, la charite, la purete. Pour obtenir ce
bien et cet agreable, il faut en meme temps l'u-
niou morale et l'union vertueuse. Or, ce qui trou-
ble la premiere, e'est la pusillanimite et la legerete.
Ouest-ce qui
est boo
et agreable.
de combien
de sortes est
ce qui
eat tel; et
quest-ce qui
est le
contraire.
II y a deux
unions.
Deux choses
leur sont
regia, fralres, nee ad dexteram declinat, nee ad sinis-
tram. Porro invenire est nomincm setnel quidem para-
tum; non quidem secundo. Si dixerit ei Deus, Ejice
ancillam et filium ejus, dico autem opera carnis : non
cunotatur. Si dixerit, Immola mihi filium tuutn quern
diligis Isaac : hoc plane jam palienter audire non potest,
ut fruternaa utilitatis aut unitatis gratia, spirilualissusti-
nere videatur studii detrinienta. Quidni abjiciat facile
servus Christi, quidquid ad corporcam pertineat volup-
tatem? At vero spirituali jucundilate aequanimiter frau-
dari, quando aut obedientia cogit aut fraternae charitatis
ratio postulat : hoc plane magnum, et Deogratumoflerre
est holocauslum. Memento tamen, non Isaac in hoc
sacrilicio, sed arietem contumacitfjugulari.
SERMO LXXX.
1. Ecce quatn bonum el quam jucundum habitare fra-
tres in unum. Est unilas naturalis, unilas carnalis, uni-
las virtualis, unitas moralis, unitas spirilualis, unilas
socialis, unitas personalis, unitas principalis. Unitas na-
luralis est inter corpus et animam. Unitas carnalis in-
ter virum et mulierem, de qua dictum est : Erunt duo
in came una. Unitas virtualis est, quaehominem sibi ipsi
conjungii, ut non per diveraa effluai. sed cum Propheta.
unam petat a Domino* Unitas moralis est qua? nos con-
jungit proximo. Unde Psalmista : Qui habitare facit
unius maris in domo. Unitas spiritualis est quEenoscon-
jungit Deo. Unde Apostolus : Qui adhatret Deo, unus
spiritus est. Unitas socialis inter angelos, quibus omni-
modis idem velle est, idem nolle. Unitas personalis in
Christo. Unitas principalis, quae et substantialis, est in
Trinitate.
2. Ecce quam bonum et quam jucundum. Sunt qua>
dam bona, et jucunda; sunt quaedam nee bona, nee
jucunda : sunt qutedam bona,et non jucunda ; sunt quae-
dam jucunda, et r.on bona. De bonis et non jucundis
pervenitur ad bona et jucucda. De jucundis et nor.
bonis pervenitur ad non bona etnon jucunda. Bonaet non
jucunda sunt continentia, patienlia, disciplina. Jucunda
etnon bona, voluptas, curiositas, et vanitas. Necbonanec
jucunda, invidia, tristitia acedia. Bona et jucunda, ho-
nestas, cliaritas et purilas. Ad hoc bonum et jucundum
obtinendum necessaria est unitas virtualis, et unitas mo-
ralis. Primam dislurbant pusillanimitas et levitas. Pusil-
lanimitas facit propositum relinquere, levitas mutare.
Alteram obstinatio, suspicio etsimulatio disturbant. Obs-
tinationon recipit proximum, suspicio non credit proxi-
mo, siuiulatio non se jungit proximo. Spes aeternorum
expcllif pusiUanimitatem, humilis obedientia levilatem-
3S
OELYRES DE SAINT UERNARD.
La pusillaniuiile nous t ul n/noncer a nos bons
propos, el la legerete nogs an fait changer. La se-
conde uinon se trouve troublee par l'obslination,
les soupcons et la feinte. L'obslination ne veut pas
garde de voire cceur, parte qu'il est la source de la
vie (Prov. ly, 2.'i). » Or, le cceur est la source de la
vie de deux nianieres : en premier lieu, on croit
de cceur pom- ubtenirla justice (Rom. x, 10); le
oir le prochaioj le sou peon no proit pas au juste vit dela foi 1 /{"'«. i, 18); et c'est par la foi
prochain, el 1 1 feinte ne s'uuit point a lui. L'espe- mie le ccenr se purifte, ce n'esl que des cceurs purs
ranee des hi rnels chasse Iq pusillanimite, et que Dieu est vu, cVsi-a-diro cpnnu. Or, la vie
• Cetait le
le quaranle-
finqui'me
de; Telit?
sermons.
Similitude.
" 1 ftail le
quarante-
•iiieme des
PeliU ser-
mons
uneb.utnbleobeissan.ee <!i-truit la legercte. Quanl a
I'obstinatipn, elle disp ir.iit devant I'huniilite ; le
soupcon et la feinte s'eJFacenl devant la charite.
(Jl ATHK-VIMiT-lMr.-.H'. sermon-.
<i La louange de Dieu n'esl pas belle dans la
bouche du pecheur E - e. ... 9 ] » Nop., meme
celle qui se trouve sur les levres du pfecheur peni-
tent, ne semble pas belle, parce qu'il eprouvc de la
confusion au souvenir el a la pensee de ses peches,
eten ressentbien souvent de la componetion. Tou-
tefois, la confession sur ses levres est utile et 1'ruc-
tueuse, bien que les louanges de sa bouche ne
soieut ni belles ni agreables (Psal. oxlvi, 1). Mais,
lorsque, partant de^ bienfaitsde Dieu il s'adonne a
celebrerses louanges divines, qu'il y trouve ses de-
lices habituelles et fait des progres dans cet exer-
cice au point que lien ne lui plait davautage, alors
la louange de Dieu dans sa bouche est belle ; il en
est de lui comuie du cultivateur : quand il repand
le funaier sur son champ, il est toul entier convert
de boue et d'immondices; si son travail n'est point
beau, du moins il est fruetueux ; mais, lorsqu'U
ramasse les gerbes de la moisson, alors il est aussi
beau que doux.
QUATRE-VINGT-DEUX1EME SERMON \
Be la garde diligente du cceur.
1 « Appliquez-vous avec tout le soin possible a la
eternelle ronsiste pivciscuirut a vpus connaitre,
vims qui cles seul Dieu, et Jesus que mhis a\ ez en-
TOy4 [Matt. v, 4). En second lieu, le Christ qui ha-
bite niaiuleiiant dans nos cceurs est noire vie
(Joan. XVII, 3). Or, uu jour \iendra oil il se 111011-
Irera ; alors nous apparaitrpns avec lui dans la
gloire EpJte$. m; 17), et celtii qui se cache nuiuie-
nant dins noire cieur, alms passcra du CCglir au
corps, si je puis -linsi parler, lorsqu'il transformers
noire corps, lout vil et abject qu'il est, alin dfl le
rendre conlunne a son corps glorieux (Philipp. 111,
20). l.'esl ce qui a fait dire a un autre apoliv :
a Maintenant, nous sonunes les enl'ants de Dieu, et
il n'a pas encore apparu ce que nous serous
(I Joan. 111, 2j. »
2. Mais il faut remarquer comment le sage a
dit : « applicpiez-vous avec tout le soin possible a
la garde de voire cceur (Pruc. IV, 23). a C'est un
dicton couinuin die/, les gens du nioiide, que cehli
qui garde son corps, garde un bon chateau. Mais
pour nous il n'en est pas aiusi, et celui qui garde
son corps ne garde que du filmier, selon le mot
nienie de l'Apnli'e : « (Juicoiique same dans sa
chair recueillera de la chair, la corruption et la
nmrt, et celui qui seme dans l'esprit recueillera de
l'espril la vie eternelle (Galul. vi, 8).» C'est comme
s'il avail dit, il vaut niicux garder et soigner le
chateau de fame, atteudu que c'est de lui que vient
a Tout cu passage se retrouve dans les Flnirs de S.iinl Ber-
nard, livre vu. chapitre xlv.
Nombreiu
ennemis qui
atlaqneul la
tbrteresae d»
noire Ante.
Ubstinatio humilitnte, su-picio et simulatio charitate
pelluntur.
SERMO LX.W1.
ifon est tpixiosa /««<V/( ore pi aXoris. Kliain qua; est
in ore noccatoris pecpitentis, mm videlur spcrioisa :
quia adhuc de peccati rccordatione et inenioiia con-
lusioncin palilui, el frequenter inde compungitur. Sed
taineii in eocst ulilis el frucluusa cpnfessjo, 6tej non
.^peciosa decoraque lapdatjo. Posiipiiun vera de bpaefi-
ciis Dei proliciens adlneret divinse landi, el ineaassidue
deleclaturul prolicil, ila ul nihil aliud placeat ci : lunc
in ore ejus esl Bpeciosa loiis Dei, ad similitiuliuem agri-
qui durfl lercoral agrum suum, tutus iu Into esl
etBtercoribusjOtnonestpulcbej; labor ejus, ut^i sit fnictuo-
jus : quaudo colligit I 0 labor est
speciosu? et dulcis.
SERMO LXXMI.
Dt dili'jcnii custodia cordis.
1. Omm cwloihn tent) cor timm. quia rr <P
procedit. Duobus auleiii Diodis vita a eorile proccdil :
aut quia conic cieditur ad justitiain; et Justus ex tide
vivit; et tide muiulatur cor; et niundo corde Deus
videtur, id est agnoseitur; et haec esl vita ;elema,ut co-
goosoant te unum Deum, et queni misisli Jesuin Chris-
tum : aut quia Ohiistus vita nostra, qui nunc per (idem
habitat in oordibus noslris, erit cum apparcbit, et nos
cum ipso apjiaicbimus in gloria : et qui nunc latel in
corde, tunc quasi de corde ad corpus prucedet, quando
reformabit corpus huniililatis nostra', conflgoratum oor-
pori clai'itatis sua;. Untie et alius Apostolus ail : Nunc
filu Dei sumus, et nondtan apparuii <jui<l erimus.
2. Sed considerandum est quomodo dical l Omnicus-
iedfQ servacor inmn. Splentdjcero homines bujua sa;ouli i
Bonuui caslclliim custodit, qui corpus suum custodlt.
Nos autem non sir : seJ sterquilinium vile custodit,
qui custodit corpus suum, Apostolo teste : Quoniam
iui seminal in caruc, de came metet eorrupUoHem : qui
vera, inquit, in s/iiritu, de spirit u metet vitam aiternmn.
Ac si dieat rolendum. custodiendum magis animai cas-
trum, quoniam ateraa c\ ip^" vita proccdil. Sed rao-
SERMONS DIVERS.
39
la vie eternelle. Mais ce chateau fort, situe dans un
pays ennemi, estattaque Je tous cotes, voila pour-
quoi il faut le fortifier avec le plus grand soin de
toutes parts, en bas, et en haut, devant et derriere,
a droite et a gauche. Ce qui l'attaque par en bas
c'est. la concupiscence de la chair qui guerroie con-
Ire l'iime, car la chair est pleine de desirs coutre
l'esprit. Par en haut il est menace par le jugement
de Dieu, car il est horrible de tomber entre les
mains du Dieu vivant [Hebr. x, 31). Celui qui di-
sait « j'ai toujours craint Dieu comme les flots sus-
pendus au dessus de moi [Job. xxxi, 23), avait gar-
de son cceur assez hien de ce cole. Par derriere, ce
qui l'attaque c'est la delectation mortelle qui nait
du souvenir des peches passes; par devant, ce qui
l'attaque c'est la tentation, a gauche l'arrogance et
les murmures de nos freres a l'esprit inquiet, et a
la droite la devotion nieme de nos freres soumis et
obeissants, car ces derniers peuvent aussi nous nuire
en deux manieres si nous n'y prenons garde, soit
en nous inspirant de la jalousie pour le bien qu'ils
font, soit en nous faisant soupirer apres une grace
singuliere.
Atec qnelles 3. Aussi, que la rigueur de la discipline veille
do1tmr?si?(° contre la chair; le jugement de noire propre con-
fession contre le jugement de Dieu ; mais que ce
jugement soit double, exterieur pour les fautes
exterieures, et cache pour les fautes secretes. C'est
ce qui faisait dire a l'Apotre : « Si nous nous ju-
geons nous-memes, nous ne serous point juges de
Dieu (1 Cor. xi, 31). » Contre la delectation qui
nait du souvenir des fautes passees, nous avons la
frequence de la lecture ; contre les instances de la
tentation, la priere, la supplication constante ; con-
tre l'inquietude de nos freres, la patience et la com-
passion ; contre la ferveur de nos freres soumis et
obeissants, nous avons les felicitations et la discre-
tion, les felicitations eteignent la jalousie, et la dis-
cretion, l'envie excessive.
QUATRE-YINGT-TROISIEME SERMON \
« Avez-vous trouve du miel? N'en mangez pas
trop, de peur qu'en ayant pris avec exces vous ne le
rejetiez [Prov. xxv, 16). » II ne semble pas que ce
soit s'eloiguer du sens que d'enteadre en cet en-
droit le mot miel dans le sens de la faveur des
louanges humaines. Aussi est-ce avec raison
qu'il nous est defendu non pas d'y gouter, mais
d'en manger avec exces. II y a des cas, en effet, ou
on recoit avec avantage les louanges des hommes,
c'est quand on le fait en vue de la charite frater-
nelle, pour le salut du prochain qui nous ecoute
d'autant plus volontiers qu'il nous entend louer.
Si done ou s'en tient a cet usage modere, il n'y a
aucun inconvenient a manger de ce miel ; mais si
on depasse celte mesure, c'est mal, et il ne peut
faire que du mal. Or, c'est manger immoderament
du miel qu'on a trouve, que d'en manger au gre
de son cceur, et de se laisser eniler par la faveur
de la louange humaine, de s'en engraisser et d'en
faire ses delices. Voila ce dont le saint Prophete
demande au Seigneur de le preserver, quand il-
appelle la faveur dont je viens de parler, non
point du miel, mais de l'huile et qu'il dit en termes
equivalents : « Que l'hude du pecheur n'engraisse
pas ma tete Psai. cxl, 5). » Voulez-yous savoir
quand on rejette le miel qu'on a pris avec exces,
qu'on a mange a satiete et au dela des bornes de la
discretion '? Certainement c'est quand on a bu
• C etait le
quarante-
septieme des
Pctits ser-
Dan5 quelle
mesure on
doit lecevoir
les
louanges
des hommee.
Irum islud in terra inimicorum situui undique impugna-
tur : et idicirco omnicustodia, id est ex onini parte, vi-
gilanti sollicitudine est muniendum, inferius, superius.
ante et retro ; a dextris et sinistris. Inierius impugnat
concupiscentia carnis, quae militat adversus animam ; quia
caro concupiscit adversus spiritum. Superius imminet
judicium Dei : Horrendum est incidere in manus Dei
viventis. Sollicite satis hac parte cor suum custodierat,
qui dicebat : Semper enim quasi tiuneiites super me fluc-
tus timui Deum. Retro mortifera delectatio est, qua; ori-
tur ex recordatioae praeteritorum peccatorura : ante,
instantia tentationmn : a sinistris vero arrogantiuru fra-
trum et murmurantium inquieludo :a dextris obedien-
lium fratrum devotio. Possunt enim hi quoque ( nisi
cavealur^ duobus uocere modis : aut bonis eorum acti-
lius invidendo ; aut singularem gratiam aemulando.
3. Vigilet ergo adversus rigor disciplinae : conlrajudi-
cium propria; confessionis ; et hoc sit duplex, manifes-
tum de manifestis, occultum decccultis. Unde ait Apos-
tolus : &' nos met ipsos dijudicafemus, non utiqae judi-
caremur. Centra delectat.onem, quae proccdit de recor-
datione praeteritorum peccatorum, frequentia lectionis :
contra instantiamtentationis, instantia supplicis orationis :
'•intra fratrum inquietudinem. patientia et compassio :
adversus obedientium fratrum I'ervorem, congratulatiy
et discretio, congratulatio enim expellit invidiam, discre-
tio nimiam aemulationem.
SfiRMO lxxxiii.
Mel invenisti ? Noli mullum comedere , ne forte satia-
tu-i evomas Mud. Potest non incongrue hoc loco mellis
nomine favor humanae laudis intelligi : Meritoque non
ab omni, sed immoderato mellis hujus edulio prohibe-
remur. Est enim cum utiliterhumanaslaudes recipimus,
fraterna; duntaxat intuitu charitatis, et ad salutem eorum,
qui nobis propterea facilius acquiescunt. Hac ergo parci-
tateservata, mellis bujusmoderatacommestio non nocebit.
Si quid vero amplius est, a malo est, et in perni-
ciem convertetur. Invento enim melle immoderatiusves-
citur, quisquis apponens omnino cor suum, favorehumu-
nae laudis inflatur, incrassatur, impinguatur : a quo se
Propheta sanctus custodiri deprecatur a Domino, non
quidem mellis, sed olei satis vicina appellatione ipsum
quern praediximus favorem exprimens, ubi ait : Oleum
autem peccatoris non impinguet caput meum. Vis nosse
quando evomat immoderatus epulator mellis edulium.
60
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
les lonanges dont on s'est rassasie sans chercher succombe sous sos etforts, eette defaile lui est im-
d'autre fruit que la satisfaction qu "on trouvait aux put§e a p6che. II lui est done dit que si l'esprit
louanges des bommes, Oui, on rejette avec bien des s'eleve sur elle, elle ne doil point quitter sa place,
south/am es le miel qu'on a mange avec une perni- e'est-a-dire qu'elle ne doit pas, au soufflede laten-
cieuse satisfaction, quand on seche de jalousie en tation, faire servir ses membres au peche ou en
entendant louer les autres. En effet, l'esprit aJon- faire les armes de l'iniquite.
■ i Mail le
(Hiaraute-
huitieoie des
Tetil? «er-
monf.
'2. 11 i.iui remarquer ces mots « si l'esprit de
celui qui a la puissance s'eleve sur vous. » Or,
l'esprit malin ne peut jamais rien contre nous si ce
n'est ce pourquoi il esl envoye ou ce qu'il a recu
la permission de nous faire. Aussi, quoique sa vo-
lenti; soit loujours mauvaise, sa puissance n'est
jamais que ju^te. Sa volonte est mauvaise pane
qu'elle ne vienl que de lui et demeure en Lui; sa
puissance au contraire ne \ient que de Dieu. Tou-
ne a la vanite, et gentle d'orgueil, regarde comnie
autant de blames pour lui-inrme toutes les louan-
ges qu'il enteud decerner aux autres.
QUATRE-VINGT-QUATRIEME SERMON '.
1. II y a deux places pourl'ame raisonuable, I'in-
ferieure qu'elle gouverne, et la superieure ou elle
repose. L'inferieure, relic quelle regit est le corps,
et la superieure ceUe ou elle repose, e'est Dieu. Ufois Dieu necesse jamais de regfercette puissance,
On peut appliquera l'une et a I'autre ces paroles depeurque parce qu'il y a de mauvais danssa vo
de I'Ecriture : « Si l'esprit de celui qui a la puis- |0nte,ilnefasseplusdemalquenel'exigentles Cau-
sanee s'eleve sur vous, ne quittez point voire place t|,s ,,,, a,||x qui solU punis. Mais en Vuila aSM,z pom.
[Eccle. x, 4), » ni 1'inferieure que vous gouvernez re qlli regarde ]a p]ace bferieure. Pour ce qui est
ni la superieure ou vous vous reposez. Mais ce que d|> la plaa, sl,prrieure, il faut entendre les paroles
ie viens de dire convient a ceux qui ne font encore rapport&s plus haut en ce sens que l'ame ne doit
que commencer et qui sont imparfaits, et a qui paSj au soulle je ja tentalion, quitter le repos
l'Apotre s'adresse quand il dit : « Je vous parle qu0He goute en Dieu, mais an contraire de quel-
humainement a cause de la faiblesse de votre chair. que cc',te que vienne l'epreuve, demeurer constam-
La volonle
du diable est
mauvaise
niais si puis-
sance est
toujours juste
et limitce de
Dieu.
L'ame a trois
devoirs a
remplir en-
<ers le corps.
De meme done que vous avez fait servir les mem-
bres de votre corps a l'impurete et a l'injustice,
pour commettre l'iniquite, ainsi faites-les servir
maintenant a la justice pour la sanctification [Rom.
vi. 19 1. » L'ame a, en effet, trois devoirs a remplir
envers son corps, elle doit lui donner la vie, puis
la sensibilite et enfiu la direction. Toutefois si la
meut et tranquillement unie a Dieu. Ce dernier
avis convient aux parfaits qui peuvent dire avec
Elie : « Le Seigneur Dieu d'lsrael en presence de
qui je suis, est vivant (iv Reg. m, 16) ; » ou bien
encore avec l'apdtre saint Jean, « nous sommes
eu ce monde lels que Jesus-Christ y a ete (1 Joan.
iv, 17). » Oui, cet avis, je le repele convient aux
vie vienl a se perdre, ou si les sens se troublent, parfaitS; a ceux qui dans leur genre (le vio imiUiUl
elle n'a aucune condamnalion a encourir pour cela. d6ja en queique sorte p(Hat de Peternite.
Mais si elle se laisse vaincre par le tentateur et
quod usque ad satictatem sumens, niodum parcitatis
excessit? Tunc sine dubio laudes, quibussatiahatur, non
.ilium fructum qujerens. sed t'avoreipso contcntushuma-
no ; tunc, inquam, mnlla cum anxietate evomit, quod
perniciosa delectatione comedit, rum alium quemlibet
laudari audiens invidia contabescit. Mens enim dedita
vanitali, et arrogantia lumens, laudem allerius,suam re-
putat vituperationem.
SERMO LNXX1V.
1. Duo loca sunt animae rationalis : inferior, quern
regit; et superior in quo requiescit. Inferior quern
regit, corpus; superior, in quo quiescit, Deus. De
ulroque potest recte intelligi quod scriptum est : si as-
cendent super le spiritus potestatem habentis, locum
luum ne dimiseris : vet inferiorem scilicet, regendoj
vel superiorein, quiescendo. Sed hoc quod prius dixi,
convenit radibus adbuc et imperfeclis, quibus loquitur
Apostolus : Humanum dtco propter infirmitalen ■
veslro*. Sicut enim i i hibuish i - nbra • • h •> \a aire im-
munditits et iniq litait ad iniquitatem, ita nunc exhibete
membra veslra servire juslitias in sanctificatmnem. Ha-
bet quippe a-iima tria facere in corpore, viviflcare, sensi-
ticare, regerc. Sed sive auferatur vita, sivc sensus
perturbetar, de aeutro condemnatur. Sin vero ten-
tatori victa succumbil , hoc illi ad peccatum rc-
putatnr . Dicitur ei ergo ne ascendente super earn
spiritu , locum suum drseral . hoc est ne in-
gruentc tenlatinne membra sua arma iniqnitatis pec-
cato exhibeat.
2. Notandum autem quod dicitur : Si ascendent su-
per te spiritus potestatem habentis. Nihil quippu ad ver-
sus aos malignus spiritus potest, nisi missus, aut permis-
sus. Unde cum ejus sit voluntas semper mala: nunqiiani
potestascst nisijusta. Nam voluntas quidem mala ex seipso
sibi inest, potestatem vero non aliunde quam a Deo babul.
Quam tamen potestatem semper moderatur Uominus.
ne scilicet ex neqnitia volunlalis plus punial, quam
eoriim exigunt merita qui puniunlur. Et ha;c de infe-
rtori loco dicta slat. Cfelerum de superiori hoc inlelli-
Ltilur, ne qiiii'lem mciilis, quam in Deo lixa conslantci-
in iranquilliiatc permaneat. Haso posterior sententia con-
venit perfectis, qui cum Elia dicere possunt : Vivit Do-
minus Deus Israel, in cujus conspeclu ato. El illud de
Joanne apostolo, quia sicut ille est, et nos sumus in hoc
mundo. Hffio, inquam, sententia convenil perfectis, qui
jam in sua convereatione quodam modo imitaniursiatum
ajternilalis.
SERMONS DIVERS.
til
* C'elait le
quar&nle-
neovif»Qie d^s
Petits ser-
mons.
l"ne mau-
aise mort est
ans remade.
\ quel eigne
on pent re-
connailre la
nort dont on
motirra.
^oni[iaraison.
QUATRE-V1NGT-CINQUIEME SERMON *.
u Si 1'arbre tombe au midi ouau Septentrion, en
quelque lieu qu'il soit tombe il y restera (Eerie, xi, U). »
La douce et chaude temperature du Midi a cou-
tume d'etre prise en bonne part dans le style de
1'Ecrilure. Le Septentrion au contraire est toujours
pris dans le niauvais sens : Or, un Prophete a vu
les homines comme les arbres ( Jerem. 1 , lit) ,
mais 1'arbre qu'on coupe meurt et il reste la oil il
sera tombe (Marc, vm, 24), ainsi Dieu vous jugera
la oil il vous aura trouve ! car, je le repete, 1'arbre
demeurera sans changement et sans retour la oil
il sera tombe. Qu'il voie done bien de quel cote il
veut tomber avant qu'il tombe, car line fois tombe,
i! ne pourra ni se relever ni meine se retourner.
Mais si vous voulez savoir de quel cote il tombera,
regardez a ses branches : soyez siir que le cole oil
elles sont plus nombreuseset plus lourdes est aussi
celui oil il tombera si on le coupe alors. Or, nos
branches ce sont nos desirs ; elles s'etendent au
Midi si uos desirs sout spirituels, et vers le Septen-
trion s'ils sont charnels. C'est le milieu du corps
qui indique de quel cote elles l'emportent, car
celles qui l'emportent font pencher le corps de leur
cote. Notre corps se trouve place entre 1'esprit qu'il
doit servir, et les desirs de la chair ou les puissauces
des tenebres, qui guerroient contre l'ame comme
le serait une vache entre le paysan et le voleur : si
le voleur ne reussit point a 1'entrainer avec lui
malgre ses menaces et ses efforts, le paysan rem-
porte la victoire ; de rueme, quelque fureur que
deploie 1'esprit malin, quelque torture que nous
fassent endurer les desirs mauvais, si notre ame
conserve en son pouvoir le vase de son corps, il
faut croire qu'elle a vaincu et empeche, selon le
mot de l'Apotre, k que le peche ne regne dans no-
tre corps model (Rom. \i, 12). » Mais de meme que
nous avons fait servir nos membres a l'iniquite V. saint Gn-
pour l'iniquite, ainsi devons-nous les faire servir a 9xu marc.
la justice pour la sanctification. chap, IV.
SERMO LXXXV.
Sive ad Aiistrum, sive Aqxtilonem arbor ceeiderit, ibi
erit. Auslri calor et lenitas in sacra Scriplura bonam
solct habere significationem : ab Aquilone vero pandilur
mniie malum. Porro homines sicut arbores vidit aliquis.
Exciditur autem arbor in morte : et quocnmqiie ceeiderit,
ibi erit : quia ibi te judicabit Deus ubi inveneril. Ibi,
inquam, erit immutahiliter et irretractabiliter. Videat
quo casura sit anlequam cadat : quia poslquam ceeide-
rit, non adjiciet ut resurgat, sed nee ut se vertat. Quo
vero casura sit arbor, si scire volueris, ramos ejus
attende. Unde major est copia ramorum et ponderosinr,
inde casuram ne dubites, si tamen fuerit tunc excisa.
Rami nostri, desideria nostra sunt : quibus ad Austrum
extendimur, si spiritualia fuerint : si carnalia, ad Aqui-
lonem. Quae vero prapponderent, medium corpus indicat.
Ea namque preponderant, quae secum traxerint corpus.
Sic enim est corpus nostrum inter spiritum cui servire
debet , et carnalia desideria qua? militant adversus
animani, sive potestates tenebrarum, ac si vacca sit inter
raptorem et rusticum conelituta. Quidquid il!e minetur,
quidqnid intentat, si vaccam non duxerit, rusticus vicit.
Sic quantumcunque saeviat rualignus, quantumcunque
prava desideria rrucient : si vas snum sibi vindicat anima.
QUATRE-VINGT-SIXIEME SERMON \
1. Vous avez fait toutes choses avec poids, nom-
bre et mesure (Sap., xi, 21). » C'est en cela meme
que les choses creees different de l'essence divine.
En effet, ce sont les creatures qui sont faites avec
poids, nombre et mesure ; le Createur n'a rien de
semblable. Le poids se trouve dans la dignite de la
chose ; une chose est done faite avec poids, atten-
du qu'on peut la comparer avec une autre chose
du meme genre, et la trouver ou plus grande, ou
plus petite, ou egale. Le poids se trouve dans les
choses dont la valeur peut etre estimee. Quant a la
mesure, elle se trouve dans le temps et l'espace.
Si nous reservons l'espace aux corps, le temps,
non l'espace sera la mesure des etres incorporels.
En effet, l'ame n'occupe point un espace corporel,
et notre corps que nous voyons n'est pas le lieu de
l'ame. Car , comment serait-elle enfermee dans
le corps quand elle en vivifie l'exterieur aussi bien
que l'interieur. Elle est tout aussi bien sur la peau
du corps que dans le fond de nos entrailles.
2. Mais par suite de son affection charnelle et
deson habitude des corps, l'ame tombe dans une telle
erreur, qu'elle ne peut plus se voir elle-meme en
pensee autrement que corporelle, car la ou est son
• C'etait le
cinquante et
unieme des
Petits ser-
mons,
le ciaquan-
tieme se
trouve re-
porte parent
les sentences .
Lame nest
pas dans te
corps comme
en un lieu.
vicisse credenda est, ut, quemadmodum ait apostolus.
Non regnet peccatum in nostra mortali corpore : sed
sicut exhibuimus membra nostra servire iniquitali ad
iniquitatem, sic exhibeamus servire justiliae in sanctiiica-
tionem.
SERMO LXXXVI.
1 . Omnia fecisti in pondere, et mensura, et nutnero. Ad
dilTerentiam ipsius divina? essentia dictum est. Creaturae
enim in pondere , et mensura, et numero factas sunt :
solus Creator his omnibus caret. Pondus in dignitate rei
consideratur. In pondere igitur facta est, quae rei sui
generis est comparanda, aut secundum majus, aut se-
cundum minus , aut secundum Eequale. Pondus
habet, quas quanti valeat aestimari potest. Mensura
vero in loco et tempore consideratur . Quod si
locum solum accipimus corpoialem , incorporeorum
mensura in tempore erit , et non in loco. Neque
enim anima in loco potest esse corporeo ; nee
corpus, de quo magis videtur, locus animae est. Quomodo
enim corpore clauditur, qua? sic vegetat exteriora, sicut
interiora. Sic est in superflcie cutis, sicut in visceribos
intimis.
2. Sed ex affectione carnali et ronsuetudine corponim
A3
OEUVHES DK SAINT BERNARD.
lresor,la aussiesl son cieur (JfiWfc vi, 221. Kile MStA
fun amour. En Bflfetj recouverte ct comme einluile
d'ailedions tBireetreS) elle ne prat plus contemp'er
son pfopW visage. Kile est tombt-e an fond du
bonrbier (A ne se voit plus telle qu'elle est; file
pease que oette image de boue quelle pofte est sa
propre forme, mais il en est tout autrement ct il
faut mesurei lame d'unc autre maniere quant au
lieu. Ku etl'ct, le lieu de tuut etre est ee qui borne
sa substance. Or la substance de lame est dans la
raison, dans la memoire, dans le eonseil, dans le
jugement et dans les aulres facultes semblables,
qui toutes son! enfermees dans lenrs propres bor-
louieicepie nes. Tout esprit, sauf Dieu, est done fait avec nom-
Diou en. .
fail bre, poids id mesure, attendu que la raison, la
%eCpc^™b"' m&noire et les autres facultes de son esprit out
et mesure. leur mesure. Tout a ele fait avec nombre, soit
quant a la composition de ses parlies, tels sont les
corps, soit quant a leur variele et a leur mutabilite,
tels sont les etres incorporels. 11 n'y a que Dieu en
qui ne se trouve ni nombre, ni poids, ni mesure.
Dieu est unique et ne saurait etre compare a aucun
autre etre de son espece. II est unique, dis-je, et
seul au dessus de toute estimation possible: il est
eternel aussi et immense, indivisible et inva-
riable.
• C'etait QIATJU.-YINGT-SEPTIEME SERMON*.
'c cioquantc-
dcuiieme
... <ie" re" Le baiser de I'Epoux ou la nrd.ee de la contemplation.
• its sermons. r j t
1. « Qu'il me doune un baiser de sa boucbe
(Cunt. 1, 1), 11 y a trois sortes de baisers : le bai-
ser des pieds, le baiser des mains et le baiser de la
boucbe. La Seigneur a deux pieds : ce sont la iuise-
ricorde et la verite. Or Dieu imprime ses deux
pieds dans le coeur de ceux qui se oonvertissent, et
tout pecbeur qui se couverlit sineerement embrasse
ces deux pieds; car s'il ne recevait que la miseri-
corde sans la verite, il tomberait dans la presomp-
tion; ile nieme s'il recevait la verite sans la mise-
ricorde, il perirait inevitableiiiciit de desespoir.
Mais pour etre sauve, il se jetle bumblement a ces
deux pieds du Seigneur en meme temps, alin de
condainner ses pecbes par la verite, et d'espcrer
le pardon par la misericorde, et voila le pre-
mier baiser. Le second baiser a lieu des que
nous nous levons pour les bonnes ceuvres. [Nous
baisons en effet la main du Seigneur quand nous
lui olfrons de bonnes oeuvres ou quand nous rece-
vons de lui des dons de vertus. Quant au troisieme
baiser, il a lieu quand, apres avoir fini de verser les
larmes de la penitence et rccu la grace des vertus,
l'ame, animee de celestes desirs, aspire avec toute
les impatiences de l'amour et se voit introduite
dans les joies secretes de sa cbambre interieure.
Alors elle cbante de la voix du ccenr entrecoupee
par de doux soupirs : « Seigneur, je reehercherai
votre visage (Psal. lx.ii, 8). » Son desirest si ardent,
qu'il lui rend son epoux present, tant elle l'aime,
tant elle le desire, taut elle soupire apres lui. Ainsi
le premier baiser se donne dans la remission des
pecbes et s'appelle le baiser de propitiation. Le
second a lieu dans les dons des vertus et s'appelle
le baiser des presents. Le troisieme se donne dans
la contemplation des cboses celestes, et s'appelle
le baiser de la contemplation.
Cmaparrr
ee <rriiit>n
m efc a-
3c et b- ','
serihon 4w
U Caniigue.
I.rs deux
pieda du Sei-
^nrnr sont
la miseri-
corde ct la
verite
II y a trois
baisers.
sic errat aniuia, lit seipsam nesciat nisi corpoream cogi-
tare. Ubi est cnim thesaurus ejus, ibi est et cor. Hoc
sapit quod diligit. AfTeclionibus slquidem obligata et
illila terrenis, suam ipsius taciem considerare non po-
test. Infixa est in limu profundi, et seipsam non videt,
sed putat formani suam esse lutcam illn.ni qtnni portat
imaginem. Sed omnino abler est : et aliter consideratur
mensura animal secundum locum. Locus siquidem uni-
cuicjue rci, finis est sme substantias. Substantia vero
anima? in rationc, in memoria, in consilio, in judicio,
cattsrisque similibus est : qua; omnia sun quoque fine
claiidunlur. In mensura est ergo faclus omuls spiritus,
prater divinum : quia et ralio ejus, ct meuioria, el ra'-
lera omnia suam habeiil mensiirani. In ntimcro facta
sunt omnia, vet secundum pnilium composilionem, ul
sunt corpora : vel secundum variclatem et mutabilitatem,
ut sunt otiam incorporca. Solus Ileus est, in qucm nee
pondus, nee mensura cadil omnino, ncc Humerus. Unus
Deus est, nun liabet sui generis cui Altai romparari.
Unus est, et solus ipse penltus inacstimabilis : aeteiwtt
quoque et immensue, indivisu9 et omnino invariabilis.
SERMO LXXXV11.
De oscu/o Sponsi, sen gratia contemplation^.
Oiciilelui me otcuio oris tut. Tria sunt oacula : pri-
mum, pedum : secundum, niaiiuuni : lertium, oris. Cum
primo convertimur , pedes Domini osculamur. Duo
autem sunt pedes Domini, misericordia et Veritas. Hune
nti'umque pedem peceator qnisque, si vere convertilur,
amplectitur. Si cnim solam misericordiam sine veiilale
reciperct, per prasumplioneni caderet. Ktirsus si vcrita-
tem sine misericordia reciperet, niliilominus per despe-
rationem periret. Sed utliat salvus, ad utrumque pedem
bumililer provolvitur : ut per veritatcm peccala dam-
net, et per misericordiam veniam aperet : et hoc pri-
muin osculuni. Seeunduni osculum lit, cum primum ad
bona opera consurgimus. Tunc manus Domini oscula-
mur, cum ei bona nostra opera offerimus; vel cum ab eo
virtulum dona recipimus. At vero tertium osculum tunc
fit, cum jam consumpto luclu pa'uitentia?, jam accepli.-.
virtnttim donis, mens cuelesti desiderio inspirato, ad
secreta interioris cubiculi gaudia impatiens amoris in-
liodnei desideral : cum dulcibus suspiriis, vocem animi
interriunpenlibus, pio cordis aireclu decaniat : \'u/tu>n
tun in 1 1> ,„,,„,■ rnjitiram. Et ita ex vehementi desiderio
fit ei prssens sponsus : quern s-ic amat, quetn sio afTeC-
tat, cui sic suepirat. Primum itaque osculum sit in
icinissione peccatorum, et dicilur propitiatorium. Se-
cundum sit in donis virtutum, ct vocatur muneratiorium.
Terlium fit in nonlnmplntinnri codeslium, et vocalnt
conleinplatiorium.
SERMONS DIVERS.
48
II y a deuj
sortes de
contempla-
tion?.
2. Or ii taut savoir qu'il y a deux sortes de con-
templations. II y en a quimontent, qui sont ravis,
et d'autres qui tombent et desceudeut. Les uns
niontent comrue il est ecrit : « Ayaut connu Dieu,
ils ne Font point gloriiie conirne Dieu, et ils ne lui
nut point rendu graces (Rom. i, 21). » Or, ils n'ont
point rendu graces parce qu'ils ont attribue a leurs
forces et a leur genie ce que Dieu leur a revele.
Aussi sont-ils torabes « et ils se sont evanouis dans
leurs vains raisonnements, et leur cceur insense a
fete rempli de tenebres, ils sont devenus fous en
s'altribuant le nom de sages. (Ibidem). » Au con-
traire, les elus sont ravis comme saint Paul et ceux
qui lui res^ernblent. Mais ils desceudent aussi pour
decouvrir dans leurs discours aux petits ce qu'ils
ont vu dans leur ravissement, et le leur decouvrir
de maniere a se faire comprendre d'eux. Paul est
ravi quand il dit : «Soit que nous soyons emportes
comme bors de nous-niemes, c'est pour Dieu que
nous le somrue (II Cor. v, 13); » mais il descend
quand il dit : « Soit que nous nous temperions,
c'est pour vous {Ibidem). » C'est par ce dernier
genre de contemplation que 1'ame parfaite desire
c'lic ravie dans les plus cbastes embrassements de
son epoux quand elle s'ecrie : « Qu'il me baise d'un
baiser de sa boucbe [Cant, i, 1). » C'est comme si
elle disait, je ne saurais par mes propres forces, ni
par mon industrie, ni par mes propres merites,
m'elever jus qu'u comtenipler la joie de mon Sei-
gneiu-; mais pour lui, « qu'il me baise d'un baiser
de sa boucbe, » c'est-a-dire qu'il me lefasse donner
par sa grace : qu'il ne ine baise point par sa doc-
trine, ni par sa nature, mais « qu'il me donne, »
par sa grace, « uu baiser de sa boucbe. » Elle
exprime admirablement bien la grace de eelui qui
2. Sciendum est autetn esse duo genera contempla-
lionis. Quidarn enitn sunt qui ascendunt, et cadunt :
alii vero qui rapiuntur, et descemlunt. Ascendunt sicut
illi. de quibus si rip.um est : Cum cognovissent Deum,
non sicut Deum glorificaverunt, aid gratias egerunt.
Gratias non egerunt : quia viribus suis et ingeniu
tribuerunt quod Deus revelavit illis. Ideo sequitur casus
eorum : et evanuerunt in cogitationibus suis. Vicentes
• nun se esse sapientes, stu/ti fueti sunt. Elecli vero
rapiuntur, sicut Paulus et sui similes. Sed et descen-
dunt, ut ea qua; per excessum mentis viderint, loquantur
parvulis : eo sane modo quo eapiantur ab ipsis. Rapitur
Paulus cum <i\c\\.:Sive mente exeeilimnu l.'eo. Descendit
cum dicit .* sive sobrii sumus, vobis. Hue posteriori
genere conlcmplationis rapi desiderat anima perfects in
caslissimos amplexus spousi sui, dicens : Qsoulehw me
oscute oris. sui. Ao si dicercl : ego non viribus mei-,
non induslria, non tneiilis ad contemplauda gaudw
Domini mei assurgere valeo : sed ipse osculetur me
HOttUaoru sui, id est ejus gratia fiat; non per doctrinam,
non per r.aturani, acd per gratiam suam osculetur me
oscu/o oris sui. Miro autem modo gratiam operant:?.
et opus, et modum operis eleganler expressit.
Qum finim dicit. w»u/a<wr, operand' smtin mons-
opere, son operation et le mode dont il opere; car
lorsqu'elle dit « qu'il me baise, » c'est la grace de
l'operateur; et quand elle ajoute « d'un baiser, »
c'est l'operatiou meme, je veux dire la contempla-
tion ; et lorsqu'elle continue, en disant « de sa bou-
cbe, » elle exprime en termes evidents le mode
dont il opere, c'est-a-dire la maniere dont se fait la
contemplation, car par la boucbe onentend la parole.
3. La contemplation se fait par l'abaissement du
Verbe de Dieu vers la nature humaine, avec le se- La contem-
cours de la grace et par Televation de la nature bu- j,^10" r
maiue vers le Verbe, avec l'aide de l'amour de l'abaissement
Dieu. II ne doit point sembler absurde que nous ,je Dieu ver«
fassions ces distinctions dans la contemplation du ' nomme-
Verbe de Dieu, puisque, selon l'Evangile, son in-
carnation s'est faite de la meme maniere. En effet,
pour l'incarnation, la grace precede, car, si l'Ange
salue la Sainte Vierge, c'est en ces termes : « Je
vous salue, pleine de grace (Luc. i, 28). » Puis, il
ajoute de qui est cetle grace et combien elle est
grande, en disant : « Le Seigneur est avec vous. »
EnDn, il en indique l'operation par ces mots : « Le
Fruit de votre ventre est beni. » Ce fruit, en effet, 6
Marie, c'est l'incarnation du Verbe. Quant a la ma-
niere dont s'opere cette merveille, l'Ange vous
l'apprend en disant : « L'Esprit-Saint surviendra en
vous et la vertu du Tres-Haut vous couvrira de son
ombre (Ibid. 35). » C'est dans ces ceuvres du
Verbe, tant celles que nous trouvons dans l'Evan-
gile que celles que nous avons exposees dans le
Cantique des cantiques, qu'U est manifesto que
l'incarnalion s'est faite par la seule abondance de
la grace de Dieu, et que la contemplation ne peut
provenir que de la grace de Dieu, jamais de la vo-
loute de l'homme.
tratur : cum autem supponit, osculo: ipsum opus,
id est contemplatio, designatur : cum vero adjungit,
oris sui; modum operis, scilicet quo liat contemplatio,
evidenter expressit. Per os quippe verbum intelli-
gitur.
3. Fit autem contemplatio ex condescensione Verbi
Dei ud bunianam naturam per gratiam, et exaltationem
humauoe naturae ad ipsum Verbum per divinum amo-
rem. Nee absurdam cuiquam videri debet, si in con-
lemplatione Verbi Dei ha>c ita distingnamus : cum
ejusdem quoque Verbi Dei incarnationem codem ordine
lactam Evangelium testctur. Ibi etenim gratia prfemitttiur,
cum ab angelo Virgo salutatur : Ave , inquit, gratia
plena. Etenim cujus sit, et quanta sit ipsa gratia, suh-
jungit, dicens : Dominus tecum. Opus etiam ejusdem
gratia; subinfertur, cum dicitur : Benedictus fructus
ventris tui. Fructus namque ventris tui, incarnatio est
Verbi. Modus \eru tanti operis edocetur, ubi dicitur :
Spintus-Sanctus supervemet in te, et virtus Attisstmi
obumbrabit tibi. In quibus cperibus Verbi, sive bis qusB
de Evangelio protulimus, sive his qua; de Canticis can-
ticorurn exposuimus ; manifeste stat, et istam scilicet
incarnationem ex sola ubcrtate divinse gratia; esse fac-
tam : nee illam. id >>st contemplationem. quandoquc
till
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
On distingue
Irois sortes
de
contenipli-
tions.
U. Or, U faut remarquer que la contemplation,
suiv.mt les divers etats des temps, est de trois sor-
tes. D'abord, c'est une nourriture, | mis une boisson,
elenGn une ivresse. Aussi, dans les versetssuivants.
l'Epoux invite-t-il ses amis en ces termes : « Man-
gel, noes amis, buvez et enivrez-vous, mes bien-ai-
mes Cant.v,l).t lis commencent par manger,
c'est ce qu'ils font tant qu'ils vivent dans la chair;
mais, lorsqu'ils out depouille le vehement de leur
5. « Car vos mamelles sont ineilleures que le vm
{Cant, i, 1). » L'Epouse a done deux mamelles:
I'une esf la memoire de la felicitation, et l'autre
cello de la compassion. C'est ce qui faisait dire a
l'Aputre quand il rechauffait les jietits enfants sur
ses deux mamelles : « Soyez dans la joie avec ceux
qui se rejouissent, et pleurez avec ceux qui pleu-
renl [Ram. xu, 15), » Ee vin est pris ici pour les
desirs du siecle dont il est ecrit : « Leur vin est le
corps et qu lis sont transports dans le ciel, alors fiel des dragons ct le renin mortel des aspics (Deut.
on dit qu'ils boivent ce qu'ils mangeaient d'abord, xxxn, 33). »
parce qu'ils contemplent en face et sans peine ce
qu'ils avaient d'abord cru seulement par la foi,
alors qu'ils rtaient encore en exil loin du Seigneur,
dans leurs corps, et qu'ils ne mangeaient leur pain
C. « Elles exhalent l'odeur des parfums les plus II j a trois
preciem (Cant. i, 2). » Par ces mots l'Epoux fait,,, ™JrfJme
entendre que, s'il y a des parfums qui sont bous,
il y en a qui sunt meilleurs, el il en est. de Ires-
qu'a la sueurdc leur front. C'est ainsi que nous bons qui l'emportent stir tous les autrcs. On peut Ceiui dc i.
Le? saint* ne
jooiroot
de la
coiiterupla-
tion parfaite
qo'aprea
la
resurrection
des corps.
V. plus haut
le sermon
III, H, 12.
prenons plus facilement ce que nous buvons que
ce que nous mangeons, car, s'il faut se donner
quelque peine [tour manger, il n'y en a qn'une
bien legere k prendre pour boire. Quand les saints
se trouvent dans cet etat, ils peuveut boire, mais
done dire qu'il y a trois sortes de parfums. Le pre-
mier est celui qui decouledu souvenir de uos pe-
cbes, quand nous en ressentons de la componctinn
et que nous en demandons le pardon. Ce pareun-
ia est bon, car Dieu ne meprise point un coeur con-
componrhoii.
lis ae sauraient encore s'enivrer, car ils sont, en trit et bumilie (Psal. l, 19). Or.ce parfumest celui
quelque sorte, retardes sur la voie de la parfaite qu'on repand sur les pieds du Seigneur, oil il recoit
contemplation de Dieu jusqu'a la lin du siecle pre- sa recompense, je veux dire la remission des pe-
senl, oil ils esperent la resurrection de leur corps, cbes, quand le Seigneur dit : « Beaucoup de peches
Mais, quand elle se sera faite, le corps adherera si lui ont ete remis, parce quelle a beaucoup aime
bien a l'ame et lame a Dieu, qu'il n'y aura plus
rien alors qui puisse la tirer de l'enivrement inte-
rieurde la contemplation de Dieu. Ceux qui man-
gent comme ils y sont invites par la premiere invita-
tion, sont les amis, e'est-a-dire ceux qui sontcbers;
a la seconde invitation, ils boivent; alors ils sont
(Luc. vn, lil). » Ee second decoule du souvenir des Celui du la
bienfaits de Dieu, et celui-la se repand justement dA,otio"'
sur la lete, car les vertus ne peuvent se rapporter
qu'a Dieu de qui elles viennent. Ce parfum est deja
plus cher que le premier, aussi esl-il ecrit de lui :
« Pourquoi faire cette perte de parfum ? On aurait
plus chers ; ils s'enivrent a la froisieme, alors ils pu le vendre plus de trois cents deniers et en don-
sont tres-cbers. ner le prix aux pauvres (Matt, xxvi, 6)? » Mais le
humana voluntate, sed divino tautum munere provenire
posse.
4. Et notandum, quod h:ec ipsa contemplatio tribus
inodis pro diverso statu temporum distinguitur. Et
prirao tjuideui vocatur cibus, secundo potus, teilio
ebrietias. Unde et in consequentibus electi quoque voce
Sponsi invilantur, dicentis : Comedtte amid, et hi-
bite, ct inebriamini charissirni. Prius comedunt, dtim in
carne adhuc corruptibili degunt. Postmodum vero
corpore exuli, et in cerium translali, jam bibere di-
cuntnr eadem quae prius comederant : quia jam per
speciem contemplantur sine labore, quae prius per li-
dem crediderant, dum in corpore positi peregrina-
rcntur a Domino, et in sudore vultus sui vescerentur
pane suo : sicut et nos facitius sumimus ea qua> bibi-
inus, quam ilia quae mandimus : quia in illis nonnullus
labor, in his levis est transitus. In hoc ergo statu po-
siti sancli bibere quidem possunt, sed inebriari non
possunt : qnoniam a pei-feclissima conlemplalione divi-
nitatis quodam niodo relardantur, dum adhuc resur-
rectionem sui corpoiis in fine 3XOuU prsslolanlur.
Qua facta ita corpus rucnti, ct Deo mens inha?rebit, ut
jam deinceps nihil sit, quo ab interna ebrielate con-
templatioms revocari possit. Prima itaque invitatione
qui comedunt, vocantur amici, id est chari : in sc-
cunda quia bibunt, cliariores : in tertia quia inebrian-
tur, charissirni.
S. Quia meliora sunt libera tua vino. Duo sunt ubera
Sponsa;, unum congratulationis, alteram compassionis.
Unde Apostolus bis duobus parvulos fovens, yaw/ere,
ait, cum gaudentibus, //ere cum fientibus. Vinum aoci-
pitur desiderium sasculare, de quo scripttini est :
Fel tlraconum vinum eoium, et venenum aspidum insa-
mil ite.
G. Fragrantia unguentis optimis, innuit quod aliqua
sunt unguenta bona, aliqua meliora, quibus omnibus
superferantur luce optima. Dicamus ergo tria genera
esse unguentorum. Primum lit de recordatione pecca-
torum, cum pro ipsis compungimur, et veniam peti-
mus. Et hoc unguenlurn bonum est : quia cor contri-
turn et humiliatum Dens non spernil. Efiunditur autem
ad pedes Domini, ibique remunerationem aocipit ,
scilicet remissionem peccatorum, cum Dominus elicit i
Remittuntur eipeccata multa, quoniam dilexii multum.
Secundum unguenlurn fit dc recordatione beneliciorum
Dei. Et hoc recte ad caput efiunditur : quia virtutea
non nisi ad Deum, a quo sunt, referuutur. Hoc autem
ungucntum jam charius est : quia de hoc8criptum est :
Ut quid perditio tela unguenh facta est ? Patera t enim
oenumdari plusquam trecentii denarm, et dan paupe-
SERMONS DIVERS.
45
Celui de la
piete.
• C clait le
cinquante-
troisieme des
Petits ser-
mons.
Seigneur en approuve la perte quand il <lil : « Lais-
sez-la. Pourquoi faites-vous de la peine a cette
femme? vous aurez toujours des pauvres avec vous,
mais pour moi, vous ne m'aurez pas toujours
[Ibid. 10). » Non-seuleruent il approuve, mais il
recompense l'effusion de ce parfum en disant :
« Je vous le dis, en verite : partout oil sera precbe
cet evangile dans le nionde entier, on racontera a
la louange de cette femme ce quelle vient de
faire [Ibid. 13). » Le troisieme parfum est compose
d'aromates precieuses, comme il est dit a propos
des saintes femmes, que « elles acheterent des
aromates pour venir embaumer Jesus [Marc, xvi,
1). « Mais ce troisieme parfum ne se repaud ni ne
se perd, le Seigneur n'a pas voulu qu'on le repan-
dit sur son carps mort, mais qu'on le reservat pour
son corps vivant, je veux dire poursasainte Eglise,
a qui les saintes femmes, qui etaient venues a son
tombeau avec des parfums,sont envoyees annoncer
sa resurrection. Ainsi le premier parfum est celui
de la componction, et se consume sur le feu de la
contrition ; le second est celui de la devotion et se
brule sur le feu de l'amour, le troisieme est le
parfum de la piete, on ne le brule point, mais on
le conserve tout entier.
QUATRB-VINGT-HD1TIEME SERMON *.
Du bon usage des dons de Dieu.
1. Comme il y a en Jesus-Christ deux choses,
l'une inconnue, c'est sa generation divine dont
il est ecrit : « Qui est-ce qui racontera sa genera-
tion [Isa. tin. 8) '? » et l'autre connue , c'est sa gene-
ration ou son ceuvre humaine, de meme, dans le
Saint-Esprit, il y a une chose qui est cachee a nos
esprits, c'est a savoir, comment il procede du Pere
et du Fils, puisqu'il est egal ct co-eternel au Pere
et au Fils, et il y en a une autre qui est claire pour
nous, parce qu'il nous en a iustriuts lui-meme,
c'est la maniere dont il opere sa grice en ncus. En
effet , il y a deux operations du Saint-Esprit; car
il opere en nous lantot pour nous, tantot pour no-
re prochain. Ainsi c'estpour nous,c'est-a-dire,pour
notrebien, qu'il opere en nous d'abord la componc-
tion en consumantnos peches, puis la devotion en
versant l'huile sur nos blessureseten lesguerissant;
troisiemement qu'il cree l'intelligence comme s'il
nous affermissait et nousfortifiait.en nous donnant
du pain; en quatrieme lieu, il semblenous enivrer
de son vin quand il multiplie et augmente tous
les biens dont je viens de parler, en repandant
l'amour par dessus. Les autres dons, je veux dire
les conseils de la sagesse, et autres graces sem-
blables, nous sont donnees pour le bien des autres.
Voila pourquoi l'Apotre, en parlant dela distribu-
tion des dons du Saint-Esprit, ne dit pas simple-
ment : « Aux uns est donnee » la sagesse, aux
autres la science, mais, « le langage de la science,
le langage de la sagesse, » pour nous montrer que
ces dons nous sont donnes pour les autres, c'est-a-
dire pour l'editication des autres.
2. Or, dans ces ceuvres, il y a deux dangers a
eviter ; premierement celui de donner au prochain
les grices qui nous sont donnees pour nous, le se-
cond de reserver pour nous les dons que nous avons
II y a des
choses
que le Saint-
Esprit
opere pour
nous,
il y en a qu'il
opere pour
notre pro-
chain.
II y a deux
dangers
a eviter dans
les dons du
Saint-Esprit,
ribus. Sed hu::c perdilionem approbat Dominus, cum
dicit : Sinite earn. Quid Mi molesti estis ? Pauperes
enim semper habetis vobiscum, me autem rum semper
habeiis. Non solum approbat, sed etiam remunerat,
cum dicit : Amen dico vobis, ubicunque proedicatum
fuerit hoc Evangelium in (oto mundo, dicelur et quod
ha>c fecit in memoriam ejus. Terlium ergo unguentum
componitur de pretiosis aromatibus, sicut de qui-
busdam Sanctis mulieribus scriptum est, quod
emerunt aromata, ut venientes ungerent Jesum.
Sed hujus t< Lii unguenti non fit aliqua effusio vel per-
ditio : quia noluit Dominus illud super corpus suum
morluum effundi, sed servari vivo corpori suo, id est
Eoelesiae sancke, cut nimirum mulieres, quae cum
unguentis venerant, miltuntur resurreclionem evan-
gelizare. Primum itaque unguentum vocatur unguen-
tum compunctionis, et absumitur igne eontritiunis : se-
cundum devotionis, et absumitur igne charitatis :
tertium vocatur unguentum pietatis, quod non absumi-
tur, sed integrum eonservatur.
SERMO LXXXVII1.
De recto usu donorum Dei.
Sicut de Cbristo duo sunt, unnm nobis incognitum,
scilicet generatio divina, de qua scriptum est, Genera-
tionem ejus quis enarrabit ? alteram cognitum, ut gene-
ratio vel opera humana ; ita etiam de Spiritu Sancto
aliud ejus nostris est mentibus occultum, scilicet, quo-
modo procedat a Patre et Filio, cum sit aequalis et
coajlernus eidem Patri et Filio : aliud vero ipso docente
manifestum, videlicet quibus modis operetur gratiam
suam in nobis. Duplex quippe est operatio Sancti Spiri-
tus. Operatur enim in nobis aliud propter nos; aliud
propter proximos. Propter nos, id est propter utilitatem
nostram, operatur in nobis primo compunctionem, con-
sumendo peccata : secundo devotionem, ungendo et
sanando vulnera : tertio creando intellectum, tariquam
pane confirmat nos et roborat : quarto heec ipsa multi-
plicius augendo, et amorem infundendo, quasi vino ine-
briat. Ceetera charismata, id est sapientiae consilia, et
hujusmodi, dantur nobis ad utilitatem aliorum. Unde
Apostolus cum de dislributione donorum loqueretur,
non ait simpliciter, AM dot w sapientia, alii scientia, sed
addidit dicens sermo scientice, sermo sapientue : ut os-
tenderet quod hujusmodi dona propter alios dantur,
sciUcet ut alii adificentur.
2. In quibus operibus cavendum est duplex periculum :
ne vel ilia quae dantur propter nos, dividamus proximis:
vel ilia qua? propter proximos , reservemus nobis.
Si enim quae pro utilitate aliorum accepimus, retinemus
lit
OEI VRB8 BE s,\l\T MSBNARD.
i nous teteuons seufe- le Pew et primiiiw no sonu lil le N»e si ee u'ttA le
recus pour )o< ituUwi
ment pour uous ce que nous ..vous ivai pour le Fils. et celui ;i qu
bicn des autres, nous n'avons point Je charite, et
c'est a nous que s'adressenl ces paroles : n Si la
sagessa demeure cache* et le tresor enfoiu, ii quoi
iroat-ils I'uii el L'auire Eiw. xx, 32,? » De
meme encore, si nous voulons faire senir les dons
de Dieu a nous fane reniarquer des homines an
lieu ilo chercber a plaice a Dieu dans le fond
i te FHs a voulu le reveler Matl.
'. » Mais quel que suit celui a qui la double Le bauei 'In
' 1'iTP et nil
revelation du Pere el du Fils soit faite, elle lie sau-
rait l'etro que par le Saint-Fsprit. Voile pOUrquoi
lorsque Piesre cut dit au Seigneur : « Vous ft!
Christ Fils du Dieu vivunt, » il feeut de iui
oette reponse : « Vous etea bien heurtux Simon
Barjona, i) c'est-ii-dire fils de la Colombo, selon les
Fils est
le saint-
Esprit.
de notre CffiUC, nous perdons I'humilite, et nous intorpretes, « car ce n'eat ni la cbair ni le sang qui
nientons d'eiitemlre CAS reprorht'S : a Qu'avez-vous vous l'ont revele, mais mon Pore qui est dans les
que vousn'aye/. '.'ecu 1 Cvr. iv, 7)? » Voila com-
ment nous courons le danger, dun a&te do n
I'humilite, de l'autre la charite. Or,qui pout seSBUr
ver sans liumilito el sans charite ? Par consequent
le bon ordre de nos progres demaiide que nous
ok us MatUxn, 17'. » Bemamel'Apotrte, apresavort
dit : (i I.'o'il n'a point vu, U oreille n'a petal eatandu
I Cor. n, 10), i) et le reste, ajoute aussitot : « Mais
Dieu BOUS la revele par son esprit. » II semblo
done que I'Epouse des ('.antiques avait la grace du
ronnuentions par nous bien remplir do? premieres Saiut-Rsprit qui lui faisait connailre que le Fils os!
sortes de dons, je veux dire de la compouclion el egal an Pore. Elle ne dit point: « Qu'il me huso
do sa boiicbo ; il n'y a que le Fils qui puisse parlor
ainsi, une creature quelle quelle soit ne pouvait le
fairs, at tendu qu'il n'en est pas qui soit egale au Pore:
mais elle flit, « dun baiser de sa bouche. « Or, lc
'C«»it le
ciaqalDte-
quu*
iriciue des
Pelits ser-
mons.
des autres , puis, si le Saint-Fsprit nous a fait la
grace de nous combler des autres dons, je veux par-
lor de la sagesse et de la science, c'est afin que
nous ayons soin d'eD faire part au prochain. Ainsi
done nous obtiendrons le don du Saint-Fsprit
qu'on appelle le discernement des esprits, en
ne reservant pour nous que ceux qui ne nous sont
donnes que pour nous , et si nous faisons proliter
le prochain en meme temps que nous, de ceux qui
nous sont donnes dans l'interet des autres.
QFATRF-VINf.T-NF.L Y1FMF SERMON .
Du baiser que I'Epouse desire, on (lit Saint-Esprit.
1. « Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche
Cant. i, 1). » Par la bouche du Pere on entend le
PBS : « Or, personne ne connait le Fils si ce n'est
baiser est eummiin a celui qui le donne, et a celr.i
ipii le recoit, si done le Pere et lo Fils so donnent
un baiser, quel pout etre ce baiser sinon le Saint-
Fsprit meme?
2. C'est done ce baiser que I'Epouse brule do
recevoir quand elle dit : « Qu'il me baise d'un bai- ''"'f^'6"
ser de sa bouche : » et c'est le baiser quelle ri cut, eommmaM
des vcrtu^
en eii'et. s'il faut en croire saint Paul qui dit : « Vous de Dieu.
etes des enfants, Dieu a envoye dans vos cceurs l'es- et 1™°"'^"
prit de sou Fils qui vous fait crier ; mon Pore, mon que l'£ponse
Pere (Gal. iv, 6). » C'est le baiser que promettait recevoir.
aussi le Sauveur lui-meme quand il exhortait ses
disciples a perseverer dans la priere, et leur disait:
« Si done vous autres, tout mechants que vous
tantum nobis, ehaiitatem non habemus, et dicitur
nobis : Sapientia abscondila, et thesaurus ineisus, quae
utilitas in ubrisque? Bursus si de donis Dei vidimus
inuotescere hominibus, non Deo in occullis coidis pla-
ix-re; liumilitateiii perdimus, el mento ilia voce iaorepat-
raur : Quid habes quod non aceepi^ti '.' Sis ulivque modo
periclitamur, bine buudlilatein, illinc amiUendocharila-
tem. Kt quis sine humilitate et charitate potest salvia
Deril Hcclus er^o prol'oclns nosli-i ordo est, ut illis
doiiis, scilicet compunctioiio et ca'lei-is, studeaasui
impleri primum : ileindo si per graliam Spiritus-ISancti
ex'lera supercreveiinl, id est sapienlia et scientia, cure-
mus ilia pioximis partiri. lla sane obtinebimus illud
Spiritus-Sancti doiium, quod voeatur discretiospiriluum
si et ea qua nolds tantuin congrtmnt, nobis reaSCVCH
mils; et ea qua; ad alionnn utililalem eonfenintur.
nobis largiamur et proxiiuis.
SERMO LXXX1X.
De usculo a Sponsa desiderata, id est Spiritu-
Sancto.
1. (hruletur me »«.«/<> urii vui. <5i Patris ietelBgitW
Rilius. I*iHni> aulem novil Fitam. niw Pnter, <-( nn»m
nevtt I'dlrem (1*1 r'lliits, et cut vo/uerit Fi/ius rcvelare.
At vcro ciiicunquc lit ista revelatio, sive Patris,
filii, non lit nisi per Spiritum Sanctum. Hine est quod
cum PetfUB dixisset Domino, Tu cs ChvistUs Filing
Di'i viri : illc respondil. Bkntus es Simon lUvjona, quod
inlerpirlalnr, (ilins coluraba1 : quia cam et sanguis non
• n't tibi, sed Pater mens qui est in cor/is. Et Apos-
lolus cum praunisisset, quod ocuita non ridit, et auris
n 'a timliril, et caetcra ; statim snbjimxil, nobis autetn
rttnUmii Di'ik per Spoilum mum. Videtar epgo Sponsa
gmtSam habere Spirilus Sancli, per quam cognoscat
Filium a>qnalem Palri. Nee dioil, Osxti/etur Die ore suo.
quod solius Kilii est dicere, no!i cujnsquam crcaturs?,
quippe qua> nullo modo potest esse squalls Patri : sed
OScil/o oris sui. Porro osculum conimune est osculantis
et osculati et osculati. Si igilur se nrrvicem osculantur
Pater el (llius, quid est eorum osculum nisi Spiritus-
Sanctus?
2. Hoc itaque (lagrat Sponsa osculari : Osculetur ate,
inquiens, osculo oris sui. Hoc osculum testatur etiam
Paulus earn aceopisse, cum dieit : Qunniam estis filii,
misii Ueus- Spiritum l-'ilii tui in corda nostra, elaman-
tem. .IW>ci I'ntrr. Hoc. osculum pollicebalur et ipse
SEHMONS nivr.Ks.
'.7
fttes vuiis savez donner de bonnes ethoses a vos en-
fants, a eombien plus forte raison voire Pere qui
est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses
aussi, » c'est-a-dire, le bon Esprit, it ceux qui les
lui demandent (Mutt, vu, 11) ? » Par l'impression
de ce baiser, l';\me raisonnable recoit de sou epons
le Verbe de Dieu, la connaissance et l'arnour de la
verite qui sont comme les deux levres que la vertu
et la sagesse de Dieu impriraent sur sa bouche,
ear la sagesse donne la connaissance, et la vertu
V. le sermon l'amour. I/ame a de meme aussi deux levres avec
UCantique lesquelles elle baise son epoux, ce sont la raison
descantigues. et ja voi0nte. Le propre de la raison est de perce-
voir la sagesse et celui de la volonte est de perce-
vuir la vertu. Si la seule raison percoit la connais-
sance de la sagesse sans que la volonte ait l'amour
de la vertu, le baiser n'est pas complet, de meme
si la volonte seule recoit ramour sans que la rai-
son recoive la connaissance, ce u'est encore qu'un
demi « baiser » mais le baiser est plein et part'ait,
quand la sagesse eclaire la raison et la vertu tou-
che la volonte.
* Ce sermon
se compose
des
cinquante-
seplieme et
cinquante-
Iruitieme des
Petits ser-
mons;
lescinquante-
cinq et
siiieme se
trouvent
reporles par-
mi les
sentences.
ni'ATRE-VINGT-DlXIEME SERMON '.
Les trait pirfums de la componction, de la devotion
et de la pieti.
i. Dieu a deux pieds qui sont la misericorde et
le jugement, c'est avec ces deux pieds qu'il se pro-
niene continuellement dans les ames spirituelles,
en s'elancant comme un geant qui va parcourir sa
voie; si toutefois il y en a doiit il puiBSfl dire avec
raison : « J'habiterai en elles, je me promenerai en
elles. « Or, Tame pecnercsse commence par arroser
ces deux pieds de son premier parfum qui est le
parfum de la componction. Ensuite Marie qui etait
pecheresse, repandit un parfum sur les pieds de
Jesus; or, n'allez pas croive que ce fut un parfum
de pen de prix car il est dit que « toute la maison
fut embaumee de son odeur. » Quoi d'etonuant a
cela quand on voit que les cieux memes sont rem-
plis de la bonne odeur de semblables parfums, au
dire de la verite meme, qui nous apprend que « il
y aura de la joie parmi les anges de Dieu pour un
seul pecheur qui fait penitence {Luc. xv, 10)? »
Maisquelque precicux que semble ce parfum, toute-
fois compare a un autre qu'on appelle le parfum.
de la devotion, et qui se compose du souvenir des
bienfaits de Dieu, et qu'on repand sur la tete du
Seigneur, on comprend qu'il est vil et de vil prix. Du
premier il est ecrit : « Seigneur, vous ne mepriserez
point un cceur contrit et bumilie {Psal. l, 19), »
et du second : <t Un sacrifice de louange m'hono-
rera, (Psal. xlix, 23). » Avec celui-ci on parfume
la tete, quand on rend grace a Dieu de ses dons;
car la tete du Christ c'est Dieu (Cor. xi, 3). C'est
done la divinite qui est touchee dans le Christ tou-
tes les fois que nous rappelons ses bienfaits a sa
gloire. Mais au contraire c'est moins a la divinite
qu'al'humamte qu'il faut penser, quand nous nous
rappelons, non ses dons, mais nos propres peches.
2. En elfet, lorsqu'il s'est incarne, nous savons
qu'il a pris les deux pieds dont je viens de parler,
Pieu a dflux
pieds q»i
sont la
miserieordc
et le
jugement.
Le parfum
de la
componction.
Le premier
ett pour
les pieds, at
le second
pour la t'-te.
Salvator, cum ad instanliam orafionis exhortaretur dis-
cipulos : Si in, inquit, cum sifts malt, nostis buna data
dare filiis vestris, quanta magis Pater vester qui in
coejis est, dnbit bona, id est Spiritum bonurn, petf/tti-
bus se? Ex hujus osculi impressione suscipit anima ra-
tionalis ab ipso sponso suo Verbo Dei cognitionem, et
amorem veritatis, quae duo quasi labia impriniit et. ipsa
Dei virtus ct Dei sapientia. Siquidem sapientia cogni-
tionem, virtus confert amorem. Habet el ipsa anima
similiter duo labia, quibus osculatur sponsum suiim, id
est rationem et volunlatem. Rationis est percipere sa-
pientiam, vo' ..ilatis vktutem. Si sola ratio percipiat
sapientias cognitionem, et voluntas non habct virtutis
amorem, non est plenum osculum : aut si sola voluntas
obtineat amorem, et ratio minime percipiat cognitio-
nem, nihilominus est semiplenum. Tunc vero plenum
et perfectum est, quando et sapientia illustrat rationem,
et \irtus aflicit voluntatem.
SERMO XG.
/> fripli i unguento, compunctions , devoiionis,
pietatis.
1. Duo sunt pedes Dei, misericordia et judicium. His
circuit et perambulat jugiter spirituales. mente.s, exsul-
taus ul gigas ad currendam viam : si tamen tales sunt,
de quibus merito dicat : Habitabo in illis, et deambu-
labo in eis. Hos ergo pedes primo ungit anima pecca-
trix illo primo unguento, quod dicitur compunctionis.
Denique Maria, qua; peccalrix erat, tinxil pedes Jesu.
Nee mediocre sane unguentum boc videatur, de quo
scriptum est : Et domus imp/eta est ex odore
unguenti. Nee mirum, cum etiam in ccelestibus sen-
tiatur hujusmodi unguenti fragranlia. Verilatc attestante
qua? ait : Gaudiutn est Angelis Dei super uno peccatore
pamitentiam agente. Vertim quantumlibet unguentum
boc preliosum videatur, tamen coniparattim alteri,
quod appellatur devotionis, et conticitur ex memoria
bencficiorum divinorum, quo et ungitur caput Domini,
vile et nullius pretii intelligitur. Denique de illo di-
citur : Cor contritum et humiliation Dens non despicie\.
De isto vero : Saci ificium laudis hononpcabit me. Ca-
put ex eo ungis, cum de suis donis Deo g/alias agis :
siquidem caput Christ i, Deus. Deitas ergo in Cbristo
tangitur, quoties ad laudem ipsius ejus beneficia merao-
ramus : sicut non tarn deitas quam humanitas necessfl
est ut cogitetur, cum non ejus dona, sed nostra peccata
recordamur.
2. Nam in earnis assumptione duos illos pedes ad
hoe accepisse cognoscitur, id, est misericordiam et ju-
dicium, ut peccator, quid ad caput, id est ad deitatem.
accessum non habebat, ad pedes, id est. ad humanitatem,
accederet. Nisi enicu pes iUe, quern dixiuius misericor-
48
n I vkks DE sAIM' BERNARD.
La u'ti- la
Jeans-Christ
c >*t sa
divinile. et
sea pieds son
humanity.
CombieD le
parfum ponr
la tete est
pins
precieux que
celui pour
les pieds.
■4-dice La mis6ricorde, pour que le pecheur,
qui ne pouvail s'elever jusqu'a la tfite, c'est-a-dire
jusqu'a sa divinile, put arriver du moins jusqu'a
st-s pieds, je veux dire jusqu'a son humanite. si ce
n'etail poinl a 1 aomme qu'il s'est uni par l'incar-
natiou que se rapportat le pied que j'ai appele la
misericorde, Paul n'aurait pas dit, en parlant Ju
Sauveur : « 11 a eprouve comme nous toutes sovtes
do ten'.ations horniis ie peclie, pour devenir mise-
ricordieux (Hebr. iv, 15). » Et si le jugemenl n'a-
vait puint aussi rapport a I'honune, 1'Homme-Dieu
n'aurail pas dit, en parlant de lni-mime : a El il
lui a donne le pouvoir de juger parce qu'il est le
Kils de 1'homme [Joan. \, 27). » Aussi le pecbeur
s'approcbe-t-il, sans hesiter, des pieds de 1'homme
de douleur qui eounait sa faiblesse, et s'eerie-t-il
avec contiance : « lit maintenant nous nous appro-
chons avec contiance du trone de la grace, car
nous n'avons point un pontile qui ne s iclie point
eompatir a nos faiblesses (Hebr. iv, i6 et. 15). »
C'est done aux pieds du Seigneur que se jetle la
pecheresse, et c'est de sa tete que s'approche le
juste pour les arroser de parfums. Mais le parfum
de la tete est d'un prix d'autaut plus grand en
comparaisoD. de celui qui est destine aux pieils, que
les matieres dont il se compose sont plus precieuses
elles-memes que celles qui entrent dans la compo-
sition du second. En etlet, ces dernieres se trou-
vent sans peine et sans fatigue dans noire propre
pays, puisque nous somnies tous peeheurs; les
premieres, au contraire, sont beaucoup plus difliei-
les a se procurer et viennent de bien plus loin
puisque nous les tirons du paradis de Dieu. « En
ell'et, toute grace excellente et tout don parfait
vient d'en baut et descend du Pere des lumieres
(Jac. i, 17;. » Enlin oil trouver un parfum plus
exquis que celui que Les apotres ne purent voir
repandre sans muruiuivr el sans dire : o Ponrquoi
cette perte '? On aurait pu le vendre et en dormer
le prix aux pauvres [Matt, xxvi, 8) ? »
3. Et maintenant quand on voit par basard
quelques anies vaquer a Dieu et demeurer sans
cesse dans un saint repos, dans Taction de graces
et dans les delices de la divine devotion, avec tant
de grace et de piete, qu'on peut croire qu'elles
repandent des parfums sur la tete du Christ, il ne
manque pas de gens pour dire : A quoi bon cell.'
perte, et pour se plaindre avec raison, selon eux,
que eeux qui pourraient rendre de si grands ser-
vices aux autres, demeurent dans un repos qui ne
piofite qu'a eux. lis ne parlent point ainsi par
envie de leur saintete, mais dans 1'intcivt de la
charite. Apres tout, Dieu merne qui esl I iharite
epaxgne bien souvent ces Ames qu'il voit adonmVs
avec delices aux gouts spirituels, surtout quand il
voit que, par leur pusillanimity et leur faiblesse, ce
sont encore des femmes sans force, et qu'elles ne
sont point arrivees a l'etat d'bomme parfait. Or,
celui qui lit dans le fond du cceur discerne beau-
coup mieux cela que les hommes qui ne voient
que la figure el ne jugent que sur les apparences,
ne faisant point reflexion qu'il n'est pas egalement
facile de se livrer au repos de la devotion et de
travailler utilement, de pratiquer l'bumble sou-
mission, et d'occuper utilement la premiere place ;
de se laisser conduire sans se plaindre et de cou-
duire les autres sans pecber, d'obeir de plein gre
et de commander avec discernement ; de savoir en-
tin Mre bon parmi les bons, et bon encore au mi-
lieu des mediants ; bien plus, d'etre pacifique avec
les enfants de la paix, et de se montrer pacifique
encore avec ceux qui ont la paix en borreur. Jesus
connaissant done qui sont ceux qui sont propres
ou impropres & se mdler du soin des autres, repond
Lr -
sont
una
plus
propres
ii- con-
templative,
les ar.tres a
!;i \ i.'
active.
iliain, ad hominem assumptum pertiueret. Paulus de
illo non diceret ; Taniutn autem per omnia pro simi-
litiiilim: absque pi'ri-nlii, til miterirors fitrn't. Et nisi ju-
dicium sque ad hominem pertiueret, ipse hoaio Deus
de seipso non dixissel : El potestatem dedit ei in-
dicium facere, quia filius hominis est. Itaque ad hos
pedes viii doloris, el scieatis ioOrmitatem, peccator ac-
cedere non dubitans, (identer loquilur . Nun aulem
cum fiducia accedimus ad thronum gratim. Non enim
habemus Pontificem, qui non sciat compali infirmitatibus
noriris. Peccatri.i ergo ad pedes, justa ad ungendum
caput accedit. Tanlo autem unguentum capitis illo alio,
quod pedibus apponitur, pretiosius est aestimandum,
quanto species quibus conficilur, illis constat esse pre-
liosiores. Has quippe facile et absque labore in nostra
rcgione repcrimua. Peccatores siquidem omnes sumus.
Porro illas difficile ac de longinquo valde, utpote de
paradiso Dei, asporlalas suscipimus. Omne enim datum
optimum, et omne donum perfectum desursum est, des-
cendens a Patre luminuin. Quid denique hujuscemodi
unguento cxcellentius, de cujus cfTusione etiam Apos-
toli murmuraaae dicuntur, dicentes : Ut quid per-
dititio ha?e ? potuit enim venumdari, ft dari pau-
peribus.
3. Sod et nunc quoque cum forle videtur quispiam
vaeare Deo, tantsequc devotionis et gratis, ut merilo
credatup ungere caput Cliristi, persistens jugiter in
Bancta quiete, et gratiarum actione, et divinae delec-
tatione devotionis ; non desunt qui hoc perditionem
dicant, et justo, ut sibi videtur, murmure conquerun-
lur, quod is qui pluribus prodesse poterat, quiescal
sibi : non quod sanclilati invideant, sed quod provideant
charitati. Caeterura ipsa chaiilas Deus hujuscemodi
anima' pleiuinque parcit, quam vide! spiritualibua stu-
diis delectari, maximeque si talem earn noverit, qua;
adhuc pusillanimitate el inihecillilate ut mulier sit, et
nccduni in virum perfectnm profecerit, <iuod utique
melius ipse discernit qui intuetur cor, quam homines
qui in facie lantum videnl et secundum faciein judi-
cant, cum videlicet minime attendunt, non esse ejus-
dem facilitalis devote quiescere, et frucluose occupa-
ri : humiliter subesse, et utililer prajesse : regni siijc
querela, ct regere sine culpa : obedire sponle, et im-
perare discrete : bonum denique esse inter bonos, el
SERMONS DIVEKS.
49
avec amour pour ees ames delicates qu'il suit mca-
pables, a cause de leur extreme delicatesse, de se
charger de la conduit* des affaires, ac. ux qui pen-
seut le coutraire et qui, a cause de cela, leur repro-
chent leur repus com me sterile par un zele qui
n 'est pas bon, ni selon la science : « Pourquoi faites-
vous de la peine a cette femme? » Car s'il est vrai,
comme je dois le reconnaitre, que ce que vous vou-
driez la pousser a faire, est meilleur que ce qu'elle
fait, neaninoins ce qu'elle fait a mon sujet est bien.
Laissez-la done, en attendant, faire le bien qu'elle
pent. Je sais moi qu'elle n'est encore qu'une sim-
ple femme ; mais quaud, par un changement de la
droite du Tres-Haut, de femme elle sera devenue
bomme, ce qui ne pourra m'eehapper quand ce
sera, attendu que e'est par moi que ce sera, et par-
ce que je la maintiendrai dans cet etat qu'elle y
demeurera, alors l'iniquite de l'homme sera prefe-
rable au bien d'une femme (Eccli. xlii, 16). Voil'i
le mieux que j'attends d'elle. Je ne regarde point
comme une perte reffusion de ce parfum qui
prouve la devotion de cette femme, et qui est une
figure de ma sepulture. A cela s'ajoute que son
parfum repand bien loin son odeur. Aussi partout
ou cet Evangile sera preche, on racontera a sa gloi-
re Taction qu'elle a faite [Matt, xxvi, 13).
Le quatrifcme h- Venons-en maintenant au quatrieme parfum .
Pce!ni°deS Certainement, si on compare les deux premiers en-
la piete. tre eux, on ne peut douter que le second ne soit
meilleur que le premier, et bien plus exquis. Mais,
ce qui paraitra bien extraordinaire, e'est qu'on
puisse en trouver un troisienie qui soit preferable
aux deux premiers, tel que le delicieux parfum
dont l'Epouse des cantiques se flatte que son sein
exhale l'odeur. Or, le meilleur suppose quelque
chose de plus que ce qui est simplement meilleur,
de meme que ce qui est meilleur suppose le bon,
pour que l'expression soit juste. Mais l'excellence
du second parfum qui parfume la tete s'est trouvee
si grande, que e'est a peine s'il se trouve une
sommed'argentje ne dis pas preferable, maisseule-
ment egale a la valeur de ce parfum. Et pourtant
je ne puis croire que l'Epouse ait menti, car elle
n'a pas nioins que la Verite meme pour epoux
dont elle reproduit les propres paroles et qui, non-
seulement ne veut point tromper, mais encore ne
saurait se tromper lui-meme. S'il en etait autre-
ment, ce serait en vain qu'elle desirerait et soupi-
rerait apres le bonheur des embrassements de la
Verite, si elle-meme mentait a la verite. Quel rap-
pjrt peut-il y avoir en effet, entre le mensonge et la
verite ? Que dis-je ? la verite ne perd-elle point tous
ceux qui proferent des paroles de mensonge [Psal.
v,7)?
5 Peut-etre bien, si nous cherchons dans l'Evan-
gile, trouverons-nous quelque figure de cette ame.
II est dit en effet que « Marie Madeleine, Marie mere
de Jacques et Salome, acheterent des aromates pour
venir embaumer le corps de Jesus [Marc, xvi, 1). »"
Voyez-vous deja, des les premieres lignes du chapitre,
de quel prix doit etre ce parfum materiel, puisqu'il
ne suffit pas d'une ou deux femmes pour acheter
bonum inter malos : immo etiam esse pacalum inter
filios pacis, et his qui oderunt pacem, exhiberi paci-
ficum. Sciens ergo Jesus qui sint, quive non sint idonei
implioari euris; pro tali delicata anima, quam pro sui
adbue teneritudine tractandis negotiis minus sufficere
sentit, adversus aliud sentienles, et ob hoc ejus quietem,
tanquam infructuosam, bono quidem zelo, sed non se-
cundum scientiam insiniulantes, ipso respondet elTectu :
Quid molesti estis huic mulieri? Nam etsi (quod faten-
dum est) melius est ad quod illam traliere tentatis, bo-
num tamen opus est quod operata est in me. Sinite
earn interim operari bonum quod potest. Novi enim
ego quod adhuc mulier sit. Gum autem mutatione dex-
tera; Exceisi de muliere factus fuerit vir, (quod et me,
quando tamen erit, latere non poterit, quia me pro-
vocate pro novebitur, me quoque servante tenebitur :)
tunc melior erit iniquitas viti, quam nunc benefaciens
mulier. Unde et illud melius spero. Nee reputo perdi-
tionemunguenti hujuseffusionem, in quo et mulieris de-
votio designatur, et mea praefiguratur sepultura. Hue
accedit, quod tarn late suaru fragrantiam circumquaque
diffundit : quare ubicunque praedicatum fuerit hoc
Evangelium, dici etiam habeat, quod et ha;c fecit in
ejus commemorationem.
4. Jam ad tertium unguentum accedamus. Sane in
duorum prsemissorum alterutra collatione, priore se-
quens absque omni ambiguitate cognoscitur esse me-
lius, longeque excellentius. Illud autem mirum vide-
tur, si tertium aliquod inveniri queat, quod ambDbus
T. IV.
jure debeat anteponi, juxta quod optimum unguentum
sponsa sua redolere ubera glorietur. Alioquin optima
non sunt, si non vincunt et meliora : sicut et meliora
veraciter non dicuntur, nisi qua? superant bona. Porro
tantaj excellentire unguentum illud secundum, quo
cnpii t ungitur, inventum est, ut vix quaelibet ei divi-
lia?, non dieo praeferri, sed nee saltern conferri posse
videantur. Ego tamen non crediderim Sponsam esse
mentitam; quippe quae habeat sponsum ipsam Verita-
tem, cujus et hie verba loquitur, qui utique sicut fal-
lere non vult, ita nee falli potest. Alioquin frustra de-
siderat et suspirat veritatis amplexibus jungi, mentiens
veiitati. Quae enim mendacio societas cum veritate '?
Quin potius Veritas perdit omnes qui loquuntur men-
dacium.
5. Forlassis in Evangelio si quserimus, inveniemus
praecessisse et hujus figuram. Maria, inquit, Magda-
lene, et Maria Jacobi, et Salome emerunt aromata, ut
vertientes unjerent Jesum. Videsne in prima fronte pro-
positi capiluli, quanti aestimandum sit etiam hoc mate-
riale unguentum, cujus aromatibus comparandis non
una vel duse sufficere potuerunt? Una primum, una
et secundum attulit unguentum. Ad hoc autem com-
parandum et praeparandum tres pariter convenerunt,
ut simul videlicet emerent quae per se singula? non
poterant. et sic venienles ungerent Jesum. Non solum
pedes, aut solum caput, sed, ut venientes, inquit, un-
gerent Jemm, id est totum corpus. Sed attende, quod
tam pretiosi hujus unguenti Christus pati noluerit per-
60
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Pourquoi
Jesus-Ctirist
ne voulait
point
permettre
aux I
females
d'ernbaumer
sod corps.
Jesus-Christ
a plus
aime sod
corps mysti-
que que son
corps te-
ritable.
* Ce sermon
se compose
du soixan-
tieme et
■oixante el
unieme
Pelils ser-
mons.
les aromates qui le composcnt ? II y eut une femme
qui apporta le premier parfum, une seconde
femme .ipporla le second; mais, pour acbeter le
troisieme, et pour le preparer, il n'en faut pas
moins de trois, atin d'acheter ensemble ce que
i bacune d'elles n'aurail pu (aire apart, el de ve-
oir ensuite embaumer le corps de Jesus, « ou pour
venir embaumer, » je ne dis point les pieds ou la
tile, mais « Jesus, » c'est-a-dire son corps tout en-
tier. Mais remarquez que le Sauveur ne voulut pas
permettre qu'un si precieux parfum fut perdu. Les
salutes femmes n'ayant point trouve son corps, le
remporterent et recureut l'ordre de reserver pour
son corps vivant, le parfum qu'elles avaieut pre-
pare pour son corps mort. C'est ce qu'elles fireut
quand elles prirent soin de verserleur baume dans
les eceursatlristesdes apotres qui sontcertaiuement
les meitibres, mais les membres vivants du Christ,
en leur annoneant la joyeuse nouvelle de sa resur-
rection. Si le Sauveur n'avait pas aime ces mem-
bres-la beaucoup plus que le corps qui fut crucifie,
il n'aurait point laisse attacker celui-ci a la croix
pour celui-la. D'ou jeconclus que le dernier par-
fum l'emporte sur les deux premiers, puisque Je-
sus-Christ a voulu le reserver pour son corps vi-
vant, je veux dire pour son Eglise a qui il est porle
en effetj ft pour le rachat duquel il a voulu soutl'rir
la mort.
Ql ATRE-VINGT-ONZ1EME SERMON. *
Les trois plants.
1. « Vos plants sont comme un jardin delicieux
[Cant., it, 13). » Ce sont les paroles de felicitations
que la Jerusalem celeste fait entendre a la Jerusa-
lem de la terre. Or les plants dont elle parle sont
au nombre de trois. Le premier est celui des gens
du monde qui vivent dans les liens du manage et
qui font penitence; le second es1 celui des convers
qui vivenl dans la continence au fund d'un cloltre,
et le troisieme est le plant .Irs prelals « jui prechent
el qui prienl pour le peuple de Dieu. C'est du pre-
mier plant, je veux dire de la penitence, que par-
lent les anges qui ressentent de la joie pour la
conversion d'un seul pScheur qui fait penitences
(Luc. xv, 10), quand lis disenl : dQui est celle-ci qui
montepar le desert comme une petite vapeur d'aro-
mates, etc. {Cunt., in, 6)? n Or on entendicipar ces
mots : « (jui moute par le desert, » c'est-a-dire par
cette terre non frayee et aride, le fait de lame qui
serappelle sespechfe, et elle monte « comme une
petite vapeur, » quand elle les confesse humble-
ment. Or on dit que cette confession se fait droit
« comme monte une petite vapeur d'aromate, »
parce quelle se partage entre plusieurs espe-
ces de pecbes, comme la fumee de l'encens qui
passe par les ouverlures de l'encensoir. II faut
encore remarquer que si la fumee n'a jamais
d'eclat, elle a pourtant quelquefois de l'odeur.
Or, on recommit que la fumee de la confession dont
il est parle ici, a une certaine odeur de piete, aux
paroles qui suivent : « Une vapeur d'aromates, de
mjTrhe. et d'encens et de toutes sorles de poudres
odoriferantes. » La confession doit toujours etre
accompagnee de la myrrbe et de l'encens, e'est-a-
dire de la moitilkation de la chair et de l'oraison
du cceur, car l'une ne peut point ou ne peut guere
servir sans l'autre. En effet, si quelqu'un rnortifie
sa chair sans se livrer a la priere, c'est un
orgueilleux, et c'est a lui qu'il est dit : « Est-ce
que je mange la chair des taureaux etm'abreuve-je
du sang des boucs (Psal. xux, 13) ? » De meme,
s'il prie et neglige de morlitier sa chair, Dieu lui
dira : « Pourquoi m'invoquez-vous en me disant :
Seigneur, seigneur ! si vous ne faites point ce que
It y a trois
plants le
premier est
la penitence
des honimes
du monde.
La confession
doit etre
accompagnee
de mor-
tification et
d'oraison.
dilionem fieri : et ideo non invento corpore reporta-
runt illud, et jussaj sunt exhibere vivo, quod pis-
paraverant mortuo. Quod et fecerunt. cum protinus
nunliato gaudio resurrectionis, discipulorum , qui
1 dubio membra Christi, et membra viva erant,
tristia corda delinire curarunt. Qua? utique membra
nisi plus illo crucitixo corpore Christus diligeret, pro
his illud crucifigendum non tradidisset. Liquet itaque,
quod duo ilia tanto hoc ultimum prrecellit unguenta'
quando Christus hoc suum corpus, id est Ecclesiam^
cui exhibetnr, illo quod ex eo ungi voluit, quod et
propter hujus redemptionem tradi voluit, constat esse
amabilius.
SERMO XC1.
De tribus emissionibus.
{. Emissiones luce paradisus. Vox illius ccelestis Je-
rusalem, congaudentis huic quae pcregrinatur in terris.
Sunt autem Ires emissiones. Prima conjugatorum pce-
niteDtium in mundo ; secuada conversorum continen-
tium in claustro : teilia Pra'latorum prasdicantium, et
orantium pro Dei populo. De prima emissione, id est
pcenitenlia, dicunt angeli, quibus gaudium est super
uno peccatore pcenitentiam agente : Quae est ista qua;
ascendil per desertum sicut virgtila fumi, etc. Ascendere
autem tlicitur l)a>c aninia pcunilens /» /• desertion, tcr-
ram scilicet inviam et inaquosani, peccatorum suorura
recordo. Ascendit sicut virgula, eadem peccala hu-
militei' confitendo. Qua? conl'essio recte tied sicut wr-
gula fumi dicitur, quia per plures peccatorum species,
tanquam fumus de thuribulo per plura foramina deri-
vator. Et notandum quod cum I'umus nunquam ha-
beat splendorem, nonnunquam tamen habere possit
odorem. Quod hie fumus confessionis odoren qnem-
dam pietatis halieat, innuitur ex his qua; subjunguntur :
Ex aromutibus myrrhts et (hurts, et universi jiutveris
pigmenlarii. Confessionein debet semper comilari myr-
rha et thus, id est inortiflcatio carnis, et oratio cordis.
Alterum euim sine altera, aut parum, aut nihil pro-
dest. Nam si quis carnem , mortificet, et orare dis-
siniulet, superbus est, et dicitur ei : Numquid mandu-
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
51
je 'lis (Luc, vi, 46) ? » On bien encore : « Quieon-
que detournc l'oreille pour ne point ecouter la Ioi,
sa priere meme sera execrable {{Prov. xxvur, 9). »
L'une el l'autre se donnent dime un mutuel appui,
puisqu'il est certain que l'une ne saurait etre
agreee sans l'autre.
•J. II est dit : « comme une vapeur de toutes sor-
tes dp poudres odoriferantes {Cant, m, 6). » Apres
le souvenir et la confession des peches, apres la
mortification et l'oraison, i) faut produire le fruit
des aumones. On a raison de les appeler « une
poudre » attendu qu'elles ne sont que de la terre :
« odoriferante » parce qu'elles exhalent l'odeur
la plus suave. Voila d'oii vient qu'il a ete dit a
Corneille qui faisait des bonnes ceuvres : « Vos
prieres et vos aumones ont monte [Act. x, 4). »
Peut-etre sont-elles appelees « toute especede pou-
dres odoriferantes, » parce que tous les peches,
non-seulement les grands, mais aussi les plus pe-
tits doivent etre broyes par la confession et delies
par la componction. Mais restons-en la pour le pre-
mier plant.
3. Le second plant est la vie des continents dans
le cloitre ou dans le desert. Dans ce plant il n'est
fait aucune mention de desert nide vapeur e'est-a-
dire de penitence ; mais de lumiere, de splendeur
et de vertu. Enfin, e'est a la louange de ce plant
que la voix des anges fait entendre ces paroles :
« Quelle est celle-ci qui s'avance comme l'aurore a
son lever, belle comme la lune, elevee comme le
soleil, terrible comme une armee ran gee en ba-
taille (Cant, xi, 9) '? » Dans ces mots il faut voir trois
cabo carries taurorum, aul sanguinem hireorumpotabo?
Item si oravcrit, et camera suam mortiticare neglexe-
ril, audiet : Quid vocatis me, Domine, Domine, et non
faeitis qwe dico? Et illud : Qui avertit aurem suarn
ne aiiduit legem, ornlio ejtti eril irverabilis. Utriimque
ergo alteri suffragatur, dum constat quod alteram sine
altera reprobalur.
2. Sequitur : El universi pulveris pigmentarii. Post
recordationem et confessionem peccatorum, post mor-
UGcationem et orationem exhibendus est t'ructus elee-
mosynarum. Quse bene pulois dicuntur, quia de ter-
rena substantia liunt : pigmentarii vera, quia suavissi-
mum ocforem emittunt. Hinc est quod Cornelio bene
agenti dictum est : Oraliones tuas, et elemosynoz tuce
ascender unt. Vel universi pulveris pigmentarii ideo di-
citur, quia non solum magna, sod etiam minima quas-
que peccata conterenda sunt per confessionem, et di-
luenda per compunctionem. Haec de prima emissione
dicta sufticiant.
3. Secunda est vita continentium in claustro vel
eremo. In hac emissione nulla fit deserti mentio, ant.
fumi seu pcenitenthe ; sed Iucis splendoris, atque vir-
tntis. Denique in hujus laude angelica voce cantatur :
Quo: at ista ana; ascendit sicut aurora consurgens
pulchra ut /una, electa ut sol, terribilis ut castrorum
acies ordiaata? In quibus verbis triplex virtus ejus os-
tenditur, humilitas, castitas, charitas. Aurora quippe
finis est noctis, et initium lucis. Nox autem vitam pec-
vertus du second plant, l'humilite, la chastete et la
cbarite. En effet, l'aurore est la fin de la nuit et
le commencement du jour. La nuit e'est la vie du
pecheur, et le jour, la vie du juste. Aussi l'aurore
qui dissipe les tenebres, annonce la lumiere et se
prend avec raison pour l'humilite, car de meme
que l'aurore separe la nuitdu jour, ainsi l'humilite
separe le juste du pecheur. C'est en effet, par elle,
je veux dire par l'humilite, que le juste commen-
ce, et par elle qu'il grandit. Aussi l'Ecriture parle-
t-elle de « l'aurore a son lever, » afin que l'edifice
des vertus commence par l'humilite et s'eleve
ensuite comme sur son propre fondement. C'est
done pour montrer son humilite qu'il est dit :
« Comme l'aurore a son lever. » Les paroles sui-
vantes : « Belle comme la lune, » indiquent la
chastete. Or, on dit que la lune ne tient pas son
eclat d'elle-meme, mais le tire du soleil. Aussi, plus
elle se trouvedirectementopposeeau soleil, plus est
grande la partie de son disque eclaire de sa lumie-
re. II en est de meme d'une congregation et de
toute ame fidele si elle s'expose aux rayons du vrai
Soleil, ou ne peut douter qua son aspect, elle ne
recoive aussitot un certain lustre de beaute et un
eclat de chastete. De la vient que, prenant un cer-
tain accroissement a sa lumiere, et faisant quel-
que progres, elle arrive a la perfection et miirite
qu'on dise d'elle ce qui suit.
• lx. « Elevee comme le soleil. » Pourquoi comme
le soleil? Est-ce parce que les justes brilleront
comme le Soleil dans le royaume de leur Pere
[Matt, xxn, 11)? Mais la, d'oii leur viendra cet
L'aurore es(
t'image
de l'bumilite.
La beaut6
de la lune
est l'i-
mage de la
chastete.
Con:parai-
son.
La splendeur
du soleil
est Timage
de la cbarite.
catoris, lux sigailicat vitam justi. Aurora ergo quae fu-
gat tenebras, lucem nuntiat, merito humililatem de-
signat : quia sicut. ilia diem et noclcm, ita ista dividit
jtistuui peccatorem. Nam hinc, id est. ab humilitate,
Justus quisque incipit, et hide proficit. Unde etiam
ipsa aurora consurgens dicitur, ut videlicet virtutum
structure surgens ab humilitate, tanquam proprio fun-
damento erigatur. Igitur ad ostendendam ejus humi-
litatem dictum est : Sicut aurora consurgens. Illud
vera quod sequitur, Pulchra ut luna, castitatem de-
monstrat. Porro luna dicitur splendorem suum non
a se habere, sed a sole trahere : quantoque magis so-
bs conspectui cernenda opponitur, tanto majore sui
parte ab ejusdem solis lumine illustratur. Similiter
congregalio, seu quaeque fidelis anima, si veri Solis ob-
tutibus ofieratur intuenda, sine dubio ex visione
illius admittit protinus in se decus quoddam pulchri-
tudinis, et venustatem castitatis. Unde tit, ut ex
ejus lumine crescens et proficiens, etiam ad per-
fectionem provehatur, ut recte dicatur de ilia quod se-
quitur :
4. Electa ut sol. Quare ut sol? An i'Jeo quia fulge-
bunt justi sicut sol in regno Patris eorum? Sed ibi
unde sicut sol t'ulgebunt, nisi de splendore vestis nup-
tialis? Ipsa est enim, qua utique in terris positi ves-
tiendi erant, illi, quibus dictum est : Vos autem sedete
in civitate, donee induamini rirtute ex alto. Hac vir-
tute charitatis, quam vestis ilia nuptialis significat, quis-
63
CEl'VRES DE SAINT BERNARD.
Celui qui est
revetu de
la vertu de
charity
est terrible
a ses enne-
Olis.
eclat 'In Soleil, sinon de lour robe nuptiale? Car une grade elevation d'ame, tout ce qu'ils ont pu
c'esl d'elle que devaient ce revetir ceux qui etaient soustraire au monde; aussi est-il dit, « qui monte
sur la terre et a qui il a etc dit : « Quant a vous da desert comblee de delices. » Mais il faut cher-
demeurez dans la ville jusqu'a ce que vous soyez cher quelles sont ces delices dont ils sont combles,
rev£tus de la vertu d'en baut [Luc. xxiv, &9), » de et quel est ce bien-aime, et pourquoi il est dit qu'ils
oette vertu de charite dont la robe nuptiale est le s'appuient sur lui. II ne faut pas tenir pour me-
signe : quiconque en sera revetu et l'aura conve- diocres les delices auxquelles les citoyens d'en baut
aablemenl ordonnee en soi, sera cerlainement ter- donnent ce noni ; car ces delices ne simt telles que
rible a ses ennemis, comme une armee rangee en pour le cceur, non pour le ventre : pour lime, mm
bataille. En affet, les demons se mettent bien peu pour le corps; pour l'csprit, non pour la chair;
en peine des autres vertus, quelles qu'elles soient, pour la raison, non pour les sens; pour l'hom-
quand elles sont sans la charite. Mais quand ils me interieur, non pour l'homme exterieur; ces
voient la charite, et qu'ils la voient reglee comme delices, pour le dire en quelque sorte en un seul
une armee rangee en bataille, ils s'enfuient avec mot, e'est l'infusion abondante de la grace spiri-
precipitation. On pent aussi voir dans ces mots, tuelle. Heureuse l'ame oil une telle grace se repand,
« elevee comme le suleil, » la perseverance qui qui se trouve prevenue des benedictions et de la
u'apparlient qu'auz elus. Mais par ces paroles qui douceur d'en haut, pour devenir le temple de Uieu
viennent apres, « terrible comme une airnee ran- et l'oracle du Saint-Esprit. Une pareille ime ne
gt'v en bataille, » on peut entendre la discretion, saurait se trouver a court des richesses du salut,
qui est la mere des vertus, qui jette la terreur dans je veux dire de la sagesse et de la science, ni de-
le camp des demons et les met en fuite, acquiert et pourvue du plus grand tresor du salut, la crainte
conserve les vertus. On peut encore fort bien en- du Seigneur. Quand elle se senlira remplie et com-
Qnelles aonl
les delicei
des bou9
pasteurs.
Le troisieme
plant est la
Tic et la
doctrine des
prelats.
tendre et dire beaucoup d'autres cboses dans ce
second plant, mais qu'il sufflse dans le nombre du
peu que nuns venons de dire.
5. Le truisieme plant convient aux saints predi-
cateurs, donl la doctrine et la vie arrachent ce cri
J admiration : « Quelle est celle-ci qui monte du
desert remplie de delices, appuyee sur son bien-
aime [Cant, vm, 5) ? » Au premier plant il a ete
dit « qui est celle qui monte par le desert, » mais
de eelui-ci il est dit : « Quelle est celle-ci qui monte
du desert '? » A cause des epines qui dechirent les
penitents quand ils marchent a travers elles ; ici
au contraire, les docteurs ont foule aux pieds, avec
blee de ces delices, il ne lui restera plus qu'a exal-
ter le Seigneur au plus haut des cieux, et a le
loner dans la chaire des vieillards. Ce qu'elle aura
entendu an fond de la chambre, elle le redira sur
les loits, et e'est ainsi qu'elle sera comblee de deli-
ces; caretre conible. e'est etreetabli dans la predi-
cation de la doctrine, luire par l'exemple de sa
vie, et remplir avec Constance les ceuvres spiritu-
elles.
6. Mais en tout cela, il faut que tout pasteur re-
cherche la gloire de son auteur, non la sienne ;
car e'est lui qui est son bien-aime dont il est ecrit :
« Je suis a mon bien-aime, et mon bien-aime est a
Tout scccej
doit 4tre
rapporte a
bieu,
par les
predicateun.
quis indutus fuerit, eamque in se recte ordinaverit, erit
procul dubio terribilis hostibus suis ut castrorum acies
ordinata. Nam de caeteris quidem virtulibus quantas-
cunqtie sine charitate habueril, non curaut diemoncs.
Cum vero charitalem et ipsam ordinatam in acie vide-
riDt, illico praecipites aguntur in fugam. Potest
in eo quod dicitur electa ut sol, perseverantia inlelligi,
quae tanlura electorum est. In eo antcm quod sequitur,
terribilis ut castrorum acies ordinata, discretio mater
virtutum, per quam terrentur et fuganlur dae-
mones, acquiruntur ct conscrvantur virtutes. Pos-
sunt ct alia multa in hac secunda emission congrue
el inlelligi et dici : sed base pauca de multis dixisse
sufficiat.
5. Terlia emissio convenit Sanctis praedicatoribus,
de quorum vita et doctrina etiam vox ilia sub admira-
tionc profertur : Qua est ista qua? ascendit de deserto
deliciis affluens, innixa super dilectum suum ? In prima
emissione dictum fuerat, Quae est ista qua; ascendit per
desertum, in hac aulem, Quo; ascendit de deserto : quia
nimitum ibi pecnitentes compungunt spiuae, per qnas
incedunt; hie vero doctores quidquid de saeculo sub-
ripere poluernnt, sublimi mente calcaverunt. Ideo dic-
tum est, de deserto deliciis affluens. Sed quaerendum
est, quae sint illae deliciae, quibus affluere dicuntur; et
quis ille diliectus, aul cur super eum inniti dicantur.
Neque enim parvae aestimandae sunt, quae a stipernis
civibus delicia- nominantur. Siquidem bujuscemodi de-
liciae mentis sunt, non venlris: animi non corporis;
spiritus, non carnis ; rationis, non scnsualitalis; inte-
lioiis, non extcrioris hominis. Quas ut breviter aliquo
modo describam, ipsae sunt abundans infusio gratiae
spiritualis, Beata ilia anima, cui talis gralia infunditur,
quae in bencdictionibus supernal dulcedinis pra-venitur,
ut templum Dei el oracultim Spirilus-Sancli efticiatur.
Tali quippe animae deessc non possunl divitiae salutis
sapientia et scientia, et cjusdem salutis optimus the-
saurus limor Domini. Quibus deliciis cum abundaverit
et repleta fuerit, exalte! jam in ecclesiis Dominum,
et in cathedra seniorum laudet eum. Quod in aure au-
divit in cubiculis, pracdicet jam super tecta, et sic af-
fluet deliciis. Affluere enim dictum est, verbo doclrinse
insistere, cxemplo vitae lucere, opus spirituale instanter
exercere.
6. Sed neccsse est ut in his omnibus non suam, eed
auctoris sui quaerat gbriam. Ipse est enim dilectus
ejus, de quo scriptum est : Ego dilecto meo, et dilectus
meus mihi. Et de quo Pater : hie est filius meus dilie-
SERMONS DIVERS.
53
Sans le
aecours de la ()e ]a viglie, VOUS, VOUS
grace de , u v.
Dieu, toute de raeme que la branche de la vigne ne
moi [Cant, n, 16), » et c'est de lui encore que le
Pere a dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aime,
ecoutez-le (Luc. lx, 35). » C'est sur lui qu'il faut
s'appuyer, afin de rapporter tout ce qu'on fait au
secours de sa grace, car c'est de lui que tout vient,
c'est par lui que tout se fait, et c'est a lui que tout
se rapporte. D'ailleurs le bien-aime du Pere, qui
nous enseigne toute science, nous apprendra mieux
que personne pourquoi on doit s'appuyer sur lui.
11 dit, en effet, a ses disciples qu'il remplissait de
cette sorte de delices : « C'est moi qui suis le cep
n etes les branches. Aussi,
saurait
VdounelT Porter de fruit d'elle-meme, et qu'il faut qu'elle
les demeure unie au cep, ainsi vous ne pouvez porter
pr£d cateurs „ , . , _
est vaine. aucun fruit si vous ne oenieurez en moi (Joan, xv,
4 et 5). » Et ailleurs, « sans moi vous ne pouvez
rien faire. » C'est comme s'il disait sans detour;
si vous voulez etre combles de delices, appuyez-
vous sur moi. Mais voyons maintenant comment
ils en sont combles et comment ils s'appuient sur
lui. Placons au milieu de nous pour nousinstruire,
tous, un predicateur acheve. Eli bien done bien-
heureux Paul, soyez rempli vous-memes des delices
qui vous appartiennent. Certainement apres avoir
preche l'Evangile depuis Jerusalem et ses environs
jusqu'a l'lllyrie ; apres avoir jete sans recompense
les fondements de l'Evangile; apres avoir faitpart,
comme un prudent et fidele dispensateur, des celes-
tes tresors, et du sacrement de la foi aux Grecs et
aux barbares ; apres avoir porte partout dans
votre corps mortel, la mortification de Jesus, au
milieu des nombreuses et adunrables merveilles
que vous avez operees, et que nous ne saurions
rappeler ici en detail, vous avez pu vous eerier avec
une pleine autorite et sans orgueil aucun, bien que
vous fussiez le moindre des ap&tres a vos propres
yeux, « sa grace n'a point ete sterile en moi ; mais Cesi ce qae
saint Paul
j'ai travaille plus que tous les autres (Cor. xv, 10). » reconnait
Ce sont la de graniles, et, si je puis m'exprimer de Premier-
la sorte, de delicieuses delices ! mais pour ne point
les perdre appuyez-vous sur votre bien-aime :
« Non ce n'est pas moi qui l'ai fait, mais c'est la
grace de Dieu qui a travaille avec moi (Ibid.). »
Oui, oui, soyez comble de delices; car, a vrai dire,
de telles delices sont bien delicieuses. « Je puis
lout, » dit-il ; allons appuyez-vous sur le bien-
aime, « en celui qui fait ma force (Philip, iv, 13). »
Le meme ap6tre dit encore ailleurs : « Que celui
qui se gloriGe, le fasse dans le Seigneur (11 Cor. x,
17) : » C'est-a-dire, que celui qui est comble de
delices, s'appuie sur son bien-aime.
7. Tout ce que je viens de dire sur les trois plants,
representant trois genres d'hommes, que la sainte
Eglise contient dans son seiu en cette vie, et que
Ezecbiel a designes dans ses ecrits par IS'oe, Daniel
et Job, c'est avec l'aide de Dieu que je l'ai fait; mais
on pourrait sans inconvenient voir ces trois plants
dans chaque saint en particulier. Ainsi chez eux,
le premier plant sera la penitence, le second la jus-
tice, et le troisiemela predication. En effet, ils com-
mencent leur conversion par le repentir, ils prati-
quent ensuite la vertu, en vivant bien, et entin s'ils
font des progres dans le bien, ils prechent de bou-
che la justice qu'ils pratiquent dans leur conduite.
Mais comme le vice tend des embuches a la vertu,
et l'approche de si pres que ceux qui s'eloignent
de l'une, tombent dans les filets de 1'autre, il faut
que la penitence soit exempte de honte, et ne rou-
gisse point de confesser les peches commis ; que la
justice se donne bien de garde de feindre, et que
les prelatures mettent de cote tout orgueil ; car la
ius : ipsum audite. Super quern innitendum est, ut
videlicet illius gratia; auxilio adseribatur opus ejus, a
quo omnia, per quem omnia, et ad quern omnia refe-
runtur. Cur autem super cum innili debeat, ipse dilec-
tus qui docet homincm scientiam, plenius nos doceat.
Ait ille discipulis, quos hujusmodi deliciis implebat :
Ego sum vitis, vos paltnites. Sicut palmes non potest
facere fructum, nisi manserit in vile; sic et vos nisi in
me manseritis. Et iterum : Sine me, inquit, nihil po-
testis facere. Ac si apertc diceret : Si deliciis vulds af-
fluere, innitimini super me. Sed jam videamus, quo-
modo ill! affluant et innitantur. Venial in medium
unus pro omnibus ille pra'dicator egrcgius. Eia, bea-
tissime Paule aftlue deliciis tuis. Cerle cum Evange-
lium ab Jerusalem per circuitum ad Illyricum pr«di-
casses ; cum sine sumplu ipsum Evangelium posuisses;
cum coelestes lliesauros fideique sacramentum Gnecis
ac Barbaris, sapientibus et insipientibus, ut prudens ac
lidelis dispensator, erogasses; cum mortificationem Jesu
in tuo mortali corpore circumtulisses ; et inter multas
admirandns virlutes tuas, quas tu potuisti facere, nos
vix possunius enarrare, eliam illud cum omni auctori-
tate, sine omni arrogantia, um esses apostolorum tuo
judicio minimus, tamen ausus es dicere : Gratia Dei in
me vacua non fuit, sed abundantius omnibus Mis la-
boravi. Magnae, et, ut ita dicam, deliciosae delicice ? Sed
ne illas amittas, innitere super dilectum tuum. Non
autem ego, inquit, sed gratia Dei mecum. Rursum
afllue : quoniam, ut verum fatear, delectant valde tales
deliciie. Omnia possum ait. Iterum innitere. In eo,
inquit, qui me confortat. Item dicit Apostolus : Qui
gloriatur, in Domino glorietur : hoc est, qui deliciis
aflluit, super dilectum suum innitatur.
1. Haec de tribus emissionibus in significatione trium
generum hominum, quos in hac vita continet sancta
Ecclesia etiam apud Ezechielem designant Noe, Da-
niel, et Job, adjuvante Domino diximus quannis in
singulis quibusque perfectis possint non inconvenien-
ter assignari. Et in his quoque prima emissio est
prenitentia, secunda justitia, tertia doctrina. Pri-
mo enim peenitendo convertuntur , secundo be-
ne vivendo justitiam exercent, tertio, si bene pro-
t'ecei'int, ipsam justitiam, quam vita tenent, verbo do
cent. Sed quoniam virtutibus insidiantur vitia, et ita
juxta sunt posita, ut qui ab illis deviaverit islorum
laqueos ncurrat : oportet ut sit poenitentis sinepudorp.
54
ou il y a da grandes graces.
les epreuves.
QEL'VRES DE SAINT BERNARD
la aussi Be Irouve de
• II se coni-
soixar, I
-ii- rue
sermons.
F. le «in«
sermon sur
le Cantique.
Triple intro-
duction.
I . Dans le
jardiii.
les trois
sens
de lficrilure.
QUATRE-VINGT-DODZIEMB SERMON \
Trij'lc introduction dans le jardin, duns le cellicr
. i dans In chambre.
1. « Je suis venu dans mon jardin, ma sceur,
muii epouse (Cant, v, 1. » Ailleurs il est < lit : « Le
roi m'n fait entrerdans sun cellier (Cant, i, 3), » et
dans une autre endroil on lit : « Dans sa chambre
a couclier (Cant, m, 4). » Cette triple introduction
de l'ame raisonnable se fait par sun Epoux, le
Verbe de Dieu, au triple sens de la sainte Ecriture,
je veux dire au sens historique, au sens moral et
us mystique. Elle est inlruduite dans le jardin,
e'est le sens historique ; dans le cellier, e'est le sens
moral ; dans la chambre a coucher, e'est le sens
mystique. Dans le jardin, e'est-a-dire dans 1'his-
toire, se trouve contenue une triple operation de
la Trinite : la creation du ciel et de la terre, la
renovation du ciel et de la terre, la confirmation du
ciel et de la terre Le Pere les a crees, le Fils les a
reconcilies, le Saint-Esprit les a continues; mais
autre est le temqs de la creation, autre celui de la
reconciliation, autre entin celui de la confirmation ;
de meme que dans un jardin, autre estle temps de
la plantation, autre celui de la recolte des fruits,
autre .duide la manducation de ces fruits. La crea-
tion et la reconciliation appartieiment au siecle
present, la confirmation appartieut au siecle futur.
Au commencement des temps, le Pere a cree ; dans
ne scilicet erubescat confiteri commissa peccata ; caveat
justitia simulationem, eliminel praelatio elationera. Ubi
enim magnitudo gratiarum est, ibi etiam magnitudo
discriminis est.
SERMO XCI1.
De triplici introduclione, in hortum, in ce/larium, et in
cubiculum.
1. Veto, in hortum meum, soror mea sponsa. Alibi
dicitur, Introduxit me rex in ce/larium suum : alibi
dicitur, in cubiculum uum. I her triplex introductio fit
anim.e rationali a sponsosuo, Yerbo scilicet Dei, secundum
triplicem sensum Scripliiraruin, hisloricum, moralem,
mysticum. In horlo esl biatoricus, in cellario moralis,
in cubiculo mysQcus. In horto, id esl in liisloria, con-
linetur triplex Trinitalis operatio : creatio cceli et ter-
ra', renovatio cgbU et terrae, condrmatio coeli et terra;.
Pater creavit, lilius reconciliavit, Spiiitus-Sanctus con-
flrmavit. Et aliud lei , lis, aliud recon-
cilialionis, aliud confirmationis i siciit ct in borlo aliud
est tempus plantations, aliud fructus colligendi, aliud
vescendi. Creatio el reconcilialip sunt praesentis, con»
firmatio fnturi staculi. In principio temporis creavit
Pater, in plenitudine lenipuris reconciliavit filius ; post
la plenitude des temps, le Fils a reconcilie, et,
apres ions les temps, le Saint-Esprit confirmera.
Le Fils adit, en parlanl de son pere : « Mon Pere
opere toujours Joan, v, 17). » et il a ajoute, en
parlant de lui-meme : « el moi aussi j'opere tou-
jours [Ibid), i) De meme le Saint-Esprit. a la I'm
.les siecles, pourra dire avec verite : Le Pere et le
Fils out opere jusqu'a present, desormaismoi aussi
j'opere; alors surtout qu'il aura fait nos corps spi-
rituels, (jue noire corps se sera attache a noire
esprit, et noire esprit a Uieu, et que le Saint-Esprit
confirmera ce meme corps, eii sorte que desormais
onverras'accomplir, sans aucun iutervaliede temps,
ce que dit l'Ecriture : « Celui qui esl uni a Dieu ue
fait plus qu'un seul esprit aveclui 1 < 'or. v , \~). »
L'ancien Testament nous instruit de la creation et
nous promet [a reconciliation; le iSouveau nous
montre la reconciliation et nous promet la confir-
mation.
2." La seconde introduction esl I'introduction
dans le cellier. Ce cellicr contient la science morale
fit comprend trois caveaus distincls : Dans le pre-
mier, se trouvent les aromates, dans le second les
fruits et dans le troisieme le vin. Dans le premier
se placent ceux qui sont en de buns termes avec
leurs superieurs; dans le second, ceux qui sont
bien avec leurs egaux, et dans le troisieme ceux
qui le sont avec leurs inlerieurs. Le premier caveau
est celui de la discipline, le second celui de la na-
ture, et le troisieme celui de la grace. En elfet,
quiconque s'ellorce d'alteindre le terme du la vie.
a Dans plusieurs t'llilions, ce second point commence on
second sermon, mais e'est a tort.
2. Introduc-
tion dans le
cellier.
II y a trois
caveaui.
oiiinc prasens tempus confirmabit Spiritiis-Sanctus.
De Patre dixit filius : Pater men* usque modo operator,
et de se subjunxit; Et ego operor. Similiter et Spiri-
tus-Sanctus in consnmmatione sax-uli vere poterit di-
cere : Paler et filius usque modo operantur; et ex hoc
jam operor ego : cum scilicet jam feoeril corpora nos-
tra spiritualia, corpusque adhaeseril spiritui, et spiritua
Deo, hue ipsuin corpus eodeui Spiritus-Sancto sic con-
lirniantc. ul jam deinceps absque ullo teuiporis inter-
venientis momento fiat quod scriptum est : Qui adlue-
ret Deo, unus spiritus est. De creatione instruit nos
velus lestamentum, et promittit reconciliationem Re-
concilialionem exhibel novum Testauienluui, et spondet
confirmalionein.
2. Secunda inlroductiu esl in cellarium. Hue cella-
rium coniinet moralem scientiam, et babet ties distinc-
tas niansiiiiu'-. Prima dicitur aromatica : secunda fruc-
tuaria : terlia cella vinaria. In prima sunt qui bene se
halii-iii cum praelatis; in secunda, qui cum aequalibus,
in terlia, qui cum subditis. Esl ergo prima cella disci-
pline, secunda naturae, terlia gratise. Qui enim perfecUe
ersationis nititur cumulum attingere. tit primum
discipulus, el ingreditut cellam disciplinae, in qua mores
ejus a magistro variis virlutibus, velut a pigmentariis
lata diversis speciebus cumponuntur. Unde et ista
cella dicitur aromatica, quia tales quique dum ultro
amplectunliir disciplina' laborem, optimum aliis e.\em-
SERMONS DIVERS.
5f>
Ce'ai de
la discipliae.
Celui de la
nature.
Celui de la
grace.
V. le sermon
cite plus
kaut sur les
cantiques
n. 5 en.
parfaite, se fait d'abord disciple et il entre dans
le caveau de la discipline, oil, sous la direction
d'un maitre, il compose ses moeurs de. diverses ver-
tus, comme les parfumeurs composent des parfums
de diverses especes d'aromates. Aussi, ce caveau
est-il appele celui des aromates, parce que tous
ceux qui embrassent d'eux-memes le travail de la
discipline, repandent pour les autres, par leur
exemple, la delicieuse odeur de l'imitation. De ce
caveau, on passe directement dans le second, qui
est le caveau de la nalure, parce que ceux qui
ont appris a rompre leur volonte sous un maitre
peuvent aisement vivre en bonne intelligence avec
leurs condisciples. C'est dans ce caveau qu'on vit
en commun avec les autres, aussi est-il bieu appele
le caveau de la nature, attendu que si la nature a
fait tous les homines egaux, elle en a place quel-
ques-uns au dessus des autres, ou a la tete des
autres, a cause de leurs vertus. On appelle aussi ce
caveau le caveau des fruits, parce qu'il est tres-utile
que chacun communique aux autres la grace qu'il
a recue ; voila pourquoi il est ecrit : « Le frere qui
est aide par son frere est comme une ville forte
(Prov. xvm, 16). » C'est aussi ce qui a fait dire au
prophete : « Comme il est doux et agreable a des
freres de vivre unis ensemble ! » Mais lorsqu'on est
bien consomme dans ce caveau de la nature, alors
on peut aller dans le caveau qui est celui de la
grace, en sorte qu'apres avoir vecu saintement et
sans discussion avec les autres, on se trouve place
a leur tete pour les faconner. Or, ce troisieme
caveau est le caveau au vin, parce que ceux qui
sont places a la tete des autres pour les diriger
doivent bouillir de charite. On l'appelle aussi le
caveau de la grace; ce nom peut deja egalement
convenir aux deux premiers caveaux, attendu que
la discipline et la vie commune sont egalement un
don de la grace. Mais le troisieme merite plus par-
ticulierement ce nom, parce qu'il est bien facile
d'etre soumis a ses superieurs, ou de vivre en
communaute, tandis qu'il est bien rare et tres-diffi-
cile de passer de ces deux etats, d'une maniere
utile, au gouvernement des autres.
3. C'est dans ces trois caveaux que sont contenues
et formees les mceurs de tous les hommes. En effet,
tous les hommes sont ou des prelats ou des egaux
ou des inferieurs. Or, de meme qu'on cueille au
jardin ce qu'il y a de meilleur pour le deposer
dans les celliers ou il y a encore une place particu-
liere pour chaque chose, ainsi, dans l'histoire, on
recueille le sens moral pour le deposer, si je puis
le dire, dans le cellier d'ou on tire ensuite tout ce
qui peut servir a la vie de l'homme. En effet, les
prelats y lisent quels ils doivent etre envers leurs
inferieurs, quand ils ont ces mots sous les yeux :
« Ne dominant pas sur l'heritage du Seigneur,
mais vous rendant les modeles du troupeau {Petr.
v, 3), » et ceux-ci encore « ce n'est pas nous qui
dominons sur votre foi, mais nous sommes les ai-
des de votre joie (II Cor. i, 23), » puis celles du
Seigneur dans l'Evangile : « Le bon pasteur donne
sa vie pour ses brebis [Joan, x, 11). » Les egaux
trouvent egalement dans les saintes Eeritures, la
maniere dont ils doivent se conduire les uns en-
vers les autres, car ils y lisent ces paroles : « Por-
tez les fardeaux les uns des autres, et vous accom-
plirez ainsi la loi de Jesus-Christ (Gal. vi, 2), » et
ces autres, « prevenez-vous les uns les autres par
des temoignages d'honneur (Rom. xn, 10), » et
beaucoup d'autres recommandations semblables.
Les inferieurs y trouvent aussi de quoi regler leurs
moeurs, et la maniere dont ils doivent se soumettre
plo suo e'lundunt imitationis odorem. Inde consequenter
ingrediunlur in secundam cellam naturae : qnoniam illi
qiiidem ceteris condiscipulis concordare facile possunt,
qui sub magistro propriam voluntatem frangere didice-
runt. Et haec cells, ubicum caeteris communiter vivitur,
congrue cella naturae diciiur : quia omnes homines aequa-
lcs quidcm natura genuil, sed alios aliis meritorum causa
vel praeposuit, vel suppusuit. Dicitur etiam fructuaria ."
quia magnae utilitatis est, si quisque gratiam quam ac-
cepit, in allerutrum administrat, unde scriptum est :
Prater fratrem adjuvant, exaltabitur sicut civilas mu-
nilu. Et item dicit Prophets : Ecce quam bonum et
quam jucundum, habitare fratres in unum. At vero
cum consummati plene uicritil in hac secunda cella na-
tura;, tunc tandem ingredi possunt tertiam, quae est
gratia? : ut etiam cieteris instil.uendis praesint, qui cum
ca?teris juste el sine querela vixerint. Et haec quoque
cella diciiur vinaria : ut scilicet fervcant charitate,
qui caeteris praesunt in regimine. Dicitur etiam cella
gratias, quod nomen scilicet aliis quoque duabus possit
esse commune. Nam et disciplina, et socialis vita do-
num gralia? est. Ista tamen sibi illud vindicat specia-
liter ; quoniam quidem mullum facile est subjici vel
sociari : rarum vero et difficile ad aliorum regimen uti-
liter quemvis posse transferri.
3. His tribus cellis continentur et formantur om-
nium hominum mores. Omnes enim homines vel sunt
pralati, vel ^equates vel subditi. Quemadmodum autem
eliguntur de hortis quasque potiora, et in cellariis repo-
nuntur, ubi etiam distincta habent loca, in quibus ser-
veutur : ita de historia sumitur, et quasi reconditui'
in cellario moralis sensus; unde omnis humana vita ins-
truatur. Legunt etenim ibi praelati, qnales se exhibere
subditis debeant, cum eis dicitur : Non dominantes
in clero, sed forma facti yregis, et illud : Non quia
dominamur fidei vestra>, sed adjutores sumus gaudii
vestri, et Dominus in Evangelio : Bonus pastor animam
suam dot pro ovibws suis. Inveniunt etiam in cadem
Scriptura aequales, se habere debeant invicem, qualiter
cum legunt : Alter alterius onera portate, et sic adim-
plebitii legem Christi, et illud : Honore invicem pra-
venientes; et multa in hunc modum. Habent ibi et sub-
diti quod eorum mores componat, quomodo scilicet,
subdi eos majoribus oporteat, quibus dicitur : Obedite
pra'positis vestris, et subjacete eis. Ipsi enim per-
vigilant, quasi ralionem reddituri pro animabus vestris.
56 QEUVRES DE SAINT BERNARD.
!i ieurs superieurs, quaml ils y lisent ces paroles :
n Obeissez a ceiu qui vous conduiseni et soyez-leur
sounds, car i)s veillenl sur vous ooinnie devant
rendre compte de vos Ames [Sebr. xm, 17) a. »
• C'etait lc
Mjixanle-qua-
tri&mfl
ilcs I'clits
sermons.
QUATRE-VINGT-TRE1Z1EME SERMON *.
<i Vos dents wnt comme untroupeav de brebis ton-
dues, remontant du lavoir ct jiottuut un double fruit,
fans qu'il ;/ en ait de steriles parmi elles {Cant.
IT, 2). »
1 . Co ne sont pas, je pense, de petits ruysteres que
le Saint-Esprit, la source interieure d'oii s'ecoule
le Qeuve du Cantique des cantiques, nous recom-
mande dans ces dents. Car ce "'est pas deces dents-
la iju'il est (lit : « Dieu leur brisera les dents dans
la bouche (Psal. lvii, 7), » ni de cellos dont la voix
de Dieu memo parle en ces ternaes an saint homme
Job : « La terreur habile an tour de ses dents
{Job. xi.i, 5). » C'etaient des dents plus blanches
que le lait, car c'etaient celles do l'Epouse, de celle
dont le Tres-Haut a aime la beaute, et qui n'a ni
tache ni ride. Car si ello etait toute blanche, elle
avait les dents bien plus blanches encore. Tou-
tefois e'est une comparaison aussi nouvelle qu'i-
nouie, que de dire, pour les louer : « Vos dents
sont coramo un troupeau de brebis tondues. »
Qu'y a-t-il, en efl'et, do si juste dans cette comparai-
son, qui nous porte a croiro qu'elle est descendue
du mysterieux si-jour du ciol ? 11 y a quelque cho-
se de vraiment grand, et qui doil etre senti dans
tuule sa grandeur par toute grande ame. En effet,
c'ost le Saint-Esprit qui parle ainsi; or, qand il
parle, il n'y a pas un seul iota dans ce qu'il dit,
a Pour ce qni est de l'iotroduction de l'amo dans la cham-
bru a coucber, on peut voir le sermon vingt-troisieme sur le
la vie
reltgieuse.
qui puisse passer sans avoir un sens. Evidenunent
il y a quelque chose de cache dans ces dents, qui
ne peul, si on le decouvre, que nous decouvrii le
mystere d'une intelligence des plus saintes,
2. En elTet, les dents sont blanches et fortes; Belie figure
' des dents
elles limit ni chair ni peau ; elles ne peuvent rien compares a
souffrii entre elles. et il n'esl p. is de douleur com-
parable k leur douleur; elles sont enfermeea par
les [eyres qui empecheut qu'on ne les vnie, il n'est
pas bien de les faire voir si ce n'est quand on ril.
lilies niachent hi nourriture pour le corps tout en-
lier, niais n'en relienni-nt point la saveui' J elles
ne s'usent pas facilement; elles sont rongees en
ordre, les unes en haut et les autres en bas, et
tandis quo celles d'en bas sunt mobiles, celles d'en
haut ne le soul pas. Or, les dents ainsi envisa
sunt pour moi une imago des homines qui out em-
brasse la vie monastique, qui, choisissant la voie la
plus courte, et la vie la plus sure, semblont surpas-
ses en hlancheur le corps entier de l'Eglise qui est
blanc. Qu'y a-t-il, en effet, de plus hlanc quo ces
homines qui, evitant toute espece de souillures et
d'immondices, versent des larmes sur lours peches
de pensees comme sur des ; ...lies d'action. Qimi
de plus fort qu'eux ? Pour eux les tribulations sont
des consolations, les mepris un sujet de gloire, la
pauvrote une veritable abondauce. lis n'ont pas
non plus de. chair, car jusques dans la chair ils
oublient la chair et s'entenilent dire liar l'Apoti'e :
« Pour vous, vous notes point dans la chair, mais
dans l'esprit (Rom. vnl, 9). » Ils n'ont pas de peau
non plus, car ils n'ont ni l'eclat ni la tension des
soucis de ce monde, ils dormont et reposont en
paix {Psal. iv, 9). Ils ne souffrent pas qu'il y ait
quoiquo ce soit entre eux ; car ils regardent coua-
Cantique des cantiques n. II.
Denies tin cut
/nuacio, omnes
in eis.
SERMO XCIU.
k minium, ijine (iscenilernnt lie
genu His fattibus, et sterilis non est
1. Spiritus-Sanctus, de cujus secretion fonle Canti-
corum llumcn cmanat, in liis (ut sentio) denlibus mys-
leria nobis non parva commendai. Non sunt hijlcnlcsde
quibus dicilur, I) ■•' '■.>,,:■■! ,-l ,1 '■»/,■, varum in ore i/iiorum;
vel do quibus ad vii'um sanctum vox divina proclamat,
Per gyrum dentium ejus formido : aed denies iati lacte
candidiores; quippc sponsoe sunt, cujus speciem con-
cupivi) Altissimus, quae non hahet inaculam nequc ru-
. dim enim tola Candida sil : candidior probatur in
denlibus. Nova lauien ct inaudila comparationc in illius
laudcs peroral, diceas : Denies fui sicut grex tonsarum,
Quid in hac, rugo. similitudine digniun est, ut earn de
ccelestibus arcanis descendisse crcdamus? Magnum pror-
sus, et magno animo rnagnifiee Beotiendum. Spiritua
enim eal ., loquitui : qui cum loquitur, nee unuin
.11 uilill plcplcrire. Aliquid profrcln esl in
bis denlibus involution, quod evolution aerations in-
tclligentia? preasignet arcanum.
■2. Dentes enim candidi sunt et fortes : carnem non
luibent : carenl corio : nihil intra se pati poesunl : non
est dolor sicut dolor eorum : clausi sunt laliiis ne \i-
deantur : indecens est cum videntur nisi ridendo : toti
corpori maslicant cibum : nullum iiule s.-ipmeni lia-
bent : non facile consumnntur i per ordinem posili
sunt, superiores alii, et alii inferiofes : et rum inl'c-
liori'.s moveantur, superiores nunquam. Iliijusniodi
dentes ergo arbitror homines monastics professionis,
qui viam compendiosiorem *, et securiorem vilam eli-
gentes, de toto Ecclesim corpore quod candidum est,
laniliiliores esse videntur. Quid enim illis ciindidius,
qui tolius immunditiae apurcitias eviianlcs, cogila-
tionum, sicut aetionum, peccata deplorant ? Quid for
tins illis, iiiiihns Iribiil.dio pro solatio, eonluinelia pro
gloria, inopin pro abundantia ducitur? Isti carnem
non liabeni, quia in carne carnem oblili audiunl all
Apostolo : Vos uui'-ni in carne non estis, sed in spiritu.
Dorio carenl : quia nilore I distensionem munda-
narum sollieiludinum non hftbantes, in pare in idip
nl. rectio-
rem.
SERMONS DIVERS.
57
me intolerable la moindre pierre d'achoppement
qui se trouve soit entre eux, soit dans leur propru
Quellcs cons- conscience. De la vient cette opportune importu-
nite qui vous caracterise, et dont vous nous fati-
fois
ciences
devraient
Hie purifieea guez si souvent, quand vous depensez tant de
par'lesreS- de s* longues parlies du jour, meme lorsque cela
grieux ilu
temps de
saint Ber-
nard.
n'est pas necessaire, a ecarter ces pierces d'aclioppe-
ment. II n'v a pas de douleur semblable a cede des
religieux, car il n'y a rien d'aussi redoutable et
d'aussi horrible que les murmures et les discensions
dans une maison religieuse. Les dents sont enfer-
mees derriere les levres qui empechent qu'on ne
les voie ; aiusi sommes-nous entoures de remparts
materials qui nous derobent aux regards et a l'ap-
proche des gens duiuonde. II n'est pas bieu qu'elles
paraissent, si ce n'est peut-etre quand on rit ; aiusi
n'est-il rim de plus inconvenant qu'un religieus
qu'on voit paraitre dans les villes et les chateaux, a
moins qu'il ne soit force de le faire par la charite
qui couvre une multitude de peches ; la charite
c'est le rire, car elle est gaie ; mais sa gaiete n'est
point de la dissipation. Les dents machent la nour-
riture pour tout le corps, ainsi les religieux sont
etablis pour prier pour le corps entier de l'Eglise,
je veux dire pour les vivants et pour les morts.
Mais ils ne doivent en reteuir aucune saveur, c'est-
a-dire ils ne doivent se glorifier de rien, mais au
contraire, dire avec le Psalmiste : « Non, Seigneur,
non, ne nous attribuez point la gloire, reservez-la
pour votre num. Elles ne s'usent pas facilement,
ainsi les religieux sont d'autant plus t'ervents qu'ils
sont plus ages, et courent d'autant plus vite, qu'ils
approchent davantage du but. Les religieux sont
aussi ranges en ordre; en effet, oil trouver de l'or-
dre si ce n'est la oil le boire et le manger, la veille
et le sommeU, le travail et le repos, la promenade
et la sieste et le reste sont regies, avec poids, nombre
et niLSure? II y en a aussi de places en haut et
d'autres places en bas, puisque parmi nous se
trouvent des superieurs et des inferieurs, mais si
bien uuis entre eux que les superieurs et les infe-
rieurs se trouvent dans un parfait accord. Si les
dents d'en bas peuvent remuer tandis que celles
d'en haut demeurent immobiles, il en est de me-
me des religieux, parmi lesquels, s'il arrive par-
fois que les inferieurs soient troubles, le devoir des
superieurs est de montrer constamment une ame
inebranlable. « Comme un troupeau de brebis ton-
dues, » est-il dit. Comme les religieux sont bien
compares a des brebis depouillees de leur laine !
ne sont-ils pas veritablement tondus ces bommes
qui n'ont rien conserve en propre, ni leur coeur,
ni leur corps, ni rien de ce nionde? « Remontant
du lavoir [Cant, iv, 2;. » Le lavoir c'est le Bapteme
d'oii remonte celui qui s'eleve au haut de la vie
parfaite, au contraire c'est descendre que de se
laisser aller a une vie de honte. « Toutes portent
un double fruit (Ibid.), » car ils eufantent egale-
ment par la parole et par lexemple. « Et il ne s'en
trouve point de sterile parmi elles (Ibid.) ; » car il
n'y en a pas un seul parmi les religieux qui ne
porte des fruits.
QUATRE-YINGT-QL'ATORZIEME SERMON '. •C'etait le
soixante-
Duprogres de la vie chretienne ou spirituelle, d'apres dc"pq('fme
la figure d'Elie fuyant Jezabel. mons.
1. « Elie eut peur de Jezabel, et, s'etant leve, il
alia partout oil sa volonte le portait ; arrive a Ber-
sabe, en Juda, il renvoya son serviteur et conlinua
sum dormiunt et requiescunt. Nihil niorari intra se
patiuntur : quia nee modicum quidem offendiculum
tolerabile reputant ant intia se, aut in conseientiis sin-
gulorum. Hinc est ilia vestra opportuna importunitas,
qua tam sa?pe faligalis nos, ut multoties, etiam cum
necesse non sit, multum in his diei expendatis. Non
est dolor sicut dolor eorum : quia nihil tam borrendum
et horribile est sicut murmur et dissensio in congre-
garione. Clausi sunt labiis, ne rideantur : sic et nos
materialihus vallis circumcingimur, ne sa?cularium
oculis et accessui paleamus. Indecens est si appareant,
nisi inlerdum forte ad risum : quia nihil turpius quum
monachus per urbes et eastella discurrens, nisi cum ilia
cogit quae operit multitudinem peccalorum cbaritas. Cha-
ritas enim risus est, quiahilaris est. Lieta quidem, non
tamen dissoluta. Toti corpori masticant cibum dentes :
quia ipsi pro toto Ecclesiaj corpore, videlicet tam vivis
quam mortuis, orare sunt constituti. Nullum inde
saporem habere debent : quia nullam sibi gloriain de-
bent assignare, sed dicere cum Propheta : Xon nobis,
Domine, non nobis, sed nonani tuo da gloriam. Non
facile uonsumuntur : quia quanto annosiores, tanlo fer-
ventiores : cl eo rapidius currunt, quo vicinius appro-
pinquant ad palmam. Per ordinem positi sunt. Ubi
enim aliquid ordinatum est, si hie non est, ubi cibus et
potus, vigilare et dormire, laborare et qniescere, am-
bularc et sedere, et caetera omnia, in nuinero et men-
sura et pondeie constituuntur 1 Superiores et inferiores
sunt : quia inter nos praelati et subdili sunt, et sic
superiores inf'erioribus junguntur , ut inferiores a
superioribus non discordent. Cum autern inferiores
moveantur, superiores nunquam moveri debent : quia
et si subditi quandoqne lurbentur, praalatorum est in
mente composita perdurare. Sicut grex lonsarum, inquit.
Quam bene monachi tonsis ovibus comparanlur : quia
revera tonsi sunt, quibus nee corda, nee corpora, nee
aliquid mundanum in proprietate relictum est. Qua;
asce/iderunt de lavacro. Lavacrura baptismus est, de quo
ascendit qui ad celsiludinem vitas perfections intendit :
descendit autem qui se vitae mancipat inhonestse.
Omnes gemeUis faitibus : quia et verbo pariunt, et
e.vemplo. Et sterilis non est in eis, quia nullus est infoe-
cundus.
SERMO XCIV.
De processu vita; Christiana' seu spiritualis, juxta
tropo/ogiam Eti&, Jezabel fugientis.
1. Timuit Elms Jezabel. ft siiroen' abiit quocunque
h^!
fi
58
sa niarche dans le desert. Lorsqtt'il fut arrive sous
un genevrier, ll s'y assit a l'ombre, s'etendit el
dormit Alors an ange du Seigneur le toucha et lui
dit : Leve-toi et mange, ll regarda et vit a sa tete
un pain cuit sous la cendre et un vase pit-in d'eau.
11 mangea done et but, et il marcha pendant qua-
rante jours et quaranle units, fortifie par cette
nourriture, et parvint a Horeb, appele aussi la
montagne de Dieu (111 Re<j. 3 -'< 8). » Or filie qui
signifle le Seigneur, ou le Seigi eur fort, est I'ima-
ge de tout juste qui souffre persecution pour la jus-
tice. Aussi est-il dit : « Bienbeureux ceux qui
souffrent persecution pour la justice Matt, v, 10). »
11 eraint Jezabel, c'est-a-dire la malice du siede, la
tvraniiii1 du diable, se leve du milieu destentatious
qui le poussent au pfeche, et sen va partout ou le
pousse la volonte que lui inspire le Seigneur. II
arrive a Bersabe, en Juda, dans la sainte Eglise,
qui est appelee Bersabe, c'est-a,-dire le septieme
puits, a cause de l'abondance <les graces duSaint-
Esprit aux sept dons qui se donne daus son sein
atous les lideles: Bersabe signitie encore le puits
de la satiete a cause de la profondeur des mysteres
de Dieu et de la refection des saintes Ecritures. II
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
rit : (Psal. xxu, 2),» et dans un autre : «Usseront
enivres de l'abondance qui est dans votre maison
[Psal. xsxv, 9). i) Cette ivresse-la n'engendre point
le degout; au contraire, elle excite de nouveaui
desirs et on appetit insatiable. Dans cet Ocean des
saintes Ecritures, I'agneau se promene et I'elephant
est a lanage. Au banquet de la doctrine catholique,
chacun, selon la mesure de son intelligence, trouve
une table charges de mets suffisants. C'est un pa-
radis dedelices, unjardin ou poussent toutes sortes
de fruits. Ainsi, en arrivant a Bersabe, c'est-a-dire
dans la sainte Eglise, comrne nous l'avons dit plus
baut, il court a la confession, qui est figuree par
Juda, et il renvoie son serviteur, je veux dire son
sens pueril, ou encore la faiblesse de ses premiers
actes, et il se dirige vers le desert, c'est-a-dire
vers le mepris du monde. L'ne fois qu'il y est arrive,
il s'assied, ce qui siguilie qu'il se repose de tout
tumulte du monde, et chante avec le Propbete :
c. C'est la pour toujonrs le lieu <le mon repos (Psal.
• :xxxi, 14). » 11 seprosterne, c'est-a-dire il se repute
vil et renonce a ses desirs, suivaut ce mot de
l'Evangile : « Que celui qui veut venir apres moi
se renonce lui-meme {Luc. ix, 123). » 11 s'endort a
est parle en ces termes de cette profondeur dans l'ombre d'un genevrier, car dans les parvis de la
les Psaumes : « Une eau profoude daus les nuees
de l'air (Psal. cxvu, 21), » et ailleurs : « Vos juge-
ments sont un profond abime (Psal. xxxv, 7). »
En considerant cette profondeur, l'Apotre tremble,
defaille d'epouvante, et s'ecrie : « 0 profondeur des
tresors de la sagesse et de la science de Dieu, etc.
(Rom., xi, 33). »
2. Au sujet de cette satiete, on lit dans un psau-
me : « II ma eleve aupres d'uue eau qui me nour-
maison de Dieu, il cesse d'avoir les sens de son
corps adonnes a toutes sortes d'iniquites, et il dit
avec le Propbete : « Je dormirai et me reposerai
dans la paix Psal. iv, 9j. » C'est alors qu'un ange
lui apparait et le toucbe, le reveille pour faire le
bien, et le fait lever pour de plus grandes cho-
ses. II regarde a sa tete, c'est-a-dire a Jerusalem,
qui est la tete de l'Eglise, et il trouve un pain cuit
sous la cendre, c'est-a-dire le pain de la doctrine
tulit eum voluntas; venilque in Bersabee Juda,et ditnisii
ibi puerum suum, et perrexit in deserlum. Cumque
venisset rubier umbram Juniperi, el tederet, projecit fe,
et dormiuit. Et angelus D tigit eum, et dixit Mi:
Surge, et eomede. Et respexil, et ecce ad caput suum
subciitericiu< paais, et vas aquce. Comedit ergo, et
bibil, et ambulavit in fortitudine cibi illius quadraginta
diebus et quadraginta noclibus usque ad montem D^i
Oreb. Per Eliam quippo, qui interprelatur Dominus,
vel Dominus fortis, intelligitur quilibel Justus, qui pcr-
secutionem patitui- propter justiliam. Unde illud •. Beati
qui persecutionem patiunt w propter justiliam. Qui
metuens Jezabel, id est inalitiam sa3culi,vcl tyrannidem
diaboli, surgit de tentatione peccaminum, et abit qun-
cunque eum tulerit voluntas a Domino sibi collata.
Yenitque in Bersabee Juda, in sanctam Ecclesiam, que
dicitur Beisabec, id est puteus septimus, propter abnn-
dantem septiformis Spiritu^ graliam, qua? inibi Rdclibus
dividilur : vel puteus satielalis, propter mysteriorum
Dei profunditatem, et sanctarum Scripturaruui ref
nem. De hac profunditate habcmtis in psalmo: Te n
aqua in nubibus aeris, ct rursus : Judicia lua abyssus
multa. Ad ejusdem considcrationem Apostolus expaves-
cens, et pavescendo delicicns, olamare compellitur : 0
altituda dtvitiarum sapiential et sciential Dei, etc.
2. De hac satietate legis in Psalmo : Super aquatn
refeciionis edueavit >ne, et item : In^n-ihuntur ob uber-
latedomustuce. Ilujusaiodi ebrietas non inducii 'astidium,
sed indeficientem quibusdam desideriis provocat appeti-
! im. Ir. hoc s;icra? leclionis pelago agnus ambulat, et
eiephas nalat. In catholics doctrinse mensa juxta mo la-
tum inielligentiae sufficientes singulis epul<e apponuntur.
Haeo es' paradisus deliciarum, hie est hortus omnium
pomorum. Veniens itaque in Bersabee, in sanctam
Ecclesiam, ut dictum est, currit ad confessionem, quae
per.ludain potatur: et dimittit ibi puerum suum, id est
puerilem sensum, vel pristinorum actuum debilitatem,
et pergil in deserlum, id est istius mundi conlemptum.
Quo postquam venit, sedet, id est a ssculari tumultu
quiescit, cantans cum Propheta : Hcec requies mea in
saxulum sreculi. Projicit se, id est vilemse reputat, suis
abrenantians desideriis, junta illud evangelicum : Qui
vult venire ad me, abneget semelipsum. Obdormivit in
umbra juniperi, quia in atriis domus Dei secundum
sensus corporis vacat omnino ab omnibus pravitatibus,
dicens rum Psnlmista : In pace in idipsum dormiam et
reqniescam. Tunc angelica visio tangit eum, cxcilans ad
alliora consurgendum. Rcspicit ad caput suum, id est
ad Christum, qui caput est Ecclesiae ; et et eccc subci-
nericius panis, id est pastus divini dogmatis, torinsecus
SERMON'S
d'un Dieu, rude en apparence, mais doux, fortiflant
au dedans d'une maniere ineffable ; puis un vase
dVau, c'est-a-dire une fontainc de larmes avec la
componetion du cceur. 11 mange et il boit, je veux
dire il fait ce qu'il entend, et, fortifie par ce qu'il
vient de prendre, il marche vers la montagne de
Dieu, vers les souiniets de la beatitude.
•C'etaitle yUATRE-VINGT-QUIINZlEME SERMON
soixante-
siiierae de3
Peiits scr- Les predicateurs doivent adoucir I'amertume
doctrine.
de la
moos.
1. « Or, la famine regnait en ce pays, et les en-
fants des propbetes demeuraient avec Elisee. II
leur fit servir un ragout. A peine en eurent-ils
goutS, qu'ils s'ccrierent ; il y a dans ce pot un mets
qui donne la morl, 6 homme de Dieu, et ils n'en
purent manger. Mais lui : apportez-moi de la fa-
rine dit-il, il la mit dans le pot et leur dit : Ser-
vez-en maintenant a tout le monde, et il en man-
gea lui-meme, et il n'y eut plus ensuite aucune
auiertume dans le pot (IV. Rey. iv, 38 a Z|l). » La
famine qui desolait le pays, c'est la disette de la
parole de Dieu dans l'ame des hommes : Les Ills
des propbetes, ce sont les fils des predicateurs. Le
mot prophete signifie voyant. Ce n'est done pas
sans motif que les saints predicateurs sont appeles
des propbetes, car ils contemplent les secrets des
mysteres de Dieu, et, selon qu'ils voient en quel
etat sonl les mceurs des hommes, ils leurs admi-
nistrent des remedes en rapport avec leurs dispo-
sitions. Elisee signifie le salut du Seigneur, c'est le
nom qui convient a tout prelat, a tout docteur de
l'Eglise, car c'est leur voix sainte et persuasive qui
annonce aux peuples le salut du Seigneur, et le
leur procure en le leur annoncant. Celui-ci, par
exemple, pour s'acquitter de son devoir, sert a ses
quidem rudis, sed medullitus inefTabiliter confortativus
el duleia : et vas aqua?, hoc est, fons lacrymarum cum
cordis compundiune. Gomedit et bibit, id est adimplet
qu<E audit : et pergit in fortitudine ad inontem Dei, ad
celsitudinem videlicet beatitudinis.
SERMO XGV.
De doctrina arnaritudine per pradicatores iemperanda.
1. Erat fames in terra, et filii prophetarum habitabant
coram Elis&o : quibus fecit apponi pulmenlum. Cumque
gustassent de coctione, exclamaverunt : Mors in o//a, vir
Dei. Et non potuerunt comedere. Ait ille : Afferle, inquit
farinam. Et misit in ollam, et ail : Infunde lurba. Et
comer/it : et non fu.it quidquam amplius amaritudinis in
olio. Fames in terra, penuriaverbi Dei in mcnlehumana :
filii prophetarum, filii praedicatorum. Propheta inlerpre-
talur Vidcns, et sancli prtedicatores non ab reprophetEe
appellantur : qui et arcana mysteriorum Dei contem-
planlur, et prout vident mores hominum adhibent modos
rurationum. Elisaeus salus Donmini interpretatur : quo
La charit6
assaisonoe
DIVERS.' 59
inferieursun grand pot reinpli d'herbes des cbamps
je veux dire leur sert des avis pleins de gravite,
remplis d'amerlume, mais qui pourtant ont res-
senti les cbaudes influences du feu du Saint-F.sprit.
Mais les inl'erieurs, saisis de repugnance pour ces
paroles austeres, s'ecrient : « 11 y a dans ce pot un
mets qui donne la mort ; » et ne peuvent en man-
ger.
2. Alors un sage dispensateur, s'il n'apporte lui-
meme, du moins fait apporter de la farine ; car s'il tout ce qui est
. . . amer.
ne donne point, il exhorte a avoir de la charite qui
est le condiment rendant doux ce qui au paravant
semblait amer. En ell'el, si un predicateur peut
faire retentir aux oreilles des assistants des paroles
de saint, personne, si ce n'est Dieu, ne peut don-
ner le gout de la cbarite au palais du cceur. C'est
ce qui faisait dire a Saint Gregoire : « Si ce n'est
l'esprit qui vous instruise au dedans, c'est eD vain
qu'au dehors les docteurs se fatiguent a vous par-
ler {Greg. Horn, xxx, in Evang.). » Or, il y a le
gout du ciel et le gout de la terre ; le gout du ciel
ne saurait nous plaire tant que nous recherchous
celui de notre cuisine. Dans le desert, Dieu donne
des cailles et la manne : « Ce que les enfants d'ls-
rael ayant vu, ils se dirent les uns aux autres :
Manhu ? Qu'est-ce que eela ? Car ils ne savaient
point ce que e'etait. Moise leur dit : C'est le pain
que le Seigneur vous donne pour vous nourrir
[Exod. xvi, 15). » Saint Jean nous decouvre le
sens de ce fait dans son Evangile, quand il nous
rapporfe ces paroles du Seigneur: « Je vous le dis
en verite, si vous ne mangez la chair du Fils de
l'honime, etc. Aussi plusieurs de ses disciples
l'ayant entendu, dirent: ce discours est bien dur,
qui peut l'ecouter? Et, a partir de ce moment,
beau coup d'entre eux s'eloignerent de lui [Joan.
vi, 61). » Voila comment quelques araes simples, Tentation de»
quand elles se convertissent, sont effayees de la se-
nomine quivis prajlatus et doctor Ecclesiae decenter
censetur; cujus salubri persuasione Domini salus popufis
annuntiatur, et annuntiando impertitur. Hie talis exde-
bito sui officii apponit subjectis ollam grandem, herbas
agrestes contineotem ; id est, admonitionem de gravibus
disserentem, acerbilate refertam, sed tamen igne sancti
Spiritus succensam. Subditi ergo perhorrescentessermo-
num austeritatem, clamant, Mors in olla; et non possunt
gustare.
2. Sapiens igitur dispensator non affert imo aflerri
jubet farinam : quoniam non pra'bet,sed hortatur habere
charitatem, cujus condimento redduntur dulcia quas
prius videbantur amara. Potest namque praedicator
monita salutis auribus circunistantium insonare ; sed
nemo, nisi solus Dens, valet saporem charitalis palato
cordis infundere. Unde Gregorius: ((Nisi sitintus Spiritus
qui doceat, docloris lingua e\terius in vacuum laborat.»
alius est sapor cceli, alius est sapor terras. Haudquaqum
nobis placerepotestsaporcceli, dum saporem quierimus
cocinostri. In desertodanturcoturnicesel manna, id est in
locodisciplina? majorael minora mandata. Cum vidissenl
60 CEUVRES DE SAINT BERNARD.
verite de la loi. Si on leur parte tin mepris da la charitf-, l'eau dcs desirs
monde, de la lutto entre lea vertus et les vices : de
la preoccupation des veilles, de l'assiduite de la
priere, dcs privations etdes jennes, elles gemissent
et se disenl interieurement. Qu'est-ce cela? qui
pent sufflre a taut <■( de si grandes choses ? C'est
parce qu elles ignorent i(uelle force on trouve dans
I'ordre tine fois qn'on y est entre. Mais le Pasteur
doit leur faire entendre des paroles de consolation,
et les presser d'apporter de la ferine.
• C'itail le
soixante-sep-
lierae des
Petils ser-
mons.
V.le I ser-
mon pour
le jour de
Noel, et
[le sermon
CXYJI.
QUATRE-VINGT-SEIZIEME SERMON *.
Les quake fontaines du Sauvcur el I'eau qu'on doit
y puiser.
1. « Vous puiserez de I'eau avec joie aux fontai-
nes du Sauveur (Isa. xn. 3). » A la place du para-
dis que nous avous perdu, il nous a ete donne le Sau-
veur Jesus-Christ. He meme que d'une seule source
dansle paradis, s'ortaient quatre grands Hemes qui
arrosaient le paradis terrestre, ainsi du fond de
son cteur, coulent quatre fontaines ou on puise
quatre sortes d'eau qui arrosent l'Eglise dans le
monde entier. Ces quatre fontaines ce sout la verite,
la sagesse, la vertu et la cbarite. On vient done
puiser de I'eau a ces quatre fontaines, mais on en
puise une sorte differente a chacune d'elles. En
effet, a la fontaine de la verite on puise I'eau des
jugements ; a celle de la sagesse, I'eau des conseils;
a celle de la vertu, I'eau de la force et a celle de
L'eau des jugements
nous Cail connaltre ce qui est permis, et ce qui ne
l'cst pas. L'eau du conseil nous fait discerner ce
qui est utile de ce qui ne Test point. Mais corame
les lentations ne mampient point aux elus qui
marchenl droit dans cessentiers, car ils sont eprou-
ves de deux manures, par la terreur qui cherche
a les abattre, el par les seductions qui ne cessent de
les entrainer, ils out besoin de se savoir arnies de
la force de la vertu de Dieu, contre les terreurs, et
de la chantc d'en liaut contre la seduction des de-
sirs, car les bons desirs eteignent lesmauvais, comme
dit uu saint personnage. Nous pouvons encore
raisonner ainsi. A quoi bon savoir ce qui est utile,
ce que nous enseigneut les jugements et les con-
seils, si nousne pouvons point le faire? Voilu pour-
quoi apres les eaux dcs jugements et des conseils,
on doit puiser l'eau de la force. De meme, en rai-
sonnant comme nous venons de le faire, a quoi
bon pouvoir, si la charite n'est point la fin de tout ?
Aussi, faut-il, apres lejugement, apres les conseils,
apres la force, puiser de l'eau a la fontaine des
desirs, afin que la vie etcrnelle soit la fin de tout
ce que nous gotitons, disons, faisons ou souffrons.
2. Pour rendre plus clair encore ce que je viens
de dire sur les fontaines et sur l'eau qui s'en ecoule,
il me semble a propos de recourir au temoignage
des Ecritures, et de relever par des Ills d'argent les
ressemblances d'or que je vous ai montrees. Et d'a-
bord, il ne me semble douteux pour personne que
A la -fontaine
de la ve-
rite on puise
le juge-
HK.it.
fUii Israel manna, dixerunt ad invicem, Manliu ? quid est
hoc? Ignorabanl enim quid esset. Quibus ait Uoyses :
late est partis quern dedtl Ihminni vnlni ad rrm;idum.
Hujus facti mysterium in Evangelio Joannis convenien-
ter aperilur, ubi Uominus ait : Amen, amen dico vnbis,
nisi ma ritis carnem fi/ii hominis, elc. Mulli ergo
ex discipulis audientes dixerunt : Durus est hie senno :
quis potest eum audire? Ex hoc multi abierunt retro.
Ad hunc Haque rnodum, cum aliqiii siraplices ad con-
vcrsioncm veniunl. severitalem reguhe expavescunt. Si
fiat eis sermo de mundi contemptu, de virtutum vitio-
rutnque conuictu; si amietas vigilandi, assiduitasorandi,
parcimonia jejuuandi ab ipais rcquiritur, dicunt conque-
rendo inter se : (i"id est hoc ? quis lot et tiinta implore
sufticial? Nesciunl enim quanta sit virtus assumpli ordi-
nis. Sed pastor eis oonsolatO'le habet respondere, et de
afferenda cos sollicitare farina.
SERMO XCV1.
De quatuor fontibus StUvatoris, et aquis inde hauriendis.
1 . Haurietis aquas in gaudio de foniibvi Salvatoris. Pro
paradiso quem perdidimus, reslitutus est nobis Christus
Salvator. Sicut ergo de uno fonte paradisi dirivantur
quator llumina ad irrigandum paradisum : ita de ; i-
ris ejus arcano procedunt quatuor fontes, ex quibus
hauriunliir quatuor aquaruin genera, undo lot;i per
universutu mundum rigatur Bccleaia. Sunt autem qua-
tuor fontes, Veritas, sapientia, virtus, pi charilas. Ex his
ergo fontibus hauriuntur aquaB, en singulis scilicet sin-
gula?. Nam de fonte verilatis, sumunluraqu<E judiciorum:
de Fonte sapiential, aqua; conciliorum : de fonte virtutis,
aquae praesidiorum : de fonte charitatis, aqua1 desiderium.
In aquis judiciorum cognoscimus quid liceat, vel quid
non liceat. In aquis consiliorum discernimus quid ex-
pediat, vel quid non expediat. Sed quia eleclis viris
recte per haec gradientibus non desunt tentaliones ; len-
tantur autem de duobus, autterroribus, ut concutiantur;
aut blandimentis, ut seducantur : idirco armandi sunt
contra tenons prassidiis divina? virtutis ; contra blandi-
menta desideriia supernas charitatis. Desideriis enim
meliorum superantur (ut ait quidam sanctus) desideria
deteriopum. Vel sic possumus procedere. Quid prodest
nosse quid licet et expediat, (quod utique decent judicia
atque consilia) si posse perfici minime contingat? ldeo
post aquas judiciorum et conciliorum, qua?rend:e sunt
aqua! praesidiorum. Rursum et posse quid valcat, si
horum omnium non sit finis cbaritas? Recte itaque post
judicia, post concilia, post praesidia, hauriuntur de fonte
charitatis desideria, ut videlicet quidquid sapimus aut
loquimur quidquid operamur aut patimur aeternae vita?
finis concludal.
■2. Sed ut ha>e qua' dicta sunt de fontibus et aquis
claries eluceanl, Scriplurarum testimoniis reor esse
comprobanda, attriqne similitudines, quas protulimus,
vermiculandas argento. Ac primum quod dictum est,
quatuor illos fontes de peclore Jesu manare, nullum
arliilror ambigere. Quomodo autem ex eisdem fontibus
bauriantur predicts aquoa, id elaborandum est Veniaf
rrgo David, et dicat quod ex fonte veritatis procedant
SERMONS
ces quatre fontaines coulent du sein meme de
Jesus ; mais comment y puise-t-on les eaux dont
j'ai parle, voila ee qu'il faut montrer. Que David
vienne done anon aide, et qu'il nous apprenneque
les jugements coulent de la fontaine de la verite.
N'est-ce pas le sentiment qu'il exprimait quand ll
disait : « Que mon jugement sorte de voire visage
(Psal. xvi, 2). » En effet, ce saint homme n'aurait
certainement pas appele sien un jugement qui ne
sortirait point du visage de Dieu, e'est-a-dire de la
verite, car il savait bien que les elus de Dieu se
reglent sur les jugements de la verite, comme sur
une regie fer, et comme il se sentait sous leur di-
rection, il disait dans ses chants les plus joyeux :
« Les jugements de Dieu sont vrais, et se justitient
eux-memes ; ils sont plus desirables que l'or et les
pierres precieuses, et plus doux que le miel me-
me en ses rayons (Psal. xvni, 10). » Si par hasard
on a peur de s'en ecarter, il faut prefer l'oreille a
la voix du Pere qui fait entendre ses menaces par
la boucbe du meme Prophete : « S'ils ne marchent
point dans mes preceptes, et s'ils ne gardent point
mes commandements, je visiterai avec la verge
leurs iniquites, et je punirai leurs peches par des
plaies (Psal. lxxxviu, 32). » Ce sont ces mysteres
du jugenn • t de Dieu, que rapportait le Porte-clef
du'royauuie des cieux, quand il disait : « II est
temps que Dieu commence son jugement par sa
propre maison. Et, s'il commence par nous, quelle
sera la Qn de ceux qui rejettent l'Evangile de Dieu
(I Petr. iv, 17) ? » Or, ces paroles s'adressent aux
elus. II y a un autre jugement qui se rapporte aux
reprouves, et qui, de meme que le premier, coule
ausside la Verite meme. Ainsi, elle dit par la bouche
de Paul : « nous savons que Dieu condamne selon
la verite ceux qui font ces actions (Rom. n, 2). »
EnOn la Verite meme, parlant en meme temps deces
deux jugements dit : « Je suis venue en ce monde
DIVERS. 61
pour exercer un jugement, e'est-a-dire pour que
t eux qui ne voient point, voient, et que ceux
qui voient deviennent aveugles (Joan, ix, 39). » Et
il montre la difference qui lenr est propre quand il
dit : « ceux-ci iront au supplice eternel, tandis que
ceux-la, les justes, iront a la vie eternelle (Malt.
xxv, 6). »
3. Aprcs avoir vu comment les jugements se
puisent a la fontaine de la verite, voyons comment
les conseils coulent de la fontaine de la sagesse.Qui
doute que l'apdtre Paul ait ete sage, quand saint
Pierre, son collegue en apostolat, rend temoignage
de la sagesse qu'il a recue (II Pet., in, 15), et que
toutes les paroles de cet apotre ne respirent que la
sagesse. Qu'il ouvre done la bouche pour nous
donner des conseils, et que par la il nous ajiprenne
ce qui convient a des voyageurs comme nous, a des
homines qui ont hate d'arriver a la celeste patrie.
« Quant aux vierges , dit-il, je n'ai pas recu de
commandements du Seigneur , mais voici le conseil
que je leur donne, pour etre un ministre tidele. Je
crois done qu'il est avantageux a l'homme, a cause
des necessites pressantes de cette vie, de demeurer
tel (I Corr. vn, 25 et 26), e'est-a-dire de ne se point
marier. S'il avait recu un commandement au sujet
de la virginite, il n'y aurait de permis que ce qui
serait prescrit ; mais comme il est egalement perr
mis de se marier ou de ne le point faire, que pou-
vait-il faire de mieux que de dire : « il est avanta-
geux de resler tel ? » Surtout quand les besoins
pressants de la vie ont souvent coutume de fondre
sur nous, que la rapidite du temps nous conduit
rapidement a la mort, et que la figure de ce monde
passe vile. Ailleurs, en parlant d'une veuve, il dit :
« Mais cependant elle sera plus heureuse, si elle
demeure veuve, comme je lelui conseille (Ibid. 40). »
Et, de peur qu'on ne croie que e'est de son propre
cceur, non point de la fontaine du Sauveur qu'il
judicia. Hoc certe videtur sensisse cum diceret : De
vullu tuo judicium meum prodeat. Neque enim vir
sanctus judicium suum diceret, quod de vultu Dei, id
est de veritate, non prodiret. Noverat enim electos Dei
veritatis judiciis, tanquam virga ferrea regi, et quia sub
eorum regimine se esse sentiebat, exultans psallebat :
Judicia Dei vera, justificata in semelipsa ; desiderabilia
iuper aurum et lapidem pretiosum mu/tum, el dulciora
mper mel et favum. A quibusne forte perincuriam de-
vient, audiant vocero Patris per eumdem Prophetam
comminantis : S(' in judiciis, inquit, meis non ambula-
verint, et mandata mea non custodierint, visitabo in
virga iniquitates eorum, et in verberibm peccata eorum.
Ha?c mysteria divini judicii reserabat coelesti regni Cla-
vicularius, cum diceret : Tempus est ut ineipial judicium
de domo Dei. Si aulem primum a nobis, quis finis eo-
rum qui non crediderunt Dei Evange/wl Et hoc de
electis dictum est. Caeterum est aliud de reprobis judi-
cium, quod nihilominus ab ipsa Veritate procedit. Unde
et per Paulum dicitur ; Scimus enim quoniam judicium
est secundum veritalem in eos qui talia agunt. Et utrum-
que quidem judicium complectitur ipsa Veritas, dicens:
In judi' turn ego veni in /tunc mundum, ut qui non vi'
dent videant, et qui vident cceci fiant. Utrumque autem
discernit, cum item dicit : Et ibunt hi in supplicium
(sternum, justi autem in vitam eeternam.
'A. Si vidimus quomodo de fonte veritatis hauriuntur
judicia, videamus quomodo de fonte sapienlia? propi-
nentur consilia. Quis dubitet apostolum Paulum esse
sapientem, cum et Petrus ejus coapostolus sapicntiam
ei datam esse adstruat, et ejusdem apostoli tota verbo-
rum series nil aliud quam sapientiam redoleat? Profe-
rat igitur concilia, et per ipsa nos doceat, quid peregri-
nantibus et ad ccelestem patriam festinantibus expediat.
De virginibus, inquit, prceceptum Domini non hubeo,
concilium autem do, tanquam misericordiam consecutus
a Domino, ut sim fide/is. Existimo ergo hoc bonum
esse propter instantem necessitatem quoniam bonum est
homini sic esse, hoc est in virginitate manere. Si de
virginibus prsceptum haberet, nil aliud, quam quod
69
(KL'VRES DE SAINT HEHNAHD.
tire ce conseil, il ajoute : « et jc crois que j'ai
aussi on cela I'espril de Dieu. » Mais pourquoi
m'arrdter a rapporter quelques exemples quand
tout sexe, toute condition trouve des conseils de
salut dans ses paroles, pour peu qu'il les y che
avec soin? Mais si on veut s'assurer dans an raou-
de la Force autant que la vertu meme me donnera
la force de le faire. Or, de meine que plus haut je
disais que la verile a deux jugements, doat I'un
nou? ilit ce qui estpermis el ('autre ce qui ne 1'est
pas, el que la sagesse aussi en a deux ; un qui nous
apprend ce qui est expedient, et I'autre ce qui ne
• Les pro-
Terbes,
1'Eccli
le can-
tique df-s
canliques,
1'EccK
que, et
la sagesse.
vementde curiosite, si. veritablement, comme on le l esl point, ai -si devons-nous reconnaitre ici qu'on
ilit, les conseils emanent de la sagesse, qu'on lise peul puiser deux, sortes d'eau de force a la Fontaine
les livres qui sont nttribues a la Sagesse ' on tout de la vertu, line qui purine les elus de leurs tautes,
le contexte desdiscourssemble fait pout donner des et I'autre qui les rafralchisse dans leurs tourments.
conseils. Mais si, dans une pensee de prudence et Donnons an exemple de 1'une et de I'autre. L'evan-
La fontaine
da l'eaa de
secours.
d'utilite, on veut y puiser la vie, nous cntendrons la
\..ix de la Sa.aesse nieiue qui nous y invite en ees
tennes salutaires : « Si vous voulez arriver a la vie,
observez Irs coramandements Mitt, xix, 17). »
De qui, demandez-vous? Elle vous repond : « Crai-
gnez Dieu et observez ses commandements (Eicl.
xn, 13) . » Entendez-la vous crier dans un senti-
ment tout material : « Donnez-moi votre cceur
(Prov. XXLU, 26). » 0 combien je voudrais, moi
aussi, suspendre mon cceur aux paroles de ce-
lui dont le cceur bienfaisant fait retentir de si
doux conseils de vie ! Puisse-je tremper la plume
de ma langue dans sa fontaine, pour devenir capa-
ble de vous parler d'une manure utile de ce qui
me reste a vons dire des deux autres fontaines,
c'est-a-dire de la ^ ertu et de la charite.
a. Comme ces quatre fontaines melent si bien
leurs gouts que quiconque boit de l'une est invite
a boire de I'autre par une ineffable douceur de
delectation, il est temps que je passe dela sagesse a
la rertu, et quejemontre comment on y puise l'eau
p'liste saint I.uc rapporte [Luc. vm, Z|3j qu'une
femme qui soull'iait dun flux de sang, apres avoir
depense toute sa fortune en medecins, sans pouvoir
obtenir sa guerison, s'approcha du Seigneur par
derriere, toucha la (range de son vetement, et
aussitot, on flux de sang s'arreta. Jesus, de son
c6te, dit : « Qui m'a touche? » Et comme ses disci-
ples lui disaient : « Quand la ioule vous presse de
tons coles et vous accablo, vous dites : v Qui ni'a
louche? )) 11 leur repartit : Quelqu'tin m'a touche,
car je sens, moi, qu'une vertu est sortie de moi. »
Voila les eaux de force que puisa cette femme a la
fontaine de la vertu; elles la purifierent de son tlux
de sang dont aucun medecin n'avait pu la guerir.
Si vous me faites remarquer que ce temoignage n'a
aucun rapport avec le sujet qui nous occupe en ce
moment, attendu qu'il ne semble pas que cette
femme ait et§ pnrifiee de ses fautes, miis seu-
lement d'une maladie corporelle, il faut savoir que
c'est la coutume de la vertu de Dieu de truerir le
cceur avant le corps. Aussi voyons-nous daus un
prsciperetur, liceret. Nunc vero cum utrumque liceat,
vol nubere, vel non nubere : quid cotnpendiosius dici
potuit, quam bonum est homini sicessel prssertim cum
et necessitatis instaulia frequenter obrepere soleal, et
cito mori ipsa temporis brevitas urgcat, totiusque mundi
figura praetereat. Item cum de vidua loqueretur : Bea-
tior, inquit, erit si si'.-, id est ionupta, permaiuerif secun-
dum concilium meum. Ac ne de proprio corde, et non
potius de fonte sapientisB videretur hoc ipsum concilium
deprompsissc,subjecit diccns : Puto quod et e
Dei habeam. Sed cur ego paucis immoror exemplis,
cum iu ejus verbis omnis sexus, omnis conditio conci-
lium inveniat, si diligenler qu;erat, salutis ? Quod si
quis curiosius velil perspicere, utinm verum sit quod
dictum esl, de sapienlia concilia manare, legat libros
qui inscribuntur Sapiential, ubi tolus orationis conlevlus
concilia parare videtur. Si vero consullius et ulilius stu-
det vilam inde eligerc, audict ipsam salubriter invilan-
tem Sapientiam : Si vis, inquit, ad vitam venire, eerva
mandata. Quaeris cujus? Deum, inquit, time, et man-
data ejus observa. Audiat cam ipsam materno affectu
inclamanlem : Di milii cor tuum. 0 quantum vellcm,
el ego cor meum in ejus vctbum euspendcre, de cujus
ore mirifico lam dulcia vitae concilia audio persi
Ulioam aulem et lingua? meae ealamum in ejus In1.
posscrn inlingere, quo idoneus esscm ea quoque qua;
rcslanl de duobus fontibus, id est v tulis et charitalis,
utdittr exarare I
C'est la cou-
tume de
la Tertu de
Dieu de
guerir le
cceur avant
le corps.
4. Et quoniam quatuor isti foates ila sibi invicem sa-
porem transfundunt, tit qui deuno biberit, quadam inef-
fabili dilectionis dulcedine invitetur ad alium : libel jam
de sapientia ad virlutcm transire, el qualiler illinc hau-
riantur aquae prassidiorum, quantum ab ipsa virtute ad-
juvor, ostendere. Sicul aulem superius dixi gemma esse
verilalis judicia, quia scilicet determinant quid liceal i
vel quid non liceat : ilidemsapientiaeduo, hoc esl quid ex-
pediat : ila el hie agnoscamus de fonte virtutis hauriendas
duplicespraasidiorum aquas, quae vel abluant electosacul-
pis, vel refrigcrent in tormentis. L)e utrisque sumamus
exemplum. Refert Lucas evangelista, quod quaedam mulier,
quae fluxum sanguinis patiebatur, erogalain medicos tola
substantia cum minime curari potuisset, accesserit retro,
et tetigerit limbriam veslimcnli Domini, el confeslim
stelerit fluxus sanguinis : Jesum vero dixisse, Qnn me
tetigitl Cumque discipuli responderent, Turbos te com-
primunt et affligunt, et diets, Quii me tetiyit? rursum
rcpetiisse, Tetigit me aiiquis : nam et ego novi rirtutem
de me exisse. Ecce quas aquas prassidii hauserit mulier
de fonte virtutis, quibus ablula est a profluvio sanguinis,
quae nulla medicorum arle poterat sanari. Quod si quis
objiciat, prolatum testimonium nihil ad rem praesentis
operis pertinere, eo quod ilia mulier nequaquam ablula
ir a culpis, sed tanl tu line carnis :
noveril moris esse divinas virtutis prius cordi mederi,
quam corpori. Unde et alibi, cum quidam ei paralyticus
efferretur curandus, tanquam bouus et pius medians,
SERMONS DIVERS.
autre endroit que lorsqu'on lui presents un para-
lytique a guerir, ce beau et charitable medeein,
voulant commencer par guerir le plus important,
je veux dire lame avant le corps, lui dit : « Ayez
contiance, mon fils, vos peches vous sont reinis
(Mutt, ix, 2). » Et ensuite, sa conscience etant
gnerie, il guerit le corps en disant : « Levez-vous,
emportez votre lit et retournez dans votre maison
(Ibidem). » De meme il commenca par purifier le
cceur de cette femme en y mettant le don de la
foi, scion ce qui est ecrit : « Fortifiant leur cceur
et leur foi (Act. xv, 9).» qui lui tit meriter la sante
extericure du corps. C'est ce que le Seigneur meme
nous fait entendre, quand il dit : « Ma fille, votre
foi vous a sauvee, allez en paix (Luc. vm, 43). »
Mais on puise encore a la fontaine de la vertu l'eau
de la force dans les tourments, comme le font voir
les trois enfants dans la fournaise que la flamme
rafraichit au milieu d'un feu ardent comme celui
d'un incendie; c'est ce que prouve encore parfaite-
ment l'admirable martyr Vincent, qui, au milieu
des plus cruels tourments, non-seulement les sup-
Force de porta avee Constance, mais encore excitait, en ces
au milieu termes, la fureur de son bourreau : « Leve-toi,
et dechaine contre moi toute la fureur de ta me-
chancete, 1u verras que, par la vertu de Dieu, je
suis plus lort pour souffrir que tu ne saurais l'etre
pour multiplier mes souffrances. » On pourrait en
dire bien davantage sur cette fontaine de vertu,
mais je prefere me borner a ce peu de mots, parce
que j'aime mieux boire a la fontaine de vertu, que
d'ecrire sur elle.
5. Le Redempteur lui-meme nous convie a cette
fontaine en ces termes : « Si quelqu'un asoif, qu'il
vienne et qu'il boive, et des eaux vives conleront de
son ventre (Joan, vn, 37). » L'Evangeliste, poursui-
des
lourmeots
vant son recit, nous fait connaitre la fontaine oii
il nous invite a venir. « II parlait, dit-il, de l'Esprit
qu'ils devaient recevoir en croyant en lui (Ibidem
39). » De quel esprit parlait-il, si ce n'est de l'es-
prit de charite que le monde ne peut recevoir, et
que ne recoivent que ceux qui croient en lui ?
Allons done puiser a cette fontaine l'eau des desirs, Il frut puiser
et divisons-les en deux ruisseaus, alin que de me- desirs a la
me qu'il y a deux preceptes de la charite, il y ait fontaine dc la
aussi deux desirs par lesquels ces preceptes soient
remplis. En etfet, il y a le desir par lequel Dieu
est aime pour lui-meme, et celui par lequel le pro-
chain Test pour l'amour de Dieu. Or, dans le pre-
mier precepte il n'y a point de mesure a garder;
c'est de tout notre cceur, de toute notre ame et de
toutes nos forces que Dieu est aime ; mais il y en
a une dans le second, puisqu'il est dit : « Vous
aimerez votre prochain comme vous-meme (Matt.
xxn, 39). » C'est du premier amour que brulait le
Prophete quand il disait : « De meme qu'un cerf
soupire apres les sources d'eau vive, ainsi mon
ame soupire apres vous, 6 mon Dieu (Psal. xli,
2). » Et encore : « Mon ame se consume et defaille
de desir dans les portiques du Seigneur (Psal.
Lxxxm, 3). » C'etait le second amour que l'Apotre
teruoignait aux Romains quand il leur ecrivait en
ces termes : « J'ai un grand desir de vous voir,
pour vous faire part de quelque grace spirituelle
(Rom. i, 11), » et que le Seigneur montrait a ses
disciples quand il leur dit dans l'Evangile : « J'ai
desire d'un ardent desir de manger cette Pique
avec vous avaut que je soutfre (Luc. xxu, 15). »
6. Or, il faut remarquer que le cceur de l'homme Le
est excite et portc a l'amour de Dieu particuliere- est excite a
rnent par trois affections, ce qui explique comment de Dieu par
il lui est ordonne d'aimer de tout son cceur, de ao-'1?13
volens sanare prius quod erat potius, id est mentem,
quam carnem, ait eidem paralytico : Confide fili, remit-
tuntur iibi peccata tua. Itaque sanata conscientia, con-
sequenter sanatur corpus, cum dicitur, Surye tolle tec-
tum luum, et vade in do mum tuam. Sic ergo et hujus
cor mulieris prius abluit intus per donum (idei, sicut
scriptum es; : fide mundans covda illorum, per quam
meruit exterius impetrare salutem corporis. Hoc enim
innuit ipse Dominus, cum dicit : Flia, fides tua te sal-
vam feed, vade in pace. Quod autem de hoc ipso fonte
virtutis hauriantur aqu;epraesidii in tormentis, ostendunt
et illi tres pueri in fornacis incendio aestuantis posili,
quibus ipsa tlamma refriguit : et pracipue inelytus ille
martyr Vinccntius, qui cui cum graviter torqueretur,
non solnm tolerasse, sed etiam tortorem suum constanter
provocasse ferlur his verbis : « Insurge, inquit, et toto
malignitatis spiritn debacchare : videbis me Dei virtule
plus posse dum torqueor, quam'possis ipse qui torques-u
Possent plura de hoc fonte virtutis copiosius dici, sed
a! charita- eum succinte praetereo : quia de t'onte virtutis * Inhere
,li- potius, quam scribere desidero.
5. Ad hunc fontem invitamur Redemptoris nostri
voce dicentis : S< quis siiit, veniat, et bibat, et de ventre
ejus fluent aqua; viv&. Et secutus Evangelista exposuit
ad quern fontem nos invitaret, dicens : Hoc autem dixit
de Spiritu, quern accepturi erant credenles in eum.
Quern, nisi Spiritual charitatis, quern mundus non
potest accipere, sed soli accipiunt qui vere credunt in
eum? Ex hoc ergo fonte hauriamus nobis aquas desi-
dcriorum, ipsasque partiamur in geminos rivulos, ut
sicut ejusdem charitatis duo sunt prtecepta, ita sint
et desideria geniina, quibus impluantur ipsa praecepta.
Aliud est enim desiderium quo Deus propter seipsum,
aliud quo proximus diligitur in Deo, vel propter Deum.
In illo nullus modus, sed ex toto corde, tola anima, tota
virtute diligitur Deus : in hoc autem praiscribitur qui-
dam modus, cum dicitur : Diliges proximum tuum si-
cut leipsum. Illo tlagrabat Propheta, cum diceret : Sicut
cervus desiderat ad forties aquaram, ita desiderat anima
mea ad te Deus, et item : Concupiscit et deficit anima
mea in atria Domini. Huoexhibebat Apostolus Romanis,
quibus scribebat : Djsidero enim videre vos, ut aliquid
gratue spiritualis impeiiiar vobis. Et Dominus in Evange-
lio discipulis suis : Desiderio desideravi hoc paseha
manducare vobiscum, antequum putiar.
6. Et notandum, quod ad illud excitatur menshumana
84
OEUVRES HI-. SAINT BERNARD.
L'amoar du
prochain
t'eierce de
trois
manitres.
loute son anie el de tOUtes ses forces. I.a premiere
ilo ces atl'cctious est dunce, la seconde pendente, et
la troisieme forte. Pierre ressentail la premiere
quand il . i. t > >i l ill .1 1 1 i. SfeigneUT de mnurir ; il est
evident qu'il i'piouvait le doiEJ annuir tin COBttr
qnand il redoutait la passion pour lni. Aussi lors-
qu'il entendit ces paroles : « Arriere Sat in, VOUS
ne goutez pas les choses de Dieu, niais celles de
rhonuiie (Mare, vm, S3), » il se vit eclaire parce
langage, et, comprenant tout ce que la mort du
Christ avait de bon, il se mit a aimer de toute son
ami' el dun amour prudent, celui que d'ahord il
n'avait aime que de lout son eu-ur et d'un amour
pleill de douceur ; in lis il ne l'aiinait pasencore de
loutes ses forces, autrement il be 1'aurait cerlainc-
rnent par renie par la crainte de la mort. Mais
apres la resurrection et l'ascension, ayant reftu le
Saint-Ksprit d'en haut, il aima enlin de toutes ses
forces celui pour qui il ne craignit point dans la
suite de subir l'korrible supplice de la croix. Quant
a l'amour du procbain, nous le pratiquons aussi
de trois manieres, soit en cdifiant la charite, la oil
elle n'existe pas, soit en l'empecbant de perir, soit
enfin en ne la laissant pas s'amoindrir la oil elle
est. Or, quiconque exerce cette charite envers le
procbain avec un cceur pur, merite tres-certaine-
nient d'obtenir plus tard celle qui n'est autre que
Dieu nieme.
Ql'ATRF.-VINGT-DIX-SEPTIEME SERMON,
Douceur de la parole et du joug du Christ, qui est
dur uu dehors, mais trcs-doux au dedans,
1. « I.e lait et le miel sont sous la langue (Cant.
iv, 11). i) 11 faut qu'il en soil ainsi ; car ce qui est
dans sa langue sonne durement a nosoreilles. «Les
paroles du sage sont comme des aiguillons et coin-
nie des clOUS enfoliecs prol'ondoincnt. (Ecclc. xil,
11). » 11 y en a un dont les paroles sont plus douoi S
que I'huile (J'sul. i.xv, 22), mais jamais l'buile du
pecheur ne coulera sur ma tete (Psal. cxt, la).
Mieuz vant que le juste me reprenne et me gour-
1 ii 1 1 nli', ear s'il le fait c'est dans un sentiment de
niisi'i'ieorde, plutot qu ■ cette buile oigne 111a 1 ('• t . ' ,
car c'esi one buile pleine de dol. C'est encore bien
a propos que les [taroles de celui qui nous tlalte
pour nous cntrainer, on qui ne nous eonseille que
I'iniquite, sont ditcs plus douces que le miel au
lieu de molles, attendu qu'elles ont une douceur
nioins vraie et nioins solide que fardee et degui-
see, puisque ses paroles sont des traits aigus (I'snl.
L1V, 22). Kl apres ccla qu'y a-t-il sous sa langue ?
Ecoutez la parole duPropbete : «Letravail et la dou-
leur (Psal. ix, 7), » vous dit-il. Or, selon le mime
Propbete ce qu'il y a sous la langue de celui qui si-
mule letravail et la peine, dans sescommandements
(Psal. xc.111, 20), c'est du lait et du miel. Vous vous
ctonnezque laveriteconnaissela feinte? S'il est per-
mis de s'en elonner, il ne saurait l'elre d'en douter,
en voulez-vous une preuve ? Lisez l'Evangile : « II
feignit d'aller plus loin (Luc. xxiv, 28). » Et pour-
quoi ne feindrait-il point aux yeux de celui qu'il
a fail? Ne connait-il pas ce dont nous sonimes for-
mes? II sait que noire limon ne peut supporter le
travail, ne souffre point de retard et se brise au
choc de l'un et de 1'autre. C'est done par un ellet de
sa bonte qu'il a pourvu a ce que la piete eut les
promesses de la -vie presente et de la vie future, et
specialiter tribus affectionibus, ac provehilur : unde et
Deum diligere toto cordc, tola aninia, tola virlute jube-
tur. Prima quidem duleis, secundn prudens, tertia fortis
est. Primam habuit Petras, cum Domino mori dissua-
derel : ex corde enim dulcitei- diligebat, cujus passionem
expavescebat. Sed cum audiret, Vade retro, Satana,
non sapis qute Dei sunt, sed quae hominis : liis verbis
eruditus, cl intelligens quid boni haberet mors Cbristi,
cffipil lota anima prudenter diligere, quern prius tanlum
diligebat dulciter toto corde, necdum vero diligebat
tota virlute. Quod >i faceret, uec propter mortis dis-
crimen cum negarcl. At vero post resurrectionem et
ascensionem, dalo desupcr Spiritu, tunc demum lota
virlute dilexit, pro quo etiaui horrendum crucis suppli-
cium postaiodum subirc non expavit. Erga cbaritalem
quoque proximi exercemur tripbeiter, vel ut aedificelur
ipsa charitas ubi non esl, vel eerie ne pereat, vel mi-
nuatur ubi est. Quisquis antem banc puro alTeclu erga
proximum operalur, illam procul dubio, quae Deuse st,
ulterius promeretur.
SERMO XCVII.
De suavitate verbi ac jugi Christi, foris quidem duri, sed
intus dulcissimi.
\ ■ Mel et lac sub lingua ejus. Id quidem necesse.
Nam quod in lingua est, durum sonal. Verba sapientis
quasi stimuli, et sicut clavi in altum defixi. Alius est
cujus mollili sunt sermones super oleum : sed oleum
peccatoris non impinguet caput, meum. Corripiat me
magis Justus et incrcpet, nam lioc in misericordia est :
quam illud oleum impinguet caput meum, in quo est
dolus. Pulchre enim non molles, sed mo/titi dieuntur
sermones vel suasoris adulatoris, vel suasoris iniqui,
quod sit in eis non tarn vera et solida, quam superducta
et simulata suavitas : siquidem ipsi sunt jaeuUi. Uenique
sub lingua ejus quid? Audi Prophetam : Labor et dolor.
Porro sub lingua ejus mel et lac, qui ju\la cumdeni
proplietam laborem lingit in praenepto. Mharis fingere
Verilatem. Nam mirari licet, dubitare non licet. Si et
alterum lestem quaeris, lege in Evangelio, quia finxit
se longiui ire. Quidni ligmentum figmento exhibeat?
Siquidem ipso novit ligmentum nostrum, utique laboris
impatiens, dilationein nonsustinens, fragile ad utrumque.
Pie ergo providit, ut haberet pietas proinissionem vitaa
ejus qua; nunc est, et futurae; nee laborem verum
imponeret, sed magis fingerct in prajcepto. Audi
quomodo laborem lingere ipse se prodat. Tollite jugum
meum super vos, et invenietis requiem animabus vestris.
Jugum euim meum suave est, et onu< meum teve.Qaomo-
do non fictus labor, ubi non labor, sedrequies invenitur?
SERMON'S DIVERS.
65
V. les Decla-
mation*.
1.58, tome Y.
an lieu de nous imposer uu travail, l'a simule dans
ses commandemcnts. Msfis ecoutez comment il se
trnb.it et montre qu'il simule la peine et le travail :
a Prenez mon joug sur vous et vous trouverez le
repos pour vos aines ; car mon joug est doux et
mon Fardeau leger [Mail, xi, 29). » Nesl-ce point
un travail simule, qu'un travail qui n'est pas un
travail, mais un repos ?
2. Ainsi voila done le travail dans la langue et
le miel dessous. Qu'y a-t-il dessns? Des choses
inetfables qu'il n'est pas donne a l'homme d'articu-
ler iil Cot. xiij ft). Malheureux hommes qui, ne
faisanl attention qu'ace qui sonne dans leslangues,
ne peuvent saisir ni ce qui est cache sous la lan-
gue, ni ce qui se trouve dessus. « Cette parole est
dure (Joan, vi, 61), » disent-ils ; oui, Lien dure, (t
pourtant e'est une parole de vie. « Celui qui ne
prend point sa croix et ne me suit pas, n'est pas
digue de moi (Matt, x, 38). Si quelqu'un vient a
moi et ne bait pas son Pere et sa mere, et meme
encore son ame, il n'est pas digne de lui (Luc, xiv,
La parole de 26). » Que se pouvait-il dire de plus dur? Ne vous
Dieu est . . . , ...
dure )" trompez pas ; «1 vous semble que c est un caillou,
aes-douceSaa ces* ^u Pam ' cene ljar0'e es* ('ure en apparence,
dedans, elle est pleine de douceur au dedans. Le Seigneur
votre Dieu vous eprouve : l'exercice de la foi et la
preuve de l'amour est dans cette peine simulee.
Mais, apres tout, supposons que ce soit une pierre,
n'avez-vous pas au moins la i'oi des demons? « Si
vous etes le Fits de Bien, elites que ces pierres de-
viennent des pains {Matt, iv, 3). » Nous savons tous
qui parlait ainsi. 11 ne doulait pas celui-la que d'un
seul mot, (or, il n'est rien de plus facile que ce
qu'on fait d'un mot,) celui qu'il croyait etre le Fils
de Dieu, [niuvait faire uu pain d'une pierre. II est
permis d'aller a l'ecole, meme d'un ennemi. Disons
aussi au Fils de Dieu : dites que ces pierres devien-
nent des piins ; car celui qui etait venu pour le
saint non des demons, mais des homines, refuta
ses ennemis de maniere a instruire ses enfants. 11 ne
dit pas le mot que le tentateur voulait entendre de
sa bouche, mais celui qu'il nous importait dVnten-
dre, un mot qui tit de lui qui est notre pierre,
notre pain, non point le pain era tentateur.
« L'homme, repartit-il, ne vit pas seul em en t de
pain, mais de toute parole qui sort de la bouche
de Dieu (Ibid. k). »
3. Mais que mmmures-tu en entendantces paro-
les, o ennenii de la verile ? Tu en conviens toi-
meme ettu ne peux le nier, le Fils de Dieu, pent
dire que ces pierres deviennent des pains. Eh bien
done, quand il parle de la parole de Dieu et dit sans
restriction qu'on ne vit que de ses paroles et que
toute la vie de mon ame se trouve en <\r telles paro-
les, que viens-tu murmurer a mon oreille a propos
d'une de ses paroles : « Ce langage est bien dur ? »
i ..- I-ce que toi qui n'es point le Fils de Dieu, tu pre-
tendrais que les paroles que le Fils de Dieu a dites,
et qui sont devennes un aliment de vie, ne sont
que des pierres ? Ce n'est pas moi qui croirai,
comme tu as eu la temeraire aud ice de le croire toi-
meiiie, que tu sois egal a Dieu et qu'un mot de toi
fasse que du pain redevienne une pierre. Puisque
tu n'es pas le Fils de Dieu, e'est en vain que tu di-
ras que ces pains deviennent des pierres. Ce n'est
pas moins en vain que tunous offres ta pierre pour
du pain, un scorpion pour un ceuf, un serpent pour
un poisson. Et malheur a ceux qui appelleut une
pierre du pain et du pain une pierre, prenant ainsi
la lumiere pour les tenebres et les tenebres pour
la lumiere (ha., v, 20) ; qui reputent le joug du
Christ dur, et croient qu'il y a des deliees cachees
sous les ronces. Je ne voudrais point de ces deliees,
j'aime bien mieux gouter et voir combien le sei-
C'est one in
posture
du demon
de dire que
les paroles de
Dieu et
ses ordrei
sont durs.
Errenr d«
hommes
qnand il s'a*
git de
distinguer
lesfansses dea
vraies deli-
ees.
2. Ita ergo labor in lingua, mel sub lingua. Quid supra
linguam ? Ineffabilia; qua; non licet humini loqui. Mi-
seri ! qui solum quod in lingua sonuh allendentes, neo
quod sub lingua reconditum, nee quod supra repositum
fuil, capere poluerunt. Durus est hie sermo inqiiiunt.
Durus equidem, sed tamen idem est verbum vitae. Qui
non bajulal crucem suam, et sequitur me, non est me
digitus. Si r/uis venit ad me, et non odit patrem et
mat rem, adhuc autem et animarh suam, non est medignus.
Quid durius poterat dici? Noli errare. Lapis videtur :
panis est. Durus in cortice, sed suavissimus in medulla.
Tentat te Dominus Deus tuus. Fidei exercitatio, et pro-
batio dilectionis est fictio ista laboris. Esto tamen lapis
si L. Num tu credis quod el dsnmones credunt?? Sifi/itts
Dei es, die ut lapides isti panes fiant. Omnes novimus
quis hoc, dixit. Non dutSitat ille posse solo diclu (quo
quidem facilius nihil est) ex lapide panem facere, quern
filiuni Dei esse credit. Fas est et ab hoste doceri. Diea-
mus ct nos Filio Dei : Die ut lnpides isti panes Rant-
Nam el ille qui hominum ulique, nonda;monum vencrat
in salutem, sic confutavil adversario*, ut parvulos eru-
diret. Non enim dicens quod ille voluit, sed quod opor-
T. IV.
tuit nos audire, ut videlicet nosier hie lapis panis fieret,
non illius. Non, inquit, in solo pane viuit homo, sed in
omni uei'bo, quod procedit de ore Dei.
3. Quid tu ad hsec, veritatis inimice, submurmuras ?
Quod quidem ipse fateris, et negare omnino non poles,
potens est Filius Dei dicere, ut lapides panes fianl. Ubi
ergo de verbis Dei ait, et generaliter quid tu mini subsi-
bilas ad quodvis eorum, dicens : Durus est hie sermo 1
Quae Dei Filius dixit, et facia sunt alimenta vita?; tune
saxa dixeris, qui filius Dei non es ? Non sum ego qui
te arbilrer (quod temeraria prorsus rapina arbilratus es
ipse) esse le squatem Deo, ut dicente panis in lapidern
rev. r'atur. Qui fi litis Dei non es, sine causa dicas, ut
lapides isli panes fianl. Nee minus fruslra tuum nobis
apponas pro pane lapidern, scorpionem pro ovo, pro
pisce serpentem. Vae enim his qui panem lapidern,
lapidern panem dicunt, ponenles lucem lenebras,
et tenebras lucem : jugum Christi asperum, et
esse sub sentibus delieins reputantes. Has deli-
cias noli in. Oplo magis gustare el videre, quoniam
suavis est Dominus. Hoc enim non frustra is ipse, qui
monef, sluduerat experiri. Denique ait : Quam dulcia
5
6«
dCINKKS DE SAINT liLHNARD.
gneur est doui {Psal. xxxnt, 8), C'est ce qu'avail
eu soin d'eprouver par lui-meme non en vain celoi
qui nous donne ce cooseil. II nous dit i-nfin : a Que
vos paroles me sont donees a la bom he [Psal.
■ svui, 103) ! » el ailleurs : a combien est grande,
eur, I'abondance de voire douceur que vous
avez caclu'i- pour ceux qui vous craignent [Psal.
xx\, 23)! » Mais ou pensez-vous qu'il la cache '.'
sous sa langue, sous la tele de celle qui dit : « Sa
main gauche est sous ma tele et sa main droile me
ticn.it a enxbrassee Cunt, n, 6 . » Car si la dou-
ceur et uue douceur aboudanle, oui grande, tres-
grande meme se trouve dans la prorncsse de la vie
presente, la perfection de celle douceur n'est que
dans la promesse Je la vie future. Le Psaliniste a
dit : « vous l'avez reiuiue pleme et entiere pour
ceux qui esperent en vous, a la vue ties enlanls des
hommes [Psal. xxx, 20). » Qu'a-t-il ainsi rendu
parfail '.' Cette parole n'esl point dans la langue,
mais sur la langue. Aussi si l'oreille n'enteiid point
ce que Dieu a prepare a ceux qui 1'aiment, c'est
parce que l*a bouche ne l'a point articule. Or cette
enaune qui esl contre I'ordre, conune celle d'A-
dam el d'Eve. Ni I'une ni I'autre n'esl le lieu ou
le Seigneur habite. II n'ya que la paix chretienne,
celle que le Seigneur laisse et donue a. ses disciples
quisoit le lieu du Seigneur. Bile est offerte au
monde entier par Irs saints predicateurs, niais il y
ran a qui la repoussenl coincne il s'en trouve qui la
recniveut. I'our nous, secoiiant la poussiere de nos
pieds sur ceux qui n'aiment point la pais, nous
nous refugions aupres de celuiqui l'a me. Or, les
uns recoivent la paix, les autres la retiennunl el
d'autres encore la font. On peul les designer chacun
par mi mini different, et appeler les uns, les pari-
ties, les autres les patients et les troisienies les paci-
fiques, chacun recevant lenom qui convient a l'etal
de paix ou il se trouve. Les pacifies possedent par
la paix la terre de leurs corps, parce qu'ils sunt
doux [Mall, v, /i . Les patients possedent leur ame,
c'est a eux que s'adressent ces paroles : « Vous
possederez vos ames dans voire patience {Luc. xxi,
19.) » Quant aux pacifiques, non-seulement ils pos-
sedent leur ame, in lis ils possedent aussi celle des
perfection n'esl pas dans le secret, c'esl en presence autres en qui ils font regner la paix. Aussi est-ce a
des enlanls des hommes. C'est done avec justesse jusfe litre qu'on les appelle enfants de Dieu. Ainsi
epie l'Apdtre ne la montre pas encore comme at- on appelle pacifies ceux qui recoivenl la paix, c'est
teinte, et ne la repute telle que pour ceux qui ont deux qu'il est ecrit : « S'il se trouve la un enfant
I'aii feinte.
dgsorrionnee,
chritience.
i ranee, comme il le dit en ces termes : « Nous
ne soinmes encore sauves que par l'esperance
(Rom. vni, 24). »
QUATHE-V1NGT-DIX-HUITIEME SERMON.
Des Fils de la paix en qui Dieu habite.
« 11 a cboisi la paix pour sa place [Psal. xxxv, 3).»
de la paix, votre paix se reposera sur lui (Luc. x,
6). » Mais comme ils sont faibles et agites par les
scandales, ils perdent vile la paix qu'ils ont recue.
Les patients sont ceux qui retiennent la paix qu'ils
ont recue et ne la perdent sous le coup d'aucune
injustice. C'est a ceux-la comme etant plus justes
qu'il est dit : « Aimez la [nix et la sainlete sans
laquelle on ne voit point Dieu (llcbr. xu, 14). » Les
pacifiques sont ceux qui font regner la paix non-
11 y a une pais feinte, telle est celle de Judas. 11 y seulement en eux, mais dans les autres et qui, de
faucibus meis eloquia tua I Et rursnm : Quam magna,
inquit, multitude dulcedinis tu<e Domine, quam abscon-
distitimentibus te ! Ubi putasabsconditur.'Nempe sub lin-
gua sua sub capile ej us, quas a"icit : Zeeva e/tw sub capite
meo,. ibiturme. Licet enim in pro-
missione vitae ejus qua nunc est, dnlcedoet multitudo
dulcedinis, et magna quoque, et perquam magna sit
multitudo ; perfecto tamen nonnisi in promissione lutu-
ra. Perfecisli, inquit, his qui sperant in te, inconspectu
filiorum hominum. Quid perfecit! Non est hie sermo
in lingua, sed supra linguam. Ideo enim auris non audit
quia nee lingua protulit quod prajparavit Dcus his qui
dihgunt cum. Nee sane in abscondilo consummate ilia
sed in conspectu Qliorum hominum erit. Congrne vero
non adhucperfectum.sed jam perfceisse cum sperantibus
ait : Spe enim lalvi facti sumus.
SERMO XCVIII.
De filiis pact's, in quibus habitat Deus.
Factus est in pace locusejus. Est pax ficta, utin Juda :
•et inordinata, ut in Adam et Eva, Harum neutra est
locus Dei. Sola pax Christiana, quam Domiuus reliquitet
dal discipulis suis, ipsa est in qua Dominus requiescit.
Hao offertur per sanctos pra>dicatores universo generi
luunano : sed earn quidain repelluut, aliqui recipiunl.
Nos vero cxcutienles pulverem pedum nostrorum super
odientes pacem, ad dilectorem ejusdem pacis nos coa-
feramus. Eorum alii dicunlur rccipientes pacem, alii
retinentes pacem, alii facientes. Possunt et aliis notni-
nibus vocaii, scilicet peccati, patientes, pacilici. Et ha?c
nomina sortiuntur secundum diversos status pacis, in
quibus proficiunt. Nam pacati per hanc pacem possident
terrain corporis sui, quia miles sunt. Patientes possident
animam suam, quibus dicitur In patientia vesira possi-
debitis animas ventral. Pacilici possidentnon solumsuam,
sed etiam aliorum, in quibus faciunt pacem, Unde merito
filii Dei vocantur. Pacati ergo dicuntur, qui pacem
recipiunt, de quibus scriptum est : Si ibi fuerii filius
pacis, raquie.icet super ilium pax vestra. Sed quia
pusilli sunt scandabs exagitati, cito pacem quam recepe-
rant perdunt. Patientes autem sunt qui receptam retinent,
nee quavis injuriaexasperatieam amittunt. Istis lanquam
robustioribuspraecipitur : Pacem diligite et sanctimomam ,
sine qua nemo videl Deum. Pacilici vero qui non solum
SERMONS DIVERS.
67
plus, aiment meme ceiuc qui veulenl les priver de
la pnix, selou ce qui est ecrit : « J'etais pacifique
avec ceux memea qui haissent la pais [Psal. cxix,
6). » Voila ceux que Dieu aime (.-01111116 se^ eufaDts,
ce sout comrne les pierres vivantos dont la Sage^se
construit iiu temple, et pour qu'ils ne puissent
se detacher de cet edifice, quelque effort qui soit
tenle pour cela, avec t'aide de Dieu qui eu a fait
son habitation, ils se sont failles carrement a l'ins-
tar di-s pierres, de qualre manieres differentes, par
dessus, par dessous, a droit'/ et a gauche. Par des-
«us ensoumettant avecautant de sagesse que d'hu-
inilite leur volonte a celle de Dieu ; par dessous en
conduisant la chair selon les regies de la tempe-
rance ; a droite en embrassant avec justice les
bons, et a gauche en souffranl les mediants avec
force et courage.
QUATRE-VINGT-DIX-NEUVIEME SERMON ».
II y a qualre series d'hommes qui vont au ciel.
II y a quatre suites d'hommes qui vout au ciel.
Les uns le prennent de force et les autres l'ache-
tent , ceux-ci le volant et ceux-la y sont menes de
force. Ceux qui le prennent cesonl ceux qui out tout
quitte et qui se sont mis a la suite de Jesus-Christ.
C'est d'eux qu'il est Jit : « Bienheureux les pau-
vres d'esprit, parce que le royaume des cieux est a
eux (Matt, v, 3). » Ceux qui viennent au second
rang, ce sont ceux qui moissonnent dans la chair,
tandis qu'on a seme pour eux dans l'esprit, c'est
a eux que le Seigneur s'adresse dans l'Evangile
■ V. Les Fleurs >le saint Tlernard. tivre IX, chapitre XVI.
quanj il dit : « Faites-vous des amis avec l'argent
de l'iniquite, afin que lorsque vous viendrez a
manquer, ils vous recoivent dans les tabernacles
eternels (Luc. xvr, 9). », On les appelle marchands,
parce qu'ils donnent, dans le present, aux pauvres,
les bieus temporels qu'ils possedent, alin d'en rece-
voir dans la vie future, des biens eternels qu'ils ne
peuvent meriter que par eux. II faut, en effet, que
ceux qui doivent etre examines au jugecient der-
nier soient des amis du juge on qu'ils aient des
amis qui intercedent pour eux. Ainsi la premiere
placedans la beatitude appartient a ceux qui interce-
dent, et la seconde a ceux pour qui ils intercedent.
II y en a qui font, sans qu'on les voie, des bonnes
ceuvres qui leur meritent le ciel ; toutefois, on dit
qu'il volent le ciel, parce que, fuyant la gloire qui
vient des homines, ils se coutentent du temoignage
de Dieu. Ils sont representee dans l'Evangile par
la femme qui etait malade d'une perte de sang et
qui pensait en elle-meme et se disait : « Si je tou-
che la frange de son vetement, je serai sauvee
(Luc. viii, 43). » En parlant ainsi, elle s'approcbait
de Jesus sans qu'on la remarquat, le touchait et
etait guerie. Ceux qui sont menes de force au ciel,
ce sont, par exemple,les pauvres qui sont pauvres mal
greens, ceux que Dieu purifie ici-bas, dans la grace,
par le jeu de la pauvrete pour n'avoir point a les
punir un jour dans les tlammes du jugement. C'est
d'eux qu'il est ecrit : « Contraisnez-les d'entrer,
afin que ma maison soit remplie (Luc. xiv, 23). »
II y en a beaucoup qui sont forces, et ils le sont de
diverses manieres et sous le coup de diverses afflic-
tions. Par une admirable providence de Dieu en
souffrant sinon de bon gre, du moins avec patience
in se et in aliis earn faciunt, sod etiam volentes auferre
diligunt, sicut scriptum est : Cum his qui oderunlpacem
eram pacificut. Ecce isti sunt, quos sicut Alios Deus
diligit, ct de quibus tanqnam vivis lapidibus templum
sibi Sapientia construit. De quo aedificio, ncullo impulsn
possint labefactari, ipso Do inhabilante pariter et ope-
rante, ad similitudinem lapidisquadnnturquatuor modis,
superius, inferins, a dextris, et a sinistris. Supcrius,
cum divinae voluntati suam humiliter et prudenter sub-
jiciunt : inferius, cum carnem subjectam temperanter
regunt ; a dexlris , juste bonos ampleetendo: a sinistris,
malosfortiter tolerando.
SERMO XCIX.
De quatuor generibus hominttm caelum obtinentium.
Quatuor sunt genera hominum regnum ccelorum pos-
sidentiu.u. Alii viulenter rapiunt, alii mercantur, alii
furantur, alii ad illud compelluntur. Rapiunt qui dere-
liqueruntonnia.etsequuntur Christum, de quibus dicitur:
Bead pauperes spiritu, quoniam ipsorwn est regnum
ccelorum. Sunt alii inferioris gradus, a quibus metuntur
carnalia, dum eis spiritualia seminantur : et his loquitur
in Evangelio Dominus : Facile uoAit amicos de mam-
mona miquitatis, ut cum defeceritis, recipiant vos in
teterna tabernaeula. Tales dicuntur mercatores quia
dant in pr;esen!i pauperibus temporalia qua? possident,
ut in futuro recipiant ab eis asterna, qua? non nisi per
eos habere merentur. Nccesse est enim omnes qui in
futuro judicio examinandi sunt, vel esse Judicis amicos,
vel apud Judicem intercessores habere amicos. Habent
ergoprimum bea'iludinis locum qui inlercedunt : habent
hi pro quibus intercedunt secundum. Sunt alii qui non-
nulla bona occulte faciunt, pro quibus merentur regnum
ccelorum : sed tamen furari illud dicuntur, quia laudem
humanam vitantes, solo divino testimoniocontenti sunt.
Horum figuram tenuit mulier in Evangelio, quse fluxum
sanguinis patiens cogitavit intra se dicens : Si tetigero
fimbriam vestimenti >y'u?, sa/va ero. Quo dicto, accessit
occulte, ct tetigit, et salva facta est. Alii sunt qui com-
pelluntur : verbi gratia ut pauperes necessarii, quos
scilicet hie ignis paupertatis Deo dispensante pnrgat, ne
in futuro ignis judiciis puniat. De quibus scriptum est :
Compeltn intrare, ut impleatur dmnusmea. Compelluntur
multi variis necessitaiiius et oppressionibus afflicti : qui
miia Dei providentia, dum temporalem pcenam, si non
libenter, tamen patienter suetinent, vitam consequuntur
a?ternam.
68
ili-.-. peines temporelles, il;
nelle.
(EUVRES DK SAINT ULUNAHD.
meritent la vie elei ■
CENTIEME SERMON.
Difference entre le peuple et un prelat.
II doity avoir la merrie distance entre on ev£que
n peuple, qu'entre un pasteut el son troupeau.
I. 'mi se 1 i t • 1 1 1 hint et debout, I'autre courbe la tete
penche vers la terre. Cest comme <lit un
: b Tandis que les autres etres animes sont
pencb.es et ne regardent que la terre, I'homme a
. du ciel un front leve (Ocid. metamorph. i). »
I.'un regit et I'autre est regi ; I'un pait et I'autre en
fait paltre; en sorte qu'on pent distinguer l'un <le
I'autre a la forme et a la maniere d'etre. L'un tient
a la main une verge pour frapper, on plutdt pour
Le.< pateon conduire et ramener labrebis. Mais, que signifie la
doivc.it i,. pasteur tient a la main, sinon qu'il
plus uar faut une discipline dans 1 action, et qu un supe-
reiempleque ^^ ^ instni;IV SL,5 inferieUTS llioins Je la voix
la parole. (jU0 ^ |'exemple. Des disciples rougiraient, en
, d'etre orgueilleux si leurs maltres leur don-
naient I'exemple de l'humiltt*. Aussi est-il ecrit du
: « Tout ee que Jesus a eiiseigne il a com-
mence par le faire [Act. i, 1). » 11 tient aussi uu
baton, mais c'est pour frapper le loop; ainsi, sa
verge est pour la bri bis et le baton pour le loup.
Ce qui veut dire qu'il faut reprendre avec plus de
douceur les doux et les obeissants, et plus dure-
ment ceux qui out le cceurduret qui sout mediants,
et iieme, s'il en est besoin, on doit les frapper d'a-
natheme. Le pasteur tient un chieneu laisse, c'est-
a-dire, li retient son zele dans les bornes de la dis-
cretion, pour n'etre point du noinbre de ceux dont
il est ecrit : « lis ont du zele pour Dieu, mais c'est
un zele qui n'esl pas selon la science {Rom. x, 2). «
Enfin, tout bon pasteur a du pain dans S3 besace,
c'est-a-dire, il a la parole de Dieu dans la me-
uioiie.
CENT-UNIEME SERMON.
// i/ a qualre maniires d'aiinm .
II y a deux amours, le eharncl et le spirituel, n j » dem
il'oii il suit qu'il y o qualre manieres d'aimer. En
eli'et. si on neut aimer la chair d'un amour enamel
et l'esprit dun pared amour, on pent egalement
aimer la chair et aimer l'esprit d un amour spiri-
luel. Or, il y a dans ces quatre series d'amour une
succession, un pTOgres des choses infeneures aux
superieures. En effet, pour que les homines qui ne
savaienl aimer que la chair, et ne rainier que d'un
amour charnel, s'avancassent an point d'aimer
Dieu nieine d'un amour spirituel, Dieu s'est fait
chair, et soit en parlant, soit en vivant avec les
boiumes, il a commence par se faire aimer d'eux
d'un amour charnel. .Mais lorsqu'il voulut donner
sa vie pour ses amis, ils aimaient deja son esprit,
mais ce n'etait encore que d'un amour charnel.
Aussi, Pierre lui repondit-il, quand il leur parlait
de sa passion : « Ah ! Seigneur, a Dieu ne plaise,
cela ne vous arrivera point (Matt, xvi, 22). » Mais
lorsque ses disciples surent que sa passiou etait
le myslere de la redemption, ils se mirent a aimer
sa chair dans sa passion d'un amour spirituel.
Quand il ressuscite et uionte au ciel, ils aiment son
esprit d'un amour spirituel, et, lajoiedans l'ame,
il s'ecrient : « Si nous avons connu Jesus-Christ
selon la chair, nous ne le connaissons pas mainte-
nant de cette sorte (a Cor. v, 16). » 11 en est de
meme de nous, nous aimons noire chair d'un
et le
spiritual.
SERMO C.
De discrimine inter plebem el Prresidem.
Quantum distat inter pastorcm et gregem, tantuiu
debet distare inter episcopuin et plebem. Stat ille subli-
t rectus, curvat iste caput solo depresus. Unde
Poeta :
Pronaque cum spectent animalia camera terram,
Os homini sublime dedit.
llle regit, iste regitur : ille pascit, iste pascitur : ut ex
ipsa forma et habitu uterque discernatur. Habet ille in
manu virgam quaferiat,vel potiusducatet reducat ovem.
Quid est autem habere in manu virgam, nisi in opere
disciplinary, ut subjectos sues exemplo magis instrual,
quam verbo? Erubescunt enim superbi esse disedpuli,
si eosin bumilitate praecesserint magistri. Unde de
Domino scriptiun est : Qutecfjiit Jam facere,etdocerc.
Habet eliaai baculum, quo feriat Inpum, virga ovem,
baculo liipum. Hoc est mites et obedientea debet leniiis
corripere, duros veio corde et improbos acrius arguerej
cumque Decease merit, etiam analbematissententia I'crire.
Tenet canem in fune, zelum scilicet in discretione, ne
sit de illls de quibus scriptum est : Habent zelum ' Dei, , a/ ffimllla.
sednon secundum scientiwn. Habet etiam pastor bonus ti0Dem.
panem in peia, hoc est verbum Dei in memoria.
SERMO CI.
De quutuor modie dtligendi,
Duo sunt amores, carnalis et spiritualis : ex
quibus culliguntur quatuor modi diligendi, scilicet
diligere carnem carnaliter, apiritum earnaliter i
carnem spiritualiter, spiritum spiritualiter. In his (it
quiaam piofectus et ascensus ab inferioribus ad supe-
riora. Nam ut homines, qui tantum noverant diligere
carnem carnaliter, ad hoc proficerent, ut Deum quoque
diligercnt spiritualiter; Deuscaro factus est, et loquendo,
et converaando cum hominibus, primumab ciscarnaliter
dilectus est Cum autem pro amicis suis animam ponerc
vi Uet, jam spiritum dihgebant, sed adhuc carnaliter.
Unde et Pctrns loquenti de passione sua respondit :
Absit a le Domine, turn erii tibi hoc. Sed cum per eam-
dem passionem lieri mysterium rcdemptionis agnoscerent,
in ipsa passione jam carnem spiritualiter diligebant.
SERMONS DIVERS.
69
Par quel de-
gre Adam
esttombe.
amour charnel quand nous airaons et satisfaisons
ses desirs. Nous airaons notre esprit charuellement
aussi, quand nous le brisons dons la priere, avec
lannes, soupirsetg§missements. Nous airaons notre
chair d'un amour spirituel, quand apres 1'avoir
soumise a l'esprit, nous l'exercons spirituellement
dans le bion et veillons avec discernement a sa
conservation. Nous airaons notre esprit spirituelle-
ment, Iorsque nous faisons pxsser par un mouve-
ment de charite nos gouts spirituels meine apres
1'interet du prochain.
CENT-DEUXIEME SERMON.
Maniere de revenir a Dieu.
1. Pour revenir a Dieu, il y a line maniere tout
opposee a celle dont le premier liomme est tombe.
En effet, place dans le paradis terreslre, Adam
commenca par perdre Dieu de vue. Saint Augustin
nous atteste, en effet, que ce n'est pas le tentateur
qui aurait pu chasser Adam du paradis, si d'abord
son ame n'avait commence par s'elever [August. I.
xiv, dc chit. Dei. c. 13 ; car il est ecrit avec bien
de la verite : « I. 'esprit s'eleve avant la chute {Prov.
xvi, 18). » Ensuiteil perdit la justice quand il obeit
plutot a la voix de son epouse qu'a celle de Dieu.
En effet, la justice est une vertu qui rend a chacun
ce qui lui appartient. En troisieme lieu il perdit le
jugement, quand, etant repris apres sa faute , il
semble la faire retomber indirectement sur sou au-
teur en la rejetant sur sa femme ; car il dit : « La
femmeque vous m'avez donnee pour cornpagnem'a
presente de ce fruit, et j'en ai mange [Gen. m,
Resurgente aulem coet ascendente, spiritum spiritualiter
amant, laetique decantanf : El si cognovimus secundum
carnem Christum, ted nunc jam non nouimus. Nos
quoque carnem aostram carnalitor diligimus, cum ejus
desideria diligimus et perncimus. Spiiitnm carnaliter,
quaudo eum flendo suspirando, gemendo in oratione
contcrimus. Carnem spiritualiter, cum earn spiritni
subjectam in bonis spiritualiter exercentes, cum disere-
tione servamus. Spiritum spiritualiter, cum etiam ipsa
spirilualia studia nostra fraternae utilicati charitate post-
ponimus.
SERMO CII.
De modo redeundi ad Deuai.
i. Est ad Deum quidnm redeundi modus, primi ho-
minis casui oppositus. Adam quippe in paradiso posi-
tus, primo perdidit circumspectionem Dei. Testatur
enim beatns Auguslinus, quod nequaquam tentator ho-
mincm de paradiso ejecisset, nisi aliqua elatio in
anima hominis praecessisset, cum verissime scriptum
sit : Ante ruinam exattatur cor. Seonndo perdidit jus-
litiam. quandu uxoris voci plusquam divins obedivit.
Justitia enim est virtus, quae suum cuique reddit.
Dieu.
12). » II faut done que l'homme, maintenant en
exil, revienne a Dieu par les memes degres qui ont
conduit le premier homine a la porte du paradis
terrestre. En premier lieu done, il faut faire le ju- Comment on
geraent ; en second lieu, exercer la justice ; et ^' s<?
enfin pratiquer la circouspection. Or, le jugement on revenir *
pour nous, e'est de nous juger, et de nous accuser
nous-memes ; la justice est pour le prochain, et la
circonspeclion se rapporte a Dieu.
2. Le Prophete Michee nous fait connaitre cette
voie pour retourner a Dieu quand il nous dit : « 6
homme je vous dirai ce qui vous est utile, et ce
que le Seigneur demande de vous. C'est que vous
agissiez selon la justice, que vous aimiez la mise-
ricorde, et que vous marchiez en la presence du
Seigneur avec une vigilance pleine d'une crainte
respectueuse (Mich, vi, 8). » C'est la voie que nous
enseigne aussi le Christ, s'll faut en croire saint
Paul quand il nous dit : « La grace de Dieu notre
Sauveur a para a tous les homines, et elle nous a
appris que, renoncant a l'impiete et aux passions
mondaines, nous devons vivre dans le siecle pre-
sent avec temptrance, avec justice et avec piete
(Tit. n, 11). • Et d'abord « avec temperance »
cela se rapporte a nous, « avec justice, » c'est pour
le prochain, « et avec piete, » voila pour Dieu. Et
meme il nous parle du regard vers Dieu quand il
nous dit : « Etant toujours dans lattente de la bea-
titude que nous esperons et de l'avenement glo-
rieux du grand Dieu et Sauveur Jesus-Christ 1
13). » Dans plusieurs autres endroits des saintes
Ecritures, on peut encore trouver, si on le cherche,
cette ordre de voie et cette institution de vie ; tel est
celui-ci par exemple : « Heureux l'homme qui de-
Terlio amisit judicium, cum post peccatum corrcetus
oblique per mulierem retorsil propriam culpam in auc-
torem, dicens : Mutter quam dedisii mihi sociam, dedit
mihi de ligno, etcomedi. Eisdeni ergo virlutum gradi-
bus redeundum est homini in exsilio posito, quibns
primus expelli meruit de paradiso. Primum itaque fa-
ciendum est judicium, deinde exercenda justitia, tandem
circumspectio adhibenda. Et judicium quidem nobis,
ut nos ipsos judicemus et accusemus; justitiam proxi-
mo, circumspectionem debemus Deo.
2. Hanc redeundi viam ostendit nobis Mieheas Pro-
pheta, dicens : Indicabo tibi, o home,, quid stt bonum,
et quid Deus required a te : ntique facere judicium, et
diligere mtsericordiam, et ambulare sollicite cum Deo
tuo. Hanc salutis viam testatur Apostolus Christum
docuisse, dicens : Apparuit gratia De/ saJvatoris nostri
omnibus hominibus, erudiens nos, ut abnegantes impie-
latem et stBCularia desideria, sobrie, et juste, et pie vi-
vamus in hoc sceculo, etc. Sobrie scilicet quantum ad
aos, juste ad proximum, pie ad Deum. Qui etiam ma-
nifestitius intulit circumspectionem Dei, dicens : Ers-
peclaidc* beatam spent, et adventum gtoi
etSalvatoris nostri Jesu Chrisli. Et in mullis aliis Scrip-
tui.i' sacra' locis, si bic ordo via; et iustitutio vitae
quaeratur, potest inveniri, ut illud : Beatus vir qui in
70
OELYKES DE SAINT BEHNAHD.
Le premier
degre
des progr&s
dea 61us,
tst celui oil
l'homtue
•rient l'ami
de
son Ame.
meure applique a la sagesse, qui s'exerce a prati- l'esprit de Dieu. Eu effet, quel avantage I'homme
quer h jnstx c. el qui peuse en lin-meme a l'oeil a-(-i! si son prochain brule en enfer? Et que perd-
de Dieu qui voit Unites choses [Eccli. xiv, 22). » il s'il est avec lui dans le paradis? car l'hdritage du
Cest que, en effet, celui qui se juge lui-ineme ciel n'est pas tel qu'il puisse etre diininuc par le
maintenant pour echapper au jugement eternel de Dombre de ceux qui le possedent. 11 aime done son
Dieu, est lixe dans la sagesse el veritablemenl prochain qu'il ne veut point voir souffrir pas plus
sage. L'Ap&lre dit, en effet ; a Si nous nous jugeons qu'il ne voudrait souffrir lui-me"nie, el qu'il veul
nous-menus nous ne serous pasjuges (1 Cur. xi, voir entrer dans la possession du ciel comiue lui.
ol). » U est sage non pas de la sagesse de ce monde, Mais quand est-ce que 1'homme pourrail en arri-
mais de la sagesse du monde invisible et qui fait ver la pax son propre esprit, e'est a-dire par l'es-
par uue mirable operation de Dieu, que les elus prit, de I'homme, eu venir a redouter l'eufer eta
et cenx qui, en ee monde, soul broyes sous les coups soupirer apres le ciel ? Mais il le pent par la vertu
et comme ecrases, soieutplus tard places, sans que de 1'espril de celui a qui il a cle dil : « Si je monte
le marteau retentisse, dans le palais du vrai Salo- au ciel, vous y etes, etc. (Psal. ■ xxxvui, 7). » Car
mon. l'esprit de sagesse, present partout, connait ce qui
se fait au ciel et ce qui se passe dans I'enfer. Aussi
quand il reinpht l'esprit de I'homme el y repand
l'amour des choses du ciel , de meuie qu'il y
fait naitre la crainte des peines de I'enfer ,
il fait que I'homme s'aime lui-merue, et il lui
dit : « Ayez pitie de votre ame en vous rendant
1. Les progres que font les elus comptent quatre agreable a Dieu [Eccli. xxx, 2.'i). » II taut done
degres. Et d'abord chaeun devient ami de sa pro- eommencer par s'aimer soirra6rae, puis aimer le
pre ame; en second lieu, ami de la justice; en prochain ; car il n'apas entail : t.u t'aimeras com-
troisieme lieu de la sagesse et entin devient sage, me tu aimes ton prochain, mais a lu airueras lepro-
Au premier degre de ses progres, l'houime evite chain comme toi-meme. » Cest de cetle maniere
tout ce qui pourrait blesser son ame, et aime tout que I'homme devient ami de son ame par le Saint-
ce qui peut lui etre doux. II a done horreur de Ten- Esprit qu'il a recu avec la foi.
fer et soupire apres le ciel ; voila comnient il peut 2. Apres avoir recu ce don, il ne doit pas sen
accomplir ee commandement de Dieu qu'il a recu contenter, mais s'avancer vers des dons plus
dans sa premiere conversion : a Tu aimeras le pro- grands encore et (aire des progres en mieux. II vit
chain comme toi-meme {Malt. xxu. 36). « < ar tant deja par le Saint-Esprit. Or, « si nous vivons par
qu'il vit selon la chair, il ne peut l'accomplir; cela l'Esprit, dil l'Apdtre, couduisons-nous aussi par le
ne lui devient facile que quand il est conduit par menie Esprit [Gal., v, 25), » et ailleurs : « Pour
CENT-TROISIEME SERMON.
II y a quatre degre1 s qui marqucnt les progres des
elus.
sapient/a morabitur, el qui in justitia medHabitur, el in
sensu cogilabit circumspectionem Dei. Moratur siquidem
in sapienlia, et sapiens est qui semetipsum hie dijudi-
cat, ut seternum Dei judicium evndal. Si enim ;iil Apos-
tolus, nosmetipsos dijudicaremus, non utique jur/ica-
remur. Sapiens est, non secundum sapientiam liujus
saeculi, sen secundum illam quae trahitur de occultis,
per quam Qtique miro Dei opere agitur, ut electi <jni-
que tunsionibus et pressuris hie attriti, in a>dilidio
veri Salomonis sine sonitu mallei postmodum collocen-
tur.
SERMO cm.
Dc quutuor gradibus, guibit-i r/rrturin/i prnf'eetus distill-
guitur.
1. Quatuor gradibus dislinguilur omnium electorum
profeelus. Primo enim HI quisque amicus sua? annua* :
secundo lit amicus justitia; ; tcrlio sapientia* : quarto lit
sapiens. In primo profectu vilat omnia qua* animam
possunl offenders, et diligit ea qua? cam possunt mul-
cere. Horrel erg . et ccebuu concupisoit. Ita
potest icnplere illud divinum praweptnm, quod in
prima conversione sua acoepit : D'/igi't proximum
tuum stent leipsum. Nam dum secundum carnem ain-
bulat, nullo modo polcsl : rum aulem spirilu Dei agitur
facile potest. Quid enim liabeat emolumenti homo, si
proximus ejus ardeal in inferno '? aut quid perdiderii
si sccum fiieiil in paradiso '.' Neque enim talis est ilia
paradisi luereditas, ul possidentium nunicro minualur.
Diligit ergo proximum, quern nou vull malum pali, si-
rut nee seipsum, et quern sicul seipaum vult possidere
eoelutu. Hoe aulem suo, id esl luuuinis spirilu, qiuindu
posset, ul scilicet expavescerel gehennam, ac ccelestia
desiderarel 1 Sed potest hoc illius spiritu, cui dictum
est: S7 ascendero in ccelumttu illic est etc. Spirilus
quippe sapienlia* ubiquc prsasens, novit quid in ccelo,
et quid agatur in inferno. Cunique mentem humanam
replevit, el de pcenis inferoi incutil timorcm, et coeles-
tium amoreui infundit : sicque I'acil homincm a mare
seipsum, el elicit, ei : Miserere animce luce, placens Deo.
Primum igitur est diligere se. rieinde proximum. Non
enim dictum est, diliges le sicul proximum, sed diliges
proximum sicut te. Hoc modo lii aniator animae sua'
per Spiritum-Sanctnm, quem ex Hde accepit.
2. Acceplo aulem line dono, non debet co solo con-
tentus esse, sed ad majors provebi, 1 1 in melius proli-
cere. Vivil autem jam per Spirillum. Sed si per Spiri-
tum rivimus, ail Apostolu . tpiriiu ci umbulemut. El
SERMONS DIVERS.
71
nous, debarrasses des voiles qui nous couvrent le
visage, et contemplant la gloire du Seigneur, nous
somnies transformes en la meme image, et nous
avancons de clarle en chute par L'illumination de
l'Esprit du Seigneur (II Cor., in, 18). » C'est ce que
semble avoir senti le Psalmiste au sujet des saints,
quand d dit : « Le legislateur donnera sa benedic-
tion aux saints, et ils s'avanceroat de vertu en
vertu, et enfin ils verront le Dieu des dieux dans
la celeste Sion {Psal. i.xxxiu, 7). » Qu'il avarice
done aussi, celui dout nous parlous, qu'il inarche
et continue jusqu'a ce qu'il arrive an quatrieme
degre. La, n'eu doutons point, devenu sage, il verra
le Dieu des dieux dans la celeste Sion. Or, de ce
ce que j'ai dit, il suit que celui qui aime hien son
Jin • doit aussi aimer la justice, car s'il aime l'ini-
quite, on ne peut pas dire qu'il aime son ame, il la
bait [Psal., x, 6).
Nous passons 3. En aimant la justice, l'hoinnie passe au second
! degre, et il entend ce precepte de la Sagesse :
degre par
amonr de la « Aimez
jostice. ,„
(Sap. 1, 1
la justice, vous qui jugez la terre
. » Or, s'il aime la justice parfaitement,
il doit pour elle supporter patiemoient toute sorte
de peines et tous les mepris <lont il peut etre cou-
vert. En effet la justice lui donnera surtout deux
choses : l'une de faire ce qu'il doit, l'autre de
souffrir ce qu'il doit. En d'autres termes, de soutfrir
le mal qu'il a merite, s'il n'a pas fait le bien qu'il
Le joste re- deva't- Voila comment il arrive d'uue mamere qui
toit deni surprend que, sans abaudonner la justice nous
hoses par la , , . „ , ,
jostice. somnies abandonnes par elle. pmsque toute preva-
rication est punie par elle. II n'y a personne qui
puisse se derober aux atteiutes de la cbaleur. Or,
Don-seulement uu liowme juste n'a point cette
peine en horreur, mais meme il la recoit volontiers,
parce qu'il croit avec foi que c'est par elle que les
fautes de savie passee sont puriQees. Delavienten
effet qu'il est ecrit : « Le juste ne s'attristera point
de quelqne chose qui lui arrive IPrnv., xn, 21). »
Aussi, aux differentes voluptes quil'ontf aittomber,
il oppose les remedes contraires qui le relevent ;
par exemple, s'il est tombe par desobeissance, il re-
vient a la vie par le travail et l'obeissance ; s'il est
tombe dans la debauche et la dissolution ; il se re-
met de ses chutes par le gout de la continence et
par la rigueur de la discipline. 11 tire son chatiment
des elements memes du monde dont il n'avait fait
usage que pour incliner a la volupte. Lorsque ces
tourments out dure longtemps, qu'il est eprouve
comme lor dans la fournaise, tant que le trouvera
bon celui qui nous nourrit du pain des larmes et
nous donne a boire l'eau de nos pleurs avec abon-
dance {Psal. lxxix, 6j, alors enfin il commence a
se consoler, et il entend Isaie lui dire : « Consolez-
vous, consolez-vous, mon peuple, dit le Seigneur.
Parlez au cceur de Jerusalem et assurez-lui que ses
maux, e'est-a-dire son aftliction, sont finis, que ses
iniquites lui sont pardonnees, et quelle a recu de
la main du Seigneur une double grace pour l'ex-
piation de tous ses pecbes (Isal. XL, 1 et 2). » Une
fois qu'il a recu de la consolation, il est inquiet et
cherche comment il pourra plaire a celui a qui il
s'est donne (II Tim. n, It), et dans tout le bien qu'il
fait il ne se propose qu'une seule chose : plaire a
son Createur.
k. Puis, il passe au troisieme degre d'avance- 0ntrJ'"|mo"
ment, e'est-a-dire il devient ami de la sagesse qui degre par
ii i ■ l'amoar de
lui parle avec une affection toute maternelle, et liu |a sagesse; et
dit : « Mon tils donnez-moi voire eccur il'rov., xxiu, dueat'^^'e
26). » Une fois arrive a ce degre, il ne lui reste pas P" l'osage
' de la ut(ui
alibi (licit : Nos uero omnes revelata facie gloriam Dei
u/antes, in eamdem imaginem transfnrmamur a
claritate in claritatem, tanquam u Domini Spirilu. Hoc
ipsum et Psalmista de sauciis videtur sensisse. Bene-
dictwnem, inquit, dabit legislator ; ibunt <Je virtute in
virtutem, videbilur Deus deorum in Sion. Ambulet et
isle, quern in manibus babeinus : eat et proficiat, donee
ad qnarlum gradum perveniat. Ibi sine dubio ractiis sa-
piens, videbit Deuui deorum in Sion. Porro eo ipso quod
dixi, qui bene diligit animam suam. debet etiam diligere
justitiam. Alioquin si diligit iniquitatem, odit plane,
non diligit. animam suam.
3. Diligendo auter.i justitiam transit ad secundum
gradum, et audit illud Sapientis praceptum : Diligite
justitiam qui judicalis terrain. Quam si perfecle di-
lexerit, debet pro ea ferre patienter omnem ptenam et
quamcunque illatam contumeliam. Duo quippe prss-
labit ei justitia : unum. ut facial quod debet : alterum,
ut patiatur quod debet : scilicet, ut si bonum non fe-
cerit quod debuit. malum quod meruit patiatur. Sic
miro modo ne deserendo quidem justitiam ab ipsa de-
serimur, dum per ipsam quilibet praBvaricationis rea-
tus pi;mtu". Neque enim est qui se abscondat a calore
ejus. Hanc autem poenam non solum vir Justus non
horret; verum etiam libenter excipit, dum per earn
preterits vita? peccala purgari (ideli'er credit. Hinc
enim scriptum est : Aon coniristabit justum quidquid ei
accident. Opponit igiturvariis voluptatibus quibus cor-
ruil, contriiria niedicamenta per qua? resurgat. Verbi
gratia, cecidit per inobcdienliam ; per obediential la-
borem redit ad vitam : lubricus exstitit ac dissolutus:
per conlinentia> studinm rigoremque discipline repa-
ratur. Patitur ab ipsis elementis mundi poenam, quo-
rum usu dudum defluxerat ad voluptatem. Quibus cru-
ciatibus cum diu ; tanquam auram in fornace probatus
fuerit, quantum scilicet dignum judicabit is qui in pane
lacrymarnm nos cibat, et potum dat nobis in lacrymis
in mensura; incipil jam consolari, et audit illam Isais
vocem dicenlis : Conso/amini, coisolamini, popule mens,
dicit Deus vester. Loquimini ad cor Jerusulem, el ad-
vocate earn, quoniam compteta est malitia ejus, id est,
aftlictio : dimissa est iniquitas illius. Suscepit de mnnu
Domini duplicia pro omnibus peccalis suis. Postquam
vero consolationem receperit, sollicitus est et qiuprit
qnomodo placeat ei qui se probavit. Facit quidquid bo-
ni f icit, ut soli placeat suo conditori.
4. Transit ad tertium gradum sui profectus : ut sit
scilicet amicus sapientis, qu» materno affectu loquitur
72
OEI'VRES DE SAINT BERNARD.
autre chose a faire qua passer au qnatrieme ou on
.lit que se lienl le Bage. C'esI ce qui a lieu quaud il
agit. non plus seulemenl pour pi lire a Dieu , ce qui
est le propre du tro . mais payee que
Dieu lui plait, ou que ce qu'il fait plait a Dieu.
Quiconque en esl arrive la, pent chanter en toute
confiance el securitececantique dusage : «Eulout
j'ai cherche le repos, etc. [Eccl. xxtv, ill. ,> En effet,
e'esi avoir trouve le repas en tout quaud Dieu plait
a celui qui n'a point appris a plier la volonte de Dieu
a la sieune, mais la sienne a celle de Dieu. « il s'ar-
retera dans 1'lieritage du Seigneur, » ainsi que la
promesse qui en est faite de la bouche meme du
neur, quand ildil o le te donnerai laterre ou
tu dors (Gen. xsvin, 13), » e'est-a-dire ce repos ou
tu es arrive par ton travail et tes peines, je le ren-
drai pour toi stable et perpetuel. S'il ajoute : « et a
ta race, » on peut le comprendre en ce sens que
non-seuleiuent cette tranquillite est assuree en cette
vie et en l'autre a ton esprit, 6 homme, mais en-
core la glorification de ta chair, a ta race, e'est-a-
dire a tes ceuvres.
CENT-QLATRIEME SERMON.
Quatre obstacles a la confession.
Qoatr« 1. II y a quatre choses qui font obstacle a la
^nfwSoo!* confession, ce sont, la honte, la crainte, 1'esperance
t. Ls home. et 'e desespoir. En effet, les uiis sont re ten us par
la honte et ne sont empecb.es de confesser les fau-
tes qu'ils out faites que par la confusion qu'ils en
ressentent. Cest de cette honte que Salomon disait:
« II y a une honte qui amene le peche (Eccli. iv,
25). » Le meme disait au contraire, en parlant de
3. L'espe-
raucc.
reux qui confessent leurs peches, « et il y a une
honte qui amene la gloire [Ibidem . 9 deujc choses
que le Psalmiste nous recommande en ces termes :
o Vous avez revetu la confession et la gloire (Psal.
i in, 2 , » et encore a la confession el la gloire 5»nj
sou oeuvre (Psal. ex, 3). » D'autres sont arretes par
la crainte : ils apprehendent, ep effet, s'ils se con-
fessent, qu'on ne leur impose une lourde penitence; l. Laerainto
'•'est a eux que s'adressent ces paroles de Job :
« Ceux qui craignent la gelee sout accables par la
neige (Job vi, 16). » 11 y en a beaucoup qui desi-
rent encore quelque chose en ce 'non, I.' g| pen sent
qu'ils n'obtiendront point tr qu'ils desirent s'ils se
montrent tels qu'ils sont aux lioiiunes. Ce qui
arrete la confession de ces derniers, e'est I'espe-
rance, je veux dire L'ardent dfesir de voir leurs
voeux accomplis. Cest eux que le Seigneur menace
dans 1'Evangile, en disant : « Malheur aux femmes
qui seront grosses ou nourrices [Malt, xxiv, 19 . »
Enfin il y en a aussi qui ne craignent rien de tout
cela, et qui u'ont d'autre crainte que de ne pouvoir
s'abstenir de pecher apres s'etre confesses : ce qui
les arrete e'est done le desespoir. On peut leur
appliquer avec raison ces p.: u!cs : « Une fois au
fond de l'abiuie, le pecheur n'a plus que du mepris
(Prov. xvm, 3). » II arrive meme quelquefois que
ces quatre obstacles a la fois, empechent la confes-
sion ; mais l'homme qui succombe sous le faix de
ces quatre niaux, est bien diimeut elendu au fond
deson sepulcrejdejameme, couunele mortde quatre
jours de 1'Evangile, il repand une mauvaise odeur.
11 est ecrit en effet, : u l.a confession n'est plus pour
les morls, parce qu'ils sont comnie s'ils n'etaient
plus (Eccli. xvu, 26). » Mais si celui qui ne confesse
Le desei-
poir.
sibi, cum dicit : Prabc, fili, cor tunm milii. Cum ergo
ad bunc gradual pervenerit, nihil aliud ei reslat, nisi
ut ad quartum ascendal, ubi dicitur esse sapiens. Hoc
aulem fit. quando jam operatur, non ut ipse Deo pla-
ceat, quod utique in tertio grade feeerat; sed quia pla-
cet ei Hens, vel quia placeat Deo quod operatur. Quis-
quis talis est. poles! rum tola liducia ac sccuritatc cons-
cieutix illnd Sapientis caulicum decantare : In omnibus
requ<< ■ Hio enim requiescit in omnibus,
cum per omnia ei placeat Dcus, qui noa Dei volunta-
tcm ad suam curvare, sed suani didieil ad Dei volun-
tatem erigere. Morai tar in hcereilitate Domini, sicut ei
ejui-dem Domini voce proiuittitur, cum dicitur : Ten-am
: dormu tibi dabo : hoc est, quictcm istam, ad
quam penenisli labore tuo ct miincre meo, stabilem
tibi faciam atque perpetuam. Quod autem subjungit,
et semini tuo, sic possumus intelligere, ut non solum
spiritui delur tranquillitas isla ct bio, el in futuro;
sud attain Bemini tuo, id est, operibus tuisdabitur cor-
poris tui glorilicalio.
SERMO CIV.
De quatuor impedimenta, confesiionis.
1. Quatuor sunt qua impediunl confessionem, pndor,
timor, spaa, desperalio. Quosdam enim impedit pudor,
qui scilicet pro sola confusione dicereerubescuntpeccata
qua? commiserunt. De quo per Salomonem dicitur :
Est cenfusia adducens peecatum. Quo contra de his qui
confitentur, ilcnim dicitur: Est con fusio adducens g/oriam.
Qnos eliamcummcndat Prophela, dicens : Confessionem
et decorem induisti . Et alibi: Confessioet inugnifieen-
lia o/jus ejus. Alios impedit timor. Timent enim si
confite.intur, ne gravis eis pceniteatia injungalur, et
arguit Job, dicens : Qui timet pruinam, irruet super
earn nix. Sunt autem nonnulli, qui in hoc mundoadhuc
aliquid concupiscunt, nee putant se adepturos quod
desideinnt si huminibus quales sint inno.escanl. Horum
confessionem impedit spes, id est cupiditas potiendi
desiderii. Talibus comminatur Dominus in Evangclio :
Va pragnanfibus et nutrieniibus. Sunt item alii qui
ni^ horum verentur, sed solum hoc timent, quia post
peccatorum confessionem ab ipsis ahstinereminime pos-
sent. Et his obest desperalio. Quibns non incongrue
illud potest aplari : Peceator cum venerit in profundwa
malorum, eontemnit. Fit vero nonnuuqiiam, ut bm
omnia siinul confessionem impedianl. Sed qui quatuor
his malis premilur, rcctc jam in monumento jacet, el
vel 1 1 1 ille evsDgel cus quatriduanus faelet. Soriptum est
enim : A mortvo ,perit confess io. Quod
mortuus est qui non confltetur, utique revi\
qui confitebitur. Veniat ergo Jesus, et dic«t. Vent fnras :
SERMONS DIVERS.
7«
Antidote de
la honte,
Dela
crainto.
De
l'esperaDce/
Du
plus scs peehes est mort, il s'en suit que eelui qui
les confesse revit. Que Jesus vienne done, et qu'il
s'ecrie : « Sortez dehors [Joan, xi, M), » et a sa
voix le mort ressuseitera sans retard. Que notre
mort entendu done eette exhortation, et qu'il ne
differe point de se confesser.
2. Uisons done a celui que la honte arrete : pour-
quoi rougissez-vous de confesser votre peche quand
vous n'avez pas rougi de le commettre ? Et d'ou
vient que vous avez honte de confesser a llieu voire
faute, quand vous ne pouvez vous soustraire a ses
regards? Si vous n'osez confesser votre faute a tut
h<>inme, a un pecheur, que ferez-vous au jour du
jugeiuent oil votre conscience sera mise a decou-
rort devaut tous les hommes. II faut dune opposer
trois choses a la honte, la consideration de la rai-
son, le respect de Dieu qui nous voit, et la eompa-
raison d'une honte plus grande. De meme il y a
trois remedes a opposer a la crainte, il faut songer
en effet, combien longue est la peine do l'enfer,
combien elle est grave, combien inutile, tandis
que, au contraire, la penitence de la vie presente
est courte, legere et profitable. Contre l'esperance
il y a aussi trois remedes, les biens du siecle futur,
qui sont plus grands, plus surs et plus durables
que ceux de la vie presente, car au prix d'eux tout
ce qu'on pent souhaiter en ce monde, est peu de
chose, incertain et pour ainsi dire, momentum?. De
meme au desespoir de vaincre le peche, il y a trois
remedes : le premier est l'euergie du bon propos
qu'on puise dans la confession. Le second est la
grace de Dieu qu'on merite par son humilite, et le
troisieme est le secours qu'on trouve dans la com-
passion de celui a qui on se confesse.
CENT-CINQU1EME SERMON.
mon stir
les paroles
d'Isaie, n. 4.
et ad vocemejus illico suscitabitur mot-tuns. Excipiat hie
nostet' mortuus exhortationem, et non differat confes-
sionem.
2. Dicatttr ergo illi quem pudor afficit : Cur te pudet
peccalum tuum dicere, quem non puduit facere ? Aut
cur erubescis Deo conliteri, cujtts oculis non poles abs-
condi? Qttod si forte pudor est tibi uni homini et pec-
catori peccatum tuum cxponere, quid faeturus es in die
judieii, ubt omnibus cxposita tua conscientia palebit?
Haec itaque tria proponenda sunt contra pudorem,
scilicet consideratio rationis, reverentia inluentis Dei,
comparatio majoris confusionis. Similiter contra timorem
oppuneutla sunt tria. Considerandum enim est, quam sil
lunga pcena inferni, quam gravis, quam infructuosa. E
contrario vero praesenlis temporis pcenitentia brevis eat,
ellevis, et fructuosa. Contra spem quoquc ilidem tria
opponuntitr, bona scilicet futari saiculi, prasentis vitae
bonis majora, certiora, durabiliora : ad quorum compa-
rationem, quidquid in boc. mundo desiderari potest
modicum est et incertum : et,utitadicam momentaneum.
lla i-oiitra desperationem vinoendi peccatum, tria sunt
remedia. Primum est vigor ipso propositi boni qnem
assuinil ex confessioue. Secundum est gratia Dei, quam
mcretur ex humililale. Tertimn est auxiliitm, quo ex
•jus habat coi confitetur oompassione.
Conditions requites pour la justification et te salut.
1. II y a deux choses en quoi consisle notre salut, V. pins haut
ce sont la justification et la glorification, l'une en
est le commencement etl'autre, la consommation.
Dans l'une est le travail et dans l'aulre le fruit du
travail. Quant a la justification, elle est le fruit de
la foi, la glorification le sera de la vue en face.
Mais en attendant il est impossible a l'esprit humain
de se faire une idee de la grandeur de la glorifica-
tion des saints dans la vie future. C'est d'elle, en
effet, qu'il est ecrit : « ni l'ceil n'.i vu, ni I'oreille
n'a entendu, etc. (Isa. lxiv, k). » Nous n'en parle-
rons done point ici, puisqu'elle depasse nos forces;
quant a la justification qui est do cette vie, j'en
dirai ce qui me semble necessaire, pour l'edification
de nos freres ; ear c'est la voie par laquelle on
passe a la glorification, selon ce mot de l'Ap6tre :
« Ceux qu'il a predestines il les a aussi appeles, et
ceux qu'il a appeles, il les a justifies ; et ceux
qu'il a justifies il les a aussi glorifies (Rom. viu,
30). » On ne saurait done arriver a la glorification
si on ne commence par la justification, puisque
l'une fait le merite et l'autre la recompense. C'est
ce que le Seigneur nous a enseigne dans son Evan-
gile, lorsque en prechant le royaume de Dieu a ses'
disciples, il commenca par leur parler de la justice
en ces termes : « Si votre justice n'est pas plus
abondante que celle des scribes et des pharisiens,
vous n'entrerez point dans le royaume des cieux
[Matt, v, 20). n
2. Or, il fautnoter que, de meme que le Seigneur
SERMO CV.
De requisites ad justifiealionem et sa/utem.
1. Duo sunt in quibns consistit nostra salus, justifica-
tio, et glorilicatio. Altera 'milium, altera perfeclio est.
In ilia labor, in hac autem fructiis laboris est. Et nunc
quidem jiistificatio (il per lidem : nam glorilicatio erit
per speciem. Quanta autem sit in futtira vita glorificatio
sanctorum, humanus interim non potest altingero intel-
lectus. De ilia enim scriptum est, quod ocutus nun vidit,
nee auris audivit, etc. Hac ergo interim omissa, quo-
niam vires nostras excedit, de juslilicatione qua; nunc
agitur, aliquid ad aadificationem fratrum noslrorum ,
quod ncessarium visum est, loquamur. Ipsa est enim
via. per quam fit transitus ad glorificationem, dicente
Apostolo : Quos proedestinavit, hos et vocavit ; et quos
vocavit, hos et justificavit; quos autem juslificarit, hos
et magnificavit. Neque enim potent oblineri magnificatio,
nisi justiticatio praecesserit : cum islameritum, ilia prae-
mitim sit. Hoc in Evangelio docuit Dominus, qui cum
Discipulis cvangclizarel regnum Dei primum eis pro-
posuit. justiliam, dicens : Nam nisi abundaverit justu
tia uestra plus quam Scribarum et Pharisirorum, non
i>itrahttis in regnum c<xloruJ?i.
2. Notandum aulem, quod sicut in illo beatitudinis
7*
OEL'VRES DE SAINT BEHNARD.
se manifestera a ses elus dans le royniime de la f6-
licite. junir les gloriGer, aiu>i '1 se montre a eux
dans lc lieu de leur passage pour les justiQer, en
sorte que ceux qui doivenl nnjour fitre glorifies en
le voyanten face, commeDceul a 6tre justifies par lui
au moyen dela foi.Or, il y a Irois cboses dont doit
s'abstenir quieoiiqiie desire ctre juslilie : c'est d'a-
borrt des oeuvres mauvaises, en second lieu des desirs
de la chair, et, entroisi6melieu,dessoinsdu siecle.
De meme il y a trois choses a quoi ils doivenl s'ap-
pliquer, elles sont enfermees dans le sermon du
Seigneur sur la montagne {Mull, v, r. ce sont
I'aum6ne, le jeune el la priere. Alnsi la justifica-
tion s'accomplit done de celte raaniere, en s' ibsti -
nant des vices qui sont delendus, et en faisanl Mr-
lement le bienquiesl prescrit, 11 faut done opposer
aux oeuvres mauvaises, les oeuvres de misericorde,
aux desirs charnels, les jeunes, et aux soucis du
siecle present, 1'amour de Dieu et la priere li-e-
quente.
CENT-SIXIEME SERMON.
Trois choses necessaires pour (aire penitence.
Trois choses 1. L'ame a trois etats ; elle est nnie au corps,
n'crsia'res seParee du corps, ou reunie au corps. Dans le pre-
penitencc. mier etat elle doit faire penitence, et dans les deux
autres elle a en partage le repos ou le rhatiment,
suivant qu'elle a fait le bien ou le mal dans son
corps (II Cor. v, 10). En effet, pour faire penitence
il faut trois choses, le temps, un corps, etlelieu.La
necessite du temps ressorl de ces mots de l'Apdtre
o Voici maintenant le temps favorable, voici le jour
du saint ill Cor. vi, 2). » (Juant au corps, voici ce
que le meme Apod re en dit : « Nous devons tons
comparaitre devant le tribunal de Jesus-Christ,
afin que chacun de nous receive ce qui est du aux
bonnes oil aux mauvaises actions qu'il aura faites
pendant qu'il fetait revetu de son corps (II Cor. v,
10). Et voici ce que l'Eeriture nous dit au sujel du
lieu : « Si l'espril de celui qui a la puissance s'elcve
sur Mins, ne quittez point votre place (Eccl. x, U). »
Or, le temps se divise en trois parlies, le passe le
present et le futur. Quiconque fail penitence com-
me il faut ne pen) aucune de ces parties. En effet,
il repare le passe qu'il avail perdu, quand il repas-
se sis annees ecoulees dans 1'ainertume de son
ame; pour le present, il s'en assure la possession
par les bonnes oeuvres, et quant a 1'avenirille tient
par la conslance de son bon propos. Voici comment
l'Apolre parle du passe : « Rachetant le temps
parce que les jours sont mauvais (Ephes. v, 16). »
Quant aux ceuvres du present il nous y engage en
ces termes : « Pendant que nous en avons le temps
faisons du bien a tons, mais surtout aux domesti-
ques de la Ibi (Galat. vi, 10). » C'est le Seigneur
lui-meme qui nous parle de l'avenir; voici com-
ment il le fait : « Quiconque perseverera jusqu'a la
On sera same (Malt, x, 22). »
2. I.e corps aussi nous est necessaire pour faire
penitence. C'est, en effet, dans le corps que nous
pouvons souffrir des rnaux et faire du bien : souf-
frir les uns pour les fautes que nous avons comnii-
ses, et faire du bien pour acquerir les recompenses
eternelles. Aussi comment uiie ame sortie de son
regno praesentem sc eleclis suis exhibebi' Dominus nil
glorificalioncm, ila etiam se cisdem ipsis exfaibet in via
peregrinalionis ad jiistilicalioiiem ; ut aquo scilicet glo-
riflcandi sunt per speeiem, ab ipso prius justilicenlur
per fidem. fit quidem tri.i sunt, a quibus abstinurc
debent quicunque justificari desiderant. Primp utiqne
ab operibus pra\ is, sccundoa carnalibus desi leriis, lertio
a curis sspculi. Item Iria sunt quibas debent insistere,
qtiie etiam continct sermo Domini in monte, elcemosyna,
jejuniuin, oratio. Sic enim adimpletur justdioaliu ; ilura
ab inicrdictis viliis abstinent, et bona qua; precepla sunt
(idelilcr e.xercent. Opponanlur ergo pruvis operibus
opera misericordiae, contra carnalia deaideria adliibcan-
tur jejonia, et pro curia saeculi succedat amor Dei, et
I'requentia orationis.
SERMO CVI.
De Iribus ail agendam pamitentiam necessariis.
I. Tres sunt status nnima' : in corpore, posilo n>r-
pore, recepto corpore. Primus dalus est ei ad agen lam
pcenilentiam, reliqui duo ad liabcndam requiem vel poe-
nam, scilicet prout gessil in corpore, sive bonuin, sive
malum. Ad agendam vero po?niteiitiam tria sunt neces-
earia, tempus, corpus, et locus. Quod tempus sit neces-
Mrarn, rticit Apostolus : Ecce nunc tempus acreplnbih.
2/Le corps
ecce nunc dies sa/ulis. Similiter et de corpore idem
BCribit : Omnes nos oportet manifestari ante tribunal
Christi, ut re feral quisque propria corporis prout gessit.
Sed et de hoc loco loquitur Scriptura, dicons : Si OS-
cenderit super le spiritus potestatem habentis, locum
tuum ne deseras. Porro tempus in Iria dividitur, inpraa-
teritum, in praesens, in futurum. Horum nullum perdil,
quisij ds recte poenitentiam agil. Nam prar-terilum qui-
dem quod perdiderat restaurat, dum in amaiiludine ani-
msB suae omnes annos suos recogitat : pra'sens aulcni
tenet jam per exercilium operis : futurum vero per
conslanliam boni propositi. De praeterito loquitur Apos-
tolus, cum dicit ; Redimentes tempus, quoniam dies
malt sunt. Ad praesenlis vero operationcm horlatur nos,
cum dicit : Dum t-mpus habernus, operemur bonum ad
omnes, maxime autem ad donesticos fidei. Puturi nos
admonct Dominus, cum ait : Qui perscveravnrit usque
in firiem, salvus erit.
2. Corpus quoque necessarinm est ad agendam poeni-
tentiam. In corpore quippe possumus mnla pati, ct
bona operari. Pati scilicet pro commissis delictis, ope-
rari pro adipiscendis aeternis praemiis. Qui ergo corpore
caret, diguos picnilenli;e fructus fncere quomodo valet V
Et notandum . quod poenilentia qu;e per corpus
geritur, brcvis est et levis. Erevis, quia corporis
nwiile lenninatur : levis, quia per socielatem corporis
ferlur facilius. Gravis siquidem easet, si earn solus ani-
SEHMONS DIVEHS.
75
corps sera-t-elle en etat de faire de dignes fruits de
penitence? Mais il faut noter que la penitence que
nous faisons dans le corps est courte et legere : elle
est eourte, alteudu que la mort du corps y met
fin, et le.ge.re parce que, unie au corps, Tame ia sup-
porte plus faeilemenl. Au contraire elle serait lour-
de si Time etait seule pour la supporter ; plus elle
en laisse au corps, plus le poids quelle en garde
Le lien, pour elle est allege. Entin le lieu semble egalement
utile et necessaire pour faire penitence, or, ce lieu
c'est l'Eglise du temps present. Quiconque neglige
d'y faire penitence comme il faut, pendant qu'il
vit dans son corps, ne peut obtenir aucun remede
de salut daxis l'autre monde.
CENT-SEPTIEME SERMON.
Sentiments qu'il faut avoir dans la priere.
1. II doit en etre du pecheur par rapport a son
Createur, comme du malade par rapport a son
medeciu, et tout pecheur doit prier Dieu comme
un malade prie son ruedecin. Mais la priere du pe-
cheur rencontre deux obstacles, Testes ou 1'absence
de lumiere. Celui qui ne voit ni ne confesse point
ses peches est prive de toute lumiere; au contraire
celui qui les voit, mais si grands qu'il desespere du
pardon, est offusque par un exces de lumiere : ni
l'un ni l'autre ne prient. Que faire done ? II faut
temperer la lumiere, atin que le pecheur voie ses
peches, les confesse, et prie pour eux alin d'en ob-
Quatre semi- tenir la remission. II faut douc d'abord qu'il prie
menis daDs nvec ur) selltmlent de confusion, c'est ce qui a lieu
priere. quand le pecheur n'ose point encore s'approcher
lui-rueme de Dieu et cberche quelque homme
saint, quelque saint pauvre d'esprit qui soit comme
mus portaret. Cum vero et ipsi corpori ejus partitur
pondus, quanto magis inde corpus oneralur, tanto am-
plius animus exoneratur. Locus etiam videtur necessa-
rius esse et utilis, Ecclesia scilicet vitse. pra?sentis : in
qua quisquis dum in corpure vivit, paenitcnliam recte
agere negligit, nullum in fuluro salutis remedium obti-
nere poterit.
SERMU CVI1.
De affect 'iambus orantium.
1. Sicutoeger ad medicum, sic esse debet peccalor
ad Creatorem suum. Qui ergo peccalor est, debet orare
Deum, sicut aeger medicum. Duobus autem modis im-
peditur oratio peccatoris : vel nulla, vel nimia luce.
Nulla luce illustratur, qui peccata sua nee videt, nee
confitelur. E cortrario nimia luce obruitur, qui ea tanta
ridet, ut de indulgentia desperet. Horura neuter oral.
Quid ergo? Temperanda est lux, ut peccata sua videat
peccalor, et conlitealur, ac pro ipsis oret, ut remit-
tantur. Primo ergo ejus oratio debet fieri verecundo
affectu. Hoc autem fit, cum necdum peccdor .mdet
per seipsum accederc ad Deum, sod qtisrit aliquem
«i',ri'im virum ; aliquem sanctum pauperem spiritu,
la frauge du mauteau du Seigneur, et par qui
il puisse s'approcher de lui. Nous avons un exemple
de cette sorle de priere, dans celte femme de TE-
vangile qui souffrait d'un Uux de sang : dans son
desir d'etre guerie, elle s'approche et se disait en
elle-meine : « Si je louche la frange de son vete-
ment, je serai sauvee (Matt, ix, 21). » La secoude
sorte de priere est celle qui se fait avec une affec-
tion pure; c'est ce qui a lieu quand le pecheur s'ap-
proche lui-meme enfin, et confesse ses peches de
sa propre bouche. La pecheresse qui lavait de ses
larmes les pieds du Seigneur, et les essuyait des
cheveux de sa tete, et donl le Sauveur a dit « beau-
coup de peches lui sout remis parce que elle a
beaucoup aime [Luc. vii, 47), » nous a laisse uu
exemple de cette priere. La troisieme se fait avec
une ample effusion de sentiments; c'est quand celui
qui avait commence par prier pour lui-meme, prie
en tin pour les autres. Voila comment les apotres
ont prie pour la Chananeenne qui priait elle-me-
me pour sa fille. « Seigneur, disaient-ils, accordez-
lui ce qu'elle demande, alin qu'elle s'en aille, car
elle crie apres nous Malt, xv, 23). » La quatrie-
me sorte de priere est celle qui part d'un eceur pur
sans hesitation, avec action de graces, et dans un
sentiment plein de devotion. Telle fut la priere que
lit le Seigneur quand il ressuscita Lazare depuis
quatre jours au tombeau : il dit en effet : « Je vous.
rends grace mon Pere de ce que vous m'avez
ecoute {Joan, xi, il). » Telles sont aussi les prieres
que TApotre veut que nous fassions frequemment
quand il dit : u Priez sans cesse, et rendez grace
en toute chose (I Thess. v, 17). » C'est de ces qua-
tre sortes de prieres. je veux dire de la priere
humble, et de la pure, de la prie e ample et de la
devote qu'il nous parle quand il nous excite en ces
qui sit in ora vestimenti Uumini tanquaui fimbria, per
quern habeat accessum. Hujus oraiionis tenuit typum
illu evangelica mulier, qua; fliixuin sanguinis patiebatur ;
cupiensque sanari accessil, et intra se cogitavit dicens :
Si tetigero fimbriam vestimenti ejus, sa/va ero. Secunda
oratio (it puro affectu : et boc fit quando scilicet pec-
calor jam per seipsum accedit, et ore proprio confitetur.
Talis orationis reliquit nobis exemplum ilia peccatri.x,
quae lacrymis rigavit pedes Domini, et capillis capitis
sui tersit de qua dictum est a Domino : Remittuntur
ei peccata mutta, quaniam dilexit multum. Tertia oratio
effundilur amplo affectu : et hoc fit, quando is qui pro
se oraverat, orat jam pro aliis. Sic oraverunt apostoli
pro muliere Cbananasa pro (ilia sua rogante : Dimitle,
inquiunt, illam, quia clamat post no*. Quarta oratio
eiiiittitur devoto affectu, quae de cordis puritate sine
ulla haesitatione cum gratiarum actione depromitur. Ta-
lem orationem fecit ipse Dominus, quando quatriduanum
de monumento Lazanm resuscitavit, el ait; Pater,
graiias ago tibi, quia audisti me. Tales orationes docuit
nos Apostolus facerc trequenles, dicens : Sine inter-
missione orate, in omnibus gratias agile. Has quae dicta?
sunt quatuor orationum species, id est, verecundam.
76
OEITRES DE SAINT BERNARD.
formes a prier : « Je vous conjure, avant tout, de il dit par la bouche d'lsa'ie : « Avant rpii"ils crient
faire des supplications, des prieres, des demaudes je les exaucerai; el lorsqu'ils parleront encore
et des actions de graces I Tim. n, 1). » En eliet, j'exaucerai leurs prieres [Isa. lsv, 24). » 11 y a
1. Ce qu'il
doit
demander.
les supplications se font dans un sentiment d'hii-
milite, les prieres dans un sentiment de purete,
les demaudes se font dans un sentiment d'effusion,
et les actions de graces dans un sentiment de devo-
tion.
r.fim qui 2. Je vous ai parte des differents genres d'affec-
pri«id°ier°D* tions et de prieres. il I'uil que je vous parle anssi
twu choses. je ja purete de la priere. I'.t d'abord, il me semble
qu'il y a trois choses necessaires pour donner a la
priere line direction leiine. En diet, celui qui prie
doit considerer ce qu'il demande dans la priere,
quel est celui qu'il prie et quel il est, lui qui prie.
Or, dans l'objet de sa priere il a deux choses 1 ob-
server, en premier lieu, de ne demander nen qui
ne soit selon Dieu, el en second lieu, de&irer avec
la plus grande ardeur de sentiment ce qu'il de-
mande. Prenons un exemple : demander la tnort
d'un ennemi, le mal ou la ruine du prochaiu, ce
n'est point faire une priere qui soit selon Dieu,
puisque hii-meme vous fait cette recommamlation:
«Aimez vos ennemis, faites du bien aceux qui vous
haissent, benissez ceux qui vous maudissent et
priezpourceux qui vous calomnient (Luc. \i, 27). »
Mais si nous demandons la remission de uos peches,
la grace du Saint-Esprit, la vertu et la sagesse, la
foi et la verite, la justice et l'humilite, la patience.
la douceur et tous les autres dons spirituels, si dis-
je, e'est la ce que nous avons en pensee et l'objet
de nos plus ardents desirs, notre priere est bien
selon Dieu, etnierite pardessus tout d'etre exam re.
Voila certainement la priere dout Dieu parle quand
d'autres choses encore qui, lorsqu'elles nous font
(iel'aut, nous sunt accordeesde Dieu el peuventelre
oun'etre point selon Dieu, d'apresla I'm a laquelle
nous les rapportoiis. Telle est la saute du corps,
I'argent, et L'abondanee des autres choses sembla-
bles, Toutes ces choses-la viennent bien de Dieu,
neaiunciins, U n'en taut pas faire trop de cas ni les
possederavec trop d'attachement. De meme, il y a -
deux choses aussi a considerer dans celui que nous
prions, sa bonte etsa mijeste : sa bonte par laquelle
il vent gratuitement, et sa majeste par laquelle il
peut s.ms peine donner ce qu'ou lui demande.
Quant a celui qui prie, il a aussi deux cboses a
considerer par rapport a lui, e'est qu'il ne merite
poiul d'etre exauce par lui-meme, et qu'il n'a d'es-
poir d'obtenir ce qu'il demande que de la miseri-
corde de Dieu. t'.'est enflu avoir un cceur pur que
d'avoir presenter a l'esprit les trois choses dont je
viens de parler et de la maniere que je l'ai dit.
Mais celui qui prie avec cette purete et cette inten-
tion du cceur est sur d'etre exauce, car, selon ce
que dit saint Pierre : « Dieu ne fait acception de
personue, mais en toute nation, celui qui le craint
et dont les ceuvres sont justes, lui est agreablc
(Act. x, 34). »
CE.NT-HU1TIEME SERMON.
Des saignees spirituelles.
II y a deux causes pour tirer du sang a l'homme,
puram, amplam, devotam, nuncupat aliis nominibus, ei
ad eas nos hortatiir dicens : Obsecrg primo omnium fieri
obsecraUones, oraiioaes, poslulationes, gratiurum actio-
nem. Nam obsecrationes vcrecundo, orationes puio,
postulationes amplo, gratiarum acliones fiunt affectu
devoto.
2. Diximus de geueribu* allerlionum et oralionum :
dicamus cliain qua [imitate sit orandiiin. El quidem
tria ridenhu mibi aic esse aeeassaria, qnibus oralionis
intenlio lirmiter est adslringenda. Considerare Bamqne
debet is qui oral, et quid pet. I, el ipsum quern petit,
el seipsum qui petit. In eo aulein quod petit, duo debet
attenderc, ut secundum Deum sit quod postulat, e!
ni tM ipsum in summo aflectus desiderio habeat. Yerbi
gratia, si mortem iniinici, si lawiuueiu seu dejoctionem
proximi orando petici-il, non est secundum Deum talis
oratio, cum ipse pi ceipiat. et dicat : Diligite van
vestrot, benefucite his qui oderunt cos; ct nrat'1 pro
penafKButUm et eatmtruantiiue vat. Si vcro peccaturum
remissionem, si Spiritus Sincli graiiam, si virlutern al-
que sapientiam, si Idem, veritalern, jiistiliam buinili-
tatem, patientiam, iiiansiicliidinem, el r.elera spiritualia
charismata quiesierit, el ea oogttando vohementer af-
leclaverit. hec secundum Deum est oratio at luec vere
elur audiri. De hujusmodi enim orationibut loqui-
2. Qui Ml
celui
qui prie.
tur per Isaiam Deus : Antequam clament, ego exau-
ili im; adhuc Mis loquentibus ego audiam. Sunt et alia,
qua; cum desunt, a Deo dantur, et possunt esse vel non
esse secundum Deum, quantum duntaxat interest finis
ad quem referuntur : ut est corporis sanitas, pecunia,
cxterarumque rerum affluentia : qtue etsi a Deo sint,
i ii ni lames sunt magni pendenda, nee ex desiderio pos-
sidenda. Similiter ct in ipso quem petit, debet duo
considerare, bonitatem, et majeslatem. Bonitatem, qua
gratis velil , el m qestatem, qua plane possit dare quid-
quid pelilur. Scd et in seipso qui petit, debet nihilo-
iniiius duo attendere, id est, ut pro suis mentis nibi
;lci .-pt n in ni putet, sed de Dei misericordia tantum quid-
quid rogaverit, impetraturum speret. Tunc ergo dicitur
cor purum, quundo tria haec quae dicta sunt et co modo
quo dicta sunt, cogitat. Et quisquis hac puritate et
inleiitionc cordis oraverit, exaudiri se sciat : quia, sicut
taslatur Petrna apostolus, Non est personarum acceptor
Deus, ■■<■,/ ,u omni genie qui timet Deum et operatur
justitiam acceptus est ilti.
SEHMO CVIII.
De spirilun/i minutione sanguinis.
Minnendi wnguinis duplex e»t cauta. Intardum qua-
SERMONS DIVERS.
77
ou bien il en a trop, ou bieu il l'a mauvais. Une point tomber entre les mains du Dieu vivant : cela
abondance excessive de sang n'est pas moins dan- est juste, j'en conviens; mais il ne faut pas aller
gereuse que son alteration. Or, le sang de notre trop loin, ou sinon, vous devez reprimer cette
ame c'est notre volonte, car, de toutes les humeurs ardeur immoderee, de peur quelle ne anise a l'u-
du corps, le sang est par excellence le soutien de nion et ne serve I'indiscretion.
notre nature, la vie de notre ame est dans notre
volonte. II faut done nous tirer aussi de la volonte
quand elle est mauvaise, parce qu'elle est une
cause de maladie spirituelle. Oui, qu'on la diminue
du moins puisqu'on ne pent la tirer tout-a-fait et
nous en saigner a blaue. 11 faut en ouvrir, en cou-
per la veine avec le fer dela compunction, afin de
livrer passage au consentement du peche, si on ne tard, que nos lampes s'eteignent. Pr)Ur moi ,
peut en laisser couler toute espece de sentiment.
Est-ce que vous pensez qu'il ne peut point [y avoir
dans l'ame une abundance inutile de sang meme
bun ? Ecoutez comment un sage medeciu nous ap-
prend qu'il faut nous tirer du sang de la justice. »
Ne soyez pas trop juste (Eccl. vn, 17), » nous dit-
il. Ce qui se rapporte parfaitement a ces paroles de
l'Apotre : « Ne pas etre plus sage qu'il ne faut, mais
etre sage avec sobriete (Rom. xu, 3). » Qui doit-on
eviter de saigner, si la justice et la sagesse ont
besoin d'etre saignees elles-memes ? Est-il un sang
plus utile ? Et pourtant, rappelez-vous bien que
CENT-NEUVIEME SERMON.
II faut eviter le vain eclat des verbis. Prenons
garde, mes f'reres, que, trompes par le vain 6clat
des vases, nous n'ayons a nous plaindre, mais trop
pense que celles qui paraissent s'eteindre alors,
n'ont jamais ete allumees. En effet, il est dit : « Le
royaume des cieux est semblable a dix vierges qui
prennent leurs lampes (Untth. xxv, 1) : » qui
prennent, dit le Seigneur, non point qui allument.
D'ailleurs, comment les auraient-elles allumees,
puisqu'elles n'avaient point pris d'huile avec elles?
Et comment le feu aurait-il brule, la ou manquait
la matiere qui lui sert d'aliment? Mais la chastete
meme seule brille : il est vrai, aussi plus elle est
une lampe brillante meme sans feu, plus est belle
la generation cbaste avec la charite. C'est de la
d'etre juste a l'exces, ce n'est point etre juste, et meme maniere, que meme dans les vierges folles,
qu'on ne siurait appeler sagesse, une sagesse lvre
de sagesse, si je puis parler ainsi. Ainsi 6videm-
ment en est-il du sang du corps, s'll devient trop
abondant, ce n'est plus un aliment pour lui, mais
un detriment. Si done vous trouvez encore du
cbarme a pecher, vous avez le sang gate, il faut
vous hater d'operer une saignee. Si vous voulez
faire penitence, il faut chutier votre corps, affliger
on voit le renoncement a toutes les aulres voluptes,
la patience dans les adversites, l'honnetete dans la
conduite, et la circonspection dans les paroles, la
charite que fait l'aumone et toutes les bonnes
ceuvres semblables, plaiie par une sorte de grace
naturelle et briller comme d'uu eclat inne; mais
parce que ces vertus brillaient plutot de leclat du
verre que de celui du feu, il s'ensuivit par la
vos membres et vous juger vous-meme, pour ne meme, qu'elles penserent que leurs lampes etaient
• el. punirt.
litas, interdum quantitas obest : nee minus perniciosa
mmoderata abundantia, quam corruptio. Sanguis animaj
me;e, voluntas mea. Naturae siquidem cognatus pne
caeteris humoribus sanguis dicitur, et aniniEe vita in
voluntate est. Minuatur ergo prava voluntas, qua? raorbi
causa est spiritualis. Minuatur, inquam, dum penitus
exhauriri exsiccarique non potest. Scindatur et
aperiatur vena ferro corapunctionis, ut peccati, etsi non
omnis sen: ■ •:, certe consensus eftluat et abjiciatur. An
dubilas inveniri et in anima sanguinis non inutilis inu-
tilem abundantiam ? audi sapientem medicum, qui et
ipsum ducetjustitiE sanguinem minuendum. Noli, in-
quit, ntmium esse Justus. Simile est et istud Apostoli :
Non plus sapere, quam oporlet sapere, sed sapere ad
sobrielatem. Cui putas vena3parcendum est, si etjustitia,
et sapientia egent minutione? Quis enim sanguis uti-
lior.' Illud tamen memento, neenimis justum, justum :
nee ebiiam (ut ita loquar) sapientiam oportet sapientiam
nominari. Fie nimirum et in sanguine corporis invenire
est, ubi excreverit nimis, non jam nutrimentum afferre
corpori, sed detrimentum. Quamobrem si peccare delec-
tat adbuc, sanguis viliosus est, et minue-e festinato.
Si vis agerc pamitentiam, castigare * oportet membra,
corpus affligere, judicare temetipsum, ut non inci-
das in manus Dei viventis. Justum id quidem, sed ne
quid nimis. Alioquin reprimendus est fervor immode-
ratus, ne noceat unitati, servial indiscretioni.
SERMO CIX.
De inani splendore virtutum cavendo.
Caveamus, fratres, ne vasorum interim vacuo splen-
dore decepti, sero conqueri habemus quod lampndes
nostra; exstinguuntur. Ego enim reor minime fuisse
accensas, qua? tune videnlur exlingui. Sic nempehabes:
Simile est regnum emlorum decern virginibus, qua ac-
cipientes lampades suas. Aocipientes dixit, non accen-
dentes. Quomodu enim accenderunt, quae non sump-
serunt oleum seeum? Aut ubi ignis materia defuit, quo-
modo ignis fuif? At luce castitas etiam ex seipsa. Sed
quanto lucidior lampas ardens, quam sine igne, tanto
pulchrior casta generatio cum cbaritate. Sic et ca>teris
voluptalibus temperantia, et paticntia in adversitatibus,
bonestas in conversatione, et circumspeclio in strmone,
eleemosyna quoque et hujusmodi opera piefatis, natural!
quadam placere gratia, et velut ingenito deeore etiam
apud fatuas virgiues renitere videntur. At qnoniam vi-
tpea magis^ quam ignea elaritate Mgebant, eo ipsa
71
CGI \KL-:s DE SAINT HERNAKD.
eteintes, puree qn'elles s'apercurent que ce vain
eclat etuit eclipse pur la lumiere eternelle.
CENT-DIXIEME SERMON.
Paroles de I homme a sot-mime ou plutit a son dme.
Quelle est notre misere et de combien de sortes
est notre indigence! Nous avons besoin meme de
parler, mats si e'est doublement miserable, ce n'esl
pourtant point etonnant que nous ayons besoin de
nous parler les nns aux autres, mais ee l'est bien
plus que nous ayons besoin de nous parler a nous-
menies. « Nul ne connait ce qui est dans I'homme ,
si ce n'est I'esprit de I'homme qui est en lui (1 Cor.
n, 11). » II s'est ereuse un grand ablme entre nous,
ll taut que la parole intervienue comnie un ins-
trument pour qu'il y ait passage d'un cceur a
l'autre, pour la communication de nos pensees.
Voila le besoin qui a fait iuvenler la parole. Qui
l'ignore? Mais de plus, e'est a nous-niemes que
nous eprouvons le besoin de parler, en effet, le
Prophete s'ecrie : « 0 mon ame, est-ce que tu ne
seras pas soumise a Dieu, car e'est de lui que vient.
nion saint (Psal. lxi, 1)? » Quel homnie n'eprouve
souvent le besoin de rappeler son kme, d'appeler
sa raison , de rassembler ses sentiments? Quel
bomme n'eprouve frequemment le besoin ile
s'adresser a lui-meme la parole, de se presser de
menaces, de se donner des avis, de s'aceuser soi-
meme? Que dis-je, il doit meme recourir a des rai-
sonnements pour se persuader lui-meme. Telle est,
en effet, cette reflexion du Prophete : « car e'est de
lui que vient mon salut ; » quelquefois aussi il se
console, comme lorsqu'il dit : « pourquoi es-tu
triste, 6 mon ame, et pourquoi me troubles-tu
latnpades suas arbilrabantur extingui, quo nimirum
inanem Uunc splendorem ab aaterna conspexcrint luce
reprobari.
SERMO CX.
De alioculiane hominis ad seipsum, vel onimam
suam.
Quanta est miscria nostra, et indigentia noslra quam
multiplex ! Eliam verbis opus habemus. Et cum utrum-
que sit miserum, non jam minim quod inter nos : mi-
rum magis, quod eliam ad nos ipsos. Nemo scil quce
sunt in homing, nisi spiritw hominis qui est in ipso.
Chaos magnum inter nos fit-matum est, nisi interve-
nicnte quasi instrumento vcrborum fiat ad invicem
tran^itus quidam cordium in communicatione cogita-
tionum. Hac necessitate inventa sunt verba : quis nes-
ciat? Verumtamcn et nos i| sos verbis jam all qui ne-
C06se est, Sonne Deo svbjedu erii unima mea? Pro-
pheta ait : Ab ipso enim saiutare meum. Et cui non fre-
quenter necusse est auimam revocaie suam, advocare
ratiunem suam, suos convocare aflectus? Cui non opus
est crebro seipsum convenire verbis increpare minis,
sollicitare. monitis, urgere accusationibus? Quin etiam
[Psal. mi, 6)? » D'autres fois il semble s'exciter et
il se dit : a l.uwe Dieu, A mon ame (Psal. CILV, 11. »
Enlin, il ne lui arrive pas line fois, mais plusieurs
fois, de s'avertir lui-me'me des choses qu'il aafaire,
comme lorsqu'il dit : a 0 mon ame, benis le Sei-
gneur, et garde-toi bien d'oublier tout ce que tu
tiens de lui (Psnl. cil, 2). » C'est que, en effet, mon
cceur m'a abandoning et je me trouve dans la ne-
cessity de me parler a moi-meme, ou pluidt a un
autre moi-meme, el celad'autant plus longuement,
que je suis encore moins rent re dans mon cceur,
inoins ivlourne en moi-meme. enlin moins uni a
moi. Car il n'y aura plus de necessity de nous
parler meme les uns aux autres quand nous con-
eourrons tons a ne plus I'aire qu'iin seul homme
parfait. Leslangues cesseront bien a propos, on
q' aura plus besoin d'interprete de l'un a l'autre,
quand notre. unique Mediateur aura si bien renipli
toute charite entre d'eux , que nous serous
plus qu'un nous-memes, avec ceux qui sont vrai-
mentet & jamais qu'un, je veux dire avec Dieu le
Pere, et Jesus-Christ meme, Notre-Seigneur.
CENT-ONZIEME SERMON.
II ftiut prouver sa foi par sa vie et par ses maws,
ou les six temoignages a rewire a Dieu.
1. On ne doute point, pour peu qu'on ait seu-
lemeiil le nom de Chretien, que l'eternelle felicite
de la celeste patrie, et les tourments de 1'enfer re-
serves aux impies, surpassent non-seulement les
sens du corps de I'homme; mais encore la portee
meme de l'intelligeuce du cceur. Plut au ciel
que cette foi subsistat dans tous le homines, et
produisit des consequences dignes d'une telle
croyauce, d'un cote, allumat nos desirs et de l'autre
La langueur
de notre foi
et sa
torpeur sont
cause
que nous
sommes
tiedes dans
le soin
de notre sa-
lut.
ratioclniis suadere expedit : quale est, Ab ipso enim
salulare meum : el consolari aliquando. juxta illud,
Quare triitis es anima men, et quure conturbas me ?
et interdum velut excitare, et dicere, Lauda anima mea
Dominum : et noniiunquam diligenlius commonerc de
quibus oporlet, tit est, Benedic anima men Domino, et
noli oblivisci omnes retributiones ejus. Nempc cor meum
dereliqui't mc, et necesse babeo ad meipsum, imo ad
me alterum loqui. Alque id interim tanto amplius,
quanto minus sum adluic reversus ad eor, reversus in
mc, nnitus denique mihi ipsi. Nam ne invicem qui-
deni erit jam verbis uti, ubi in nnum uliqne virum
perfectum occurremus omnes. Opportune igilur linguae
cessabunt; nee medius requirelur interpres, ubi usque
adeo medium omne charitate constraverit ille unicus
Mediator, ul et nos in unum facli simus in ipsis, qu
vere sempiterneqtie unum sunt, Deo Patre, et ipso
Domino Jesu Christo.
SERMO CXI.
De Fid; vilu et moribus contestunda ; seu de sex testi-
mentis Deo perhibentis.
t. /Eternam ccelestis patriae, ad quam nostra peregri-
SERMONS LUVEKS.
79
cxeitat nos craintes? En etfet, qu'est-ce qui nous
empeche de braver les epees tirees cunt re nous,
ou meme de passer paries ilauimes s'il le I'ullut,
pour echapper a un tel malheur, et pour nous
elancer vers une si grande gloire, si ce n'est que
notre i'oi est insensible et morte ? Ajoutez a cela,
pour m.-ttre le comble a notre malheur, aux obs-
tacles de notre salut et aux occasions de nuns
perdre, que, dans l'estime que nous faisuns de eette
double fin qui nous attend, notre cceur n'est pas
.'accord arec le jugement, et que meme dans l'exa-
men des deux voies qui se presenteut a nous, nous
ne tenons pas assez cornpte du jugetneut de la
verite meme. 11 ne faut pas nousetonner si nos
desirs ne sont excites par aucun gout de verlus, la
pensee de 1'eternelle felicite elle-uieme, les laisse
engourdis, ni qu'on ne craigne point l'amertume
presente du peche, puisque meme les supplices
eternels prepares au diable et a ses anges, ne nous
inspirent aucune apprehension. Cela ne s'explique
que parce que, dans les choses qui nous touchent
de pres, bieu qu'elles soient moindresqued'autres,
nous desirous avec plus d'ardeur les agreables, et
redoutons de meme les facheuses.
2. Mais ce dont je ne puis assez m'etonner, c'est
que notre ioi chancele au sujet du present quand
elle semblc si certaine sur l'avenir. C'est ainsi, 6
insenses enfants d'Adam que, ne jugeantet ne dis-
ceruant point ce qui est, lorsque vous avez les pro-
messes de la vie presente et de la vie future (1 Tim.
iv, 8), vous vous montrez incredules et infideles
dans la vie meme qu'il vous est donne de vivre,
en sorte qu'il semble evident que la foi des pro-
natio suspiral, felicitatetn, et e contra gehennae paratos
impiis cruciatus, omnem excedere humani non uiodo
corporis sensnm, sed etiam intellectual cordis, nemo
dubitat, qui vel nomine tenus sit fidelis. AUpie utinam
viveret in omnibus fides ista, et credulitatem, ut di-
gnum erat, sequeretur ; hinc quidem desiderium, inde
limor! Quid est enim, quod non optamus etiam per
medios enses, aut, si oporteat, semiusti declinare roise-
riam tanlam, et ad tantam accelerare gloriam, nisi quod
insensibilis est, et mortua fides nostra ? Accedit sane ad
cumulum iiilV itatis, salutis impedimentum, occasio-
nem perditionis nostra:, quod in aestimalione quidem
tinis utriusque afTectio nostra judicio -non consentit ; sed
in consideratiore viarum ne ipsum quidem satis tene-
mus judicium veritatis. Nee mirum si nulla virtutum
delectatione movetur desiderium, quod etiam circa
illam a>ternam bealitudinem torpet : aut si prssentem
non metuit amariludinem peccatorum, qui ne ipsa qui-
dem parata diabolo et angelis ejusaeterna supplicia per-
timescit. Nisi quod in catteris utique consuevimus ipsa,
quorum ricini p nobis expericntia est, etsi longe minora
sunt, vehemeatius et jucunda appelere, et formidare
ruolesta.
2. Illud satis mirari nequeo, cur (ides nostra in prae-
sentibus titubat, qua: de futuris tarn certa videtur. Sic
fatui filii Adam non judicantes, neque quod verum est
messes a venir, ne nous a ete laissee que pour
mettie le comble a votre damnation. On pent en D,<,il T'ent
, ' qne les
dire ailtant des men ices que ues proiuesses. Ln promepses et
etfet, esi-ce que le Dieu qui nous assure qu'il y a le'd™o""M
un royaume prepare pour les elus, et un fell pour onus
, ''it- touchent si
les reprouves, n est pas le meme qui nous atteste pM.
avec autant de verite et <le la meme bundle, que
ceus qui ne s'apprucbent point de lui sont dans le
travail et la peine et sunt charges, tandis que ceux
qui viennent a lui ne sauraient defaillir, cumtne
pourrait le craindre la faiblesse humaine, mais
seront fortifies par lui? Celui qui nous prumet un
royaume a jamais delectable est le meme qui nous
assure que son joug est doux et son fardeau leger.
Celui qui nous promet une beatitude eternelle dans
la patrie, nous promet aussi dans la vie presente
du repos et des forces. Eufiii le Prophete nuus dit :
(i L'oreille n'a point oui, l'ceil n'a point vu, et le
cceur de l'homtne n'a jamais concu ce que Dieu a
prepare pour ceux qui l'aiment [ha. lxiv, U et I
Cor. 11, 9) : » Et nous le croyons bien volunliers
tous. (Juant au maitre meme des prophetes, voici
comment il s'exprime : « Venez a moi vous tous
qui travaillez et qui etes charges, et je vous soula-
gerai : prenez mon joug sur vous, et vous trouve-
rez le repos pour vos ames, car mon joug est duux
et mon fardeau leger [Matt, xi, 28) . » Or, combien
n'y en a-t-il pas qui detournent l'ureille de leur
cceur ? Car puur celle du corps peut-etre n'oseraient-
ils point le faire. Qu'est-ce que cette incredulite-la ?
Ou plutot quelle folie n'est-ce point? Comme si la
Sagesse pouvait se tromper, ou la verite induire en
erreur? Comme si la charite ne voulait point don-
discernentes, cum promissiones habeatis vitae ejus qua:
nunc est, pariter et futuras, in ea quam protinus est
experiri, omnino incredulos vos exhibetis et infideles;
ut palam fieri videatur, non nisi ad cumulum damna-
tionis relictam vobis fidemfutura; promissionis? Idipsum
sane considerare est et de comuiinatione. Nonne enim
idem ipse, qui paratum asserit electis regnum, reprubis
ignem, eodem ore et eadem veritate testatur, laborare
et oneratos esse, quicunque ad ipsum non accedunt :
accedentes anlem non det'ecturos, ut est trepidatio pusil-
lanimilatis humanae, sed reflciendos ab ipso? Qui regnum
ineffabiliter delectabile pollicctur, ipse jugum suum
suave et onus leve esse testatur. Qui a?ternam beati-
tudinem promittit in patria, praesentem quoque requiem
et refectionem repromittit in via. Denique propheta lo-
quitur, dicens : .Vec oculus vidit, nee uuris audivit,
nee in cor hominis aicendit, quae prteparavit Deus
di/igentibus se; et facile credimus universi. Loquitur
ipse Dominus propbelarum : Venite ad me omnes qui
laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos : totlite
jugum meum super vos, et invenietis requiem anima-
bu-i vestrii ; jugum enim meum suaue est, et onus meum
I ■■■■.• et quam multi avertunt cordis aurem? nam curpo-
risjam forte non audent. Quid incredubtalis istud est,
imo quid insania: ? Quasi vero aut falli Sapientia, aut
fallere Veritas possit? Quasi aut Charitas quod offert,
(fcl YKLS DB SAINT RKKXAKD.
JMlUt UC fgi.
Les cht^ticns
qui TiTent
mal
font le Sau-
*eur
trompeor et
meoieur.
ner ce quelle otlre, on la Toute-Puissance ne pou-
v.nl teak » s.'S |>roinesses.
3. Quel h— Win est assez adotine an pl.u-ir de-la
table it des sens pour tie point imbraaser la sol.n. -
te tt la chastele, s'd etait certain qu'elles hit don-
iwront de plus grandes jouissances ? Qui est assez
arabitieux pour ne point se montrer content tie
letat le plus humble, et tie la pauvrete la phu
extreme, s'd savait qtte la eh. trite tpii ne cherche
point ses propres avautages est plus aimable, coui-
me elle lest M ell'et, que toutes les dignites de ce
monde 1 Oil est l'avare qui ne ferait ti de tons les tre-
sors, s'll et.iit convaiiicti que la pauvrete est plus
aureable? C*est .lone en vain maintenaiit que
Jesus-Christ nous assure de toutes les facons que
son t'ardeau est leger, puisque ceux-la meme qui
portent le nom de l.hivlieus lvputeut le f.tr.leau du
diable, et le joug de la cbair et du siecle beaucoup
plus dehcieux. Mais d'oii vient, Seigneur mou Dieu,
que vous et.s, en etl'et, aussi inconsidere qu'ils le
font croire? Pourquoi proinettre si haul ce qu'il est
si facile de prouver que vous n'aceordez point?
Vous assurez que votre esprit est plus doux que
le miel en ses rayons, et voila la des hommes qui
trouvent plus douee la chair du gibier, que dis-je,
o honte, le corps dune prostituee, la vamle du
sieele. Malheur a eux ! Les infortunes ne jugent les
choses que dun cote, et ils ont du degout pour
voire manne cachee qu'ils n'ont point goiitee ! Alt,
ceux qui en ont fait la double experience, saveiit
bien que Dieu est vendique {Rom. in, i>, tandis
que tout bonime est menteur, aussi devrait-on
regarder leur temoignage comme extremenient
digne de foi, mais, 6 mon Dieu, on se rit et on
tient aussi peucompte de vospromesses que de l'ex-
perience des votres, car les hommes charnels ne
percoivent point les choses qui sont de Dieu; elles
leui p.iraissent de la folie ^1 Cur. il, 1Z|). 11 ne f aut
pae -'clonner que lTioniine ne eroie pas a l'expe-
rienoe dun autre hotume quand il ne croit pas
meme a la promesse de son Dieu. Voila done coin- Les homme«
1 ct.iinela
inent nous sommes traiies d'insenses, nous autres n rient He«
qui pn 'chons la douceur de la croix du Seigneur, prorah7c'"de'
parlous avec siege des delices de la pauvrete, exal- future,
tons la gloire de l'liumilile, et n'ayons a la bom lie
que les louanges des delices de la chaslete. Eh bien
qu'on traite d'insense avec nous le Propheie qui
ii. >us assure qu'il a trouve des delices dans la loi du
Seigneur, comme on en trouve dans tons les ii.-
sors tin monde (Psal. cxvm, 14).
4. Mais vous qui etes sages a vos propres ycu\,
preleivz a la loi de Dieu, je ne dis point tons les
tresors du monde, mais les quel. pies rkhesses que
vous pollvez mendier ou vous voudrez, mais jamais
votre loi if aura un temoignage. Ci-st en \otts qu'il
se trottvera, dans le secret, dans un recoin M'lll.
vi, fl), la oil le Pere celeste lui-uieme ne saurait
vous voir, mais oil il peut vous dire « je ne vous
cuimais point (Mutt, xxv, 12). » Vous croyez
fermement que Dieu est juste, veridique, remunera-
teur, tout-puissant, souveraiuemerit bon et eternel.
Soyez done des aspics sourds et se bouehant les
oreilles pour ne point entendre ses reproches
quand il vous dira : « Moutrez-moi votre loi SIM
les ceuvres (Jacob, n, 18). » Que vo'is en coiite-t-il
de croire ? M;.is iru.lez-vous bien d'entrer dans la
voie des couimandements, car elle est ardue, roide
etimpraticable. Ah ! hommes malhemeux. infortu-
nes ! vous n'avez point trouve la voie qui conduit
a la cite oil vous pussiez habiter (Psal. evi, 4),
aussi vous etes-vous egares daus des lieux oil il
n'y a ni chemiu ni seiitier. Les termes de la voie
dare nolit : aut omnipotentia non valeat reddere quod
promittit.
3. Quis enim hominum adeo voluptati et luxuris de-
ditus est, qui non sobrietatem et castitatcm magis elige-
ret, si certus esset, eas sibi delectabiliores fore? Quis
tarn ambitiosus, qui non inciperet vilitate omni et ex-
tremitate esse conlentus ; si, ut vere est, charitatem qua?
non quarit qua; sua sunt, dignitatibus uoiversis sciret
amabiliorem ? Quis tam avarns, qui non omnino di-
vilias sperneret, si jucundiorcm cretleret paupertatem?
Nunc autem Chrislus frustra clamat de levitate
oneris sui : sine causa jugum suum suave pradicat :
quandoquidem et ab ipsis qui Christiano censentur no-
mine, onus diaboli, et jugiim rarnis atque saeculi hujus
delect.. bilius reputatur. Sed unde tibi vel inconsideratio
tar.ta, quanta ab ipsis imponitur, Dotnine Dins
meus? Cur tam publice polliceris, quod tain facile de-
prehenderis non implere? Dulcioretn super mel et fa-
vum spiritum ttiiuu asseris : et ecce isti dulciorem in-
veneruut carnem venalionis : carnem, prota pudor ! mere-
tricis ; sieculi vauilatem. V» miseris I de parte judicant
et tanquam amarum fastidiunt manna tuum abscunditum,
quod non gustaverunt ! Sane qui probaverunt utraque,
ecce hi sriunt, quia Deus verax, omnis autem homo
mendax. Ipsorum proinde testimonia esse debuerant
credibilia nimis : sed cum promissionibus tuis, tuorum
quoque experientia contemnitur et ridetur. Carnalis si-
quidem homo non percipit qnse sunt spiritus Dei, sed
stultilia illi videntur. Nee mirum, si experto non credit
homini, qui Deo non credit promittenli. Ergo insani re-
putamur, qui crncem Domini p:-,e Jicamus esse suavem ;
qui deleetalionem patipeitalis ma^nificamus, extollimus
bumililalis gloriam, eructamus delicias casiitatis. Insa-
nus nobiscum aestimetur et Propheta, qui elicit deler.ta-
tum se esse in testimoniis Domini, sicut in omnibus di-
vitiis.
4. Vos qui sapientes eslis in oculis vestris, non
omnos, sed piuca*. quas ntstfnqae meudicare polestis,
divili;is, divinis prajferte testimoniis, ut nullum unquam
babeat teslinioniuin fides vestra. Penes vos sit in occul-
to, In abscondito, ubi ne ipse <[tiiJei.i videat Pater qui
est in ccelis ; sed dicere possit, quia nescio vns. Kirmiter
credilis Iteiim jtislnni, vcrareni, reniimciatorem,omnipo-
tenteni, summe bontini, lutejuum-, Exhibele vos aspides
surdas, et obturantes aiires, ncquando audiatis vocem
improperantis, et dicentis : Ostende mihi /idem tuam
SERMONS DIVEKS.
81
qui vous semble bonne, et que vous trouvez char-
raante, mais qui n'a, en efitet, rien qui ressemble a
de vrais charmes, c'esl un precipice qui va jus-
qu'au fond de l'enfer; c'est la qu'il y aura des
pleurs et des grincements de dents. Sortez de votre
sommeil, 6 vous qui etes ivres, et pleurez si vous ne
voulez point que ces larmes ne vous prennent a
l'improviste. Car quand vous direz, paix et secu-
rite, alors la mort fondra tout a coup sur vous,
comnie )es douleurs de I'enfantement saisissent la
femme grosse, et vous ne pourrez y echapper
(1 Thess. v, 3) : Ce sera avec juslice assuretnent,
puisque vous vous plaisez aujourd'hui a perdre le
temps pendant lequel vousdevriez voir, et vous vous
detournez de la seule voie ouverte a la fuite.
5. Le Seigneur a dit : « Priez Dieu que votre
fuite u'arrive ni en hiver, ni le jour du sabbat
[Matt, xxiv, 90). » Fuyez pendant que le temps
est favorable, el qu'une voie pleine de charmes se
c'est-l-dire pxesente a vous. Fuyez pendant les six jours qu'il
attribuis six est permis de travailler. Fuyez dans les six temoi-
moignages. gna„es flont nolls avons parle plus baut, je veux
dire dans les temoignages de la justice, de la verite,
de la remuneration, de la toute-puissance, de la
souveraine bonte et de lelerniie, si vous ne voulez
point, je ne dis pas donner, mais souffrir le der-
nier, je veux dire le septieme temoignage, celui
du zele. Race de viperes, qui vous a avertis de fuir
la colere a venir (Luc. ui, 7)? La voie oil vous
courez est une voie de mort, nne voie de perdition,
une voie limit le terme est un precipice au fond
meme de l'enfer. Pourtant il vous resle toujoursune
esperance, car vous n'etes pas encore arrive au
terme de voire voie, je veux dire de voire vie.
Hutez-vous de le prevenir, ce terme, de peur que
De la
liberalite.
II faut
donner a
Dieu
surpris vous-memes vous ne demeuriez la oil vous
seriez tombes. Venez, mes esfants, ecoutez-moi, je
vous enseignerai la voie du salut, la voie du te-
moignage de. Dieu dans laquelle vous puissiez gou-
ter des delices pareilles a celles qu'on trouve dans
des tresors.
6. Que notre premiere etape nous conduise jus-
qu'a votre cceur, car c'est la, pecheurs, que la voix
de Dieu nous appelle, la, que le temoignage de sa Le temoi-
justice engendre la crainte et la componction. De s°justjce.
la, passons a la confession des levres et n'besitons D , , ,..,
point a rendre temoignage a la Verite meme contre
nous, carelle rougira devant son Pere de quiconque
aura rougi d'elle devant les homines (Luc. ix, 26).
Faisons marcher ensuite le detachement de nos
biens et la distribution de nos richesses selon ce
qui est ecrit : « 11 a repandn des biens avec
liberalite sur les pauvres, sa justice demeure dans
tons les siecles (Psnl. cxi, 6), » et ailleurs : « Si
vous voulez etre parfaits, allez, vendez ce que vous
avez, donnez-le aux pauvres, et vous aurez un
tresor dans le ciel (Matt, xix, 21). » Dans ce liberal
partage de vos biens se trouve le temoignage des
largesses divines et de ses dons abondants, car celui
(jui donne ses dons de son plein gre, montre evi-
demment qu'il en attend de plus considerables de
la main du Seigneur. Mais il y a uu quatrieme
temoignage a rendre a Dieu, c'est celui de la toute-
puissance ; il se trouve dans la mortification du
corps. Sans doute il faut seiner un corps animal, Del« loule-
mais c'est pour qu'il ressuscite spirituel (I Cor. xv
lib). Celui done qui epargne sa chair ne vous sem-
ble-t-il point douter de sa resurrection et de son
changemeut? De meme celui qui n'est pascontrit
de cceur doute de la justice ; celui qui ne confesse
[mitsanct
sine operibus. Credere quant! vobis constat? Viani au-
tcni testimoniorum nolite ingredi, quoniam ardua est,
aspera, et inambulabilis. Miseri et infelices ! qui viara
civitatis liibitaculi non invenistis ; et ideo erralis in in-
vio, el non in via ! Finis nempe viarum, quie videntur
vobis bonae, quas delectabilea vos esse judicalis, (neque
enim vere quidquam deleelalionis habenf.) demergitur
in profundum inferni : ibi erit fletus et stridor dentium.
Expergiscimini ebrii et flete, ne fletus ille perpetuus np-
prehendat incautos. Cum enim dixeritis : pax et securi-
tas , tunc subitaneus vobis superveniel interitus, tan-
quam in uluru babentl, et non effugielis. Merito plane,
qui nunc fugiendi tempus scienter amittilis, et refugitis
effugiendi viam.
5. Orate, inquit Dominns, ut non fiat fuga vestra
hieine, vet sabbato. Fugile, dum tempus est acccptabile,
et via delectabilis exhibetur. Fugite sex diebus, quibus
operari licet. Fugite in testimouiis sex illorum qua?
supra tetigimus, juslitia?, veritatis,remunerationis,omni-
potentiie, summ« bonitatis, aeternitatis : ne forte septi-
mum, diviui scilicet zeli testimonium, non tam detis,
quam sustineatis inviti. Genimina viperarum, quis vos
docuit fugcre a ventura ira? Via mortis est, in qua
curritis; via perditionis, via cujus finis demergit in pro-
T. IV
fundum inferni. Adhuc tamen spes est, quia necdum
viae, id est vita?, finis advenit. Festinate praDvenirefinem :
ne subito praioccupati, quocum que cecideritis, ibi sitis.
Venite"lilii, audile me : viani salulis docebo vos, viam
testimoniorum Dei in qua delectemini et vos sicut in
omnibus divitiis.
6. Sit prima dieta usque ad cor. Illuc nempe praeva-
ricatores vocat vox divina; ubi testimonium ejus com-
punclionem generct et timorem. Hinc sane procedatur
ad confessionem oris, ut non cunctemur eliam contra
nosmet ipsos perhibere testimonium veritati. Quisquis
enim coram hominibus erubuerit illam j hunc et ilia
erubescet coram Patre suo. Sequatur deinde possessio-
num dislractio, distributio facultatum, sicut scriplum est :
Disp rsit, dedit paup 'ribu?, Juslitia ejus mane tin sa>cu-
lum sceculi. Et item : Si vis esse per fectas, vadeet vende
omnia quce habesfil da pauperibus ; et habebis thesau-
rum in c.azlo. Est enim in hac liberali proprielatis effu-
sione testimonium largitatis divina? et copiosa? retributio-
nis, ut qui sponte distribuit sua, indubilanter sperare
videatur de manu Domini auipliora. Adhuc autem et
quartum quoque pra?beas necesse est testimonium omni-
potentia? : dico autem in corporisaftlictione. Seminandum
quippe est animale corpus, sed ut spirituale resurgat
62
CEUVRES DE SAINT m:RN.\HD.
point de houche ?e? peches, doute de la verite, et car il y a une conscience bonne, mais qui n'esl point
cclui qui est avs es futures, tranquille; il yen a une Iranquille sans etre bonne;
ft ainsi de suite pour les autres attributs. Et si il s'en trouve une troisieme sorte qui n'est ui
allez jusqu'au point de renoncer a voire pro- bonne ni tranquille et une quatrieme qui est bonne
olonte, vous rendez un temoignage indubitable et tranquille. I. a conscience tranquille sans
a la bonte de Dieu, car, en envenant la.vousattes- etre bonne est la conscience de reus qui pe
tez bautement que vous ne voulez point faire voire dans L'esperance et se disent inlerieurement qua
te, mais celle de Dieu que vous placez avant Dieu ne so met pas en peine de nous ; e'est la cons-
li \otre, vous criez sinou de la Louche ct de la cience des jeunes gens surlout. Celle qui est bonne
langue, du moins de fait, et en verite, que personne sans etre Iranquille, e'est la conscience de ceux
■ Lion, si ce n'est Dieu (Luc, xvui, 19). qui, etant eniin revenus a Dieu, repassent leurs
D« r«temiit. 7. il vous resle apres eela a perseverer, car la annees dans l'amertume de leur ftme. La conscience
De la bonte.
II j a qnatra
soncs de
consciences.
V. Is traite
tic la
conscience
livre XI.
chapitro >
des
Fleurs.
' Edition de
P&ntelius.
perseverance est le reste de la route a faire, e'est le
jnage de l'eternite. En eti'et, la perseverance
(bus uotre genre de vie est une image de l'eternite
u. puisque nous reproduisons dans cette vie
il est en lui-meme en iinitaut, dans la i'aible
mesure de noire pouvoir, son incornmutabilite.
: ce qui faisail dire au sage : « L'insense est
i^eant comuie la lune, et le sage stable comine
le soleil {Eccl. xxvn, V2). » Telle est la voie, mes
tres-chers fxeres, parcourez-la, car e'est en mon-
lant de vertu en vertn que vous verrez le Dieu des
dieux daus Sion [Psal. i.xxxui, 8). Puisse a cette
glorieuse vision nous couduirele Seigneur des ver-
tu? et le Roide gloire, Jesus-Christ Notre-Seigneur,
qui est la voie, la verite et la vie.
CENT-DOUZIEME SERMON '.
0 mon dme, rentre dans ton repos (Psal. civ, 7).
L'ame travaille et se repose dans sa conscience,
ni bonne ni tranquille est celle des homines qui
desesperent de leur sal ut en songeant a la multitude
de leurs peches. Enfin celle qui est bonne et tran-
quille est celle qui a assujetti la chair a l'esprit et
qui se montre paciQque au milieu de ceux qui
haissent la paix. Celle-la estle lit de l'ame. C'cst la,
en eti'et, quelle goute le repos, mais un repos
encore imparfait, car pour qu'il fut parfait, il fau-
drait que sa conscience fut non-seulement bonne et
tranquille, mais encore en pleme security. Aussi le
Psalmiste continue-t-il en ces termes : « Car il a
delivre mon ame de la mort, mes yeux des larmcs
et mes pieds de toute chute [Psal. cxiv, 8) : « De
la mort, en nous donnant une bonne conscience;
des larmes, en nous la donnant tranquille et bonne;
de la chute, en nous la donnant pleine de secu-
rite.
CENT-THE1ZIEME SERMON.
« Purifiez-moi, Seigneur de mes fautes cachees,
et preservez votre serviteur des fautes des autres
Non tibi ertro qui pared eorpori, de resurrectione et ira-
mutatione hcEsitare videtur ? Sic et qui non compungilur
animo, de juslitia ; et qui non confitetur, de veritate ;
et qui avaius est, de retributione futura. Eodem quoque
modo considerare est et eajlera quae sequuntur. Etenim
si eousque proficias, ut propria? abrenunties voluntati
certissimum istud est divinae testimonium bonitatis.
Veniensnimirum non tuam, sed ipsius facere rolunlatem,
commendas magnifice, quam sic prsfifers ; damans non
verbo, Deque lingua sed opere et veritate : quia nemo
bonus, nisi solus Ileus.
7. Superest ut persevcrantiae studeas. Haec enim viae
consummatio est, et testimonium habet aeternitatis.
Imago siquidem seternitatis divine, perseverantia est
i ; ut quomodo ipse est, ita et
nos simus in Luc saeculo, incommulabililatem illam
pro modulo possibilitatis nostras imitantes. Hinc quippe
Sapiens ail : Stullus ut luna mutatwr, sapiens- permanet
ut sol. rgo via, dilectissimi, ambulate in ea :
quoni;im ascendendo de virtute in virlatem videbi-
tur Deus dcoruiu in Sion. Ad cujus gloriam visiotiis
ipse nos perducat Dominus virtutum el Rex glorias, qui
est via, Veritas, et vita, Jesus-Christus Doininus noster.
SERMO CXII.
1. Convertere anima mea in requiem tuam, Laborat
et requiescit anima in conscienlia, quia conscienlia
alia bona, et non tranquilla : alia tranquilla, et non
bona : alia nee tranquilla, nee bona : alia bona, et
tranquilla. Tranquilla el non bona eorum est, qui in
spe peccant, et dicunt in corde suo, quod Deus non
require! : et ista maxime adolescentium. Bona, et non
tranquilla, eorum est, qui jam conversi ad Dominum,
reoogitanl anno- snos in amaritudine. Nee bona, nee
tranquilla, eorum, qui prae mullitudine peccalorum des-
perant. Bona, el tranquilla eorum, qui earn- m spiritui
subdiderunl : qui cum bis qui oderurit pacem, sunt pa-
ciflci. Hie est lectus animae : in hoc requiem capit anima,
sed non perfeclam. Oportet autem ut perfectam possit
praestare requiem, non solum bona ct tranquilla sil cons-
cienlia, sed cliam secura, unde subjungit : Quia eripuit
animam meant de morte, oculos meos a lacrymis, pedes
meos a lapsu. De morle , dando bonam conscienliam :
a lacrymis, dando tranquillaai et bonam : a lapsu, dando
securam.
SERMO CXIII.
Ab occultis meis munda me Domine, et ab alienis
puree servo tuo. Tria sunt occulta : illicita actio, dolosa
intentio, impudica aflectio. Prava operatio inquinat me-
moriam, dolosa intentio rationem vel mentem, impudica
SERMONS DIVERS.
83
Trois chores [Psal. xvni, 13). » 11 y a trois choses cachees ; les
caches. actjons iUicitesj les intentions meiisongeres, et les
affections impudiques. Les actions mauvaises souil-
lent la memoire, les intentions meiisongeres souil-
lent la raison ou l'esprit, et les affections impudi-
ques souillent la volonte. La memoire sepuriliepar
la confession, l'esprit par la lecture et les afTeclions
Comment on ou ja vo]onte par l'oraison. Vous serez purdes fau-
].!■ t gg I *■
purifier des tes d'autrui, si vous n'insultez point le pecheur, si
dcsa"utres. vous Ile vous eloigner point de lui, si vous ne con-
sentez point a son peche, si vous ne fermez point
les yeux sur sa faute. II est de la justice de n'y point
conscntir, et meme de vonsyopposeravec cnergie;
la force demande que vous ne vous eloigniez point
et que vous supporliez au contraire avec patience
les fautes du prochaiu; la temperance, que vous ne
Tinsultiez point, et meme que vous compatissiez
a son malheur pour le diriger ; la prudence que
vous ne fermiez pas les yeux sur ses fautes et que
vous fassiez en sorte de faire cesser le mal.
V. la dU
de Dieu de
saint
Augustin.
CENT-QUATORZIEME SERMON.
La paix du corps resulte de l'ordre et de la me-
sure de toutes ses parties. La paix de Tame irrai-
sonnable vicnt du repos bien ordonne de ses appe-
On distingue tils. La paix de l'ame raisonnable nait de l'accord
•ortMde'paii de ^a pensee et de Taction. La paix du corps et de
l'ame provient d'une vie bien ordonnee et du salut
de l'etre animant. La paix de l'bornme et <le Dieu
est dans Tobeissance bien ordonnee par lafoi, sous
la loi eternelle. La paix des bommes est toute dans
une Concorde bien ordonnee. La paix d'une maison,
dans la Concorde bien ordonnee de ses habi-
tants ; dans le comrnandement et dans Tobeis-
sance, il en est de meme de la paix de la cite.
La paix de la cite celeste est l'accord bien ordonne
affectio voluntatem.Mundahi
mens per lectionem, affectio
Ab alienis mundus eris, sin
si non consenlias, si non
consentire, sed cum rigore
discedere, sed mala proximi
ranliie, non insultare, sed
prudential, non dissimulare,
mint providere.
r memoriaperconfessionem,
vcl voluntas per oralionem.
on insultes, si non disccdas,
dissimules. Justilife est non
resistere : fortitudhiis, non
patienter tolerare : tempe-
cum moderamine compati :
sed sollicitc ut mala desi-
SERMO CXIV.
Pax corporis est ordinata temperantia partium. Pax
animae irrationalis, ordinata requies appetitionum. Pax
animan rationales, cogiiationis aclionisque consensio. Pax
corporis et amenae, ordinata vita et satus anunantis.
Pax hominis ac Dei, ordinata in fide sub ieterna lege
obedientia. Pax hominum, ordiaala concordia. Pax do-
mus, ordinata imperandi atque obediendi concordia co-
habitantium. Pax civitatis similis est. Pax coelestis
civitatis, ordinatissima et concordissima societas fruendi
Deo, et vivendi in eo. Pax omnium rerum, tranquillitas
et bien unanime de jouir de Dieu et de vivre en
lui. La paix de toutes choses est la tranquilllite de
l'ordre, et l'ordre consiste dans la disposition qui
donne aux choses semblables et aux dissemblables
la place qui leur appartient.
CENT-QUINZIEME SERMON.
« Que Thomme monte au haut de son coeur, et H y » *"»•
Sul'lf'P QB
Dieu sera exalte {Psal. van, 7). » II y a un coeur coeurs.
eleve, un cosur humble et xm cceur qui tient le
milieu entre les deux premiers. Le Prophete dit :
« Pecheurs revenez a. votre coeur (Isn. xlvi. 8). »
Le premier pas que fait un pecheur , est celui de
l'esclave, e'est de tendre a un creur humble auquel
il est traine par le jugement. Le second est celui
d'un mercenaire, il le conduit au cceur qui tient le
milieu, il y est appele par le conseil. Le troisieme
est celui d'un fils, et e'est vers un cceur eleve qu'il
tend, il est attire par le desir. C'est alors que Dieu
est exalts, e'est-a-dire est au dessus du coeur, at-
tenduque, pouvantetre saisi par la raison, ilest de-
sire par Taffection et par Tamour. Or remarquez
bien que ces pas en avant ou ces ascensions se font
dans le cceur, ce qui fait dire au Prophete : « 11 a
dispose des ascensions dans sou cceur dans cette
vallee de larmes {Psal. lxxxhi, 6). » Mais il arrive
quelque fois que Thomme interieur excede la rai-
son et se trouve ravi au dessus de lui-meme, c'est
ce qui s'appelle un ravissement d'esprit. Nous di-
sons done qu'il y a quatre degres dans Tasceusion.
Le premier conduit au cceur, le second est dans le ,j ,
cceur, le troisieme part du cceur, et le quatrieme . degrfa
est au dessus du cceur. Au premier, on craint le Sei-
gneur, au second, on entend le conseiller, au troi-
sieme, on desire Tepoux , et au quatrieme, on voit
Dieu.
dans i'ascen-
eiou.
ordinis. Ordo est parium dispariumque rerum sua cui-
que loca tribuens disposilio.
SERMO CXV.
Accedet homo ad cor allum, et exaltabitur Deus. Est
cor altum, cor humile, cor mediocre. Dicit propheta :
Redite prceoaricalores ad cor. Prima accessio praevarica-
toris servi ad cor humile :ad quod trahitur per judicium.
Secunda accessio mcrcenarii ad cur mediocre : ad quod
vocatur per consilium. Tertia (ilii ad cor altum : ad
quod levatur per desiderium. Et tunc exaltatur Deus, id
est supra cor elevatur : ut dum non potest comprehendi
per rationem, desideretur per affectionem etamorcm. Et
nota, quod accessiones istae sive ascensiones in corde
aguntur. Unde dicit Propheta : Ascensiones in corde suo
disposuit in valle lacrymarum. Sed aliquando homo in-
terior rationem excedit, et supra se rapitur; et dicitur
excessus mentis. Unde et quatuor gradusascensionisesse
dicimus. Primus ad cor, secundus in corde, terlius de
corde, quartus supra cor. In primo timetur Dominus, in
secundo auditur consiliarius, in tertio desideratur spon-
sus, in quarto videtur Deus.
84 OEUVRES DE SAINT BERNARD.
CENT-SEIZIE.MI. SERMON.
II y n dcm
DIOttS
et dem
rAsurreci'ons
luij dans le sens an contraire, il se manifeste en
cin«i endroits bien connus, dans la vue, dans le
« Si done vous etes ressuscites avec Jesus-Christ, gout, .Luis 1'oule, dans l'odorat et dins In toucher,
hez ce qui est dans le del {Coloss. m, 1). » ear il sent d'une maniere dans 1'u'il, et d'une autre
11 \ a deux morts et deux resurrections. La pre- maniere dans la bouche, et ainsi des autres sens.
miere mort est eelle de l'ame et la seconde, cello Ainsi en est-il de 1'homme interieur. S'il ne se dis-
du corps. La mort de l'ame est la separation de cerne point dan- la connaissance, il se discerne
Dieu celle du corps est la separation de lame, dans l'ainour, et de meme que 1'homme exterieur
La premiere est l'oeuvre du peche, et la seconde en se manifeste par cinq sens , ainsi 1'homme inter-
est Japeme. Demeime, la premiere resurrection est rieur est affects par cinq altributs invisibles de
e do I'avenement humble et cache du Christ, Dieu, par sa verite, ice, sa sagesse, sa cha-
onde, celle du corps, le sera de son avenement rite et son eternile. En effet, il est affect* d'une
glorieux et public. L'ame invisible a ete creee a maniere par sa justice qu'il aime a cause de sa
l'image de Dieu, e'est ce qui fait dire a l'Ecriture : douceur, et d'une autre maniere parsa verite qu'il
a Di( U a fait 1'homme a son image et a sa ressem- aime a cause de sa liberte ; il est atl'ecte d'une faeort
e {Gen. I, 26). » 11 l'a fait droit; aussi l'exio- par la charite qu'il aime a cause de sa vertu, et
de 1'homme, je veux dire son corps, se mon- d'une autre facon par son ctcrnite, qu'il aime a
tre-t-il droit dans sa tonne, avant la vie et le sens, cause de sa securite.
afin que par eet hnnime exterieur, et visible nous
eomprenions 1'homme interieur et invisible , ce-
loi qui a ete cree droit dans sa volonte, vivantdans
anaissance sensible, dans son amour. Et, de
meme que le corps, c'est-a-dire,rhomnie exterieur,
CI'.NT-DIX-SEPTIEME SERMON.
L'ame fidele a son paradis, mais son paradis
spirituel non terreslre, un paradis par consequent
i rera le sens et la vie a la resurrection, ainsi plus delicieux et plus secret que celui-ci. Dans ce
La connais-
sance
e'est la tic
paradis-la, l'ame trouve des delices comparables a
cellos qu'on goute dans les tresors. 11 en sort quatre
sources qui sont la verite, la charite, la vertu et la
sagesse, e'est a ces sources que lame fatiguee, va
[miser une eau salutaire. Or, lame de 1'homme
dans la resurrection, lame, j'entends l'liomme in-
terieur, reconvre la vie et le sens aussi, e'est-a-
dire la connaissance et l'amour. Que la connais-
e soit l'amour , la Verite meme nous l'at-
teste quand elle dit : « Telle est la vie eter-
nelle, e'est de vous connaitre , vous qui etes le est sujette a quatre sortes de maladies, de vices,
Dieu'vivant, et de connaitre celui que vous avez ce sont la crainte, la concupiscence, sa propre
V. U sermon envoye, Jesus-Christ (Joan, xvn, 3). » Et que l'a- iniquite et l'ignorance. En effet, vaincue par la
*' mour soil le sens, voici d'ou je le concurs. De meme crainte, elle est portee an mal, attiree par la con-
que 1'homme interieur ne se discerne pas dans sa cupiscence, elle glisse vers le vice, et poussee parsa
vie, parce qu'il vit egalement dans tout ce qui est propre iniquite, elle se met volontairement a sa
Les qnatre
MMirces
spirituelles
du Paradis.
V. le Here II
des Fleurs.
chapitre IV.
L'ame est
tra-vaillee
par quatre
sorles
de maladies.
SERMO CXVI.
Siconstsrrexisliscwm I 'hristo, qua sursum sunt qumrite.
Duae sunt morlcs, ct totidem resurrectiones. Prima
mors anima;, seennda corporis. Mors anima;, separatioa
Deo : mors corporis, separatio animas a corpore. Itanc
operatur peccalum, illam poena peocati. Item, prima
resuneetio annua; operants est humilis ct occultus
Christi advent is : resurrectionem corporis, glorios
manifestus Christi perficiel adventus. Sed anima invisi-
bilis est ad imaginem Dei ci dicit Scriplura ;
jfgcil \ a et simultitudinem
suam. Rectum quidem. Uade el exterior homo, id est
ius, in forma sua rectus ipparet, babens vitam et
sensum : ut per hunc i steri irem el visibilem, ilium
interiorem et invisibilem intclligcremus : qui rectus
factus est in voluntate, vivus in cognitione, sensibilis in
amore. Et sicut corpus, id est exterior homo, in resur-
rectione sua vitam et sensum recipiet : ita ct in rour-
rcctione sua vitam et sensum anima, id est Interior homo,
recipit, id est o - i el amorem. Quod autem
cognitio vita sit, Veritas attestalur dicens : iltec est oita
oelerna, ut cognoseant te Dunn i-mim, et quern misisti
Jesum-Christum. Et quod amor sit sensus, hinc accipe.
Sicut homo interior in vita non discernitur, quia in toto
Buo squattier mil , in sensu autem discernitur in quin-
que paries ootissimas, scilicet visum, gustum, auditum,
odoratum, el (actum : quia alitor sentit in oculo, alitor
in ore, et sic in ceteris : ita interior homo iu cognitione
quidem non discernitur, sed in amore. El 3icul Ule in
quinquepertitos sensus dividitur : ita iste circa quinque
invisihilia Dei al'licilur, qua' sunt Veritas, juslilia, sapien-
tia, cbaritas, aeternitas. AJiterenimafficitur circa vi
Iimi. quam diligil propter liberlatem : aliter circa justi-
tiam, quam diiiyii propter suavitatem : aliter circa
charitalem, quam diligit propter virtutcm : aliter circa
,; teraitatem, quam diligit propter sccuritatem.
SERMO CXVII.
Ilabet fldelis anima paradisum suum, spiritalem
quidem, non terrenum : et idcirco priori illo delectabi-
liorem et secretiorem. In hoc delectatur anima, sicut
in omnibus divitiis. De hoc paradiso prodennt fontcs
qualuor, id est, Veritas, charitas, virtus, sapientia. De
his fontihus laboranti anima salubres aqua; hauriuntur,
Laborat enim anima humana quadruplici morbo vi-
tiorum, scilicet timoris, concupiscenli*, proprias iniqui-
SERMONS DIVERS.
85
V. le 96e
ile-- sermons
difers.
remorque, seduite enfin par l'ignorance, elletombe
dans le vice. C'est aux arues que ces maux travail-
lent et qui en gemissent, que le Prophete adresse
ces paroles consolantes : « Vous puiserez avec joie
de l'eau aux fontaines du Sauveur [ha. xii, 3). »
La pusillanimite qui provient duvice de lacrainte,
est guerie par l'eau de secours qui s'ecoule de la
source de force; la concupiscence 'des voluptes
temporelles a pour remede l'eau des desirs puisee
a la source de la charite ; contve la malice de notre
propre iniquite, il y a l'eau des jugements quicoule
de la fontaine de la verite; et contre les erreurs de
l'ignorance, l'eau des conseils qui jaillit dela source
de la sagesse. Mais de plus, c'est avec joie que se
puise cette eau, eu sorte quel'ime, quijusqu'alors,
gemissait sous le poids de ses vices, se rcjouit a.
present de ['acquisition des vertus, car elle obhent
dans l'eau des conseils, la prudence, dans celle du
secours, la force, dans l'eau des desirs, la tempe-
rance, etdans celle des jugements, la justice. Aussi
dans l'adversite, la force chasse la pusillanimity ;
dans la prosperite, la temperance refrene la luxure,
dans Taction, la justice exclut l'iniquite, et dans le
doute, la prudence, mais l'ignorance en garde.
Rafraichie par ces eaux, et ornee de ces vertus,
l'ame pent s'etendre et comprendre avec tous les
saints, quelle est la longueur et la largeur, la hau-
teur et la profondeur (Ephes. in, 18). Ces quatre
points de Dieu, peuveut etre embrasses a deux
bras, qui sont le veritable amour et la veritable
crainte; celle-ci embrasse sa hauteur et sa profon-
deur, eelui-la sa charite et sa verite. En effet, on
craint Dieu parce qu'il pent tout par sa puissance,
et on le craint sincerement parce que rien n'echappe
a sa sagesse. On l'airae parce qu'il est la charite
meme, et on l'aime veritablement parce qu'il est
la verite, je veux dire l'eternite.
CENT-DIX-HUITIEME SERMON.
« Demeurez dans les voies du Seigneur et inter-
rogez ses sentiers [Jerem. vi, 10). » C'est demeurei
dans les voies du Seigneur, que de garder toutes
les observances corporelles du bon propos qu'on
a forme. Mais conime les pratiques corporelles ne
servent pas a grand'chose, selon ce que dit saint
Paul, le Prophete ajoute : « et iiiterrogez ses sen-
tiers eternels, » c'est-a-dire, desirez mener la vie
des saints peres et vous trouverez lavoie, marchez-
5r. C'est avoir trouve la voie, que de rentrer dans
son cceur, et c'est y marcher que de disposer des
degres dans son co;ur (Psctl. lxxxiii, 6). Or le pre-
mier degre, en montant, c'est la contrition de cette
voie, le second, la confession, le troisieme, l'aliec-
tion, le quatrieme, l'abandon des biens dela terre,
le cinquieme, le renoncement a notre propre volonte,
le sixieme, l'humble sujetion de notre volonte, le
septienie, la perseverance.
CENT-D1X-NEUVIEME SERMON.
II y a trois choses a considerer dans le mysiere xrois chosei
de l'incarnation, la forme de l'humilite, la preuve .iL..
' L considerer
de l'amour, le mystere de la redemption. La forme __ dans
de l'humilite nous est donnee par les vagissemenls ,, . ,.
de l'enfant, par l'endroit oil il se trouve, la creche vui des
oil il repose et les langes dont il est enveloppe. pitrem.
II y a sept
degres
pour mooter.
tatis, ignorantia?. Timore enim victa in vitium cogilur,
concupiscentia illecta in vitium trahitur, propria ini-
quitate voluntarie vilium seqaitur, ignorantia seducta in
vitium labitur. His malis laborantes et gementes atiimas
consolatnr Propheta, dicens : Haurielis aquas in gaudio
de fontibus Salvatoris. Contra pusillanimitatem, qua?
provcnit de vilio timoris, aqua prasidiorum de funle
virtutis ; contra concupiscentiam temporalis voluptatis,
aqua desiderioruin de fonte charitatis; contra malitiam
voluntariae iniquitatis, aqua judicioruin de fonte veri-
tatis : contra fallaciam ignorantiae, aqua consiliorum de
fonte sapiential Et hoc in gaudio; ut quae prius gcme-
bat sub pondere vitiorum, modo gaudeat in adeptione
virtutum comparando sibi de aquis consiliorum pruden-
tiam , de aqua praesidiorum fortitudinem , de aqua
desideriorum temperantiam, de aqua judiciorum justi-
tiam : ut in adversis fortitude expellat. pusillanimitatem;
in prospcris temperantia refrenet lasciviam : in ngendis
juslitia excludat iniquitatem : in dubiis prudentia ins-
truat ignorantiam. Talibus anima refocillala aquis, et
ornata virlutibus, extendat se et comprehendat cum
omnibus Sanctis, quae sit latitado et longitado, sublimitas
et profundum. Haec quatuor Dei duobus brachiis com-
prehendi possunt, vero scilicet ainore, et vero timore.
Timore sublimilatem et profundum, id est, potentiam
et sapientiam : amore latitudinem et longitudinem, id
est, charitatem et verilatem. Timetur enim Deus, quia
omnia per potentiam potest : et veraciter timetur, quia
nihil eum per sapientiam latet. Amatur. Deus, quia
charitas est : et veraciter amatur, quia Veritas, id est
aeternilas est.
SERMO CXVIII.
State in viis Domini, et interrogate semitas ejus. In
via Domini stat, qui corporales observantias boni pro-
positi servat. Sed quia corporate exercitium ad modicum
valet, ut Paulus dicit, idcirco subjungit : Et interrogate
semitas cetemas ejus, id est, desiderate sanctorum
patrum vitas, et invenietis viam ; ambulate in ea. Viam
invenit, qui ad cor revertitur : ambulat in ea, qui
ascensiones in corde suo disposuit. Prima asuensio
hujus vis est contritio, secunda confessio, tertiaatTeclio,
quarta proprietatis abjectio, quinta abnegatio propria;
voluntatis, scxta humiliatio voluntaria; subjectionis, sep-
tima pcrseverantia.
SERMO CXIX.
Mysterium incarnationis tria in se consideranda con-
tinet : scilicet formam humilitatis, probamentum dilec-
tionis, sacramentum redemptionis. Formam humilitatis
86
OEUVRES I)E SAINT RERNAR1).
La preuve de I'amour se tronve dans sa mort cha- ritiele corps de ses souillures, ainsi la crainte pu-
ritable ; car lie ne peut avoir un amour rifle I'ame des siennes. Remplissons done, nous
plus grand, i donne sa vie pour ses aussi, de celte eau, nos ames, car quand on craint,
amis , , ere de la redemption on ne neglige rien. Or on peut dire que I'ame en
nous decouvre la triple puissance de la divinite, qui ne se remarque aucune negligence esl irerita-
qui a fait d'ahord quelque chose de rien, qui a blementpleine. Mais commel'eau est pesante, e'est-
renouvele ce quelque chose devenuvieux, el qui a a-dire comme [a crainte ne va poinl sans quelque
II y a trois
ministeres.
V.leKvnim
des Fleurs.
fhapitre XI.
peine, il faul qous approcher de celui qui change La ch?ri<6 an
1'eau en vin, e'est a-dire qui change la crainte et
son tourment en amour, sinous voulons entendre
l,i lecon qu'il fail lui-meme sur I'amour. En effet,
il dit : « Voici nion commandement, c'esl que vous
La crainte
ut compart
a t'eau.
rendu perpetuel ce qui n'etait que temporaire.
CENT-VINGTIEME SERMON.
Les ministres de Jesus-Christ out trois ministeres;
un ministere de servitude, un dc charite et uu vous aimiez les ims les aulres [Joan, xv, 12). »
autre de dignite. I.e ministere de servitude, c'estla C'est comme s'il disait : Je vous ordonne bien des
mortification de la chair; celui de charite, c'est la choses par la bouchede mes ministres, mais voila,
devotion de l'esprit; celui de dignite, c'est la con- ce que je vous ordonne en particulier etdemapropre
secration du corps de Jesus-Christ. Le premier bouche. Et ailleurs il dil encore : « Voici en quoi
s'accompht dans l'al'lliction, le second dans la joie, on connaitra que vous etes mes disciples . c'esl si
et le troisieme dans l'humilite. Le premier est un vous vous aimez les uns les aulres [Joan, xm, 36). »
sacrifice de crainte, le second, d'amour, et le troi- Ainsi, pour nous montrer disciples de la verite , il
faut que nous nous aimions les uns les autres;
soyons meme trois fois attentifs sur nous dans cet
amour, car c'est Dieu meme qui est amour (I Joan.
iv, 8), » et nous lui devons tous nos soins pour
Nous sommes a l'ecole du Christ, ou nous ap- qu'il naisse, qu'il grandisse, et qu'il se conserve,
prenons deux choses, l'une de lui notre seul et Or, il nait quand vous rompez voire pain pour votre
veritable maitre, l'autre de ses ministres. Ses mi- ennemi, et que vous lui donnez a boire, car, en
nistres nous enseignent la crainte, et lui, I'amour. agissant ainsi « vous amassez des charbons ardents
Voila pourquoi quand le vin manque, il ordonne a sur sa tele [Rom. xn, 20). » Les charbons ardents
des serviteurs d'emplir d'eau les urnes, (Joan, n, ce sont les cenvres de la charite ; etelles sont amas-
7), et tous les jours encore, la charite se refroidis- sees sur le diahle qui estla tete de tous les mediants,
sant, les serviteurs du Christ remplissent les urnes, pour le faire disparaltre et leur faire une autre tete
je veux dire les ames des hommes, d'eau, e'est-a- qui est Dieu , la charite meme. II grandit quand
dire de crainte. C'est avec raison, que la crainte est vous venez au secours de ceux qui sont dans le be-
representee par l'eau, car si l'eau eteint le feu, la soin, quand vous pretez a celui qui vous demande
crainte eteint la luxure, et de meme que l'une pu- a emprunter, quand vous ouvrez enlin votre cceur
sieme, de louange.
CENT-YINGT ET UNIEME SERMON.
Comment
Dieu
nait. grandit
et se con-
serve en
nous.
demonslrat vagitus parvuli, locus diversorii, reclinatio
in praesepio, pannorum involutio. Probamcntuiu dilec-
tionis, pia mors : quia majorem charitatem nemo habet,
qiuitii ut animmn suam ponat quis pro amicis suis.
Saei amentum redemptionis triplicem ostendit potentiam
Deitatis : scilicet de nihilo aliquid fecit, invclcralum
innovavit, lemporale perpetnavit.
SERMO CXX.
Ministcritim ministrorum Christ] triplex est : servittilis,
charitatis, dignitatis. Ministerium servitutis, corporis cas-
tigatio : charitatis, mentis devotio, dignitatis, corporis
Cliristi consecratio. Primum lit in afflictione, se-
cundum in hilaritale, terliuin in humilitate. Primum
est sacriliciuiu timoris, secundum amoris, tertium
laudis.
SERMO CXXI.
In schola Christi somas, in qua duplici rloclrina
erudimur : quia aliud per soipsutn illo unus el. verus
Magister docet, alind per minislros. Per niinislros
timorem: per seipsum dileclionem. Unde deliciente
vino prsecipit ministros implere hydrias aqua : et adhuc
quotidie refrigescente cbaritate, minislri Cbristi im-
plenl hydrias aqua, id est, mentes hominum timore.
Et bene per aquani timor intelligitur : quia sicut
aqua ignem, ita timor extinguit libiilinem, et sicut aqua
sordes corporum, ita timor sordes purgat animorutD.
Inipleamus ergo aqua isl.i hydrias, id esl monies noslras:,
quia qui timet, nihil negligit : et bene plcnus esl, nb
aegligentia cadere non potest. Sed quia aqua gravat, id
est, timor poenam habet; accedendum est ad eum qui
de aqua vinum tacit, id est, timorem pcenalem in amo-
rem convertit : ut audire possimus quod ipse de dilcc-
tione docet. Dicit enini : Hue est presceptum meum, ut
diligatis invicem. Quasi dicerct : Mulla per ministros
praeoipio, sed hoc specialiter per meipsum commendo.
Et alibi : In hoc cognoscent omnes, quia met estis ilisci-
puli, si dileclionem habueritis ad invicem. Ut ergo
veritatis nos discipulos esse probemus, diligamus invi-
cem. El in hac dilectione triplici sollicitudine vigile-
mus : quia Dens charitas est. I.i omnem sollicitudinem
noatram illi debemus : id est, ut nascatur, ut crescat, ut
servelur. Nascitui' si cibaveris inimicum si potum
dederis ei : quia hoc faciens carbones ignis congem
SERMONS DIVERS.
87
a votre ami. II se conserve quand, dans vos paroles ,• • . , ,, ■ , , , . lr, , .
. v comphrez point lesdesirsde la chair (Galat. v, 16\»
DT dint TT\e? lAlinne vnne i i nrt rt irt -r ■-» vr\e imii? /tn m » il*» *
et dans vos actions, vous donnez a vos amis ce qu'ils
desirent, bien que ce ne ?oit pas des choses qui sem-
blent necessaires. 11 se conserve encore et meme il
grandit par un bon vis.ige, par une douce parole,
par un gai concours, quand un acta charitable, ac-
compagne de bonne hu'neur, continue la charite
que le visage seul et les bonnes paroles indiquaient;
car la preuve de l'amour est dans les ceuvres (S.
Gregor. in Bomil. Pascha).
CENT-VINGT-DEUXIEME SERMON.
II y a des hommes qui se conduisent selon la chair
et qui n'ont qu'un souci, savoir comment ils pour-
ront eviter les ennuis de la chair. Ce sont ceux
qui, tout en approuvant la vertu, veulent toutefois
eviter absolument tous les ennuis de la chair, et ne
savent point resister a ses concupiscences mauvai-
ses. C'est a eux que l'Apotre dit : « conduisez-
vous selon l'esprit, c'est-a-dire, cessez de vous pre-
occuper des moyens d'echapper aux ennuis de la
chair. Dans cette vie, l'esprit a deux degres, le su-
perieur et l'inferieur. Au degre inferieur, l'homme
se conduit selon son esprit, mais au degre supe-
rieur, c'est selon l'esprit de Dieu qu'il se dirige. II
« Pour vous, lorsque vous jeunez, parfumez-
vous la tete et lavez-vous le visage [Matt, vi, 17). »
Le Seigneur s'exprime ainsi a cause de deux vices est au degre inferieur quand, rentre dans son coeur,
qui corrompent ordinaireineni le jeune, je veux j] est plein d'inquietude au sujet de de ses affec-
dire la vaine gloire et l'impatience. En nous ordon- tions, et se reproche tout ce qu'il saitcond
iSf Mni '! ." noUS ' iver le visaSe' a veut 1ue no"s la vertu. A ce degre, il offre a Dieu, par la com-
ceu! qui ayons une intention pure, car, de meme que la ponction, le sacrifice d'un esprit trouble et d'un
jeuneot. beaute du corps reside dans la figure, ainsi, la
beaute de tout ce que fait lime consiste dans l'in-
teution. Par Taction de parfumer la tete qui a pour
resultat d'adoucir ce qui etait rude, il nous ordonne
de conserver dans le jeiiue la douceur de l'esprit.
Notre intention sera pure si danstoutes nos actions
nous nous proposons soil l'honneur de Dieu, soit
l'utilite du prochain, suit eutin le bien de notre
conscience.
CENT-VINGT-TROISIEME SERMON.
1. « Conduisez-vous selon Tesprit et vous n'ac-
cceur humilie. Mais en montant de ce degre au
superieur, il commence a songer aux bien-
faits de Dieu, puis, se tournant du cote des actions
de graces, il offre a Dieu, par la devotion, un sacri-
fice de louange. A l'un et a l'autre degre, il voit
Jesus-Christ, mais au premier degre, il le voit cru-
eitie et, au second, couronne de gloire et d'honneur.
C'etait au premier que se trouvait Isale quand il
disait : « Et nous l'avons vu, et il n'avait plus ni
aspect, ni beaute {La. mi, 2). » Mais il 6tait au
second quand il s'est eerie : « J'ai vu le Seigneur
assis sur un trone eleve (Isa. vi, 1). » Remarquez
super caput ejus. Carbones ignis, opera sunt charilatis :
qua congeruntur super diabolum, qui est caput om-
nium iniquorum : ut ablato eo nascaiur eis caput Deus,
qui charitas est. Crescit, si necessitates palienti subve-
neris, si volenlis mutuare praslileris, si amico animum
tHDm aperueris. Servatur, si loquendo vel exhibendo
etiam qua? Don videnlur necessaria, amicorum voluntati
satisfeceris. Servatur eliam el augetur bono vullu,
dulci sermone , hilari operatione : ut charitatem ,
quam vultus et sermo indicant, pia et hilaris operatio
confirmet : quia exbibitio operis probatio est dilec-
tionis.
SERMO CXXII.
Tu autem cum jejunaveris, unge caput tuum, et faciem
tuam lava. Hoc autem dixit Dominus propter d plex
vitium, vanae gloria; scilicet, et impatientise, quod solet
jejunantes subvertere. Per hoc quod jubet faciem
lavare, prcecipi nobis inlentionem puram servare : quia
sicut decor corporis in facie, ita decor totius operationis
ani-nje consistit in inlentione. Per unctionem capitis,
qua qnod asperum erat lenitur, pracipit nobis lenitatem
mentis injejonio tenere. Pura erit inlentio. si in omni
actione nostra aut bonorem Dei , aut utililatem
proximi, aut bonam conscieiitiam nostram quEeramus.
SERMO CXXIII.
) . Spiritu amputate, et rie.tideria carnis non perficielis.
Sunt qui came ambulant, qui omnem sollicitudinem in
hoc ponunt, quomodo molestias carnis evitent. Hi sunt,
qui licet virtutes probent, tamen dum molestias carnis
omnino evitare volunt, concupiscenliis ejus pravis
nequeunt resistere. Talibus dicit Apostolus : Spiritu
ambulate, id est, sollicitudinem vestram , quomodo
molestias carnis evitetis, deponite. In hac vita spiritus
duo gradus sunt, superior, et interior. In inferior! gradu
homo in suo spiritu ambulat; in superiori gradu in
spiritu Dei. In inferiori gradu ambulat homo, quando
reversus ad cor, circa affectiones suas sollicitus, in se
reprehendit quod virtuti coutrarium esse cognoscit. In
hoc gradu saciilicium Deo contribulati spiritus et cordis
humi'iati per compunctionem offert. De hoc gradu ad
superiorem ascendens, incipit cogitare beneflcia Dei :
et conversus ad gratiarum actiones, offert Deo per de-
votionem sacrifieium laudis. In utroque gradu videt
Christum : in primo crucifixum, in secundo gloria et
honore coronatum. In primo erat Isaias, quando dixit -.
Et vidimus eum, et non erat ei species neque decor. In
secundo erat, quando dixit : I'idi Dominum sedentem
super solium exce/sum. Et nota quod in primo dixit.
Vidimus : in secundo, Vidi : quia illud multorum est,
et peccatorum : istud paucorum, et solius Propheta?.
Unde Apostolus : Ex parte cognoscimus Christum, et
hunc crucifixum : ex parte prophetamus ; quia nondum
videmus sicuti est. Scimus enim quoniam cum apparue-
rit, similes ei erimus : quia ridebimu-i eum sicuti est.
88
OEUVRES DE SAINT HEUNAHD.
de plus que dansle premier cas, il dit : nous avons sur tous ses biens. « L'un avail six ailes et l'autre
vu, » tandis que dans le second, il <lit : « j'ai vu ; »
e'est que l'un esl commun a beaucoup en mime
temps, c'esl le fait des p6i ai ursj l'autre n'esl pro-
pre qu'a un petit nombre, ce n'esl le fail que du
Prophete, aussi 1'Apotre dit-il : « Nous ne con
sons le Christ qu'en partie, el meme nous ne le
conuaissons que cmcilie; nous ne prophet
aussi qu'en partie, ear nous ne le voyons point
encore tel qu'il est (i Cor. xiu, 9 . Mais nous savons
que lorsqu'il aura apparu, nous serous semblables
a lui, attendu que nous le verrons tel qu'il est
i Joan, in, 2). » Le Prophete vi! done, mais non
point J'un o>il prophetique, le Seigneur assis sur
un trone eleve, c'est-a-diresurla nature angelique,
et haut, e'est-a-dire, sur la nature humaine : car,
e'est lui qui relevera le pauvre de sa poussiereet
Pindigent de son rumier, pour le faireasseoir avec
les princes et lui faire occuper un trone <le gloire.
« Et toute la terre etait remplie de sa majeste (Isa.
vi, 3). » Toute la terre, dit-il, cela veut dire tous
les corps des £)us qui seront pleins de sa majeste
quand il transformera notre corps toutvilet abject
qu'il est, et le rendra conforme a son corps glo-
rieux (Philipp. in, 21). « Et ce qui etait au dessus
de lui, remplissait le temple (Isa. vi, 1). » Quand
les hypocrites et ceux qui, etant invites, refusent
de venir. seront jetes dans les tenebres exterieures,
les humbles et ceux qui sont soumis a Dieu rem-
plironl le temple, car. il sauvera le peuple des
humbles, et il humiliera les yeux des superbes
(Psal. xvn, 28).
2. « Des seraphins se tenaient au dessus, l'un
avait six ailes, et l'autre en avail egalement six
(Isa. vi, 2). » Les seraphins, les ardents, represen-
tent ceux qui servent Dieu dans la ferveur, ceux
que le Seigneur trouve vigilants, et qu'il etablira
en avait egalement si\ : a Parce que, non-seulement
Irs prelals, inns aussi les Lnferieurs ont des ailes
et sont des seraphins, s'ils sont fervents : a Avec
les ils se couvraient la tete, et avec
deux autres ils se couvraient les pieds, et avec les
deux qui rcstaient ils volaient [Ibid.).» Les ames
intes ont des ailes pour voler, ce sonl la crain-
te et l'esperance, ear lea fetres qui volent tantot
montenl el tantot descendent. Or,parresperanceon
s'eleve, attendu qu'on babite dans les cienx. Aussi,
quelques uns de ceux qui s'elevent ainsi disent-ils:
a Notre vie esl dansleciel Pkilipp.m, 20).» Car la
crainte on descend, car c'esl en eon. esi •■ danl aux
faibles qu'onlesreleve.enreflechissanl sursoi-meme,
el en craignanl d'elretente aussi [Galat.vi, 1). «Avec
deux de leurs ailes ils se couvraient les pieds. » Or,
les pieds ce sont les affections, car e'est par elles
qu'on se joint au prochain. Mais comuie il esl
se de deux manieres, d'abord par un exces de seve-
rite qui abat les faibles, et en second lieu par un
exces de bonte qui consent a leurs vices, les sera-
phins les voilaient de deux de leurs ailes; e'est-a-
dire de l'aile de la consw.iuuua Je notre propre
fragilite contre un exces de severite, et de l'aile
du zele de la rectitude contre un exces de bonte.
« De deux de leurs ailes ils voilaient lour tete. • La
tete, e'est l'intention de la contemplation, on l'in-
tellect spirituel. Les seraphins la voilenl de deux
ailes a cause des ennemis, a cause de la vaine
gloire, et de 1'orgueil cache; ils ont une aile contre
la vaine gloire, e'est 1'amour de la verity et une
autre contre 1'orgueil, e'est le gout de 1'huuiilite.
Vidit Propheta, sed oculo prophetico, Dominum seden-
tem super solium excelsura, id est, super angelicam
creaturam : et elevatum, id est, supra humanam :quiaipse
suscitabit de pulvere egenum, el de stercore eriget pau-
perem, ut scdeat cum principibns, et solium gloriae
teneat. Et plum era! omnis terra majeslate ejus. Omnis
terra hoc est, omnia electorum corpora, plena erunt
majeslate ejus, quando reformabit corpus bnmilitatis
nostra?, configuratum corpori claritatis sua'. El ea gate
sub ipso erant, replebant lemplum. Projeclis hypocrilis,
et his qui invilali venire cxciisanl, in tenebias exte-
riores ; humiles et Deo siiudili replebunt templum :
quoniam ip- i humilem salvum faciei, el oculos
Buperborom bumili
2. S abani ntper Mud : sex alee uni, el sex
alee ai him, id est ardentcs, significant eos qui
in fervors Deo serviunl : quos Dominus vigilantes inve-
nit, el super omnia sua constituel eos. Sex alee uni, et
sex alee alien i quia non solum prslati, sed etiam
subjecli alas habent, el seraphim sunt, si ferventcs fue-
rint. Duabus tegebant caput, et iluabus pedes, et duabus
labani. Habent ferventes animae alas quibus volant,
Les ailes de
l'ame.
spem et timorem : quia volanlis est aliquando alta
petere, aliquando ima. Per spem enim alia petunt,
quia in coelestibus habitant Unde quidam ex eis dieunt :
Nostra esl. Per timorem ima. Con-
descendendo enim infirmis, instrnunt eos, considerantee
seipsos, ne et ipsi tententur. Duabus tegebani pedes.
Pedes eorum allectiones sunt, quibus proximis jungun-
tur. Sed quia bis duobus modis offenditur, scilicet nimio
rigore inlirmos dejiciendo, ac nimia lenitale coram
viliis consentiendo, velabant illos Seraphim duabus alis :
contra nimium rigorem, consideratione propria' fragili-
lalis : conlra niroiam lenitatem, zelo reclitudinis. Duabus
velabant caput. Caput, intenlio contemplations est,
sive intellectus spiiilualis. Et hoe velant Seraphim, prop-
ter inimicos, propter vanam gloriam, el occultam super-
biam, duabus alis : conlra vanam gloriam una ala,
scilicet amore veritatis : conlra superbiam, studio humi-
litalis.
SERMONS DIVERS.
CENT-VINGT-QUATRIEME SERMON.
89
La parole de
Dieu
opere ordi-
nairemcnt
deui eifets.
1. La parole de Dieu a doit operer deux effets,
guerir les ames vieieuses et exciter les bonnes,
Or, j'appelle vieieuses non pas toutes celles en qui
est un vice, mais celles qui consentent voloutaire-
ment au mal et ne resistent point autanl qu'elles le
pourraient. C'est a ces ames que s'adresse la Verile
meme dans le saint Evangile qnand elle dit : « Met-
tez-vous proinptemenl d'accord avec l'adversaire,
pendant que vous etes avec lui dans le ckemiu, etc
(Matt, v, 25). » Elle ne dit point avec le vice, mais
avec l'adversaire : Or, cet adversaire n'est autre
que la parole de Dieu, qui est sans cesse en oppo-
sition avec le mal. C'est se mettre d'accord avec
elle, que de dire avec le Prophete : « Et mon pe-
est toujours conlre moi (Psal. l, b.). » J'appelle
bonnes nou point les ames parfaites, mais les
ames qui commencent a le devenir; bien qu'clles
aient encore du vice, cependant elles ne sont point
d'accord avec lui, elles lnttent contre lui. Ces ames
peuvent sou vent faire des cbutes par faiblesse ou
par ignorance, selon ce qui est ecril : « Le juste
tombe sept fois (Prov. xxiv, 16), » mais parce qu'ils
out de la bonne volonte, ils so relevent par elle ;
car c'est par la volonte que l'ame est bonne, atleii-
du que de tous les biens qui se trouvent naturelle-
mmt dans l'ame, tels que une bonne intelligence
une vaste memoire, une raison eveillee et tous les
autres biens de l'ame, il n'y a que la volonte qui
rende Tame bonne on mauvaise selon quelle est
bonne ou mauvaise elle-meme. Mais comme, selon
la remarque de Job, « l'bomme ne demeure jamais
dans le meme etat (Job. xiv, 2), » car il avance ou
il recule, il faut avaucer dans cette bonne volonte,
a Ce passage se trouve reproduit dans le livre vn des
Fleurs de aaint Bernard, chapitre xni. On en lit encore quel-
SERMO CXXIV.
1. Sermo Dei duo operari debet, et animas vitiosas
sanare, et bonas admonere. Vitiosas dico, non omnes
quibus inest vitium, sed quae vitio ex voluntate consen-
tiunt, nee resistunt quantum possunt. Tali arums
loquitur Veritas in Evangelio, dicens : Esto consentient
adversorio tuo, quandiu cum Mo es in via, etc. Non
dixit, vitio ; sed, adversario. Adversarius iste , sermo
Dei est, qui semper viliis adversatur. Huic consentit,
qui cum Propheta dicere possit : Et peccatum meum
contra me est semper. Bonas dico animas, non solum
pcrfectas, sed incipientes; quae licet vitium habeant, non
tamen consentiunl, sed repugnant. Tales anima;, licet
ex infirmitate vel ignorantia sspe cadant, sicut scriptum
est, Septies in die cadtt Justus; tamen per voluutatem,
quam habent bonam, resurgunt. Haec est enim qu.'E
bonam tacit animam : quia cum mulla sint aninve bona
naturaliter insila, sicut ingeniuni bonum, memoriaoapax,
vigil ratio, et castera anims bona; sola tamen voluntas,
si fuerit bona, bonam facit animam : si fuerit vitiosa,
viliosam. Sed quia homo (sicut Job ait) nunqnnm in
attendu qu'elle est la voie meme dont le Prophete
a dit : « Voili la voie, marchez-y (ha. xxx, 11), »
et dont le Ps dmiste pari ait quand il disait : « Heu-
reux l'bomme qui attend de vous, 6 mon Dieu, le
secours dont il a besoin, et qui dans cette vallee de
larmes medite dans son cceur des moyens de s'ele-
ver (Psal. lxxxiii, 6), » dans son cceur dit-il, e'est-
a-d;re dans sa volonte.
2. Le premier degre de cette voie, c'est la droi-
ture de la volonte ; le second, c'est la force de vo-
lonte ; le troisieme est la devotion de la volonte, et
le quatriemesa plenitude. Au premier degre, l'ame,
par la pensee, est d'accord avec la loi de Dieu ;
mais comme la chair se revolte, elle ne peut trouver
la force de faire le bien qu'elle approuve ; elle fait
meme bien souvent par taiblesse le mal qui lui
repugne (Rom. vn, 16). Pourlant elle est droite,
puisqu'elle est d'accord avec son adversaire, et de-
teste en elle-meme ce qu'il reprouve. Au second
degre, l'ame, non-seulement ne fait plus le mal
qui lui repugne, mais encore elle opere volontiers
et avec force, sinon sans peine, le bien qu'elle
aitne, et dit avec le Propbete : « C'est a cause des
paroles tombees de vos levres que je me suis
appliquee a suivre vos voies, bien que dures et pe-
nibles (Psal. xvi, Zi). » Au troisieme degre, son
cceur se dilate, elle court dans la voie des comman-
dements de Dieu, et y trouve des delices pareilles
a celles qu'on goute dans d'immenses tresors. La
peau, ointe de l'buile de la grace spirituelle, et sa-
ebant que « Dieu aime celui qui donne d'un coeur
joyeux (11 Cor: is, 7), » se porte avec joie a toute
soil.' de biens et s'ecrie avec le Prophete David :
« Seigneur, j'ai couru dans la voie de vos com-
maudemenls, quand vous avez dilate mon cceur
ques autrea du meme termon an chapitre onzo du meme
livre.
II y a quatrg
degres de
bonne
volonte.
eodeni statu permanet : aut enim deficit aut proficit
proficiendum est in hac voluntate, quia ipsa est via, de
qua ait Propheta : Hcec est via, ambulate in ea, et
psalmus : Ueatus vir cuj'us est auxilium abs tel ascen-
siones in corde suo disposuit in valle lacrymarum. In
corde, id est voluntate.
2. Primushiijus via; grades est recta voluntas, secundus
valida, tertius devota, quartus plena voluntas. In primo
gradu anima mente legi Dei consentit : sed carne repu-
gnante, bonum quod diligit, perfioere non invenit ; sed
S35pe malum quod odit, per inlirmitatem facit. In hoc
tamen recla est ejus voluntas, quod adversario suo con-
sentiens, in se odit quod ille repi'ehendit. In secundo
gradu anima non solum malum quod odit non agit, sed
etiam bonum quod diligit, licet cum gravedine, t'ortiter
tamen perfloit, dicens cum Propheta : Propter verba
labiorum luorum ego custodivi vias dura-;. In tertio
gradu jam ddatato corde currit viam mandatorum Uei,
et delectatur in eis, sicut in omnibus divitiis : quia
inuncta pedis oleo spiritualis gratia?, et sciens quod
hitarem datorem dxtignt Dear, cum hilaritate ad qnodli-
90
OKUVRES DE SAINT BEHNAltl).
{Psal. cxvni, 32). » Au quatrieme degrt sont les sagesse a ete justifiee par ses fils {Matt. xi, 19), »
Empfvhe-
ment
a la bonno
rolonte.
anges qui font le bien, mais mi bien complet, lou-
jours aussi i'.ic 1 1 . tiit-nt qu'ils veulent. L'ame peut
bien aspirer a cedegre, mats elle tie peul y altein-
dre t.mt qu'elle esl dans son corps, parce que ce
corps 1'appesantit. Celui qui n'a pas encore la vo-
lonte droits, doil savoir que c'esl une intention
charnelle qui fait obstacle. Celui qui l'a droite,
niais sans force, peul fitre sur que ['obstacle vient
d'une mauvaise habitude. Celui qui a la volonte
devou.e, mais non encore pleine, doil 6tre persuade
el dans I'oraison dominicale nous disons : « Que
votre nora suit santifie [Matt, vi, 9). » Le Christ, la
.!,■ Dieu ■ el la sagesse de Dieu, eal justified
tlorule par ses Ills. Disons d'abord
comment la sagesse est justifiee par ses til?. « Dieu
Qagelletoui enfant qu'il aime [Eebr. xn, 6). » Mais
aux premiers coups de fouet, alors qu'il est encore
esclave sous la loi de Dieu et ne sait point com-
ment il sera enfant de [lieu, il murmure, se declare
innocent et appelle Dieu cruel. C'est que, sie'est le
que ce qui l'arrete, c'esl I'habitation terrestre de Christ, la vertu de Dieu -qui so montre a lui, ce
son ame. Quanl a l'homme dont la volonte est n'est point sa sagesse, car le fouet ne lui fait sentir
vicieuse, qu'il prieet qu'il dise : « Que votre volontfi que la puissance de sa vertu, il ne sent pas encore
suit faite sur la terre comme dins le ciel [Matt, vi, la douceur de la sagesse qu'il goute par son intel-
10), en se regardant comme etant lui-meme la ligence. Jesus-Christ uatteint fortement, » par le
terre. Celui qui a une volonte droite, a le ciel, car fouet celui qui se trouve dans cet etat, mais, « il
il y a autanl de distance entre une volonte droite le dispose doucement [Sap. vm, 1), » par l'intel-
et uhe volonte vicieuse, qu'entre le ciel et la terre. led quand il lui suggere la pensee de I'Apdtre,
Que celui qui a une volonte droite mais faible,
fasse cette priere-la, et s'applique le mot terre ;
quant a celui qui l'a forte, c'est a lui que s'applique
II faut inu- le mot ciel. Et ainsi des autres, en sorte que l'ame
tende toujours a monter ; car de meme que celui
qui demeure dans une mauvaise volonte est con-
damne, ainsi celui qui, dans les autres volontes, ne
s'eflbrce point d'avancer est digne de reprimandes.
CENT-YINGT-CINQU1EME SERMON.
jours
monter.
« de se rejouir dans les tribulations [Rom. v, 3), » et
lui fait connaltre que « l'aftliction produit la patience,
la patience, I'epreuve, l'epreuve, 1'esperance et que
l'esperitnce ne trompe point. » Alors il sait qu'il
n'est plus puni comme uu esclave, mais inslruit
par le fouet comme uu fils qui sait recevoir l'heri-
tage. 11 se confesse pecheur et dit que Dieu est juste
et justilie ainsi en lui-meme la mere sagesse.
2. M lis a quoi bon confesser ses peches sous le
fouet, si on ne s'en eloigne par la sainte continence?
Selon ce qui est ecrit : « Sovez saint selon que moi-
1. « Glorifiez Dieu et portez-le dans votre corps meme je suis saint [Levit six, 2) :» en sorte que, tel
(i Cor. vi,). » Ailleurs, l'Ecrilure dit eucore : « La est lepere, tel soit le lils; de cette maniere, le nom
» Ce passage ci quelques autres encore de ce sermon se et dans le livre VI, chapltre XVII du meme ouvrage.
trouvent au lnre VIII desFleurs de saint Bernard, chapitre X,
bet bonum se extendens, clamat cum Prophela David :
Viam mandatorum tuorum eucurri, cum dilatasti cor
meum. la quarto gradu sunt angeli : qui ea facilitate,
qua semper volunt, bonum plcnarie pcrficiunt. Hunc
gradum desiderarc quidem potest anima, ascendere non
potest in corpore, ob hoc quod corpore aggravatur. Qui
nondum rectam babel voluntatem, sciat quia impedit
eum carnalis intenlio. Qui habet rectam, et non validam;
sciat quia impedit eum prava consuetudo. Qui babel
devotam, et nondum plenam; sciat quia impedit eum
terrena inhabitatio. Cujus adhuc vitiosa voluntas est,
oret et dicat, Fiat voluntas' tua sicut in cmlo et in terra:
se inlelligens terram ; ilium autem qui rectam habet
voluntatem, coclum : quia quantum caelum distat a terra,
tantnm distat recti voluntas a vitiosa. Ita oret qui rec-
tam habet voluntatem, sed non validam, se intelligens
terram; ilium autem, cui jam valida est, ccelum. Et ita
de csleris, ut semper atteudat anima profiVere : quia
3'n'ut condemnatus est, qui in vitiosa permanet volun-
tate, ita reprehensibilis est, qui in aliis non studet
proficere.
SERMO CXXV.
I. Glorificate et portatc Deum in corpore veslm. Alibi
ii<-it Scriptura : Justificata est sapienlio a filiis suis. Et
in oratione dicimus : Sancti/icetur nomen tuum. Christus,
Dei virtus et Dei sapiontia, justificalur, sanctificatur ,
glorificatur a tiliis suis. Dicamus ergo primum, quo-
modo sapienlia justificatur a filiis suis. FlageUat Deus
omnem plium quern diligit. Sed in initio il.igelli, dum
adhuc sub lege servus Dei est, et nescit quomodo filius
Dei erit, murmorat; se autem innocentem, Deum vero
crudelem pronuntiat. Huic autem Christus Dei virtus
apparel, sed nondum sapienlia : quia per tlagellum
polentiam virtutis sent it , sed nondum sapiential suavi-
tateni per intellectum capit. Hnnc talem sapienlia altm-
gil fortiter per tlagellum, et disponit suaviter per intel-
lectum, dum illud Apostoli ei inspirat, scilicet gntol re
in tribulationibus ; scire quoniam tribulatio palientiam
operatur, palientia probationem, probatio vero spent :
spes autem non confundit. Et jam se non quasi servant
puniri, sed quasi (ilium per tlagellum erudiri cognoscit,
ul haereditatem capiat : se peccatorem, Deum vero
justum pronuntians, justificat in se matrem sapicn-
tiam.
2. Sed quid prodest peccata inter (lagella confiteri, si
non ab eisdem per continentiae sanctitatem abstineas?
sicut scriptum est, Sancti estate, sicut et ego sandus
sum : ut qualis pater, talis sit filius : et in sanctimonia
filinrum nomen Patris sanctificetur. Quod et quotidie in
SERMONS DIVERS.
91
duPere sera sanclifie dans la saintele de sesenfants.
C'est ce que nous demandons tons les jours dans la
priere, afin que, en meme temps que notre Pere se
plaint en ces termes de plusieurs de ses enfants
qu*il trouve mauvais et deregles, « tons les jours
mon nom est blaspheme a cause de vous au milieu
des nations (ha. lii, 5 et Rom. n, In), » il soit
aussi sanetifie a cause des saints. Mais, n'allez pas
penser que j'invente que la saintete est la conti-
nence, ecoutez, en efiet, ce que l'Apotre dit aux
Thessaloniciens : « La volonte de Dieu est
votre sanctification (i Thess. iv, 3). » Mais de
peur que par ce mot, sanctification, vous enten-
diez autre chose que la continence, pretez l'oreille
a ce qu'il dit apres : « C'est-a-dire, que vous vous
absteniez de la fornication et que chacun de vous
sache posseder le vase de son corps dans la sancti-
fication. » Aussi, appelons-uous saints ceux que
noustrouvons fermes dans le vceu de continence,
renoncant, non-seulemeiit aux actions illicites,
mais encore s'abstenant de toutes paroles impudi-
ques. Voila pourquoi il est ecrit : « Le sage de-
meure comme le soleil, et le sot change comme la
lune (Eccl. xxvu, 12). »
3. Mais comme un fils sage est la gloire de
son pere, il faut que, non-seulement il sancli-
fie sa mere, la sagesse par la stabilite de la con-
tinence, mais encore qu'il la glorifie par le fruit
des bonnes oeuvres, selon ce mot de la Verile meme
dans l'Evangile : « Que votre lumiere luise devant
les homines, atin que, voyantvos bonnes oeuvres, ils
glorilient votre pere qui est dans les cieux (Matt.
v, 16). » Et le Psalmiste, voulant nous peindre le
fils de la sagesse, nous dit : « lleureux l'liomme qui
est accessible a la compassion et qui prete a ceux
Le combat
■pirituel.
qui sont dans le besoin (Psal. cxi, 5). » Voila une
definition du sage aussi juste que courte. En effet,
il est heureiix au milieu des fouets en confessant
son peche, et se rejonit de le voir ell'aeer par la
tribulation 11 a pitie de son ame en plaisanta Dieu
par la beaute de la continence ; il prete au prochain
le fruit d'une bonne oeuvre. Voila le juste, l'liomme Pc":lrait <in
J . juste.
qui rend a chacun ce qui lui appartient, a Dieu, la
confession, a soi-meme, la misericorde et au pro-
chain, la justice. Voila aussi comment les fils de la
sagesse la justifient par la confession des pecbes,
la sanctifient par le biende la continence et la glo-
rilient par la fructification des bonnes oeuvres. Le
premier coup que porte la crainte de Dieu s'adresse
a la negligence, attendu que la crainte porte a. se
tenir sur ses gardes. Si la negligence l'emporte,
die engendre la curiosite. Car, tandis que la terre
de notre cceur, laissee inculte par la negligence, ne
produit que des ronces et des epines, lame qui ne
trouve plus de repos en elle est contrainte de se
repandre au dehors. Voila comment la curiosite
sort du cceur, elle est combattue par la piete. La
piete c'est le culte de Dieu : or, c'est dans le cceur
que nous honorons celui que nous savons habiter
dans notre cceur. Si la curiosite n'est refrenee, elle
amene l'experience du mal, car lorsque Tame se
repandau dehors surbeaucoup d'objels, elle trouve
facilement l'occasion de gouter quelque plaisir
dangereux. Contre l'experience du mal arrive la
science qui nous apprend quelle chose il est sur
ou dangereux d'experimenter. Mais si l'experience
du mal l'emporte, elle engendre la concupiscence,
et la concupiscence passe en affection du cceur.
oratione petimus; ut sicut de quibusdiim pravis et
incontinentibus Pater conqneritur dicens, Quotidie no-
men meum blasphemetur per vos inter gentes : Ha et
pet' sanctos sanctificetur. Sed ne meum putesinventum,
quod sanctitas continentia sit, audi Apostolum dicentem
ad Tlicssalonicenses : Hiec est enim voluntas Dei, sane-
tificaiio vestra. Et ne aliud putes sanctificationem, quam
conlinentiam, audi quod sequitur : Ut abstineatis a for-
nicationc, ut sciat unusquisque vest rum, suum vas pos-
siderein sanctificationem. Unde et sanctos eos dicimus,
quos firmos in proposilo continentiae, ab hujus saculi
lion solum illicitis actionibus, sed etiam impudicis locu-
tionibus abstinere vidernus. Unde scriptinn est, Sapiens
ut sol permanet : slullus ut lima mulatur.
3. Sed quia sapiens (ilius gloria est p;ilris, necesse est
ut non solum sanctilicetur ab eo mater sapienlia per
conlinentice slabilitatem, sed etiam glorificetur per boni
operis fructiticationem, sifut in Evangelio Veritas dicit :
Luceat lux vestra coram hominibus , id videant opera
vestra bona, et glorificent Patrem vestrum qui in cce/is
est. Unde psalmista Sapientiae (ilium describens ait :
Jucundus homo, qui miseretur el commodat. Et vere
brevis et perfecta definitio sapientis. Jucundus enim
inter flagella confltendo delictum, gaudet illnd per prap-
sentem tribulalionem deleri. Miseretur animae suae
placcns Deo per continentiae decorem : commodat
proximo fructum bona? opei-dtionis. Et hie est Justus,
reddens cuique quod suum est, Deo confessionem, sibi
misericordiam, proximo charilalem, Sic autem justifi-
catur sapienlia a fdiis suis per confessionem peccatorum
sanctificatur per continentiae bonum : gloriflcatur per
boni operis fructiflcationcm. Primus conlliclus timoris
Dei est contra negligentiam. Timor enim ad custodiam
sui excitat. Quod si praevaluerit negligentia, generat
curiositatem. Dum enim per negligentiam terra cordis
inculta, spinas et tribulos germinal ; quae in seipsa non
invenit requiem, foras cogitur evagari. Sic curiositas a
corde exit, contra quam dimicat pietas. Pietas enim
Dei cullus est, et in corde colitur, qui in corde
cognoscilur babitare. Curiositas si non vincitur, generat
experientiam mali : quia dum animus evagatur per
multa, facile invenit ubi noxiam experiatur delectatio-
nem. Hanc impugnat scieitia, docens quid tutum
sit experiri, quid non. Si vero piaevaluerit experientia,
generat concupiscentiam , ut transeat in affectum
cordis.
PENSEES DE SAINT BERNARD.
1. « 11 y en a trois qui rendent temoignage dans
le riel, le Pere, le Filset le Saint- Esprit (I Joan.
v, 7). » II y en a trois aussi sur la terre, l'esprit,
l'ean el le sang. II on est de mime en enfer selon
ces paroles d'lsale : « Leur verne mourra point
et leur feu iie s'eteindra jamais [ha, i ivi, 24). » A
ces deux inaux. If ver el le feu dont I'un ronge la
conscience, I'autre brule le corps, s'en ajoute un
troisieme, le desespoir, ainsi qu'on le comprend, de
reste, a ces mots, « ne mourra point, ne s'eteindra
jamais. » Dans le eiel, le temoignage qu'on recoit
est un temoignage ile beatitude, sur la terre, e'en
est un de justification; dans 1 'enfer, e'est un temoi-
gnage de damnation. Le premier est un temoignage
de gloire, le second, de grace, et le troisieme, de
colere.
2. Au sujet de l'Esprit-Saint, l'Ecriture nous ap-
prend qu'il procede, qu'il souffle, qu'il habite dans
les ames, qu'il les remplit et les glorifie. II y a deux
sortes de processions ; on procede de et on procede
vers. D'ou procede-t-il ? Du pere et du Fils. Ou
procede-t-il ? Vers la creature. En procedant, il pre-
destine : en souf'llant, il appelle ceux qu'il a predes-
tines; en habitant dins les ames, il justifie ceux
qu'il a appeles, en le remplissant, il conible de nie-
rite ceux qu'il a justifies, et en les justiDant, il en-
richit de ses recompenses ceux qu'il a coinbles de
merites.
3. l.e Saint-Esprit convainc le monde du peche
qu'il fait seinblant dene point apercevoir; de la
justice qu'il ne regie pas, puisqu'il se l'attribue au
lieu de I'attribuer a Dieu, et du jugement qu'il
usurpe quandil a la temerite non-seuleinent de se
jiiger lui-meme, maisde juger les autres encore.
ti. Jusqu'a ce jour ['effusion des eaux sur les ha-
bitants de Babylone, j'entends par-la la confusion
.les pensees, rend la terre ride et vague. En efTet,
lant que toute pensee tlotte anlour de la chair, on
re [lent esperer d'elle aucun fruit de sahit. Que les
eaux soient done separees des eaux (Gen. i, 6),
e'est-a-dire que l'ame revendique, comme il con-
vient, sa part de sollicitude et de soins. II est bicn
que les pensees inferieures soient renfermees dans
certaini's limiles, que leur cours soit contenu dans
un lit determine et qu'elles ne se repandent point
au-dela de ce que la necessite exige ; les pensees
superieures n'en seront que plus a l'aise pour s'e-
pauclier et se repandre. Vuila certainenient com-
ment le Seigneur donnera sa benediction, et notre
terre produira son fruit (Psal. lxxxiv, 13).
5. Le peuple de Dieu compte des hommes char-
nelset des lion, niesspirituels ; si les premiers nesont
point sansquelque desir des biens eternels, les se-
conds ne sout pas non plus completement etrangers
au desir des biens temporels. La difference entre
eux, e'est que les uns desirent plus ardemmeut tels
S. BERNARDI SENTENTLE.
1. Ties sunt qui testimonium dnnt in crelo, Pater el
Films et Sjjirilus-Stiuctus. Ties in terra, spiritus, aqua,
et sanguis. Similiter in inferno, ut in Isaia legimus :
Vermis eorum non morietw, et ignis eorum non exstin-
guetur. Duo mala sunt vermis et ignis : altera roditur
conscientia, altera concremantur corpora. Tertiumaddi-
tur dosperatio, quae in eo ulique intelligilur quod dici-
tur, non morielur, et non exstinguetw. His qui in ccelo
sunt, datur testimonium bealitudinis : his qui in terra,
juslificationis : his qui in inferno sunt, damnationis.
Primum testimonium est gloria;, secundum gratia?,
tejtium iias.
2. L)e Spirilu-Sancto testatur Scriptura, quia proce-
dit, spiral, inhubitat, replet, gloriflcat. Piucedere di-
citur duobus modis : nude, et quo. Unde '.' a Patre et
filio. Quo? Ad creaturam. Procedendo prffirleslinat :
spirando vocal quos pratdeslinavil : inhabitando justi-
ficat quos vocavit : replendo accumulat merilis, quos
justiflcavit : gloriflcando ditat praemiis, quos accumu-
lavit meritis.
3. Spirilus-Sanctus arguit mundum de peccato quod
dissimulat : de justilia quam non ordinal, dum sibi non
Deo earn dat : de judicio quod usurpat, dam tarn de se,
quam de aliis temere judicat.
•i. Usque hodie in civibus Babylonis aquarnm effu-
sio, id est confnsio cogitationum, terram facit inanein
et vacuam. Dnm cnim tluctuat circa carnem cogitatio
universa nullum e\ ea sperare est fructum salutis. Di-
vidanlur ergo aquas ab aquis, quatenus anima quo-
que (ut dignum est) partem sibi vindicet sollicitudinis
el iiiiililatiouis. Sane inferiores certis limilibus coer-
ceantur, certis contineantur alveis, necessitatis terminos
non exicdanl, proinde superiores copiosius dilatentur.
Ex hoc sane dat Dominus benedictionem, et terra nos-
tra dabit fructum suum.
5. Cum in populo Dei carnales alii sint, et alii spi-
rituales : nee illi tainen asternorum, nee isti carenl
Omni iiuido temporalium desiderio. In co sane distant,
quod plus alia appetunt alii, et secundum ea qua? pne-
ferunl, aut spirituals, aut carnales judicantur. Hinc e»t
PENSEES DE SAINT BERNARD.
93
biens et les autres tels autres, et suivant que leurs
desire se portent de preference sur les biens spiri-
tuels ou sur les biens temporels, ils sunt eux-memes
des hoinmes spirituels ou des hommes charnels. De
la went que dans les benedictions qu'lsaac donne
a Jacob et a Esaii, s'il est parle de la rosee du ciel
et de la graisse de la terre , il n'en est pas parle
dans le nieme ordre a l'un et a l'autre. « Que Dieu
te prodigue, dit-il a Jacob , la rosee du ciel et la
graisse de la terre, » et a Esau : « Ta benediction
sera dans la graisse de la terre et dans la rosee du
ciel. » Or on voit a leurs preoccupations et a leurs
desirs quels sont les biens que chacun d'eux pre-
fere.
6. « La mort des pecheurs est tres-mauvaise. »
Elle est mauvaise par la perte du raonde qu'ils ai-
nient, et dont ils ne peuvent se separer sans dou-
leur. Eile est pire par la perte de leur cbair dont
leur inie se sent arrachee par les esprits malins.
Elle est tres-mauvaise par les tourments de l'enfer
oil le corps et l'anie sont plonges ensemble dansdes
feux eternels. Au contraire , la mort des bons est
tres-bonne ; c'est, en effet, pour eux, le repos apres
le travail, le bonlieur de jouir d'uu monde nouveau
et la securite pour jamais.
7. « Le paresseux s'esl vu lapider ave< du fumier
de bceufs [Eccli. xxn, 2). » Les bceufs, cesontceux
qui sont tout entiers a l'ceuvre de Dieu, ceux qui
sement dans les larmes et moissonnent dans la joie.
Ceux-la regardent toutes les cboses de ce monde,
quelles qu'elles soient, comme du fumier. Au con-
traire, le paresseux, dont les ennemis voient en ri-
cannant les jours de repos, est moque duns
son repos par ses ennemis, comme les bceufs la-
borieux se =entent honores de Dieu dans leurs tra-
vaux. En effet, quand les malins esprits voient un
bomme paresseux aux exercices spirituels , ils luj
suggerent a tout moment des pensees terrestres a
l'esprit ; c'est comme s'il faissait des mottes avecce
que nous arons appele le fumier des beeufs, pour
en lapider le paresseux comme il le merite.
8. « Qu'il me baise d'un baiser desa bouche [Cant.
\, 1). » 11 y a trois baisers : un baiser de reconcilia-
tion, un baiser de recompense et un baiser de con-
templation. Le premier se prend aux pieds, le se-
cond aux mains et le troisieme a la boucbe. Dans le
premier on recoit la remission des peches, dans le
second, la recompense de la vertu, et dans le troi-
sieme, la connaissance des secrets de Dieu. Oubien
encore, l'un est le baiser de la doctrine, l'autre, de
la nature et le troisieme, de la grace.
9. L'Epouse a deux mamelles qui sont la con-
gratulation et la compassion ; deux sortes de lait,
l'exbortation et la consolation. Trois parfums; la
componction, la devotion et la piete. La componc-
tion au souvenir des peches passes, la devotion au
souvenir des bienfaits recus, la piete a la vue des
malheureux.
10. « Reviens, reviens, Sunamite, reviens, re-
viens, que nous te voyions (Cant, vi, 12). » Reviens
d'abord de ta joie inepte, reviens en second lieu de
ta tristesse inutile, reviens en troisieme lieu de ta
vaine gloire, reviens enfin de ton secret orgueil.
La vaine gloire, c'est celle qui nous vient du de-
hors, que nous recueillons de la bouche des hoin-
mes. Le secret orgueil est celui qui se trouve dans
notre ceeur. Quand Tame aura laisse tous ces vices,
son epoux jettera les yeux sur elle. Si done elle
cloit s'abstenir de tout le reste, c'est atin de se ren-
die digue de ses embrassenaenls. Voila pourquoi
il lui est dit : o Reviens , reviens , que nous te
voyions. »
quod in benedictionibus Jacob et Esau, et ros coeli, etler-
rapinguedonominatur, sed noneodemordincinutroque.
Dei tibi Deus de rore cceli et de pinguedine terra abun-
dantiam, ait Isaac ad Jacob. Ad Esau vcro : In pinguedi-
ne terrce, inquit, et in rore cceli desuper erit benedictio
tun. Quid autem singuli praeferant, a studiis eorum, et
solliciludinibus innotescit.
6. Mors j - ccalorum pessinia. Mala in amissione mundi,
quia non possunt sine dolore separari ab eo quern tlili-
gunl. Pejor in dissolutione carnis, a qua evelluntur eo-
rum anima- a spiritibus malignis. Pessima in loruientis
inferni, quando corpus et aniina perpetuis simul addi-
cuntur ignibus. E conlrario bonoruin mors optima, quo-
niam quidem fit ibi quies a labore, fit jucunditas de
novitate, fit securitas de aeternitate.
7. De slercore bourn lapidedus est piger. Eoves sunt
qui in opere Dei strenue evercentur : qui scminant in
lacrymis, s i in gaudio metent. Isti sane quaeeumque
sunt mundi hujus, arbitrantur ut stercora. Piger vcro,
cujus sabbata videntes hostes derident, debonestatur ab
hostibus in otio suo, siout boves strenui in laboribus
suis honestantur a Deo. Quern enim maligni spiritus pi-
grum vident ad spiritualia exercitia, in cogitationibus
ejus ingerunt importune terrena : velut de stercoribus
bourn massas coagulantes, et pigrum, sicut dignus est,
lapidantes.
8. Osculetur me osculo oris sui. Tria sunt oscula, re-
conciliatorium, muneratorium, contemplalorium. Pri-
mum ad pedes, secundum ad manum, tertium ad
os sumitur. In primo accipilur remissio peccatorum,
in secundo munus virtutum, in tertio cognitio
secretorum. Vel ita, osculuui doctrinae, naturae,
gratia?.
9. Duo sunt ubera sponsae : congratulatio et com-
passio. Gemina lactis species, exhortatio et consolatio.
Tria unguenta : compunctio, devotio, pietas. Com-
punctio de recordatione peccatorum, devotio de re-
cordatione beneficiorum, pietas ex consideratione mi-
serorum.
10. Revertere, reverlere Su/amitis, revertere, revertere
ut intueamur te. Revertere primo ab inepta betitia, re-
vertere seenndo ab inutili tristilia, revertere tertio ab
inani gloria, quarto revertere a latenti superbia. Ina-
nis gloria est, quae ab ore hominum venit extrinsecus.
Superbia latens oritur intrinsecus. Cum haec omnia vitia
reliquerit anima, intuebitur earn sponsus ejus. Ob
hoc
94
PENSEES DE SAINT RERNA HI).
li. Les pasteurs doivent veiller sur leur troupeau
& cause de trois necessites qui sonl la discipline, la
garde et la priere. La discipline, dans I'inler&l de
la correction des moeurs, de peur que le troupeau,
comrnisa leur garde, ne depferisse par leur propre
inconduite. La garde, £ cause des suggestions du
demon, de peur que leur troupeau ne soil seduit
par ses ruses diaboliques. La priere, a cause de la
tentation qui le presse sans cesse, de peur qu'il ne
soit vaincu par la faiblesse. La discipline reclame
la rigueur de la justice, la garde veut un esprit de
conseil , et la priere, des sentiments de compas-
sion.
12. L'auteur de l'univers a fait deux creatures
capaldes de le comprendre, riioinnie et l'ange.
L'homme est rendu juste par la foi et le souvenir,
et range, heureux par 1'intelligence et la presi nee.
Mais comme les hommes doivent un jour egaler
les anges. il f.iut que, en attend, nit, lis de\ iennellt
justes par la foi, et s'elevent a 1'intelligence; car
il est ecrit : " Si vous ne croyez, vous ne comprcn-
drez poinl [ha. vu, 9). » Ainsila foi est lavoie qui
mene a 1'intelligence, car elle purifie le ciKur et
permet a 1'intelligence de voir Dieu. De meme le
souvenir de Dieu est le sentier qui conduit a la
presence de Dieu; car quiconque a, ici-bas, le sou-
venir des commandements deDieu pour les accom-
plir, meritera un jourde jouirausside sa presence.
Que les anges aient done dans le ciel 1'intelligence
etla presence de Dieu, el que, sur la terre, nous en
ayons la foi et le souvenir.
13. Seigneur, nous sommes votre lot, le lotquevous
autem debet ab aliis abstinere, ut digna flat ejus com -
plexibus. Unde et ad cam dicitur : Revertere, revertere,
ut intueamur le.
11. Pastorum est vigilarc super gregem propter tria
necessaria, videlicet ad disciplinam, ad custodiam, ad
preces. Ad disciplinam, propter inonim correctionem,
ne grex commissas propria molestia deficiat. Ad cus-
todiam, propter diabulicam suggestionem, ne hostili
seducatur calliditate. Ad preces, propter tentationum
instantiam, ne vincatur a pusilianiuiilale. In disciplina
rigor j ostitis, in custodia Bpiritus consilii, in piece af-
fectus compassionis.
12. Ini.is ad inlelb'gendum se condidit universitatis
Auctor creaturas, hominem et angelum. Hominem
jusliflcant licks et memoria : angelum beatificant in-
tellectus et pnesentia. Et quia homines quandoque pcr-
ducendi sunt ad aequalitatem angelorum, necesse est
ut interim juslificentur per fidem, et pruliciant ad in-
tellectum. Scriptum est enim : Nisicredideriiis, non in-
telligetis. Itaque fides, via est ad intelligendum : nam
mandator cor tide, ut tntellectus videat Deum. Similiter
et memoria Dei , via est ad pratsentiam Uci. Qui enim
hie habet mandalorum ejus, ut ea faciat, niemoriam ;
merebitur quandoque, ut (jus quoque videat pr<E-
scntiam. Mabeant igitur intellectual et prajscntiam an-
geli Dei in coelo : habemus et nos ejus fidem et me-
moriam in mundo.
avez gagne de votre propre main, avec voire arc
el voire epee, sur le Amorrheens [Gen. xlvu, 22).
Or, voire ipee, e'esi votre parole vivante el efucace
///'/■. iv, 12 , ei voire arc, e'est votre incam ition.
En effet, e'es I dansce nrj stere que, courbanl le bois
de votre sagesse, sije puis ainsi parler, et faisant
Qec ii' avec piete, pour ainsi due. voire divinite,
vous avez tendu avec force le nerf de la chair et
augments d'une maniere ineffable, comme nous le
savons, notre bumanite. Nous sommes done voire
lot, el le peuple de votre conquete (1 Petr. u, 9), le
peuple que vous avez acquis par la parole de la pre-
dication ei par le mystere de I'incarnation.
III. Dans la circoncision du Seigneur, il n'y eut
ni nerf de rompu, ni os de brise, et les parlies les
plus resistances du corps sont demeurees intactes.
Mais la peau a ete ouverte, de la chair a etecoupee
etdu sang repandu, pour que la mollesse et la con-
cupiscence fussent chAtiees. En effet, e'est dans la
(hair qu'est le peche, car e'est la qu'il habite;
-i vous entendez bien les choses, la peau est leman-
teau qui le recouvre, etle sang, le torrent qui le
porte et l'excite. La vraie circoncision en esprit, non
pas settlement £ la lettre, consiste done & dechirer,
par la componction du cceuretla confession de la
houche, le voile de l'exeuse et de la dissimulation ;
h. rompre, par la correction des moeurs, l'habitude
du peche, a. mettre en fuite, enCn, comme il est
necessaire que ce soit, les occasions du peche et
a jeter au vent le foyer de la concupiscence.
15. « Les Mages oilrirent au Seigneur de l'or, de
la myrrhe et de l'encens [Matth. n, 11). » Peut-etre
13. Pars lua sumus Domine, quam tulisti de manu
Amorrbaei in gladio et arcu tuo. Gladius tuns sermo
vivus et ei'lieax : arcus tuus incarnatio tua. lbi enim
velut curvato sapienlia; ligno, et pio quodam modo flexa
divinitate, nervus i amis vchementer extensus, et hu-
manitas inelTabiliter aucta cognoscitur. Pars ergo
tua sumus el populus acquisitionis tua1, quern ac-
quisisti verbo praedicationis, et mysterio incarna-
tionis.
14. In ciroumcisione Domini nee nervus rumpitur
nee os comminuitur, ut robustiora quaeque et firmiora
scrventur illaesa, Aperitur autem cutis, amputatur caro,
sanguis effunditur, ut illecebrosa mollilics castigctur.
In carne quidem peccatum, quod in ca manet, inlel-
lige : porro in cute operimentum ejus, in sanguine vero
incentivum. Ha:c igitur vera circumcisio spiritu non
littera, si vclamen excusationis et dissimulationis per
compunolionem cordis, et confessionem oris amoveas :
si peccati consueludinem correctione conversions
abscindas : si denique, ut necessarium est, occasiones
quoque peccati et fomilem fugias concupiscentia-
rum.
15. Obtulerunt Magi Domino aurum, thus, et myr-
rhanx. Ha?c fortassis pro loco et tempore necessaria vi-
debantur. Auri pretium ob pauperlatem : myrrhaj un-
guentum ob infantilis (ut assolet) corporis teneritudi-
nem : thuris odoramentum ob sordidam stabuli man-
PENSEES DE SAINT BERNARD.
95
ces presents, eu egard au temps et au lieu, parais-
saient-ils necessaires ; Tor, avec sa valeur, a cause
de la pauvrete ; la preparation de la myrrhe, a
cause de la delicatesse ordinaire au corps d'mi en-
fant ; le parfum de l'encens, a cause du sale sejour
d'une etable. Pour nous, comme tout cela est passe,
offrons-lui <les presents qu'il puisse accepter ; l'onc-
tion de la myrrhe, dans la communion de la vie en
common ; une espece d'encens , dans la bonne
odeur d'une bonne reputation ; l'eclat de l'or, dans
la purefe de notre vie, en sorte que nous ne son-
gions plus a rechercher la faveur de nos freres dans
une vie pleine de complaisance pour eux, ni la
vairie gloire dans une opinion flatteuse de leur part
en ce qui nous concerne, mais uniquement l'lion-
neur de Dieu et le bien de nos freres.
16. Avant tout, que les religieux soient exempts
de tout niurmure. Peut-etre aux yeux de quelques-
uns n'est-ce qu'un peche leger que le niurmure,
• Saint Be- mais il n'en est pas ainsi aux yeux de celui * qui
(Beg. cap. nous engage a l'eviter avant tout. Oui,je crois qu'il
3*)- ne regardait pas le murmure comme pen de chose,
celui qui disaitades murmurateurs : « Ce n'estpas
contre nous que vous murmurez, c'est contre le
Seigneur; car pour nous, que sommes-nous (Exod.
xvi, 8)? » Non plus que celui qui s'est exprime'
ainsi : « N ■ murmurez point, comme lirent quel-
ques-uns qui out murmure aussi, et qui ont peri
sous la main de l'ange exlerminateur (I Cor. x,
10). » Cet ange exterminateur est celui qui avait
ele place la, precisement pour eloigner les murmu-
rateurs des conflns memes de cetle bienheureuse
cite, et pour les repousser loin des confins de celle a
qui il est dit : « Jerusalem, loue le Seigneur, Sion
loue ton Dieu ; il a etabli la paix jusqu'aux confins
de tes etats. (Psal. cxlvu, 1 et 3). » En effet, il n'y
a rien de commun entre le murmure et la paix,
entre Paction de grace et la detraction, entre le
zele amer et les paroles de louanges. Tenons-nous-
en a la parole de ces trois temoins, et quels t6-
moins ! et sachons que nous devons eviter avec tout
le soin possible la peste du murmure.
1 7. 11 y en a trois a avec qui nous devons nous
reconcilier, ce sont les hommes, les anges etDieu;
avec les hommes par des ceuvres a decouvert,
avec les anges, par des signes caches, avec Dieu par
la purete du cceur. En effet, pour ce qui est des
ceuvres que nous devons faire devant les hommes,
voici ce qui est ecrit : « One voire lumiere luise de-
vant les homines, afin que, en voyantvos bonnes ceu-
vres, ils gloriCent voire pere qui est dans les cieux
{Mat. v, 16). » Quant aux anges, David a dit : « Je
chanteraipourvous, Seigneur, en presencedes anges
(Ps cxxvu. 1). » Or, les signes caches sont les gemis-
sements, les soupirs, l'usage du cilice, et les autres
marques de la penitence quiplaisent particulierement
aux anges; ce qui a fail dire : «11 y aura joie, parmi
les anges de Dieu, lorsqu'un seul pecheur fera peni-
tence (Luc. xv, 10). » Mais pour nous reconcilier avec
Dieu, nous n'avons besoin nid'ceuvres, ni de signes,
mais d'un cceur pur et simple ; car il est ecrit :
« Bienheureux les cceurs purs, parce qu'ils verront '
Dieu (Maith. v, 8), » et encore : « Si votre ceil est
simple (Mattk. vi, 22), » et le reste.
a Nicolas de Clairvaux, a la fin de sa vingt-qiiatrieme lettre a commence ainsi : II y en a trois avec qui nous devons nous rtf-
Pierre de Celles s'eiprime ainsi : « Renvoyez-nioi l'opuscule qui concilier ; et nos heures de Notre-Dame que vous avez. •
sionem. Nos vero quoniam ilia jam omnia transierunt,
ofTeramus ei acceptabiliora munera; myrrhs unctionem
in communionem socialis vitae, thnris spcciem in suaveo-
lenliam bonae fainae, auri splendorem in conscientiae
puritatem : qu<e videlicet nee de officiosa conversatione
familiarem gratiam, nee de laudabili opinione inanem
gloriam, sed honorem Dei, elfratrum ulilitutem quajrere
studeamus.
16. Ante 'mnia sine murmuratione sint fratres. Forle
aliqui leve peccatum a?stimant murmurare : sed non hie,
qui anle omnia monet esse cavendum. Puto antem ne
ilium quidem leve reputasse, qui murmui-antibus aie-
bat ; Non contra nos est murmur vestrum sed contra
Dominum. Nos enim quid sumus? Sed ne ilium quoque
qui dixit : Non murmuraveritii, sicut quidam murmu-
raverunt, et perierunt ab exterminatore. Illo nimirutn
exterminatore, qui positus est in hoc ipsum, ut a ter-
minis beats illius civitatis arceat murmurantes, etlonge
faciit a finibus ejus, cui dicitur : Lauda Jerusalem
Dominum, iauda Deum tuum Sion, qui posu.it fines iuos
pacem. Nihil enim commune habent murmur et pax,
graliarum actio et detraclio, zelus amaritudinis et vox
laudis. Ilaque in ore trium et taliuin lestium stet hoc
verbum, ut pestem istam murmuratiunis summopere
nobis noverimus esse cavendam.
17. Tres sunt quibusreconciliari debemus, hominibus,
angulis, Deo. Hominibus per aperta opera, angelis per
occulla signa, Deo per puritatem cordis. Nam de ope-
ribus qua; coram hominibus facienda sunt, scriptum est ;
Lucent tux vestra coram hominibus, ut videant vestra
opera bona, et glorificent Patrem vestrum qui in cce/is
est. De angelis dicit David : In conspectu angelorum
psallam tibi. Occulta autem signa sunt gemitus, suspiria,
usus cilicii, et camera pcenitentia} insignia, quae angelis
placent. Unde est illud : Gaudium est angelis Dei super
una peccatore pcenitentiamagente. Ut autem Deo recon-
ciliemur, nee operibus, nee signis, sed puritate et
simplicitate cordis indigemus. Scriptum est enim :
Beati mundo corde, quoniam ipsi Deum videbunt.
et illud : Si oculus tuus fuerit simplex, etc.
• Tiroes de
la bibliolhe-
Sue ties
nines.
Le clultre des
r ^ieax
•tt le temple
de Dieo.
AITRES PENSEES DE SAINT BERNARD'.
Fini direrses
qne se
proposeot
eeux qu:
ftudieot.
18. « Le temple de Dieu est saint et ce temple c'< -t
vous [Cor. iu, 17). « Le temple de Dieu c'est le
cloitre des religieux. Ce cloitre a deux murailles.
Ce sunt les actifs et les contemplatifs, Uarlhe et
Marie, l'une exterieure et 1'autre interieure. La mu-
raille interieure reclame deux rangs de pierres, je
VL-tix dire la fuite des vices de la curiosity et de la
volupte. La muraille exterieure en veut egalement
deux, ce sont <J«'s religieux exempts de Jul et de
turbulence. Aussi I'' Seigneur a-t-il dit : « Le ser-
viteur fidele et prudent [Malik, xxiv, 45) j « fidele,
-it-dire, sans dol ; prudent, c'est-a-dire, sans
turbulence. La muraille du fond qui reunit les
deux premieres, ce sont les prelats et tousceuxqui
entrent dans le cloitre et en sortent bdelement, selon
co qui est 'lit du Seigneur lui-meme : « II part de
l'extremite <lu ciel, et il va jusqu'a 1'autre extre-
mity, il n'y a personne qui so cache a sa cbaleur
(Psal. xvui, 7). »
19. 11 y a cinq causes pour lesquelles l'homme
apprend : pour savoir, pour qu'ou sache qu'il sait,
pour veil. Ire sa science, pour edifieret pour s'edifier.
Pour savoir, c'est curiosite ; pour qu'on sache qu'il
sait, c'est vanile ; pour vendre sa science, c'est si-
monie; pour edifier, c'est cbarite; pour s'edifier,
c'est huinilite. Ceux qui mangeaient au milieu de
la pourpre ont embrasse l'ordure et le fumier (Tin-.
IV, h , c'est-a-dire, ont pris soiu de leur ventre.
20. Le commencement de la sagesse est la crainte
du Seigneur. La premiere crainte est celle qui ra-
mene sur leurs pas ceux qui marchaient a la mort ;
c'esl a cette crainte que suceede la trislesse du
monde que l'esperance de leternite dissipe.
21. On demande generalement si, dans l'ordre
du temps, l'amour de Dieu precede celui du pro-
chain. II seinble qu'il le precede, puisque nous ne
pouvons aimer le procbain pour Dieu que nous ne
commencions par aimer Dieu hii-meme ; dun au-
tre cute, l'amour cln procbain semble elre anterieur
ii de Dieu, parce qu'il est ecrit : o Comment
celui qui n'aime pas son frere qu'il voit, peut-il ai-
mer Dieu qu'il ne voit pas (1 Jo<m. iv, 20 ? » Mais il
faut savoir que l'amour do Dion est considere a
deux points >\r vue different s, a l'6tat d'amour qui
commence el a I'etat d'amour qui s'esl Qourri. Or,
1'bomme commence a aimer Dieuavant le procbain,
mais comme cet amour ne peut so perfectionner
s'il ne se nourrit, et qu'il ne croit que par l'amour
du proi bain, il faut dune que le procbain soil aime .
Voila comment l'amour de Dieu precede, a I'etat
d'amour commencant, l'amour du procbain, etcom-
moiit il est precede par celui-ci au coutraire, en
taut que amour qui se nourrit par l'amour du pro-
cbain. Si done il se Irouve des homines qui appar-
tiennont a voire juridiotion, reclaniez-les, retenez-
les avoc cbarite, avec amour, en songeant a leur
salul, et craignez de perdre leur ame en epargnant
leur corps. Conduisez-vous ainsi, et vous serez oblige
de subir nne foule de gens sur lesquels vous ne
pourrez exercer la discipline. Recourez aux mena-
ces et soy ez sans crainte; oar le Seigneur fera mise-
i'ii ordeetjustice a tousceuxqui soufrrentl'injustice.
L'amour do
I lieu
I'aiu-uir ilu
procliain?
S. BERNAKDI ALLE SENTEXTLE.
18. Templttm Dei sanctum e.it, quad eitis vos. Tem-
plum Dei est claostrum religiosornm. Duo parietes
claustri sunt, activi et c mtemplativi, Maria el Martha,
interior e' exterior. Interior! neoeasarii sunt duo ordines
lapidum, cavere scilicet vitium voluntatis, et curiosilatis.
Exterior! similiter duo, ne sint fraudulenti, et turbu-
lenti. Unde Doaiinus: FideKrservut et prudens. Fidelis,
ne sit fraudulentus ; prudens, ne sit turbuletuns. Paries
ex adverso qui banc utrumque conjungit, sunt Prxlati.
ct hi qui (ldeliter ingrediuntur, sicut de Domino dic-
tum est : A summo ccclo egretsio ejus, et occursus ejus
utque ml summum ejus, nee est quise abscondat a colore
ejus.
19 Quinque de causis addiscit homo, ut sciat, ut scia-
tur scire, ut vendat, ut a-dificet, ut aidificetur. Ut sciat,
cnriosilas est; ut sciatur scire, vanitas; ut vendat,
simonia: ut a?dificet, charitas: ut ajdiHcctur hnrailitas.
Qui nutrili crant in cruceis, amplexati sunt stercora, id
est curam ventris.
20 Initium sapiential timor Domini. Timor primus
revocat cuntes ad mortem, cuisuccedittristitiasscularis :
hanc excludit spes sternitatii.
21. Dubitari solel, utrum dilectio Dei praeecdat tem-
pore dilectionem proximi. Quod per hoc videlur, quad
proximum propter Drum diligere non possumus, nisi
diligamua Deum : et contra dilectio proximi vide-
turpraeeeJere dilectionem Dei, quia scriptum est : Qui
Uligitfratrem suum quern videt, D^nm quern non
videt, quomodo potest diligere ? Sed sciendum est, quod
dilectio Dei duohus modis consideratur, incipiens et
nutrita. Incipit enim homo diligere Deum, antequam
proximum : sed quia ilia dilectio non potest perliei,
nntriatur, et crescat per dilectionem proximi, oportet ut
proximus diligatur. Sic ergo dilectio Dei priecedit ut
incipiens, et pra>ceditur a dilectione proximi, ut ilia
mitrienda. Si qui furte pertinent ad gnbernationem
tuam, vindica, coerce cum dilectione, cum charitate,
attendens salnlem ajternani; ne cum parcis carni, anima
poroal. Fac ha;c, et multos passurus es, in quos non
poteris exercere disciplinam. Fer minas, securus cslo :
faciet enim Dominus miscricordiamet judicium omnibus
injuriam accipientibus.
PENSEES DE SAINT BERNARD.
97
Qoatre
empficbe-
menta a la
tonfassioD.
II y a huit
Trinili-s.
Voir le XIV"
des Ser
moos divers.
22. « Vous aimerez votre prochain comme vous-
mtoe (Mntth. six, 19). » Chacun doit aimer son
prochain comme soi-meme, et amencr tous ceux
qu'il pourra, par la consolation de la bienfuisance,
par les leeons de la doctrine ou par la force de la
discipline, a rendre a Dieu le culte qui lui est du.
Celui qui ne se decide a cela que par discretion est
un liomme prudent, celui qui n'en estdelourne par
aucune crainle, est fort ; celui qui n'en est eloigne
par aucune autre plaisir, est temperant, et celui
qui ne s'en relire point par orgueil, est, juste.
23. « La louange de Dieu n'est pas belle dans la
bouche du pecheur (Eccli. xv, 9), » mais dans la
bouche du pecheur penitent, elle est fructueuse,
dans celle du pecheur justilie, elle est belle. De
meme lorsqn'on fume les champs, ce n'est pas beau
mais e'ejt fertilisant, et plus tard, quand la mois-
son se fera, ce sera beau.
24. II y a quatre choses qui empechent la con-
fession ; la crainte qu'elle ne nous perde ; la honte
parce qu'elle humilie; l'espoir de quelque honneur
oude quelque avantage tempore!, si on passe pour
innocent; la crainte de ne point obtenir ces memes
choses si on ne passe plus pour innocent.
dire, par des pensees affectueuses, ou on6reuses ou
oiseuses. La raison a ete aveuglee aussi de trois
manieres, parce quelle recoit souvent le vrai pour
le faux, et vice-vend ; le licite pour l'illicite, et reci-
proquement. La volonte a ete souillee de trois
facons, par la concupiscence de la chair, par le
desir des yeux et par l'ambition du siecle. La tri-
nite par laquelle la seconde est chue, e'est la sug-
gestion, la delection et le consentement. La trinite
ou elle est chue, c'est I'iufirmite, la fetidile, la cecite.
La trinite par laquelle elle se releve, e'est la foi,
l'esperance et la charite. II y a trois sortes de foi :
la foi des pr6ceptes, des signes et des promesses.
L'esperance aussi est triple ; il y a l'esperance du
pardon, l'esperance de la gra.ee et l'esperance de la
gloire. La charite egalement est triple, on aime de
tout son cceur, de toute son inie et de toutes ses forces.
26. Tout convent doit avoir deux murs, l'un
exterieur et l'autre interieur. Ce dernier, ce sont Les trois
les religieux claustrauxle premier, ce sont tous les d™er
religieux d'obedience. Les premiers ne doivent etre
adorir.es ni a la curiosite, ni a la volupte; les se-
conds ne doivent etre ni turbi.lents, ni trompeurs.
Mais comme il est rare que la paix regne entre ces
tun CQUveot,
25. 11 y a huit trinites dont la premiere est la deux sortes de religieux, il y a une troisieme mu-
souveraine et indivise Trinite; pere, Fils et Saint-
Esprit. La seconde est la trinite decline. La troi-
sieme est la trinite qui l'a fait choir. La quatrieme
est celle dans laquelle elle est chue. La cinquieme,
celle par laquelle elle s'est relevee, et cette derniere
se subihvise en trois autres trinites. La trinite de-
chue est la memoire, la raison, et la volonte. La
memoire a ete aflaiblie de trois manieres, e'est-a-
raille placee a l'extremile, en face, et qui relie les
deux premieres l'une a l'autre. C'est l'abbe, le
prieur, et les autres freres spiritnels.Le fondement,
c'est la regie que chacun a embrassee.
27. RappoM entre les sept dons du Saint-Esprit
et les sept apparitions de notre Seigneur apres sa
resurrection. D'abord, il se montre aux femmes a domdu Saint
qui il est dit par l'Ange : « Ne craignez pas (Matt. ttff'^iax
22. DUiges proximum iuum sicut teipsum. Debet uniis-
quisque proximum suum diligere tanquam seipsum, ut
quern poterit hominem vel benelicenli;e consolatione,
vet informatione doctrinas, vel coercitione discipline,
adducat ad Deum colendum. Haec qui sola discrelione
eligd, prudens est : qui nulla hinc al'tliclione avertitur,
fortis est : qui nulla alia delectatione, temperans est;
qui nulla elatione, juslus est.
23. Non est specioia Inns in ore peccaloris, in pceni-
tente peccatore fructuosa, in justilicato est speciosa.
Sicut cum stercorantur ag-ri, non est speciosum, sed
fructuosum ; postea vera in frugum collectione fit spe-
ciosum.
24. Quatuor sunt qua; impediunt confessionem ; ti-
mer ne perdat, pndor ne vilescal, spes honoris vel
alicuj tis Icrreni commodi, si innocens putctur;
desperatio earumdem rerum, si innocens non pu-
tctur.
25. Octo sunt trinitates, qnarum prima est ilia sum-
ma et individua Trinitas, Pater, et Filius, et Spiritus-
Sanctus. Secunda est qua? cecidit. Tertia per quam ce-
cidit. Quarta in quam cecidit. Quinta per quam resur-
git, quae in tres dividitur trinitates. Trinitas qua; ceci-
dit, est memoria, ratio et voluntas. Memoria infirmata
est tribus modis, videlicet per cogitationes afTectuosas,
onerosas, et otiosas. Ratio tribus modis excaecata est,
T. IV.
quia sa?pe recipit vera pro falsis, et e converso ; licita
pro illicilis, et e converso. Voluntas tripliciter fcedata
est, per concupiscentiam carnis, per desiderium ocu-
loruin, et ambitionem sa3culi. Trinitas in quam ceci-
dit, suggestio, delectatio, consensus. Trinitas in quam
cecidit, intirmitas , fceditas, caecitas. Trinitas per
quam resurgit, fides, spes, cbarilas. Fides est trinaj
prseccptorum, signorum, promissionum. Spes quoque
triua est, spes veniae, spes gratiae, et spes gloria?. Cba-
ritas etiam trina est, ex toto corde, ex tola anima, ex
tota virtute.
26. Duo parietes debent esse in congregatione, unu
interior, alter exterior. Interior claustralps, exterior obe-
dientiarii. 1 11 i non debent esse curiosi, nee vduptuosi :
is'.i vera nee turbulenli, nee fraudulent!. Et quia raro
pax inter istos est, ideo tertius paries est, ex adverso
veniens, qui coujungat divisos parietes; abbas videlicet
et prior, et alii fralres spirituales : fundamentum est
sanctum propositum.
27. Adaptatio septem donorum Spiritus-Sancti ad ap-
paritioncs Domini resurgentis. Primo apparuit mulie-
ribus, quibus dictum est ab angelo, Nolite timere : ecce
spiritus timoris. Apparuit Petro, qui negaverat : ecce
spiritus pietatis. Apparuit mulieri, cui dictum est, Nol
me tangere, nondum enim ascendit ad Patrem meurn
ecce spiritus scientiae. Apparuit illis undecim in monta
98
« I YRES DE SAINT BERNARD.
■epl appa-
ritions
de Jesus-
Christ.
xrvni, 9). » Voila l'esprit de crainte. 11 apparait a
Pierre qui I'avait renie: esprit de piete. II se mon-
tre .'i l.i femme .'i qui il dit . « Ne me touch
ear, je no suis pas encore remonte vers mon pere
[Joan, xx, 17 : " esprit tie science. 11 s'.si fait voir
aux onze surla montagne cm il les avail conduits
et ou U l.'ur dit : « route puissance na'a ete donnee
dansle ciel et sur la terre [Matt, xxvm, 18] : o es-
prit de force. H apparut aux deux disciples qui
allaient a Emmaus, dont il est dit : « Et il leur
ouvrit l'intel ligence pour qu'ils comprissent les
Ecritures [Luc. x\iv, .'j.'> : » esprit d'intellig
Lntin, d s'est fait voir a ses disciples prosterues a
ses pieds, quand il -est eleve dans les cieux, car
de iui qu'il est dit : « Je suis la sagesse etj'ha-
bite au plus liaut des tieux (Eal. xxiv, 'Jj : » voila
pour l'espril <le sa^
Iiyaqnatre -8- " J a quatre sortes de graces : la grace de
graces, la creation, eel:. Lion ou de la miseri-
corde, la grace qui donne et celle qui recom-
pense. 1 a premiere est celle par laquelle tout a ete
fait. I.a seconde, celle par laquelle le Verbe
fait chair. La troisieme, celle par laquelle il est
plein de grace, et la qualrieuie, celle par laquelle d
est plein aussi de verite.
29. La paix aussi se divise en quatre. La paix avec
L EorleFde^ Dieu et celle avec le prochain, la paix dans la chair
pau- et la paix dans l'espnt. Mais puur que toutes ees
paix soient sulides, d taut leur donner un fonde-
meut ; la paix de la chair reposera sur la tempe-
rance; la paix de l'esprit, sur ia force; la paix avec
le prochain, sur la prudence ; la paix avec Dieu sur
la justice. « Gluire a Dieu au plus haut des cieux,»
voila la paix avec Dieu : « et paix sur la terre aux
hommes de bonne voloute {Luc. n, 14). » C'est la
paix. avec le prochain : « Paix. a vous, voyez nies
mains et nies pieds [Luc. xxiv, 39), » c'est la paix
de la chair: «. Recevez Le Saint-Esprit {Joan, xx,
22 . n i I'esl la p ux de l'esprit.
30. aLesmoucb.es, qui, en mourant dans un par- Tr°;s r^om
linn en delruisent la bonne odeur, » ce sont la ''"sen! i» "
vamie, la curiosite et la volupte; c'esl parce qu'elles dl!votlun-
-i1 Irouvenl en abondance en Egyple et autour des
in as, que nous ne pouvons olliir le sacrilice
de li justice el de la charite, en Egypte, au Sei-
gneur noire Dieu. Voila pourq'ioi nous allons au
d.sert, e'est-a-dire, dans la solitude de notre cceur.
« par une route de trois jours. » En parlmt du
premier jour, l'Epoux dil a I'Epouse : sVenez dans
monjardin, ma sceur, mon Epouse [Cant, v. 1), »
e'est-a-dire, venez dans le verger ou sunt plantees
de bonnes vertus. Le second jour est celui dont
I'Epouse se rejouit el dit : « Le Hoi m'a introduite
dans son cellier au vin [Cant, i, 3), » e'est-a-dire,
dans les deli es des saintes Ei ritures. Le troi-
jour, c'est la diamine a coucher, c'est la plenitude
de I amour, quand l'Epoux et I'Epouse jouissent
mill in llemeiit l'un de 1'autre. Or, remarqiiez con-
tre la vanite, la solidite des vertus ; contre la cu-
riosite, le gout multiple et varie des Ecritures; con-
volupte, la chamhre a coucher de ce souve-
rain amour.
31. La charite a deux mamelles, la compassion Le» d<"«
etla congratulation. La mauielle de la compassion
verse le lail de la consolation, et a la mamelle de la
congratulation on suce le lait de l'exhortation.
3'J. II y a trois choses qui conservent 1' unite, ce 1/onite. est
sont la patience, l'humiliteet la charite. Voila lesar-
mesdonl unsoldatdu Christ doit se pourvoir ; il doit
prendre la patience en guise de bouclier, pour la
porter et l'opposer a droite et a gauche a toutes les
adversites. Lhuudlite lui servira de cuirasse, et
Trois rerne-
des.
par Irois
ctioses.
ubi constitucrat, quando dixit, Data est mihi omnis po-
testas in calo et in terra : ecce piritus fortiui
Apparait duobus eunlibu- in Emmaus, de quibus scrip-
turn est, LI aperuit Utis sensum, ut inteltigereat Scriptu-
ras : ecce spnitus inlelleclus. Ad ulliinum apparuil
illis recumbcnlibus, quando ascendit in ccelum, quia
do eo dictum est, Ego sapientia in aitissimis hubito :
ecce spirilus sapientia?..
28. I rtita est : gratia creans, gratia re-
dimen9 sive miserans, gra is, gratia remune-
rans. Prima, omnia per ipsnm facta sunt. Sei
Verbum caro [actum est. Terlia, plenum yiatia". Quarta,
et veritalis.
29. Pax quadriperlita est, crga Deurn, erga proxi-
mum, in came, in spirilu. Quae ut linna sit, subs-
teinendum est uoicuiqne fundamenlum, paci carnis
temperantia; paci spirilus rortitudo,' paci cum proximo
pruiienlia: paci cum Deojuslitia. Gloria in excelsis, ecce
pax cum Deo : et m terra pax hominitms bo,
talis, pax cum proximo : I'n.r nobis, videte manus, et
ped'!s meat, pax carnis : Accipiie Spiritum-Sanctum,pax
spiritus.
30. Muscat morientes exterminant suavitatem unguenti,
ill est vanilas, curiosilas et voluptas : qua? quia in
pto et circa sacrificia /Egyptiorum abundant, non
possuinus in /Egypto sacrilicare Domino lieo nostra
saciiliciuro justitia? et cbaritatis. Ideo proflciscimur in
turn, id est in solitudinem cordis, via trium die-
rum. Ue prima die dicit Spotisus Sponsae : Vent in Imr-
tttnt m o a sponsa; hoc est in planlaria bo-
i virtulum. De sccunda gaudet sponsa, et dicit :
Introduxii me Rex in cellam vinariam; id est, inter
deli, ias scriplurarum. Terlia dies est thalamus, pleni-
tudo amoiis, in quo se invicem fruuntur Sponsus et
Sponsa. Et nota contra vanilatem, soliditatem virtu-
lum; contra voluptatcm, summi illius amoris thala-
iinim.
31. Duo sunt libera cbaritatis, compassio et
atulalio. Ex compassions lac sugitur conso-
lalionis : ex congratulalione lac sugitur cxhortatio-
nis.
32. Tria sunt quibus scrvalur unitas : patientia, hu-
militas, et cbaritas. His armai-i debet miles Chrisli, pa-
tieiilhun habeas quasi scutum, quod feral et circuml'erat
contra omnia adverse : bumilitatcm quasi loricam, qua;
conservet interiora pra;cordia : charitatem quasi Ian-
PENSEES DE SAINT BERNARD.
99
protegera son cceur au dedans. La eharite sera sa
lance; il s'en servira, commc dit l'Ap6tre, pour
provoquer tous les autres au duel de la eharite, et,
en se faisant tout a tous, pour combatlre les com-
bats du Seigneur. 11 faut aussi qu'il proline le cas-
que du salut, je veux dire l'esperanee, pour pre-
munir et proteger sa tele, c'est-a-dire le chef meme
de son Ame. Qu'il se saisisse egalement du glaive
de la parole, de Dieu, et qu'il monte le dextrier du
bon desir. 11 faut tuer Goliath, avec son propre glai-
ve, je veux dire la vaine gloire par la considera-
tion de la vaine gloire elle-meme.
33. II y a deux tins dernieres, la mort et la vie,
c'est vers ces deux tins dernieres que nous volons
des deux ailes de la erainle etde l'esperanee deplo-
yees. De deux de nos ailes, je veuxparlerde la peni-
tence du cceur et de la confession de la bouche,
nous nous voilons les pieds, selou ce mot de l'Apd-
tre, « on croit de cceur pour la justice et on confesse
de bouche pour le salut (Rom. x, 10). » De deux
autres ailes, l'amour de Dieu et l'amour du pro-
chain, nous nous voilous la tete ; c'est ce qui a fait
dire a l'Apdtre : « Soit que nous soyons emportes
hors de nous c'est pour Dieu ; soit que nous nous
tern per ions, c'est pour vous (11 Cor. v, 13). »
Les sept dons <y«. Remarquez que la crainte eneendre la com-
du Saint- . ^ ' "
Esprit, ponction, la componction le renoncement a tout,
celui-ci la vraie humilite et cette dcrniere la vraie
confession, ou se trouve la purification de tous les
vices. La confession fait pulluler les vertusjune
fois devenues grandes ces dernieres font la purete
du cceur en qtioi consistent la vraie sagesse et la
eharite parfaite. Apres cela, il faut savoir que c'est
l'esprit de crainte qui donne la crainte ; l'esprit de
piete, la componction; l'esprit de science, le renon-
cement aux choses presentes ; l'esprit de force, la
vraie humilite ; car l'humilite vaine tout ; l'esprit
deconseil donne la confession; l'esprit d'intelligen-
ce, l'acquisition des verlus ; l'esprit de sagesse, la
parfaite purete du cceur et l'amour.
35. II y a quatre ordres dans la maison de Dieu; Il y a quatre
en ell'et, les uns se prosternent aux pieds de Jesus, dai'sla* mai-
tels les Elhiopiens, telle Marie penitenle et confes- son de Die°'
sant ses peches. II y en a qui sont assis a ses pieds,
telle la meme Marie quand elle ecoute sa parole.
Quelques uns sont couches sur son sein, et d'au-
tres assis a ses cotes. Les deux premiers ordres vi-
vent pour eux-memes, le troisieme vit pour lui et
pour le prochain, c'est Jean l'Evangeliste, puisant
et sucant la pais dans le sein du Seigneur, et l'an-
nonc mi au peuple. Le quatrieme vit [iour le pro-
chain; c'est l'Apotre qui dit : « Pour moi, j'ai com-
bat! u mi bon combat, j'ai acheve ma course, j'ai
garde la foi (II Tun. iv, 7), » etqui, eu consequence,
continue avec conliance : « Line couronne de justi-
ce m'est reservee. » Aussi, dit-il, «je desire etre de-
gage des liens du corps et me trouver avec le Christ.
Mais il est plus utile pour votre bien que je de-
meure encore en vie (Philip, i, 23). » Ceux-la ne crai-
gnent point de vivre et. ne refuseut point de mourir.
3(5. II y a un orgueil aveugle, uu orgueil vain,
et un troisieme orgueil vain et aveugle en meme
temps. II est aveugle, quand on croit avoir ce
qu'on n'a point : il est vain quand on se glorilie de
l'opiniou que les homilies coucoivent de nous, eh
nous estimant ce que nous ne somnies point : il
est aveugle et vain en meme temps, quand nous
nous glorifions en nous-ineines, et quand nous vou-
lons etre glorifies par les autres du bien qui n'est
point en nous.
Le trip!*
orgueil.
ceam, per quaiii , sicut dicil apostolus, onirics impelens
in provocatione charitafis, et omnibus omnia se IHr.ietis
belligeralur bellum Domini. Oportet etiam til habeat
galeatn salulis, qua? est spes, caput, id est principale
mentis, muniens et conservans. Habeat etiam gladium
verbi Dei, et equum boui desiderii. Goliath suo gladio
occidendus est, vana gloria consideratione ipsius vanae
gloria;.
33. Duo sunt novissima, mors, et vita. Ad haec vola-
mus duabus alis, timore et spe. Duabus velamus pe-
des, pcenitentia cordis confessione oris, secundum illud :
Corde ereditur ad jwtitiam, ore autem confessio fit
ad saliUem. Duabus velamus caput, dilectione Dei et
proximi. Uude Apostolus : Siue mente excedimus, Deo;
sive snlirii ttumust vobis
34. Nota, quod ex timore compunclio, ex compunc-
tione omnium rerum abrenuntiatio , ex qua vera
humilitas, ex qua vera confessio, in qua omnium vilio-
rum purgatio. Ex confessione virtutum pullul.ilio : con-
creta' virtutes faciunt cordis puritatem, in qua vera sa-
pientia et perfecta charitas. Ad hoc sciendum quod
piritus timoris dat timorem, spiritus pietatis coripunc-
tionem, spirilus seientiae praesentium abrenuntialioncm,
spiritus fortitudinis veram humilitatem. Humilitas
enim vincit omnia ; spiritus concilii confessionem
s|iirilus intelligentiaa virtutum acquisilionem , spi-
ritus sapientia; perl'eclam cordis puritatem et amo-
rem.
35. Quatuor sunt ordines in domo Domini. Qui-
dam enim prooidunt ad pedes Jesu, sicut .Ethiopes, si-
c it Maria pcenitens et conlitens : quidam sedent ad
pedes ejus, ul eadem Maria audiens verbum ejus : qui-
dam jacent in sinu ejus : quidam sedent ad lattis ejus.
Duo ordines primi sibi vivunt, tertius sibi et proximo,
ut Joannes Evangelista, suscipiens et sugens pacem
de sinu Domini, et nuntians earn populo. Quartus
proximo, sicut apostolus, qui ait : Bonum certamen cer-
tai'i, cursum constunmavi, fidem servaoi. Unde securus
subjungit : Reposita est mihi corona justitice, Et ideo
cupio dissolui et essi cu/n Christo. Perm/mere autem in
carne, necesnarium propter von. Isti nee inori timent, nee
vivere recusant.
36. Superbia alia est caeca, alia vana, alia caeca simul
et vana. Caeca, quando homo putat in se esse quod non
est. Vana quando gloriatur in hoc quod homines putant
eum esse quod non est. C;eca simul et vana est, quando
de bono quod non habet, et gloriatur in semetipso, e
aliorum gloriam quaerit.
II j a cinq
»orlei do
tbuteiet.
Mtqaadruplo
100 CEUVRES DE
37. L'kumilite est suffisante, abondante ou sura-
bondante. Suffisante elle est soumise a ses supe-
riors, ft ne se prefere point a ses egaux. Abon-
dante, elle se soumet a ses egaux et ne se prefere
point a ses inferieurs. Surabondante, elle se sou-
mel a ses inferieurs. Cest elle qui inspirait le Sei-
gneur lorsqu'il disait a saint Jean : « Laissez-moi
faire pour le moment, car c'est ainsi qu'il [aut que
nous accomplissions toute justice [Matt, in, 15). »
38. Quieonqne veut plaire parfaitement a Dieu,
doit briller par sa chastete non moins que par
sa charite. Or, pour ce qui est de la chastete,
elle est quintuple : il y a la chastete des oreilles et
celle des yeux, la chastete de l'odorat, celle du
gout et celle du tact. Quant a la charite, elle est
quadruple. En effet, il en est une, selon l'Apotre,
« qui croit tout (1 Cor. xui, 7), » c'est-a-dire qui
n'est po.nt soupconneuse ; une qui « espere tout, »
elle n'est point paresseuse ; une qui « souffre tout,»
elle ne murmure point; une qui « supporte tout,»
elle n'est point impatiente. Voila neuf vertus qu'on
ne peut posseder sans etre parfait et sans mener
sur la terre la vie des neuf clmeurs des anges. C'est
en ce sens que l'Ap6tre a dit : a Notre vie est dans
les cieux (Puilipp. Ill, 20;. » Et s'il in 'est permis de
le dire, l'homnje qui ruene cette vie a plus de me-
rite que les anges. En ehVt, chez l'homme ce genre
de vie est un acte de vertu, et chez l'auge c'est le
fait de sa dignite.
39. L'ne sainte ame mortifie sa chair pour la
garautir de la pourriture des vices, quand elle
renonce, par continence, a tontes les voluptes du
monde; on peut dire alors qu'elle embaume son
corps de myrrke, alin que, apresle jugenieut, il de-
SAIXT BERNARD.
meure intact de la corruption eternelle. Mai»
lorsque, dans l'ardeur de ses desirs, elle s'eleve aux
choses du ciel et repousse de la chambre de son
cceur toutes les pensees superflues, elle fait, de son
coeur, sous les yeux de Dieu, comme un encensoir, oil
elle amasse, par la charite, des vertus qui sont
comme des charbons ardents qui la consument, en
presence de Dieu, du feu de la charite. Et tandis
qu'elle eleve vers Dieu de pures et ferventes
prieres, c'est comme si elle faisait mooter, de l'en-
censoir, la fumee de l'encens, pour repandre une
bonne odeuren presence de son bien-aime, et pour
exciter sans cesse ceux qui l'approchent de plus
pres, 4 l'amour de Dieu, par ses bonnes oeuvres.
ItO. « Vous ne ferez pas ruire le chevreau dam
le lait de sa mere (Exod. xxxiv, 26. ) » Le chevreau
c'est le peoheur ; la mere, ce sont nos premiers
parents de qui nous descendons tous ; le lait, ce
sont les peches qui decoulent de la faute origi-
nelle. » Vous ne ferez pas cuire le chevreau dans
le lait de sa mere, » cela veut done dire, qu'il ne
faut p^s laisser vivre le pecheur dans ses pichej
jusqu'au jour de sa mort, mais le rappeler avant
ce moment-la a la pratique des bonnes oeuvres,
pour qu'il ne perisse point.
41. « II y en a trois qui rendent temoignage sur
la terre, l'esprit, l'eau et le sang ( I loan, v, 8 ). »
Par sa venue le Seigneur a mis tin a la circon-
cision et aux autres baptemes, et il a institue le
bapteme oil il a voulu que ces trois choses ren-
dissent sur la terre le temoignage de chretiente.
E< outez comment fait le sang du Christ ; c'est un
signe qui nous apprend que nous devons moiirir
au peche, selon ce mot de l'Apotre : « lgnorez-vous
37. Humilitas, alia sufficiens, alia abundans, alia su-
perabundans. Sufliciens, subdi majori, nee pra-ferre
se pari. Abundans, subdi pari, nee prseferre se minori.
Superabundans, subdi minori. Inde Dominus ad Joan-
nem : Sine, modo, sic enim decet nos imptere omnem
justitiam.
38. Quicumque volunt perfecte placere Deo, tarn
castitale, quam charitate splendcre debent. Caslila3
autem quinquepertita est, videlicet in auribus, in oculis,
in odoratu, in guslu, et in taclu. Charitas autem qua-
drifaria est, quae, secundum Apostoliun, omnia credit,
id est non est suspicion; omnia sperat, non e.-t pigra;
omum suffert, non murmurat; omnia sustinei, non est
impatiens. Ecce novcin, qua? qui perfecte liabet, per-
fectus est, et secundum novem ordines angelorum
degit in terra. Undo Aposlolus : Nostra conuersatio in
cce/u est. Et ut ita dieam, majus mcrituni habct homo
taliter vivens, quam angelus. Homini enim est virtulis,
angelo dignitatis.
39. Sancui anima carnem mam a putredine vitiorum,
mortiticat, dum omnes voluptates nmndi per conlinen-
tiam abaegut : et tunc quasi myrrhatn morituro corpori
adhibet, ut post judicium a corruplione seterna maneat
lanum. Cum vero ad ccelcstia majori desiderio se accen-
dit, et a cordis cubiculo omnes superfluaa cogitatione
ferventer abjicit quasi thuribulum cor suum coram Deo
facit, in quo dum per dilectionem virtutes congregat,
quasi carbones in thuribulo cotplat, inquoseipsam nieos
in conspeclu Dei igne charilalis incendat. Dumque
ferventes et mnndas orationes ad Deum emittit, quasi
fumum aromatum ex thuribulo edueit, ut coram dilecto
suave redoleat, et proximos quosque ad ejus amorem
per bona op»ra concitare non desinat.
40. Non coques Uwdum in tacit matrix. Hoedus pecca-
tor; mater, primi pareates, ex quibus omnes procreat
sumus ; lac, vitia quse de original] peccato venerunt.
Non coques Itanium in lacte mutrisswe, id est non sinatur
peccator usque ad diem niorlis sua; in peccatis perma-
nere, sed ante mortem ad bona opera revocetur, ne
percat.
il. Tres sunt qui testimonium dant in terra, spirilus,
aqua, el sanguis. Veniens Dominus circumsisioue.il et
alia baptismata fecit cessare ; Baptismum vero instituit,
in quo trt.i prffldiota, quasi testimonium christianitatis
In terra dantia opei-ari voluit. Audi quomodo sanguis
Christi facit, et signum est ut moriamur peccato, secun-
dum Apustolum : An ignoralis quia quicuaque buptizati
sumus in Christo Jesu, in morte ipiius baptizati sumusl
Aqua, qua; quasi quodam tumulo corpus inuludit, signum
eat ut ultra non serviamus peccato : Consepuiti enim
PENSEES DE SAINT BERNARD.
101
que, baptises en Jesus-Christ, c'est dans sa mort
que nous avons ete baptises (Rom. vi, 2) ? » L'eau
qui recouvre le corps comme une sorte de tom-
beau, nous dit que nous ne devons pas etre plus
longtemps esclaves du peche, « car nous avons ete
ensevelis avec lui par le bapteme, dans sa mort. »
L 'esprit vivitie et fait que, apres avoir ete ensevelis
dans l'element de l'eau, nous ressuscilions renou-
veles par le Saint- Esprit, « afin que nous mar-
chions dans une nouvelle vie, de la nieme maniere
que le Christ est ressusciste d'entre les raorts par la
gloire du Pere. » Or ces trois temoins, operant de
concert pour la meme chose, ne font qu'un, selon
le mot de Saint Jean. Un dans le mystere, non
point dans leur nature. Le sang est done le temoin
de la mort, l'eau celui de la sepulture, et l'Esprit, le
temoin de la vie. Le sang a rapport an prix, l'eau,
i la purification, et l'Esprit, a, la renovation de
l'esprit. Le sang du Seigneur nous rachete, l'eau
des fonts sacres nous lave , l'Esprit nous fait
enfants de Dieu par l'adoption.
42. « A la quatrieme veille, il vint k eux (am
apotres), en marchant sur la mer (Matt, xiv ). »
'•orfeflu" ""e Pretrner sommeil est la crainte nocturne ,
•ommeil. e'est-a-dire la crainte des adversites. La veille
qui le suit, est produite par la prudence. Le
second sommeil, c'est la Heche qui vole durant
le jour, e'est-a-dire la tentation qtii nous rient
dans la prosperity ; la veille qui le suit est
produite par la force. Le troisiiime sommeil, c'est
la chose qui marche dans les tenebres, je veux dire
la vaine gloire ; la veille qui le suit est la justice.
Le quatrieme sommeil, c'est le demon de midi et
ses incursions, je veux dire l'intemperance. Alors
le Seigneur vient a eux en marchant sur la mer.
11 marche hien dessus , lui , mais Saint Pierre
enfonce dans ses flots. An premier abord, on le
prend pour un fantome, mais ensuite on le recon-
nait. Les plus craintifs, mais qui n'ont point cess6
d'etre fideles, louent le Seigneur en voyant ces
choses.
Zi3. La priere requiert sept choses. Elle doit etre Condition d«
dictee par la foi, selon ce mot de l'Evangile : « Tout
ce que vous demandez en priant, croyez que
vous l'obtiendrez , et vous l'obtiendrez en ell'et
(Marc, xi, 24). » Puis, elle doit etre pure, a l'exem-
ple de la priere d'Abraham qui eloignait les oiseaux
de ses sacrifices. En troisieme lieu, il faut qu'elle
soit juste, en quatrieme lieu assidue, en cinquieme
lieu humble, en sixieme lieu fervente : ces deux
qualites se retrouvent dans l'image tiree du grain
de seneve ; en septieme lieu, il faut qu'elle soit
devote.
FIN DES PENSEES.
sumus cum ipso per baptismum inmortem. Spiritus vlvi-nem. Tertia dormitio, negotlumperambulanslntenebrlj,
flcat et facil, tit qui in illo aquanim elemenlosepelimur,
renovali per ipsum Spiritum resurgamu3, ut quomodo
turrexil Christus a mortuis per gloriam Patris, ita ut
nos in novitute vita ambukmus. Et hi tres quia unum
operanlur, unum sunt, sicut dicit Joannes. Unum in
myslerio, non in nalura. Sanguis igitur testis mortis,
iqua sepulture, Spiritus vitse. Sanguis spectat ad pre-
tium, aqua ad lavacrum, Spiritus mentem renovat. San-
guis Domini nos redemit. sacri fonlis unda nos abluit,
Spiritus per adoplionem filios Dei nos facit.
42. Quarta vigilia venit ad eos (apostolos) ambulant
tuper mare. Prima dormitio est timor nocturnus, scili-
cet de adversis ; subsequens vigilia, per pruden-
tiam. Secunda dormitio, sagitta volans per diem,
Id est tentatio per prospera; vigilia per fortitudl-
scilicet vana gloria ; vigilia, justitia. Quarta dormitio,
incursus et daemonium meridianum, id est intemperan-
tia. Tunc venit ad eos Dominus, ambulans supra mare.
Dominus supra, sed Petrus mergitur. Primo putatur
esse phantasma, sed post agnoscitur. Alii tepidiores,
sed tamen fideles, magnificant Dominum in tali-
bus.
43. Septem debent esse In orationc. Oratio enim da-
bet esse (idelis, juxta illud : Quidquid oranles petitis,
credite, quia uccipietis,et fiet vobis. Deindemunda, jux-
ta exemplum Abrahae, qui aves de sacriflcio abigebat.
Tertiojusta, quarto assidua, quinto humilis, sexto fer-
vens, haeo duo habeas in grano sinapis ; septimo
devote.
FINIS SENTENTIARUM.
PARABOLES
YULGAIREMENT ATTRIBUTES A SAINT BERNARD.
DienitC
de I'homme
dans la
crealiun.
Chote de
1'hoinme.
PREMIERE PARAHOLE.
Le combat spiriluel.
1. l"n roi richoct tres-puissant, le Dieu tout-puis-
sant, a adopte pour tils I'homme qu'il avaitcrfee, e1
aquicommea an enfantjeuneet delical il donna pour
precept eurs la loi etles prophetes, avec Irs aulres
tuteurs et acteurs 'jusqu'au temps marque d'avance
par lui pour sa majorite. 11 le pourvut de toutes
choses et ne lui epargna point ses avis eu l'6tablis-
sant le maltre dn paradis terrestre, et lui montra
tous les tresors desagloire, en luipromettantdelui
en faire part, s'il ne l'abandonnait point. Puis, atin
que rien ne manquatauxbiensdont il l'enrichissait,
il lui donna aussi le libre arbitre pour que le bien
qu'il fer.iit lut volontaire au lieu d'etre force . Quand
I'homme eut recu le pouvoir du bien et du ma), il
prit tous ses biens en degout dans son ardent de-
sir de connailre le bien et le mal. Sortant done du
paradis de sa bonne conscience, il se mit a la re-
cherche de nouveautes qu'il ignorait, lui qui jus-
qu'alors ne connaissait encore que le bien : oubliant
les lois de son pere, et quitlant ses precepteurs, il
niangea du fruit de l'arbre de la science dubienet
du mal, en depit de la defense de son pere, et, le
malbeureux, se cachant et fuyant la presence du
Seigneur, il se mit a errer, couiuie un enfant in-
sense, sur les moutagnes de la bauteur, dans les
rallies de la curiosite, a travers les champs de la
licence, par les bois de la luxure, an milieu des ma-
recages des yoluptes charnelles et jusques sur les
flots 'Irs soins ,le ce monuV.
2. Mais ['antique brigand, en apercevant cet en-
fant, revolte sans garde et sans guide, errant loin de
la maison de son pere, s'approcha de lui, etlui
pr6sente de la main du niauvais conseil, les pom-
mes de la desobeissance, comme pour s'assurer de
son consentement ; puis il fond sur lui, le renverse
par terre, e'est-a-dire dans les desirs terrestres, alors
il lui garrotte les pieds, e'est-a-dire, les affections de
lame, puur l'empiVher de se relcver, et le cliarge
des liens Ires-forts de la concupiscence du siecle,
donl il couvre aussi les mains de sun operation et les
yeux de son ame. Ensuite il le place dans le vais-
seau de la mauvaise security, et faisant sonftleravec
force le vent de l'adulation, il le conduit bien loin
dans les pariiirs de I i dissimilitude. Mais lui, cet
enfant, en arrivant dans un pays qui n'est pas le
sien, se vbit mis en vente au plus offrant de tous
ceux qui passent le long du clieiuin . 11 apprend a
faire paitre les pores et a manger les gousses dont
on les nourrit ; tandis qu'il desapprend ce qu'il
avait appris auparavant, il apprend ce qu'il avait
ignore jusqu'alors, je veux dire les ceuvres servi-
les. Unchaine dans le cacbot du desespoir, oil ne
rodent que les nnpies, il se voit coutraint, 6 dou-
leur, de moudre sous la meiile du moulin de l'im-
PARABOLA I.
De Pwjna spiriluali,
1. Rex dives el pnrpotens Deus omnipotens fllium
sibi fecit homioem, quern creaverat, cui sicut puero
delicate paedagogos delcgavi I legem, prophetas, caete-
rosque lutorcs el adores usque ad praeliuitum tempua
ejus consummaticnis. Instruxit cum el monuit,dominum
eum paradisi constituens; otnnesque thesauros glorias
suae ei ostendens el repromitlens, si se non desereret.
Et ne quid deessel bonis ejus, cliani liberum arbilrium
ei indulsit, ut bonum ejus essel volunlarium, non coac-
tum. Acccpta licentia boni el mali, ccepil rum taedere
bonorum Buorum, a concupiscentia sciendi boil
milium. K ■ ion conscienlie,
nova quaerens qu ebat, qui nulla adbi.c nisi bona
noverat; paterais ' legibus et paedagogis relictis, man-
af.patrus. ducavit de ligno scienHas boni et mali contra vetitum
Patris : et abscondens se miser, ctfugiensa facie Domini
cc?pit vagari puer insipiens per montes altitudinis, per
valles curiositiitis, per campos lioentiae, per neinora
luxuriae, per paludcs voluptatum carnalium, per ductus
cur iiiiiii saeculurium.
2. Videns aulem anliquus prado Iascivum puerum
sine custode, sine rectorc, procul a domo patris vagan-
tem ; accessit, el pomulailla inobedientiai manu malae
persuasionis ei porrigens, postquam ab eo cunsensum
elicuit, aggressus est miserum, el in terrain, id est in
liTicni cum desideria, praecipitans, pedesque, id est
mentis aiTectiones, nc resurgat, Fortissimis ei saecularis
concupiscentiae vinculis alligans, manusque opcrationis,
i i . nlos mentis; misil eum in navim malae securitatis,
el flante vehementer vento adulationis, Iransvexit cum
in longinquam regionem dissimililudinis. Veniens ille
in regionem non suam, venalis factus csl omnibus, qui
praetergrediuntur viam. Iiiscii porcos pascere, siliquaa
porcorum manducare i dediscil omnia qua1 didicerat, et
disi ii quaa nesciebat, servilia scilicet opera. Vinciusque
in desperationis careers, ubi in circuitu impii ambulant,
PARABOLES ATTRIBUTES A SAINT BERNARD.
103
piete la recompense de la mauvaise conscience. comment as-tu done pn trouver acces dans le ca-
3. Mais pendant ce temps-la, oii est done son cliot si profond et si horrible de mon desespoir?
' pere tres-puissant, tres-doux et t res-liberal ? Pent- Oui, oui, e'est bien moi, reprend l'Esperance, e'est
il avoir oublie le fils de ses enlrailles ? Non, non, il ton pere qui m'envoie vers toi pour t'aider, non
ne Poublie pas, loin de la, il en a pitie auconlraire, point pour t'abandonner, et pour te ramener dans
il compatit au malheur, il se pi dut de 1'absence et sa maison et dans la chambre meme de ta
de la pert' de son fils. II recommande a ses amis, mere. Et lui : o toi, s'ecrie-t-il, doux alle;:ement
il presse sesserviteurs, il demande atoat le moude des peines,d nice consolation des malheureux ! 0 toi
de se mettre a sa recherche. L'n de ses serviteurs, qui n'es pas le moindre des trois serviteurs qui se
nomine la Crainte, sur l'ordre de son maitre, se tiennent debout pres du lit du roi, tu vois la pro-
precipite sur les pas de cet enfant fiuitif, et decou- fondeur immense de mon cachot. tu vois mes fers,
vre le fils de son roi, au fo:;d dun cachot, couvert il est vrai que depuis que tu es entree ici, ils sont
des ordures degoutantes du peche, lie des chaiues deja en grande partie rompus ou detaches. Tu vois
1'immense multitude de ceux qui me tiennent cap-
tif, tu vois leur force, leur rapidite et leur ruse.
Comment peux-tu te trouver ici ? Mais l'Esperance
lui repond : ne erains rieu, celui qui doit nous ai-
et charge des fers de la mauvaise habitude, fou de
misere et pourtant tranquille et souriaut dans son
malheur. 11 le presse de la voix et du fouet de se
lever, de sortir et de relourner chez son pere, il
couvre ce malheureux enfant d'une telle confusion der est pleiu de misericorde ; celui qui combattra
qu'il demeure etendu a terreademi-mort,sonven- pour nous est tout-puissant, et si tes -lyraus sont
s.Parl'es- tre se colle au sol. Sur les pas du premier, un second nombreux, ceux qui sont pour nous le sont plus
perance. SL,rvjtellr Glance a son tour, il se nomine l'Espe- encore. D'ailleurs, je t'ai amene, de la part de ton
ranee, et, en vovaot que la crainte u'a puarracher
de sa place le lils de son roi, qu'elle l'y a plutot
plus fortement attache ; qu'au lieu de l'aider elle
l"a abattu, elle s'approche doucement de lui, elle
pere un cheval, le cheval du desir; une fois que
tu seras monte dessus, tu pourras, sous ma con-
dune, t'eloigner en siirete de tons tes enneniis.
Elle dit, et, etendant sur le dos du Desir les douces
tire ce pauvre de la poussiere, et sort cet indigent de couvertures de la pieuse Devotion, elle attache aux
son fumier 1 Reg.n, 8 , elle lui releve latele, puis,
avec le vetemeut de la consolation, lui essuie les
yeux et la figure et s'ecrie : Ah ! combien de mer-
cenaires dans la maison de ton pere out du pain en
abondance, pendant que toi, tu meurs de faim ici !
Leve-toi, je ten prie, retourne a ton pere et dis-
lui : Mon pere, trailez-moi comme un de vos ser-
viteurs. Mais alors lui revenant enfin et a grand'
peine un peu a soi, n'es-tu pas l'Esperance, dit-il?
talons du Ills du roi les eperons des bons exemples
et le fait mooter ensuite sur le Desir ; mais le frein.
manquait, oublie dins la precipitation de la fuite.
Le cheval s'elance done a l'instant, mais sans frein,
et l'Esperance marche devant lui, et le tire a sa
suite. La crainte est derriere qui le presse du fouet
et de la voix. A cette vue les princes d'Edom se
troublent, les forts de Moab se sentent saisis de
crainte, tous les habitants de Chanaan sont glacSs
in mola impiaa circuitionis cogitur molere emolumenta
mala conscience. Pro dolor !
3. Et ubi modo est Paler ille potentissimus et dnlcis-
simus atque liberalissimus? Numquid potest oblivisci
filium uteri sui? Absit, absit. Non obliviscitur, sed
miseretur, condolet et conqueritur de absentia et perdi-
tione filii sui. Mandatamicis, sollicitat servos, onmesque
suscita' ad requirendum cum. Unus servoruai Timor, ad
imperium Domini, filii fugitivi vestigia prosequens, in
profundo carcoris invenit filium regis , carnalibus
peccatorum sordibus obsitum, vinculis et catenis malae
consuetudinis ligatum, miserum et amentem.in miseriis
securum et ridentem : quem verbis et veiberibus urgeos
ut exiret et rediret, tanta miserum confusione dejecit,
ut sicut morli jam vicinus jaceret, et adhaereret in terra
venter ejus. Egressus e vestigio alius, cui nomen Spes,
vidensque (ilium regis a timore non erulum, sed obru-
tum; non adjutum, sed dejectum : accessit leniter, et
suscitans a terra inopem, et de stercore erigens paupe-
rem, levansque caput ejus, et coacta in unum consola-
tionis veste, oculos ejus detergens et faciem : lieu,
inquit, quanli mercenarii in domo Patris tui abundant
panibuus, tu autem hie fame peris ! Surge, obsecro, et
vade ad patrem tuum, et die ei : Pater, fac me sicut
niram e mercenariis tuis. Tunc ille tandem vix ad se
modicum rever^us : Tune es, inquit, Spes? Etquomodo
Spei introitus potuit patere in tantuin et lam horribile
piofundum desperationis mea?? Ego, ego, inquit, sum
Spes, a Patre tibi transmissa, te adjutura, te non deser-
tura, donee te introducam in domum patris tui, et in
cubiculum genilricis luae. Et, o, inquit ille, dulce
levamen laborum, dulcis consolatio miserorum ! o una,
et non infima de tribus cubiculi regii assistricibus !
vides carceris mei profundum immane ; vides vincula,
qua? tamen ad ingressum tuum jam maxima ex parte
dirupta sunt et dissoluta ; vides captivorum * meorum
immanem multitudinem , forlitudinem, velocitatem,
aslutiam : et quis tibi locus liic? At Spes, ne timeas,
inquit, qui nos adjuvat, misericors est : qui pro ncbis
pugnat, omnipotens est : pluresque suntnobiscum, quam
cum illis. Super hapc omnia, adduxi tibi a Patre missum
equum Desiderii : cui cum insederis, me dure ab his
omnibus seciirus proficiseeris. Dixit, et mollibus stra-
mentis pi* devotionis submissis, et bonorum exemplo-
rum calcaribus additis, cquo Desiderii imposuit (ilium
. sed frenum defuit, tanta erat feslinalio fugiendis
lllico equus currit infrenit, trahit Spes ante. Timor au-
tem retro verberibus urget et minis. Tunc videntes hoc
*al. capti-
vanUam.
104
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
de terreur [Exod. xv, 15). Que le tremblement et moins de prudence que dc hate; car il n'y a plus
1 'effroi fondent fur eux dans la force de votre bras, d'enneniis le long de laroute, (niais ilsont continue
Seigneur, qu'ils deviennent immobiles comma la de seiner le scandale sur le cheinin, aux bifur-
pierre jusqu'a ce que votre fils sort passe, ce Ills cations des routes, aux carrefours et dans les
que vous avez possede. Dans leur course preci pi tee, detours. Je vais done marcber devant vous ; pour
Us s'echappent sans doute, mais cen'estpoint sans vous, ne vous ecartez point de la route de la justice,
couhr quelques dangers, car ils fuient sails inesure et avant pen nous vous ferons entrer dans le camp
et sans conseil. ,],. la Sagesse qui n'est plus fort eloigne de nous
qo*atre"e'r?u« *" Aussi' voit-°n accourir au devant d'eux, en- maintenaut. Car e'est de la sagesse qu'il est dit :
•»tdinale». voyee par son pere, la Prudence, line des plus « Si vous voulez acquerir la sagesse, apprenez la
grandes princesses de son palais, ayant avec elle justice. »
la Temperance. Elle les arrele dans leur course, et 5. Mais, pendant qu'ils organisent ainsi leur Et p«r let
s'ecrie : doucement.jevous en prie, doucement ; ear marcbe, la Craiute les pousse, l'Esperance les tire, •u,rleu,i'"-
notre grand Salomon a dit : « Quiconque marche la Force les protege, la Temperance modere leurs
trop vite, se heurte [Prov. ix, 2). » Si vous courez pas, la Prudence les guide et les eclaire, la Justice
ainsi vous butterez, et si vous toinbez, vous rendrez les mene etles conduit. Le Fils du roi approche du
a ses enuemis le tils du roi que vous avez mission camp de la Sagesse qui, a la premiere nouvelle de
de delivrer ; car s'il tombe, a l'iustant ils mettron1 l'arrivee d'un nouvel ndte, va au devant de lui et
la main sur lui. Ce disant, elle met au Desir, qu^ fait accueil a cet etranger qui desire la voir, elle se
ecumait de chaleur, le frein de la discretion, et montre a lui sur la route nicnie avec un visage
confie les renes a la Temperance. Comme la Craiute, souriant. L'llumilite a entoure son camp de fosses
par derriere, se plaignait, a cause de l'approche et tres-profonds, au dessus desquels s'elevejusqu'aux
de la force des eunemis , qu'on ralentit de la nues un mur tres-solide et tres-beau, )e mur de
fuile, la Prudence lui dit : arriere Satan, hi es l'obeissance que decorent dans toute sa bautenr les
pour nous une cause de scandale. Notre force et bistoires de bons exemples peints partout avec un
notre gloire, e'est le Seigneur, il s'est fait notre art admirable. Ces murs sont attenants aux rem-
sallit. D'ailleurs voici venir la Force, le vaillant parts d'ou on voit pendre mille boucliers et toutes
soldat de Dieu, il accourt a travers le cbamp de la les armes des forts. La porte de la profession est
confiance, brandissant dans sa main le glaive de la toute grande ouverte, mais un portier place sur le
joie. Ne vous troublez pas, dit-il, nous sommes seuil ne laisse entrer que ceux qui sont dignes d'y
plus nombreux qu'eux. Alors la Prudence, con- entrer, et en eloigne les indignes. Un heraut crie
seillere habituee des conseils de la cour celeste, au-dessus de la porte : « Que celui qui aime la
s'ecrie : prenez garde, je vous en prie, car, selon le sagesse passe par ici et il la trouvera ; et quand il
mot de notre grand Salomon, « l'heritage qu'on a l'aura trouvee , il sera bienkuureux s'il sait la
hate d'acquerir, ne sera point un heritage beni garder. » C'est la que le fils du roi se voit conduit
{Prov. xx, 21). » Fuyez done, mais iuyez avec non par la main, que dis-je ? porte dans les bras de la
confnrbati sunt principes Edom, robustos Moabobtinuit
tremor, obrigucrunt omnes inhabitatores Chanaam.
Irruat super eos formido et pavor in magnitudine
brachii tui; fiant immobiles quasi lapis, donee per-
transeat filius tuus, Domine, filius isle, cpiem posse-
disli. Sed cum sic ferantur pr;ecipiles , effugiunt
quidem, sed non sine periculo : quia sine modo, sine
consilio.
4. Propter quod a Patre IransmissaaccurritPrudentia,
una de siimmis principibua palalii, in oomitatu amicam
babens Temperantiam ; et tunens currentes : Parcius,
in quit, obsecro parcius, dicit enim Salomon noster :
Qui festinus est, pedibus offendil. Si sic curritis, offen-
ditis : si offenditis, caditis : si caditis, lilium regis,
quern suscepistis liberandum, inimicis redditis. Nam si
cecidcril, illico nianus eorum eiit super eum. Ilaec
dicens, fienum discrelionis imposuit fervido illi equo
Desiderii, ejusque I ibcnas Toiuperanlia: regendas com-
misit. Cumque Timor retro de vicinia et virtule inimi-
corum, et tardi ate fugae causaretur : Vade, inquit Pru-
dentia, retro satann, scandalum es nobis. Forlitudo et
aus nostra Dominus, et faotus est nobis in salulem. Et
ecce Forlitudo, miles Dei egregius accunens per cam-
pum Fiducia3, extracto gladio laititiaBj nolite, inquit,
turbari; plures nobiscum sunt quam cum illis. Tunc
Prudentia curiae ccelestis assueta consiliis : Cavete,
inquit, obsecro, quia hm-editai ilia ad quam feslinntur
in initio, sicut dicit Salomon nosier, in fine bfrtedictione
carebit. Proliciscimini igitur, non (am festinanter, quam
prudenter. Inimici enim non sunt in itinere, sed juxla
iter scandalum ponere sulent, in biviis et triviis, et
viarum anfraclibus. Pracedam itaqne; vosautem tenets
viam Justitiaa : et velciciter inlroducemus vos in castra
Sapientiie, qua? jam non procul sunt a nobis. Sapientia
enim est, dc qua dicitur Concupiscens sajjienlia'n , disce
justitiam.
5. Sic itaque dum viam carpunt, urgct Timor, Spet
trali i t, munit Forlitudo, Teniperantia tnoderatur, pro-
videt et instruit Piudenlia, ducit et perducit Juslitia.
Apprupinqiiat filius regis castris Sapienlice : quae novi
hospilis audito adventu, praeoccupat eum, qui se coocu-
piscil, occurrit et oslcndit se in viis hilariter. Fossa vero
profundee bumililalis castra cingebat : super quam
forlissimns et pulclierrimus murus obedienliasasdificatus
ccelos pcnetrabal, qucm bonorum exemplorum bistorias
undique depicts; mirabilitcr decorabaut, /Ediiicalus au-
PARABOLES ATTRIBUES A SAINT BERNARD
105
sagesse qui a vole a sa rencontre, entoure de toutes
les prevenances de la domesticile du roi, il arrive
ainsi dans la forteresse qui s'eleve au milieu de
la ville, ou elle s'est construit line dcraeure, et a
eleve sept colonnes, ou elle soumet la nation a
son empire, oil elle foule de son pied le cou des
grands et des superbes. La il est depose dans le lit
de la Sagesse qu'enlourent soixante des plus vail-
lauts soldats d'Israel, l'epee au cole. David est la avec
ses tympans et ses chceurs, ses instruments a cordes
et ses instruments a vents. Les autres paranymphes
de la cour celeste y sont aussi dans une joie et
une allegresse plus grande pour ce pecheur qui
fait penitence, que pour quatre- vingt-dis-neuf
justps qui n'ont pas besoin de penitence.
6. Alors, souffle de l'Aquilon un totirbillon de
vent et de feu qui enveloppe et ebranle la maison
tout entiere et jette la confusion dans le camp de
la sagesse . En effet, Pliaraon, avec ses chariots et
ses cavaliers s'etait mis a la poursuite d'Israel. On a
vu conspirer ensemble et faire alliance coutre lui,
les tentes des Idumeens et des Isniaelites, Moab et
les Agareniens, Gebal, Amnion et Amalec, les Gran-
gers et les habitants de Tyr (Psal. lxxsii, 5 el 9 ) .
L'Assyrien, je veux dire le diable, ce grand
exterminateur, vint aussi avec eux (Ibidem.
7). Bref, la cite se vit assiegee. Les machines
de la tentation se dressent, et, de tous cotes, l'en-
nemi la presse comme un dragon dans ses em-
buscades et comme un lion dans les attaques ou-
vertes. II assemble ses allies, il lance des brandons
allumes dans la place, il mine les niurs, il suscite
des guerres, il dresse. des embuches et menace la
ville entiere d'une destruction complete. Au dedans
tem erat cum propugnaculis : mille clypei ex eo drpen-
debant, omnis armatura fortium. Porta professions
omnibus patens : janitor in limine dignos inducens,
et indignos abjiciens. Pra?co super portum clamans :
Si guts dt/iyit sapientiam, ad me decline!, et earn
inveniet; et earn cum invenerit, beatus est si tenuerit
earn. Hue lilius Regis, occurrentis sibi sapientia? ducatu
introduces, imo ulnis deportatus, familia? regis valla-
tus obscquiis, ad media? civilatis arcem pcrducitur, ubi
ipsa aedilicavit sibi domum, excidit columnas septem,
subdidit sibi gentes, superborumque et sublimium colla
propria virtute calcavit. Ibi collocalur inlecto sapientia?,
quern ambiunt sexaginta fortissimi ex fortibus Israel :
uuiuscujusque ensis super femur suum. Adest David in
tympano choro, in cbordis et organo ; ca?lerisque
ccelestis curia? paranymphi, gaudentes et etsultantes
magis super uno peccatore poenitentiam agente, quam
super nonaginta nomen justis, qui non indigent pceni-
tentia.
6. Et ecce veniens ab Aquilone ventus turbiniset ignis
involvens totam concussit domum, Sapientias castra tur-
bavit. Egrcssus est enirn Pharao cum curribus et equi-
tibus, persequens fugientem Israel. Cogitaverunt ctiam
unanimiter simul adversus eum, teslamentum disposue-
runt taberaacula Idumajorum et Ismaelita?, Moab et
tout est dans la crainte et les angoisses, dans rap-
prehension d'une invasion violente et soudaine de
l'eunemi, on est dans un trouble general, tout le
monde chancelle comme un homrue ivre, et la sa-
gesse de chacun est renversee; tous crient vers le
Seigneur, du milieu de leur consternation (PsaL
evi, 26 et 27). On court a la citadelle dela sagesse;
on lui fait part de ees mauvaises nouvelles, on lui
demaiide un conseil. La prudence, rentranten elle-
meme, consulte la sagesse sur les necessiles du mo-
ment. Celle-ci est d'avis qu'on doit se hater de sol-
liciter du secours du grand roi. Mais, repond la
prudence, qui ira le solliciter pour nous?Ce sera la
priere, dit la sagesse, et pour qu'elle ne soit point
attardee dans sa marche, qu'elle monte sur le che-
val de la foi. On cherche pendant longtemps la
priere, et on a beaucoup de peine a la trouver au
milieu d'un si grand trouble. Elle monte sur le
cheval de la foi et s'elance dans la voie qui conduit
au ciel, elle n'a de cesse quelle n'eu passe les por-
tes, en louant Dieu, et qu'elle ne penetre dans l'in-
terieur, en chantant des hymnes (Psal. xcix, li).
Alors, servante fidele, elle s'approche avec con-
lianee du troue de la grace, et fait l'expose de la
situation. Le Roi, en apprenant le danger que
court son His, se tourne du cote de la chante qui
est assise a ses cdles sur le meme trone que lui :
qui don'i enverrai-je, et qui se chargerad'aller a son
secours pour moi? Mais elle : ce sera moi, envoyez-
moi, je suis prete. Alors, le Roi replique : tu es
forte, tu auras le dessus et tu le delivreras. Pars et
fais selon qu'il est conveDU. A 1'instant, la reine
du ciel s'eloigne de la presence du Seigneur, toute
la cour celeste marche sur les pas de la Charite, elle
Agareni, Gebal et Ammon et Amalech, alienigena? cum
habitantibus Tyrum. Etenim Assur, ille magnus exter-
minator diabolus, venit cum illis. Quid mulla? Obsessa
est ci vitas. Jam surgunt tentationum machina? : urget
undique inimicus ille, in insidiis draco, in aperto leo :
cogit socios, ignes injicit, perfodit muros, bellasuscilat,
insidias submiltit, totius urbis minitans excidium. Intus
vero timor et anguslis ; et a vehementi et improviso
bostium impetu onirics turbati sunt, et moti sunt sicut
ebrius, et omnis sapientia eorum devorata est, et cla-
maverunl ad Dominum cum Iribularentur. Curritur ad
arcem Sapientiae : mala nuntiantur; concilium quaerilur.
Reverea enim ad se prudeutia consulit Sapientiam, quid
facto opus sit. Ilia accelerandum testatur, etquaerendum
summi Regis auxilium. Et quis, inquit, ibit nobis? At
Sapientia : Oratio, inquit. Et ne moram facial in eundo,
ascendat super equum Fidei. Qua?sita diu oratio, et in
tanto tumultu vix tandem inventa est. Ascendit super
equum Fidei, proficiscitur per viam cceli, nee cessal,
donee intret portas Domini in confessione, alria ejus in
hymnis. Et, sicut familiare msneipium, cum (iducia
accedens ad thronum gratia? ejus, exponit necessilatis
sua? negotium. Audito Rex filii periculo, conversus ad
consortcm regni sui Charitatem : 0, inquit, quern mit-
tam, et quis ibit nobis? At ilia ; Ecce ego, inquit, miita
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OEUVRES DE SAINT BERNARD.
s'avanee et descend vers le camp quelle remplit a
l'instant dejoieel de courage par sa seule presence;
elle calme I'emotion et apaise ["agitation qui y
regne. I i lumiere de I'esperance brille de nou-
veau aux yeux des malheureux assifeges, et la con-
fiance reutre au coeur des plus timides. L'esperance
qui allait s'enfuir, revient sur ses pasj la Force qui
se sentait presque abattue, se ranime. et toute la
troupe de la sagesse reprend courage. Deleurcote,
les ennemis quiassiegenl la citadeUe, se demandent
d'ou vi.-nt la joie qu'ils remarquent au camp en-
nemi : il n'en etait pas ainsi hier ni avant-hier,
disent-ils, il s'en fautde beaucoup. Malheur a uous!
c'e*l Dieu meme qui est descendu an camp,
malheur a nous ! fuyons Israel, car le Seigneur
combat pour lui (Psal. xlv, 5). Pendant qu'ila
prennent la fuitc, le torrent de la grace de Dieu
rejouit sa cite sainte et le Tres-Haut, sanctifie son
tabernacle. Dieu est au milieu d'elle, elle De sera
point ebranlee et il la protegera des le matin. Les
nations sont remplies de trouble et les royaumes
sont abaisses ; car il a fait entendre sa voix et la
terre a ete ebranlee. Le Seigneur des armees est
avec nous et le Dieu de Jacob est notre defenseur.
Ie Dieode A,ors> la reine du ciel- la charite, prenant le Fils
lui esi rame- de Dieu dans ses bras, l'emporte vers le ciel et le
"'est" rend a Dieu son m'-re, et ce pereaccourt au devant
mem de sa de lui, et d'une voix douce et d'un regard serein il
robe
de gloire. s eerie : « Apporlez promptement la plus belle
robe qui soit dans ma maison et l'en revetez, et
mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux
pieds. Amenez un veau gras, tuez-le, faisons bonne
chere et rejouissons-nous, parce que mon Ills que
voici, e'ait mort et il est ressuseite, il etait perdu et
il est retrouve (Luc. xv, 22 a 2/i). »
7. 11 faut remarqner quatre choses dans la ma-
niere dont notre enfant s'est sauve. D'abord, son
repentir, tnais un repentir sans energie : en second
lieu s i fuite , mais une fuite temeraire et deraison-
nable; troisiemement sa lutte contre l'ennemi,
in ii- une lutte craintive et tremblante : et en qua-
trierne lieu, enlin, lavictoire; mats une victoire
vaillamment remportee et pleine de sagesse. Voila,
ce que vous trouverez dans toute ame quifuitle
monde. D'abord, elle est denuee de tout et sans
d -miii arrets : puis, elle est pricipitee et temeraire
dans la voie du succes ; ensuite, on la voit trem-
blante et pusillanime dans les epreuves; et entin,
pourvue de tout, instruite, et parfaite dans le
royaume de la charite.
SECONDS PARABOLE.
Le combat spiritual.
1. II n'y a point de paix, mais une guerre a ou- Guerre
trance, entre Babvlone et Jerusalem. Ces deux eD!re B'ib.y"
' * kmne et
cites ont cbacune leur Roi. A Jerusalem, e'est le Jerusalem.
Christ notre seigneur qui regne, a liabylone, e'est
le di able. Et comme l'un se plait a regner dans la
justice, l'aulre dans la malice, le roi de Babylone
s'efforce par ses minislres, e'est-a-dire, par les es-
pials immondes, d'altirer a Babylone le plus de
citoyens qu'il pent de Jerusalem, pour les rendre
les iniques esclaves de l'iniquite. Aussi, une senti-
nelle placee sur les murs de Jerusalem, apercevant
un de ses concitoyens entraine caplif par l'enneuii
a Babylone, informa de ce qui se passait le roi de
Jerusalem. Mors, celui-ci, appelant a lui 1'esprit de
crainte, un soldat qui a fait ces preuves dans ces
sortes d'expeditions, il lui dit : Va et ramene la
me. Tunc rex : Praevalcns, inquit, praevalebis, et libe-
rabis eum. Egredere; et fac ita. Illico egressam a facie
Domini reginam coeli, charitatem, tula comitatur militia
ccelestis : veniensque et descendens in castra, virlute et
laetitia prascntiie sua; illico omnia exhilaravit, comaiota
composuil, turbata pacavit Reddita est miseris lux,
timidis fiducia. Redit coram Spes, qua; pene aufugcrat;
Foitiludo, qua; pene comicrat. Resumit constantiam
tota SapienlitB militia. Al inimici civitatem obsidenles :
qu<enam est, inquiunt, exsultatio in caatris? Non fuit
tanta exullatio heri et nudiustertius. Yae nobis, venit
Deus in castra! vas volis! fugiamus [sraelem : Dominua
enim pugnat pro eis. Sic fugientibus inimicis, gratiae
Dei impetus hetificat civitatem Dei, sanr.tiflcavil laber-
naculum suum Altissimus. Deus in medio ejus, non
commovebitur, adjuvabit earn Deus mane diluoulo.
ConturbaLe sunt gentes,et inclinata sunt regna ; dedit
vocem suam, mota est terra. Dominus virlulum nobia-
cum : siisccptor noster Deus Jacob. Suscipiens ergo
pi'erum Dei, puerum suum regina Gbaritaa evexit ad
caelum, Palrique Deo repraesenlavit Cui Pater pla
ac screnus occurrena : Lilo, inquit, proferte ttolam
primam, et induite ilium, et date annulum inmanu ejus,
et caiceamenta in pedibus ejus. Et producite vitulum
saginatum, et occidite ilium. Epulari enim et gaudere
oportet, quia iste filius mens mortuus fuerat, el revixit;
perierat, et inventus est.
7. Nola bic qualuor in pueri nostri libcratione. Primo
pcenilcntiam, sed fat nam : secundo fugam, sed temera-
riam et irrationabilem : lectio pngnam, sed trepidani et
meliculosaun : quarto victoriam validam et sapientem :
qua? omnia in uno quolibet fugiente de saeculo invenics.
Primo enim est egens ' et insipiens : postea prscepa ct
temerarius Id prosperis : deinde Irepidus el pusillanimia
in adversis : postremo providus, et eruditus.etperl'ectus
in regno charitalis.
PARABOL\ II.
De Pugna spirituals
1. Inter Bobylonem et Jerusalem nulla pax est, sed
guorra continna. 1 label unaqusque ci vitas regem suum.
Rex Jerusalem Christ us Dominus est, rex Babylonia
diabolus. Et cum alteram in.justitia, alterum in malitia
regnare delectet, rex Babylonia quos potest de civibus
Jan per miniatros snos. scilicet apiritus immundoa,
acducere, ut servire eos facial iniquitati ad iniquitatem,
in Babylonem trahit. Unde dum unum de civibua suis
PARABOLES ATTRIBUTES A SAINT BERARND.
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proie qn 'on nous a ravie. Celle-ci, toujour* prete secours de la crainte. Le fidele soldat accomplit les
a executer les ordres qui lui sont donnes, s'elance ordres qu'il a recus, et, a peine arrive a l'endroit
avec rapidite sur les pas de l'ennemi, et ce dernier indique, il brand it l'epee de la joie et met la tris-
ne tarde point a entendre comme le bruit d'un vent tesse en fiute. Ayant done ainsi delivre son conci-
impetueux qui fond sur lui ; en ell'et, la crainte lui toyen, il le place sur le dos dii desir et marcbe de-
parle d'une voix de tonnerre, et ases accents, loute vant le tirant apres lui avec la longe des proraes-
la force des ennemis est glacee. Us n'avaient fait ses. De son cote, la crainte qui niarche par der-
que quelques pas dans leur fuite, quand la crainte riere presse la monture du fouet quelle s'est tresse
les atteignit, elle leur enleve leur proie etla ramene avec les cordes des peches.
vers ses foyers. Mais un des ennemis, l'esprit de 2. Le Desir marchait done ainsi volontiers ,
tristesse, n'elait point a son rang quand la crainte d'un edte tire par la Joie et de l'autre pousse
fondit sur eux ; mais en voyant les siens s'enfuir par la Crainte ; mais dans une course si rapide il
tout a coup, il accourt du fond de ses embusca- avail a craindre que les ennemis ne vinssent a la
des ou il se tenait cache La crainte etait seule, rescousse ; en eiTet, les soldats de Babylonetiennent
lui disent ses compagnons d'arme, pour accomplir conseil el se disent : One faire? Carvuilaque celui
cet exploit, nous sommes tons plonges dans la que nous nous croyions a pen pres siirs de tenir,
confusion. Mais lui, n'ayez pas peur de la crainte, nous echappe. Comment les cris de triomphe de
s'eerie-t-il, je sais bien ce que je vais faire, je 1'enfer se trouvent-ils changes en soupirs de deuil?
vaisaller par la, et, me placant sur la route comme II a snffit de deux soldats seulement pour rendre la
un esprit de mensonge, je me deguiserai en ami de joie et l'allegresse au ciel par la delivrance d'un de
la crainte. Je la connais, il ne faut point, avec elle, ses habitants. Comment done nos ruses diaboliques
recourir a la force, mais a la ruse. Quant a vous,
attendiz la lin de tout cela. Ce qui fut dit ful fait,
et prenant des chemins de traverse, il devance la
Crainte. hevenant alors sur ses pas, le long de la
route que suivait la crainte, il la rencontre, lie
conversation avec elle comme une aroie, mais avec
des sentiments hostiles, et fait si bien qu'il com-
ont-elles echoue? Alors un d'eux, plus pervers
que les autres, car e'etait l'arlisan meme de ce
crime, emit cet avis profond : vous ne savez done
pas une chose et vous n'y pensez pas? 11 est plus
facile dele reprendre maintenant, et une fois re-
]iris, il ne sera pas aussi aise de nous l'enlever.
Meltez-vous done de loin a sa poursuite, et moi je
vais me transflgurer en ange de lumiere, pour les"
mence a la seduire. La Crainte, qui ne se doutait de
rien, le suit paisiblement, et, il s'en fallait de peu tromper, sous pretexte de leur apprendrela route
que la tristesse ne la fit lomber dans le fosse du qu'ils ignorent, car ils sont etrangers dans cescou-
desespoir. Mais la sentinelle informe le roi de ce qui trees et ne font que d'y arriver. La ruse etant done
se passe; celui-ci fait appeler un de ses soldats, ainsi preparee, la sentinelle informe notre roi qu'il
p l'Esperance, el lui ordonne de monler sur le cheval voitvenir son homme, montesur le Desir, mais que
1'esperancn. le Desir et, l'epee de la joie a la main, de voler au sa monture va d'un train trop precipite, parcequ'il
constitutns speculator super muros Jerusalem tiahi
cerneret, nuntiavit regi captam pradam in Babyloncm
duci. Rex vera Jerusalem advocans spiritum Timoris,
militem in talibus strenuum : Vade, inquit, eripe prai-
dam nostram. Illc ut semper ad omniaimperataparatus,
cum velocitate hosles persequitur, et in auribus eorum
factus est rcpente sonus tanquam advenientis spiritus
vchemenlis. Timor enim super eos intonuil, et ad vocem
virtutis ejus hostium robur omne contremuit : quos in
fugam conversos Timor non longius persecutus est, sed
ereptum concivem reducebat ad propria. Verum unus
ex adversanis, tristitiee spiritus, non erat cum eis,quando
timor advenit. Hie cum cerneret socios subito fugientes,
ab insidiis, in quibus latebat, ocius advolavit. ATimore,
inquiunt, sulo factum est islud, el est opprobrium omni-
bus nobis. At ille : ne timeatis a timore isto : scio enim
quid facto opus sit. Ibo et ero spiritus meudax in anyu-
lis semitarum, et amicum me simulabo Timoris. Novi
enim hominem, nee est agendum cum eo vi, sed fraude.
^'o^ autem exspectate Hriem. Kecit ut dixerat, et viarum
compendia caplans, prajecssit Timorcm. Referensque
iter per viam, qua gradiebalur Timor, obvius ei factus
est, arnica, sed iniqua cum eo colloquia commiscens, ita
ut seducere earn cceperit : et Timor nescius bono animo
sequebatur. Prope jam erat, ut eum in foveam despe-
ralionis impelleret. Sed spectator Regi indical quid
agolur. Rex autem unum de mililibus suis, Spem scili-
cet, pra'cepit accersiri, quern cum equo Desiderii, et
ense l.etilicw in auxilium jubet accclerare Timoris. Fidelis
ndles ad imperium egrediens, cum pervenisset ad locum
vibrans ensem Uetitia?, tristitiam effugavit. Sicque libe-
ratum concivem, et impositum equo Desiderii praj-
cedens , trahebat funiculo promissionum : et Timor
sequens urgebat facto flagello de funioulis pecca-
torum.
2. Ibat igitur voluntarius equus, hinc altractus, inde
compulsus : sed in tarn rapido cursu timendum ei fuerat
ab incursu. Unde et collegeruut milites Babylonici
concilium, dicenles : Quid facimus, quia sic evadit,
quem jam quasi cum securitate possidebamus? Quomodo
plausus inferni versus est in planctum, et per solos duos
milites gaudium est in rcelis super sui liberatione con-
civis? Quomodo periit versutia diabolicas fraudis? Unus
autem ex eis ceteris ncqnior, cum sceleris hujus opifex
esset, profannm protulit concilium, dicens: Xvs nescitis
quidquam, ncc cogitatis, quia modo ad capiendum faci-
lior sit; et si captus, difficilius eripi possit. Vos igilura
longe prosequimini, ego meinangelum lucis transtiguro
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n'ani frein ni sclle. Je voisdit-il, dans lelointain,
les ennemis ipi le poursviivent; quelques-uns d'en-
tre eux, qui ont vieilli duns le mal, prennent des
cheminsde traverse ; j'en apprcois mime ud dont
les armes brillent do I'eclat des notres : pourtant il
n'est paa sorti de nos rangs. II fant absolumeiit en-
voyer quelqu'un lui demandec s'd est desn6tresou
si c'est un ennetni.
s. Par b> 3 j M roj qUe je so;n fcs jmps preoccupe sans
•trdiuaici. cesse, envoie deux deses conseillers, la Prudence et
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
teuebres ne sait oil il met le pied. Or il vous reste
beaucoup de chemin a (aire, et le nombre des en-
nemis e>t grand. Notre roi a un soldat d'uiie tide-
lite eprouvee, je le connais, il est campe pres d'ici
et sa lente est un abri des plus surs, car il l*a eta-
blie an milieu des roeliers. A linns le trouver, si VOUS
VOUlez, ear on est bien chez lni. I.'avis est goiite de
taut de monde et on se demande qui se charge de
montrer le chemin. Alors la Prudence dit : mon
heraut d'armes, la liaison va marcher devant nous.
la I emperance. Celui-ci met au Desir le frein de la II connalt tres-bien la route et il estconnn et meme
discretion et conseille a l'Esperauce de moderer le un pen parent de la Justice. On se met done en
pas. De son cote, la Prudence blame la Crainte, lui marche, la raison en tide, suivie du reste de la
reproche sa conduite peu sage, et lui donne ses re- troupe. La raison ayant salue la justice, lui an-
commandations pour l'avenir ; en meme temps, nonce que des botes lui arrival* nt. Celle-ci lui
elle met au Desir la selle de la circonspeetion, aliu demande qui sont ces botes, d'oii et pourquoi ils
que son cavalier ne tombe point a, la renverse, et viennent. (Juand elle reconnut le roi, elle se leve
qu'il se trouve soutenu par derriere par la confes- le visage radieux et accourt au-devant des fuyards,
siori de ses peches passes, par devant par la medi- les mains pleines de pains, et se presente a eux
tation du jngement de Dieu, a gauche par la pa- comme une venerable matrone. L'ame met pied a
tience et a droite par l'liumilite. L'Esperance et la terre, la justice la recoit et s'empresse de la con-
Craiute lui mettent des eperons aux pieds, a droite duire dans l'interieur de la maison.
leperon de l'attente de la recompense, c'est l'Espe- 5. Cependant les ennemis arrivent, assiegent le
ranee qui le lui attache ; a gauche leperon de chateau fort, cherchent partout, s'il n'y a point
l'apprehension du supplice, c'est la Crainte qui quelque voie pour y penetrer, ce sont des lions qui
le lui met. rodent en cberchant une proie a devorer. Mais le
It. Apres une courte halte, comme le soir appro- trouvant fortitie de tous cdtes, ils dressent leurs
chait, et que le jour touchait a sa tin ; le ennemis tentes,etablissentdesgardesavanceespourempecber
se reunireut de uouveau en foule, pour tenter un d'entrer et de sortir, dansle dessein, qiiand le jour
coup de main. La Crainte a peur, l'Esperauce hate sera venu, de battre la muraille en breche, et de
le pas ; c'est a grand'peine que la Prudence et la fondre sur ceux qu'elle met a couvert de leurs
Temperance les ramenent a de plus sages desseins. coups. Cependant la Crainte que la peur et les sou-
Vous voyez, ditla premiere, que le jour baisse et cis tiennent eveillee et qui ne se sent jamais rassu-
que la nuit approche, quiconque marche dans les ree, excite ses compagnons, va trouver la Justice, la
ut ignaros via?, tanquam advenas et peregrinos, docendi
irnulatione decipiam. Hunc igilur in modum fraude
disposila, regi nostra speculator annuntiat, venire qui-
dem hominem equo impositum Desiderii, sed plusquam
oporteat properare, eo quod frenum et sella decsset.
Hostes, inquit, a longe prosequuntur : alii; tanquam
invcteiati malorum, viarum compendia captant. Sed et
nunc unum video, in quo armorum nostrorum relucet
effigies ; a nobis tamen ille non e.iivit. Necesse est eat
qui interrogare noverit eum : Nosier cs, an adversa-
riorum?
3. Porro rex, cujus animum enra semper sollicitat
animarum, duos conciliarios suos emittit, I rudentiam et
Temperantiam. Quarum Temperantia quidem equo fre-
num discrelionis imposuit, et Spern modeialius incedere
persuasit. Prudenlia veroTimorem increpana ct arguens
improbilatis, de futuro commonuit : et equo sellam
circumspeclionis apposuit, ut non eaderet ascensor eju3
retro : sed retro praelcriti confessioni peccati, ante
meditationi judicii, a sinistris patienliaj iuniterelur, a
dextris humilitali. Porro Spes et Timor dedcre calcaria,
Spes in dcxtro ped-e exspectationem prsmii, Timor in
sinistra supplied mctum.
4. Et facta mora cum advesperasccret, et inclinata
•sset jam dies ; rursus congregati sunt hostes in multi-
tudine, ut dimicent contra cos. Pavet Timor, Spes ac-
celerat : sed vix tandem ad consilium eos Prudenlia,
Temperantiaque revocavit. Et ilia : Videtis, inquit, quia
dies prscessit, ct nox appropinquavit : et qui ambulat
in tenebris, nescit quo vadat? Porro vobis grandis restat
via, nee parva est boslium multitudo. Est autem miles
quidam Re^i noslro fidclissimus, quem ego novi, caa-
trum habens prope nos positum, et lirmissimum est ha-
bitaculum : quia in petra posuil nidum suum. Diverta-
raus ad ilium, si placet, quia bonum est illic esse. Quod
cum placuisset omnibus, et ducem itincris quaesissent,
ait Prudenlia : Armiger meus Ratio prEecedet nos. Est
enim gnarus viarum, et notus Justitia?, utpote consan-
guineus ejus. Prajcedenle itaque Ratione, cjeteris subse-
quentibus, antevenit Ratio : et salutata Justitia, nuntia-
vit hospilcs adveutare. Qua?rit ilia qui sint : unde, ad
quid veniant, sciscilatur. Et cum Regem cognovisset,
hilar! vultu surgens fugientibus occurrit cum panibus, et
obviavit illis quasi mater bonorificata, susceplamque
animam ab equo deposuit, et in penctrahbus domui
avida collooavit.
5. Insequitur hostilis exercitus, et castrum obsidens,
undique inquiril, si quis forte pateret ingressus, ac tan-
quam leo circuit queerens quem devoret. Sed cum un-
dique illud munitum inveniunt, tentoria figunt, et excu-
PARABOLES ATTRIBUEES A SAINT BERNARD.
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questionne sur la force de la place, sur l'etat des
armes, ajoute et ceci et cela, el lemoigne ses
apprehensions que les provisions ne fassent defaut.
La Justice lui repond que l'endroit on la forteresse
est assise, comme elle peut s'eti convaincre d'tin
coup d'ceil, est un rocher inaccessible et qu'il n'y a
rien a craindre ni des armes ni des machines de
l'ennemi. Cependant comme ce site est aride, il y a
pen d'habitants, mais un morceaude paind'orge sec
sufGt a leur nourriture. Or, il nous reste encore
cinq pains d'orge et deux poissons. A ces mots la
Crainte s'ecrie : qu'est-ce que cela pour tant de
monde? et se prit de plus belle a avoir peur et a re-
gretter d'etre entree la ; puis, blamant l'ame d'etre
descendue du Desir, elle ne cessait de lui repeter
ces paroles : le dernier etat de cet homme est de-
Tenu pire que le premier. Car son cheval, dans sa
course precipitee, volait vers la ville, et maintenant
il se trouve abandonne a la conduite de la Kaison :
qu'il dise maintenant, s'il ne se trouvait pas mieux
alors qu'a present.
6. Les choses en etaient presque au point qu'il
s'en fallait pen que la Crainte n'attaquat l'Esporance
qui ne partageait point son avis ; mais la tempe-
rance appela la Prudence qui reprochant a la
Crainte ses precedes meehants lui dit, tu ferais
mieux, 6 Crainte, de tourner tes armes contre tes
ennemis. Ignores-tu que notre roi, est le roi des
Tertus, le Seigneur fort et puissant, le Seigneur
puissant dans le combat ? Envovons-lui done un
messager qui lui expose l'extremite oil se trouvent
ses enfanls, lui demande du secours et nous amene
un auxiliaire. Mais qui se chargera de ce message
reprend la Crainte? La coiilree est dans les tenebres,
un ennemi vigilant et nombreux assiege nos murs,
et nous ne connaissons point les routes, attendu
que nous nous trouvons en pays etranger. lis ap-
pelant done leur hotesse, la Justice, et luidisent:si
vous pouvez faire quelque chose, venez a notre
aide. Celle-ci leur repond : prenez courage, car j'ai
un messager rempli de fidelite pour le roi, il est
bienconnu de la cour celeste, e'est la Priere, il sait
dans le silence de la nuit, par des sentiers incon-
nus, penetrer dans lesretraites du ciel, s'approclier
du lit du roi, et par un mot, dit a-propos, toucher
son ame charitable, et il est dans l'habitude d'ob-
tenir du secours pour les malheureux en danger,
en implorant le roi d'un ton lamentable. Qu'il aille
le trouver, si vous le voulez bien, il est pret, le
voici. Tous ayant repondu : nous le voulons bien,
la Prudence lui dit quelles insinuations il doit faire
au roi, la justice lui dicte line regie de conduite
pleinede fidelite et lui recommande de nepas reve-
nir les mains vides, les autre et particulierement la
crainte, le prient de hater sa marche, puis on le
fait partir par une porte secrete de la forteresse.
Alors traversaiit sans crainte lesbataillons ennemis,
plus rapide que l'oiseau, en un moment, en un din
d'ceil il arrive aux portes de la Jerusalem nouvelle.
Les trouvant fermees, il frappe, en depit des
gardes qui ne pouvaient supporter qu'au beau
milieu du silence de la nuit, il fit retentir la cit6
sainte de ses cris, sans se mettre en peine d'etre
importun au roi lui-meme, et ne cessait de frap-
per et de faire entendre sa voix. Ouvrez-moi, dit-
il, ouvrez-moi les portes de la justice, et quand je
serai entre, je confesserai a haute voix au Seigneur
notre roi, toute l'etendue des maux qui sont dans
bias ordinant : ne quis ingredi, aut egredi valcal, ut
mane facto instructis machinis diruant, ct irruanl super
eos. Interim Pavor paviditate et sollicitudine non piger,
nee unquam securus, conimilitoucs evcilat, Juslitiam
oonvenit, de munilionc loci, de praeparalione arraorum
quaerit, adjiciens et illud, ne forte siistentalioni deficiant
alimunta. Ad haee Justilia respondit : Situs luci, ut ani-
madverlere potestis, saxosus et inaccessibilis est, nee in
armis, ncc in machinis inimicorum timet insulium. Sed
quia aridus est, paucos habet indigenas, quos arido hor-
deacei panis cibo ulcumque suslentat. El nunc super-
sunt nobis quinqiie panes hordeacei, et duo pisces. Et
Timor : Quid Iia'e, inquit, sunt inier tanlos? Ccepit
igitur magis pavere et uedere : et arguens aniniam,
quod ab equo Desiderii descendisset, illud siepius me-
morabat, esse novissima houiinis illius pejora prioribus.
Equus enim ille praepeti enrsu I'estinus advolabat ad
urbem, nunc solius Ratiouis commissus ducatui. Ipse,
inquit, videris, si non melius erat tibi tunc magis,
quam nunc.
6. Prope jam erat ut adversus Spem conlraria sen-
tientem Timor insurgeret; sed Temperantia Prudentiam
advocavit. Accersita Prudentia improbitatem Timoris
objurgans ; In adversarios, inquit, tuus, 6 Timor, mu-
cro desajviat, Nescis quia Rex noster, rex virtutum est,
Dominus fortis et potens, Dominus potens in prcelio !
Eat igitur nuntius, qui suorum necessitates e.vponat,
adjutoi'ium flagitet, auxiliatorem adducat. Et quis ire
poteiit ? Ait Timor. Tenebrae opcriunt terrain, et muros
obsidel liostium pervigil multitude, et ignari viifi, tan-
quam in regione lunginqua. Advocaverunt igitur hospi-
tem suum Juslitiam. fii quid, inquiunt, putes, adjus'a
nos. Quibus ilia : Bono animo estole. Est cnim inihi
nuntius (idelissimus Hegi, benu notus curia?, Oralio sci-
licet, qui in secreto noctis silentio per ignotas semilas
arcana cceli penetrare, et cubiculum Re.^is adirc, et op-
porluna impoitunilate piuin Regis animum llectere non
indoctus, supplicatione miserabili laburantibus auxilium
sulilus impetrare. Eat ille si placet : ecce cnim pivesto
est. Cumque respondissent omnes, placet : Prudentia
quid Regi insinuet, dictanle Justitia ut lidelilei' agat,
et ne vacuus reverlalur prseipiente, casleris, ct maxima
Tiuiore, ut iter acceleraret deprecanlibus, per occultos
quosdam muri exitus dimissus est. At ille hostium cu-
neos penetrans securus, omni avi velocior, in momento,
in ictu oculi usque ad porta* novae Jerusalem pervenit.
Quas cum clausas reperisset et pulsasscl, janiluribus
ajgre ferenlibus, quod intempesta; noctis silentio civi-
talem impleret clamoribus, et Regi ipsi iuiportunus esse
non vereretur; ille perseverabat pulsans, et ampliui
4. Par U
prifere.
410
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
5. Par la
charite.
mon cceur. Car c'est ici, dit-il, la porte de mon Sei- travers la premiere et la seronde liarne des sentinel-
gneur. Cesl la justice qui m'a envoye vers vous, les ennemies. A peine est-il arrivi a la porte de la
pour Aire iutroduit aupers du roi, car j'ai des ville, qu'elle s'ouvre devant lui. A son entree, loute
secrets imporlants a lui commuuiquer. Une voix de la cite est dans la joie, et comme sur les instances
trouble s'est fait entendre dans noire de la joie, tout le monde se mit a pousser des
7. En apprenant que e'etait un messager de la ens d'ellegresse el a acclamer la Charite, ces cla-
lustice, le roi ordonne qu'on I'introduise aupres de meurs jeltent 1'gpouvante dans le camp des enne-
lui. Une fois arrivee pre- du roi, la Priere I'adore, mis qui se disenl : que signilie ce m d'allegresse
et lui dit. Roi, vivez a jamais. Le roi lui repartil : qui re.tentit du camp d'lsrafil jusqu'a nous? 11 n'en
Tout va-t-il bien i>our voire maltre et pour les' etail pas ainsi hier ni avant-hier. Peut-etre letir
siens. Oui, grace a vous, Seigneur, lui dit la Priere. est-il venu du secours et il va faire une sortie
Voire serviteur, celui que vous savez, ravi sur l'or- centre nous. Fuyons done Israel, car le Seigneur
dre du roi, aux cornes des monocorncs, a fait un combat pour lui contre nous. Cependant la Charite
detour pour se reposer ctaez votre soldat , mon impatiente de tout retard, fait ranger l'armee en
maitre ; or Seigneur, le pays par la est expose au bataille et ouvrir les portes, puis ordonne a haute
vent du midi, il est aride et n'a point de vivres. voix de fondre sur les ennemis, en s'ecriant : ji'rai
Que le Seigneur donne sa benediction et notre con- jusqu'aux portes de I'enfer. Voila comment toute
tree donnera du fruit. Les ennemis se sont reunis l'armee de la charite s'elance cotnme un seul
en grand nomine pour combatlre contre nous ; se-
courez-nous, Seigneur, dan- notre tribulation, car
il n'y a que vous, notre Dieu, qui puissiez combattre
pour nous, nul autre ne saurait le faire. A ces lar-
mes notre roi donl la nature est la bonte meme, se
sent emu et il dit : qui enverrai-je? Alors la Charite
repond : me voici. Seigneur, envoyez-moi. Le roi
voulait lui donner des compagnons, mais la charite
lui dit que ses gens a elle lui suffisaient. Elle part
ho.-nme et mel en fuile les Babyloniens qui ne pea-
vent soutenir le choc, ni echapper a ses coups. On
en voit mille tomber aux cotes de laCrainte et dix-
milie a ceux de la Charite.
TROISIEME PARABOLE.
Le combat spirituel.
1. Jerusalem et Babylone ont leve des troupes Sens an£g0.
done, suivie de son noble cortege, la joie, la pais, l'uue contre 1' autre. Dun cote David, gnerrier ri^
la patience, lalonganimite, la beuignite, la b uite. et plein de vaillance, marehe a la tete de l'armee des lagoerre
la uansuetude. Entoure de cette troupe, notre il- vertus, armee terrible et bien rangee en ordre de eDlre|_tl,aY'<,
lustre chef s'avance ; il est sur de la victoire, et, balaille; de l'autre, Nabuchodonosor conduit a sat Nabuchodo-
enseignes triomphalement deployees, il passe a rencontre, les esprits de malice [Ephes. tv, 12;, et
loqnebatur : Aperite mihi, inqnit, portas Jnstitiae, el in-
gressus in eas conlilebor Domino Regi nostra in ore
meo secundum multitudinem dolor u in mcorum, qui
sunt in cortle meo. 11 ec, inquit, porta Domini mei.
Justitia me rnisit ad vos, ut introducar at Regem, quia
ad ipsum habeo secreta qua? pGrleram. Vox turbinis
audita est in terra nostra.
7. Rex cu n cogn ivisset nunlium e*se .lu^litia?, intro-
duci earn praecipiL Ingressa Oratio ad Re-em. at iravit,
et ait : Rev, in aeternum vive. Et ille : R
omnia circa dominum tuum, et quae illius sunt ? Et
Oratio : Recte. Domine, vestri gratia. Porro unum e?t
necessarium. Servua ille ves.er a cornibus unicornium
ad iraperium Ft sgis ereptus, divertitad militem v.
dominum meum : et, Domine mi, terra ilia auslralis
et arens est, el eibum non b Dominus bene-
dictionem, et terra nostra det frtictnm sniim. En
gregati hostes in ruultitudinc, ut di nicent contra n os,
da nobis, Domine auxilium de tribulatione : quia non
est ali lis, nisi tu Dominus noster.
Porro Rex noster, cujus nal tus his la-
crymis ait : Quern miltemus? Ad quem Charitas : Ecce
ego, Domine, mille me. Rex autem qusrebat de sociis
sed Cbarilas domesticam sib I lit suf-
ficere. Exit ergo ana cum nobili illo comiuitatu suo,
gaudio, pace, pit iganimitate, benignitate, bo-
nitale, mansuetudine. His slipalus dux insignia progre-
ditur, certusque de victoria, erecto sigao triumphali pri-
mam pertransit inimicorum, secundamque cuslodiam.
I ie venisset ad portam, ultro aperla est ei. Ad cu-
jus ingressum facia est laetitia magna inoppido. Cumque
.le gaudio vociferarentur omnes et acclam areiit,
exorlus clamor exterorum castra perlerruit. Et illi :
rij.i t-l ista, inquiunt, vox exsultationis in auribua
Israel? Non ita heri et nudiustertius.
Forte venit eis auxilium, et impelum facient in nos.
imus ergo Israclem ; Dominus enim pugnat pro
ntra nos. Interim Charitas mora? impatiens, or-
dinari exercitum, aperiri portas, et persequi pnciipit
os, apcrte denuntians : Vadam ad portas inferi.
Sicque iino i npetu uni versus Charitatis excrtitus pro-
ee lil. i uni non ferentes fugiunt, sed non
■ at. Cadunt a latere Timoris mille, et a dextris
Charitatis decern millia.
PARABOLA III.
De pugna spirituali.
1. Inter Jerusalem et Babylonem ordinate sunt acies
ad bellum. Rinc David manu forlis aciem producit
virlulii n terribilem et ordinalam : inde Nabuchodono-
sor Babylonia spiritualia nequitia?, suumque vitiorum
tuniulti'osum exercitum dirigit ex adverso. Proredit
de castas David tiruuculus novitius, nuper in militiam
PARABOLES ATTRIBUEES A SAINT BERNARD.
Ill
son armee de vices qui s'avance en desordre. Du sier, du fonet de ses jeiines et de l'eperon de se3
camp de David sort line jeune recrue, recemment veilles, il fond tete baissee sur lui. La Prudence lui
engagee sous les drapeaux de son roi, que l'elernel crie par derriere : modere, modere ton ardour!
David a ceiute lui-menie du glaive de la parole La Discretion lui dit : preuds garde, prends garde ;
de Dieu, et arevetue des arines de l'esprit, elle est toute l'armee de David le blame ; niais lui, faisant
aninice d'un grand courage et se montre on ne la sourde oreille, il passe outre, el se precipite,
pent plus iuipatiente de se mesurer avec l'ennemi, l'infortune! a sa perte sans s'en douter. Nabucho-
beaucoup moinsdansle desir de le vaincre que dans donosor l'apercoit et fremit de rage, et pour le per-
l'espoirdese faire un nom. Son cheval est bouillant dre il dresse des pieges ; en ell'et, pendant qu'il
d'ardeur, c'est son corps ; encore tout nourri du se precipite de la sorte a sa perte, deux sceurs,
sue du sieele, vigoureux, ardent, ce coursier re- l'orgueil et la vaine gloire se placent a ses cotes et
pond admirablemeiit par ses dispositions, au cava- lui crient dans une pensee de ruse : Hardi ! bardi !
lier insigne qu'il porte. Dedaignanl la discipline l'infortune trop docile a leur voix, precipite sa
du camp, ce jeune soldat, plein de mepris pour course encore davantage, il est au milieu des em-
ses compagnons d'armes, s'avance dans une sotte biicbes et ne s'en apercoit point. L'esprit de Forni-
presomption, plus loin que les autres ; il bout cation, qui a une longue experience de ces sortes
d'ardeur, et n'aspire qua une chose, se faire un d'attaques et de cette espece de combattants, feint
nom. David, en voyant sonimpetueuse presomption, de fuir, et, en trompant ainsi son malheureux ad-
lui fait dire sous peine de mort par son ills Salo- versaire, il l'engage a le suivre, jusqu'a ce que,
mon : « Malheur acelui qui est seul, car s'il tombe l'ayant attire auseinmeme des mursde Baby lone, par
il n'a personne pour le relever (Eccl. iv, 10). » laporlequien elait demeureeouverte ; il le livre a
Lcs pfcMs Maislui, sans tenir compte decesavis, ne recherche ses compagnons pour se moquer de lui. Maltre Caster
Iuttem con- que les occasions de montrer a lui-meme et aux et la Fornication reclament son cheval et ne lui
autres son courage, et roule dans sapensee quel que laissent plus aucun droit sur lui. Au milieu de la
action d'eclat. 11 apercoit de loin, dans le camp eii- lutte, il s'etait abattu, el dans sa chute il avail gra-
nemi, couvert des arines de feu, un adversaire d'une vement blesse son cavalier ; mais ses ennemis lui
forte malice et dune mechancete pleine de ruse et prodiguerent a manger, quand il fut a Babylone,
d'arlilice ; ses mains etaient remphesde traits en- et apres l'avoir bien engraisse de nouveau, ils
flanmies; il multipliai! les blessures de tous cotes, le firent servir a leurs compagnons; quant a notre
tuait les blesses, foulait aux pieds les morts, fai-sait malheureux soldat il vit se dresser contre lui, la
des prisonniers avec une facilite extreme, ne la- colere, l'envie et le cortege entier des autres vices,
chait prise que tres-diflicilemeut, e'etait l'esprit de les pecheurs frap[ient sur son dos en pleine secu-
Fornication. rite comme des forgerons sur une enclume. Quant
2. Pensant done dans sa presomption qu'il va a la Fornication dont il n'avait encore vu que le
donner un rare exemple de courage, il s'elanee sur dos pendant qu'elle fuyait devant lui, elle se re-
cet ennemi, et, pressantl'ardeur de son jeune cour- tourne sur lui avec un front leve et impudent, lui
tre
David.
regis juratus, et per manns ipsins aeterni David verbi
Dei gladio accinctus, ct spiritualibus armis insignilus,
ingenles gerens animos, et contra regis edictum, ad fa-
ciendum sibi nonien plusquam ad hostem vincendum
impatientissimus. Equus erat ei fervidus, proprium
corpus; de succo adbuc saeculi fortis, viiidis, lascivus,
aniinusqiie ejus conveniens, cui insidens ferebatur in-
signis; castrorumque suorum dedignans disciplinam,
contemptis sociis, stulida quadam prjesuniptione longe
pra; caeleris progrediebatur, sestuans et anhelans ad
faciendum sibi nomen. Videns David impetuosani ejus
praesumptioneni, per (ilium suiim Salomonem sub in-
terminationc ei uiandavit : Voe soli, quia si ceciderit, noil
habebit sublevanlem. Cujus ille monita parvi pendens,
cum sibi vel aliis ostendere magute virtutia suee quse-
reret occasiones, et pr;eclarum aliquod facinus moli-
retur: cons, icatur eminus in parte hoslili unum de
inimicis fortis malili;e, astuta? nequitiae, arma babentem
ignea, manusque plenis jaculis igneis, multos vulne-
ranlem, vulneratos occidentcm, occisos conculcantem,
facile capientem,' difficile relaxautem ; spiritum forni-
cationis.
2. Hie se ostensurum prasumens prjeclaram virtutem
suam, impetum in cum dirigit, ef promptum ilium
equuin suum jejuniorum verberibus, et vigiliarum cal-
cai'ibus perurgens, totus fertur in ilium. Clamat a lergo
Prudentia : Parce, parce. Clamat discretio ; Susline,
sustine : lolus cum concropat Davidicus exercitus, quo
Ule omnes surda aure ppseteriens, fertur miser totus
in malum suum, et nescit. Videns Nabuchodonosor
infremit, et malum ei parans dolos prsBmittit. Occur-
runt enim illi a latere in praxeps ruenti sorores duae,
Superbia et Vana gloria, acclamantes ei in dolo : Euge,
euge. (Juibus ille miser nimis creduhis, totus fertur in
prieceps, et nescit qusejam undique eum circumvallent
insidis. Spirit us quidem foinicationis, jam crebro tales
et talium impetus expertus, fugam simulat, et delusum
miserum sequi provocat, dunec per palentem porlam
in medio Babylonisintroductum suis ilium sociis Iradidit
illiidendum. Gastrimargia, et foruicatio equum sibi in-
dicant, net: dominum suum jus in co habere ultra per-
mittunt. Jam quippe deliciebat, jam fatigatus divertere
quaBrebat. In medio quippe pugna; sub pugnante ce-
ciderat, et casu suo vcbementer altriverat sessorem
suum, quem illi cibis Babylonis refectum, reimpingua-
tum suis subdidere servitiis. In miserum vero ira, in-
1 13
CCLVRFS DE SAINT BERNARD.
Mail lei »ept
awns da
darde au coenr ses traits enflammes, brandit son
glaive sur sa tete, le jotte a terre ct le foule aux
I i nls, puis, le livrant au cuisinier du roi de Baby-
lone, nomine Nabuzardam, elle lui permet de se
moquer de lui dans des orgies immondes. Elle ne
perniet n.eme plus que ca soient les vices honnetes
qui portent la main sur lui, mais ella l'expose aux
plaisauteries impures des bouiTmis de la cuisine de
son roi, c'est-a-dire aux souiliures de vices honteux
et horribles. Ainsi reduit en servitude par ses en-
nemis, il est charge des liens de la mauvaise habi-
tude et precipite dans le cachot du desespoir.
3. De son cote David la tete couverle d'un voile
repandait des larmes , en disiot : Absalom, mon
fils, mon tils Absalom. Puis, appelant a lui quelqu'un
de sa suite qui s'asseyait sur les degres de son
trone, un courlisan utile et eprouve, la Crainte est
son nom, il l'envoie a sa recherche, il la fait acroui-
pagner de I'Obeissance, alin qu'apresl'avoir tire de
la prison, elle le remette entre ses mains. La Crainte
part done, et arrive aupres du malheureux consent,
elle le rauime, et, apres l'avoir tire des chaines et
des cachots de la chair, suivant l'ordre qu'elle
en avail recti, elle le rennet a I'Obeissance, elle lui
rend son cheval, mais devenu rebelle et iiidomp-
table et qui vent a peine reconnailre encore son
maitre. L'Obeissauce le prend, lui passe un mords
de fer a la bouche, bien qu'il n'en veuille point,
et qu'il se montre recalcitrant, puis replace son
ancien maitre sur son dos et lui apprend a changer
sa force.
U. l.'Olieissancerecoit done le soldatdn Christ des
mains de la Crainte, elle le ramene dans son pays,
par
l'emporler.
par un autre chemin, et lui retablit une premiere Saint-Eiprit
demeure chez la Piete, pour que la Piete paternelle
luiredonne, en le r appelant, un peu de courage et
ranime ses esprits que la Crainte avait abattus. E.le
lui en construit une seconde chez la Science, alin
qu'il apprenne d'oii il doit revenir et ou il doit
aller, et qu'il sache se servir de la Piete et de la
Crainte, en sorte que la Piete ne l'eleve pas trop a.
ses yeux et que la Crainte ne le rabaisse point a
l'exces. Elle lui en batit une troisieme chez la Force,
aQn que celle-ci lui donne l'energie necessaire pour
acrouiplir son voyage de retour. La quatrieuie habi-
tation qu'elle lui destine, elle la place chez le
Conseil, pour qu'il fasse toutes ses actions avec le
conseil d'un autre et qu'il ne se soustraie point a
la conduite de I'Obeissance pour se niettre sous une
autre conduite. La cinquieme, elle la met chez l'ln-
dulgeine, atin qu'il commence a comprendre, non
pas seulement par l'intelligence des hommes, mais
par lui-meme quelle est la voloute de Dieu, ce qui
est bon, agreable et parfait a ses yeux (Rom. xn, 2).
Le soldat du Christ arrive a sa sixieme demeure
chez la Sagesse, oil il vient suivi de tons ses hotes
qui n'ont point quitte la route, et qui lui ont appris
a trouver du gout aux Mens du Seigneur et a
con t em pier de cette demeure, comme Moise du
haut du raont Abarim , les promesses de Dieu
(Dcat. xxxu, 49). Apres cela, on arrive & Jerusalem,
dans le royaume et la cite de David, dans la vision
de la paix. La les bienheureux, les pacitiques
enfants de Dieu qui n'y arrivent qu'apres avoir tout
paeilie au dedans et dehors, celebrent la joie de
leur Seigiieur, le sabbat des sabbats. Ainsi soit-il.
vidia, ca?teraque vitiurum turba consurgit, et fldueialiter
supra deorsum ejus fabric.ant peccatores. Sod et fonii-
catio, enjus nisi terga fugientis nil adbuc ille videral,
aperta jam facie et impudenti froale in eum consurgit,
et spicula ignea in cor ejus torqaet, gladiumqtie in
cervicem ejus exserit, projectumque in terram concul-
cat ; et coquo regis Babyloniorum Nabuzardam eum
tradens, ejus immundis gurgilationibus subdidit illu-
dendum. Nee jam palitur, ut honesta in eum vilia
manum miltant : sed immundis securi'is de coquina
regis, id est fujdis et horrendia vitiis, cxhibet imdendum.
Sic igitur caplus ab inimieis, ligatur lunibus mala?, con-
suetudinis, et prajcipitatur in carcerem despcra-
tionis.
3. Rex atilem David cooperto capile lugebat, dicens:
Absabm, fili mi, tili mi Absalon. Voeansquo unum rc-
gia? clientebe ac sedis in luijusmodi ulileni et probalum,
Timorem scilicet, ad reqnirendum eum dii-igit, el Obe-
dientiam sccum mandavit, ul creptum de carcere tutela?.
Commitlcre Obedientia?. Missus Timor venit, et suscilat
miserum, ereptumque de carceralibus claustris et vin-
culis, sicut sibi jussum fuerat, Obedientia? tradidit :
equum suum ei restituit, sed feiocem et rebellem, et
qui vix ultra dominum dignaretur agnoscere. Quern
Obedientia apprebendens, et freno ferreo cohi-
bens, licet renitentem plurimum et recalcitrantem ,
antique Domino subdidit, docuitque eum mutare for-
tiludinem.
4. Susceptum itaque a timore obedientia deducens
mililem Cbristi, per aliam viam reduxit in regionem
suam, primamque ei mansionem apud Pietatem cons-
lituit : ut. scilicet animus ejus, quos Timor exacerba-
verat, Pietas patris revocautis refocillarel. Secnndam
apud Scicntiam , ut scirel undo et quo sibi esscl re-
deundum : sciretque iiti et pietate, et timore nc Pietas
extollcrct, Timor frangerct. Tertiam apud foititudmem,
qua?, eum ad peragendum redilussui iter confortaret.
Quartam apud Concilium, ut altcrius cum concilio om-
nia faceret, nee a diicalu obedientia1 in aliquo declinaret.
Quintan) apud inlelleclum, ut non jam concilio tantum
bominum, sed ipse jim intelligere inciperct, quae sit
voluntas Domini bona, bemplacens et pcrfecla. Ad sex-
tain mansionem pervenit miles Chrifti sapiential, hos-
pitibus suis eum prosequentibiis, nee iter ejus dese-
renlibus, utjam ei sapiant bona Domini, et e.xindc cum
Moyse, velut de monte Abarim, repromissiones Dei in-
cipiat conlcmplari. Et bine jam pervenitur in Jerusalem,
in regnum et civitatem David, in visionem pacis : ubl
beali pacifici filii Dei interius et exterius omnibus pa-
citicatis ingressi, gaudium Domini sui celebrant, sab-
batorum. Amen.
PARABOLES ATTRIBUTES A SAINT BERNARD.
QUATRIEME PARABOLE ».
Lc Christ et I'lSglise.
113
et devenu boue avec cette boue. David part, en effet,
il arrive en Egypte, et comme il avait prepare nn
doux chant d'epithalame, il fit enlendre de son
1. «Le royaume des cieux est semblable aim cceur ceUe bonne I)arole : «Ecoutez, ma fille, l-PJ*
roi qni fit des noces a son fils [Matt, xxn, 2). » Et ouvrez Ies >eux. a>'ez romlle attentive et oubhez David et an-
comme le jour des noces approchait, le pere con- votre Pe,1Ple alnil 1,lu la maison de voire pere; ««..
alors le roi concevra de 1 'amour pour votre beaule,
parcequ'il est le Seigneur votre Dieu (Psal. xliv,
12 et 13). » Isaie recut ordre d'allev aussi la trou-
ver ; il le stiivit, et, en la voyant dans les liens de la
snlta son ti.s et lui demanda qui il voulait epouser
11 lui repondit qu'll s'etait choisi des le commence-
ment des sieeles, et predestine l'Eglisepour epouse.
Le pere lui repondit : Mais elle esl captive en Egypte,
oil elle est employee aux divers travaux de mortier captivite il lui dit : a Levez-vous, levez-vous ,
armez-vous de la force du bras du Seigneur
La captivity
des
Israelites en
Egjpie
sous
Pharaoo est
l'iinage
de la nutre
sous
le diable.
Le Christ se
fiance
l'Eglise.
et de briques [Exod. l, ih), et. vendue au peehe. Le
cceur de Pharaon s'est endurci et sa main appe-
sanlie sur elle, et il ne la laissera partir que si
une main plus forte que la sienne la lui ravit
[Exod. in) Eh bien, reprend le til?, moi qui suis
voire main et le bras de votre force, j'entrerai en
Egypte avec une main forte elle bras el. ndu, et je
la delivrerai. Et, pour fermer labouche a ceux qui
disent des cboses injusles, je la racheterai des
calomnies des hommes. Je mettraidans ma balance
d'un cote le poids qn'elle a ete vendue sous le
pecbe, je veux dire le poids de la volonte du
pecbe, et de l'autre le prix de mon sang ; celle-la
sera trouvee trop lege.re et mon jugement l'em-
porlera. Mais le pere repartit : Oui j'en conviens, it
l'eniportera, mais la lui du mariage veut qu'on
s'assure du consentement de l'epouse. On sen
[Jsa. li, 9) ; levez-vous, levez-vous et relevez-vous
Jerusalem, rompez les cbaines de voire eou, 6 fille
captive, 6 Sion [Isa. u\, 2). »
2. Et comme beauconp d'aulres patriarcbes et
prophetes, entrant aussi a leur tour, disaient tous
la meme chose, elle linit par comprendre la grace
de Dieu, et, sortant de la poussiere elle s'ecrie :
« Vous vons eles souvenu de moi, Seigneur, mon
Dieu. Vous avez pitie de ceux dont vous avez pitie,
et vous faites misericorde a celui dont vous avez eu
pitie. » Et, poursuivant, elle repele les paroles de la
sage Abigail. « Qui me donnera, dit-elle, d'etre au
nombre des servantes de mon Seigneur et de laver
les pieds memes de ses serviteurs(i Reg. xxv, <H).»
Et, se levant aussitot comme avait fait Abigail, elle
monte sur une anesse, e'est-a-dire, elle se soumet
assurera, repond le fils. Jai David, tin serviteur sa chair et suit les serviteurs du roi. Son epoux
selon mon cceur, je l'enverrai avec sa guitare pour accourt ;"> sa rencontre, plein dejo.e et de bonhetir,
parler a son cceur, pour l'appeler, pour charmer et lui prenant la main droile, il la conduit au gre
son esprit habitue aux travaux de terre de l'Egypte de sa wlonle, il la recoil avec honncur, il la fait
enlrer dans la capitale de son royaume et l'in-
a. - Dan. les anciennes editions cette parabole ct la suivan.e ^^ ^ ^ cha(nbre mtme (]e ga m.fe £t ,.
soct [lacees au nouibre des ouvrages apocryphes de saint Ber-
nard, la pla.cant sur le petit lit de son amour, il la pare
PARABOLA IV.
De Cliristo et Eeclesia.
1. Simile est regnum ccelorum homini regi, qui fecit
nupiias filio sun. Ciimque dies iiistarel, nnpliartim, con-
suluit Pater Eilium, qiiam \ ellet ducere. I lie se cle-
gisse et prteelegisse Ecclesiam respondit a sa?culo. At
paler : Sed captiva, inquil, tenelur in /Egyplo : ihique
seivit in Into et latere, venumdata sub percato. Indura-
tum est cor Pbaraonis super e;i ni, et aggravata mantis :
nee dimiltet earn nisi in manu forli. Et ego, inquit Fi-
lius, mantis lua et brachium forlitudinis tua?, inirabo
iEgyptum in manu forti et brachio extento, el liberabo
earn. Et at obntruam os loquentium iniqua, ct redimam
earn a calumniis homiuum, appendam in statera juxla
prelium quo venumdata est sub peccato , volunfatem
scilicet pecrati ; et e contra prelium sanguinis mci : et
invenielur ilia minus habens, el perveniet ad vicloiiam
judicium meum. At Paler : Plane, inquit, perveniet :
sed lex est conjugii, sponsar requirere assensum. Requi-
retur, inquit. Inveni David servum meum, virum se-
cundum cor meum. Mittam eum cum citbara, ut loquatur
T. IV.
ad cor ejus, et advocet earn , et demulceat animos ejus,
in lulo /Egypli assuetos et putrefactos. Missus David
^gyptum ingreditur j et prxparatum habens dulcissi-
mum epitlialamii canticum, eructavit de corde suo hoc
vcrbum bonum : Audi plia, et vide, ct inclina aurem
tuam, et oblivisa re poputum tuum, et domum patris
tui; i i decorem tuum, quoniam ipse est
Dominus Deus tuus. Jussus ctiam Isaias e \esligio sub-
sequitur, vidensque illaui in vinculis captivitatis, Con-
surge, inq ;il, consurge, induere fortitudtnem brachii
Domini. Elevare, consurge Jerusalem, solve vinculo colli
tui, captiva fitia ■
2. Cum que tliam alii nmlti intrassent palriarclise et
prophelae, omnes eadem nuiitianlcs, tandem aliquando
inlelligens ilia gratiam Dei, surgeasque de pnlvere ,
dixit : Recordalus es meiy 1) mime Deus meus. Misere-
ris, cujus misereris , et misericordiam preestas, cujus
misertus eris. Et. subsequens quod sapiens ilia Abigail :
Quis, inquil, me del in anciltam servorum Domini mei,
ut tavern pedes servorurn domini met ?Moxquee\surgens,
sicut ipsa Abigail, ascendit super asinaiD, idesl, subdi-
dit sibi carnem suam, et secula est servos Regis. Oc-
currit sponsus festivus et tnlaris ; tenensque inanum
Ill
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
L'£pou<
s'en va dans
un pays
lointatQ.
L'£glise est
accablee
par lea
persecutions.
I. Par les
tyrans.
des ornements de sa grace, puis, lui passant la main
gauche sous la t£te, ill'embrasse de sa droite et
s'ecrie : « Je vous adjure, 6 iille de Jerusalen, de
ne point l'eveiller, de ne point tirer ma bien-aimee
de son sommeil avant quelle le veuille {Cant, n, 7).»
U met soixante vaillants guerriers d'Israel aupres
de sa eouche, pour la garder. Chacun d'eux avait
1'epee au cdte, a cause des frayeurs de la nnit. Quant
a I'epoux, la baisant d'un baiser de sa bouche et lui
disant adieu, il s'en va dans un pays loin lain rece-
voir une conronne, avec la pen see de revenir en-
suite. Cependant il donne a chacun les ordres en
ces termes par le prophete Osee : « Vous m'utten-
drez bien longtemps, et vous n'aurez ni pretre, ni
sacrifice (Oste m, 3). »
3. Mais le Pharaon d'Egypte, profitant de son
absence, rassemble son armee. Venez, dit-il, je vais
la poursuivre, m'emparer d'elle, et nous aurons
des depouilles a partager, mon ame sera satisfaite :
je vais tirer l'epee et ma main les massacrera : et se
levant dans ces sentiments de malice et de me-
chancete, il declare la guerre a l'Eglise. II fond
sur son camp, il s'empare de Pierre et d' Andre son
frere qu'il met en croix, il tranche la tete a Paul,
il exile Jean, ecorche Barthelemy, lapide Etienne,
briile Laurent et Vincent, et remplit tout de la mort
des saints et de tous les genres de morts et de tour-
ments. « On expose les corps morts des serviteurs
de Dieu pour servir de nourriture aux oiseaux du
ciel, el les chairs de ses saints pour etre la proie
des betes de la terre. On repand leur sang innocent
comme l'eau autour de Jerusalem et personne ne
leur donnait a sepulture (Psal. lxxviii, 2 et 3). »
L'Eglise, en voyant ses deienseurs trades comme
des bivbis destinees a etre mangees, gemit et
son ame est plongee dans la plus amere des amer-
tumes. Mais la terre deYEglise, engraissee par le
sang des martyrs, reproduit des moissons de
Gdeles par une sorte de multiplication de la se-
meuce quelle a recue ; pour un qu'on moisson-
nait, elle en donne cent on mille autres, et elle
vainc par les moyens nicmcs par lesquels on es-
perait la vaincre.
U. En apenevant cela, la barbarie du cruel en-
nemi de l'Eglise enfremitde rage, et.recourant aux
amies bien connues de la ruse, il suspend pour un
temps la persecution, il rappelle ses forces, met le
glaive au fourreau et change de dessein. II n'y a
rien de pire, dit-il, qu'un enneini domestique, je
vais repandre sur ses chefs, un esprit de conten-
tion, je les ferai errer hors des sentiers battus,
dans des lieux oil iln'y a point de route tracee
(Psul. cvi,40), et quand ils diront :Lapaix, la pair,
il n'y aura point de paix [Jerem. vi, III). Je soule- j. Paries
verai parmi eux des heresies et des schismes ; et h*r6tJ^<!! ct
je brouillerai tout par une sorte de guerre civile : echismati-
ils se massacreront les uns les autres de leur pro-
pre glaive beaucoup mieux que je ne saurais les
tuer du mien. II dit, et aussitut l'armee de l'Eglise
qui avait ete jusqu'alors terrible a voir en rang de
bataille, cessa d'etre aussi terrible, parce que le
desordre se mit dans son sein. En ell'et, se dechirant
de blessures mutuelles, et se tuant les uns les au-
tres comme de veritables ennemis, sous les yeux
de leurs ennemis veritables qui se tenaiental'ecart,
et qui riaient de ces exces, tous ces soldats de l'E-
ques.
dexteram ejus, et in voluntate sua deducens earn,
et cum gloria suspiciens earn, introduxitin civilalem re-
gni sui, et in cubiculum genitricis suae. Et in lectulo
charitatis suae earn collocans, et gratia? suae ornamentis
earn condecorans, Iaevamque suam sub capite ejus po-
nens, et dextera sua earn amplexans : Adjuro vos, in-
quit, filial Jerusalem, ut non suscitetis, neque evigilare
facialis dilectam, donee ipsa velit. Posuilque scxaginta
ex fortissimis Iracl, qui ambirent lectum, ad bella doc-
tissimos : et uniuscujusque ensis super femur suuui,
propter timores nocturnos. Osculansque earn osculo
oris sui, et valedicens ei abiit in regionem louginquam
acciperre sibi regnum, ct reverti. Mandavilque ei per
Osee proplietam : Mutto tempore me exspcclabd, et non
erit tibi sacerdos, nee sacrificium.
3. Cujus Pharao ille /Egyptius captans absentiam,
convocato cxercilu : Veni, inquit, persequar el compre-
hendam, dividam spolia, implebitur anima mea : eva-
ginabo gladium meum , interflciet eos manus mea.
Surgensque cum omni maliliae suae nequitia, Ecclesiae
persecutionem indixit. Moxque ejus castra aggrediens,
comprehensum Pelrum, fratretnque ejus Andream cru-
cillxit, Paulum decollavit, Joanncm exsiliavit, Barlho-
lomaeum decoriavit, Stephanum lapidavit, Laurentium
et Vincentium ustulavit, et sancturum mortibus, mor-
tiumque et tormeutorum generihus omnia complevit.
Posuerunt morticina servorum Dei escas volatilibns caili,
carnes sanctorum bestiis terrce. Effuderunt sanguinem
innocentem tanguam aquam in circuitu Jerusalem, el
non eral qui sepeliret. Yidens Ecclesia? defensores suos
positos ut oves cscarum, ingemuit, et facta est amari-
tudo ejus amara. Sed terra Ecclesia sanguine marlyrum
impinguata, fidelium segetes multiplici quodam gcr-
minc rel'undebat : et in praecisione unius centum
vel mille reddens, unde vinci spcrabalur, vincebat.
4. Quod barbara ilia inimici nequitia deprebendens
infremuit, et ad nula callidilalis sua? arma rel'ugicns, a
persccutione interim COnquievit, vircsque conlraxit ,
gladium revocavit, consilium mutuvit. Nullus pejor, in-
quit, quam domesticus inimicus. Effundam igitur con-
tenlionem super principes eorum, et errare cos faciam
in invio, ct non in via. Et cum dicent, Pax, pax ; non
erit pax. Sid suscitabo inter eos haereses el schismata,
et civili et inlestino quodam bello omnia lurbabo : ct
facili'is suo eoa gladio faciam inteiire, quam meo. Dixit,
et mox terribilis ilia bactenus Ecclesiae aoies ordinala
facta est non terribilis : quia deordiuala. Mutuis quippe
se vulneribus impeteutes, seque invicem hostilitcr con-
cidenles, lioslibus a longe stantibus et ridentibus, ri-
sum et insultationem, Ecclesiie vero lud.um et intole-
rabilem incussere dolorem. Amaritudo enim ejus prius
amara, nunc facta est amarior, cum vipereo quodam
PARAROI.ES ATR1BUEES A SAINT BERNARD.
1 :;
glise se vireiit en butte aux moqueries et aux insul-
tes de leurs ennemis , en meme temps qu'ils fai-
saient couler les larmes de l'Eglise et lui causaient
une intolerable douleur.' En effet, l'amere amer-
tume dont elle s'etait vu abrouver auparavant etait
devenue plus amere encore, a la vue de ses enfants
qui lui dechiraient eux-memes les enlrailles avec
une nieehancete de viperes. Mais alors les plus
vaillants soldatsde la cour chretienne, s'apercev mt
que la ruse infernale de l'ennemi avait tin plein
succes, rappellent tout leur courage et saisissent
les armes de la foi et commencent parcouper d'une
main virile le mal en eux-memes ; alors on vit un
Alexandre tailler en pieces Arius avec plusieurs
dessiens; un Augustin passer an til de l'epee Ma-
nes et un grand nombre d'autres heretiques ; un
Jerome frapper a no;t L'epicurien Jovinien ; on
en vit enfiu beaucoup d'autres s'elancer sur la
peste des heresies et des scbismes, les terrasser
vaillamment ou les expulser prudemment du camp,
et rendre ainsi la pais et le bonbeur a l'Eglise.
5. Mais, helas, helas! cette vie ne peut pas plus
etre exempte de tentation que la mer de Hots , il
n'y a de paix solide et durable que dans le paysde
la paix. En effet, a la vae de ce qui se passe , le
pecheur se sent transports d'envie et de colere , il
griuce les dents en fureur, la rage le consume, et,
tout entier a de nouveaux projets de guerre , il a
Enfio par lea recours aux esprits de malice. !1 rassemble done
chrliiens'et ^es Pnis farneux de ses capitaines, je veux dire l'es-
prit de fornication, l'esprit de gourmandise et l'es-
prit d'avarice. Vous vuyez , leur dit-il , que nous
n'avaucons a rien, voila tout le moude qui se met
a leur suite. Mais je veux encore une fois leur faire
sentir la force de noire bras a cis hommes qui se
flattent de nous avoir ecbappe , et d'avoir de-
les
msuvais
elercs.
joue toutes nos ruses. 11 dit et lance pendant la
nuit ses satellites dans le camp de l'Eglise; comme
il le trouve tout entier plonge dans l'ivresse et le
sommeil, car ceux qui dorment et sont ivres , dor-
ment et sont ivres pendant la nuit (I Thess. v, 7),
il met le trouble partout. Aussitot on vit tons les
gens de l'Eglise s'aimer eux-memes et ne re-
chercber que leurs propres interets , non ceux
de Jesus-Christ, lis regardent le sanctuaire de
Dieu comme leur heritage, et souillent le taberna-
cle consacre au nom du Seigneur (Psal, Lxxm, 7).
Ce n'est pas Dieu qu'ils servent dans son sanctuaire,
ce sont leurs propres volontps et leur plaisir ; ils font
servir a leur usage toutce qui est offert ou consacre
a Dieu. En effet, se faisant de leurs noms et de
leur office en religion, des noms et des titres d'a-
varice, d'orgueil et de vanile, ils arrachent a l'E-
glise, en depit de ses cris et de ses efforts pour les
retenir, la tunique sans couture et toute d'une
piece de la charite, et le mauteau de pourpre de la
foi teint du sang du Sauveur, que l'Epoux avait
jete sur les epaules de l'Epouse pour couvrir sa
nudile; ils lui ravissent de meme tous les autres
ornements de la religion. Et, apres avoir depouille,
sans se velir eux-memes, celle qu'ils auraient du
garder, ils la laissent toute nue, et l'arrachent au
repos dont elle jouissait, ils la chassent autant qu'il
leur est possible , et la forcent a fuir loin de ce
niHiide.
6. Mais elle, poussant des cris, versant des larmes,
bonteuse de lanudite qui expose les endroits secrets
de sou corps a tous les regards et a toutes les in-
sultes, prie les enfants de son sein d'avoir pili6
d'elle, mais e'est en vain : elle les supplie, mais eux
se moquent de sa priere. Alors, prenaut dans ses
deux mains et retenant de toutes ses forces quelques
malo a filiis suis drflebat discerpi viscera sua. Sed eon-
timio egregii curiae christians; rnililcs praevalere \iden-
les astutam inimici malitiain, spiritum resumpserunt,
arma fidei corripuerunl : et malum ex semetipsia viri-
literauferentes, Alexander cum multis Arium ; ArjgusU-
nus manicbaeuni , mullosquc alios , Hierouymus
epicuraeum Jovinianum, c;eterique csteras haeresum ct
schimatum pestes pervadentes, vel fortiler (rucidaverunt,
vel prudenter a cash-is propulerunt, pacemque Ecclesiae
et gaudium restituerunt.
5. Sed heu, hen ! nee mare fluctibus, nee ista vila
carere potest tentationibus; nee potest esse pax firma et
solida, nisi in regione sua. Videns enim peceator, et in-
vide irascitur, dentibus fremit et tabescit, et nova pa-
rens bella ad spiritualia malitia? arn.a se convertit. Con-
vocansque sui exercilus egregios illos duces, spiritual
scilicet fornicationis, spiritum gul»% spiritum avaritia? :
Videtis, inquit, quia nihil prolicimus, et jam tolus mun-
dus post ipsos abiit. Sed adhuc experiri habent vires
nostras, qui gloriantur se jam efTugisse vel elusisse ar-
tes meas. ^Dixit, et castris eos Ecclesias immittens, et
dormientes omnes et ebrios nocte inveniens (qui enim
dormiunt, et qui ebrii sunt, nocte donniunt, et nocte
L'abus de*
dignitea
et des biens
de l'Eglise
est
blame.
ebrii sunt) continue omnia turbavit. Mox enim omnes
quae sua sunt quaerentes, non quae Je-
su-Christi ; hasreditate sibi vindicaverunt sanctuarium
Dei, et polluerunt tabernaculum nominis ejus : noa
Deo in eo, sed v i et voluptatibus suis servien-
tes, quaeque Deo oblata vol sacrati, in suos usus ver-
tcntes. Facientes enim sibi de nomiuibus et officiis reli-
gionis nomina et auctoritates avaritiae, elalionis et vani-
tatis, tunicam illam charitatis inconsulilem desuper
textam per totum, purpweumqtie illud fidei pallium
pretioso sanguine tinctum, quibus nuditatem sponsae
Sponsus operuei'et, caeteraque religionis ornamenta, re-
luctanti Ecclesiae detraxerunt : cam que denudantes, nee
se veslientes, quam custodire debuerant, nudam reli-
querunt, et de statu quietis earn evturbantes, quantum
in ipsis est, de mundo fugere compulerunt.
6. Sed ilia damans, et nudata turpitudine, et dis-
coopertis natibus, omnia occulta et pudenda sua risui
omnium dellens e.xposita, orat Alios uteri sui, nee mise-
rentur : obsecrat, et irridetur. Et utraque manu totis vi-
ribus panniculos quosdam canonical vel monastics re-
ligionis, qui vix manus diripientium effugerant, circa
cor et vitales illas partes adstringens , hos saltern dimilti
116
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
lambeauxde laviecanonique et monastiqueechap-
pos aux mains rapacesde eeui qui I'avaienl depouil-
lee, alle les serre eontre son coeur el contre son sein,
en suppliant ses spoliateurs <le lui laisser au moins
ces pauvres haillons. On nel'ecoute meme pas. Bien
plus, ces] imeSjj'allais dire ses propres gardiens,
mais plutot ces brigands s'efforcent de la depouil-
ler, afmque, honteuse de sanudite, elle Euie Loin de
ce monde ou meure parmi eux du froid de leur
malice. Cependanl il> feignent quelquefois d'avoir
pitied'elle, ettentent delui venilreun vehement tissu
a la fois des mains de la dissimulation et de l'hypo-
crisie ; mais elle le repousse avec mepris et male-
diction, elle ne le reeonnait point pour un \ cle-
ment digne d'elle. Elle n'en connait qu'un, il a tie
tissu des mains de la sagesse, teint et consacre du
sang du l'Agneau ; elle l'a recu des mains monies
de son epoux.mais ses propres en f ants le luionten-
leve. Tout autre, elle ne le connait pas, elle le re-
pousse, elle le rejette. Voila pourquoi elle se voit
elle-meme rejetee, dedaignee.conspuee, etcouverte
d'oppiobres par tout le monde.
7. Voila quels sont les temps oil nous vivons, la
perilleuse epoque oil vit maintenant l'Eglise. Daus
ces jours au sein meme de la paix dont ellejouit,
sod amertume est devenue excessivemeut aunire
(Isa. xxxvni. 17). Ces trois malbeurs passes, il en
Teste un qualrieme, c'est l'ange de satan, qui doit
se transfigurer en ange de lumiere, s'asseoir dans
le temple de Dieu et se montrer aux bommescomme
La dernicre un Dieu (TIil'ss. ii 7). Deja meme il fait des mira-
pe"deUl" " c'es d'iniquite et ces herauts crient des maintenant
l'Eglise partout dans l'Eglise : « II est ici, il est la (Matt.
est celle de , . , , , , .
l'AnWchrM. xiv. 15). » Mais, o epouse du Christ, n eu crois rten,
ne sors pas pour le voir. Attends patiemment ton
Epoux, il n'a point dededain pour toi, luidu moins,
sibi precatur, ncc auditur. Et ipsos enim sui illi, non
custodes, sed latrones, diripere conantur : ut vel nudi-
tatem suam non ferens, de hoc mundo fugiat, vel inter
eos in IVigore maliliae eornm moriatur. Pingentes ta-
men nonnunquam se misereri, vestem de simulatione
virtutum et dissimulatione vitiorum, manu hypocrisis
utrinque contexlam vendere il 11 conantur. Quam ilia
deteslans et abominans, non suscipil, non recognoscit.
Novit illam sapiential manibua contextam, tinctam et
sacratam agni sanguine, a sponso sibi dereliclam, a li-
liis sublatam. Aliam nescit, sed abjicit et respuit. Ideo
abjieitur, respuitur, conspuitur, et ouinibus opprobrio
babetnr.
7. Ha:c sunt nostra, baec sunt Ecclesije pcriculosa
tempora : in quibus in pace facia est amaritudo ejus
amarissima. Sed tria va? abierunt : adliuc restal ununi
va? scilicet angelus satana;, in angelum lucis se transli-
guraturus, scssurus in templo Dei, ct ostensurus se
tanquam sit Deus. Qui jam mysleria iniqnitutis opcialur,
praenuntiis ejus jam undique Ecclesia: suggillantibus :
Ecce hie, ei ecce itlic. Sed. o sponsa Christi, noli cre-
dere, noli e.xire : sed sustinesponsum tuum, qui le non
despicit, nee obhviscitur in tribulatione ; sed quarta vi-
et il ne t'oublie pas dans la tribulation. A la qua-
trienie veille de la unit, il viendra a tot en mar-
chant sur les eauz de lamer. Ah! venez, Seigneur,
venez pour la delivrer, Seigneur Dieu des vertus,
vous qui vivez el regnez pendant tons les siecles
des siecles. Ainsi soit-il.
CINQU1EME PARABOLE.
La Foi, VEsptrance el la Chariti.
1. Notre noble et puissant roi a trois lilies qui
sont la Foi, l'Esperance et la Charite. 11 leur a donne
une ville d'une grande beaute, c'est 1'amehumaine.
Dans cetle ville se trouvent trois citadelles, la
Rationabilite, la Concupiscibilite et l'lrascibilite ;
chacune de ses lilies a lasienne : a la Foi il a donne
la premiere, la seconde a l'Esperance et la troisieme
est le lot de la Charite. La Foi commando done
dans la citadelle de la Rationabilite, attendu que
la Foi qui s'appuie sur l'experience de la raison n'a
aucun merite. L'Esperance gouverne la Concupi-
scibilite, attendu que nous ne saurions desirer les
choses que nous voyons, mais seulement cellos que
nous esperons. Enfin la Charite gouverne l'lrascibi-
lite, la cbaleur commande a la chaleur, en sorte
que l'ardeur de la nature se trouve dominee par
celle delavertu. A peine sonl-elles entrees chez elles
qu'elles etablissentetreglent Ieurdemeure chacune
suivant son pouvoir. Ainsi pour garder la sienne
la Foi place en sentinelle la Prudence, qui doit lui
conserver son droit dans la citadelle et. maintenir
la raison sous les lois et dans les limites que la Foi
lui assigne ; mais pour que son action soit bien
l'aile, elle lui adjoint l'Obeissauce; puis, voulaul don-
ner 4 eelle-ci le moyen de perseverer dans son
Lea trois
[fillea du roi
sont
la foi,
lV's|ir! ancO
et la
charite,
elles ont recu
une ville
ap|.elee 1'uma
tiuuiaine,
Oil
se tronvent
trois
citadelles
ou
charuno
commande.
V. S. Greg.
M. tome
IIVI,
in Evang.
Les gardes
de la foi.
gilia veniet ad te ambulans super mare. Et veni Do-
mine, veni ad libcrandum earn Domine Deus virtu-
tum, qui vivis ct reguas per omnia sxcula sseculorum.
Amen.
PARABOLA V.
De fide, Spe, ct Charitate.
I. Rex nobilis et potens tres liabuit filias, fidem ,
spem, ct charitatem. His delegavil civitatem eximiam,
humanam Animam. In qua cum Ires sint arccs, ratio-
nabilitas, concnpiscibilitas, iraseibilitas ; unicuique suam
contradidit : Fidei primam, Spei Becundam, Charitati
tertiam. Rationabilitati praeficitur Pides, quia Fides non
habet meritum, cui bumana ratio pnebel experimentum.
Concupisclbilitati Spcs, quia concupiscerc nos non licet
qua; videmus, sed qiiffi speramus : et spcs qua; videtur
nun est spcs. Irascibilitali Charitas, fervor scilicet fer-
vori : ut fervor virtutis fervori natura; dominctur, imo
fervor naturalis atlollat se in fervorem viritutis. In-
gi'essae illae, unaquaeque pro posse suo domum suam
ordinat et procurat. Custodem ergo domus suae in ra-
tionabilitate Fides ponit Prudentiam, ut suuua jus in ea
PARABOLES ATTRIBUTES A SAINT BERNARD.
117
ceurre et lui faire supporter la peine de la fatigue,
elle lui donne la Patience pour auxiliaire. Enlin,
pour quelle put regir comme il faut et gouverner
convenublement toute la domestieite des actes et
des sentiments, elle. lui donne encore la vertu de
discretion. Voulant que tout se passe chez elle se-
lon le conseil de t'Ap6tre, daDs l'ordre et l'honne-
tele, elle ajoute l'ordre a ses gardieus. Et pour que
la malediction n'entre jamais dins cette derneure,
car on sail que toute maison sans discipline est mau-
dite, elle place un dernier gardien a la porte, c'est
la Discipline.
Ainside 2. Quant a l'Esperance, elle place a la tete de sa
lesperance. maisori) dms la Concupiseibilite, la Sobriete, pour
s'assurer la possession de ses droits ekez elle et pour
forcer les principaux habitants de la citadelle a la
servir. Pour lui donner le moyen de gouverner avec
discernement toute la famille des volontes et des
voluptes elle lui adjoint la Discretion, puis, pour
combattre la concupiscence de la chair, elle lui
donne la Continence, pour domptercelle des yeux,
elle lui donne la Constance, et pour hitter contre
l'ambition dusiecle, elle lui donne l'Humilite. Eutin,
pour fermer la porte a la pauvrete, se rappelant ce
mot de Salomon, « beaucoup de paroles, beaucoup
de misere {Proc. xiv, 23), » elle contie la garde de
porte au Silence.
De m#me 3. Pour ce qui est de la Charite, elle a place sa
U charite denieure du cote ou souffle l'Auster, faisant face
au Midi, elle la contie a son ainie la Piete, lui reniet
tons ses droits ou lui donne pour premier serviteur
la proprete du corps, puis des exercices appropries,
les lectures, les meditations, les oraisons, et les as-
pirations de 1'atne; eutin, pour empecher la misere
sibi conservet, et rationem sub legibus fidei et intra
terminos a fide positos cohibeat. Ut autem fiducialiter
in domo ageret, addidit et Odedientiam. Ut obedien-
tia processuni operis, et toleranliam haberet laboris,
subdidit et patientiam. Ut autem etiam inferiorem ac-
tuum vet sensuum familiam regere bene posset et dis-
pensare, ipsam ei dispensationem suil'ecit. Ut secundum
Apostolum noneste et secundum ordinem omnia fierent,
addidit etiam et ordinem. Ne maledictio intraret do-
mum (Maledicta omnis domus indisciplinata) custodem
in porta posuit Disciplinam.
2. Spes aulem in Concupiscibilitate domui suae So-
brietateai prajfecit, ut jus suum in ea sibi conservaret,
et principales ejus sibi semper servire competleret. L't
autem inferiorem voluntatum et voluplatum familiam
discrete regere sufficerel, ipsa ei subdidit discretionem.
Cui etiam contra concupiscentiam carnis addidit conti-
nentiam ; contra concupiscentiam carnis oculorum cons-
tantiam ; contra ambitionem s;eculi humilitatem. Et ne
egeslus inlraret domum {ubi enim mu/a verba sunt, sicut
dicit Salomon, ibi multa erjeslas) Silentium custodem
posuit in limine.
3. At Charilas suam domum ad Austrum et meridiem
posilam, amies sibi Pietati commisit ; jusque suum
omne ei tradidit, subdens ei ad obsequium priinum
d'entrer dans la maison et d'y semer le desordre,
elle contie la garde de la porte a la Paix en per-
sonne, la Beatitude des enfants de Dieu qui, places
dans la perfection du bonheur au septieme degre,
se jouent et goutent le bonheur daus la maison de
la Charite. Leurs habitations etant ainsi reglees, ou
mit a la tete de la cite tout entiere line sorte de
prevdt et d'econome appele le Libre arbitre.
k. Cela fait, les trois lilies du roi reviennent dans L'eooemi
la maison de leur pere. Mais alors survient l'ennemi ™aPviMe
qui, a la vue de l'ordre et de lagloire dela cite, est et
saisi d'envie, et machine des embiiches contre elle. par
Dans ses desirs d'y penetrer il en corrompt deux des °ja lr
principaux citoyens, la discretion etla dispensation, dea,-ura
et, grace a eux, il fait entrer toute sa detestable armee la foi,
par les deux porte? du Rationalisme et de la Concu-
piscence. 11 charge de chaines et jette au fondd'un
cachot, le prevot de la ville, le Libre arbitre, a qui
la garde et Tadministration en avaient ete confiees,
car le pere de famille, en s'en allant en voyage,
avait donne a tous ses serviteurs le pouvoir
de faire chacun ce qui le concerne. Apres avoir
precipitt du haut des murailles du Rationalisme
ceux qui en etaient les gardiens, l'ennemi fait en-
trer le Blaspheme, ennemi jure de la Foi. Avec lui
se precipitent dans le donjon les contradictions,
les troubles, les confusions et mille autres ennemis
du meme genre qui, se jetant sur tout ce qu'ils ren-
contrent, et, s'appropriaut toutce qui leur convient,
ne laisseut presque rien de la raison dans le Ra-
tionalisme ; puis apres avoir tue le portier, je veux
dire la discipline, ils iaissent a tout venant laliberte
d'entrer et de sortir.
5. Quant a la demeure de l'Esperancee, la Concu-
mundiliam corporis, deinde eongruas exercitationes, vi-
delicet lectiones, meditationes, orationes, et spirituales
affectiones. Et ne ingressa domum miseria conturbaret,
beatitudinem filiorum De;, qui in septimo gradu *, id • ^ ,,ac^g,
est in perfectione beatitudini, posili, in domo charitatis
ludunt et jucundantur : ipsam pacein custodem in por-
ta constituit. Sic ordinatis domibus suis, totuis civitatis
quasi praepositum quemdam et cecouomum posuerunt
Liberum arbitrium.
4. Quo peracto, redeunt in domum patris puellas re-
gis, lnimicus homo superveniens, ordinem et gloriam
civitatis videos, etinvidens, machinaturinsidias : ingredi
cupiens, corruptis duobus de prEecipuis civibus, Discre-
tione et Dispensalione, univ«rs33 malitias suaj exercitum
introduxit per portas rationabilitatis et concupiscibilita-
tis. Praepositus civitatis Liberum arbitrium, qui totius
civitatis dimissus erat custos et arbiter (paterfamilias
quippe pevegre proficiscens dedit servis suis poteslalem
cujusque operis) ligatur vinculis ferreis, et in carcerem
mittitur. Prscipilatis de arce rationabilitatis custodibus
suis, mox contra Fidem Blaspliemia inducilur. Cum qua
irruenles contradicliones, commotiones et confusiones,
caHeraque hujusmodi turba, cunctaque sibi diripien-
tes, sibique quidquid libebat vindicantes, in rationabi-
litate nihil rationis reliquerunt; et janitore perempto
118
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
I'uu la
denienre de
l'wperance.
£.1 enfin ia
demenre
de
la ebarite.
Les Giles da
roi
deraandent
do secours a
leur pere.
piscibilite, e'est laLuxure qui s'y pr&cipite, die
s'approprie tout ce qu'elle y trouve, elle precipite
du haut enbasl'Esperance elle-meme,jette la Con-
tinence, la Constance etl'Humilite, sousles pieds de
ieiirs ennemis, la Concupiscence de la chair, la Con-
cupiscence des veux et I'Ambitiou du siecle, et les
expose a leurs insultes. l'ui>, apres avoir tue le bi-
qui gardail la portede la forteresse, elle ouvre
la porte a deux baltants a quiconque veut entrer
on sortir. Quant a la Sobriele et a ses corapag
ou bien elles sont niises a mort, ou bien elles
precipiteesau fond d'un cachot, on enQn envoyfes
en esil. l'ui*. montant jusqu an limit dela citadelle,
I'ennemi tue la Paix qui fetait leporlierel legardien
de Ja souveraine beatitude, elle livre un libre .
a la Misere. Bientot apres, sa Seigneurie l'Orgueil
monte ilans la citadelle, car a l'orgueil de ceux qui
vous haissent, Seigneur, monte toujonrs [Pml.
iism, 23), » et dune main impie renverse la Piete
el condamne a la mort ou a I'exil toute la donies-
ticite de la Foi et de la Piete. Apres cela, quicon-
que leveut, entre dans le sanctuaire de Dieu, ettout
ce qui s'y trouve de saint, tout ce qui jusqu'alors
n'avait ete accessible et visible qu'aux enfants de
Levi, est profane, devient la proie des ennemis, est
emporte. a Babj lone, dont le roi verse a boire a ses
concubines dans les vasts du temple. Voila comment
la ville entiere tut prise et saccagee : sa honte fut
egale a ce qu'avait ete sa gloire.
6. Tout etant ainsi bouleverse, un messager de
la malheureuse cite vint tristement trouver celles
qui en etaient les maitresses. Consternees, celles-ci
montenta pied vers leur pere et implorent son se-
cours.Celui-cis'en prenant au Libre arbitre, charge
de la garde de ces villes, l'accuse de negligence.
0 pere, s'ecrient les trois lilies, que pouvait-il
faire sans le secours de I Eh bien, dit le
roi, je iui donnerai I ris commencons ]«ar
envoyer laCrainte en avant, elle la precedera et Iui
rera lavoie. LaCrainte s'eloigne done de la
presence du Seigneur, et s'ap la cite, le
baton de la discipline a la main, mais elle trouve
Ia porte de la difliculte fermee avec les gonds de
fer de la mauvaise habitude. Sur le seuil , elle
apercoit le garuien de la porte, l'arrogante et
malbonnele Laseivete de la chair, l'cnneiniedivla-
ree de la Crainte. Llle accueille cette derniere par
un torrent d'injures et de provocations. Mais la
Crainte, du choc de la Contiance, brise les gonds
de la mauvaise habitude, et, renversant la porte de
la difficult*?, elle s'empare du malheureux portier
et le frappe du baton de la discipline qu'elle
tenait a la main, jusqu'&ceque mort s'en suive;
puis, hissant aussildt au dessus de la porte, Tensei-
gne de la Grace qui arrive, elle repand la terreur
dans toute la ville. Apres la Crainte se presente la
Grace qui eutre dans la ville, menant a sa suite
toute la troupe des verbis celestes. En un clin d'ceil
tous les eunemis ont disparu et les vertus repren-
nent le piste qui leur etait assigne. Alors on vit
paraitre d'abord la Discretion et la Dispensation qui
reconnaissent qu'elles se sont laisse tromper, et
solhciteut leur pardon. Le libre aibitre sort aussi
de ses fers et court en toute hate au devant de sa
maitresse la Grace, certain sous son regne de vivre
en liberte. On prepare un repas aux lilies du roi,
Le roi promet
da
secours,
ni3i3 il cora-
menre
par envoyer
la
crainte
en avant.
scilicet Disciplina, omnibus intrdiidi et cxeundi copiam
praebuerunt.
5. Porto in domum Spei, conciipiscibilitatcui scilicet,
ingressa, et omnia sibi vinclicans domina Luxuria, totam
earn de superioribus dejectam ad ima devolvit, et con-
cupisccntis carnis continentiatn, concupiscenlis oculo-
rum constantiam, ambilioni saeculi [lumilitatem concul-
candam tradidit et illudeiidam. Et pereoipto Silentio
janitore, omnibus et intrantibns et exeuntibus fecit
portam patere. Sobrietatem vera et socias sobrictatis
virtutes aut occidit, aut incarecravit, aut in cxsilium
destinavit. Exinde ad superiorem civitatis arccm cons-
cenditur, et Pace janitore et cuslode suuimie beatitudi-
nis perempto, Miseria ingredilur. Mox enirn domina
Superbia ascendens in arcem (superbia enim eorum qui
te odorunt, ascendit semper, de ea impie de-
turbavit, totamque illani Pietatis etPacis familiam uiorte
vel exsilin damnavit. Jam quicunque vult, sanctuarium
Dei ingreditur : qua-cunque sancta in eo, qua-cunque
haclenus filiis Levi tantum acressibitia erant et visibilia,
jam profanata, jam direpta ab iniuiicis, in Dabylonem
transferuntur ; et de vasis templi concubinis regis Ba-
bylonii propinatur. Sic capta est ct confusa tola
civitas ; secundum gloriam ejus facta est ignominia
ejus.
6. Confusis omnibus, ad domiuas tristisnuntius venit
perdiUe civitatis. Conturbatee ills pedibus patris pro-
C'est ainsi
qu'elle
met les en-
nemis
en fuile.
La ville est
reprise
volvuntur, auxilium deprecautes. Causante illo, et cus-
todis Liberi arbitrii arguente negligentiam : Quid, in-
quiunt, o pater, Liberum aibitiium potest sine adjutrice
gratia ? Et ego, inqtiit, dabo gratiam : sed praemittendus
esl Timor. Ipse enim prxibit ante illam pararc vias
ejus. Egressus Timor a facie Domini, venit ad civitatem
baculum h.ibeus disciplina.' in manu ejus : invenilque
porlarn difficultatis obscratam, et obQrmatam vectibus
mala- consuetudinis. Janitor procax et improbus carnis
lascivia in portis aderat.qui Tiinuri satis inTectus, oppro-
briis et conviciis cum fatigabat At ille facto impetu fi-
ducioe, frangens vecles mala? consuetudinis, portas
diruens difficultatis, miserum ilium corripit, ct baculo
etim disciplina; quern tenebat, usque ad mortem pcrur-
get : statimque signum advenicntis grali;e super portas
elevans, totam civitatem vertit in timorem. Post quern
gratia ingreditur civitatem, secum totum ilium virtutum
coelestium exercilnm adducens. Mox para inimica dis-
paruil, virtutes vera ad nota praesidia recurrunl. Pro-
cedentes illic , i accusanlea dis-
crelio el dispensatio, veniam precantur : prodit de vin-
ctilis et ad occursum dominaj gratia festinat Aibitrium,
sub regno gratia; nunc tandem se sperans fore liberum.
Fercula pra>parantur fdiabus regis domus suai, ct mensa;
ponunltir oongruae. In mensa quippe fidei panis ponitur
doloris, ct aqua angustia?, et cattera pcenitentiffi fercula.
In mensa spei panis confortans, et oleum extularans fa-
FORMULE DE CONFESSION ATTRIBUEE A SAINT BERNARD. 119
solation. Sur la table de la Charite se trouvent le
dans leur demeure, et on dresse des tables pour
cbacune d'elles ; sur celle de la Foi on voit figurer
le pain de la douleur, l'eau de la tristesse, et tous
les autres mets de la penitence, Sur celle de l'Es-
perance, on voit le pain qui fortifle, l'buile qui
rejouit le visage, et tous les autres mets de la eon-
ciem, et caetera consolalionis fercula. In mensa charita-
tis panis vitae, vinumque laetilicans ; et omnes delicia?
paradisi. Jam ingrediuntur et epulantur, et custodiunt
pain de vie, et le vin qui rejouit le cceur, et toutes
les autres delices du paradis. On entre, on se met
a table et on place des gardes a l'entree de la ville,
« mais si le Seigneur ne garde une ville, c'est en
vain que veille celui qui la garde (Psal. cxxvi, 2).»
civitatem. Sed nisi Dominus custodiers civitatem, frus-
tra vigilat qui custodit earn.
FORMULE DE CONFESSION PRIVEE
OU PRIERE TRES-DEVOTE D'UNE AME FERVENTE A DIED,
ATTRIBUEE AVEG QUELQUE RAISON A SAINT BERNARD.
1. En union avec votre tres-amere douleur, 6
seigneur Jesus, vous qui avez pris sur vous la
cause de ma douleur, et avez entrepris de satisfaire
pour uies pecbes, avec tous ceux qui souffrent, avec
tous les vrais penitents et tous ceux qui chercbent la
verite en vous, je vous confesse tous mes pecbes,
tout le mal que j'ai commis, tout le bien que j'ai
omis, ou que j'ai fait sans purete d'intention, ou
avec negligence, selon le nombre, le poids et dans
la mesure que vous connaissez mieux que moi ;
tous les jours de ma vie que j'ai perdus en vous
offensant, en diminuant votre gloire, en m'eloi-
gnant de vous, qui etes le souverain bien et en
entrainant mon prochaiti dans ma cbute. Recevez
done, Seigneur, les annees qui me restent de ma
r. le sermon miserable vie ; et pour celles que j'ai perdues en
ix sur vivant mal et pendant lesquelles j'ai vecu en me
le Cantique , ,, . . . l J
des cantitjues perdant, ne dedaignez point, o mon Dieu, un cceur
contrit et humble. Mes j ours penchent vers leur
couchant, ils se sont ecoules sans fruit. Impossible k
moi de les rappeler en arriere ; mais daignez trou-
ver bon que je les repasse en esprit dans l'amer-
tume de mon ame. Seigneur, l'abime de ma pro-
fonde misere appelle l'abime de votre profonde
misericorde. Ne renfermez point dans les bornes de
votre courroux, vos misericordes, et ne permettez
pas que pour moi la source en soit tarie , a cause
de mes pecbes, 6 vous qui avez pitie de tous les
homines, qui n'avez pas de baine pour aucune des
creatures de vos mains, et qui faites comme si
vous ne voyiez point leurs peches des qu'elles se
repentent. C'est a vous, Seigneur, de nous remettre
nos pecbes ; ayez pitie de moi pendant que dure
le temps de la grace et de la misericorde. Et,
puisqu'il est temps encore pour moi de faire
penitence, faites-moi la grace de meriter la gloire
CONFESSIONS PRIVATE FORMULA.
1. In unione acerbissimi doloris tui, qui causam do-
loris mei assumpsisli, et emerulationem pro peccalis
meis suscepisti, Domine Jesu-Christe, cum universitate
dolentium, vere pcenitentium, et te in verilale quEeren-
tium, confiteor tibi omnia peccata mea, mala commissa,
et bona omissa, vel non pure aut negligenler facta, sicut
tu ea melius nosti in numero, pondere et mensura : et
dies perditos vitae mese, in quibus te offendi, et laudem
tuam minui, et a te summo bono cecidi, et proximum
in casum traxi. Suscipe erj;a, Uomine, de mea misera
vita residuum annorum meorum : pro his vera quos
male vivendo perdidi, quibus perdite vixi, cor contritum
et humiliatum, Deus, ne despicias. Dies mei declinave-
runt, et perierunt sine fructu. Impossible est ut eos
revneem : sed placeat tibi, ut recogitem illos in amarl-
tudine animae meee. Domine, abyssus profundissima
miserias meas abyssum invocat altissima? misericordiaa
tuaa. Ne conlineas in ira miserationes tuas, et fontem
inexhaustum misericordias tuas circa me exsiccari ne
permittas propter peccata mea, qui misereris omnium,
et nihil odisti eorum quas fecisti, dissimulans peccata
homiuum propter pcenitentiam. Tuum est, Domine,
remittere peccata : miserere mei, dum tempus est
gratia; ct miserationis : el dum tempus est emendationis,
da mereri gloriam benedictionis, ne in die consumma-
tionis me feriat verbum maledictionis.
120
OEUVRES DE SAINT BEH.NAIU).
de la b6n6diction, et de ne point menior d'enten- dans l'Eglise pour le salut de vos fideles serviteur
dre une parole de malediction me frapper au jour el dans lequel vous 6tes vous-meme le sacrifice et
oil toul sera consomme, le sacriflcateur, celui qui offre, et la victime offerte,
•2. Seigneur, faites-moi, je vous en prie, renon- que tout eela me serve a me meriter, dans la vie
cer a speches d'habitude, el faire ce qui tous presente, la grace que jenemferite point, et, dans la
plait. Donnez-moi de deployer desormais, pour vie future, le repos el la gloire que voire mort si
accomplir votre sainte volonte, le zele quej'aimis amere a m6rites pour moi. Seigneur Jesus, votre
jusqu'a ce jour a vous offenser. Que votre grace mil a vu mes imperfections ; mais vous qui fetes
surabonde la oil le pecbe a abonde. le vous prie bon, misericordieux, et secourable pour le pecheur,
par vous-meme el au nom tie l'amour de voire ne me condamnez point a un sxijiplice eternel, vous
tres-pieuse mere, la vierge Marie, el par ['inter-
cession 'le tous les Saints et de Ions Irs elus, de
me pardonner mes pecbes, mes negligent es, 1 1 mes
ignorances, de ue pas me perdre avec loutes mes
qui avez preordonne toul pour le souvnraiu bien
el pour le bien parfait avec une bonte, une per-
fection et une sagesse infinies, ne permeltez point
que je sots raye do livre de vie, donnez-moi
iniquites et de ne point garder jusqu'a la fin dans pluidt la part d'heritage qui me revient, grace au
voire colere le mal que j'ai fail. Happelez-vous, bienfait de voire precieuse passion, par laquelle
iur, qu'il ne vous convient pas de perdre vous avez voulu avoir l'bomme pour coherilier dans
aucun ilc ceux que votre pere vous a donnes, et la terre des vivants.
que, tout au coutraire, c'esl a vous de vous mon- &. Seigneur, que la consideration de la fragility
trer toujours plein de misericorde, de nous epar- humaine louche votre cceur et I'incline a la mise-
gner el de sauver toul le monde, bien loin de perdre ricorde, vous counaissez la substance de I'homme,
personne. Car voire pere vous a envoye dans le et vous savez que ce n'est pas en vain que vous
monde nun pour jugcr le monde, mais pour que l'avez elabli sur la terre. Je suis l'ceuvre de voire
nons eussions la vie par vous, pour que vous bonte, conservez-moi. Si vous ne voulez point avoir
fussiez noire propitiation, et notre avocat conlre travaille en vain a me faire, et que voire sang
nous-memes. Aussi, avez-vous acquitle la delle que immacule n'ait coule en pure perte pour moi.
nous avious faite, supplee ce que nous avions 6 vous qui rendez pur un pecheur, apres m'avoir
neglige de faire. purine de la souillure de mes pecues et avoir re-
3. Que voire satisfaction abondante ou phitot pandu voire lumiere sur la face de mon ame,
surabondante me serve done, Seigneur, dans l'extre- failes-moi la grace de vous connaitre et, vous
mite oil je me vois reduit ; que votre mort amere, connaissant,detendre sans cesse vers vous, alio que
lepix inestimable de votre sang, la memoire de j'aie le bonheur d'arriver enlina vous, Jesus-Christ,
votre satisfaction, le venerable mystere de votre mon Dieu et mon Seigneur, qui vivez avec le Pere
corps et de votre sang qui est olTert tous les jours et le Saint-Esprit, etc.
2. Fac mc, qnaeso, Domine, assueta mala relinquere,
et qua? tibi placent pcragere ; et sludium, quod hue
usque in peccalis exercui, le adjuvante, deinccps in tua
volunlate da ut exerceam : ul ubi abundavit deliclum,
tua gratia reabundet. Rogo te propler temet ipsum, et
per amorem piissimse malris tua; gloriosae Virginia
Maria-, et per interceesionem omnium sanctorum tuo-
rum, atque electarum tuarum, ignopce omnibus peccatis,
negligcnliis et ignnraotiis meis, et ne perdas me cum
omnibus iniquitalibus meis, nequc in flnem iratus re-
serves mala mea. Recordare, Dumine Jesu, quia tuum
non est perdere quidquam corum qua1 Pater tuus dedit
tibi; quin tibi proprium esl misereri semper el parcere,
neminem perdere, sed salvare. Nam Pater tuus misit te
in mundum, nun ul judices mundum, sed ul vitam
haheamus per te ; ut sis propitialio noslra, et advocatus
nosier, non contra nos. Quod euim nos debuimus, tu
solvisli; quod nos peccavimus, tu luisti; quod nos
negleximus, tu supples ti.
3. Proliciat ergo nunc, Domine, et in extremis meis,
pleoaria, imo superflua rtatisfactio, amarissima mors tua,
el prelium i le fusi singuinistui, commemoratio
satisfiictionis tua?, venerabile mystciium corporis et
sanguinis lui, quod tibi quotidie offertur in ecclesia pro
salute fidelium servorum tuorum ; in quo es tu ipse
sacerdos et sacrjficium ; Hie qui olTert pariter et cui
offertur, et lioc ipsum quod offertur ; ad promerendam
in prssenti graliam, quam non mereor; ad otinendam
in Futurum requiem el gloriam, quam tua amarissima
mors impelravit. Imperrectum meum, Domine Jesu,
oculi lui viderunt : sed tu pie, misericora et prastabilis
super malitia, ne qnaeso imputes mi hi ad a>ternum
supplicium, qui omnia ad summum et perfeclum bonum
oplime, et perfectissime, et sapientissime praeordinasti,
et ne permittas me deleri de libra vitaa; sed oiler mihi
portionem, quae me contingil, in subsidium tuae videli-
cet prctiosie passionis, pro qua voluisti hominem habere
tibi cohaeredem in terra viventium.
4. Te igilur, Domine, movcat et inclinct ad miseri-
cordiam humana; fragilitatis consideratio, qui nosti quae
sit hominis substantia, el quod non vane constituent
hominem super terram : et conserva me opus tua> pie-
tafls, ne incassum circa ipsum laboraveris, neve infruc-
tuosa sit in me immaculati cruoris tui effusio. Tu qui es
purificationem faciens peccatorum, prsesla, utemundalis
per te peccatorum sordibus, illustrataque mentis facie
its te, teque agnoscens in directione jugiter ad
te tendam, ut felici tandem exitu ad te merearpervcuire,
Jcsu-Christe Deus mens et Dominus meus, qui cum
Patre el Spiritu-Sancto vivis, etc.
OFFICE DE SAINT VICTOR
CONFESSEUR
COMPOSE PAR SAINT BERNARD, A LA DEMANDE DE GUY, ABBE DE MONTIER-RAMET.
Antiennes des I"3 Vtpres.
1. Ame victorieuse qui, semblable a l'oiseau dans
la fete
de saint
Victor.
V la lettre
CCCXCVIII.
et ks deux SOn vol, avez eckappeaux lilets des chasseurs, failes
sermon pour ,
que par votre protection nous y echappums aussi.
2. 6 ,-oldat emerite qui etes entre apres le combat
dans le repus que vous avez nierite, jetez uti regard
sur nous qui celebrons vos louanges au milieu des
glaives des ennemis.
3. 6 Jesus vainqueur, vous qui avez vaincu dans
notre Victor, faites qu'au sein de la gloire dont il
jouit en nous, il ne nous oublie point.
Capitule.
Saint Victor a ete aime de Dieu et des hotnmes,
sa metnoire est en benediction, le Seigneur lui a
donne une gloire egale a celle des Saints (Eccli,
xlv, 1).
r. 0 vrai Victor, vous qui depuis que vous vivez,
c'est-a-dire depuis le sein ineme de votre mere,
jusqu'au tonibeau, n'avez cesse de vaincre, et de
meriter de nouveaux triomphes , obtenez-nous
d'etre armes de vos armes couime nous nous sen-
tons animes par vos victoires.
y. Obtenez-nous de pouvoir resister au mauvais
jour de la tentation. et demeurer ferines et irre-
procbables en tout (Epk. vi, 13 ).
Hymne ».
La vie de saint Victor, reraplie de merveilles, nous
offre sur la terre un hoinme qui n'a rien de la
terre, cornme un nioJele a imiler descendu du
ciel.
C'est le Christ, non pas lui, qui a vecu en lui ; cet
homme celeste a ete un miroir de vie pour les
morts de ce motlde, et demande des imitateurs.
C'est en professant une vie des plus saintes que
Victor s'est fait modele de saintete, il a conserve
enlier et sins corruption tout l'eclatde l'honnetete.
Aussi lui a-l-il ete donne de jouir souvent de la
vision de Dial, il a vu les cieux s'ouvrir a ses
yeux ; la vue du ciel exige un regard pur.
Gloire a la souveraine Trinite qui est Dieu, la
gloire des personnes divines est une et triple, elle
est tout entiere pour chacune et indivise entre les
a- — Se rappeler les paroles de saint Bernard daos sa lettre
cccicvhi, n. 3, ou il dit que dans les liymms de cet office, il a
sacrifie la mesure an sens.
OFFICIUM DE S. VJCTORE CONFESSORE.
Antiphonce super Psalmos.
Victrix anima, qua? sicut passer transvolans, laqueos
venantium evasisti; da ut tuo ab his patrocinio
eruamur.
0 miles emerite, qui debitam post certamen requiem
accepisti, rcspice in nos, qui et inter hostiles gladios
tuis laudibus occupamur.
0 Victor Jesu, quern in nostra Victore vicisse co-
gnoscimus, da ei sic sibi in te,gloriari, ut non subeat
oblivio nostri.
Capitulum.
Dilectus a Deo et hominibus sanctus Victor, cujns
memoria in benedictione est, similem ilium fecit in glo-
ria sanctorum.
$. Prolixum. 0 vere Victor, qui ex quo vi.xisti, vicisti
ab utero usque ad tumulum , continuos promerendo
triumphos : Da nobis ut sicut tuis animamur Victoriis,
muniamur ct arm is.
y. Ut possimus resistere in die malo et in omaibus
perfecti stare. Da nobis.
Hymnus.
Vita Victoris meritis prseclara, hominera terris, qui
non sit de terra, velut e ccelo datum reprssentat ad
imitandum.
Cbristua in illo vixit, et non ipse, speculum vita?
mortuis de mundo, homo cnelestis prsbuit scipsum,
similes quKrcns.
Aliquid quoque sanctius profcssus, exstitit Victor
forma sanctitatis, integrum servans atque incorruptum
decns honcsti.
Unde et vidit visiones Dei, vidit et ccelos ape-
riri sibi. Nempe pudicos visio coelestis queerit as-
pectus.
122
QEUVRES DE SAINT RERNARD.
mouvements de sa chair et menait dans son corps
la vie <ic? anges, entendit dans sa chair niortellc les
douces voix des anges.
Voila comment il fallait que celui qui avait ete
design^ pour etre an vase d'honneur, vecut dans
la s.untete : sa saintete avait commence des le ven-
tre de sa mere.
En effet, les demons, en voyant sa mere grosse
de lui, ne peuvent supporter sou approche ; ils
s'enfuient epouvantes, ils lui donuent son vrai
uom, et le proclament saint, des le sein de sa
mere.
Cependant, bien que des l'enfance il en fut
ainsi pour lui, il n'en ruene pas une vie plus exem-
te de crainte pour cela, il aspire a la gloire, et il
s'en amasse un tresor que grossissent sans cesse de
nombreux interets.
Gloire a la souveraine Trinite.
Antiennes du premier nocturne.
1. Heureux l'homme qui a aime la loi et qui n'a
point aspire aux honneurs.
2. II a servi le Seigneur dans la crainte, etmain-
tenant e'est sans crainte qu'il triomphe en lui.
3. Seigneur, il a marche a la lumiere de votre
face, et maintenant cette lumiere a imprime son
cachet sur sa face.
U- Seigneur, Victor a bu vos paroles par les
oreilles et par le cceur, et, par elles, il a vaincu.
5 . La louange qui s'exhalait des levres de Victor
etait parfaite, parce que la paix qui regnait dans
son coeur etait continuelle.
6. 11 avait mis sa confiance dans le Seigneur,
C'etait justice que cet homme qui reprimait les aussi, est-ce en vain que ceux qui decochent en
trois, car les trois personnes ne font qu'une seule
et meme chose.
Antienne de Magnificat.
0 Victor, la force de votre Seigneur est grande
et sa bonte ne I'est pas moins. Puisse-t-il par vous
se montrer aussi propice pour notre salut, qu'il
s'est montre magnifiq>ie dans la force qu'il vous a
donnee ! 0 Victor, louez le Seigneur qui a fait de
grandes choses |iour vous, qui vous a fait grand,
atin que vous lissiez des merveilles qui vous ren-
disse.nl merveilleux. 11 vous a donne l'occasion de
combattre pour vous donner le moyen de vaincre
et pour vous couronner apres la victoire.
Collecte.
Seigneur, exaucez, s'il vous plait, les prieres que
nous vous adressons en vous suppliant, et faites
a ceux qui se felicitent de posseder au milieu deux
le corps de saint Victor, la grace d'etre proteges de
tous cotes par son intercession, par Jesus notre
Seigneur, etc.
A MATINES.
Invitatoire .
Confiance, Victor a vaincu le monde :
Rejouisssons-nous dans la victoire pour vaincre
a notre tour.
Hymne.
Gloria summje Trinitati Deo, gloria trina una per-
sonarum, tola cujusque non divisa trium, tres enim
unum.
Ad Magnif. Antiphona. Magna est virtus Domini tui
Victor, nee minor pietas : et utinam per te nobis lam
sit propitius ad salutem, quam tibi magnificus exstitit ad
virtutem ! Magnifies Victor Dominum, qui magna fecit
tibi, magnum te faciens, ut faceres mirabilia, in quibus
mirabilis lieres : dedit certare, ut vincere daret, et Yic-
torem coronaret.
Collecta. Exaudi Domine quaesumus tibi supplican-
tium preccs : ut quos corporali beati conTessoris tui
Victoris fecisti praescntia gloriari, concedns ejusbeuigna
intercessione undique prasmuiiiri. Per Dominum
Jesum, etc.
Ad Maiutinum.
Invitat. Confidite, Victor vicit mundum : Gaudeamus
in ejus victoria, ut vincamus.
Hymnus.
Merito dulces angelorum voces corpore gravi anriic-
bat homo, Carneos luxus pcrimens, in carne angelum
\ivens.
Sic oportebat ut jam designatum Vas in honorem
sanctius maneret, Sanctitas cujus dedicata fuit Matris
in alvo.
Denique came gravidam cernentesMatremnon ferunt,
fugitant paventes, indicant nomen, confitentur sanctum
Utero clausum.
Neque tenello huic tarn mature Vita secura, glo-
riaj invidit, Et quidem magis cumulavit earn Foenore
multo.
Gloria summas Trinitati.
In prima Nocturno antiphona;.
Bealus vir, qui legem dilexit, in catbedram non af-
fectavit.
Servivit Domino in timore, et jam sine tremore ex-
sultat ci.
Domine in lumine vultus lui ambulavit, et nunc sig-
natum est super eum.
Verba tua, Domine, Victor auribus et corde percepit
ac per ea vicit.
In ere Victoris perfecta laus, quia in corde ejus per-
petua pax.
Cot.tidenti in Domino frustra insidiati sunt, qui sagit-
tant in obscuro rectos corde.
OFFICE DE SAINT VICTOR.
123
secret leur fleche contre les hommes aucoeur droit,
lui ont tendu des embuches.
I Lecon.
La vie et la gloire de Victor, etc. Comrne
plus hunt, parmi les sermons pour les saints, au 26
fevrier.
^. 0 hommc d'une saintele remnrquable ! il a
ete saint avant meme d'etre ne, et Victor de fait,
avant de l'etre de nom ; il etait encore dans le
ventre de sa mere, et deja il etait victorieux de
l'ennemi.
y. Seigneur, vous l'avez prevenu de benedictions
(Psal. xx, U), en sorte que, etc.
II Lecon.
Ayons, mes tres-cbers freres, dans la vie de
saint Victor, etc., comme ilest dit plus haul, a I'en-
droit cite.
IV. Lecon.
Si done, mes tres-reverends freres, je con-
sidere avec soin, etc. Voir la suite a I'endroil in-
diqui.
$. 0 bon Jesus, e'est votre force, e'est voire vic-
toire, qu'im tout petit agneau ait mis en fuile uiie
troupe de loups.
y. Avant que l'enfant silt nommer son pere et
sa mere.
Des loups, etc.
Anliennes du second nocturne,
1. Le malin a ete reduit a neanten sa presence,
pour que son nom fut une verite.
2. Seigneur, Victor se rejouira dans votre force,
car il sait que ce n'est pas par sa iorce a lui qu'il
a remporte la victoire.
3. Ce n'est pas en vain qu'il a recu son ame, lui
itj. 0 merveille aussi douce qu'inouie ! Le lion qvu s-est servi de la raison pour gouverner sa vie ;
rugissant fuit a I'aspect d'un petit enfant qui ne
pent pas meme encore vagir.
y. Comme la cire fond au feu, que les pecheurs
perissent ainsi, devant la face, etc. (Psal. i.xvu, 2).
Ill Lecon.
Mangeons, mes chers amis, nous sommes convies
a la table d'un ricne, etc. Comme plus haul, a I'en-
droit cite.
$j. 0 heureuse mere ! Son sein a senti quelque
cbose de nouveau que n'avait jamais eprouve le
sein d'une mere depnis les jours de Jean-Bapliste,
il n'en a pas ete trouve de pareil a lui.
y. Depuis les jours, etc.
et e'est pour cela qu'il est mont6 sur la moutagne
du Seigneur.
h. Seigneur, vous avez arrache l'ame de votre
saint a la crainte de l'ennemi. 11 a remporte la
victoire, et maintenant il n'a plus de combat a
livrer.
5. A vous les hymnes de gloire, a vous les lou-
anges, car e'est votre ffluvre si noire Victor,
degage des liens du corps a delie un bomme de
ses liens.
C. 11 est bon de rendre gloire au Seigneur ; les
recompenses des saints sont ses merites, et saint
Victor confesse que e'est a lui qu'il doit d'etre saint
et victorieux.
Lectio I.
Victoris vita et gloria, etc. Vide supra inter Serm.
de SS. ad diem 26 Febr.
i). 0 virum praeciptiae sanctitatis, qui ante sanctus
quam natus, ante Victor opere, quam nomine fuit,
ita ut clausus in utero, jam de liostc triumpharet.
y. Domine praeveniati eum in benedictionibus dulce-
dinis. Ita ut, etc.
Lectio II.
Habeamus dilectissimi in vita Victoris, etc. Vide su-
pra loco cit.
^. 0 jucundum et inusitattim miraculum ! Leo ru-
giens fugit a facia parvuli, necdnm vagientis.
y. Sicut fluit cera a facie ignis; sic pareant peccato-
res. A facie, etc.
Lectio III.
Epulemur dilectissimi, vocati ad mensam divitis, etc.
Vide supra loco cit.
^.0 felix mater, cujus uterus sensit novitatem ,
nulli matrum compertam a diebus Joannis Bap-
tistas.
y. Non eet inventus similis illi. A diebus, etc.
Lectio IV.
Si diligenter itaque, fratres reverendissimi, conside-
ro, etc. Vide supra loco cit.
Bj. 0 Jesu bone, tua est virtus tua victoria, quod
agniculus unus luporum multitudinem exturbavit.
y. Antequam sciret puer vocare patrem aut matrem.
Luporum, etc.
In secundo Nocturno antiphonee.
Ad nihilum deductus est in conspectu ejus malignus,
ut sui nominis servaret veri'atem.
Domine in virtule tua hBtabilur Victor, sciens non
in sua virtule fecisse vicloriam.
Non accepit in vano animam suam, qui de ra-
tione rcxit vitam suam, et ideo ascendit in montem
Domini.
A timore inimici eripuisti Domine animam sancli, cui
peracta victoria non reslat pugna.
To decet hymnus, te decel laus, cujus opus fuit,
ut carne solutus Victor noster hominem solveret ca-
tenalum.
Bonum est confiteri Domino, cujus munera sanctorum
merita, cui sanctus Victor, et quod sanctus est, et quod
victor est, debere se confitetur.
124
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
V Lecon.
Rejouissez-vous dans lo Seigneur, mes tri-s-
chers, vous qui, etc., comme il est indigrui plus
ha\it
ii. Un jour que le roi des Francois passait non
loin tie l'endroit oil habitail un ermite, il fat
6merveille de ce qu'on lui rapports de cet
homme.
> . Que de grandes ehoses nous avons connues et
entendues, et que nos peres nous out racontees
(Psul. i.xxvu, 3).
Sur ces ehoses, etc.
,VI Lecon.
Le soldat emcrite s'arrele, et, apres ses fatigues,
etc., voir plus liaul a l'endroit cite.
r,. Deja l'indiscrete renonunee avait train le
secret de ee tresor, et ce qu'elle publiait ne put
echapper au roi qui passait par la, et il se de-
tourna done de la route pour s'approcher de la
hulle du pauvre, sur le bru.t de sa saintete.
y . Pour coutempler les auvres du Seigneur et
ses merveilles au desert.
Excite, etc.
VII Lecon.
Mes freres, l'eteudue du ciel dilate les cceurs
bien loin de les resserrer, etc., voir a l'endroit in-
diguc plus Iviut.
R,. Le roi entra dans la hutte du pauvre; son
bote inquiet de n'avoir pas de vin a lui olirir, va
puiser de l'eau a la spurce voisine, la benit et la
change en vin : le roi en but ainsi que toute sa
suite.
y. Tons furent dans l'adtniration et dans l'extase,
en voyunt ce qui etait arrive.
11 but, etc.
VIII Lecon.
Petit pour le combat, grand dejkpourlavictoire,
etc. Comme il est Hi plus haul.
ft. Quel nouveau genre de puissance! L'eau des
urnes rougit , et quand on la fait couler, elle a
change de nature.
V . C'est la droite du Seigneur qui a opere cette
merveille.
Le vin, etc.
Anlienne du III nocturne.
Combien il est pieux, doux et suave, 6 Victor, de
chanter votre gloire,de vous honorer d'un culte
particulier , et de vous adresser des voeux ,
dans ces lieux d'afflietions et dans ce corps de
rnort !
Sj. Un homme ne craignit point de maltrai-
ter le sunt, de lui derober son ble, qu'il alia cacher
dans la terre ; mais le nialheureux est livre au rua-
lin esjuit.
y. Maudit est celui qui cache son ble dans le
peuple. II est livre.
Bj. Miracle aussi triste que juste, que celui qui
avait cede aux suggestions du diable fut puui de
sa faute par le diable.
y. Vous etes juste, Seigneur, et votre jugement
est la justice mime.
Lectio V.
Gaudete in Domino dilectissimi, qui, etc. Vide supra
loco eit.
r]. Dum transiret rex Francorum, ct veniret secus
ubi habilab.it ereraila, admiratus est super bis quee di-
cebnntur de viro hoc.
y. Quanta audivimus et cognovimus ea , et patres
aostri narraverunt nobis. Super bis, etc.
Lectio VI.
Pausat miles emeritus, et post labores, etc. Vide supra
loco cit.
ij. Jam thesaurum absconditum fama delatrix prodi-
deral, et non potuit praeterirc regem prajtereunlem, sed
divertit ad tugurium pauperis, excitus fama sancti-
tatis.
y. Utvideret opera Domini ct mirabilia ejus indeserto.
Excitus, etc.
Lectio VII.
Fratres, latitudo cceli dilatat corda, non arctat, etc.
Vide supra loco sit.
R. Ingresso rege pauperis cellam, sollicitus hospes
quod vinum non haberet, haustam de proximo fonte
aquam benedicens convertit in vinum, et bibit rex, c
qui cum eo erant.
y. Repleli sunt omnes stupore et ecstasi in eo quod
contigerat illis. Et bibit, etc.
Lectio VIII.
Parvus ad pugnam, magnus ad victoriam, etc. Vide
supra loco eit.
Hi. Novum genus potentiae I aquae rubescunt hydria;,
vinum jussa fundere mulavit unda originem.
y. Dextera Domini fecit virtutem. Vinum, etc.
In tertio noclurno anliplionce.
Quam pium, quam dulce, quam suave, o Victor, in
hoc loco afflictionis, et in hoc corpure mortis te canere,
te rolerc, to precari.
Hj. Homo quidam non Veritas malignari in sanctum,
furatus est triticum ejus, et abscondit in terrain, et ecce
miser Iradilur maligno spiritui.
y. Maledictus homo qui abscondit frumenta in popu-
lis. Traditur.
i). Triste miraculum, sed jiistitiae plenum. Ut qucm
suggestorem, ipsum et ultorem sceleris liomo dsemonem
pateretur.
OFFICE DE SAINT VICTOR.
125
En sorte que celui que, etc.
0). I.es mysteres d'iniquite se revelent. Le diable
pousse l'homme, et 1'homme traliit le diable. Victor
place entre l'un et l'autre, Ies juge tous les deux ;
il met le diable en fuite et rendlasante a l'homme,
et recouvre en meme temps sun ble, dont levoleur
meme lui apprend la cachette.
y. C'est la sagesse qui lui est venue en aide con-
Ire ceuxqui voulaientle surprendre parleurstroni-
peries et qui l'a fait deveuir riche (Sap. x,
II).
Pendant qu'elle cbasse le demon, etc.
^. Victor leve les yeux , voit les cieux ouverts,
apercoit une croix d'or converte de perles , et il
entend une voix qui lui disait : les perles, ce
sont les ames qui ont acquis la gloire de la
croix;
Dont elles ont porte l'ignominie.
y. Qu" Israel se rejouisse dans celui qui l'a fait,
et que les lilies de Sion se laissent aller a l'alle-
gresse dans leur roi.
11...
Antietuies de laudes.
1. Victor sur la terre par son corps, dans les
cieux par son auie , entendait les anges dans des
chants pleins de douceur, tantot lui amioncer
quelque chose, tantot faire retentir d'inetfables
concerts.
2. Dans les cieux ou il est entre maintenant,
mais qu'il avait naguere contemples tout ouverts
de ses propres yeux, il voit maintenant en realite et
sans voile, la gloire de Dieu.
3. Heureuse vision, que celle oil Victor se voit
y. Justus es Domine, et rectum judicium tuum. Ut
quern, etc.
Hj. Revelantur iniquitatis mysleria : daemon hominem
cogit, homo daemonem prodit. Viclor medius diju-
dicat inter illos : dum daemonem fugat, et homi-
nem sanat, frumentum prodente ipsa malignitate rccu-
perat.
y. In fraude rireumvenientium afTuit illi, et honestum
fecit ilium. Dum daemonem, etc.
ij. Susripiens Victor, vidit eoelos apertos, et crucem
auream gemmis ornatam, et vox ad eum : Gemma? sunt
animae, cruris gluriam asseculae, * Cujus ignominiam
portaverunt.
y. Lstetur Israel in eo qui fecit eum, et fdiae Sion
exsultcnt in rege suo : Cujus.
Ad laudes, Aafi'ph.
Corpore terras, mente eoelos Victor inhabifans,
aliquando aliquid nuntiantes , aliquando inefTa-
bili cantus suavitate. plausibiles voces angelicas
audiebat.
Jam eoelos ingrcssus, quos et ante oculis apertis
suspiciebat, vere nunc revelata facie speculatur gloriam
Dei.
transforme en ce qu'il contemple , de clarte
en clarte comme au souffle de l'esprit du Sei-
gneur.
h. Oui, 6 Victor, votre ame est veritablement une de
ces perles qui vous ont apparu sur la croix ; car
elle est veritablement attachee a la croix, mainte-
nant que enchassee dans la gloire , elle est toute
penetree de 1 eclat dans lequel elle se trouve.
5. Pere tout-puissant, nous avons peche 'ontre
vous, nous sommes devenus desenfantsdenatures :
Mais nous nous sommes rapprocb.es de vous dans
notre cher Victor, qui apres avoir vaincu la cupi-
dite en lui, vainera votre courroux, et nous reta-
blira par sa puissance dans votre grace.
^. Filles de Jerusalem, c'est une axne sainte qui
s'envole : Sortez a sa rencontre.
v. r,ar elle vient avec des transports de joie, sor-
tez, etc.
Hynme.
Le \in coule d'une source, non de la vigne, c'est
du vin qui ruisselle sous la main qui le henit, en
guise de pressoir.
Soudain l'eau prend tin gout nouveau pour elle,
elle se voit contra into a un usage egalement nou-
veau ; car an grand etonnement du roi, elle se
change en breuvage de roi, la oil on necroyait point
en trouver de pareil.
Tourmente par le demon, un homme devoile ses
fautes, le malheureux confesse son larcin , malgre
qu'il en ait. Le bourreau qui le torture est chasse k
son tour, quand le voleur s'est fait connaitre,
et il est torture lui-meme a son tour.
Ce sont autant de preuves ajoutees aux autres des
Beata visio ! qua in eamdem imaginem Victor trans-
formaris de claritate in clarilatem, tanquam a Domini
spiritu.
Vere anima tua, Victor, una ex gemmis quae tibi in
cruce apparucrunt, vere inlixa cruci, cum dhinae inserta
gloria?., eamdem sibi induit claritatis imaginem, quam
invemt.
Omnipotens Pater, peccavimus tibi, facli filii alieni :
sed appropiavimus in Victore nostra, qui cum vicerit
cupiditatem suam, vincat et iram tuam, nos quoque in
gratia potenler reslituat.
^. Filiae Jerusalem, sancla anima migrat : Exite
obvlam ei.
y. Veniens venit cum exsultatione. Exite, etc.
Hymnus.
Vina de fonte non de vite manant , musta pro
rivis colorata fluunt, benedicenlis manu bene usa pro
torculaii.
Subito sapor subviens novellus, in novos usus latices
coegit , rege mirante , ubi non putabat regium
potum.
Daemone tortus publicat se homo, furta fatetur miser
126
OEUVRES DE S.VINT RERNARD.
prerogatives de Victor, elles ne sotit point pe-
tites, oar il a etc prevenu ilu Saint-Esprit.
Gloire a la souveraiae Trinite, qui est Dieu,
etc.
Anticnne de Benedictus.
Heureuse la race qui a vu la lumiere se lever Jans
les tenebres. Victor, eclairez de vos rayons ceui
qui etaieut places dans les tenebres et assis al'oin-
bre de la ruort.
Autre antienne de Benedictus.
rayon de miel, aux lcvres des captifs. Allons, eou-
ragcux athlete, douz patron, avocat fidele, levez-
vous pour venir a notre secours, et vous vous glo-
ritierez d'une victoire complete.
A Scxte.
Celui qui avait anime Victor de son esprit dans
la lutte, lui ouvrit son sein apres la victoire. Et
vous, 6 mon Dieu, vous qui £tes partout, inspirez-
lui, dans ce sejour, de penser aux nialbeureux
mortels : recevez sa priere , Seigneur Dieu ,
exaucez ses vceux pour des malkeureux.
Beni soit le Seigneur Dieu de Victor qui 1'a place
au milieu de nous et l'a elevfi parmi nous, comme
une corne de salut. puis nous l'a enleve pour le
placer avec les princes, aim d'avoir parmi les
homines un motif de pardonner les peches des hom-
ines.
^. Voiei le jour de sa fete, c'est un jour de joie la defende a votre redoutable jugement.
pour ceux de sa race.
^ Livrons-nous a la joie et a l'allegresse en ce
jour.
Antienne de Prime.
A None.
Victor est absorbe dans la gloire du Fils de
Dieu. Inspirez-lui sans cesse de se souvenir de
nous, qu'il prenne notre cause en main et qu'il
Aux secondes Vepres.
Aujourd'hui, Victor a quitte son corps, le seul
obstacle qui semblait l'empecber d'entrer dans le
ciel. 11 etait riche en merites, fameux par ses mi-
racles, une fois libre, son ame est entree dans le
Saint des saints, et il est devenu semblable aux
saints dans la gloire.
A Tierce.
Votre nom et votre memoire, 6 Victor, sont un
1. Saint Victor, qui pourra dignement celebrer
vos louanges, dire votre eclatante purete , la force
de votre ame , la saintete de votre cons-
cience ?
2. Saint Victor, qui nous fera la grace que la
droiture de votre vie s'imprime dans nos ames avec
le souvenir de l'abondance de votre douceur?
3. Saint Viclor, envoyez-nous du secours du
Saint des saints, et, de Sion, protegez-nous, nous
qui sur la terre celebrons vos louanges.
h. Saint Victor, plus votre victoire et votre
vel invitus. Pellitur tortor fure deprehenso, tortus et
ipse.
Haec satis probant aliaque multa prierogativam gloria?
Vicloris; nee minoratam, quo prsventus fuit Spiritu
bono.
Gloria summae trinitati Deo, etc.
Ad liened. Antiph. Felix generatio, cui exortum est
lumen in tenebris. Victor, illuminare bis qui in tenebris,
et in umbra mortis sedebant.
Alia. Benediclus Dominus Deus Victoris , qui
ipsum in medio statuens , coi-nu salulis erexil nobis,
et rursum de medio tullens cum priucipibus colloca-
vit, ut habeat ex horuinibus, cui bominum peceata
donet.
y. H<ec dies tantae solemnjtatis ejus, haec dies Uetitiae
gentis ejus. ^. Exsultemus et laetemur in ea.
Ad Primam, antiph.
Hodie posito corpore Victor, quo solo praepediri ab
intruitu glorias videbatur, dives mentis, signis clarus,
expeditus penelravit in sancta, similis factus in gloria
sanctorum.
Ad Tertiam.
Nomen tcum et memoriale tuum, Victor, favus dis-
Lillans in labiis captivorum. Eia ergo, fortis atbleta, dul-
cis patrone, advocate (idelis, exsurge In adjutorium
nobis, ut de plena Victoria glorieris.
Ad Sextam.
Vincenti expandit gremium suum, qui pngnanti dede-
rat spiritum suum. Jbi, ibi, tu qui ubique es, cogitare
de miscris inspira ei Deus, supplicantem pro miseris
suscipe eum Deus, exorantem pro miseris exaudi cum
Deus.
Ad Nonam.
Absorptusest Victor in gloria Filii Dei : immitte ei
nostri semper memorem fieri ; nostram in tuo tremendo
judicio suscipere et agere causam.
Ad II. Vesperas.
Sancte Victor, quis digne explicet laudes tuas, casti-
moniae decus, animi virtulem, conscientia! puritatem?
Sancte Viclor, quis del nobis, ut cum memoria abun-
dantly suavilatis tuae insideat nobis forma rcctitudinis
vitae tua;?
Sancte Victor, mille nobis auxilium de sancto, et de
Sion tuere nos, qui de terra te laudamus.
Sancte Victor sanctitas tua, victoria tua, quo nobis
salubrior, co tibi gloriosior invenitur.
OFFICE DE SAINT VICTOR. 127
saintete nous sont salutaires, plus aussi elles vous elevee au dessus des cieux, que votre munificence
sont glorieuses. n'oublie pas pour cela les pauvres qu'elle a laisses
.y Voici Victor qui s'approche plein de gloire, sur la terre.
apportez-lui bien vite une couronne.
b). Deja il entre dans la gloire de son Seigneur.
Antienne de Magnificat.
Grand saint Victor, si votre magnificence est
FIN DU TOME IU DE MAB1LLON.
t. Ecce appropinquat Victor gloriosus, cito proferte Ad Magnif. Antiph. O magnifice Victor, etsi elevata
coronam. est magnificentia tua super ccelos, sed non terra? inopes
^. Jam intrat in gaudium Domini sui. tua jugis munilicentia dereliaquat.
PREFACE DE MABILLON
POUR LE TOME IV DE SON EDITION
DES (EUVRES DE SAINT BERNARD.
Excellence
des
sermoni de J. Si toutes les ceuvres de saint Bernard sont remplies du sue d'une piete solide et d'une occasion d«
Saint . l . i.i . ,., 1« composer.
Bernard sur science protonde, il v en a deux, dans le nonibre, qui se recommandent plus partieuliere-
le cantique % * . ' J . i- i 1 H -j< ■
des ment a 1 attention de tousles lecteurs, ce sont ses cinq livres de la Consideration etses ser-
mons sur le Cantique des cantiques. Les premiers off rent, en effet, sous une forme aussi ele-
gante que concise, tout ce qui se lit de plus saint dans les livres sacres et dans les actes des
conciles, lout ce qu'il y a de plus salutaire dans les ecrits des anciens peres et dans les
decrels des pontifes sur le gouvernement de 1'Eglise. Quant aux sermons, ils renferment
tout ce que notre saint Docteur a mis dans le reste de ses ouvrages de plus propre a former
les moeurs et a exciter la piete, ainsi que tout ce qu'il a ecrit sur les vices, sur les vertus et
sur la vie spirituelle. Tout cela se trouve de nouveau dans ces sermons; mais avec encore
plus de solidite et d'elevation, il y degage les sens mystiques et allegoriques des textes sacres
de leurs voiles et de leurs ombres, il y expose au grand jour tous les secrets de la perfection
d'une maniere non moins agreable et utile que sublime. Aussi peut-on dire que ces ser-
mons sont une source de cbastes delices pour les aines pieuses. Nous n'besitons point a
dire qu'ils sont ecrits d'une maniere aussi agreable qu'utile. Car telle est, dit saint Bernard
lui-meme dans le sixieme de ses sermons divers, n. 1), « la condition aussi miserable
qu'admirable di>s ames bumaines que, bien que par la vivacile de leur genie, elles soient
capables de percevoir tant de cboses au dehors, elles ont pourtant besoin de figures cor-
porelles et d'enigmes pour parvenir, de la connaissance des cboses visibles etexterieures, a
conjecluier un peu ce que sont les cboses invisibles. » Or e'est a quoi saint Bernard reussit
Temps oh iis admirablement dans ses sermons.
ont ele
pron™ces,ce H. Saint Bernard a commence cette ceuvre importante apres son retour d'Aquitaine en
d0°°*n^int 1135, comme onle voit par le second livre de sa vie, chapitre vi, ou Ernald s'exprime
sermons.
128 PREFACE DE MABILLON.
occasion de ainsi : « L'homme de Dieu, apres quelques jours de repos, s'occupa d'autres affaires, et,
ie» composer, pgjj^ ()ans une petite cabane faite des rinceaux de pois, il vaquaseul a la meditation et a la
peQseede Dieu. Mais voila que, lout a coup, sou humble relraite, comme une autre etable du
Seigneur, retentit de chants d'ainour, et se reuiplit defestinsde noces... Pendant long-
temps il repandit son ame dans ces meditations. 11 fitde nombreux commentaires sur ce
sujet, et chacun peut voir bien clairement en les lisant, car il a reropli des corbeilles d'e-
critures, des restes de ces repas delicieux, quels progres il faisait a celte table oil il s'as-
seyait tousles jours et quels profits nous en lirions nous-memes. »(Jeoffroys'exprime en
ces termes eu livre in, chapitre vu de sa Vie de saint Bernard : « dans les sermons sur le
Cantique des cantiques, il se tnontre aussi magnifique iuvestigateur du sens mystique que
reinarquable edificateurdu sens moral. »
On voit a l'exorde du deuxieme de ses sermons que cette ceuvre importante a ele enm-
mencee pendant I'Avent du cette meme an nee 1135. II s'exprime, en effet, ainsi : « 11 y en
a plusieurs a la verite qui se rejouirontau jour de cette naissauce que nous allons bienldt
celebrer. »
a ia pritn 111. Ce fut sur les instances du ehartreux Bernard Desportes que saint Bernard entreprit
«»iodteBcr"ard «a serie de ses sermons, comme on le voit par la rent cinquante-troisieme lettre de notre
* 'cei1086 Saint; en effet, apres avoir dit a son ami que s'il s'elait refuse si long temps a repondre a
ses ardents desirs, en lui envoyant quelque ecrit spirituel de sa main, c'est parceqn'il se
sen (ait au dessous de rette. lacbe, il tinit par lui annoncer qn'il cede a ses instances.
Faut-il entendre seulement par-la qu'il se met a 1' ceuvre, ou bien veut-il parler de la
publication et de l'envoide son ceuvre deja comruencee ? Les termes de la lettre font pen-
cher vers cette derniere opinion. En effet, voici comment il s'exprime : « Je cede a vos
instances, alin de meltre fin a tous vos doutes ; je mets de cote tout amour propre et ue
veux pas meme penser que je fais une veritable folie. Je donne done a recopier quelques
sermons que je viens de composer sur le commencement du Canti([ue des cantiques, et je
vous les envoie avant meme iju'ils aient paru. J'ai l'intention de continuer ce travail, si
j'en ai le loisir et si Dieu me donne quelque relache [Lettre cliii, n. 2). » De tout cela, il
results seulement que Bernard Desportes avait prie notre Saint de lui composer quelque
ecrit spirituel, el que saint Bernard lui envoya ses premiers sermons sur le Cantique des
cantiques. Je tie sais si c'est acet abbe Bernard quese rapportece passage du premier ser-
mon, n. 3 : « Or, je ne pense pas que l'ami qui nous viendra de dehors ait sujet de mur-
murer contre nous qnand il aura mange ce pain si excellent : » C'est ce que je laisse a d'au-
tres le soin de decider. Quoi qu'il en soit, c'est a Bernard Desportes que les premiers ser-
mons sur le Cantique des cantiques out ele adresses, en meme temps que la lettre cent
cinquante-quatre, ou Ton lit ces mots : « Je. vous envoie, ainsi que. je vous I'avais proiuis,
mes sermons sur les premiers chapitres du Cantique des cantiques; lisez-les, et veuillez me
dire, aussitotque vous le pourrez, si je dois les continuer ou non [Lettre cnv). » Or, on ne
pent entendre ces liunes (pie de 1'annonce et de l' envoi de cet ouvrage.
IV. Quoique saint Bernard eut l'babitude de precher presque tous les jours a ses reli-
gieux de Clairvaux, ilne putcependanl point pendantlesdouze annees qu'il vecut encore,
terminer l'ceuvre qu'il avait enlreprise; il se trouvait sou vent distrait par les affaires de
l'E^lise et par celle de l'Etat, de meme que par le concours importun des visiteurs dont il
se plaint en plusieurs endroits, et particulierement a la fin de son troisieme sermon, ou il
s'expiime ainsi : a Mes freies, il fait bon ici pour nuiis; mais voici que la malice du jour
nous en retire. Car ceux dont on vient de m'annoncer l'arrivee, m'obligent d'interrompre
plutot que de finir un discours si agreable. » Dans le cinquante-deuxieme, il dit encore :
a C'est a peine si les visiteurs qui nous arrivent me laissent le temps de respirer. » Quoi
PREFACE DE MABILLON. 129
qu'il en soit, on ne saurait trop s'etonner que notre saint abbe, distrait cornme il l'etait par
l'administration d'une nombreuse communaute et par le soin d'une multitude d'affaires
vqui reposaientsurlui, aiteu le loisir de mediter des sermons d'une si profonde sagesse et de
les prononcer chaque jour. Car, il nous apprend lui-meme qu'il en agissait ainsi, dans
son vingt-deuxieme sermon n. 2, ou il s'exprime en ces termes : « Ce n'est pas sans peine
que je vais tous les jours puiser dans les ruisseaux, rnerue publics de l'Ecriture pour don-
ner a cbncun selon ses besoins. »
II precbait, en effet, ces sermons les jours de fele, meme quand il s'en trouvait plusieurs
de suite, comme il nous l'apprend dans son sermon quatre-vingt-troisieme, ou il dit qu'il
a depense toutes ses forces pendant trois jours de suite, a expliquer un seul passage du
Cantique des canliques. Or, c'etaitde vive voix qu'il faisait ces explications, nonpointparecrit
seulement. Aussi, vers la fin de son quarante-deuxieme sermon dit-il: « Ma faiblesse, que
vous connaissez tous, ne me permet pas d'aller plus loin. » A la fin de son quarante-qua-
trieme, il dit encore : « En voila assez comme cela, car ma faiblesse me force a ni'arreter,
comme cela n'arrive que trop souvent. » Notre Saint unissait toujours la priere a la medi-
tation pour preparer le sujet de ses sermons ; neanmoins il en prononca plusieurs d'abon-
dance avant de les avoir ecrits, comme on le voit par plusieurs endroits. En effet, on trouve
dans certains endroits de ses sermons, des passages qui sont evidemment improvises ; tel
est, par exemple, l'endroit ou, dans son sermon trente-sixieme, ils'adresse en ces termes a
ceux qui dormaient a ses sermons : « Je pensais pouvoir vous dire dans un seul sermon ce
que je vous avais annonce des deux ignorances ; je l'aurais fait si ce discours ne semblait
deja trop long a ceux qu'il fatigue. Car j'en vois plusieurs qui baillent et quelques uns qui
dorment ; je ne m'en etonne pas d'ailleurs, et la veille de la nuit derniere, qui a ete tres-
longue, fait leur excuse. »
Mais s'il est un passage qui prouve, jusqu'a l'evidence, qu'il se laissait aller quelquefois
dans ses sermons a l'improvisation, c'est bien celui-ci du sermon neuvieme, n. 6. « II me
vient encore dans l'esprit un autre sens auquel je n'avais pas pense, mais que je ne veux
pas passer sous silence. » Ajoutez a celaquenotre Saint nous apprendlui-rnerne que plusieurs
de ses sermons ont ete recueillis par ses disciples, pendant qu'il les prononcait. En effet, il
dit dans son sermon cinquante-quatrieme n. 1 : « On l'a recueilli par ecrit comme les au-
tres sermons, afin de retrouver facilement ce qui aurait peut-etre pu se perdre. » Enfin on
en trouve encore une preuve dans ces mots du soixante-dix-septieme sermon n. 2. « Si
par basard on coucbe par ecrit nos paroles, ils dedaigneront peut-etre bien de les lire. »
E«t aqu9tiVneu ^' Saint Bernard precbait ses sermons sur le Cantique des cantiques dans l'auditoire
heure des freres, et en presence des novices, comme on le voit par le sermon soixante-troisieme,
pnkhait ... . '
■abt Ber- n . 6 ; mais les religieux convers n'assistaient point a ces reunions. II donne souvent a en-
nard. _ u , r . . .
tendre que ses auditeurs sont instruits dans l'Ecriture sainte, et meme dans ses sermons
quinzieme, n. 2 ; seizieme, n. 1, et trente-neuvieme, n. 2, il dit que ses auditeurs devan-
cent, par la pensee, ce qu'il se propose de leur dire. Quant a l'beure ouil precbait, c'etait
tantot le matin avant la messe, comme nous l'avons deja dit plus haut en parlant des autres
sermons, tantot le soir. On voit qu'il precbait quelque fois le matin par deux passages de
ses sermons ou il dit, qu'il met fin a son discours, parce que le travail des mains etla cele-
bration de l'office divin le pressent de terminer. Aussi, vers la fin de son premier sermon,
il s'exprime ainsi : « Mais l'beure a laquelle la pauvrete de notre institut nous recom-
mande de nous livrer au travail des mains se passe. » II est plus explicite encore dans son
quarante-septieme sermon, qu'il se bate de terminer parce que l'heure de l'office divin le
presse. Quant a ses predications de l'apres-midi, on voit qu'il en faisait le soir par ce passage
du soixante et onzieme sermon n. 15 : « Mais pendant que je prolonge cette dispute, le jour
T. iv.' 9
130 PREFACE DE MABII.LON.
baisse. » Mais c'est assez de details minutieux comme cela, bien qu'ils ne soienl pas tout a
fait hors de propos.
iotiwi'rti ^^- Saint Bernard avait termine son vingt-quatrieme sermon en 1 136, lorsqu'il partit
no M37. pour l'ltalie, afin de travailler a l'extinction du schisme qui desolaif alms I'Eglise. II n'en
revint que l'annee suivante, et reprit son oeuvre, un moment interrompue, en repetant son
vingt-quatrieme sermon, dont il changea l'exordeetla peroraison. ("est la ce qui explique
la diversite de lecons que nous signalons en cet endroit. Quant aux soixante-cinquieme et
soixante-sixienie sermons, qui commencent a l'explication de ces mots « prenez-nous des
petits renards, » le Saint le composa coutre les heretiques de Cologne, a l'occasion d'une
lettre que lui avait ecrite Evervin, provost de Stein, et qu'il nous a parubien de placer en
tete de ces deux sermons. Enfin le quatre-vingtieme sermon fut prononce au concile qui
se tint a Reims en 1148, sous la presidence du pape Eugene, et dans lequel fut condamne
Gilbert de la Porree, eveque de Poitiers, ainsi que saint Bernard le rappelle dans son ser-
mon.
lb wnt au VIII. Dans la plupart des manuscrits on ne trouve que quatre-vingt-six sermons, quel-
quat°rc"iDgt- ques-uns en ont quatre-vingt-sept ; mais cela vient de ce que ces derniers ont repete le
vingt-quatrieme sermon, comme l'a fait celui de la Colbertine, ou bien ont fait deux
sermons d'un seul, comme il est arrive au manuscritde saint Germain. Des cinq manuscrits
du Vatican que notre Jean Durand a consultes a ma priere, un a quatre-vingt-six ser-
mons, un autre, portant le n. 665, a une preface qu'on ne voit dans aucun autre manus-
crit ni dans aucune edition. Elle commence ainsi : « Preface du bienheureux Bernard de
Clairvaux au Gantique des cantiques. Le plus grand encouragement que Dieu ait propose
a la vertu, ce sont les delices de la vie future, de nieme que le plus puissant aiguillon de
l'erreur qu'ait invente le diable, c'est la delectation. Le chef du genre bumain, Adam,
nous fournit une preuve de ce que j'avance, puisqu'il a ete place par le Seigneur dans un
paradis de volupte pour y jouir d'une eternelle felicite, afin de provoquer la vertu dans les
siecles futurs. » L'auteur de cette preface continue en disant que la perte de l'innocence par
le peche a ete la perte de la delectation que nous rendent la douceur et l'liarmonie des
Psaumes et du Cantique des cantiques. II n'y a pas un mot dans cette preface qui sente le
style et le genie de saint Bernard. Cette preface est suivie de quatre-vingt-trois sermons
seulement, sous ce litre : « Exposition par le bienbeureux Bernard, abbe de Clairvaux, du
Cantique des cantiques ». Un autre manuscrit porte : « Bernard, sur le Cantique des can-
tiques » ; d'autres : « traite du bienbeureux Bernard, abbe de Clairvaux, sur le Cantique
des cantiques ». Un manuscrit de la Colbertine porte pour titre, « traite » au lieu de ser-
« nions », selon l'ancien usage. Mais toutes ces differences sont de peu d'importance.
L'exposition de saint Bernard se termina au cbapitre troisieme du Cantique des cantiques,
a ce verset : « J'ai cherche dans mon petit lit pendant la nuit», ou Gilbert de l'ile d'Hoy
de l'ordre de Citeaux d'Irlande, commence la continuation qu'il a conduite jusqu'a ce
verset du cinquieme cbapitre ; «mon bien-aime est blanc et rose » , dans quarante-huit
sermons. C'etait un bomme qui le cedait peu a saint Bernard par la gravite et la piete de
son style. La mort le surprit avant qu'il eut conduit plus loin son entreprise, comme si elle
n'eut pu souffrir, si nous en croyons Sixte de Sienne, qu'il se remit une seconde fois a
l'ceuvre pour continuer le travail de saint Bernard, qu'il avait deja interrompu une pre-
miere fois, et qu'il osat meme vouloir le conduire a bonne fin. Sixte est dans l'erreur
quand il dit que saint Bernard commenca cette ceuvre sur la tin de sa vie. Les sermons de
Gilbert sont places au commencement du tome v de cette edition.
IX. Outre cette exposition, saint Bernard en dicta une autre plus courte a Guillaume,
abbe de Saint-Thierry, ainsi que celui-ci l'atteste lui-meme daus le livre I, de la Vie de
PREFACE DE MABILLON. 131
notre Saint, chapitre xu. Mais il vaut mieux n'en parler que dans le tome cinquieme ou
nous nous proposons de rapporter nn commentaire abrege du Cantique des cantiques de
saint Bernard.
X. Dans son premier sermon de la grande exposition, saint Bernard semble faire en-
tendre qu'il a fait d'autres commentaires sur les Paraboles de Salomon et sur l'Ecclesiaste.
Voici, en effet, enquels termes il s'exprimeau n° 2 : « Car, pour l'Ecclesiaste, je crois que,
par la grace de Dieu, vous etes assez instruils dans la connaissance et dans le mepris de la
vanite du monde qui est le sujet dont traite l'Ecclesiaste. Quant aux Proverbes, votre vie
et votre conduite n'est-elle pas reglee et formee sur les enseignements qu'ils contiennent?
C'est pourquoi, apres avoir commence par gouter de ces deux pains qui ne laissent pas
d'etre tires du coffre de l'Ami, approcbez-vous pour gouter du troisieme, pour voir s'il
n'est pas meilleur encore. » Mais ces paroles semblent vouloir dire seulement que les re-
ligieux de Clairvaux s'etaient adonnes a la lecture des Paraboles et de l'Ecclesiaste et
avaient regie leursmoeurs surdes regies tracees dans ces livres. En effet, Geoffroy, qui nous
a laisse un index assez soigne des (Euvresde saint Bernard, ni aucun ancien, que je sache,
n'a jamais attribue de commentaires sur ces livres a saint Bernard. Peut-etre par ce mot,
« d'un ami, » saint Bernard veut-il parler de quelque anteur de son temps, tel que Hu-
gues de Saint-Victor qui a ecrit dix-neuf homelies sur l'Ecclesiaste.
XI. Pour en revenir aux sermons sur le Cantique des cantiques, on peut voir ce qu'en
pensait Guerri, abbe d'Igny, tres-pieux disciple de notreSaint, dans son troisieme sermon
pour le jour de la fete des saints apotres Pierre et Paul, qu'on trouve avec d'autres dansle
tome vi. Voici en quels termes il s'exprime : « Notre maitre,cet interpreleduSaint Esprit,
a entrepris de nous expliquer ce chant nuptial tout entier, et il nous donne lieu d'esperer,
parcequ'ilen a deja explique, que s'il parvient a cet endroit sur lequel vous me question-
nez, « Avant que lejour commence a paraitre etque les ombres se dissipent peu a peu,'il
changera les tenebres memes en lumieres pour l'iutelligence. II nous dira a la lumiere du
jour ce qui a ete ou sera dit dans les tenebres. » Voila en quels termes s'expliquait Guerri.
SERMONS DE SAINT BERNARD,
ABBE DE CLAIRVAUX,
SUR LE GANTIQUE DES CANTIQUES.
SERMON I qu'aux gens du monde, ou an moins il faut vous
les dire d'une autre maniere. Pour eux, si on veut
1. II faut vous dire, mes freres, d'autres choses suivre la forme d'enseignement que l'Apotre a
SERMO PRIMUS. aliter diccnda sunt. Illis siquidem lac potura dnt, et
Don escam, qui apostoli formam tenet in decendo. Nam
I . Vobts, fratres, alia quam aliis de sa;culo, aut certe spiritualibus solidiora apponenda esse, itidem ipse suo
132
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
eombien uli
les sont les
livres
de l'EoclS-
siaslique et
des prover-
bes.
II y a detn
choses mau-
Taises : L'a-
nviur du
monde et
1'igoume.
prescrite (H Cor. in, 2), on ne doit leur douncr
que du lait, non Jo la viande. II nous apprend lui-
meme, par son propre exemple, a presenter nne
nourriture plus solide aux personnes spirituelles
lorsqu'il dit : « Nous ne parlous pas un langage
plein de la science et de la sagesse humaine ; mais
confonne a la doctrine de I'Esprit-Saint, reservant
les choses spirituelles [ioiir eeux qui soni spirituels
(I Cur. ii, 13). Et ailleurs : Nous ne tenons des dis-
cours sublimes eteleves qu'avec lesparfaits (lbid.),»
tels que vous etes, mes freres, du moins j'aimc a le
croire, si ce n'est pas en vain que depuis si long-
temps vous vous occupez a nne etude toute celeste,
vous vous exerceza connaitro la verite, et meditez
jour et nuit, sur la loi de Dieu. Preparez-vous
done i etre nourris, non de lait, inais de pain.
II y a dans Salomon un pain, mais un pain trcs
blanc et delicious, je veux parler du livre qui a
pour titre : le Cantique des cantiques. Qu'on le
serve si vous le voulez bien, et qu'on le rompe.
2. Car pour l'Ecclesiaste, je crois que, par la
grace de Dieu, vous etes assez instruits dans la
connaissance et dans le mepris de la vanite du
monde, qui est le sujet dout trade l'Ecclesiaste.
Quant aux proverbes, votre vie et votre conduite
n'est-elle pas reglee et formee sur les enseigne-
ments qu'ils contiennent ? C'est pourquoi, apres
avoir commence par goiiter de cos deux pains, qui
ne laissent pas d'etre tires du coffre de l'Ami a,
approchez-vous pour manger de ce troisieme, atin
de voir s'il n'est point meilleur encore. Car s'il
y a deux vices qui foDt seuls, ou du moins qui
font plus que les autres la guerre a lame, je veux
parler du vain amour du monde, et de l'amour ex-
a Saint Bernard fait allusion ici a ce passage dc saint Luc XI, 5,
« mon ami prele moi trois pains . » Veut-il nous faire entendre
par sa maniere de l'exprinicr qu'il a fait des commentaires sur ces
cessif de soi-uu'mc ; ces deux premiers livres don-
nent des remedes contre cette double ]>.ste ; l'un,
en retranchant, avee le sarclpir de la discipline, tout
ee qu'il ya de corrompu dans les moeurs, et de su-
perflu dans Irs desirs de la chair ; et 1'autre, en
penetrant par unevive lumiere de la raison, 1'ectat
trompeur dc* choses du monde, et le distinguant
fort bien d'avec ce qui est reel et solidc. Entin Salo-
mon prefere la crainte de Dieu, et l'observation de
ses commandements, a tons les autres biens que les
hommes peuvent desirer. Et certes avec raison. Car
la premiere de ces deux choses, est le commence-
ment do la vraie sagesse ; et la seconde en est la
perfection, si toutefois, pour vous, la veritable sa-
gesse consiste ii s'eloigner du mal el a faire le bien ;
et s'il est vraj que personne ne peut s'eloigner par-
faitement du mal sans la crainte de Dieu, comme
on ne saurait faire une bonne oeuvre, si on ne
garde ses commandements.
3. Ainsi, apres avoir detruit ces deux vices, par
la lecture de ces deux livres, on peut s'approcher
pour entendre ce discours sacre et sublime, qui,
le livre des
cantiques ne
doit etre
confii qua
des
etant comme le fruit de tous les deux, ne doit etre a des orcilies
entendu que par des esprils etdes oreilles tres-sa-
ges. Mais si on n'a point domple sa chair, par les
austerites, si on ne l'a point assujetlie a l'esprit ; si
on ne meprise point les vanites du monde, si enlin
on ne s'est point decharge de lout 1'at tirail du sie-
cle, comme d'un fardeau insupportable, on est im-
pur et indigne d'une lecture si sainte. Car, comme
c'est en vain que la lumiere frappe des yeux aveu-
gles ou fermes, « de meme l'homme animal ne
comprend point ce qui est de l'esprit de Dieu (1 Cor.
n, 111), parce que le Saint-Esprit, qui est l'auteur
deuj livres, c'est ce que nous avons eiamin6 dans la preface qui
precede.
sages.
docct exemplo : Loquimur, inquiens, non in doctis hu-
manie sapiential verbis, sed in doetrina spiritus, spiritu-
alibus spiritualia compar antes. Item, Sapientiam loqui-
mur inter perfectos, quales vos nimirum esse confido :
nisi frustra forte jam ex longo studiis estis ccelestibtis
occupati, exercitati sensibus, et in lege Dei mcililati
die ac nocte. Itaque parale fauces, non lacti, sed pani.
Est panis apud Salomonem, isque admodnm splendidus
sapidusque; librum dico, qui Cantica canticorum ins-
cribitur : proferatur, si place!, et frangatur.
2. Nam de verbis Ecclesiastes salis (ni tailor) per Dei
gratiam instructi estis mundi hujus cognoseere et con-
temnere vanitatem. Quid et parabolas? An non vita et
mores vestri juxta earn, qua in ipsis invenitur, doctri-
nam sufficienler cmendati sunt el informali ? Proinde
illis ambobus praelibatifl, quos nihilouiinus de amici
area prastitos accepislis ; accedile ct ad tertium liunc
pan cm, ut probetis forsitan potiora. Cum enim duo sint
mala, qua: vel sola, vel maxime militant adversus ani-
mam, vanus scilicet amor mundi, et supcrlluus sui :
pesli utrique duo illi libri obviarc noscunlur; alter sar-
culo disciplina) prava quajque in moribus, et carnis su-
perllua resccans : alter luce ralionis in omni gloria
mundi fucum vanitatis sagaciter deprebendens, veraci-
terque distinguens a solido veritatis. Deniqne univcrsia
bumanis studiis, ac mundanis desideriis pnutulit Deum
timere, ejusque observare mandata. Merilo quidem.
Vera? clenim sapiential primum illud, initium ; secun-
dum, consummatio est : si tamen constat vobis non
aliud veram ct consummatam esse sapientiam, quam
declinare a malo, et facere bonum ; itemuue recedcre a
malo ncminem posse perfecle absque timore Dei, nee
bonum opus omnino esse praiter observantiam mandato-
rum.
3. Depulsis ergo duobus malis duorum leclionc libro-
rum, competentcr jam accedilur ad bunc sacrum tbeo-
ricumque sermonem : qui cum sit amboium ductus,
non nisi sobriis mentibus et auribus omnino credendua
est. Alioquin ante carnem discipline studiis edomitam
ct mancipatam spiritui, ante sprclam et abjectam s*culi
pompam el sarcinam, indigne ab impuris lectio sancta
praesumitur. Quomodo nempc lux incassum oircnmfundit
oculos caxos vel clausos, ita animalis homo nun perci-
pit ea quos sunt Spiritus Dei. Quippc Spiriius-sanclus
PREMIER SERMON SUR LE CANTIQCEDESCANTIQUES.
133
de lasagesse, fuira 1'hypocrite (Sap. i, 15), » c'est-a-
dire celui qui niene une vie dereglee. Jamais il
n'aura plus de commerce avec la vanite du monde,
parce qu'il est l'espritde Verile [Joan, xiv, 17). Car
quelle alliance peut-il y avoir entre la Sagesse d'en
haut (1 Cor. n, 19), e1 celle du monde qui est folie
devant Dieu, et la sagesse de la chair, qui estaussi
ennemie de Dieu (Rom. vin, 7)? Or, je ne pense
pasquel'ami qui nous viendra dedehors, ait sujet de
murmurer contre nous, lorsqu'il aura mange ce
pain si excellent.
Ix. Mais qui le rompra. Voici le pere de famille,
reconnaissez le Seigneur, a la fraction du pain ;
en effet, quel autre que lui est capable de le rom-
pre? Pour moi, je ne suis pas assez temeraire pour
l'entreprendre, et si vous jetez les yeux sur moi,
n'attendez rien de moi ; car je suis un de ceux qui
attendent, et je mendie avec vous la nourriture de
mon ame, l'aliment de mon esprit. Vraiment pau-
vre et indigent, je frappe a la porte de celui qui
ouvre, et personne ne ferme (Apoc. m, vers. 7),
pour obtenir l'intelligence des profonds mysteres
qu'enferme ce discours. Les yeux de tout le monde
sont tournes vers vous, Seigneur, unique objet de
notre esperance. Les petits enfants out demande
du pain, et il n'y a personne qui le leur rompe.
Nous esperons cette faveur de votre bonte, 0 Pere
si plein de misericorde, rompez votre pain a ceux
qui ont faim. Ce sera par mes mains, si vous dai-
gnez vous servir de moi, mais ce sera par le se-
cours de votre grace.
Ponrqioi le 5 [)jtes-nous, je vous prie, qui est celui qui dit
Cantiques ces paroles : « Qu'il me baised'un baiser desabou-
fiilwbaie en cue [Cant. 1, 1) ; » de qui elles sont dites, aquielles
matiere. s'adressent, et quel est cet exorde si prompt, dont
le mouvement soudain semble plutot le milieu que
le commencement d'uu discours. Car, a l'entendre
parler de la sorte, on croirait que quelqu'un a
parle avant lui, et qu'il introduit une personne qui
lui repond, et lui demande un baiser. De plus, si
cette personne demande ou ordonne a quelqu'un,
quel qu'il soit, de le baiser, pourquoi direexpres-
sement que ce soit de la bouche, et meme de sa
propre bouche, comme si #ceux qui se baisent
avaient coutume de le faire autrement qu'avec la
bouche, ou de se baiser avec la bouche d'un autre?
Encore, ne dit-il pas qu'il me baise avec sa bou-
che, mais, par une facon de parler moins usitee,
qu'il me baise d'un baiser de sa bouche. Certaine-
ment, un discours qui commence par un baiser est
bien agreable. Ainsi en est-il de l'Ecriture-sainte,
elle a une face charmante, qui touche d'abord, et
porte a la lire , en sorte que, bien qu'il y ait de la
peine a decouvrir les sens caches qu'elle enferme,
cette peine se change en delices ; et la douceur du
Lineage et de l'expression fait qu'on ne sent pas
le travail qu'il y a a en penetrer l'intelligence. Mais
qui est celui, que ce commencement sans commen-
cement, et cette facon de parler si nouvelle dans
unlivre si ancien, ne rendrait pas attentif? Ce de-
but moutre bien que cet ouvrage n'est pas une
production de l'esprit humain, et qu'il a ete com-
pose par le Saint-Esprit meme, puisqu'il est fait
avec taut d'art, que, bien qu'il soit difficile a enten-
dre, il y a neanmoins beaucoup de plaisir a en re-
chercher l'intelligence.
6. Mais quoi '? Passerons-nous le titre sous si- ^"^^
lence ? Non. 11 ne faut pas laisser le moindre iota,
puisque Jesus-Christ nous commande de recueillir
les moindres fragments des paroles sacrees, pour
discipline effugiet ficlum, quod est vita incontinen3 :
sed nee erit ei unquam pars cum mundi vanitate, cum
veritatis sit Spiritus. Quae enim societas ei quae desur-
sum est sapiential, et sapieutia? mundi, qua? stultitia est
apud Deum ; aut sapiential carnis, qua? et ipsa inimica
est Deo ? Puto autem quod jam non habebit unde ad-
versum nos murmuret is, qui nobis de via venit amicus,
cum et tertium istum insumpscrit panem.
4. Sed quis franget ? Adest Paterfamilias ; cognos-
cite Domiuum in fractione panis. Quis unim alter ido-
neus ? Non equidem ego mihi istud temere arrogave-
rim. Sic spectetis ad me, at ex me non exspectetis. Nam
et ego unus sum de exspeelantibus, mendicans et ipse
vobiscum cibum anim;e me;p, alimoniam spiritus. Reve-
ra pauper et inops pulso ad euro, qui aperit et nemo
claudit, super sermonis hujus profundissimo sacremento.
Oculi omnium in te sperant, Domine. Parvuli petie-
runt panem : non est qui frangat eis ; speratur id a
benignitate tua. 0 piisssime, frange esurientibus panem
tuum, meis quidem (si dignaris) maaibus, sed tuis vi-
ribus.
5. Die quaeso nobis, a quo, de quo, ad quemve dii-.i-
tur : Osculetur meo osculo oris sui ? aut quale est istud
ita eubitaneum, et factum repente de medio sermonis
exordium ? Sic quippe in verba prorumpit, quasi quem-
piam loquentem praemiserit, cui consequenter respon-
dentem et banc introducat personam, qu<ecumque est
ipsa qua? oscnlum flagitat. Deinde si se osculari a nescio
quo vel petit, vel praecipit ; cur signanter et nominatim
ore, et ore suo ; quasi aliud quam os, aut alienum, et
non potius suum, exhibere sibi soleant osculantes?
Quamquam ne hoc quidem dicit, Osculetur me ore suo:
sed aliud * profecto inusitatius, Osculo inquit, om sui. * aliquid
Et quidem jucundum eloquium, quod ab osculo princi-
pium sumit, et blanda ipsa quaedam scriptural facies
facile afficit et allicit ad legendum, ita ut quod in ea
latet, delectet etiara cum labore investigare, nee fatiget
inquirendi forte difflcultas, ubi eloquii suavitas mulcet.
Verum quem non valde attentum faciat istiusmodi prin-
cipium sine principio, et novitas lonutionis in veteri
libro ? Unde constat hoc opus non humano ingenio, sed
Spiritus arte ita compositum, ut quamvis difficile intel-
lectu, sit tamen inquisitu delectabile.
G. Sed quid? titulum prsterimus? Non oportet ne
unum quidem iota : quando et minutias jubemur colli-
gere fragmentorum, ne pereant. Titultis talis est : In-
cipiunt Cantica canticorum Salomonis. Observa in pri-
mis Pacifici nomen,quod est Salomon, convenire prin-
134
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Lc* eantiques
dans
l'tcriture-
•ainte sont
diir.reols
les uns des
autre*.
empecher qii'ils ne se perdent (Maith. v, 18 et
Joan, vi, 12). Le litre est eonou en cos tonnes :
Ici conimonoo lo Cantique des eantiques de Salo-
mon. Observe! d'abord queleuoni lie Pacijique,
qui est ce quo signifie Salomon, convient fort
Lion on tote il'un In re qui commence i^u- mi signe
de paix, e'est-a-dire par un baisor ; et re-
marquez encore que ce debut n'invito a ['intelli-
gence (des parlies do I'Ecriture ou il se trouve),
que los inn's tranquules et pacifiques, qui sunt
exemptes du trouble des passions, el du (umulte
des soins de la terro.
7. No vous imaginez pas non plus, que ce soit
sans raison, que 1 inscription de ce livro ne porte
pas simplement, lo Cantique, mais lo Cantique des
eantiques. J'ui lu pli atiques dans I'Ecri-
ture, ot jo ne me souviens point, que ce nom soit
donne a un autre. Israel chanta un cantique au
Seigneur en action do graces, do ce qu'il avait
echappe a l'epee ot a la servitude de Pharaon, et
pour s'etre vn delivre ot venge en mome temps
par le double miracle de lamer Rouge. Noanmoins
ce cantique n'est point appele lo Cantique des can-
tiqnos ; mais si j'ai bonne memoire, I'Ecriture dit :
« Israel cbanta ce cantique a la gloire du Seigneur
{Exod. xv, 1).» Debbora (Judic.r, 1) Judith {Judith.
xvi, 1) etla mere de Samuel (I Reg.n, 1) ont chante
des eantiques ; quelques prophetes en ont pareille-
ment chante, mais on ne lit nulle part qu'aucun d'eux
ait appele son cantique, le Cantique des eantiques.
D'ailleurs on voit, si je ne me trompe, que tou-
tes ces personnes ont chante a cause de quelque
avantage recu par eux ou par les leurs, par exem-
ple, pour avoir gagne une bataille, echappe a un
peril, obtenu cequ'ils souhaitaient, etpour d'autres
cipio libri, qui incipit a signo pacis, id est ab osculo;
simulque adverte hujuscemodi principiis solas ad banc
intelligendani scripturam mentes invitari pacificas, qua?
sese jam a vitiorum vindicare perturbationibus et cura-
rum tumultibus praevalent.
7. Dehinc ne hoc quoquc otiosum putes, quod non
simpliciter cantica, sed Cantica canticorum habet inscrip-
tio. Multa quippe legi cantica in Scripturis, et nullum
illorum meniini taliter appcllari. Cecinit Israel carmen
Domino, quod gladium pariter et jugum evaserit Pha-
raonis, gemino maris mirabiliter liberatus simul et vin-
dicatus obsequio. Non tamen quod cecinit, dictum est
Canticum canticorum, sed, si bene recolo, cecinit, ait
Scrlptura, Iu-ael carmen hoc Domino. Cecinit etiam
Debbora, cecinit et Judith, cecinit et mater Samuelis,
Prophetae qnoqne aliqui cecinerunt ; et nemo eorum
legitur appellasse canticum suum Cantica canticorum.
Sane omncs (ni fallor) cccinisse repcrics pro quocuu-
fjue suo, suorumve percepto commodo : verbi gratia
pro obtentu vicloriae, pro cvasionc periculi, ant pro con-
cupitae rei qualiscunque adepto beneficio. Ita ergo ple-
rique cecinerunt, singuli pro singulis causis, ne ingrati
divinis beneficiis invenirentur, juxta illud : Confitebitur
iibi, cum Oenefecerii ei. At vero rex iste Salomon, sa-
snjots semblables, et chacun pour des causes par-
ticulieres, el do pour de parailre ingrats pour les
bienfaits de Dieu, suivantcelte parole du Prophete :
a Le juste vous donnera des louanges, lorsquevous
lui aurez fait quelque grace (Psal. xt. vm, 19). »
Mais Salomon, ce roi, doue d'une sagesse admira-
ble, olevo an comble de la gloire, comble' do biens,
i-t jouissaut dune paix parfaite, n'avait besoin
d'aucune des favours dont nous avons parle, qui
put lui donnor le sujetde chanter son divin Cauti-
que. On ne trouve memo on mil endroit de l'Ecri-
ture, rii'ii qui soluble marquer cela.
8. Cost done par uno inspiration divine, qu'il a
chante les louanges de Jesus-Christ et de l'Eglise,
la grace d'un amour sacro, ot les mysteres d'un
mariage eternel, qu'il a exprime les desirs d'une
ftme sainte, et que, dans los transports d'une alle-
gresse loute spirituollo, il a compose un Epithala-
ino dans un style agreable ot figure. Car, al'exem-
ple de Moise, il voilait sa face, qui sans doute n'e-
tait pas moius rosplendissante que la sionne
a cot egard, parce que, en ce temps-la, il n'y avait
personne, ou du moins, il y en avait tres-peu qui
fussent capables de soutenir cette gloire dans lout
son eclat. Je crois done que ce chant nuptial est
nomme le Cantique des eantiques, a cause de son
excellence, comme celui en l'honneur de qui il a
ete fait est appele, par excellence, le Roi des rois,
et le Dominatour des domiuateurs (I Km. vi, 15).
9. Si vous consultez votre propre experience a,
apres la victoire que votre foi a rempoi toe sur le
monde, et quand vous vous etes vus hors de l'a-
bime de misere, et du fond du bourbier, n'avez-
a Le mannscrit dc Citeaux ajoute ces mola : « Les eantiques
qne nous devoos chanter il chaque progres, » mais e'est une faute
Analjso de
ce lirr«.
Les retigtecx
ont auasi
d s
eantiques qui
leur
cODviennent.
pienlia singularis, sublimis gloria, rebus affluens, pace
securus, nullius talium eguisse cognoscitur, pro quo
accepto ista decantare libuerit. Sed nee Scriptura ipsa
sui uspiam tale aliquid significare videtur.
8. Itaque divinitus inspiratus, Christi ct ccclesiae lau-
des, et sacri amoris gratiam, et aetemi connubii cecinit
sacramenta; simulque e.xpressit sancla; desiderinm ani-
ma? ; et cpilhulamii carmen, exsultans in spiritu, jucundo
composuit eulogio, figurato tamen. Nimirum vejabat et
ipse instar Moysi faciem suam, non minus forsitan in
hac parte fulgentem, eo quod illo adhuc in tempore ne-
mo, aut ranis erat, qui revelata facie gloriam istam spe-
culaii sufficeret. Igitur pro sui excellcntia rcor nuptiale
hoc carmen hujusmodi titulo praesignitum, " ut merito
Cantica canticorum singulariter appelletur, sicut is quo-
que cui canitur, singulariter est dictus Rex regum, et
Uominus dominantimn.
9. Caeterum vos, si vestram experienliam advertatis,
nonne in victoria, qua vicit mundum fides vestra, et in
exitu vestro de lacu miserias ct de Into fecis, cantaslis
et ipsi Domino canticum novum, quia mirabilia fecit?
Rnrsus cum adjecit primum supra pctram statucre pe-
des vestros, ct dirigeie gressus vestros ; puto quod et
tunc nihilominus pro indulta novitatc vitae immissom
ol. ['r.-r.ig
natum,
PREMIER SERMON SUR LE
tous pas aussi chante au Seigneur un cantique
nouveau en reconnaissance des merveilles qu'il a
operees ? et lorsqa'il a commence a affermir vos
pieds sur la pierre, et a conduire vos pas, je ne
doute point que, pour le remercier de ce renouvel-
lement de vie, vous n'ayez encore chante un autre
cantique a la gloire de notre Dieu. Mais lorsque,
apresvotre repentir, non-seulementil vous remit vos
peches, mais vous promit meme des recompenses,
la joie dont vous a combles l'esperance des biens
futurs ne vous a-t-elle pas animes encore davan-
tage a chanter dans les voies du Seigneur, combien
sa gloire est grande? Et quand l'un de vous, trou-
Tant quelque obscurite dans l'Eeriture, vient a en
avoir l'eclaircissement, il n'y a point de doute qu'en
actions de grace de ce qu'il a recu la nourrilure de
ce pain celeste, il ne fasse retentir un chant d'alle-
gresse et de louanges, comme ceux qu'on eiitend
dans un festin delicieux. Enfin, dans vos exercices
et vos combats de chaque jour, car il n'y a pas de
treve pour ceux qui vivent avec piete en Jesus-
Christ, de la part, soit de la chair, soit du monde
et du diable (Job vu, 1). La vie de l'homnie sur la
terre est une guerre continuelle comme vous l'e-
prouvez sans cesse en vous-meines,en sorte que cha-
que jour vous devez chanter de nouveaux cantiques
pour les victoires que vous remportez. Toutes les
fois qu'on surmonte une tentation, qu'on dompte
un vice, qu'on evite un peril imminent, ou qu'on
decouvre le Diet de celui qui tendait des pieges,
qu'on est parfaitement gueri d'une passion ancienne
et inveteree de lame, que par une faveur parti-
culiere de Dieu on acquiert quelque vertu
longtemps desiree et souvent demandee, n'entend-
on pas, selon le Prophete, retentir des actions de
grace et des paroles de louanges (/sa. li. 3), a
CANTIQUE DES CANTIQUES. 135
chacun de ses bienfaits, Dien n'est-il pas beni dans
ses dons ? S'il en etait autrement, celui-la serait
estime ingrat au jour du jugement qui ne pourrait
dire a Dieu : « Vos bienfaits etaient le sujet de rnes
cantiques dansle lieu de monexil, (Psal. cxvni. 5/i).»
10. Jecrois que vous reconnaissez deja dans vous
memes, ce que, dans le psautier, on appelle non
pas Cantiques des cantiques, mais cantiques gra-
duels ; parce que a mesure que vous faites quel-
ques progres, selon les degres que chacun a disposes
dans son coeur, vous devez chanter un cantique a
la louange et a la gloire de celui qui est la cause
de cet avancement. Sans cela, je ne vois pas com-
ment ce vcrset du psaume peut etre accompli ; « on
entend dans la tente des justes une action de grace
d'un succes si favorable, (Psal. cxvu. 15), » ou du
moins cette belle et salutaire exhortation de l'Apotre :
« Chantez dans votre coeur des psaumes, des hymnes
et des cantiques spirituels a la gloire de Dieu,
(Coloss. in. Ep/ies. v.). »
11. Mais il y ami cantique qui, par sou excellence
et sa douceur incomparable, surpasse tous ceux
dont nous avons parle; et quelque autre que ce
puisse etre. Onl'appelle, avecraison, leCantiquedes
cantiques, attendu que e'est le fruit de tous les au-
tres. 11 n'y a que la seule onction de la grice qui
l'enseigne, et la seule experience qui l'apprenne,
que ceux qui l'ont eprouve le reconnaissent ; que
ceux qui n'ont pas encore cette experience brulent
du desir, non de le connaitre, mais de l'eprouver.
Car ce n'est pas un bruit de la bouche, mais une
allegresse du coeur ; ce n'est pas un son des levres
mais un mouvement de joie; e'est un concert non
de voix, mais de volontes. On ne 1'entend point au
dehors, et il ne retentit pas en public. II n'y a que
celle qui le chante et celui en l'honneur de qui elle
Cantiques
graduela :
d'oii vient ct
nom.
sit in os vestrnm oanticum novum, carmen Deo nostro.
Quid cum prenitentibus vobis non solum peccata dimi-
sit, sed insuper promisil et pramia ; non multo magis
spe gaudentes futuroram bonorum, canlastis in viis Do-
mini, quoniam magna est gloria Domini ? At si cui forte
vestrum clausum vel obscurum aliquid de Scripluris in-
terdum cluxerit ; tunc prorsus necesse est pro percepta
caslestis panis alimonia divinas mulceat aures in voce
exsultationis et confessionis sonus epulantis. Sed et in
quotidianis exercitiis et bellis, quae nulla hora pie in
Christo viventibus desunt a came, a mundo, a diabolo,
sicut mililiam esse vitam hominis super terram inces-
santer experimini in vobismet ipsis; quotidiana necesse
est cantica pro assecutis victoriis innovari. Quoties ten-
tatio superatur, aut vitium subjugatur, aut imminens
periculum dcclinatur, aut laqueus insidiantis deprehen-
ditur, aut annosa et inveterata quaecunquc animac passio
semel perfeeleque sanatur, aut multum diuque cupita et
saspius petita virtus tandem aliquando Dei munere obli-
netur : quid nisi toties, juxta Prophetaui, personat gra-
tiarum actio et vox laudis, et ad singula quaeque bene-
flcia benedicitur Deus in donis suis? Alioqtnn ingratus
puretabitur, cum discussio venerit, qui non poterit dice-
riigniti et
douceur
d8
ce cantique.
re Deo : Canlabiles mihi erant juslificationes tuce in loco,
■peregrinationis meoe.
10. Arbitror vos in vobis ipsis ilia jam recognoscere,
qua; in psalterio, non Cantica canlicorum, sed Cantica
graduum appellantur , eo quod ad singulos profectus
vestros, juxta ascensiones quas quisque in fcorde suo
disposuit, singula sint cantica depromenda ad laudem et
gloriam promoventis. Quonam modo impleatur aliter
llle versiculus non video : Vox exsultationis et salutis
in fabernaculis justorum, aut certe Apostoli ilia pulcher-
rima saluberrima que exhortatio : In psalmis,hymnis, et
canticis spiritualibus cantantes, et psallentes in cordibus
vestris domino.
il. Sed est cantictim, quod sul singulari dignitate et
suavitate cunctis merito quae memoravimus, et si qua
sunt alia, antecellit : et jure hoc appellaverim Canticum
canlicorum, quia casterorum omnium ipsum est fructua.
Istiusmodi canticum sola unctio docet, sola addiscit ex-
perientia. Experti recognoscant, inexperti inardescant
desiderio, non tarn cognoscendi, quam experiendi. Non
est enim strepitus oris, setl jubilus cordis ; non sonus
labiorum, sed motus gaudiorum ; voluntatnm, non vo-
cum consonanlia. Non auditur foris, nee enim In publi-
136
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Les notices
font moini
propres
a colendre
co c antique.
]e chante, c'est-a-direl'Epoux ct l'Epouse qui I'm- temps on nous vivons. Car, qui d'entre nous ressent
tendent. Car c'est on chant nuptial qui exprime do autant de joie, d'avoir recu cotto grace, que les
chastes et douz embrassements dVsprit, une union saints de 1'ancienne loiavaient dedesirde voir s'ac-
pai&ite de Tolontesj et une liaison d'affection et complir lapromesse qui Ieur en avait etefaite?
d'inclinations reciproques. Plusieurs, a Laverite, se rejouiront an jour de cette
12. Au reste, il n'appartient pas de le chanter naissance que nous ullons bientdt celfebrer, mais
ou de l'entendre a une ame qui esl encore dans Dieu veuille que ces rejouissances aient vraiment
1'enfance de la vertu et nouvellement sortie du sie-
cle ; mais a une ame avancee el inslruite qui, par
les progres que la grace de Dieu lui a fait faire, a
tellenu-nt grandi, sinon en age, du moinsen merite.
pour obje! la nativite de Jesus, nun la vanite. Ces
paroles done : a Qu'il me baise dubaiserde sa bou-
che (Cant. i. 1),» respirent l'ardeur des desirs et la
pieuse impatience de ces grands homines. Le petit
quelle est arrivee a I'age parfait et nubile, si je nombre de ceux qui, pour lors, etaient amines de
puis parler ainsi, et qu'elle est deveuue capable de de I'Esprit-Saint, sentaieiit par avance combien
contracter mariage avec I'fipoui celeste, telle en- grande devait etre la grace qui serait repandue sur
fin que nous la depeindrons plus amplement en son ses levres divines. C'est ce qui lour faisait dire, dans
lieu. Mais l'heure a laquelle la pauvrete de noire l'ardeur du desir dont leur ame etait enQammee :
institut nous commande de nous occuper au travail « Qu'il me baise du baiser de sa bum-he, » souhai-
des mains se passe. Deniain nous continuerons au tant passionnement de n'etre pas prives d'une si
nom de Dieu, ce que nous avons commence sur le grande douceur.
baiser ; puisque aujourd'hui nous avons acheve
l'esplication du titre.
SERMON II.
Avec quelle impatience les patriarches et les prophctes
L'ardeur
aTcc laquellc
les p eres de
1'AoeieD
Testament
dAsirtient
TiDcarnztioQ
da Cbrist
coodamoe
cotre
tiedour.
2. Ainsi, chacun d'eux disait : De quoi me servent
taut de discours sortis de la boucbe des propbetes?
Que celui-la plutot qui est le plus beau des enfants
des homines, que celui-la, dis-je, me baise du bai-
ser de sa bouche. Je ne veux plus entendre parler
Moise, il ne fait que begayer pour moi, (E.rod. iv.).
attendaient I' incarnation duFilsde Dieu, qu Us ont Les levres d'Isa'ie soot impures (ha. vi.) Jeremie
ne sait pas parler, car ce n'est qu'un enfant. (Hier. I.).
Enlin tous les prophetes sont muets, mais que ee-
lui dont ils parlent tant, oui, que celui-la me parle
lui-meme ; que lui-meme me baise du baiser de sa
boucbe. Qu'il ne me parle plus en eux, ou par eux ;
1. Je pense souvent aux briilants desirs avec les-
qnels les anciens patriarches soupiraient apres l'in-
carnation de Jesus-Christ, et je suis touche d'un
vif sentiment de douleur, j'en ressens une grande car leur langage est comme un nuage tenehreux
confusion en moi-meme, et maintenant encore a dans l'air ; mais qu'il me baise lui-meme du baiser
peine puis-je retenir mes larmes, tant je suis confus de sa bouche, que son agreable presence, les
de la tiedeur et de l'insensibilite des malheureux torrents de son admirable doctrime devien-
co personat : sola quae cantat audit, et cui cantalur, id
est Sponsa el Sponsus. Est quippenuptiale carmen, ex-
primens caslos jucundosquc complexus animorum, mo-
rum concordiam, alfectuumciue consentaneam ad alteru-
trum charitatem.
12. CiBterum non est illud cantare sen audire animae
puerilis et neophytaj adhuc, et recens converse de sae-
culo, sed provcctae jam et eruditae mentis; quae suis
nimirum profectibus, Deo promovcnle, in tantum jam
creverit, quatcnus ad perfeclam ■ctatem, et ad nubiles
quodam modo pcrvenerit annos, annos dico mcritorum,
non temporum ; facta nuptiis coelestis sponsi idonea,
qualis denique suo loco plenius describetur. Sed prae-
terit hora, qua nos exire urget ad opera manuum et
paupertas, et inslitutio regularis. Gras in nomine Domi-
ni quod corpcramus prosequemur de osculo, quia de
titulo hodiernus sermo nos cxpedivit.
SERMO II.
De Incarnation? Christi prr patriarchal et prophetas
nuntiata, et ardentissime «b ein exspectata.
1. Ardorem desiderii patruin suspiraiilium Christi in
carne prasentiam frcquentissimc cogiluns, compungor
et confundor in memetipso- i et nunc vix oontineo lacry
mas, ita pndet teporis torpoiisque miserabilium tempo-
rum liorum. Cui namquc nostrum tantum iugerat gau-
dium gratiae hujus exliibilio, quantum Sanctis veteribus
accenderat desiderium promissio ? Ecee cnim quam
multi in hac ejus, qui- proximo celebranda est, Nativi-
lale gaudebunt! sed utinam de nativitate, non de vani-
tate ! Riorum ergo desiderium Oagrans et pire exspcc-
tationis affectum spiral mild vox ista : Osculetur me os-
cuh oris rat. Senseraf nimirum in spiritu, quisqins tunc
spiritualis esso polerat, quanta foret gratia diffusa in
labiis illis. Propterea loquens in desidcrio anitiiau aie-
bat, Osculetur me osculo oris sui; nimirum omnimodis
cupiens tantaa suavitatis participio non fraudari.
2. Dicobal enim perfeclus quisque : Quo mihi ora
haec seminiverbia prophetarum'.' Ipse potius speciosus
forma pra filiis bominum, ipse me osculetur osculo oris
sui. Non audio jam Moysen : impeditioris siquidem
linguae factus est mihi. [saioa labia immunda sunt : Je-
remias nescit loqui, quia puer est : et prophet® omnes
elingues sunt. Ipse, ipse quem loquuntur, ipseloquatur:
ipse me osculetur osculo oris sui. Non in eis jam, aut
per eos loquatur mihi, quoniam lenebrosa aqua in nu-
bibus aeris : sed ipse me osculetur osculo oris sui, cu-
jus graliosa prassentia, ct admiranda? fluenla doctrinae
DEUXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANT1QUES.
137
nent en moi une fontaine d'eau vive qui jaillisse
pour la vie eternelle. Celui que le perea saere avec
line huile de joie d'unemaniere plus excellente que
tons ceux qui participent a sa gloire. ne versera-t-il
pas en moi une grace plus abondante, si toutefois il
daigne me baiser du baiser de sa bouche, lui dont
le discours vif et efficace est un baiser pour moi et
un baiser qui ne consiste pas dans l'union des levres,
marque trop souvent trompeuse de celle des esprits,
mais dans une infusion de joie, une revelation de
mvsteres, et un rapprochement parfait et admira-
ble de la lumiere celeste qui eclaire lime, et de
l'ume qui en est eclairee? Car celui qui adhere a
Dieu ne fait qu'un esprit avec lui. (1. Cur. vi, 17).
Aussi est-ce avec raison que je ne recois ni visions,
ni songes, que je ne veux point de figures ni d'e-
nigmes, et que je meprise meme les beautes ange-
liques. Car mon Jesus les surpasse muniment par
les charmes de ses graces infinies. Ce n'est done
point a un autre que lui, quel qu'il soit, a un ange
ou a un homme ; mais e'est a lui-meme que je de-
mande qu'il me baise d'un baiser de sa bouche.
Je n'ai pas assez de presomption, pour qu'il me
baise de sa bouche. Ce bonheur unique, ce privilege
singuliei n'appartient qu'a l'homme que le Verbe
a pris dans l'lncarnation. Mais je me contente de
lui demander tres-humblenient qu'il me baise seu-
lement d'unbaiser de sa bouche, ce qui est commun
a tous ceux qui peuvent dire : « Nous avons tous
recu quelque chose de sa plenitude et de son abon-
dance [Joan. 1, 16 . »
3. Maisecoutez, le Verbe qui s'incarneestla bouche
qui baise. La chair qu'il prend est la bouche qui re-
le' baiser, de cuit ce baiser. Le baiser qui se forme sur les levres
Explication
de celui
qui donne
de celui qui le donne et de celui quile recoit, est la Klai qni
personne composee de l'un et del'autre, Jesus-Christ, le recoit. et
f . „, da baiser en
1 homme mediateur entre Dieu et les hommes. C est k lui-meme,
done pour cette raison que nul saint n'osait dire
qu'il me baise de sa bouche ; mais seulement, d'un
baiser de sa bouche, laissant cette prerogative a
celle sur qui la bouche adorable du Verbe s'est une
fois imprimee d'une maniere unique, lorsque la
plenitude de la Diviuite s'est jointe corporellement
a elle. Heureux baiser, honneur etonnant et mer-
veilleux , dans lequel la bouche ne s'est pas appli-
quee sur la bouche, mais oil l'union des deux natu-
res assemble les choses divines avec les humaines,
lie par un lien de paix la terre avec le ciel. « Car il
est notre paix, lui qui de deux n'a fait qu'un (Eph.
il. 14). » C'etait done apres cc baiser, que les saints
de l'Ancien Testament soupiraient; parce qu'ils pres-
sentaient qu'il renfermerait une joie immortelle, et
tous les tresors de la sagesse et de la science, et
qu'ils desiraient avoir part a l'abondance des biens
qu'il devait apporter.
k. Je vois bien que ce que je vous dis vous plait. Autre sens.
Mais voici encore un autre sens. Las saints n'igno-
raient pas que meme avant l'avenement du Sauveur,
Dieu format des desseins de pais sur les hommes,
{liter, xxix, 11). Car il ne pouvait rien au sujet du
monde, qu'il ne le revelat aux prophetes ses servi-
teurs, [Amos. in. 7), Et neanmoins peu de person-
nes en avaient la connaissance {Luc. xvm. Ik); car, en
ce temps-la, la foi etait rare sur la terre, et l'espe-
rance, petite chez la plupart de ceux-memes qui
attendaient la redemption d'Israel. Mais ceux qui
lesavaient d'avance, predisaientque Jesus-Christ de-
vait venir dans la chair et apporter la paix avec lui.
lpaas.
fiant in me fons aquae salientis in vitam aeternam. Quem
unxit Pater oleo laetitiae prs consortibus suis, numquid
non ex ipso mihi uberior infunditur gratia ? Si tamen
dignelur me osculari osculo oris sui. Cujus utique ser-
mo vivus et efficax osculum mihi est, non quidera con-
junctio labiorum, quae interdum pacem mentitur ani-
morum; sed plane infusio gaudiorum, revelatio secre-
loruna, mira quajdam et quodam modo indiscreta
commixtio superni luminis et illuminatae mentis. Adhye-
rens quippe Deo, unus spiritus est. Merito proinde
visiones et somnia non recipio, figuras et eenigmata
nolo ; ipsas quoque angelicas fastidio species. Quippe et
ipsos * longe superat Jesus meus specie sua et pulchri-
tueine sua. Non ergo alium sive angelum, sive bominem,
sed ipsum peto osculari me osculo oris sui. Nee sane
praesumo me osculatum iri ab ore ipsius, (est enim boc
assumpti hominis unca? felicitatis et praerogativae singu-
laris) : sed humilius ab osculo oris sui peto me osculari.
quod commune utique est multorum, qui dicere possuat:
Et nos omnes de plenitudine ejus accepimus.
3. Intendite. Sit os osculans, verbum assumensj oscu-
latum, caro quae assumitur : osculum vero, quod pariter
ab osculante et osculato conQcitur, persona ipsa scilicet
ex utroque compacta, mediator Dei et buminum homo
Christus Jesus. Hac ergo ratione sanctorum nemo
dicere prssumebat, osculetur me ore suo ; sed tantum
osculo oris sui : ipsi sane servantes praerogativam istam,
cui singulariter semelque os verbi impiessum tunc est,
cum ci se corporaliter plenitudo omnis divinitatis
indulsit. Felix osculum, ac stupenda dignatione mirabile,
in quo non os ori imprimitur, sed Deus homini unitur.
Et ibi quidem contactus labiorum complexum significat
animorum : hie autem confeederatio naturarum divinis
humana componit, quae in terra sunt, et quae in coelis
pacificans. Ipse est enim pax nostra, qui fecit utraque
unum. Ad hoc igitur osculum sanctus quisque antiqui
temporis suspirabat; eo quod jucundilatem et exul-
tationem thesaurizari super eum, et lhesauro3 omnes
sapientiae et sciential in ipso absconditos praesentirent,
cuperentque et ipsi de plenitudine ejusaccipere.
4. Sentio, placet vobis quod dicitur : sed accipite et
alium sensum. Non latuit sanctos et aute adventum
Salvatoris, Deum super mortalium genus cogitare cogi-
tationes pacis. Nee enim faceret verbum super terram,
quod non revelaret servis suis prophetis. Erat tamen
verbum hoc absconditum a multis. Fuit namque in
tempore illo rara fides in terris, et tenuis admodnm
spes in pluribus quoque illorum , qui exspectabant
redemptionem Israel. Qui vero praesciebant, ipsi et
praedicebant Christum in carne venturum, et cum ipso
138
(TEUVRES DE SAINT BERNARD.
Ce qui a fait dire al'und'eux. aLapaixsera sax la sormais me contenter de paroles? II vaut bien
terre lorsqu'il viendra, (Mich, v, v). » Uspubliaient mieux confirmerles paroles paries efTets. Que Dieu
mexae avcc toute Borta de confiance, comme lis I'a- montre que ces messagers sont veridiques, si tou-
vaient appris d'en haul, que les homines, par son tefois ce sont ses envoyes, et que lui-meme les
moyen, recouvreraientla grace deDieu.Cequele pre- suive, ainsi qu'ilsl'ont promis si souvent; car sans
curseur de Jesus-Christ, Jean-Baptiste, vit s'accom- lui, ils ne peuvent rien faire (Joan. 1, 3). 11 aenvoye
plir de son temps, etannonca en disant: « la grace un serviteur, il lui a donne son baton, et ni la
et la verity out et6 apportees an monde par Jesus- voix ni la vie ne revienncnt. Je ne me leverai, je
Christ, (Juan. i, 7) : » et tout le peuple Chretien
eprouve maintenant que cela est ainsi.
5. Au reste, comme ils annoncaient la pais, et que
l'Auteur de la pais tardait avenir, la foi du peuple
retard que le t>t t*it chancelante, parce qu'il n'y avait personne
pour les racheter et les sauver. Cela portait les
bommes a se plaindre de ce que le prince de la
pais, tan*, de l'ois annonce, ne venait point encore,
selon qu'il l'avait promis depuis tantde siecles, par
la bouche de ses saints prophetes; et, tenant ces
promesses pour suspectes, ils demandaient avec
Plaintea des
auciens
a cause du
meltait a
Teoir.
ne ressusciterai, je ne sortirai de la poussiere, je
ne respirerai l'air favorable d'une sainteesperance,
que si le Prophete descend lui-meme et me baise
du baiser de sa bouche.
6. D'ailleurs, celui qui se declare notre mediateur
aupres de Dieu, est le Fils de Dieu, et Dieu lui-
ini'ine (I Tim. it, 5). Et qu'est-ce que l'homme,
pour qu'il se manifeste a lui? Qu'est-ce que le
lils de l'homme, pour en l'aire etat? D'ou me vien-
drait la confiance d'oser me mettre entre les mains
dune si haute majeste? Comment, n'etant que
instance un signe de reconciliation, c'est-a-dire un terre et que cendre, serais-je assez presomptueux
baiser, comme si le reste du peuple avait repondu
a ces divins messages de paix : Jusques a quand tien-
drez-vous nos Ames en suspens? 11 y a deja long-
temps que vous annoncez la paix, et la paix ne
vient point, que vous promettez toute sorte de
pour croire que Dieu preud soin de moi ? 11 est
vrai qu'il aime son pere ; mais il n'a besoin
ni de moi, ni de mes biens. Qui m'assurera
done qu'il est un mediateur impartial? Mais s'il
est vrai, comme vous le dites, que Dieu ait resolu
II fallait qua
le mfcdi»tcir
dcs
hommes fi*it
Dieu et
biens, et il n'y a que contusion et que misere. Les de me lam; misencorde, et qu'il pense a se rendre homma.
anges ont souvent, et en diverses manieres, an-
nonce ces memes nouvelles a nos peres, et nos
peres nous les out aussi annoncees en disant, «Paix,
paix, et il n'y a point de paix (Flier, vi, 16). » Si
Dieu veut que je demeure persuade de ce qu'il a
promis par des messages si frequents, mais qu'il
ne tient point, au sujet de la bonne volonle qu'il
encore plus favorable ; qu'il etablisse une alliance
de paix, et qu'il fasse avec moi un pacte eternel
par un baiser de sa bouche. Pour que les paroles
qui parlent de ses levres ne soient pas vaines, il
faut qu'il s'aneantisse, qu'il s'hiunilie, qu'il s'a-
baisse, et qu'il me baise d'un baiser de sa bouche.
S'il veut etre un mediateur acceptable aux deux
tenioigne pour nous, qu'il me baise du baiser de parties, et suspect ni & l'une ni a l'autre, que le
sa bouche, et ce signe de paix sera pour moi un Fils de Dieu, qui est Dieu aussi, se fasse homme et
gage assure de la paix. Car, comment puis-je de- fils de l'homme, et me rassure par un baiser de sa
pacem. Unde qiiidam eorum : Et pax crit, inquit, in
terra nostra, cum venerit. Imo per ipsum Dei gratiam
homines recuperaturos cum omni flducia, sicut divinilus
acccperant, praidicalianl. Quod et precursor Domini
Joannes suo tempore impletum agnovit, et perhibuit :
Gratia, ioqlliens, et Veritas per Jesum-Chrvitum facta
est : et ita verum esse omnis nunc christianus populus
expeiilur.
5. Ca^terum illis praenuntiantibua parem, moram antem
facienle auclore pacis, nulabal pnpuli fides, dum non
erat qui rediineret, neque qui Balvum faceret. Itaque
causabanlur homines moras, quod ille toties nuntiatus
necdum veniret prineeps pacis, sicut locutus fuerat per
os sanctorum, qui a sxculo sunt, prophetarum ejus : et
suspectas habenles promissiones , signum promissa?
reconciliationis fquod est osculum) fiagilaliant ; acsi
nunliis pacis onus quilibct de populo responderet :
Quousque tollitis animas nostras? Jam olim prsedicitis
pacem, et non vcnit : promiUitisbona, etadhuc turbalio.
Ecce hoc ipsum multifarie, mullisque modis et angeli
palribus, et patres noslri annuntiarunt nobis, dicentes,
Pax,pax;et non est pax. Si mihi vult esse persuasum
Deus, quod de suae bcneplacito voluntatis tarn crebra
jam legatione respondel, nee exhibet ; oscnletur me
osculo oris sui, sicque in signo pacis faciat de pace secn-
rum. Nam verbis jam quomodo credam? Opus magis
est opere verba (irmari. Probet veridicos nunlios suos
Deus (si tamen nunlii ejus sunt) et sequatur eos ipse,
ut sappius pronii^erunt, quia sine ipso possunt facere
nihil. Misit puerum, tulit baculum, et necdum est vox
neque vita. Non surgo, non suscitor, non excutior de
pulvere, non respiro in spem, si non propheta ipse des-
cendat, et oscnletur me osculo oris sui.
6. Hue accedit, quod is qui nostrum profitetur se
mediatorem ad Deum, Dei Filius est, et Deus est. Et
quid est homo nt innotescat ei, aut filius hominis, ut
reputet cum? Quae mihi fiducia, ut tanta; me audeam
credere majeslati? Unde, inqnam, terra et cinis prsesumo
Deum curam habere mei? Ad haecdiligit Patremsuum,
me vero opus non habet, bonorum meorum non eget.
Unde ergo conslabit mihi, quod mediator mens in parte
oequaquam sit? Tamen si vere, ut dicitis, decrevit
misereri Deus, cogitatque ut complacitior sit adhuc;
slaluat lestamentum pacis, et foedus perpctuum feriat
mihi in osculo oris sui. Ut qua? procedunt de labiissuis,
non faciat irrila; exinaniat se, humiliet se, inclinet se,
DEUXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQL'ES.
139
bouche. Apres cela, je recevrai avec toute sorte de
confiance le Fils de Dieu pour mediateur, parce
qii'il sera vraiment tel. Je ne le tiendrai plus pour
suspect, attendu qu'il sera mon frire et ma chair;
etj'espere bien qu'il ne pourra me mepriser quand
il sera devenu l'os de mes os, et la chair de ma
chair.
7. C'est done par ces plaintes qu'ils demandaient
avec instance ce saint baiser, e'est-a-dire le mystere
de l'lncarr.ation du Verbs, alors que la foi etait
languissante et abattue par un retard si long et si
facheux ; et que le peuple infidele, se laissant aller
a l'ennui et au decouragement, murmurait contre
les promesses de Dieu. Je n'invente point ce que je
vous dis ; vous le trouverez vous-memes dans l'Ecri-
ture. De la naissaient ces paroles melees de plain-
tes et de murmure ; « Dites et redite stoujours la
meme chose ; Attendez, attendez encore ; un peu
ici : un peu la (Isa. xxvm, 10). » De la aussi, ces
prieres d'un cceur inquiet et zele : « Recompensez,
Seigneur, ceux qui vous attendent avec patience,
afin que vos prophetes soient trouves fideles et ve-
ritables {Ezcch. xxxvi, 18). » Et ces autres : « Accom-
plissez a, Seigneur, les predictions des anciens
prophetes (Ibidem). » De la encore ces promesses si
douces et si pleines de consolation : « Le Seigneur
va paraitre, et il ne mentira point. S'il differe un
peu, attendez-le, car il va venir tout-a-1'heure, et
il ne tardera point (Abac. n. 3). Son temps est tout
pret d'arriver, et son jour ne sera point recule
(Isai. xiv. 1). » Et en la personne de celui qui etait
promis : « Voici, dit-il, que je vais venir vers vous
comme un fleuve de paix, et comme un torrent qui
» Telle etait autrefois la version des bibles anterieures a la
correction dn pape Sixte.
inondera la gloire des nations (hai. lxvt, 12). »
Paroles qui font assez connaitre et l'impatience des
prophetes et la defiance des peuples. C*est ainsi
que le peuple murmurait, que la foi etait chan-
celante, et que, selon le prophete Isale, « les anges
de paix eux-memes pleuraient amerement ( Isai.
xxxir, 7). i) Aussi, de peurque Jesus-Christ, differant
si longtemps a venir, le genre humain tout entier
ne se perdit par le desespoir, en se croyant me-
prise, a cause de sa condition fragile et mortelle, et
en se defiant de la grace de sa reconciliation avec
Dieu tant de fois promise, les saints dont la foi
etait rendue certaine par l'esprit qui les animait,
souhaitaient que leur certitude fiit entierement
confirmee par la presence du Verbe incarne, et
demandaient avec instance, a cause des personnes
faibles et incredules, le signe de la paix quelle
devait retablir.
8. Oracine de Jesse, qui etes exposee pour servir
de signe aux peuples (Isai. Il, 10), que de rois et
de prophetes ont desire de vous voir, et ne vous ont
point vue ? Simeon fut le plus heureux de tous, lui
qui dut sa longue vieillesse a une misericorde abon-
dante (Luc. h, 25). II avail, en effet, souhaitepassion-
nement de voir ce signe si desire ; il le vit et fut
comble de joie ; et, apres avoir recu le baiser de
paix, il mourut en paix, non point toutefois sans
annoncer clairement avant de mourir, que Jesus
etait ne pour etre en butte a la contradiction. II en
fut, en effet, ainsi. Oq s'opposaa ce signe de paix,
des qu'il parut, mais cette opposition ne vint que
des ennemis de la paix. Car c'est une paix pour
les hommes de bonne volonte (Luc. u, 14 ) ; mais
c'est une pierre de scandale pour les mechants
(Matth. n, 3). Herode fut trouble, et toute la ville
et osculetur me osculo oris sui. Ut ex aequo partibus
congruens mediator neutri suspectus sit, Deus filius Dei
fiat homo, fiat filius bominis, et cerium me reddat in
hoc osculo oris sui. Securus suspicio mediatorem Dei
filium, quem agnosco et meum. Minime plane jam mihi
suspectus erit : frater enim et caro mea est. Puto enim
speraere me jam non poterit, os de ossibus meis, et
caro de carne mea.
7. Ita ergo vetus querela sacrosanctum osculum, id
est incarnandi Verbi mysterium, exigebat, dum longa et
molesta exspectatione fatigata fides deficeret, et infidelis
populus adversus promissa Dei victus taedio murmuraret.
Adinventio mea est, si non hoc idem et vos recognoscitis
de Scripturis. Inde profecto erant querulae ill* et plena
murmure voces: Morula, remanda : Exspecta, reexpecta:
Modicum Hi, modicum ibi. Inde anxiae illae et plena?
pietate preces ; Da mercedem, Domine, susiinentibtis te,
ut prophets lui fideles inveniantur. Item, Suscita, Do-
mine, precationes, quas locuii sunt in nomine tuo pro-
phets priores. Inde bland;e illae et plena? consolatione
promissiones : Ecce apparebit Dominus, et non mentie-
tur : si moram fecerit, exspecta eum ; quia veniens
veniet, et non tardabit. Item, Prope est ut venial tempus
tjus, et dies ejus non elongabuntur. Et ex persona pro-
missi : Ecce ego, inquit, declino in tos ut flumen pacis
et ut ton-ens inundans gloria: gentium. In quibus verbis
satis apparet et prajdicatorum instantia, et diffidentia
populorum. Sic ilaque et plebs murmurabat, et fides
nutabat : et, juxta IsaieE vaticinium, angeli pacis amare
flebant. Ne ergo universum genus hutnanum, moram
facientc Cbristo, desperalione periret, dum se centemni
suspicaretur inlirma mortalitas, suaeque reconciliationis
cum Deo de gratia toties repromissa diffideret : Sancti
qui de spiritu certi erant, certitudinem de carnis pra=-
sentia exoptabant , ac signum reformandaj pacis propter
pusillanimes et incredulos omni instantia requirebant.
8. 0 radix Jesse, qui stas insignum populorum 1 quam
multi reges et prophetae voluerunt te videre, et non vi-
derunt ! FelLx tamen ex omnibus Simeon, cujus senectus
in misericordia uberi ! Is nempe exsultavit ut videret
desiderii signum : et vidit, et gavisus est; acceptoque
osculo pacis in pace dimittitur, ante tamen aperte pronun-
tians, Jesum esse natum in signum, cui contradicendum
crat. Omnino ita fuit. Contradictum est exorto signo
pacis, sed ab his qui oderunt pacem, nam pax hominibus
bona? voluntatis, malevolis autem petra seandali, et lapis
ofTensionis. Herodes denique turbatus est, et omnis Je-
rosolyma cum illo : siquidem in propria venit, et sni
140
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
de Jerusalem le fut avec lui, lorsqu'il vint Jans sand ins l'enfer (ha. vn, 11). Mais ce rdi impie le
propre heritage, el que les siens ne l'onl point voulu
recevoir [Joan, i, 11). Heureux ces bergers qui,
dans lour veille, out fetfe digues de voir ce signo.
Deja il se cachail aux sages el aui prudents, el De
se faisait connaitre qti'aux petits. 11 est vrai que
Herode voulut le voir aussi ; mais parce qri'il n'avait
pas de bonnes intentions, il ne merita pas cette
faveur. Car il etait le signe de la paix, qui n'est
donne qu'aux homines de bonne volonte. Mais a
Herode et a ses semblables, il ne sera point donne
d'autre signe que celui de Jonas (Luc. ir, 12). Aussi,
l'Angedit-il aux Bergers: a Ce signe esl pour vous;»
pour vous, qui etes bumbles et obfeissants; pour
vous, qui ne vous portez point aux cboses felevees
et qui veillez et meditez jour et nuit sur la Loi de
Dieu. « C'est pour vous, ce signe, » dit-il. Quel signe?
Ce signe que les anges promettaient , que les
peuplesdemandaient, que les prophfetesavaient pre-
dit ; le Seigneur l'a fait et vous l'a montre, mais c'est
atin que les incredules recoivent la foi, les faibles
l'esperance, et les parfaits uue entiere securite. Ce
signe est done pour vous. De quoi est-il le signe ?
Du pardon, de la grace, de la paix, mais d'une
paix qui n'aura point de tin. Void done quel est le
signe ; « Vous trouverez un enfant, enveloppe de
langes et couche dans une creche [Luc. n, 12).
Mais il y a un Dieu en lui qui recoucilie le monde
avec lui (II Cor. v, 19). » Ilmourra pour vos peches,
et ressuscitera pour votre justification, afin qu'etant
justifies par la foi, vous ayez la paix avec Dieu
(Rom. v, 1). C'est ce signe de paix qu'un Prophete
engageait autrefois le roi Achaz a demander au
Seigneur son Dieu, en haut dans le ciel, en has
eum non receperunt. Felices illi in sua pernoctatione
pastores, qui signi bujus visione dig-ni habiti sunt. Jam
tunc se abscondebat a sapientibus et prudentibus, el re-
velabat parvulis. Et Ilerodes videre voluit : sed quia non
bona voluntate, non meruit. Pacis siquidem signum erat.
datum lantum hominibus bonae voluntatis : Herodi vero
et similibusejus non dabitur nisi signum Jon* propbetae,
Porro ad pastores, Et hoc, ait angelus. vobis signum,
vobis humilibus, vobis obedicntibus, vobis non alia sa-
pientibus, vobis wgilantibus, et in lege Dei meditaDtibus
die ac nocte, Hoc, inquit, vobis signum. Quod? quod
angeli promittebant quod populi requirebant, quod
prophets pra>dixerant , hoc ferit Dominus nunc, et
ostendit vobis : in quo recipiant increduli (idem, pusilla-
nimes spem,perfectisecuritatem. Hoc ergo vobis signum,
Cujus rei signum? Indulgentia?, gralias, pacis, et pacis,
cujusnon erit finis. Hoc est ergo signum : Jnvenietis in-
fanlem pannis quidem involution, et position in prcesepio.
Deus est tamen in ipso mundum reconci/ian<; sibi. Mo-
rietur propter peccata vestra, et resnrget propter justih'-
cationem vestram, ut justificali per fldem, pacem habeatis
ad Deum. Hoc signum pacis Propheta quondam regi
Achaz proponebat petendum a Domino Deo suo, sive
n excclso supra, sive in inferno deorsum. Sed impius
ex recusavit, non credens miser, quod in signo hoc
refusa, ne croyant pas, le miserable qu'il etait, que
ie il devait y avoir une alliance etroite
entre la terre et le ciel, que les enters memes
raient ee signe de paix, lorsque le Seigneur,
en y descendant, les saluerait par un saint baiser;
et i[ue les rsprits celestes ne laisseraient pas d'y
participer aussi avec un plaisir eternel, lorsqu'il
retournerait aux cieux.
9. II favit finir ce discours. Mais pour resumer
en peu de mots ce que nous avons dit : 11 est visi-
ble que ce saint baiser a fete accorde au monde pour
deux raisons; pour affermir la foi des faibles, et
pour satisfaire au desir des parfaits ; et que ce
baiser n'est autre chose que le mfediateur entre
Dieu et les hommes, Jesus-Christ, 1'homme qui
fetant Dieu, vit etregneavec le Pere et le Saint-
Esprit dans tous les siecles des siecles. Ainsi
soit-il.
SERMON III.
Le baiser des pieds, de la main, et de la bouche
du Sauveur, etc.
1. Nous lisons aujourd'hui au livre de l'expe-
rience : Faites un retour sur vous-memes, et que
chacun examine sa propre conscience sur ce que
nous avons a dire. Je voudrais bien savoir si jamais
quelqu'un de vous a recu la grace de dire ces
paroles du fond du cceur : « Qu'il me baise d'un
bniser de sa bouche. » Car il n'appartient pas a tout
le monde de le dire ainsi, mais celui-la seul pent
le faire, qui a recu une fois un baiser spirituel de
Signo de It
clemenca
dome.
Resume da
ce qui
precede.
II n'y a que
ceux qui
l'oot deja
recu
qui counaia-
aeut le
ima summis in pace socianda essent : quatenus et inferi
Domino deseendente salutati, in osculo sancto signum
pacis et ipsi recipiant , et superni spiritns idipsum
nihilominus, cum ad ccelos redierit, aeterna suavitatc
parlicipent.
9. Scrmo finiendus est : sed ut quod in co disputatum
est brevi recolligam summa, patet hoc sanctum osculum
duabus ex causis necessarie indultum mundo : ut et in-
firmisfaceret Bdem, et desiderio satisfaceret perfectorum :
porro ipsum osculum esse non aliud quam mediatorcm
Dei et hominum, hominem Jesum-Christum, qui cum
Patre et Spiritu-Sancto vivit et regnat Deus per omnia
saecula saeculorum. Amen.
SERMO III.
De osculo pedis, manus, et oris Domini, etc.
i. Hodie legimus in libra experientiae. Converlimini
ad vos ipsos, et attendat unusquisque conscicnliam suam
super liis quae dicenda sunt. Explorare velim, si cui
unquam vest rum ex scntentia dicere datum sit, Oscuktur
me osculo oris sui. Non est cnim cujusvis hominum ex
afTcctu hoc dieere : sed si qui ex ore Christi spirituale
osculum vel semel accepit, hunc proprium experimentum
profecto sollicitat, ct repctit libens. Ego arbitror nemi-
TROISIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
141
la bouche de Jesus-Christ, sa propre experience
"""bonche 1 exc'*e sans cesse, et le porte avec plus de passion
encore a recommencer ce qu'il a deja trouve si
doux. Pour moi, je crois qu'on ne peut savoir ce
que c'est, quand on ne l'a pas eprouve : car c'est
une nianne cachee, et il n'y a que celui qui en
mange qui aura encore faim : c'est une fontaine
scellee, a laquelle nul etranger ne parlic.ipe, mais
dont celui-la seul qui en boit aura encore soif.
Ecoutez celui qui l'avait eprouve conime il l'a
redeinande : « Rendez-moi, dit-il, la joie de votre
Sauveur (Psal. l, 14). » Qu'une irae done qui me
ressemble, une ame chargee de peches, sujette aux
passions de la chair, qui n'a point encore goiite les
douceurs de l'Esprit-Saint, et n'a jamais eprouve
ce que c'est que des joies interieures, n'aspire point
a une grace pareille.
Les penitents -■ Neanmoins, a celui-la je veuxmontrer dans le
ne baisent Sauveur un lieu qui lui convienne. Qu'il n'ait pas
que les pteus x >* x
da la temerite de s'elever jusqu'a la bouche de ce
divin Epoux : mais que, saisi d'une sainte frayeur,
il se tienne prosterue avec moi aux pieds de ce
Seigneur si severe, et qu'il regarde la terre en
tremblant avec le Publicain {Luc. xvin, 13), sans
oser non plus que lui regarder le Ciel, de peur
que ses yeux accoutumes aux tenebres, ne soient
eblouis par une si vive lumiere, qu'il ne soit
accable sous le poids de la gloire, et que, frappe des
splendeurs extraordinaires de cette Majeste souve-
raine, il ne soit enveloppe de nouveau de tenebres
encore plus epaisses. Qui que vous soyez, si vous
etes pecheur que cette partie du corps ou la sainte
pecheresse se depouilla de ses peches, et se revetit
de la saintete, ne vous semble ui vil ni meprisable.
C'est la que cette Ethiopienne changera de peau, et
que, retablie dans une nouvelle blancheur, elle
Seigneur.
repondait avec autant de confiance que de verity a
ceux qui lui faisaient des reproches : « Filles de
Jerusalem, je suis noire, mais je suis belle (Cant.
l, 4). » Si vous vous etonnezquecelaait pu se faire,
et si vous me demandez comment elle a merite, une
si grande favour; apprenez-le en un mot. Elle
pleura amerement, et, tirant de longs soupirs du
plus profond de son ame, elle poussa des sanglots
salutaires, et vomit le fiel qui infestait son cceur.
Le celeste Medecin la secourut promptement, parce
que sa parole court avec vitesse (Psal. cxlvii, 15).
La parole de Dieu n'est-elle point un breuvage :
Elle en est un, en effet mais un breuvage fort, actif,
et qui penetre les cceurs et les reins (Psal. vn, 10).
« Enfin, elle est, vive et efQcace ; elle est plus percante
qu'une epee a deux tranchants; elle va jusqu'a la
division de l'ame et de l'esprit, jusqu'a la moelle
des os, et elle sonde les plus secretes pensees (Heb.
iv, 12). » A l'exemple done de cette bienheureuse
penitente, prosternez-vous aussi, vous qui etes mise-
rable, alin de ne plus l'etre ; prosternez-vous en
terre, embrassez ses pieds, apaisez-le en les baisant,
arrosez-les de vos larmes, non pour les laver, mais
pour vous laver vous-meme, et pour devenir l'une
de ces brebis tondues qui sortent du lavoir ; et
n'ayez pas l'assurance de lever vos yeux abattus de
houte et de douleur, avant que vous entendiez
aussi ces paroles : « Vos peches vous sont remis
(Luc. vu, 48) ; Levez-vous, levez-vous fllle de Sion
qui etes captive, levez-vous, et sortez de la pous-
siere (ha. lii, 2). »
3. Ayant ainsi commence par baiser les pieds, Les
ne presumez pas aussitot de vous elever au baiser de Pe"onne«
la bouche ; mais que le baiser de la main, vous P "bai'ent^*3
serve comme d'un degre pour y arriver. En voici "es main'-
la raison. Quand Jesus lui-meme me dirait ; vos
/
nem vel scire posse quid sit, nisi qui accipit : est quippe
manna absconditum ; et solus qui edit, adhuc esurict.
Est tons signatus, cui non communicat alienus? sed so-
lus qui bibit, adhuc siliet. Audi expertum, quomodo
requirit. Iiei/de mihi, inquit, buliliam salutaris tui. Mi-
nime ergo id sibi arroget mei similis anima, onerata
peccatis, su: que adhuc carnis obnoxia passionibus, qua;
suavilatcm spiritus necdura senserit, internorum ignara
atque inexperta penitus gaudiorum.
2. Ostendo tamen ei qua) hujusmodi est, locum in
salulari sibi congruentem. Non temere assurgat ad os
sercnissimi Sponsi, sed ad pedes severissimi Domini
mecum pavida jaceat, et cum Publicano terrain tremens
non cffilum aspiciat : ne confusa in luminaribus ccsli
facies assueta lenebris, opprimatura gloria; atque inso-
litis reverberata splcnduribus majeslatis, densioris rur-
Bum caecitaie calignis obvolvatur. Non tibi, o qujecum-
que es talis anima, non tibi ille locus vilis aut despica-
bilis videalur , ubi sancta peccatrix peccata deposuit,
induit sanctitatem. Ibi /Ethiopissa ' mutavit pellem, et
* Mulior 'n novum restituta candorem, jam tunc tiducialiter vera-
peccatrix. citerque rcspondebatcxprobrantibussibi verbum : Niyra
sum, sed fonnosa, filiis Jerusalem, Miraris quanam id
arte potuerit, vel quibus obtinuerit meritis? Paucis ac-
cipe. Flevitamare, et de intimis visceribus longasuspiria
trahens, salutaribus intra se suffussa singultibus, felleos
humores evomuit. Ccelestis medicus celerrime subvenit :
quia velociter currit sermo ejus. Numquid non potio
est sermo Dei ? Est utique, ct fortis et vehemens, et
scrutans corda et renes. Denique sermo Dei vivus et
efficax, et penelrabilior omni gladio ancipiti, pertingens
usque ad diuisionem animal ac spiritus, compagum quo-
que ac medullarum, et discretor cogitaiionum. IIujus
ergo beatce pcenitentis exemplo prosternere et tu, o
misera, ut desinas esse misera : prosternere et tu in
terram ; amplcctere pedes, placa osculis, riga lacrymis,
quibus tamen non ilium laves, sed te, et fias una de
grege tonsarum, quae ascendunt de Iavacro : ita sane ut
sulTusum pudore ac mcerore vultum non ante sustollere
audeas, quam audias, et ipsa, Dimittuntur tibi peccata
tua , quam audias, Consurge, consurge captiva filia Sion,
consurge, excutere de pulvere.
3. Sumpto itaque ad pedes primo osculo, nee sic
quidem presumes statim ad osculum oris assurgere, sed
erit tibi gradus ad ipsum medium quodddam aliud oscu-
lum, quod secundo loco ad manum accipies, de quo et
142
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Que faut-il
entendre par
le baiser
des mains.
lfaut que le
pectacur
qui
s'approche
de foieu. ait
honte de
ion etat.
peches vous sont remiSj a qnoi cela me servirait-il ,
si je ne cessais point de pecher ? Que me servirait-il
d'avoir Live mes pieds, si je les souille encore '.' le
suis detneure longtemps couehe dans le bourbier
des vices ; in. lis si je Mens ,i relnuibcr, je serai 5 IDS
doute en un etat beaucoup plus deplorable qu'au-
paravaiit. Car je me souviens que celui qui in a
gueri, ma dit : « Yoila que vous avez recu la sante,
allez et ne pechez plus, de peur qu'il ne vims
arrive encore pire (Juan, v, lft). » II t'aul que celui
qui m'a donne la volonte de faire penitence, me
doiine encore la force de m'abstenir de pecher, de
peur que je ne vicnne a retombei dans le crime,
et que mon dernier etat ne soit pire que le premier.
Malheur a moi, lors memo que je ferais penitence,
s'il vieut aussitot a retirer la main dont il me
soutenait, lui sans qui je ne puis rien faire : non,
dis-je, absolument rien, puisque sans lui je ne
saurais ni me repeutir ni m'abstenir du pucb.6.
J'entends le conseil que me donne le Sage, « de ne
point demander deux fois la meme grace (Eccle.
vn, 15). » L'Arret que le Jugy prononce contre
l'arbre qui ne porte point de bon fruit, m'epouvante
(Matt, ill, 8). J'avoue done que je ne saurais etre
entitlement satisfait de la premiere grace, par
laquelle je me repents de mes fautes, si je n'en
recois une seconde, qui me fasse faire de dignes
fruits de penitence, et m'empeche de retouruer a
mon premier vomissement.
ti. C'est done ce qui me reste a demander et a
obtenir, avant d'entreprendre de m'elever plus
haut et de baiser un endroit plus sacre. Je ce veux
pas m'elever si haut en si peu de temps, je veux ne
m'avancer que peu a peu. Car autant l'impudence
d'un pecheur deplait a Dieu, autant la modestie
dun penitent lui est agreable. II y a loin, et il
n'esl meme pas facile d'aller du pied a la bouche,
et il y aurait meme de l'iiTeverence a passer sitot
de I'un a I'autre. Quel execs de nardiesse, en elfet !
Em ore tout souille des ordures du peche, oser
toucher a sa bouche sacree? Ce n'est que d'bier
que vous etes tires de la bone, et vous aspireriez
des aujourd'hui a la majeste de son visage?
11 faut auparavant que vous baisiez sa main,
quelle essuie vos impuretes, et qu'elle vous releve.
Mais comment vous relevera-t-elle ? C'est en vous
donnant sujet d'as[iirer plus haut : qu'est-ce a
dire ? e'est-a-dire en vous accordant la beaute de la
continence, et les dignes fruits d'une penitence
sincere, qui sont les oeuvres de piete. Ces graces
vous releveront du fumier oil vous etes couehe, et
\<uis feront esperer de monter un peu plus haut :
et aprcs que vous aurez recu ces dons, baisez-lui
la main, e'est-a-dire, ne vous en attribuez point la
gloire ; mais donnez-la lui tout entiere. Offrez-lui
un double sacrifice de louanges, et parce qu'il vous
a pardonne vos crimes, et parce qu'il vous a donne
des vertus. Autrement voyez comment vous pourrez
vous defendre de ces paroles del'Apotre : «Qu'avez-
vous que vous n'ayez recu ? Et si vous l'avez recu
pourquoi vous en glorifiez-vous comme si vous ne
l'aviez point recu (I Cor. iv, 7). »
5. A ores que ces deux baisers vous auront donne ,Le, b«'»*'
i ,, ... . de labciachs
une double preuve do la bonte divine, peut-etre est celui des
serez-vous plus hardi a entreprendre quelque chose P*""1'-
de plus saint. Car, a mesure que vous croitrez en
grace, votre conQance augmentera, vous aimerez
d'un amour plus fervent, et vous frapperez a la
porte avec plus d'assurance, pour obtenir ce dont
vous sentirez le besoin ; or on ouvre a celui qui
talem accipe ralionem. Si dixerit mihi Jesus, Dimiltun-
tur tibi peccata tua; nisi ego peccare desiero, quid pro-
derit? Exui tunicam meam : si reindueroeam, quantum
profeci? Si rursus pedes meos, quos laveram, inquina-
vero; numquid aliquid lavisse valebit? Soi'dens omni
genere vitiorum jacui diu in luto faecis : sed erit sine
dubio rccidenti, quam jacenti detenus. Denique qui me
sanum fecit, ipsum mihi dixisse recordor. Ecce tonus
factus es, vade, jam amplius noli peccare, ne deterius
aliquid tibi conlinyat. Qui autem dedit voluntatcm poe-
nitendi, opus est ut addat et continendi virlutem : ne
iterem peenitenda : faciamque novissima mea pejora
prioribus. VaE enim mihi etiam poenitenti, si statim
subtraxerit manum, sine quo nihil possum facere. Nihil
inquam : quia nee poenitere.neccontinere. Audio proinde,
quod consulit Sapiens : Verbum, inquit, in oratione ne
teres. Paveo et quod Judex inlcntat arbori non facienti
ifructum bonum. Falcorpro hujusmodi non sum omnino
contentus priori gratia, qua jam malorum sum pienitens,
nisi et secundam accepero, ut videlicet dignos faciam
pcenltentiae ftuctus ; et deinceps non reverlar ad vomi-
tum.
4. Hoc ergo restat mihi prius petendum et accipien-
pum, quam praesumam altiora et sacratiora contingere.
Nolo repente fieri summus : paulatim proficere volo.
Quantum displicct Deo impudentia peccatoris, tantutn
poenitentis verecundia placet. Citius placaseum, si
mensuram tuam servaveris, et altiora te non quEesieris.
Longus saltus et ardutis est de pede ad os, sed nee ac-
cessus conveniens. Quid enim ? Recenti adhuc respersus
pulvere, ora sacra eonlinges? Heri de luto tractus, hodie
vullui gloria; praesentaris ? Per manum tibi transitus sit.
Ilia prius tc tergal, ilia te erigat. Quomodo erigat?
Dando unde praesumas. Quid istud? Decor continentis,
et digni pcenitentiae fructus, qua3 sunt opera pietatis.
IIa?c le de stercore erigent in spem audendi potiora.
Sane accipiendo donum, osculare manum : hoc est, non
tibi, sed nomini ejus da gloriam. Da seme], et da ite-
rum, turn pro donatis criminibus, turn pro collatis vir-
tutibus. Aut certe videto undo munias frontem contra
ictus istos : Quid habes quod non accepisti? Si autem
accepisli, quid y/uriaris, quasi non acceperis ?
5. Jam tandem in osculis duobus geminum habens
divina: dignationis experimentum, forsan non confunde-
ris piaesumere sanctiora. Quantum quippe crescis in
gratiam, tantum ct in fiduciam dilataris. lnde fit, ut et
ames ardentius, et pulses fidentius pro eo quod tibi
deesse sentis. Poito pulsanti aperielur. Jam summum
QUATRIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
frappe. Et dans cette disposition, je crois qn'on ne
vous refusera pas ce baiser, le plus excellent et le
plus saint de tous, et qui enferme en soi des con-
solations et des douceurs ineffables. Voici done la
voie et l'ordre qu'on doit suivre. D'abord nous nous
jetons aux pieds du Seigneur, et nous pleurons de-
vantcelui qui nous afaits, lesfautes que nousavons
comraises. Ensuite nous cherchons cette main
favorable qui nous releve et fortilie nos genoux
defaillaDts. Enfin, apres avoir obtenu ces deux pre-
mieres graces avec beaucoup de prieres et de
larmes, nous nous hasardons a nous elever jusqu'a
cette boucbe pleine de gloire et de majeste, je ne le
dis qu'avec frayeur et trernblement, non-seulement
pour la regarder, mais meme pour la baiser, parce
que le Christ notre Seigneur est l'esprit qui precede
notre face. Et par ce saint baiser nous nous unis-
sons etroitement a lui, et nous devenons, par un
effet de sa bonte infinie, un nieme esprit avec lui.
Aspiration 6. C'est avec raison, Seigneur Jesus, oui e'est
avec raison que tous les mouvements de mon cceur
tendent vers vous. Ma face vous a ckerche ; je
cbercherai, Seigneur, votre visage adorable. Car
vous m'avez fait sentir votre misericorde des le
matin, lorsqu'etant couche dans la poussiere, et
baisant les traces sacrees de vos pas, vous m'avez
pardonne les desordres de ma vie passee. Puis,
quand le jour a grandi, vous avez rejoui Time de
votre serviteur, lorsque, par le baiser de votre main,
vous lui avez aussi accorde la grace de bien vivre.
Et niaiutenant, que reste-t-il, Seigneur, sinon que,
daignant m'admettre aussi au baiser de votre bou-
cbe divine, dans la plenitude de la lumiere, et dans
la ferveur de l'esprit, vous me combliez de joie par
la jouissance de votre visage ? Apprenez-moi, 6 Sei-
143
gneur tres-doux et tres-aimable, appreuez-moi oil
vous paissez, oil vous vous reposez en plein midi.
Mes freres, il fait bon ici pour nous, mais voici que
la malice du jour nous en retire. Car ceux dont on
vient de m'annoncer l'arrivee m'obligent d'in-
terrompre plut&t que de finir un discours si agrea-
ble. Je vais done aller moi-meme au-devant de nos
hotes, afin de ne manquer a aucuu devoir de la
cliarite dont nous parlous, de peur qu'il ne nous
arrive d'entendre de nous ces paroles ; « Us disent,
et nefont point [Matth. xxiii, 3). » Cependant, mes
freres, priez Dieu qu'il ait agreable le sacrifice
volontaire que ma bouche lui offre, afin qu'il serve
pour votre edification, et que son saint nom en
soit loue et glorifie.
SERMON IV.
Des trois progres de I'dme, signip.e's par les frois
baisers des pieds, de la main et de la bouche du
Seigneur.
1. Nous avons parte hier des trois progres de
l'ame, figures par les trois baisers. Je crois que
vous ne l'avez pas oublie. J'ai dessein aujourd'bui
de continuer ce sujet, selon que Dieu daignera par
sa bonte, inspirer mon neant. Nous avons dit, si Les trois
1 - 1 . baisers
vous vous en souvenez bien, que ces baisers se sont trois
donnent aux pieds, a la main et a la bouche de . 6!?.ts
„, . de lame.
Jesus-Christ ; en rapportant chaque baiser a cha-
cune de ces parties. Le premier est pour ceux qui
commencent a se convertir. Le second pour ceux
qui sont plus avances. Et le troisieme n'est accorde
qu'a ceux qui sont parfaits et qui sont rares. C'est
par ce dernier, que commence cette partie de l'E-
illud, quodcunque est summae dignationis et mirae sua-
vitatis osculum, credo non negabifur sic atTecto. Haec
via, hie ordo. Primo ad pedes procidimus, et ploramus
coram Domino qui fecit nos, ea quae fecimus nos. Se-
cundo manum quaerimussublevantis, et roborantis genua
dissoluta. Postremo cum ista multis precibus et lacry-
mis obtinemus, turn demum audemus forsitan ad ipsum
os gloriae caput attollere, pavens et tremens dico, non
solum speculandum, sed etiam osculandum : quia spiri-
tus ante faciem nostram Cbristus Dominus : cui adlia;-
rentes in osculo sancto, unus spiritus ipsius dignalione
efficimur.
6. Tibi, Domine Jesu, tibi merito dixit cor meum,
exquisivit te facies mea, faciem tuam, Domine, requi-
ram. Nempe auditam fecisti mihi mane misericordiam
tuam, cum jacenti primum in pulvere, tuaque deoscu-
lanti reverenda vestigia, quod male vixeram remisisti.
Porro in prc.gressu diei laeliflcasti animam servi tui,
cum deinde in osculo manus etiam bene vivendi gra-
tiam indulsisti. Et nunc quid restat, o bone Domine,
nisi ut jam in plenitudise lucis, in fervore spiritus ad
oris quoque osculum dignanter admittens, adimpleas me
lstitia cum vultu tuo? Indica mihi, o suavissime, o se-
renissime, indica mihi, ubi pascis, ubi cubas in meridie
Fratres, bonum est nos hie esse : sed ecce avocat nos
diei malilia. Hi siquidem, qui modo supervenisse nun-
tiantur, gratum cogunt rumpere magis quam linire
sermonem. Ego exibo ad hospites, ne quid desit ofliciU
ejus, de qua loquimur, charitatis, ne forte et de nobis
audire contingat : Dicunt enirn, et non faciunt. Vos
orate interim, ut voluntaria oris mei beneplacita faciat
Deus ad vestram ipsorum aediflcationem, et laudem et
gloriam nominis sui.
SERMO IV.
De triplici profectu animre, qui fit per osculum pedis,
manus, et oris Domini.
1. Triplicem quemdam animae profectum sub nomine
trium osculorum sermo hesternus complexus est. Num-
quid excidit vobis ? Is mihi hodierna disputatione
prosequendus erit, prout parare dignabitur in dulcedine
sua pauperi Deus. Diximus, si recolitis, ilia oscula sumi
ad pedes, ad manum, ad os, singula singulis referentes.
In primo sane primordia dedicantur nostra? conversio-
nis : secundum autem proficientibus indulgetur : porro
tertium sola experitur, et rara perfectio. Ab hoc solo,
144
OEIYUES DE SAINT RERNARD.
criture, que nous nvons entrepris de traiter ; voila tement pourquoi j'appelle baisers le premier et le
pourquoi nousavons ajoute les' deux autres, Je vous second de cea avancements spirituals. Nous savons
laisse a juger s'il y avait necessite de le faire. La tousque le baisei est un signe »le paix. Or si,
force meme des choses semble le demander, et y corame dil l'Ecriture, nos peches nous separent
porte naturellement. Et je ne doute point que vous d'avec Dieu (Sa/>. i,A), quand ondtece qui est entre
ne reeonnaissiez aussi qu'il taut qu'il y ait eu, eu lui et nous, on a la paix. Lors done que, satisfai-
effet, d'autres baisers dont l'Epouse a voulu distin- sant a sa justice, nous nous reconcilions avec lui
guer celui de la bouche, quand elle dit : « Qu'il par la destruction de cepeche qui nous en separait,
me baise d'un Laiser de sa bouche (Cant, i, 1). » le pardon que uous recevons se peut-il appeler
Pourqnoi, en effet, lorsqu'elle pouvait se contenter autrement que baiser de paix ? Or, ce baiser ne
de dire qu'il me baise, a-t-elle ajoute expressement doit point etre pris autre part qu'aux pieds. Car,
et precisement d'un baiser de sa boucbe, eoutre la la satisfaction <pii estle remede d'une orgueUleuse
coutume etl'usage ordinaire de parler, sinon pour transgression de la loi de Dieu, doit etre humble et
montrer que le baiser quelle demandait, est le pleine de confusion.
plus excellent, mais n'est pas le seul? De fait, dans 3. Mais, lorsque la grace se communique a nous
le langage ordinaire, nous disons simplement, bai- d'une facon, pour ainsi dire, plus familiere el plus
scz-moi, ou donnez-moi un baiser, sans que jamais abondante, pour nous faire mener une vie mieux
on ajoute de votre bouche. En effet, quand deux reglee et une conduite plus digne de Dieu, nous
personnes se disposent a se baiser, est-ce qu'elles commencons a lever la tete avec plus de conflance,
n'approchent pas runedel'autre leurs levres sans se a sortir de la poussiere et a baiser la main de notre
demander expressement de le faire. Ainsi, par bienfaiteur; si toutefois, loin de nous glorifier d'un
exemple, lorsque l'Evangeliste raconte comment si grand bien, nous en donnons toute la gloire a
Judas trahit notre Seigneur par un baiser, il dit, celui qui en est l'auteur; et si, au lieu de nousat-
« et Judas le baisa(xU<»r. xiv, 45), n sans ajouter que tribuer ses dons, nous ne les rapportons qu'a lui
ce fut avec sa bouche, ou d'un baiser de sa bouche. seul. Autrement, si nous nous gloriflons en nous-
C'est ainsi que s'exprime quiconque parle ou ecrit. memes plutot que dans le Seigneur, nous baisons
11 y a done trois etats ou trois progres de lame, notre main, non pas la sienne ; ce qui, au juge-
qui ne sont bien connus que de ceux qui les ont ment du saint homme Job (Job xxxi, 28), est le
eprouves, lorsque, autant qu'il se pent dans ce plus grand de tous les crimes et une espece d'ido-
corps fragile et mortel, ils considerent, soit le par- latrie. Si done, suivant le temoignage de l'Ecriture,
don qu'ils ont recu de leurs mauvaises actions, soit chercher sa propre gloire, e'est baiser sa main, il
la mace qui leura ete donnee d'en faire de bonnes, s'en suit qu'on peut dire avec assez de raison que
ou enlin, la preference de celui qui leur a commu- celui qui rend gloire a Dieu, baise la main de Dieu.
nique taut de biens et de faveurs. Nous voyons que cela se pratique de meme parmi
2. Mais, je veux encore vous expliquer plus net- les hommes, et que les esclaves ont coutume de
I-e baiser
des pieds
est un sipne
de paii.
Le baiser
de la main
consiste a
renilro
gloirea Difiu.
quod ullimum positum est, sumpsit exordium Scriptura
ista quam tractare suscepirnus, et ipsius causa reliqua
duo a nobis adjuncts sunt. An vero necossarie, vosju-
dicabitis. Puto enim fades ipsa eloquii facile admonet
et ista requirere. Mirum vero si non et vos advertitis,
oportcre revera esse aliud,sive aliaoscula, a quibusillud
oris dislinguere voluit qui dixit : Osculetur me i
oris sui. Cur enim, cum sufficere poterat dixisse simpli-
citcr, osculetur me; pra>ter morem tamen usumque lo-
quendi, dislincte et signanter adjecit, osculo oris sui,
nisi ut ostenderet ipsum , quod pctebat osculum ,
summnm esse, non solum ? Nonnc denique ita invicem
loquimnr, osculare me, vcl, da mini osculum : et ne-
mo scquilur ut dicat, ore tuo, sive, osculo oris tui ?
Quid? allerutrum oscuhiri paranles, num versus invicem
ora tendimus, qua? tamen ab invicem non requirimus
nominalim ? Denique qui narral, verbi gratia, a Domino
Busceptum in osculo proditorem, Et osculaius est, ait,
earn; nee addidit, ore suo, vel, osculo oris sui. Sic ni-
mirum omnis et qui scribit, et qui loquitur, consucvit.
Sunt ergo hi tres animarum affeclus sive profectus, ex-
perts duntaxat satis noti et manifesti, cum aut de actis
malis indulgenliam, aut de bonis agendis gratiam, aut
Ipsius eliam indultoris et benefactoris sui preesentiam, eo
quidem modo quo in corpore fragili possibile est, obti-
nent intueri.
2. Caetcrum primum et secundum qua ratione oscula
nominavcrim, manifestius accipite. Osculum, pacis in-
dicium esse omnes novimus. Porro autcm si, ut Scrip-
tura loquitur, peccata nostra separant inter un; et
Deum ; tollatur de medio quod interest, et pax est. Cum
ergo satisfacimus, ut ablato quod separat peccato rccon-
ciliemur , indulgenliam quam recipimus, quid nisi quod-
dam osculum dixerim pacis? [dque interim non alibi,
quam ad pedes sumendum. Ilumilis quippe et veic-
cunda debet esse satisfactio, qua emendatur superba trans-
gicssio.
3. At cum cliam ad vivendum emendatius, Deoquo
dignius convcrsandum, placita quadam amplioris gratia?
familiaritate donamur ; ampliori liducia caput jam leva-
mus de pulvere, largitoris, ut assolet, manum oscula-
turi ; si tamen dc accepto munere non noslram, sed
auctoris gloriam quccrimus, eique sua dona, ct non no-
bis adsciibimus. Alioquin si in le, ct non magis in
Domino gloriaris, propriam profecto, et non Domini
manum osculari convinceris : quod juxta beati Job sen-
tentiam, est iniquitas maxima, et negatio in Deum. Si
ergo, ad Scriptura1 testimonium, propriam gloriam qua?-
a Dieu.
QUATRIEME SERMON SUR LE
baiser le pied de leurs maitres, lorsque, apres les
avoir offenses, ils leur demandent pardon, et les
pauvres, les mains des riches lorsqu'ils en recoivent
qnelque assistance.
En quel sens 4. Mais Dieu elant uu esprit, une substance sim-
on attribue . r *
des niembres pie, depourvue de membres, il se trouvera, peut-
elre, quelqti un qui ne voudra point admettre ce
que nous avons dit, et me demandera que je lui
montre les mains et les pieds de Dieu, afin de jus-
tifier ce que j'ai avance du baiser du pied et de la
main. Mais que me repondra-t-il a mon tour, je de-
m mile a celui qui me fait celte question qu'il me
montre aussi la bouche de Dieu pour justifier ce que
l'Ecriture dit du baiser de la Louche? car, s'il a l'une
de ces parties, il a necessairement les autres, et, si
les autres lui manquent, celle-la lui manque aussi.
Disons done que Dieu a une bouche de laquelle il
instruit les hommes; qu'il a une main avec laquelle
il donne la nourriture a tout ce qui a vie ; et
qu'il a des pieds dont la terre est l'escabeau, et
vers lesquels les pecheurs de la terre se tournent
et s'abaissent pour satisfaire a sa justice. Dieu done
a toutes ces choses, mais il les a par les effets, non
par sa nature. L'ne confession pleine de regret et
de honte, trouve en Dieu ou s'humilier et s'abais-
ser profondement ; une ardente devotion, ou se
renouveler et se fortifier ; et une douce contempla-
tion, oil sereposer dans ses extases. Celui qui gou-
verne toutes choses est tout a tous, mais a propre-
ment parler, il n'est rien de toutes ces choses. Car,
si on le considere en lui-meme, il habite une
lumiere inaccessible (1 Tim. vi, 16). Sa pais sur-
passe tout ce qu'on sen pent imaginer (Phillip, iv,
1); sa sagesse n'a point de homes, ni sa grandeur
de linxites ; et nul homme ne le saurait voir en cette
rere, propriam est osculari manum : profecto qui dat
gloriam Deo, Dei dicitur non incongrue manum oscu-
lari. El in hominibus quidem ila esse videmus, servos
videlicet offensorum dominorurn osculari solere pedes,
cum ab ipsis veniam petunt; cl pauperes divitum ma-
nus, cum ab eis munus accipiunt.
4. Verura quia spiritus est Deus, et nullis simplex ilia
substantia membris distincta corporeis : erit fursan qui
nullatenus de illo recipiat tale aliquid, scd a me sibi
Dei manus vel pedes flagilet demonstrari,sicq;ie probari
quod de osculo pedum manusve diffinio. Sed quid si et
ego vicissim ab ipso meo sciscitatore de ore quoque
Dei requisiero, quatenus quod de oris osculo Scriptura
loquitur, ad Deum peptinere demonstret? Nempe ant
cum isto simul et ilia habet, aut cum illis pariter et isto
caret. Scd enim et os habet Deus, quo docet hominem
scienliam ; et manum habet, qua dat escamomni carni;
et pedes habet, quorum terra scabellum est, ad quos
nimirum peccatores teme conversi atque humiliati sa-
tisfaciunt. Haee,inquam, habet Deus omnia per affectum,
non per naturam. Invenit profecto apud Deum et vere-
cunda confessio, quo se humiliando dejiciat ; et prompta
devotio, ubi se innovando reliciat; et jucunda contem-
T. IV.
CANTIQUE DES CANTIQUES. 145
vie [Exod. sxxm, 29). Ce n'est pas qu'il soit bien
loin de chacun de nous, il est l'Etre de toutes cho-
ses, et sans lui tout retomberait dans le neant.
Mais ce qui est encore plus admirable, rien n'est
plus present que lui, et rien neanmoins n'est plus
incomprehensible. Car, qu'y a-t-il de plus present
a chaque chose que son etre propre ; et neanmoins,
qu'y a-t-il de plus incomprehensible pour chacun
que l'Etre de toutes choses ? Mais, si je dis que En quel sem
Dieu est l'Etre de toutes choses, ce n'est pas cm'elles ,?ieu ef '
aient le meme etre que lui ; mais e'est que toutes toutes chose,
choses procedent de lui, subsistent par lui, et sont
en lui (Rom. si, 36'. Celui qui a cree toutes choses
est done l'Etre de toutes les choses creees; mais e'est
comme cause et comme principe, non comme
matiere. C'est de cette sorte que cette haute Majesie
daigne etre a l'egard de ses creatures. 11 est en
general l'etre de tout, la vie des animaux, la
lumiere de ceux qui se servent de la raison, la
vertu de ceux qui s'en servent bien, et la gloire de
ceux qui triomphent.
5. Or, pour creer toutes ces choses, pour les
gouverner, les regler, les mouvoir, les faire croitre,
les renouveler, et les affermir, il n'a pas besoin
dinstruments corporeis, c'est par sa seule parole
qu'il a cree toutes choses, les corps et les esprits.
Les times ont besoiu de corps et de sens corporeis,
pour se faire connaitre les unes aux autres, et pour
agir les unes sur les autres. Mais, il n'en est pas'
ainsi du Dieu tout-puissant, parce que 1'effet suit
sa volonte avec une vitesse admirable, soit pour
creer les choses, soit pour les ordonner selon qu'il
lui plait. 11 exerce sa puissance sur qui il veut,
et autant qu'il veut, sans avoir besoin du secours
de membres corporeis. Mais quoi, pensez-vous que
platio, ubi excedendo quiescat. Omnia omnibus est qui
omnia administrat, nee quidquam est omnium proprie.
. quod in se est, lucem habitat inaccessibilem, et
Pax ejus exsuperat omnem sensum ; et Sapiential ejus
non est numerus, ct magnUudinis ejus non est finis ;
nee potest eum videre homo ut vivat. Non quod longe
ab unoquoque sit qui esse omnium est, sine quo omnia
nihil : sed (ut tu pins mireris) et nil eo prassenlius, et
nil incomprehensibilius. Quid nempe cuique rei praesen-
;uam esse suum? Quid cuique tamen incompre-
hensibilius, quam esse omnium '? Sane esse omnium
diverim Deum, non quia ilia sunt quod est ille ; sed
quia ex ipso, et per ipsum, et in ipso sunt omnia. Esse
est ergo omnium quae facta sunt ipse factor eorum, sed
causale, non materiale. Tali proinde modo dignatur ilia
majestas suis esse creaturis, omnibus quidem quod sunt
animantibus autem quod et vivunt : porro ratione uten-
tibus lux, recte vero utentibus virtus , vincentibus
gloria.
5. Et in his omnibus creandis, gubernandis, adminis-
trandis, movendis, promovendis, innovandis, firmandis,
nullis corporeis indiget instrumentis , qui omnia solo
verho et corpora creavit, et spiritus. Aniniae corporibus
10
146
pour recorder les ehoses que lui-meme a creees, il
ait besoin du secours des sens corpurcls ? Rieu ne
se cache et ne so derobe a sa lumiere qui est par-
tout presente, et, pour connaltre quelque chose, il
n'aque faire du ministere des sens. Non-seulement,
il connait toutes ehoses sans qu'il ait un corps ;
mais, il se fait connailre lui-meme a ceux qui ont
le cceur pur, sans l'entremise d'aucun corps. Je dis
souvent la merue chose en difierentes manures,
alin qu'on l'entende mieux. Mais commece qui me
reste de temps est court pour ache vercette matiere,
je suis d'avis que nous la remettions a deuiain.
SERMON V.
ne on a besoin
aussi.
II y a quatre
eortes
d'esprits.
La bfte a
Lesoindu
corps.
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
corps qu'il anime, aussitot que la bete meurt. Pour L'amehumai
ce qui est de nuns, il est vrai que nous vivons apres
que noire corps esl mort : mais nous ne possedons
que par le corps ce qui fait la vie bienheureuse.
C'est ce qu'avail eprouve celui qui disait : « Les
grandeurs invisibles de Dieuse connaissent et se
voient par les ehoses creees Rom, i, 20). » Car, les
creees, e'est-a-dire, les ehoses corporeUes et
visihles, ne viennent anotre connaissance que par
l'entremise des sens. Lescreatures spirituelles, telles
que nous , ont done besoin de corps , puis-
quesanslui, elles ne peuvent acquerir la science
des ehoses qui lout la felicite. Si on me dit que les
enfants regeneres par le bapteme ne laissent pas de
passer a la vie bienheureuse, ainsi que la foi nous
11 y a quatre sorles d'esprits; celui de Dieu, celui de l'enseigne, quoiqu'ils sortent du corps sans celte
range, celui de Vkomme et celui de la bite. science des ehoses corporelles ; je reponds, en un
mot, que ce privilege est, en eux, un eflet de la
1. 11 v a quatre sortes d'esprits que vous con- grace, non de la nature, or, je ne parle pas ici des
naissez, celui de la bete, celui de 1'homme, celui miracles de Dieu, mais des ehoses naturelles.
de l'ange et l'esprit de celui qui les a crees tous. 2. l'our ce qui est des espnts celestes, ils ont aussi Les angea
De tous ces esprits, il n'y en a pas un qui n'ait besoin de corps, on n'en pent douter en entendant en ™',niBa8"
besoin d'un corps, ou de la ressemblance d'un ces paroles vraies et vraiment divines : « Tous les
esprits bien heureux, dit l'Apotre, ne sont-ils par
les miuistres des ordres de Dieu, et envoyes pour
ceux qui sont destines a fheritage du salut, [Ihb.
1.14)? « Or, comment peuvent-ils aceomplir leur
ministere, sans seservir de corps, surtout aupres de
ceux qui vivent dans un corps? Enlin, il n'appar-
tient qu'aux corps de courir ca et la et de passer
d'un lieu a un autre. Or, unc autorite anssi connue
qu 'indubitable temoigne que les anges le font sou-
vent. De la vient qu'ils ont apparu aux auciens;
besoin.
corps, soit pour son usage particulier, ou pour
celui des autres, soit encore pour tous les deux a
la fois ; si ce n'est seulement celui a qui toute
creature, tant spirituelle que corporelle, dit avec
justice : « Vous etes mon Dieu, parce que vous
n'avez nul besoin de mes biens (Psal. xv, 2). »
Quant au premier de ces quatre esprits, il est cer-
tain que le corps lui est si necessaire, qu'il ne
peut en aucune facou subsister sans lui. Car il
cesse de vivre, aussi bien que de donner la vie au
et corporeis egent sensibus, quihus sibi inviccm inno-
tescant, et valeant. At non ita omnipotens Deus, cui de
aola voluntate cseteris suppetit efficientia tarn ereandis
rebus, quam ordinandis prout volueril. Valet cui vult,
quantum vult, et absque corporalium officio, obsequiove
membrorum. Quid ? ad inluenda qua? condidit ipse, pu-
tas sibi requirat corporei sensus adjutorium ? Nihil om-
nium omnino latet, aul effugit lucem ubique prsesenlem:
nee tamen ut agnoscat aliquid, necessarium habet re-
nuntiantis sensus ministerium. Xec solum universa nos-
cit sine corpore, sed et innotescit mundis corde sine
corpore. Dico autem idem lalius, ut planius fiat. Sed
forte quia Qniendi jam sermonis angustia non admittit,
consilii rnagis est ut in crastinuni differamus.
SERMO V.
De quatuor generihus spiriluum, videlicet Dei, angeli,
hominis, et pecoris.
1. Quatuor spiriluum genera nola sunt vobis, pecoris,
noster, angelieus, et qui condidit istos. Non est ex om-
nibus, cui sive propter se,sive propter alium, sive prop-
ter utrumque, necessarium corpus non sit, corporisve
similitudo, excepto duutaxat illo, cui omnis tarn corpo-
ralis, quam spiritualis creatura merilo confitetur, ct
dicit, Deus mews es tu, quoniam bonorum meorum non
eges. Et primum quidem Ita corpore egere constat, ut
nee subsistere absque illo ulcumque possit. Simul quip-
pe et vivificare desinit et, vivere ille spiritus, quando
moritur pecus. Verum nos vivimus quidem post corpus:
sed ad ca quibus beate vivitur, nullus nobis accessus
patel, nisi per corpus. Senserat hoc qui dicebat : Invisi-
bilia Dei per ea qua facta sunt, inteltecta conspiciuntur.
Ipsa siquidem qua; facia sunt, id est corporalia et visi-
biliaisfa, nonnisi per corporis instrumentum sensa, in nos-
tram notitiam veuiunt. Habel ergo necessarium corpus
spiritualis creatura qua; nos sumus, sine quo nimirum
nequaquam illam scientiam assequitur, quam solam ac-
ccpit gradum ad ca, de quorum Dtcognitione beata. I lie
si mihi objicitur de parvulis regenerates, quod absque
scicnlia rcruni corporalium exeuntes de corpore, ad
bealam vitam nihilominus transire credantur; breviter
respondeo hoc illis conferre gratiam, non naturam. Et
quid ad me de miraculo Dei, qui de naturabilibus dis-
sero?
2. Jam quod et superccelestcs spiritus opus corporibus
habeanl, ilia maxima certos nos faciat vera, et vcrc di-
vina Bententia : Nonne <<»tws, ail, administrated spiri-
tus sunt, missi in ministerium propter cox, qui haredi-
tatem capiunt salutis 1 Qnonam ergo modo implent
ministerium suum absque corpore, prajserlim apud vi-
ventes in corpore ? Deniquc non est discurrerc, ncc de
loco ad locum transire, nisi corporum : quod frequenter
CINQUIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
qu'ils se sont lave les pieds. Ainsi les esprits du
dernier ordre , et ceux du premier ont besoin
d'un corps qui leur soit propre, non pas nean-
moins pour s'en aider, mais pour aider les autres.
3. Les services que rendent les betes pour acquit-
ter la dette de leur creation ne se rapportent qu'au
temps et au corps. C'est pourquoi elles passent avec
le temps, etmeurent avec leur corps'; car un servi-
teur ne demeure pas toujours dans nne maison ;
mais ceux qui en font bon usage, rapportent tout
le service qu'ils en tirent a un gain spirituel qui
dure toujours. Quant a ran-:;, ilexerce des devoirs
de piete Jans une liberte lout cntiere, et sert les
bommes avec promptitude et allegresse, pour leur
procurer les biens futurs, parce qu'ils doiventetrea
jamais ses concitoyens, et les coheritiers de son eter-
nelle felicite. La bete done a besoin d'un corps pour
nous servir conformement a la condition de sa na-
ture , et l'ange pour nous rendre de pieux et cha-
ritables devoirs. Quant a eux, je ne vois pas quel
avantage ils en retirent, au moins pour l'eternite. Si
l'esprit irraisonnable parlicipe en quelque sorte a
la connaissance des choses corporelles par le moyen
du corps; son corps ne lui sert pas au point de
l'elever pen a peu par l'entremise des cboses sen-
; Perfection
da l'inlclli-
eence de
147
sens, par la seule vivacite de sa nature, et la pro-
xiniite de Dieu, il est suffisant pour comprendre
les cboses les plus elevees, etpour penetrer les plus
secretes. C'est ce que l'Aputre avait compris, lorsque
apres avoir dit : « Les grandeurs invisibles de Dieu
se voient par le moyen des cboses creeees, il ajoute
aussitot, par les creatures qui sont sur la terre,
{Rom. i. 2), » attendu qu'il n'en est pas ainsi des
creatures du ciel. Cet habitant du ciel par sa subti-
lite et sa sublimite naturelles, arrive avec une promp-
titude et une facilite merveiUeuses sans s'aider du
secours d'aucun sens, d'aucun membre, nid'aucun ■Vaae<: com-
objet corporel, la ou cetesprit enveloppe de chair, et ffftiS?
etranger ici bas, s'efforce d'arriver peu a peu, et
comme par degres, en se servant de la considera-
tion des choses sensibles. En effet, pourquoi cher-
cherait-il des sens spirituels dans la contemplation
des creatures corporelles, puisqu'il les lit sans con-
tradiction, et les entend sans difficulty dans le livre
de vie ? Pourquoi tirerait-il a la sueur de son front,
le.grain de l'epi, le vin du raisin, l'huile de l'olive.'
puisqu'il a en main toutes choses enabondance? Qui
voudrait aller mendier son pain chez les autres
quand il a chez soi du pain en abondance ? Qui se
mettrait en peine de creuser unpuitset dechercher
Lesbfetes
meine ser-
Tenta l'hora
ciKloc i .r,t iicu • . """"' cu i'cluc ue eieuser unpuits et de chercher
sibles, dont 1 ,„ fait part, jusqu'aux choses spiri- de 1'eau avec beaucoup de travail dans les entrailles
tuelles et mte hc-ih W? Ft fm,t«fn;, „™ i„„ „ :_... j .. i_ ».__. , .. leb ™lraiues
tuelles et intelligibles? Et toutefois par les sei
.._ passagers et corporels qu'il rend, il aide ceux qui
mXaers'eS f°nt servir les choses temporeUes an fruit des eter-
nelles, parce qu'ils usent de ce monde, comme n'en
usant pas.
4. Et pour l'esprit angelique, sans le secours du
corps, et sans voir les choses qui tombent sous les
ilerQelles.
de la terre, quand il a une source vive qui lui en
fournit ahondamment de tres-belle et de tres-claire ?
Ainsi done, ni l'esprit des animaux irraisonnables,
ni celuides anges, ne recoivent aucune aide de leurs
corps, pour posseder les choses qui rendent heu-
reuse la creature spiriluelle; Tun ne les comprend
point a cause de sa stupidite natureUe, et l'autre
• at. tameD,
* at. concm
bus.
angelos facere tam indubilafa, quam nota probat auc-
toritas. Hinc est quod est visi sunt Patribns, ct ad eos
lnlrayerunt, et manducaverunt, et pedes laverunt. lta
inferior superiorque spirilus propriis corporibus egent,
sed tantum • quibus juvent, non eliam juventur.
3. At pecus quidem ex debilo servitutis, et ad usus
tantum temporalium corporal iuaique necessitatum ju-
vando servit : ideoque ille spiritus et cum tempore
transd, et cum corpore deficit. Serves quippe non ma-
net in domo in aeternum ; licet qui bene eo utuntur
oninem usum hujus temporalis servitulis ad quantum
referent a;ternorum. Angelus vera curat satagitque in
libertale spirilus administrare officium pietatis, futuro-
rum bonorum promptum mortalibus alacremque minis-
trum sese exhibens, ulpole suis in ajlernum futuris
civibus *, et cohsredibus superme jucunditatis. Ille ergo
ut jure serviat, iste ut pie subveniat, ambo proculdubio
suis corporibus egent ut juvent. Nam in quo ipsi eis
juventur, non video, ad profectum dunlaxat KtemitatK
Irrationahs nempe spirilus, etsi corporalia per corpus et
ipse baunat; nnmquid lamen eousque juvatur corpore
suo, ut per corporalia et sensibilia qua; per illud sentit
etiam ad spiritualia et inlelligibilia proficendo perlin-
gat ? Ad qua; tamen capessenda pro suo corporali tem-
porahque obsequio nosdtur juvare illos, qui omnem
usum rerum temporalium ad fructum transferunt ajter-
narum, utentes hoc mundo, tanquam non utentes.
4. Porro autem superccelestis spirilus absque adjutorio
corporis, et absque intuitu horum qua; per corpus sen-
tiunlur, sola profecto sua; vicinitate ac vivacitafe natura;
suificit apprebendere summa, et intima penetrare. An
non hoc Apostolus intellexit, qui cum diceret, Invisibi-
lia Dei per ea qum facta sunt inteUecta conspieiuntur ■
adjecit protinns, a creatura mundi? Ximirum quoniam
a creatura cceli non ila. Quo enim is involutus came et
terras incola spiritus, ex consideratione sensibilium pro-
ficiens, gradatim quodam modo paulatimque nititur per-
venire : eo ille ccelestium habitator ingenila subtilitate
ac sublimitate sua, in omni velocitate facilitateque per-
tingit, nullo uUque sensus corporei adminiculo fultus,
nullo corporei membri adjutus officio, nullo corporeal
cujuscunque rei informatus intuitu. Cur enim inter cor-
pora spirituales scrutetur sensus, quos in libro vitas et
absque contradictione legit, et absque difficultate intelli-
git? Cur in sudore vultus sui laboret excutere grana de
paleis, de uvis vina, et de amurca oleum, qui ex omni-
bus satis abundeque ad manum habet? Quis mendicet
victum suum per domos alienas, in sua abundans pani-
bus? Quis puteum fodere curet, et in terra; visceribus
venas aquarum cum labore rimari, cui ultro affatim
aquas limpidas fons vivus emanal? Nee brutus ergo,
nee angelicus spiritus ad ea capescenda, qua? beatam
US
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
L'esprit dc
l'botnme a
besomdi- 1 ai-
de du corps
II j a des
[animaux qu
semblent
nuisibles et
qui sent uti
lesal'lioni-
me.
cori'S des
Bogea.
n'en a pas besoin a cause dela'gloire cruinentedont des choses cnVvs et visibles. Car le (liable et ses Le diabio
il jouit. satellites dont I'intention est tou jours mauvaise, ""'"^"j!"
5; Pour ce qui est de l'espritde I'homme qui tient desirent sans cesse nuire, mais a Dieu ae plaise venule
comme le milieu entre le plus eleve et le plus Las, que i e soit a ceux qui sunt remplis de zele et dont ' "'.[][[: *uJJn
il est evident qu'il a tellement besoin d'un corps, il estdit: « Qui vous pourra nuire, si vous etes pourrhom-
que, sans cela, il ue peut oi profiter lui-meme, ni pleins d'un bon zele, (i. Pet. m. v. 13)?». Au con-
servirles autres. ("ar, sans parler des autres parties train', Lis servent aux bons, quoique ce soit contre
du corps et deleurs usages, com ut.je vous prie, leur dessein, el Us contribuenl a leur bien et a leui
pourriez-vous,sanslalaDgue,instruire celuiquivous avantage.
ecoute, ouir sans oreilles celui qui vous instruit? 7. Aureste,les corps des anges leur sont-ils natu- Dontman
6. Puis done que sans le secours du corps, l'esprit rels, comme crux des hommes sont naturels aux
animal ne pent rendre les devoirs de sa condition homines, sont-ce des animaux commeles hommes,
servile, ni celui de l'ange accomplir son ministere mais immortels, ce que les hommes ne sont pas
de charite, ni l'ame raisonnable servir son prochain encore; changent-ils de corps et leur donnent-ils
par soi-meme, en ce qui regarde le salut, il paxait, telle forme et telle Qgure qu'il leur plait, lorsqu'ils
que tout esprit cr66 a absolument besoin de l'assis- veulent apparaitre, les rendant epais et solides,
tance du corps, ou pour l'utilite des autres, ou pour autant qu'ils le veulent, quoique en reality ils
la sienne et pour celle des autres et lasienneen soient impalpables et invisibles, a cause de leur
meme temps. II y a des animaux, direz-vous, qui nature subtile et deliee ? Ou bien, d'une substance
sont incommodes, et dont on nesaurait tirer aucun simple et spirituelle r' meme, prennent-ils ce corps,
avantage, llsserventau moinspourlavue,s'ilsn'ont lorsqu'il en est besoin, et apres avoir fait ce qu'ils
point d'autre usage, et ils sont plus utiles a l'ame souhaitaient, le quittent-ils et le font-ils resoudre
de ceux qui les regardent, qu'ils ne le pourraient en la meme matiere dont ils l'ont tire? Ce sont
etre au corps de ceux qui sen serviraient. Et, quand autant de questions que je vous prie de ne point
meme ils seraient nuisibles et pernicieux a la vie faire. I.es peres semblent partages la dessus, et
temporelle des bommes, il y a toujours en eux des pour moi, je no vols pas bien quelle est l'opinion
choses qui contribuent au bien de ceux qui selon vraie, j'avoue meme que je ne le sais pas. De
le decret eternel de Dieu, sont appeles a letat de plus, je crois que la connaissance de ces choses
saintete, sinon en servant d' aliment, ou en rendant serait assez inutile pour votre avancement spirituel.
quelque autre service, du moins en exercant l'es- 8. Sachez seulement, que nul esprit cree ne
prit par une voie facile, ouveite a tout homme rai- .
r r , a- Saint Bernard propose le meme doute, dans le livre v de la
sonnable, et en le conduisant a la connaissance des Consid^ration) chaPitre iv. On peut voir sur ce point les notes d6
grandeurs invisibles de Dieu, par la consideration Horstius.
spiritualem faciunt creaturam, suis ullo modo corpori-
bus adjuvantur; ille quidem pro innata stoliditate non
capiens, iste vero pro excellentioris gloriae prasrogativa
non indigens.
5. Porro hominis spiritum, qui medium quemdam in-
ter supremum el intimum tenet locum, usque adeo ad
utrumque necessarium habere corpus manifestum est,
ut absque eo nee ipse prolicere, nee alteri prodesse pos-
sit. Nam, ut taeeam membra cstera corporis, officiave
membrorum; quoniam modo, quajso, aut sine lingua
iustruis audientem, aut sine auribus percipis instruen-
tem?
G. Ilaque cum absque corporis adminiculo nee bestia-
lis spirilus servilis conditionis solvere debitum, neo spi-
ritualis ccelestisque creatura iuiplere ministerium pieta-
tis, nee rationalis aniuia tarn proximo, quara etiam sibi
sufliciat consulnre ad salutem ; liquet omnem creatum
spiritum, sive utjuvet, sive ut juvetur simul et juvet,
corporeo prorsus indigere solatio. Quid enirn si qua
animantia, quantum ad usum sui, reperiantur incommo-
da, nullisque apta usibus huinanarum necessitatum ?
Prosunt prol'ecto visu, et si non usu ; utiliora cordibus
intuentium, quam nleiiliiiin esse corporibus posaent.
Etsi nociva, etsi etiam pernioiosa temporali hominmn
constet esse saluti ; non tamen deest eorum corporibus
unde cooperentur in bonum his, qui secundum propo-
situm vocati sunt sancti ; etsi non cedendo in cibum,
aut exhibendo ministerium, certe ingenium exercendo,
juxta eum, qui utique omni utenli ratione prasto est,
communis disciplinas profectum, quo invisibilia Dei per
ea qua; facta sunt intellecta conspiciuntur. Nam et dia-
bolus ej usque satellites, cum sit semper eorum maligna
inlenlio, nocere quidem semper cupiunt, sod bonis
aemulatoribus, quibus dicitur, Quis vobii nocere poterit,
si bom annulatores fueritis ? absit ut possint : magis
autem pi osuni et * nolentes, cooperanturque in bonu mbi inis
7. Ca-lenim angelica corpora, utrumnam ipsi> spiriti-
bus naturalia sint, sicut omnibus sua; et sint animalia
sicut homines, immortalia tamen, quod nondum sunt
homines ; porro ipsa corpora mulcnt et versent in for-
ma et specie qua volunt quando apparere volunt, den-
sanles el sulidantes ea quantum volunt, cum tamen in
sui verilale pra? subtililate nature atque substantia suce
impalpabilia sint, et nostrisomnino inatlingibilia visibus:
an vero simpliei spiritual! substantia subsislonles, cor-
pora cum opus est sumanf, rursumque expleto opere
ponant in eamdem, de qua sumpla sunt, materiam dis-
BOlvenda; nolo ut a me requiralis. Videntur Patres de
hujusmodi diversa sensisse ; nee mihi pcrspicuum est,
unite allei'uliuin doceam ; et nescire me fateor. Sed et
vestri.s profe abus non multum couferre arbitror harum
reruin notitiatn.
Etiam
CINQUIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
s'unit de lui-rnerne au notre, en sorte que, sans
le secours d'aucun corps, il se confuiule lelleuient
ayec nous, que par cette communication ou cette
infusion, il nous rende savants ou plus savants,
bons ou meilleurs. Nul ange, a nulle ame n'est
capable de se joindre ii moi de cette facon, ni moi
de la recevoir. Les Anges meme ne sauraient non
plus se joindre les uns a\ix autres. Cette prerogative
n'est reservee qu'a l'esprit souveraiu, a cet esprit
sans bornes et sans limites, qui seul, lorsqu'il ins-
truit les anges ou lesbommes, n'a que faire de nos
oreilles pour se faire entendre, non plus que de
boucbe pour parler. 11 se repand dans nos ames
par lui-meme, il se fait connaitre par lui-meme.
Etre pur, il est compris par ceus qui sont purs.
Seul il n'a besoin de personne, seul il suffit a
lui-meme et a tous par sa seule toute-puissante
volonte.
Pourqnoi 9. Ce n'est pas qu'il n'opere aussi un nombre
d<a creatures muiu de choses merveilleuses par les creatures cor-
pour ses porelles ou spirituelles qui lui sont soumises ; mais
actions. r, , i * ,
c est en commandant, non pas en empruntant leur
concours. Par exemple, de ce qu'il se sert main-
tenant de ma langue pour faire son ceuvre, e'est-
a-direpourvous instruire ; e'est uneffetdesa bonte,
non de son indigence, puisque sans doute il le
pourrait faire par lui-meme, et avec beaucoup
plus de grace el de facilite. Ce n'est pas non plus
pour se soulager qu'il le fait ; mais pour que j'ac-
quiere des merites a votre [progres dans la
vertu. 11 faut que tout bomme qui fait du bien
149
soit bien convaincu de cela, depeur qu'il ne se glo-
rifie des biensdeDieu en lui-meme, et non pas dans
le Seigneur. II y en a pourtant qui font le bien
sans le vouloir, comme uu bomme mediant, ou un
in mvais ange. Et, en ce cas, il est certain que le
bien qui est fait par lui, n'est pas fait pour lui,
puisque nul bien ne peut servir a celui qui le fait
malgre soi. 11 n'en est done que le dispensateur, et
je ne sais comment un bien qui est fait par un
mauvais dispensateur nous en semble plus doux et
plus agreable. Et e'est pour cela que Dieu fait aussi
du bien aux bons par les mecbants, car il n'a pas
besoin de leur ministere pour atteindre ce but.
10. Quant aux etres qui n'ont ni raison ni senti-
ment, il est constant que Dieu sen sert beaucoup
moins pour agir. Mais quand ils contribuent aussi
a quelque bonne ceuvre, on voit bien que toutes
choses obeissent a celui qui a droit de dire : « Toute
la terre est a moi. (Psal. xlix, 12). » Ou plut6t,
parce qu'il sait parfaitement quels sont les moyens
les plus convenables pour faire quelque chose, il
ne cberche pas tant la vertu des creatures corpo-
relles dont il se sert, que la convenance et le rap-
port qu'elles ont avec les eilets pour lesquels il
s'en sert. Supposant done comme certain, qu'il se
sert ordinairement fort a propos des corps pour
accomplir ses ouvrages, comme, par exemple, des
pluies pour faire germer les semences , pour mulT
tiplier les bles, et pour murir les fruits : dites-moi,
je vous prie, s'il avait un corps, ce qu'il en ferait,
lui a qui il est certain qu'au moindre signe, tons
a Saint Bernard tr aite admirablement bien ce sujet dans le
livre v de la Consideration, n. 12. on il s'exprime ainsi : « Les
anges soot en nous par les bouoes pensees qu'ils nous suggerent
non par le bien qu ils y operent, ils nous exbortent au bien
mais ne le creent pas en nous. Au contraire, Dieu est en nous
de telle sorte qu'il affecte directemeut notre ame, qu'il y fait
8. Illud aulem scitote, nullum creatorum spirituum
per se nostris mentibus applicari, ul videlicet, nullo me-
diante noslri suive corporis instrumento, ita nobis im-
miscealur vel infundatur, quo ejus participationc docti
sive doctiores, vel boni sivc meliores efticiamur. Nullus
angelorum, nulla aniniarum hoc modo mihi capabilis
esl, uullius ego capax. Nee ipsi angeli ita se altcrutrum
capiunt. Sequestretur proinde praerogativa haec summo
ac incircuuiscripto Spiritui, qui solus, cum docet ange-
lum sive hominem scientiam, instrumentum non qmerit
nostra corporeae auris, sicut nee sibi oris. Per se in-
fundilur, per se innolescit, purus capitur a puris. Solus
nullius indiget ; solus et sibi, et omnibus de sola omni-
poleuti voluntate sufficiens.
9. Operatur tamen iaimensa et innumera per subjec-
tam creaturam corporalem, sive spirilualem : sed quasi
imperans, non quasi mendicans. Kn, verbi gratia, quod
linguam meam corporalem assumpsit nunc in opus suum,
docerc videlicet vos, cum per se absque dubio facilius
BDaviusque id posset; profecto indulgenlia est, non indi-
gentia. In profectu siquidem vestro meritum qua>rit
niibi, non sibi solatium. Idipsurn sapere opus est omiii
couler ses dons, ou plutot, qu'il s'y repand lui-mfime et nons fait
participer a la divini'e, a ce point qu'un auteur n'a pas craint de
dire qu'il ne fait plus qu'un avec nous... Les anges done sont
avec notre ame, Dieu est au dedans d'elle. » Voir les notes de
Ilorstius sur ce sermon et sur le sermon xsii, n. 6.
homini operanfi bonum, ne forte in se de bonis Dominj
et non in Domino glorietur. Est tamen qui bonum ope-
ratur non volens, sive homo malus, sive angelus ma-
lus : et constat non fieri propter eum, quod fit per
eum, cum prodesse nullum bonum possit invito. Igi-
tur ei quidem dispensatio tantum credita est : sed
nescio quomodo gratius jucundiusque sentimus bo-
num, quod per malum dispensatorem ministratur.
Ipsa est ergo causa, cur et per malos Deus faciat bona
bonis ; non auteni, quod opera eorum indigeat in bene-
faciendo.
10. Porro his qua ratione vel sensu carentia sunt,
multo minus Deum egere quis dubitet ? Sed quando
in opus bonum et ipsa concurrunt, apparet quoniam
omnia serviunt ei, cui merito estdicere : Mens est orbis
terroe. Aut certe quia novit quae per qua? convenientius
fiant; de servitute corporeae creaturae nonefficaciamquae-
rit sed congruentiam. Esto deinde quod corporum mi-
nisteriaopportune plerumque divinis operibua applicentur,
ut verbi gratia, pluvia? vivificandis seminibus, vel mul-
tiplicandis segetibus, vel fructibus maturandis ; quid
proprio, quaeso de corpore facere habet, cui ad nutum
150
OEITRES DE SAINT BERNARD.
les corps obeissent inditlereinment, tant celestes creelui obeit, el eela sans l'entrernise et l'assistance
d'aucune rporelle ui spiriluelle. II en-
seigneou avertil sans le secours d'une langu ■ ;
il donne ou lient sans avoir de mains; sans picds
U i ou i. ■' : : i inii qui perissent.
2. II en agissait souvent ainsi avec nos peres D'oii viem
peut-etre les forces de plusieurs. C'est pourquoi . Les hommes ressentaiest qtn^yi"
reineltous a une autre fois ce qui nous reste a des bienfaits continuels ; mais ils ne savaient pas sentaient pa».
que terrestres? II lui serail sans doute superflu
d'en avoir un, puisqu'il n'en trouve point qui ae
lui obeisse. Mais si nous voulions ren termer
dins ce discours tout ce qui se presente a dire
sur ce sujet, •, il serait Irop long el depasserait
II n'y a qn
Dies qui
n'ait [>; 35
besoin de
corps.
dire
SERMON VI.
L'esprit supreme cl incit consent est Dieu : en quel
sens on dit que lespieds de Dieu,$oni la misericorde
el lejugenanl.
1. Afin de relier ce discours an precedent, sou-
yenez-vous que nous disions que seul.l'Esprit sou-
verain et sans bornes, n'a besoin du secours d'au-
cun corps, pour tout ce qu'il vent faire. Ne faisons
done point de difflculte de dire que Dieu seul est
vraiment incorporel, comme nous reconnaissons
que lui seul est vraiment immortel; parce qu'il
n'y a que lui eutre les esprits, qui soit tellement
eleve au dessus de tous les corps, qu'il n'a nul be-
soin de leur ministere dans aucun de ses ouvr ages,
et, lorsqu'illui plait, secontente, pour agir, du seul
mouvemeut de sa volonte. 11 n'y a que cette supreme
majeste qui n'ait pas besoin d'un corps, ni pour
soi, ni pour d'autres; parce qu 'a son seul comman-
demeiit, toutes choses se font sans delai ; tout ce
qu'il y a de grand Qecb.it sous elle , tout ce qui
lui est oppose lui cede sans resistance ; tout etre
a Yoir sur ce sujet ce que Saint-Bernard a deja dit dans son u
opuscule de la irUce et du Libre Arbilre, chapitrc nil, n. ,;
et 45. Tome II.
qui etait leur bienfaiteut. Sa puissance s'etendait
force depuis le haut des cieux jusqu'au fond
des ablmes Sap. vni, v, 17 ; mais comme il dis-
avec douceur, les hommes ne
le connaissaient point. Ils se rejouissaienl des biens
qu'ils recevaient du Seigneur, mais le Seigneur
des armees leur etait inconnu, parce que tous ses
jugements etaient doux et tranquilles. lis venaient
de lui, in lis Us u'etaient pas avec lui. Ilsvivaient
par lui, et ne vivaient pas pour lui. C'etait de lui
qu'ils tenaient leur sagesse, mais ils ne 1'em-
ployaienl pas a l'aimer, tant ils etaient eloignes de
lui, ingrats et insenses. Cela les porta enlin, a ne
plus attribuer leur etre, leur vie, et leur sagesse a
celui qui en elail l'auteui , mais a la nature,
ou, ce qui est de plus extravagant encore, a la for-
tune. Plusieurs attribuaient ainsi une quautite de
choses a leurs propres forces et a leur industrie.
Que d'hommages les esprits de seduction usur-
paient-ils ainsi? Combien le soleil et la lune en
recevaient-ils ? Combien en rendait-ona la terre
et a l'eau '? Combien mt'-me a des ouvrages l'aits de
la main des hommes, a des herbes, a des ai
a de viles sentences, comme si e'eut ete autant de
diviuites ?
3. Helas ! c'est ainsi que les hommes out perverti
et change les sujets de leurs adorations eu la flgure
indillerenfer universa corpora coelestia atque terrestria
obsequi constat ? Plane superfluo habere suuin, qui nul-
lum sibi reperit alienum. Ycrum si cuncta, qua; hoc
locuo dicenda occurrunt, pravsenti volumus seriuone
concludere, sermo moduui excedet, et vires forsitan
aliquorum : propterea qua; restant, sub alio servemus
absolvenda principio.
SERMO VI.
De summo et incireumscrtpto Spiritu, qui est Deus : el
quo modo misericordia et judicium dicantur pedes
Domini.
1. Ut praecedenti sequens sermo cohaereat, lenetisne
datum superius, solum summurrj et incircumscriptum
Spiritum ad omne quod racere vel fieri vull, corporis
instrumento sive obsequio non cgere ? Demus ergo se-
curi veram soli Deo, sicut immortalitalem, ita et incor-
poreitatcm : quod solus spirituum universam corpoream
naturam eo usque transcendat, ut quocumque corpore
in quoeunque opere non in i spiritual! nulu
cum vult, ad quaecunque vult agenda contcnlus. Sola
igitur est qua; nee propter se, nee propter alium,
lio corporei instrumenti opus babet ilia majestas, enjus
omnipotenti arbitrio incunclanler prassto est omne opus,
omne altum inclinaf, omue adversum cedit, omne crea-
tum favet, ctiam nullo interveniente vel subveniente
solatio corporali, sive spirituali. Docet vel monet sine
lingua; praebet vel tenet sine manibus; sine pedibus
curril it pereuntibus.
2. Actitabal isla el cum patribus prioribus sseculis :
cxperiebantur homines sedula benehcia, sed latebat eos
benelicus. Hie quidem allingebat a fine usque ad liiiem
fortiter : sed disponens omnia suaviter, non seutiebatur
ab bominibus. Et gaudebant de bonis Domini; et Domi-
num Sabaotb , eo quod cum tranquillitate judicaiet
omnia, omnino nesciebant, Ab ipso erant, sed non cum
ipso : per ipsum vivebant, sed non ipsi : ex ipso sapie-
bant, sed non ipsum, alienati, ingrati, inseosati. llinc
demum factum est, ut quod erant, quod vivebant, quod
sapiebant, non auctori Iribuerent, sed naturae adscribc-
rent, aut eerie (quod insipienlius erat) fortune : propria?
ie Lndustriaa atque virluti multi multaarrogabant '.
a sibi usurparunt sedutlorii spirilus, quanta soli
et lunae dala sunt; quanta lerris et aquia attribula,
quanta ctiam manufaclis fabrilibusque morlaliuui depu-
tata operibus ! Herbis, arbuslis, minutissimis \ilissi-
misque seminibus pro numinibus deferebatur.
3. lieu! sic homines pcrdiderunt et commutaverunt
at. arroga-
rent.
SIXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
151
quoi Dieu a
you'.u se
rendre
visible et
s'est incarne
de betes brutes qui mangent du foin et de l'herbe
[Psal. cv, 20). Mais Dieu ayant compassion de leur
egarement, a daigne sortir de la montagne obscure
et tenebreuse, et placer sa tente sous le soleil [Psal.
xvw, 6). II a offert sa cbair aux homines qui ne
connaissaient que la chair, afin que, par sa chair,
Voila pour- ils apprissent a gouter aussi l'esprit. Car pendant
que dans la chair et par la chair, il faisait les ceu-
Tres non de la cbair, mais d'un Dieu, en comman-
dant a la nature, en surmontant la fortune, en
rendant folle la sagesse des hommes, et en dornp-
tant la tyrannie des demons, il fit connaitre claire-
ment qu'il etait celui-Ia meme par qui toutes ces
merveilles s'operaient autrefois quand elles s'ope-
raient. 11 flt done avee force dans la chair et par
la chair des actions miraculeuses, il donna des
enseignements salutaires , soutl'rit des tourments
indignes, et montra evidemment qu'il etait celui
qui a cree le monde par un pouvoir aussi souverain
qu'invisible ; qui le gouverne avec sagesse, et le
maintient avec bonte. Enfln, en precbant la vie
eternelle a des ingrats, en faisant des miracles
sous les yeux des intideles, en priant pour ceux qui
le crucitiaient, ne declarait-il pas manifestement
qu'il etait celui qui, avec son pere, fait tous les
jours lever son soleil sur les bons el sur les mediants,
et tombersa pluie sur les justes et sur les injustes
[Matth. v, Zi5)'? Comuie il le disait lui-meme : « Si
je ne fais pas les ceuvres de mon Pere, ne me
croyez point [Joan, x, 37.) »
U. Voyez-le, il ouvre sa bouche pour instruire
ses disciples sur la montagne, etilinstruitles anges
dans le ciel,, dans un silence adorable : au seul
attouchement de ses mains, la lepre se guerit, la
cecite cesse, l'ouie revient, la langue se delie, le
disciple pres d'etre submerge^ est sauvS, et' il se fait
clairement reconnaitre pour celui a qui David avait
dit longtemps auparavant : « Vous ouvrez votre
main, et vous comblez tous les animaux de bene-
diction (Psal. cxLiv, 40). » Et encore : « Lorsque
vous ouvrirez votre main, toutes choses seront
remplies des effets de votre bonte (Psal. cm, 28). »
Voyez comme la pecheresse prosternee a ses pieds,
dans un vif repentir, s'entend dire : « Vos peches
vous sont remis (Matth. ix, 2), » et comme elle
reconnait celui dont elle avait lu ce qui avait et6
ecrit tant de siecles auparavant : « Le diable sortira
devant ses pieds (Eabac. in, 5). » Car lorsque les
pecbes sont pardonnes, le diable est chasse de l'arne
du pecheur. C'est ce qui lui fait dire en general de
tous les vrais penitents : « C'est maintenant le
jugement du monde , maintenant le prince du
monde va etre jete dehors (Joan, xu, 31); » parce
que Dieu remet les fautes a celui qui les confesse
bumblement, et ravit au diable l'empire qu'il avait
usurpe dans son cceur.
5. Enfln, il marche avec ses pieds sur les eaux,
lui dont le Prophete avait dit avant qu'il se fut
incarne : « Votre chemin est dans la mer, et vos
sentiers dans les eaux profondes (Psal. i.xxvi, 20). »
C'est-a-dire , vous foulez aux pieds, les cceurs
altiers des superbes, et vous repriuiez les desirs
deregles des homines charnels, rendant justes les
impies, et humiliant les orgueilleux. Mais comme
cela se fait invisiblement, 1'homme charnel ne sent
point qui le fait. C'est pourquoi le Propbete ajoute:
« Et Ton ne reconnaltra point la trace de vos pas. »
C'est encore pour cette raison, que le Pere dit a
son tils : « Asseyez-vous a ma droite, jusqu'a ce
que j'aie reduit vos ennemis a etre foules sous vos
gloriam suam in similitudinem vituli comedentis fcenum!
Quorum Deus miscratus errores, de monte umbroso et
condenso dignanter egrediens, in sole posuit Laberna-
culum suum. Obtulit carnem sapientibus carnem, per
quani discerent sapere et spiritum. Nam dum in carae
et per carnem faoil opera, non carnis, sed Dei, naturae
ntique imperans, superansque fuitunam, stultam faciens
sapientiara hominum, daemonumque debcllans tyrranni-
dem , manifeste ipsum se indicat esse, per quern cadem
et ante flebant quando ficbant. Incarne, inquam, et per
carucm potenter ac patenter operatus mira, locutus sa-
lubria, passus indigna, evidenter ostendit, quia ipse sit
qui potenter, sed invisibiliter saecula condidisset, sa-
pienter regeret, benigne protegeret. Deniquedum evan-
gelizat ingratis, signa prabet infidelibus, pro suis cruci-
fixoribus orat ; nonne liquido ipsum se esse declarat,
qui cum Patre suo quotidie oriri facit solem suum super
boni's et malos, phut superjustos et injustos? Hoc enim
est quod ipse aiebat : Si non facio opera Patris mei,
Willie credere.
i. En aperit os carnis suae docens in monte discipulos,
qui in sik-ntio angelos in csleslibus docet. En ad tac-
tum corporeae manus curatur lepra, fugatur cascitas, au-
ditus reparatur, lingua muta resolvitur, discipulus prope
mersus erigitur; et is indubitanter agnoscitur, cui
dixerat longe ante David : Aperis tu manum tuam, et
impies omne animal benedictione : et item, Aperiente le
manum tuam, omnia implebuntur bonitate. En secus
corporales pedes jacens ac pcenitens audit peccatrix,
Remittuntur tibi peceata tua : et recognoscit eum, de
quo ex multis retro temporibus scriptum legerat: Egre-
dietur diabolus ante pedes ejus. Ubi nempe peccatum
remittitur, ibi procul dubio diabolus de corde peccatoris
expellitur. Hinc universatiter de cunclis pcenitenlibus
dicit : Nunc judicium est mundi, nunc princeps hujus
mundi ejicietur foras : quod scilicet humiliter confitenti
remittat Deus peccatum; et diabolus eum, quem in ho-
minis corde invaserat, amittat principatum.
5. Denique ambulat super undas carnalibus pedibus,
cui necdum carne vestito jam Psalmista praecinuerat :
In marivia tua,et semitwtiue in aquis multis, quod est,
conculcas corda tumentia superborum, et fluxa desideria
carnalium comprimis , justiflcans iropios, et superbos
humilians. Quod tamen quia invisibiliter fit, carnalis
non sentit a quo fit. Unde et subdit : Et vestigia tua
non cognoscentur. Ilinc rursus Paler ad Filium : Sede,
inquit, a dexlris meis, donee ponarn inimicos tuos sea-
bellum pedum tuorum, hoc est, donee omnes qui te
15:2
OKUVHES DE SAINT HEltNAUD.
L-< pieds
de Dion sont
la misi'ricor-
de »?t
le jugenient.
pieds Psal, cix, 1) ; » c'est-i-dire, jusqu'4 ce que
j'aie assujetti a. votre volonte, tousceus qui vous
meprisent, suit malgre eux el pour leur malheur,
suit de bon coeur el pour leur felicite. Or, la chair,
n'etanl pas capable de concevoir eel ouvrage qui
est tout spiriluel, parce que I'homme animal no
comprend point ce qui esl del'espritde Dieu iCor.
n, lit), il fallait que )u pecheresse se prostemat
corporellemenl a ses pied c< els, les baisat de
si's levres de chair, et ;ut ainsi le pardon
de si's t'autcs , pi mi' 1 1 ur ce i hangementde la droile
(hi Tres-Haut, qui justifie l'impie d'une maniere
admirable, mais invisible, iHt coimu des bommes
charnels [Psal. li \\ i, 1 1).
6. Alais il faut que je m'arrete on peu sur ces
pieds spirituels de Dieu, quele penitent doit baiser,
d'abord d'un h user spiriluel. Je ronnais voire cu-
riosite qui ne vent rien laisser passer sans l'avoir
bien approfondi, aussi ne faut-il point negliger
comme une chose peu import ante, de savoir quels
sont ces pieds que l'Ecriture attribue si souvent a
Dieu, et avec lesquels elle le represente, tantdt
debout, comme lorsqu'elle dit : « Nous l'adorerons
dans le ciel on il a etc debout sur ses pieds (Psal.
crsxt, 7) ; » tantot marcbant, comme en cet en-
droit : « J'habiterai en eux, et je marcherai en eux
(Levi/, xxvi,) ; » tantot memu couranf, suivant ces
paroles : « II a couru comme ua geant qui se hate
de fournir sa carriere (Psal. xvm, 6). » Si l'Apolre
a cru qu'il pouvait rapporter la tete en Jesus-Christ
a sa Divinite (i Cor. xi, 3), je crois que nous pou-
vons bien aussi rapporter les pieds a son humanite,
et en nommer l'un la misericorde, et l'autre le
jugement. Ces deux mots vous sont assez connus,
et pour peu que vous y fassiez attention, plusieurs
passages de l'Ecriture se presenteront a vous, oii
ils sont employes. Que Dieu ait pris le pied de la
misericorde, en prenant la chair a laquelle il s'est
uni, I'Epitre de saint Paul aux Hebreux nousl'ap-
prend en nous montrant Jesus-Christ eprouve par
toules les inlirinites de la nature huinaiue, sauf le
peche, a cause de la [igure du peche qu'il avait
prise, alio d'exercer sa misericorde (fle6.iv, 15). lit
quanl a l'autre pied, que nous avonsappelele juge-
ment, le Dieu-homme ne fait-il pas connaitre clai-
ii' n u'ii I qu'il appartient aussi a I'homme donl il
s'est revetudans L'Incarnation, lorsqu'il dit, « que
son Peri! lui a limine la puissance de juger ,
parce qu'il est Fils de I'Homme (Joan. v,27))?»
7. C'esl done sur ces deux pieds qui soulenaient
avec tant de proportion la tete de la Divinite, que
l'invisible Emmanuel, ne dune femme, ne sous la
I.oi, a paru en terre, et a converse avec les hom-
ines (florae, m, 3b). » C'est encore avec cos pieds
qu'il passe p.u'ini eux, mais spirituellement et iu-
visiblement, en leurfaisant du bien,etenguerissant
tous ceux que le diable tient dans l'oppression.
C'est, ilis-je, avec eux qu'il marche au milieu des
ames devotes, eclairant et penetrant sins cesse les
coeurs et les reins des Qdeles. Pcut-etre bien sont-
ce la les jambes de l'Epoux, dont l'Epouse parle en
termes si magniflques dans la suite, en les com-
parand si je ne me trompe, a des eolonnes de niar-
bre posees sur des bases d'or (Cunt, v, 15) : Et
certeselle avait bien raison, car c'est dans la sa-
gesse de Dieu, incarnee et representee par l'or,
que « la misericorde et. la verite se sont ren-
contrees (Psal. i.xxxiv, 11), el d'ailleurs loutes
les voies du Seigneur sont misericorde et verite
(I'sal. xxiv, 10). »
8. Heureuse 1'anie en qui le Seigneur Jesus a L* r'"int6 el
10 1 esperance
iniprime ses deux pieds. Vous reconnaitrez a deux sont les
i mtemnunt, tua; voluntali subjiciam, siveinvitos ct mi-
s, sive voluntaries ct beatos. Itaquchoc opus Spiri-
lus quia caro non percipiebat, (Animalis qtiippe homo
pit en qua sunt Spiritus Dei;) opus fuit ut
corporalibus pedibus corporalitcr incubaas, et corpora-
libus labiis pedes eosdem dcosculans, veniam peccatorum
pcecalri\ perciperel : sicque ilia mulatto dexteraa excelsi,
qua mirabiliter, sed invisibiliterjustilicatimpium, etiam
carnalibus innote ceret.
G. Verum illos spirituales pedes Dei, quosprimo loco
spiritiKditiT osculai'i pu'iiitenlein oportet, praeterire me
nun oportct. Novi ego curiositalem vestram, qua? nil
sua voluntate insorutatum omnino praatereat. Nee vero
ducendum contemptui, aosse, qaibus Scriptura pedibus
inn frequenter Deuni commemorat, auncquidem stare,
ul ibi, AdorabimiK in /•"'<> ubi steteruut pedes ejus;
i nc vero ambulare, ul ibi, Et habitabo in illis, et deam-
io ineis; nunc etiam currere.juxta illud: Exsultavitut
urrei la n am. Si n ale A] istolo \ isum esl caput
i risti peferre ad deilatem; puto et nobis non incon-
giue videri pedes ad bominem pcrtinere : quorum al-
iiiuui misericordiam , altcrum judicium iiumincmus
Nota sunt vobis duo ista vocabula ; et de pleiisque
Scripturaj Iocis ambo paciter, si cocjilalis , oocurunt.
Quia vero miserieordise pedem Deus in carne, cui se
univit, assumpserit, docet epistola ad Hebraeos, ten tain m
perhibens per omnia Christum pro similitudine absque
peccato, ut misei'icoi's fieret. Quid ilium alterum, qui
Judicium ouncupatiis est, nonnc ad bominem seque as-
sumplum et ipsum pertinere ipse Dous bomo aperte
signiflcat, ubi datam sibi perhibet a Patre poteslatera
judicium facere, quia Filius bominis el?
7. His duobus ergo pedibus apte sub uno divinilatis
capite concurrentibus, natus ex muliere, factus sub lege
invisibilis Emmanuel, in terris visas est, et cam bomi-
nilnis conversatus est, His eerie perlransit el nunc, be-
nefaciendo et sanando omncs oppressos a diabolo, sed
spirltualiter, sed invisibiliter. His, inquam, pedibus de-
volas perambulal mentes, incessanter lustrans, scrutans-
quc cordaei renes lidcliuni. Vide aulein ne forte luec i I Its
sintsponsi crura, quas sponsa tam magnilice commendat
in conscqueatibus, comparans ea (ni rallor) columnis
marmoreis, fundatis super bases aureas. Pulchre omnino i
quoniam quidem in incarnata Dei Sapientia, qua auro
SEPTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
153
marqnes de
ces pieds
dans i'ame.
marques celle qui a recu cette faveur, et il est et environne de tenebres, je ne faisais que pousser
aecessaire qu'elle porle en soi les effets de cette
divine empreinte. C'est la crainte et l'esperauce.
L'une represente l'image du jugement, et l'autre
celle de la misericorde. Aussi est-ce avec beaucoup
de raison, « que Dieu bouore de sa bieuveillance
ce cri du fond de mon cceur en tremblant :
« Qui connait la puissance redoutable de votre
colere, et qui en peut mesurer la grandeur, sans
etre saisi de trouble et d'etonnement [Psal. i.xxxix,
1). » Mais d'un autre cole lorsque, laissant cepied,
ceux qui le craignent, et ceux qui esperent en sa je tenais euibrasse plus qu'il ne fallait celui de la
misericorde Psal. cxi.vi, 11] ; » car la crainte est misericorde ; je tombais dans une si grande ne-
le commencement de la sagesse (Prov.i, 7), et 1'es-
peranee en est le progres; la cbarite en fait la per-
fection. Cela etant ainsi, il n'y a pas peu de fruit a
recueillir du premier baiser qui se prend sur les
pieds. Ayez soin seulement de n'etre prive de l'un
ni de l'autre pied. Si vous etes vivement touche de
gligence et une telle incurie, que aussitot j'en
devenais plus tiede dans l'oraison, plus paresseux,
plus prompt a me laisser aller au rire, plus in-
considere dans mes paroles; enfin l'assiette de mon
homme interieur et exterieur en etait rendue plus
incoustante. Ainsi, instruit par ma propre expe-
tos peebes, et de la crainte du jugement de Dieu, rienee, je ne louerai plus en vous, Seigneur, le
vous avez imprime vos levres sur les pas de la jugement ou la misericorde seulement, mais je les
louerai tous les deux ensemble. Je n'oublierai
„, , . vente et du jugement. Si vous temperez cette
II faut baiser ., j , , , l , ,. .
lesdem crainte et cette douleur, par la \ue de la divine
pieds. bonte, et par l'esperance d'en obtenir le pardon,
sacbez que vous embrassez alors le pied de la mi-
sericorde. Mais il n'est pas bon de baiser l'un sans
l'autre : parce que le souvenir du seul jugement
precipite dans l'abime du desespoir et la pensee de
la misericorde dont on se flatte faussement, engen-
dre une confiance tres-pernieieuse.
9. J'ai recu, moi aussi, quebiuefois cette grace,
Eiperience , ■ . . . . , , ,
de saint Ber- men que je ne sois qu un miserable pecheur, de
n"d- m'asseoir aux pieds du Seigneur Jesus. Dans cet
etat, j'embrassais tantut l'un et tantot l'autre, de
tout mon cceur,selon quesabontemele permettait.
Mais s'il arrivait que, presse des remords de ma
conscience, et oubliant la misericorde, je m'atta-
j un ds ces deux sources de toute justice pour les
liommes. Elles me serviront toutes deux egalement
de cautiques dans le lieu de mon evil, jusqu'a ce
que la misericorde etant elevee au dessus du juge-
ment, ma misere se taise, et la gloire que je pos-
sederai me fasse chanter des bynines de louanges,
s ins ressentir jamais plus la moiudre douleur qui
puisse traverser une si grande joie.
SERMON VII.
De iardent amour de I'dme pour Dieu et de l atten-
tion qu'il faut apporler dans l'oraison el dans la
1. Je m'engage de mon propre mouvemeut dans
cliasse un peu trop longtemps au jugement ; aussi- un nouveau travail, en provoquant moi-meme vos
tot saisi d'une frayeur ineroyable, abator de boute recberches. Car,ayanleu soiual'occasiondupremier
designatur, misericordia et Veritas obviaverunt sibi : de-
niqne universe viae Domini misericordia et Veritas.
8. Felix mens, tui semel Domiuus Jesus utrumque
infixerit pedem ! A duobus signis cognoscite earn quae
hujusmodi est, qua? secum necesse est ret'erat divinis
impressa vesti-iis. Ipso sunt timor et spes : die judicii,
ista misericordiae repraesentans imaginem. Merito bene-
placilum est Deo super tiraentes eum, et in eis qui spe-
rant super misericordia ejus : cum timor milium sit sa-
piential, spes, profectus, nam consummationem sibi cha-
rilas vindicat. Quae cum ila shit, non parvus fructus
est in primo hoc osculo, quod ad pedes aciipitur : tan-
turn curato, ut neulro frauderis illorum. Porro enim si
jam dotore peccati, et judicii timore compungeris, \eri-
tatis judiciique vestigio labia impressisti. Quod si timo-
rem doloremque divina? intuitu bonilatis, et spe conse-
quendas indulgentiae temperas, etiam misericordije pedem
amplecti te noveris. Alioquin alteram sine altera osculari
noa expedit : quia et recordatio solius judicii in bara-
thrum desperationis praecipitat, et misericordiae fallax
assentatio pessiniam general securilatem
9. Datum est et mihi misero nonnunquam sedere
secus pedes Domini Jesu j et modo hunc, modo ilium
tola devotione complecti, in quantum me sua benignitas
diguabatur admittere. At si quando miseratiouis oblitus,
slimulanle conscienlia, judicio paulo diutius inhaererem,
mox metu incredibili ac miserabili confusione dejectus ,
et tenebroso circumfusus horrore, hoc solum palpilans
de profundis clamabam : Quis wait potestatem ine tucs,
et pro? timore I uo iram tuam dinumerare? Quod si eo
relicto pedem misericordiae plus tenere contingeret,
tanta et coutrario incuria et negligentiadissolvebar, ut
confestim et oratio epidior, et actio pigrior, et risus
promptior, et sermo incautior, et omnis deaique utrius-
que hominis status inconstantior appareret. Proinde
magistra instructus experientia, non judicium jam so-
lum, aut solam misericordiam : sed misericordiam pa-
riter et judicium cantabo tibi Domine. In selenium non
obliviscar jusliflcationes istas : cantabiles mihi erunt
ambse pariter in loco peregrinationis meae, quousque
misericordia super exaltata judicio, miseria conticescat,
ac sola cantet tibi de caetero gloria mea, et non com-
pungar.
SERMO VII.
De amove ardenti quo anima diligit Deum. Item de at-
tentione tempore orationis vel psalmodies procu—
randa.
I . Ipse mihi laborem suscito, qui vos sponte provoco
ad qucerendum. Qaia enim eg) priori osjuli occasione
I'l
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
de vous montrer, quoique je nefusse point oblige ritage, une meme maison, one memo table, un
alejaire, quelles sont les fonctions et les denomi- meme lit, une meme chair. EnGn, a cause de sa
n. ili. .us propres aux pieds spirituels de Dieu, tous femme, 1'homme doit quitter sun pereet sa mere,
me questionnez maintenant sur la main qu'il faut, et s'attacher a. elle pourne plus faire tous deux
avons-nous dit, baiser ensuite. J'yconsens,J6veux qu'une meme chair; la femme de son cute doit
satisfaire sur ee point ; et meme je this plus oublier son peuple et la maison de son pere, alia
que \ous me demandez, puisque je or urns montre
pas seulement une main mais deux, et Ins distingue
Lesdeui par leur noni propre. J'appelle l'une, largeui et
inaiinduSei- 1'autre, force : parce que Dieu donne avec abon-
sont ia force dance, et conserve puissamment ce qu n a donne.
et laiargeur. Quicjnque ,,Ysi point ingrat, les baisera toutes les
deux en reconnaissant et en confessant que Dieu
n'est pas moins le distributeur que le conservateur
supreme de tous biens. Je crois que nous avons
assez parte des deux baisers ; passons an troi-
sieme.
2. « Qu'il me baise, dit-elle, du baiser de sa bou-
cbe {Cant. 1). » Qui dit ces paroles? C'est l'Epouse.
Cost Time
alteree de
Dieu qui lni
deman.ie un QHi L.st cctie epouse ? L'ame alteree de Dieu. Con-
babouche. " siderons les differentes dispositions des hommes,
afin que celle qui appartient proprement a une
que son epoux concoive de l'amour pour sabeaute
Si done l'amour convient particulierement et prin-
cipalement aux epoux, c'esl a bon droit qu'on
donne le noni d'epouse a l'ame qui aime. Or, celle-
la aime, en effet, qui demande un baiser. Elle ne
demande ni la liberie, ni des recompenses, ni une
succession, ni meme la science, niais un baiser.
Et elle le demande comme une epouse trcs-cbaste,
qui brule d'un amour sacre, tt qui ne veut plus
dissimuler le feu qui la consume. Voyez, en effet,
comment elle commence son discours. Voulant
demander une grande faveur u un roi, elle n'a re-
cours ni aux caresses, m aux flatteries ; elle ne
preinl aucun detour pour arriver au but de ses
desirs ; elle n'use point de preambule ; elle ne
tache point de gagner sa bienveillance ; mais
L'Ame qui
aime comnio
il Taut est
appelee epou-
se.
epouse paraisse plus clairement . L'esclave craint parlant tout d'un coup de l'abondance du cceur,
le visage de son Seigneur. L'n merceuaire ne voit
dans son esperance que la recompense du maitre.
Un disciple prete l'oreille a sou precepteur. Un
tils bonore son pere. Mais celle qui demande qu'on
la baise est eprise d'amour. De tous les sentiments
de la nature, celui-ci est le plus excellent, surtout
lorsqu'il retourne a son principe qui est Dieu. I
elle dit tout uniment et meme avec une sorle
d'impudence : « Qu'il me baise du baiser de sa
bouche. »
3. Ne vous semble-t-il pas qu'elle veuille dire :
Qu'y a-t-il dans le ciel ou surlaterre, bormis vous,
qui puisse etre l'objet de mes desirs (Psal. i.xvn,
25) ? Celle-la sans doute aime chastement qui ne
Son amour est
chaste, saint,
et ardent.
il n'\ a point d'expressions plus douces pour ren- cherche que celui qu'elle aime, sans se soucter
dre l'amitie reciproque du Verbe et de l'ame, que d'aucune autre cbose qui soit a lui. Elle aime sain-
bien°°c5ho1sis! celles il'epoux et d'epouse; attendu que tout est tement, parce qu'elle n'aime pas dans la concu-
Lesnoms
d'epoui et
d'epouse sont
conimun entre eux, et qu'ils ne possedent rien en
proprc et en particulier. lis u'out qu'uu meme he-
piscence de la chair, mais dans la purete de l'esprit.
Elle aime ardemmeut, puisqu'elle est tellemeut
spiritualcs Dei pedes propriis diffinitionibus ac nomi-
nibus, et quidem ex abundanli, demonslrare curavi :
vos pergitis inquirere et de manu, qua? secundo loco
osculanda proponitur. Annuo, gero vobis moiem ; insu-
per non manum, sed manus ostcado, ppopriisque <lis-
tinguo vocabulis. Latitado ,una, altera fortitudo dicatur :
quod et tribuat affluenter, et del'endat potenter quod
dederit. Utrumque profecto osculabitur qui ingrat us nun
fuerit, Deum utique bonorum omnium sicut largitorem,
ita et conservalorera recognoscens el confitens. Satis
de duobus osculis dictum esse reor : videamus et ile
tertio.
2. Oscuietur, inquit, me osculo oris sui. Quis dicil?
Sponsa. Quaenam ipsa? Anima sitiens Deum. Sed pono
diversas afl'ecliones, nt ea qua' proprie sponsa? congruit,
distinctius elucescat. Si serves est, timet a facie Domi-
ni; si mercenarius, speral de manu Domini ; si discipu-
lus, aurem paral magistro ; si lilins, bonorat pal rein :
quae vero osculum postulat, amat. Excellit in naturae
donis alTeclio ha'C amoris : pra'serlim cum ad suum
rccurrit principium, quod est Deus. Nee sunt inventa
aeque dulcia noniina, quibus Verbi, animaeque dulces ad
inviccm exprimerentur afTectus, quemadmodum sponsus
ct sponsa : quippe quibus omnia communia sunt, nil
proprinm, nil a se divisum habentibns. Una ulriusque
hteredilas, una domus, una niensa, unus thorus, una
etiam caro. Denique propter banc relinquet ille palrem
et matrem, el adlnerebit uxori sua' : et erunt duo in
c.irne una. IUbc quoque jubelur nihilomiinis oblivisci
mi suum, et domum palris sui; ut concupiscat
ille decorem ejus. Si ergo amara specialiter sponsia ac
principaliter convenil, non immerito sponaee nomine
CeDsetur anima qua' amat. Amat autein quae OSCulum
petit. Non petit libertatem, non mercedem, non lnere-
ditalem, non denique vel doclrinam, sed osculum ; mere
plane castissimae sponsae ac sacrum spirantis amorem,
nee omiiino valenlis llammam dissimiilare quam palitur.
Vide eniin quale praeripiat sermonis exordium. Magnum
quid a ma-no pctitura, nullo taincn. nt assolet, ulilur
blanditiarum fucoj nuUis oircumvolutionibus ad id quod
desiderat ambit. Non tacit proffimium, nun capiat bene-
volenliam : sed ex abiindanlia cordis repenle proruin-
pens, nude frontoseque satis, Oscuietur me, ait : osculo
'//•/.' sui'.
:.. An non tibi quasi diccre manifeslc videlur, Quid
7ii'lii>'st in ccelo, et a te quid m/ui super terrain ? Amat
profecto caste, qua? ipsnm quern amat, queerit ; non
aliud quidquam ipsius. Amat sancte, quia non in con-
SEPTIEME SERMON' SLR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
155
enivree de son amour, qu'elle ne pense point a la
rnajeste de celui a qui elle parle. Car a qui de-
mande-t-elle un baiser? A celui qui fait trembler
la terre du moindre de ses regards. Est-elle ivre ?
Oui, sans doute elle Test . Et peut-etre lorsqu'elle
s'oubliait ainsi, sortait-elle du cellier ou, dans la
suite, elle se glorifie d'avoir ete menee (Cant. I, in
et u, Zi). Car David disait aussi a Dieu, en parlant
de quelques personnes : « lis seront enivres de
l'abondance des biens qui se trouvent dans votre
maison, et vous les ferez nager dans un torrent de
plaisirs et de delices (Psal. xxxv, 9). » Combien
grande est la force de l'amour ! Combien de con-
fiance il y a dans l'esprit de liberte ! N'est-il pas
manifeste, que l'amour parfait bannit toule crainte
(l Joan. IV, 18) '?
U. C'est neanmoins par un sentiment de pudeur,
qu'elle ne s'adresse pas a l'Epoux, mais qu'elle dit
a d'autres, comme s'il etait absent, « qu'il me baise
du baiser desaboucbe. » Car, comme elle demande
une grande cbose, il faut qu'elle donne bonne opi-
nion de soi, en accompagnant sa priere de quelque
Les anges retenue. C'est pourquoi elle emploie ses amis et
ahommes qa1S ses familiers pour trouver un acces particuliei au-
pres de son bien-aime. Mais qui sont ces amis'?
Nous CTOyons que ce sont les saints anges qui assis-
tent ceux qui prient et qui offrent a Dieu les prieres
et les vceux des hommes, quand ils les voient lever
des mains pures au ciel sans eolere et sans animo-
site. C'est ce que temoigne l'ange de Tobie, quand
il disait a son pere : « Lorsque vous priiez avec
larmes, ensevelissiez les morts, et quittiez votre
repas pour les cacher le jour dans votre maison et
les enterrer la nuit, j'offrais vos prieres au Seigneur
(Tub. xn, V2 . » Je cruis que lesautres temoignages
que Ton trouve dans rEcriture, vous persuadeut
assez cette verite. Car que les anges daignent aussi
sont en
priere.
se meler souvent a ceux qui cbantent des psaumes,
c'est ce que le Psalmiste exprime tres-clairement
quand il dit : « Les princes marcbaient devant, se
joignant au chceur des musieiens, au milieu des
jeunes filles qui jouaient du tambour (Psal. lvii,
26). » D'oii vient qu'il dit encore ailleurs : « Je
chanterai des psaumes a votre gloire en la presence
des an<?es (Psal. cxxxvn, 1). » Aussi je ressens de Saint Ber-
CT v ; , • nard reprend
la douleur lorsque j en vois quelques uns parnu ce0iquisom-
vous qui cedent au sommeil durant les veilles sa- °ed'^tntla
crees, et qui, au lieu de reverer les citoyens du psalmodie.
ciel, sont semblables a des morts en presence de
ces princes de la milice celeste, qui, touches de votre
vigilance seraient heureux de se meler a vos solen-
nites. Certes, j'ai bien peur qu'ayant enfin horreur
de votre lachete, ils ne se retirent avec indigna-
tion a ; et qu'alors chacun de vous ne commence ,
mais bien tard, a dire a Dieu avec gemissement :
« Vous avez eloigne de moi mes amis, ils m'ont
regarde comme l'objet de leur execration (Psal.
Lxxxvti, 9;; » ou bien : « Vous avez eloigne de moi
mes amis, mes proches et ceux de ma connaissance,
a cause de mon extreme misere (Ibid. 19); » Et
encore : « Ceux qui etaient pres de moi se sont
retires bien loin; et ceux qui cherchaient ma mort
me faisaient violence (Psal. xxxvn, 12). » En effet,
si les bons esprits s'eloignent de nous, comment
pourruns-nous soutenir les efforts des mediants?
Je dis done a ceux qui sont ainsi endormis :
« Maudit celui qui fait l'ceuvrede Dieu avec negli-
gence (liter, xlviii, 10) ; » et le Seigneur leur dit :
« Plut a Dieu que je vous eusse trouve cbaud ou
froid ; mais parce que je vous ai trouve tiede, je
commencerai a vous vomir de ma bouche. (Apoc.
in, 15). » Lors done que vous priez ou psalmodiez,
a. Non pas a la lettre et materiellement parlant, mais pap
leurs dispositions, selon ce que dit Siite de Sienne dans ses notes.
cupiscentia carnis , sed in puritate spiritus. Amat
ardenter, qua? ita proprio debriatur amore, ut majesta-
tein non cogitet. Quid enim? Respicii terrain, et facit
earn tremere : et i=la se ab eo postulat osculari. Ebriane
est? Ebria prorsus. Et forte tunc, cum ad ista prorupit,
exierat de cella vinaria, quo se nimirum introductam
postmodum gloriatur. Nam et David de quibusdara di-
cebat Deo : Inebriabuntur ab ubertate domus tua?, et
torrente volupialis hue potabis cos. 0 quanta amoris
vis ! quanta in spiritu libertatis fiducia ! Quid manifes-
tius, quaru quod perfecta charitas foras mittit timorem ?
4. Verecunde tamen non ad ipsuai Sponsum sermo-
Dem dirigit, sed ad alios, tanquam de absente : Os
me, inquiens, osculo orii sui. Grandis quippc res peti-
tur, et opus est verecundia comitari precem, commen-
duri petentem. Itaque per domesticos et intimos',
acnes=us ad intima quieritur, ambitur ad desideratum.
Quinam illi ? Credimus angelos sanctos adstare oran-
tibus, offerre Deo preces et vota hominnm : ubi tamen
sine ira et disceptatione lavari puras manus perspexe-
rint. Probat hoc angelus ita loquens ad Tobiain : Quan-
do orabas cum taerymis, et sepeliebas mortuos, et dere-
linquebas prandium, et mortuos abscondebas per diem
in domo lua, et node sepeliebas; ego o'tuli mationem
tuam Domino. Puto id vobis satis et ex aliis Scriptura
testimoniis persuasum. Nam quod psallentibus quoque
dignanter admisceri sancti angeli soleant, quid eo ma-
nil'estius quod Psalmista ait : Prievenerunt principes
conjuncti psalleniibus in medio juvencularum tympanis-
triarum ? Unde et dicebat : In conspectu angelorum
psaliam tibi. Doleo proinde aliquos vestrum gravi in sa-
cris vigiliis deprimi somno, nee cceH cives revereri, sed
in pra^sentia principum tanquam mortuos apparere, cum
vestra ipsi alacritate permoti, veslris interesse solem-
niis delectentur. Vereor, ne vestram desidiam quandoque
abominantes, cum indignatione recedant, et incipiat
unusquisque vestrum sero cum gemitu dicere Deo :
Longe fecisti notos meos a me, posuerunt me abomiua-
tionem sibi. Et illud : Elongasli a me amicum et proxi-
mum, et notos meos a miseria. Item, Qui juxta me
erant, de longe steterunt, et vim faciebant qui qucere-
bant animam meam. Pro certo enim si se a nobis spiri-
136
(EUVRES DE SAINT BERNARD.
Comment
trouYer du
foot et de la
oucpur dans
les Psanoies.
baiser,faites attention kvos princes, tenez-vousdans
le respect el dans la regie, etsoyez fiers, carles an-
gesvoient tousles jours la facede votrePere [Matth.
mil, 10). Us sont, en effet, envoyes pour nous
qui sommes destines a l'heritage du saint [Hebr.
1, lit); ils portent au ciel notre devotion, et en rap-
portenl des graces. Prenons part aux fonctions de
ceux donl nous devons partager la gloire, afln que
la louange de Dieu soil parfaite dans la bouche des
eniants [Psal. vin, 3 , et de ceux qui soul encore a
la mam. lie. Disons-leui : a Chantez des hymnesen
l'honneur de notre Dieu, chantez des hymnesen
son honneur [Psal. xi.vi, 7), » afin qu'ils nous re-
pondent aussi a leurtour; « Chantez des cantiques
en l'honneur de notre Roi, chantez des cantiques
en son honneur. »
5. Joignez-vous done aux chantres du ciel, pour
lui, la vertu de ce qu'a dit Jesus-Christ : « Les pa-
roles que je \oiis ai dites, soul esprit et vie [Joan.
vi, 64) ; » et Je ce que la Sagesse ditd'elle-meme :
« Mon esprit est plus doux que le miel [Eccle.
xxiv, 27). ))
G. C'est ainsi que votre ame sera dans l'abon-
dance el les delices, et que votre holocauste sera
gras et parfait. C'est ainsi que vous apaiserez le
souverain roi ; que vous serez agreable a ses prin-
ces, et que miiis gagnerez le cceurde toute la cour;
a l'odeur agreable de vossacrifices, qui montera au
ciel, ils diront : « Qui est celle-ci qui monte du
desert, comme la fumee de la myrrhe, de l'encens
et d'une infinite d'autres parfums [Cant, in, 6)? »
« Les princes de Juda, dit le Prophete, de Zahulon
et deNephtali, sont leurs chefs (Psal. i.xvn), » e'est-
a-dire, les chefs de ceux qui louent Dieu, qui sont
La devotion
do ceux qui
psalmndicnt
rejouit les
anges.
chanter en cominun les louanges de Dieu, car vous continents, et qui aiment la contemplation. Car
etes vous-memes les concitoyens des saints et les
dontestiques de ce grand maitre, et psalmodiez avec
gout. De meine que c'est la bouche qui savoure
les viandes, ainsi c'est le cop.ur qui savoure les
Psaumes. Mais il faut que I'ame fidele et prudente
ait soin de les broyer sous la dent de l'intelligence,
si je puis parler ainsi ; de peur que si elle les
mange par morceaux entiers, elle ne se prive du
plaisirqu'il yaa les gouter, plaisir si agreable, qu'il
surpasse en douceur, le miel et le rayon de miel le
plus doux. Ofl'rons mi rayon de miel avec les apd-
tres, au banquet celeste et a la table du Seigneur
[Luc. xxiv, 41). Le miel dans les ruches, est line
devotion qui s'attache a la lettre. La lettre tue (11
Cor. xiv, 14), si on la prend sans l'assaisonnement
nos priuces savent bien que la louange de ceux
qui cbantcnt la generosite des continents, et la
purete des con templat it's sont. agreables a leur
roi ; et ils ont a coeur d'exiger de. nous ces prenti-
ces de l'esprit, qui ne sont autre chose, que les
premiers et les plus excellents fruits de la sagesse.
Car vous le savez, en hebreu, Juda signilie, louant
et confessant, Zabulon, demeure assuree, Nephtali,
cerf lache, parce que la legereto avec laquelle il
court et il saute, exprime fort bien, les transports
et les extases des speculates ; et de meme que le
cerf perce les endroits les plus epais des forets ;
ainsi penetrent-ils les sens les plus caches et les
plus difficiles. Nous savons pareillement qui est ce-
lui qui a dit : a Le sacrifice de louanges ni'hono-
Ce qu'il faut
entendre par
les confes-
sants, les
continents
et les con-
templants.
de l'esprit. Mais si, avec l'Apotre, vous psalmodiez rera (Psal. xlix, 23). »
en esprit et avec intelligence, vous eprouverez avec 7. Mais, a si les louanges ne sont pas malsean-
tus elongaverint, impetus malignorum quis sustinebil ?
Dico ergo his qui ejusmodi sunt : Malediclus qui opus
Dei facit negligenter. Dicit quoquc, nun ego, sed Do-
minus : Vtinam te calidum aut frigidum invenissem! serf
quia te tepidum inueni, incipiam te evomere ex or ■ meo.
Ea propter attendite principes vestros, cum statis ad
oraudum vet psallendum, et stale cum reverentia el dU-
ciplina; et gloriamini, quia angelivestri quotidie videal
faciein Patris. Nimirum missi in minislerium propter nos,
qui haeriditatem capimus salulis, devol im nostram in
supcrna ferunt, referunt gratiam. tTsurpemus officium
quorum sortimur consorlium, ut in ore infantium et
lactentium perficiatur laus. Dicamus eis, Psallite Deo
nostra, psallite : atque aadiamus eoa vicissim respon-
dentes : Psallite lt'f/t wntru, pial/ite.
5. Laudem ergo cum cadi cantoribus in commune
ducentes, utpote cives sanctorum et domestic.] Dei,
psallite sapienter. Cibus in ore, psalmus in corde sapit
Tantum ilium terere non negligat (1 delis el prudens
anima quibusdam dentibus intelligentiae e ne i forte
integrum glutiat et non aianaum, frustetur palatum sa-
pore desiderabili, et dulciori super mil el ravum.
ramus cum apostolis in codesli convivio et in dominica
mensa favum mellis. Mel in cera, devotio in littera est.
Alioquin littera occidit, si absque spiritus condimeulo
glutieris. Si sutem cum Aposlolo psallas spiritu, psallas
et mente ; cognosces et tu de illius verilates sermonis,
quern dixit Jesus : Verba, quce locutus sum vobis, spi-
ritus et vita sunt. Et item quern legimus Sapientia :
Spiritus meus super met dulcis.
ti. Sic delectabitur in crassitudine anima tua, sic lio-
locaustus tuum pingue Bet. Sic plaoabis regem, sic
placebis princibus, sic denique totam tibi curiam bene-
volam reddes ; el odorati odorem suavitalis in ccelesti-
bus, de te quoque dicent : Quce est ista quce aseendit per
desertum, sicui virgula fumi, ex aromatibus myrrhai et
thuris, el universi puhieris pigmentariil principes, in-
quit, Juda, duces corum, principes Zabulon, Principes
Nephtalim, hoc est confitentium, oontinentium, uontem-
plantium. Norunt siquidem principes nostri Regi suo
acceptam esse psallentium confessionem, continentium
fortiludinem, contemplantium puritatem : et solliciU
mum exigcre a nobis istiusmodi primitias spiritus, quae
profecto non aliud sunt, quain primi el purissimi I'ruclus
sapientise. Quod enim non ignoratis, Judas landaus vol
coulilens, el Zahulon habilaculuiu Ibrtitudinis, Nephtalim
ccrvus emissua interpretatur ; qui nimirum agUitatis suae
salhbus expriwit speculautis exceasus, sed et opaca
SEPTIEME SERMON SUR LE CANTIQDE DES CANTIQUES.
La contience
et la purete
d intention
uece?saires a
celui qui
prie.
N'03 prieres
sent connues
de Dieu
par le minis-
tere des
anges.
tes dans la bouche du pecbeur (Eccles. xv, 9), »
n'avez-vous pas extrernement besoin de la vertu
de continence, pour que le peche ne regne point
dans votre corps mortel ? Mais la continence nest
point agreablt a Dieu, quand elle recherche la
gloire bumaiue, aussi, avez-vous encore besoin
de la purete d'iutention, qui vous fasse desirer de
ne plaire qu'a Dieu, et vous dunne la l'orcj de vous
attacher imiquement a lui. Car il n'y a point de
difference entre, etre a Dieu, et voir Dieu, ce qui
nest accorde, par un rare bonbeur, qua ceux qui
out le cceur pur. David avait cette nettete de cceur,
lorsqu'il disait a Dieu : « Moil ante s'attacbe forte-
ment a vous, par uu violent amour (Psal. lxh,
9) » et ailleurs : « Pour moi, mon plus grand bien
est de m'attacber inviolable uient a Dieu. (Psal.
lxxii, 23). » En le Yoyaut, il etait attache a lui, et
en s'attacbant a lui, il le voyait. Lorsdonc qu'une
ante est dans l'exercice continue! de ces vertus su-
blimes, ces ambassadeurs celestes conversent fami-
lierement et souvent avec elle, surtout s'ils la voient
souveut en oraison. Qui m'accordera, 6 princes
cbaritables, de pouvoir faire connaitre aupres de
Dieu, par votre entremise, ce que je lui demande?
Je ne dis pas a Dieu, paree que toutes les pensees
de l'botnme lui sont connues, mais aupres de
Dieu, c'es!-i-dire aux Vertus, aux autres ordres
des anges, el aux tunes bienheureuses depouillees
de leur corjis. Qui relevera de la poussiere, et re-
tirera du fumier un kornme aussi vil, et aussi mise-
rable que moi, et le fera asseoir avec les princes
sur un trune de gloire? Je ne doute point qu'ils ne
recoivent dans le palais celeste, avec des teinoigna-
ges extraordinaires de joie et d'affection, celui
qu'ils daignent visiter sur son fumier. Apres tout,
comment apres s'etre rejouis de la conversion d'un
157
pas quand il
pecheur, ne le reconnaitraient-il
s'elewradans les cieux !
8. C'est pourquoi je pense que c'e>t a eux, les
famiUers et les compagnons de l'Epoux, que parle
l'Epouse dans sa priere, et decouvre le secret de
son cceur, lorsqu'elledit : « qu'ilme baise d'un baiser
de sa boucbe. » Et voyez avec quelle familiarite et
quelle tendresse, Time qui soupire dans cette mise-
rable chair, s'entretient avec les puissancescelestes.
Elle desire avec passion les baisers de son Epoux,
elle demande ce qu'elle desire, et neanmoins elle
ne nomme point celui qu'elle aime, parce qu'elle
ne doute point qu'ils ne le connaissent, parce
qu'elle a coutume de s'entretenir souvent avec
eux. C'est pour cela qu'elle ne dit point : « Qu'irn
tel ou un tel me baise; mais seulement qu'il me
baise, comme Marie Madeleine ne reconnait point
celui qu'elle cberchait, mais disait seulement a ce-
lui qu'elle peusait etre un jardinier : « Seigneur,
si vous l'avez emporle (Joan, xx, 51). » De qui
parle-t-elle '? Elle ne le nomme point ; parce
qu'elle croit que tout le monde counait quel est
celui qui ne peut sortir un seul instant de son
cceur. Parlant done aux compagnons de son
Epoux , comme a ses confidents , et a ceux
qu'elle sait connaitre les sentiments de son ame,
elle tait le nom de son Bien aime, et commence
tout d'un coup ainsi : « Qu'il me baise d'un baiser
de sa boucbe. » Je ne veux pas vous entretenir
plus longtemps de ce baiser. Detnain je vous dirai
ce que, par vos prieres, 1'onction divine, qui doune
des enseignements sur toutes choses, daignera me
suggerer ; car la cbair et le sang ne revelent point
ce secret, mais celui qui penetre les mysteres de
Dieu les plus profonds, e'est-a-dire le SaLut-Ksprit
qui, procedant du Pere et du Fils, vit et regne
penetrare nemorum, ut ille sensuum, consuevit. Scimus
autem qui diver-it : Sacrificium /audi* honorificabit me.
7. Yerum si non est speciosa laus in ore peccatoris;
nonne peraecessariana habetis contincntia? virtutern, per
quarn (iat, ut noo regnet peccatum in vestro mortali
corpore? Porro continentia non habet merilum apud
Deum, qua? gloriatu requirit humanam. Ideoquc maxime
opus est etkiin purifcite intentionis, qua soli mens vestra
Deo et placere appetat, et valeat inha?rere. Neque enim
aliud est inhirere Deo, quam videre Deum ; quod solis
mundicordibus singulari felicitate donatnr. Cor mundum
habebat David, qui dicebat Deo : Adhcesii anima mea
post le. Item, Mihi autem adhcerere Deo bonum est.
Videndo adffirebat, et adhserendo videbat. Aniin* ergo
in bis exercitats ccelestes sese nuntiifamiliaresexhibent
et frequentes, pra>sertim si frequenter orantem persen-
serint *. Q'lis dabit mihi per vos, o benigni ptincipes,
* at. prospi- pelilioius meas innolescere apud Deum ? Non enim Deo,
Clant' cui etiam cogitatio hominis confiletur, sed apud Deum,
hoc est ipsis qui cum Deo sunt, tarn beatis virlitubus,
quam carne solutisspiritibus. Quissuscitabit me de terra
inopem, et de stercore eriget pauperem, ut sedeam cum
principibus, et solium glorias teneam? Non ambigo qui
gralanter in palatio colligant, quem dignanter in ster-
quilino visitant. Denique lastati sunt de conversione ; et
in i^umptione non agnoscent ?
8. Hos itaque puto inter orandum alloqui Sponsam. et
ipsis, tanquam Sponsi domesticis ac sodalibus, deside-
rium cordis sui aperire, cum ait : Osculetur me osculo
oris sui. Et vide famibare amicumque colloquium anima?
in carne suspirantis cum ccelestibus potestatibus. Gestit
in oscula, petit quod cupit ; non tamen nominat quem
amat : quia illos nosse non dubitat, ulpote de quo sibi
frequens cum illis soleat esse confabulatio. Propterea
non dicit, Osculetur me ille vel ille ; sed Osculetur me
tantum : sicut et Maria Magdalena non exprimebat ex
nomine quem quajreret, sed tantum aiebat ei quem pu-
tabat hortulanum : Domine, si tu sustuiisli mm. Quem
eum "? Non aperit ; quia palam omnibus esse credit,
quod a suo corde nee ad momentum recedere potest.
Ita ergo et ista loquens sodalibus sponsi sui, tanquam
consciis et qtiibus se noverat manifestam, tacilo nomine
repenle in hsec de dilecto verba prorumpit : Osculetur
me osculo oris sui. De quo jam osculo nolo vos diutius
protrahere, sed sermone crastmo audielis quidquid
orantibus vobia suggerere mihi inde dignabitur unctio do-
158
£galement avec eux,
cles. Aiosi soit-il.
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
dans tous les siecles ilc sie-
SERMON VIII.
Le Saint-Esprit est le baiser de Dieu : c'cst cc baiser
que r£pouse demande, afin qu'il lui donne la con-
naissance dc la Sainte TriniU.
1. Pour m'acquilter aujourd'bni de la pron
que je vous ai faite, j'ai dessein de vous parler
du principal baiser , qui est celui de la bou-
che. Donnez lino attention plus grande a quel-
que cbose de bien doux, qu'on goute bien rarement,
et qu'on comprendbien difficilement. II me semble,
pour reprendre d'un pen plus haul que celui qui
dit : « Persoune ne connait le Fils que le P< a ■■-. el
personne ne connait le Pere que le Fils, ou ce-
lui a qui le Fils le voudra reveler, (MaUh. si, 27) »
parlait d'un baiser ineffable que nulle creature
n'avait encore recu. Car le Pere aime le Fils,
et l'embrasse avec un amour singulier ; le Tres-
Haut embrasse son egal, l'eternel son coelernel
et le Dieu unique, son unique. JIais 1'amour qui
unit le Fils au Pere, n'est pas 1'amour de lui, ainsi
que lui-meme l'atteste lorsqu'il dit : « Afin que
tout le monde sacbe que j'aime mon Pere, levez-
vous et aliens. (Matth. xxvi, 2). « Sans doute vers la
^Jf^e,. Passion. Or la connaissance de 1'amour mutuel de
its personne Cejlu nUi engendre, et de celui qui est engendre,
divines. , , , , • i
qu est-ce autre cbose qu uu baiser tres-doux, ruais
tres-secret ?
2. Jetiens pour certain que[meme la creature an-
gelique n'est point admise a un secret si grand et
si saint du divin amour ; e'est d'ailleurs le senti-
ninit de sain! Paul qui nous assure que cette pais
surpasse toute la connaissance meme des anges,
{Phil, iv, 7). Aussi I'Epouse, bien qu'elle s'avance
beaucoup, u'ose-t-elle pas dire : qu'il me baise de
s,i bonche : cela a'estrfaerve' qu'au Pere; elle de-
mande quelque chose de moindre : « Qu'il me
baise, dit-elle , d'un baiser de sa boucbe. » Voici
une autre epouse qui recut un autre baiser, mais
ce n'est pas de la boucbe, e'est un baiser du baiser
de la boucbe : « II souf'lla sur eux [Joan, xx, 22), »
.ill saint Jean. (II parle de Jesus qui souffla sur les
apAtres, e'est-a-dire sur la primitive Eglise' etleur
dit : a Recevez le Saint-Esprit. » Ce fut sans doute
un baiser i jn 'i 1 leur donna. En effet, etait-ce un
souftli' materiel? Point du tout; e'etait 1'esprit in-
visible qui etail donn6dans ce souffle du Seigneur,
afin qu'on reconnut par-la qu'il procede egalement
de lui el du Pere comme un veritable baiser, qui
est commun a celui qui le donne, et a celui qui le
recoit. II soffit done a I'Epouse d'etre baisee du
baiser de l'Epoux, bien qu'elle ne le soit pas de
sa boucbe. < !ar elle estime que ce n'est pas une fa-
veur mediocre et qu'on pnisse dedaigner, d'etre
baisee du baiser, puisque ce n'est autre cbose que
recevoir l'infusion du Saint-Esprit. Car, si on entend
bien le baiser du Pere et celui du Fils, on jugera
que ce n'est pas sans raison qu'on entend par la
le Saint-Esprit, puisqu'il est la paix inalterable, le
nceud indissoluble, 1'amour et l'unite indivisible du
Pere et du Fils.
3. L'Epouse done, animee par le Saint-Esprit, a la
bardiesse de demander avec conliance sous le nom
Le baiser
,,.'. point
accorao aoi
Anges.
Les 'Inns du
Saint- Fsprit
sunt l ■ baisee
de 1! ■'■■■
cens de omnibus. Neque enim hoc secretum revelat
caro et sanguis t sed is qui scrutalur profunda Dei
Spiritus-Sanctus qui a Palre Filioque procedens, cum
ipsis paiiter vivit et rcgnat in saecula saeculorum
Amen.
SERMO VIII.
Quomodo per osculum oris Dei significatur Spiriius-
Sanctus quern Ecclesia sibi petit dari ad nolitiam
Sanctis Trinitatis.
1. Ifodie vobis, sicut hesterna promissione tenetis,
de summo, id est de oris osculo, dispulare propositus
est. Audite attentins quod sapit suavius, et gustatur ra-
rius, et inlelligitur difticilius. Mihi videtur (ut paulo
allius inchoem) incflabilc quoddam atque inexpertum
omni creaturae osculum designasse, qui ait : Nemo novii
FiltuM rati Pater; et nemo novii Patrem mn Film*, aut
cui voluerit Filius revelare. Pater enimdiligit Filium, et
Bingulari dilectione amplectitur, summussequalem, aeter-
nus coseternum, unus unicum. Sed cnim non minori
ipse Filio affectionc adstringilur : quippe pro cujus
amore et moritur, ipso atteslante cum ait : VI sciantom-
ties qwadiligoPatn m, rurgite, eat dubium quin
ad passionem. Ilia itaquc mulua gigncntis geniique co-
gnitio pariler et dilcclio, quid nisi osculum est suavissi-
tnum, sed secretissimum t
2. Ego pro cerfo ad tanfum et tam sanctum divini
amoris arcanum ne ipsam quidem angel icam admitti ar-
bitror creaturam. Elenim, Paulo hoc ipsam sapienle,
pax ilia exsuperat omnem, eliam angelicum, sensum.
Unde nee ista (quanquam mulluin pra?sumens) audet
tamen dicere, Osculetur me ore suo; soli illud scilicet
ins Patri : sed aliquid minus postulans, Oscti
me, ir.quit, osculo oris sui. Yidetc novam sponsam no-
vum osculum accipientem, non tamen ab ore, sed ab
oscnlo oris. Insufflavit, inquil, eis, hand dubium quin
Jesus apostolis, id e>t primitivae Ecclesiaj ; et dixit,
turn. Osculum profecto fuit. Quid?
coi'porcus ille flatus? Non, sed invisibilis Spiritus : quia
rea In illo dominico flatu datus est, ut per hoc
intefligeretur et ab ipso pariter tanquam a Patre proce-
dere, tanquam vere osculum, quod osculanti osculato-
que commune est. Itaque suflicit Sponss, si osculetur
ab osculo Sponsi, etiamsi non osculetur ab ore. Nee
enim cxiguum quid aut vile pulat osculari ab obsculo :
quoc non est aliud nisi infundi Spiritu-Sancto. Ncmpe
si 1 1 de Pater osculans, Filius osculatus accipilur : non
erit ab re osculum Spiiitum-Sanctum intclligi, ulpote
qui Patris Filiique imperluibabilis pax sit, gluten fir-
mum, indivisibilis unitas.
3. De ipso igitur audet Sponsa, ipsumque infundi sibi
fidenter sub osculi nomine petit. Tenet quippe aliquid,
HUITIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
159
de baiser, d'en recevoir l'infusion. Mais aussi c'est
qu'elle a comme un gage qui lui donne lieu de
l'oser. C'est celte parole du Fils qui, apres avoir
dit : « Nul ne connalt le Fils que le Pere, et mil ne
connait le Pere que le Fils {Matth. u, 27), » ajoute
aussitot, « ou celui a. qui il plaira au Fils de le re-
veler. » L'Epouse croit fermement que s'il le veut
reveler a quelqu'un, ce sera certainement a. elle.
C'est ce qui lui fait demander hardiraent un baiser,
e'est-a-dire, cet esprit en qui le Fils et le Pere lui
soient reveles. Car l'un n'est point connu sans l'au-
tre, suivant cette parole de Jesus-Christ : « Celui
qui me voit, voit aussi moil Pere (Joan, xiv, 9) ; »
et cette autre de l'aputre saint Jean ; « Quiconque
nie le Fils, n'a point le Pere, mais celui qui con-
fesse le Fils a aussi le Pere. (Joan, n, 24). » Ce qui
montre clairement que le Pere n'est point connu
sans le Fils, ni le Fils sans le Pere. C'est done a
bon droit que celui qui dit : « La vie eternelle eon-
siste a vous connaitre pour le Dieu veritable, et a
connaitre celui que vous avez envoye, qui est Je-
sus-Christ (Joan, xvn, 3), » n'etablit pas la
souveraine felicite dans la connaissance de l'un des
deux, mais dans celle de tous les deux. Aussi li-
sons-nous dans l'Apocalypse, « que oeux quisuivent
l'Agneau ont le nom de l'un et del'autre ecrit sur
le front (Apoc. xiv, 1), » e'est-a-dire qu'ils se glori-
fient de ce qu'ils les connaissent tous les deux.
It. Quelqu'un dira peut-elre : La connaissance du
Saint-Esprit n'est done pas necessai'-e, puisque
saint Jean, en disant que la vie eternelle consiste a
connaitre le Pere et le Fils, ne parle point du Saint-
Esprit. Cela est vrai ; mais aussi n'en etait-il pasbe-
soin, puisque lorsqu'on connait parfaitement le Pere
et le Fils, on De saurait ignorer la bonte de l'un et
de l'autre qui est le Saint-Esprit ? Car un homme
ne connait pas pleinement un autre homme, tant
qu'il ignore si sa volonte est bonne ou mauvaise.
Sans compter que lorsque saint Jean dit : Telle est
la vie eternelle, c'est de vous connaitre, vous qui
etes le vrai Dieu et Jesus-Christ que vous avez en-
voye ; cette mission temoignant la bonte du Pere
qui a daigne l'envoyer, et celle du Fils qui a obei
volontairement,' iln'a pas oublie tout-a-faitle Saint-
Esprit, puisqu'il a fait mention d'une si grande
faveur de l'un et de l'autre. Car l'amour et la bonte
de l'un et de l'autre est le Saint-Esprit meme.
5. Lors done qua l'Epouse demande un baiser
elle demande de recevoir la grace de cetle triple
connaissance, au moins autant qu'on en peut etre
capable dans ce corps mortel. Or elle le demande
au Fils, parce qu'il appartient au Fils de le reveler
a qui il lui plait. Le Fils se revele done a qui il
veut, et il revele aussi le Pere ; ce qu'il le fait par
un baiser, e'est-a-dire par le Saint-Esprit, selon le
temoignage de l'Ap6tre, qui dit : « Dieu nous a
revele ces chosespar l'Esprit-Saint. (I. Cor. u, 10). » C'est! = M-
Mais en donnant l'Esprit par lequel il communique jiiumine'eJ
ces connaissances, il fait connaitre aussi l'Esprit lui eml)ri3C'-
qu'il donne. 11 revele en le donnant, etle donne en
lerevelant. Et cetterevelationquise fait parle Saint-
Esprit, n'eclaire pas seulement l'entendement pour
connaitre, mais echauffe aussi la volonte pour aimer,
suivant ce que dit saint Paul : « L'amour de Dieu
est repandu dans nos coeurs par l'Esprit-Saint, qui
nous a etc donne (Rom. v, 5). » Aussi est-ce peut-
etre a cause de cela que, en parlant de ceux qui
connaissant Dieu ne lui ont pas rendu les hommages sei,t point ce
qui lui etaient dus, il ne leur dit point que leur 00,
connaissance fut un effet de la revelation du Saint-
unde non desit occasio praesumendi. Dicens enim Fi-
lius, Nemn novit Filium nisi Pater, et nemo novit Pa-
irem nisi Filius; adjeoit, aut cui voluerit Films revelare.
Non autem dil'lidit Spunsaquin sibi velit, si cui voluerit.
Petit ergo audenler dari sibi osculum, hoc est Spiritum
ilium, in quo sibi et Filius reveletur et Pater. Aller
enim sine altera neqbaquam innotescit. Undo est illud :
Qui videt me, videt et Patrem meum. Et illud Joannis :
Omnis qui negat Filium, nee Patrem habet. Qui autem
confiletur Filium, et Patrem habet. Ex quibus liquido
constat, quia nee Pater sine Filio, nee Filius sine Pa-
tre agnoscitur. Merilo proinde non in alterius tantum,
sed in utriusque cognitione constituit summam beatitu-
dinem qui dicit : Hiec est vita interna, ut cognoscant te
i ,',11111 Deum, et quern misisti Jesum-Christum. Denique
et qui sequuntur Agnum, referuntur habere nomen
ejus, et nomen Palris ejus scriptum in frontibus suis :
quod est do utrisque notitia gloriari.
4. Sed dicit aliquis : Ergo et Spiritus-Sancti agnitio
non est necessaria, ut cum dixerit esse vitam aeternam
nosse et Patrem et Filium, de Spiritu-Sancto tacuerit ?
Est utique : sed ubi Pater et Filius perfecte agnoscilur,
utriusque bonitas, quae Spiritus-Sanctus est, quomodo
ignoratur'? Naque enim integre homo homini innotescit,
Les 9ages du
du monde
qnandiu latet, utrumnam bonae, an mala? sit voluntatis,
Quanquam et cum dictum est, H<jee est vita celerna, ut
cognoscant te verum Deum, et quern misisti Jesum-
Christum ; profecto si missio ilia beneplacitum tarn Pa-
lris benigne mittenlis, quam Filii volunlarie obedientis
demoustrat, non omnino taciturn est de Spiritu-Sancto,
ubi tanlae utriusque gratiae mentio Kicta est. Utriusque
siquidem amor et benignitas Spiritus-Sanctus est.
S. Trinaj ergo hujus agnitionis infundi sibi gratiam,
quantum quidein capi in carne mortali potest, Sponsa
petit, cum osculum petit. Petit autem a Filio : quia Fi-
lii est cui voluerit revelare. Revelat ergo Filius seipsum
cui vult, revelat et patrem. Revelat autem sine dubio
per osculum, hoc est per Spiritum-Sanctum, Apostolo
teste qui ait : Nobis autem revelavit Deus per Spiritum
suum. At vero dando Spiritum per quern revelat, etiam
ipsum revelat : dando revelat, et revelando dat. Porro
revelatio, qu;e per Spiritum-Sanctum lit, non solum il-
lustrat ad agnitionem, sed etiam accendit ad amorem,
dicente Paulo : Charitas Dei diffusa est in cordibus nos-
tril per Spiritum-Sanctum. qui datus est nobis. Et ideo
forsan de his, qui cognoscentes Deum, non tanquara
Deum glorilicaverunt, non legitur quod Spiritu-Sancto
revelante cognoscerent : quia cum cognoscerent, non
160
OEI'VRES DE SAINT BERNARD.
Esprit, parce que, bicn rpi'ils le connussent, ils nc est au-dela de voire portee (Erch's. xxxi, 22). »
l'aimaient point. On litbien: « Car Dien le 1 or Marchez dans ces connaissances sublime- selon
await revele, » mais il n'est point dit que ce fut par I'Esprit, non pas scion voire propre sens. La
le Saint-Ksprit, depeur que des esprits impies qui doctrine de 1'Esprit-Saint n'allume pas la curiosite
se con tentaient de la science qui enfle etne con- mais enflamme la charite. Aussi est-ce avec raison
naiss liei t point celle qui edifie, ne s'attribuassent que l'Epouse, cherchant celui qu'elle aime, ne se Be
le baisei de l'Epouse. L'Ap6tre nous marque par pas auz sens de la chair, ft nc suit pas les faibles
Saint Ber-
nard
n-|inino la
Lurinsite
et pousao a la
I'lldlltc.
quel moyen il? out eu ces lumieres: « Les beautes
invisibles de Dieu se comprennent cl lirement paries
beautes visible? ilcs choses cr s [Rom. i, 20 . »
D'oii il est evident qu'ils n'ont point connu parfai-
temenl celui qu'ils n'ont point aime. Car s'ils I'eus-
sent connu pleinement, ils n'auraienl pas ij
cette bonte ineffable qui l'a oblige a s'incarner, a
naiire, et a niourir pour leur redemption. Enfin,
ecoutez ce qui leur a etc revele de Dieu : a Sa puis-
sance souveraine, est-il dit, et sa Divinity (Ibid.). »
Vous voyez que, s'elevant par la presomption de
leur propre esprit, non Je I'Esprit de Dieu, ils out
voulu penetrer ce qu'il y avail de grand et de su-
raisonnemenls de la curiosite humaine, mais de-
mande unbaiser; e'est-a-dire invoque le Saint-Es-
prit, alin que, par son moyen, elle receive en
incine ti mps et le gout de la science, et I'assaison-
nement de la grace. Or e'est avec raison que la
science quise domie dans ce luiscr es! accoinpagnee
d'amour, car le baiser est lesyinbole de 1'amour.
Ainsi la science qui enfle, etant sans 1'ainour, ne
procede point du baiser, non plus que le zele pour
Dieu qui n'est pas selon la science, parce que le
li tiser donne L'une et I'autre de ses graces, et la
lumiere de la connaissance et l'onction de la piete.
Car il est un esprit ile sagesse el d'intelligence, et,
La science
qui enfle et
le 7.le
aTeugle ne
viemiL'iit pas
do lui.
Mime en luij mais ils n'ont point compris qu'il Cut comiue 1'abeille qui forme la cire etle miel, il a en
doux et humble de coeur. Et il ne taut pas sen
etonner, puisque Behemoth qui est leur chef, « re-
garde tout ce qui est haut et eleve (Job. XL, 25 , »
ainsi qu'il est ecrit de lui, sans jamais jeter la vue
sur les cboses bumbles et basses. David etail bien
dans un autre sentiment (Psal. exxx, IS), lui qui
ne se porlait jamais de lui-meme aux choses gran-
des et aJmirahles qui le depassaient, de peur que
voulant sonder la majeste de Dieu, il ne demeurat
ace able sous le poids de sa gloire (Prov. xxv, 27).
6. Et vous pareillement, mes freres, pour vous
conduire avec prudence dans la rech irche des
lui-meme de quoi allumer le flambleau de la
science et de quoi repandre le gout et les douceurs
de la grace. Hue celui done qui entend la verite
mais ne l'aime point, non plus que celui qui l'aime
et ne l'entend point, ne s'imaginent ni l'un ni
I'autre avoir recu ce baiser. Car il u'y a place ni
pour l'erreur ni pour la tiedeur dans ce baiser.
C'est pourquoi, pour recevoir la double grace qu'il
communique, l'Epouse presente ses deux levres, je.
veux dire la lumiere de I'intelligence el 1'amour de
la sagesse, alin que dans la joie qu'elle ressentira
d'avoir recu un baiser si entier et si parfait, elle
merite d'entendre ces paroles : « La grace est
Mais la
science avec
la devotisn.
divins mysteres, souvenez-vous de l'avis du Sage
qui vous dit : « Ne cbercbez point des cboses qui repandue sur vos levres ; c'est pourquoi Dieu vous
I vous passent, et ne tacbez point de penetrer ce qui a beuie pour toute l'eternite (Psal. xliv, 3). »
amaverunt. Sic quippe habes : Deus enim illis revelavit.
Nee adjunctum est, per Spirilum suum : ne sibi Sponsce
osculum raenles impia? usurparcnt, qua? contentae ea
qua> inllat, cam quae aediflcat nescierunt. Denique ipse
Apostolus dicat per quid COgnoverunt. Per ea, inquit,
qua? facta sunt, intellecta conspexerunt. Unde et cons-
tat, quia nee perfecte COgnoverunt, qucm mininie di-
lexcrunt. Si enim inlegre cognovissent, bonitatem qua
pro eorum redemplione in came nasci et mori voluit,
non ignorassent. Audi denique quid cis de Deo revela-
tum fuerit : Sempiternu, ait, virtus ejus el divmitas.
Vides quia quod sublimilatis, quod majeslalis est in
pr.-e-umptione spiritus, non Dei, sed sui rimnti sint :
quod aiilcm inilis sit et humilis corde, non inlellexcint.
Nee minim, quia et caput eorum Behemoth nihil hu-
mile, sed (>icut de eo legitur) omne sublime videt. Quo
contra David non ambulabal in magnis, neque in mira-
bilibus super se, ne scrutator majeslalis opprimeretur
a gloria.
6. Vos cjuoque, ut caute in arcanis sensibus pedem
figalis, mementote semper , quod Sapiens admonet :
Aitiora, inquit, le ne qutesieris, et fortiora te ne scruta-
tus fueris. In spiritu ambulate in illis, el non in sensu
proprio. Doctrina Spiritus nun curiositatem acuit, sed
charilalem accendit. Mcrilo proinde Sponsa, quern di-
ligit anima sua inquirens, non se suae carnis sensibus
credit, non curiositatis humana> inanibus ratiociniis ac-
il : sed petit osculum, id est Spirilum-Sanctum
invocat, per quem accipiaf simul el scientise gustum, el
imentum. Et bene scientia, quas in osculo
datur, cum amore recipitur : quia amoris indicium os-
culum est. Scientia ergo quae inllat, cum sine charitate
sit, non procedit ex osculo. Sed nee qui zclum Dei ha-
benl, et non secundum scicntiam, sibi ullalenus arro-
genl illud. Ulrumque enim munus simul fert osculi
gratia, et agnilionis lucem, et devotionis pinguedinem.
Est ipiippe Spiritus sapiential et intellectus, qui instar
apis ceram porlanlis et mcl, habct omnino et unde ae-
cendal lumen scientiae, et unde infundat saporem gratiaa.
Neuter ergo se osculum percepisse putet, sive qui
veritalem intelligit, ncc diligit ; sive qui diligil, nee in-
telligil. Sane in osculo islo nee error locum habet, nee
tepor. Quamobrem gemmae gratia; sacrosancti osculi sus-
cipienda? paret e regione duo labia sua quae Sponsa est
HUITIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
161
Ainsi le Pere en baisant le Fils lui communique
pleinement et abondamment les secrets Je sa
divinite, et lui inspire les douceurs de l'amour,
L'Eeriture sainte nous le marque, lorsqu'elle dit :
«Lejour decouvre ses secrets aujour(Psa/. xvm,3). »
Or, comme nousl'avons deja dit, il n'est accorde a
aucune creature, quelle qu'elle soit , d'assister 1
ces embrassements eternels et bienheureux. 11 n'y a
que le saint Esprit qui procede de Tun et de l'autre,
qui soit temoin de cette connaissance et de cet
amour mutuelset qui yparticipe. « Car, qui a connu
les desseins de Dieu, ou qui a ete son conseil
{Rom. n, 34)? »
7. Mais quelqu'un me dira peut-etre : comment
done avez-vous pu counaitre ce que vous avouez
vous-nn'me n'avoir ete confie a aucune creature?
C'est sans doute, « le Fils unique qui est dans le
sein du Pere, qui vous l'a appris (Joan, l, 18). »
Oui, c'est lui qui l'a appris, non pas a moi qui suis
un bomme miserable, absolument indigne d'une si
grande faTenr, mais a Jean, l'ami de L'Epoux, de qui
sont les paroles que vous avez alleguees, et non-
seulement a lui, mais encore a Jean l'Evangeliste,
comme au disciple bien-aime de Jesus. Car son
ame aussi fut agreable a Dieu, bien digne certai-
nement du nom et de la dot d'Epouse, digne des
embrassements de l'Epoux, digne enfin de reposer
sur la poitrine du Seigneur. Jean puisa dans le
sein du Fils unique de Dieu ce que lui-meme avait
puise dans le sein de son Pere. Mais il n'est pas le
seul qui ait recu cette grace singuliere; tous ceux
a qui l'Ange du grand conseil disait : « Je vous ai
appeles mes amis, parce que je vous ai decouvert
tout ce que j'ai appris de mon Pere (Joan, xv, 15), »
l'ont egalement recue. Paul puisa aussi dans ce
Baptists,
sein adorable, lui dont l'Evangile ne vient ni des
hommes ni par les homines, mais par une reve-
lation de Jesus-Christ lui-meme (Galat. i, 12). »
Assurement, tous ces grands saints peuvent dire
avec autant de bonheur que de verite : « C'est le
Fils unique qui etait dans le sein du Pere qui nous
l'a appris (Joan, i, 18). » Mais, en leurfaisant cette
revelation, qu'a-t-il fait autre chose que de leur
donner un baiser? Mais e'etait unbaiser du baiser,
non un baiser de la bouche. Ecoutez un baiser ce
la bouche : « Mon pere et moi ne sommes qu'une
meme chose (Joan, x, 30) ; et encore : Je suis en
mon Pere, et mon Pere est en moi. » C'est li un
baiser de la bouche sur la bouche ; mais personne
n'y a part. C'est certainement un baiser d'amour
et de paix, mais cet amour surpasse infiniment
toute science, et cette paix est au dessus de tout ce
qu'on pent imaginer. Cependant Dieu a bien
revele a saint Paul ce que l'ceil n'a point vu, ce
que 1'oreille n'a point oui, et ce qui n'est tombe
dans la pensee d'aucun homme ; mais il le lui a
revele par son esprit, e'est-a-dire par un baiser de
sa bouche. Ainsi le Fils est dans le Pere, et le
Pere dans le Fils, voila qui est un baiser de la bou-
che. Pour ce qui est de ces paroles : « Nous
D'avons pas recu l'esprit du moude, mais l'Esprit
qui vient de Dieu, afin que nous sachions les
grands dons qu'ils nous a faits par sa bonte
( 1 Cor. u, 12), » c'est un baiser de sa bouche.
8. Et pour distiuguer encore plus clairement ces
deux baisers : celui qui recoit la plenitude recoit un
baiser de la bouche, mais celui qui ne recoit que de
la plenitude ne recoit qu'un baiser du baiser. Le
grand Paul quelque haut qu'il porte sa bouche, et
bien qu'il aille jusqu'au troisieme ciel, demeure
intelligentiae rationem, sapientiaj voluntatem, ut de
pleno osculo glorians mereatur audire : Diffusa est gra-
tia in labiis litis, propterea bencdixit la Deus in a?ter-
num. Itaque Pater Pilium osculans , plenissime illi
arcana suae divinitalis eructat , et spirat suavitatem
amoris, Scriptura hoc significante, cum ait : Dies diei
eructat verbum. Cui sane sempilerno singulariterque
beato complexui , nulli omnino , ut jam dictum
est, creaturae interesse donatur, solo utriusque Spiritu
teste ac conscio mutuae agnitionis et dilectionis. Quis
enim cognovit sensum Domini, ant quis conciliarius ejus
fuit ?
7. Sed dicat mihi fortasse aliquis : Tibi ergo unde
innotuit, quod nulli fateris creditum creaturae? Profecto
Unigcnitus qui est in sinu Patris, ipse enarravit, dixe-
rim, non mihi misero et indigno, sed plane Joanni *
amico Sponsi, cujus haac verba sunt; non solum autem,
sed et Joanni Evangelists, utique discipulo quern dili-
gebat Jesus. Placita enim fuit Deo et anima illius, digna
prorsus nomine et dote sponsae, digna sponsi amplexi-
bus, digna denique quae recumberet super pectus Domini.
Hausit Joannes de sinu Unigeaiti, quod de paterno
hauserat ille. Nee solus ipse tamen, sed et omnes, qui-
bus idem aiebat magni consilii Angelus : Vos dixi ami-
T. IV.
Lc baiser
d'un baiser
et le baiser
de la bouche.
Difference de
ces
deui baisers.
cos, quia omnia qucecumque audivi a Patre meo, nota
feci vobis. Hausit et Paulus, cujus Evangelium non est
ab homine, neque per hominem illud accepH, sed per
revelalionem Jesu-Christi. Profecto hi omnes tam feli-
citer, quam veraciter dicere possunt : Unigenitus qui
est in sinu Patris, ipse enarravit nobis. Et ilia enarralio
quid eis nisi osculum fuit? Sed osculum de osculo, et
non de ore. Ego et Pater unum sumus : item, Ego in
Patre, et Pater in me est. Osculum est ore ad os
sumptum, : sed nemo appropiat. Osculum plane dilec-
tionis et pacis : sed dilectio ilia supereminet omni
scientiK ; et pax ilia omnem sensum exsuperat. Verum-
tamen quod oculus non vidit, nee auris audivit, nee in
cor hominis ascendit, Paulo revelavit Deus per Spiritum
suum, hoc est per osculum oris sui. Igitur Filium in
Patre, et Patrem esse in Filio, osculum de ore est.
Quod autem legitur, Non enim accepimus spiritum hujus
mundi, sed spiritum qui ex Deo est, ut sciamus quce a
Deo donata sunt nobis ; osculum sane de osculo est.
8. Et ut aperlius alterutrum distinguamus ; qui ple-
nitudinem capit, osculum de ore sumit : qui vero de
plenitudine, osculum de osculo recipit. Magnus quidein
Paulus : sed quantumlibet sursum porrigat os, etiamsi
se usque ad tertium coelum extendat, citra os Altissimi
11
162
Le P£re
n'est connu
parfaitement
que
lorsqu'il
est
parfaitement
alme.
neauraoins au dessous de la bouche du Tros-Haut,
et doit se renfermer dans les bornes desa condition.
Comme il ne pout, atteindre jusqu'au visage adora-
ble de la gloire, il est oblige de demander humble-
ment que Dieu se proportionne .i sa faiblesse, et
lui envoie un baiser d'en haut. Mais celui qui ne
croit point faire uu larcin en se rendant egal a Dieu
[Philip, u, 6), en sorte qu'il ose bien dire : « Mon
Pere et moi ne sommes qu'une meme cbose [Joann.
t, 30\,» parce qu'il est uni a lui comme a son egal,
et, l'embrasse d'egal a egal, celui-la ne mendie
point an baiser d'en-bas; mais etant a la meme
hauteur, il applique saboucbe sacree sur lasienne,
et, par une singuliere prerogative, il prend un bai-
ser sur sa bouche meme. Ce baiser est done pour
Jesus-Christ la plenitude, et pour Paul la partici-
pation, attendu que Jesus-Christ est baise de la
bouche, et Paul seulement du baiser de la bouche.
9. Heureux neanmoins ce baiser par lequel, non-
seuleinent on connait, mais on aime Dieu le Pere,
qui ne peut etre pleinement connu que lorsqu'on
l'aime parfaitement. Qui de vous a entendu quel-
quefois l'Espritdu Fils, criant dans le secret de sa
conscience, « Pere, Pere? » L'ame qui se sent ani-
mee du meme esprit que le Fils, cette Aine, dis-je,
peut se croire l'objet d'une tendresse singuliere du
Pere. Qui que voussoyez, 6 ame bienheureuse, qui
etes dans cet etat, ayez une parfaite confiance ; je
le repete encore, ayez une contiance entiere et n'he-
sitez point. Reconnaissez-vous, iille du Pere, dans
l'esprit du Fils, en meme temps que l'eponse ou
la sceur de ce meme Fils. On trouve, en effet, que
celle qui est telle est appelee de l'un et de l'autre
nom. La preuve n'en est pas difficile, et je u'aurai
pas beaucoup de peine a vous le montrer. C'est
CEDVRES DE SAINT BERNARD.
l'Epoux qui s'adresse a elle : « Venez dans mon
jardin, dit-il, ma sceur, mon epouse (Cant, v, 1). »
Elle est sa sceur parce qu'elle a le meme Pere que
lui. Elle est son epouse, parce quelle n'a qu'uo
meme esprit. Car si le manage enamel etablit deux
personnes en une meme chair, pourquoi le manage
spiritual n'en unira-t-il pas plutdt deux en un
meme esprit ? Aprestout, l'Apdlre ne dit-il pas que
celui qui s'attache a Dieu est un meme esprit avec
lui. Mais voyez aussi avec quelle affection et quelle
boute le Pere la nomme sa iille, en meme temps
que la traitant comme sa bru, il l'invite aux doux
embrassements de son Fils : « Ecoutez, ma Iille,
ouvrez les yeux, et pretez l'oreille, oubhez votre
nation et la maisoii de votre pere, et le Roi conce-
vra de l'amour pour votre beaute (Psal. xuv, 11). »
Yoila celui a qui elle demuide uu baiser. 0 ame
sainte, soyez dans un profoud respect, car il est le
Seigneur votre Dieu, et peut-etre est-il plus a propos
de l'adorer avec le Pere et le Saint-Esprit, dans les
siecles des siecles, que dele baiser. Aiusi suit-il.
SERMON IX.
Des deux mamellesde I'Epoux, e'est-a-dire, de Jems-
Christ, dunt I une est la patience a allendre la con-
version des pecheurs, lorstju'ils se convertissent, el
l'autre la bienveillance ou la facilite avec lauuelle
il les accucille.
1. Venons-en maintenant a l'explication dulivre,
rendons raison des paroles -le I Epoux et montrons-
en la suite. Car, n'ayant point de commencement,
elles sont comme en suspens et setublent coupees
ex abruplo. Aussi est-il bon, avant tout, Ue faire voir
a quoi elles se rapportent. Supposons done que
• a/, osore
coDtingit.
tamen necesse est ut remaneat, et modo suo contentus,
in se subsistat : et cum pertingere ad vultuui gloriae non
valebit, condescendi sibi, et ex alto transmitti osculum
huniihter petal. Qui vero non rapinam arbitratur esse
se aequaleni Deo, ita ut audeat dicere, Ego et Pater
unum sumus ; quia ex aequo conjungitur, ex aequo
complectilur, non osculum de loco inferiori mendicat,
sed pari celsitudine os * ori conjungit, et singular! prae-
rogaiiva osculum de ore sumit. Christo igitur osculum
est pleuitudo, Paulo participatio : ut cum ille de ore,
iste tantum de osculo osculatum se glorietur.
9. Felix tamen osculum, per quod non solum agno-
scitur Deus, sed et diligitur Pater : qui nequaquam
plene cognoscitur, nisi cum perfecte diligitur. Quae in
vobis anima sensit aliquaudo in secreto conscientiae suae
Spiritum Filii clamautem, Abba, pater ? Ipsa, ipsa,
paterno se diligipraesumataffectu, qua; eodem se spirita,
quo et Filius, atlectara sentiL Confide, quan-uuique es
ilia, confide nihil haesitans. In spiritu Filii filiani co-
gnosce te Patris, sponsam Filii vel sororem. Utroque
vocabulo earn, quae hujusmodi est, invenies appellari.
Ad manum est unde id probem : non multum laborabo.
Vox Sponsi est ad ipsam : Veni in horhtrn tneum, soror
mea sponsa. Soror siquidem est, quia ex uno Patre :
sponsa, quia in uno Spiritu. Nam si carnale matrimo-
nium constiluit duos incarne una, cur non magis spiri-
tualis copula duos conjunget in uno spiritu ? Denique
qui adhceret Domiue, unus spiritus est. Sed audi etiam
de Patre, quam amanter quamque dignanter et filiam
earn nominal, et niuilominus tamquam nurum propiiam
ad Filii blaiidos invitat amplexus. Audi, iuquit, (ilia, et
vide, et inclina aurem tuam ; el obliviscere populum
tuum et domum patris tui, et concupiscet Rex decorem
tuum. Ecce a quo ista llagitat osculum. 0 sancta anima,
reverentiam babe, quoniam ipse est Dominus Deus tuus,
et fortasse non osculandus, sed adorandus cum Patre et
Spiritu-sancto in saecula saeculorum. Amen.
SERMO IX.
De uberibus sponsi, id est Christi, quorum unum est
longanimitas exspectandi peccalores : allerum beni-
gnitus seu facilitus eos recipiendi.
t. Accedamusjam ad librum, verbisque Sponsae ratio-
nem demus et consequentiam. Pendent enim, et prae-
rupta nutant absque principio. Ideoque praemittendum
cui competenter cohaereant. Ponamus proinde istos,
Suite du
teite.
NEUVIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
163
ceux que nous avons appeles les compagnons de
l'Epoux, se sont approches de l'Epouse ; comme la
veille et l'avant-veille, pour la voir et la saluerjilsla
trouvent plongee dans la trislesse et lui entendent
pousser des soupirs; surpris de cela, ils lui tiennenta
peu pres ce langage : Qu'est-il arrive de nouveau?
Pourquoi etes-vous plus triste qu'a l'ordinaire ?
Quelle est la cause de ees plaintes si peu attendues?
Eorsque, apres vous etre detournee du bun chemin
pour suivre vos amans, vous vous etes vue, entin,
obligee par leurs mauvais traitements de retourner
a votre mari, ne l'avez-vous pas presse avec beau-
coup de prieres et de lannes de vous permettre seu-
lement de toucber ses pieds ? Je m'en souviens
bien, dit-elle. Eh quoi, apres avoir obtenu cette
grace, continuent-ils, et recu le pardon de vos
offenses, quand vous lui avez baise les pieds, ne
vous etes-vous pas impatientee de nouveau ; peu
satisfaite d'une faveur si insigne , n'en avez-vous
point desire une plus grande, n'avez-vous pas
demande avec la meme instance qu'auparavant,
et obtenu une seconde grace, et dans le baiser de
la main qui vous a ete accord^, n'avez-vous point
acquis des vertus aussi considerables que nom-
breuses? J'en conviens, dit-elle; mais eux poursui-
vant : Ne faisiez-vous meme pas le sermeut, disent-
ils, et ne protestiez-vous point que si jamais il vous
accordait de baiser sa main, cela vous suftirait, et
que vous ne demanderiez jamais autre cbose ? 11
estvrai. Quoi done ? Vous a-t-on rien ote de ce
que vous avez recu ? Non, rien. Est-ce que vous
craignez que Ton revienne sur le pardon des dere-
glements de votre premiere vie ? Nullement.
Ariieur et ~ 1VI . ,
impatiencede -• Uiles-nous done par quel moyen nous vous
raiuour. pourrons satisfaire. Je ne serai eontente, dit-elle,
que s'il me baise d'un baiser de sa bouche. Je le
remercie du baiser des pieds, je lui rends graces de
celui de sa main ; mais s'il m'aime ; « qu'il me
baise du baiser de sa bouche. » Je lis suis pas in-
grate, j'aime. J'ai recu, je l'avoue, des faveurs qui
sont beaucoup au dessus de mes merites, mais ils
sont au dessous de mes souhaits. Je suis emportee
par mes desirs, ce n'est pas la raison qui me guide.
N'accusez pas, je vous prie, de temerite, ce qui n'est
que l'effet d'un ardent amour. La pudeur, a la verite,
se recrie, mais l'amour fait taire toute pudeur.
Je n'ignore pas que l'honneur qu'on rend au roi doit
etre accompagne de jugement, selon la parole du
Prophete (Psal. xcviu, U) ; mais un violent amour
ne sait point ce que e'est que le jugement, il n'e-
coute point les conseils, il n'est point retenu par la
honte et n'obeit point a la raison. Je Ten prie, je
Ten supplie, je Ten conjure, « qu'il me baise du
baiser de sa bouche. » Voila deja plusieurs annees
que, par sa grace, j'ai soin de vivre dans la charity
et la sobriete. Je m'applique a la lecture, je r6siste
aux vices, je m'adonne souvent al'oraison, je veille
contre les tentations, et je repasse dans l'amertume
de mon ame les annees de ma vie qui se sont ecou-
lees. Je pense que ma conduite est sans reproche
parmi mes freres, au moins autant qu'il est en moi.
Je suis sou mis a mes superieurs, sortant de la mai-
son et y retournant par l'ordre du plus aneien. Je
ne desire point le bien d'autrui, au contraire, j'ai'
donne le mien, et me suis aussi donne moi-meme .
Je mange mon pain a la sueur de mon visage .
Mais je fais tous ces exerciees par habitude, sans y
sentir aucune douceur. Que suis-je autre chose,
pour emprunter le langage du Prophete, que « la
Genisse d'Ephraim, qui est instruite et dressee a
quos Sponsi solades diximus, visilandi salutandique gra-
tia, sicut heri et nudiustertius, accessisse nunc quoque
ad Sponsam ; ipsamque submurmurantem et tiedentem
reperisse : mirari causam, et casi alloqui in hunc mo-
dum. Quid novi accidit ? quid (e cernimus solito tris-
tiorem ? quae inopinati murmuris causa ? Certe cum
aversa et alicnata ires post amatores tuos, cum quibus
male erat tibi, compulsa tandem reverti ad virum tuura
priorem, nonne ut saltern merereris langere pedes,
mullis precibus et (letibus institisti ? Recolo, inquit.
Quid ? Obtento eo, simulque accepta in osculo pedum
indulgenlia de offensis, numquid non rursus facta impa-
tiens, et tanta nequaquam dignatione contenta, sed
majoris familiaritalis cupida, secundam quoque graliam
eadem qua prius instantia postulasti, et impetrasti, ;ta
ut in osculo manus adepta sis virtutes non paucas, et
non parvas? Non difliteor, ait. Et illi : Enimvero num
tu es qua? jurare et obtestari solebas, si unquam ad os-
culum manus pervenire daretur, suflicere jam tibi ; nil
te de caelero petituram? Ego. Quid igitur? Forte rio-
rum quae acceperas quippiam ablatum causaberis? Nihil.
An vero times repetitum iri , quod tibi de mala
tua pristina conversatione indultum prcTsumpseras? Non.
2. Age tamen, die unde queamus satisfacere tibi. Non
Exercice
d'une ame
pieuse.
Pieux gemi».
sementa
d'une ame
aride.
quiesco, ait, nisi osculetur me osculo oris sui. Gratias
de osculo pedum, gratias et de manus : sed si cura est
illi ulla de me, Osculetur me osculo oris sui. Non sum
ingrala, sed ajgQ. Accepi, fateor, meritis potiora, sed
prorsus inferiora votis. Desiderio feror, non ratione.
Ne quieso causemini prassumptionem, ubi affectio ur-
get. Pudor sane reclamat : sed superat amor. Nee
ignore, quod honor regis judicium diligit : sed praeceps
amor n.ic judicium prrestolatur, nee concilio tempera-
tur, nee pudore frenatur, nee rationi subjicitur. Rogo
supplico, tlagito, Osculetur me osculo oris sui. En gratia
ipsius multis jam annis caste sobrieque vivere euro, lec-
tioni insisto, resisto vitiis, orationi incumbo frequenter ,
vigilo contra tentationes, recogito annos meos in aman-
tudine animae meae. Sine querela me arbitror, quantum
in me est, conversari inter fratres ; superiorihus potesta-
tibus subdita sum, egrediens et regrediens ad imperium
senioris. Aliena non cupio : mea potius et me pariter
dedi. In sudore vultus mei comedo panem meum : cae-
terum quod in his omnibus est, totum constat de con-
suetudine, de dulcedine nihil. Quid nisi, juxta Prophe-
tam, viiu/a Ephraim sum, docta diliyere trituram ?
Denique in Evangelio qui hoc solum quod facere debet,
facit, servus inutilis reputatur. Mandata forsan utunc-
vJU
164
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
aimer le travail de la moulure (Osce. x, 11) ? » D'ail- votre grandeur durant tout le jour (Pml. lxx, 8
tears, l'Evangile ne dit-il pas que celui qui no fait et enfin, lorsqu'il eut goule cette douceur gftlaste
que cequ'il doit faire, « est un serviteui inutile (Luc.
xvu, 10) ? » Peut-etre accomplis-je les oommande-
ments le inoins mal que je puis, niais mon ante
dans tous cos exercices, ne laisse pas d'etre comrac
une terra sans eau. Pour que mou holocauste soit
il la repandit au dehors par ces paroles : « Sei-
gneur, que vos douceurs sont grandes et incll'a-
bles, et aveo quelle bonte les gardez-vous pour ccux
qui vous eraignentfjPsai. xxx, 20). » Nous nous
sommes assez arretes sur ce baiser, mais pour dire
Lcs disciples
de saint
Bernard fai-
saient
Jos memes
plainte?.
nh ipiri*
talis.
parfaitj « qu'il me baise d'un baiser de sa bouche.» la verite, il me semble que je n'eii at pas encore
3. Je me souviens que la plupart de vous out parte assez digDement. Mais passons au reste. Car
coutunie aussi dans leurs confessions privees ", de ces cboses se connaisscnt . miettx par l'impression
se plaindre a moi de ces langueurs et de ces seche- qu'elles font, que par l'expression qui lcs rend,
resses de I'ame, et d'une sortede stupidite et d'ap- 4. 11 y a ensuite : « Parce que vos mamelles sont
pesantissement, qui les rend incapables de penetrer plus excellentes que le vin, et repandent l'odeur
lcs cboses subiiles et elevees, et qui fait qu'ils ne des plus doux parfums [Cant.i, 1). » l/auteur ne
goutent point ou qu'ils goiitent peu la douceur de dit point de qui sont ces paroles, nous laissant a
l'Esprit-Saint. Apresquoi soupirent ces ames, sinon penser a qui dies convieniient le mieux. Pourmoi,
apres un baiser ? Oui, elles soupirent apres l'esprit j'ai des raisons pour les attribuer, si on veut, a 1
de sagesse et d'intelligence, d'intelligence pour
compreudre ce qu'elles n'entendcnt pas, et de sa-
gesse pour gouter ce qu'elles out compris. C'est je
crois, dans celte disposition qu'etait le Prophete,
quand il adressait cette priere a Dieu : « Que mon
Sine soit comblee de plaisir, comme si elle eta it
rassasiee des viandes les plus delicieuses, et ma
boucbe temoignera sa joie par des hymnes de
louanges (Psal. lxii, 6). » 11 demandait certaine-
ment un baiser, et un baiser qui, apres avoir re-
pandu sur ses levres l'onction d'une grace singu-
liere, fut suivi de l'ellet qu'il demandait dans une
autre priere, en disant : « Que rnabouche soit rem-
pbe de louanges, atin que je cbante votre gloire et
aLes religieux de saint Bernard, avaient, eneffet, coutume de
lui rc\eler leurs negligences, comme notre Saint les appelle, dans
son premier sermon pour le jour de la Circoncion n. 5. Us le
faisaient dans leurs confessions privees. Guy, cinquieme prieur
des Cnaitreui, donne ce nom aux confessions qui se faisaient
dans des cellules particulieres ; il appelait confessions communes
celtes qui se faisaient le samedi, mais en particulier. Voir le li-
Tre I, de la Vie de saint Bernard n. 28.
E-
pouse, ou it l'Epoux, ou mime aux compagnons de
l'Epoux. Je vais d'abord vous montrer comment el-
les pcuvent convenir a l'Epouse. Lorsqu'elles'entee-
tenait avec les amis de l'Epoux, celui dont ils par-
laient arrive, car il s'approche volontiets de ccux
qui parlent de lui, c'est son habitude. C'est ainsi
qu'il se joignit a ces deux disciples qui allaient a
Emmaiis (Luc. xxiv, 15), et qui discouraientde lui,
le long du chemin, et il fut pour eux un compa-
gnon aussi agreable qu'utile. Ce qui se rapporte a
la promesse qu'il fait dans l'Evangile, lorsqu'il dit :
« Quand deux ou trots personnes sont assemblies
en mon nom, je suis au milieu d'elles (Matth. xvu,
20) ; » et par le Prophete, « avant qu'ils orient vers
moi, je les examinerai, ils parleront encore, que je
dirai me void (Isa. lxv, 24). » De meme, en cette cir-
constance.bien qu'il ne soit pointappele il se presente,
et, cbarme de ce qu'il entend, il previent les prie-
res qui lui sont adressees. Je pense meme que
quelquefois, sans attendre les paroles, il vient aux
seules pensees. C'est ce que disait celui qui a ete
Dieu previent
les
prieres des
ames
pieuses.
que adimpleo : sed anima mea siout lerra sine aqua in
illis. Ut igitur holocaustum mount pingue liat, Oscuktur
me, quaeso, osculo oris sui.
3. Plerique vestrunt mibi quoque (ut memiui) in pri-
valis confessionibus suis conqueri solent super hujus-
ceinodi animi arentia languoro ulque hebetudine stolidse
iuenlis, quod Dei scilicet alta atque sublilia penetrare
nequeu.nl, quod de suavitale spiritus aut nil, aut parum
aentiant. (Juid isti, nisi ad oscultnn suspirant ? Suspi-
rant plane, ct inhiant spiritui sapiential et inlellectus :
intellectus utique quo perlingant ; sapientiae, qua gustent
quod intellect!! apprebenderint. Ego in hoc ipso affectu
sanctum puto orassc Propbetam, cum, diceret : Sicut
adipe el pinguedine repleatur anima mea, et labiis exsul-
talionis laudabit os meum. Osculum oinnino pelebat, et
illud osculum, in cujus lactu pcrl'usis labiia pinguedine
gratia; specialis ", sequerelur quod alibi idem ipse prc-
catur : Repleatur os meum laude, ut cantem gloriam
tuam, lota die magnitudinem tuam. Dcnique et cructa-
vit ubi gustavit ; Quam magna muttUuUo dukedinis tuar,
Domine, quam abscond hit timentibus le! Salis hoc os-
culum dclinuit nos, et nccdum mo illud (ut verum fa-
toar) digno salis expressisse confido. Sod transeamus ad
roliqua : quia id melius impressum, quam oxpreasum in-
nolescit.
4. Sequitur : Quia meliora sunt libera iua vino, fra-
grantia unguentis optimis. Et luec verba cujus Bint,
auctor non loquitur, rclinqucns nobis libcrc commenlari,
cui potissimum personaj convcuiunl. Mibi voro non
deest, undo ilia congruontur assignem she Sponsos, sive
Sponso sive etiam Sponsi sodalibus. primuin sponsaaEt
qualitcr congruant , iudicabo. Interim conlabul inlibus
ilia pariter atque illis, acoessit ipse, do quo sermo erat.
Utique libens appropiat de se loquonlibus. Sio solot.
Sic eunlibus in Emmaus, et conl'erontibtts inter se, ju-
cundum so facundumquc exhibuit comitem. Nempe boc
est quod in Evangolio pollicelur : Ubi duo vel tres con-
gregati fuerint in nomine meo, ego sum in medio
corum. et per Propbetam : Antequam, ait, clament, ego
exaudiam ; et adhue loquentibus i/lis dicam, Ecce ad-
NEUVIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
165
trouve selon le coeur de Dieu : « Le Seigneur a
exauce le desir des pauvres ; vos oreilles, 6 mon
Dieu, ont entendu la preparation de leur cceur
(Psal. is, 17). » Vous done, ines freres, faites aussi
attention a vous, en quel que lieu que ce soit,
sachant que Dieu connait tout ce qui vous con-
cerne, lui qui sonde les ceeurs et les reins, et qui,
vous ayant formes chacun en particulier, connait
toutes vos actions. L'Epouse done, seutant que l'E-
poux est present, s'arrete. Elle a lionte de la pre-
sumption en laquelle elle se voit surprise. Car elle
avait cru temoigner plus de retenue, en le lui fai-
sant savoir par d'autres. Ainsi, se tournaut vers lui
sur le champ, elle tache d'excuser la temerite, au-
tant qu'elle peut : « Parce que, dit-elle, vos mamel-
les sont meilleures que le vin, et exhalent l'odeur
des plus excellents parfums. » Comme si elle disait :
Si je parais m'elever trop haut, e'est vous meme mon
cpoux qui en etes la cause, car pom- la bonte que
vous avez eue de me nourrir du lait si doux de vos
mamelles, vous me faites oublier toute crainte, non
pas que je sois temeraire, mais parce que je vous
aime a l'exces : voila pourquoi je fais peut-etre,
plus qu'il ne me serait avantageux ; et cette con-
fiance vient de ce que je me souviens de votre
bonte, sans me souvenir en meme tem;is de votre
majeste. Ce que je dis la, e'est pour faire voir la
suite des paroles du Cantiqne.
Les mamelles 5. Voyons maintenant pourquoi elle loue les ma-
sont laloTa- me^es de l'Epoux. Les deux mamelles de l'Epoux,
Dimite sont les deux marques de la bonte naturelle, qui
lui fait souffrir avec patience les pecheurs, et rece-
voir avec clemence les penitents. Une double dou-
ceur, dis-je, s'eleve comme deux mamelles sur la
et la bonte.
poitrine du Seigneur Jesus. La « patience k atten-
dre, et la facilite a pardonner. » Ce n'est pas moi
qui le dis ; on lit, en effet, ces paroles dans l'Ecri-
ture : « Est-ce que vous meprisez les richesses de
sa bonte, de sa patience, et de sa longanimity
(Rom. n, 4)? » et encore : « Ne savez-vous pas que
la bonte de Dieu vous invite a faire penitence ? »
En effet, il ne suspend si longtemps les effets de sa
vengeance contre ceux qui le meprisent, qu'afin de
leur accorder la grace du pardon, lorsqu'ils se
convertiront a lui. Car il ne veut pas la mort du
pecheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive.
Donnons aussi des exemples de l'autre mamelle,
qui est la « facilite a pardonner. » C'est d'elle que
nous lisons : « Du moment que le pecheur gemira,
son peche lui sera remis (P$al.i.v, 7). » Et ailleurs:
« Quel'impie quitte la voie oil il marche, et l'homme
injuste, ses pensees criminelles, qu'il retourne au
Seigneur, et il aura pitie de lui, qu'il revienne a
notre Dieu, car son indulgence est extreme. » Da-
vid comprend fort bien ces deux choses quand il
dit : « II est tres-patient et tres-misericordieux(P,sa/.
cu, 8). » C'est done, parce que I'Epouse avait eprouve
cette double bonte, qu'elle confesse qu'elle s'est en-
bardie jusques a oser demander un baiser. Quel
sujet dit-elle, y a-t-il de s'etonner, mon cher
Epoux, si je presume tant de votre bonte, apres
que j'ai goute tant de douceurs dans vos mamelles ?.
C'est done la douceur de vos mamelles, non la con-
fiance que j'ai en mes propres merit es, qui me
donne de la hardiesse.
6. Et quant a ce qu'elle dit : « Vos mamelles sont li 8r Jce <»»
meilleures que le vin » ; e'est-a-dire l'onction de la que les
grace qui coule de vos mamelles est plus efficace rePr0che3-
sum. Ita ergo nunc non vocatus affuit, et delectatus
verbis praevenit preces. Arbitror quod interdum nee
verba exspetat, sed solis cogitationibus advocetur. De-
nique ait homo qui inventus est secundum cor Dei :
Desiderium pauperum exaudivit Dominus, pr¶tio-
nem cordis eorum audivit auris tua. Attendite et vos
vobis in onini loco, scientes quoniam omnia vestra
norit, scrutans corda et renes Deus, qui finxit singilla-
tim corda vestra, et intelligit omnia opera vestra. Sponsa
ergoSponsum adesse persentiens, substitit. (Pudet eniin
praefumptionis in qua se deprebensam intelligit. Nam
verecundius id moliri per inlernuntios existimarat)
moxque conversa ad ipsum, temeritatem, prout valet
excusare conatur : Quia meliora sunt, inquiens, ubera
tua i:ina, fragantia unguentis opiimis. Acsi dicat : Si
altum sapere videor, tu fecisli, o Sponse, qui in dulce-
dine uberum tuorum tanta me dignalione lactasti, qua-
tenus omni metu, tui charitate, non mea temeritate
depulso, audeam plus forte quam expediat. Audeo sane
pietatis memor, immemor majestatis. Ilaec pro verbo-
rum consequentia dicta sint.
5. Nunc qualis sit ista uberum Sponsi commendatio,
videamus. Duo Sponsi ubera, duo in ipso sunt ingenitee
mansuetudinis argumenta, quod et patienter exspectat
delinquentem, et clementer recipitpoenitcntem. Geminai
inquam, dulcedo suavitatis exuberat in pectore Domini
Domini Jesu, longanimitas videlicet in exspectando, et
in donando facilitas. Et audi quia non sit hoc inventum
meum, Legis profecto de longanimitate : Andivitias bo-
nitatis ejus, et patienti&, et tonganimitatis contenmis ?
item, An ignoras quia benigniias Dei ad p&niteniiam
te adducit ? Ad hoc siquidem diu suspendit sententiam
ultionis a contemnente, ut quandoque exhibeat gratiam
remissionis in pcenitente. Non enim vult mortem pecca-
toris, sed ut conservalur, et vivat. Ponamus exempla et
de altero ubere, quod dictum est remittendi facilitas.
Legis et de ipsa : Quacumque hora ingemuerit peccator
peccatum suurn remittetur ei. Legis, Derelinquat impius
mow! suaru, et vir iniquus cogitaliones suas, et revertatur
ai Dominion, et miserebitur ejus ; et ad Deum nostrum,
quoniam multus est ad ignoscendum. Pulchre David
paucis comprehendit utrumque, dicens : Longanimis, et,
mullum misericors. Hujus ergo geruinEe bonitatis expe-
rimento in earn se fiduciam excrevisse fateturSponsa, ut
auderet petere osculum. Quid mirum, dicens, si sic
praesumo de te, Sponse, qua? de tuis uberibus tantam
sum experla abundantiam suavitatis '? Ergo ad auden-
dum me provocat dulcedo uberum tuorum, non nieo-
rum confidentia meritorum.
6, Quod autem elicit, Meliora sunt ubera tua vino, hoc
166
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
sur moi pom- mon avancement spirituel, que les
plus severes reprimandes de mes superieurs. Et
non-seulemenl eDes sont meiileures que le vin ,
mais « dies out l'odeur ties plus excellents par-
funis ; » parce que, non content de nourrir ceux
qui sont presents, du lait d'une douceur interieure,
TOUS repandei encore sur ceux qui sont absents(
l'odeur agreable d'une bonne reputation, et vous
recevez ainsi un bon temoignage taut de ceux qui
sont au dedans, que de ceux qui sont au dehors.
Vous avez, dis-je, du lait an dedans, et desparfums
au dehors, car il n'y aurait personne que vims
pussiez nourrir de lait si vous ne l'attiriez d'abord
par l'odeur que vous repandez. Nous examinerons
dans la suite si ces parfums ont quelque chose qui
soit digne d'etre considere, lorsque nous serons
arrive au lieu oil l'Epouse dit : « Nous courons dans
l'odeur de vos parfums [Cant. l, 3). » Maintenant
voyons, ainsi que je vous l'ai promis, si ces paroles
que nous avons attributes a l'Epouse, convieunent
aussi a l'Epoux.
7. L'Epouse parlait de l'Epoux; il se presente
tout-a-coup, conime j'ai dit, ilexauce ses vceux, lui
donne un baiser, et accomplit en elle ces paroles
du Prophete : « Vous lui avez accorde les desirs de
son coeur, et ne l'avez pas prive de ce que ses levres
Les mamelles demandaient (Psal. x, 3). » Ce qu'ilfait voir par ses
de I'ipoate. mamelles qui sont remplies de lait. Car ce saint
baiser a une si grande vertu, qu'aussitot que
l'Epouse l'a recti elle concoit, et ses mamelles s'en-
flent et grossissent, comme en temoignage de
Souvent les l'effet qu'il a produit. Ceux qui ont le gout de la
*comiacncentS VTi^Te frequente ont eprouve ce que je dis. Souvent
parse nous approchons de l'autel. et commencons a faire
seotir tiedes . IL .
oraison avec un cceur tiede et ande. Mais lorsque
nous persistans, la grace sc repand soudainement
en nous, notre ame s'engraisse, pour ainsi dire, il
se fail dans notre cceur comme une inondatiou tie
p'ete, et si on vient a le presser, il ne manque pas
de verser avec abondance le lait tie la douceur
ineffable qu'il a concue spirituellement. L'Epoux
parle done ainsi : Vous avez, mon Epouse, ce que
vous dumandiez, etuue marque que vous l'avez, e'est
que vos mamelles sont devenues plus excellentes
que le vin. Une preuve certaine que vous avez
recu un baiser, e'est que vous sentez que vous avez
concu. C'est ce qui fait que vos mamelles se gon-
llent tl'un lait abundant, et meilleur que le vin de
la science seculiere, qui eniyre veritablement, mais
de curiosite non pas de charite, qui eniplit et ne
nourrit point, qui enlle et n'ediOe point, qui grise
et ne fortifie point.
8. Mais attribuons encore, si vous voulez, ces
paroles a ses compagnons. C'est injustement, di-
sent-ils, que vous murmurez centre l'Epoux, puis-
que ce qu'il vous a deja donne, vaut niieux
que ce que vous demandez. Car ce que vous
demandez c'est pour vous que vous le demandez ;
mais les mamelles dont vous nourrissez les petits
enfants que vous engendrez sont meiileures, e'est-a-
dire, plus necessaires que le vin de la contem-
plation. Autre chose est ce quirejonit le cceur d'un
seul bomme, autre chose cequien t'difie plusieurs.
Et, bien que Rachel soit plus belle que l.ia, Lia est
plus feconde. Ne vous arretez done point trop aux
baisers de la contemplation, car les mamelles de la
predication sont meiileures.
9. 11 me vient encore dans l'esprit un autre sens,
auquel je n'avais pas pense, mais que je ne veux
point passer sous silence. Pourquoi ne dirons-nous
dans la
priere, et
deviennent
fervcotes
en la conti-
nuant.
La science du
sieclc rend
curieax.
La vie active
est plus
necessaire
que la vie
contempla-
tive.
Antre sens.
est : Pinguedo gratis, quae de tuis uberibus tluit, effi-
cacior mihi est ad spiritualem profectum, qnam mordax
increpatio praelatorum. Nee solum meliora vino, sed et
fragruntia unguentis opiimis : quia non modo interna?
dulcedinis lacte praesenlcs alis, sed bons quoque opi-
nionis grato odore respergis absenlcs, bonum babens
testimonium et ab his qui intus, et ab his qui foris sunt.
Habes, inquam, lac intus, et foris unguenta : quoniam
quidem non cssent quos lacte reficeres, si non prius
odore attraheres. Sane de his unguentis, si quid dignum
consideratione contineant, videbitur post ha°c, cum eo
ventum fuerit, ubi dicit in consequentibua : In odore
unguentorum tuorum curronus-. Nunc juxta promissum
nostrum heec ipsa verba, qu;e Sponsse data sunt, an et
Sponso congruant videamus.
7. Sponsa Ioquente de Sponso, repente (ut dixeram)
adest ille, annuit voto, dat osculum, impletque in ea
sermonem qui scriptus est : Vesiderium cordis ejus Iri-
buisti ei, et voluntate labiorum ejus non fraudasti eum,
Quod et probat ex ejus iiberum repletions. Tant.i- nempe
efficaciae osculum sanctum est, ut ex ipso mux, cum
acceperit illud, Sponsa concipiat, tumesceiitibus nimirura
uberibus, et lacte quasi pinguescentibus in testimonium.
Quibua studiutu est orare frequenter, experti sunt quod
dico. Saepe corde tepido et arido accedimus ad allare'
orationi incumbimus. Persistcnlibus aulem repente in-
funditur gratia, pinguescit pectus, replet viscera inun-
datio pietatis : et si sit qui prcmat, lac concepta? dulce-
dinis ubcrtim fundere nontardabunt. Dicat ergo:llabes
Sponsa quod pctiisti, et hoc lib] signum, quia meliora
facta sunt libera tua vino. Bine te scilicet noveris oscu-
lum accepisse, quod te conccpisse sends. Unde ct ubcra
tibi intumuerunt, facia in ubertate lactis meliora vino
scientiae sascularis, quae* quidem incbriat, sed curiosi-
tate, non charitale, implcns, non nutriens; inflans, non
aedilicans; ingurgilans, non conforlans,
8. Sed demus et sodalibus ista depromcre. Injuste,
inquiunt, murmuras adversus Sponsuui : quia id plus
valel quod ille jam dedit, quam quod tu petis. Quod
enim postulas, te quidem dulectat : sed ubera, quibus
parvulos alis, quos et paris, meliora, hoc est necessa-
riora, sunt vino contemplationis. Aliud siquidem est
quod unius lajtificat cor hominis, ct aliud quod aedificat
multos. Nam etsi Rachel formosior, sed Lia feecuudior
est. Noli ergo nimis insistere osculis contemplationis :
quia meliora sunt ubera pra'calionis.
9. Oscurrit ct alius sensus, quern quidem non propo-
sueram, sed uiinime prajteribo. Utquid enim verba base
* al. quod.
NEUVIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
167
pas plutot que ces paroles conviennent a ceux qui
sont comme de petits enfanfs, sous la conduite de
leur mere et de leur nourrice ? Car les ames encore
tendres et faibles supportent impatieniment de
voir se livrer tout entiere au repos de la contem-
plation ceux qui doivent les instruire a fond par
leurs lecons ou les faconner par leurs exemples. Et
c'est de ces personnes que l'inquietude est reprise
ensuite, lorsqu'on leur defend avec toute sorte de
Les prelats conjurations, de ne point reveiller l'Epouse {Cunt.
"point'fifir ii, 7), jusqu'a ce qu'elle le veuille bien. Voyant
le win de donc qUe l'Epouse soupire apres les baisers, qu'elle
' cberche la retraite, qu'elle fuit le monde, qu'elle
evite les assemblers, et prefere son propre repos au
soin qu'elle pourrait avoir d'elles , lui crient :
N'agissez pas ainsi, n'agissez pas ainsi : car il y a
plus de fruit dans les mamelles que dans les em-
brassements, puisque c'est par elles que vous nous
delivrez des desirs de la chair, qui combattent con-
tre l'esprit, nous arrachez au monde, et nous
acquerez a Dieu. Voda ce qu'elles disent par ces
paroles : « Vos mamelles sont meilleures que le
Tin. » Les delices spirituelles qu'elles repandent en
nous, surpassent toutes cellos de la chair dont nous
6tions enivres auparavant comme d'un vin deli-
cieux.
10. Et c'est avec raison qu'elles comparent au
vin les desirs charnels. Car, de meme que, une fois,
qu'on a pressure la grappe de raisin on n'en peut
plus rien faire sortir, elle est condamnee a une
perpetuelle secheresse ; de meme quand la chair
vient a etre comme pressuree aussi par la mort,
tous ses plaisirs se sechent, et elle ne refleurit plus
pour les jouissances des passions. C'est ce qui fait
dire au Prophete : « Toute chair est de I'herbe, et
toute sa gloire ressemble a la ileur de I'herbe ;
Les senti-
ments
charnels sont
pareitsauvin.
de l'Epouse
sont
meilleures.
I'herbe se seche, et la fleur tombe par terre [Isa.
xl, 6) : » Et a l'Ap6tre : « Celui qui seme dans la
chair, n'en recueillera que de la corruption ( Cal.
vi, 8). » Etailleurs :« La nourriture est pourle ven-
tre, et le ventre est pour la nourriture, mais Dieu
detruira l'un et l'autre ( I Cor. vi, 13)». Mais
peut-etre cette comparaison convient-elle aussi au
monde. En effet, il passe, et ses convoitises passent
avec lui. Et toutes les choses qui sont au monde
ayant une fin, elles ne finiront jamais de finir. Mais
il n'en est pas ainsi des mamelles. Car lorsqu'elles Les mamelles
sont epuisees, elles retrouventdans lesein maternel
de quoi nourrir ceux qui les sucent. C'est done avec
justice que Ton dit que les mamelles de l'Epouse
sont meilleures que l'amour de la chair ou du
siecle, puisqu'elles ne tarissent jamais par le nom-
bre de ceux qui les sucent, mais tirent toujours
abondamment, des entrailles de la charite, dequoi
couler sans cesse. Car des fleuves sortent de ses
entrailles, et il se fait en elle une fontaine d'eau
vive qui rejaillit a la vie eternelle. L'excellence des
mamelles est encore relevee par l'odeur des par-
fums ; en effet, elles ne nourrissent pas seulement
par le gout et la saveur des paroles, mais elles
repandent encore une odeur agreable par Topinion
avantageuse des actions. Quant a ce qui nous reste
a dire touchant ces mamelles , ce qu'elles sont,
quel lait les gonfle, quelles sont les senteurs qui
les parfument, nous le ferons dans un autre dis-
cours, avec l'assistauce de Jesus-Christ, qui etant
Dieu, vit et regne avec le Pere et le saint Esprit,
dans tous les siecles. Ainsi soit-il.
non magis convenire dicamus eis ipsis, quibus praeest
in sollicitudinc, tanquam parvulis mater aut nutrix?
Nee enini aequanimiler fuerunt juvenculae et tenerae
adhuc animse, illam vacare quieti, cujus plenius erudiri
doctrina, et exemplis inforrnari desiderant. An non de-
nique talium in subsequenti compescitur inquieludo,
ubi s^b gravi contestutione prohibentur suscitare dilec-
tam, quousque ipsa velit? Hae itaque sentientcs osculis
Inhiare Sponsam, secrelum quaerere sibi, fugitare publi-
cum, declinare turbas, et curae ipsarum propriam prae-
ferre quietem : Noli inquiiint, noli; quia major in ube-
ribus , quam in amplexibus fructus exsistit. Per ea
siquidem non vindicas a carnalibus desideriis, quae
militant adversus animam ; eripis mundo, et acquiris
Deo. Hoc ergo est quod aiunt : Quia meliora sunt ubera
tun vino. Carnis, inquiunt, voluptalem, qua paulo ante,
tat.iquam vino, ebriae tenebamur, vincunt hae, quas tua
nobis ubera slillant, deliciae spirituales.
10. Et pulchre vino comparant carnalem affectum.
Et enini uva scmel expressa non habet jam -quod denuo
fundat, sed perpetua ariditate dumnatur : sic caro in
pressura mortis ab omni prorsus sua delectatione sic-
catur, ncc ultra revirescit ab libidines. Unde Propheta ;
Omnis caro famum, et omnis gloria ejus tanquam ftos
fomi. Exsiccatum est fmnum, et cecidil ftos, et Apos-
tolus : Qui seminat in carne, de came el metet corrup-
tionem, et rursum : Esca ventri, et venter escis; Deus
autem et hunc, et has destruet. Vide autem ne non
carni tantum, sed et mundo forte competat ista pro-
portio. Siquidem et ipse transit, et concupiscentia
ejus : et cum omnia quae in mundo sunt, finem habeant,
finis eorum non erit finis. Verum ubera non sic. Heec
enim cum exhausta fuerint, rursum de fonte materni
pectoris sumunt quod propinent sugentibus. Merito
proinde meliora carnis, saeculive amore asseruntur ubera
Sponsas, quae nullo uinquam lactentium numero are-
fiunt, sed semper abundant de visceribus charitatis. ut
iterum Quant. Flumina siquidem fiuunt de ventre ejus,
fitque in ea tons aqus vivae salientis in vitam aeternam.
Cumulatur deinde laus uberum fragrantiaunguentorum,
quod non solum verborum sapore pascant, sed et fac-
torum opinione redoleant. Jam quae sint ubera, quo
tumida lacte, quadbits dclibuta unguentis, sub alio ser-
monis principio Christo adjuvante monstrabimus : qui
cum Patre et Spiritu-Sancto vivit et regnat Deus per
omnia stecula saeculorum. Amen.
168
L'£
pouse a
deui
mamelles.
la compassion
ct la
congratula-
bon.
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
SERMON X. mere spirituelle sent que son sein charitable est
aboiiilaiiiniciit arrose d'en haut par l'une et, par
['autre, Urates les fois qu'elle recoit un baiser.
Aussitot vous la voyez les mamelles toutes pleines,
s'asseoir pour allaiter ses petits enfants, et, selon
les besoins de chacun d'eux, a Tun faire racer la
consolation et a l'autre ['exhortation. Par exempli',
si elle voit que quelqtl'uu de ceux quelle a eiiLTen-
Les rois parfwtis spirituels des mamelles de l'£pouse,
la contrition, la devotion et la pieti.
1. Je u'ai pas assez d'intelligence, de penetration,
ni de vivacite d'esprit, pour trouver de moi-meme
quelque chose de uouveau. Mais la bouche de Paul
est uue grande et inepuiseble foutaiue qui nous est
ouverte a tous. C'est la que je vais puiser, selon ina
coutunie, ce que j'ai a dire surle sujei des mamel-
les de l'Epouse. « Rejouissez-vous, dit-il, avec ceux
qui se rejouissent, pleurez avec ceux qui pleurent
[Rom. xu, 15). » 11 exprime en peu de mots les
mouvemeuts de 1'auiour niaternel, car les petits
enfants ne peuvent etre malades, nisebien porter,
que leur mere ne sen ressente ; elle ne peut eviter
de se conformer au fruit de ses entrailles. Aussi,
suivant la parole de saint Paul, j'assignerai ces
deux sentiments, la compassion et la congratulation
ft chacune des mamelles de l'Epouse. 11 faudrait,
en effet, quelle fut bien petite et loin d'etre nubile ,
si elle n'avait point encore de mamelles, e'est-a-
dire, si elle ne se sentait point prompte a se rejouir
du bien d'autrui, ni portee a s'affliger de ses maux.
Choses Si ou en prend une de cette sorte pour conduire
reauiscs inn jes ^mes ou pour precher, elle ne sert de rien aux
predicateur. . , ,, . u ■
autres, et se nuit beaucoup a elle-meme. Mais si
c'est elle-meme, qui s'ingere dans ces ministeres,
n'est-ce pas le conible de l'impudence ?
2. Mais revenons aux mamelles de l'Epouse, et,
selon leur difference, proposons differentes especes
de lait. La congratulation verse le lait de l'exhor-
tation, etla compassion celui de la consolation. Une
Les
sentiments
d'i
dies dans 1'Evangile soit ebranle par de violentes bon prelat
tentations qui le jettent dans le trouble, et le ren- CenfanU. '
dent triste et timide, en sorte qu'il est tout pret de
succomber, comme elle s'afflige avec lui ? Comme
elle le llatte ? Comme elle pleure ? Comme elle le
console 1 et comme elle trouve des raisons pieuses
pour le relever de son abattement ? Au contraire,
si elle voit qu'il est prompt, gai, et qu'il protite
dans la vertu, elle est ravie de joie, elle l'aborde
avec des avis salutaires, elle l'anime encore davm-
tage, elle l'instruit de ce qu'il faut qu'il fasse pour
perseverer; et elle l'exhorte a s'avancer toujours de
plus en plus. Elle se conforme a tous, elle traDS-
porte en soi les sentiments et les dispositions de
tous, enfin elle montre qu'clle n'est pas moins la
mere de ceux qui se relachent que de ceux qui
protitent.
3. Combien y en a-t-il aujourd'hui qui sont eloi- sainl ner_
snes de ces sentiments ? Je parle de ceux qui out Dard bllme
. , . r ... severement
entrepris de conduire les ames. On ne doit le dire l'avarice des
qu'avec gemissement et avec larmes; ils fabriquent, P""13-
pour me servir de cette expression, dans la four-
naise de l'avarice, les opprobres, les crachats, les
fouets, les clous, la lance, la croix et la mort de
Jesus-Christ, lis prostituent toutes ces choses a l'ac-
quisition de gains honteux, et se montrent avides
SERMO X.
De tribus unguentis spiritualibus, scilicet contiitionis,
devotionii, et pietatis.
1. Non sum ego profundi sensus, neque adeo pers-
picacis ingenii, ut novi quippiam ex me adiuvenire pos-
sim : sed et fons magnus et iudeficiens os Pauli, quod
palet ad nos. De ipso haurio mihi etiam nunc in os-
teosione ubcrum Sponsaj, sicut et frequenter soleo.
Gaudcre, inquit, cum gaudenlibus, flere cum flentibus.
Materni breviter exprimuntur affectus, quia nee dolere
parvuli, nee valere queunt absque ilia quae genuit :
utrobique necesse est stiis earn conformari visceribus.
Igitur j uxta Pauli scnleml iam , duas illas affectiones duobus
Sponsa? uberibus assignabo, compassionem uni, et con-
gratulationem alteri. Alioquin parvula est, et nondum
Dubilis, si nondum ubera misit, si sc videlicet neque
ad congaudendum sentiat promptam, neque pronam ad
condolendum. Talis si forte ad regimen animarum, seu
ad officium praedicationis assumitur, aliis, quidem non
prodest, sibi vero obest plurimum. Porro sese ingerere,
quants inipudentiae est?
2. Sed redeamus ad ubera Sponsae, ac pro diversitate
uberum, diversas ct lactis species proponamus. Nam
congratulatio quidem cxhortationis , compassio vcro
consolationis lac fundit. Porro utramque speciem uber-
lim coslitus irrorari pio pectori suo spiritualis mater to-
ties seatit, quoties osculum sumit. Yideas earn mox
plenis uberibus parvulis iucubare lactandis ; et ex uno
quidem consolatoria, ex altero veto exhorlatoria ubc-
rius minislrarc, prout singulis convenire videbit. Yerbi
causa, si quern forte ex his quos genuit in Evangclio,
deprehenderit forli aliqua tentatione concussum, et
inde turbatum ac trislem, pusillanimemque factum, non
posse jam ferrc vim tentationis; quoiuodo condolet,
quomodo mulcet? quomodo plangit, quomodo conso-
latur? quot argumeata pietatis mox reperit, qtiibus
erigat desolatum? E contra si promplum, si alacrem,
si bene prolicienlem cognoverit ; exsultat, aggredilur
salutaribus monitis, accendit amplius, inslruit de qui-
bus potest ut perseveret utque in melius semper pro-
ficiat exhortatur. Omnibus se confirmat omnium in se
transfer! affectus, matrem se denique probat non minus
deficienlium, quam proficientiuni.
3. Quanti hodie secus affectos se ostendunt? de his
dico, qui animas regerc susceperunt. Quod enim sine
miserabili gemilu dicendum non est, Christi opprobria,
sputa, llagella, clavos, lanceam, crucem, et mortem, hsc
omnia in fornace avaritiae conflant, ct proQigant in
acquisitioncm turpis quajstus, et pretium universitatis
DIXIEME SERMON SUR LE
de mettre dans leurs bourses le prix de la redemp-
tion du monde ; la seule difference qui les distin-
gue de Judas, c'est que celui-ci se contenta de
quelques deniers pour le prix de ces cboses, et que
ceux-la, par une convoitise beaucoup plus insatiable,
exigent des sommes infinies d'argent. lis ont pour
les richesses une soif qui ne peut s'eleindre. lis
craignent de les perdre, et ils s'affligent lorsqu'ils
les ont perdues. lis se reposent sur l'amour de ces
biens, si toutefois, le soin qu'ils ont pour les con-
server ou pour les augmenter, leurpermetde pren-
dre un moment de repos. Quant a la perte ou au
salut des ames, ils s'en mettent peu en peine. Cer-
tes, ce ne sont pas des meres, puisque une ibis
gros, gras et bien nourris du patrimoine de Jesus-
Cbrist, ils ne compatissent point aux douleurs de
Josepb (Amos.vi, vers 6). Une vraie mere ne se
dissiruule point ; elle a des mamelles et ces ma-
melles ne sont pas vides. Elle sait se rejouir
avec ceux qui se rejouissent, pleurer avec ceux
qui pleurent, et elle ne cesse de faire sortir de
l'une le lait de l'exhortation, et de 1'autre celui
de la consolation. Mais c'est assez comme cela
pour ce qui est des mamelles de l'Epouse et du lait
qu'elles renferment.
A- II faut que je vous decouvre maintenant quels
sont les parfums qu'elles exbalent, pourvu, niian-
moins, que vous m'aidiez de vos prieres, afin que
je puisse exprimer dignement, et au prolit de ceux
qui m'ecoutent, les sentiments que Dieu m'a domies
sur ce sujet. Les parfums de l'Epoux et ceux du
l'Epouse different de meme que leurs mamelles.
Pour ceux de l'Epoux, nous avons deja. dit en quel
lieu nous devons en parler. Considerons seulement
eu ce moment les parfums de l'Epouse, etfaisons-le
CANTIQUE DES CANTIQUES. 16»
avec d'autant plus de soin que l'Ecriture les a par-
ticulierenient recommandes a notre attention, car,
elle ne les a pas seulement appeles bons, mais tres-
bons. Or, je proposerai plusieurs especes de par-
fums, atin de cboisir ceux qui conviennent le miens
aux mamelles de l'Epoux. 11 y a le parfum de la
contrition ; le parfum de la devotion ; et le parfum
de la piete. Le premier pique et cause une douleur.
Le second la tempere et l'adoucit. Et le troisieme
guerit et cbasse la maladie. Examinons-les chacun
en particulier, avec quelque detail.
5. 11 y a done un parfum que l'ame, enveloppee
de plusieurs crimes, se compose, lorsque, commen-
cant a faire reflexion sur sa conduite, elle recueille,
rassemble et broie dans le mortierde sa conscience,
une infinite de peches de differentes sortes, et, les
mettant dauslacbaudiere d'uncceurtoutenilaninie,
elle les fait cuire en quelque sorte, sur le feu du
repeutir et de la douleur, et peut dire avec le Pro-
pluMe : « Mon cceur s'est echauffe en moi-meme, et
le feu qui me devore s'allume encore davantage
lorsque je pense a mes crimes passes (Psal. xxxvnt,
Zi). » Voila le parfum dont l'ame pecheresse se doit
servir dans les commencements de sa conversion,
et qu'il lui faut appliquer sur ses plaies encore
recentes. Car, le premier sacrifice qu'elle doit faire
a Dieu, est celui d'un esprit penetre de la douleur
et du regret de ses fautes {Psal. l, 17). Aussi, taut
qu'elle n'a point de quui composer un parfum
meilleur ni plus precieux, parce qu'elle est pauvre
et miserable, elle ne doit pas negliger, en atten-
dant, d'appreter toujours celui-la, quoiqu'elle le
compose de matieres bien viles, parce que Dieu ne
meprisera jamais un cceur contrit etbumihe. Etelle
paraitra d'autant moins vil aux yeux de Dieu,
suis marsupiis includere festinant; hoc solo sane a Juda
Iscariotis differentes, quod ille horum omne emolumen-
tuni paucorum denariorum numero compeasavit ; isli
voraciori ingluvie lucrorum infinilas exigunt pecanias.
His insatiabili desiderio inhiant, pro his ne amittant,
timentjet cum amittunt, dolent : harum in amore
quiescunt, quantum dumtaxat liberum eis est aservandi,
vel augmentandi cura. Animarum nee casus reputatur,
nee salus. Non sunt profeeto matres, qui cum sint de
crucifixi patrimonio nimium incrassali , impinguati ,
dilatati , non compatiuntur super contriiione Joseph.
Quie mater est, non dissimulat : habet uhera, et non
vacua. Gaudere cum gaudentibus, flere cum flentibus
novit, nee cessat exprimere de ubere quidem congratu-
lations lac exhortationis ; de ubere vera compassionis
lac consolationis. Et de Sponsse uberibus vel uberum
lacte ista sufticiant.
4. Jam qualibus etiam unguentis eadem ubera redo-
dolcant, indicabo, si tamen vestris orationibus juver, ut
quod hide niihi sentire datum est, delur et eloqui digne
ad audienlium utilitatem. Alia sponsi, atque aliaSponsae
unguenta sunt, quemadmodum et sua cuique ubera.
Sed de Sponsi quo in loco tractandum sit, supeiius
paetixum est : nunc sponsse unguentis intendamus,
II y a trois
sortes
de parfums
celui
de la contri-
tion,
celui de la
devotion
et celui de la
piete.
De quoi se
compose le
parfum de
la contrition*
idque attentius, tanquam his qua? scriptura non medio-
criter commendavit, ita ut ea pronuntiaverit non sim-
pliciter bona, sed optima. Et pono diversas species
unguentorum, quo ex pluribus ea, qua? potissimum
Sponsce uberibus congruant, eligamus. Est unguentum
eontritionis, et est unguentum devotionis, est etpietatis.
Primum pungitivum , dolorem faciens ; secundum
temperativum, dolorem leniens ; terlium sanativum ,
etiam morbum expellens. Nunc de singulis latius diffe-
ramus.
S. Est ergo unguentum, quod sibi conficit anima mul-
tis irretita criimnibus, si, cum incipit cogitareviassuas,
colligat, congerat, contcratque in morlariolo oonscientiae
multas ae varias species peccatorum suorum, et hitra
aistuantis pectoris ollam simul omnia coquat igne quo-
dam prenitentias et doloris , ut possit dicere cum
Propheta : Concaluit cor meum intra me, et in medita-
tio/ie mea exardescet ignis. Ecce hoc est unum unguen-
tum, quo anima peccatrix suae conversionis primordia
condire debet , plagisque suis recentibus adhibere.
Primum namque sacriGcium Deo, spirituscontribulatus.
Quandiu ergo non habet, tanquam pauper et inops,
unde sibi melius ac pretiosius componat unguentum ;
non negligat parare interim istud, licet de vilibus spe-
170
OEUVRESDE SAINT BERNARD.
qu'elle le sera elle-meme davantage a ses propres
yeux, dans le souvenir de ses pech.es.
Force et C, Ncanmoiiis, si ce parfum invisible et spiriluel
bSSncepM-r a 6t* ^mi I,ar cet autre l,;,rl'u,u llo"t I'firangila
fum. rapporte que la pecheresse oignit les pieds de Jesus-
Christ, nous ne saurious le regarder comuie tout-a-
fait vil. Car, que lit-on du premier '?« Toute la
maison, dit l'Kvangeliste, fut enibaumee de ce par-
fum [Matt, xxvi, et Joan. xu). » 11 etait repandu
par les mains dune pecheresse*, et verse sur les
extremites du corps, c'est-a-dire, sur les pieds, el
Deanmoins, il ne fut point si vil et si meprisable,
que la force et ladouceurde son ardeui ueremplit
toute la maison. Que si nous considerons dequelles
senteurs l'Eglise est parfumee dans la conversion
d'un seul pecheur, et quelle odeur de vie pour la
vie devient chaque penitent qui se repent publi-
quement et parfaitement de ses peches, nous
pourrions bien dire aussi de ce parfum , sans
hesiter, que toute la maisou en est embaumee.
Car l'odeur de la penitence penetre jusqu'aus
demeures celestes des bienheureux, si bien que,
selon le temoignage de la verite rnenie, « il y a une
grande joie parmi les anges de Dieu, au sujet
d'un pecbeur qui fait penitence {Lac. xxxv. 10). »
Rejouissez-vous, 6 penitents, prenez courage, vous
qui etes faibles et tinudes, vous, dis-je, qui, a peine
sortis du siecle, et de vos voies corrompues, vous
etes sentis aussitdt remplis de l'amertume et de la
confusion d'un esprit touche de repentir, tourmen-
tes troubles par la douleur excessive de vos plaies
encore recenles. Que vos mains melent avec con-
liance l'amertunie de la m\ rrhe pour cette onction
salutaire : car Dieu ne rejettera point un cceur con-
trit et humilie. II ne faut point mepriser ni esti-
nier vile cette sorte d'onction, dont l'odeur n'attire
pas settlement les hommes a se convertir, mais in-
vite ineme les anges a se rejouir.
7. Mais il y a un autre parfum, d'autant plus Cc dont '•
■/ 1 r compose le
precieux celui-la , que la matiere qui le com- parfum de u
pose est beaucoup plus excellente. Pour ce qui est °'° 10n'
de la matiere du premier, il ne faut pas aller la
chercher bien loin, nous la trouvons sans peine
chez nous, et la cueillons en aboudance dans notre
jarilin, toutes les fois que nous en avons besoin.
Car qui est celui qui n'a pas, quand il veut, assez
d'injustices et de peches de son propre fonds, sous
la main, dumoins s'llne veut point se Eaire illusion?
Tela sont, coinme vous vous le rappelez, les ingre-
dients du premier parfum dont je vousaiparbi plus
baut. Mais pour les aromates qui entrent dans le se-
cond,cen'estpointnotreterrequilesproduit; nousles
allons chercher bien loin dans les pays les plus re-
cules. Car tout don excellent et parfait vient d'en
baut, et nous est communique par le pere des lu-
mieres. Or ce parfum est compose des bienfaits que
la bonle divine a departis au genre humain. Heu-
reux celui qui a soin de les recueillir, et de se les
remettre devant les yeux. del'esprit, avec des actions
de graces proportionnees a leurs grandeur. Certaine-
a Dans cet er,droit comme en plusienrs autres et particuliere-
ment dans son troisieme sermon pour le jour de l'Assomption,
saint Bernard confond la pecheresse dont saint Luc parle au clia-
pitre vil, avec Marie soeur de Lazare et de Marthe, qui repan-
dit sur les pieds de J£sus, dans la bourgade de Belhanie (Joan.
in) « un pafum dont la bonne odeur remplit toute la maison; »
mais la plnpart des ecrivains anterienrs a saint Gregoire et
meme beaucoup de nouveaux, lesdistingucnt l'une del'autre, et
mt-me de Marie Madeleine, dont Jesus avait chasse sept demons
(Marc. \vi) et qui, selon paint Luc, suivit Jesus avec les autres
saintes females, quelque temps tncme avant la conversion de
la femme pecheresse, a ce qa'ils croient, et comme ils le prou-
vent par de s6rieui arguments, il faut en convenir. On peut voir
plus loin le sermon xu, n. 6.
ciebus : quia cor contritum et humiliatum Deus non
despiciet. Tanto autem minus vile divinis apparebit
conspectibus, quanto plus sibi ilia viluerit in reeorda-
tione peccatorum suoruni.
fi. Tamen si illo visibili, quo visibiliter uncti a pec-
catriee corporei pedes Dei referuntur in evangelio, invi-
sibile hoc et spiritualc fuisse dicimus liguratum, non
omnino vile reputare poterimus. Quid enim de illo
legitur'? El domus, inquit, impleta estex odore ungiu nti
Peccatricis raanibus distillabatur, et extremis membris
corporis, id est pedibus, fundebattir : et tamen non
usque adeo contemptibile ant vile fuit, quin totarndomum
vis aromatum et suavitas repleret odoris. Quod si atten-
dants, quanta in unius peccatoris conversione fragrantia
respergatur ccclcsia, et quantis (iat odor vita? ad vitam
quivis pomitens, si publice perfecteque prcniteat; pro-
fecto et de hoc aeque indubilanler pronunliabimus, quia
domus impleta est ex odore unguenti, Denique et supcr-
nas beatortim mansiones attingit pcenitcntia? odor, ila
i.t, teste ipsaVeritate, magnum gaudium sit inter angelos
Dei super uno peccatore pcemlcntiam agente. Gaudete
poenilcntes, pusillanimes eonforlamini. Vobis diro, quos
nuper conversos de saeculo, et a viis vestris pravis rece-
dentes, excepit mox amaritudo e confusio animi pceni-
tentis, ac velut recentiunj adhuc vulnerum dolor nimius
excruoiat et perturbat. Secura? manus vestrae dislillent
myrrhs amai-itudinem in salubrem hanc unctionem :
quia cor contritum et humiliatum Deus non despiciet.
Non est omnino spemenda. nee vilis a^stimanda hujus-
cemodi unctio, cujus odor non solum homines provocat
ad correctionem, sed et angelos ad exsullationem invitat.
7. Sed est unguentum tanto isto profecto pretiosius,
quanto de melioribus compositum specicbus. Hujua
siquidem species ne longe quatrantur, penes nos et
absque diflieultate reperimus, ac de nostris hortulis
talium perfacile copiam tollimus, quotiescunque neces-
sitas poscit. Quis enim non satis de proprio, cum vult,
ad manuin habet iniquilates et peccata, si non dissimu-
lat? H;e autem sunt (sicut recognoscitis) species unguenti
primi, quod jam descripsimus. At vero secundi hujus
aromata terra nostra ncquaquam profert, sed procul et
de ultimis finibus ea nobis conquirimus. Nempe orane
datum optimum, et omne donum perfectum desursum
est, descendens a patre luminum. Fit enim unguentum
istud de divinis collatis humano generi beneficiis. Felix,
qui ipsa sibi studiose colligere, et ante mentis suae
DIXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
171
merit si, apresles avoir mis en morceau etbroyesdans
le mortier du cceur aveo le pilon de la frequente me-
ditation, on les fait bouillir ensemble sur le feu d'un
saint desir, et qu*on y verre ensuite de l'buile de
joie, ce parfum sera infkiiinent plus precieux et
plus excellent que le premier. 11 sufflt pour le prou-
ver, d'alleguer le teruoignage de celui qui adit:
« Le sacrifice delouanges m'bonorera, (Psal. xux,
23) : » En effet, il ne faut point douter que le sou-
venir des bie.nfaits n'excite a louer le bienfaiteur.
Il est meil- 8. Puisque l'Ecriture, enparlant du premier, te-
'premier le m0'Sne seulement que Dieu ne le meprise pas (Psal,
l. 19), il est clair qu'elle releve beaucoup plus celui
qui l'honore. De plus, le premier se verse sur les
pieds, et le second sur la tele. Car si dans Jesus-
Christ la tete se doit rapporter a la divinile, sui-
vant cette parole de saint Paul, « Dieu est la tete
de Jesus-Christ (Cor. xi. 3),» e'est evidemment par-
fumerlatete,que deluirendre des actions de grace,
parce que e'est toucher Dieu, non pas l'homme. Ce
n'est pas que celui qui est Dieu ne soit homme
aussi, puisque Dieu et 1'homme ne font qu'un
meme Christ, mais parce que tout bien vient de
Dieu non de l'homme, meme celui qui s'exerce
par l'homme. En effet, e'est incontestablement
l'esprit qui donne la vie, la chair ne sert de
rien. C'est pourquoi l'Ecriture maudit celui qui
met son esperance en l'liomiiie (Jere. xvn. 5) ; parce
que si toute notre esperance depend, avecraison,de
l'homme Dieu, neanmoins ce n'est pas seulement
parce qu'il est homme, mais parce qu'il est Dieu.
Voila, pourquoi le premier parfum se repand sur
les pieds, et le second sur la tete, c'est que l'humi-
liation d'un cceur contrit convient a notre humble
chair, et que la gloire sied bien a la majeste et a la
grandeur. Vous voyez quel est ce parfum que je
vous propose, puisque cette tete redoutable aux
I'rincipautes memes, non-seulement ne dedaigne
pas d'en etre parfumee, mais le tient meme a grand
honneur, en disant; « le sacrifice de louanges
m'honnorera (Psal. xux. 23). »
9. C'est pourquoi il n'appartient pas a celui qui II ne con-
est pauvre et indigent, qui a le coeur pusillanime, Jui ames
de composer ce parfum, parce que c'est la seule pusillammes.
confiance qui en possede la matiere, mais line con-
iiance qui nait de la liberte de l'esprit et de la purete
du coeur. Car l'ame qui est pusillanime et de peu
de foi, en est empechee par le peu de bien qu'elle
a ; et sa pauvrete ne lui permet pas de s'occuper
aux louanges de Dieu, ou a la contemplation des
bienfaits qui produisent ces louanges. Et si quel-
que fois elle veut s'elever jusque la, elle est aus-
sitot rappelee par le soin et l'inquietude que lui Deai cans(ilI
dounent ses affaires domestiques, etse trouveserree de posiiiani-
ii i . ■ . . ■ , „• mH6.
en elle meme, par la necessite qui lapresse. Si vous
me demandez la cause de cette misere, vous recon-
naitrez, si je ne me trompe, que vous eprouvez
maintenant, ou que vous avez eprouve, en vous,
celle que je vous dirai. 11 me senible que cette
langueur, cette defiance de l'ame vient ordinai-
rement de deux causes, ou de la nouveaute de la
conversion, oude latiedeur des pratiques, bien que
la conversion date deja de longtemps. L'une et l'uu-
tre de ces deux choses humilie sans doute, abat
la conscience, et la jette dans le trouble et 1'inquie-
tude, lorsqu'elle considere que ses ancieunes pas-
sions ne sont point encore mortes en elle, soit parce
qu'elle est nouvellement convertie, soit a cause de
la tiedeur ou elle est; et ainsise trouvant obligee de
s'employer entierement a arracher de son cceur les
oculos digna cum gratiarum actione reducere curat.
Prorecto cum fuerint in vasculo pectoris pislillo crebrse
meditalionis contusa atque contrita, deinde igne sancti
desidcrii simul decocta omnia, et demum impinguata
oleo lietitice ; erit unctio longe pretiosior, excellentiorqne
priore. Snflicit ad probandum ejus testimonium qui ait :
Sacrificium laudis honorificabit me. Nee dubium quin
excitet ad laudandum beneflciorum recordatio.
8. Porro cum scriptura hoc solum tesletur de illoalio,
quia ncquaquam despicitur ; liquet amplius esse com-
mendatum, quod et bonorificat. Denique illud pedibus
apponitur, hoc capiti. Si enim in Christo caput ad divi-
nitatem referendum est, dicente Paulo, caput Christi
Deus; proculdubio caput ungit,quigratias agit, quoniam
Deum tangit, non hominern. Non quia nun sit homo
qui Beus est, siquidem Deus et homo unus est Christus :
sed quia omne bonum a Deo, non ab homine est, etiam
ipsum quod per hominern minislratur. Profecto enim
spiritus est qui vivificat, caro non prodest quidquam.
Propterea et malcdictus quispem suam ponit in homine :
quoniam etsi spes nostra tota merito pendet ex homine
Deo ; non tamen quia homo , sed quia Deus est.
Ilaque illud pedibus, hoc capiti exhibetur : quoniam et
humiliatio contriti cordis humUitati congruit carnis, et
majesta'em decet glorificatio. En quale unguentum pro-
posui vobis, quo se nimirum tangi c.iput illud tremen-
dum principalibus non ducit indignum, imo et honoris
insigne judical, dicens : Sacrificium laudis honori-
ficabit me.
9. Quamobrem non est pauperis et inopis, seu pusilli
cordis aninise, conliccre istiusmodi unctionem, nempe
cujus aromata et species sola conlidentia possidet, quae
tamen de libertale spiritus et cordis puritate descendat.
Qu;n enim pusillanimis est et modicae fidci mens, rei
suse familiaris tenuitatc constringitur, nee valet prns
inopia otiari ad vacandum divinis laudibus, seu his, quae
laudes pariunl, inluendis beneficiis. Et si quando certe
conatur assurgere, confestim domesticarum necessilatum
curis urgentibus revocatur ad sua, et in se comprimi
propria egestate compellitur. Quod si hujus miseria?
quaaritur a me causa, dicam quod ipsi in vobis (nisi
fallor) aut esse, aut fuisse recognoscetis. Duabiis de
causis vidctur mihi hujuscemodi aninn aegriludo et dif-
fidentia solere contingere, aut de novilate videlicet con-
versionis, aut certe de conversationis tepore, etiamsi in
conversione longum tempus habuerit. Utrumqne pro-
fecto humiliat et dejicit conscicntiam, et inquietamfacit,
dum sive pro tempore, sive pro tepore antiquas anima
173
OF.UVRES DE SAINT BERNARD.
opines Jcs iniquites el les ronces des convoitises, elle apotres sortaient avec joie de la presence des juges, r^jouisent i
ne pent pas prendre I'essor bien loin. Ed effet, com- parce qu'ils avaient elo trouves dignes de soufirir docoparfum.
ment celui qui se fatigue a gemir et a soupirer, des affronts pour le nom de Jesus (Act. v, 45). »
pourra-t-il en meme temps se rejouir dans les Certes, ces hommesdont la douceur etait&repreuve,
louanges deDieu? Comment « les actions de graces oon-seulemenl des paroles, mais des conns de
et les paroles de louange (ha. li. 3), » pour me fouets, etaienl bien remplis de cette onction de
servir de l'expression du prophete Isale, poorront- I'esprit. Car ils etaienl riches en charite, cette vertu
elles resonner dans la bouche de celui qui pleure qui ne s'epuise jamais, quelque depense qu'on en
ets'aftlige sans cesse? Car, comiue nousapprciid le fasse, et elle leur fournissait aisement de quoi
Sage, « La musique avec les larmes esl une chose offrir de grasses et belles vie times, Leurs cceurs
bien importune txn. 6). » Dailleurs Taction repandaient partout une sainte liqueur, dentils
de grace ne precede pus le bienfait, elle le suit. Or, etaienl pleinement imbus, lorsqu'ils publiaieat les
lame qui est encore dans la tristesse, ne se rejouit grandeurs de Dieu en diverses langues, scion que
pas d'avoir rem un bienfait, mais a besoin de le le Saint-Esprit les inspirait (Act. H, 2). On ne sau-
recevoir. Elle a done sujet de faire des prieres, rait douter que ceux dont l'Ap6tre parlait en ces
mais elle n'en a point de rendre des actions de gra- termes : « Je remercie sans cesse mon Dieu, pour
ces. Car comment pourra-t-ellereconnaitre une fa- vous, de la grace qui vous a ete donnee en Jesus-
veur qu'on ne lui a pas faite? Ce a' est done pas sans Christ, parce que vous avez acquis toutes sortes de
raison que jai dit, qu'il n'appartient pas a une ame richesses en lui, les richesses de la parole et les ri-
pauvre de faire ce parfum, qui se compose du sou- chesses de la science, en sorte qu'aucune grace ne
vemr ilcs bienfaits de Dieu, attendu qu'elle ne peut vous manquant, le temoignage de Jesus-Christ soit
pas voir la lumiere, taut qu'elle regard e les tenebres. accompli et continue en vous (i Cor. I, li). » ne
Elle est dans 1'amertume ; et le triste souvenir de fussent abondamment fournisde cette sorte de par-
ses peches occupe si fort si nienioire, qu'elle n'y fum. Dieu veuille que je puisse aussi rendre ces
pent admettre aucun sujet de joie. C'est a ces per- niemes actions de graces pour vous, et vous voir
sonnnes que s'adressel'Espritprophetiquede David, riches en vertus, gais dans les louanges de Dieu,
lorsqu'ildit : « C'est en vain que vousvouslevezavant et remplis jusqu'a deborder, de cette onction spi-
le jour (Psal. gxxvi. 2). » En d'autres termes, c'est rituelle en Jesus-Christ notre Seigneur,
en vain que vous vous levez pour regarder les bien-
faits qui rejouissent l'ame, si vous ne recevez d'a-
bord la lumiere qui la console des peches qui la
troublent . Ce parfum u'est doncpas celui des pauvres.
__. . 10. Mais voyez qui sont ceux qui ont raison
Qui soot ceui J i
qui se de se glorilier d'eu avoir en abondance : « Les
SERMON XI.
// faut rcmarquer deux choses principales dans la
redemption des liommes, le fruit que nous en tirons,
et la manic) e dont elle s'est accomplie.
1. J'ai dit a la iin du discours precedent, et je le
passiones necdura in se emortuas eenlit : et necesse
proinde habens resecandis intendcre de cordis hortulo
spinis iniquilalum et urticis cupiditatum, longius a se-
metipsa evagari non sinitur. Quid enim? qui laborat in
gemitu suo, poteritne siinnl el in Dei landibus exsullare?
Quonain modo in ore gementis el plangentie sonabit
pariter illud Isaia;, graiiarum scilicet actio, ct vox
laudisl Nam sicut a sapiente accipimus, Musica in luctu,
importune narraiio est. Denique graiiarum actio bene-
ficium sequitur, non prat-edit. Qua; autcm adbuc in
tristitia est anima, beneflcio non gaudet, sed indiget.
Habet ergo unde preces olTcrat; non autem unde referat
grates. Quomodo enim recolet benclicium, quod non
accepit? Mcrito proinde dixi, non esse anima' pauperis
conficere boc unguentum, quod de recolendis diviuis
beneuciis componi debet : quoniam non potest videre
luccm, donee tenebras intuelur. Nempe in amaritudine
est, occupatque memoriam liislis recordatio peccatorum,
ncc libet hetum miippiam simul admittere. Idcirco tali-
bus denuntiat spirilus propbeticus, dicens : Vanum est
vobis ante lucem surgere. Quod est, frustra surgitis ad
intuenda bcneOcia qua; delcctant, nisi prius recepto
lumine consolalionis de realibus qui cunturbant. Non est
ergo paupcrum hoc unguentum.
tO. Sed videte quinam de ejus copia non immerito
gloricntur. Ibant gaudentes Apostoli a conspectu con-
ci/ii, quoniam digni habiti sunt pro nomine Jesu contu-
me'liam pati. Multum sibi profecto instillaverant de
pinguedine spiritus, quorum lenitas non dico verbis, sed
aec Mibcribus cessit. Erant enim divites in charilate,
qiue nullis exhauritur expensis, et de ipsa facile liolo-
causta medullata offerre sufBciebant. Fundebant passim
sudanlia pectora liquorem sanctum, quo imbula plenus
erant, quando loquebantur variis Unguis magnalia Dei,
prout Spiiilus-Sanctus dabat eloqui illis. Nee dubium
quin el illi abundareiit iisdem unguenlis, quibus Apos-
tolus testimonium perhibebat, dicens : Gratias ago Deo
rneo semper pro vobis in gratia Dei, qua; data est vobis
in ( lu-istn Jesu : quia in omnibus divites facti estis in
illo, in innni verba et in onini scientia, sicut testimonium
Christi confirmatum est in vobis, ila ut nihil vobis desit
in ulla jraitb. Utinam et pro vobis ego has ipsas gratias
rcferre possim, ut videam vos divites in virtutibus,
alacres in laudibus Dei, spirituali hac pinguedine
abundantiuredundanles in Christu Jesu Domiuo nostra.
SERMO XI.
De duobus, hoc est fructu et modo, pertinentibus ad opus
humanat redemptionis.
1. Dixit in fine sermonis, ncc me iterare piget, quod
ONZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
173
s^bon^nonr repete encore bien volontiers, que je desire vous
deux
causes.
voir participer tous a cette onction sacree par la-
quelle la piete se souvient des bienfaits de Dieu
avec joie et action de graces, Car cela est exfre-
mement avantageux, parce qu'il sert a alleger les
travuux de la vie presente, qui deviennent plus
supportables lorsque nous nous rejouissons dans les
louanges de Dieu, et parce que rien ne represente
aussi parfaitement sur la terre l'etat des bienheu-
reux dans le ciel, que l'allegresse de ceux qui
louent Dieu. C'est pour cela que l'Ecriture dit :
« Heureux ceux qui derneurent dans votre maison,
Seigneur, ils vous loueront dans les siecles des
siecles (Psal. uxxin, 5). » Je pense que c'est par-
tieulierenient ce parfum que le Prophete avait en
vue quand il s'ecriait : « Comme il est bon et
agreable, pour des freres d'babiter ensemble ! C'est
comme un parfum precieux repandu sur la tete
(Psal. cxxxn, 5). » Car il semble que cela ne peut
convenir au premier ; en ell'et, s'il est bon, il n'est
pourtant point agreable, attendu que le souvenir
des pecbes ne cause pas du plaisir, mais de l'amer-
tume. D'ailleurs, ceux qui le composent ne de-
rneurent pas ensemble, car cbacun pleure a part
ses propes pecbes. Quant a ceux qui se repandent
en actions de graces, ils ne regardent que Dieu,
et ne pene :it qua lui; c'est pourquoi ilsdemeurent
vraiment ensemble. Or, ce qu'ils font non-seule-
ment est bon, car ils reservent la gloire a celui a
qui elle appartient legitimement, mais agreable,
puisqu'il leur procure beaucoup de satisfaction.
2. Voda pourquoi je vous conseille a vous, qui
etes mes amis, de vous arracher quelquefois au
souvenir facheux et penible de vos pecbes, et de
marcher d ,;is un chemm plus mri, en vous entre-
tenant de pensees agreables, et en repassant, dans
votre memoire, les bienfaits de Dieu, afin que les
regards que vous jetterez sur lui vous fassent un
peu respirer de l'abattement et de la confusion que
vous cause la consideration de votre faiblesse. Je
veux que vous suiviez le conseil que donne le Pro-
pbete, lorsqu'il dit : c Rejouissez-vous dans le Sei-
gneur, et il vous accordera ce que votre cceur lui
demande {Psal. xxxvi, U) . » II est necessaire de I! fant ld™-
• iiii i . i • ■ •, Clr le s"are-
concevoir de la douleur de ses pecbes, mais il ne nir du pechS
faut pas qu'elle soit continuelle, et on doit la me- J*rd^ £f°n"_
langer du souvenir agreable de la clemence de faitsde Dieu.
Dieu, de peur que la trop grande tristesse n'endur-
cisse le cceur et que le desespoir n'acbeve sa perte.
M felons le miel avec 1'absinthe, afin que ce breuvage,
d'une salutaire amertume, tempere par quelque
douceur, puisse se boire et donner la vie. Ecoutez
comme Dieu meme tempere l'amertume d'un cceur
contrit, comme il retire de l'abime du desespoir,
celui qui est dans la langueur et le decouragement,
comme par le miel d'une douce et fidele promesse,
il console celui qui est dans la tristesse et releve
celui qui est dans la defiance. II dit par son Pro-
pbete : « Je mettrai mes louanges dans votre bou-
clie pour vousen servir comme d'un frein, de peur
que vous ne vous perdiez {ha. xlviii, 9) ; » c'est-
a-dire, de peur que la vue de vos pecbes ne vous
jette dans une tristesse excessive, et, qu'emporte
par le desespoir, comme un cheval qui n'a plus de
frein, vous ne tombiez dans le precipice etne peris?
siez. Je vous retiendrai, dit-il, comme par le frein
de ma misericorde, je vous releverai par mes
louanges, et vous respirerez a la vue de mes bien-
faits, au lieu de vous abaltre par celle de vos
maux, quand vous me trouverez plus indulgent
que vous ne vous jugerez coupable. Si Cain avait
ete ai'rete par ce frein, il n'aurait pas dit en se
cupiam vos onines fieri sacra unctionis participes, illius
videlicet, in qua Dei beneficia cum laetitia et gratiarum
actione recolit sancta devotio. Hoc enim bouum est, turn
propter rclevandos vita? pra>sentis labores, qui utique
tolerabiliores nobis liunt exsultantibus in luude Dei :
turn quia nihil ita proprie quemdam terris rcpr;esentat
ccelestis habitationis statum, sicut alacritas laudantium
Deum, Scriptura dicente : Beati qui habitant in domo
tua Domine! in so?cula sieculorum laudabunt te. De hoc
praecipue unguento putodixissc Prophetam : Ecce quam
bonum et quam jucundum habitare fratres in unum ;
sicut unguentum in capite. Neque enim priori videtur
posse congruere. Mud enim etsi bonum sit, non est
tamen jucundum : quia recordatio peccatorum amari-
tudinem facit, non jucundilatem. Sed nee qui illud fa-
ciunt, in unum habitant, cum quisque peccata propria
lugebat atqne deploret. Qui vero in gratiarum actione
versantur, Deum solum intuentur et cogitant; ac
per hoc ipsi vere habitant in unum. Bonum est au-
tem quod faciunt, quia servant ci justissime gloriam
cujus est : et nihilo minus jucundum, quia delectat.
2. Quamobrem suadeo vobis amicis meis retlectere
interdum pedem a molesta et anxia recordatione viarum
vestrarum, et evadere in itinera planiora serenioris me-
mori;e bencficiorum Dei ; ut qui in vobis coufundimini,
ipsius intuitu respiretis. Volo vos experiri illud quod
sanctus Propheta consulit, dicens : Defeature in Domino,
et dabit tibi petitiones cordis tui. Et quidem necessarius
dolor pro peccatis, sed si non sit continuus. Sane inter-
poletur lajtiori recordatione divinae benignitatis, ne forte
pra; tristitia induretur cor, et desperatione plus pereat.
Misccamus absinthio mel, ut salubris amaritudo salutem
dare tunc possit, cum immixto temperata dulcore bibi
poterit. Audi denique Deum, quomodo ipse contriti cor-
dis temperat amaritudinem, quomodo pusillanimem a
desperationis barathro revocat, quomodo bland33 et fide-
lis promissionis melle ma;ientem consolatur, erigit dif-
fidentem. Ait per Prophetam : Ego infrenabo os tuum
laude men, ne inlereas. Hoc est, Ne intuitu facinorum
tuorum nimiam incurras trislitiam, atque instar effrenis
equi desperatus in praeceps ruas, et pereas ; freno te,
inquit, inhibebo indulgentiae mea>, et meis laudibus eri-
gam, respirabisque in bonis meis, qui de tuis confunde-
ris malis, dum me sane benigniorem, quam te culpabi-
liorem invenies. Hoc freno si infrenatus fuisset Cain,
nequaquam desperando dixisset : Major est iniquitas
174
OEEVRES DE SAINT RERXARD.
desesperant : « Mon crime est trop errand pour me-
riter qu'on me le pardonne (Gen. iv, 13). » Dieu
nous garde de ce sentiment, oui, qu'il nous en
garde. Cai sa bonte est plus grande que quelque
crime que ce soit. C'estpourquoi leSagene dil pas,
quo le juste s'accuse toujours, il dit seulement
qu'il s'accuse au commencement de son discours
[Prov. svm, 17 . qu'U a coutume de finir par les
louanges de Dieu. Voyez tin juste qui observe cet
ordre. a J'ai examine, dit-il, mes actions et ma
conduite, et j'ai dress6 mes pas dans la voie <le vos
louanges Psal. ...win. 59), a afin que, apres avoir
souffert beaucoup de fatigues et de peines dans ses
proprt-s voies, il se rejouisse dans la voie des
louanges de Dieu, comme dans la possession de
toutes les ricbesses du monde. Et vous aussi, a
l'exemple de ce juste, si vous avez des sentiments
d'humilite de vous-memes, ayez du Seigneur des
sentiments de confiance en sa bonte souveraine.
Car vous lisez dans le Sage : « Croyez que le Sei-
gneur est plein de bonte, et cherchez-le en simpli-
city de coeur [Sap. i. 1 . » Or, e'est ce que le sou-
vl nit frequent, que dis-je? continuel de la libe-
rality de Dieu persuade aisement a l'esprit. Au-
trement, comment s'accompliraient ces paroles de
l'Apotre : « Rendant des actions de graces en toutes
choses (i Thess. v, 17), » si on banit du cceur les
sujetsde gratitude et de reconnaissance? Jene veux
pas qu'on vous fasse le reproche honteux que l'E-
criture adresse aux Juifs, en disant : « lis ne se
sont pas souvenus de ses bienfaits, ni des merveil-
les doutils onteteles temoins oculaires(fta/. i.xxvn,
11). »
II faot medi- 3. Mais comme il est impossible a qui que ce soit
tout s™ia de repasser en son esprit, et de se rappeler tous les
biens que le Seigneur, si plein de misericorde et redemption.
de bonte, ue cesse de repandre sur les homraes,
car, comme dit le Prophete, qui sera capable de
ra uui'i' les miracles da la puissance du Seigneur,
et de le loner a proportion de ce qu'il merite
(Psal. cv, 2 '.' One du moins le principal et la plus
grande de ses ceuvres, je veui dire l'ceuvre de
notre redemption, ne. s'eloigne jamais de la me-
moire de ceux qui ont ete racheles. Or, dans celte
u'uvre, il y a deux choses qui me viennent a la
pensee, que je tacherai de vous faire remarquer,
et tela le plus brievement qu'il me sera possible,
afin d'abreger, car je n'ai pas oublie cette parole :
« Donnez occasion au sage, et il sera encore plus
sage (Prov. ix, 9). » Ces deux choses sont, la ma- ^ * a ^™*
niere dont elle s'est faite, et le fruit qu'elle produit. tout a consi-
I.a maniere consiste dans l'aneautissementde Dieu, ^djmpiion,
et le fruit, en ce que nous sommes remplis de lui. ?on fru!l : et
* l la manure
Me. liter sur le fruit, e'est semer en nous une sainte dont elle
nice ; et mediter sur la maniere, e'est allumer
en nous un amour tres-ardeut. L'un et l'autre sont
necessaires a notre avancement, pour empecher ou
que notre esperance ne soit mercenaire, si elle
n'est accompagnee d'amour, ou que notre amour
ne se refroidisse, si nous le croyons iufructueux.
!i. Or le fruit que nous attendons de notre amour ^ frnit e'est
est celui que l'objet de notre amour nous a promis 'a p'en'iude
par ces paroles : « lis vous douneront, dit-il, une
mesure pleine, pressee, entassee, et qui debordera
(Luc. xvi, 38). » Cette mesure, a ce que je vois, sera
sans mesure. Mais je voudrais bien savoir de quoi
sera remplie cette mesure, ou plutot cette immen-
site qui nous est promise. « Xul ceil, hormis le votre,
6 mon Dieu, n'a vu les biens que vous avez prepa-
res a ceux qui vous aiment (ha. lxiv, U) . » Dites-
al. magni-
figeulia:.
a est accom-
[■lie.
mea, quam ut veniam merear. Absit, absit. Major enim
est eju< piel is, quam quaevis iniquilas. Ideo Justus non
continue, sed lantum in principio sermonis accusator est
sui : porro autem in Dei laudes extrema sermonis clau-
dcre consuevit. Videte denique justum hoc ordine pro-
cedentem. Cogitavi, ait, vias meas, et converti pedes
meos in testimonin tun, ut qui videlicet contritionem et
infelicitatem in viis propriis perpessus fueral, in via tes-
timoniorum Dei delcctaretur, sicut in omnibus divitiis.
Et vos igitur exemplo jusli, si de vobis in Immilitate
sentitis, sentite et de Domino in bonitale. Sic enim le-
gitis apud Sapientem : Sentite de Domino in bonila
in timpticitaie cordis qucerite ilium. Hoc autem facile
menli peneuadet divinae munificcntiae " frequens, imo
continua recordalio. Alioquin quomodo implebitur apos-
tolicum illud, In omnibus gratias agentes, si ea pro qui-
bus gratiae debentur, a corde recesserint? Nolo vos Ju-
daico notari opprobrio, de quibus Scriptura testatur,
quod non fuerint memores benefactorum ejus, et mira-
bilium ejus quae oslendil eis.
3. Verum quoniam bona, quae largiri mortalibus non
cessat misericors et oiiserator Dominus, recolerc et re-
colligere omnia, omni homini impossible est ; (Quis
enim loquetur potentias Domini, auditas faciei omnes
laudes ejus?) id saltern, quod proecipuum est et maxi-
mum, opus videlicet nostras redemptionis, a memoria
rcdemptorum aliquatenus non rcccdat. In quo opere duo
simum, qliae nunc occurrunt, vestris studiis iuti-
mare curabo. Et hoc quam paucis ad compendium po-
tero, memor illius sententiae : Da occasionem sapienti,
ieniior erit. Duo ergo ilia sunt, Modus ct fructus.
Et modus quidem Dei exinanitio est ; fructus vero nos-
tri de illo repletio. Hoc medilari, sancla- spei semina-
rium est ; illud summi amoris incentivum. Utrumque
profectibus nostris necessarium, ne aut spes mercenaria
sit, si amore non comitetur ; aut amor tepescat, si in-
fructuosus putetur.
4. Porro fructum talem exspectamus nostri amoris,
qualem ipse quem amamus, promisit : Mensuram in-
quiens, plenam, et confertam, et coagitntam, et super
ef/luentem dabunt in sinum oestrum. Mensura ista, ut
audio, erit sine mensura. Sed velim scire, cujus rei
futura sit ilia mensura, vel potius ilia immensitas qua;
repromittitur. Osculus non vidit, Deus, absque te, quce
praparasli diligenlibus te. Die nobis tu qui pr;eparas.
quid pra?paras? Crcdimus, contidimus, revera sicut pro-
mitlis Replebimur in bonis domus turn. Sed quibus,
quaeso, bonis, vel qualibus ? Forte frumento, vino, et
ONZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
175
nous, s'il vous plait, quels sont les biens que vous
preparez, vous qui les preparez. Nous croyons et
nous esperons avec confianee, puisque vous nous le
proraettez, que « nous serons combles des biens de
votre maison (Psal. lxiv, 5). » Mais de quels biens ?
Est-ce du froment, du vin, de l'huile, de l'or, de
l'argent ou de pierres precieuses ? Mais nous avons
connu et vu ces choses, nous les voyons encore et
les meprisons. Nous eherchons ce que l'oeil n'a
point vu, ce que l'oreille n'a point entendu, ce qui
n'est tombe dans la pensee d'aucun bomrae. Voila
ce qui nous plait, et ce que nous soubaitons, voila,
quoi que ce soit, ce que nous somnies bien aises de
chercher, « Dieu les eclairera tous interieurement,
dit-il, et il sera toutes choses en tous (Joan, vi,
45). » A ce que j'entends, la plenitude que nous
attendons de Dieu, ne sera que de Dieu meme,
Lea biens de 5. Qui pent comprendre la douceur ineffable
quant i'vl- renfermee dans ce peu de paroles, « Dieu sera
me- toutes choses en tous ?» Pour ne rien dire du corps,
• il y a trois facultes dans l'aine : La raison, la vo-
■ lonte et la metnoire : et ces trois facultes sont l'ame
I meme. Toute personne spirituelle reconnait assez
combien il lui manque en ce monde, pour etre en-
tiere et parfaite. Pourquoi cela, sinon parce que
Dieu n'est pas encore toutes choses en tous? C'est
ce qui fait que la raison se trompe souvent dans
ses jugements, que la volonte est agitee de troubles
et de passions, et que la memoire est confuse par
l'oubli de quantite de choses qu'elle perd. Une
creature si noble est soumise malgre elle a cette
triple vanite, bien qu'elle espere un jour en etre
delivree. Car celui qui comble les desirs de l'ame
par une allluenee de biens, sera lui-meme a la
raison une plenitude de lumiere, a la volonte une
abondance de paix, et a la memoire un objet tou-
jours present et eternel. 0 verite, 6 charite, 6
oleo, auro, atque argento, lapidibusve pretiosis ? Sed
haec novimus et vidimus ; et videraus, et fastidimus. Id
quajrimus, quod oculus non vidit, nee auris audivit,
nee in cor hominis ascendit. Hoe placet, hoe sapit, hoc
delectat inquirere, quodcumque est illud. Erunt, inquit,
omnes docibiles Dei, et ipse erit omnia in omnibus. Ut
audio, plenitudo quam exspeotamus a Deo, non erit nisi
de Deo.
5. Quis vero comprehendat, quam magna multitudo
dulcedinis in brevi isto sermone sit comprehensa, Erit
Deus omnia in omnibus ? Ut de corpore taceam, in
anima tria intueor : rationem, voluntatem, memoriam :
et baec tria ipsam animam esse. Quantum cuique borum
in praisenti saeculo desit de integritate sua et perfec-
a?.ncmt. tione, scnt^ " omnis qui ambulat in spiritu. Quare hoe,
nisi quia Deus nondum est omnia in omnibus ? llinc est
quod et ratio saepissime in judiciis fallilur, et voluntas
quadrupliei peturbatione jactatur, et memoria multipliei
oblivione eonfundilur. Triplici huic vanitati nobilis crea-
tura subjecta est non volens, in spe tamen. Nam qui re-
plet in bonis desiderium anima, ipse rationi futurus est
plenitudo lueis, ipse voluntati multitudo pacis, ipse me-
moriae eontinuatio aetemitatis. 0 Veritas, charitas, aeter-
nitas ! 0 beata et beatifioans Trinitas ! ad te meamisera
trinitas miserabiliter suspirat, quoniam a te infeliciter
exsulat. Discedens a te quantis se iutricavit crroribus,
doloribus, timoribus ! Heu me ! qualem pro te com-
mutavimus trinitate ! Cor meutn co?iturbatum est, et
hide dolor : dereliquit me virtus mea, et inde pavor ; et
lumen oculorum meorum non est meeum, et inde error.
En quam dissimilem trinitatem, o animas me;e trinitas,
exsulans ostendisti.
C. Verumtamen quare tristis es anima mea, et quare
conturbas me? Spera in Deo quoniam adhuc eoniitcbor
illi ; cum error videlicet a rationc, a voluntate dolor, at-
que a memoria timor omnis recesserit ; et successerit
ilia quam speramus mira serenilas, plena suavitas, aHer-
na saecuritas. Primum illud faeiet Veritas Deus, secun-
dum charitas Deus, tertium summa potestas Deus : ut
sit Deus omnia in omnibus, ratione recipiente Iueem
inexstinguibilem, voluntate paeem imperrturbabilem
consequente, memoria fonti indeficienti asternaliter in-
eternite! 0 Trinite bien heureuse, et source de
bonheur ! Ma miserable trinite a moi soupire Iris- I
tement vers vous, parce qu'elle a le malheur d'etre '
eloignee de vous. En combien d'erreurs, de peines
et de craintes, cet eloignement ne l'a-t-il point plon-
gee? Helas malheureux que je suis, quelle trinite
ai-je echangee contre la votre ? « Mon coeur a ete
trouble, » c'est le sujet de ma douleur : « Mes
forces m'ont quitte, » c'est la raison de macrainte :
« La lumiere de mes yeux m'a abandonnee [Psal.
xsxvn, 11), » c'est la cause de mon egarement. 0
trinite de mon ame, que vous avez trouve dans ce
lieu d'exil une trinite diiferente de celle de mon
Dieu!
6. Neanmoins, « 6 mon ame, pourquoi etes-vous
triste, et pourquoi me troublez-vous? Mettez votre
esperance en Dieu. Car j'espere que je lui rendrai
encore mes actions de graces (Psal. xli, 6); » lorsque
l'erreur sera bannie de ma raison, la douleur de
ma volonte, et la crainte de ma memoire, et que
cette inerveilleuse serenite, cette parfaite douceur,
et cette securite eternelle que nous esperons, auront
succeile a tons ces maux. La verite qui est Dieu,
fera la premiere de ces choses, la charite, qui est
Dieu, fera la seconde, et la souveraiue puissance,
qui est Dieu, fera la troisieme, et Dieu sera tout en
tous ; la raison recevra une lumiere qui ne s'etein-
dra jamais, la volonle jouira d'une paix qui ne sera
traversee par aucun trouble, et la memoire s'atta- .
chera eternellement a une source inepuisable de
bonheur. Voyez si on ne pourrait point attribuer la
premiere au Fils, la seconde au Saint-Esprit, et la
troisieme au Pere, en sorte pourtant qu'on n'en
soustraie aucune ni au Pere, ni au Fils, ni a l'Es-
prit, de peur que quelqu'un ne croie que la dis-
tinction des personnes, en diminue la perfection,
ou que leur perfection ote ce que chacune d'elles a
176
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
de propre el de particulier. Considered encore si Createur n'a eu ni peine ni mal i me former. 11
I uats (In siecle eprouvenl rien de semblable m'a cr64 .(.mine tons les autres stres, d'un seal
dans les plaisirs de la chair, dans les spectacles du mot. La grande affaire de donner meme les pins
monde, et dans les pompes de Satan ; et n6anmoins grandes choses, quand il n'en coute qn'nne parole !
c'est par ces choses que la we presents s6dui< ses Voila comment I'impiete' des homines diminnait le
miserables amateurs, suivant cette parole de saint bienfail de la creation, et tirait ira sujet d'ingrati-
Jean : o Tont ce qui esl di as le monde est concu- tude de ce qui devait etre la cause deleur amour,
II y a trois
chose-
;'i considerer
a-ins la oia-
nu re de la
redemption.
Ponrquoi
Dieu a-l-il
taut soullerl
poor nous
racheter.
piscence de la chair, concupiscence des yeux, et
ambition du siecle (/ Joan, n, 17). » Voila. pour ce
qui est du fruit .le la redemption.
7. Quant a la maniere de la redemption, que
avons dit, si vons vous en souvenez, fitre
l'aneantissement de Dieu, je rous prie d'j conside-
rer aussi principalement trois choses. Car ce n'a
pas 'He un simple, un mediocre aneantissemenl;
el cela pour avoir une excuse dans leurs peches.
Mais la bouche de ecus qui tenaient de mediants
discours a ete ferrnee. On voit plus clair que le
jour, 6 homme miserable, tout ce qu'il en a coute
a Dieu pour te sauver, car il n'a pas dedaigne de
se faire esclavede Seigneur , pauvrede riehe, chair
de Verbe, tils de l'homme de Ills de Dieu qu'il etait.
Souvenez-vous que si vous ayez ete crees de rien,
in.iis un aneantissement qui est alle jusqu'a la vous n'avez pas ete rachetes pour rien. C'est en six
chair, jusqu'a la mort, jusqu'a la croix. Qui pent jours qu'il a cree toutes choses, et vous avec elles.
se faire une juste idee de ce1 exces d'humilite, de Mais il a mis trente ans a operer votre salut sur la
douceur, de bonte ineffable, quia porte une Majeste terre. 0 que de travaux il a soutferts! N'a-t-il pas T|°u(l|(^tq"0
si haute et si souveraine a se couyrir d'une chair, accru par l'ignominie de la croix, les infirmites de sooffert dans
asouffrir lamort.a etre deshonoree sur une croix? la chair, et les tentations de l'ennenii, et ne les sa Passlon-
Mais ondira peut-etre : Le Createur ne pouvait-il a-t-ilpas comblees par l'horreur de sa mort? Aussi
reparer son ouvrage sans tant de peiues? 11 le etait-il necessaire, Seigneur, que voulant ainsi
pouvait, mais il a mieux aime le faire par les souf- sauver les hommes et les betes, pour user de l'ex-
frances, afin que desormais les hommes n'eussent pression de votre Prophete, vous augmentassiez
plus aucun sujet de tomber dans le vice si detesta- le nombre et la grandeur de vos misericordes (Psal.
ble et si odieux de l'ingratitude. Sans doute il a xxxv, 8).
endure beaucoupde travaux, mais ce fut atin de se 8. Meditez sur ces choses, et occupez-vous y sans
rendre les hommes redevables de beaucoup d' amour, cesse. Versez dans votre cceur ces sortes de par-
et pour que la difticulte de la redemption portal a fums, pour dissiper l'odeur infecte de vos peches
la reconnaissance ceux a qui la facilite de leur qui l'a tourmente si longtemps et pour avoir en
creation en avait si peu inspire. Car, que disait abondance ces parfums qui ne sont pas moins doux
l'homme ingrat, lorsqu'il n'etait encore que cree ? que salutaires. Et toutefois ne pensez pas encore
J 'ai ete cree gratuitement, je le confesse, mais mon avoir de ces parfums excellents, qui sont sur les
al. com-
mute
haercnte. Videritis vos, rcctene primura illud Pilio,
Spiritui-Sancto sequens, Patri, ultimum assignetis ; sic
tamen ut nihil boruin vcl Patri, vel lilio, vel Spiritui-
sancto subtrahalis ; ne cui forte personarum ant plenitu-
dincm minuat distinctio, aul proprietatem tollat perfectio.
Simul et Loc advertite, quid simile Filii luijus saeeuli
experiantur de carnis illecebris, de mundi speclaculis,
et de pompis Satanai : cum tamen hoc tottim sit, undo
vila praesens eludit miseros amatores suos, dicente
Joanne: Qaidquid m mtmdo est, cow:<< carnis
est, et concupiscentia oculorum, et ambitio sceculi. Haec
dc redemplionis fructu.
7. In niodo quoque, quern, si rocolitis, Dei esse exi-
oanitionem difTmivimus, tiia item proecipuc vobis in-
tuenda commendu '. Non enim simplex aut modica ilia
exinanitio fait : sed semetipsum exinavivit usque ad
cainem, ad mortem, ad crucem. Quis digne penset,
quanta?, fuerit humilitatis mansuetudinis, dignationis,
Dominum oiajestatis came indui, malctari morte, tur-
pai'i cruce ? Sed dicit aliquis : Non valuit opus suum
repararc Creator absque ista diflicullalc 1 Valuit, sed
maluit cum injuria sui, ne pessimum atque odiosissimum
vitium ingralitudinis occasionem ultra reperiret in no-
mine. Sane multum fatigalionis assumpsit, quo multas
dilectionis hominem debitorem teneret ; commoneret-
troe gratiarum actionis difficultas redemptionis, quem
minus esse devotum fecerat conditionis facllitas. Quid
enim dicebat homo creatus et ingralus? Gratis quidem
conditus sum, sed nullo auctoris gravamine vcl labore ;
siquidem dixit, el factus sum, quemadmodum et univer-
sa. Quid magnum est, quaadibet magna in verbi facili-
tate donaveris? Sic heneficium creationis attennans
humana impietas, ingratitudinis materiam inde sumebat,
unde amor-is causam habere debuerat ", idque ad excu-
sandas excasationes in peccatis. Sed obslructum est os
loquenlium iniqua. Luce clarius patct, quantum modo
pro le, o homo, dispendium fecit : de Domino servos,
de divite pauper, caro de Verbo, et de Dei Filio homi-
nis filius fieri non despexit. Memento jam te, etsi de
nihilo factum, non tamen de nihilo rcdemptum. Sex
diebus condidit omnia, et te inter omnia. At vero per
totos triginta annos operatus est salutem tuam in medio
terra1. 0 quantum laboravit suslincns ! Carnis necessi-
tates, hostis tentationes, nonne sibi crucis aggavavit
ignominia, mortis cumulavit horrore"? Neccssarie qui-
dem. Sic , sic homines et jumenta salvasti , Domi-
ne, quemadmodum multiplicasti misericordiam tuam
Deus.
8. Ilaec meditamini, in his versamini. Talibns odora-
mentis refovete viscera vestra, quae diu torsit odor mo-
al debeba
DOUZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
177
mamelles de l'Epouse, dont je ne veux pas eom-
mencer a parler maintenant, attendu que le temps
me presse de finir ce discours. Retenez settlement
ce que nous avons dit des autres, temoignez par
votre conduite que vous les possedez deja, et qu'ils
vous servent a m'aider de vos prieres, alin que je
puisse parler dignetnent de si gra rides delices de
l'Epouse, et exciter vos cceurs a l'aniour de l'E-
poux qui est Jesus-Christ Notre-Seigneur. Ainsi
soit-il.
SERMON XI!.
Le parfum de la piete esl le plus excellent de tous.
Respect que les infirieurs doivent avoir pour leurs
superieurs.
1 . II me souvient que je vous ai parle de deux
parfums ; de celui de la contrition, qui comprend
plnsieurs peches, et de celui de la devotion qui con-
tient plusieurs bienfaits : tous deux salutaires,
mais non pas tous deux: agreables. Car le premier
a une vertu piquante qui se fait sentir, parce que
le souvenir amer des peches, porte a la componc-
tion, et cause de la douleur; an lieu que le second
a uue vertu lenitive, qui donne de la consolation
et apaise la douleur par la consideration de la
Le parfum bonte de Dieu. Mais il y a un parfum qui est bien
totplasnAU Plus excellent que les deux premiers, je l'appelle
am deux le parfum de la piete, parce qu'il est compose des
necessites des pauvres, de l'abattement des oppri-
mes, du trouble de ceux qui sont tristes, des fautes
de ceux qui pechent, et enfin de tous les malheurs
premiers.
des miserables, fussent-ils nos ennemis. Ces ingre-
dients semblent meprisables, mais le parfum qui
en est forme, surpasse intiniment tous les autres.
II a une vertu qui guerit. « Car bienheureux sont
ceux qui font misericorde, parce qu'ils recevront
misericorde [liatth. v, 7j. » Done, plusieurs mi-
seres ramassees ensemble, et regardees par 1'ceil de
la piete, sont la matiere qui compose ces parfums
precieux, dignes des mamelles de l'Epouse, et n se compose
agreables aux sens de l'Epoux. Heureuse est l'ame dff, m}shT.es
. . l [a autrui.
qui a som de s ennchir et de s'inonder de ces par-
fums, de les etendre de l'huile de la misericorde,
et de les faire cuire an feu de la charite. Qui
croyez-vous que soil cet homme bienheureux, dont
parle le Prophete, qui a pitie et qui prete [Psal.
cxi, 5) ; sinon celui qui compatit volontiers aux
maux des autres, qui est prompt a les secourir,
qui met plutot son bonheur a donner qu'a recevoir,
qui est facile a pardonner et difficile a se meltre en
colere, qui ne se venge jamais, et qui en toutes
choses regarde les necessites de son prochain, com-
me les siennes propres ? 0 ime bienheureuse,
qui que vous soyez, qui etes dans une si sainte
disposition, qui etes pleine de la rosee de la mise-
ricorde, qui avez des entrailles de charite, qui vous
rendez toute a tous, qui vous considerez comme un
vase perdu, aQn d'assister et de secourir les autres
en tout temps et en tout lieu, et enfiu qui etes
morte a vous-meme, pour vivre a tout le monde, ■
vous possedez certainement ce troisieme et precieux
parfum, et il coule de vos mains une liqueur in-
finiment douce et agreable. Elle ne se sechera point
dans les temps mauvais, et l'ardeur de la per-
secution ne la fera point tarir ; Dieu ne meltra en
lestior peccatorum, ut abundetis et his unguentis, non
niin us suavibus, quam salutaribus. Nee laineii adhuc
vos pulelis habere ilia optima, qua? in Sponss uberibus
commendantur. De quibus incipere modo, finiendi jam
sermonis angustia prohibet. Quae dicla sunt de aliis,
tenete memoria, prubale vita; et de hisjuvate me pre-
cibus veslris, ut dignc loqui passim quod et dignum
sit tantis Sponsce deliciis ; et veslras animas ad
amorem aedificet Sponsi Domini nostri Jesu Christi.
Amen.
SERMO XII.
De pretioso imguenlo pietatis ; et de veneratione a sub-
diiis erga prcelatos suos exhibenda.
i. Duo me ungnenta vobis tradidisse recordor : unum
contritionis, delicta multa compleclens : alteram de-
votionis, multa continens beneficia ; ambo salubria, sed
non ambo suavia. Primum siquidem pungitivum senti-
tur, quia movet ad compunctiouem amara recordatio
peccatorum, et dolorem facit : cum sequens mitigato-
rium sit, divinae bonitalis intuitu consolationem dante,
et sedante dolorem. Sed est unguentum, quod ambobus
longe antecellit : et hoc appellaverim pietatis, eo quod
fiat de necessdatibus pauperum, de anxietatibus oppres-
T. IV.
sorum, de perturhationibus trislium, de culpis delin-
quentium, et postremo de omnibus quorumlibet
miserorum aerumnis, eliamsi fuerint inimici. Despicabi-
les videntup species istas : sed est super omnia aromata
unguentum, quod ex eis conScitur. Sanativum est;
Beati >',m>i misericorde*, quoniam ipsi misericordiam
consequentur. Igilur mult;e miseriae collectae, atque
oculis pietatis inspectaa, ipsae sunt species, ex quibus
unguenta optima componuntnr, Sponsae digna uberibus,
Sponsi sersibus grata. Felix mens, quae talium collec-
ti ne aromatum sese ditare et impinguare curavit,
infundens ea oleo misericordise, et ardore decoquens
charit.itis. Quis, putas, est jucundus homo qui miseretur
et commodat, pronuscompati, subvenire promptus, dare
quam accipere beatius judicans ; ignoscere facilis, irasci
difficilis, ulcisci penitus non acquiescens, et per omnia
proximorum aeque ut proprias respiciens necessitates ?
0 quaecumque es anima sic alTecta, sic imbula rore mi-
sericordiae, sic affiuens pietatis visceribus, sic te omnibus
omnia faciens, sic facta ipsa tibi tanquam vas perditum,
ut ca;teris praesto ubique semper occurras atque sticcur-
ras ; sic denique inortua tibi, ut vivas omnibus : tu
plane tertium oplimumque unguentum felix possides, et
manus tuae distillaverunt tofius suavitatis liquorem. Non
exsiccabitur in tempore malo, nee fervor persecutionis
12
178
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
oubli aucun de tos sacrifices, et il rendra parfait treles dents. Qu'on disc si j'ai refuse aux pauvres ce
votre holocaust?. qil-iIs dfairaient, et si j'ai fait languir les yeux de
*taitntrichen<ie ~' '* 5 B des hotnme* ™hes dans la cite du Sei- la veuve, apres ce queje lui voulais donnerj si j'ai
cette sorte gneur des vertus. II faul voir si quelques-uns den- mange seul nion pain, et, si le pupille ne la pas
deparfums. tre eux, ont ces parfums. I.e |.tvmicr qui se presenle mange avec moi; si
Job.
a moi, et qu'on rencontre ordinairement partout,
c'est Paul, ce vase d'election, ce vase vraiment
aromatique et oduriferant, ce vase rempli de toutes
sortes de poudres de scnteurs. Car il etait la bonne
odeur du Christ en tout lieu. Certes, ce cceur gene-
reux qui prenait tant de soin de toutes les Eglises
de la terre, lvpandait bien loin des parfums d'une
douceur incomparable. Voyez un peu de quelle
nature etaient ceux dont il s'etait fourni. « Tous
les jours, dit-il, je meurs pour votre gloire (i Cor.
xv, 31). » El encore : « Qui s'aflaiblit sans que je
m'affaiblisse aussi avec lui, qui est scandalise sans
que je bride (i Cor. xi, 29) ?» Et beaucoup d'autres
j ai mepnse un passant, »
parce qu'il etait mal vetu. et un pauvre qui n'avait
point d'babit ; s'ilne m'a pasbcnideceque je lecou-
vrais, et s'il n'a pas ete rechauffe de lalainede mes
brebis (Job. xxix, 15). » De quelle odeur pensons-
nous que ce juste avail embaume la terre par ses
ceuvres de charite ? Cbacune de ses actions etait
autant de parfums. 11 en avait rempli sa propre
conscience, atin de moderer l'infection de sa chair
corruptible, par l'odeur agreable qui s'exhalait du
fond de son ame.
II. Joseph, apres avoir fait courir apres soi toute Joseph aussi.
l'Egypte a l'odeur de ses parfums, voulut bien en-
core les departira ceuxmeme qui L'avaient vendu.
choses semblables que vous connaissez, et que cet H est vrai qu'il leur faisail des reproches avec un
homme si riche avait en abondance, et dont il se
servait pour composer les plus excellents parfums.
11 etait bien juste d'ailleurs, que les mamelles qui
allaitaient les membres de Jesus-Christ, dont Paul
etait comme la mere, car il les engendra plusieurs
fois, jusqu'a ce que le Sauveur fut forme en eux,
et qu'ils eussent quelque rapport et quelque pro
visage irrite, mais les larmes s'echappaientdel'onc-
tion de son cceur, et ces larmes n'etaient pas des
marques de sa colere, mais des tenioignages du la
vivacite de son amour. Samuel pleurait Saiil qui le
cherchait pour le tuer (Rey. xv, 35), et l'onction de
piete veuant comme a se fondre au dedans de lui,
parce que sou cceur s'embrasait par le feu de la
Samuel.
portion avec leur chef, fussent embaumees par les charite, coulait au dehors par les yeux. Enlin, c'est
parfums les plus rares et les plus precieux.
3. Ecoutez encore comment un autre juste avait
en main des matieres choisies, dont il composait
d'excellents parfums. « Nul pelerin, dit-il, n'a
jamais couche dehors. Ma porte a toujours ete ou-
verte a ceux qui voyageaient [Job. xxxi, 32). » Et
ailleurs : « J'ai servi d'ceil a l'aveugle, et de pied au
boiteux. J'etais le pere des pauvres; je brisais les
michoires du mechant, et lui arrachais la proie d'en-
la bonne odeur que sa reputation avait repandue
de tous coles, qui fait dire de lui a l'Ecriture sainte:
« Tout le monde depuis Dan jusqu'a Bersabee,
connut que Samuel etait le lidele Prophote du
Seigneur (i Reg. in, 20). » Que dirai-je de Moise? Et Moise.
De quel gras parfum n'avait-il point rempli son
a Saint Bernard cite d'apres l'ancienne version; la vulgate
porte maintenant « le mourant » d'apres le telle hebreu et les
Sep tan te.
ebibet ilium : sed semper Deus memor erit omnis sa-
crificii tui, et holocaustum tuum pingue fiet.
2. Sunt viri divitiarum in civitate Domini virtutum :
qusro an apudaliquos ha;c unguenta inveniantur. Et pri-
mus occurrit, sicut ubique solet, mini Paulus vas elec-
tionis, revera vas aroaiaticum, vas odoriferum, ct refer-
tuni omni pulvere pigmentario. Christi enim erat
bonus odor Deo in omni loco. Multae prol'ecto suavitalis
fragranUam longe lateque spargebat pectus illud, quod
sic aflcccrat sollicitudo omnium ecclesiarum. Vide enim
quales species et qualiaaromatacoacervaverat sibi. Quo-
tidie, inquit, morior per vesiram yloriam. Et rursnm :
Quit infirmatur, et ego non in/irmor? Quis seanda/iza-
iur, et ego non uror ? Et multis talibus, qua; vobis bene
nota sunt, abundabat dives iste in componendis unguen-
tis optimis. Decebat namque primis et purissimis aro-
matibus redolere ubera, qua? Christi membra lactarent,
quorum Paulus mater erat pro certo, parturiens semel
et ilerum, donee Cbristus formarelur in eis, ac membra
capiti suo rel'ormarentur.
3. Audi et de alio divite, quomodo ad manum habe-
bat electas species, de quibus optima unguenta conlice-
ret ; Foris, inquit, non mansit peregrinus. Ostium meum
viatori patuit. Item, Oculus fui caeco et pes claudo. Pa-
ter eram puuperum, eonterebum molas iniqui, et deden-
iibus itlius auferebam prcedam. Si negabam quod vole-
bant pauperibus, et oculos viduie exspectare feci. Si
comedi buccellam mearn solus, et non eomedit pupillus
ex ea. Si despexi pnztereuntem, eo quod nun /taberet
indumentum, et absque operimeulo pauperem. Si non
benedixerunt mihi latem ejus, et de velleribus avium
mearum calefactus est. Quanto putamus vir isle odore
ten-am resperserat in his operibus? Singula opera singula
erant aromata. His propriam repleverat conscientiam, ut
fcetorem putida; carnis interuae suavilalis exhalatione
sibi temperaret.
4. Josepb postquam universam /Egyptum post se fe-
cit currere in odore unguentorum suorum, etiam suis
venditoribus eamdem deinum fragranUam propinavit.
Et quideni incrcpaloria verba vullu proferebat irato ; sed
erumpebant lacrymffi de pinguedine cordis, non irse in-
dices, proditrices. Samuel lugebal Saul, qui se qtuere-
bat occidcre, et ad ignem charitatis incalescente pectore
liquefactus intus, pietatis adeps foras emanabat per ocu-
los. Ob bonum denique quein circumquaque ditruderat
suse opinionis odoreui, refert de eo Seriptura ; Quia co-
DOUZIEME SERMON SUR LE
cceur ? Ce peuple rebelle, au milieu duquel il etait
pour un temps, ne put jamais avec tous ses mur-
mures, et toute sa fureur, luifaireperdrecette onc-
tion de l'esprit, quand il l'eut une fois recue, ni
l'empecher de conserver sa douceur ordinaire, au
milieu des differends et des querelles qui nais-
saient tous Ies jours. Aussi est-ce avec justice que
lc Saint-Esprit a rendu ce temoignage de lui, qu'il
etait le plus doux de tous les homines de son temps
[Num. xii, 3). Car il etait pacifique avec ceux qui
haissaient la paix, {Psal. cxix, 7), si bien que
non-seulement il ne se mettait point en colere
contre un peuple ingrat et rebelle, mais intercedait
meme pour lui, lorsque Dieu etait irrite contre luL
C'est ce que nous lisons dans l'Ecriture : « Dieu
protesta de les perdre entierement, si Moise qui
etait son favori, n'eut arrete les effets de sa ven-
geance, en le conjurant de detourner sa colere, et
de ne les pas detruire tout a fait {Psal. cv, 23).
Enfin, dit-il, Seigneur, ou pardonnez-leur, ou effa-
cez-moi du Livre de Vie {Exod. xxxn, 32). » 0
homme vraimeut plein de l'onction de la iniseri-
corde ! Certes il parle bien avec la tendresse d'un
Pere, puisqu'll ne peut goiiter aucun plaisir,
qu'avec ceux qu'il a engendres. C'est comme si un
hornme riche ilisait a quelque pauvre femme :
Entrez, pour diner avec moi, mais laissez dehors ce
petit enfant que vous portez entre vos bras, paree
qu'il ne fait que pleurer, et nous incommoderait.
Cette mere le ferait-elle, a votre avis ? .Yahnerait-
elle pas mieux jeiiner, que de manger seule avec
ce riche, en abandonnant ce cher gage de son
amour? Ainsi Muise ne veut point entrer dans la
joie de son Seigneur, si on laisse dehors ce peuple,
qui bien que iuquiet et ingrat ne laisse pas d'etre
gnoverunt omnes a Dan usque Bersabee, quod fide/is
Samuel propheta esset Domini. Quid de Moyse dicam ?
quanto adipe et pinguedine et ipse repleverat viscera
sua? Nee domus ilia exasperans, in qua pro tempore
versabatur, potuit unquam in omni murmure et furore
suo unetionem spiritus, qua semel irnbutus fuerat, ex-
terminate, quominus inter assiduas lites et quotidiana
jurgia ipse in sua mansuetudine perduraret. Merito tes-
tatus est Spiritus-Sanctus de eo, quod esset mitissimus
omnium hominum, qui morabaniur super terram. Si-
quidem cum his qui oderant pacem, erat pacificus, in
tantum ut populo ingrato et rebelli non modo non iras-
ceretur, sed et irascentem Deum suo interventu leniret,
sicut scriptum est : Dixit ut disperderet eos, si non ilo-
yses electus ejus stelisset in confraciione in conspectu
ejus, ut averteret iram ejus tie disperderet eos Denique,
Si dimittas, ait, (Untitle: sin autem, dele me de libro
tuo quern senpsisti. 0 vere hominem unclum unctione
misericordiae ! Loquitur plane parentis afTectu, quam
nulla possit delectare felicitas, exsortibusquosparturivit.
Verbi gralia, si dives quispiam mulieri pauperculae dicat :
Iugredere tu ad prandium meum, sed quern gestas in-
fantulum relinque foris, quoniam plorat, et molestus est
nobis : numquid faciet? Nonne magis eliget jejunare,
CANTIQUE DES CANT1QUES. 179
cheri de lui aussi tendrement que s'il etait verita-
blement sa mere. Ses entrailles le font beaucoup
souffrir, il est vrai, mais il aime mieux souffrir le
mal qu'elles lui font, que d'endurer qu'on les lui
arrache.
5. Qu'y a-t-il de plus doux que David qui pleu-
rait la mort de celui qui avait toujours desire la
sienne, (u Reg. i. 11,, et souffrait si impatiemment
la perte de celui a qui il succedait sur le trone ?
Combien eut-il de peine a se consoler de la mort
de son Cls parricide (u Reg. xix. 4) ? Certainement
cette affection si grande etait une marque infalli-
ble d'une grande et excellente onction. Aussi disait-
il a Dieu avec confiance : « Souvenez-vous, Seigneur,
de David et de toute sa douceur {Psal. cxxxi. 1). »
Tous ces saints personnages ont done end'excellents
parfums, qui, encore aujourd'hui, repandent une
odeur Ires-douce dans toutes les Eglises. Mais cela
ne leur est point particulier. Car tous ceux qui, du-
rant cette vie, ont ete bienfaisants et charitables, se
sont etudies a vivre avec tant de douceur parmi les
heureux, ne se sont pas approprie, mais ont comme
mis en commun toutes les graces qu'ils ont eues,
estimant qu'ils etaient egalement redevables aux
amisetaux ennemis, aux sages et aux insenses;
ont ete utiles a tous, humbles par dessus tous, et ai-
mes de Dieu et des hommes plus que tous, tous ceux-
la, dis-je, ont repaudu une odeur de vertus qui est
encore maintenant en benediction, etles parfums pre-
eieux qui se sont exhales de leur temps, nous em-
baument encore de nos jours. Ainsi, mon frere, qui
que vous soyez, si vous nous faites part volou-
tiers a nous qui sommes vos compagnons, des
dons que vous avez recus d'en haut ; si vous
vous montrez officieux, affectionne, agreable, facile,
qnam exposito pignore caro, sola prandere cum divite?
fta nee Moysi sedet solum se introduci in gaudium Do-
mini sui, foris scilicet remanente populo ; cui, licet in-
quieto el ingrato, vice pariter et affectione matris inha?-
ret. Dolent viscera, sed tolerubiliorem sibi judicat tor-
tioneni, quam evulsionem.
5. Quid David mansuetius, qui illius mortem lugebat,
qui suam semper sitierat ? Quid benignius, ut ejus mo-
tele ferret decessum, cui succedebat in regnum ? Sed
ct de morte parriciJce lilii, quam difficile consolationem
adiui>it ? Magnam profecto oplimae unctionis copiam
praeferebat talis afTectio. Ideo et securus orabat, dicens :
Memento, Domi/te, David, et omnis mamuetudmis ejus.
Ergo hi omnes habuerunt unguenta optima, quibus ho-
dieque per universas ecclesias suavissime redolent. Nee
solum ipsi, sed etquicumque se in hac vita ita benevolos
et beneficos praebuerunt, ita inter homines humane vi-
vere studuerunt, quatenus omnem, quam visi sunt ha-
buisse gratiam, non sibi tenerent, sed in commune
deducerent, aastimantes se amicis pariter et inimicis, sa-
pientibus et insipientibus debitores. Cumque fuissent
utiles omnibus, humiles in omnibus, et prae omnibus
exstiterunt dilecti Deo et hominibus ; quorum fragrantia
n benedictione est. Quotquot, inquam, tales praecesse-
180
OEUVRES DE SAINT PERNARP.
reintnrcd'un
boo rili-
gieui.
' nliq : ad-
dunt et
relevat.
humble, nous vous rendrons tous ce temoignage,
que vous exhalez aussi d'excellents parfums. Qui-
conque d'entre vous ne supporte pas seulement
lesinlirmiirs de ses freres, tani celles du corps, que
de I'espritj mais s'il luiest permis et s'i] le peut (aire,
les aide par sea servii es, les Cortifle pax ses exhorta-
vase de parfum, et qui les epanehe sur sa tete,
[Marc. xiv. 3) ; au lieu qu'ici clles achetent des
aromales, afin d'embaumer Jesus. Elles achetent,
non de l'huile de parfum, mais des aromathes,
1'huile de parfum n'etait pasfaite, dies la font tout
expres pour embaumer, non une seule partie du
tious, les forme par ses conseils, ou s'il ne le pent corps, comme les pieds, ou la tde, mais Jesus,
a cause de la regie, au moins ne cesse point de les comme dit l'Evangile c'est-a-dire son corps tout
assister dans leur faihlesse par la ferveur de ses entier.
oraisons, quiconque, dis-je, d'entre vous, exeree ces 7. Vous pareillement, qui que vous soyez, si vous
ces oeuvres de charile, repand certainement une prenez des entrailles de misericorde, ne soyez
bonne odour parmi ses freres, et une odeur d'ex- pas seulement liberal et obligeant envers vos pa-
cellents parfums. Un frere comme colui-la dans une rents, ou envers ceux dont vous avez recu dubien,
communaute, c'est du baume dans la bouche : on ou dont esperez en recevoir, car les paiens font
le montre comme une merveille, et tous disent cela aussi bien que vous ; mais si, selon le conseil
de lui : « Voila celui qui ainie ses freres et le pen- de saint Paul, vous tachez de rendre ces devoirs de
pie d'lsrael ; voila celui qui prie beaucoup pour charite a tout le monde, en sorte que vous ne les
le peuple, et pourtoute la villa saiute (u Macha. xv.
14). »
6. Mais voyons si nous ne trouverons rien dans
l'Evangile qui concerne aussi ces parfums. « Marie-
Madeleine et Marie mere de Jacques et Salome,
acheterent des senteurs, afin d'embaumer le corps
de Jesus, {Marc. xv). » Quellessont ces senteurs
si pieuses qu'elles rueritent d'etre achetees et ap-
pretees pour le corps de Jesus-Christ, et si abon-
dantes qu'elles sufflsent pour le parfumer tout en-
tier? Car les deux premiers parfums n'out de ni
faits ni acbetes particulierement pour servir au
deniiez pas meme a vos ennemis, il est hors de
doute que vous des aussi ricbe en excellents par-
fums, et que vous n'oignez pas seulement la tete et
les pieds du Seigneur, mais que vous avez entrepris
encore, aulant qu'il est en vous, de parfumer tout
son corps, qui est l'Eglise. Et peut-dre le Seigneur
Jesus ne voulut-il pas qu'on repandit sur son corps
mort les parfums qu'on avait prepares, afin de les
conserver pour son corps vivant. Car l'Eglise esl
vivante, die qui mange le pain vivant descendu du
ciel. C'est le corps de Jesus-Christ qui lui est le
plus cher, puisque nul Chretien n'ignore qu'il a li-
runt, fragrarunt suis temporibus, fragrant et hodie un-
guentis opliniis. Tu quoqtie si donum desuper accepisti
nobis conlubernalibus tuis libenter impertiaiis, si le ex-
hibeas ubique inter nos ol'liciosum, si atfectuosum, si
gratum, si tractabilem, si humilem : testimonium liabe-
bis ab omnibus, quod fragres et ipse unguentis optimis.
Omnis in vubis, qui fraternas, infirmitates lam corpo-
rum, quam animorum non solum patienter suportat,
sed insuper, si licet, et si valet, juvas obsequiis, confor-
tat alloquiis, consiliis informat * : si hoc. non potest
propter disoiplinam, sollicilis saltern orationibus solatia-
ri non cessat inlirmo : omnis, inquam, qui talia operate
in vobis, bonum omnino spargit odorem inter fratres,
et odorem de unguentis optimis. Balsamum in ore, hu-
juscemodi frater in congregatione : monstratur digito, et
dicunt de eo omnes : Ilk est fratrum amator et populi
[rael, hie est qui multum orat pro poputo , et universa
sanctu civitate.
6. Sed recurramusad Evangelium, atque aliquid, quod
forte spectet et ad h*c unguenta, requiramus. Maria
Magdalpne, et Maria Jaeobi et Salome, emerunt aromata,
ut venientes ungerunt Jesum. Quasnam ista unguenta,
am pretiosa ut Cbristi corpori parentur, et comparentur,
tamcopiosaut toti sufficiiint ! Neulrum quippe duorum
prascedentiumaut emptum,aut factum spericilitera ad opus
Powrqnoi
J^siis-Chriet
ne voulut
pas ftro
embaume
dans son
tombean.
Seigneur, outre que nous ne lisons point, qu'on les vre sou autre corps a la moit, afin que celui-ei fiit
versa sur tout son corps ; mais la premiere fois, on immortel. II desire qu'elle soit embaumee et que
voit venir tout d'un coup une femme qui baise ses ses membres infirmes soient I'objet d'onctions salu-
pieds, et qui les parfume (Alatlh. xxvi), et laseconde taires. 11 a done reserve pour elle ces pai funis,
on voit cette meme femme ou une autre, quia un lorsque, prevenantl'heure, et hatant sa gloire, il n'a
Domini, aut toto in corpora legitur fuisse diffusum. Sed
de subito introducitur mulier, unoquidem in loco oscu-
lans pedes, et unguento ungens : in altera vera vel ipsa,
vel altera, habens alabustrum ungucnti, et illud mittens
in caput. Cseterum nunc, emerunt ait, aromata ut ve-
nientes ungerent Jesum. Emunt non unguenta, sed
aromata ; et unctio in obsequium Domini non facta as-
sumitur, sed nova conlicitur : nee ad unguendani tantum
aliquam corporis partem, verbi gratia pedes aut caput;
sed sicut scriplum est, Ut venientes um/erent Jesum. Quod
est totius complexio, non partis distinctio.
7. Tu quoque si le induas viscera misericordiae, libe-
ralem benignumque exhibeas, non lanliim parentibus
sive cognalis tuis, aut quos tibi vel benefactorea tenes,
vel benefacturos speras, nam el ctbnici boc faciunl; sed,
juxta Pauli concilium, studeas operari bonum ad
mones, ita ut propter Deum nee inimicooflieium bumani-
tatis coiporale seu spiiituale negandum, sublrahen-
dumve exis times : constat te quoque abundare unguen-
tis optimi9, nee caput aut pedes Domini tantum, sed
passim, quantum in te est, ungeie suscepisse totuiu
coi'pus, quod est Ecclesia. Et forte proinde ob hoc
Dominus Jesus paratam sibi confectionem expendi no-
luit in suo corpora mortuo, ut servaret vivo. Vivit enim
Ecclesia, qua? manducat panem vivum, qui de ccelo
DOUZIEME SERMON SLTR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
181
pas trompe mais iDstruit la devotion des saintes
femmes qiii veuaient pour l'embaumer. II a refuse
d'etre parfume, mais pour epargner le parfum,
non point parce qu'il le meprisait, il ne dedaignait
pas ce pieux devoir, mais il en remettait l'ulilite a
un autre temps. Je dis l'utiliie non de ce parfum
materiel et corporel, mais d'uu spirituel dont celui-
la etait la figure. En ce parfum done ce maitre si
plein de bonte epargnait ces autres parfums spiri-
tuels si excellents, qu'il desirait voir employes aux
besoins spirituels et corporels de ses membres. D'ail-
leurs un peu auparavant lorsqu'on en repandait
d'assez precieux sur sa tete ou sur ses pieds, em-
pecha-t-il de le faire ? Au contraire il reprit merue
ceux qui l'empechaient. Car comuie Simon s'indi-
gnait de ce qu'il permettait i une pecheresse de le
toucher, il fit une parabole pour I'en reprendre ; et
repondit a d'autres qui se plaignaient de la perte
qu'on faisait de ce parfum ; « Pourquoi tourmen-
tez-vous celte femme [Malt. xivu. 10) ? »
D^Toiion de 8. Pour faire ici une petite digression, il m'est
,iln» f" aussi arrive quelquefois, qu'etant assis pour mon
utilite particuliere, aux pieds de Jesus, pour pleurer
dans le souvenir de mes peches, ou qu'etant debout
aupres de sa tete, ce qui m'arrivait plus rarement,
je me rejouissais dans le souvenir de ses bienfaits,
j'ai entendu ces paroles : « Pourquoi cette perte '?»
on m'accusait de ne vivre que pour moi seul, parce
qu'on pensait que je pouvais etre utile a plusieurs.
Et on ajoutait ; « car on pourrait le vendre bien
cher, et en donner le prix aux pauvres ». Mais
quel avantage me reviendrait-il de gagner tout le
monde, si je me perdais moi-meme? C'est pour-
quoi, regardant ces paroles comme les mouches
dont l'Ecriture parle (Eccl. x, 1), qui corrompent
toute la douceur du parfum oil elles vont perir, je
me suis souvenu de ce mot divin : « Mon peu-
ple, ceux qui vous disent heureux vous trom-
pent [[sa. in, 12). » Mais que ceux qui me repro-
chent mon repos ecouteut le Seigneur m'excuser
et repondre pour moi : « Pourquoi, dit-il, tour-
mentez-vous cette femme (Ma«A. xxvi, 10)? » C'est-
a-dire, vous ne voyez que le dehors, et vous jugez
sur ce que vous voyez. Ce n'est pas un homme,
comme vous croyez, qui puisse mettre la main a
des choses fortes, mais c'est une femme. Pourquoi
tentez-vous de lui imposer un jong que je sais
bien qu'il n'est pas capable de porter ? 11 exerce de
bonnes oeuvres envers moi. Qu'il demeure dans le
bien, tant qu'il ne peut pas faire mieux." Lorsque
par un progres spirituel, de femme il sera devenu
homme, et homme parfait, il pourra s'employer a
faire une ceuvre parfaite.
9. Mes freres, respectons les eveques, mais redou- n ne flnt
tons les travaux oil le devoir de leur charge les PM "itiqner
. -j- v i - son Eteque.
engage. Si nous en considerons bien la peine, nous
n'en desirerons point l'honneur. Reconnaissous
que cette dignite est au dessus de nos forces ; et
que des epaules delicates et effeminees ne se hasar-
dent pas a porter les fardeaux des hommes. Ne les
censurons pas, mais honorons-les. Car il y a de _
l'inhumanite a reprendre les actions de ceux dont
on fait les travaux. Quelle temerite n'est-ce point a
une femme qui file dans sa maison, de faire des
reproches a un homme qui retourne du combat?
Si done celui qui vit dans un cloitre remarque
descendit. Ipsa est carnis corpus Chrisli, quod ne mor-
tem gustaret, morti illud alterum tradituai fuisse nullus
Christianus ignorat. Ipsam ungi, ipsam foveri desiderat,
ipsius infirma membra cupit fomentis accuratioribus
relevari. Ipsi ergo pretiosa unguenta retinuit, cum anti-
cipans horam, et accelerans gloriam, mulierum devo-
tionem non elusit, sed instruxit. Renuit ungi, sed parcens,
non spernens ; non rccusans obsequium, sed reservans
proficuum. Proficuum dico, non bujus materialis atque
corporalis unguenti, sed plane spiritualis, quod in isto
designatum est. In isto ergo pepercit, magister pictatis
unguentis oplimis pietalis, quaB membris suis indigenti-
bus tam corporaliter, quam spiritualiter ODinino cuperet
exhiberi. Denique paulo ante, cum in caput ejus, aut
etiam in pedes funderelur unguentum, ipsumque satis
pretiosum, numquid prohibuit ? Imo et obstitit piohi-
bentibus. Nam et Simoni indignanti, quod se tangi a
peccatrice permitteret, longam texuit repjebensionis pa-
rabolam ; et aids perdilionem unguenti causantibus
respondit, dicens : Quid molesti esta link mulieri ?
8. Nonnunquam ego, ut modicum faciam excessum,
cum sederem mihi ad pedes Jesu marens, et olTerens
sacrificinm spiritus contiibulati in recordatione peccato-
rum meorum; aut certe ad caput, siquando vel raro
starem, et exultarem in recordatione benificiorum ejus,
audivi dicentes : Vt quid perditio hvc ? Causantes vide-
licet quod soli viverem mini, qui, ut putabant, multis
prodesse possem. Et dicebant : potuit enim venundari
multo, et dari pauperibus. Sed non bonum mercatum
mihi est, etiamsi universum mundum lucrer, meipsum
perdere, et detrimentum mei facere. Unde intelligens
verba haec illas esse, quas Scriptura loquitur, muscas
morituras, qua? perdunt suaritatem unguenti ; recorda-
tus sum divinae illius sententia? : Popule mews, qui te
beatificant,inerrorem inducunt. Verum audiant excusan-
tem Dominum, et respondentem pro me, qui me quasi
de otioincusaut : Quid, inquit, molestiestis huic mulieri?
quod est, vos videtis in facie, et ideo secundum faciem
judicatis. Non est vir, ut putatis, qui possit mitterre
manum ad fortia, sed mulier. Quid tentatis ei imponere
jugum, ad quod ego cum minus sufficientem intueor?
Bonum opus operatur in me. Stet in bono, quandiu non
convalescitad melius. Si quando de muliere in virum, et
virum perfectum profecerit, poterit et in opus perfectio-
nis assumi.
9. Fratres, revereamur episcopos, sed vereamur labo-
res eorum. Si laborespensamus, non aflectamushonores.
Agnoscamus impares vires nostras, nee delectet molles
et femincos humeros virorum supponere sarcinis ; nee
observemus eos, sed honoremus. Inhumane nempe
eorum redarguis opera, quorum onera refugis. Temera-
rie objurgat virum de pralio revertentem mulier manens
in domo. Dico enim, si is qui de claustro est, eum que
versat urin populo, intcrdum minus districte minusve
182
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Cel« siedmal qu'un prelat, engage dans le nionde, se conduit qui so fait de la compassion des miserablcs, et se
parliculit're'
meDl aux
religieuz.
avec moins de regularity et de discretion qu'il ne
dovrait, dans ses discours, dans sa maniere de
vivre, d.ms sou sommeil, sesris, ses coleres, ou ses
jugemenls ; qu'il ne se hate pas de le condamner
aussitot ; qu'il se souvienne au contraire qu'il est
ecrit : « Un homme qui fait mal raut mieux
qu'une femme qui fait bien [Eeele. xm, li) ». Car
si vous faites bien en veillant sur vous-meme, celui
qui en assiste plusieurs fait encore mieux, et inene
une vie plus virile. S'll ne pent exercer les functions
de son niinistere, sans commettre quelques fautes,
c'est-a-dire sans etre illegal dans sa rouduito, SOU-
venez-vous que a la charite couvre beaucoup de
peches [Jacob, v, 8). » Je dis cela contre deux ten-
tations auxquelles les religieux sont sujets : la pre-
miere, de rechercher par ambition la dignite de
l'episcopat ; et la secoude, d'etre pousses, par une
inspiration diabolique, a juger temerairement des
actions des eveques.
10. Mais retournons aux parfums de l'Epouse.
Vovez-vous combieu on doit preferer aux autres le
parfum de la piete, le seul dont la perte n'est point
permise ? Et on le perd si peu, qu'un verre d'eau
froide ne demeure point sans recompense (Maltli.
x, bM). ISeanmoius celui de la contrition qui se
compose du souvenir des peches, et qui se verse
sur les pieds du Seigneur, est bon aussi, puisque
« Dieu ne meprisera point un coeur contrit et humi-
lie [Psal. l, 19). » Je pense que celui de la de-
Totion qui se fait du souvenir des bienfaits de
Dieu est encore meilleur, parce qu'il est estime
digue de parfurner la tete, en sorte que Dieu dit de
ce parfum-la ; « Le sacrifice de louanges m'hono-
rera [Psal. xux, 23) . » Mais l'onction de la piete
repand partout le corps de Jesus-Christ les sur-
passe infinimenl tons deux; et quand je dis le
corps de Jesus, ce n'est pas de celui qui a ehi
i t:i< -die, mais de celui qui a ete acquis par les
soull'rances du premier que je parle. Certes, il faut
que ce parfum soit bien excellent puisque, en com-
paraison de ce parfum. Dieu temoigne qu'il ne
regarde pas tneme les autres, lorsqu'il' dit : « Je
demaude la niisericorde, nou des sacrifices [Matth.
ix, 13). » Je pense done qu'entre toutes les vertus,
les mamelles de l'Epouse ezhalent principalement
l'odeur de celle-la, puisqu'elle a tant de soiu de se
conformer en tout a la voloute de 1'Epoux. N'etait-
ce pas cette odeur de niisericorde que Thabite re-
pandait meme apres sa niort? et si elle ressuscita
bientot, ce fut parce que cette odeur de la vie pre-
valut en elle sur celle de la mort.
11. Mais ecoutez une parole abregee sur ce
sujet : Quiconque enivre, par ses paroles, et re-
pand une bonne senteur par ses bienfaits, peut-
etre convaincu que e'est de lui qu'il est dit : « Vos
mamelles sont meilleures que le vin , et elles
exhalent un parfum tres-delicieux [Cant, l, 1). »
Mais qui est celui qui en est arrive la '? Qui est celui
d'entre nous qui possede pleinement et parfaite-
ment, au moins une de ces deux qualites, en sorte
qu'il ne lui arrive point quelquefois d'etre sterile
dans ses diseours et liede dans ses action ? Mais il y
en a une qui peut sans aucun doute et a bon droit
etre louee de les posseder toutes les deux. C'estl'E-
glisequi, dans le grand nombre de ses eufants, ne
manque jamais d'en avoir qui lui procure de quoi
enivrer, etde quoiembaumer. Car ce qui lui manque
enl'un, elleletrouve en l'autre, selonlamesure que
Ces paroles
conviennent
admirable-
ment bien
a l'Eglise.
eircumspecte sese agere deprehenderit, verbi gratia in
verbo, in cibo, in somno, in risu, in ira, in judicio ;
non ad judicandum confeslim prosiliat, sed meminerit
scriptum : Melior est iniquitas <iri, guam beaefaciens
niulier. Nam tu quidem in lui custodias vigilans bene
facis : sed qui juvat multos, ct melius tacit, et viritius.
Quod si implere non sullied absque aliqua iniquitate,
id est absque quadam inasqualitate vilie et conversatio-
nis suae, memenlo quia charitas operii mxMitudinem \icc-
catorum. Haec dicta sint contra gemimm tentationem,
qua saepe viri religiosi episcopurum vet ambire gloriaui,
vel excessus temere judicare diubolicis instigationibus
incitantur.
10. Sed redeamus ad unguenta Sponsas. Videsne
quam sit praEferendam caeteris istud pictatis unguentum,
de quo solo pcrmissum non est perdilionem fieri ? In
tanlum perdilio ile ipso non fit. ut nee aquae frigidae
munus iriemuoeratum Anadir. Bonum tamen contritio-
nis unguentum, quod [de recordatione peccatorum
conficitur, millilurque in pedes Domini : quia cor eon-
tritnm rt humUiatum Veus non despiciet. Caeterum longe
melius esse arbiter id quod dicilur devotionis, factum
de recordatione beneliciorum Dei, quippe quod et ca-
piti idoneum reputalur, ita ut perbibeat de ipso Deus :
Sacrificium /autlis honorificabit me. Porro utrumque
vincil tinctio pietatis, qua; de respectu miserorum fit,
et per universum Christi corpus dill'undilur. Corpus
dico, non illud cruciti.vum, sed quod illius acquisitum
est passione. Optimum revera unguentum, in cujus
comparationem caetera nee respicerc se ostendil, qui
ait : Misericordiam uoto, et non sacrificium. Haas ergo
potissimum inter caeteras virtutes relodere puto unera
Sponsse, quae Sponsi per omnia gestit congruere volun-
tati. Annon odore misericordiae Tbabita etiam in mortc
fragrabat? Etidco cito de morte convaluil quia pra;valuit
odor vita?.
.11 Sed audite verbum abbreviatum super prsescnti
capitulo. Quisquis ct inebriat verbis, el fragrat beneficiis,
sibi dictum pulet, Quia meliora sunt libera tua vino,
fragrantia unjfUentis optimis. El ad haec quis idoneus?
Quis nostrum iiiiuni saltern horum integre perfecteque
possideat, ut non videlicet interdum el in dicendo ste-
rilior, et in operando tepidior sil ? Sod est quae merito
el non dubie lioc pra?coiuo glorietur, Ecclesia ulique,
cui nunquam de universitate sua decst et unde inebriet
el unde fragret. Quod enim sibi decst in uno, habet in
allcro, secundum mensuram donationis Christi, ac rno-
derationeni Spiiitus, dividentis prout vult. Fragrat Ec-
TREIZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
183
Dienlui a departie, etlebonplaisirdel'Esprit-Saint
qui distribue ses dons a chacun, ainsi que boil lui
semble. L'Egliserepand uneodeur agreable dans la
personne de ceux qui se font des amis des richesses
d'iniquites, et elle enivre par les ministres de la
parole, qui epanchent sur la terre le vin d'une
joie spirituelle, l'enivrent , pour ainsi dire , et
recueillent du fruit dans leur patience. Elle se
nomme elle-nieme Epouse avec hardiesse et con-
fiance, parce qu'elle a vraiment les mamelles
meilleures que le vin et exhalant l'odeur des
parfums les plus precieux. Or bieu que nul de
vous n'ait assez de presomption pour appeler son
ame l'Epouse du Seigneur, neanmoins comme nous
sommes du corps de l'Eglise, qui se gloritie, a bon
droit de ce uom, et de la chose qu'il signifie, ce
n'est pas sans quelque raison que nous participons
a cette gloire. Car on ne saurait nier que dans ce
que nous posstdons pleinement et entitlement tous
ensemble, chacun de nous en particulier ait sa
part. Graces vous soient rendues, Seigneur Jesus,
de ce que vous avez daigne nous associer a votre
Eglise qui vous est si chere, non-seulement pour
etre Chretiens, mais encore pour etre unis a vous
en qualite d'Epouse par de chastes et eternels em-
brasseraents, lorsque, a face decouverte, nous con-
ternplerons aussi votre gloire, cette gloire que vous
possedez egalement avec le Pere et le saint Esprit
dans les siecles des siecles. Ainsi soit-il.
SERMON XIII.
Nous devons faire remonter a Dieu comme a la
source de tout Men, toutes les grdces que zious
receeons de lui.
1. La source des fonlaines et des fleuves, c'est la
mer; et la source des vertus et des sciences, est
notre Seigneur Jesus-Christ. Car, qui est le Sei-
gneur des vertus, sinon le roi de gloire? II est
encore le Seigneur des sciences, selon le can-
tique d'Anne la prophetesse [Reg. u, 3). La con-
tinence de la chair, la purete de cceur, la rectitude
de la volonte, precedent de cette source divine.
C'est peu, mais la vivacite de l'esprit, la grace de
la parole, la saintete des mceurs ont la meme
source. C'est de la que les discours de la science et
de la sagesse tirent leur origine. Car tous les tresors
de la sagesse et dela science y sont renfermes (Col.
it, 3). Que dirai-je des conseils purs, des jugements
equitables, et des saints desirs, ne sont-ce pas
encore des ruisseaux de cette source ? Si toutes les
eaux retournent sans cesse a la mer par des con-
duits caches et souterrains, afin d'en sortir ensuite
par un cours perpetuel et infatigable pour servir a
l'usnge des hommes, pourquoi ces ruisseaux spiri-
tuels ne retourneront-ils pas aussi a leur propre
source, sans intermittence etsans diminution, pour
ne cesser point d'arroser le champ de nos anies?
Que les fleuves des graces retournent au lieu d'oii
ils partent, pour couler de nouveau. Que cet ecou-
lement celeste remonte a son principe, pour se
repandre ensuite sur la terre avec plus d'abon-
dance. Comment l'entendez-vous, me dira-t-on ?
Je l'entends selon ces paroles de l'Apdtre : « Ren-
dant des actions de graces a Dieu en toutes choses
I. Thess. v, 18). » Tout ce que vous croyez avoir
de sagesse et de vertu, attribuez-le a la vertu et h
la sagesse de Dieu, qui est Jesus-Christ.
° ' ^ i 9 mom
2. Et qui serait assez fou, dites-vous, pQUi\pre-
sumer les tenir d'ailleurs? Persqnue assureimuit,
et le Pharisien meme rend graces a Dieu (Luc.
Dieu est
l'aoteur da
toot bien.
II faut pro-
6ter de la
grace pour
rendre
grace a
Dieu.
clesia in his, qui sibi faciunt amicos de mammona ini-
quitatis ; inebriat in ministris verhi, qui vino laetitiae
spiritualis infundunt terram, et inebriant earn, et fruc-
tum referunt in patientia. Ipsa audacter secureque sese
nominat Sponsam, tanquam qua? vere abet ubera me-
iliora vino, et fragranlia unguentis optimis. Quod ets
nemo nostrum sibi arrogare praesumat, utanimam suam
quis audeat Sponsam Domini appellare : quoniam tamen
de Ecclesia sumus, quae merito hoc nomine, el re no-,
minis glorialur ; non immerito glorias hujus paitieipium
usurpamus. Quod enim simul omnes plene mtegreqiiej
possidemus, hoc singuli sine confradk'tione pnrticiba-'
mus. Gratias tibi, Domine Jesu, qui nos chaMsslrijre
Ecclesia? tuae aggregate dfghatns'es, non sohlm ut flde-
les essemus, sed utetiam libi vice Sponsae in amplfesns'
jucundos, castos, aslepnosque xopularemur, revelata et
ipsi facie spe6ulant.es gloriam ttiam, quag tibi communis
pariler est cum Patre et Spiritu-Sancto in sascula saxu-
lorum. Amen.
SERMO XIII.
De gloria ct laude Deo .semper altribuenda pro omqibus
bonis eju.i H'ibii imperii)!.
t. Gripo fontium et Onmimim omnium mare est :
virtutum et scientiarvim, Domimis .Jesiis-.CuflsiAis^ Q,%\f
enim Dorainus virtutum, nisi ipse est rex gba-ia; ?,ged
et juxta Anna?, canticum, idem ipse , Dew , scjpti,it w>7<pj
Dominus est. Continentia carnis^. cordis, indpstrja, Hplm^
talis ' rec.titudci, ex illo fonte iflanant., ; iNon soluiq a.iitpm
sed et si quis callet inj,ronio, si quis nitet eloquip(1^j
quis moribus placet, iudo est. Lnde scientjse, iuaYsag
pientia? sermp; Thesauri siquidsm sapientjiap. pt| scjenjiag
ibi nmnes abscondjtj sunt. Quid^'Casta,. c-piyji^a, juste
juiheia', sancKf desideria, norujerri.vuli fonfis jliius sup^fi
Quod s( qopiaa aquarum.$ecf'etis) ^ubterfl^ije^que^ecuiiT,
sIEqs incessaflfer ceqiiora rapetnnt,,uf ind-e r^ursus atl
visus ususquq n'psiros jiigi. et infatigaBJli.erumpiint. ubsen
d\na ;|ciirnpn etiam spirituftles^ivL ut^rya, riH'^li'im.
rlgare nbn"desiriant, prdprio foAti sitie fraudei et^jn^,
interrtiissionp 'retldantur? Ad locum ufl.de, exeunt, re^
vri'tantur lluihina gratia'riim, ut itenim tlu;mt. lieiuillutur
atl suum principium cceleste proljuvium, quo ubeuus
terris rcfilndatur. Qualiler, inquis?Qual)ter dicit Aposto-
lus : In oinuifjui gratias ageidri. Quidquu'd sapiential
qnidqnifl te virtulis habere confidis, Dei virtuti, et l.'ei
sapientiae deputa Christo.
2. Et quis tarn insanus, als, ut aliunde pra^un^,^
Nemo plane^ adeo ut et Pbarisajus gratias agat, ctijU3'
n/i
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Toute espece
d'actions
de graces
n\'st pas
agreable a
Dieu.
Telle fut
1'actiOD de
f races da
barisien.
xvin, li). Neanmoins Dieu ne le loue pas de sa de dire la verito. En eflet, vous ne jugeriez pas le
e; et cette action de graces, si vous vous sou- Publicain meprisable au prix de vous, si vous
venez bien de l'fivangile, ne le lui rend pas agrea- n'estimiez pas que vous etes plus que lui. Mais cpie
ble. Pourqnoil Cesl que quelque devotion qui repondez-vous a I'Apfitre qui nous prescrit cette
paraisse au dehors cela ne sufflt pas pourexcuser regie, et vous dit : a A Dieu seul soit houneuret
l'enflure du coeur devanl celui qui voit de loin
ceux qui s'61event par l'orgueil (Psal. cxxxvii, 6).
Ou ne se moque pas de Dieu, 6 Pharisien. Croyez-
vous avoir quelque chose que vous n'avez point
recu? Itien. dites-vous, fit c'est pour cela que je
rends graces a celui qui ni'a donue ce que j'ai. Si
vous n'avez riendutout, vous n'avez eu aucun me-
rite precedent, pour recevoir les choses dont vous
vous glorifiez. Si vous eu demeurez aussi d'accord,
c'est done en vain d'abord, que vous vous elevez
avec presomption au dessus du Publicain; car s'il
n'a pas ce que vous avez, c'est parce qu'il ne l'a
pas recu comme vous. De plus, prenez garde que
vous ne rapportiez pas pleinement a Dieu tous ses
dons, et que, di lournanl pour vous, quelque chose
de sa gloire et. de son honneur, vous ne soyez
justement accuse de fraude, et de rraude envers
Dieu. Car si vous vous attribuiez quelque chose des
vert us dont vous vous vantez, comme venant de
vous, je croirais que c'est parce que vous vous
trompez vous-meme, non pas que vous vouliez
tromper ; et je corrigerais cette erreur. Mais comme
en rendant des actions de graces, vous montrez
que vous ne vous attribuez rien a vous-meme, et
que vous reconnaissez prudemment que vos me-
rites sont des dons de Dieu ; et de plus, comme en
meprisant les autres, vous vous trahissez vous-
meme, et faites voir que vous parlez. avec un coeur
double; d'un c6le vous faites servir votre langue
au mensonge, et de l'autre vous usurpez la gloire
tamen justitiae non est lans a Deo. Nee enim ilia gra-
tiarum actio (si bene recolis Evangelium) gratiorem
eum facit. Quare ? Quia quidquid in ore devotum sonue-
rit, cordis non suflicit excusarc tumorem apud eum,
qui alta a longe cognoscit. Deus, o Pharisaee, non irri-
detur. Putas, tti habes aliquid quod non accepisti 1 Nil,
inquit ; etideo gratias rcfero largitori. Si omnino nihil;
ergo nee meritum praccssit in te ulluin, ut ilia, do
quibus gloriaris, acciperes. Quid si et fatearis, primo
quidemfrustra inflaria adversus ^ub'xanum, quiideonon
habct quod tu, quia non accepit ut tu. Deinde vide
etiam ne non intcgre sua dona resignes Deo, et tibi in-
flectens aliquid de gloria et bonore ipsius, fraudis merito
arguaris, et fraudis in Deum. Si enim de his quae jac-
tas, ex te tihi quippiam furte arrogares, falli te magis
quam velle fraudare credcrem, et ercorem corrigerem.
Nunc vcro quia gratias agendo, probas le libi nihil Iri-
buere, sed Dei esse dona tua merita, prudenter agnos-
cere ; certe casteros asperaando prodis te, quod in corde,
et corde locutus sis, altero commodans linguam menda-
cio, altero veritatis usurpans gloriam. Non enim
judicares Publicanum contemnendum prae le, si non
pri- illo te bonoraudnm censeres. Sed quid respondes
Apostolo, prascribenti et diccnli. Soli Deo honor et
gloire (I. Tim. i, 9)?» Que repondez-vous de
meme a 1'ange qui distingue et apprend ce qu'il
plait a Dieu de se reserver, el ce qu'il daignedeparlir
aux homines quand ils'ecrie : « Gloire a Dieu dans
le ciel et p.iix sur la terre aux hommes de bonne
volonte (Luc. n, l.'ij?» Voyez-vous maintenant ipie
le Pharisien, en rendant graces, honore Dieu des
levres, et que dans son cceur ce n'est que lui-meme
qu'il honore. Ainsi nous en voyons plusieurs, dans
la bouche desquels retentissent des actions de
graces; mais plutdt par habitude que par un senti-
ment veritable ; c'est au point meme que des
scelerats a chacun de leurs crimes rendent souvent
graces a Dieu de ce qu'ils ont reussi, du moins ils
le pensent ainsi, dans raccomplissement de leurs
de-sirs deregles. Vous entendrez par exemple un
voleur, apriis avoir execute sun mauvais dessein, et
devalise quelqu'un, se rejouir secretement en lui-
meme, et dire : Dieu soil loue, je n'ai pas veille en
vain, et. je n'ai pas perdu ma peii:e. De meme celui
qui a tue un homme, ne s'eu glorilie-t-il pas, et
lie rend-il pas graees a Dieu de cc qu'il a etc
plus fort que son adversaire, ou s'est venge de son
ennemi ? Un adultere de meme saute de joie, et
loue Dieu de ce qu'il a joui eufin d'un plaisir qu'd
avait longtemps desire.
3, Toute sorte d'actions de graces n'est done pas
agreable a Dieu, il n'y a que cede qui part d'un
cceur pur et simple. Je dis pur, a cause de ceux qui
se gloriflent meme de leurs mauvaises actions et
Terverses
actions des
mediants.
Quelle action
de g-aces est
agreable a
Dieu.
gloria ? Quid angelo dislinguenti et docenti, quid sibi
relinere placeat Deo, et quid partiri dignetur hominibus?
Nam, Gloria, inquit, in excebis beo, et in terra pax
hominibus bonce voluntatis. Cernitisne Pharisteum agen-
tem gratias, labiis quidem honorare Deum, cordis autcm
sententia se ? Sic usu quodam magis, quam sensu vel
atTectu personare in ore mult.jrum gratiarum aotii
advertere est, et tantum ut homines quoque sceleratis-
simi ad quseque Qagitia el facinora siki soleant gratias
Deo agere, quod bene prospereque, ut quidem ipsi sa-
piunl, cesserit sibi in adimpletione perversarum volun-
tatum suartim. Audias, vcrbi gratia, furem, cum impiae
machinationis male cupituin manipulum reportarit, ex-
sullantem clam, et dicentem : Deo gratias, nun inanes
vigilias feci, noclurnuin laborem meuin non perdidi.
Similiter qui hominem interfecit, nonne gloriatur, et
refert gratias, quod praevaluit adversus semulum, ant de
hosle se vindicavil '.' Et nihilo minus adulter tripudians
geslit in Dei laudes, quod diu oplato concubitu tandem
potitus sit.
3. Non ergo omnis gratiarum actio accepta est Deo,
nisi quBB de cordis pudica, et mera simplicitate proce-
dit. Pudica sane dixerim, propter cos qui et de malis
actibus suis gloriantes, Deo gratias agere solent : quasi
TREIZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANT1QUES.
185
C'esl
cerlainenient
une \ertu
aussi grande
que rare
d'etre petit
a ses pro-
pres yeux
quand on est
grand aux
yeux des
autres.
rendcnt souvent graces a Dieu, comme si Dieu se
rejouissait ainsi qu'ils le font lorsqu'ils out nial
fait, et prenait plaisir a des crimes detestables.Qni-
conqueest ainsi fait, entendre ces paroles terribles :
« Yous vous etes persuade faussement et injuste-
menl que je serais sernblable k vous ; mais je vous
cbatierai, et vous ferai paraltre devunt vous-mime,
avec toute la laideur et la difformite de vos crimes
(Psal. xui, 21). » J'ai ajoute, et simple, a cause des
hypocrites qui glorifient bien Dieu de leurs bonnes
ceuvres, mais ne le glorifient que du bout des
levres et retiennentpoureux, de cceur, ce qu'ils lui
donnent de.boucbe. Aussi comme ils agissent en sa
presence avec fourberie, il hait leur iniquite. Les
premiers dans leur impiete, attribuent a Dieu leurs
mauvaises actions ; etceux-ci, dans leur luxe, s'ap-
proprient les biens qu'ils out recus de Dieu. Or,
quant au premier de ces deux vices, il est si plein
de folie, d'irreligion, et je puis dire meme de
brutalite, que je crois qu'il n'est pas necessaire
que je vous avertisse de l'eviter. Mais le second a
coutume de dresser des embuehes principalement
aux personnes religieuses et spirituelles. C'est sans
doute une grande et rare vertu de ne savoir pas
qu'on est grand quand on fait de grandes cboses,
et d'etre le seul a qui sa propre saintete soit in-
connue, tandis qu'elle est manifeste a tout le
monde. Paraitre admirable aux autres, et s'estimer
soi-meme meprisable, c'est ee que je tiens pour
plus merveilleux que les vertus memes qui causent
cette admiration. Vous etes vraiment un serviteur
fldele, s'il ne vous demeure rien de toute la gloire
de votre maitre, lorsque cette gloire, si elle ne
vient pas de vous, ne laisse pas neanmoins de
passer par vous. C'est alors que, selon la parole du
Dieu.
Dens more ipsorum Istetur cum male fecerint, et exul-
tct in rebus pessimis. Audiet qui hujusmodi est : Exis-
masti inique quod ero lui similis ; argitam te, et statunm
contra faciem (nam. Mera vero adjunxi propter bypo-
critas, qui Denm quidem de bonis suis, sed vcrbo tonus
glorilicantes, corde retinent quod ore praebuerant : et
quoniam dolose agunt in conspcctu ejus, invenitur ini-
quitas eorum ad odium. Illi impie mala sua Deo, isti
Dei bona fi-.iudulenter intorquent sibi. Et quidem pri-
mum illud tarn stullum, tamque saeculare, ac quodam
modo etiam bestiale est, ut necesse non habeam de ipso
monere vos : caeterum sequens religiosis maxime et
spiritualibus viris insidiari solet. Magna et rara virtus
profccto est, ut magna licet operantem, magnum te nes-
cias, et manifestam omnibus, tuam te solum latere
sanctitatem. Mirabilem te apparere, et contemptibilem
reputare; hoc ego ipsis virtutibus mirabilius judico. Fi-
delis revere famulus es, si de multa gloria Domini tui,
etsinon exeunte ex te, tamen transcunte per te, nil tuis
manibus adhaerere contingat. Tunc juxta Prophetam
projicis avaritiam ex calumnia, ct excutis maims tuas
ab muni munere. Tunc juxta manda turn Domini, lux
tua lucet coram bominibus, ad gloriticandum non te, sed
Patrem qui in coelis est. Sed et imitator Pauli fidelium-
Exemple de
Joseph.
Prophete [ha. xxxui, 15) ; vous rejetez les richesses Cehli.i4 e8t
aeauises par la faussete, et vous avez les mains net- tin Bdele
1 x ' serviteur de
tes de tous presents. C'est alors que selon le com-
mandement du Seigneur, votre. lumiere luit devant
les bommes,non pas afin qu'ils vous glorifient, mais
afin qu'ils glorifient le Pere qui est dans les cieus
[Matth. v, 16). Et entin, imitant saint Paul et les
lideles predicateurs qui ue precheut pas leurs
vertus, vous ne ehercbez pas non plus vos propres
interets, mais les inlerets de Jesus-Cbrist (Philip.
n, 2t). C'est pourquoi on vous dira aussi bien qu'a
eux : « Or ca, bon et fidele serviteur, puisqne vous
avez ete iidele dans le pen que je vous avais eonfie,
je vous etablirai maitre de grands biens (Matth.
xxv, 21). ii
Zi. Si Joseph, en Egypte, savait bien que la
rnaison et tous les biens de son Maitre lui
avaient ete confies , il n'ignorait pas en meme
temps, que sa maitresse faisait exception, aussi ne
voulut-il point la toucher, bien qu'elle le pressat
de le faire : « De tous les biens de mon Maitre,
dit-il, il n'y en a point qui ne soit en ma puis-
sance, et qu'il ne m'ait donne, horruis vous qui etes
sa femme (Gen. xxxix, 9). » II savait que la fen.me
est la gloire de son mari, et il regardait comme une
grande injustice, et une ingratitude, honteuse, de
desbonorer celui qui l'avait comble de tant d'bon-
neurs. Cet homnie de Dieu si plein de sagesse
savait qu'un mari est aussi jaloux de sa femme que
de sa gloire, et que son maitre s'etait reserve la
garde de la sienne, et ne l'avait point conflee a
d'autres; aussi ue se permit-il point de la toucber.
Quoi done ? L'homme sera jaloux. de sa gloire, et il
osera ravir a Dieu la sienne, comme s'il n'en etait
pas aussi jaloux ? Ecoutez ce qu'il dit : « Je ne don-
quc praidicatorum, non pradicantiurn semetipsos, a?que
nee tu quae tua sunt queeris, sed quaj Jesu-Christi.
Quamobrem audies et tu : Euge, serve bone et fidelis,
quia super pauca fuisti fidelis, supra multa et consti-
tuam.
4. Joseph cum domum et omnia bona .Egyptii domini
sui sibi credila sciret, dominam non ignoravit exceptam;
et ob boc non acquievit conlingere. Non est, inquit, ex
omnibus bonis domini met, quod non in mea potentate
sit, vel non tradiderit mihi, printer te, que uxor ejus es.
Mulierem noverat gloriam esse viri, et iuiquum sibi ju-
dioavit vice contraria inglorium facere eum, qui se fe-
cerat gloriosum. Advertit bomo Dei sapientia prudens,
virum uxorem fortiter, tanquam propriam zelare glo-
riam, sibique ipsi retinuisse servandam, non alii credi-
disse ; et manum ad non concessum extendere non praj-
sumpsit. Quid ergo? Homo zelat gloriam suam, et Deum
amlet velle fraudare de sua quasi non zelantem? Sed
audi quid dicat : Gloriam, inquit, meam aiteri non dabo.
Quid ergo dabis Domine, quid dabis nobis ? Pacem,
inquit, do vobis, pacem retinquo vobis. Suflicit mihi :
gratanter suscipio quod relinquis, et relinquo quod reti-
nes. Sic placet, sic mea interesse non dubilo. Abjuro
gloriam prorsus, ne forte si usurpavero non concessum,
186
CEL'VRES DE SAINT BERNARD.
nerai point ma gloire a un autre (/so. xlviii, 11). »
Que dounerez-vous done. Seigneur ; repondez, que
donnerez-vous ? « Je vous donne la paix, dit-il, je
vous laisse la paix [Joan, xiv, Q7). » Cela me
sufiit. Je vous remercie de ce que vous me laissez,
et vous laisse oe que vous vous reservez. Ce partage
me plait, et je ne doute point qu'il ne me soit
avail tageux. Je renonce entierement a la gloire, de
peur que si j'usurpe ce qui ne m'est pas acconle je
perde justemenl meme ce que l'ou m'accorde. Je
vein la paix, je desire la j>aix et rien davantage.
Celui a qui la pais ne sufiit pas, vous ne lui
suffisez pas vous-meme. Car vous etes uotre paix,
vous qui nous avez reconciles avec vous (Ephes.
n. lit). II faut, mais il me sufiit que je sois
reconcilie avec moi. Car du moment que je
suis devenu votre ennemi, je me suis devenu
i charge a moi-meme (Job. vu, 20). Je me liens
sur mes gardes, et ne veus pas me moulrer
ingrat pour le bienfait de la paix que vous
m'avez donne, ni usurper voire gloire. Que votre
gloire, Seigneur^ que votre gloire vous demeure
tout entiere : Je serai encore trop heureux si je
puis avoir la paix.
Fiempie de 5. Lorsque Goliath fut terrasse, le peuple se
Daautres.deS rejouit d'avoir recouvre la paix, mais David recut
une gloire infinie. Josue, Jephte, Gedeon, Samson
et Judith meme, quoique femme, triompherent
gloiieusement de leurs ennemis, mais si le peuple
jouissait avec bonheur de la paix, nul ne partagea
avec eux la gloire qu'ils avaient acquise. Judas
Machabee, celebre aussi par taut de victoires, car il
avait souvent donne la paix a son peuple en com-
battant vaillamment, partagea-t-il jamais avec qui
que ce fut la gloire de ses illustres actions ? Aussi
l'Ecriture dit-elle : a II y eut parmi le peuple, non
une grande gloire, mais une grande joie (I. Mac.
iv. 58). » Les merveilles que le Createur de toutes
choses a operees sont-elles moindres que celles de
ces grands homines pour avoir moins de sujet de se
glorilier? Lui si-ul a eree tout ce qui est, lui seul a
triompbe de son ennemi, lui seul a delivre les
Captifs et quelqu'un partagerait sa gloire? « Hon
bras, dit-il, a ete mon secours (ha. lxiii, 5). >< Et
ailleurs : a J'ai presse seul le raisin, et personne
ne m'a able. » Quelle part puis-je done pretendre
a la victoire n'en ayant point eu au combat ? Ne
serait-ce pas le comble de l'impudence, que de
m'attribuer ou la gloire sans victoire, ou lavictoiie
sins combat ? Mais pour parler comme l'Ecriture,
montagnes, recevez la paix pour le peuple, recevez
la paix pour nous, mais reservez la gloire a celui-la
seul, qui seul a combattu, qui seul a remporte la
vicloire. Qu'il en soit ainsi, je vous en prie, qu'il
en soit ainsi. o Gloire a Dieu dans le ciel, et paix
sur la terre aux homines de bonne volonte. »
Celui-la n'est pas homme de bonne volonte, au
contraire, il est un nomine de tres-mauvaise volonte,
qui, non content de la paix, aspire encore a la
gloire de Dieu avec un ceil superbe et un cceur
insatiable, et de cette sorte il ne conserve point la
paix et n'acquiert point la gloire. Qui croirait une
rnuraille si elle disait qu'elle produit le rayon qui
lui arrive par la fenetre? Ou qui ne se moquerait
des nuees, si elles se glorifiaient d'engendrer la
pluie ? Pour moi je suis assure, que ni les ruisseaux
ne viennent du canal par oil ils coulent, ni les
paroles prudentes des levres ou de la langue qui
les profere, encore que mes sens corporels sembleut
me dire le contraire.
6. Si je vois quelque chose dans les saints qui
soit digne de louange ou d'admiration, lorsque je
viens a l'examiner a la lumiere eclatante de la
verite, je trouve qu'ils paraissent grands et admi-
Gloire a
Dieu seul.
Paix aux
hotcmes.
La louange
et la gloire
des saints ett
due a Dieu.
perdam merito et oblatum. Pacem volo, pacem desidero,
et nihil amplius. Cui non suflicit pax, non suftieis lu.
Tu es enioi pax nostra, qui fecisti utraque iinimi. Hoc
mihi necessarium, hoc satis est, reconciliari mihi. Nam
ex quo posuisti me contrarium tibi, factus sum eliam
mihimet ipsi gravis. Cautus sum, nee ingratus fore be-
netiicio data? pacis, nee sacrilegus invasor gloriie tuae.
Tibi Domine, tibi gloria tua maneat illibata : mecum
bene agitnr, si pacem liabuero.
5. Goliat prostrato latatus est populus pace recepta,
sed David singulariter exstitit gloriosus. Josue, Jephte,
Gedeon, Samson, Judith quoque, quamquam femina,
gloriose in diebus suis triumpharunt de hostibus; sed
pace cum gaudio fruentibus cateris, nemo eis commu-
niiavit in gloria. Judas Macchab*us, multis et ipse in-
clylus victoriis, cum frequenter exsullanti populo pacem
fortiter pugnando tribuisset, aamquid gluriam qiiando-
que est partilus alicui? Denique et facta e*l, inquit,
Don gloria, sed la>titia magna in populo. Quid minus ab
his omnibus Conditor omnium fecit, quominus et ipse
debeat gloriari singulariter ? Solus cuncta creavit, solus
de hoste trinmphavit, solus captivos liberavit : et socium
habebit in gloria? Et brachium, inquit, meum auxilia-
tum est mihi, item, Torcular calcavi solus, et de genti-
bus non est vir mecum. Quid mihi ergo cum victoria,
si nee in pnelio fui ? Impudentissime mihi arrogo vel
gloriam absque victoria, vel victoriam sine pugna. Sed
suscipite monies pacem populo, pacem suscipite vobis,
non gloriam, ipsi soli earn servantes, qui solus et pug-
navit, et vieit. Ila quaeso, ita sit : Gloria in excelsis Deo,
et in terra pax hominibus bon<e volontatis. At vero non
bona?, sed plane iniqus voluntatis est, qui nequaquam
paceconlentus,superbooculo et insatiabili corde inquie-
tus anhelat et ad gloriam Dei, nee pacem proinde reti-
nens, nee gloriam apprehendens. Quis credat parieti, si
se dicat parturirc radium, quem suscipit per fencstram ?
aut si glorientur nubes quod imbres genuerint, quis non
irrideat '? Mihi liquido constat, nee de canalibus oriri
rivos aquarum, nee de labiis vel dentibus verba pruden-
tiae, etsi sensus ultra corporeus non * attingat.
6. Si qua sane in Sanctis digna laude vel admiratione
intueor, clara luce veritalis discutiens, profecto reperio
al. deest
non.
TREIZIEME SERMON SDR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
En effet, c'est a Dieu seul, qu'on
187
rabies, mais qu'il y en a un autre qu'cux qui l'est
en effet, et je loue Dieu dans ses saints. Prenez si
vous voulez, Elisee ou l'illustre Elie ; ces grands
personnages qui ont ressuscite tant de morts?Ce
n'est pas par leur propre puissance qu'ils ontopere
ces prodiges nouveaux et extraordinaires, niais par
la puissance de Dieu dontilsn'etaient que les rainis-
tres, et qui, derneurant en eux, faisait toutes cos
merveilles par eux. 11 est invisible et inaccessible
par sa nature, mais il se rend dans les siens visi-
ble et admirable, et seul admirable, parce que seul,
il fait des choses qui meritent d'etre admirees
(Psa/. lxxi, 13). La peinture et l'ecriture sont des
arts dignes de louange, et cependant on ne loue ni
la plume ni le pinceau ; pourquoi done attribuer la
gloire d'un discours utile a la langue ou aux levres
qui le prononcent ? II est temps que le Prophete
parle. « La cognee, dit-il, se glontiera-t-elle con-
tre celui qui s'en sert, ou la scie s'elevera-t-elle
contre celui qui la met en ceuvre ? C'est la meme
chose qu'un baton, qui n'est que du bois, s'eleve
contre celui qui en veut tirer quelque usage, ou
qu'un homme se gloriiie s'il ne se gloriue dans le
Seigneur (ha. x, 15). » S'il faut se glorifler, saint
Paul m'apprend de quoi et en qui je le dois faire.
« Notre gloire, dit-il, est le te.moignage que nous
rend notre conscience ( I. Cor. i, 10). » Je me
glorifie sans crainte, si ma conscience me rend
temoignage que je n'nsurpe rien de la gloire de
mon Createur, parce que alors je ne me glorifie
pas contre le Seigneur, mais dans le Seigneur. Or,
non-seulement on ne nous defend pas de nous
glorilier de la sorte, mais encore on nous exhortea
le faire. « Vous cherchez, dit saint Jean, a recevoir
de la gloire les uns des autres, et vous ne d6sirez
point celle qui vient de Dieu seul (i. Juan, v, Zi4). »
doit de ne se
glorilier qu'en lui. Et celte gloire-la n'est pas petite
puisqu'elle est aussi vraie que son objet, et qu'plle
est si rare que du petit nombre des i>arfaits, il j en
a tres peu qui la possedent parfaitement. Laissons
done les enfants des bommes qui ne sont que
vanite, laissons les enfants des homines qui ne sont
que mensonge, laissons-les se seduire les uns les
autres (Psal. Lxr, 10). Car celui qui se gloriue avec
sagesse eprouvera son ouvrage , et l'examinera
soigneusement a la lumierede laverite, et trouvera
ainsi ses louanges en lui-meme, sans les attendre
de la bouche d'autrui. Ne serait-ce pas une grande
folie a moi de confier ma gloire a vos
II ne faut
pas cheicher
evres, et e notre gloire
Taller mendier aupres de vous, quaud i'en voudrai , Qans le'
1 > i j louanges des
avoir'? Comme s'il n'etait pas en votre pouvoir hommes.
d'approuver ou d'improuver mes actions a votre
fantaisie. II vaut bien mieux que je la retienne par
devers moi ; je la garderai pour moi bien plus
ndelement que vous ; ou pour mieux dire, je ne la
garderai pas, mais je la donnerai en garde a
celui qui peut me conserver ce depot jusqu'au
dernier jour ; me le garder avec soin, et me
le remlre avec iidelite. Alors chacun recevra
de Dieu en toute securite les louanges qu'il a
meritees, mais il n'y aura que ceux qui auront
meprise celles des hommes . Car pour ceux qui ne
goiitent que les choses de la terre, leur gloire leur
deviendra un sujet de confusion, seloii ces paroles '
de David : « Ceux qui plaisent aux homines seront
couverts de confusion, parce que Dieu les rejettera
de devant sa face (Psal. lii, 6). »
7. Mes freres, puisque cela est ainsi, que mil de line faut pas
vous ne desire etre loue en cettevie, car tout Thon- f™bj^°°n^
neur que vous tachez d'acquerir en ce monde, si ce monde.
vous ne le rapportez a Dieu, c'est un larcinque
laudabilem sivc mirabilem ahum apparere, atque alium
esse : et laudo Deum in Sanctis siiis, sive sit Elisa;us,
sive ille magnus Elias, raortuorum utique suscitatores.
Ipsi quidem suo non imperio, sed ministerio foris exhi-
beat nobis nova et insueta : Deus vero in ipsis manens
ipse facit opera. Invisibilis et inaccessibilis in se, in suis
speclabilis alque mirabilis est, et solas mirabilis, qui
facit mirabilia solus. Nee laus calami, laudabilis est pie-
tura sive scriptura ; nee gloria lingua? aut labiomm,
sermo bonus. Tempus est ut et Prophela loquatur : Nam-
quid ghriabitur, inquit, securis contra earn qui secat in
ea, aut exaltabitur serra contra eum a quo trahitur ?
Quomodo si elevetur virga contra elevantem se, et exal-
letur bacillus qui utique lignum est : sic contra Domi-
num omnis qui rjlorialur, si non in Domino glorietur.
Si gloriandum est, Paulus me docuit undo, el in quo.
Gloria, inquit, nostra hate est, testimonium conscientia?
nostra. Securus glorior, si teste conscientia do gloria
Conditoris nihil mini usurpo ; securus plane, quia jam
non contra Dominum, sed in Domino. Ikec nobis glo-
rialio non solum non prohibetur, sed et suadetur, cum
dicitur : Gloriam ab invicem qucerilis, et gloriam qua a
solo Deo est non vultis. Revera gloriari in solo Deo, non
nisi a solo Deo est. Nee mediocris ista gloria, quippe
turn vera, quam de veritale, et in veritate tarn rara, ut
vix vel paucitas perfectorum perfecte glorietur in ea.
Eant ergo vani fi lii bominum, mendaces filii hominum;
cant, et decipiant ipsi de vanitate in idipsum. Nam sa-
piens gloriator probabit opus suum, atque ad lumen
veritatis diligenter exarainabit : et sic habebit in seme-
tipso gloriam, et non in ore alterius. Stultus sum, si
ciolellae labio;um tuorum gloriam meam credidero, et
co5pero mendicare earn abs te cum habere voluero. Non-
ne nempe in tuo arbitrio est probare me, vel improbare,
prout vulueris? Sed relineo penes me, ipso Bdelius servo
uiihi. Imo nee mini earn credo : ipsi potius repono
servandum, qui potens est depositum meum servare in
ilium diem, cautus in custodiendo, lidelis in restituendo.
Secura tunc erit unicuique laus a Deo, his duntaxat qui
humanas laudes contempserint. Nam gloria in confu-
sione eorum qui terrena sapiunt, dicenle etiam David :
Qui hominibus placent, confusi sunt , quoniam Deus spre-
vit eos.
1. Fratres, si h;pc scitis, nemo vestrum velit laudari
in vila ista : quia quidquid hie favoris capias quod ad
Deum non retuleris, ipsi furaris. Tibi enim unda glorii,
188
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
vous lui faites. En ellet, quel sujet avez-vous de
vous gloriuer; quel sujet, je le repete, en avez-
vous, vous qui n'etes qu'une infecte poussiere ?
Est-ce de la saintete 'It- voire vie? Mais n'est-ce pas
l'Esprit qui sanctiGe? Et quand je dis l'Esprit, ce
n'est pas le voire, niais celui de Dieu. Quelques
prodiges el quelques miracles que vous fassiez, si
soin possible, dejoindre le sentiment & ['habitude,
la ferveur au sentiment, la joie a la fervour, la
modestie a la joie, l'humilite a la modestie, la li-
berie a l'humilite, alia de marcher en attendant
avec le degagement d'un esprit epure de tons
vices, de sortir en quelque sorle hors de nous-
mimes par I'ardeur de nos desirs et de nos
c'est par vous qu'ils s'operent, c'est la puissance de affections, de ressentir une joie et une allegresse
Dieu qui se sert de vous pour les operer. Le peu-
ple vous doune-t-il des louanges de ce que vous
avez dit quelque chose de lion, et I'avez-vousbiendit
peut-etre? Considirez que c'est de Jesus-Christ que
vous tenez votre science et votre sagesse. Car
qu'est-ce que votre langue, n'est-ce pas la plume
entre les mains de l'ecrivain ? Et iiieme on ne
fait que vous la prefer ; c'est mi talent qu'on vous
a confie, et on vous le redemandera avec usure. Si
vous etes vigilant et laborieux, si vous etes lidele
• i Miirespoudre aux graces da Dieu, vous recevrez
la recompense de votre travail. Si non, on vous
6tera le talent qu'on vous a contie, sans laisser
pourtant d'en exiger l'interet, et vous serez trade
loute spirituelle dans la lumiere de Dieu, et dans
les douceurs de I'Esprit-Saint, et de montrer que
nous sommes du nombre de ceux que le Prophete
avait en vue, lorsqu'il disait : « Seigneur, ils mar-
cheront & la lumiere de votre visage, ils se rejoui-
ront toujours en votre nom, et votre justice sera le
sujet de leur exaltation et de lew gloire (Paal.
lxxxviii, 1G). »
8. Mais on me dira peut-etre : Ce que vous di-
tes est bon, mais il serait mieux encore que vous
demeurassiez dans votre sujet. Attendez un peu. Je
ne l'ai pas oublie. N'avons-nous pas & expliquer ces
p.iroles : « Votre nom est une huilerepandue {Cant.
l, 2) ? » C'est la ce dont il s'agit. C'est ce que nous
comme un serviteur mauvais et paresseux. C'est avons entrepris de trailer. Je vous laisse k juger,
pourquoi, que toute la gloire des biens, que les
ditlerentcs graces de Dieu font paraitre en vous, lui
soit rapportee comme a l'auteur et au distributeur
souverain de tout ce qu'il y a de bon et de louable
doirodu au nionde. Et quelle le soit, non en apparence
si ee que nous avons dit jusqu'ici est inutile. Je
vais vous montrer en peu de mots que ce que j'ai
dit n'est pas hors de propos. Ne vous souvenez-
vous point que la derniere chose que je vous faisais
remarquer dans les mamelles de l'Epouse, c'est la
bien qu'on seulemeiit, comme font les hypocrites, ni par cou- la douce odeur des parfums qu'elles exhalent?
fail doit . .. . , ■ r ^
«tre rappor- lume, comme font les gensdu siecle, ni par une espece
tie a Dieu. denecessite, comme on oblige les betes de souiine a
porter des charges et des fardeaux, mais comme il
est a propos que des saints le fassent, c'est-a-dire
avec une iidelite sincere, une piete ardente et une
gaiete douce et eloiguee de toute licence. Ainsi, en
offrant un sacrilice de louanges, et en rendant nos
voeux de jour en jour, eflbrcons-nous avec tout le
Qu'y a-t-il done de plus convenable pour l'Epouse
de reconnaitre quelle les tient de son Epoux, si
ellene vent pas qu'on croie qu'elle se les attribue?
Or vous voyez bien que tout ce que nous avons dit
tend a ce but. Si mes mamelles sentent si bon, dit
l'Epouse, et sont si agreables, je ne l'attribue ni a
mes soins, ni a mes merites ; mais je reconnais le
tenir de vos largesses, 6 mon epoux, de ce nom
pulide pulvis, tibi unde? De vilae sanctitate ? Sed spiri-
tus est qui sanctificat, spiritus dico, non tuus, sed Dei.
Etsi prodigiis ac signis effulgeas, in manti tua fiunt, sed
virtule Dei. An blanditur popularis favor, quod verbum
bonum, et forte bene deprompseris? Sed Christus donavit
os et sapientiam. Nam lingua tua quid, nisi calamus
scriba:? Et hoc ipsum muluo accepisti. Talentum credi-
tum est, repetendum cum usara. Si inventus fueris ad
opus impiger, ad fructam referendum fidelis, pro labore
tuo merccdem accipies. Si quo minus, toilet ur a te ta-
lentum, et nihilominua exigetcr lucrum, et vocaberis
servus nequam et piger. Omnia igitur de bonis multi-
formis gratia? apparentis in vobis referatur ad ipsum
laus, laudabilium siquidem univei'sorum auitorem et
largitorem; idque non licte, quemadmodum ab hypocri-
tis ; nec sola consueludine, sicut a sa?cularibiis ; sed nee
necessilale quidem, utjumenta ferendis oneribus appli-
canliir : scl sicut deed sanolos, sinceritate fida, devo-
tione sullieila, bilarilale grata, sed nun diss ilula. Imtno-
lanles itaquc bostiam laudis, et reddentea vola nostra
de die in diem, curemus onini vigilanlia jungere sen-
sum usui, affectum sensui, exsultationem aflectui, gravi-
tatem exsullationi, humilitatem gravitati, libertatem hu-
mililati : quo inlerdum liberis purgateB mentis passibus
procedamus, et excedamus per inusitalas quasdam affee-
tiones spiritales lastitias in jubilaeis amcenilatibus, in lu-
miue Uei, in suavilate, in Spiritu-Sancto ; probantes
nos comprehensoa in his, quos Propbeta intuebatur,
cum diceret : Domine, in /limine vullus tui ambulabunt,
el in nomine tuo exsullabunt tola die, el in juslitia tua
exaltabuntur.
8. At fortasse aliquis mihi dicat : Bene admones, sed
si ea diccres qua; tuo proposito convenirent. Exspectate
paulisper; non sum immemor. Nonne in manibus est id
tractare quod dicitur, Oleum ejfusum nomen tuum? l\oa
opus, hie labor est. Et qua? pnemisimus, an fuerint ne-
cessaria, vos videritis. Nunc quod ad me attinet, quia
hinc aliena non siut, paucis adverlile. Non recordamini
in Spousa' ulieribus cxtrcmam commendatam esse sua-
veoleiit i.ini unguentorum 7 Quid ergo consequciilius,
qnam ut eamdem fragrantiaui Sponsa, ne sibi arrogare
pulclur, dc Sponsi benelicio recognoscatJ Cni plane sen-
sui ilia omnia, qu:e prsetaxavimus, subservire cognos-
citis. Quod ubera, inquit, mea sic redolent, et sic pla-
QUATORZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
est comme de l'huile repandue. grand dans Israel {Psal.
189
adorable qui
Demeurons-en la pour ce qui est de la suite du
texte.
9. Quant a l'explication du verset qui nous a
donue l'oecasion de vous parler si longuement sur
le vice detestable de l'ingratitude, nous le remet-
trons a uu autre temps, et le reserverons pour un
autre discours. II suffit a cette beure de vous sug-
gerer cette reflexion. Si l'Epouse u'ose se rienattri-
buer de toutes ses vertus et de toutes ses graces,
combien moins le devons-nous faire, nous qui ne
sommes peut-etre que de jeunes lilies 1 Disons done
aussi en marcbant sur les pas de l'Epouse : « Ne
nous donnez point de gloire, Seigneur, ne nous en
donnez point, donnez-la toute a votre nom. (Psal.
cxiu, i). » Disons, non des levres et de la langue,
mais en effet et en verite, de peur, ce qu'a Dieu ne
plaise, qu'on ne dise de nous : « lis ne l'ont aime
que des levres et de la langue, mais leur cceur n'e-
tait point droit devant lui, et ils n'ont point ete
fideles ii garder son alliance (Psal. lxxvii). » Oui
disons, mais avec des cris qui parteul plutiiit du
fond du cceur que du bout des levres : « Seigneur
Dieu, sauvez-nous, et rassemblez-n ous du milieu des
nations, afin que nous celebrions votre nom, non
pas le uotre, et que nous nous glorifiions, nou dans
nos louanges, mais dans les votres pendant tous les
siecles des siecles. (Psal. cv, 47). » Ainsi soit-il.
SERMON XIV.
lxxv 2). Le peuple
des Gentils qui marcbait dans les tenebres, a vu
une grande lumiere dans Juda et dans Israel
(Isa. ix, 2). » II a voulu s'en approche'r et en etre
eclaire, afln que lui, qui autrefois n'avait point ete
le peuple de Dieu, le devint alors, que la pierre
angulaire unit ensemble les deux murailles qui
venaient de divers cutes, et que dans la suite, le
lieu de sa demeure flit un lieu de repos. Or ce qui
lui inspirait de la confiance c'etait la voix qu'il
av;iit entendue, et qui l'iiivituil en disant : « Nations
rejmiissez-vous avec son peuple (Rom. xv, 10;. » 11
voulail done s'approcher, mais la Synagogue s'y
opposait et disait que l'Eglise des Gentils etait
impure, etindigne d'une si grande faveur. Puis, lui
reprochant sa honteuse idolitrie, et son aveugle
ignorance, elle lui disait : Qu'avez-vous fait pour
meriter une grace si extraordinaire ? Ne me tou-
cbez point. A quoi, l'autre repondait : « Pourquoi
ne vous toucherais-je point? Dieu est-il seulement
le Dieu des Juifs? Ne l'est-il pas aussi des Gentils
{Rom. in, 29) '? » Je sais bien que je n'ai aucun
merite, mais je sais bien aussi qu'il a beaucoup de
misericordes. N'est-il que juste ? N'est-il pas egale-
nient misericordieux ? « Seigneur, repandez sur moi
vos misericordes, et je vivrai (Psal. cxvm, 77). » Et
ailleurs : « Vos misericordes, Seigneur, sout intinies.
Rendez-moi la vie selon votre Justice (Psal. cxvui,
156) » qui, etant moderee, est toute misericordieuse.
Que fera done le Seigneur si juste et si misericor-
De I'figlise des Chretiens fideles, et de la Synagogue dieux; sj pUne se glorifie dans la Loi, s'applaudit de
des Juifs per/ides. sri propre justice, n'a point besoin de misericorde,
1. « Dieu est connu dans la Judee, son nom est et meprise celle qui en a besoin ; et l'autre an con-
cent; ncc f'ldiis, nee meritis adscribo meis, sed tuae, o
Sponse, tribuo largitati ; de oleo utique elTuso, nomine
tuo. Hoc pro littera? consequentia.
9. Caeterum explanatio ipsius capituli, cujus occasione
super nequissimo vitio ingratitudinis praesentem sermo-
nem tain in longum protraxiraus, tempus aliud, et aliud
exordium sermonis desiderat. Nunc hoc solum admoni-
tos vos esse sufficiat, si sponsa utique de omni virtute
sua vel gratia minime audet sibi quippiam arrogare,
quanto minus adolescentulae, forte qu<e nos sumus?
Dicamus proinde et nos Sponsa? vestigia insectemtes, di-
camus : Xu/i nobis Domine, non nobis, sed nomini tuo
da gloriam. Dicamus non verbo et lingua tantum, sed
opere et veritate, ne forte (quod nimis vereor) dicatur
et de nobis : Quonium dilexerunt eum in ore suo, et
lingua sua mentiti sunt ei; cor aulem eorum non erat
rectum cum eo, nee fideles habtti sunt in testamento ejui.
Dicamus ergo, dicamus, elainantes plus medullis cordis,
quam labiis oris : salvos fac nos Domine Deus muter,
et eongregu nos de nutionibus, tit eonfitatmur nomini
sancto tuo, non nostra ; et gloriemur in laude, non nos-
tra, sed tu i, in saecula sajculorum. Amen.
SERMO XIV.
De ecclesia fidelium Ctiristianorum ; et de Synagoga
Judaorum perfidorum.
i. Nolus in Judaa Deus, in Israel magnum notnen
ejus. Populus gentium qui ambulabat in tenebris vidil
magnam, qua? erat 'in Judaea, et in Israel, voluit-
que accedere et illuminari, ut qui aliquando non popu-
lus, nunc populus esset ; lapisque unus angularis ambos
in se parietes venientes e diveiso reciperet, et esset de
caetero in pace locus ejus. Porro fiduciam dabatinvitanlis
vox qua? jam sonueratt Lwtamini guides cum plebe ejus.
Ergo accedere voluit ; sed vetuit Synagoga, immundam
asserens Ecclesiam de gentibus et indignam, idolatria?
fa?cem et ignoranlia? caecitatem improperans, et dicebat:
Tu enim quo merito ? Noli me tangere. Cur inquit ?
An Judceorum Deus tantum ? nonne et Gentium ? Et si
mihi certe meritum deest, sed non illi miseratio. Num-
quid solummodo Justus est ? Est et misericors. Domine,
Veniant mihi miserationes tuce el vivam. et ruraum :
MisericorditE turn multoe Domine, secundum judicium
tituiit vivifiea me : quod nimiruui temperatum, miseri-
cordia est. Quid faciet Justus et misericors Dominus,
altera gloriante in lege, et applaudenle jusfitiam sibi,
nee indigente miserbordia, sed despiciento ipsam qua?
iudiget ; altera e regione propria cognoscente delicta,
conlitente indignitatem, renuente judicium, tlagitante
misericordiam? quid, inquiam, faciet Judex, et ille Ju-
dex, cui et judicare, et misereri sic utrumque fauiiliare
est, ut neutrum altera familiarius ? Quid sane possit
convenientius, quam ut pro suo qua?que accipiat voto,
judicium ilia, ista misericordiam? Judaeus judicium
190
(KLIVRES DE SAINT BERNARD.
traire, reconnait ses crimes, confesse son indignity,
prie Dieu de ne la point juger dans la justice, et
implore sa misericorde. Que IV ra ce juge, ce juge,
dis-je, qui sail egalement faire justice et iniseri-
COrde '■' Que peut-il faire de plus convenable, que
d'ezaucer leurs vceux, de faire justice a l'une, et
Les Juifs ont d'user de misericorde envers lautre ? Le iiiif
obteou ■
jmtice ri les demande d'etre juge, on lejugera. Mais les dentils
miiSorde. uonoreront Dieu a cause de sa misericorde. Or le
jugement est, que ecus qui iueprisent la justice
misericordieuse de Dieu, et veulent elablir la leur
qui accuse et condamne plutot qu'elle ne jusliiie,
sunt lais.-es a leur propre justice pour en elre
plutot opprimes que justifies.
2. Car la loi, qui n'a jamais rendu personne
parfail, a un jong que ni cux, ni leurs peres,
n'ont jamais pu porter. Mais la Synagogue est
forte, elle ne vent point de fardeau leger, ni d'uu
jong agreable. Elle se porte Lien, elle n'a besoiu
ni du niedecin, ni de l'onclion du Saint-Esprit.
Elle se confie en la loi, que la loi la delivre si elle
le [lent, l.a loi n'a pas ete donnee pour rendre la
Tie, loin de la, elle donne meme la mort. Car la
lettre tue (11. Cor. m, 6), selon l'Apotro. « C'est
pourquoi, dit Jesus-Christ, je vous en avertis, vous
mourrez dans vos peches [Juan, vin, 24). » C'est
done la, 6 Synagogue, le jugement que vous de-
mandez ! Aveugle et opiniatre, vous voila, aban-
donee a voire erreur, jusqu'a ce que la plenitude
des nations que vous meprisez par orgueil, et
rejelez par envie, entre et connaisse aussi le Dieu
qui est dans la Jndee, et sou nom qui est grand et
illustre dans Israel. Tel est le jugement, que Jesus-
Christ est Venn rendre dans le monde, afin que
ceus qui ne voient pas, voient, et que ceux qui
voient, deviennelit aveugles (Joan, ix, 39). Nean-
moins ce jugement n'a lieu qu'en partie. Car le
Seigneur ne rejettera pas entierement son peuple
[Psal. x. ni, 14), il se reserve les Apotres, comme
line sentence et eettp multitude de fideles qui
n'etaient qu'un cueur et qu'une ame. 11 ne le
rejettera pas meme jusqu'a la fin, mais il en
sauvera les restes. Car il recueillera de nouveau
Israel sou serviteur, et se souviendra de sa mise-
ricorde ; en sorte que sa misericorde n'abandonnera
point le jugement, en ceux meme en qui elle ne
trouvemaiutenant aiicun lieu. Autrementsi Dieu les
traitail selon leurs merites, il jugerait sans mise-
ricorde ceux qui ne font point misericorde. Car la
Judee a en adundance l'buile de la connaissance de
Dieu, mais, comme une avare, elle la retient en elle,
comme dans un vase. Je lui en demande, et elle n'a
point petie de moi, elle ne veut point m'en pivler.
Elle veut posseder toute seule le culte de Dieu, sa
connaissance et son nom illustre; et cela, non
parce qu'elle est jalouse de son bonheur, mais
parce qu'elle est envieuse du mien.
3. Rendez-moi done justice, Seigneur, que votre
nom deja si glorieux, soit encore glorifie davantage
et que voire huile divine se multiplie de plus en
plus. Qu'elle croisse, qu'elle deborde, qu'elle se
repande et coule parmi les nations, et que toute
chair ait part au salut qui vient de Dieu. Pourquoi
done, ainsi que le juif ingrat le pretend, toute
I'onction salutaire demeurerait-elle sur la barbe
d'Aaron? elle n'est pas pour la barbe, mais pour la
tele. Or la tete n'appartient pas seulement a la
barbe, elle appartient a tout le corps. Que ce
soit la premiere qui la recoive, a la bonne heure,
mais que ce ne soit pas la seule. Qu'elle laisse cooler
ensuite sur les membres inferieurs ce qu'elle a recu
d'en haut. Que cette liqueur celeste descende et
Le vceu de
l'Egliae
est la
diffusion de
la grace
de l'fivan-
gile.
quaerit, et habeat : Gentes autem super misericordia
honorent Deum. Et est judicium, ut qui coutemnnnt
Dei misericordem justitiam, ct suam volunt constituere,
(qua? profecto non justi(icit, sed accusat) eidem sine
justitiae relinquantur, opprimendi magis, quam justifi-
cimdi.
2. Est quippc ex lege, qua: neminem unquam duxit
ad perfectuni : est juglim, quod neque ipsi, neque pa-
tres eorum unquam portare potuerunt. Sed Synagoga
furlis est, non curat onus leve nee jugum suave. Sana
est, non est ei opus medicus, ncc unctio Spirilus. Con-
fidit in lege, liberel earn si potest. Non autem data est
lex qua; possit vivificare, insuper et occidit : Littera
enim occidit Propterea, inquit, dim vobis : Moriemini
in peccalii vestris. Hoc ergo judicium, o Synagoga,
quod llagilas errori luo. Caeca et contentiosa desereris,
donee pleuitudo Gentium (quas superba sperms, et in-
vida repcllis introeat, el agnoscat etiam ipsa ipsum qui
notus est in Judava Ueus, quodque est in Israel mag-
num nomen ejus. Hoc quippe in judicium venit Jesus
in hunc mundum ; ut qui nun vident, videunl ; ct qui
indent, cceci fiunt. Ex parte tamen : quia non repi lift
Dominus plebem suam ex toto, servans sibi ad semen
aposlolos et multitudinem credentium, quorum erat
cor unum, et anima una. Sed nee repellet in finem,
reliquiaa salvaturus. Iterum enim suscipiet Israel pue-
rum suum ; et recordabilur misericordia; BUS, ut ne ibi
quidem judicium deserat comes misericordia, ubi nul-
lum ipsa repent locum. Alioquin si pro meritis recepis-
sel : judicium profeclo sine misericordia ei qui non facit
misericordiam. Ilabet quippe Judiea oleum multum
divinte noliliae, idque in se tanquam in vase clausum
avara retinet. Peto, et non miseretur, nee eommodat.
Sola Dei cullum, sola vull possidere magnum nomen
ejus : nee zelat sibi, sed invidet mihi.
3. Ergo lu, Domine, judica judicium ineum, et no-
men tuum magnum magnilicetur adhuc, ct oleum quod
multum est, mulliplicetur nuigis. Crescat, ebulliat, effun-
datur, deiivetur et in Gentes, et scntiat omnis caro sa-
lutare Dei. Quo pacto, ut vult Judteus ingralus, tola in
barba Aaron remaneat unctio salularis? ISon barbae, sed
capitis est. Caput autem nop barba; solius, sed et tolius
est corporis. Capiat sane prima, non sola. Refundat et
inferiuiibus membrisquod accepitipsa desuper. Descen-
dat, descendal et in ubcra Ecclesiae supernus liquor,
(avida quippe nimis hunc sibi exprimere de barba non
Ce fardeau
da Seigoear
eat leger.
QUATORZIEME SERMON SUR
coule sur les mamelles sacrees de l'Eglise. Elle en
est trop alteree pour dedaigner de recevoir ce qui
tombe de cette barbe mystique. Et, toute trempee
de la rosee de la grace, loin de se montrer ingrate,
qu'elle dise ; « Yotre nom est une buile repandue
[Cant. i, 2). » Que cette buile deborde encore, je
vous prie, et qu'elle descende jusqu'au bas du
vetement, c'est-a-dire, qu'elle vienne jusqu'a moi,
qui suis le dernier et le plus indigne de tous,
quoique je ne laisse pas d'appartenir a ce vetement.
Je demande avec instance qu'elle s'epanche sur moi,
des mamelles de ma sainte mere, parce que j'ai
droit de le faire, car je suis un de ses petits enfants
en Jesus-Christ. Si quelqu'an concoit de la jalousie
de cette liberality et en murmure, Seigneur, repon-
dez pour moi, s'il vous plait. Rendez un arret, en
ma faveur, qui parte de votre boucbe adorable,
non du soured d'Israel. Ou plutot repondez pour
vous-meme, et dites a ce calomniateur, car e'est de
vous qu'il medit quand il vous reprocbe de faire
vos largesses gratuitement, dites-lui done, s'il vous
plait : «Je veuxque celui-ci, quoique le dernier, ait
autant que vous (Matth. xx, 14). » Cela deplait au
Pbarisien. Pourquoi niurmurez-vous, 6 Pbarisien ?
Mun droit e'est la volonte dujuge. N'est-il pas aussi
juste pour discernei les merites qu'il est ricbe pour
les reco:npenser ? Ne lui est-il pas permis de
faire ce qu'il veut? 11 me fait misericorde, j'en con-
viens, mais il ne vous fait point d'injustice. Prenez
ce qui vous appartient et allez-vous-en. S'il a
resolu de me sauver aussi , qu'y perdez - vous
(Psal. lxii, i) '?
k- Exagerez vos merites taut qu'il vous plaira,
relevez vos travaux, la misericorde du Seigneur
vaut mieux que toute vie. Je l'avoue, je n'ai pas
porte le poids du jour et de la cbaleur, mais je
porte un joug aise, et un fardeau leger, selon le bon
LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 191
plaisir du pere de famille. A peine ai-je travaille
une heure, mais quand j'aurais travaille davantage
l'amour m'aurait empeche de m'en apercevoir.
Que le juif se eonfieen ses propres forces tant qu'il
lui plaira, pour moi tout mon soin est de savoir
qu'elle est la volonte du Seigneur, sa volonte, dis-
je, pure, aimable, et juste. C'est par elle que je
repare les pertes d'eeuvres et de temps que j'ai fai-
les. Le juif croit, parce qu'il a fait une convention
avec Dieu ; et moi je crois, parce que je me remets
entierement a sonbonplaisir ; oui, je crois, et je ne
suis pas trompe dans ma foi. Car la vie se trouve
dans sa volonte, comme dit le prophete. C'est elle
qui me reconcilie avec le pere, qui me rend la suc-
cession que j'avaisdissipee, et pourcomble de grace,
qui joint a celte extreme faveur le plaisir de la me-
lodic agreable de concerts delieiaux, et d'uu festin
magnilique avec la joie et l'allegresse de toute sa
fauulle. Si mon frere aine en concoit de l'indi-
gnation, et s'il aime mieux manger dehors un che-
vreau avec ses amis, qu'un veau gras avec moi
dans la maison de notre pere, on lui repondra : « II
faut faire bonne chere, et nous rejouir, parce que
mon fils que vous voyez etait mort, et il est ressus-
cite ; il etait perdu, et il est retrouve [Luc. xv, 32). »
La Synagogue mange encore dehors avec ses amis
les demons, qui sont heureux de voir qu'elle est
assez aveugle pour devorer le chevreau du peche,
pour l'avaler, le faire passer et le cacher comme
dans l'estouiac spirituel de sa paresse et de sa folie
tandis que, dans son meprispour la jus'ice deDieu,
et dans la pensee d'etablir la sienne, elle dit qu'elle
n'a point de peche, et qu'elle n'a pas besoin de la
mort du veau gras altendu qu'elle se croit nette et
juste par les oeuvres de la loi. Mais l'Eglise, apres
avoir dechire le voile de la lettre qui tue, par la
mort du Verbe crucitie, penetre bardiment par l'es-
Presomption
de
la Synago-
gue.
La Synago-
gue est
repudi^e:
manage da
1 figlise.
despicit : ) perfusaque rore gratias, ut se non ingratam
probet, dicat : Oleum effusum nomen tuum. Sed exu-
beret qua=so adhuc et perveniat usque in oram vesti-
menli, in me utique omnium novissimo atque indignis-
simo, de vestimento tamen. Nam et ego illud mibi de
maternis uberibus, tanquam parvulus in Christo, jure
profeclo pietatis efflagito. Quod si murmuret homo, cui
de bonitate oculus nequam est ; Domine responde pro
mo, de vullu tuo judicium meum prodeat, et nun de
supercilio Israel. Imo responde pro te, et die calum-
niator! (tibi quippe calumniatur, quod tribuas gratis.)
die proinde ill! : Volo et hide novusimo dare similiter.
Displicet Pharisaeo. Quid mussitas? Jus meum, voluntas
est Judicis. Quid justius ad meritum, quid ad praaiium
ditius? Annon licet ei quod vult facere? Mihi quidem
misericorda, sed tibi minime injuria fit. Tolle quod
tuum est, et vade. Si decreverit salvare et me, quid tu
perdis ?
4. Exaggera quantumvis merita , et stolle exudores :
melior est misericordia Domini super vitas. Fateor, non
sustinui pondus diei et aestus : sed jugum suave et onus
leve pro beneplacito Patrisfamilias porto. Opus meum
vix unius est hors : et si plus *, pra? amore non sentio. * al. pluris.
Judasus proprias exercitet vires : mihi probare licet
quaa sit voluntas Domini bona, et beneplacens, et per-
fecta. Ex ea sane operis ac tempo ris damna mihi resar-
cio. Ille pacto conventionis, ego placito voluntatis inni-
tor j credo, et non ad insipientiam mihi. Nam vita in
voluntate ejus. Ilia mihi reconciliat Patrem, ilia haeredi-
fatem restituit, etiam cumulation gratia : syinphonae et
cantus, et epularum, ac totius exsultantis familis cele-
berrima gaudia suscitat mihi. Si indignatur frater meus
senior ille, qui hcedum comedere mavult cum amicis
suis foris, quam mecum in paterna domo vitulum sagi-
natum, respondebitur 11 1 i : Epulari el gaudere oportet
quia hie films meus mortuus fuerat, et reoixit ; perierat
et inventus cut. Adhuc Synagoga foris epulatur cum ami-
cis suis dasmonibus, quibus satis placet, quod hcedum
peccati insipiens devorat tiansglutiens, atque quodam
modo occultans, et reponens sibi illud in ventre secor-
dise et insipientias suas, dum contemnens Dei justitiam,
et suam volens constituere, dicit se non habere pecca-
192
OTtlVRES DE SAINT RERNARD.
prit de liberty qui hii fait jour, jusque dans sea en-
trailles, s'j fail recounaltre, y gagne son affection ;
prend la place de sa rivale ; devient 1'Epouse ; elle
jouit des embrassements qu'elle lui ravit ; l'huile de
sa joie se Fond etdegoutte de toute part, et, s'atta-
chant a Jesus-Christ Notre-eigneur, a la chaleur
de l'Esprit-Saint, elle recoit, plus que toutes eel
qui participant ;\ sun bonheur, I'effet decette parole :
■ Votre doid est une buile repandue. » Faut-il s'e-
tonner quo celle qui embrasse celui qui est plein
d'om lion s'en trouve rempiie elle-meme?
Union des 5. L'Eglise, mais I'Eglise des parfaits, se repose
aTtci^poux. done au dedans. Neanmoins nous avons aussi qttel-
qiu' esperance. Couchons dehors aous qui sommes
moins parfaits. el soyons heuivux de 1'espoir qui
nousreste. Que I'Epouxel I'Epousecependantsoient
seuls au dedans ; qu'ils jouissent de leurs embras-
sements secrets et reciproques, sans feixe troubles
par aucun bruit des desirs chamois, ni par aucun
tuniulle des idees du corps. Mais que la troupe des
jeunes tilles <jni ne peuvent pas encore Mre exem-
ptees de ees inquietudes, attende dehors. Qu'elles
attendent avee conliance, sachant que e'est pour
elles qu'il est dit : « Ees vierges qui sont k sa suite
seronl amenees an roi, cellos qui sont pres d'elle et
sescompagnesvousseront amenees (Pia/. xliv, 15).»
Et pour que chacune d'elles sache du nombre des-
quelles elle est, j'appelle vierges celles qui, solan I
consacrees a Jesus-Christ, avanl que d'etre souillees
par les engagements du monde, perseverent coiisla-
riieiit dans l'amour de celui a qui ellts se sont
devouees d'aulant plus heureuses, qu'elles l'ont fait
de meilleure heure. Et j'appelle proches celles qui,
apres s'etre honteusement prostitutes aux princes
du monde, e'est-a-dire aux esprits impurs, par tou-
tiim, ncc niorte egere vituli saginati, mundam siquidem
justamque ex legis opcribus se reputans. At, vero Eccle-
sia, suisso velo occidenlis lilter;e in morte Verbi cruci-
(ici, audacler ad ejus penetralia pra'cunlespiritu liberlalis
irrumpit, agaoscitur, placet, sorlitur semulae locum, lit
Sponsa, fruitur pra;reptisamplexibus : et in calore spiri-
tus Christo Domino, cui confricatur, iahasrens, stillante
ac fundente nndiqiic sua; oleum exsultat onis, hoc ilia
pra; parlicipibus suis incipiens, ail ; Oleum effusum
nomen tuum. Quid mirum si ungitur, quae unctum am-
plcititur ?
.,. Ecclesia ergo recumbit inlus, sed Ecclesia inlerim
perl'cctorum. Spes tamen est et nobis. Excubemus pro
foribusqui minus perfect! suinus, spc gaudentes. Spon-
6us et Sponsa soli interim inlus sint, muluis secrelisque
fruaritur amplexibus, nullo strepitu carnalium desiderio-
rutn, nullo corporeorum pbantasmalum perlurbante
i ltu. Turba vero adolescentularum, quae absque hu-
jusmodi inquictudLnibus nondum esse possunt, Ions exs-
peclent : exspectenlque secure, scientes ad se illud
spectare quod legunt : Adducentur regi virgines post
earn proximw ejus afferenlur tibi. El ut quaeque sciat
cujus spiritus sit, virgines dico illas, qua; ante Christo
fcederatte, quatn foedatae mundi complexibus, ipsi firmi-
tes sortes de voluple's crimincllos, rougissent enfin
de ees desordres, se hatenl d'effacer la laideuret ia
difformite qui leur venaient de leur conformite et
deleur ressemblanceavec le monde, pour se revetir
delabeaute du nouvel homme; e'est ce qu'elles
foni d'autanl plus sincerement qu'elles commen-
cenl plus tanl a le faire. Que les unes et lesautres
s'avancent toujours el nese'decouragentni ne s'abat-
tent point quand mime elles ne se sentiraient ]ias
encore lout a fail en etat de pouvoir dire: « Voire
nom est une buile repandue. Car les jeunes filles
n'osent pas patter elles-moincs a l'Epoux, cepen-
dant si elles suivent de pres leur mailresse, et inar-
ehenl soigneusement sur ses traces, elles auront le
plaisir do sentir l'odeur de cette buile parfumee et
cela les aniniera encore davanlage a desirer, et a
chercher quelque chose de plus excellent.
6. 11 m'est arrive souventa moi-meme. iel'avoue Bonheur de
7 J paint
sans peine, surtout au commencement de ma con- Bernard it
version, quand j'avais le cceur dur et glace, de cher-
cher quelqu'un que nion ume aimAt, parce qu'elle
ne pouvait pas aimer celui qu'elle n'avail pas encore
trouve, ou au moins elle l'aimait moins qu'elle ne
desirait, e'est pour cela meme qu'elle le cherchait,
pour aimer davantage celui qu'elle n'aurait pour-
tant amais cherche, si elle ne l'eut d'abord aime
quelque pen auparavant. Je cherchais done quel-
qu'un en qui mon esprit engourdi et languissant
se put rechauffer et reposer, rnais comme il ne se
presentait personne de quelque part que ce fiit
pour me secourir, et pour fondre la glace qui aire-
tait et paralysait toutes les puissances de mon aim',
et y faire revenir la douceur et la beauted'un priii-
temps spirituel, elle etait encore plus languissante,
plus ennuyee et plus endormie que jamais ; elle
penscr aux
parfaits.
ter perseverant, cui se tanto felicius, quanto malurius
devoverunt : proximas vero, qua; prislinam suam de-
formilalem, in qua mundo huic quandoque roufurmes,
mundi principibus, id est spirilibus spurcis, in omni
caniali concupiscentia sese turpiter prostilueranl, tan-
dem aliquando erubescentes et exeuntes, in novi homi-
nis t'orniam, quanto serins, tanto sincerius reforniare
festinant. Et h;e et illae sane proficiant, non dcticiant
ncque fatigentur : etsi necdnm plenc in se sentiunt,
unde (licant et ipsa : Oleum effusum nomen tuum. Nee
enim audeut adolescentulae per se facere verba Spunso.
Tamen si magistral vestigiis pressius inhrcrere student
elhisi olei saltern odore delcctabuntur, et incitabun-
tur etiam de odoris perceptione ctipcre et qiuercre po-
tiora.
6. Frequenter ego ipso (quod fateri non verecundor)
maximeque in initio conversionis nicae, cordc durus et
frigidus, et quasrens quern vellet diligere anima mca ;
(nee enim adhuc diligere poterat quern nondum invene-
rat, aut certe minus quam vellet diligebat, et ob hoe
quaerebatul magis diligerel ; quern nequaquam quasre-
ret, nisi jam aliquatenus dilexisset.) Cum ergo eu m
quau'ercm, in quo recalesceret spiritus meus, uti([iic
lorpens et languens ; nee ulla de parte oocurreret qui sue-
QUATORZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANT1QUES.
193
tombait dans un chagrin, ct dans une tristesse pro-
fonde, qui la jetait presque dans le desespoir, elle
disait en gemissant : « Qui pourra subsister devant
la rigueiir d'un froid si rude et si penetrant [Psal.
cxlvii, 17)? » lorsque tout d'un coup, peut-etreala
voix, oil meme a la vue d'un koninie parfait et
vaincre notre orgueil, ou pour conserver notre hu-
milite, ou pour entreteuir la charite fraternelle, ou
pour allumer davantage nos desirs ? Une meme et Quelle en est
unique nourriture sert de medecine a ceux quisont cau3e-
malades, et de regime a ceux qui sont languissants.
Elle fortifie les faibles et rejouit les forts. Une meme
spirituel, quelquefois an seul souvenir d'un mort et unique viande guerit les langueurs et conserve
ou d'un absent, l'Esprit soufflait, tous ines glaeons la sante , nourrit le corps et est agreable au gout.
sefondaient, etmes larmes etaient manourriture le 7. Mais revenons aux paroles de l'Epouse, pre- TrogrJs pro-
jour et la nuit. Qu'etait-ce, sinon l'odeur qui s'exha- tons une oreille attentive a ce qu'elle dit, et goutons lesreproches.
but de l'onction Jont ce saint etait tout couvert? ce qu'elle goute. L'Epouse, comme je l'ai dit, c'est
Car ce n'etait pas l'onction meme, puisqu'elle n'ar-
rivait jusqu'a niui que par le ministere d'un bomme.
Aussi, quoique ce don me causit de la joie, je ne
laissais pas d'etre confus et humilie de voir que je
ne jouissais que d'une senteur fort legere, et que
j'etais prive de l'huile et de l'onction qui laprodui-
sait. En ayant seulemeut le plaisir de la sentir,
niais ]iuint celui de la toucher, je connaissais par-
la que j'etais indigne que Dieu me communiquat
ses douceurs immediatement par lui-meme. Et
l'Eglise. C'est a elle qu'il a ete plus pardonne et
qui aime davantage. Ce que sa rivale lui dit a titre
de reproche, elle le tourne a son profit. C'est ce
qui la rend plus douce pour les reprimands, plus
patiente au travail, plus ardente a aimer, plus
prudente a veiller sur soi, plus humble par la con-
naissance de sa bassesse, plus aimable a cause de sa
modestie, plus prompteaobeir, plus devote et plus
soigueuse a rendre graces. EuQn, comme nous
l'avons deja dit, tandis que la Synagogue murmure
maintenant encore lorsque cela m'arrive, je recois et rappelle ses merites, ses travaux et le poids du
ttYCC ardeur ce present qui m'est fait, et je ticke jour et de la chaltur qu'elle a endure , l'Eglise au
den temoigner ma reconnaissance, mais jeme sens au contraire raconte les bienfaits qu'elle a recus et
touche d'un vif deplaisir de ne l'avoir pas merite s'ecrie : « Votre nom est une huile repandue. »
par inoi-meme, ni recu comme on dit de la main 8. C'est la le temoignage que rend Israel pour
a la main, ainsi que je l'avais instamment demande. celebrer le nom du Seigneur, non pas cet Israel
J'ai honte d'etre plus touche a la pensee d'un qui est selon la chair, mais celui qui est selon
homme qua celle de Dieu, et alors je crie en gemis- l'Esprit. Car, comment le premier pourrait-il tenir
sant : « Quand viendrai-je me presenter devant la ce langage. Ce n'est pas qu'il n'ait point d'huile,
face de Dieu (Psal. xli, 3) ? » Je crois quequelques- mais c'est qu'il n'a point de l'huile qui soit repan-
uns d'entre vous ont eprouve la meme chose et l'e- due. II en a, mais elle est cachee ; il en a dans les
prouvent encore quelquefois. Que faut-il penser de livres, mais non dans le coeur. II s'attache a la
cela, sinon que Dieu le permet ainsi, ou pour con- lettre. II touche de ses mains un vase plein, mais
at. prnina curreret, per quem videlicet bruma * rigens, qiiJE sen-
sus stringebat internos, dissolveretur, et vernalis ilia
suavitas ac spiritualis amcenitas reverterelur : tunc
magis languebat, ct Uedebat, et dormilabat anima mea ;
pra; tsedio, tristis et plene desperans et mussitans secum
illud : A facie frigoris hujus quis sustinebit ? cum su-
bito forte ad aflatum, vel etiam aspectura cujuspiam
spirilualis perfeclique viri, interdum et ad solam de-
functi seu absentis memoriam, flabat spiritus, et flue-
bant aqua? ; et erant mihi lacrymEe illie panes die ac
nocte. Quidnam istud, nisi odor exhalantis unctionis
qua erat ille perfusus? Non enim unctio, quae ad me
nimirum nisi homine medianle non pertingebat. Ea
propter elsi gaudebam de munere, confundebar tamen
et humiliabar, quod sola ad me tenuis exhalatio, et non
pinguis aspersio pervenisset. Odoratu quippe deleclatus
tactu, indignum me proinde cognoscebam, cui per
s ipsum dulcerctret Deus. Et nunc idipsum si accidat,
avidus quidem suscipio munus indultum, gratumque ha-
beo : sed doleus doleo per me ipsum non meruisse,
atque (ut dicitur) de manu in manum minime accepisse,
cum obnixe id peterem. Pudet nimirum magis ad ho-
minis, quam ad Dei moveri memoriam. Et tunc cum
gemitu clamo : Quando veniam, et apparebo ante faciem
Dei ? Existimo et aliquos vestrum idem esse expertos,
T. IV
et experiri interdum adhuc. Qua in re quid sentiendum
nisi quod nostra aut superbia convincitur, aut bumilitas
custoditur, aut fraterna charitas nutritur, aut desiderium
excitatur ? Unus idemque cibus et aegrotis est medicina
el EBgrotativia diela : porro et debiles confortat, et de-
lectat valentes. Unus idemque cibus et languorem
sanat, et servat sanitatem : et corpus nutrit, et palato
sapit.
7, Sed redeamus ad verba Sponsae, et sic curemus
audire quas ait, ut studeamus et sapere quod sapit.
Sj isa (ut dLxi) Ecclesia est. Ipsa est cui plus dimis-
sum est, et quae plus diligit. Quod asmula improperat
ei ad convicium, hoc sibi ipsa inflectit ad commodum.
Inde mansuetior ad correptionem, inde patientior ad la-
borem ; inde ardentior ad amorem, inde sagacior ad
cautelam ; inde humilior pro conscientia, inde acceptior
pro verecundia ; inde ad obediendum paratior, inde ad
gratiarum actionem devotior ac sollicitior. Denique ilia
(ut dictum est) murmurante et memorante merita sua,
et labores, et pondus diei et aestus, Ecclesia beneflcium
recolit dicens : Oleum effusion nomen tuum.
8. Hoc plane testimonium Israel ad confitendum no-
mini Domini : non tamen Israel secundum carnem, sed
ejus qui secundum spiritum est. Nam hoc ille quo pac-
to dicat ? Non quod non habeat oleum, sed non habet
13
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
SERMON XV.
Vertu merveiUeuse du nom de Jisus-Christ pour
chrcliem fideles dans toules les adversMs.
Ce n'est pas
daDs des
liires, mais
dans les
uviur- quit
faut etre
piem.
194
ferine, il ne l'ouvre jamais pour se parfumer de la
liqueur qu'il contient. Cost au dedans, oui c'est
au dedans qu'e.-t 1 'miction do l'Esprit : ouvrez-le
parfumez-vous-en, et alors vous no serez plus
rebelle et opiniatre. A quoi bon l'huile qui est dans
des vases, si on n'en use pour se frotter les mem- i. i/espril de sagesse est plein do bonte {Sap.
bres. . est,,, 1 hmle.I epandez-la, et vous sen.irez ,, 6), et n'a pis coutume de se rendre difficile a
satopte vertu. Mais si leJuifdedaigne ceschoses, ceiix qui l'invoquent, puisque souvent, avant meme
6coutez-les vous autres.Jeveux vous dire pourquoi qu'on 1'appeUe. il dil : Me voici. Ecoutez mainte-
le non, de l Epous es compare a I'huile, ce que je nant ce qu'a votre priere, .1 daigne vous fake con-
n ai pas encore fait. J en trouve trois raisons. Mais naltre par tnon org me sur le sujet que nous avons
commeilaplusieurs uoms, puree qu'on n'en sail remis liier a dessein, et recevez le fruit de vos
point qui lui s,„t propre puisqu'il est ineffable, il oraisons. Je vais vous apprendre quel nom est ius-
nousfautdabordmvoquerle Saint Esprit, afin qu'il tement compare a l'huile, et pourquoi il lui est
daigne nous d6couvrir par lui-meme, puisqu'il ne compare. Vous pouvez remarquer plusieurs noms P«nu la
Lm a pas plu dele declarer par ecrit, celuidetous donnfc a l'Epoux dans I'Ecriture, je les reduirai ^X
ceux qu on ha donne qu ,1 veut qu'on entende ici. tous a deux seulement. Vous n'en trouverez aucun * «-,
Mais remettons cela a une autrefois. Car bien que je le pense, qui n'ezprime, on la grace de la bonte' "SjSU
uses mnw nr.'iti.c ot /m« »#v..» ».,. « „ , ' et ies autre
saboole.
j'aie CCS ehoses Unites pretes, et que vous ne soyez
poiut las de m'entendre, ni nioi de vous parler,
neanmoins I'heure m'oblige a linir. Retenez bien
ce sur quoi j'ai attire votre attention, atin qu'il ne
soit pas necessaire d'y revenir demain. Voila ce que
je me propose, voici ce que j'ai a vous expliquer,
on la puissance de la majeste. C'est ce que le Saint
Esprit declare par la bouelie de celui qui est sun
plus ordinaire organe : « J'ai oui ces deux cboses :
Dieu a une souveraine puissance, et une souveraine
misericorde (Psal. lxi, 12). » C'est done de la
majeste que nous lisons : « Son nom est saint et
. , ~r— i — j — j..™ H..^ u™i iiwus . « ,-)un nom esi saint et
asavoir pourquoi le nom de l'Epoux est compare a terrible [Psal. ex, 9) ; » et de la l.onte : « II n'y a
Inline, e quel est ce nom parmi ceux qu'on lui poiut d'autre nom sous le Ciel qui ait ete donne
donne. fct parce que je ne puis rien dire de moi- aux bommes pour les sauver (Act iv 1") „ Mais
meme. ni'lnns alln .tua l'U„n„v 1.,: 5 i- , . . > ' '•
meme, prions afin que l'Epoux lui-meme nous le
revele par son esprit, l'Epoux, dis-je, qui est Jesus-
Christ noire Seigneur, a qui soit bonneur et gloire
dans les siecles des siecles. Ainsi soit-il.
les exemples rendront encore cela plus chair.
« Voici, dit le Prophete, le nom qu'ils lui don-
neront ; le Seigneur, notre justice (Hier. xxm, 6).»
C'est la un nom de puissance. Et ailleurs : « Et il
sera nomine Emmanuel (ha. vn, 14). » II insinue
eflusum.Habet, sed reconditum ; habet in codicibus, sed
non in cordibus. Foris ha:ret in littera : contrectat ma-
iiibus vus plenum, sed et olausam, nee aperit ut ungatur.
Intus, intus est unutio spiritus : aperi et ungere, et jam
non eris domus exasperans. Quid facit oleum in vasis,
si non sentias et in menibris ? Quid tibi prodest pium
Salvatoris nomen lectitare in libris, nee habere pieta-
tem in moribus ? Oleum est : ell'unde, et senties virtu-
tem ejus, guw triplex est. Sed Judaeus ista fastidit, vos
audite. Volo dicere cur nomen Sponsi uleo comparetur,
quod nondum dixeram. Et tres hujus rei occuriunt
causa-. At quoniam pluribus vocabulis appellatur, eo
quod nullum quo proprie dicatur invenitur, (ineffabilis
quippe est :) prius nobis invocandus est Spiritus-Sanc-
tus, ut de multis unum, quod vult hoc loco intelligi,
(quoniam scripto designare non plucuit) per se nobis
aperire dignetur. Sed hoc quoque alias. Nam etsi in
prumptu nunc essent omnia, et neque vos onerati, nee
ego iatigatus essem, hora tamen linem indicit. Tenete
in quo attentos vos reddidi, ut non sit eras necesse re-
petere. Hoc incumbit, hoc in manibus est, docere sci-
licet, cur nomen Sponsi oleo comparetur : quod de no-
muiihus. Et quoniam nun possum ego a me dicere
quidquain, indicia oratio eat, ut nobis Sponsus ipse
revelet per Spirituum suum Jesus-Christus Dominus
noster, cui est honor et gloria in sasoula sajeulorum.
Amen.
SERMO XV.
Qualiter nomen Jesus est mediciaa salubris fidelibus
Christianis in omnibus adversis.
1. Beniguus est Spiritus sapientia?, et non consuevit
esse diificilis se invocautibus, qui sa-.pe et antequam in-
vocetur, dicit, Ecce atlsum. Audite jam quod orantibus
vubis per me indicare dignatur de eo, quod heri ad hoc
ipsum distulimus, et orationum vestrarum I'ructum lem-
pestivum percipite. En ostendo nomen, quod oleo me-
rito comparator ; et quo mcrito, dicam. .Multa quidem
Sponsi vocabula sparsa per omnem divinam paginam
legitis, sed in duo ea vobis universa complectar. Nul-
lum, ut arbitrur, reperietis, quod nun aut pietatis gra-
tiam, aut puteiiUam niajestatis sonet. Spiritus ita dicit
ctiain per s.bi familiarius organum : Duo luec audivi
Quia polestas Dei est, el tibi Domine misericordia. Ego
secundum majeslatem sanctum et terribile nomen ejus;
secundum pietatem, Non est nomen aliud sub ccelu da-
tum hominibus, m quo oporteat nos salvos fieri- Sed
exemplis magis perspicuum flet. Hoc est, inquit, namen
ijuail voeubunt eum, Dominus, Justus noster. Nomen
potential est Item, el voeabitur nomen ejus Emmanuel;
pietatem insinuat. Item ipse de se : Vos vocatis me, ait,
Magister, et Domine. Prirnum gratia; est, secundum ma-
jestatis. Non enim minus pium est docere auimum
QUINZIEME SERMON SUR LE CAXTIQL'E DES CANTIQL'ES.
195
aussi lui-meme, en parlaut de soi, le nomqui mar- etaient esclaves sont appeles amis [Joan, xv, 14), et
que sa bonte. « Vous m'appelez, Jit-il, Maitre et la resurrection n'est pas seulement annoncee aux
Seigneur [Joan. xi, 13). » Le premier est un nom disciples, mais aussi aux freres [Matth. xxvm, 10).
Effusion des
nouis de
Diet les uqs
daas les
autres.
de grace, et le second de majeste. Car ce n'est pas
une moindre faveur de communiquer la science a
Fame, que de donner la nourriture au corps. Le
Prophete dit encore : « On le nonimera Admirable,
Conseiller, Dieu, Fort, Pere du siecle a venir,
Prince de la pais [ha. ix, 6). » Le premier, le
troisieme et le quatrieme de ces uoms marquentla
Mais cette effusion de noms ne s'est faite que lors-
que la plenitude des temps est arrivee, alors que
Dieu accomplit ce qu'il avait promis par le prophete
Joel, et tit une effusion de sou esprit sur toute chair
[Joe~l. n, 28). Nous lisons que quelque chose de pa-
reil s'est passe autrefois parmi les Hebreux. Je crois
que vous me prevenez, et savez deja ce que je veux
majeste, el les .nitres la bonte. Quel est douc celui dire. Car quelle ful la premiere reponse qui fut faite
d'entre eux, qui est comtne de l'huile repandue?Il aMoise lorsqu'il demanda qui lui parlait"? « Je suis
■est certain qu'il se fait une espece d'ecoulement du celui qui est, et celui qui est m'a envoye vers vous
nom de sa maj le et de la puissance, dans celui de (Exod. m, 14). » Je ne sais si Moise lui-meme l'au-
la bonte et de la grace, etque ce dernier se repand rait enteudu s'il n'y eut point eu de transfusion de
abondammeut par Jesus-Christ notre sauveur. Le ce nom ; mais il sen est fait une, et on l'a entendu,
nom de Dieu, par exemple, ne passe et ne se con- il ne s'en est pas seulement fait une transfusion,
fond-ilpas en cet autre, Dieu avec nous, e'est-a-dire mais une effusion. Car l'iufusion en etait deja faite.
en celui d'Emmanuel ? Ainsi en est-il de celui Les cieux. le possedaient deja. II etait deja connu des
d'Admirable, qui se fond en celui de Conseiller ; anges, mais il s'est repandu au dehors, et ce nom
Autrefois les
noms da
S'-igneur
etaient terri-
blt-s. main-
teoant ils
sont duni.
de ceux de Dieu, et de Fort, en ceux de Pere du
siecle a venir et de Prin e de la paix. Celui de,
le Seigneur qui etait notre justice, en celni de
Seigneur de miserkorde et de bonte. Je ne dis
rien de nouveau, puisqu'autrefois Abram a aussi
ete change en Abraham, Sarai' en Sara, pour
figurer et celebrer des lors le mystere de cette
salutaire effusion.
2. Uii est main tenant cette voix de tonnerre, qui
se faisait si souveut entendre aux anciens, etqui les
remplissait d'epouvante ; « Je suis le Seigneur, je
suis le Seigneur [Exod. xx, '2; ? » Au lieu de cela
on m'appreud une priere qui, commencant par le
nom si doux de pere, me donne la couliance que les
qui etait telleinent iuius dans les anges, qu'il leur
etait meme devenu prop re, s'est repaudu dans les
homines, en sorte que des lors on aurait entendu
nun sans raison ce cri de joie monter de la terre,
« Votre nom est une huile repandue, » si l'opiuia-
trete detestable d'un peuple iugrat ne s'y flit oppo-
see. Car il dit : <c Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu
d'lsaac, et le Dieu de Jacob [Exod. in, 6,. »
J. Accourez nations, le salut esteuvos mains. Un
nom est repandu ; et quicouque l'invoquera sera
sauve. Le Dieu des anges s'appelle aussi le Dieu
des honiines. 11 a repandu de l'huile sur Jacob, et
elle est torubee sur Israel. Dites a vos freres, « Don-
nez-nous de votre huile. » S'ilsue veulent pas, priez Les vceu de
demandes qui suivent seront exaucees. Ceux qui le Seigneur de cette huile de vous en envoyer aussi.
nations.
scientiam, quam prsebere escaui corpori. Rursum Pro-
pheta ; Vocabitur, inquit, nomen ejus Ad , I -
ciliartus, Deus, Fortis, Pater futuri sceculi, Pn
pacts. Primum, tertium, quartum, majestatem sonant ;
reliqua pietatem. Quod horum ergo elFundhur? Profecto
majestatis ac potential nomen, ia id quod est pietatis et
gratia1, quodaoi modo transfunditur, ipsuiuque ell'undi-
turabundeper Jesum-Cliristum Salvatorem nostrum.
Nomen (verbi causa) quod Deus est, nonne in id quod
est. Nobiscum Deus, hoc est in Emmanuel, liquescit et
deficit? Sic Admirabilis in id quod est I o tciliarius; sic
el Foiiis in ea qua; sunt Pater futuri sarcu/i et
Prineeps pacts; et Dominus Justus noster in misen <n
et miserator Dominus. Nun dico novum quid : quon-
dam quoque nihilominus Abram in Abraham, et Sarai
- tram elhisa sunt ; et jam tunc salutiferee efhisio-
nis celubratum prajfiguralumque mysteriuni reeorda-
mur.
2. Ubi jam illud, quod apud antiquos tam terribiliter,
quam frequenter intonare solebat : Ego Dominus, ego
Dominus '.' Mini dictatur oratio cujas principium, no-
mine duke paterno, sequentiurn obtinendarum petitio-
ns tantnm. num pr(ebet fiduciatn. Servi nominantur amici, et
resurrectio non saltern " Discipulis, sed fratribus
nuntiatur. Xec miror, si cum venit plenitudo temporis
iacta est efTusio nominis, Deo quippe quod per Joelem
promiserat adimplente, et effundente de Spiritu suo
super omnem carncm, cum tale aliquid et apud He-
biicus olim contigisse legam. Credo vos prsvolare, ct
scire jam quid dicere velim. Quale erat, inquam, quod
uati I i primo responsum est : Ego sum qui
sum ? et, Qui est, misit me ad vos ? Xecio an vel ipse
Moyses caperet sic, si non videlicet effunderetur. Sed
fusum est, et enptum est ; nee modo fusum, sed et effu-
sum : nam infusum jam erat. Jam cce'.i habebant illud,
jam angelis innotuerat. Est auteai foris missum : et
quod angelis ita erat infusum ut esset et privatum, effu-
sum et in homines est, ita ut jam tunc merito clamare-
tur de terra : Oleum effusum nomen tuum ; si non
ingrake plebis exosa in pervicacia obstitisset. Ait
enim : Ego sum Deus Abraham , et Deus Isaac , et Deus
Jacob.
3. Currite gentes : ad manum est salus, effusum est
nomen, quod quicunqtie invocaverit, salvus erit ange-
lorum Deus, etiam hominum Deuni se nominat. Oleum
misit in Jacob, et cecidit in Israel. Dicite fratribus
vestris : Date Nobis de oleo vestro. Si nolunt, rogate
Dominum olei, ut mittat et vobis. Dicite, Aufer oppro-
196
OEEVRESDE SAINT BERNARD.
Dites-lni : Delivrez-nous de l'opprobre ou nous
somraes tombos. Ne permettez point, je vous prie,
qu'une langue mauvaise insulte votre bieii-aimee,
qu'il vous a plu d'appelerdes extreinites de la terre,
avec d'antant phis de bonte (ju'elle en fetait inoius
digne. Est-il raisonnablo qu'un mechant serviteur
chasse ceux qu'un si bon perede famille a convies J
a Je suis, dit-il, le Dieu d' Abraham, le Dien d' Isaac,
et le Dieu de Jacob (Exod. m, 6). » Quoi, est-ce la
tout? Repandez, repandez, ouvrez encore Totre
main, et corublez toutes sortes d'animaux de votre
benediction, cra'ils viennent d'Orient el d'Occident,
et s'asseyent dans le royaume des cieux avec Abra-
ham, Isaac, et Jacob (Mutt, vm, 11). Que les tribus,
oui, que les tribus du Seigneur vieunent, qu'elles
viennent je le repute, et qu'elles doiinent occasion a
Israel de celebrer le noui du Seigueur (Psal. cxxi, U).
Qu'elles viennent et se reposent ; qu'elles fassent des
banquets maguiliques, et soient ravies de joie; et
qu'on n'entende de toutes parts qu'une voix d'alle-
gresse et de louange, couime de personnes qui
sont au milieu dun grand festin, el qu'elles diseut:
« Votre nom est une huile repandue. » Je suis siir
d'une chose; c'estquesinousavonspour celestes por-
tiers Philippe et Andre, nous nesoutl'rirons pas de re-
fus. Qui que ce soitdevous qui demaude de l'buile;
qui que ce soit qui veuille voir Jesus, Philippe dira
aussitot a Andre, et Andre et Philippe ensemble le
diront a Jesus. Mais que dira Jesus ? Sans doute ce
qu'il a deja dit: » Si le grain de froment, tombant
en terre, ne rueurt, il demeure seul. Mais s'il rueurt
il apporte beaucoup de fruits (Joan, xu, 2/i). » Que
ce grain meure done, et qu'il en naisse uue mois-
son de gentds. II faut que Jesus soulire et qu'il
ressuscite, et qu'on preehe en son nom la penitence
brium nostrum. Ne qusso insultet malevolus dilcctae
tuas, quam a finibus terra evocare placuit tibi, tauto
utique dignantius, quanto minus dignam, Decetne obse-
cro, ut benigui patrisfamilias invitalos servus nequam
excludat? Ego sum, ais, Deus Abraham, et Deus Isaac,
et Dews Jacob. Et non amplius? Ell'unde, effunde ;
aperi manum tuara adhuc, et imple omne animal be-
nedictione. Veniant ab Oriente et Occidente, et recum-
bant cum Abraham, Isaac, et Jacob in regno coelorum.
Veniant, veniant tribus, tribus Domini ; testimonium
Israel ad confitendum nomini Domini. Veniant et re-
cumbant, epulcnlur et delectentur in laelitia, etunus ubi-
que resonet in voce exullationis et confessionis sonus
epulanlis. Oleum e/fusum nomen tuum. Unum scio, si
Philippum et Andream habuerimus ostiarios, repulsam
omnino non patimur quicumque oleum petimus, qui-
cumquc vjlumus Jesum videre. Incunctanler Philippus
dicet Andrea; : Andreas autem et Philippus dicent
Jesu. Jesus autem quid ? Profecto quod Jesus. Nisigra-
num frumenti cailens in tenant moriuum fuerit, ipsum
solum martel : si autem moriuum fuerit, multum fruc-
turn a/fert. Moriatur igitur granum, et surgat gentium
seges. Oportet pati Christum, et resurgere a mortuis,
et prsdicari in nomine ejus pcenitentiam et remissio-
et la remission drs pecb.es, non-seulement dans la
Judee, mais dans toutes les nations, afin que, a ce
seul nom qui est Christ, des millions defideles soient
appeles Chretiens, et disent : « Voire nom est une
huile repandue. »
A. Car je reronnais le nom que j'ai In dans Isaie : Le nom <Iu
ci 11 appellera, dit-il, ses serviteurs d'un autre nom, ripanduVur
et celui qui est beni sur la terre dans re nom, sera t0l,lr '■'
terre.
beni dans le Seigneur. Ainsisoit-il (Isa. i.\-v, 15). »
0 nom beni! 6 huile repandue partout ! Mais jus-
qu'ou se repand-elle? Bile se repand du ciel dans
la Judee, de la Judee par toute la terre, et de loute
la terre FEglise crie : « Votre nom est une huile
repandue. p Oui, e'estbien repandue qu'il faut dire,
puisqu'elle couvre non seulement le ciel et la terre,
mais penetre meme jusqu'aux enters ; « En sorte
qu'au nom adorable de Jesus, tout tlechit le genou,
les puissances du ciel, de la terre, et des enters, et
toute langue le celebre, et dit (Philipp. n, 10) : »
votre nom est une huile repandue. Voila Christ,
voila Jesus. 11 s'est fait une effusion sur les homines
sur les homines, dis-je, qui commedesbetes s'etaient
souilles et corrompus dans leur fumier. C'est ainsi
que Dieu sauve les hommes et les betes, com me
dit le Prophete, et mulliplie les effets de sa miseri-
corde. Que ce nom est cher et qu'il estvU en meme
temps ! II est vil, maisil est salutaire. S'iln'etait point
Til, on ne le repandrait pas sur moi. S'il n'etait
point salutaire, il ne me gagnerait pas. Je participe
a ce nom, et je participe a l'heredite eelusle. Je suis
Chretien, et frere de Jesus-Christ. Si je suis ce que Le Christ
jedis la, je suis par consequent herilier de Dieu, et ert Ve^mdn
coheritier de Jesus-Christ. Mais pourquoi s'etonner sur tous les
que le nom de 1 Epoux soit repandu, puisque 1 lu-
pous meme Test aussi? Car il s'est aneanti lui-
nem peccatorum, non solum in Judsam, aed etiam in
omnes gentes ; quatenus ab uno nomine, quod est
Christus, millia millium credenlium Christian! dicantur,
et dicant : Oleum e/fusum nom <n i
4. Agnosco enim nomen, quod in Isaia legi : servos
suos, inquit, vocal, it nomine alio, in q 1 1 qui benedictus
est super terrain, benedicet ur in Domino. Amen. 0 no-
nem benedictum ! 0 oleum usquequaque etfusum !
Quousque? De codo in Judxam, et indfi in omnem
terram excurrit ; ct de toto orbe clamat Ecclesia :
Oleum e/fusum nomen tuum. Effusum plane, quod non
solum coelos terrasque perfudit, sed aspersit et inferos,
adeo ut in nomine Jesu omne genu flectalur, cuclestium
tcrrestrium et infernorum, et omnis lingua eonliteatur,
et dicat : Oleum effusum nomen tuum. Ecce Christus,
ecce Jesus, utrumque infusum angelis, utrumque eflu-
sum in homines, qui computruerant tanquam jumenta
in slercore suo, homines et jumenta sal vans, quemad-
modum multiplicavit misericordiam suam Deus. Quam
carum, quam vile ! vile, sed t-alubre. Si vile non esset,
non mihi effunderctur : si salubre non esset, non me lu-
craretur. Particeps nominis sum, sum et haereditalis.
Christiunus sum ; frater Christi sum. Si sum quod
dicor, heeres sum Dei, cohaeres autem Christi. El
QUINZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
197
meme en prenant la figure d'un esclave (Rom. vin,
17), et de plus il Jit : « Je snis repandu comme Je
l'eau (Psal. xxi, 12). n La pli'iiituJe de la divinite
s'est repandue en habitant corporellernent sur la
terre, alin que nous tous qui portons un corps Je
mort, nous participassions a cette plenitude, et
qu'etant remplis d'une odeur Je vie, nous pussions
Jire : Votre nom est une huile repandue. Je viens
de dire quel est ce nom repandu, de quelle facon
et pourquoi il a ete repandu.
ropriet&xie 5. Mais pourquoi est-ce une huile? C'est ce
I'huile qui ... t . y. - -
onviennent queje nai pas encore exphque. J avais commence
lUje"usde a le faire dans le discours precedent, mais il s'est
presente tout a coup une autre chose, qu'il m'a
semble a propos de dire auparavant, encore ai-je
differe a en parler plus longtemps que je ne pen-
sais. Je n'en vois point d'autre cause que celle-ci :
c'est que la Sagesse qui est la femme forte, a mis la
main a la quenouille, et ses doigts ont tourne le
fuseau (Prov. xxxi, 19). Car de peu de laine ou de
lin ,elle sait faire beaucoup de lil et de toile, et
ainsi donner deux vitemeuts a ses domestiques.
II y a sans doute de la ressemblance entre I'huile
et le nom de l'Epoux, et ce n'est pas sans raison
que le Saint-Esprit a compare l'une a l'aulre. Je ne
sais si vous en savez de meilleure raison que moi,
mais pour moi je crois que c'est parce que I'huile
a trois qualites, elle eclaire, elle nourrit, et file
oint. Elle entretient le feu ; elle nourrit la chair ;
elle apaise la douleur. C'est une lumiere, une
nourriture et un remede. Voyons si on ne peut
pas en dire autant du nom de l'Epoux. 11 eclaire
lorsqu'on le publie ; il nourrit quand on le runii-
ne, il oint et adoucit lesmaux, lorsqu'on l'invoque.
Examinons chacune de ces qualites en parti-
culier.
6. D'ou pensez-vous qu'une si grande et si sou-
daine lumiere de la foi ait eclate dans le monde,
sinon de la predication du nom de Jesus? N'est-ce
pas par la lumiere de ce nom sacre que Dieu nous
a appeles a la jouissance de ses lumieres admira-
bles, et quand nous en avons ete eclaires, quand
nous avons vu la lumiere par cette autre lumiere,
saint Paul a pu nous dire : « Vous avez 6te tene-
bres autrefois, mais a present vous etes lumiere
dans le Seigneur (Ephes. v, 8) ». Enfin c'est ce nom
que le meme apotre recut ordre de porter devant
les rois, les nations et les enfants d'Israel (Act. is,
15), et il le portait comme un flambeau dont il
eclairait son pays, en criant partout : « La nuit a
precede, mais le jour est enfin venu ; depouillons-
nous done des oeuvres de tenebres, et revetons-
nous des amies de lumiere, et vivons dans l'hon-
netete et la bienseance, comme marchaut en plein
jour (Rom. xm, 12). » 11 montrait a tout le monde
la lampe dans le chandelier, annoncant Jesus en
tous lieux, et Jesus crucifie. Combien cette lu-
miere a-t-elle ete resplendissante, et combien a-t-elle
ebloui les yeux de ceux qui la regardaient, lorsque,
sortant comme un eclairde la bouchede Pierre, elle
affermitlesjambeset les pieds d'un boiteux, et rendit
la vue a plusieurs aveugles spirituels ? Ne fit— il pas
la lumiere, lorsqu'il dit : « Au nom de Jesus-Christ
de Nazareth, levez-vous et marchez (Act. in, 6) ? »
Mais le nom de Jesus n'est pas seulement une lu-
miere, c'est encore une nourriture. Ne vous sentez-
vous pas fortifies, toutes les fois que 'yous vous
le rappelez? Qu'y a-t-il qui nourrisse autant l'es-
mirum, si Sponsi effusum est nomen, cum ipse quoque
effusus sit? Nam semetipsum exinanivit formam servi
accipiens. Denique ait : Sicut aqua e/fusus sum. Effusa
c.-l plenitudo divinitalis, habitans super terrain corpo-
raliter, ut de ilia plenitudine omnes, qui corpus mortis
gestamus, capercmus, ac vitali odore repleti diceremus:
Oleum effusum nomen tuum. En quod nomen effusum,
ct qu liter, et quatenus.
5. Cur vero oleum ? nam hoc nondum dixi. In ser-
mone superiore dicei-e cceperam : sed intervenit subito
aliud quod pradicendum videbatur. Quanquam inter-
miserim ultra quam credidi : quod non aliud esse reor,
nisi quod forlis mulier Sapicnlia misit mamim ad colum,
et digili ejus apprehendcrunt fusum. Novit enim modi-
run lanam vel linum in longum producere filum, atque
in telsB extendere laliludinem, et sic omnes domesticos
suos veslire duplicibus. Est procul dubiointer Oleum et
X<>„,r/i yponsi similitudo : nee otiose Spiritus-Sanctus
allerulnim comparavit. Ego antem dico in ti-iplici qua-
dam qualitale olei, quod lucct, pascit, ut ungit : si vos
melius non habetis. Fovet ignem, nutrit carnem, lenit
dolorem ; lux, cibus, medicina. Vide idem nunc et de
Sponsi nomine. Lucct praedicatum , pascit recogita-
tum , invocatum lenit et ungit. Et percurramus sin-
gula
6. Unde putas in toto orbe tanta, et tam subifa fidei
lux, nisi de prajdicato Jesu? Nonne in hujus nominis
luce Deus nos vocavit in admirahile lumen suum,quibus
illuminatis, et in lumine isto videntibus lumen, dicat
merito Paulus : Fuisiis aliquando lenebrce, nunc autem
lux in Dominol Hoc denique nomen coram regibus, et
gentibus, et filiis Israel portare jussus est idem aposto-
lus ; et portabat nomen tanquam lumen, et illuminabat
patriam, et clamabat ubique : Nox prcecessit, diesaulem
appropinquavit. Abjiciamus ergo opera tenebrarum, et
induamur arma lucis : sicut in die honeste umbulemus.
Et monstrabat omnibus luccrnam super candelabrum,
ennuntians in omni loco Jesum, et hunc crucifixum.
Quomodo lux ista insplenduit ac perstrinxit cunctorum
inluentium oculos, quando de ore Petri, tanquam ful-
gnr, egrediens, claudi unius corporales planlas solidavit
et bases, multosque spiritualiter caBcos illuminavit?
Numquid non ignem sparsit, cum ait, In nomine Jcsu-
Chrisli Nazareni surge et ambula ? Nee tantum lux est
nomen Jesu, sed est et cibus. An non toties confortaris,
quoties recordaris ? Quid a?que mentem cogitantis im-
pinguat? quid ita exercitatos reparat sensus, virtutes
roborat, vegetat mores bonos atque honestos, castas
fovet affectiones? Aridus est omnis animae cibus, si non
oleo islo infunditur : insipidus est, si non hoc sale con-
J98
UTYRES DE SAINT BERNARD.
Le Dom de
Jesus est une
onction qui
guerit les
maladies de
l'arae.
prit de celui qui y pense? Qu'est-ce qui davantage
'..'■pan' les forces epuisees ; rend les vertus plus
males; fomente les bonnes et louables habitudes ;
ft entretienl les inclinations chastes et honnetes I
Toute nourriture de I'ame est seche, si elle n'est
arrosee de cette buile ;elle est insipide si elle n'est
-iiiniff de cesel. Un livre n'a point de gout
pour moi, si je n'y trouve » le noon de Jesus. Une
conference, un entretien ne me plait pas si I'on
n'y parle point de Jesus. Jesus est du miel a la
bouehe, une melodie aux oreilles, uu chant d'al-
legresse an coeur. Mais il esl encore un remede.
Etes-vous tristf ? Que Jesus vienne clans voire
coeur, passe de Id a votre bouehe; cenom admira-
ble n'est pas silot prononce, qn'il se produit une
luniiere rt'splcnilissante qui chasse les ennuis et
ramene le calmeel la serenite. Quelqu'un tombe-
t-il dans un crime? • ourt-il a la mort dans son
desespoir ? Qu'il invoque ce uom de Vie. il com-
mence aussitcjt a respirer et a revivre. Devant ce
nom salutaire, qui a jamais persiste dans son en-
dureissement, dan? sa paresse, dans son animo-
site, ou dans sa langueur '.'(Juin'a pas vu la source
de ses larines desseehee, colder de nouveau avec
plus d'abondance et de douceur, des qu'il a invo-
que Jesus ? Saisi de frayeur et palpitant de crainte
au milieu des perils, qui n'a point senti ses ap-
prehensions s'eranouir, et la confiance lui reve-
nir des ['instant qu'il a invoque ce nom plein de
force et de gfenerosite' ? Quel est l'homme, dont
I'esprit tloltant et irresolu n'a pas ete fixe aussitdt
par 1'inTOcation de ce nom, qui porte la clarte et la
a Saint Augustin rapporte la meme cbose de lui-meme dans
ses confessions, lhre in. chapitre IV. an sujet de la lecture
d'un livre de Hortensius. i II n'y avait qu'une chose dans tout
ce beau langage qui me faisait peine e'est que le nom de Jl'*us-
(llirist ne s'y trouvait point ; or tuut ecrit oit ce noun fait de-
faut.quelque bien ecrit. soigne et veridique qu'il soit, ne saurait
me ravir tout entier.
lumiere dans fame? Enfin, quel esl celui, qui, se
si'iitaut deeourai;f par nuhei'sito, et prdt a SUC-
comber, n'a pas repris une nouvelle vigueur an
seul son de ce nom secourable '.' ce sont la les lan-
gueurs et les maladies de I'ame, et il en est le re-
mede. On peul justilier cequeje Jis par ces paro-
les : o Invoquez-moi, dit-il, au jour de votre afflic-
tion , et je vous d61ivrerai . et vous m'honorerez
/'■ ■■'. mm, 15 . o 11 n'y a rien qui soit plus pro-
pre a arrfeter 1'impetuosite de la colere, a abaisser
l'enflure de l'orguc I, a guerir les plaies de I'envie
a retenir les debordements de l'impurete. aetein-
dre le feu de la couvoitise, it apaiser la soil' de
I'avaricc et a bannir tousles desirs honteux et de-
-. car lorsque je nomme Jesus, non-seule-
ment je me reprtsente un homme doux et hum-
ble de coeur, bon, sobre, chaste, misericordieux
orne enlin de toutes sortes de vertus, et je me le
represente encore comme Dieu tout-puissant, qui
me guerit par sun exenqde, et me fortifie par son
set ours. Voila ce que me dit le nom de Jesus. Ainsi,
en tant qu'homme, il me donne un exemple a imi-
ter, et, en tant que tout-puissant, il est pour moi
un secours qui m'assiste : je me sers de ses exem-
ples comme d'herbes medicinales, et du secours
comme d'un instrument pour les preparer ; et je
fais une sorte de compose, tel qu'aucuu medecin
n'en pent faire de semblable.
7. 0 mon ame, vous avez un antidote excellent
cache dans le vase du nom de Jesus, un antidote
salutaire, un rente. le efficace et souverain contre
toutes vos maladies. Ayez-le toujours dans voire
sein, ayez-le toujours sous la main, alin que toutes
vos affections et toutes vos actions soient dirigees
vers Jesus. Vous y etes meme invitee par ces
paroles : « Mettez-moi, dit-il, comme un eachet sur
voire coeur: comme un cachet sur voire bras
{Caul, vin, 6). » Mais nous expliquerons ce passage
ditur. Si scribas, non sapit mihi nisi legero ibi Jesum.
Si disputes aut conferas, non sapit mihi. nisi sonuerit
ibi Jesus. Jesus mcl in ore, in aure melos, in corde
jubilus. Sed est el medicina. Tristatur aliquis vestrum?
Venial in cor Jesus, el hide saliat inos; et ecce ad
exortum nominis lumen, nubiliim oinne dilTugit, redit
serenum. Labitur quis in crimen, etirrit insuper ad
laqueum mortis desperando? Nonne siinvocet aomen
vita;, confestim respirabit ad vitam T Cui aliquando stetit
ante faciem salutaris nominis duritia (tit assolel) cordis,
ignavia? torpor, rancor animi, languor acedia; ? Cui fons
siccalus lacrymarum, invocato Jesu, non continuo
erupit uberior, fluxil suavior? Cui, in periculis palpi-
lanti et trepidant*!, invooatum virtulis nomen non statim
fiduciam prseatitit, depulit metum? Cui, qua>so, in
dubiis aestuantj et fluctuanti, nonsnbitoad invocationem
iris nominis emicuitcertitudo?Cui in adversis diffi-
deitti, jam jamque deflcienti, si nomen adjutorii sound,
defuit fortitudo? Nunirnm morbi el languores animal
isti sunt, illud medicina. Denique et probare licet : In-
voca me, inqtiif, in die Iribulaiionis : eruam le, el hono-
. Nihil ila irai impelum cohibet, superbia?
tumorem sedat, sanal livoris vulnus, restringit laxuris
fluxum, exstinguil libidinis Qammam, silim temperat
avaritiae, ac lolius indecoris fugal pruriginem. Siquidem
cum nomino Jesum hoiiiinem, mini propono initem et
humilem corde, benignum, sobrium, caslum, miseri-
cordem, el omni denique honestate ac sanctitate conspi-
cuum, eumdemque ipsum Ileum umnipolentem, qui
suo me et exemplo sanel, et roboret adjntorio.
omnia sinml mihi sonant, cunt insonueril Jesus. Sumo
itaque mihi exempla de nomine, et auxilium a potente;
ilia tanquam pigmentarius species, boc tanquam unde
acuatn eas : et facio Bonfeclionetn, cui similem medico-
rum nemo -it.
1. Hoc tibi electuarii habi , o anima mea, rce -
ditum in va ibuli hujus, quod est Jesus, •
ferum eerie, quodquc nnlli tanquam pesti tuarinveniatnr
inefflcax. Semper tibi in skin sit, semper in manu, quo
tui otunes in Jesum et sensus dirigantur, et actus. Uc-
SEIZ1EME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
199
Jesus est
plac6 au-
dessus de
ailleurs. Maintenant vous avez un remede pour
votre bras et pour voire cceur. Vous avez, dis-je,
dans le noni de Jesus, de quoi vous corriger de vos
mauvaises actions, ou perfectionner celles qui sont
defectueuses ; de meme que vous avez de quoi pre-
server vos afTeclions de la corruption, ou de quoi
les guerir si elles se corrompent.
8. La Judee a eu aussi quelques Jesus, mais c'est
en vain qu'elle se vante de leurs noms, puisqu'ils
ous ceux qui n'oni aucune vertu. Car ils n'eclaireut point, ils ne
poitenl ce r
nom. nourrissent point, ils ne guerissent point. Voili
pourquoi jusqu'a cette heure , la Synagogue a
toujours ete dans les tenebres, languissant de faim
et tombant de faiblesse. Et elle ne sera point guerie
ni rassasiee jusqu'a ee qu'elle sacbe que mon Jesus
est le dominateur souverain de Jacob et detoute la
terre, qu'elle se convertisse enfin, qu'elle soutTre
une faim pareille b. celle des chiens affames, et
qu'elle tourne a I'entour de la ville. Ces Jesus ont
elt'' envoyes comme Elisee envoya son baton devant
lui pour ressusciter un mort ( iv Reg. iv, 29). lis
n'ont pu expliquer leurs noms, quietaient vides et
prives de vertu. Ee baton fut mis sur le mort, et le
mort n'avait ni voix ni sentiment, parce que ce
n'etait qu'un baton. Celui qui l'avait envoye, est
descendu lui-memc, et aussitot ll a sauve son peu-
pie et l'a purifie de ses pecbes, temoignant qu'il
etail veiitablement ce qu'on disait de lui : « Qui
est celui-ci qui meme remet les pecbes [Luc. vn,
49). » C'est sans doute celui qui dit : Je suis le
saint du peuple. Voila la voix, voila le sentiment
qui est revenu, et il est visible qu'il ne porte pas
comme les autres un nom vain et sterile. On sent
la vie repandue dans lame, et Ton ne tail point un
si grand bienfait. Le sentiment est au dedans, et
la voix au debors. Je suis touche de componction,
et j'en rends des actions de graces, et ces actions
de graces sont une marque de la vie que j'ai
recouvree. « Car un mort ne rend pas plus graces
que celui qui n'est point (Eccle. xvn, 26). n Voila
la vie, voila le sentiment. Je suis parfaiteuient
ressuscite ; ma resurrection est entiere. Quand le
corps est-il mort, n'est-ce pas lorsqu'il est prive de
sentiment et de vie 1 Le peche qui est la mort de
Fame ne m'avait laisse ni le sentiment de la com-
ponction, ni la voix de Taction de graces, et j'etais
mort. Celui qui remet les peches vient, me rend
l'un et l'autre ; et dit a mon ame : « Je suis votre
salut (Psal. xxxiv, 3). >> Quelle merveille que la
mort cede la place a la vie qui descend du ciel ? La
foi interieure justifie, et la confession exterieure
sauve {Rom. x, 10). L'enfant bailie, il bailie meme
sept fois (iv. Reg. iv, 35), et dit : Sept fois le jour
j'ai cbante vos louanges, Seigneur {Psal. cxvm,
164). Considerez ce nombre de sept. C'est un nom-
bre sacre, il n'est pas sans mystere. Mais il vaut
mieux que nous reservions ceci pour un autre dis-
cours, afln que nous nous approcbions avec grand
faim, non avec degoiit, de ces mets si excellents aux-
quelsnous invite l'Epoux de l'Eglise, notre Seigneur
Jesus-Christ, qui etant Dieu est eleve au dessus de
toutes choses, et beni dans tous les siecles des
siecles. Ainsi soit-il.
SERMON XVI.
La Contrition du. cceur. II y a trois especes de
confessions vcritables.
1. Que veut done dire ce nombre sept? Car je ne
nique et invitaris : Pone me, inquit, signaculum in corde
tuo, signaculum in brachio luo. Sed hoc alias. Nunc
vcro babes uridu el brachio medearis, et cordi. Habes,
inquam, in nomine Jesu, unde actus tuos vol pravos
coi'rigiis, vet minus perfectos adimpleas; itemque uncle
tnos sensus aut serves, ne corrumpantur ; aut, si cor-
rumpantur, sanes.
8. Habiiit et Juda"a quosdam Jesus, quorum vaouis
gloriatur vocabulis. Ilia enim uec lucent, nee pascunt,
nee medenlur. Idcirco Synagoga in tenebris est usque
adhuc, fame et infirm itate laborans; et non sanabitur
nee satiabitBr, quousque sciat meum Jesum dominari
Jacob et finium lerrae, et convertatur ad vesperam, et
famem paliatur ut canes, et cireumeat civilatem. Et illi
quidem praemissi sunt, tanquam baculus ad mortuum
prophetam praeveniens, et sua interpretari nomina ne-
quiverunt; vacua quippe erant. Superpositus mortuo
baculus est, et non erat vox neque sensus, quoniam
baculus erat. Descendit qui baculum misit : et moxsal-
vum fecit populum suum a peccatis eorum, probans se
esse quod dicebatur : Quis est hie qui etiam peccala
dimiltit? Nimirum qui dicit, Salus populi ego sum.
Jam vox, jam sensus est ; et patct eum non inane por-
tare nomen instar priorum. Sentitur infusa salus, et
benelicium non tacetur. Intus sensus, foris vox. Com-
pungor, et confiteor, et confessio vilam indicat : A
mortuo enim, tanquam qui non est, peril confessio. Ecce
vita, ecce sensus. Suscitatus pcrfecte sum, Integra est
resurrectio. An aliud»mors corporis est, nisi cum sensu
privatur et vita? Peccatum, quod mors anim* est, nee
compunctionis mini sensum, nee confessionis reliquerat
vocem, el eram mortuus. Venit is qui peocata dimittit,
et utrumque restituit, et dicit animae meae : Sulus tua
ego sum. Quid mirum si cedit mors, ubi Vila descendit 1
Jam corde creditur ad justitiam, et ore confessio fit ad
salutem. Jam oscitat puer, et oscitat septies, et dicit :
Seplies in die laudem dixi tibi Domine. Videte huno
septenarium. Sacer numerus est : non vacat. Sed
melius hoc alii servamus sermoni, quo famelici et non
fastidiosi ad tam bonas epulas accedamus, invitante
nos Sponso Ecclesiae Domino nostra Jesu-Christo ,
qui est super omnia Deus benedictus in sascula. Amen.
SERMO XVI.
De cordis contritione; et de tribus speciebus vera
confessionis.
1. Quid sibi ergo vult scptenarius iste? Nescio enim
200
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Eiplication
da nombre
sept.
crois pas qu'il y en ait d'asscz simples parmi nous croyais, je le < onfesse, qu'un seul sermon sufiirait
pour s*imaginer que ces sept mis que 1 'enfant a pour cela, (pie nous passerlons aisement cette foret
bailie ne signifient rien, et que ce nombre est sombre et ombreuse d'allegories, et ipi'en un jour
fortuit. Je ne crois pas nu'ine que ee Put sans nous pourrions arriver aux plaines agreables des
mystere que le propbete Elisee se coucha sur Ten- sens moranx. Mais il en a ete autreinent. Nous
fant mort, se rapetissa a la mesure de son corps, avous deja marche deux jours, ct il reste encore du
mit la bouche sur sa bouche, les yeux sur ses yeux, chemin a faire. [/mil, de loin, pircourail en un
etles mains sur ses mains (vi. /%. iv, 34). Le moment le faite des rameaux, et les sommets des
Saint Esprit a voulu que toules ees clioses arrivas- montagnes, mais il ne voyail pas la vaste profon-
sent de cette sorte, et qu'on les ecrivit aussi de deur des vallees, et l'epaisseur des buissons et des
menie, pour 1'instruction sans doute de ees esprits laillis. Pouvais-je prevoir, par exemple, que, en
que la soeiete" malheureuse de leurs corps tout parlant de la vocation des Gentils, et de ("exclusion
pleins de corruption a seduits, etque la folle sagesse des Juifs, le miracle d'filisee viendrait se presenter
du monde a rendus insenses. Car le corps qui se tout-a-coup a ma penste? Mais puisqu'i] curst
corrompt appesanlit Fame, et cette demeure de arrive ainsi, arretons-nous-y un peu. Nous repren-
terre et de boue abat l'esprit qui vent s'elever par drons ensuite le sujct que nous avons quitte. Aussi
la sublimite de ses pensees (Sap. vi, 15). Que bien celui-ci n'est pas moins que l'autre la nourri-
personne ne s'etonne done et ne se facbe si je ture des araes. Ne voyons-nous pas qu'il arrive
recherche avec curiosite a decouvrir ces cboses, qui souvent aux chiens et aux cbasseurs de laisser la
sont comme les tresors du Saint Esprit. C'est en bete qu'ils poursuivaient, pour eourir apres une
cela que consiste la veritable vie, et mon esprit n'en autre qui s'otl're inopinement.
a point d'autre que de semblables mysteres. Quant 2. C'est une chose qui ne me donne pas peudecon-
Tl 8*6X01186
de ses lon-
gueurs.
a ceux qui me previennent deja par kur vivacite,
et qui dans toute sorte de discours de.mandent la
fin, avant presque d'avoir oui le commencement,
qu'ils saebent que je me dois aussi aux plus lents,
et meme que je me dois encore plus a eux qu'aux
fiance, de voir que ce grand prophete, puissant en
ceuvres et en paroles, descendu des cicux comme
d'une haute montagne, ait daigne me visiter, moi
qui ne suis que cendre et poussiere ; a eu compas-
sion de moi lorsquc j'etais morl, s'est couche sur
Elysee res-
suscitant uu
enfant est la
figure* de Je-
sus-Cbiist.
Ce que saint
Bernard se
propose, c'est
moins d'ex-
poser le sens
de l'ftcriture
que de tou-
cher les
cceurs.
autres. D'ailleurs j'ai beaucoup moins a cceur moi, s'est rapetisse, s'est proportionne a ma peti
d'expliquer les paroles que je propose que de tou- tesse, a eclaire mes yeux par la lumiere des siens,
cher les cceurs. 11 faut que je puise l'eau, et que je a delie ma bouche muette par un baiser de Sa
la donne a boire, ce qui ne se fait pas en par- propre bouche, et fortifie, par son attoucheraent,
couraitt les choses a la hate, mais en les trailant mes" mains faibles et dehiles. Je pense aces ma-
avec exactitude et en y reveuanl souvent. II est melles, et je suis comble d'une douceur ineffable,
vrai que je ne pensais pas moi-meme que l'examen mon cceur est rempli de joie, mon ante en recoit
de ces mysteres nous dut retenir si longtemps. Jb une nouvelle vigueur, et tout ce qu'il y a de plus
Ce que Jesus
f.nl dans
le co3ur, dans
la bouulie
ct dans les
mains.
an Ha simplex quispiam in nobis sit, qui otiosas esse
has vices, et nbnierum hunc putet fortuitum. Ego nee
illud vacare reor, quod Propheta incumbens super mor-
tuum, ad mensurara puerilis corporis sese oontraxit, os
suum ori illius coiijunxit, oculisnue oculos, et manibus
manus. Spiritus-Sanctus sic omnia fieri, et sic scribi
fecit, ad eruditionem proculdubio illorum spirituum,
quos corrupti corporis circumvenit infida societas, ac
stulta mundi sapienlia desipere docuit. Corpus quippe
quod corrumpitur, aggravat animam ; et deprimit ter-
rena inhabitatio tension multa cogitantem. Propterea
nemo miretur out molcstc accipiat, si in his scrutandis,
tanquam quihusdam Spiritus-Sancti apothecis, curiosus
exsisto, cum sciam quia sic vivitur, et in talibus vita
spiritus mei. Dico tamen his qui pravolantes ingenio,
in omni sermonc anteprene fiat;ilanl finem, quam prin-
cipium teneant, debiturem me eliam lardioribus esse,
et maxime; sed nee studium tarn esse mihi ut cxponam
verba, quam ut imbuain corda. Et haurirc, et propinare
me oportct :-quod non fit ccleriter percurrendo , sed
tractando diligentcr, et exhortando frequenter. Quam-
quam et prater spem quoquc mcain diu nos discussio
dctinuit sacramentorum. Putavi, fateor, unum ad hoc
ermonem sufficere, silvamque istam umbrosam, lale-
brosamque allegoriarum perlransire nos cito, et ad pla-
nitiem moralium sensuum itinere diei quasi unius per-
venire : sed secus oontigit. Biduum quippe jam in co
expendimus, et adhuo restat via. Ictus oculi eminus
summitales ramorum et montium cacumina pcrvolali.il ;
sed vadium suhterjacens vastilas, et densilas dunicto-
rum fruslrabalur ubtutus. Numquid, verbi gratia, Elisaei
miraculum prajvidcre valebam, quia nobis videlicet de
Gentium vocalione ct repulsione Juda?orum disserenti-
bus, ita de subilo in medium prosilirct? Et nunc,quaa-
doquidem incidimus, nos pigeat nonpaululum immorari,
consequenter ad id quod inlernuttimus poslca reveisu-
ros. Siquidem animarum cibus nihilominus est iste.
Canibus quoque ac venatoribus plerumquft contingit a
bestia, quam aggressi erant, desistere; ct sequi aliam,
qua; inopinantibus forte occurrerit.
2. Non parvum fiduciaB robur prsstat nubi, quod
magnus ille vir propheta, potens in opere, et sermone,
de excclso monte ccclorum descendens, visitore dignatus
est me, cam sim oinis et pulvis; misereri mortuo, incli-
nare se jacenli, contrahi ct coaequari parvo, ca?co par-
tiri lumen oculorum suoruui, et os iuutum oris projuii
osculo solvere, debilesque manus suarum roborare con-
tactu. Suaviter rumino isla ; ct rcplentur viscera mca, et
SE1ZIEME SERMON SUR LE
iulerieur en moi, en rend a Dieu des actions de
graces infinies. 11 a fait une fois ces choses par
loull'univers, et chacun sent qu'il les fait encore
tous les jours au dedans de soi. Chacun sent qu'il
donne a son cceur la lumiere de l'intelligence, a sa
boucbe des paroles d'edificatiou, et a ses mains des
oeuvres de justice. C'est lui qui nous donne la
grace d'avoir de bonnes pensees, de les expliquer
utilement, et de les executer avec fidelite. C'est
Quel est le la ce lien a trois cordons difficile a rompre
lien a L
trois cordes et dont n se sert pour tirer les ames de la prison
predicateurs. t,u liable et l)0llr les attirer apres soi dans le
royaume des Cieux ; il consiste en trois choses : a
avoir des sentiments purs, des discours utiles, et
des sentiments etune vie conformes a nos discours.
Il a touche mes yeux avec les siens, en ornant le
front de l'homme interieur des deux clairs ilam-
beaux de la foi et de l'intelligence. 11 a uui sa
bouche a la mienne, et imprime ce signe de paix
sur un mort. Nous etions, en effet, pecheurs et
morts a la justice, et il nous a reconciles avec
Dieu. II a applique sa bouche sur ma bouche, en
soufflant de nouveau sur mon visage, l'esprit de
vie, mais d'une vie plus sainte qu'il n'avait fait
d'abord. Car la premiere fois il crea en moi une
anie vivante, mais la seconde, il y a forme un es-
prit vivitiant. II a mis ses mains sur les mieiines,
en me donnant l'exemple des bonnes oeuvres, et le
rnodele de I'obeissanee ; ou du moins il a employe
ses mains a des choses fortes, afin de dresser mes
Sens mysti- mains au combat, et mes doigts a la guerre.
me des sept 3. Et l'enfant dit-il, bjilla sept fois. II sufiisait
de renfaat. pour 1 eclat du miracle qu'il eut bailie une seule
fois. Mais cette multiplicite. et ce nombre remar-
quable nous avertissent d'un mystere. Si vous con-
CANTIQUE DES CANTIQUES. 201
siderez ce grand corps detout le genre humain qui
etait mort, vous trouverez que l'Eglise, des qu'elle
a recti la vie du Prophete qui s'est couche sur elle,
a bailie sept fois , car elle a coutume de chanter
les louanges de Dieu sept fois le jour. Et si vous
vous considerez vous meme, vous reconnaitrez que
vous vivez de la vie spirituelle, et que vous accom-
[ilissez ce nombre mysterieux, si tous soumettez les
cinq organes de la sensualite, aux deux proprietes
dela charite, et si, selon l'Apdtre, vous faites servir
vos membres a la justice, en ne les employant
qu'a des usages saints, tandis que, auparavant,
vous les avez fait servir a l'iniquite ; ou bien si,
usantdevos cinq sens pour le salut du prochain,
vous ajoutez, pour achever le nombre de sept,
ces deux choses, louer Dieu de sa misericorde et de
sajusti :.
U. J 'ai encore sept autres baillemenls, qui sont Sept signes
sept experiences, sans lesquelles 1 on ne pent pas Traie r^iar.
etre assure qu'on ait recouvre la vie. Quatre re- rection.
gardent le mouvement de la conponction, et les
trois autres concernent le son exterieur de la con-
fession. Si vous vivez, si vous avez de la voix, si
vous avez du sentiment, vous reconnaitrez en vous
ce que je viens de vous dire. Or sachez que vous
avez recouvre le sentiment, si vous seutez votre
conscience vivement touchee de quatre sortes de
componctions, je veux dire d'une double pudeur,
e"t d'une double crainte. Car la triple confession
dont nous parlerons ensuite, et qui acheve le nom-
bre sept, est un temoignage assure d'une veritable
resurrection. Le saint prophete Jeremie n'observe-
t-il pas aussi ce nombre dans ses lamentations.
Et vous aussi, dans celles que vous ferez pour vous-
menie, gardez cette forme qu'il vous a prescrite,
interiora mea saginantur, et omnia ossa raea germinant
laudem. Hoc semel contulit universilati : hoc quotidie
singuli in nobis aclitari sentimus, et cordi scilicet tribui
inlelligentiae lumen, et ori aedificationis verbum, et
manibus opus justitiae. Dat sentire lideliter, dat proferre
utiliter, dat efficaciter adimplere. Et est funiculus triplex
qui difficile rumpitur, ad extrahendas animas de carcere
diaboli, et traliendas post se ad regna coelestia, si recle
sentias, si digne proloquaris, si vivendo confirmes. Ocu-
'al. lanquam ];s sujs tetigit meos, interioris hominis frontem * Claris
luminaribus ornans, lide et intellectu. Ori meo junxit
suum, et mortuo signum pacis impressit : quoniam cum
adhuc peccatores essemus, reconciliavit nos Deojustitia?
mortuos. Os ori applicuit, iterato inspirans in faciem
meam spiraculum vitae, sed sanctions quam primo. Nam
primo quidem in animam viventem creavit me : secundo
in spritum vivificantem reformavit me. Manus suas meis
superposuit, exemplum prEebcns bonorum operum, for-
mam obediential. Aut certe manus suas misit ad fortia,
ut doceret manus meas ad prceliurn, et digitos meos ad
bellum.
3. Et oscilavit, inquit, puer septies. Sufficiebat ad
gloriam manifestandi miraculi oscitasse semel : sed
multiplieitas et insignis numerus mysterii admonent. Si
illud ingens universi humani generis primum quidem
exanime corpus aitendas, vides ubique Eccle»iam, ex
quo vitam Piopheta incumbente recepit, quasi septies
oscitare : quia septies indieinlaudem dicere consuevit. Si
teipsum advertas, in hoc te noveris vita vivere spirituali,
ac mysticum hunc implere uumerum, si sensnalitatis tua?
quinarium cliaritatis binario subjici?, exbibesque juxta
apostolum membra tua servire justitiae in sanctificatio-
nem, quaj prius exbibuisti servire iniquitati ad iniqui-
tatem : aut certe si eumdem quinarium proxiinorum
saluti impertiens, ad perficiendum septenarium duo
haec adjicias, misericordiam sciheet et judicium cantare
Deo.
4. Habeo et alias septem oscitationes, septem videlicet
experimenta, sine quibus vera et certa sales redivivi
spiritus minime constat : quatuor ad sensum compunc-
tionis, tria ad cont'essionis sonum pertinentia. Si vivis,
si vox, si sensus est, tu quoque eadem in te recognoscis.
Porro sensum ex inlegro recuperasse le scias, si tuam
conscientiam quadruplici sentis couipunctione morderi,
pudore gemino, et gemino metu, nam vitam ad perfi-
ciendum septenarium triplex confessii aia species atles-
talur, de quibus postea videbilur. Nonne et sanctus
Jeremias in suo planctu observat bunc numerum? Et tu
202
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
Quatre motifs
de contri-
tion.
pensez que Dieu est votre createur, votre bienfai-
teur, votre Pere, votre Seigneur. Vous fetes crimi-
nel .'t l'fegard de toutes ces qualites, pleurez done
en pensant a chacune d'elles. Que votre crainte res-
ponded lapi emiere et a la derniere, el lapudeuraux
deux du milieu. On necraint point unpere, parce qu'il
suflit d'fetre pere pour n'etre point craint ; car il
1 1 chair thil. vi, 2), je ue recueillerai de la chair
((no la corruption, et si e'est dans le momle,
le monde passe avec ses convoitises. (I Joan,
if, 13). Comment cst-il possible que j'aie
eti'' si malheureuz et si insens§ que de n'avoir
point rougi de prfeferer a l'amour et a l'honneur
que je devais a re Pere et»rnel, des biens caducs et
estdela boute d'un pere d'avoir toujours pitie de veins, qui ne sont rien, et qui se terminent a la
C'est un Pere
qui
est offeDse.
ses enfants, et de leur pardonner ; et lorsqu'il
frappe il se sert de la verge, non du baton, et il
guerit lui-metne les plaies qu'il a faites. Voici la
v.iix d'un pere, «je Crapperatel je gu6rirai apres
avoir frappe [Deut. \\\n. 39). » Vous n'avez done
rien a craindre de ce pere, puisque s'il frappe
quelquefois c'est pour corriger, jamais pour se
venger. Uais lorsque je pense que j'ai offense ce
Pere celeste, bien quejen'aie rien a craindre, j'ai
neanmoins sujet d'etre louche de bonte. 11 m'a en-
Deli on sen-
timeot de
bonte.
mil ? Je suis honteux et confus en entendant ces
paroles : « Si je suis Pere, oil est l'honneur qu'on
me doit. [Moloch. i, 6). »
">. Mais qnand il ne serait point Pere ? ne m'a-t-
il pas comble de bienfaits? Sins parler d'un nom-
bre ititini d .nitres faveurs, il prodnit tous les jours
contre moi, pour temoins de mon ingratitude, la
nourriture de ce miserable corps, 1'usage du temps,
et par dessus tout, le sang de son cber fils. dont la
voix s'eleve de la terre pour me confondre. J'ai
gendre volontaiivment par la parole de la verite, honte de cette extreme ingratitude, et pour com-
non par le plaisir d'une volupte , comme celui
qui m'a engendre selon la chair. De plus,
il n'a pas epargnfe son Fils unique pour moi
qui suis de cette sorte. ('.'est ainsi qu'il m'a trade
veritablement avec toute la tendresse d'un pere,
mais je n'ai pas agi envers lui avec 1' affection et la
re tonnaissance d'un tils. De quel front done un si
mauvais fils peut-il lever les yeux sur un si bon
Pere ? J'ai honte d'avoir fait des choses si peu di-
gnes de mon origine ; j'ai bonte d'etre degenere
d'un tel Pere. Mes yeux,versez des ruisseaux de
larmes. Que mon visage soit convert de honte et de
confusion, qu'il soit rempli d'obscurite et de tene-
bres ; que ma vie s'eteigne, et que je passf le reste
de mes jours dans les gemissements et dans les lar-
mes. 0 honte. helas ! quel fruit ai-je tire des cho-
ses dont maintenant je rougis ? Si j'ai seme dans
ble de confusion, je suis encore convaincu d'avoir
rendu le mal pour le bien, et la haine pour
l'amour. Je n'ai rien a craindre, il est vrai, d'un
bienfaiteur, non plus que d'un pere. Car il est
veritablement liberal, il donne avec abondance, et
ne reproehe jamais ce qu'il a donne. II ne reprocbe
point ses dons, parce que ce sont vraiment des
dons, et qu'il ne vend pas ses faveurs, mais les
donne. Et d'ailleurs lis sont sans repentir. Mais
plus j'ai des sentiments favorables de ses largesses,
plus je suis oblige d'en avoir de vils et meprisables
de mon indignite. 0 mon Ante, rougis de boute, et
sois accablee de douleur. Car s'il ne convient pas a
sa bonte et a sa magniQcence de redemander, ou
de reprocber ce qu'il a donne, il convient encore
moins a la bienseance et a l'honneur d'etre ingrat
et oublieux de tant de bienfaits. Helas ! que ren-
C'est nn
bienfaiteur
qui est
huniilie.
De la encore
un senti-
ment
de honte.
igitur in tua pro te lamentatione formam habens pro-
pbelicam, Deum cogita Factorern tuum, cogita et 1 1
faclorem, cogita Palrcm, cogita Dominium. Ad omnia
reus es : plangc per singula. Ad primum et ultimiim
respondeat timor tuus : ad duo media pudor, Pater
sane non mctuitur, cum paler sit. Patris enim est mise-
reri semper et parcere. Et si perculit, virga non
baculo percutit ; et cum percusserit, sanat. Paterna
vii v. est Percutiam , el ego sanabo. Non est
proinde quod a patre formides , qui elsi quan-
doque feriat ut emendct, nunquam tamen ut vindicet.
At vero cogitantem quod Patrem offendcrim, est certe
quod pudcat, ctsi non quod terreat. Voluntarie genuit
me verbo veritnlis, non stimulo carnalis cupidilatis
excussit, quemadmodum genilor earnis mese. Deinde
eliam non pepercit Unigenito pro sic genito. Ita ipse
quidem Patrem se exhibuit mihi, sn] non ego me illi
vicissim (ilium. Quanam fronte attollo jam oculos ad
viiltum Patris lam buui, tam mains lilius? Pudetdndigna
gessissc gencrc meo, pudet (anto Patre vixisse degene-
rem. Exilus aquarum deducite oculi mci : operiat con-
fusio faciem meam, vultum meum pudor suflundat,
occupetque caligo. Deficiat in dolore vita mea, el anni
mei in gemilibus. Proh pudor! qucm fruclum babni i
quibus nunc erubesco ? Si in carne seminavi, de carne
Don metam nisi corruptjonem ; si in mundo, et ipse
transit, et concupiscentia ejus. Quid? Caduca, vana, et
prope nulla, et quorum finis mors est, infelix et insanus
prxferre non erubui sterni Patris amori et honori.
Confundor, confundor audire : Si ego pater, ubi est
honor metis?
5. Sed et si Pater non esset, obrueret me beneficiis.
Instaurat adversum me testes (ut alia innumera taceam)
liujus corporis victum, et usum temporis hujus,et super
omnia sanguinem dilecti Filii clamantemde terra. Pudet
ingralitudinis, quanquam ad confusionis cumulum, ar-
guar etiam reddidisse mala pro bonis, et odium pro
dilectione. Minime quidem mihi a Benefactore, sicut
nee a Patre limendum. Verus quippe benefieusest.dans
affiucnler, et non improperans. Non improperat dona,
quia dona sunt : et beneticia sua mihi dedit, non ven-
didit. Denique sine prrnilentia sunt dona ejus. Atquanto
de illo benignius, tanto de me indignius sentire cogor.
Erubesce, et dole nihilominus aninia mea : quoniam
etsi ilium mm repetere el non improperare decel, nos
tamen omnino dedecet ingratos immemoresque exstitisse.
SEIZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
203
C'est lo Sei
gneur
qui est
offense.
Beta
la crainte.
drai-je an rnoins maintenant du. Seigneur pour tant
de graces que j'ai recues de lui ?
6. Mais si je ne suis point touche de honte, que
je sois an moins saisi de crainte ; et qu'elle vienne
an secours de la honte. Mettons un pen de cote les
noms tendres-de bienfaiteur et de pere; et tour-
nons-nous vers d'autres plus austeres. Oar si nous
lisons qu'il est le Pere des misericordes et le Dieu
de toute consolation (11. Cor. i, 3); nous lisons
aussi, qu'il est le Seigneur et le Dieu des vengean-
ces (Psal. xcui, 1) ; qu'il est ud juge juste et puis-
sant (Psal. vn, 12) ; terrible dans la conduite qu'il
licul sur les enfants des bommes (Psal. r.w. 5) ; un
Dieu jaloux. C'est pour vous qu'il est pere et bien-
faiteur, c'est pour lui qu'il est Seigneur et Createur.
(Exod. xx, 5). Car c'est pour lui qu'il a fait toutes
choses, selon que l'Ecriture sainte nous le temoi-
gne. Croyez-vous done que celui qui defend et con-
serve avec tant de soin ce qui est a vous, ne sera
point jaloux de ce qui est a lui? Croyez-vous qu'il
ne recberchera pas 1'honneur du comrnandement
et de la souverainete ? L'impie a irrite Dieu contre
lui, parce qu'il a dit en son cceur : « II ne recher-
chera pas (Psal. ix, 1). » Car, qu'est-ce «jue dire en
son cceur, « il ne recherchera pas, » sinon ne pas
apprebender qu'il recbercbe? Mais il recberchera
jusqu'au dernier denier ; il fera une recherche tres-
exacte , et punira rigoureuseraent les hommes
vains et superbes. II demandera le service a celui
qu'il a rachete ; l'honneur et la gloire a celui qu'il
a cree.
7. II dissimulera et pardonnera comme Pere et
comme bienfaiteur, je le veux bien, mais non pas
comme createur et comme seigneur. Et celui qui
epargnera un f lis, n'epargnera pas un mauvais
serviteur, l'ceuvre de ses mains. Considerez com-
bien c'est une chose terrible et pleine d'horreur
d'avoir meprise votre createur, et le createur de
tout le monde ; d'avoir offense le Seigneur de
majeste. I. a Majeste doit etre redontee ; un Sei-
gneur doit etre craint, mais principalement une
telle majeste, un tel seigneur. Car si les lois des
bommes, condamnent au dernier supplice celui qui
se trouve coupable de lese-majeste envers un
homme , quelle sera la fin de ceux qui meprisent
la toute puissance d'un Dieu? S'il touche les mon-
tagnes, ellessontembrasees [Psal. exun, 5) ; et une
vile poussiere, qu'un leger soufle peut disperser en
un moment, sans esperances d'etre jamais re-
cueillie, ose irriter une majeste si redoutable. Celui
qu'il faut craindre, oui, je le repete, celui qu'il
faut craindre, c'est celui qui, apres avoir tue le
corps, a le pouvoir de l'envoyer dans les flainmes
eternelles (Luc. xn, 5). Je redoute Tenter, je re-
doute le visage de mon juge que redoutent les
anges menie. Je tremble a la seule pensee de la Crainte dn
jugement
colere du Tout-Puissant, de la fureur qui eclatera demier
sur son visage, du bruit epouvantable que fera le et de lenfer-
monde en s'ecroulant, de 1 'embrassement de l'univers,
d'une tempete si terrible, de la voix de l'archange,
et de sa parole pleine d'horreur et d'effroi. Je trem-
ble en soncieant aux dents du dragon infernal, aux
cachots ali'reux de l'enfer, aux lions rugissants tout
prets a devorer leur proie. Je redoute ce ver qui
ronge, ce fen qui bride sans cesse, cette fumee,
cette vapeur, ce soulfre, ces tourbillons de flammes,
cis tenebres exterieures. Qui mettra une fontaine
dans ma tete, et une source de larmes dans mes
yrnx, atin que, par mes pleurs, je previenne ces
pleurs eternels, ces grincements de dents, ces
Heu ! quid vol nunc tandem rctribuam Domino pro om-
nibus qua: retrihuit mibi?
6. Quod si segnior forte suas partes minus exscqnitur
pudor, timor sane excitetur in ad ju tori inn. Excitetur,
ut excitet. Sepone parum via vocabula Benefactoris et
Patris, atque ad austeriora convertere. Nempe qui legi-
tur Pater mixericordwrum, et Deus totius consolationis ;
legitur nihilominus Deus ultionum Domimts; legilur
Deus judex Justus et fortis; legitur terribilisin conciliis
super filios hominum; legitur Deus zelans. Quod pater
est, quod beneficus est, tibi est : quod Dominus ac crea-
tor, sibi ; etenim propter semetipsum fecit omnia, scrip-
tura teste. Qui ergo quod tuum est tibi defendit ac
serval ; putas, et pro se aliqtiando non zelabit? putas
sui non requiref principatus honorem ? Propter hoc
irritant impius Deum, quia dixit in corde suo, Non
requiiet. Et quid est in corde suo dicere , non requiret,
nisi non metuere quod requirat? Sed requiret usque
ad novissimum qnadrantem : requiret et retribuet
abundanter facieniibus superbiam. Requiret a re-
demplo servitium, honorem et gloriam ab eo quern
plasma vit.
7. Esto quod dissimulet Pater, ignoscat Beneficus :
sed non Dominus et Creator ; et qui parcit (ilio, non
parcet figmento, non parcet servo nequam. Pensa cujus
sit formidiniset horroris, tuum alque omnium cuntemps-
tisse Factorem, offendisse Doniinmn uiajestatis. Majes-
tatis est timeri, Domini est timeri, et maxime hujus
majeslatis, bnjusque Domini. Nam si reum regiae ma-
jcsi;iiis, quamvis humanae , humanis legibus plecti
capite sancitum sit : quis finis conlemnentium divinam
omnipolentiam erit? Tangit monies, et fumigant :
et tarn tremendam majestatcm audet irritare vilis
pulvisculus , uno levi llatu mox dispergendus , et
ininime recolligendus ? Ille , ille timendus est, qui
postquam occiderit corpus, potestatem habet miltere et
in gehennam. Paveo gehennam, paveo judicis vultum,
ipsis quoque tremendum angelicis potestatibus. Con-
tremisco ab ira potentis, a facie furoris ejus, a fra-
gore mentis mundi, a conflagratione elementorum, a
tempestate valida , a voce arcbangeli , et a verbo
aspero. Contremisco a dentibus bestiae infernalis, a
ventre inferi , a rngientibus pneparatis ad escam.
Horreo vermem rodenlem, et ignem torrenleui, fu-
mum, et vaporem, et sulphur, etspiritum procellarum :
horreo tenebras exteriores. Quis dabit capiti meo
aquam, et oculis mcis fontem lacrymarum, ut pra-
veniam fietibus fletum , et stridorem dentium , et
204
QEUVRES DE SAINT BERNARD.
Trois der-
niers sicnes
de la resur-
rection.
La confession
a trois qua-
lites.
Blame a l'a-
dresse des
religieux qui
font jactance
des peehes
qu'ils ont
couiwis dans
le monde.
liens, cos onlraves d'airain, ces cbaines pesantes,
qui serrentj qui brulent, et qui ne constituent
poii r.' 0 ma mere, pourquoi m'avez-vous engen-
drfi pour Stre un Qls de douleur, mi tils d'amer-
tume, d'indignation el de gemissements etemels?
Pourquoi m'avez-TOus recueilli sur vosgenoux?
Pourquoi m'avez-vous allaite de vos mamelles?
puisque je ne suis nti que pourbruleret pour
servii d'aliment a un feu qui ne s'etaindra jamais?
8. Cfliii qui est peni-liv de ces uvemeuts a
sans doute recouvre le sentim tte double
crainte, accompagnee de celte >' < ■' leur, lui a
deja cause quatre baillements. II ajoutera les trois
autres qui restent par la voix de la confession; et
alms on ne dim plus de hit qu'il n'a ni voix ni
sentiment; pourvu neanmoinsque cette confession
precede d'un coeur humble, simple el Qdele. Con-
humblement, puremenl el Qdelement, tout
ce qui vous donne des remords de conscience, et
vous avez accompli ce nombre mysterieux. II y en
a qui se gloriflent lorsqu'ils out mal fait, et qui
metlent leur joie en des choses detestables, c'est
d'eux que le Prophete parle, quand il dit : « lis ont
public leurs crimes comme Sodome [Isa. in, 9). »
Mais ne parkins point de ces persounes ici, ce sont
des profanes; or qu'avons-nous affaire de ceux du
debors '?
9. II nous est arrive quelquefois d'entendre des
hommes meme qui out pris l'habit de la religion,
et qui professent la vie monastique, se vanter avec
tine extreme impudence de leurs fautes passees,
comme de s'etre battus en duel, on d'avoir
surmonte leur adversaire dans quelque dispute
fameuse, et autres cboses semblables que la vanite
du monde estime et prise beaucoup, mais qui sont
ttvs-nuisibles, tres-pernicieuscs , et tres-dange-
reuses pour le salut de Time. Ces discours temoi-
gnent qu'on a encore I'esprit du moude; et l'lium-
ble habit que portent ces personnes n'est pas une
preuve du renouvellement de leur vie, mais un
manteau dont ils couvrent leurs ancions deregle-
ments. Quelques-uns racontenl ces choses comme
II y en a
faire pint
tence.
par un sentiment de douleur et de regret, mais qui,ia"t de""
comme ils y recberchent Lnterieurement de la
gloire, il n'effacent pas leurs crimes, ils se trom-
pent seulement eux-memes. Car on ne se moque
poinl de Dieu [Galat. vi, 7). Ils n'out pas depouille
le vicil homme, mais ils le couvrent de nouveau.
Cette confession ne decouvre, necbasse pas le vieux
levain. mais 1'enracine davantage, selon ces paro-
les : « La corruption s'esl inveteree dans mes os,
pendanl que je crie tout le long du jour [Psal. xxxi,
3). » J'ai bonte de rapporter l'elfronterie de quel-
ques mis, qui est telle, qu'ils ne rougissent point
de se vanter, et de se rejouir des choses dont ils
devraienl pleurer : par exemple, que meme dejmis
qu'ils out recu le saint habit de la religion, ils ont
surpris quelqu'un de leurs freres par adresse, et
l'ont trompe dans une telle rencontre, on qu'ils ont
bien relance une personne qui leur disait. des in-
jures, e'est-a-dire, qu'ils ont rendu tierement le
mal pour le mal, et injure pour injure.
10. Mais il y a une confession qui estd'autant plus La confession
dangcreuse, quelle cache sa vanite d'une maniere Mre hu'mbie.
plus subtile, lorsque nous n'apprebendons point de
decouvrir des fautes bonteuses, non parceque nous
sommes humbles, mais aftu qu'on croie que nous le
sommes. On cherche la louange dans l'humilite, ce
n'est pas la vertu, mais le renveisement de l'humi-
lil.' . Celui qui est vraimeut humble, veut etre estime
II y en a qui
sefuot gloire
de leurs
mauvaises
paroles on
de leurs
mauvaises
actions.
manunm pednmque dura vincula, et pondus catena-
rum prementium, stringentium, urentium, nee consu-
menlium? Heu me, mater meal ut quid Die genuisti
filium doloris, (ilium amaritudinis , indignationis et
ploralionis aeternas? Cur exceplus genibus , cur
lactalus ubeiibus, nalus in combustionem, et eibus
ignis?
8. Qui sic afllciltir, sensum procul tlubio recuperavit,
et id induplici metu isto, itemque pudore illoaequedu-
plici habet oscilationes Tres qua1 restant ex
voce confessionia adjiciet, el nequaquam dicetur jamde
eo, quod non sit vox neque sensus : si tamen de corde
humili, simplici, (Idelique processed! ilia confessio.
Omnc ergo quod remordel conscientiam , confitere
bumiliter, pure, fldeliter; et has vices implcsti. Sunt
qui gl \m male fecerint, et exsullant in rebus
is Propheta, peccata sua, inquit,
prcedi - a. Verum lios ab hac dispu-
tatione, lanquaro saeculares amoveo; nam quid ad nos
de bis qui foris sunt ?
9. Q et dc his, qui religiose vestiti, el reli-
gione. <iml , nonnnnqiinm audivimus aliquos
reminisci el jactitare impudentissime mala sua
p raeterita, quae (verbi gratia) aliquando vel fortiter gla-
diatorio, vel argute litteratorio gessere conflictu, seu
alind cpiid secundum mimdi quidem vanitatcm favora-
bile, secundum animae vero salulem nocivum, pernicio-
sum, damnosum. Saecularis adhuc animi indicium est
hoc : el humilis habitus qui gestatur a talibus, non
sauctaB novitatis est meritum, sed priscas vetustatis
operculum. Nonnulli (alia, quasi dolendo et ptenilendo
rememorant; sed gloriam inlenlione caplanlcs, commissa
sua non diluunt, sed seipsos illudunt, nam Dens non
irridetur, Velerem bomim;m non exuerunt, sed novo
palliant. Non proditur aut projicitur veins rermentum
ilia eonfessione; sed statuitur, secundum illud : Invete-
raverunt ossa mea, durn clamarem tota die. I'udet
reminisci quorumdam tantam proterviam, ut non p ideat
eos cum exsultatione lugenda jaclitare, quod et post
susceptum sanctum habitum callide quempiam supplan-
taverint, el circumvenerint in negotio fratrem * : aut
quod talionem pro convicio vel malediclo, id est malum
pro malo; aut maledictum pro maledictio audacter red-
didcrint.
10. Sed est confessio eo pericuiosius noxia, quo sub-
lilius vana, cum ipsa eliam inhonesta el turpia de nobis
detegere non vercmur, non quia humilcs sumns, sed at
esse putemur. Appetere autem de humiblate laudem,
ah suum.
SEIZIEME SERMON SUR LE CANT1QUE DES CAJNTIQUES.
205
La vmie et
la faus'-e
humilite.
ElleJoit etre
simple.
vil et abject, non pas humble. II se rejouit de ce
qu'il est meprise et n'est superbe qu'en ce seal point
qu'il meprise les louanges. Quelle chose plusetrange
et plus indigne que de faire servir a l'orgueil la
confession qui est la gardienne de l'humilite, et de
vouloir paraitre meilleur par cela rueme qui nous
fait paraitre pires? 0 prodige d'orgueil, de ne pou-
voir etre estime saint, qu'en paraissant criminel !
Mais eette confession qui n'a que l'apparence non
la vertu de l'humilite, bien loin denieriterlepanluii
de nos fautes, attire la colere de Dieu sur nous
(I. Reg. xv, 30). Que servit a Satil de confesser son
peche quand il en fut repris par Samuel '? Sans
doute cette confession etait criminelle, puisqu'elle
n'eifaca point son crime, car comment le Maitre de
l'humilite, et celui qui a une inclination naturelle
a donner sa grace aux humbles, pourrait-il rejeter
une humble confession? Certainement, il etait im-
possible qu'il ne se fut laisse ilechir, si ce roi rut
eu dans le cceur l'humilite qu'il temoignait par ses
paroles. Voila pourquoi j'ai dit que la confession
doit etre humble.
11. II faut aussi quelle soit simple. Elle ne doit
point excuser Tintention, si elle est coupable, sous
pretexte qu'elle n'est pas connue des homnie?, ni
amoindrir une faute qui est considerable, ni la re-
jeter sur ks conseils d'autrui ; puisqu'on ne con-
traint personne malgre soi. La premiere de ces
confessious n'est pas une confession, mais une de-
fense, elle n'apaise pas la colere de Dieu, elle l'al-
lume davautage. La seconde'est une marque d'in-
gratitude; car plus on croit qu'une faute est legere
plus on diminue la gloire de celui qui la remet.
Ajoutez a cela qu'on accorde un bienfait d'autant
humilitatis est, non virtus, sed subversio. Verushumilis
vilis vult reputari, non liumilis praedicari. Gaudet con-
temptu sui, hoc solo sane superbus, quod laudes con-
temnit. Quid perversius, quidve indignius, quam ut
humilitatis custos confessio superbiae rnilitet, ct inde
velis videri ruelior , unde videris deterior? Mirabile
jaetantiae genus, ut non possis putari sauctus, si non
apparcas sceleratus. At talis confessio speciem habens
humilitatis, non virtuteru, non solum veniam non mere-
tur, sed et provocat iram. Numquid profuit Saul, quod
se ad increpationem Samuelis peccasse confessus est?
Culpabilis prucul dubio fuit ilia confessio, quae culpam
non diluit. Quando enim humilem contemneret con-
fessionem humilitatis Magister, et cui humilibus dare
gratiam certe ingenitum est? Omnino non poterat
non paacari, si quae in ore sonuit, in corde radiasset
bumilitas. Ecce cur humilem esse debere confessionem
dixi.
11. Opork't autcm esse et simplicem. Non intentio-
nem (forte quia latet homines) excusare delectet, si sit
rea; ncc levigare culpam, quae gravis est ; nee alieno
adurnbrarc suasu, cum invilum nemo coegerit. Priinu.ii
illud non confessio est, sed defensio, nee placat, std
provocat. Sequens monstrat ingratitudinem; et quo
minor reputatur culpa, eo minuitur et gloria indultoris.
moins volontiers, qu'on saitque celui qui le recoit
en sera moins reconnaissant, parce qu'il croit en
avoir moins besoin. Celui-la done se rend mdigne
'In pardon, qui diminue le prix de la grace qu'on
lui vent hire; e'est ce que fout tous ceux qui ta.-
chent d'amoindrir leurs fautes par leurs paroles.
Pour la troisieme, quel'exemple du premier bomme
serve a nous en detoumer. [Gen. m, 2). Car de ce
qu'il n'oblint point le pardon de son crime, bien
qu'il leeonfessat, ce fut sans douie parcequ'ily mela
celui de sa femme. C'est une espece d'excuse d'en
arcuser un autre, quand on nous reprend. Or David
nous apprend qu'il est non-seulement inutile, mais
funeste de s'excuser, lorsqu'on est rejn-i-; 1'sol. cxl,
_'i . Car il appelle ces excuses des paroles de malice,
et prie et conjure Dieu de ne pas permettre qu'il y
ait jamais recours. Et certes il avait bien raison,
puisque celui qui s'excuse peche contre son ame,
en rejetant le remede de Findulgence, et se
se ferme de sa propre bouche l'entree a la vie.
El quelle plus grande malice quede s'armer contre
son propre salut, et de se percer soi-meme comme
parle glaive de sa langue? Car pour qui peut etre
bon celui qui est meehant pour soi-meme [Eccli.
xiv, 5j ?
12. EnQn la confession doit etre fidele, e'est-a-
dire pleine d'esperance, exempte de toute crainte
de ne pas obtenir le pardon de nos peches, de peur
que noire bouche ne nous condamne piutot qu'elle
ne qous justifle. Judas qui trahit notre Seigneur, et
Cam qui tua son frere, confesserent leur crime,
mais its se defierent de la misericorde de Dieu; Fun
en disant, « J'ai peche en livrant le sang du juste
[Malth. xx\n, k ), » et l'autre : « Mon iniquite est
La confession
doit etre
fidele.
Sed enim minus libenter beneficium datur, quod minus
grate minusve neeessarie provenire sentitur. Veniam
proinde sibi abjudicat, qui munus largitoris attenuat.
Quod quidem omnis qui reatum suum verbis alleviare
conatur, facit. Jam a postremo piimi hominis dehortetur
exemplum, nee culpam siquidem diflilentis, Dec lamen
consequentis veniam, non dubium quin ob reatus mu-
lieris admixtionem. Genus excusationis est, cum argueris
tu, alium incusare. Porro excusare te velle quando
oorriperis, quam sit non modo miniuie fructuosum, sed
et perniciosum, sanctum David interroga. Verba nempe
maliiice, excusationes in peccatis appeltat, ne ineadecli-
in i cor suum rogans et supplicans. Merito quidem. In
animam etenim suam peccat qui se excusat, repellens
proinde a se indulgentiae medicinam, et sic vitam sibi
proprio ore intercludens. Et qua;nam major malitia,
quam propriam armari in salutem, et linguaE tua; teme-
tipsum mucrone confodere? Denique qui sibi nequam,
cui est bonusl
12. Sit autem et fidelis confessio, ut confitearis in
spe, de indulgentia penitus nun diflidens, ne tuo te ore
non lam justiiices, quam condemnes, Judas certe prodi-
tor Domini, et Cam fratricida confessi suut, et difflsi
sunt : alter, Peccaui, inquit, trad ns sanguinem justum :
alter, Major est im'quitas mea, quam ut veniam merear :
206
OEUVRES UE SAINT BERNARD.
trop grande pour meriterqu'on melaremette (Gen. venu,dis-je, avcc une douceur ctune bonteadmira -
iv, I'i). a Cette confession etait veritable, mais parce bles, avec une inisericorde holme envers tous ceux qui
qu'elle etail infidele, elle ne leur servil de rien.
Voila done commenl ces trois qualites de la confes-
sion jointfts aux quatre premieres de la componction
accomplissent le uombre de sept.
13. Ainsi touche du repentir de vos fautes, les
iinplorent son assistance.il savait bien qu'il descen-
dait du del vers des malades, el c'esl pom cela
qu'il a use envers eux de toute ['indulgence possible.
El parce qu'il avait beaucoup de maladies a guerir,
ce charitable et prevoyanl medecin a aussi eu soin
ay uit bumblement & . et vous trouvant d'apporter plusieurs remedes. II a apporte L'esprit
ainsi conune assure d'avoir recouvre La vie, vous de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de
devez aussi, je le pense, fitre certain que ce nom de force, l'esprit de science et de piete, et en fin l'esprit
Jesus n'est pas inutile el infructneux, puisqu'il a pu de la crainte du Seigneur.
et voulu operer en vous tint de merveilles, et que l'l. Voyez-vous combien ce medecin a prepare de
ce n'est pas en vain qu'il a suivi le baton qu'il avait Boles remplies de baumes celestes, pour guerir les
envoye devant lui. II n'est pas venu iautilement plaies de ce miserable qui est tombe entre les mains
parce qu'il n'est pas venu vide. Et comment aurait- des voleurs ? II yen a sept qui sont propres sans
il fete vide, lui en qui babitait la plenitude de la doute a exciter les sept baillements dont nous
divinite (Gal. iv, .'i .' Car le Saint Esprit ne lui a avons parle. Car l'esprit de vie etait dans ces Holes.
pas ete donne avec inesure.il est d ailleurs venu C'est d'elles qu'il a verse de l'buile sur mes blessu-
dans la plenitude des temps, afindefaire voir qu'il res. II y a aussi verse du vin, mais en moins grande
estpleinen toules facons. Oui, et bieu plein certes, quantite. Car mon extreme langueur avait besoin
puisque le pere l'a sacre d'une huile de joie d'une que sa misericorde s'elevat au dessus de sa justice,
maniere beaucoup plus excellent* que tous ceux comme nous voyons l'buile monter au dessus du
qui participent a sa gloire (Psal. xuv, 8). 11 l'a sa- vin, quand on la verse dessus. C'est pourquoi il a
ere et envoye au uionde plein de grace et de vente. apporte cinq fioles d'huile, et deux seuleuient de
11 l'a sacre pour qu'il en sacrat d'autres. Tous ceux vin. Car il n'y a que la crainte et la force qui re-
qui ont merite de recevoir de sa plenitude ont ete pondent au vin, au lieu que les cinq autres quali-
sacrespar lui. Aussi a-t-il dit : « L'Esprit du Seigneur tes designent assez l'buile par la douceur qui leur
est sur moi, parce qu'il m'a oint : II m'a envoye est propre, c'est dans l'esprit de vigueur que, sem-
pour annoncer d'heureuses nouvelles a ceux qui blable a un homme puissant dont le vin a augmente
sont pacifiques, pour guerir ceux qui out le les forces, il est descendu aux enters, a brise les
cceur contrit, pour precber la liberte. aux captifs, portes d'airain, et ronipu les gonds de fer, a en-
la delivrance aux prisonuiers, et pour predire le chaine le fort, et lui a ravi ses captifs. 11 n'en est
temps oil le Seigneur se rendra favorable (ha. LXl, pas moins descendu dans l'esprit de crainte, mais
1). II venait, comme vous voyez,verser une huile sa- pour se 1'aire aussi craindre, nou pas pour craindre
lutaire sur mes plaies, et adoucir nos douleurs. C'est lui-meme.
pourquoi il est venu reinplide 1'onction divine, il est 15. 0 Sagesse ! avec quel art et qu'elle adresse
Le Christ
s'est servi
avec nous de
vin et
d'huile.
et verax licet, nil eis profuit infidelis confessio. Ha?
ilaque tres confessionis observantiae, junctse quatuor su-
penoribus couipunctionis, septenarlum implent.
U. Jam vero sic compunctus, et sic confessus, ac
propria proinde certus de vita, cerlus quoque niliilo-
minus es (ut arbilror) vacuo nequaquam nomine appel-
lari Jcsum, cum. qui in te talia valuit et voluit operari,
nee vacue subsecutum fuisse baculum quem praemiserat.
Non venit vacuo, quia nou venit vacuus. Nam q lomodo
vacuus, in quo habitavit plenitudo 1 Neque enimeidatus
est ad mensuram spiritus. Denique et venit in plenitu-
dine temf/oris, plenum proinde venire se indicuns. Bene
plenum, quem unxit Pater olno Icettiice pros consort thus
tuts; unxit et misit plenum gratias et veritatis. Unxit
ut ungeret. Omnes ab eo uncti sunt, qui de plenitudine
ejus meruerunt accipere. Ideo ait : Spiritus Domini
super //te, ml annuntiandum mansuelis misit //<e : ut
mederer contritis corde, ut preedicaverem captivis indul-
gentiam, et claims apertionem, ut prmdicarem annum
placabilem Domino. Veniebat (nt audis) ungere contri-
tiones nostras, ac lenire dolores : ideoque venit unctus,
venit mansuelus et mitis, et nndue misericordia; omni-
bus invocantibus se. Sciebat se ad infirmos descendere,
exbibuitque qualem oportuit. Et quoniam mults eranl
inlirmitates, multa quoque providus medicus medica-
niiiKi curavil afferre. Alluli! spiritual sapienUse et intel-
lectus, spiritum concilii et fortitudinis, spiritum scientue
et pictatis, el spiritum timoris Domini.
It. Vidcs quot phialas plenas odoramentis coelestis
medicus prsparavit ad sananda vulnera illius miscri,
qui incidit in latrones? Seplem sunt numero, scptem
fortasse prxfatis oscitationibus excitandis accommodate.
Spiritus enim vita; erat inpliialis. Ex hisprofecto infudit
oleum mcis vulncribus ; infudit et vinum, soil minus
qiiani olei. Sic nempe congruebat infirmitatibui ineis,
ut misericordiam superexaltaret judicio, qucmadmodum
vino oleum superfertur infusum. Altulit proinde quin-
que cados olei, vini nonnisi duos. Vinum siquidem
timor tantum et forliludo fuerc : reliqua quinque oleum
propria snavitate designant. In spiritu denique fortitu-
dinis, lanquam potens crapulatus a vino, deseendit ad
inferos, contrivit portas areas, et vectes fereos confre-
git;alligavit fortem, et vasa captivitatis eripuit. Descendit
nibiloaiiiius in spiritu timoris, sed timendus, non timidus.
DIX-SEPTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
SERMON XVII.
•207
rendez-vous la sante a mon ame par le moyen de
l'huile et du vin, melant ainsi la force a la dou-
ceur et la douceur a la force ! Vous etes fort pour
moi, et vous etes doux envers ruoi. Vous atteignez
dune extremite du monde a l'autre, avecunu force
toute puissanle. et vous disposez et ordounez tou-
tes choses avec une douceur merveilleuse. Vuiis
uhassezmonennemi, et vous soutenez ma laugueur.
Guerissez-moi, Seigneur, et ma guerison sera par-
faite ; je cbanterai des cantiquesde louangeeu vo-
tre honneur, et je dirai : « Votre nom est une
huile repandue. » Je ue dis pas un viu repandu,
car je ne veux pas que vous entriez en jugeinent
avec votre serviteur ; mais une huile, parce que
vous me comblez de vos inisericordes et de vos
graces. Oui c'est une liuile, car l'huile nage au-
dessus des autres liqueurs, et designe clairement
ce nom qui est au dessus de tout autre num. 0
nom inliniment doux et agreable! Nom illuslre,
choisi par dessus tous, rehausse par dessus tous,
releve par dessus tous, dans les siecles des siecles.
C'est la veritablement cette huile qui rend le vi-
sage de rhommeplusgai et plus serein, et qui oint
la tete de celui qui je\ine, atiii qu'il ne sente point
l'huile du pecheur. C'est la le nom nouveau que la
bouche du Seigneur a prononce (Isa. lxu, 2), et
qui lui a c*e donne par l'Ange avant qu'il liit con-
cu dans les entrailles de la Vierge (Luc. u. 21).
Non-seulemeut le Juif, mais quiconque I'iuvoque,
sera sauve, tant il est repandu de toutes parts. Le
Pere l'a donneau Fils, al'Epoux del'Eglise.a notre
Seigneur-Jesus-Christ, qui elant Dieu est au des-
sus de toutes choses, et beni dans tous les siecles
des siecles. Ainsi soit-il.
11 faut observer avec grand soin le moment oit le
Saint- Esprit vient dans I'dmc, et celui oit il s'en
eloigne. Jalousie que le diable a concue contre les
homines.
1. Croyez-vous que nous nous soyons assez
avarices dans le sanctuaire de Dieu, en essayant de
penetrer un mystere admirable; ou bien teuterons-
nous desuivre l'Esprit Saint plus intimement, pour
chercher ce qui reste a decouvrir encore? Car cet
esprit ne sonde pas seulement le cceur et les reins
des hommes, mais il penetre memo ce qu'il y a de
plus cache en Dieu. Je le suivraiavec assurance par-
tout ou il ira, soit qu'il descende en nous, ou qu'il
s'eleve a des choses plus elevees. Qu'il garde seu-
lement notre cceur et notre intelligence, de peur
que nous ne le croyions present lorsqu'il sera absent,
et qu'ainsi nous nous egarions en suivant notre
propre sens au lieu de lui. Car il vient et s'en va
selon qu'il lui plait, et il n'est facile a personne de
savoir d'oii il vient ni ou il va (Joan, m, 8). Et pour
ce qui est de cette connaissance, on peut ue la point
avoir sans courir aucun risque pour son salut ;
mais quand vient-il, ou quand s'en va-t-il ? c'est ce
qu'il est tres-dangereux d'iguorer. Car lorsqu'on u fautobser.
n'observe pas avec grand soin la venue ou la re- ver .
traite du Saint Esprit, il arrive qu'on ne le desire quand le
point lorsqu'il est absent, et qu'on ne le glorifie " 8"ennlt ^gjj*
point lorsqu'il est present. En effet, comme il ne ''4me et
, „ , , , , quand il s'en
se retire qu atin qu ou le cherche avec plus d ar- va.
deur, comment peut-on le chercher si on ne sait
pas qu'il est absent? Et au contraire, quand il
daigne revenir pour nous consoler, comment le
recevra-t-on d'une maniere qui soit digne desa ma-
la. 0 sapienlia ! quanta arte medendi in vino et oleo
anhnoe me;e sanitatem restauras, fortiter suavis, ct sua-
viter fortis ! fortis pro me, et suavis milii. Denique
attingis a fine usque ad finem fortiter, et disponis omnia
suaviter, propellens inimicum, et infirmuui t'ovens. Sana
me Domine, et sanabor; psallam et contitebor Domini
tuo, et dic;.;a : Oleum effusum nomen tuurn. iNonvinmn
etrusum (nulo enim ut intres in judicium cum servo
tuo,) sed oleum, quia coronas me in misericordia et
miserationibus. Oleum plane, quod dum supernatat
cunctis quibus immiscetur liquoribus, liquido illud
designat nomen, quod est super omne nomen. 0 nomen
prassuave et praedulce ! o nomen prajclarum, praselec-
tum et praeexcelsum, et superexaltatum in sa^cula ! Hoc
vere oleum quod exhilarat faciem hominis, quod caput
jejunantis impinguat, ut oleum peccatoris non sentiat.
Hoc nomen novum, quod os Domini nominauit; Quod
et vocatum est ab angelo priusquum in uttro concipe-
retur. Hoc non solum Judaeus, sed quicumque invocave-
rit ^iitvus erit, in tantum usqutquaque etl'usum est. Hoc
Pater donavit Filio, Sponso Ecclesia; Domino nostra
Jesu-Christo, qui est super omnia Deus benedictus in
saecula. Amen.
SERMO XVII.
De accessu et recessu Spiritus-Sancti observando, deque
invidia diuboli erga genus kumanum.
1. Putamusne satis processum est in sanctuario Dei,
dum scrulamur mirabile sacramentum , an ad perscru-
tandum adhuc, si quid restat, audemus spiritum ad
iiilcriora sequi? Spiritus nempe iste scrutatur non solum
hominum corda et renes, sed etium profunda Dei : et
sive ad nostra, sive ad alta *, securus sequor eum quo-
cumque ierit. Tantum ut custodiat corda nostra et intel-
ligentias nostras, ne forte cum non aderit, adesse pute-
mus, nostrumque pro ipso sequamur sensum deviantes.
Venit namque, et vadit prout vult; et nemo facile scit,
unde vcniat, aut quo vadat. At istud sine damno for-
tasse salutis nescire licet : cajterum quando veniat, vel
quando vadat, id plane periculosissime ignoratur. Cum
enim hae Spiritus-bancti circa nos dispensatorise quidem
vicissitudines vigilantissime non observantur , fit ut
nee absentes desideres , nee pra;sentem gloritices.
Nempe qui idcirco recedit ut avidius requiratur ;
quonam modo, si abesse nescitur, requiritur? Et rur-
208
CENTRES DE SAINT BERNARD.
ieste, si on ne sent pas nieme qu'il esl present?
L'ame done qui ignore soneloignemenl est ex|
a la seduction, et celle qui a'observe pas son re-
tour, ne temoignera point sa reconnaissance pour
l'honneur qu'il lui fait en la visitant.
2. Autrefois, lorsque Elisee connul que ledipart
de son mail re elait proche, il lui lit une priere, et
n'oblinl co qu'il demandait, comme vous savez,
que sous la condition qu'il le Tit au moment ou il
serait enleve' d'aupres de lui. Cola leur arriva en
figure, «'t fnt ecrit pour nous. L'exemple de ce
prophet* nous enseigne el nous avertil d'etre soi-
gneux et vigilants a l'oeuvre de noire salut, q
Saint Esprit opere sans cesse au fond de notre
anu' par l'adresse et la douceur admirables do son
art divin. Que celte onction sacree, qui instruil de
toutes choses, ne so retire j tmais de nous sans quo
nous le saehions,si nous voulons noire point privet
d'un double present. Qu'ilnenous surprennej
lorsqu'il viendra en nous, mais qu'il nous trouye
toujours les yeux loves en haut, et les bras ouverts
pour recevoir une abondaute benediction du Sei-
gneur. Cost ainsi qu'il desire que nous soj
c'est-a-dire, semblables a des serriteurs qui atten-
dent que leur maiire retourne de la noce [Luc. xii,
36) ; lui qui ne revient jamais les mains vides des
delices ineffables de la table celeste. II faut done
veiller, et veiller a loute beure, puree que nous ne
savons pas quand l'Esprit-Sainl doit veuir on s'en
aller. 11 va et vient, et celui qui, le possedant, est
debout, ne pent manquer de tomber lorsqu'il le
quitte, mais il ne se fera point de mal parce que
le Seigneur le soutient encore de sa main. 11 ne
cesse point d'aller et de venir aiusi dans ceux qui
sont spirituels, ou plulot, en les visitant des le
matin, et se retirant tout-a-coup pour les eprouwr.
Carle juste tombe sept foisel so releve autant de
fois (Prov. smv, 16), si neanmoins il tombe durant
le jour, c'est-a-dire s'il se voit tomber et sail qu'il
esi tombe, et s'il desire se relever, et cherche la
main de celui qui le pout secourir, en s'ecriant :
a Seigneur, lorsque vous l'avez voulu, vous m'avez
io une beaule el une force extraordinaires ;
in lis vous n'avez pas plus tot detourne voire visage
de dessu; moi, que je suis tombe' dans la confusion
el dans le trouble (Pstil. xxix, 8). »
3. Autre cbose est de douter de la verite, ce qui
arrivi lirement lorsque l'Esprit ne soui'tle
point ; autre cbose de gouter I'erreur, ce qu'ou
evile facilemeDt, en reconnaissant son ignorance,
en sorle qu'on puisse dire aussi : « Si j'ai ignore
quelque cbose, moil ignorance ne m'est pas in-
couuue [Job. xix, U). » Ce mot est de Job, vous le
rei onnaissez? L'ignorance est une mauvaise mere,
qui a deux lilies aussi mauvaisesqu'elle.lafaussete
et le doute. Cello-la est plus miserable, et colle-ci
plus digne de compassion. L'une est plus perni-
cieuse, et l' autre plus incommode. Lorsque l'esprit
parle, l'une et l'autre se dissipent, laissent leur
place a la verite, mais a une verite tres-cortaine;
car c'ost l'esprit de verite a qui la faussete est abso-
lument contraire. C'est aussi l'esprit de sagesse,
comme elle est la lumiere de la vie eternello, et
atteint partout, a cause de sa purele, elle ne souirre
ni l'obscurite ni l'incertitude du doute. Lorsque cot
esprit ne parle point, il faut bien se donner de
de, sinon de ce doute facheux, du moins de
celte faussete execrable. Car il y a bien de la dilfe-
L'ignorance
a deux
filles, l.i faus-
sele et le
doule.
sum qui digmnter ad hoc redit ut consoletur; qnaliler
digne pro sua majestate suscipitur, si nor adesse sen-
tilur'.' Mens ergo qua; ignorat abscessum, patel seduc-
tioni : et qua; rediluin non observat, erit ingrala visi-
tationi.
2. Petiit quondam aliquid Elisaeus a magistro, cum
discessum ejus imminere persensit; ncc obtiauit, sicut
scitis, nisi ca quidem conditione, si viderel q
tolleretur a se. Ii figura coutlgit hoc illis, scriplu
auleni propter nos. Vig i illiciti circa opus
i ..r salutis quod mira sublili diviuae
suae artis incessanler aclitat Spiritus in intimo noslri)
propbetico doccmur et monemur exemplo. Nunquam
sane sine nostra conscii istra unclio, qua) docet
de omnibus, tollatur a nobis, si duplicato volumus mu-
ncre non fraudari. Nunquam, cum venerit, inveniat
impara i s, Bed semper vultus
habentes sinus a l ii lini bene iclionem. Q tales
deni', domi-
nion suum, quant nupliis ; qui utique ab
iHis supernae mensae copious deliciia vacua nunquam
reverlilur manu. Vigilandum proinde , et vigilandum
omni horn, quia nescimus qua bora Spiritus venturus
sit, sou iterum abilurus. It et redit Spiritus, et qui stat
eo tenente, deserenle cadat aecesse esl : sod non colli-
ditur, quia Dominus rursum supponit manum suam. Et
has altemare vices non cessat in his qui spirituales sunt,
vel quos polius spirituales proinde ipse creare intendit,
visilans diluculo, et subito probans. Deniquc sq
■, et s epties res urgit : si tamen cadit in die,
utsecadere videat, et cecidisse sciat, et resui
cupial , et requirat manum adjuvantis , el discal :
Domine, in voluntate /< \isti decori meo virtu-
fem; averted faciem tuam a me, ei factus sum contw-
::. Aliud est dnbilare de veritate, quodpaliarisnecesse
im Spiritus minime 6pirat : el aliud sapere falsi-
talem, quod Facile caves, si eamdem tuam ignorantiam
non ignoras, quatenus dieas et In : lit si quid ignoravi,
ignorantia mea mecum est. Sancti Job sentenlia est,
agnoscite. Pessimae matris ignorantiae , pessimal itidem
filiae duae sunt, falsilas et dubietas : ilia miscrior, isla
miserabilior ; perniciosior ilia, ista molestior. Cum
loquitur spiritus, cedit utraque : et est non solum
Veritas, sod et certa Veritas. Est quippc vcrilalis ille
Spiritus, cui contraria falsitas est : est et sapientia", qua?
cum sit candor vitae Sternae, ct ubiqne attingat propter
munditiam suam, obscurum ambigui non admitlit. Ca-
venda sans, cum Spiritus iste non loquitur, elsi non
molesta dubietas, certe falsitas exsecranda. Aliud est
Excellente
regie pour
parler.
Jn'eat-ce que
lementeur.
DIX-SEPT1EME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES
rence entre n'etre pas tout a fait certain de ce
qu'on doit croire, et assurer temerairement ce
qu'on ne sait pas. Q'e cet esprit parle done tou-
jour?, ce qui neanmoins ne depend nullement de
notre volonte, ou lorsqu'il lui plait de se taire,
qu'il nous Ie fasse connaitre, et nous averlisse au
moins de son silence, de peur que, croyant fausse-
ment qu'il marche devant nous, nous ne suivions,
au lieu de lui, notre propre erreur par une mau-
vaise et daugereuse confiance. Et s'il tient notre
esprit en suspens, qu'il ne le laisse pas du moins
tomber dans le mensonge. 11 y en a qui avancent
209
par exemple, si le jugement que nous avons dit
dans le troisieme sermon avant celui-ci, que le Sei-
gneur a rendu entre les homines, c'est-i-dire entre
la Synagogue et les Gentils, a ete aussi auparavant
rendu dans le ciel? (a)
5. Voici quelle est ma pensee. Croyez-vous que ?a. Vicht ^e
T .j, _ . , .. . . 1 lajalousie an
ce Lucifer qui se levaitle matin, mais qui se levait
par un orgueil presomptueux, ait aussi envie aux
homines l'effusion de l'huile avant qu'il rut change
en tenebres, et que, dans son indignation et sa ja-
lousie, il ait murmure en quelque sorte en lni-me-
me, en disant : Pourquoi cette perte ? Je ne vou-
diable.
une chose fausse en doutant, ceux-la ne mentent drais pas assurer que cet esprit ait dit cela, mais
point; mais il y en a d'autres qui assurent une
verite qu'ils ne counaissent pas, et ceux-la mentent.
Car les premiers ne disent pas que ce qui n'est point,
est, mais qu'ils croient que c'est, et ils disent vrai,
quand meme ce qu'ils croient ne serait pas ; mais
les derniers, quand ils assurent une chose dont ils
ne sont pas surs, mentent quand meme ce qu'ils
assurent serait veritable.
Il- Cela pose, pour servir de precaution a ceux
qui n'ont pas l'experience de ces choses, je vais
suivre cet esprit, qui, comme jepense, marche de-
vant moi. Neanmoins, je tacherai d'y apporter la
circonspection dont j'ai parle, et de pratiquer moi-
je ne voudrais pas le nier non plus. Car je n'en
sais rien. 11 se pent faire, et cela ne parait pas in-
croyable, qu'etant plein de sagesse, et eleve au plus
haut comble de la perfection, il ait su qu'il devait
y avoir des hommes qui arriveraient au meme
degre de gloire que lui . Mais s'il l'a su, il ne l'a
vu sans doute que dans le Verbe de Dieu, et
ronge d'envie, il resolut de s'assujettir les hommes
et dedaigna de les avoir pour compagnons. lis sont,
disait-il, plus faibles que moi, et mes inferieurs
par nature ; il n'est pas convenable qu'ils soient
mes concitoyens et mes egaux dans la gloire.
Peut-etre cette elevation presomptueuse, et l'en-
)ansle doute
il ne faut
as pronon-
cer
temerai-
rement.
meme ce que j'ai enseign^, de peur qu'on ne me droit ou il allait s'asseoir, qui signiflent une espece
dise : « Vous qui instruisez les autres, vous ne d'empireet de superiority decouvrent-ils cette pen-
vous instruisez pas vous-meme [Rom. n, 21). » II see intime et temeraire, « Je monterai, dit-il, sur la "
faut bien distinguer entre les choses claires, et montagne elevee, etjem'asseoiraiducite del'Aqui-
celles qui sont douteuses ; car c'est un aussi grand ion, {ha. xiv, 13), » atin d'avoir quelque ressem-
mal de- revoquer les unes en doute, que d'assurer blance avec le Tres Haut, et que, de meme qu'il est
temerairement les autres. 11 faut esperer ce discer- ass;s sur ies Cherubins d'oii il gouverne toutes les
nement de la eonduite de l'Esprit Saint. Car nous (a) Dam plusiears MUioas> „ y a w utfl Tarian(e de
sommes trop faibles pour cela. Qui peut connaitre, d'importance.
lien
enim sub incerto, hoc vel illud opinando sentire, aliud
temerc affirmare quod nescias. Aut ergo loquatur sem-
per spiritus, quod nostri quidem minime arbitrii est :
aut quando sUere placet, hoc ipsum indicet, et loqualur
saltern suum silenlium, ne ipsum nobis falso praeire
putantes, nostrum pro ipso male sec.uri sequamur erro-
rem : et si suspenderitambiguo,non relinquat mendacio.
Est qui dubie profert mendacium, nee mcutitur : et est
qui veritatem quam nescit affirmat, et mentitur. Nam
et ille, non quidem quod non est, esse ; sed se quod
credit, credere dicit, et verum dicit, etiainsi hoc verum
non sit quod credit : et is, cum se certum unde non
est certus, dicit; verum non dicit, etiainsi verum sit de
quo asserit.
4. His praemissis ad cautelam talia inexpertorum,
sequar jam spiritum, sictit confido, prEeeuntem, eadem
tamen caulela, si potero, quam prEemisi; et tentabo
facere ipse quod doceo, ne dicatur et mihi : Tuqui alios
doces, ieipsum non doces. Distinguendum sane inter
manifesta et dubia, nee ilia scilicet adduci in dubium,
nee ista temere affirmari. Quod quidem ipsum de ma-
gisterio sperandum est Spiritus : nee enim nostra ad
illud omnino industria sufficit. Quis novit hominum, an
oil. tntersy- id quod inter homines judicatum a Deo * sermo supe-
T. IV.
rior (a quo videlicet, si bene memini, quartus est iste)
palefecit, in supernis quoque judicium jam factum prre-
cesserit.
5. Quod dico, tale est. Putasne Lucifer ille, qui mane
oriebatur, sed pra?propere elevatur, antequam verterelur
in tenebras, generi humano inviderit et ipse olei inru-
sionem *, ut per se ipsum jam tunc indignabundus
mussitaret, dicens intra se quodammodo : Ut quid per-
ditio hsec? Hoc ego non assero dicere spiritum, sed nee
c jntradicere dico ; nescio enim. Potuit autem contin-
gere, (si tamen incredihile non putetur) plenum sapien-
tia et perfectum decore, homines preescire potuisse
futuros, etiam et prefectures in pari gloria. Sed si
praescivit, in Dei Verbo absque dubio vidit, et in livore
suo invidit, et molitus est habere subjectos, socios
dedignatus. Infirmiores sunt, inquit, inferioresque na-
tura : non decet esse concives, nee aequales in gloria.
An forte prodit impiam banc ejus machinationem ilia
praesumpta ascensio, sessioque significans magisterium,
Ascendant, inquit, super monlem excelsum, et sedebo in
laterifjus Aquilonis; quo altissimi quondam proinde
simililudinem obtineret, si, quemadmodum ille super
cherubin sedens, gubernat omnem angelicam creatu-
am ; ita et ipse altus sederet, regeretque genus huma-
14
nagogam et
ecclesiam.
al effusion-
nem.
-no
OEUVRES DE SAINT BEHNARD.
creatures angaliques, il le i'ut dans an lieu eminent le Seigneur jugera les peuples en tout lieu et en
d'uii il regnat sur tout le genre humain. Mais Ilieu tout temps ; il sauvera les enfants des pauvres, et
nous en garde. II a medite l'injuslice dans son lit, abaissera celui qui les tient dans 1'oppression. Par-
que I'iniquite se mente a elle-ineme. Nous ne con- tout et tou jours il protegera les siens, exterminera
naissons point d'autre juge quo celui qui nous a les coupables, et detruira la domination et la ly-
crees. Ce u'est point le diable, inais le Seigneur r.innie, que les mediants exercent sur les justes,
qrui jugera l'univers. C'est lui qui sera notre Dieu,
dans tous les siecles , et lui qui regnera sur nous
eternellement.
6. 11 a done concu la doulenr dans le del, el dans
le paradis il a engendre I'iniquite, fille de la ma-
lice, mere de la mort et de toules sortes de mise-
res ; et l'orgueil fut la source de tous ces maux.
Car si la mort est entree dans le monde par 1'envie
de peUT que eela ne porte les gens a commeltre l'i-
niquite (Psal. cxxix, &), II axrivera oiemeun temps
ouilbrisera absolument sou are, rompra ses armes,
brulera ses boucliers. Ettoi, miserable, tu t'etublis
une demeure vers l'Aquilon, cette contree pleine
de frimas et de glace, el void que les malheureux
sont releves de la poussiere, el les pauvres tires de
leur filmier, pour sieger avec les princes, et pour
du diable [Sap. u, 24), neanmoins I'origine de lout occuper un trone de gloire, pendant que tu ressen-
pecbe est l'orgueil (Eccle. x, 15). Mais de quoi cela
lui sert-il ? Vous n'en Stes pas moins en nous,
Seigneur, et nous ne laissons pas d'invoquer votre
nom sur nous. Et le peuple que vous vous etes
acquis, l'assemblee de ceux que vousavez rachetes,
dit : « Votre nom est une buile repandue [Cunt.
Le diable est l> ^)" " ^orsqueJe su's rejete de devant vous, vous
le prince des la repandez derriere moi, et en moi, car lorsque
orgueilleux. .. , .
vous serez en colere, vous vous souviundrez de vo-
tre misericorde. Neanmoins Satan a recu l'empire
sur tous les enfants d'urgueil, il est devenu le
prince des tenebres de ce monde, pour que l'or-
gueil meme combatte en faveur du royaume de
l'humilite, alors que, durant sa principaute tempo-
relle et tyrannique, il etablit plusieurs personnes
bumbles dans une royaute souveraine et eternelle.
Le diable C'est un jugeinent heureux et agreable, de voir ce
prepare des persee.uteur des bumbles leur preparer sans le sa-
courounes . . . ,, .
aox humbles vou*, des couronnes immortelles, en les attaquant
tiras une vive douleur de voir s'accomplirces paro-
les : « Lepauvre et 1'indigent loueront votre nom
{Psalm, i.xxni, 21). »
7. Grices vous soientrciidues, Seigneur, pere des
orphelins, etjuge des pupilles. Line montagnefecon-
de, une montague grasse et tertile nous a commu-
nique sa chaleur. Les cieux out distille une rosee a
la presence du Dieu de Sina ; une buile a ete ver-
see ; un nom que le mediant nous enviait, s'est
repandu de toutes parts. II s'esl, dis-je, repaudu
jusques dans le coeur et dans la bouehe des petits
enfants, et, comme dit le Propbele, la louange est
consommeepar la bouehe des enfants, et de ceux
qui sont encore a la mamelle. Le pecheur verra
ces cboses, et il enlrera en colere, sa fureur sei'a
implacable, et pareille a cette llamme qui ne peut
s'eteindre, et qui est deja prepareepour lui et pour
ses anges. Le zeledu Seigneur des armees operera
toutes ces merveilles ; que vous m'aiinez, 6 mon
Amour de
Dieu
,ous, 'et en succombaut sous les efforts de tous. Car Dieu et mon amour, que vous m'aimez ! car en UOm°mes con-
num? Absit. Iniquitatcm meditatus est in cubili suo
mentialur iniquitas sibi. Nos alium non agnoscimus
judicem, quam auctorem. Non diabolus, sed Dominus
judicabit orbem terrae ; et ipse Deus nosier in saeculum
saeculi ; ipse reget nos in seecula.
6. Ergo in ccelo concepit dolorem, et in paradiso pe-
perit iniquitatem, prolem malitiae, matrem mortis et
aerumnamm ; omniumque prima parens superbia. Nam
etsi iuvidia diaboli mors intravit in orbem terrarum, ini-
tium tamen omnis peeeati superbia. Verum quid ill i
profuil? Nihilominus tu in nobis es Domine, et nomen
tuum invocalum esl super nos , el dicit populus acqui-
sitions, dicit Ecclesia redemptorum : Oleum effasum
nomen tuum. Cum ejicior ego, lu illud ellundis post
me, et in me; quoniam cum iratus fueris, misericordias
recordaberis. Accepit tamen Satan regnum super omnes
fdios superbiae, factus princeps tenebrarum harum, ut
regno bumilitatia etiam superbia militet, dum in uno
suo principatu temporoli, et tali, inullos bumilcs excel-
sos Ee.ecnosque reges constituit. Jucundum judicium, ut
superbus ille humilium malleator, eisdem ipsis nesciens
fsjbricet coronas perpetuas, impugnando omnes, et om-
nibus succumbendo. Siquidem ubique et semper judi-
cabit Dominus populos, et salvos faciet (ilios pauperum,
,et humiliabit calumnialorem. Ubique, et semper defen-
sabit suos, propulsabit nocentes, et tollel virgam pce-
catorura desuper sortem juslorum, ut non extendant
jusli ad iniquitalem manus suas; eritque tandem cum
ex toto arcum conterel, el confringet anna, et scuta
comburct igni. Tu tibi, miser, sedem collocas in Aqui-
lone, plaga nebulosa et Irigida ; el ecce suscitantur de
pulvere inopes, et de stercore pauperes, ut sedeant cum
principibus, el solium gloria; teneant, doleasque imple-
ri illud : Pauper et mops luudabunt nomen tuum.
1. Gratias tibi, Pater orphanorum et judex pupillo-
rum, incaluit super nos mons coagulates, mons pinguis ;
cceli distillaverunt a facie Dei Sinai, eliusum est oleum,
dilatatum est nomen, quod nobis et cui nos invidebat
iniquus ; dilatatum, inquam, usque ad corda et ora par-
vulorum, et in ore inlanlium et laclcnlium perlicitur
laus. Porro peccator videbit et irascelur : et erit sicut
ira implacabilis, sic (lamma ioextinguibilis, quae jam pa-
rata est ei el angelis ejus. Zelus Domini cxerciluum fa-
ciet hoc. Quomodo me amas, Deus mens, amor meus?
quomodo me amas, ubique iccordalus mei, ubique ze-
lans salutem egeni et pauperis, non solum adversum
homines superbos, sed etiam adversus sublimes angelos ?
In ccelo et in terra judicas, Doinine, nocentes me, ex-
DIX-Hl'ITIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 211
tons lieux vous vous souvenez de moi, en tons lieux
vous ides anime de zele pour le salut d'un pauvre,
d'un miserable, et me prolegez non-seulement con-
tre les homines superbes, mais encore contreles an-
ges rebelles et presomptueux. Dans le ciel et sur
la terre, Seignenr, vous jutjez ceux qui me font du
mal; vous domptez ceux qui s'arment contre moi
pour me combattre. Partout vous me secourez,
partout vous etes a mes cotes pour empecher que
je ne sois ebranle. Ce sont ces grandes merveilles
qui me porteroni a chanter toute ma vie des can-
tiques au Seigneur, et a celebrer ses louanges tant
que je serai decemonde. Voila les miracles qu'il
a operes ; voila les prodiges qu'il a faits . Voila le
premier et le plus grand de ses jugements que la
vierge Marie, qui participe a ses secrets et a ses
mysteres, m'adecouvert quand elle s'est ecriee : « II
a fait descendre les puissants de leurs trones, et a
eleve les petits ; il a rempli de biens ceux qui
etaient dans la necessite et dans l'indigence, et a
renvoye vides et pauvres ceux qui etaient riches
(Luc. ix, 39). » Le second jugement est semblable
a celui-ci, et vous l'avez deja entendu ; que ceux
qui ne voient point voient, et que ceux qui voient
deviennent aveugles (Joan, ix, 39). Que le pauvre
se console dans ces deux jugements, et dise : « Je
me suis souvenu, Seigneur, des jugements que
vous avez exerces depuis le commencement du
monde, et j'y ai trouve ma consolation (Psalm.
cxvin, 52). » 1. « Votre nom est une huile repandue (Cant, l,
8. Mais tournons nos regards sur nous-memes, et 2). » Qu'est-ee que le Saint-Esprit nous fait con-
examinonsnotre conduite.Et afin delepouvoir faire naitre de certain en nous a l'occasion de ces pa-
avec verite, invoquons l'esprit de verite, et rappe- roles? C'est, on n'en peutdouter, le fait de deux de
lons-le du lieu sublime d'ou il nous avait tires, ses operations. L'une par laquelle il commence par
afin qu'il nous guide encore pour aller a nous- nous etablir solidement dans la vertu au dedans de
memes; parce que nous ne pouvons rien sans lui. nous pour nous sauver ; et l'autre par laquelle il
Et il ne faut point apprehender qu'il dedaigne de
descendre avec nous, puisqu'au contraire, il s'in-
digne contre nous, lorsque nous tachons de faire
la moindre chose sans son assistance. Car ce n'est
pas un esprit qui va et ne revient point, il nous
mene et nous ramene de lumiere en lumiere,
comme etant l'esprit du Seigneur, tantot nous en-
trainant a soi dans ses divines clartes, tantot con-
descendant a nos faiblesses et eclairant nos tene-
bres, afin que, soit que nous marchions au dessus
de nous, ou dans nous, nous marchions toujours
dans la lumiere, el comme des enfants de lumiere.
Nous avons passe les ombres des allegories, et nous
sommes arrives au sens moral. La foi est elevee et
affermie, instruisons et regions les moeurs. L'en-
tendement est eclaire, tachons de faire suivre Tac-
tion. Car nos connaissances ne nous servent que
lorsque nous passons a Taction, si neanmoins nos
actions et nos connaissances se rapportent a l'hon-
neur et a la gloire de notre Seigneur Jesus-Christ,
qui est le Dieu et le maitre souverain de toutes
choses, et beni dans les siecles des siecles. Ainsi
soit-il.
SERMON XVIII.
Des deux operation* du Saint-Esprit, dont l'une
s'appclle effusion et Pautre infusion.
pugnas impugnantes me : ubique subvenis, ubique as-
sises, ubique a dcxtris cs mihi, Domine, ne commo-
vear. Haec canlabo Domino in vita mea, psallam Deo
meo quandiu sum. Ha? virtutcscjus, haec mirabilia ejus
quas fecit. Hoc primum et maximum judicium, quod
mihi ilia conscia secretorum aperuit virgo Maria ! Depo-
suit, inquiens, potentes de sede, et exallavit humiles.
Esurientes impbtvit bonis, et divites dimisit inanes. Se-
cundum autem simile est huic, quod jam audisti, ut
qui noti vident videanl ; et qui vident, ceci fiant. In his
duobus judiciis consoletur se pauper, et dicat : Memor
fui judieiorum lucrum a sxculo, Domine, et consolatus
sum.
8. Sed revertamur ad nos ipsos, scrutemurque vias
nostras : et ut in verilate id possimus, invoccmus Spiri-
tum veritatis, et revocemus ab alto q:;o nos eduxerat,
quatenus anlecedat nos etiam ad nos, quoniam sine ipso
possumus nihil. Nee verendum quod dedignetur con-
descendere nobis, qui potius, si vet exiguum quid absque
ipso conamur, indignatur. Non est ille vadens et non
rediens, sed ducit nos et reducit de claritate in clarita-
tem, tanquam Domini Spiritus, quandoque rapiens ad
'ai. add
nobis.
•apudipanoi.
se in lumine suo, quandoque * contemperans, et illumi-
nans tenebras nostras : ut sive supra nos *, sive apud
nos, semper in luce, semper ut filii lucis ambulemus.
Transivimus allegoriarum umbras : venlum est ad inda-
ganda moralia. .Cdificata est fides, instruatur vita : exer-
citatus est inlellectus, dictetur * actus. Siquidem intel- 'at ditetnr,
lectus bonus omnihus facientibus eum, si tamen et
actus , et intelligent dirigantur in laudem et
gloriam Domini noslri Jesu-Christi , qui est super
omnia Deus benedictus in soscula. Amen.
SERMO XVIII.
De duabus operationibus Spiritus-Sancti, quorum una
vocalur E/jusio, el alia lnfusio.
i. Oleum effusum nomen tuum. Quid certum demons-
trat Spirilus-Sanctus nobis in nobis occasione hujus
capituli ? Profecto (quod interim occurrit) gemina' cu-
jusdam sua? operationis experimentum : unius quidem,
qua nos primo intus Tirtutibus solidat ad salutem : alte-
■2\ <
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
nous orne aussi au dehors de ses dons pour gagner
Deni crices ]es autres a Dieu, Nous recevons la premiere grace
Esprit, pour nous, ei la seconde, pour le prochain. Par
exemple, la foi, I'esperance, et lackarite nous sont
donnees pour noire utilite partieuliere; car sans
ellcs nous ne saurions etre sauves. Musics paroles
de science et di . le Jon de guerir les ma-
lades, eclui de prophetic, et autres semblables dont
nous pouvons manqucr, sins que eela interesse en
rien notre salut, ne nous sont donnes assuremenl
que pour les employer au service de nos freres.
Et pour que ces operations du Saint-Esprit qui sc
lout en nous, ou dans les autres, aient un nom
conibrnie aux effets qu'elles produisent, appelons-
les, si tous voulez, infusion et effusion. A laquelle
des deux conviennent done ces paroles : « Votre
nom est une huile rep indue '.' N'cst-ce pas a l'effu-
sionTCars'il avaitvoulu parler de l'infusion, il
aurait Jit infuse, non pas repandue a. D'ailleurs,
e'est a cause de cette bonne odeur dont les ma-
melles sont parfumees au dehors, que l'Epoux dit :
« Voire nom est une huile repandue ; » attrihuant
l'odeur meme au nom de l'Epouse, comme a de
l'huile repandue sur ses mamelles. Et quiconque
se sent rempli du don d'une grace exterieure dont
il puisse faire une refusion sur les autres, peut
dire aussi : « Votre nom est une huile repan-
due. »
2. Mais ici il faut biennous garder, ou de don-
a Horstius, et d'autres avec loi, iotercalcot ici une phrase
tout enliere que voici: « D'ailleurs e'est de la bonne odeur que
les mamelles de I'Epouse eihalent au dehors, nou point de ses
vertus interieures qu'il est dit : Votre nom est une huile repan-
due. * le reste comine nous le donnons.Mais elle se trouve omise
dans plusieuis manuscrits, ainsi que dans la premiere edition. II
estvrai qu'elle se lit dans le manuscrit de saint-Evroul, mais elle
y remplace la phrase suivame : • Ainsi e'est de l'odeur douce
etc.= II y en a done une des deui de superfine.
rius vero, qua foris quoque muneribus ornat ad lucrum.
Illas nobis, haec Dostris accipiruus. Verbi gratia, fides
spes, charitas nobis propter nos dantur : absque his
quippe salvi esse non possumus. Porro scientiae seu sa-
pienliae sermo, gratia curationis, prophetia, similiaque,
quibus carere cum integritate etiam salutis propriae pos-
sumus, proximorum procul dubio in salulem expendenda
donantur. El has Spiritus-Sancti operationes, quas vel
in nobis, vel in aliis experimur, ut ex re nomina acci-
piant, infusionem, si placet, atque effusionem nomine-
djus. Cuiuam ergo harum convenit Oleum effusum
nomen tuum ? Nonne effosioni ? Nam de iDfusione in-
fusum potius, quam effusum dixisset. Denique
ob bonum odorem uberum extrinsecus perfusorum, ait
Sponsa, Oleum effusum nomen tuum : adscribens
ipsum odorem nomini Sponsi , tanquam oleo»effuso
super ubera. Et quicumque munere gratise extcrio-
. . ris perfusum " se scntit, quo et ipse aliis refun-
fundi dere possit, etiam huic dicere est : Oleum effusum no-
men tuum.
1. Sed sane cavendum in his, aut dare quod nobis
accepimus j aut quod erogandum acccpimus, retinere.
Rem profecto proximi retines tibi, si (verbi causa) ple-
ner aux autres ce que nous avons rent pour Cc donl u
nous, ou de retenir pour nous ce que nous avons faul s« g«-
recu pour les autres. Vous retenez certainement dans 'ces
pour vous ce qui appartient a votre prochain, si, don5-
par exemple. el.int non-seulemeiit pleiu de vertus,
■ orne an dehors des dons de la science
I' eloquence, la crainte peut-etre, la paresse,
ou une humilite hors de propos, fait que, par un
silence inulile. ou plutdt damnable, vous resserrez
une bonne parole qui pourrait servir a plusieuis.
et tombez ainsi dans la malediction des peuples,
en cachant votre ble, au lieu de le distribuer libe-
ralement. Au contraire, vous dissipez et perdez ce
qui est a vous, si, avant que d'avoir recu unecom-
plete infusion de Dieu, et u'etant encore plein qua
. VOUS vous h'dez de vous repaudre, violant
la loi qui defend de faire labourer le premier veau
d'une vache, et de tondre le premier agneau dime
brebis [JQfut. xv, 17;. Vutis vous privez vous-meme
de la vie et du salut que vous doimez aux autres,
lorsque, vide de droiture d 'intention, vousetes enlle
du vent dune vaine gloire, ou infeste du poison
d'une cupiditc terrestre, et qu'une apostume mor-
telle que vous nourrissez an dedans de vous est
pres de vous donner la mort.
3. C'est pourquoi si vous etes sage, vous serez On predica-
semblable au bassin, non au canal d'une fontaine. ^"b^Vnon
Le canal repand I'eau au dehors presque en meme un canal.
temps qu'il la recoit, mais le bassin ne se repand
que quand il est plein, et communique alors ce
qu'il a de reste sans se faire prejudice, sachant
bien qu'il y a malediction contre celtii qui dcleriore
la part qu'il a recue. Et atin que vous ne meprisiez
pas le conseil que je vous donue, ecoutez une per-
sonne plus sage que moi : « Le fou, dit Salomon,
decouvre son esprit tout a la fois, mais celui qui
nus virtutibus cum sis , forisque nihiloroinus donis
scientiae et eloquentiae adoiuatus, metu forte aut se-
gnitie, aut minus discreta humilitate, verbum bonum,
quod posset prodesse multis, inutili, imo et damnabili
-ilentio ; certe maledictus, quod frumenta y i>
dis in populis. Rursum quod tuum est spaigis ct pcrdis,
si priusquam iufundaris tu totus, scmiplcnus festines
effundere, contra legem arans in priniogenito bovis, et
ovis primogenitum tondens. Nimirum vita atquc salute,
quam alteri das, te fraudas, dum sana vacuus intentione,
glorias inanis vento inllaris , aut terrenae cupidita-
tis veneno inficeris , et lethali aposlemate turgens ia-
teris.
3. Quamobrem, si sapis, concham le exhibebis, et
non canalem. Hie siqnidem pene simul et recipit, et
refundit : ilia vero donee impleatur, exspeclat; el sic
quod superabundal, sine suo dammo communical, sciens
maletliclum qui partem suam facit deter^orem. Et ne
meum concilium contemptibile ducas, audi sapientio-
rem me : Sluitus, ait Salomon, profert totum spiritum
suum simul, sapiens reservat in posterum. Yeruni cana-
les hodie in Ecclesia multos habemus, conchas vero
perpaucas. Tantae charitatis sunt per quos nobis fluenta
DIX-HUITIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
213
La charite
les impar-
fail8,
pour le
rochain est
vicieuse.
est sage se reserve pour une autre occasion (Prov. /i. Mais vous, mon frere, qui n'etes pas encore
xxix, 11). » Nous en avons aujourd'hui beaucoup suffisamment assure de votre propre salut, qui
dans l'Eglise qui ressemblent au canal, et peu qui n'avez point de charite, ouqui en avez une si faible
ressemblent au bassin. Ceux par qui les eaux du et si legere que, comme un roseau, elle se laisse
ciel decouleut sur nous out tant de charite qu'ils aller a tout vent, croit a tout esprit, est emportee
veulent repandre la grace avant d'en etre remplis. par toute sorte de doctrine ; ou plutot qui avez tant
Plus disposes a parler qua. ecouter, ils sont presses
d'enseigner ce qu'ils n'ont pas appris, et desirent
avec ardeur de commander aux autres lorsqu'ils
ne savent pas encore se gouverner eux-memes.
Pour moi, je crois qu'il n'y a pas de degre de piete,
pour parvenir au salut, qui doive etre prefere a
oelui dont le Sage a dit : « Ayez pitie de votre ame
en vous rendant agreable a Dieu [Eccle. xxx,
2/i). » Si je n'ai qu'un peu d'huile pour mon propre
de charite que, passant au dela du commandement,
vous aimez votre prochain plus que vous-meme; et
qui d'aulre part en avez si peu que, contre le com-
mandement, vous flechissez sous la faveur, et suc-
combez sous la crainte , que la tristesse vous
trouble, l'avarice vous resserre, l'ambition vous
excite, les soupcons vous agitent, les injures vous
mettent hors de vous, les soucis vous rongent, les
honneurs vous enfleut, l'envie vous desseche ; vous,
Signea aux-
quels on re-
cunnnt des
predicateurs
imparfaits.
II laut
preferer
ligner notre
lie avant .1.;
prodiguer
ios soins a
Tame des
autres.
usage, pensez-vous que je doive vous la donner et dis-je, qui vous sentez tel dans ce qui vous regarde,
en demeurer prive ? Je la garde pour moi, et suis par quelle folie desirez-vous ou conseutez-vous de
lvsolu a ne la repandre que sur l'ordre du Pro- prendre soin de ce qui concerne les autres? Ecoutez
phete. Si quelques-uns de ceux qui ont peut-etre le conseil que doune une charite vigilante et cir-
une estime de moi plus avantageuse que ne doit conspecte : « Je n'entends pas, dit 1'Apotre que,
leur en donner ce qu'ils voient en moi, ouce qu'ils tout le bien soit pour les autres, et tout le mal pour
en entendent dire, me pressent trop de leurs prie- Vous, mais qu'il s'en fasse un partage egal (u. Cor.
res, ils recevrunt cette reponse : « De peur qu'il vm, 13). » Ne veuillez point etre trop juste (Eccli.
n'y en ait pas assez pour vous et pour moi, allez
plutot a ceux qui en vendent, et achetez en. » Mais,
direz-vous, la charite ne cherche point les choses
qui sont a elles. Savez-vous pourquoi elle ne les
cherche point? C'estqu'elles nelui manquent point.
Qui est-ce qui cherche ce qu'il a? La charite a lou-
jours ce qui est a elle, cest-a-dire ce qui est neces-
saire a son propre salut. Non-seuletnent elle l'a
toujours, mais elle l'a en abondance. Elle veut
l'abondatice pour soi, afin de pouvoir donner abon-
damment aux autres. Elle garde pour soi ce qui
lui est necessaire, afin de ne manquer de rienpour
personne, autrement si elle n'est pas pleine, elle
n'est pas parfaite.
vit, 17). 11 suflit que vous aimiez votre prochain
comme vous-meme, e'est la l'egalite que 1'Apotre
demande. Car David dit : « Que mon ame soit
comblee de plaisirs, et comme rassasiee des viandes
les plus delicieuses, et ma bouche temoignera sa
joie par des hymnes de louange (Psal. lxi, 6) ; » il
veut etre rempli avant que de se repandre; non-
seulement cela, mais encore il veut etre plein afin
de donner desa plenitude, nonde son indigence ; et
certes e'est sagesse a lui. II a peur en faisant du
bien aux autres de se faire tort a lui-meme. Ce qui
n'empecherait pas neanmoins qu'il n'imitat par-
faitement celui de la plenitude de qui nous avons
tout recu. Apprenez done aussi a ne repandre que
ccelestia manant, ut ante effundere quam infundi
velint, loqui quam audire paratiores, ct prompti
docere quod non didicerunt, et aliis prsesse gestientes,
qui seipsos regere nesciunt. Ego nullum ad salutem pie-
tatis gradum illi gradui anteponendum existimo, quern
Sapiens posuit, dicens : Miserere animce luce placens
Deo. Quod si non habeo nisi parumper olei quo ungar,
pulas tibi debeo dare, et remanere inanis ? Servo illud
mihi, ct omnino nisi ad Prophetse jussioncm non pro-
fei'o. Si insliterint rogitantes aliqut ex his, qui forte
existimant de me supra id quod vident in me, aut au-
diunt aliqiud ex me, rcspondebitur eis : Ne forte non
sufpeiat nobis et vobis, ite potius ad vendentes, et emite
nobis. Sed charitas, inquis, non quterit qwe sua sunt.
Et tu scis quam ob rem ? Non quajrit qus sunt sua,
profecto quia non desunt. Quisnam quserat quod
babet ? Charitas quae sua sunt, id est, propria; saluli
necessaria , nunquara non habet ; nee modo ha-
bet, sed etiam abundat. Vult abundare sibi, ut pos-
sit et omnibus ; servat sibi quantum sufficiat, ut
nulli deflciat. Alioquinsi plena non est, perfecta non est.
4. Coeterum tu, frater, cui firma satis propria salus
nondum est, cui charitas adhue aut nulla est, aut adeo
tenera atque arundinea, quatenus omni flalui cedat, om-
ni credat spiritui, omni circumferatur vento doctrinse ;
imo cui charitas tanta est, ut ultra mandatum quidem
diligas proximum tuum plusquam teipsum : et rursum
tantilla, ut contra mandatum favore liquescat, pavore
deficiat, perturbetur tristitia, avaritia contrahatur, pro-
(rahatur ambitione, suspicionibus inquietetur, conviciis
exagitetur, curis evisceretur, honoribus tumeat, livore
tabescat : tu, inquam, ita in propriis teipsum sentiens,
quanam dementia, quaeso, aliena curare aut ambis, aut
acquiescis ? Sed enim audi quid oonsulat cauta vigilque
charitas. Non quod aliis, inquit, sit remissio, vobis au-
tem tribulatio, sed ex wqualitate. Noli nimium esse
jikIiis. Sufticit ut diligas proximum tuum tanquam teip-
sum, hoc quippe est ex Eequalitafe. Dicit David : Sicu-
adipe et pinguedine repleatur anima mea, et labiis exsult
tationii laudabit os meum : infundi nimirum prius, vo-
lens et sic effundere : nee solum infundi prius, sed
ct impleri, quatenus de plenitudine eruclarcl, non osci-
tare de inanilate. Caute quidem ne quod aliis remis-
sio, sibi tribulatio esset ; et nihilominus caste, imitans
1 l.'l
OEiARES DE SAINT REHNAHI).
de votre plenitude, el ne soyez pas plus liberal que
Dieu. Que !'' bassin imite sa source, elle ne s'ecoule
en ruisseaux, et ne forme des lacs, qu'apres s'ltre
remplie de ses propres eaux. I.e liassin ne doit
poinl avoir bonte de ne pas faire de plus grandes
profusions que sa source. La source mline de la Tie,
pleine en elle-mlme, pleine de soi-meme, ae com-
mence-t-elle point par sourdre duns les endroitsles
plussecrets des deux, qu'elle remplit de sa bonte?
et ce n'est que, apres avoir remplijes lieux les plus
caches et les plus bants, qu'elle se repand avec vio-
lence sur laterre, et, Belon l'expression du Pro-
phets, sauve les homuies et les bites par le debor-
dementde ses eaux, Dieu multipliant aiusi lesefl'ets
de sa miser icorde? II remplit d'abord l'interieur,
puis sc rlpandant et debordanl ensuite, il a visile
la terre par sa bonte inlinie ; il l'a enivree, pour
ainsi dire, de ses graces, et l'a enricbie et reudue
feconde en toutes sortes de biens. Vous done faites
aussi de meme. Soj-ez plein avant de vous repan-
dre. La charite qui est liberate, mais prudente,
afllue ordinairenient au lieu de s'ecouler. Mon fils,
dit Salomon, ne vous ecoulez pas. Et l'Apotre :
« C'est pourquoi nous devons faire attention a ce
qu'on nous dit, de peur que nous ne nous eeou-
lions {Heb. n, 1). » Quoi? etes-vous plus saint que
Paul et plus sage que Salomon? D'ailleursjeu'aime
pas a ra'enrichir en vous appauvrissant. Car si
vous etes mechant a vous-meme, a qui serez-vous
bon? Assistez-moi, si vous pouvez, de votre abon-
tacberde vous 1'expliquer le plus succinctement
possible. Car l'heure est deja bien avancee, et me
presse de Bnir. Le Medecin s'approcbe du blesse,
1'Esprit-Saint s'approche de lame. Car quelle est
I'amequ'il ne se trouve point blessle par l'epee du
diable, mime apres que la plaie de 1'ancien peche
a Ite guerie par le remfede salutaire du bap time?
Lors done que I'Esprit s'approche de l'ame qui
dit : « [/inflammation et la pourriture se sont
formees dans mes plaies a cause de mon egarement
et de ma folie [Psnl. xxxvn, 6); » que doit-il d'a-
bord faire? Sansdoute il faut avant tout qu'ilperce u ct°^onc'
l'eiillure et l'ulcere qui s'est engendree dans la
plaie, et qui peut faire obstacle a sa guerison. Que
l'ulcere d'une coutume inveteree soit done re-
tranche par le fer d'une vivo componction. Mais L> devotion
comme ce retranehement ne se peut faire sans uue
vive douleur, que l'onguent de la devotion I'adou-
cisse. Get onguent n'est autre chose que la joie
causee par l'esperance du pardon. Or celte espe-
rance nait de l'empire qu'on acquiert sur ses
passions, et de la vietoire qu'on remporte sur le
peche. Ainsi elle rend deja graces, et dit : « Vous
avez rompu mes liens, je vous sacrifierai une hostie
d'actions de graces (Psal. cxv, 1). » Ensuite on
applique le remede de la penitence, et l'appareil
des jeiines, des veilles, des oraisons, et des autres
exercices des penitents. 11 faut qu'elle se nourrisse
avec travail, de la nourriture des bonnes ceuvres, de
peur qu'elle ne lombe en defuillauce. Jesus-Christ
lui-meme nous apprend qu'elle doit se nourrir des
Les aavres
de la peni-
tence.
dance; sinon, epargnez-vous vous-meme.
Qnaiites dnn 5. Mais eeoutez que de choses et quelles choses bonnes ceuvres, quand il dit : « Ma nourriture, c'est
on pastenr. sQnj necessaires a notre propre salut, quelle et de faire la voloute de mon Pere [Joan, iv, 3i) . »
combien grande est l'infusion que nous devons Ainsi, que les ceuvres de piete accompagnent les
recevoir, avant de penser a nous repandre. Je vais travaux de la penitence qui fortilient l'ame
ilium, de cujus plenitudine omnes accepimus. Disce et
tu nonnisi de pleno efTundere, nee Deo largior esse
velis. Concha imitetur fontem. Non manat ille in rivum,
nee in lacum extenditur, donee suis salietur aquis.
Non pudeat concham non esse suo fonte profusiorern.
Denique ipse fons vita? plenus in seipso, et plenus seip-
so, nonne priruum qnidem ebnlliens et saliens in proxima
secreta ccelorum, omnia implevit bonitate ; et tunc de-
mum impletis snperioribus secretioribusque partibus
erupit ad terras, ac de superfluo homines et jumeivta
salvavit, quemadmodum multiplicavit misericordiam
suam ? Prius interna replevit : et sic exundans in mol-
ds miserationibus suis visitavit terram, et inebriavit
cam, multiplicavit locuplelare earn. Ergo et tu fan simi-
liter. Implere prius, ct sic cnrato efTundere. Benigna
pnidensque cliarilas al'lluere consuevit, non cfllucre.
i, ne pereffluas ait Salomon, et Apostolus : Prop-
terea, inquit, debemus intendere his qua dicuntw, m
forte pereffluamus. Quid enim ? Tune Paulo sanctior,
sapientior Salomone? Alioquin nee mini sedet ditari ex
le cxinanito, si enim tu tibi nequam, cui bonis eris ?
De cumulo, si vales, adjuva me : sin autem, parcilo
tibi.
5. Sed jam auditc, qua? et quanta saluti propriae ne-
cessaria sint, quae et quanta infundi oporteat, prius
quam efTundere prEBsumamus, qose tamen in prasentia-
rum breviter colligere putero. Hora siquidem jam mul-
tum ascendit, et sermonis urgetadflnem. Aocedil medi-
cus ad vulneratum, spiritus ;id animam. Quam enim
non reperial gladio diaboh vulneralam, etiam post saim-
turn rulnus anliqui delicti medicamento baptismatis?
Ergo ad illam animam, qua; dicit, Putrverunt ct cor-
ruptee sunt cicatrices mea! a facie insipientice mew ; cum
accedit spiritus, quid pi-imo opus est ? Ut tumor vel
ulcus, quod forte supercrevit in vulnere, potest impe-
dire sanitatem, ante omnia amputetur. Abscindatur
ilaque ferro acuta compunctionis ulcus inveterata; con-
suetudinis. Sed est acerbus dolor : leniatur proinde
unguento devotionis, quod non est aliud, nisi concepta
de spe indulgentise exsultatio. Hanc continendi parit fa-
cullas, et victoria de peccato. Jam gratias agit, et dicit :
Dirupisti vinculo mea, tibi sacrificabo hostiam laudis.
Deinde apponilur medicamentum pmnitentias, malugma
jejuniuium, vigiliarum, Orationum, et ;-i qua sunt alia
pcenitcntium exercitia. In labore cibandus est cibo boni
opcris, ne deliciat. Quod opus sit cibus, inde doceris :
Metis cibus est, inquit, t</ faciam roluntatem Patris
met. Itaque comitentur pcenitentia: labores pietatis opera
DIX-HU1TIEME SERMON SUR LE
« L'Aunidne, dit Tobie, donne line grande conflance
aupres du Tres-Haut (Tob. iv, 13). » La nourriture
excite la soif, il lui faut donner a boire. Ajoutons
done a la nourriture des bonnes ceuvres, le hreu-
vage de l'oraison, qui arrose les bonnes actions
dans l'estomac de la conscience, et les rend agrea^
bles a Dieu. L'oraison est un vin qui rejouit le
cceur de l'homme, e'est le vin du Saint-Esprit qui
enivre, et fait perdre le souvenir des voluptes eter-
nelles. II humecte le fond de la conscience qui est
aride, fait digerer la nourriture des bonnes ceuvres,
et les distribue dans toutes les parties de 1'a.me,
affermit la foi, fortifie l'esperance, rend la charite
agissanteetreglee,etrepand une onction admirable
sur toutes les actions.
6. Quand le malade a bu et mange, que lui
reste-t-il a faire, sinon a se reposer et a se de-
lasser dans la contemplation apres le travail de
Taction ? Etant ainsi dans ce sommeil sacre, il voit
Dieu en songe, dans un miroir et en enigme, ne
pouvant pas encore le contempler face a face. Et
neanmoius, quoiqu'il le connaisse plutot par con-
jecture que par une vue distincte, et ne le voie
qu'en passant, et comme une petite etincelle qui
disparait en un moment, cette vue passagere et
presque insensible, ne laisse pas de l'enllammer
d'amour, et il dit : « Mon ame vous a desire pas-
sionnement durant la nuit, et l'esprit qui est au-
dedans de moi briile aussi du meme desir (ha.,
xxvi, 9). » Cet amour est un amour de zele. II est
digne d'un ami de l'Epoux. C'est de cet amour
qu'un serviteur fidele et prudent, que le Seigneur
a etabli sur sa famille, doit se sentir touche et
anime. II remplit, il rechauffe, il bouillonne, il se
repand bardiment, il se deborde et sort avec impe-
qul pmsS'
remplir
l .'in-:.
CANTIQUE DES CANT1QUES. 215
tuosite ; et il dit : « Qui devient faible, sans que je
le devienne aussi? qui est scandalise sans que j'en
ressente une vive douleur (i Cor., xi, 29)? » Que
celui qui est possede de cet amour preche, porte du
fruit, fasse des merveilles, opere des miracles; la
vanite ne trouvera point de place la ou la charite
occupe tout. Car la charite est la plenitude de la loi
et du cceur, si toutefois elle est pleine (Rom. xm,
10). Dieu est charite, et il n'y a rien qui puisse
remplir la creature faite a l'image de Dieu, que
Dieu, qui est la charite meme, et qui est seul plus
grand qu'elle. II est tres-perilleux d'elever aux H n'y a qu»
fonctions ecclesiastiques celui qui n'a pas encore est' charit6
acquis cette pleine charite, quelque vertu au reste
qu'il paraisse avoir. Quand il aurait toute la science
du monde, quand il donnerait tout son bien aux
pauvres, quand il livrerait son corps aux flammes,
il est vide, s'il n'a la charite. Vous voyez de combien
de choses nous devons etreremplis, si nous voulons
repandre de notre abondance, non point de notre
pauvrete. Premierement, nous devons avoir la com-
ponction. En second lieu, la devotion. En troisierne
lieu, le travail de la penitence. En quatrieme lieu,
les ceuvres de piete. En cinquieme lieu, I'assiduite
de l'oraison. En sixieme lieu, le repoi de la con-
templation. Et enlin, la plenitude de l'amour. C'est
un meme esprit qui opere toutes ces choses en nous,
par cette operation que Ton appelle infusion ; et alors,
celle que nous avons appelee effusion peut etre
exercee avec purete d'intention et pleine securite,
a la louange et a la gloire de notre Seigneur Jesus-
Christ, qui etant Dieu vit et regne avec le Pere
et le Saint- Esprit dans les siecles des siecles. Ainsi
soit-il.
quae confortent. Xagnam, ail, fiduciam prcestat apud
AUissimum eleemosyna. Gibus silim excitat : potandus
est. Accedat cibo boni operis orationis polus, compo-
uens in stomacho conscientias quod bene gestum est, et
c.ommendans Deo. Orando bibitur viuum laelilicans cor
hominis, vinum spiritus, quod inebriat, et carnalium vo-
luplatum infundit oblivionem. Humectat interiora aren-
tis conscientiae , escas bonorum actuum digerit, et
deducit per quaedam anima3 membra, fidem roborans,
spem confortans, vegetans ordinansque charitatem, et
impinguans mores.
6. Sumpto cibo potuque, quid jam restat, nisi ut
panset aegrotus, et quieli contemplationis post sudores
actionis incumbat ? Dormiens in contemplatione Deum
somniat ; per speculum siquidem ct in aegnimate, non
autem facie ad faciem interim intuetur. Tamensicnon tarn
spectati, quam conjectati, idque raptim, et quasi sub
quodam coruscamine scintillute transeuntis, tenuiter
vix atlacti inardescit amore, et ait : Anima mea deside-
ravit le in node, sed et spiritus mens in prcecordiis
meis. Talis amor zelat ; hie decet amicum Sponsi, hoc
necesse est ardeat fidelis servus et prudens, quern cons-
tituit Dominus super familiam suam. Hie replet, hie
ervet, hie ebullit, hie jam securus efTundit, exundans
et erumpens, ac dicens : Quis infirmatur , et ego non
inftrmor? quis scandalizatur , et non ego non urort
Prasdicet, fructificet, innovet signa, et immutet mirabi-
lia : non est quo se immisceat vanitas ubi totum
occupat chardas. Siquidem plenitudo legis et cordis est
charitas, si tamen plena. Deus denique charitas est, et
nihil est in rebus quod possit replere creaturam factam
ad imaginem Dei, nisi charitas Deus, qui solus major
est ilia. Earn nondum adeptus periculosissime promove-
tur, quantislibet aliis videatur pollere virtutibus. Si ha-
buerit omnem scientiam, si dederit omnem substantiam
suam pauperibus, si tradiderit corpus suum ita ut ar-
deat : absque charitate vacuus est. En quanta prius
infundenda sunt, ut effundere audeamus, de plenitudine
non de penuria largientes ; primo quidem compunctio,
deinde devotio, tertio pa3nitentiae labor, quarto piutatis
opus, quinto orationis studium, sexto contemplationis
otium, septi plenitudo dilectionis. Haec omnia operatur
unus atque idem Spiritus secundum operationem, quae
infusio appellator : quatenus ilia quae effusio dicta est,
pure, et ob hoc tutc jam administretur ad laudem et
gloriam Domini nostri Jesu-Christi, qui cum Patre et
Spiritu-Sancto vivit et regnat Deus in saecula seeculq-
rum. Amen.
246
QEUVRES DE SAINT BERNARD.
SERMON XIX.
Nature, mode et propriiti de Vamour de Dieu qui
est dans les anges, selon let divers degres de gloire
quits possedent.
1. L'Epouse continue encore ses discours amoureux .
Elle continue de celebrer les louanges de l'Epoux;
et elle 1'excite a lui faire de oouvelles graces, en
faisant voir que celles qu'elle a deja reeues ne sont
pas demeurees steriles. Car, 6c utez ce qu'elle
ajoute ensuite : « C'est pourquoi, dit-elle, les jeunes
filles vous aiment avec exces (Cant, l, 2). » Comme
si elle disait : Ce n'est pas en vain et inutilemenl,
6 nion Epoux, que votre nom est comme aneanti
et repandu sur nies mamelles, car c'est pour cela
que les jeunes filles vous aimenl avec exces. Pour-
quoi l'aiment-elles? A cause de l'effusion de son
nom, parce qu'il l'a repandu sur ses mamelles.
C'est ce qui les excite a l'amour de l'Epoux. et
cause leur affection pour lui. Lorsque l'Epouse
recoit le present de cette infusion, elles en sentent raison que ces esprits bienheureux, qui sont appe-
aussitot l'odeur, elles qui ne peuvent etre bien les Vertus, peut-etre parce qu'etaut etablis de Dieu
eloignees de leur mere; et, toutes remplies de la pour sonder par une heureuse curiosite, et admirer
douceur de ce parfum, elles disent : « L'amour de en meme temps les causes secretes et eternelles des
Dieu est repandu dans nos cceurs par le Saint- miracles et des prodiges, ils font paraitre sur la
Esprit qui nous a etc donue (Rom. v, 5). » L'Epouse terre telles merveilles qu'il leur plait, et, lorsqu'il
relevant done leur zele : Voila, dit-elle, 6 mon leur plait, en cbangeant par leur puissance la na-
Epoux, le fruit de l'effusion de votre nom, les jeu- ture de tous les elements ; ce n'est pas, dis-je, sans
nes filles vous aiment avec exces. Elles le sentent raison, qu'ils briilent d'amour pour le Seigneur des
ges.
pour les jeunes filles; ceux qui sont plus capables
n'ont pas besoin qu'il soil repandu, ils en jouissent
tout entier.
2. La creature angelique contemple fixement l'a- tes archan-
blme profond des jugemeuts de Dieu. Elleprend un
souverain plaisir, et met tout sou bonheur a en admi-
rer I'equite supreme, et elle se glorifie de ce qu'ils
sont executes et counus par son ministere; et c'est
pour cel.i qu'elle a grand sujet d'aimer Jesus-Christ
noire Seigneur. « Tous les esprits celestes, Jit saint
Paul, ne sont-ils pas minislres des volontes de Dieu,
et envoyes pour servirceux qui travaillent a acque-
rir 1'b.e.ritage du salut (Eeb. I, l/ij?» Je crois que,
les archanges, qui sans doute out quelque chose de
plus que les anges, sont ravis de joie de ce qu'ils
sont admis plus familieremeut aux couseils de la
Sagesse eternclle; et ils exeeutent aussi les meiues
ordres avec beaueoup de prudence et de sagesse
selon qu'ils jugent que les temps et les lieux y sont
propres. Et c'est pour ce sujet qu'ils aiment aussi le
Seigneur Jesus-Christ. De meme, ee n'est pas sans Les vertus .
repandu, elles n'etaient pas capables de le sentir
lorsqu'il etait entier, et c'est pour cela qu'elles vous
aiment. En effet, l'effusion de ce nom le rend ca-
pable d'etre recu, et on ne peut le recevoir qu'on
vertus et pour Jesus-Christ, qui est la veitu de
Dieu. Car il est intiuiment doux et agreable pour
eux de contempler dans la sagesse meme les rai-
sons obscures et incertaines de la sagesse; et il ne
ne le trouve ainiable; mais il n'en est ainsi que leur est pas moms honorable et glorieux que Dieu
SERMO XIX.
De natura, modo, ac proprietalibus amoris angclici
ergo. X)zum.,juxta singulos Angelorum ordines dis-
serit.
1. Adhuc Sponsa amatoria loquitur, adhuc pergit am-
plius prosequi laudes Sponsi : et gratiam provocat, dum
monstrat earn, quam jam acceperat, in se vacuam non
fuisse. Audi etenim quid secuta adjungit : Propterea
inquit, adolescentuls dilexerunt to. nimis. Quasi dicat :
Non frustra nee inaniter nomen tuum exinanitum est,
o Spouse, atque effusum in libera mea : propterea enim
adolescentuls dilexerunt te nimis. Propter quid? Prop-
ter nomen effusum, et propter ubera ex eo perfusa.
Inde quippe excitatas sunt in amorem Sponsi, inde
sumpserunt ut diligant. Sponsa infusum munus exci-
piente, ill;e mox sensere fragranliam, quae longe a malre
minime esse pole rant; alqne ilia Buavitate replete di-
cunt : Charitat Dei diffusa est in cordibus nostris per
Spiritum-Sanctum qui dolus est nobis. Ergo ipsarum de
votionem Sponsa commendans, Hie, inquit, fructus, o
Sponse, effusi nominis tui, quod propterea adolcsceu-
lula1 dilexerunt le. Effusum siquidem senliunt, quod
integrum capere non valebant : propterea dilexerunt
te. Effusio quippe nonem faeit capabile, captus * ama" '
bile, sed adolescenlulis dumtaxat. Qui capaciores sunt
integro gaudent, elfuso non indigent.
2. Angelica crrealura irreperoussa mentis acie inluetur
divinorum judiciorum abyssum inullam, quorum sumniae
eequilatis ineffabili deleclalionebeata, gloriatur insuper
effectui ea mancipari per suum ministeiium, ac palam
fieri : et propterea diligit merito Dominum Chrislum.
Nonne omnes, ait, administrators spiritus sunt, missi
in minislerium propter vm, t/tii hmreditatem capiunt sa-
lulis ? Porro Archangelos (ut eis aliquid differentius ab
his, qui simpliciter angcli sunt, tribuamus) mirabiliter
credo, delectat, quod ipsis quoque aeternas Sapientiee
conciliis fauiiliarius admittuntur, eademque per ipsos
locis qua^que suis atque (emporibus summo nioderamine
dispensantur. Et haec causa quod diligunt Uoniiuum
Christum et ipsi. Ilia? quoque beatuu'dines, quas Viilu-
tes px eo l'oisilan appellala; sunt, quod virtutum ac pro-
digiorum occultas perpetuasqne causas felici ourioaitate
rimari ac mirari divinitus ordinals, signa, qua; et quan-
do volunt, ex omnibus dementis terris potenter exlii-
beant : ct ipsa; ergo exinde non immcrito inardescunt
diligere Dominum virtutum, ct Dei virtutem Christum.
Plenum quippe est suavilaU et gratiae, incerta et occul-
al. captum
DIX-iNEUVIEME SERMON SUR LE CAiNTIQUE DES CANTIQUES.
217
i Domina-
tions.
daigne se servir de leur ministere, pour faire con-
naitre et admirer aux hommes les effets des causes
qui sont cachees dans son Verbe adorable.
3. Ces autres esprits bienheureux qu'on nomme
Puissances, et qui mettent tout leur bonheur a
contempler et a glorifler la toute-puissance divine
de Jesus-Christ crucifie, qui s'etend partout avec
une force invincible, recoivent le pouvoir de cbas-
ser et de dompter les puissances ennemies des
hommes et des demons, pour le bien de ceux qui
doivent recueillir l'heritage du salut. N'ont-ils done
pas encore un sujet tres-legitime d'aimer le Sei-
gneur Jesus ? Au dessus d'eux sont les Principautes,
qui l'envisagent d'un lieu plus eleve, et voient
clairement qu'il est le principe de l'univers, et
engendre avant toutes les creatures : ils recoivent
un empire si grand et si souverain, que leur puis-
sance s'etend sur toute la terre, et que du lieu su-
blime et eminent oil ils sont, ils peuvent changer a
leur gre les royaumes et les principautes, disposer
des hommes et des charges, mettreau dernier rang
ceux qui etaient au premier, et au premier ceux
qui etaient au dernier; selon les nitrites de cha-
cun, faire descendre les grands de leurs trones, et
y faire nionter les petits. Et e'est la aussi le sujet
qu'ils ont d'aimer Jesus-Christ. Mais les Domina-
tions l'aiment aussi. Et quel est le sujet de leur
amour ? C'est que, par une louable presomption,
ils s'efTorcent de decouvrir encore quelque chose
de plus grand et de plus sublime de la domination
de Jesus-Christ, qui n'est bornee par aucune li-
mite , ni arretee par aucun obstacle, lis conside-
rent qu'il remplit tout le monde, non-seulenient
par sa puissance, mais encore par sa presence, que
toutes choses, depuis le haut des cieux jusqu'au
fond des abimes, obeissent a 1'equite de ses com-
mandements, qu'il regie avec un ordre parfait le
cours des temps, le mouvement des corps, et l'ac-
tivite des esprits ; et cela avec un soin et une vigi-
lance si exacts, qu'aucune de ces choses ne peut
cesser, meine en un point, en un iota, de faire
sa fonction; et d'ailleurs avec tant de facilite,
que celui qui les gouverne n'en souffre aucun
trouble ni aucune inquietude. Voyant done que le
Seigneur des armees juge toutes choses avec tant
de tranquillite, ils sont comme transports hors
d'eux-memes par l'etoimement extraordinaire ou
les met une contemplation si sublime et si agrea-
ble, ils s'abiraent, pour ainsi dire, dans ce vaste
ocean des splendeurs divines, et se retirent tout a
fait a l'ecart dans un calme merveilleux, oil ils
jouissent d'une paix et d'une surete si parfaite,
que, paruneexcellente prerogative, tandis qu'ils se
reposent, il semble que tous les autres esprits soient
employes a les servir et a les defendre, comme
etant veritablement des rois et des suuverains.
U- Dieu s'assied sur les Trones. Et je crois que ces Let Trftnei-
esprits ont une plus juste cause, et une plus ample
matiere Je l'aimer que tous les autres dont nous
avons deja parle. Car, de meme que lorsqu'onentre
dans le palais d'un roi, qui n'est qu'un homme,
on voit son trone place en un lieu eminent, au
milieu des bancs, des chaises, et des sieges de
toutes sortes dont la maison est remplie , sans qu'il
soit besoin de demander oil il a coutume de s'as-
seoir, puisque son siege royal se presente d'abord
a la vue, parce qu'il est plus eleve et plus riche
que les autres ; ainsi il est aise de juger que ces
esprits, que la divine majeste, par une faveur sin-
guliere et etomiaDte, a daigne choisirpour en faire
ta sapienti* in ipsa sapientia intueri : plenum nihilo-
minus honoris et glorue, causarum in Dei Verbo abs-
condilarum mundo spectandas mirandasque in maDU
ipsorum dirigi efficientias.
3. Sed et illi spiritus, qui Potestates nominantur,
dum Crucifixi nostri diviuam omnipotentiam ubique
fortiter attingenlem intueri ac magnificare delectantur,
exturbare et debellare dasmonum hominumque capiunt
salutis, accipiunt potestatem. Et hi nonne justissimam
habent causam, ut diligant Dominum Jesnm? Sunt et
super istos Principatus, qui ipsum altius speculantes, et
liquido pervidentes universilatis esse principium, et pri-
mogenitum omnis creatura?, tanta proinde principatus
dignitate donantur, ut ubique terrarum habeant potes-
tatem, quasi de summo quodam rerum cardine, regna,
et principatus, et quaslibet proarbitrio mutare etordinare
dignitates : pro quorumque meritis facere primos novis-
simos, et novissimos primos ; deponere potentes de sede
et exaltare bundles. Et haec istis quoque ratio diligendi.
Sed diligunt et Dominationes. Cur? Nescio quid subli-
lius sublimiusque indagare de Christi interminabili atque
irrefragabili dominatu, landabili quadam priesumptione
feruntur : quod scilicet ubique universilatis non solum
potens, sed et praesens, supra infraque obsequi rectissi-
m» voluntati sua? cursus temporum, motus corporum,
nutus mentium, ordine utique pulcherrimo cogat j idque
curatam vigili, ut ne puncto quidem aut iota, uni (ut
dicitur) horum omnium debitum subtrahere famulatum
ullatenus liceat : opera tamen tarn facili, ut turbationem
seu anxietatem ullam omnino gubernator non sentiat.
Inluentes ergo Dominum sabaolh lanfa cum tranqmlli-
tate omnia judicantem , inlenlissiaiae suavissimaeque
contemplationis stupore nimio, sed sensato rapti in illud
divinas claritatis tarn ingens pelagus, recipiunt sese in
secretion quodam mirae tranquillilatis recessu , ubi
tanla pace ac securitate fruuntur, ut quiescenlibus ipsis,
pro reverenlia prasrogalivje , tanquaai vere domi-
nationibus ministrare et militare videatur cajtera multi-
tudo.
4. In thronis sedet Deus. Et puto quod his spiritibus
supra omnes qui memorati sunt, et justior causa, et
copiosior sit materia diligendi. Etenim si intres hominis
regis cujuscunque pnlatium, nonne cum plenum sic
sellis, scamnis, catbedrisque, regia sedes in eminentl
posita cernitur'? Et non est necesse quaerere ubi rex
sedere solitus sit : nimirum mox occurrit manifesta
sedes ejus, caeteris altior ornatiorque sedilibus. Sic quo-
que omni decoris ornatu cunctis aliis praeeminere spiri-
218
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
le trine ou elle s'assied, surpassent tous les autres
en beaute et on inagnificence. D'etre assis est le
symhole de 1'autoriti-. je pense que celui qui est
notre unique maitre dans le ciel et sur la terre,
Jesus-Christ, la sagesse de Dieu, qui atteint partout
Les Ctae>D-
b:na.
Les Se>a-
phins.
en lui, et les echauffe de telle sorte o'e son ardeur,
qu'ils serablent ne faire qu'un meme esprit avec
lui ; de meme que le feu qui enflamme l'air.en lui
imprimant toute sa chaleur et sa couleur, ne sem-
ble pas tant lui communiquer ces qualites que le
a cause de sa souveraine purete, eclaire particu- transformer en sa propre nature. Us aiment done
lierement et principalement, par sa presence, ces surtout a contempler en Dieu, les premiers, la
esprits bienheureux, comma son propre trone, et science, qui est en lui sans mesure et sans
que, de la, comnie dun solennel auditoire, il en- bodies; et les derniers, la charite qui ne fait jamais
seigne la science aux anges et aux homines. C'est def.uit. C'est pourquoi ils ont des noms qui sont
de ce lieu qu'il donne aux Anges la connaissance propres pour exprimer les choses en quoi chacun
de ses jugements, et aux Arehanges celle de ses d'eux excele par dessus les autres. Car ch6rubin
conseils. C'est la que les Vertus apprennent quand, signilie la plenitude, la science, et seraphin, en-
en quel lieu, et quels miracles ils doivent operer. Qammant ou enflamme.
C'est la que les Puissances, les Principautes, et les
Dominations, apprennent ce qu'elles doivent faire,
cequ'elles peuvent presumer d'elles-memes, selon
la dignite de leur nature, et ce qui leur est princi-
palement recommande a toutes, comment elles doi-
vent se servir de leur puissance et n'en point
abuser, soit en la faisant dependre de leur pro-
pre volonte, soit en la rapportant a leur propre
gloire.
5. Toutefois, je pense que cescelestestroupes qu'on
appelle Clierubins, suivant meme la signification
de leur nom, n'ont rien qu'ils recoivent desTrones
ou par les Trones, mais ils peuvent puiser autant
qu'il leur plait dans la source meme, le Seigneur
Jesus qui daigne lui-meme et par lui-meme les
introduire dans toute la plenitude de la verite, et
leur reveler abondammciit les tresors de sagesse et
de science caches en lui. Ceux qu'on nomme Se-
raphins jouissent du meme avantage. Car la cha-
rite, qui est Dieu, les attire etles absorbe tellement
6. Dieu est done aime des Anges a cause de 1*6- H6capituia-
quite souveraine de ses jugements ; desArchanges, tionde ceqoi
a cause de la sagesse adoralile de ses conseils ; des
Vertus, a cause des miracles qu'il daigne faire pour
attirer a la foi ceux qui sont incrcdules; des Puis-
sances, a cause de cette puissance egalement juste
et supreme, par laquelle il a coutume de proteger
les gens de bien eontre les violences des mechants;
des Principautes, a cause de cette vertu eternelle
et primordiale, par laquelle il donne l'etre et le
principe de l'etre a toute creature superieure et
inferieure, spirituelle et corporelle, depuis le plus
haut des cieux jusqu'aux plus profonds abimes de
la terre, avec force et puissance ; des Dominations,
a cause de l'extreme bonte par laquelle il tempere
sa puissance souveraine, et qui fait que, bien qu'il
domina sur toutes choses par la force de son bras,
neanmoins, par une vertu plus puissante, suivant
les mouvements de cette bonte r.aturelle, etde cette
tranquillile merveilleuse qui n'est agitee d'aucun
tibus istos inlellige, in quibus speciali quodam stupen-
dae dignationis munere divina elegit residere rnajestas.
Quod si sessio significat magisterium ; puto ilium, qui
unus est nobis magister in ccelo et in terra, Dei supien-
tiam Christum, cum alias qnidem ubique altingat prop-
ter munditiam suam, specialius tamen islos, atque priu-
cipalius tanquam prupriam scdem sua illustrare
praesentia, et hide tanquam de solemni auditorio docere
angelum, docere hominem scientiam. Inde Anyelis
divinorum notitia judiciorum, inde cuncilioruco Arcban-
gelis : ibi Virtutes audiunt, quando, et ubi, et qualia
proferant signa. Ibi denique universi, sive sint Potes-
tates, sive Principatus, sive Dominationes, discunt pro-
fecto quid ex officio debeant, quid pro dignitate prasu-
mant, et (quod prscipue cautum est omnibus) accepta
potestate ad propriam voluntatem seu gloriam non
abuti.
5. Ilia tamen cceli agmina, quae Cherubin nuncupan-
tur, si eis sui vocabuli servetur interprelatio, arbitror
nil habere quod ab ipsis, aut per ipsos accipiant : cum
de ipso fonte ad plenum haurire liceal, ipso ea per se
Domino Jesu dignanter introducente in omnem plenilu-
dinem veritatis, thesauros sapientiae scientiasque, qui in
eo omnes abscondili sunt, largissime revelante. Sed
nee ea qua? appellata sunt Seraphin, quippe quae ipsa
charilas Deus in se adeo traxit et absorbuit, atque in
euindem rapuit sanclae afiectionis ardorem, ut unuscum
Deo esse spiritus videantur : instar profecto ignis, qui
aerem, (jul-ui inllammat, dum suum ei totum calorem
imprimit, induitque colorem, non ignitum, sed ignem
fecisse ceroilur. Amant itaque praecipue contemplari
in Deo illi quidem spiritus scientiam cujus non est
numerus; hi vero charitatem, quae nequaquam excidit.
Unde et noinina ista sortiti sunt ex eo quique, in
quo praeeminere videntur; nam Cherubin quidem ple-
nitudo scientiae ; Seraphin vero incendentia vel incensa
dicuntur.
6. Diligilur ergo ab Angelis Deus ob judiciorum
suorum summam aequilatem ; ab Archangelis ob cunci-
liorum summam moderationem ; porro a Virtulibus ob
benignissimam exhibitionem miraculorum , per quae
incredulos dignantissime trahit ad fidem ; a Potestatibus
vero ob illam justissimae polentiae vim, qua solet a piis
malignantium prupulsare et arcere crudelitatem; verum
a Prinuipatibus ob aeternam et originalem illam virtu-
tem, qua dat esse et essendi principium omni creatura;
auperiori el inferiori, spirituali et corporali, atlingens a
fine usque ad finem fortiter : a Dominationibus quoque
ob placidissimam voluntatem, qua licet ubique domine-
tur in fortitudine brachii sui, virtute tamen potenliori
DIX-NEUVIEME SERMON SUR
trouble, il ordonne toutes cboses avec une douceur
incomparable. II est aime des Trones, parce qu'il
est la supreme sagesse qui, comme un bon maitre,
se communique sans envie et repand cette onction
divine qui enseigne gratuitement toutes cboses. II
est aime des Cherubins, paree qu'il est le Dieu et
le Seigneur des sciences, et que, connaissant ce qui
est necessaire a cbacun pour son salut, il distribute
ses dons avec discernement et prudence a ceux qui
les lui demandent comme il faut, selon qu'ils en
ont besoin. Enfin il est aime des Seraphins, parce
qu'il est charite, qu'il ne hait aucun de ses ou-
vrages, et qu'il veut que tous les hommes soient
sauves, et viennent a la connaissance de la ve-
rile.
7. Tous ces esprits aiment done Dieu selon le
degre de connaissance qu'ils en ont. Mais les jeunes
fines, parce qu'elles le goutent moins, le connais-
sent moins aussi, et ne sont pas capables de
choses si sublimes. Car elles sont encore petites en
Jesus-Christ, et doivent etre nourries de lait et
d'buile. 11 faut done qu'elles recoivent des mamelles
de l'Epouse de quoi l'aimer. Elle a une huile re-
paudue, et l'odeur quelle exhale les excite a goi-
ter et a sentir combien le Seigneur est doux.
Aussi quand elle les voit embrasees d'amour, se
touruant vers l'Epoux, elle s'ecrie : « Voire nom,
est une huile repandue, e'est pourquoi les jeunes
filles vous aiment avec exces. » Qu'est-ce a dire
avec exces? C'est-a-dire, beaucoup, fortement, ar-
demment. Ou plutot ce discours s'adresse indirec-
tement a vous, qui etes ici depuis peu de temps, et
reprend cette ferveur indiscrete et ce zele iminodere
que vous suivez avec tant d'obstinatiou, et que
LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 219
nous avons tache si souventde reprimer. Vous ne
voulez pas vous contenter de la vie commune.
Les jeunes reguliers, les veilles solennelles, la regie
ordinaire, et la mesure fixee pour les vetements et
pour le vivre ne vous suffisent pas. Vous preferez
les cboses particulieres a celles qui sont communes.
Puisque vous nous avez une fois abandonne le
soin de votre ame, pourquoi voulez-vous en re-
prendre la conduite ? Car ce n'est plus moi que
vous suivez, e'est voire propre volonte, qui, vous
le savez, vous a fait offenser Dieu si souvent. C'est
elle, dis-je, qui vous enseigne a ne point epargner
la nature, a ne vous rendre point a la raison, a ne
suivre le conseil ni l'exemple des plus anciens, et
a ne nous point obeir. Ne savez-vous pas que
« l'obeissance vaut mieux que le sacrifice (i, Reg.
xv, 22) ? » Et n'avez-vous pas lu dans votre regie,
que tout ce qui se fait sans la volonte ou sans le
consentement du pere spirituel, sera impute a
vaine gloireetnemeritepointde recompense [v. Reg.
sanc.Bciiedicli,':.)'! N'avez-vous pas lu dans l'Evangile
quelle maniere d'obeir, l'enfant Jesus a laissee
aux saints enfants? Car, lorsqu'etant demeure a Je-
rusalem, il dit a ses parents qu'il fallait qu'il s'em-
ployit aux choses qui concernaient son Pere, comme
il vit qu'ils n'acquiescaient point a ses paroles, il
ne dedaigna pas de les suivre a Nazareth; le
maitre suivit ses disciples, un Dieu suivit un artisan
et une femme. Mais qu'ajoute encore l'Histoire sa-
cree? « Et il leur etait soumis {Luc. xn, 51), » dit—
elle. Jusques a quand serez-vous sages devant vos
propres yeux? Un Dieu s'abandonne et se soumet
a des hommes mortels, et vous marcherez encore
dans vos voies et sous votre conduite? Vous avez
pro sua ingenita lenitate et imperturbabili tranquillitate
disposuit omnia suaviter. Diligitur et a Thronis ob
benevolentiam magistrse sapientia? sine invidia sese
cornmunicantis, et unctionem, quae gratis docet de
omnibus. Casterum a Cherubin propterea diligitur, quia
Deus scientiarum dominusest ; etsciens quid cuique opus
sitadsalutem, discrete provideque dona suadigne poscen-
tibus,proulnovitexpedire, distribuit : a Seraphin quoque,
quia charitas est, et nihil odit eorurn qua? fecit, et vult
omnes homines salvos fieri, et ad agnitionem veritatis ve-
nire.
7. Hi ergo omnes, prout capiunt, diligunl. Sed enim
adolescenlulaj, quoniam minus sapiunt, minus et capiunt,
nee omnino sufliciunt ad tam sublimia : parvulae qnippe
in Christo sunt, lacte et oleo nutriendae. Ergo ex ube-
ribus Sponsas opus sum ere habent unde diligant. Uubet
oleum effusum Sponsa, ad cujus illte excitantur odorem
gustare et sentire quam suavis est Dominus. Cumque
amore flagrantes persenserit, convcrtens seadSpC'nsum :
Oleum, ait, effusum nomen luum, propterea adolescen-
tude dilexerunl le nimis. Quid est nimis? Valde, vehe-
menter, ardenter. Vel certe magis ex obliquo vos, 'qui
nuper venistis, tangit spiritualis sermo : vestram illam
(quam et nos frequenter reprimere conali sumus) minus
discrctam vehementiam, imo intemperantiam prorsus
Saint Bernard
bllnn' les
religieuz qai
aiment a se
smgulariicr.
V. leimne.
Sermon
n. 1, et le
le sermon
prononce a
la mort de
Humbertn.t.
Obeissance
admirable de
Jesus-Cbriat.
nimium obstinatam redarguens. Non vultis esse com-
niuni contenli vita. Non sufficit vol>is regulare jejunium,
non solemnes vigiline, non imposita disciplina, non
mensura, quam vobis parlimur in vestimentis et ali-
menlis : privata prsfertis communibus. Qui vestricuram
semel nobis credidistis, quid rursum de vobis vosintro-
mitlitis? Nam illam, qua loties Doum, conscientiis ves-
tris testibus, offendistis , propriam scilicet voluntatem
vestram, ecce nunc iterum magistram habetis, non me.
Ilia vos natural docet non parcere, rationi non acquies-
cere, non obtemperare seniorum concilio vel exemplo,
non obedire nobis. An ignoratis quia me/tor est obe-
dienlia, quam viclimie? Non legistis in regula vestra,
quod quidquid sine voluntate vel consensu palris spiri-
tualis fit, van<e gloria? deputabilur, non mercedi ? Non
legistis in Evangelio, quam formam obediendi puer
Jesus pueris Sanctis tradiderit? Nam cum remansisset
in Jerusalem, et d>ixissel in his quae Patris sui erant
oportere se esse , non acquiescentibus parentibus ejus,
sequi illos in Nazareth non despexit, Magister discipu-
los, Deus homines, Verbiim et Sapientia fabrum et
feminam. Quid? Etiam addidit sacra historia : Et erat,
incpiit, subdilus illis. Quousque vos sapientes estis in
oculis vestris? Deus se mortalibus credit et subdit; et
vos in viis vestris adhuc ambulatis? Bonum receperatis
250
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
recu un bon esprit, mais vous n'en asez pas bien.
J'appriMiondc' qu'au lieu de lui, vous n'en rece-
viez un autre qui, sous de speeieuses apparences,
vous fasse trebucher, et, qu'ayant commence par
l'esprit, vous n'acheviez par la chair. Ne savez-vous
pas que le mauvais ange se transforme SOUvent
en ange de lumiera) Dieu est sagesse; il ne veut
pas qu'ou l'aiine seuleinent avec bonheur, mais
avez sagesse. C'est ce qui fait dire a l'Apotre : « Que
votre culle soit raisonnable [Rom. xn, 1). » Autre-
ment si vous negligez la science, l'esprit d'erreui
se jouera bientot de votre zele. Cet ennemi artiti-
cieux n'a point de plus forte machine pour 6ter
l'amour d'un cceur , que lorsqu'il peut faire en
sorte qu'il manque de prudence et de raison dans
11 faot aimer sa conduite. C'est pourquoi je pense a vous donner
Sagesse" quelques regies, qu'il est necessaire d'observer
quand on aime Dieu. Mais conmie il est temps de
finir, je ticherai de vous les expliquer demain, si
Dieu mc donne vie et me laisse le loisir que j'ai a
present. Car lorsque nous aurons repris une nou-
velle vigueur par le repos de la nuit, et, ce qui est
le principal, par les prieres que nous adresserons
a Dieu, nous nous assemblerous avec plus d'ardeur
et d'allegresse, comme il est juste, pour entendre
le discours de l'amour, moyennant la grace de
Notre-Seigneur Jesus-Christ, a qui soil honneur et
gloire dans les siecles des siecles. Ainsi soit-il.
SERMON XX.
Trois sorles d' amours donl ?ious aimons Dieu.
1. Afin de commencer ce discours par les paroles
d'un maitre : « Que celui qui n'airne point le Sei-
gneur Jesus, soit anatheme (l. Cur. xvi, 22). »
Quiconqne
refuse de vi-
vre pour
Veritablement je suis bien oblige d'aimer celui qui jesus-Cbrist
est l'auteur de mon etre, de ma vie, et de ma ebmodu'fr°r.de
raison; et je ne puis toe ingrat sans indignite.
Ceries, il faut reconnoitre Seigneur Jesus, que celui
qui refuse de vivre pour vous est digue de la mort,
et qu'il est mort ; que celui dont les senti-
ments ne sont pas conformes a vos maximes est
insense ; et que celui qui n'a pas soin de D'etre au
monde que pour vous, n'y est que pour un ueant,
et u'esl lui-meiuo qu'un neant. Apres tout, en
quoi 1'homme est-il quelque chose, sinon en ce que
vous lui faitesla gracede vous connaitre? C'est pour
vous seul, 6 mon Dieu, que vous avez cree toutes
choses, et celui qui ne veut etre au monde que
pour soi, non pour vous, commence a n'etre plus
rien, parmi tous les Etres. « Craignez Dieu et
observez ses commandements : c'est la tout
1'homme, dit le Sage. » Si done tout 1'homme est
la, hors de la tout 1'homme n'est rien. Faites-moi la
grace, Seigneur, que le peu qu'il vous a plu que je
sois par votre bonte, ne soit pas a moi, mais tout a
vous. Recevez, je vous en conjure, les restes de ma
miserable vie; et pour toutes les annees que j'ai
perdues, parce que je les ai employees a me
perdre, ne rejetez pas un coeur contrit et humilie.
Mes soins se sont evanouis comme l'ombre, et se
sont ecoules sans aueun fruit. II est impossible que
je les rappelle, faites done au moins, s'il vous plait,
que je les repasse devant vous, dans l'amertume
de mon ame. Vous voyez quel est l'objet de tous
mes desirs, vous penetrez tous les desseins que je
ferme dans mon cceur. Si j'avais quelque sagesse,
Aspiration
d'une ame
peniteute
vers Dieu.
spiritum : sed non bene utimini eo. Vereor ne alium
pro isto recipiatis, qui sub specie boni supplantet vos :
et qui spiritu coepistis, caine consummemini. An nes-
cilis, quia angelus satanae multolies transfigurat se in
angelum lucis? Sapienlia est Dcus, et vult se amari
non solum dulciter, scd et sapienter. Unde Apostolus :
RatioJiahile, inquit, obsequium vestrum. Alioquin facil-
lime zelo tuo spiritus illudet erroris , si scieniiam
ncgligas : ncc habet callidus hostis machinamentum
efficacies ad tollendam de corde dilcctioncm, quam si
cfficeie possil, ut in ea incaute, et non cum ralione
anibuletur. Quamobrem ego cogito modos quos-
dam tradere vobis, quos opera* preliuni est Deum
diligcnlibus observare. Scd quia hie sermo finem
desiderat, eras eos, si Deus vitam mihi et otium,
quod nunc habemus ad disserendum , servaverit ,
explicare conabor. Tunc enim recreatis noclurna
quiete sensibus , et (quod est praecipuum) oralione
prsemissa alacriores, ut justum est, ad sermonem de
dilectione conveniemus , praestante Domino nostra
Jesu-Christo, cui honor et gloria in ssecula sajculorum.
Amen.
SERMO XX.
De triplici modo diledioni* , qua Deum diligimus.
1. Ut a Magistri verbis sermo exordium sumat : Qui
nonamat Dominum Jesum, anathema sit. Valde omnino
mihi amandus est, per quem sum, vivo, et sapio. Si
ingratus sum ; et indignns. Dignus plane est morle, qui
tibi, Domine Jesu, recusat vivere, et mortuus est : et
qui tibi non sapit, desipit ; et qui curat esse nisi prop-
ter te, pro nihilo est, et nihil est. Denique quid est
homo, nisi quia tu innotuisli ei? Propter temctipsum
Deus fecisli omnia : et qui esse vult sibi et non tibi,
nihil esse incipit inter omnia. Deum time, et manduta
ejus observa : hoc est inquit, onatis homo. Ergo si hoc
est omnis homo absque hoc nihil omnis homo. Inclina
tibi, Deus, modicum id quod me dignatus es esse ; at-
que de mea misera vilasuscipc, obsecro, residuum anno-
rum meorum : pro his vera, quos vivendo perdidi, quia
perdile vixi, cor contritum et humilialum Deus non des-
pieias. Dies mei sicut umbra declinaverunt, et praeleri-
erunt sine fructu. Impossibile est ut revocem : placeat
ut recogitem tibi eos in amaritudine animae meae. Jam
de sapienlia, ante te est onine desiderium mcum, et
propositum cordis mei : si qua esset in me, servarem
ad te. Sed, Deus, tu scis insipientiam meam : nisi
quod hoc ipsum forlasse sapere est, quod et ego agnosco
earn, et quidem ex munere tuo. Auge illud mihi, minime
quidem ingrato pro munusculo; scd sollicito pro eo quod
deest. Pro his ergo ita sum amans te, quantum possum
VINGTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
221
vous ne doutez point que jc ne l'employasse pour
vous. Mais, mou Dieu, vous counaissez mes egare-
ments et ma folie; c'est deja un commencement de
sagesse de reconnaitre qu'on n'en a point; cela
meme est un don devotre grace. Augmentez-la moi,
je vous en supplie. Jene serai pas ingrat de ce peu
que vous me donnerez, jetacherai d'acquerir encore
ce qui me manque. C'est done pour tous ces bien-
faits que je vous aime de toutes mes forces.
fant aimer 2. Mais il y a quelque cliose qui m'excite da-
lus encore vantage, qui me pressedavantage, qui m'emflamme
TOii-r crids3. davantage. Le calice que vous avez bu, l'ceuvre de
noire redemption, fait que je vous trouve encore
tout autrement aimable, 6 bon Jesus. Voila ce qui
acheve de me gagner; ce qui attire mou amour
avec plus de douceur, l'exige avec plus de justice,
le serre avec des nceuds plus etroits, et l'embrase
avec plus de force et de vehemence. Car ce lut
l'objet des travaux infmis de ce Sauveur, et toute la
machine dumonde ne lui a pastant coute de peine.
En efl'et, il n'a dit qu'un mot, et tout a ete cree,
et il a tout forme par son seul commandenicut
(Psal. xxxn, 9). Mais ici il a eu a soufl'rir des per-
sonnes qui contrariaicnt ses paroles , observaient
ses actions, insultaient a ses tourments et a sa mort
meme. Voila quel a ete son amour. Ajoutez encore
pour comble de faveurs quece n'est pas pour payer
notre amour, mais pour nous donner le sien qu'il
nous a aimes ainsi. Car qui est-cequi lui a donnele
premier et qui l'aprevenu? « Nous n'avons pas
aime Dieu les premiers, dit l'apotre saint Jean, mais
c'est lui au contraire qui nous a aimes le premier
(Joan, iv, 10). » 11 nous a meme aimes lorsque
nous n'etions pas encore ; il a fait plus ; il nous a
aimes, lorsque nous nous opposions a lui, et lui
resistions, selon cette parole de saint Paul :
2. Sed est quod me plus movet, plus urget, plus ac-
cendit. Super omnia, inquam, reddit amabilem le aiihi
Jesu bone, calix quern bibisti, opus nostra; redemptio-
nis. Hoc ornnino amorem nostrum facile vindicat tutum
sibi. Hoc, inquam, est quod nostram devotionem et
blnndius allicit, et justius exigit, et arctius stringit, et
allicit vehemeatius. Multum quippe laboravit in eo Sal-
vator, nee in omni mundi fubrica tanlura f'atig;itionis
auctor assumpsit. Ilia denique dixit, et facta sunt ; man-
davit, et creata sunt. At vero hie et in dictis suis
suslinuit contradiclores, et in factis observatores, et in
tormentis illusores, et in morte exprobratores. Ecce
quomodo dilexit. Adde quod hanc ipsam dllectionem
non reddidit, sed addidit. Nam quis prior dedit ei, et
retribuetur ei? Sed ut sanctus Joannes evaogelista ait :
Non quia nos dilexerimus Deum, sed quia ipse prior di-
lexit nos. Denique dilexit etiam non exsistenteji ; sed
adjecit et resistentes diligere, juxta Pauli testimonium
dicentis : Quoniam cum adhuc inimici essemus, reconci-
liati sumus Deo per snnguinem Filii ejus. Alioquin si
non dilexisset inimicos, nondum possedisset amicos :
sicut necdum quos sic diligeret essent, si non dilexisset
qui nondum essent.
« Lorsque nous etions encore les ennemis de Dieu,
nous avons ete immoles avec lui par la mort de son
fih (Rom. v, 10). » D'ailleurs, s'il ne nous avait point
aimes quand nous etions ses ennemis, il ne nous
aurait pas maintenant pour amis : de meme que
s'il n'avait point aime ceux qui n'etaientpas encore,
il n'y en aurait point a present qu'il put aimer
comme le il fait.
3. Or, son amour a ete tendre, sage et fort. Le Chriat
Tendre, dis-je, caril s'est revetu de notre chair; sage, "™c douceur!
il n'en a pas pris le peche ; et fort, il a souffert la aTCC »?««»«•
, „ ,., . . arec force,
mort. Ceux qu il a visites dans la chair, il ne les a
pas aimes charnellement ; mais dans la prudence
de l'Esprit. Car notre Seigneur Jesus-Christ est un
Esprit qui s'est rendu present a nous (Tltren.
iv, 10), etant anime envers nous d'une zele deDieu,
non d'un zele humain, et d'un amour mieux regie
que celui dont le premier Adam fut touche envers
Eve son epouse. Ainsi il nous a cherches dans la
chair, aimes en esprit, et rachetes par sa force et
son courage. C'est une cliose pleine d'une douceur
ineffable, de voir homme le Createur des hommes?
Maisen separant, par sa sagesse, la nature d'avec le
peche, il a aussi, par sa puissance, banni la mort de
la nature. En prenant ma chair, il a use de con-
descendance envers moi ; en evitant le peche, il a
pris conseil de sa gloire ; en souffrant la mort, il a
salisfait a son Pere ; et ainsi il a ete tout ensemble
un bon ami, un conseiller prudent, et un puissant
protecteur. Je m'abaudonne en toute conliance a '
lui, il veut me sauver, il en sait les moyens, il en
a le pouvoir. Apres avoir appele par sa grace celui
qu'il a cherche, le rejettera-t-il quand il viendra a
lui? Mais je ne crains point que ni la violence, ni
l'artifice, puissent jamais m'arracher d'entre les
bras du vainqueur de la mort qui vaiuc tout, et a
3. Dilexit autem dulciter, sapienter, fortiter. Dulce
nempe dixerim, quod camera induit; cautum, quod eul-
pam cavit ; forte, quod mortem sustinuit. Nam quos
sane in carne visitavit, carnaliter tamen nequaquam
amavit, sed in prudenlia spiritus. Spa-itus quippe ante
faciem nostram Christus Dominus, Kmulans nos Dei
a;mulalione, non hominis, et certe saniori, quam primus
Adam Evam suam. Itaque quos in carne qua:sivit, di-
lexit in spiritu, redemit in virtute. Plenum prorsus
omni suavitatis dulcedine, videre hominem hominis
Conditorem. Al dum naluram prudenter selegit a cul-
pa, etiam potenter mortem propulit a natura. In carnis
assumptione condescendit mihi, in culpae vitatione con-
suluit sibi, in mortis suseeptiQne salisfecit Patri ; amicus
dulcis, conciliarius prudens, adjutor fortis. Iluic securus
me credo, qui salvare me velit, noverit, possit. Quern
quajsivit, hunc et vocavit per gratiam suam : numquid
venientem ejiciet foras? Sed nee vim, nee fraudem me-
tuo profecto ullam, quod me videlicet de manu ejus pos-
sit eruere ; qui et vincentem omnia vicit mortem, et
seductorem universitatis serpentem, arte utique sanc-
tiore delusit; isto prudentior, ilia potentior. Carnis qui-
dem assumit veritatem, sed peccati similitudinem :
J«
(EUVRES DE SAINT BERNARD.
trompe le serpent par un plus saint artifice que
celui dont il s'ct.iii servi lui-meme. II s'esl montre
plus prudent que celui-ci, et plus puissant que
celle-la. II a pris la verite de la chair, mais seule-
ment la ressemblance du peche; dans I'une, don-
nant une douce consolation a I'homme malade et
inlirme, et dans l'autre, cacli.mt prudemmenl le
piege qu'il voulait tendre au demon. Lt pour nous
reconcilier a son Pere, il a souffert genereusement
et dompte la inort, et repandu son sang pour le
prix de notre Redemption. Si done cette souveraine
rnajeste ne m'avait aime tendrement, il ne m'au-
rait plus cherche dans ma prison. Bien plus, il a
joint a cet amour la sagesse, pour decevoir notre
tyran, et la patience pour apaiser la colere de Dieu
sou Pere. Voila les regies que je vous ai promis de
vous donner; mais j'ai voulu vous les faire voir
auparavant en Jesus-Christ, afin que vous les eus-
siez en plus grande estime.
Voila com- t\. Chretiens, apprenez de Jesus-Christ comment
aime'r'uieii'a vous ^e devez aimer. Apprenez a l'aimer tendre-
l'eiempie de ment, a l'aimer prudemment: a l'aimer forlement.
Jesus-Chnst. _ , ,
Tendrement, de peur que vous ne soyez attires par
les charmes des plaisirs sensuels. Prudemment, de
peur que vous ne soyez seduits. Forternent, de
peur que vous ne soyez vaincus et detournes de
l'aruour du Seigneur. Pour que la gloire du monde,
ou les voluptes de la chair ne vous entrainent
point, que la sagesse, qui est Jesus-Christ, ait pour
vous des attraits et des douceurs in liniment plus
grandes. Si vous voulez n'etre point seduits par
l'esprit de meusonge et d'erreur, que la verite qui
est Jesus-Christ repande en vous une lumiere ecla-
tante. Pour n'etre point abattus par les adversites,
que la vertu de Dieu, qui est Jesus-Christ, vous
fortifie. Que la charite embrase votre zele, que la
science le regie, que la Constance l'afterniisse. Qu'il Zi,,e d.un
sort exempt de tiedeur, plein de discretion, eloi- »°n prcdica
gne de toute timidite. Ces trois choses ne vous out- tc"r'
elles point ete prescrites par la I.oi, quand Dieu
dit : « Vous aitnerez le Seigneur votre Dieu de tout
votre cceur, de toute votre ame, et de toutes vos
forces (Deut. vi, 5)? » 11 me semble, si vous n'avez
quelque autre sens meilleur a donner a celte triple
distinction, que l'amour du cceur se rapporte au
zele d'afleclion, l'amour de 1'ame a l'adresse ou
au jugement de la raison, et l'amour des forces, a
la Constance ou a la rigueur de l'esprit. Aimez
done le Seigneur votre Dieu d'uue affection de
cceur pleine et entiere ; aimez-le de toute la sagesse
et detoutela vigilance de la raison ; aimez-le de tou-
tes les forces de l'esprit , en sorte que vous ne craigi iiez
pas meme de mourir pour l'amour de lui, aiusi
qu'il est ecrit : « L'amour est fort comme la mort,
et le zele fervent, inflexible comme 1'enfer (Cunt.
viu, 6). » Que le Seigneur Jesus soit a votre cceur
un objet de douceur infinie, pour detruire la dou-
ceur criminelle des charmes de la vie de la chair;
qu'une douceur en surmonte une autre, comme un
clou chasse un autre clou. Qu'il soit a votre enten-
dement une lumiere qui le guide, et qu'il serve de
conducteur a votre raison, non-seulement pour
eviter les embuches que les heretiques vous dres-
sent malicieusement, et pour garder votre foi pure
de leurs finesses et de leurs artifices, mais aussi
afin que vous ayez soin d'eviter ce qu'il peut y
avoir d'excessif et d'indiscret dans votre conduite.
Que votre amour soit encore constant etgenereux,
qu'il ne cede point a la crainte, et ne succombe
point au travail. Aimons done avec tendresse, avec Qnei doit
circonsnection et avec ardeur ; car il faut savoir „ ' 'rl; °olre
i ' amour envera
que si l'amour atfectif du cceur est doux, il est Je^us-christ.
dulcem prorsus in ilia exhibens consolationem infirmo,
et in hac prudenter abscondenslaqueum deceptionis dia-
bolo. Porro ut Patri nos reconcilict, mortem for titer
subit et subigit, ftindens pretium nostrae redemptionis
sanguinem suum. Ergo nisi amasset dulciter, non me in
carcere, requisisset ilia majestas : sed junxit alfectioni
sapientiam, qua tyrannum deciperet ; junxit et patien-
tiam, qua placaiet oflensum Deum Patrem. Hi sunt
modi, quos vobis promiseram : sed praemisi cos in
Christo, utcommcndabiliores haberetis.
4. Disce, o Christiane, a Christo, quemadmodum di-
ligas Christum. Disce amare dulciter, amare prudenter,
amare fortiter. Dulciter, ne illecti ; prudenter, ne de-
cepti; fortiter, ne oppressi ab amore Domini avertamur.
Ne mundi gloria sen carnis voluptatibus abducans, dul-
cescat tibi pr33 his snpienlia Christus : no seducaris spi-
ritu mendacii et erroris, lucescat tibi Veritas Christus :
ne adversitatibus fatigeris, conforlet te virtus Dei Chris-
tus. Zelum tuum inllammet cbaritas, informet scientia,
flrmet constantia. Sit fervidus, sit circ.umspectus, sit
lnvictus. Nee teporem habeat, nee careat discretione,
nee timidus sit. Et vide ne forte tria ista tibi et in lege
tradita fuerint, dicente Deo : DUiges Dominum Deum
tuum ex toto corde iuo, et ex iota nnima tua, et ex tola
virtute tun. Mini videtur (si alius competentior sensus
in hac trina distinctione non occurrit) amor quidem cor-
dis ad zelum quemdam pertinerc afTectionis ; animaj
vero amor ad industnam seu judicium rationis ; virtulis
autem dilectio ad animi posse referri constantiam vel
vigorem. Dilige ergo Dominum Deum tuum toto et
pleno cordis affectu : dilige tota rationis vigilantia et
circumspectione : dilige et tota virtute, ut ncc mori pro
ejus amore pertimeseas, sicut scriptum est in consequen-
tibus : Quoiiiam fortis est ut mors dilectio, durn sicut
in /'•■rims' ii'inu/atio. ^it suavis et duleis affectui tuo Do-
minns Jesus, contra male utique dulces vit;e carnalis
illcccbras ; et vincat dulcedo dulcedinem, quemadmo-
dum clavum clavus expellit. Sed sit nihilominus intel-
lectui pripvia lux et dux rationi, non solum ob cavendas
haeretica3 fraudis decipulas, et (idei puritatem ab eorum
versutiis custodiendam, verum ut cautus quoque sis
nimiam et indiscretam vehementiam in tua conversa-
tione * vitare. Sit etiam fortis, et cuustans amor tuus, • al. convor
nee cedens terroribus, nee succumbens laboribus. Ergo »ione.
amemus affectuose, circumspecte, et valide ; scientes
amorem cordis, quern affectuosum dicimus, absquo eo
'amour des
isciples de
fotre Sei-
ieur J£sns-
hrist pour
t persoune
tait doux,
ais net lit
prudent
ni fort.
Amour de
iot Pierre.
VINGTIEME SERMON SUR LE
trompeur, a moins qu'il ne soit accompagne de
celui de l'ame; et que celui-ci pareillement, sans
l'amnur deforce et de courage est sage, mais faible
et fragile .
5. Reconnaissez par des exemples clairs, que ce
que je dis est veritable. Les disciples avaient en-
tendu avec peine leur rnaitre, qui de.vait niouter
au ciel, parler de son depart ; lis rueriterent qu'il
leur adress.it ces paroles : « Si vuus m'aimiez,
vous seriez bien aises de ce que je vais a mon pere
{Joan, xiv, 28). » Quoi douc? ils se plaignaient de
ce qu'ds les allait quitter, ils ne l'aimaient pas 1
Us l'aimaient sans doute dans un sens, et pourlant
on peut dire qu'ils ne l'aimaient pas. Ils l'aimaient
avec lendresse ; mais cet amour n'etait pas accom-
pagne de prudence, lis l'aimaient charnellement,
nou raisonnablement. Entiu ils l'aimaient de tout
leur cceur, mais non pas de toute leur ame. Leur
amour etait contraire a leur salut ; c'est pourquoi
il leur disait : « 11 vous est avautageux que je m'en
aille (Ibid, xvi, 7) ; » en blamant leur defaut de
sagesse, non pas leur manque d'affection. Dememe,
lorsque parlaut de sa mort, il reprit et reprima
saint Pierre qui l'aimait tendrement, et voulait
l'empecber de mounr, repnt-il autre chose en lui,
que l'imprudence et 1'indiscretioD ? Car, que veut
dire cette parole : « Vous ne goutez pas les choses
de Dieu (Marc vm, 33) ; » sinon vous u'aimez pas
avec sagesse, parce que vous suivez une affection
bumaine qui va elle-meme coulre un dessein de
Dieu. Et il l'appela Satan, parce qu'il s'opposait a
son salut, quoique sans le savoir, en voulant
enipecher le Sauveur de mounr. C'est pour-
quoi, s'etant corrige, il ne s'opposa plus a
sa mort, iorsqu'il vint a parler de nouveau
de ce triste sujet, mais il proniit qu'il mourrait
CAISTIQUE DES CAiNTIQUES. 223
avec lui. S'il n'accomplit pas alors sa promesse,
c'est qu'il n'avait pas encore atteint le troisieme
degre d'amour, qui consiste a aimer Dieu de toutes
nos forces. 11 etait instruit a aimer Dieu de toute son
ame, mais il etait encore faible. 11 savait bien ce
qu'il devait faire, mais il manquait de secours pour
le faire ; il u'ignorait pas le mystere, mais il redou-
tait le martyre. Cet amour sans doute n'etait pas
encore fort comme la mort, puisque la mort le fit
succomber. Mais il le devint ensuite lorsque, selon
la promesse de Jesus-Christ, etant revetu de la force
d'en haul, il commenca enfin a aimer avec tant de
courage, que quand le conseil des Juifs lui defen-
dit de precher le noni adorable de Jesus, il repon-
dit courageusement a ceux qui lui faisaient cette
defense : « 11 vaut mieux obeir a Dieu qu'aux
honimes (Act. v, 29). » C'est alors qu'il aima de
toutes ses forces, puisqu'il n'epargna pas meme
sa propre vie pour l'amour. « Car l'amour ne peut
pas aller plus loin, que de donner sa vie pour ses
amis (Joan, xx, 13). » Et bien, qu'il nela donnat
pas encore, neanmoins il l'exposa. Ne se laisser Le veritable
done point attirer par les caresses, ni seduire par Dieu.
les artifices, ni abattre par les injures et les outra-
ges , c'est aimer de tout son cteur, de toute son
ameet de toutes ses forces.
6. Remarquez que l'amour du coeur est en quel- Amonr char-
quefacou charnel, il insuire en effet plus d'affec- T,nel P°ur
, ... , . . , .. Jesua-Urut.
tion au coeur de 1 bomme pour la chair de Jesus-
Christ, et pour les choses qu'il a faites durant qu'il
en etait revetu. Celui qui est plem de cet amour
est aisement touche et attendri a tous les discours
qui concernent ce sujet. 11 n'entend rien plus vo-
loutiers, il ne lit rien avec plus d'ardeur, il ne re-
passe rien plus souvent dans sa memoire, il n'a
point de meditation plus douce et plus agreable.
qui dicitur animte, dulcem quidem, sed seducibileai :
istum vero absque illo qui viitutis est, rationabilam esse,
sed fragilem.
ii. Et vide in manil'estis exemplis hoc ila esse ut di-
cimus. Cum aegre ferrent Discipuli quod de ascensuri
Magistra discessu ab eodem ipso audierant, audierunt :
Si diligeri!<i me, gauderetis utique quia vado ad Patrem.
Quid ergo,'.' non diligebant de cujus discess.one dole-
bant? Sed diligebant quodam modo, et non diligebant.
Diligebant dulciter, sed minus prudenter; diligebant
carnaliter, sed non rationabiliter ; denique diligebant
toto corde, non autem tola anima. Dileclio eorum con-
tra salutem eorum, unde et aiebat : Expedit vobis ut
ego vadam, culpans concilium, non affectum. Loquenti
item de morte sua futura, obviare sibi conantem Peirum,
qui eum tenere diligebat, cum ila, ut meministis, incre-
pando repressit, quid in eo aliud quam imprudentiam
reprehendil ? Poslremo quid esl, Non sapis qua; Dei
sunt, nisi non sapienler diligis, humanum sequens affec-
tum, conlra divinum concilium? Et vocavit Sutanam,
eo quod saluli, etsi nesciens, adversaretur, qui Sulvato-
rem mori probiberet. Unde et correctus, repetentem
postmodum triste verbum minime jam mori vetuit, sed
se commotiturum esse promisit. Non autem implevit,
quia necdum ad tertium pervenerat gradum, in quo
virtute tota diligitur. Erat tota anima doctus diligere,
sed adhuc inlirmus ; bene instructus, sed parum adju-
tus ; non iguarus mysterii, sed martyrii pavidus. Non
plane ilia fortis ut mors dileclio tunc fait, quce morti
succubuit : fuil autem postea, cum ex promissione Jesu-
Cbrisli indntus virtute ex alto, tanla tandem ccepit vir-
tute diligere, ut in concilio prohibilus pradicare nomen
sanctum, constanter prohibentibus responderet : Obedire
oportet Ddo magis quam homiinbus. Tunc dernum tota
virtute dilexit, cum nee vitce sua; pepercit pro dilectione.
Majorem siquidem chai itatem nemo habet, quam si ani-
mam suum p'mat quis pro amicis suis, quam etsi mini-
me tunc posuit, jam tamen exposuit. Ergo non abduci
blanditiis, nee seduci fallaciis, nee injuiiis frangi, toto
corde, tota anima, tola virtute diligere est.
6. Et nota amorem cordis quodam modo esse car-
nalem, quod magis erga carnem Christi, et quae in
carne Christus gessit vel jussit, cor humanum afCciat.
Hoc replelus amore, facile ad omnem de hujusmodi
sermone compungitur. Nihil audit libentius, nihil legit
studiosius, nihil frequentius recolit, nihil suavius medi-
224
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Les sacrifices de ses prieres en recoivent une nou-
velle perfection, et ressemblent a des victimes aussi
grassesque belles. Toutes lea fois qu'il faitoraison, l'i-
mage sacree de I'homme-Dieu se presente a ses
yeux, naissant, suspenduaux mamelles de sa mere,
enseignant. mourant, ressuscitant, et montant an
ciel ; or toutes ces images ou autres semblables qui
se presentent a l'esprit, animent neeessairement
1'ame a l'amour des vertus, chassent les vices de la
chair, en bannissent les altraits, el calment les de-
sirs. Pour moi, je pense que la principale cause,
pour laquelle Dieu, qui est invisible, a voulu se ren-
dre visible par la chair qu'il a prise, et converser
fiiTdeTin- comme homme parmi les hommes, etait d'attirer
carnation, d'abord a l'amour salutaire de sa chair adorable les
atlections des hommes charnels qui ne savent ai-
mer que charnellement, et de les conduire ainsi
par degres a un amour epure et spirituel. Ceux
qui disaient : « Vous voyez que nous avons quitte
toutes choses pour vous suivre {Matlh xix, 27), »
n'en etaient-ils pas encore a ce premier degre de
l'amour? lis ne les avaient sans doute quittees que
par le seul amour de la presence corporelle de Je-
sus-Christ, quoiqu'il leur parlit seulement de sa
passion salutaire et de sa mort, et qu'ensuite la
gloire de son ascension les touchat d'une tristesse
tres-vive. C'est aussi ce qu'il leur reprochait.
« Parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse
s'est saisie de votre coeur (Joan, xvi, 6). » Ainsi
d'abord il les retira de tout autre amour charnel,
par la seule grace de la presence de son corps.
7. Mais il leur montra ensuite un degre d'amour
plus eleve, lorsqu'il leur dit : « C'est l'esprit qui
donne la vie, la chair ne sert de rien du tout (Joan.
vi, 6).» Jecroisquecelui qui disait : «Quoiquenous
ayons connu Jesus-Christ selon la chair, nous ne le
connaissons pas pour cela (II, Cor. v, 16), » etait deja
parvenu & ce degre d'amour. Peut-etre le Prophete
\ . it nl-il aussi inonte lorsqu'il disait: « Jesus-Christ
notre Seigneur est un esprit present a nos yeux
(Thren. iv, 20). » Car quant & ce qu'il ajoute :
« Nous vivrons parmi les nations sous son ombre
[(Ibid.); « je crois qu'il parle an nom de ceux qui
commencent, pour les exhorter a se reposer au
moins a l'ombre, puisqu'ils ne se sentent pas assez
forts pour porter l'ardeur du soleil ; et a se nourrir
de la douceur de la chair, puisqu'ils ne sont pas
encore capables de gouter les choses de l'esprit de
Dieu ; carje crois que l'ombre de Jesus-Christ, c'est
sa chair ; et c'est de cette ombre que Marie a ete
environnee, afin qu'elle lui servit comme d'un voile
pour temperer la chaleur et l'eclat de l'esprit.
Que celui-la done se console, cependant dans la L'ombre don
Mane a St&
devotion envers la chair de Jesus-Christ, qui n'a ooaierte. V.
le sermon
ixxi, n. 9.
pas encore son esprit vivifiant, qui du moins ne l'a '
pas encore de la facon que le possedent ceux qui
discnt : « Le Seigneur Jesus-Christ est un esprit
present devant nous (Thren. ix, 20). » Et, « encore
que nous ayons connu Jesus-Christ selon la chair,
nous ne l'avons pas connu veritablement (II Cor.
v, 16). » Ce n'est pas qu'on puisse aimer Jesus-
Christ dans la chair, sans le Saint-Esprit, mais on
ne l'aime pas avec plenitude. Ettoutefois, lamesure Qu'est-csqne
de cet amour, c'est que la douceur qui en nait oc- a'chr;/t#do "
cupe tout le cceur, le retire tout entier a soi de tou' c«ttr-
l'amour des creatures sensibles, et l'affranchit des
charmes et des attraits de la volupte charnelle, car
c'est la aimer de tout son cceur. Autrement, si je
prefere a la chair de Jesus-Christ mon Seigneur,
quelqu'autre que ce soit, quelque proche qu'elle
me puisse etre, ou quelque plaisir que j'en puisse
recevoir, en sorte que j'en accomplisse moins les
tatur. Inde holocausta orationum, lanquam ex adip
vituli saginati impinguat. Astut oranli hominis Dei sacra
imago, aut nascenlis, aut laclcnlis, aut. docenlis, ant
morientis, aut resurgenlis, aut ascendentis ; et quicquid
tale occurrerit, vet stringat necesse est animum inamo-
rem virtutum, vel carnis extnrbet vilia, fuget illecebras,
desideria sedet. Ego hanc arbilror prascipuam invisibili
Deo fuisse causam, quod voluit In carue videri, et cum
hominibus homo couversari, ut cainalium videlicet, qui
nisi carnaliter amare non potcrant, cunctas primo ad
suae carnis salutarem amorem afl'ectinnes relralieret,
atque ita gradatim ad amorem perducerct spirilualem.
Nonne denique in hoc gradu adhuc slabant qui aiebant:
Ecce nos rehquimus omnia, et secuti sumu-s te ? Solo
protecto corporalis praesentia? amore reliquerant omnia,
adeo ut salutaris fuluiae passionis et mortis ne audire
quidem verbum a?quanirriiter sustinercnt, sed nee glo-
riam ascendentis post-modum nisi cum gravi maerore
at. eujci- suspicere ". Hoc enim est quod eis dicebat : Quia hac
pere. loculus sum vobis, (ristilia impleoit cor vestrum. Itaque
In sola interim gratia praosentis suae carnis eos ab amore
omnis carnis suspenderat.
7. Monstrabat autem postea eis altiorem amoris t;ra-
edum, cum diceret : Spiritus est qui vivificat, caro non
prodest quidquam. Putohuncascenderatjam qui dicebat:
Et si cognovimus Christum secundum carnem, sed nunc
Jam nun novimus. Fortassis et nihilominus Propheta
in hoc ipso slabat, cum diceret : Spiritus ante faciem
nostrum Chrisius Dominus. Nam quod subjungil, .««/>
umbra ejus vivemus inter gentes ; niihi videtur e.\ per-
sona incipientium addidisse, ut quiescaut saltern in
umbra, qui solis ferre ardorem minus validos se sen-
tiunt , et carnis dulcedine nutriantur, dum necdum
valent ea percipire qu;e sunt Spiritus Dei. Umbram si-
qnidem Cbrisli, carnem reor esse ipsius.de qua obum-
bniliun est et Mariae, ut ejus objectu fervor splendorque
spiritus illi temperaretur. In carnis ergo devotione in-
terim consoletur, qui vivificantem spiritum necdum
habet, eo dumlaxat modo, quo babent illi qui aiunt :
Spiritus ante faciem nostram Chrisius Dominus. Etitem :
Et si cognovimus Christum secundum carnem, sed nunc
jam non novimus. Nam alias quidem nequaquam sine
Spiritu-Sancto vel in carne diligitur Christus, et si non
in ilia plenitudine. Cujus tamen mensuradevotionis haec
est, ut totum cor ilia suavitas occupet, totum sibi ab
amore universes carnis ac carnalis illccebra? vindicet.
VINGTIEME SERMON SCR LE
choses qu'il m'a enseignees par ses paroles et son
exemple, quand ildemeurait en ce monde, n'est-il
pas clair que je ne l'aime pas de tout mon cceur,
puisque je l'ai divise, et que j'en donne une partie
a l'amour de sa chair saiute, et reserve l'autre
pour la mienne propre? car il dit lui-nieme : « ce-
lui qui aime son pere ou sa mere plus que moi,
n'est pas digne de moi, et celui qui aime sonfils ou
sa fille plus que moi, n'est pas non plus digne de
moi [MaUk. x, 37). » Done, pour le dire en deux
mots, aimer Jesus-Christ de tout son cceur, e'est
preferer l'amour de sa chair sacree a tout ce qui
nous peut flatter dans la notre propre, ou dans celle
d'autrui. En quoi je comprends aussi la gloire du
monde, parce que la gloire du monde est la gloire
de la chair, et il est indubitable que eeux qui y
mettent leur plaisir sont encore charnels.
8. Mais bien que cette devotion envers la chair
de Jesus-Christ soit un don et un grand don du
Saint-Esprit, neanmoins on peut appeler cet amour
charnel, an moins a 1'egard de cet autre amour,
qui n'a pas tant pour objet le Verbe chair, que le
Verbe sagesse, le Verbe justice, le Verbe verite, le
Verbe saintete, piete, vertu, et toutes les autres
perfections quelles qu'elles soient. Car Jesus-Christ
est tout cela ; il nous a ete donne de Dieu, pour
etre notre sagesse, notre justice, notre sanctitica-
tion, et notre redemption. Vous semble-t-il que
celui qui compatit avec piete aux souffrances de
Jesus-Christ, en ressent une vive douleur, et s'at-
JeWchrat. tendrit aisement au souvenir des choses qu'il a en-
durees, qu'il se repait de la douceur de cette devotion,
et en est forliiie pour toutes les oeuvres salutaires,
CANTIQUE DES CANTIQUES. 223
saintes et pieuses, est touchedes memes sentiments
d'amour que celui qui est toujours embrase du zele
de la justice, qui brule partout d'amour pour la
verite, qui a une passion ardente pour la sagesse,
qui aime par dessus tout une vie sainte, des moeurs
reglees, qui a honte de toute ostentation, abhorre
la medisance, ne sait ce que e'est que l'envie, de-
teste l'orgueil, non-seulement fuit toute gloire hu-
maine, mais n'a meme que du degout et du mepris
pour elle, a en abomination et s'efforce de detruire
soi toute impurete de la chair et du coeur, et enfin
rejette, comme naturellement, tout ce quiestmal,
et embrasse tout ce qui est bon? N'est-il pas vrai
que si on compare ensemble l'amour de l'un et de
l'autre, on reconnaitra que le premier au prix du
second , n'aime en quelque facon que cbarnelle-
ment.
9. Neanmoins cet amour charnel ne laisse pas
d'etre bon, puisque, par lui, la vie de la chair est
bannie, le monde est meprise etvaiucu. Dans cet
amour, on avance lorsqu'il devient raisonnable, et
on est parfait lorsqu'il devient spirituel. Or il est
raisonnable, lorsque dans tousles sentiments qu'on
doit avoir au sujet de Jesus-Christ, on se tient tene-
ment attache a la raisou de la foi, qu'on ne s'eloi-
gne de la pure creance de l'Eulise, par aucune
vraisemblance contraire, ni par aucune seduction
du diable, ou des heretiques. Comme aussi, lors- 0»'«t-«« qne
... ,, aimer Dien
que dans sa propre conduite, on se sert d une cir- de toute no-
conspection si grande, qu'on ne passe jamais les 1rt* uat™e ^sde
bornes de la discretion, soit par superstition ou par foreea.
legerete, soit par la ferveur d'un zele immodere et
excessif. Or e'est la aimer Dieu de toute son anie,
Hoc quippe toto cordc diligere est. Alioquin si carnis
mes quamlibet consanguinitatem vel voluplatem
pruefero carni Domini raei, per quod me videlicet minus
ea iirplere oontingat, qose in carne manens verbo ct
exemplo me docuit : nonne liquido constat, quod toto
nequaquara diligo corde, cum id divisum habens, pai'Vin
impendere videar carni ejus, partem intorquere ad pro-
priam? Denique ait: Qui amatpatrem aid matremphis-
qunm me, non est me dignus; et qui amat filium aut
filiam plusquam me, non est me dignus. Ergo, ut bre-
viter dicam, toto corde diligere, est omne quod blan-
ditur de carne propria vel aliena, sacrosanclae carnis
ejus amori poslponerc. In quo et mundi oeque gloriam
comprehendo, quia gloria mundi gloria est carnis ; et
qui ea delectantur, carnales esse non dubium est.
8. Licet vera donum, et magnum donum spiritus sit
istiusmodi erga carnem Christi devotio : carnalem tamen
dixerim hunc amorem, illius utique amoris respectu,
quo non tam verbum caro jam sapit, quam verbum sa-
pientia, verbum justitia, verbum Veritas, verbum sanc-
titas, pietas, virtus; et si quid aliud quod sit, hujusmodi
dici potest. Et haec nempe omnia Christus, qui foetus
est nobis sapientia a Deo, et justitia, et sanetificatin, el
redemptio. An tibi aque et uno modo affecti videntur,
is quidem qui Christo passo pie compatitur, compun-
gitur, ct movetur facile ad memoriam liorum quce per-
T. IV.
II j a trow
amours.
tulit, atque istius devotionis suavitate pascitur, et con-
fortatui' ad quaeque salubria, honesla pia ; itemqne ille,
qui justitiae zelo semper est accensus, qui veritatem
ubique zelat, qui sapientia fervet studiis ; cui arnica
sanctii is il i , et morum disciplina; cujus mores eru-
bescunt jactantiam, abhorrent detraclionem, invidiam
nesciunt, superbiam detestantur, omnem humanam glo-
riam non solum fugiunt, sed et fastidiunt et contern-
nunt ; omnem in se carnis et cordis impuritatem vehe-
menlissime abominantur etpersequuntur; omne denique
tanquam naturaliler et malum respuunt, et quod bonum
est amplectuntur? Nonne si compares utriusque affec-
tiones, constat quodam modo ilium superiorem, respectu
quidem hujus, amare quasi carnaliter?
. 9. Bonus tamen amor iste carnalis, per quern vita
carnalis excluditur, contcmnitur et vincitur mundus.
Prolicitur autem in eo, cum fit et rationalis ; perficitur,
cum efficitur etiam spiritualis. Porro rationalis tunc
est, cum in omnibus qua? oporlet de Christo sentiri,
tidei ratio ita firma tenetur, ut ab ecclesiastici sensus
puritate nulla veri similitudine, nulla haeretica seu dia-
bolica circumventione aliqaatenus devietur. Itemque
cum in propria conversatione ilia cautela servatur, ut
discretionis meta nulla supevstitione vel levitate, vel
spiritus quasi ferventioris vehementia excedatur. Et hoc
esse tola anima Deum diligere, jam supra diximus.
15
226
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
comme nous l'avons dit auparavant. Si a cela s as de son propre niouvcmcnt Mais tous ceux qui
joint line si grande force, el on secours si puissant sunt tires ue le sont pas malgre eux. Car, parexem- QU'cst-ee qua
de l'Esprit-Saint, que ni les peines, ni lestourmenis, pie, celui qui est infinne ou boiteux, et qui ne'{r2"[r~j}
quelque violents qu'ils soient, ni la crainte meme
de la mort ne soient pas capables de nous faire
departir de la justiee ; alors on aime Dieu de tou-
tes ses forces, et c'est la l'amoui spirituel. Et je
crois que ce nom convient specialement a cet
amour, a cause tie la plenitude de l'Espril qui le
saurait marcher tout seul, n'est pas fache qu'on le couvicnt-ii.
traine au bain ou a table, encore qu'un criminal
soit fache d'etre traine en jugementou ausupplice.
Enfin, celle qui fait celtedemande veut etre entrai-
nee. Etellene ferait pascelte demande, si elle pou-
\.ui, par elle-meme, suivre sun bien-aime comme
distingue tout particulierement ; mais en voila as- elle levoudrait. Mais pourquoi ue le peut-elle pas?
sez sur ces paroles de l'Epouse : « C'est pourquoi
les jeuues lilies vous aiinent avec exces. » Je prie
Notre-Seigneur Jesus-Cbrist de nous ouvrir les tre-
sors de sa misericorde, car il en est le gardien, alin
que nous puissions expliquer les paroles suivantes,
lui qui etant Dieu vit et regue avec le Pere dans
l'unite du saint Esprit par tous les siecles des sie-
cles.Aiusi soit-il.
SERMON XXI.
Comment l'Epouse, c'est-a-dire l'Egli*e, demande a
Jesus qui est son epoux, d'etre atlire'e apres lui.
1 . « Tirez-moi apres vous j nous courrons dans
l'odeur de vos parfums a. » Mais quoi ? Est-ee que
l'Epouse a besom d'etre tiree, et de l'etre apres l'E-
poux. '.' Comme si elle le suivait malgre elle, uon
a Telle est 3a version des premieres Editions au lieu de a l'o-
deur de vos parfums comme nous l'avons deja fait observer
ailleurs. Ainsi ce n'est pas a l'odeur mais * au milieu meme de
l'oieur qu eiualeut vos parfams que nous courons. u n. 4, "exci-
tes par celle odeur, ■ n. 9 et n. 11. « Nous courrons dans l'o-
deur de vos parfuuJs non pas dans la confiance de nos propres
merites. • Et un peu plus loiu : ° Pour vous, o mon epoux, vous
courex dans l'onetiuu meme, mais nous, noua ne courrons que
dans l'odeur qu elle riipand. Vous courez dans la plftiilude et
nous a l'odeur des parfums. »
Dirons-nous que l'Epouse meme est invalide? Sie'e-
tait une des jeunes lilies qui se dit inQrme, et qui
demandat d'etre entrainee, iln'yaurait pas sujetde
s'en e'.onner. Mais l'Epouse, qui semblait pouvoir
meme entrainer les aulres, lant elle est forte et
parfaite ; qui est-ce qui ne trouverait etrange,
qu'elle cut besoin d'etre trainee elle-meme, comme
si elle etait faible et languissante ? Quelle ame sera
pour nous forte et saine, si nous consentons qu'on
tienne pour inlirme celle qui, a cause de sa singu-
liere perfection, et de son eminenle vertu, est nom-
inee l'Epouse du Seigneur? N'est-ce point l'Eglise
qui s'est exprimee ainsi quand elle vit son bien-
aime monter au ciel, et qu'elle suuhaitait avec pas-
sion de le suivre, et d'etre elevee dans lagloire avec
lui ?Quelque parfaite que soit une ame, taut qu'elle
gemit sous le poids de ce corps de mort, et qu'elle
est reteuue captive dans la prison de ce siecle
mauvais, liee par de facheuses necessites, et tour-
mentee par les crimes qui s'y commettent, elle est
contrainte de s'elever plus lentement, et avec moins
de vigueur a la contemplation des choses sublimes,
et elle n'est pas libre de suivre l'Epoux partout oii
il va. C'est ce qui arracbait ce cri lamentable & celui
qui disait en gemissant j « Malhcureuxhomme que
je suis, quime delivrerade ce corps de mort [Rom.
Quod si etiam adjuvantis spiritus vigor tantus accedal,
ut nulla vi laborurn vel tormentorum, sed nee mortis
metu justitia unquain deseratur; in hoc etiam tota vir-
tute diligilur, et est amor spiritualis. Quod nimirum
nomen huic spccialiter amori cungruere pulo, ob prae-
rogativam utique plenitudinis spintus, qua praecellit.
Et h*c sufliciant pro eo quod Sponsa dicit : Propte-
rea adoieseeutube dilexerunt te minis. In his qua; se-
quuntur, dignetur nobis aperire thesauros miseri-
cordia; suae ipse custos eorum Jesus-Cbristus Dominus
noster, qui vivit et regnat cum Patre in unilate Spi-
ritus-Saacti Deus , per omnia saecula sajculorum.
Amen.
SERMO XXI.
Qualiter Sponsa, id est Ecclesia, trahi se optat post
Sponsion, id est Christum.
i. Tra/ie me post te ; in odore unguentorwn tuorum
currenius. Quid? Sponsane ergonecesse habet trahi, et
hoc post Sponsuin? Quasi vero invita eum, et non li-
bens sequatur. Sed non omnis qui trahitur, invitus
trahitur. Nee enim inlirmumautdebilem, eum videlicet
qui per se ire non valet, trahi ad balneum, seu ad
prandium piget, et si reum pigeat trahi ad judicium,
vel ad poenam. Denique trahi vult quae et hoc rogat :
non autem rogaret, si sequi per seipsam dilectum,
prout vellet, valeret. Un quid vero non valet? an infir-
mam fateamur et Sponsam ! Si una qaevis ex adolescen-
tulis infinnam se diceret, et pcteret trahi, nequaquam
miraremur. At vero de Sponsa, qua? trahere et alios, ut-
pote fortis et perfccla, posse sufficere videbntur : cut
non durum sonet, quod et ipsa trahi, tanquam infirma
vel debilis necesse habeat ? Ue quanam animajam con-
iidimus, quod valida sit et sana, si illam infinnam dici
consenserimus, quae pro sui singulari perfectione et ex-
cellentiori virtute Sponsa Domini nominatur? An Ecclesia
forte id dixerit, cum intueretur dilectum ascendentem,
gestiens eum sequi, atque assumi cum ipso in gloria?
Quamquam et quantaevis perfectionis anima, quandiu
quidem gemit sub corpore mortis hujus, et hujus sseuli
nequam retinetur inclusa carcere, vincta necessitalibus,
torta sceleribus, lentius segniusque assurgat necesse est
ad contemplanda sublimia, nee omnino liberum babct
sequi Sponsum quocunque ierit. Hinc lacrymosa vox
ilia gementis : Infetix ego homo, quis me liberabit de
corpore mortis hujus ? Hinc supples ilia precatio : Educ
V1NGT ET UNIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
227
lire avec Je
bus Carist
vn. 24) ? C'est ce qui inspirait cette humble priere :
« Tirez mon ame de prison (Psul. cxli, 8). » Que
l'Epouse dise done, et quelle dise avee douleur :
« Tirez-moi apres vous, » parce que ce corps cor-
ruptible appesantitl'ame, et cette demeure de terre
et de boue accable l'esprit, qui voudrait s'elever
Asians eon- dans ses pensees {Sap. rx, 15). Ou bien, peut-etre
pas a ccai dit-ellecela dans son desirdesortirde cette vie, et
monr'i'r'pouJ dV'tri' avec J-('-> surtout en voyantque celles pour
qui il semblait necessaire qu'elle y demeurat,
etant plus avancees, aiment dejal'Epoux,et peuvent
se tenir a l'abri des tempetes dans le port de la cua-
rite. Car elle avait dit auparavant : « C'est pour
cela que les jeunes lilies vous aiinent avec pas-
sion. » 11 semble done qu'elle veuille dire : Voila
les jeunes lilies qui vous aiment, et, par cet amour
sont altachees si fermement a vous, qu'elles n'ont
plus besoin de moi, et qu'il n'y a point de raison
qui m'arrete davantage en ce monde : « Tirez-mui
done s'il vous plait apres vous. »
2. Je croirais que c'est la sa pensee, si elle avait
dit : Tirez-moi a vous ; mais comme elle dit, apres
vous, il me semble qu'elle demande plutot la grace
de pouvoir suivre les traces de sa vie, de pouvoir
imiter sa vertu, garder les regies de sa conduite,
embrasser la perfection de ses mceurs. Car elle a
principalement besoin de secours, pour renoncer
a soi-meme, porter sa croix, et suivre Jesus-Christ.
L'Epouse a certainement besoin, pour atteindre la,
d'etre tiree, et elle ne peut l'etre que par celui qui
dit : « Vous ne pouvez rieu faire sans moi {Joan.
xv, 5). » Je sais bien, dit-elle, que je ne puis arri-
ver jusqu'a vous, qu'en marchant apres vous, et
que je ne puis meme marcher apres vous, si vous
ne m'aidez : c'est pourquoi je vous prie de me ti-
rer apres vous. Car « celui-la est heureux que vous
Et surtont a
:enx qui sui-
vent Jesus-
Cbmt.
de carcere animam meam. Dicat proinde, dicat cum ge-
mitii etiam Sponsa : Trahe me post le; quia corpus
quod corrumpilur, aggravat animam, et deprimit terrena
inhabitalio senium multa cogitantem. An hoc dicat cu-
piens dissolvi et esse cum Christo, prssertim dum
videat eas, propter quas manere ipsam in carne necessa-
rium videbatur, bene proficientes amare jam Sponsum
et stare in tuto charitatis? Siquidem hoc prsmiserat :
Propterea, inquiens, adolescentulce dilexerunt le. Nunc
ergo quasi dicat. Ecceadolescentula? amant te, et amando
firmiter inherent tibi, meque minime jam opus habent,
nulla mihi causa in hac vita ulterius commorandi • id-
circo ait, Trahe me post te.
2. Hoc sentirem, si dixisset; Trahe me ad te. Nunc
vero quia dicit post te, magis illud mihi postulare vide-
tur, ut conversationis ejus valeat vestigia sequi.ut possit
aemulan virtutem, et norman tenere vitsp, et morum
queat apprehendere discipiinam. In his quippe maxime
opus est adjutorio, quo valeat abnegare semetipsam et
tollere crucem suam, et sic sequi Christum. Hie prorsus
trabi necesse habet Sponsa, nee sane trahi ab alio, quam
ab eo ipso qui ait : Sine me nihil polestis facere. Scio,
inquit, me nequaquam posse pervenire ad te, nisi gra-
assistez; il dispose en son cceur des degres dans
cette vallee de larmes {Psal. lxxxiii, 6), » pour ar-
river un jour a vous sur les montagnes eternelles,
oil on goute une joie ineffable. Qu'il v en a peii, . ,
e ■ r- . J ~ > L& plupart
beigneur Jesus, qui veuillent aller apres vous ; et des hommes
neanmoins il n'y personne qui ne desire arriver umg*Slre ,"
jusqu'a vous, car tout le monde sait qu'on goute la c.roil da
aupres de vous des deliees sans fin. Aussi tous veu- eigDeur-
lent jouir de vous, mais tous ne venlent pas vous
imiter. lis veulent bien regner avec vous, mais ils
ne veulent pas souffrir avec vous. Tel etait celui
qui disait : «Que je meure de la mort des justes,
et que la fin de ma vie soit semblable a la leur
[Num. xxur, 10). » II souhaitait la fin des justes,
mais il n'en souhaitait pas les commencements.
Les hommes charnels desirent la meme mort que
les hommes spirituels, dont neanmoins ils abhor-
rent la vie, c'est qu'ils savent que la mort des
saints est precieuse devant Dieu; parce que « lors-
qu'il aura fait dormir en paix ceux qu'il a aimes,
de ce sommeil il les fera passer a l'heritage du
Seigneur [Psal. cxxvi, 2); » et parce que « ceux
qui meurent dans le Seigneur sont bien heureux
{Apoc. xiv, 13) ; » au lieu que, selon la parole du
prophete Hoi, « La mort des pecheurs et la pire des
morts [Psal xxxin, 22.) » Us ne se mettent pas en
peine de chercher celui que toutefois ils desirent
trouver, ils souhaitent de l'atteindre, mais ne
veulent pas le suivre. Us n'etaient pas de ce nom-
bre ceux a qui il disait : « Vous autres, vous etes
toujours demeures avec moi durant mes tentations
[Luc. xxn, 28). » Heureux ceux qui se sont trou-
ves dignes, 6 bon Jesus, de recevoir de vous un
temoignage si avantageux. lis allaient sans doute
apres vous, des pieds du corps, et de toutes les af-
fections de leur cceur. Vous leur avez montre le
diendo post te; sed neque hoc quidem, nisi adjutam
abs te : ideoque precor ut trahas me post te. Beatus
siquidem cujus esl auxilium abs te! ascensiones in corde
suo disposuit in valle lacrymarum, perventurus quan-
doque ad te in montibus gaudiorum. Quampauci post te,
o Domine Jesu, ire volunt! cum tamen ad te pervenire
nemo sit qui nolit, hoc scientibus cunctis, quia delecta-
tionis in dextera tua usque in finem. Et propterea vo-
lunt omnes te frui, at non ita et imitari; conregnare
cupiunt, sed non compati. Ex his eratille, qui dicebat :
Moriatur anima mea morte juslorum, et fiant novissima
mea horum similia. Optabat sibi exlrema justorum, sed
non ita et principia. Mortem spiritualium optant sibi
etiam carnales, quorum tamen vitam abhorrent, scientes
pretiosam mortem esse sanctorum : quoniam cum dede-
rit dileclis suis somnum, ecce hiereditas Domini ; etquia
beati mortui qui in Domino moriuntur : cum e contra-
rio juxta Prophetee sententiam, Mors peccatorum pes-
sima sit. Non curant quaerere, quern tamen desideran
invenire ; cupientes consequi, sed non et sequi. Non
sic illi, quibus aiebat : Vos estis qui permausistis me-
cum in tentationibus meis. Beati qui digui habiti sunt
teslinaonio luo, benigne Jesu ! Ipsi revera ihant post te
228
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Necessile de
la grice.
chemin de la vie en les appelant apres tous, qui froidi en nous, et cette froiJcur nous empeche de
fetes la voie, la fte et la verite, et qui dites : « Venez courir a cette heure comme nous faisions hier et
apres moi, je vous ferai pfecbeurs d'hommes [Matth. les jours passes. Mais nous courrons, lorsque vous
iv, 19] ; » Et encore : « Que celui qui me sert me nous aurez rendu la joie de posseder voire Sauveur,
suive, et partout oil je serai je me servirai de lui lorsque le soleil de justice versera de nouveau sa
[Joan. xii, 26). » Cest done en se felicitant qu'ils chaleur sur nous, que la nufee de la tentation qui
disaient : « Voila que nous avons quitte toutes cho- le couvre maintenanl sera passee, etqu'au souffle
ses pour vous suivre [Matth. xix, 27). » agreable d'un doux zepbir, ses parfums recommeu-
3. Cest done ainsi que yotre bien-aimfee, laissanl ceronta se fondre, a couler et a repandre leur
tout pour vous, desire avec areleur aller toujours odeur ordinaire. Cest alors que nous courrons,
apres vous, marcher toujours sur les traces de vos mais nous courrons dans cette bonne odeur. Nous
pas, et vous suivre partout ou vous irez ; elle sait courrons, dis-je, lorsque les parfums commence-
que vos voies sont belles, que tous vos sentiers mfe- rout a s'exhaler parce que 1'engourdissement oil
nent a la pais, et que celui qui vous suit ne mar- nous sommes maintenant se dissipera, et la devo-
clie point dans les tenebres. Si elle prie qu'on la tion reviendra en nous, tellement que nous n'au-
tire, e'est parce que votre justice est aussi elevfee ions plus besoin d'etre tires, nous serous excites
que les plus hautes montagnes, et qu'elle ne peut par cette odeur, a courir de nous-mfemes. Mais en
pas y parvenir par ses propves forces. Elle prie attendant tirez-moi apres vous. Voyez-vous comme
qu'on la tire, « parce que personne ne vient a vous, quoi celui qui marche dans i'esprit,ne demeure pas
si votre Pere ne le tire [Joan, ix, kb). » Or, ceux toujours en un mfeme etat, et n avance pas toujours
que votre Pere tire, vous les tirez aussi, car les avec la mfeme facilite ; que la voie de l'liomme
a-uvres que le Pere fait, le Fils les fait pareillement. n'est pas en sa puissance, comme dit l'Ecriture;
Mais elle est plus familiere avec le Fils, et lui fait mais qu'il oublie les choses qui sont derriere lui
cette demande parce qu'il est son propre epoux, et et s' avance \ ers cedes qui sont en avant, tant&1 a\ en
que le Pere l'a envoye au-devant d'elle, pour lui plus, tantot avec moins de vigueur, selon que le
servir de guide et de inaitre, pour marcher devaut Saint-Esprit, qui estl'arbitre souverain des gnlccs,
elle dans la voie des bonnes lnceurs, lui preparer le les lui dispense avec plus ou moins d'abon lance?
chemin des vertus, lui communiquer ses connais- Je crois que si vous voulez vous examiner vous-
sances, lui enseigner les sentiers de la sagesse, lui memes, vous reconnailrez que votre propre expe-
donner la loi dune vie et d'uue conduite reglee, et rience continue ce que je vous dis.
la rendre si parfaite, qu'il eiit raison d'etre epris de 5. Lors done que vous vous sentez tombe dans
sa beaute el de ses charmes. 1'engourdissement, la tiedeur ou l'enimi , n'entrez
U. « Tirez-moi apres vous; nous courrons dans pas pour cela en defiance, et ne quittez pas vos
l'odeur de vos parfums. » J'ai besoin d'etre tiree, exerciees spirituels ; mais cherchez la main de celui
parce que le feu de votre amour est un peu re- qui peut vous assister, conjurez-le, & l'exemple de
Nons roiiTOni
scion que
nous ,-nons
la grAce.
et pedibus, et affeclibus. Notas eis fecisti vias vitas, vo-
cans eos post te, qui via et vita es, et dicis : Yenite post
me, faeiam vos fieri piscatores hominum : item, ('
ministrat, me sequatur; et ubi sum ego, Ulic et minister
meus ertt. Dicebant ergo glorianles : Ecee nos reliqui-
mus omnia, ct seculi sumus te.
3. Sic itaque et dileeta tua, relictis omnibus propter
te, concupiscit semper ire post te, semper luis inbaerere
vestigiis, ac scqui te quocunque ieris : sciens quoniam
via' tua; vias pulchrae, et omnes semita' tua' pacifies ; et
quia qui sequitur te, non ambulat in tenebris. Precatur
autem se Irani, quoniam justitia tua sicut monies Dei,
nee sufticit ad illam suis viribus. Precatur se trahi, ut
assolet ; quia nemo venit ad te, nisi Pater tuus traxerit
eum. Porro quos Pater trahit, trains et tu. Opera quip-
pe qua; Pater facit, hasc et Fdius similiter facit. Sed
familianbus a Filio postulat trahi, lanquam a Sponso
proprio, quern Pater misit obviam ei ducem ac prascep-
torem, qui sibi praeirct in via morum, et pra-pararet iter
virtutum, et crudiret earn sicut semetipsum, et viam
prudenliaB doceret, ct traderet ei legem vita; et disci-
plines ; et sic merito ipse concupisceret decorem
eg us.
4. Tralie me post te, in odore unguentorum iuorum
Differenls
clals de la
grace.
curremus. Propterca opus habeo trahi, quoniam refriguit
paulipser in nobis ignis anions lui -, nee valemus a facie
frigoris hujus curiere modo, sicut heri et uudiuslertius.
Curremus autem postea, cum reddideris lsliiiam salu-
laiis lui, cum redierit melior temperies gratia;, cum
Sol justitiae iterum incaluerit, et pertransierit tentalionis
nubes, quw hunc operire ad horam cernitur, atque ad
lenem datum aura' blandioris sulito coeperint unguenta
liquescere, ct aromata tluere, et dare odoreui suum.
Tunc curremus, in odore illo curremus. Spiranlibus,
inquam, unguentis curremus, quoniam abscedct torpor
qui nunc est, et revertetur devotio, etjam non erit opus
nobis ut trahamur, quippc odore excitalis, ut gponte
curramus. Nunc vero interim trahe me post te. Yidesne
ilium qui in spirilu ambulat, nequaquani pcrmaneie in
uno statu , nee eadam semper facilitate proticere,
et quod non sit in bomine via ejus; sed quemadmodum
ei spiritus moderator, prout vull, dispensat, nunc seg-
nius, nunc alacrius quae retro sunt oblivisci, et ad autc-
riora sese extendere? Puto quod hoc ipsum, si alten-
dilis, vestra vobis cxpericutia intus respondet quod ergo
foris loquor.
5. Ergo cum te torpore, acedia, vel taedio affici sentis,
noli propterea diffidere aut desistere a studio spiriluali:
VINGT ET UNIEME SERMON SL1R LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
229
rite sur la
grace pre-
seote.
l'Epouse, de vous tirer apres lui, jusqu'a ce qu'etant
ranime et reveille par la grace, vous deveniez plus
prompt et plus allegre, etque vous couriez et di-
siez : « J'ai couru dans la voie de vos commande-
ments, lorsque vous avez dilate ruon cceur (Psal.
Ii nnfautpas r.xvm, 32). » Et si vous vous rejouissez dans la
trTp^e'S0- gr^e de Dieu, quand elle est presente, ne croyez
pas neanmoins posseder ce don comnic un droit
qui vous est acquis, ni compter trop sur lui,
comme si vous ne le pouviez jamais perdre; de
peur que si Dieu vient tout a coup a retirer sa
main, et a soustraire sa grace, vous ne tombiez
dans un decouragement, une trislesse excessive.
Enfin, ne dites point dans votre abondance : « Je
ne serai jamais ebranle (Psal. xxix, 7). » De peur
que vous ne soyez aussi oblige de dire avec gemis-
sement les paroles qui viennent apres celles-la :
« Vous avez detourne votre visage de moi, et je
suis tonibe dans la contusion et dans le trouble
(Ibid.) » Vous aurez soin plutot, si vous etes sage,
de suivre le conseil du sage, et de ne pas « oublier
les biens au temps des maux, ni lesmauxau temps
des biens (Eccl. xi, 27). »
6. IVentrez done point dans une trop grande
contiance au jour de votre force ; mais criez vers
Dieu, avec le Propbete, et dites : « Ne m'abandon-
nezpas.s'il vous plait, lorsque mes forces m'auront
quitte (Psal. lxx, 9). »Mais consolez-vous au temps
de la tentation, et dites avec l'Epouse : «Tirez-moi
apres vous, nous courrons daus l'odeur de vos par-
fums. » Ainsi l'esperance ne vous quittera point
dans les mauvais jours, et la prevoyance ne vous
les consoia- manquera point dans les bons: et soit que vous
tions et dans x , , . . , ....
les tcntaiions sovez dans 1 adversite ou daus la prospente; dans
II faut con-
server 1'ega-
lite d'ame.
Comment on
doit se con-
duire dan
le cbangement et la revolution des temps, vous
conserverez comme une image de l'eternite, je
veux dire une egalite d'esprit, et une Constance
invincible, superieure a toutes sortes d'infortunes;
vous benirez Dieu en tout temps, et demeurerez
ainsi en quelque sorte immuables au milieu des
evenements cbangeants et des defaillances certaines
de ce siecle inconstant, vous commencerez a vous
reuouveler et a reprendre cette ancienne ressem-
blance de Dieu qui est eternel, et qui n'est suscep-
tible d'aucune vicissitude ni du moindre change-
ment. Car vous serez en ce monde tel qu'il est
lui-meme, ni abattu dans l'adversite, ni insolent
dans la prospente. C'est en cela, dis-je , que
l'bomme, cette creature si noble, faite a l'image et
a la ressemblance de Dieu qui l'a creee, fait voir
qu'il est pret a recouvrer la dignite de son antique
gloire, lorsqu'il trouve qu'il estindigne de lui, de se
rendre conforme au siecle qui passe et qu'il aime
mieux, selon la doctrine de saint Paul, rentrer
«paiierenouvellement de son esprit (Rom. xiv, 2), »
dans l'etat ou il a ete cree d'abord. Puis, obligeant "^[.J,"*!",,8
ce siecle qui a ete fait pour lui, a se conformer a de seconfor-
lui d'une maniere admirable, il fait que toute cboses cie.
contribuent et conspirent a son bien et reprennent
en quelque facon la forme qui leur est propre et
naturelle, en rejetant celle qui leur est etrangere
et en reconnaissant leur Mailre a qui elles etaient
tenues d'obeir dans l'ordre de leur premiere '
creation.
7. C'est pourquoi je pense que ces paroles que le
Fils unique de Dieu a dites de lui-meme, « que s'il
etait eleve de la terre, il tirerait tout a soi (Joan.
xu, 32), » peuvent aussi s'appliquer a tous ses
soil juvantis require manum, trahi te obsecrans Sponsae
exemplo, donee denuo suscitante gratia factus promptior
alacriorque, curras, et dicas : Viam. mandatorum tuorum
cucurri, dilatasti cor meum. Sic au tern, quandiu adest
gratia, dclectare in ea, at nonte existimes donum Dei
jure ba'i'oililariu possidere, ita videlicet securus de eo,
quasi nunquam perdere possis : ne subito, cum forte
rctraxerit manum, et subtraxerit donum, tu animo con-
cidas, et tristior quam oportet fias. Denique ne dixeris
in abundantia tua, Non mouemur in ozternum; ne etiani
illud quod sequitur, dicere cum gemitu quidem cogaris:
Avert isti fuciem iuam a me, et factus sum conturbatus.
Curabis potius, si sapis, pro concilio Sapicntis, in die
malorum non immemor esse bonorum, alque in die bo-
norum non immemor esse malorum.
6. Ergo in die virlutis tua? noli esse securus, sed
clama ad Dcum cum Propheta, et die : Cum defecerit
virtus men, ue derelinquas me. Porro in tempore tenta-
tionis consolarc, et die cum Sponsa : Trahe me post te,
in odore unguentorum tuorum curremus. Sic te non
deseret spes in tempore malo, nee in bono providentia
deerit, erisque inter adversa et prospera mutabilium
temporum tenensquamdam ajternilatis imagincm, utique
hanc inviolabilem et inconcussam constantis animi
aequalitatem, benedicens Dominum in omni tempore,
proindeque vindicans tibi etiam in hujus nutabundi
saeculi dubiis eventibus, certisque defectibus, perennis
quodammodo incommutabilitatis statum, dum te cceperis
renovare et reformare in insigne illud antiquum simili-
tudiuis Eeterni Dei, apud quern non est transmutatio,
nee vicissitudinis obumbratio. Quippe sicut ipse est, ita
et tu eris in hoc mundo, nee in adversis timidus, nee in
prosperis dissolutus. In hoc, inquam, nobilis creatura
facta ad imaginem et similitudinem ejus qui se fecit,
antiqui honoris dignitatem receptare , jam jamque et
recuperare se indicat, cum sibi indignum dueit huio
labenti sa;culo conformari, reformari magis satagens,
juxta Pauli doctrinam , in novitate sui sensus, in earn
similitudinem in qua se conditam novit; ae per hoc
etiam cogens, ut dignum est, saeculum istud, quod
propter se factum fuit, versa vice mirum in modum
conformari sibi, dum omnia ei cooperari in bonum in-
eipiunt, lanquam in propria et naturali forma, abjecta
degeneri specie recognoscentia Dominum suum, cui ad
serviendum creata fuere.
7. Unde arbitror ilium sermonem, quem dixit de se
Unigenitus, videlicet si exaltarelur a terra, omnia tra-
heret ad seipsum : cunctis quoque ejus fratribus posse
esse communem, his utique quos Pater prasscivit et
prasdestinavit conformes fieri imaginis Filii sui, ut sit
230
OKUVRES DE SAINT BERNARD.
Comment
l'homuie pout
altirer tool It
lui.
La paiivreto
tfvajBfiX'lique
poss^de tout.
L'avare
n'est
pas
II
maitre
mais
1'esclaTe
ie sis
biens.
freres; c'est-a-dire a ceux que le Pere a commis et
predestines de loute eternite pour fetre couformes
a son lils qui est ?<>n image, afin qu'il soit le pre-
mier no d'un grand nombrede freres. Je puis done,
moi aussi, dire bardiment, que si je suis eleve de
la terra, je tirerai tout a moi. Car il n'y a pas de
temerite, mes freres, a me servir des paroles de
celui dont j'ai l'aonneur de porter la ressemlilanee.
S'il en est ainsi, les riches du siecle ne doivent
point penser que les I'reres de Jesus-Christ ne pos-
sedent que les biens celestes, parce qu'ils lui enten-
dent dire : « Hienheureux les pauvres d'esprit,
parce que le royaume des cieux leur appartient
(.Vault, v, 3); » nun, dis-je, ils ne doivent point
penser qu'ils ne possedent que les seuls biens du
ciel, parce que Jesus-Christ seinble ne leur avoir
promis que ceux-la, ils possedent aussi les biens de
la terre; car s'ils sont comme ne possedant rien,
cependant ils possedent tout, ils ne mendient pas
comme miserables, mais ils possedent comme. des
maitres et des proprietaires, et ils sont d'autant
plus les proprietaires et les maitres, qu'ils en sont
plus detaches, selon cette parole : le monde entier
est un tresor pour l'homme fidcle. Je dis le monde
entier, parce que les adversites aussi Men que
les prosperites lui servent et contribuent a son
bien.
8. L'avare done est passionnii pour les biens de la
terre, comme un mendiant, et le lidele les meprise
comme leur maitre. L'avare mendie en les posse-
dant, et le tidele les posiede en les meprisant. De-
mandez au premier venu de ceux qui soupirent
d'un cceur insat able apres les biens temporels, ce
qu'il pense de ceux qui, vendant leurs biens, les
donuent aux pauvres, et achettent ainsi le royaume
des Cieux pour un bien vil et meprisable, et s'il
croit leur conduite sage ou non. II vous repondra
certainement qu'il la trouve sage. Demandez-Iui
encore pourquoi il ne pratique pas lui-meme ce
qu'il approuve dans les autres. Je ne le puis, dira-
t-il. Et pourquoi? C'est, n'cn doutez pas, parce que
I'avarice qui est la maltresse <lc son cceur, ne le lui
permet pas; il n'est plus libre; les biens qu'il
semble posseder ne sont pas a lui, et lui-
meme ne s'appartient pas. S'ils sont vraiment a
vous, tichez d'en pro liter; eehangez les biens
de la terre conlre ceux du Ciel. Si vous ne le
pouvez faire,coufessez que vous n'etes pas le maitre,
mais l'esclave de votre argent ; que vous n'en etes
que le gardien non le possesseur. Enlin vous
obeissez a votre bourse, comme l'esclave a sa mai-
tresse; et de ineme qu'il est oblige de se rejouir ou
de s'attrister avee elle, vous aussi a mesure que vos
richesses grandissent, vous vous elevez, et vous
tonibez a mesure qu'elles diminuent. Car lorsque
votre bourse est epuisee, vous etes abattu de tris-
tesse, et lorsqu'elle se remplit, votre cceur est
comme rempli de joie ou plutot gonlle d'orgueil.
Tel est l'avare. Mais, pour nous, imitons la liberte
et la Constance de l'Epouse, qui bien instruite de
toutes choses, et conservant en son cceur les ensei-
gnements de la sagesse, sait egalement vivre dans
l'abondance et soull'rir la pauvrete. Lorsqu'elle
prie qu'on la tire, elle fait voir ce qui lui manque,
non d'argent, mais de force ; et d'un autre cote,
lorsqu'elle se console dans l'esperance du retour
de la grace, elle nionlre que si elle sent ses priva-
tions, elle ne perd pas pour cela toute espe-
rance.
9. Elle dit done : « Tirez-moi apres vous, nous
courrons dans l'odeur de vos parfutns. » Faut-il
s'etonner, qu'elle ait besoin d'etre tiree, quand elle
ipse primogenitus in multis fratribus. Et ego igitur si
exallatus fuero a terra, andacler dico, omnia traham ad
meipsum. Nee enim temerarie usurpo mihi, fratres
mei, vocem, cujus me induo similitudinem. Quod si ita
est, non putent divites hnjiis sa^culi, fratres Christi sola
possidere ccelestia, quia audiunt, dicentem : Berdi pau-
peres spirilu, quoniam ipsorum est regnum caslorum.
Non eos, inquam, aestiment sola ccelestia possidere, qui
ea sola audiunt in promissione. Possident et terrena, et
quidem tanquam nihil liabentes, sed omnia possidentes :
non mendicantes, ut miseri, sed ut domini possidentes,
eo pro ccrto magis domini, quo minus cupidi. Denique
fideli homini totus mundus divitiaium est. Totus plane:
quia tarn adversa, quam prospera ipsius, aeque omnia
serviunt ei, et cooperantur in bonum.
8. Ergo avarus terrena esurit ut mendieus, fidelis
contemnit ut dominus. Ille possidendo mendicat, iste
conlemnendo servat. Qu;ere a quovis eorum qui insa-
liabili corde lucris temporalibus inliiant, quidnam de his
senliat, qui sua vendentes et dantes paupcribus, regna
ccelui'um pro terrena mercantur substantia, supicntcr
agant necne? Procul dubio respondebit; sapienter.
Quaire item cur quod approbat, ipse non facit? Non
possum, iiiquiet. Quare? Profecto quia domina avaritia
nun permittitj quia liber non est; quia non sunt sua
quae possidere videlur ■ ; sed nee ipse sui juris. Si vere
tua sunt, expende ad lucra, et pro terrenis ccelestia
commulato. Si non vales, fatere te pecuniae tuae, non
dominum esse sed scrvum; custodem, non possessorem.
Denique et conformaris crumenae tuae, tanquam servus
dominaj sure, dum quomodo ille illi necessario et con-
gaudet gaudenti, et dolcnti condolet : tu quoque cum
crescente tuo maisupio crcscis pariter aninio, et cum
decrescente decrescis. Nam et contraheris tristitia, cum
illud exinanitur : et laelitia solveris, aut certe inflaris
superbia, cum impletur. Hoc ille. Nos vero Sponsae cu-
remus acmulari liberlalem atque constantiam, quae sicut
bene instructa in omnibus, et erudita corde in sapientia,
scit abundare, scit et penuriam pati. Cum se rogat
train, oetendit quid desit sibi, non pecuniae, sed vir-
tulis. Rursum cum se nihilominus de spe rediturae
gratiae consolatur ; etsi defloere, non tamen dif'lidcre se
probat.
9. Dicit ergo : Trahe me post le, in adore unguento-
rum iuorum curremus. Et quid mirum si indiget trabi,
quae post gigantem cunit, quae coiuprelicndere nititur
VINGT ET CNTEME SERMON SUR
court apres un geant, et tache d'atteindre celui qui
saute dans les montagnes, et passe par dessus les
collines? « Sa parole, dit le Prophete Roi, court
avec vitesse {Psal. cxi.vn, 15). » Elle ne peut pas
egaler dans sa course celui qui « marche a grands
pas comme un geant qui se hate d'arriver au bout
de sa carriere {Psal. xvni, 6). » Elle ne le peut pas
par ses seules forces, et c'est pour cela quelle desire
etre tiree. Je suis lasse, dit-elle, je tombe en de-
faillance, ne m'abandonnez point, tirez-raoi apres
ees paroles: vous de peur que je ne commence a aller apres
d'autres amants comme une vagabonde, et que je
ne coure comme une personne egaree qui ne sait
quelle route tenir. Tirez-moi apres vous, parce
qu'il vaut mieux pour moi que vous me tiriez et
que vous me fassiez une sorte de violence en m'ef-
frayant par des menaces, ou en m'exercaut par des
chatirnents , que de m'epargner et de me laisser
dans mon corps jouir d'une malheureuse confiance.
Tirez-moi en quelque sorte malgre moi, aDn
qu'ensuite je vous suive volontairement. Je suis
engourdie, tirez-moi, faites-moi courir. 11 arrivcra
un temps ou je n'aurai plus besoin que personne
me tire, parce que nous courrons vite et de nous-
nieines. Je ne coarrai pas seule, quoique je de-
mande seule a elre tiree. Les jeunes filles courront
aussi avec moi. Nous courrons egalement, dous
courrons ensemble ; moi excitee par l'odeur de vos
pai'fums, et elles par mon exemple et mes exhor-
tations; ainsi nous courrons toutes dans l'odeur de
vos parfums. L'Epouse a des imitateurs, comme
elle est elle-meme imitatrice de Jesus-Christ ; et
c'est pour cela quelle ne dit pas au singulier, « je
courrai, mais nous courrons. »
10. Mais il se presente une question, a savoir
LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 231
pourquoi l'fipouse, en demandant d'etre tiree, ne pom.qn0j
demande pas aussi cme les ieunes filles le soient J'epouse ne
1 . . . demande-t-
avec elle et ne dit pas : « tirez-nous, mais tirez- eiiepointque
moi. » Mais quoi, peui-etre a-l-elle besoin d'etre fjfi^ToIent
tiree, et les jeune filles n'en ont-elles pas besoin ? firfe».
0 vous qui etes si belle et si heureuse, si pleine de
bonheur, decouvrez-nous la raison de cette diffe-
rence. Tirez moi, dites-vous. Pourquoi nedites-vous
pas : tirez-nous? Est-ce que vous nous enviez ce
bonheur? A Dieu ne plaise que cela soit ainsi. Car
si vous eussiez voulu aller seule avec l'Epoux, vous
n'auriez pas ajoute tout de suite apres, que les
jeunes filles courront avec vous. Pourquoi done
avez-vous demande pour vous seule qu'on vous
tirat, puisque incontinent apres vous deviez dire au
pluriel : « Nous courrons? »La Charite, dit-elle, le
voulait ainsi. Apprenez de moi par cette parole a
altendre d'en haut un double secours dans les
exercices spirituels, la reprimande et la con-
solation. L'une exerce au dehors, et l'autre visile
au dedans. L'une arrele l'emportement, l'autre
eleve le cceur et lui donne de la confiance. L'une
opere 1'humilite, et l'autre console dans le decou- et la ccnsola-
ragement. L'une donne de la prudence, et l'autre,
de la devotion. La premiere enseigne la crainte du
Seigneur, et la seconde tempere cette crainte par
une joie salutaire, ainsi qu'il est ecrit : « Que mon
coeur se rejouisse, en sorte qu'il craigne votre nom
(Psal. lxxxv, 11). » Et encore : « Servez le Sei-
gneur avec crainte, et rejouissez-vous en lui avec
tremblement {Psal. n, 11). »
11. Nous sommes tires, lorsque nous sommes De li vient
exerces par les tentations et les tribulations. Nous ment et i„
courons lorsqu'etant visites par des consolations et course,
des inspirations secretes et interieures, nous respi-
14 y a deal
secours Te-
nant de
Dieu, la
reprimande
eum qui salit in montibus, transsilit colles? Velociter,
ait, cumt sermo ejus. Non valet ex aequo currere, non
potest pari cuoi illo celeritate contendere, qui exsultat
ut gigas ad currendam viam; non potest suis viribus, et
propterca rogat se trahi. Fessa sum, inquit, deficio, noli
me deserere, seel trahe me post te, ne incipiam vagari
post amalores alios, nee cur-ram quasi ininceilum. Tmlie
me post te : quia satius mihi est ut me trahas, nt scili-
cet vim qualemcunque mihi, aut terrendo minis, aut
exercendo (lagellis inferas, quam parcens in meo me
torpore male securam dcrelinquas. Trahe quodam modo
invitam, ut facias volunlariam : trahe torpentem, ut
reddas currcntem. Erit quando non indigebo tractore,
quoniam voluntarie et ci;:n omni alacritate curremus.
Non curram ego sola, etsi solam me trahi petierim :
current et adolescentute mecum. Curremus pariter,
enrremus simul, ego odore unguentorum tuorum, ilia?
meo excitatae exemplo atque hortatu, ac per hoc omnes
in odore unguentorum tuorum curremus. Habet Sponsa
imilatores sui, sicut et ipsa est Christi, et ideo non ait
singulariter : Curram, sed curremus.
10. Sed oritur quaestio, cur similiter, cum se peliit
trahi, eliam adolescentulas non adjunxit, ut non Trahe
me, sed Trahe nos diceret. Quid enim ? Fortene Sponsa
indiget trahi, et adolescentulas non indigent? 0 pulchra,
o felix, o beata, edissere nobis htijus distinctionis ra-
tionem. Trahe me, ais. Quare me, et non nos ? An hoc
bonum invides nobis? Absit. Neque enim protinus
dixisses adolescentulas tecum esse cursuras, si sola post
Sponsum ire voluisses. Cur ergo pluraliter moxsubjunc-
tura curremus, trahi te singulariter postulasti ? Charitas,
inquit, ita postulabat. Disce per hoc verbum a me in
spirituali exercitio duplex auxilium desuper sperare ,
correptionem, et consolationem. Altera foris exercet,
altera visitat intus. Ilia reprimit insolentiam, ista in
tiduciam erigit : ilia operatur humilitatem, ista pusilla-
nimitatem consolatur : ilia cautos, ista devotos facit.
Timorem Domini docet ilia, ista ipsum timorem infuso
temperat gaudto salutari, sicut scriptum est : Lmtetur
cor meum ut timeat nomen tuum. Item, Servile Domino
in timore, et exsultale ei cum tremore.
11. Trahimur , cum tentationibus et tribulationibus
exercemur; currimus, cum internis consolationibus et
inspirationibus visitati, tanquam in suaveolentibus un-
guentis respiramus. Ergo quod austerum et durum vide-
tur, retineo mihi, tanquam forti, tanquam sana?, tanquam
perfectae, et dico singulariter, Trahe me. Quod suave et
dulce, tibi tanquam infirmo couimunico et dico, Cur-
23*
CCTVRES DE SAINT HERNARD.
ions line odeur aussi douce que colics Jos plus ex-
celleuts parfums. Co qui parait austere et Jur je lu
reserve done pour moi, qui suis forte, saiuo et
parfaitejet je ilis en ne parlaal que do moi :
« Tirez-moi » Mais ce qui est doux et agreable, je
yous en fais part, a vous qui fctes faible, et je dis :
« Nous courrons. > Je <,iis ce que sont <le jeunes
filles, tendres et delicates, el trop faibles poursou-
tenir les tentations ; voila pourquoi je vens qu'elles
courent avec moi, mais mm pas qu'elles soient
tirees avec moi; je veux qu'elles parlagent mes
consolations, non pas mes travaux. Pourquoi?
Parce qu'elles sont iufirmes, et que j'apprehende
que les forces ne leur manquent, et qu'elles ne
sueconibent. Mais pour moi, & mon Epoux, chatiez-
moi, tentez-moi, tirez-moi apres vous, parce que je
suis prete a soutl'rir toutes les afflictions qu'il vous
plaira de m'envoyer, et que je suis assez forte pour
les supporter. Pour le reste, nous courons en-
semble a l'envie des unes des autres, je serai seule
tiree, mais nous courrons toutes ensemble. Nous
courrons, nous courrons, dis-je, mais ce sera dans
l'odeur de vos parfums, non pas dans la confiance
de nos propres merites. Nous n'avons pas la pre-
somption de croire que nous courrons dans la
grandeur de nos forces, mais dans le nombre infini
de vos misericordes. Car si nous avons couru quel-
quefois et si nous l'avons fait volontairement, la
gloire n'en doit revenir ni a notre volonte, ni a
notre course, mais a Dieu. Que cette misericorde se
retourne vers nous, et nous courrons. Pour vous,
Seigneur , vous courez par votre propre force
comme un geant, et commeun homme puissant et
vigoureux ; mais nous, nous ne courrons jamais, si
nous ne sentons l'odeur de vos parfums : « Pour
vous que le Pere a sacre d'une buile de joie, d'une
maniere plus noble que ccux qui out part a votre
gloire [Psal. suv, 8), » vous courez dans cette di-
vine onction; mais nous, nous ne courrons qu'ft
l'odeur qu'elle repand. Vous courez dans la pleni-
tude i't dans l'odeur du parfum. Ce serait ici le lieu
do m'acquitter de la promesse que je me sou-
vier.s de vous avoir fade, il y a longtemps, de vous
parler des parfums de l'Epoux, si je ne craignais
d'etre trop long. Je remets done a une autre fois
pour le faire; car l'importanee du sujet ne soull're
pas i]u'ou La resserre dans des limites si etroites,
1'iiez le Seigneur de la divine onction, qu'il daigne
rendre agreable le sacrifice de mes levres, et que
je puisse rappeler a vos esprits le souvenir de l'a-
bondance de sa grace, oui, dis-je, de la grace qui
est dans l'Epoux de l'Eglise, Jesus-Cbrist notre
Seigneur. Ainsi soit-il.
SERMON XXII.
Des quatre parfums de C Epoux et des quatre vertus
cardinales.
1. Si les parfums de l'Epouse sont aussi precieux
et aussi magnifiques que vous l'avez vu dans les
discours precedents , que pensez-vous de eeux de
l'Epoux ? Mais si je ne suis pas capable de les ex-
pliquer d'une facon proporlionnce a leur excellen-
ce, il n'y a point de doute pourtant que leur vertu
ue soit plus eminente et leur grice plus efticacc,
puisque leur seule odeur excite a courir, non-seu-
lement les jeunes filles, mais l'Epouse elle-meuie.
En efl'et, si vous y prenez garde, elle n'ose rien pro-
metlre de semblable deses parfums. A laverite, elle
se flatle qu'ils sont excellents, mais neanmoins elle
ne dit pas que e'est dans eux qu'elle ait couru ou
remits. Novi ego adolescentulas delicatas et teneras
esse, et minus idoneas suflerre tentationes : et propterea
mecum volo ut currant, sed non ut mecum trahantur;
volo habere socias consolationis, non autem et laboris.
Quare? Quoniam inlirma? sunt, et vereor ne deficiant,
ne succumbant. Me, inquit, o Spouse, corripe, me
exerce, me tenia, mc Iralie post te : quoniam ego in
flagella parata sum, et potens ad sustinendum. Caeterum
simul curremus : sola trahar, sed simul eurremus. Cur-
remus, curremus, sed in odorc unguentorum tuuniin,
non nostrorum liducia meritorum : nee in magnitudinc
virium nostrarum currerc nos confidimus, sed in multi-
tudine miseralionum tuariiin. Nam cl si quando cucur-
rimus ac voluntaric fuimus , non fuit volentis, neque
currentis, sed miserenlis Dei. Rcvertatnr miseratio, et
curremus. Tu quidem in virlule tua, lanquam gigas et
potens, enrris : nos, nisi ungueuta tua spiraverint, non
curremus. q'u, quetn Pater uuxit uleo laetilia? prae con-
Mrtiboa fcttis, ourris in ipeo unctione; nos in illiusodore
curremus : tu in plemtudine, DOS in odore. Tcmpus
esset ni pii'soherem quod de unguentis Sponsi longe
supra promMaae me inemini, si nun hujiis sermonis
ongitudo vetaret. Diifero ergo : nam et niateriaj digni-
tas arclari molesta brevitale non patitur. Rogate Domi-
num unctionis, ut voluntaria oris mei bencplacita facere
dignelur ad insinuandam veslris desidcriis mcmoiiam
abundantisa suavitatis sua', quae est in Sponso Ecclesiaj
Jesu-Christo Domino nostra. Amen.
SERMO XXI I.
De quntuor unguentis Sponsi; cl totidem virtutibus
cardinalibus.
1. Si ila prcliosa, ila magnilica Spons;e unguenta in-
venla sunt, quemadmodum cum tractarenlur audistis :
Sponsi qualia sunt? Et si digne ea nos, prout sunt, non
suflicimus explicare ; baud dubium tamen quin excol-
lentior liorum virtus, et gratia eflicacior sit, quorum
solus non solum adolescentulas, sed ipsam quoqueSpon-
sam odor cxcilat ad currenduiu. Si enim advertis, nil
talc de propriis unguentis ansa esl polliccri. Et quidem
ilia optima esse glorialur : sed non dicil lamen, quia in
eis cucurrisset, aul curreret; quod in istorum solo odore
promittit. Quid si ipsani unctionem in se effusam sen-
tiret, cujus ila tenui exhilarata fragrantia permovefur ut
currat? Mirum si non el volaret. Sed dicit aliquis :
VINGT-DEUXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
255
Dieu est
goutti diffe-
remment de
homnies,
selnn leurs
difierents
merites.
Experience
necessaire
pour corn-
er' hh'i u cela
quelle coure, elle ne promet de le faire que dans
l'odeur des parfums de l'Epoux. Qu'aurait-elle dit
si elle se fiit sentie reniplie de l'onction rneme de ce
parfum, dontlaseule odeur, quelque legere qu'elle
soit, la ravit de joie et la fait courir? Je serais bien
etonne si elle ne s'envolait pas. Mais peut-etre
quelqu'un dit en lui-meme : cessez de tant relever
ces parfums; on verra assez ce qu'ils sont, lorsque
vous aurez commence a les expliquer. Point du
tout; je ne vous promets pas cela. Croyez-moi, je
vous avoue que je ne sais encore si ceux qui me
viennent dans l'esprit sont les veritables. Car j'es-
1ime que l'Epoux a diverses especes de parfums et
de baumes, et qu'il en a en grande quantite; qu'il
y en a que l'Epouse estime d'une facon particuliere,
parce qu'elle est plus proche de son Epoux, et plus
familiere; qu'il en est quelques-uns qui arrivent
jusqu'aux jeunes lilies; et en tin qu'il y en a d'au-
tres qui parviennent meme a ceux qui sont plus
eloignes et comme etrangers ; en sorte qu'il n'y a
personne, comme dit le Prophete, qui ne sente sa
chaleur. Mais bien que le Seigneur soit doux et
bon envers tout le monde, il l'est pourtant davan-
tage envers ceux qui sont de sa maison; et plus
on s'approcbe familierement de lui par ses merites
et sa purete, plus aussi, je crois, on sent l'odeur de
parfums plus nouveaux, et d'une onctiou plus
douce et plus agreable.
2. Mais on ne saurait comprendre ces cboses
comme il faut, a moins de les avoir eprouvees.
_ C'est pourquoi je ne veux point usurper temeraire-
ment une prerogative qui n'est accordee qu'a l'E-
pouse. II n'y a que l'Epoux qui sache les delices
que l'Esprit-Saint fait gouter a sa bien-aimee, par
quelles inspirations il reveille et recree les sens de
son ame, et de quelles senteurs il la parfume.
Desine jam commendare : satis, cum ea cceperis assi-
gnare, apparcbit quid sint. Non. Minime ego islud pol-
liccor. Sane an vel ipsa sint qua? aniuio suggeruntur
dicenda, crede mihi, adhuc nescire me fateor. Existimo
enim Sponsum varias aromaturn atque unguentorum
habere species, et nou paucas : et alias quidem esse in
quibus singulariter oblectatur Sponsa, tanquam propin-
quior ac familiarior; alias vero qua; usque ad adoles-
centulas perveniunt; alias qua; pertingunt etiam ad longe
positos et extraneos, ut non sit qui se abscondat a ca-
lore ejus. Sed licet suavis Domiuus universis, maxime
tamen domesticis ; et quanto quis ei familiarius pro vita;
mentis ac mentis puritate approprial, tanlo eumarbitror
recentiorum aromatum et unctionis suavioris sentire
fragrantiam.
2. Porro in hujusmodi non capit inlelligentia, nisi
quantum experientia attingit. Ego vero hand temere
mihi arrogarim Sponsa; pra;rogativam. Novit Sponsus
quibus deliciis spiritus foveat dilectam, quibus singula-
riter refocillet sensus ejus inspirationibus, et mulceat
odoramentis. Sit tibi tons proprius, in quo ei non com-
municet alienus,nec indignus bibat ex eo ; est quippe
kortut conclusut, font ttgnatut. Ceeterum derivantur
Qu'elle lui soit done une fontaine propre a. lui seul,
oil l'etranger n'ait point de part, et l'indigne ne
boive point. Car c'est « un jardin ferme et une
fontaine scellee [Cunlic. iv, 12); » mais les eaux en
decoulent dans les places publiques. Je reconnais
que je les ai a ma disposition, pourvu neanmoins
que personne ne me moleste ou ne me montre de
l'ingratitude, si je puise a une source publique
pour donner a boire aux autres. Car, pour relever
un peu mon ministere eu ce point, ce n'est pas
sans peine et sans travail que je vais tous les jours
puiser dans les ruisseaux meme publics de 1'E-
criture, pour donner de l'eau a chacun selon ses
besoins, si bien que, sans prendre aucune peine,
chacun de vous ait facilement des eaux spirituelles
pour toute sorte d 'usages, par exemple pour laver,
pour boire et pour cuire les aliments. Car la pa-
role de Dieu est l'eau salutaire de la sagesse, non-
seulement elle abreuve, mais elle lave, suivaut ce
que dit le Seigneur : « Vous etes nets a cause des
discours que je vous ai tenus (Joan, xv, 3).» La pa-
role divine cuit encore, pour ainsi dire, par le feu
du Saint- Esprit, les pensees charnelles, qui sont
comme de la viande crue, et les change en des sens
spirituels, et en fait une nourriture pour l'ame, si
bien qu'on peut dire : « Mon coeur s'est echauffe
au dedans de moi, et un feu s'allumera en moi du-
rant ma meditation (Psal. xxxvui, U). »
3. Ceux dont l'esprit etant parfaitement pur,
sont capables de comprendre par eux-memes des
cboses plus sublimes quecelles que nousdisons, non-
seulement je ne les en empeche point, mais meme
je les en felicite, pourvu qu'ils souffrent aussi que
nous proposions des chosesplus simples a ceux qui
ne sont pas aussi eclaires qu'eux. Que je voudrais
voir tout le monde doue du don de la parole, et
La pre-diea-
tion
n'est pai
un petit
travail.
Triplo
usage de la
parole de
Dieu
aqua; inde in plateas. Eas me habere ad manum fateor,
dum tamen nemo mihi molestus sit aut ingratus, si de
publico haurio et propino. Nam utpaulisper ministerium
meum in hac parte commendem ; nonnullius profecto
fatigationis est atque laboris, quolidie scilicet exire, et
haurire ctiam de manifeslis rivulis scripturarum, et ex
eis singulorum necessitalibus inservire, ut absque suo
labore quisque vestrum praeslo habeat aquas spirituales
ad omne opus, verbi gratia ad lavandum, ad potandum,
ad cibos coquendos. Est nimirum aqua sapientiaesalularis
sermo di\inus, non modo potans, sed et lavans, dicente
Domino : Et vos mundi estis propter sermonem quern
toculus sum vobis. Sed et crudos carnis cogilatus igne
Spiritus-Sancti accedente coquit divinum eloquium, ac
vertit in sensus spirituales et cibos mentis, ita ut dicas :
Concaluit cor meant intra me, et in meditahone mea
exardescel ignis.
3. Qui menle sane puriori per seipsos apprehendere
sublimiora sufflciunt, quam per nos proferantur ; non
solum non prohibeo, sed et multum congratulor, dum
etipsinospatianlur simpliciora simplicioribus ministrare.
Quis dabit mihi ut omues prophetent ? Utinam mihi
necesse non ewet in his occupari ! Utiuam aut alteri
234
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
l>lvit a Dieu que je ne fusse point oblige de m'occu-
per a eel ezercioe. Pint a Dieu qu'un autre en vou-
lut bien prendre le soin, ou plutot ceque j'aimerais
encore mieux, qn'il ne se Irouvat personne parmi
vous qui en out besoin, et que vous fussiez tous si
puise a la source commune. Car il estlafontainede.
vie, la fontaine scellee qui jaillit avec force au mi-
lieu da jardin ferine, par la bouche de Paul qui lui
sort de canal ; il est vraiment cette sagesse adora-
ble, qui, selon l'expression du saint homme Job,
bien instruits par Dieu nieme, que je pusse dans sort des lieux profonds et caches (Job. xxviu, 18),
un profond repos, voir que l'Epous esl Dieu. Main- se divise en quatre ruisseaux, et coule dans les
tenant done, et je ne le saurais dire sans repandre grandee places, ou ce bienheureux ap6lre nous ap-
des larmes, puisqu'il ne m'est pas permis, je ne dis prend que Dieu 1'a fait pour nous, sagesse, justice,
pas de contempler, mais meme de chercher !e Roi sanctification et redemption (i Cor. i, 10). Par ces vt$\i»o s'e«t
assis danssa gloire sur les Cherubins, surun trone quatre. ruisseaux, comme autant de parf'ums pre- "^"^eJlt8
magnifique et e!e\v, dans la forme selon laquelle cieux, lil importe peu, en effet, de les considerer par la bnnns
il a ete engendre egal a son pere, dans la splendeur comme eau ou comme onction ; comme eau, parce J6.ua.chri>.
de ses saints avant l'etoile du matin, dans laquelle qu'ils neltoient, comme onction, parce qu'ils sont
les anges desirent le contempler et le voir. Dieu odoriferants ;) par ces quatre ruisseaux, dis-je,
facile "de" ^ans ^'eu- ^e 1U' me res'e ^ n10'- <Im ne slus qu'un comme par autant de parfums precieux composes
porter de homme, e'est de le proposer comme homme a d'ingredients celestes sur des montagnes couvertes
que de la aes homines, et dans la forme qu'il a prise quand de bois de senteurs , il a tellement embaume
d'Tj£'ut-d<! il a voulu sefaire connaitre, par un exces de bonte l'Eglise, qu'etant aussitot attiree des quatre parties
Christ. et d'amour, quand il s'est abaisse au dessous des du monde par cette douceur ineffable, elle s'est
anges, qu'il a mis sa lente dans le soleil, qu'il est hatee d'aller trouver cet Epoux celeste, semblable a
sorti comme un Epoux de sa cbanibre nupliale la reine de Saba (m Reg. x, 1), qui accourut avec
(Psal.xmt, 6). Je le presente p!ut6t dans sa dou- empressement des extremites de la terre, pour en-
ceur que dans son elevation, et dans son onction tendre la sagesse de Salomon, excitee aussi par la
plutot que dans sa grandeur; enlin, je le montre bonne odeur de sa reputation,
tel que le Saint-Esprit l'a sacre, et envo)*e pour an- 5. L'Eglise n'a pu courir apres l'odeur de son
noncer la bonne nouvelle a ceux qui elaient dans Salomon, que lorsque celui qui, de toule eternite,
la misere, guerir les cceurs brises, precher le par- etait la sagesse engendree du Pere, i'ut fait, pour
don aux captifs, la delivrance aux prisonniers, et elle par le Pere, sagesse dans le temps. Car Le ctmst 8!t
annoncer l'annee des misericordes du Seigneur. e'est alors qu'elle a commence a sentir la divine «agesse.
/l.l.aissantdonc a chacun les sentiments plus subli- odeur qui sortait de lui. 11 a ete de meme fait pour
mes et plus eleves que Dieu, peutetre, par une grace elle justice, sanctification et redemption, alin
singuliere,lui a communiques sur le sujet des par- qu'elle put egalemeut courir dans l'odeur de ces
funis de 1'Epoux, et dont il lui a donne l'experience, excellentes qualites, car il a ete tout cela en lui-
je me contenterai de mettre en commun ce que j'ai meme avant toutes choses. En effet, le Verbe etait
cara inenmberet ista, ant certe, quod mallem, nemo in
vobis esset qui ea indigeret, essentque omnes docibiles
Dei, et ego posse m vacare et videre quoniara etSponsus
est Deus ! Nunc vero quem minime interim, non dico
intueri, sed ne inquirere quidem licet, quod sine lacry-
mis non loquor, Regem in decore suo sedentem super
Cherubin, sedentem super solium excelsum et, elevatum,
in ea forma, qua aequalis Palri in splendoribus sancto-
rum ante luciferum genitus est, in qua el semper desi-
derant angeli eum prospicere, Deum apud Ileum :
ipsnm saltern hominem homo hominibus loquor secun-
dum earn fonnam, in qua, ut se manifestum nimia sua
dignalione et dilectione praeberet, minoratns ab angelis,
in sole posuit tabernaculum suum, et ipsetanquam spon-
sus procedens de thalamo suo. Suavem magis quam
siiblimcm, et unctum, non altum loquor, qualem deni-
que Spiritus Domini unxit, et misit evangelizare pau-
peribus : mederi contritis corde, pra-dicare captivis in-
dulgentiam. et clausis apertionem, pradicare annum
placabilem Domino.
4. Salvo igitur cuiquc, quod forte sublimius subtilius-
que de Sponsi unguentis speciali munere sentire sibi et
experiri donatum est, ego quod de communi accepi,
profero in commune. Ipse siquidem fons vil<e, ipse fons
signatus, de intra bortum conclusum erumpens, per os
Pauli listulam snam, tanqnam vere iila sapientia, quae
juxta beatl Job sententiam trahitur de occuttis, in qua-
tuor sese rivos difuidit, et derivavit in plateas, ubi vide-
licet et assignat nobis eum factum a Deo sapientiam, et
justitiam, et sanctiticationem, et redemptionem. Ex his
utique qualuor rivis, tanqnam pretiosissimis unguentis,
(nil enim obstat utrumque inlelligi, et aquam, et iinc-
tionem : aquam, quia mundant ; unctionem, quia fra-
grant : ) ex his, inquam quatuor praemissis, tanqnam
unguentis pretiosissimis, super montes aromatum de
ccelestibus speciebus confectis, tanta Ecclesias nares odo-
ris suavitas replevit, ut mox a quatuor mundi partibns
excitata ilia duleedine, supermini properaret ad Sponsum,
tanquam vere ilia regina Austri festinans a (inibus terra;
audire sapientiam Salomonis, opinionis siquidem odore
provocata.
5. Sane et Ecclesia non ante currere valuit in odere
sni Salomonis, quousque is qui ab asterno ex Patre sa-
pientia erat, factus est ei in tempore a Patre sapientia,
quo ipsius odorem percipere posset. Sic juslilia, sic
sanclilicatio, sic el. redemptio nihilominus ei factus est,
ut horum quoqne in odore currere posset, Cum hsec
jeque omnia in se ante omnia esset. Nam et in princi-
VINGT-DEUXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
235
Le Christ est
Dotre
Redeuipion.
Lc Christ a
etc h
Redemption
des arises
en quelle
maniere il
la «e.
V. Sermon
II pour le
jour de la
Circoncision
n. 2.
des le commencement (Joan, i, 1), maisles Pasteurs
no vinrent en hate pour le voir, que lorsqu'on leur
annonca qu'il etait fait. Car ils se disaient Tun a
l'autre : « Parsons jusqu'en Bethleem, et voyons ce
Verbe qui a ete tait, que le Seigneur a fait, et nous
a montre (Luc. n, 15). » Et l'Evangeliste ajoute :
« (Ju'ils vinrent en hite. » lis ne se remuaieat point
auparavant, lorsque le Verbe n'etait encore qu'en
Dieu ; ruais lorsqu'il fut fait, lorsque le Seigneur
le lit et le leur montra, alors ils vinrent en
hite, ils accoururent. De meme done que le
Veibe etait au commencement, mais n'etait qu'en
Dieu, et qu'il a ete fait lorsqu'il a commence d'etre
parmi les liommes; ainsi il etait sagesse, justice,
sanctiQcation et redemption au commencement ;
mais pour les anges. Et a (in qu'il le fut aussi pour
les hommes, le Pere l'a fait toutes ces choses. Et il
le fit, parce qu'il est le Pere, car l'apotre a dit :
« Celui qui a ete fait par Dieu, sagesse pour nous
(1 (Cor. i, 30). » 11 ne dit pas simplement qui a ete
fail sagesse, mais qui a ete fait sagesse pour nous,
parce qu'il l'etait pour les anges, il Test aussi
devenu pour nous.
6. Mais je ne vois pas, me direz-vous, comment
il a ete redemption pour les anges. Car il semble
qu'on ne trouve en nul endroit de l'Ecriture qu'ils
aient jamais ete ou captifs du peche, ou sujets a la
mort, pour avoir eu besoin de la redemption ;
excepte seulement ceux qui, par leur orgueil tom-
bant d'une chute sans remede, n'ont point rue-
rite d'etre rachetes. Si done les anges n'ont jamais
ete rachetes, les uns n'en ayant pas besoin, et les
autres ne le mentant pas, ceux-la parce qu'ils ne
sont point tombes, et ceux-ci parce que leur peine
est sans ressource, comment dites-vous que notre
Seigneur Jesus-Christ a ete redemption pour eux ?
Le voici en deux mots. Celui qui a releve i'homme
qui etait tombe, a donne a l'ange qui etait de-
meure debout la grace de ne point tomber ; il a
delivre l'un de la captivite, et empeche l'autre d'y
tomber. Voila comment il a ete esjalement la re-
demption de tous les deux, de l'un parce qu'il l'a
tire de 1'esclavage, de l'autre parce qu'il l'a pie-
serve d'y tomber. II est done clair que le Seigneur
Jesus-Christ a ete redemption pour les saints
anges, comme il a ete pour eux justice, sagesse
et sanctification ; et que neanmoins il n'a pas laisse
d'etre fait ces quatre choses pour les hommes, qui
ne peuvent connaitre et comprendre les choses
invisibles de Dieu par les choses qui ont
ete faites. Ainsi tout ce qu'il etait pour les anges, Qnest-ee que
il Test devenu pour nous, qu'est-ce a dire ? C'est-a- deYenrTponr
dire sagesse, justice, sanctification et redemption. nou"-
« sagesse » en prechant, « justice » en remettant
les peches, « sanctiQcation » en conversant avec les
pecheurs, « redemption » en soutfrant la mort pour
eux. C'est done lorsqu'il a ete fait toutes ces choses
par Dieu le Pere, que l'Eglise a seuti une odeur
excellente et s'est mise a courir.
7. Reconnaissez done maintenant quatre sortes
d'onctions. Reconnaissez la douceur abondante et
inestimable de celui que le Pere a sacre d'une huile
de joie d'une maniere plus excellente que tons ceux
qui participent a sa gloire. 0 homme, tu etais assis
dans les tenebres, et a l'ombre de la mort par l'i-
gnorance de la verite, tu languissa's dans les liens
de tes peches. 11 est descendu vers toi dans ta pri-
son, non pour te tourmenter, mais pour te delivrer
pio quidem erat Verbum : sed tunc demum ad viden-
dum ipsum pastores venerunt festinantes, cum nuntia-
tum est factum. Denique et loquunturad iuvicem : Tran-
seamus usque Bethleem, et videamus hoc verbum quod
factum est, quod fecit Dominus, et ostendit nobis. Et
sequitur, quia venerunt festinantes. Prius non se move-
bant, dum Verbum erat tantum apud Deuin. At ubi
Verbum, quod eral, factum est, ubi hoc Dominus fecit
et ostendit : tunc venerunt festinantes, tunc cucurrernnt.
Quomodo ergo in pnncipio erat Verbum, sed Verbum
erat apud Deum, factum est aulem quateaus esse inci-
peret el apud homines : sic nihilominus in principio
sapientia erat, eral justitia, erat sanctiQca'io et redemp-
tio, sed angelis; ut esset et hominibus, fecit eum haec
omnia Pater, et fecit quod Pater. Denique qui factus
est, inquit, nobis sapientia a Deo. Non ait simpliciter,
qui factus est sapientia, sed qui factus est nobis sapientia:
quoniam quod erat angelis, factus est et nobis.
6. At angelis, inquis, quomodo redemptiofuerit, non
video. Nee enim auctoritas Scripturarum uspiam assen-
tire videtur, eos aliquando aut peccato exstitisse capti-
vos , aut morli obnoxios , ut necessariam baberent
redemplionem, exceptis dumfaxat illis, qui superbiae
lapsu irremediabili corruentes, redimi deinceps non
merentur. Si itaque angeli nunquam redempti sunt,
alii utique non egentes, alii non promerentes ; alii qui-
dem quia nee lapsi sunt, hi autem quia irrevocibiles
sunt : quo pacto tu dicis Dominum Jesum-Chistum eis
fuisse redemplionem ? Audi breviter. Qui erexil homi-
nem lapsum, dedit stanti * angelo ne laberetur, sic il-
ium de captivilate eruens , sicut hunc a captivitate
defendens. Et hac ratioue fuit jeque utrique redemptio,
solvens ilium, et servans istum. Liquet ergo Sanctis
angelis Dominum Christum fuisse redemptionem, sicut
justitiam, sicut sapientiam, sicut sanclilicationem : et
nihilominus tamen haec ipsa quatuor esse factum prop-
ter homines , qui invisibiha Dei nonnisi per ea qua?
facta sunt, intellecta conspicere possunt. Sic ergo omne
quod erat angelis, factus est nobis. Quid ? Sapientia
justitia, sanctificatio, redemptio. Sapientia in praedica-
tione, justitia in absolutione peccatorum, sanctificatio in
conversalione, quam habuit cum peccaloribus, redemp-
tio in passione, quam sustinuit pro peccatoribus. Ubi
ergo haec a Deo factus est ; tunc Ecclesia odorem sensit,
tunc cucurrit.
7. Vide jam quadrifariam unctionem, vide affluentis
simam atque inaestimabilem suavitatem ejus, quern unxi
Paler oleo laetitiae prae consortibus suis. Sedebas, o homo
in tenebrosis " et umbra mortis per ignorantiam veri-
tatis ; sedebas vinctus catenis delictorum. Descendit »d
ah Stitum.
at. lenebhi.
136
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
de la puissance des tenebres. Et d'abord ce docteui
de la verite a dissipe l'ombre de voire ignorance
par la lumiere de sa tsagesse. • Ensuitu par la
o juslice » qui vient de la foi, il a brise les fers du
pecheur, en les justitiant gratnitement. Et par ce
double bienfait, il a accompli cette parole du Pro-
phite David : « Le Seigneur rompt les liens des
captifs, le Seigneur ouvre les yeux des aveugles
{Psal. csL\'r 7). » De plus il a vecu « saintemeut »
parmi les pecheurs, et leur a aiusi prescrit une regie
de vie couitne un chemin qui put nous faire re-
tourner dans notre palrie. Eulin, pour cornble de
bunte, il s'estlivreala niort, et a tire de sou propre
cote le prix de la « satisfaction » dont il a apaise
le Pere, en s'appropriant aiusi ce verset de David :
« Le Seigneur est plein de misericorde, et il a des
graces abondantes pour nous racbeter [Psal. cxxix,
7). » Oui, certainement, abondantes, puisqu'il
a verse non une goutte, iuais uu tleuve de sang par
cinq endroits de son corps.
8. Qu'a-t-il du faire pour toi qu'il n'aie pas fait ?
II a rendu la vue a un aveugle, rompu les cbaines
d'un captif, ratnene dans le chemin celui qui s'etait
egare, et reconcilie celui qui etait coupable. Qui
ne courra avec ardeur, avec rapidite apres celui
qui delivre de l'erreur, remet les peches, donne
des nierites par sa vie, et acquiert des recompenses
par sa mort? Quelle excuse peut avoir celui qui ne
court point dans l'odeur de ces parfums, si ce n'est
eourir apres peut-etre, celui jusqu'a qui elle n'est point par-
venue? Mais cette odeur de vie s'est repandue par
toute la terre, car toute la terre est remplie de la
misericorde du Seigneur, et ses bontes s'etendent
sur toutes ses oeuvres. Celui done qui ne sent point
cette odeur de vie repandue partout, et a cause de
Ce qui doit
nous y
exciter.
Combien il
est iudigne
de ne pas
te in carcerem, non ut torqueret, sed ut erueret de po-
testate tenebrarum. Et primo quidem veritaiis doctor
depulitumbramignorantiee tuaelucesapientia? sua?. Perjus-
titiamdeinde, qua; ex lide est, solvit funespeccatorum, gra-
tis justificanspeceatorem. Quo gemino beneficio implevit
sermonem ilium sancti David : Dominus solvit compedi-
tos, Dominus llluminat ccecos. Addidit quoque santte
inler peccatores vivere, et sic tradere formam vita?, tan-
quam vias, qua redires ad patriam. Ad cumulum pos-
tremo pietatis tradidit in mortem animam suam, et de
proprio latere protulit pretium satisfactions, quo pla-
card Patrem ; per quod ilium plane ad se versiculum
traxit : Apud Dominum misericoidia , et copiosa apud
eum redemptio. Prorsus copiosa : quia non gutta ,
sed unda sanguinis largiter per quinque partes corporis
emanavit.
8. Quid tibi debuit facere, et non fecit ? Illuminavit
ca?cum, solvit vinctum, reduxit erroneum, reconciliavit
reum. Quis non post ilium libenter atque alacriler cur-
rat, qui et ab errore liberat, et errala dissimulat ; qui
deinde merita vivendo tradit, praemia moriendo conqui-
rlt ? Quam excusionem habet qui in odore horum un-
guentorum non currit, nisi ad quern forte odor minime
pervenit ? Sed enim in omnem terram exivit odor vitas :
C'est : 1. La
mansuc-tude
da
Christ.
cela ne court point, est mort, on corrompu. Cette
odeur c'est le bruit de sa renommee ; l'odeur de sa
reputation marche devant, elle excite a courir, elle
conduit a l'experience de l'onction, a la recom-
pense de la vision. Ceux qui y arrivent chanti-nt
tous d'un commtm accord : « Nous avons vu dans
la cite du Seigneur des verbis les plus grandes
merveilles que nous en avions oui dire [Psal.
xi. vn, 9). » Seigneur Jesus, nous courons apres
vous a cause de la douceur qu'on nous assure que
nous trouverons en vous, car on nous apprend que
vous ne rejetez point le pauvre, et n'abhorrez point
le pecheur. En efTet, vous n'avez point eu borreur
du larron qui confessait ses crimes, de la peche-
resse qui pleurait ses peches, de la cananeenne qui
vous priait avec humilite, de la femme surprise en
adultcre, de celui qui etait assis a son comptoir,
do publicain, qui demanJait humblement pardon
de ses fautes, de votre disciple qui vous renia, de
celui qui fut le persecuteur de vos disciples, ni
meme de ceux qui vous crucifierent. Nous courons
dans l'odeur de toutes ces vertus divines. Quant a
l'odeur de votre sagesse, nous la sentons lorsqne
nous apprenons que si quelqu'un a besoin de sa-
gesse, il n'a qu'a vous la demander, et vous la lui
donnerez (Jacob, l, 5). Car on dit que vous donnez
abondaiument a tout le monde, et que vous ne re-
prochez point vos dons. Pour ce qui est du parfum 3. Sa justice
de votre justice, il se repand tellement de tous
cotes, que non-seuleuient on vous appelle juste,
mais la justice meme, et la justice qui rend juste.
Car vous etes aussi puissant pour rendre juste,
qu'indulgent pour faire misericorde. Aussi, que
tout homme qui, toucbe d'une vive componction
de ses fautes, a faim et soif de la justice, croie en
2. Sa sagesso
at. prcete-
nit.
quoniam misericordia Domini plena est terra, et mise-
rationes ejus super omnia opera ejus. Ergo qui vitalem
hanc sparsam ubique fragrantiam non sentit, et ob hoc
non currit; aut mortuus est, aut putidus '. Fragrantia * <>'• putridus
fama est. Pervenil * opinionis odor, excitat ad curren-
dum, perducit ad unctionis experimentum, ad bravium
visionis. Vox una laetantium, omnium pervenienlium :
Sieut audivimus , sic vidimus incivitate Domini virtutum.
Omnino propter mansuetudinem, qua; in te prajdicatur,
currimus post te, Domine Jesu, audientes quod non
spernas pauperem, peccatorem non horreas. Non hor-
ruisti confitentem latronem, non lacrymante^i pecca-
triccm, non cananaeam supplicantem, non deprehensam
in adulterio, non sedenlem in lelonio, non supplican-
tem publicanum, non ncgantem discipulum, non perse-
cutorem discipulorum, non ipsos crucifixores tuos. In
odorc horum currimus. Porro sapientiae tua; odorem ex
eo percipimus quod audivimus, quia si quis indiget sa-
pientia, postulet earn a te, et dabis ei. Aiunt siquirlem
quod des omnibus aflluenter, et non improperes. At
vero justitiie tuaj tanla ubique fragrantia spargitur, ut
non solum Justus,- sed etiam ipsa dicaris justilia, et jus-
titia justificans. Tarn validus denique es ad justificandum
quam multus ad ignoscendum. Quamobrem quisquis
VINGT-DEUXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
237
5. Le bienfait
de sa
r.' liriiijiliDIi.
vous qui justifiez l'impie, et, justifie par la seule
4.Sasaintet6. foi, il sera reconcilie avec Dieu. Non-seule-
ment voire vie, mais encore votre conception
repand abondarnment une odeur tres-douce de
saintete. Car vous n'avez commis ni contracts le
peche. Que ceux done qui, etant justifies de leurs
crimes, desirent etre saints et se proposent d'attein-
dre a la saintete, sans laquelle nul ne verra Dieu,
vous ecoutent lorsque vous criez : « Soyez saints,
parce que je suis saint (Levit. xix, 2). » Qu'ils con-
sidered vos voies et apprennent de vous que vous
etes juste dans' toutes vos voies, et saint dans toutes
vos ceuvres (Psal. cxliv, 17). » Et l'odeur de votre
redemption, combien n'en fait-elle pas courir?
Lorsque vous etes eleve de terre, vous tirez tout a
vous. Votre passion est le dernier refuge et un re-
mede unique. Lorque la sagesse defaille, que la
justice ne suffit pas, que les merites de la saintete
succombent, elle vient au secours. Car, qui pre-
sume de sa sagesse, de sa justice ou de sa saintete,
au point de croire que cela lui suffit pour son sa-
lut? « Nous ne sommes pas capables de nous-memes,
dit l'apotre, d'avoir la moindre bonne pensee, mais
e'est de Dieu que noustirons cette capacite (i Cor. m,
5). » Aussi, lorsque mes forces me manqueront, je
ne me troublerai point, je ne tomberai point dans
le desespoir; je sais ce que je dois faire : « Je
prendrai le calice du salut, et j'invoquerai le nom
du Seigneur (Psal. cxv, 13). » Seigneur, eclairez
mes yeux, s'il vous plait, atin que je connaisse en
tout temps ce qui est agreable a votre majeste, et
alors je serai sage. « Ne vous souvenez ]joint des
fautes et des ignorances de ma jeunesse [Psal. xxiv,
7), » et je serai juste : « Conduisez-moi dans votre
voie (Psal. lcxxv, 11), » et je serai saint. Mais si
pro peecatis compunctus esurit et sitit justitiam, credat
in te qui justilicas impium, et solam justificatus per fi-
dera, pacem habebit ad Dcum. Sanctitatera quoque sua-
vissime et copiosissime tua redolet non solum conversa-
tio, sed et conceptio. Peccatum siquidera non commi-
sisti, nee contraxisti. Qui ergo justificati a peccatis
sectari desiderant delibcrantque sanctimoniam, sine qua
nemo videbit Deum ; audiant te clamantem : Saneti
estate, quonium ego sanctus sum. Considerent vias tuas,
et discant a te, quia Justus sis in omnibus viis tuts, et
sanctus in omnibus operibus tuts. Jam redemptionis
odor quantos currere facit. 1 Cum exaltaris a terra, tunc
prorsus omnia trabis ad leipsum. Passio tua ultimum
refugium , singulare remedium. Deficiente sapientia ,
justitia non sufficienle, sanctitatis succumbentibus men-
tis, ilia succurrit. Quis enim de sua vel sapientia, vel
justitia, vel sanctitate prawumat sufticientiam sibi ad sa-
lutem ? Non quod sufft:ientes, inquit, sumus cogitare
aliqmd a nobui tanquam ex nobis, sed sufficientia nostra
ex Deo est. Itaque cum defecerit virtus mea, non con-
turbor, non diflido. Scio quid faciam : Calicem salutaris
accipiam, et nomen Domini invocabo. Illumina oculo3
meos, Domine, ut sciam quid acceptum sit coram te
omni tempore, et sapiens sum. Delicta juventutis mea;,
votre sang n'interpelle pour moi votre misericorde,
je ne serai point sauve. C'est pour obtenir toutes
ces graces que nous courons apres vous; accordez-
nous ce que nous vous demandons, puisque nous
crions vers vous.
9. Mais nous ne courons pas tous egalement dans
l'odeur de tous ces parfums. Les uns sont plus em-
brases de l'amour de la sagesse ; les autres sont
plus portes a la penitence, par l'espoir qu'ils ont
du pardon ; ceux-ci sont plus animes a la pratique
des vertus, par l'exemple de sa vie et de sa con-
duite ; ceux-la sont plus enflammes d'ardeur pour
la piete, par le souvenir continuel de sa passion :
je crois que nous pourrons trouver des exemples
de cbacune de ces personnes. Ceux qui avaient ete
envoyes vers Jesus-Christ par les Pharisiens, cou-
raient apres l'odeur « de la sagesse, » lorsqu'etant
de retour ils disaient : o Jamais homme n'a parle
de la sorte (Joan, vm, 66) ; » car ils admiraient sa
doctrine et confessaient sa sagesse. Le saint homme
Nicodeme courait dans cette meme odeur, lorsque
eclaire d'une grande lumiere de sagesse, il vint la
nuit vers Jesus (Joan, in, 2). Car il se retira d'au-
pres de lui tout rempli d'instruction et de doc-
trine. Mais Marie Madeleine courut dans l'odeur
« de la justice ; » elle « a qui beaucoup de peches
furent remis parce quelle aimait beaucoup (Luc.
vn, 47). » Sans doute elle etait des lors juste et
sainte, non plus pecheresse, ainsi que le lui repro-
cbait le pharisien, qui ne savait pas que la justice
et la saintete sont un don de Dieu, non point l'ou-
vrage de rhomme, et que celui a qui le Seigneur
n'imputera point ses offenses non-seulement est
juste mais encore bienheureux. Avait-il oubli6
comme quoi, en touchant sa lepre corporelle, ou
Difference
entre
ceux qui
courent apres
Jesua-Cbriat.
Les uns cou-
rent dans
l'odenr
de sa sagesse
Les autres
dans l'odeur
de
sa justice.
et ignorantias meas ne memineris, et Justus sum. Deduc
me Domine in via tua, et sanctus sum. Verumtamen
nisi interpellet sanguis luus pro me, salvus non sum.
Pro bis omnibus currimus post te : dimitte nos, qui
clamemus post te.
9. Nee currimus squaliter omnes in odore omnium
unguentorum : sed videas alios vehementius studiis
flagrare sapientia?, alios magis ad poenitentiam spe in-
dulgenlia? animari, alios amplius advirtulum exercitium
vitas et conversationis ejus provocari exemplo, alios ad
pietatem passionis memoria plus accendi. Putamus nos
de singulis posse reperire exempla ? Currebant in odore
sapientia?, qui missi fuerant a Pharisaeis, cum reversi
dicerent : Nunquam homo sic locutus est ; utique admi-
rantes doelrinam, et confitentes sapientiam. Currebat in
hoc ipso odore sanctus Nicodemus, qui venit ad Jesum
node, in splendore multo sapienti* : de multis quippe
instructus edoctusque recessit. Verum in odore justitia
cucurrit Maria Magdalena, cui dimissa sunt peccata mul-
ta, quoniam dilexit multum. Justa profecto et sancta,
et non jam peccatrix, quemadmodum Pharisasus expro-
brabat, nesciens justitiam seu sanctitatem Dei esse mu-
nus, non opus hominis ; et quia non modo Justus, sed
9t beatus, cni non imputabit Dominua peeeatirm. Ah
238
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
celle d'un autre, il l'avait guerie sans l'avoir con- Nous ne le pouvons pas connaitre aussi aisement
tractee? Ainsi b> juste, touche par cette peeheresse, pour les parfums de I'fipoux, que pour ma de
lui oommoniqua la justice, sans perdre celle qu'il l'fipouse. Jesus-Christ possede toutes choses avec
avait. et no ful point souille des ordures du peche une plenitude qui est sans bornes et sans mesure.
dont il la pnrifia. Le publicain courut aussi ; car, Sa sagesse, en effet, est infinie (Psal c.xlvi, 5) ■ sa
apres avoir demande humblement pardon de ses justice est comme les montagnes de Dieu 'com'me
xvin, 1U), » se- les montagnes eternelles {Psal. xxxm 7) • sa sain-
Ceui-ci dans
l'odeur de la
ianeti£oa~
tion.
Ion le temoignage de la justice meme. Saint Pierre
courut eu pleurant amerement sa chute (Luc. xxn
62 , afin d'effacer son crime, et de recouvrer la jus-
tice. David courut aussi, quand il reconnut et con-
fessa son offense, et il merita d'entendre ces paro-
les : « Le Seigneur a transports votre peche loin
de vous[Rig. xu, 13). » Enlin, c'est dans l'odeur
« de la sanctitication, » que saint Paul atteste
qu'il court lui-meme, lorsqu'il se glorifie d'etre
imitateur de Jesus-Christ et dit a ses disciples :
o Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Jesus-
Christ ( Philip, m, 1). » lis couraient, aussi tous
ceux qui disaient : « Voila que nous avons tout
quitte, et vous avons suivi (Matlh. six, 27). » Car
ils avaient tout quitte dans le desir de suivreJesus-
• i ■ i j — — — — »*
tele est unique, et sa redemption est inexplicable.
10. Disons encore que c'est en vain que les sages
du siecle ont ecrit tant de choses sur les quatre
vertus cardinales, puisqu'il etait impossible qu'ils
les comprissent, car ils ne connaissaient pas celui
que Dieu a fait pour nous sagesse, pour enseigner
« la prudence ; » justice, « pour remettre les pe-
ches, » sanctitication, pour nous donncr l'exemple
de la « temperance, » par la purete de sa vie, et
redemption pour nous proposer un modele parfait
« de patience » dans sa mort si genereusement
soufferte. Peut-etre me dira-t-ou, lesautres qualites
conviennent assez bien a ces vertus; mais il semble
que la sanctitication n'a pas grand rapport a la
temperance. Je reponds d'abord.que la temperance
II n'y avait
pas devraies
vertus chez
les paiens.
Ceui-la dam
l'odeur de la
Peasioo.
Tels soot les
parfums de
l'£poux.
.- ■■ — i'^»"v*.. »= 'c)juuubu auuru, que ta temperance
Christ. C est que cette parole engage tout le monde est la meme chose que la continence, puisqu'il est
en general a counr dans cette meme odeur : « Ce- assez ordinaire a 1'Ecriture de prendre la sanctifi-
lui qui dit qu'il demeure en Jesus-Christ doit vi- cation pour la continence ou la purete En effet
vre comme il a vecu ( I. Joan u, 6). » Si vous von- en quoi consistaient ces sanctificationssi frequentes
lez savoir qui sont ceux qui ont couru dans l'odeur dans les livres de Moise, sinon dans certaines puri-
« de la Passion, ,» je vous dirai : ce sont tous les iications de personnes qui s'abstenaient du buire
martyrs. Vous avez done quatre sortes de parfums ; du manger, des fern mes et d'autres choses sembla-
le premier est « la sagesse; » le second, « la jus- MesfMais c'est surtout l'Apotre qui se sert ordi-
tice ; » le troisieme, « la sanctitication; » le qua- nairement du mot sanctitication en ce sens ■ « Dieu
trieuie, « la redemption. » Retenez-en les noms, desire, dit-il, votre sanctitication, et que chacun de
recueil!ez-en le fruit ; et ne veuillez point vous en- vous conserve son corps chaste et pur des desirs de-
querirde quelle maniere ils sont composes, ni regies dela concupiscence (iThess.vr, 3) » EtaUleurs-
combien de choses entrent dans leur composition. « Car Dieu ne nous a pas appeles pour vivre dans
oblitus erat, quomodo vel suam ipsiug, vel allerius cor-
poralem tangendo leprara fugarat, non contraxerat ? Sic
tactus a pecjalrice Justus justiliam imperlit, nou perdit
nee sorde peccati, qua illam mundat, se inquinat. Cu-
currit et pubheanus, qui cum propitiationem peccati,
suis liumiliter imploraret, descendit justificatus, teste
ipsa Justitia. Cucurrit Petrus, qui lapsus flevit amares,
quatenus culpaui dilueret, recuperaret juslitiam. Cucur-
rit David, qui realum agnoscens et confitens, audire
meruit : Et Dominus iranstulit a te peccalum boon.
Porro in sanctificationis odore Paulus currcie se tesla-
tur, cum CUrisli se imitatoreai esse gloriatur, dicens ad
discipulos : Estate imitatores met, sicut et ego C/iristi.
Cucurreruut et omnes qui aiebent : Ecce nos reliqui-
mus omnia, et secuti sumus te. Desiderio quippe se-
quendi Christum reliqueranl omnia. Horlatur genera-
liter unhersos ad euni odorem ista sententia Qui se (licit
in Christo manere, debet sicut ille ambulavit, et ipse am-
bulure. Jam qui in odore cucurrerint passiunis, si audire
vis, unhersos marlyres accipe. En quatuor unguenta
assignata habclis : primum sapientia?, secundum justi-
tia;, tertium sanclificationis , quartum redemplionis.
Tenete nomina, percipite fructum : et compositionis
modum, vel numerum epecierum, quibus confecta sunt,
nolite requirere. Non cnim facile in Sponsi unguentis
hsc presto esse possunt nobis, quemadmodum in supe-
rioribus illis Sponsae fuerunl. In Christo nempe rerun
plenitudo est sine numero, et modo. Nam et sapiential
ejus non est Humerus ; et justitia ipsius sicut monies
Dei, sicut monies aeterni ; sanctilas singularis, et re-
demptio inexplicabilis.
10. Dicendum et hoc : quia frustra bujua saiculi sa-
pientcs de quatuor virtutibus tam multa dispulaverunt,
quas tamen apprehendere omnino nequiverunt, cum il-
ium nescicrint, qui factus est nobis a Deo sapientia
doeens prudentiam, et justitia delicta donans; el sancli-
ficalio, in exemplum temperantia? contincnter vivens;
et redemptio in exemplum palientis fortiter moriens.
Forsiiandicit aliquis : Camera bene conveniunt,sed sanc-
tificalio ad tempcrantiam minus proprie referri videlur.
Ad quod respondetur primum, id esse conlinentiam,
quod temperantiam, usitatum in Scripturis, sanctifica-
tionem pro continenlia seu munditia poni. Deuique quid
ill* apud Moysen tam crebra sanctilicationes aliud erant,
quam quaedam purificationes hominum temperantium se
a cibo, a potu, concubitu, hisque similibus ? Sed audi
ipsum pracipue Apostolum, quam familiare habeat vel
uti, vel usurpare eanctiGcalionem in hoo sensu. llcec est,
VINGT-TROISIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CAINTIQUES.
239
la corruption de la chair, mais dans la sanctifica-
tioi). 11 est vrai qu'en ces passages il prend la sanc-
tification pour la temperance.
11. Apres avoir eclairci ce qui paraissait un peu
obscur, je reviens a mon sujet. Que pouvez-vous
avoir de coinmun avec les vertus, vous qui ignorez
la vertu de Dieu qui est Jesus-Christ? Oil est la
vraie « prudence » sinon dans la doctrine de Jesus-
Christ ? D'oii vient la vraie « justice, » sinon de la
misericorde de Jesus-Christ? Oil est la vraie « tem-
perance, » sinon dans la vie de Jesus-Christ? Oil
est la vraie « force, » n'est-ce pas dans la passion
de Jesus-Cnrist? Ceux-Li done seuleinent doivent
etre appeles sages qui sont imbus de sa doctrine,
justes qui out ohtenu de sa misericorde le pardon
de leurs peches, temperants qui s'occupent a imiter
sa vie, forts qui pratiquent constamment, dans les
adversites, les exemplesde sa patience. Aussi est-c.e
en vain qu'on travaille a acquerir les vertus, si on
croit qu'on doit les attendre d'ailleurs que du Sei-
gneur des vertus dont la doctrine est une source de
prudence ; la misericorde, un ouvrage de justice ;
la vie, un mirotr de temperance ; la mort, mi mo-
dele de force. A lui soit honneur et gloire dans les
siecles des siecles. Ainsi soit-il.
SERMON XXII [.
Trots manieres de conlempler Dieu
par les trois celliers.
representees
1. « Le roi m'a fait entrer dans ses celliers
,Cant. \, 3). » C'est de la que s'exnale l'odeur, e'est
la qu'on court. L'Epouse a bien dit qu'il faut cou-
rir, mais elle n'a pas encore dit oil il faut courir.
C'est done aux celliers qu'on court, et on court
dans l'odeur qui s'en exhale. L'Epouse la pressent
par sa vivacite accoulumee ; et desire entrer en
plein dans le lieu d'oii elle s'echappe, mais que
faut-il penser, selon nous de ces celliers? Imagi-
nons-nous cependant qu'il y a chez l'Epoux des
endroits parfumes, pleins de senleurs, et remplis
de toute sorte de delices. C'est la, comme dans
une officine, qu'on met en reserve tout ce qui
se recueille de plus rare dans son jardin, ou dans
son champ. C'est la. que tous ceux qui courent di-
rigent egalement leurs pas ; mais qui sont ceux
qui courent? Ce sont les ames qui briilent d'amour. £cs a™e8
^ . *■ ferventeB
L'Epouse court, les jeunes lilies courent aussi, mais courent plus
celle qui aime plus ardemment, court plus vite et vl jUt"e8.
arrive plus tot. Et lorsqu'elle arrive, non-seulement
elle ne soufire point de refus, elle ne soulfre pas
meme le moindre retard. On lui ouvre sans delai
comme a une habituee de la maison, une personne
tres-chere, intiniment aimee et infiniment aimable,
mais les jeunes tilles que font-elles? Elles suivent
deloiu. Car etant encore faibles, elles ne peuvent
pas courir avec la meme ardeur que l'Epouse, ni
suivre entierement l'activite de ses desirs et de son
zele. Aussi arrivent-elles plus tard, demeureut-elles
dehors. Mais l'amour que l'Epouse leur porte ne
la laisse point en repos. Elle ne s'enorgueilht point
de ses heurex succes, comme cela est assez ordi-
naire, et elle ne les oublie point. Au conlraire, elle
les console encore davantage, et les exhorte a souf-
frir patiemment, le refus qu'elles essuient et son
Sentiments
des hommes
parfaits en-
vers les im-
parfaita.
inquit, voluntas Dei, sanetifieatio vestra, ut sciat umis-
quisque vestrum suum vas possidere in sanetificatione,
einon in passione desiderii: item, Non enim voeavit nos
Deus in immundiiiam, sed in sanetifieationem. Liquet
quod sanetifieationem pro temperantia ponit.
il. Educto itaque in lucem quod subobscururn vide-
batur, redeo ad id unde digressus eram. Quid vobis
cum virtubilus, qui Dei virtulem Chrislum ignoratis?
Ubinam, quaeso, veraprudentia, nisi in Christi doctrina?
UnJe vera justitia, nisi de Chrisli misericordia? Ubi
vera temperuutia, nisi in Cbristi vita? Ubi vera forlitudo,
nisi in Christi passione? Soli ergo qui ejus doctrina
imbuti sunt, prudentes dicendi sunt; soli justi, qui de
ejus misericordia veniam peccatorum consecuti sunt ;
soli temperantes, qui ejus vitam imilari student ; soli
fortes, quia ejus patientiae documenta fortiler in adversis
tenent. lncassum proinde quia laborut in acquisitione
virtulum, si aliunde eassperandasputat, quam a Uomino
virtulum : cujus doctrina, seminarium prudentia; ; cujus
misericordia, opus justilite ; cujus vila, speculum tem-
peranlia;; cujus mors, insigne est fortitudinis. Ipsi ho-
nor et gloria in saecula saeculorum. Amen.
SERMO XXIII.
De tribus modis contemplation^ circa Deum, sub figura
trium cellarum.
I. Introduxit me Rex in cellaria sua. Ecce untie odor,
ecce quo curritur. Dixerat quia currendum, et in quo
currendum : sed quo currendum esset, non dixerat.
Ergo ad cellaria curritur, et curritur in odore qui ex
ipsis procedit, Sponsa ilium solita sua sagacilace praesen-
tiente, et cupiente in ipsius plenitudinem introduci.
Yerum de cellariis his quid sentiendum pulamus? Co-
gitemus ea interim loca quEedam redolentia penes Spon-
sum, plena oduramentis, referla deliciis. In istiusmodi
nempe oflicina potiora quieque ex horto, sive ex agr
servanda reponuntur. Illuc ergo pariler currunt. Qui ?
Spiritu ferventes animae. Currit Sponsa, currunt adoles-
cenluhe : sed qu* amat ardentius, currit vclocius, et
cilius pervenil. Perveniens, non dico repulsionem, sed
nee cunctationam patitur. Sine mora apenlur ei, tan-
quam domesticie, tanquam charissimae, tanquam speciali-
ter dileclae, et singulariter grata?. Adolescentute autem
quid ? Sequuntur a longe : neque enim, cum adbuc in-
lirmae sint, pari possunl devolione cum Sponsa currere,
nee ipsius omnino imitari desiderium et fervorem ;
ideoquc tardius pervenientes, foris remanent. At cbari-
las Sponsae non quiescit,. neque insolescit, ut assolet,
successibus suis, ut eas obliviscatur, consolans magis et
hortans ad patientiam, quatenus aequanimiter et sui fe-
rant repulsam, et illius absentiam. Denique et nuntiat
eis gaudium quod percepit, non ob aliud sane, nisi ut
sibi congaudeant, dum confidant minime alienum fore a
240
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
absence. Enfin elle leur porte la joie qu'elle Route,
atin qu'elles se rejouissent avec elle, dans l'espoir
tTavoir part un jour aux graces et aux wantages
de leur mere. Car le soin qu'elle a de s'avancer ne
les lui fait point negliger, et elle ne veut pas que
son utilite particuliere leur soit nuisible et preju-
dant'nous nous souvenons de vos mamelles. Quant a
ce qu'elles ajoutent «plus que du vin;>> ellesveulent
marquer que l'etat imparfait oil elles sont est
cause qu'elles sont encore touehees du souvenir des
dfeirs de la chair, qui sont designes par le vin : et
que, neanraoins, ces desirs sont surniontes par le
dichble. Aussi, quels que soient les merites qui la souvenir de la douceur qu'elles savent deja par ex-
tiennent a distance d'elles, sa charity et son amour perience couler de ses mamelles. Je parlerais ici
font qu'elle demeure toujours avec elles. D'ailleurs de ses mamelles, si je ne me souvenais d'en avoir
il faut qu'elle imite son Epoux,quien meme temps
qu'il monte au ciel, ne laisse pas de promettre
qu'il sera sur la terre avec lessiensjusqu'a la con-
sommation du siecle. Ainsi en est-il de l'Epouse,
quelque progres qu'elle fasse, ses soucis, sa pre-
assez parle phis haut. Et niaintenant vous voytz
combien elles presument de leur mere, comment
elles regardent tous ses avantages et tontes ses joies
comme leur etant propres a elles-memes, et com-
ment elles se consolent du refus qu'elles ont essuye,
voyanee, et son affection l'empechent de quitter par le contentement qu'elles ressentent de la voir
jamais celles qu'elle a engendrees dans l'Evangile,
et d'oublier jamais ses eDtrailles.
2. Qu'elle leur dise done : Rejouissez-vous, pre-
nez courage! « Le Roi m'a fait entrer dans ses cel-
liers ; » regardez-vous comme y etant entrees aussi
entree elle-meme. Elles ne seraient pas dins une
si grande contiance, si elles ne la reconnaissaient
pour mere. Que les prelats qui aiment mieux se
faire craindre que d'etre utiles a ceux qui leur sont
confies ecoutent cela. Instruisez-vous vous qui etes
vous-memes. 11 semble qu'il n'y ait que moi qui les juges de la terre. Apprenez que vous devez etre
sois entree, mais je n'en profiterai pas seule. Mon les meres, nou les maitres de ceux qui sont soumis
avancement est le votre. C'est pour vous que je pro- i votre conduite. Tachez de vous faire aimer plutot
fife ; je partagerai avec vous les graces que je me- que de vous faire craindre. Et si vous etes obliges
riterai de recevoir plus que vous. Pour vous mon- quelquefois d'userde severite, que ce soit une seve-
trer que c'est evidemment la le sens et la portee de rite de pere, non de tyran. Soyez des meres par
Les supe-
rieurs aoi-
Tent tire
les m&res et
non les mai-
tres de leur*
iuferieurs.
ses paroles, ecoutez ce qu'elles lui repondent :
« Nous nous rejouirons et nous serons remplies
d'allegresse en vous. » C'est en vous, disent-elles,
que nous nous rejouirons et que nous serons rem-
plies d'allegresse; car nous ne meritons pas encore
de le faire en nous ; et elles ajoutent : « En nous
souvenant de vos mamelles ; » e'est-a-dire, nous
attendons avec impatience que vous veniez, parce
que nous savons que vous ne reviendrez a nous
queles mamelles routes pleines. Nous esperons alors
nous rejouir et tressaillir de bonheur ; et en atten-
votre amour, et des peres dans vos corrections.
Soyez doux ; point de durete. Menagez les chati-
ments, et montrez vos mamelles. Que votre sein
soit remplide lait, non point gonfle d'orgueil. Pour-
quoi appesantir votre joug sur ceux dont vous de-
vriez plutot porter les fardeaux? Pourquoi un petit
enfant que le serpent a mordu apprehende-t-il de
decouvrir sa plaie au pretre, au lieu de courir a
lui comme pour se jeter dans les bras d'une mere ?
Si vous etes spirituels reprenez avec un esprit de
douceur, en faisant reflexion que vous pourriez
• at. cull.
culum.
se, quidquid gratia matri accesserit. Nam nee ilia ila
proficere curat, quo ipsarum negligat curam ; necjuvan-
dos suos profectus putat illarum damno. Quocumque
proinde meritorum praerogativa tollatur ab illis, chari-
tate absque dubio et pia sollicitudine necesse est earn
semper esse cum illis. Oportet denique earn Sponsum
suum imitari, et petcntem nimirum coelos, et nihilomi-
nus in terris cum suis se fore usque ad consummatio-
ncm sa?culi pollicentem. Sic et ista, quantumvis profi-
ciat, quantumlibet promovoatur ; cura providentia atque
affertu ab bis, quas in Evangelio genuit,nunquam amo-
vetur, nunquam sua viscera obliviscitur.
2. Dicat itaque eis : Gaudete, confidite. lniroduxit me
rex in eetlaria sua ' putate et vos pariter introductas.
Sola introducla vidcor : sed soli non proderit. Vestrum
omnium est men* omnis profectus : vobis proticio, vo-
biscum partibor quidquid plus forte vobis meruero. Vis
indubitanter scire, quia in hoc sensu et affeclu locuta
sit ? Audi quid illae respondeant. Exultabimus et Iceta-
bimur in te. In te, inquiunt, exultabimus et luetabimur :
nam in nobis necdum meremur. Et addunt : Memores
uberum tuorum, hoc est, sequanimiter sustinemus dum
venias, scientes te plenis ad nos reversuram uberibus.
Tunc nos confidimus exsullare et laetari, memores inte-
rim uberum tuorum. Quod adjungunt, super vinum,
significant se adhuc quidem pro sui imperfectione car-
nalium desideriorum, quaj vinodesignantur, recordatione
pulsari, vinci tamen eadam desideria memoria abundan-
tiae suavitatis, quam jam ex uberibus flucntem cxperta;
sunt. Dicerem de uberibus, si non me satis dixisse su-
perius meminissem. Nunc vero vides quomodo ejus
lucra et gaudia sua reputant, propria? repulsa1 injuriam
introductione consolantes. Minime ila confiderent, nisi
malrem agnoscerent. Audiant hoc pra>lali, qui sibi com-
missis semper volunt esse forn.idini, utilitati raro. Eru-
dimini qui judicatis terram. Discite subditorum matres
vos esse debere, non dominos ; studete magis amari,
quam metui : et si interdum severitale opus est, paterna
sit non lyrannica. Matres fovendo, patres vos corripien-
do exhibeatis. Mansuescite, ponite feritatem ; suspen-
dite verbera, producite ubera : pectora lacte pingues-
cant, non typho turgeant. Quid jugum vestrum super
eos aggravatis, quorum potius onera portare debetis T
Cur morsus a serpente parvulus fugit conscienliaui sa-
VINGT-TROISIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
241
bien etre aussi tente vous-meme. Autrementcelui
que vous traitez avec tant de rigueur mourra dans
son peche [Galal. vi, 1), et je vous rendrai res-
ponsable do sa perte, dit le Seigneur [Ezech. in, 20).
Mais nous parlerons de eeci line autre fois.
Sens irnpolo- 3. Maintenant puisque le contexte est clair par ce
E'qUmr.t", CeS 1"e nous avons dit ci dessus, voyons quel sens
le jiirdm, le mystique nous donnerons aux celliers. Plus loin il
r.elher,
la chanibre. est au>si pane de jardin et de ehambre. Je joins cos
deux choses aux celliers, et je m'en sers pour la
matiere que je traite presentement. Car expliques
ensemble ils s'eclairciront l'un l'autre. Cherchons
done, si vous le voulez bien, dans l'Ecriture sainte
ces trois choses : « Le jardin, le collier et la
ehambre; » canine time qui a soif de Dieu s'ar-
role volontiers en ces lieux, sachant qu'olle y trou-
vera certainement celui apresqui elle soupire. Que
le « jardin » done soit la simple et pure histoire de
l'Ecriture ; lo « celher » le sens moral ; et la
«chambre» les secrets d'une sublime contemplation.
Le jardin d. lit premierement pour l'histoire, il ma somble
represeute , .. . , , . . ...
le seas qu elle n est pas mat designee par le jardin, parce
histonque. qU'on y trouve des homines vertueux qui sont
comme des arbres fruitiers dans le Jardin de l'E-
poux et dans le paradis do Dion : les exemples tires
dolour conduite et de lours actions sunt comme
autant de fruits que nous cueillerons d'un arbre.
Qui done hesiterait a croire que l'lioiiiiiio de bien
soit mi plant de Dieu? Ecoutez ce que David a dit
ile l'liomine de bien : « 11 sera, dit-il, comme un
arbre plante surle bord des eaux courantcs, qui
porte du fruit en sa saison, et dont les feuilles ne
tomberont jamais [P al. 1, 3). » Ecoutez i eremie qui
dit dans le meme esprit, et presque dans les me-
meslermes : « 11 sera comme un arbre plante surle
bord des oaux couraiites, qui jette de profondes
racinos, et ne craint point les violentes clialeurs de
l'ete (fJier. xvin, 8j. » Ecoutez de nouveau le Hoi
prophete dire encore ailleurs : « Le juste ileurira
comme le palmier, il multipliera comme le cedre
du Lilian [Psal. xci, 13), » et qui ajoute, en parlant
do lui-meme : « Mais moi, je suis comme un Oli-
vier fertile dans la maison du Seigneur (Psal.
li, 10). » ci L'li stoire » est done un jardin, et elle ,, , .
. . '' II y a trois
est ill, I i ; IrOTS. Car elle COlltient la « creation, choses dans
la reconciliation et la reparation » du ciel et de la ia creation 'la
terre. La « creati » es1 comme la semence et le reconciliation
et la
plant du jardin. La « reconciliation » est comme r6paration.
la production de ce plant et de cette semence. Car
a un moment propiee, les cicux out verse d'en baut
la rosee, les uuees ont fait sortir le juste de lour
sein, comme une pluie feconde, la terre s'est ou-
verte, et a produit le Sauveur (/so. xt,v, 8), quia
reconcilie le ciel avec la terre. Car e'est lui qui est
notre paix, lui qui de deux n'a fait qu'un (E/tlics. u,
14), et pacifie dans son sang loscbososterrestres avec
les celestes. Quant a la « reparation » elle doit
arriver a la fin des siecles. Car il 3' aura un ciel
nouveau et une terre nouvollo; et les bons soront
recueillis du milieu des mediants, pour etre mis
dans les greniers de Dieu, comme les fruits qu'on
cueille dans un jardin. « En ce jour-la, dit le Pro--
phete, le germe du Seigneur sera magnifique et
glorieux, et les fruits de la terre seront admirables
(ha. iv, 2). 1) Voila done trois temps qu'on pent
remarquer dans le jardin du sens lnstorique.
itis, ad queai cum magis oportueral lanquam ad
sinuiu ' is? Si spirituales estis, Irujte
hujusmodi in spiri u 1 consi lerans unusquisque
i, ne el ipse 1 intetur. Alioquin ille in pe • ato
• ./. Sed '. . > .
.,. Nunc nuoniam littene consequcntia ex his qua!
prataxavimus manifests est, videamiis jam de cellariis
quid spiritualiter sentire debeamus. In consequentibus
mentio fil etiani de horto et de cubiculo, qua? ambq
nunc adjnngo islis cellariis, et in puescnlem disputalio-
nem assumo ; nam simul traclata melius ex invicem
innotescent. Et quaeramus, si placet, tria isia in Scrip-
tni'is sanclis, hortum, cellarium, cubiculum. In i ;is
nempe libenter Deum sitiens anima vesatur et moratnr,
sciens se ibi absque dubio inventuram quem sitif. Sit
itaqtic Hortus simplex ac plana historia; sit Cellarium
moralis senses ; sit Cubiculum arcarum theories con-
templationis.
4. El primum quidem bistoriam ad hortum puto non
immmerilo depulari, quod in ea inveninntur vi ii virlii-
tum, tanquam ligna fructifera in borto Sponsi et in pa-
radiso Dei, de quorum bonis actibus ac moribus quot
sumis exempla, tol carpis poma. An forte quis ambigat
Dei esse plautationem bonum hominem ? Audi sanctum
David de viro bono quid canat. Erit, ait, tanquum lig-
T. IV.
num, quod plantatum est secus dectirsus aquavum, quod
1 m > >/*e jho, et folium ejus non
■!. Audi Jer piritu c icinentem, et
ii pene verbis. Erit tanquam lignum, inquit, quod
. . a 1 1 urn, quod ad humo-
1 rad • cum venerit ces-
tus. Item Pr ; Just 1 ui ce-
d us I ■ \bitur. El de seipso : Ego autem
sieut oliva fructifera in domo Dei. Est ergo historia
hortus, el ipsa tripertita. Continetur namque in ea cceli
el teme creatio, reconciliatio, el reparatio. Creatio
quidem, lanquam horti salio sive plantatio. Reconcilia-
tio autem, quasi germinatio satorum vol plantatorum.
Tempore nc ripe suo roranlibus cce is desuper, ct nub't-
bus pluentibui justum, aperta est terra et germinavit
Salvatorem, per quem facia est co'li, terraeque reconci-
liatio. Ipse est enim pax nostra, qui fecit utraque unum,
pacifieans in sanguine suo qua? in terris sunt, et qua? in
coelis. Poi'i'o reparatio futura est in fine ssculi. Erit
enim ccelnm novum, el terra nova: el colligentur bonj
de medio malorum, tanquam fructus de horto, in Dei
promptuaria reponendi. //( die ilia, ut scriptum est, erit
germen Domini in magnificentia et gloria, et fructus
terra: sublimis. Ilabes igilur tria tempera in horto bis-
torici sensus.
16
242
An sens
moral il y a
aussi
trois cclliers.
5 On peut aussi remarqncr dans le sens moral
trois .hoses qui sunt coum.e trois celln-rs dans un.
Etpeut-Atreest-cepourcelaquel'Epouseaditdes
re au pluriel, eUe avail sans doule cenombre 01
CEUVRES DE SAINT BERNARP.
autre. Vous apprenez done premierement a etre
... puis compagnon, et enfin maltre. La
nature sans doute a fait les bo.nu.es egaux. Mais »*««»«*£
»ueil ayant corrompu cet orure natnrei, les
,IU,,. Aussi, dans la suite, elle se glonfie de ce
ou'onl'a fait entrer dans le cellier au Tin. {Cant.u,
4) Or,comme nous lisons dans l'Ecriture : • Donnez
occasion au sage, et .1 sera encore plus sage (lJrov.
u, 9): ,, nous prendrons occasion de ce nom, que
le Saint-Esprit a em devoir donner a ce cellier
pour en donner un aussi aux deux autres, nous
hommes'ontdetruil cette egalite, se sout efibrces Vob6i»»ce.
de s'elever au d "'is des autres,ont desire
,: ..,• n.utuelle. .lent, et avides d'une vaine
gloire, out ete animes d'envie et de jalousie reci-
proques. Ainsi dans I. celli >r, la premiere
chose qu'il faul faire, e'est de dompter I'insolence
;ueii par tejoug de la discipline, jusqu i
Deux noma
de relliers.
pour en donner un auss, aux ;;;-■'':;•,:; ,ue notre volonte r'ebelle, brisee par les ordres se-
appaierons 1 .... le ecllu, des "*».«' Les et reuetes des anciens, soit humUiee et gue-
Trois autres
nom? pour
designer
les m&mes
cellier*.
celui des parfums. Nous expliquerons dans la suite
les raisons de ces noms. Mais en attendant, retnar-
quez que tout ce qui est dans l'fipouxest saluteire,
que tout y est doux, le vin, au dire de lBtti-
ture, reiouitle cmurde l'honrme [Psal. cm, 16). •
On y lit aussi que l'huile remplit le visage dal-
oi e'est dans l'huile qu'on met de la pou-
die odoriferante, pour en composer des partums.
Les aromates ne sont pas seulement agreables
par leur odeur, dies sont encore utiles par leur
vertu medicinale. C'est done avec raison que 1 h-
pouse est ravie qu'on l'ait fait entrer en un lieu ou
il y a une si grande abondance de graces.
6 Mais i'ai d'autres noms, qui out encore, je
crois, une ra.su,, plus evidente. Et pour les ranger
par ordre,j'appelleraile premier cellier, celui de
la discipline; le second, celui de la nature;
et le troisieme, celui de la grace. Dans le pre-
mier, vous apprenez suivant la regie de la morale
chret.enue, a etre le dernier de tons ; dans le sui-
vant a etre egal aux aulres ; dans le troi-ieme, a
are au dessus des autres : ou encore, a etre sous
un autre, de pair avec un autre ou au dessus d un
, des anciens, suit humiliee et gue-
ri6j ,.| recouvre par son obeissance le bien de la
quelle avait perdu par sa vanite. Lorsque
par le seul mouvement de la nature, non par la
crainte de la peine, elle aura appris a vivre dou-
cement en pais, aulant que possible, avec tous
ceux qui partipent a la meme nature qu'elle, e'est-
a-dire avec tous les hommes, elle passera enfin
dans le cellier de la nature, et eprouvera ce qui
est eciit : « Que c'est un grand bien i 1 une grande
consolation pour des Ereres de demeurer ensemble.!
c'est comme le parfuin sur la tete Psal. cxxxii,
1). >. Car des mceurs ainsi reglees sont comme des
ingredients broyes ensemble, et produisent une
buile de joic, qui est le bien de la « nature ; »
il s'en fait un doux et excellent parfum. L bom ne
qu.s'en parfume, devieut doux, aiu.able et paci-
lique, ne tro.npe personne, n'outrage personne,
n'offense personne , ne seleve au dessus de qui
que ce soit, et ne se prefere point aux autres; il
entretient au contraire volontiers avec toutle mon-
de un commerce de graces et de bieufaits.
7. Je crois que si vous avez bien comprisles pro-
5. In morali quoque discipUna tria aque adverlete
, ., cellas quasi trea in cellario uno. Et idcrco forsitan
pturaliter cellar* dixit, et aon ceHarium, cellarum _vi-
Et nunc numerum cogitans. Infra den.que introduc-
. gloriatur in ceUa '<« ergo quiale-
,. Da occasionem sapimli, el sapienhor -en t.
^occ^onemexvocabuloquodSpu-U^Sanctus
huic censuit imponendum, rehquis quoque duabus
,, imponamus, aromalicam uni , et u, guenfemm
alteri. Causas horum vocabulorum ndebimus postea.
Nunc autcm adverte euncta apud Sponsum salubrui,
runclasiiaviareperiri.viiium.unguenta.aromata.l
S Exhiarannihilo-
u i s facieir. iu ■ ^> »«1ue Pu V1S ^mKl "
" iira infunditur, ul unguenta Hant Aro.nata non modo
Lla Buavilate odoris, sed vi quoque medendi ut.ba
.'ni! Merita so Uitroductam illuc exsultat Spoosa, ub.
tanta redundat ubcrtas gratia-.
6 Sed habeo et aba nomina ; puto et ev,dent,orem
a„i 'gerentia rationem. El ut suo ordine nommentur,
, mam nuncupaverhn discipUna, secundain nature,
ScXmam grato. In priori diacis jnxta ethica, parta
S£Z inferior esse, in sequent par, m postenore
perior : hoc est sub alio, cum alio, super ahum ; vel
sic, subesse, coesse, praesse. Primo ergo discis _ esse
discipulus,secundosooius, terUoe* magister. Et quidem
omnes homines natnra squales genuit. At quomani b
natura in moribus superbia depravato, facli sunt h
[ualitatis impatienles, i .«?•■
, constitui, atque alterutrum supergredi cupie.
ct inanis glorias cupidi, invicem invidentes. un.eem
provocantes : primo omnium in cella prion, jngo ii.sci-
plina insolentia morum domanda est, quousque duns
ac diutinis seniorum attrila legibus humihetur et sane-
tur cerricosa voluntas, bonumque in se naturae, quoo
supcibicndo amiserat, obediendu recip.at : dum solo
jam natural! affeetu, nun metu discipline, cum umver-
sis nature suce sociis, id est cum omnibus bommibus
sociaUter, quantum in se est, quieteque sese habere oi-
dicerit, in ceUatn tandem natura) transieas, expe
one quod scriptum est : Ecce quam bonum el quam ju-
m.habitaretY aires in a •/ sicut ?af""»*"
Accedil nimirum disciplinatis moribus, tanquam
tri'is speciebus, oleum lalitis, bonuai natura; •»«
unguentum bonum atque jucundum. Quo quasi u
redditur homo suavis et mitis, homo sine querela, nc-
minem circumveniens, neminem concutiens, nemweni
tedens, nemini se superextollens aut pra3ferens, insu-
VINGT-TROISlEME SERMON SUR
prietes de ces deux celliers, vous reconnaitrez que
ce n'est pas sans raison, que j'en ai appele 1111, le
cellier des aromates, et l'autre le collier des par-
fuius. Car, de meme que le mouveraent violent du
pilon fait sortirla vertu et l'odeur des poudres odo-
riferantes, ainsi, dans ee premier cellier, la severite
du commandement et la rigueur de la discipline,
tire avec force la vertu naturelle des bonnes mceursj
et dans l'autre, la douceur agreable d'une affection
volontaire etcomme innee, court d'elle-nieme pour
rendre des devoirs de charite pareille au parfum
qui est sur la tele, et qui au moindre rayon de
chaleur descend et decoule par tout le corps. Ainsi,
le cellier de dans le cellier de la discipline, sont enfermees
la discipline. . . , ,
comme des poudrps seches de senteurs; et cest de
la que je lui ai donne son nora. Mais dans celui
te cellier de cr"t; J'3' ''it i'tre de la nature, je l'ai appele le
la nature, cellier des parfums, parce qu'apres qu'ils sont faits,
on les y met comme en garde et en reserve. El
pour le cellier du vin, je crois qu'il n'y a point
d'autre raison de ce nom, sinon qu'on y serve le
Le zeie vin d'un zele brulant de charite. Celuiqui n'a point
am preiats. ™core merite d'entrer dans ce cellier, ne saurait
etre place au dessus desautres. Caril fautque celui
qui a la direction du ses freres soit tout bouillant
de ce vin, comme l'etait le Docteur des nations,
quaud il disait : « Qui devient faible sans que je le
devienne aussi? qui est scandalise sans que j'en
ressente une vive douleur (1 Cor. xi, 29)? » D'ail-
leurs, c'est un grand desordre d'aspirer a comman-
der a ceux a qui on ne se soucie pas d'etre utile ;
et c'est une ambition excessive d'exiger la soumis-
sion de ceux dont on ne se met pas en peine de
per ct libenter communicans in ratione dati et ac-
ccpli.
7. Puto, si bene intellexisti ulritisqne collie proprio-
tates, non incongrue me ham: unguentariam, ill.im aro-
• Tuquoque. matieam appellasse * teslaber . In ilia de niqne sicut
pigmentorum vires atque fragrantiam pistilli extorquel
et cxigit violenta contusio, sic rectorunn morum elicit
quodammodo et exprimit naturalem vim vis magisterii,
et distiictio discipline. In hac autem voluntaries ct Inn-
qnam innatae affectionis grata mnnsuetudo sponte ofti-
ciosa cnrrit, inst.ir plane unguenli quod est in capito,
ad levem caloris taclura descendentis ac diffluentis per
totum. Itaquc in cella disciplinae, tanquam siccae ac sim-
plices aromatum species continentur, et indc aromati-
cam earn denominandam putavi. In ea veroqute naturae
dicta est, quoniam jam quasi confecla reponuntur et
Iservantur unguenta, nihilomlnus ex re nomen et ipsa
accepit. ut ungentaria nuncupetur. Nam vinariam quo-
quo cellam, non aliam sane sui nominis arbitror ferre
ralionem, nisi quod in ea vinum zeli in charitate fer-
ventis reconditur. Nee debet omnino praeesse aliis, qui
in earn necdum meruit introduci. Oportet prorsus hoc
vino aestuet, qui aliis praesidct, quemadmodum Doctor
gentium aesluabat, quando dicebat : Quis infirmulur,
et ego non infirmor? Quis scandalizatur, et ego non
uror? AHoquin improbe satis praeesse afTectas, quibus
LE CANTIQUE DES CANT1QUES. 243
procurer le salut. J'ai appele aussi cellier le cellier
de la grace, non pas qu'on puisse obtenir meme
les deux autres sans la grace, mais a cause de la
plenitude qu'on en recoit en celui-ci; « car la cha-
rite est la plenitude de la loi, et celui qui aime
son frere a accompli la loi (Rom. xm, 10). »
8. Vous avez vu la raison des noms; voyons Difference
maintenant la difference des celliers. Car il est bien des celIieti-
plus facile de reprimer par la crainte d'un maitre,
et de retenir sous la censure d'une discipline se-
vere, les sens volages et lieencieux, et les desirs de-
regles de la chair, que de conserver la bonne intel-
ligence avec ses freres, par une allection mutuelle; n y en a
de vivre dans une etroite observance sous la con- beauc10l;P iui
, ., ., sont bona
muted autrui, que de se rendre complaisant envers dans> vie
ses egaux, en suivant la seule conduite de sa propre nnFser^ent
volonte. De meme personne ne dira qu'il y ait au- supSurs8
tant de merite et de vertu a vivre en paix avec son
prochain qu'a le conduire dans le bien; car, com-
bien y en a-t-il qui vivent tranquillement sous la
direction d'un maitre, et qui perdeat ce calme aus-
silot qu'ils sortent de ce joug, et ne peuvent ensuite
vivre sans scandale avec leurs paieils? Et combien
encore en voyons-nous qui vivent simplement et
sans offense parmi leurs freres, et qui ne sauraient
etre etablis sur eux, sans leur devenir non-seule-
ment inutiles, mais encore funestes et nuisibles.
Ceux-la doivent se contenir dans les bornes d'une
mediocrite qui leur est avantageuse, suivant lame--
sure de la grace que Dieu leur a departie, n'ayant
point besom de maitres, mais etant incapables d'etre
maitres eux-memes. Ceux-ci sont done plus parfaits
que les premiers; mais ceux qui savent gouverner
prodesse non curas : et quorum non zelas salutem, sub-
jeclioncm nimis ambitiose vindicas tibi. Hanc ego cel-
lam quoque gratiae nominavi : non quod absque gratia
vet reliquas duas obtinere omnino quis possit, sed ob
plenitudinem quae singulariter in ista percipitur. Denique
- ' I '■- legis est charitas ; el, qui diligit fratrem, legem
implevit.
8. Vidisti ralionem vocabulorum : vide et ditTerentiam
cellarum. Nee enim paris facilitatis seu lacultatis ejus-
dem est, pelulantes vagosque sensus atque intemperan-
tem carnis appetitum magistri comprimere metu, ac
rigida disciplinie cohibere censura ; et spontaneo alTectu
bene cum sociis convenire ; castigatis sub ferula vivere
moribus, et sola magistra voluntate gratum paribus ge-
rere morem. Nam neque unius rursum quis dicat esse
meriti, unjusve viitutis, socialiter vivere, et utililer
praeesse. Quam multi denique sub praceplore quieti
vivunl, quos si jugo absolvas, videas non posse quies-
cere, nee se ullo modo aequalibus servare innoxios?
Itemque innumeros cernes simpliciter ac sine querela
inter fratres conversari, super fratres non solum inuti-
liter, sed et insipienter, et nequitcr. Quadam siquidein
bona mediocrilate contenti sunt qui hujusmodi sunt,
sicut eis mensuram gratiae partitus est Deus ; minimo
quidem egentes magistro, nee tamen idonei magisterio.
Prioribus ergo sequentes quidem in moribus antecel-
244
OEUVRES DE SAINT KERNAHD.
II 7 a pcu
d'bommes
humbles.
II est
neeess lire
qu-
prelate
reuni--
discretion
a la ferveur.
Qualites d"un
bonsupeneur
sunt plus pnrfaits qne les mis cm les autres. Car un tie ses colliers; mais dans ses colliers, an plu-
ceux qui conduisent sagement leurs freres, recoi- del.
vent les effets de la promesse du Seigneur, el se 9. Venons maintenanl a la Chambre. Quelle
voient etablis et proposes sur tous ses biens. Mais il est cette chambre? Je n'ai pas assez de presomp-
y en a sans doute fori peu qui commaudent utile- Lion pour penser le savoir, je irde de ra'at-
nient, et s qui co liun e- tribuer ['experience d'u ;i e, ni ile
ment. Neanmoins, on accomplit aisement I'un et me glorilier d'une prerogative qui est reserv6e & la
1'autre, quand on possede une discretion parfaite, seule Epouse bicnb ureuse. Je me borne, on
la mere de toutes les vertus, el qu'on s'enivre du l'adage grec, a neco laitre moi-mSme, el ji lis
via de la charite jusqi i er sa propre gloire, a sc le Prophete ace qui me manque (Psal. xxxvm,
s'oublier soi-meme, el ae se rechercher en quoi que 15). » Nean i n'en savais rien du tout, je
cesoit;mai- | e dansle culiier du d fous en dirais rien. Pour ce que je sais, je ne
vin, par la seule et merveilleuse conduite du Saint- refuse point parenviede vous le dire, je n< vous
Esprit. Car la vei morte, sans la le derobe point, et, pour ce que je ne sais pas, que
ferveur de la charite; et la ferveur de la i i e, celui qui enseigne la science a 1'homme (Psal.
dans to ent de la scut, 10), vous l'apprenne. J'ai dejit dit, etje crois
ion, nous conduit au precipice. G'est pour- que vous vous en souvenez, qu'il faut chercher la
quoi celui-la mi u ;es, qui possede ces chambre du roi dans les cret de la contemplation
deux vertus; en sorte que la ferveur amine sa dis- theorique. Mais, comme en parlant des parfums,
cretion, et que la discretion regie sa ferveur. Tel j'ai dtt que l'Epoux ne avait plusieurs de dillerentes
doit iiouc etre celui qui a aulorite sur les autres. espec is, et que lous n'et uent p;is donnes a luul le
Or, on ne pent dire que celui-la. est parfait, et pra- monde, mais que chacun y avait pari selon
tique parfaitemeut Le it ces regies, qui a recu la versite de ses merites; je pense de meme que le
grace Je pouvoir courir au dedans et autour de ces Roi n'a point qu'une chambre, mais qu'il en a plu-
celliers tout entiers, sans rien trouver qui le fasse sieurs. Car, bien certainement, il n'a pas non plus
trebucher; qui ne resiste jamais, en quoi que ce qu'une seule reiue, il en a plusieurs, il a aussi
suit, a ses superieurs, ne porle point d'envie a ses plusieurs concubines, et un nooibre de jeuues lilies
. a sum de eeux qui lui souL souinis, et ne infini. Chacune d'elles a son secret avec l'Epoux,
leur ummaiide point avec orgueil; obeit a eeux qui et dit : i< M on secret est pour moi, mon secret est
sont au dessus de lui, se rend amiable asesegaux, pour moi (/so. xxiv, iGj. » 11 n'est pas accorde a
et condescend pour leur Lien a eeux qui sunt sous toutes de jouir dans un meme lieu de la pn ence
sa direction. Je ne doute point que 1'Epuuse ne soit agreable el secrete de l'Epoux ; m lis chacune
arrivee a ce haut degre de perfection. Et le discours cette grace, selon qu'il plait an pere de l'Epoux de
qu'elle tieut en est une preuve : « Le Hui m'a fait Ten grander, liar ce n'est pas nous qui l'avons
entrer dans ses celliers; » car elle ne dit pas dans choisi, mais au contraire c'esl lui qui nous a choi-
Que faut-il
entendre par
la clianibre.
Hint : sect utrisque superiores exsistunt, qui superiores
•ciunt. Denique et accipiunt in promissione qui
bene prasunt, constitui super omnia buna Domini sui.
At pauci profecto qui utiliter preesint. Facillime tamen
aque adimplet, qui matrem virtutum cliscreLi nem
le adeptus, vino nihilominus charilatis usque ad
i i c. upturn propriae gloria;, usque ad sui ipsius ubli-
<, el non .ei q tsen .a quae sua sunt debriatur;
qaud soto ac miro bpii i niagislerio intra ccl-
laui vinaiiuui obtinelur. \; elionis
le cbaritatis fervoi c j i el , el fei /o veben
le discretiunis i. mperamenlo pra* ipitat. ldeoque
cui utrui i ilei i : quad ius et fervor dis-
:n regat. Ergo
prajest. Optimum
aulem in mu bujus
I' ■ i' np| ■', cui lotas lias cellas absque of-
UU est : qui in
nullo prorsus aut icsi^lat pin; .... , aul invideal paribus,
aut subjeclis vel desit in cura, vel in superbia praisit ;
i i^ obediens, sociis congruens, subditis utdiler
eondescendens. Quod quidem perl'ectionis insigne baud
dubius Sponsa: aiinuerim. Innuit boo etiam seiiuu quem
dii.it, quia Introduxil me rex in cellaria sua : dum uon
n i pluralitcr se
in imam aliquam cellaiu, sed
introductam ostendit.
9. Jam ad cubiculum veniamus. Quid et istud? E( id
me praesumo scire quid sit .' Minime milii tantaa rei
.' iperientiam, nee glorior in praerogaliva, quee
soli servatur bcai.e Sponsae, cautus juxta illud Graico-
ruin, scire aieipsum, ut sciam etiam cum Propbeta,
quid desit mihi. Tamen si nihil umuiuo scirem, nihil
i in. Quod scio, non invideo vobi . blraho
quod i ... eat vos qui ducat hominem
L)i.\i, et memiuistis, in theoi plati ..ivano
esse quajrendum i a. Sed quoinodo de
ui uentis dixisse me sciu, muim videlicet el diversa
penes Sponsum ea ei a, nee uuuiiu pntsl i omnibus, sed
sua quibusque pro diversilate i lei toruin : sic
quoque non unum pmo cubiculum Keyi e.-.se , sed
plura. Nam ncc una est iegina profei to, sed panes : et
concubiiuo mulls sunt, et ad ilcscenlularum non est
n ii in. rus. Et unaquajque invenit sccretum sibi cum
Sponso, et dicit : Secrelum nieuin mihi, secretum meum
mihi. Non omnibus uno in lucu fiui datur yrata et se-
crela Sponsi prssentia, sed ut cuique paratum est a patre
ipsius. Non enim nos cum elegimus, sed ipoe elegit nos,
ut pusuit nos; et ubi ab eo quisque posilus est, ibi est.
L'lilpoui a
plusieurs
cliauibrea.
VINGT-TROISIEME SERMON SLR
sis, et etablis a notre place; et chacun demeure a
l'<ndroit oil il I'a mis. La penitente a trouve sa
place aux pieds du Seigneur Jesus (Luc. vn, 38 :
uue au re femme, si toutefois e'en est une autre %
a recueiili le fruit de son amour a la tete du meme
Jesus lomas a recu la grace
de ce -'is, saint Jean sur sa
porcine, sainl P;erre dans le sein du Pere, et saint
Pa erne i iel.
hiien etals l0- Qui d. distinguer comme il faut
contempiatifs celt- «l«"ersile de merites, ou plut6t de recompen-
ses? Neanmoios, de peur de paraitre passer sous
silence ce que nous en savons : la premiere femme
s'est etablie une demeure sous l'abri Je l'humilitej
la seconde, dans le siege de l'esperance; saint Tho-
mas, dans la fermcte de la foi; saint Jean.
l'etendue de la charile; saint Paul, dans les profon-
deurs de lasagesse; et saint Pierre, dans lalumiere
de la verite. Ainsi done, il y a plusieurs demeures
chcz l'Epoux; et, soit la reine, soit une concu-
bine ou quelqu'une desjeunes filles, chacune y re-
coit une place proportioning a ses merites, et y
demeure jusqu'a ce qu'il iui so;t permis de passer
outre par la contemplation, d'entrer dans la joiede
son Seigneur, et .le sonder les secrets ineffables Je
l'Epoux. Je tacherai de vous faire con.-iaih.
plus clairement en son lieu, selon que lui-meme
-nera m'en donner laconna , untenant,
il suflit que rous sachiez, que aucune des jeunes
filles, des concubines et mSine des reiues, n'est
admise a ce secret de la chambre de l'Epoux, et
qu'il reserve uniquement cette faveur a cette uni-
> Saint Anrmsiin s'eipriroe de meme, dans son n traite sur
saint Jean, n. 3. Siint Bernard a erais le mime doute plus haut
dans son sermon in, n. 6. Voir aui notes finales.
LE CANTIQUE RES CANTIQUES. 245
que colombe, qui seule est belle et parfaite. C'est
pourquoi je ne me facbe point de ce qu'on ne men
permet pas l'entree, puisque je suis assure que
I'Epouse meme n'est pas encore admise a tons les
- mi elle souliailerait bien entrer. Car elle
ide avec instance . u quel lieu so.i Epoux fait
paitre sun troupeau, l'endruit ou il se repose a
midi.
11. Mais ecoufez jusqu'oii je suis arrive, on pin- Dan, le
tut jusqu'oii je me crois arrive. Car vous n'impu- Premier itat
terez point a vauite ce que je dis afin de vous servir. Province
Ii y a un endroit chez l'Epoux, ou ce souverain JteUpi'ee.
Maitre de l'univers foroie ses secrets el regie ses
conseils, et d'ou ildonne des lois a toutes les choses
creees, avecpoids, Bombreet mesure. Cet endroit-la
est haut et secret, mais il n'est point tranquille.
Car, bien qu'il dispose toutes choses avec douceur,
autant qu'il est en lui, il les dispose pourtant, et ne
permet pas que celui qui est arrive jusque-la par
itemplation demeure en repos; mais, par une
conduite merveilleuse et ne umioins tres-douce, il le
lasse et l'inquiete, dans son admiration et dans ses
reclierches. I.'Epouse exprime parfaitement bien n y a du
l'un et l'autre dans la sui . -ir et l'inquie- Plaisir.?1 "Je
. ' * I inquielode
tude de cette contemplation, lorsqu'elle confesse dans cet tot.
qu'elle dort, et que son coeur veille {Cantic. v, 2).
Car, par le sommeil, elle marque qu'elle goute le
d'un doux assoupissement et d'uue admira-
tion tranquille; et, par la veille, elle fait connaitre
qu'elle ne laisse p is de uffrir le travail d'une cu-
nosite inquiete et d'un exercice laborieux. C'est ce
qui fait dire au saint homme Job : « Lorsque je
dors, je dis :quand me leverai-je? et lorsque je suis
lev.'-, j 'attends le soir aver, impatience. » .Ne com-
prenez-vous point par ces paroles qu'une am«
Penique mulier una compuneta secus pedes Domini
Jesu s plita est locum, cum altera suae devotiom's fruc-
tum ad c.apul invenerit, si lamen altera. Porro Thomas
in latere, Joannes in pectore, Petrus in sinu Palris,
P.ii.lus in tertio ccelo , secreli hujus gratiam sunt
asseculi.
10. Qnis nostrum digne distingnere sufficiat lias varie-
latcs meritorum, vel polius prsemiorum? Ne omnino
•aimovimn^ tameri Pr;i :<->,lisse T'od "I»si novimus • videamur; prior
•■ mulier stravit sibi in tut0 humilitalis, posterior in solio
spei, Thomas in solido fidei, Joannes in lalo charitatis,
Paulus in intimo sapientiaj, Petrus in luce verilatis. Sic
. ergo apud Sponsum mansiones multae sunt, et sive re-
gina, sive conciibina, sive etiam de numero sit adoles-
cenlularum, m qua?que pro mcritis accipit ibi
locum terminumque, quousque lieeat sibi conlemplando
procedere, et introirc in .'.indium Domini sni, et rimari
d"'' ' ' lislinctius, quan-
tum dignabitur ipse suggerere, demonstrare conabor.
: i iat, nulli adolescentularum,
nulli concubinarum, nulli vel reginarum patere omnino
accessum ad secretum illud cubiculi, quod sua? illi
colimbae formosae, perfects? uni, unicum Sponsus ser-
vat. Unde nee ego sane indignor, si non ad illud admit-
tor, praeserlim cum constet mihi ne ipsam quidem
sponsam interim adhuc ad omne quod vult pervenire
secretum. Denique et flagitat indicari sibi, ubi pascat,
ubi cubet in meridie.
II. Sed andite quousque pervenerim, ant me per-
venisse putaverim. Nee enim jactantia? deputandnm est,
quod in vestros pando profectus. Est locus apud Spon-
sum, de quo sua jura decernit, et disponit concilia ipse
universalis gubernator, leges constiluens omui crea-
tura, pondus, et mensuram, et numerum. Et locus
iste alius et secretus, sed minime quietus. Nam et si
ipse (quantum in se est) disponit omnia suaviter, dis-
ponit tamen ; et contemplanlem, qui forte eo loci per-
venerit, quiescere non permiltit j sed mirubiliter, quam-
vis delectabiliter, rimantem et admirantem fatigat,
reddilque inquietum. Pulchre utrumque in conseqnen-
tihus Sponsa exprimit, et delectalionem videlicet istius-
modi contemplalionis, el inquietudinem, ubi et se dor-
et cor siium rigilare fatetur. Nam in somno qui-
dem suavissimi stuporis, plaeidaeque admiralionis sen-
tire quieten): in vigliis vero inquietae niliilominus
curiositatis ac laboriosa? exercilationis pati se fatigatio-
nem signilicat. Hinc beatus Job : St i/ormiero, ait, rlico:
Quando consurgam ? et rursus exspectabo vesperam.
246
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
La reproba-
tion se
trouve dan?
le second.
Saint Ber-
nard blame
les superflui-
tes des clercs
sainte veut quitter quelquefois un repos qui Tin- quits possedent; et lorsque, non contents do ce qui
conintode, si on peul parler ainsi, etrechercher est suffisant pour leur subsistance, par une impiete
one pais qui lui est agitable? Car Job n'aurait pas et un sacrilege horrible, ils gardent pour eux le su-
dit : u Quand me leverai-je? » si ce repos «!e sa perdu dont ils devraient nourrir les pauvreB, et
contemplation lui eut plu tout afaitj et, d'un n'apprehendent point d' i nourritu
autre c.Me.. s'il lui avail absolument deplu, i! n'au- malheureus a eutretenir ! itir vanite et
rait pas attendu avec impatience l'heure du repos, dres, ndent coupa! :s d'un double i
e'est-a-dire le soir. Ce lieu-la n'est doncpaseu- car ils dissipentun bien qui n'est pas a enx, et ils
core la chambre de l'Epoux, puisqu'on n'y est pas abusent des choses saci ur satisfaire leur am-
entierement en repos. bitiun et leurs debauches.
12. 11 y a encore un autre lieu, d'ou la vengeance 13. Qui done, en voyant que celui dont les juge-
Ires-secrete, niais Ires-severe de Dieu, ce juge equi- ments sont des abtmes profonds, epargne ces per-
table et terrible dans la conduite qu'il tieut sur les sonnes en ce monde pour ne les pas epargner dans
enfants des homines, veille immuablement sur la l'eternite, pourrait chercker du repos en ce lieu?
creature raisonnable, mais repr uvee. Le content- Cette contemplation est remplie «le la frayeur du
platif y regarde avec tremblemcnt Dieu, qui par jugement, non de la securite de la chambre. Ce
un juste, mais secret jugement, ne detruit point le lieu est terrible et prive de tout calnie. Je suis saisi
mal des reprouves, et ne recoit point leurs bonnes de craiute, lorsque quelquefois, m'ytrouvantporte,
actions, qui nieme endurcit leurs cceurs, de peur je repasse en moi-meme avec tremblement ces pa-
qu'ils ne se repentent et ne se convertissent, et roles: a Qui sait s'il est digne d' amour ou de haine
qu'il ne se trouve ensuite oblige de les guerir. Ce (Eccle. is. 91) ?» Ct il ne faut pas s'etonner si inoi,
qui ne se fait pas sans une raison certaiue et eler- qui ne suis qu'une t'euille et une paille seche [Job
nelle; cette conduite est d'autant plus epouvantable, mi, 25) que le vent emporte, je chancele en un
qu'elle est plus fixe et eternelle. Ce que nous lisons lieu oil David, ce grand contemplatif, confesse avoir
dans un propheto sur le sujet de ces personnes est quasi trebuche, et s'ecrie : « J'ai envie la condition
effrayant. Car nous voyons que Dieu, parlant a ses des ntechants en voyant la pais dont ils jouissent
aDges, dit : « Ne citations pas l'impie [Isa. xxvi, (Psal. lxxu, 3). » Pourquot? « lis ne participent
10). » Comme ils en etaient surpris et repondaient; point, dit-il, aux maux des autres hommes, et ils ne
l'impie n'apprendra done jamais a faire le bien : sont point aftliges avec eux. C'est pourquoi l'or-
Kon, leur repondit-il ; et la raison, c'est « qu'il a gueil s'est em pare de leur cceur, » afin qu'ils ne
commis de mechantes actions dans la terre des s'humilient point pour faire penitence, mats qu'ils
saints, il ne vena point la gloire du Seigneur soient condamnes pour leur vanite avec le diable
[Ibid.). » Que les ecclesiasticpics, que les ministres orgueilleux et avec ses anges. Car ceux qui u'ont
de l'Eglise soient saisis de craiute quand ils com- point de part aux maux des hommes, auront cer-
mettent taut d'tnjustices dans les terres des saints tainement part a ceux des demons, et entendront
Sentisne in bis verbis sanctant animam velle interdum
molestam quodam ntodo declinare suarilatein, eam-
demque rursum suavem molestiam affectare ? Non
enim dixisset, Quando consurgam, si ex toto ei quies
ilia suae contemplationis placuisset : sed et si ex toto
disphcuisset. non denuo exspectasset boram quietis, id
est vesperam. Non igitur locus est iste cubiculi, ubi
nequaquam per omnem modum quiescitur.
12. Est item locus, de quo super rationalem repro-
bam quidem creaturam immobilis vigilat secretissima et
severissima animadversio justi judicis Dei, terribilis in
conciliis super filios hominum. Cernitur, inquam, a ti-
morato contemplalore hoc loco Deus, justo, sed oceullo
judicio suo, reproborutn nee diluensmala, nee acceptans
bona; insuper et corda indurans, ne forte doleant, ct
resipiscant, et convertantur, et sanel eos. Et hoc non
absque curia et aeterna ratione, quod tanto formidolosius
e, quanto immobilius fixum exstal in a.'lerni-
tale. Pavcndum valde quod in Propheta de hujusmodi
legittlUS, ubi loqiicns I ait :
eamur onpto. Qoibuspavenubus utqucqueerentibus:
Non, inquit, subdens-
que causain. In terra, ait, sanctorum tiiiquii gessit; el
' idel/U gloriam Domini. Timeant clcrici, timeant
ministri Ecclesiae, qui in terris sanctorum quas possi-
dent, tam iniqua gerunt, ut stipendiis, qua? suflicere
debeant, minime contend, supcrtlua quibus egeni sus-
tentandi forent, impie sacrilegpque sibi letineanl; et in
usus sua; superbios alque luxuris viclum pauperuni con-
sumere non vereajttur, duplici profecto iniquitate pec-
cantes, quod et aliena diripiunt, et sacris in sui3 vani-
tatibus et turpitudinibus abutuntur.
13. Talibus ergo cum in prsaenuarum parcere ac
misereri, ne in sternum parcat, cujus judicia abyssus
multa, advertitur : quis hoc loco requiem quaerat? Ha-
bet b;ec visio tremorem " judicii, non securitatem cubi- •n(.terroren
culi. Terribilis est locus iste, et tulius expers quieds.
Totus inborrui, si quando in euui raptus sum, ilium
apud me replicans Bum trcmore senlenliam : Quis scit,
si est dignus amore, an odio? Nee mirum si titubo ego
ibi, (folium ulique quod a vento rapitur, ct stipult sicca)
ubi et inaximus ille conlemplator suos quoque fatetur
i tuisse pedes, pene effusos gressus; et di-
cebat ; Zelavi atoi urn i
Quare ? In labore, inquit, hominu. \nt, I
que tenuit eos super-
bia, ne humilientur ad pcenitenliam, sed damnentur
propter superbiam cum superbo diabolo et angelis ejus.
(Rom. j, 81). Et c'est avec raison qu'il est ecrit que
la crainte du Seigneur est le commencement
de la sagesse. Car Dieu commence seulement
a etre agreable a 1'ame, lorsqu'il la frappe
de crainle, non lorsqu'il lui communique la
science. Si vous craignez la justice de Dieu, si vous
VINGT-TROIS1EME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 247
cette sentence terrible de la boucbe de leurs juges :
« Allez, maudils, dans le feu eternel qui est pre-
pare pour le diable et pour ses anges (Malik, xxv,
hi). » Neanmoins, ce lieu est aussi celui deDieu, et
n'est autre que la maison do Dieu et la porte du
ciel. C'est la que Dieu est craint; c'est la que son
nom est saint et redoutable. C'est comme l'enlree craignez sa puissance, Dieu, entant que juste et
de la gloire. « Car la crainte du Seigneur est le puissant, semble doux an gout de voire ame. Car
commencement de la sagesse (Pud. rx, 9). » la crainte est une espece de faveur et d'assaisonne-
Ccmment ifl- El ne vuus etannez pas que j'attribue a ce mcnt. Elle rend sage, comme la science rend savant,
la cramtc du iieu_c; n0n au premier, le commencement de la et comme les richesses rendent riches. A auoi done
Seigneur ' t . ^
est le sagesse. Car, dans le premier, nous entendons la est bon le premier endroit? II nous prepare seule-
COntnentCe" sagesse qui enseigne toutes choses, comme un menl a recevoir la sagesse. C'est la que vous etes
ilelasagesse. ruaitre excellent dans sou auditoire; et, dans prepare pour etre initie ici. La preparation, c'est la
celui-ci, nous recevons en nous ces enseignements. connaissance des choses. Mais elle est aisement
La nous sommes instruits, mais ici nous sommes suivie de l'enflure de la vanite, si la crainte ne la
touches. L'instruction rend les homines doctes, et retient?si bien qu'il est vrai de dire que le com-
le sentiment quelle produil les rend sages. Le so- mencement de la sagesse, c'est la crainte du Sei-
leil n'echauffe pas tons ceux qu'il eclaire. Ainsi, la gneur, attendu que c'est la premiere qui s'oppose a
sagesse enseigne a plusieurs ce qu'ils doivent faire, la pestedel'ame que l'Apotre appelle une folie. Le
mais elle ne leur donne pas toujours l'ardeur ne-
cessaire pour l'exeeuter. Autre chose est de con-
n litre de grandes richesses, autre chose de les pos-
seder; or, ce n'est pas la connaissance, mais la pos-
L'enfluve de
la vanite suit
la science,
si la crainte
nela reprime
point.
premier lieu donne seulement acces a la sagesse,
mais celui-ci y donne entree. Neanmoins, le con-
templatif ne trouve un parfait repos dans l'un ni
dans l'autre, parce que, dans le premier, Dieu pa-
session qui rend l'homme riche. De meme, il y a rait comme en peine, et dans celui-ci comme trou-
de la difference entre connaitre Dieu et le craindre; ble. Ne chercbez done point la chambre de l'Epoux,
ce n'est pas la connaissance qui rend sage, c'est la en des lieux, dont l'un ressemble a l'auditoire d'un
crainte, mais une crainte qui fait impression sur maitre, et l'autre, au tribunal d'un juge.
lame. Appelez-vous sage, celui qui est entle par sa 15. Mais il y a un lieu oil Ton voit Dieu vraiment
sci'ence? II faut etre archifou pour appeler sages en repos, et tranquille, c'est le lieu, non d'un juge
ceux qui, ayaut connu Dieu, ne l'ont pas glorilie ou d'un maitre, mais d'un Epoux. Je ne sais ce
comme Dieu, et ne lui ont pas rendu des actions de qu'il est a. l'egard des autres ; pour moi, ce m'est
graces. Pour moi, je suis piutot du sentiment de une chambre quand parfois il m'arrive d'y entrer ;
saint Paul qui dit que leur cceur etait insense mais, helas, que cela m'arrive raremeut, et que j'y
Dans le troi-
sieme etat
c'est la
misericorde
de Dieu
qui est cc-n-
sideree.
Nam qui in labore hominura non sunt, in labors daemo-
num profecto er.int dicente Judice : Ite maledicli in
ignem ceternum, qui paratus est diabolo et angelis ejus.
Est tamen Dei lucus et iste, plane non aliud quam do-
mus Dei, et poi'la cceli. I lie nempe timcri dicitur
Deus ; hie sanctum et terribile nomen ejus, et tan-
quam ingressus gloria; : Initium plane sapiential timor
Domini.
14. Nee te moveat, quod initium sapientiae huic de-
rnnm loco dederim, et non priori. Ibiquippe in quodam
quasi auditorio suo docentem de omnibus magistram
audimas Sapientiam, hie et suscipimus; ibi instruimur
quidem, sod hie afficimur. Inslructio doctos reddit,
alTeclio sapientes. Sol non omnes, quibus lucet, etiam
calefacit : sic Sapienlia mullos, quos docet quid sit
faciendum, non continuo etiam accendit ad faciendum.
Aliud est uiullas divitias scire, aliud et possidere : nee
notitia divitem tacit, sed possessio. Sic prorsus, sic aliud
est nossc Deum, el aliud titnere : nee cognilio sapien-
tem, sed timor fac.it, qui el afficit. Tunc sapientem
di.eris, quem sua scientia inllat? Quis illos sapientes
nisi insipientissimus dicat, qui cum cognovissent Deum,
non tanquam Deum glorilicaverunl, aut gratias egerunt?
Ego magis cum Apostolo sentio, qui insipiens cormeum
manifeste pronuntiat. Et bene initium sapientice timor
Domini : quia tunc primum Deus animas sapit, cum
earn afficit ad timendnm, nun cum instruit ad sciendum.
Times Dei justitiam, times potentiam : et sapit libi
Justus et potens Deus, quia limor sapor est. Porro sapor
sapientem facit, sicut scientia scientem, sicut divitia?
divitem. Quid ergo prior locus'? Tantum pneparat ad
sapientiam. Illic prajpararis, ut hie inilieris. Pra'paratio,
rerum cognitio est. Verum hanc facillime sequitur ela-
tionis tumor, si non reprimat timor, ut merito dicatur
initium sapientice timor Domini, qui se pesti insipientias
primus opponit. Ibi itaque quidam accessus est ad
sapientiam, hie et ingressus. Porro nee hie, nee ibi
speculanti perfecta est quies : quia illic Deus apparet
tanquam sollicilus, hie tanquam turbatus. Non ergo
cuhiculum quaesieris in his loois, quorum alter audito-
rium quasi docentis, alter prsetorium judieis magis
apparet.
15. Scd est locus, ubi vere quiescens et quietus cer-
nilur Deus; locus omnino, non judieis, non magistri,
sed Sponsi : et qui mihi quidem (nam de aliis nescio)
plane cubiculum sit, si quando in ilium contigerit intro-
duci. Sed, heu ! rara hora, et parva mora! Clare ibi
agnoacitur misericordia Domini ab asterno, et usque in
setemum super timentes eum. Et felix qui dicere potest
Parliceps ego sum omnium timentium te, et custodien-
248
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
demeure peu de temps! Cesl la qu'on reconnail charite » infinie deleurpere couvre la multitude de
in, ni la misericorde que le Seigneur a exerc6e leurs j'appelle done heureux ceux dont les
rcera eternellemenl envers ceux qui le crai- pfeches onl etd pardonnfe et couverts [Psal. wxi,
gnent. Aus ui qui peul dirp : « Je snis 1). Mors j'ai re >u i coup en moi line si
Ilciiroui
6»a! d
de.--!.:
avec tous
;nen1 el qui
i ' i I
prononce un jngement • i
point,
- font, ''I recompense leurs
et, par un effet men orde, non-
mi ; i le bi pire -'i
lour 1. ien [PmIpxxxi,2 . 0 vrainn a lieureux,
a qui le Seigneur n'impu lies Rom.
ipli d'une
oie, qu'elle 1
■
■rte qu'il
u -
reux. 0 si eel i avait dure uti pen
r. visit ■;-!.. . je TOUS i
je vous i :i conjure, visiti z-moi encore par voire
, alin que je la glo re devos
et que je prenne part a la joie de cetl ■ troupe
23) ! exempt de pe- bienheureu i -, U). »
in
.mil ne saurail le pretendre.To he, et
tous onl besoin de la grace de n. vui, 33).
Et quiaccusera seselus?II mesuffit,pour£tre juste,
d'avoir pour fa ui ml que j'ai offense.
Tout ce qu'il a rdsolu de ne me point, imputer,
c'esl comme si je ne I'avais jamais commis. Ne
point peclier, i n partient qu'a la justice de
Dieu; mais la justice de I'homme, e'est L'indul
de Dieu. J'ai vu ces choses, el j'ai compris la verite
Comment il de cette pit.'lc : o Quiconque est ne de Dieu ne
"e'peciient8 P^cne point; parce que la generation celeste le
point. conserve pur 1 Joan, ill, 9 . » La generation ce-
leste, e'est la predestination §teroelle, par laquelle
Dieu a gratilie de ses gr3 las en son Fils
bien-aime avant la creation du monde, les regar-
dant en 1 ii i d'un ceil favorable, pour les rendre di-
. de sa puis
el les faire participants '.de I'heritage de celui a
l'image duquel il devait les rendre conformes. Je
les regarde done comme n'aj ant jamais peche. Car,
bien qu'ils aient effectivement peche dans le temps,
10. O lieu d'un repos veritable, et que je puis
i m appeler du nom de chambre, lieu
un on ne vnit pa Dime emu de colere, ou
occupe de soins, m lis oil on eprouve les effets d i
bonte et de sa bienveillance parfaites ! Cette con-
templation, loin d'exciter l'effroi, est plein ■ de
charraes. Kile n'allume p:is une curiosity inquiete,
elle l'apaise; elle ne fatigue pas I'esprit, elle le
rend calme et tranquille. C'est la qu'on se repose
veritablement. Dieu y est dans une paix qu'il coni-
munique a tunics choses, L'amc si repose eu la
vi y. nit jouir d'une quietude ineffable. On y voit ce
grand roi semblable a un juge qui, apres avoir ter-
iuiue de longs proces, congedie la foule cpu l'-is-
sifege, prend quelque relai he d'un travail si penible,
retourne la unit a son palais, entre dans sa chambre
avi ' un petit nombrede personnes qu'il daigneho-
norer de son interieur et de sa familiarite, se re-
a C'est dans le memo sens que dins son traite de la grace et
do libre arbitre, n. 29, sniot Bernard 'lit que « les piiclies dea
justcs son! caches dins la charile ■ de llieu. On peut se reporter
au qu-ii-K'uie dc i-rniiiiis divers, n. ;>, et on premier sermon
il n'y parait point dans l'eteniite, parce que la pour le jour de la Septuagesime, avec ses notes.
(turn mandafa tua. Stal propositus Dei, slat sentcntia
pacis ites eum, ipsorum et dissimulans mala,
ma : ut mii-o modo eis non modo bona,
sed el i.i -1 1 cooperetur in bonum. 0 solus vere bealus,
on imputahil /' vatuml Nom qui non
habuerit peccatum, nc enim peccaveru
omnc- tainen ad)
ilii ad iiniiioiii justitiam solum
habere propitium, cui soli peccavi. Omce quod mihi ipse
non imputari "en fuerit. Non
i- juslilia, indulgenlia
Dei. Villi i 1 1 ox i illius veritatem :
, G ratio c aetei aa praedes-
dilcx.it el gratificavit
le niunili - ~ic in
i appan ibi, u t viden
i nam, quo i ditatis,
aaginis. I los ergo ad-
verti quasi nunquam pi quooiam etsi qua deli-
e viileiitur in tempore, non apparent ia anternilate:
Calme de
cette con-
templation.
quia charitas Patris ipsorum cooperit multitudinem pec-
catorum. F.I dixit beati
tales, et gu ala; eum subito tanta
mihi quoque dc me suborta Qducia et infusa Isetitia est,
quantus certe in loco horroris, id esl in loco Becundsa
visionis, mm prascesserat timor, ita ut mihi visas sim
tanqua illis beatU esse. 1 1 -i durassel : Iterum,
iteiiiini|iii- visita me Domine in salutari luo, ad viden-
dum in bonitate elcctorum tuorum, ad Ixtandum in ke-
tilia gentis tuae.
16. 0 verae quielis locus, et qucm non immcrito cu-
biculi appellations censueriml in quo Dcus, non quasi
turbatus ira, ncc velul disleiilus cura i-i'i is-picilur ; sed
probatur voluntas ejus in co bona, el beneplacens, et
;i. \ io isui non tei rei . - tile i tq
curiosilatem non excitat, sed icdat;nec raligal se
sod tranquillat. Hie vi I tr. Tranquillus Deus
tranquillat omnia ; el quielum aspicere, quies en est.
Cernere esl Regem posl diu sium quasi lites
causarum, dimissis a se turbis, curarum molestias de-
clinantem, petentem de node diversorium, cubiculum
Qui snnt
ceui qui sont
iotrodtuta
d.ins In
ohambru de
l'Epoux.
VINGT-QUATRIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 249
pose avec d'autant plus de confiance, que le lieu de jardin, considerez les temps; les merites, dans le
son repos est plus retire, et fait paraitre un visage cellier; et les recompenses, dans cette triple con-
d'autant plus gai et plus serein, qu'il n'a sous les templation de Tame qui cherche la chambre. Quant
yeux que des personnes qu'il aune. S'il arrive par- au cellier, nous en avons parle suffisamment. Pour
fois a quelqu'un de vous d'etre ravi el ca :he pour ce qui est du jardin et de la chambre, s'il se pre-
qmelques beures dans ce sancluaire secret et mys- senle encore quelque chose a dire, nous le fevons
terieux de Dieu, et s'il n'en est rappele ni par les dans I'occasion. Sinon coutentez-vous de ce que
besoins du corps, ni par aucun souci, ni par les re- nous en avons dit, et ne le repetons plus, de peur,
mords d'aucuu peche, ni par les fantomes des ima- ce qu'a Dieu ne plaise, que vous ne vous fatiguiez
ges corporelles, qui fondent dans l'ame, et qu'il de choses qui sont dites a la louange et a la gloire
est plus difficile de repousser, il pourra se glorilier de l'Epoux de l'Eglise, noire Seigneur Jesus -Christ,
et dire a son tour parmi nous : « Le roi m'a fait
entrer dans sa chambre. » Et neanmoins je ne vou-
drais pas assurer que ce soit celle oil l'Epouse se
gloritie d'avoir ete conduile. Toutefois, c'est une
chambre, et la chambre du roi; parce que des trois
lieux que nous avons assignes a la triple contem-
plation, il n'y a que celui-la de paisible et de tran-
quille. Car, comme nous l'avons montre clairement
dans le premier, on ne jouit que d'un repos fort
leger, et dans le second, il n'y en a point du tout ;
parce que, dans l'un Dieu paraissant admirable,
excite la curiosite a le rechercher avec ardeur ; et,
dans l'autre, se montrant terrible, il ebranle noire
qui etant Dieu, est eleve au dessus de tout et beni
dans les siecles des siecles. Ainsi soit-il.
Contre le vice d/Heslable de la distraction ; en quoi
consiste sar tout la rectitude de I'homme.
SERMON XXIV. En il38.
Saint Bernard
l'a prononcfi
.1 son retour
d'llalie,
a[t res avoir
mis tin
a n c r • . . , •.. „ . nu schisrae
1. Iintin, mes treres, c est pour la troisieme fois qui dechirait
que l'oeil de la Providence regarde favorablement vislae-
du haut du ciel mon retour avec vous, et me
regarde d'un visage riant et serein. La rage du
lion s'est appaisee ; la malice du Pecheur a pris fin;
faiblesse. Mais, dans ce troisieme lieu, il n'est point l'Eglise a recouvre la paix. Le mechant qu'il l'avait
terrible, et il daigne paraitre moins admirable troublee durant pres de huit ans par un schisme
qu'aimable, serein, paisible, doux, favorable et terrible, a ete aneanti en sa presence. Mais sera-ce
plein de misericorde a tous ceux qui le regar-
dent.
17. Mais afin de vous remetlre en abrege ce que
que nous avons dit du cellier, du jardin et de la
chambre de l'Epoux, souvenez-vous de trois temps,
de trois meriles, et de trois recompenses. Dans le
en vain que je vous aurai ete rendu apres tant
de perils ? Puisque j'ai ete accorde a vos vceux
et a vos desirs, il faut que ce soit pour votre
avancement. La vie que j'ai recue par vos merites,
je veux l'employer toute entiere a votre utilile et a
votre salut. Et puisque vous soubaitez que je con-
introeuntem cum paucis, quos hoc secreto ct hac fami-
liaritate dignatur, eo ccrte securius, quo secretins quies-
centem ; eo serenius se habentem, quo placidius sulos
inlucnlem quos diligit. In hoc arcanum el in hoc sanc-
tuarium Dei si quem forte vestrum aliqua liora sic rapi
ct sic abscondi conligerit, nt minime avo<-et aut pertur-
bel vel sensus egens, vel cura pungens, vel culpa mordens
vel ca eerie, qua? difficihus amoventur, irruentia iningi-
num corpore:irum phantasmata ; poterit quideai hie, cum
ad nos redierit, gloriari et dicere : Introduxit me Hex
in eubiculum suum. Quod tamen an ipsum sit de quo
exsullot Sponsa, nen temerc affirmaverim. Est laincn
eubiculum, et eubiculum Regis : quia nimirum de
Iribus, quos triplici assignavimus visioni, sulus factus
est in pace locus iste. Ut enim aperle monslialum est,
et in priori exigua, et in secundo nulla pcrcipitur quies :
cum et illic apparens admirabilis, ad indagandi studium
exerceat curiositatem ; et hie innotescens terribilis ,
intirmilatem concutiat. At vero tertio istu in loco,
non plane terribilis, nee lam admirabilis quam ama-
bilis apparere dignatur, serenus et placidus, suavis
et milis , et multae misericordia? omnibus inluen-
tibus " se.
17. Jam ut horum qua? de cellario, bnrln, ciihiculo,
longiori sunt disputata sermone, memoria vestra com-
pendium teneat ; mementote trium temporum, trium
meritorum, trium quasi praemiorum. In horto advertite
tempora, merita in cellario, praemia in Iriplici ilia con-
templatione eubiculum inquirentis. Et de cellario qui-
dem isla sufflciant. Porro de horto vel cuhiculo si qua
addenda, aut alia forte quam dicta sunt, modo adver-
tenda oecurrerint, loco suo non praetereamus. Sinautem,
sufficiant quae dicta sunt, el minime itercntur, ne unquam
in fastidium (quod absit) veniant ea, quae proferuntur ad
laudem et gloriam Sponsi Ecclesiae Domini nostri Jesu-
Christi, qui est super omnia Deus benedictus in sajcula.
Amen.
SERMO XXIV.
Agit prcecipue contra detestabile vitium detractionis :
ct qua in re rectitudo haminis potissimum consistat.
1. Hoc demum tertio, fratres, reditum ab urbe nos-
trum clemenlior oculus e ccelo respexit, et vultus
tandem serenior desuper arrisit nobis. Quievit Leonina
rabies, finem accepit malilia, Ecclesia paeem recepit.
Ad nihilum deductus est in conspectu ejus malignus,
qui earn hoc ferme octennium diro sehismate cunturba-
ral. Num vero ego gratis de tanlis periculis ero redditus
vobis ? Vestris desideriis donatus sum, vestris me pro-
fectibus paro : quorum vivo mentis, volo vivere studiis
250
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
tinue ce que j'ai commence il y a longtemps sur le lait est plus excellent que lc vin ; elles ajoutent
Cantique des cantiques, je le ferai volontiers. Je tout de suite: « Ceux qui sont droits vous aiment; v
pense d'ailleurs qu'il est preferable que je repreane orilestclair qu'elles s'adressent k leur mere. Je
la suite ile mon discours, que de commencer crois qu'elles ajoutent eel a, a cause de quelques-
quelque chose de nouveau. Cependantj'apprehende unes d'elles, qui n'etant pas lans les raemes senti-
qu'ayanl presque perdu l'habitude de ce saiat meuts, bien qu'elles paraissent courir de meme,
exercice, p ir un si long espace de temps, ou mon et cherchant lours propres avantages, bieu loin de
esprit, indigne meme d'une occupation si noble, a marcher avec simplicity et sincerile, portent envie
ete distrait par des choses bieu dili'erentes, mes pen- a la gloire de leur Mere, tachent de trouver occa-
sees ne soient trop faibles et trop basses, pour un sion de murmurer contre elle, de ce qu'elle est
sujet si sublime. Quoi qu'il en soit, je vous donne entree toute seule dans les Celliers de l'Epoux. En
ce que j'ai. Pent-etre Dieu ayant egard a I'ar- quoi elles justitient ce que dit I'Apotre : « Que les
deur de mon zele, me ferah grace de vous donner faux (Veres sont fort dangereux (II. Cor. xi, 26). »
meme ce que je u'ai pas. S'il n'en est pas ain-i ne Enfln e'est a leurs reprocbes que l'Epouse est
vous en prenez qu'a mon peu de genie plutot qu'a, obligee de repondre dans la suite, lorsqu'elle leur
ma volonte. di! : « Filles de Jerusalem, je suis uoire, maisje
2. Or, je crois qu'il faut commeneer ce discours suis belle [Cant, t, 4). » C'est done pour la consoler
par ces mots du Cantique : « Ceux qui sont droits de celles qui murmurent et qui proferent des blas-
vous aiment {Cant. i, 3). » Mais avant d'expliquer phemes, que les aulres, qui sont bonnes, simples,
comment cela s'entend, voyons qui est celui qui dit humbles et douces, disent a l'Epouse : « Ceux qui
ces paroles. Car nous devons supplier a ce que sont droits vous aiment. » Ne vous meltez poinl en
l'auteur ne dit pas. Peul-etre peut-on les attri-
buer aux jeunes filles ce qu'elles ont dit aupara-
vant de ces mots : « Ceux qui sont droits vous
aiment a. » Car, apres lui avoir dit : « Nous
nous rejouirous et tressaillerons d'allegcesse a
voire sujet. au souvenir de vos mamelles, doitt le
peine, lui disent-elles, des reprocbes injusles de
ces tides impies, puisque vousetes assuree que celles
qui out le cceur droit vous aiment. C'est, en ell'et,
une consolation pour nous, quand nous i'uisons
bien, que les bons nous aiment, si les mechants
nous chargent d'imprecations. L'estime des gens
La Iouange
des ames
bonnes et
droites doit
nous suftire.
a Depuis le commencement de ce sermon jusqu'a cet endroit, il
y a une grande diversite de lecons dans les mauuscrits. Plusieurs
omettcnl l'eiorde et commencent par ces mots : « Ceux qui sont
droits tous aiment. » Or a qui cruyons-nous que s'adressent cea
paroles? Si nous les attribuons aux jeunes filles, il devient tri-
dent qu'elles les adressent a leur mere, car apres lui avoir dit,
nous nous rejouirons et ticssaillerons d'all^gresse a votre sujet,
au souveuir de vos mamelles dont le lait est plus excellent que le
Tin, elles ajoulent tout de suite. « Ceux qui sont droits vous ai-
ment. » D'autres manuscrits ont notre version. Cette variete a ete
cause d'une graude confusion dans la plupart des Editions qui
reproduisent les deux exordes, mais a tort. Cette variete vient
de ce que saint llernard a precis deux fois ce sermon; une pre-
miere fois, avee un exordecourl, en 1137, avant son troisieme
voyage a Rome, etuneseconde fois, a sonretour, de ce voyage, en
113s. II y mil alors un autre exorde pour rattucber ce sermon
aux preu6denta. Un manuscrit de la bibliolheque royalc portaut
le n. 4j11 reproduit ce sermon avec ses deux exordes : uoe
autre ed.tion de la Colbertine le donne en cet enJroit avec uq
eiorde, et plus loin au soixantieme sermon, avec uq autre
exorde.
el saluti. Quodque dudum ecepta in Canticis me exsequi
vultis, libenter qnideui accipio, et dignum arbilmr in-
terruptuni potius resarcire sennonem, quam novi ordiri
quippiam. Vereor aulem ne dissuetum per id temporia
aniinum et distentum diu habiluui, non solum ad tarn
divetsa, sed etiam ad lam indigna, dignitas materia,
prout opurlet, non admittat. Sed si quod habeo, hoc
vobis do : poterit et (ideli obsequio mco Deus, etiam
quod non habeo, dare ut dem. Si non; culpetur sane
Ingenium, non voluntas.
2. Locus autem undo incipere debemus (ni fallor)
iste est : Recti diligunl te. Quod antequam explanare
incipiamus, quid sit videamus, cujus sit, quisnam lioc
videlicet dicat. A nobis nimque exigilur quod auctor
non loquitur. Et fortasae melius adolescentulis id da-
mus, ut suis verbis et hoc addant. Siquidetn cum dixis-
Bcnt. ExsuHabimus et lalabimur hi te, memores uberum
tuorum super vinum, (ncc dubium quin tnatri loqueren-
tur) continuato sermonc hoc quoque intermit : Recti di-
ligunt te. Puto propter aliquas de numero ipsarum, quae
non idem saperent, licet pariter currere vidcrentur ;
quae sua sunt quferentes, et non ambulantes simpliciter
neque sincere, sed speciali gloriae matris invideules, et
cuplanlcs occasionem murmurandi adversus earn, ex eo
uimiium quod sola in cellana introisset. Quod aon est
aliud nisi quod Apostolus ail, Periculum in foists fra-
tribus. Ipsa? sunt, denique quibus exprobranlibus su-
binde pro se salisfacere cogitur, ubi eis ita respondel
Nigra sum, sed formosa, filim Jerusalem. Itaque prop-
ter murmurantes et blasphemantes dicitur ab his qua?
booae, quae simplices, qua humiles et mansuetaB sunt;
ab his, inquam, dicitur Sponsae consolandi gratia : Recti
diligunt te. Non sit tibi, iuqtuunt, cura de iniqua repre-
hensione blasphemarum harum, cum constat, quia Recti
diligunt te. Bona profecto consolalio, cum blasphema-
mur ii malis bene (acientes, si rccli diligant nos. Utn-
nino sufficit adversus os loquentium iniqua, opinio
bonorum cum testimonio conscientiae. In Domino lau-
dabitur iinnnn mea : amliant mansueti, et Icetentur.
Jiansueti, inquit, Icetentur. Mansuetis placeam, et aequa-
nimiter audio quidquid in me jactare voluerit livor per-
ditarum.
VINGT-QUATRIEME SERMON SUR
de bien, avec le temoignage de notre conscience,
nous sufflt contre ces langues malignes et medi-
santes. « Mon ame recevra des louanges dans le
Seigneur, que les hommes doux ecoutent et soient
remplis de joie (Psal. xxxiu, 2). » Qne les hommes
doux, dit-ilj se rejouissent, que je leur plaise, et
j'ecouterai sans m'eruouvoir tout ce que la jalousie
des mediants vomira contre moi.
3. C'est done en ce sens qne je crois qu'il est
dit : « Ceux qui sont droits vous aiment. » Et j'es-
time que c'est avec beaucoup de raison. Car pres-
que partout cbez les jeunes lilies, il s'en trouve
comnie cela crui observent de pres toutes les actions
Saint Ber- l . f ..
nard signale de 1 Lpouse, non pour les uniter, niais pour y
IeS |hbUi"dLS louver a redire.EUes sont tournientees de ce qu'il
]e seme y a de bon dans leurs ainees, et se repaissent de
deTracteurs. leurs imperfections. On les voit marcher a part,
s'attrouper et faire de petits conciliabules, oil elles
se laissent aller a des paroles inso'entes et a des
murmures ddestables. Elles s'associeut pour parler
mal de leur prochain, et s'unissent pour causer la
desunion, Elles contractent ensemble des amities
pleines d'inimities, conspirent toutes dans les sen-
timents d'une meme malignite, et font des cabales
oi lieuses. C'est ainsi qu'agirent autrefois Herode et
Pilate, dont l'Evaugile dit : « (Ju'en ce jour-la,
e'est-a-dire au jour de la Passion, ils devinrent
amis {Luc. xxm, 12). » S'assembler ainsi, ce n'est
pas faire la Cene du Seigneur, mais plutot donner
a boire et boire soi-meme le calice des demons,
tandis que les uns portent sur leurs langues le
poison qui tue les autres, et que les autres recoi-
vent avec joie la mort qui entre dans leur cceur par
leurs oreilles. Voila comment selon le Prophete
{Jerem. ix, 21), la mort entre par nos fenetres,
lorsque nous nous preseutons les uns aux autres le
breuvage mortel de la medisance, en medisant ou
LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 251
en ecoutant ceux qui medisent. A Dieu ne plaise te5 ^ltK.
que je me trouve jamais dans l'assemblee de ces tenrs sont
r>- i i • ■ » i odieul aa
personnes : car D:eu les halt, suivant celte parole Seigneur.
de l'Apotre : u Les medisants sont en abomination
au SeigDeur {Rom. i, 30). » Ce que Dieu meme par
le Psalmiste confirms en ces termes : « Je pour-
suivais celui qui medisait en secret de son pro-
chain. )>
h. Et il ne faut pas s'en etouner puisque l'on sait La detraction
que ce vice combat et poursuit plus vivement que aiaa2hartt6™*
les autres, la cbaiile qui est Dieu, ainsi que vous-
memes pouvez le remarquer. Quiconque medit fait
voir premierement qu'il n'a point de charite. En
second lieu, quel autre dessein a-t-il, sinon de faire
que les autres ha'issont ou meprisent celui dont il
medit. Ainsi done, une langue medisante blesse la
charite en tous ceux qui l'ecoutent, et autant qu'il
est en die, elle l'eteint et la detruit entierement.
Et non-seulement en ceux qui l'ecoutent, mais en-
core en ceux qui sont absents, a qui peut-etre ceux
qui Font entendue rapporteut ce qu'elle a dit.
Yoyez-vous comment un discours de cetle sorte qui grjnae0I. &a
passe de boucbe en boucbe peut aisement et en furt mal causS
peu de temps corrompre de son vemn une intimte langne
d'ames. Voila pourquoi l'esprit prophetique dit de m 18ao e'
ces personnes : « Que leur boucbe est remplie du
fiel de la medisance, et elles sont promptesa verser
le sang {Psal. xni, 3). » Elles sont aussi promptes.
a le verser que leur discours est prom] it a le r&-
pandre. 11 n'y en a qu'un qui parle, et il ne dit
qu'une seule parole, et cependant cette parole en
un moment tue les araes de tous ceux qui l'ecou-
tent des l'instant qu'elle infecte leurs oreilles. Car
un cceur pleiu du iiel de l'envie ne peut repandre
que de l'amertume dans ses discours, selon ce mot
de Jesus-Christ : « La boucbe parle de l'abondance
du coeur {Luc. vi, /|5). » Or, cette peste se produit
3. Ergo in hoc sensu puto appositum, Recti diligunt
le. Nee absurde, ut Eestimo : cum ubiijue pene in cboro
adolescentularum tales invenianlur, qua? actaSponsae cu-
riose observent, derogandi, non imitundi causa. Tor-
qticntur in bonis seniorum suorum, malis pascuntui'.
Videas anibnlare seorsum, convenire sibi et sedcre pa-
riter, moxque laxare procaces linguas in detestandum
susurrium. Una uni conjungitur, nee spiraculum ince-
dit in eis ; tanta est libido detrahendi, audiendive de-
Irahentem. Ineunt familiaritatem ad maledicendum,
Concordes ad discordiam. Conciliant inter se inimicissi-
mas amicitias, et pari consentaneae malignilatis affeotn
celebratur odiosa collatio. Haud secus egere quondam
Herodes et Pilatus, de quibus narrat Evangelium, quia
facti sunt amici in ilia die, hoc est in die dominical
passionis. Convcnientibus sic in unum, non est domini-
cam coeuam manducare, sed magis propinare et bibere
calicem daimoniurum ; dum importantibus Unguis alio-
rum perdilionis virus, aliorum aures intrantem mortem
libenter excipiunt. Sic quippe juxta Prophetam intrat
mors per fenestras nostras cum prurientes auiibua et
oribus, lelhale poculum detracfionisinvicem nobis minis-
trare contendimus. Non veniat anima mea in concilio
detrahenlium, quoniam Ueus odit eos, dicente Aposlolo :
Delractores Deo odtbiles. Quam senlentiam Ueus ipse
loquens in psalmo, audi quomodo conlirm it : Detra-
heniem, inquit, proximo suo, hune. persequebar.
4. Nee minim, cum id pracipue vitium charitatem,
quic Deus est, et quidem caeteris acrius, impugnare et
persequi cognoscatur, quemadmodum vos quoque poles-
lis advertere. Omnis qui detrahit, primum quidem seip-
surn prodit vacuum charitate. Deiiule quid aliud
detrahendo intendil, nisi ut is, cui deirahit, veniat in
odium vel contemptum ipsis, apud quos detrahit ? Ferit
ergo charilatem in omnibus qui se auditint lingua ma-
ledica, et quantum in se est, necat fumlilus et exstin-
guit : non solum autem, sed et in absentibus universia,
ad quos volans verbum forte per eos, qui pravsentes
sunt, pervenire contigerit. Vides quam facile et in brevi
ingentem mullitudinem animarum velociler currens
sermo tabe malitiae hujus inficere possit. Propterea dicit
de talibus propheticus spiritus : Quorum os matedk
252 CEUVRES DE SAINT BERNARD.
Differente« ^e different es manieres; les uns vomissent le poison et qui communique les choscs spirituelles a ceux
"t1^" de de la medisauce sans aucune circonspection, et qui sont spirituels. C'esl done selon I'esprit, non
selon qu'il leur vienl a la bouche. I ..■> autres, au
eontraire, lachent de couvrir du voile d'une feinte
retenue, la malice qu'ils ont coi leurcceur,
el qu'ils ne peuvenl retenir. Avanl de medire,
lesvo onds soupirs, prendre une
mine grave, ne parler qu'avec peine, faire parailre
une fatisse trislesse sur leur visage, baisser les
yeux, etd'une voix plaintive proferer des medi-
sances, qui font d'autant plus d'effet, que ceux qui
les ecoulent croienl qu'ils ne les disent qu'a regret,
et plutot a contre cceur 4 t'avec malice. Jen suis
bien fache, dit l'liu, car je l'aiine assez, mais
jamais je ne I'ai pu corriger de ce defaut. Je savais
bien, dit un autre, qu'il etait sujet a ce vice, et je
ne I'aurais jamais decouvert, mais puisqu'un autre
l'a public, je ne puis pas nier la verite. Je le dis
avec douleur, mais cela est vrai pourtant. Et il
ajoute : C'est grand dommage ; car d'ailleurs il a
de fort bonnes qualites, mais sur ce point, il faut
avouer qu'il est inexcusable.
5. Cela ditd'un vice si malin, revenons a uutre
selon cette matiere de terre el de boue, que Dieu a
fait I'homme droit. Car il l'a cree a sou image et a
sa rrsscmblauce {Gen. 1, 27). Or, comme vous le
■ ou -m£mes, « Le Seigneur 1 ■
droit, et il n'y a point d'iniquite en lui Psal. xcxi,
10 . » Dieu ''one qui est droit,
el sem 1 a lui, es -a-dire sa is e, de
memo qu'il n'y a poinl d'ini piit6 en lui. Or, l'ini-
quite e un vice du cceur, non de la chair, ce qui
vous fail connaltre que la ressemblance que vous
avez avec Dieu doit etre conserves ou reparee dans
la partie spirituelle de vous-menie, non dans votre
ince grossiere et terrestre. Car Dieu est es-
prit, et il faut que ceux qui veulent lui devenir
semblables, ou conserver la ressemblance qu'ils ont
lui, reutrent en eux-memes, et le fassent
souveni en esprit, afinque, contemplantlagloire de
Dieu a face decouverte, ils suient transformed
dan- une meme image avec lui, et que I'esprit
du Seigneur les fasse passer de clarte en clarte.
6. IVut-etrc peut-on dire encore que Dieu a
En qnoi
rec'i'ude'de exl,nca,u)" et faisons voir qui sont ceux qui sout doime a I'homme une stature de corps droite; alio
rbomme. ici appeles « droits. » Je ne crois pas qu'il y ait au- que cette rectitude corporelle de I'homme ext6-
cune persoune iutelligente qui s'imagine que c'est rieur, qui a fete cree d'une matiere si vile, avertlt
selon le corps qu'on appelle « droits » ceux qui cet homme interieur, qui a ete forme a I'image de
aiment l'Epouse. C'est pourquoi il faut que nous Di onserver sa rectitude spirituelle ; el que
l'expliquions d'une rectitude spirituelle, e'est-a- la beaute de la boue, condamnat la difformite de
dire de I'esprit ou du cceur. C'est I'esprit qui parle I'esprit. Car qu'y a-t-il qui siee moins qu'un esprit
tione et amaritudine plenum est, veloces pedes eorum ad
effundendum sanguinem. Uli [ue lam veloces, quam
velociter curril scrmo. Onus esl qui loquitur, el unum
tantura verbum profert : ct tamne illud unum verbum,
uno in momenlo, multitiidinis audientium, dutn aures
iniiiii. animas interficit. Cor siquidem felle livoris ama-
runi per linguae instrumenlum spagere nisi amara non
potest, dicente Domino : Ex abundant ia cor
quitur. Et sunt species pestis liujus, dum alii quidem
nude atque irreverenter, uti in buccam venerit, rims
evomant detractionis : alii aulem quodam simulate ve-
recundiae fueo conceptam maliliam, quam relinere non
possunt. adumbrare conenlur. Videas alia praemilti sus-
piria, sicque quadam cum gravitate et tardilale, vullu
ma?sto, dimissis superciliis, et voce plangent! .
maledictionem, el quidem tantopersuasibiliorem, quanto
creditur ab his qui audiunt, corde invito, et magis con-
dolcnlis afTectu, quam maliliosc proferri. Doleo, inquit,
vehementcr, pro eo quod diligo cum satis, et nunquam
potui de bac ere cum. El alius : Mibi quidem,
ait bene comperlum fueral Je illo istud : scd per me
nunquam innotuisset, At quoniam per allerum palel icta
est res, verilatem ne are non possum : dolensdico, re-
vera ita est. Et addil : Grande damnum; nam alias
quidem in pluribus vs im in hac parle (ut ve-
nim fateamur) excusari minirae p
5, lb- pa ms malignissimum vitium comme-
moratis , revcrtanmr ad explanandi ordinem , demons-
t rem us, qui sint hoc loco intelligcndi Recti. Non enim
Ponrqooi
Dien a fai t
I'bo nine
druit.
arbitror ser.fire quempiam recta intelligentiae, secundum
qui Sponsam diligunt, I'mpte-
■rea demonstranda nobis est spiritualis. id esl animi
m'. rectitudo. Spiritus esl qui loquitur, spii
libus spiritualia comparans. Ergo secundum animum,
non secundum terren im el faeculentam 1 . Deus
lem rectum fecit, Ad imoginem qi i: pe et similiH-
iudinem suam creavit ilium. Ipse vero. quemadn
psallis. R Dominus Deus noster, et non est iniquitas
in eo. Rectus itaque Deus rectum fecit nomine
sibi ; id est sine iniquitate, sictit non est iniquitas in eo.
Porro iniquitas, cordis est, non carnis vitium : ut per
hoc novcris in spiritual! portione tui, et non in crassa
lutcaque substantia Dei similitudinem conservandam
fore, indam, Spiritus enim est Deus, et eos
qui volunt similes ei vel perseverare, vel fieri, oportet
intrare ad cor, atque in spiritu id negotii actitare -.
ubi revelal 1 racle speculantes gloriam Dei in eam-
dem imaginem transformentur de claritate in clarita-
tem, tanquam a Domini spiritu.
r> Quanquam ct corporis staturam deditbomini Deus
rectam : foi itari ul isia corporca extcrioris vilii 1
rectitudo figmenti hominem interiorem ilium, qui ad
imaginem Dei Partus est, spiritualis sua servanda) rec-
liludinis admonerct, et decor limi deformitatem argue-
ret animi. Quid enim indecenlius, quam curvum recto
' animum? Perversa res est et fa'da, lu-
tcum vas, quod est corpus de terra, oculos habere sur-
sum, ecelos libere suspicere, ccelorunique luminaribus
VINGT-QUATRIEME SERMON SUR
courb6 dans un corps droit? N'est-ce pas un desor-
dre et une horde, qu'un vase de bone, qui est le
corps tire de la terre, les yeux leves en haut, re-
garde hbrement le ciel, et premie plaisir a con-
lempler les grands Qambeaux qui 1'oment et qui
l'eclaireut; el qu'une creature spirituelle el cedes e,
aittoujours ses yeux, e'rst-a-i!ire sessensinterieurs
etses affections attaches et baisses a terre, et que
[ui devrait elre elevee dans l'or et dans la
soie, se vautre dans la fange et se roule dans
l'ordure, coinine une bete immonde. Rougissez de
honte, o mon ame, d'avoir change la ressemblance
divine en la ressemblance d'un animal innnoinle.
Rougissez, vous qui tirant voire origine du ciel,
vous roulez dans la fange. Rougissez, 6 niun ame,
dit le corps, en vous comparanta moi. Creee droite
et serablable a votre createur, vous m'avez recu
comnie un aide qui vous fiit semblable, au moiiis
selon les traits de la rectitude corporelle. De quel-
que cote que vous voustourniez, en haut vers Dieu,
on en bas vers inoi, car personnen'a jamais lia'i sa
propre chair, partout se presentent a vous des
images de votre beaute, partout la sagesse, comme
un mailre charitable, vous donne des avertissements
salutaires pour conserver la noblesse et la dignite
de votre etat. Comment done n'etes-votts point
remplie do confusion, de perdre votre prerogative
si glorieuse quand je retienset conservela niienne,
quoique je nel'aie recue qu'en votre consideration?
Comment pouvez-vous soutfrir que le createur voie
sa ressemblance effacee en vous, quand il vous con-
a Cet endroit, pour les monies raisons que nous avons don-
nees plus haut, differe dans les anciennes editions de la version
qu en donnent les manascrtts. En eflet, la on le long pream-
bule que nous tvons conserve manque, on lit : « Pour que celle
rectitude so:t parfuite en toutes chosea, il faal qu'eile ait de bons
sentiments elqu'elle les smve, car j'appeile droit de cieur celui
qui a des sentiments droits sur toutes choses et ne- sen ecarte
jamais daus la pratique. C'estde ces persouaes quit est da a
LE CANTIQUE DES CANT1QUES. 253
serve la votre en moi, et vous la repr£sente sans
cesse? Toute l'assistance que vous deviez tirer de
moi, vous vous en faites un sujet de boute et de
confusion. Vous abusez de mes services, et.elant
devenue un esprit de brute, vous etes indigne de
demeurer dans un corps aussi noble qu'est celui de
l'liomme.
7. Les Ames done qui sont ainsi courbees ne peu-
veut pas aimer 1'Epouse, parce qu'etant amies du
monde, elles ne le sont pas de 1'Epoux. « Celui,
est-il dit, qui veut etre ami du monde, se rend en-
nenii de Dieu [Jac. iv, 5). » Ainsi cherclier et gou-
ter les choses de la terre, e'est courber l'auie ; au
contraire, mediter et desirer les choses du ciel, L» rectitude
c'estla maintenir droite. » Et pour que cctte rec- de1'*'
L'homme
droit.
chercher
titude soil parfaite en toutes choses, il faut quelle lea cho»es d"
soit dans les sentiments et passe dans les actes. Car
j'appeile droit celui qui a des sentiments droits sur
toutes choses, et ne s'en ecarte jamais dans la pra-
tique. Que la foi el les oeuvres soieut des temoigna-
ges vistbles de l'etat de Tame qui est invisible. Es-
timez droit celui que vous reconnaitrez catholique
en sa foi, et juste en ces ceuvres. Si l'une de ces
choses lut manque, ne doutez ])oint qu'il ne soit
coui'be. Car l'Ecriture dit : « Si vousoffrez bien, et
que vous ne divisiez pas bien votre otfrande, vous
pethez. « Quoi que ce soit qui' vous olfriez a Dieu
de ces deux choses, la foi oti les ceuvres, vo.is fai-
tes bien ; mais vous tie faites pas bien de les dtvi-
ser. Puisque votre otfrande est bonne, ne la reudez
pas mauvaise en la divisant. 1'ourquoi separez-vous
l'Lpouse : « ce ix qui ontle ccenr droit vons ainieot ; e'est-a-dire
ceoi qui couiui-sent et lint toujoars ee qui est boa. ■ Enfin ce
sermon se termine dans certaines edition* par ces nuts : « Plaisa
a L)ieu qur- nous soyons de ce nombre et eutopics p.trmi les ai-
le 1 Epoux, par la grace de noire Seigneur Jesus-Christ qui
ctant llieu, vit el regne avec le Pere et le Saint-Esprit dans
luos les sieclee des siecles. Ains: soit-il. JUais plusieurs inanus-
crits preferent la lecon que nous donnons.
oblectare aspectus : spiritualem vero ccelestemqtie crea-
luram suos e contraaio oculos, id est internos scnstis
alque aU'cctus, trahera iu terram deorsum; et qua
debuit nutriri in croceis, haerere Into, tanquum unain de
suibus, acoplexaiique stcrcora. Erubesce, aniraa una,
divinam pecorina conimutasse simihtudinem : erubei e
voltituri in eeeno, quae de ccelo es. Erubesce omnia, ail
corpus, in mei consideratione. Creata creanti s.milis
reclu, me 411041a' accepisti adjutorium si.ni.e libi, u 14110
secundum uneamenta corpureae reettludinis. Quoeum-
que veit.is, sive ad Ltcum sursum, sive ad me deor-
sum,(nemo siquidem carnem suam 111141111111 odio ha-
buit; ubi pie ocean it tibispec.es decoris tui, ubiqtie
pro statu tuae dignalatis babes de magisterio sapieniiae
familiareni admonitionem. iMe ergo uieam, quam tui
gratia accepi, retinente, et servante piierogalivuui ; tu
quouiodo non confunderis amisisse tiiam? Cur suain in
te Condilor intuetur abolitam sitnilitudiuem, cum tuam
in me tibi conservet, assidueque repru;seiitet ? Jam
omue adjutorium, quod tibi ex me debebatur, vertisti
tibi in confusionem : abuleris obsequio meo, indigne
bumanum corpus inhabitas, brums et bestialis spi-
ritus.
7. Istiusmodi ergo curv;e animae non possunt diligere
Sponsam, quoniam non sunt arnica? sponsi, cum sint
mundi. Qui vutl, inquit, amicus esse hujas mundi, ini-
micus Dei constiluttur. Ergo quairere et sapere qua: sunt
super terra..), curvilas iiniuiae est : et e regione medi-
tare ae desidei-are quae sursum sunt, rectimdo, et ipsa
ut perfecta sit, in sensu dil'lini.dui et consensu, rec-
tum revera te dixerim, si reele in omnibus senlias, et
faclis nun dissentias. Invisibilis animi statu m nuntiet fi-
des, el actio. Reclum judic.i, si tide catholicum, et
jusliiin opere probaveris, Si quo minus, curvum censere
non dubiies. Sic nempe liabes : S( recte offers, et recte
non dividis, peccasti. Rude quidem quod 4iiocuinque
burum offers, recte autem ab allerulro ea non dividis.
Noli esse rectus oblator, et pravns divisor, Quid divi-
dis actum a fide ? Ini4ue dividis (idem petimens tuam
nam /ides sine operibus moriua est. Munus mortuum
254
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
Foorqooi le
sacrifice de
CaiD fut il
rejeuS.
II fact ap-
poyer la foi
par les ceu-
vres.
les ceuvres de la foi? Cette division est criminelle,
puisqu'elle tue votre foi. Car la foi est morte sans
ivi-fs. Vous offrez a Dieu une offrande morte.
Car si ['amour est coiniue l'ame de la fui, L'ame de
la foi c'est la devotion el l'aelion. Qu'esUce que La
foi qui n'opere point par 1'amour, siuon uu vrai
cadaviv ? Crovez-vous beaucoup honorer Dieu en
lui faisant uu present infect? Croyez-vous bien l'a-
paiser, en etantle meurtrier de voire foi? Comment
l'bostie que vous lui immolez peut-elle etre pacifi-
que, awe une si cruelle division? 11 n'est pas eton-
nant que Cain ait assassins son frere, puisqu'i]
avait auparavant fait perir sa propre foi. Pourquoi
vous etonner Cain, si celui qui vous nieprise ne
regarde point vos presents ? Comment pourrait-il
vousregarder puisque vous elesdivise contrevous-
meme, et si en mime temps que voire main fait
une action religieuse, votre coeur sacritie a la ja-
lousie ? Vous nesauriez vous con.ilier la bienveil-
lance de Dieu, quund vo is n'etes pas d'accord avec
vous meme. Vous ne l'apaisez pas, mais vous l'of-
fensez, non pas encore, alaverite.en frappant avec
cruaute votre frere, mais en ne divisant pas bien
voire offrande. Vous n'etes pas encore coupable de
la mort de voire frere, mais vous l'etes de voire
foi. Pense-t-il etre droit, celui qui leve la main
vers Dieu, pendant que l'envie et la baine qu'il a
contre son frere, abaisse son cceur vers la terre ?
Comment pourrait-il etre droit, celui dont la foi
est morte et les ceuvres la mort meme? qui n'a au-
cun amour, et beaucoup d'anierlume ? 11 y avail a
la verite de la foi dans son sacrifice, mais il n'y
avait point d'amourdans cette foi. I. 'obligation etait
bonne, mais la division etait cruelle.
8. La mort de la foi est la separation de la cha-
rite. Croyez-vous en Jesus-Christ? faites d.-s ceuvres
de Jesus-Christ, et votre foi sera vivante. Que
offers Deo? Si enim quaedam anima fidei ipsa devotio
est, quid fides quae non operalur ex dilectione, nisi ca-
daver exanirne 1 Bene honoras Deum munere Icelido ?
bene placas tuae fidei interfector? Quomodo hostia paci-
fica, ubi lam s;eva discordia est? Non mirum si Cain
insurrexit in fratrem, qui suam pi-ius occiderat (idem.
Quid miraris, o Cain, si ad tua non respicit muncra qui
te dcspicit ? Nee hoc mirum si non reapioit ad le, qui
ita divisus es in le. Si manum devotion), quid animnm
das livori ? Non concilias Deum libi, discors tecum;
non placas, sed peccas : et nondum quidem impie fe-
riendo, sed tamen dividendo- non recte. K t s i necdum
fratricida, jam tamen ftdeicida teneris. Numquid rectus,
vel quando manum porrigis Deo, enjus cor in terram
trab.il livor et fralernuiii odium ? Quomodo rectus, cu-
jus (ides naortiin, cujus opus mors, cujus nulla devotio,
amaritudo multa ? Erat quidem in offerente fides, sed
non in fide dilectio : reola oblatio , sed crudelis di-
visio.
8. Mors fidei est separatio cbaritatis. Credis in Chris-
tum ? l'ac Christi opera, ut vivat fides tua. Fidem tuam
1'amour anime votre foi et que les ceuvres lui ser-
vent de temoignnge. Que des actions basses et ter-
restres ue courbeut point celui que redresse la foi
des choses celestes. Vous qui dites que vous demeu-
rez en Jesus-Christ, vous devez marcher conime il a
fait. Que si vous cherchez votre propre glo.re, si
vous porlez euvie a celui qui est da s la prospe-
rity si vous medisez de celui qui est absent, si vous
rendez le mal qu'on vous a fait; Jesus-Christ n'a
pas agi de la sorte. Vous confessez que vous con-
naissez Dii'ii, et vos actions deuieiitent voire con-
fession. C'est tout a fait mal, e'est une impiete, de
donnur la langue a Jesus-Christ et l'ame au demon?
Ecoutez ce que dit le Sauveur : « Cet homme-la
m'honore des levres, mais son cceur est bien loin
do inoi (/-•(. xxn, 13). » Certes vous n'etes pas
droit, puisque votre division l'est si peu! Vous ne
pouvez tenir la tete droite sous le joug tin diable.
On ne peut pas se redresser quand on est domine
par l'injustice. Vos iniquites se sont elevees par-
dessus votre tete, et elles se sont appesanties sur
vous comme un fardeau d'un poids epouvantable
(Psal. xxxvn, 5). Car, comme dit un Prophete, l'ini-
quite s'assied sur un talent de plomb (Zacli. v, 7).
Vous voyez done que la foi, meme droite, ne rend
pas l'homme droit, si elle n'opere pas par 1'amour?
Or, celui qui est sans amour ne peut pas aimer
1'Epouse. Mais les ceuvres, quelque droiles qu'elles Le,
soient, ne suflisent pas non plus sans la foi pour la sa"s >' foi
... . font point
rectitude du cceur. Car on ne peut dire qu unhomme t'hnmmo
qui ne plait pas a Dieu soit droit? Or, sans la foi,
il est impossible de plaire a Dieu (Hub. xi, 6). Dieu
ne saurait plaire a celui qui ne plait point a Dieu,
car celui a qui Dieu plait ne peut deplaire a Dieu.
De meme, 1'Epouse ne plait pas a celui a qui Dieu
n'a point rcussi a plaire. Comment done celui- la,
est-il droit, qui n'aime ni Dieu ni l'Eglise de Dieu, a
Les cenvres
droit.
dilectio animet, probet actio. Non inenrvet terrenuni
opus, quern fides ccelestium erigit. Qui te dicis in Cbris-
to oianere, debes sicut ipse ambulavit, et tu ambulare.
Quod si propriam gloriam quoeris, ilorenti invides, ab-
senti delrahis, reponis hedenti te : hoc Christus non fe-
cit. Confiteris te nosse Deum, factis autem negas. Non
recte plane, sed impie linguam Christo, animam dediti
diabolo. Audi ergo quid dicat : Homo isle labiis me ho-
norat, cor autem ejus lonye est a me. Non es profecto
rectus, qui tam non recte dividis. Non poles altollcre
caput pressum diaboli jugo. Non te surrigcre prapvales
cui dominatur iniquilas. Iniquitates tuas supergrcssa:
sunt caput tuum, et sicut onus grave gravat* sunt su-
per te. Iniquilas deuique sedet super talentum plumbi.
Videa quod non taciat hominem rectum fides etiam rec-
ta, qua' non operator ex dilectione. At qui sine dilec-
tione est, non habet unde diligat Sponsam. Sed nee
opera, quamvis recta, rectum cor efficere sufficiunt sine
fide. Quis enim rectum dicat hominem non placentetn
Deo 1 Sine fide autem impossibile est p/acere Deo. Qui
non placet Deo, non potest illi placere Deus. Nam cui
VINGT-CINQUlfiME SERMONT SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
255
, lacriiellc il est dit : « Ceux qui sont droits vous ai-
jn plufi que * L
ans amonr meiit? Si done, ni la foi sans les oeuvres, ni les
tonnrVon ceuvres sans la foi, ne sufiisent pas poi.r la recti-
tgUse. ju(je je i'aQlej nous, mes freres, qui croyons en
Jesus-Christ, tactions de rendre droiles nos voies et
notre conduite. Levons nos cceurs a Dieu avec nos
mains, aim qu'il nous trouve eniierement droits ;
continuant la rectitude de notre foi par nos actions,
ainiant l'Epouse, et aimes de l'Epoux, Jesus-Christ
noire Seigneur, qui etant Dieu est beni dans tous
les siecles des siecles. Ainsi soit-il.
SERMON XXV.
L'Epouse, je vcux dire I'Egliie est noire,
mais elle est belle.
1. Je vous ai done dit dans le disco urs precedent,
que l'Epouse est obligee de repondre aux attaques
et aux reproches de celles qui sont envieuses de sa
gloire, et qui, selon le corps, senihlent etre du
nombre des jeunes filles, niais en sont bien eloi-
gnees selon l'esprit. Car elle leur dit : « Je suis
noire, mais je suis belle, filles de Jerusalem (Cant.
\,li). » 11 est visible qu'elles disaient du mal d'elle, et
lui reprochaient d'etre noire. Mais considerez la sa-
inefautpas gesse et la douceur de l'Epouse. Non-seulement elle
inondreaui ]R> ronj jJom^ injure pour injure, mais elle leur
donne menie des benedictions en les appelant lilies
de Jerusalem, quand par leur mechaucele ellesau-
raient bien plutot merite d'etre appelees lilies de
Babylone, hlles de Baal, ou de quelqu'autre nuni
piquant et outrageux. Sans doute elle avait appris
du Prophete, ou plutot de l'onction meme qui en-
seigne la douceur (Isa. xm, 8), qu'il ne faut point
briser un frele roseau, ni achever d'eteindre une
lainpe qui fume encore. Ainsi, elle croyait
quelle ne devait pas irnter davantage celles qui
l'elaient deja assez d'elles-memes, ni rien ajouter
aux aiguillons de l'envie dont elles etaient tour-
mentees. Au contraire, elle tichait de eonserver la
paix avec celles qui etaient ennemies de la paix,
sachant qu'elle etait redevable meme aux insenses.
Elle aimait done mieux les adoucir par des paroles
civiles et obligeantes, parce qu'elle avait plus de
soin de travailler au salut de ces personnes faibles
que de satisfaire ses propres vengeances.
2. Nous devons souhaiter a tous cetle perfection, „ .
■ l ' Un bon pas-
mais elle convient principalement aux bons prelats. teurdoitcoo-
/> . . ,. . . , ... stiller nlutot
Car ceux qui sont vertueux et hdeles, savent qu lis n„teret de
sont eleves au dessus des autres pour avoir soin des ses, breb'a.
que le senti-
personnes faibles et languissantes, non pour vivre "ment de s«
dans l'eclat et le luxe. Et, lorsque par la plainte prgeanc'e!'
que font quelques-unes des awes qui leur sont
cotnmises, ils connaissent le murmure de leur cceur
et voient qu'elles s'emportent meme jusqu'a dire
contre eux des paroles ofTensantes, ils ne se ven-
gent pas de ces frenetiques, mais lachent d'opposer
au lieu dela vengeance, les remedes necessaires a
leur mal, parce qu'ils savent bien qu'ils ne sont
pas des maitres, mais des medecins. Si done
l'Epouse appelle lilies de Jerusalem celles dont la
jalousie et la medisance la font souffrir, e'est afin
d'arreter leur murmure par des paroles pleines de
placet Deus, Deo displicere non potest. Porro cui non
placet Deus, nee Sponsa ejus. Quomodo ergo rectus,
qui nee Deum diligit, nee Ecclcsiam Dei, cui dicitur :
Recti dUigunt le ? Si ergo nee fides sine operibus, nee
opera sine fide suffioiunt ad animi rectiludinciu : nos
qui in Christum credimus, fratres, rectas studeamus la-
cere vias nostras et studia nostra. Levemus corda nostra
cum manibus ad Deum, ut toti recti inveniamur, tidei
nostrie reclitudinem rectis actibus comprobanles, dilec-
tores Sponsa; , dilecti a Sponso Jesu-Christo Do-
mino nostra , qui est Deus benedictus in stecula.
Amen.
SERMO XXV.
De nig recline et formosiiate Sponsa, id est Ecclesice.
1. Eccc quod dixeram insermone, quia Bemulis laces-
sentibus sponsa respondere eogatur, quae corpore qui-
dem de numero adolescentularum esse videntur, animo
autem longe ■-unt. Ait nempe, Nigra sum, sed formosa,
filial Jerusalem. Patet quod detraherent ei, nigredinem
improperantes. Sed adverte Spoils* patientiam ac beni-
gnitalem. Non modo enim non reddidit malediclum pro
maledicto, sed insuper benedixit, filias Jerusalem vo-
cans, quas magis pro sua nequitia fdise Babylonia, vel
filiaa Baal, aut si quod aliud nomen improperii occurris-
sct, appellari merueranl. Sane didieerat a Piopheta,
imo ab ipsa unctione quae docet suavitalem, calamum
quassatum non conterendum, et linum fumigana non
exstinguendum. Propterea non putavit amplius irritan-
das satis commotas per se, nee quidquam addendum
slimulis iuvidiae, qua torquebanlur. Magis autem cum
his qui oderunl pacem, studuit esse paeifica, seiens se
etiam insipientibus debitricem. Maluit ergo ipsas favo-
rabili demulcere vocabulo, quia curae fuit ei infirma-
rum potius operam dare saluti , quam propria? ul-
tioni.
2. Omnibus quidem optanda est ista perfectio : pro-
prie autem optimorum forma est praelatorum. Seiunt
quippe boni (idelesque propositi, languentium sibi cre-
dilam animarum curam, nun pompam. Cumque inter-
num muriuur cujuspiam illarum querulas vocis indicio
deprehendunt, etsi in ipsos usque ad coneivia et contu-
melias prorumpentis ; medicos se, et non dominos
agnoscentes, parant confestim adversus phrenesim ani-
rose, non vindietam, sed medieiiuin. Hsao igitur ratio,
cur Sponsa filias Jerusalem dieat eas ipsas, quas male-
volas suslinet atque maledieas : videlicet ut in blando
sermone deliniat murmurantes, commolionem sedet,
sanet livorem. Scriptum est cnim : Lingua paeifica
compescit lites. Alias vero filiaj revera Jerusalem quo-
256
OEUVRES DE SAINT BERNARD
douceur, d'apaiser leur Amotion et de guerir leur n'est que pour le lieu de son pelerinage. Car lors-
envie. II estecrit, en effet, « qu'une langue pacifl- que l'Epoux immortal lacouronnera degloire dans
queeteintles dissensions {Prov. xv, 17). » D'ailleurs, la celeste patrie, elle n'aura ni tache, niriile, ni
elk's ne laisseut pas d'etre en quelque facon ancune imperfection pareille. Mais a present, si elle
Biles de Jerusalem, et l'Epouse n'a pas tort do les disnit qu'elle n'esl point noire, elle se IVrait illusion
nommer ainsi. Car, suit qu'on considere les sacre- a elle-meme et ne dirait pas vrai. Cost pourquoi
ments de I'Eglise qu'elles recoivent indifleremment nevous etonnez pas de ce que, .lis mi qu'elle i si
avec les bons, ou la foi qu'elles professent comme noire, elle ne laisse pas de se glorifier d'etre belle,
[es ailtres, OU la Sonete qu'elles ont, an moins se- Car coinnient cello a qui Ton dit : « Venez ma
Ion le corps, avec tons les Bdeles, ou meme I'espe- belle, » ne serait-elle pas belle? Or cello a qui on
ranee du saint a venir dont ces personnes mdmes dit de venir n'etait pas encore arrivee. line taut
ne doiveut point desespdrer, quelque dereglees done point s'imaginer que ces paroles s'adressent a
qu'elles soient; Unites ces choses font qu'elles peu- l'Epouse, deja bienheureuse, et qui regnedanssa
vent etre raisonnablement appelees titles do Jem- patrie, apres avoir lais.se le hale deson teint, etnon
salem. a celle qui, le visage hale par le soleil, travaille
3. Examinons maintenant ce que veut dire ceci : encore pour y arriver et marche avec peine dans le
« Je suis noire mais je suis belle. » N'y a-t-il pas chemin de cette vie mor telle.
de contradiction dans ces paroles ? A Dieu ne
plaii-e. Je ilis eela pour les simples qui ne savent
pas discerner entre la couleuret la forme; la forme
h. Mais voyons d'oii vient que toute noire qu'elle soil,
elle so <lit belle. N'est-elle pointnoireacausedelavie
qu'elle a meneedans les tenebres, sous l'empire du
La conlenr
noire n'est
pas tonjours
une laideur
concerne la composition Je la chose qui la recent, prince du monde, oti elle porte encore l'image de
et la couleur n'eu est qu'une qualite. Car tout ce l'homme terrestre? Et n'est-elle point belle au con-
qui est noir n'est pas laid pour cela. Le noirpar traire, a cause de la ressemblance de l'homme ce-
ezemple, n'est pas laid dans la prunelle de l'oeil. leste dont elle s'est ensuite revetue, en marchant
On se pare aussi avec des pierres precieuses qui dans une nouvelle vie ? Mais si cela est ainsi, pour-
sont noires. I.es cheveux noil's joints a une peau quoi ne dit-elle point au passe j'ai ete noire, plu-
blanche, augmentent l'eclat et la beaute du visage, tdt que je suis noire ? Neanmoins si ce sens sourit
Entin on pent faire la meme remarque en mille a quelqu'un, ce qu'elle ajoute : « Comme les ten-
autres sujets semblables, et vous trouverez une in- tes de Cedar, comme les tentes de Salomon [Cant.
finite de choses, qui ne laisseut pas d'etre fort bel- l, h) : » doit s'enleiiili'e ainsi : les tentes de Cedar,
les dans leur forme, bien que la couleur n'eu suit serait sa premiere vie ; et cellos de Salomon s'a vie
pas agreable. Cost peut-etre de cette facon que, nouvelle. Cost do ces tentes que le Prophete parle
bien que l'Epouse suit fort belle pour les trails et quand il dit : « Mes tentes et mes pavilions ont et6
la proportion de son visage, elle a pourtant ce de- renverses lout d'un coup (Jerem, iv 29). » Aupara-
faut d'avoir le teint noir. Mais cette imperfection vant done, elle etait noire comme les viles tentes
fnmment '
l'l^iiouaft est
en meme
temps noire
et belle.
dam moilo sunt quo: hujusmodi sunt, nee falso ila eas
nominal Sponsa. Sive eniui propter sacraments Eccle-
shE, qua; iiidiU'erenlcr quidem cum bunis suseipiunt ;
save propter lidei Eeque cuminunem confessionem ; sive
ob Gdelium corporalem saltern societatem, sen etiam
propter speai futurae salulis, a qua ouinino non sunt,
quaudiu hie vivunl; vel tales desperandae, quan-
tumlibet vivant desperate, non incongrue FiJite Jerusa-
lem nomioantur.
3. Vidcamus jam quid illudfuerit dicerc : Nigra sum,
sed formosa. Nullane in bis verbis repugnanlia est? Ab-
sit. Propter simplices dico, qui inter colorem et formam
discernere non novcrunt, cum Forma ad compositionem
pertineat : nigredo color sit. Non omne denique quod
Digram est, continuo dcl'orme est. Nigredo (verbi causa
in pup. Ila nun dedeect ; et nigri quidam capilli in orna-
meatis placenl j et oigri capilli candidis vnllibus
etiaui docorem augent etgratiam. Sie tibi quoque facile
ad\ertere est in rebus uinunieris. Quanquum sine nu-
tnero sunt, quae in superlicie quidem reperies decoloria,
in compositione vero decora. Tali I'ortassis modo potest
Sponsa, cum pulchritudinc utique compositionis, nievo
non carere nigredinis , sed sane in loco peregrinationis
sua?. Alioquin erit cum earn sibi in patria exhbbebit
i1 i a gloria? gloriosam, non habentem maculam, aut
n, aut aliquid hujusmodi. At vero nunc si diceret,
quia nigredinem non haberet, seipsam seduceret, el Ve-
ritas in ea nun esset. Quamobrem ne mireris quiadixit,
Nigra sum; et rursum nihilominus, quia formosa sit,
gloriatur. Qu ido enim nori formosa, cui dicitur, Veni
formosa meat Cui autem dicitur, Veni, nondum perve-
neial, in' I'urle quis putet hoc dictum, nun quidem huic
nigra', qua? adbuc laborat venieodo in via ; sed bea-
ts illi, qua1 jam prorsus absque nigredine regnat in
pallia.
I. Sed audi uiide nigram, et unde formosam se dixe-
rit. An nigram quidem ob terram conversationcm, quam
prius lialjint suli principe hujus mundi, imaginem tcr-
restris bominis adhuc portans : formosam vero de coe-
lesti similitudine, quam postea ci mmutavit, ambidans
jam in novitate vitw ? Sed si hoc est, cur non magis de
pra'terilu. Nigra Fui et nun Nigra sum, dicit ? Si cui
tamen place! liic senses, id quod sequitur, sicul taber-
nacula Cedar, sicut pelles Salomonis, sic oportet intel-
ligi, ut de veteri quidem conversatione Cedar, de nova
vero Salomonis se dixerit tabernaculum. Hoc. enim esse
pelles, quod tabernaculum. Propheta ostendit dicens :
Repente vaslata suul tabernncula mea, subiio pelles mece.
VIXGT-CINQUIEME SERMON SUR
de Cedar, et depuis elle est devenue belle comme
les pavilions d'un roi triomphant.
II y a place 5. Mais voyons si l'un et l'autre ne conviendront
pour ic noir
mfme daos Pls mieux an plus parfait etat de sa vie. Si nous
les saints, considerous l'exterieur des saints, combien il est
humble, bas et abject, combien vilet neglige, quoi-
que au dedans ils contemplent la gloire de Dieu a.
face decouverte, etsoieut transforms en son image,
l'Esprit du Seigneur les faisant passer de clarte en
clarte ; ne nous semble-t-il pas que chacune de
ces Ames pent raisonnablement repondre a ceux
qui lui reprochent d'etre noire : « Je suis noire,
mais je suis belle ? » Voulez-vous que je vous mon-
tre une ame qui est noire et belle en meme temps?
« Ees lettres qu'il vous ecrit, disent-ils, sont graves
et severes, mais l'exterieur de sa personne n'est
pas grand, et ses discours sont fort communs. (I
Cor, x, 10). » C'est saint Paul qui etait de la sorte.
Jugerez-vous saint Paul, lilies de Jerusalem, sur la
figure exterieure de son corps ; et le mepriserez-
vous comme noir et difforme, parce que vous voyez
un homme faible, afflige par la faim et la soif, le
froidet lanudile, accable de travaux etdeblessures,
jusqu'a etre souventsur le point de mourir (II Cor.
xi, 23) ? Ce sont la les choses qui noircissent saint
Paul ; c'est ce qui fait que le Docteur des na-
tions est estime vil et abject, noir et difforme, l'op-
probre enfin et le rebut du nionde. Cependant
n'est-ce pas lui qui aete ravi dans le Paradis, et
qui, par son admirable purete, a depasse le premier
et le second ciel, et penetre jusqu'au troisieme? 0
ame vraiment belle ! logee dans un corps bien fai-
ble, elle n'en a pas moins ete recue par les beautes
celestes, les anges, tout grands qu'ils sont, ne l'ont
257
LE CANT1QUE DES CANTIQUES.
point rejetee ; la cbarite divine ne l'a point me-
prisee.Aprescela, direz-vous encore qu'elle est noi-
re ? Elleesl noire, je I'avoue, mais elle est belle, Bi-
les de Jerusalem. Elle est noire a voire jugement,
mais elle est belle au jugement de Dieu et des an-
ges. Si elle est noire ce n'est qu'au dehors. Or elle
se soucie fort peu de votre jugement, et du juge-
ment de ceux qui ne jugent des choses que paries
apparences exterieures. Car l'homme ne voit que
ce qui parait au dehors, mais Dieu voit et contem-
pleleceeur(liJ<tf. xvi, 7). Si elle est noire au de-
hors, elle est helle au dedans, et plait a celui a qui
elle souhaite de plaire. Elle ne se met pas en peine
de vous plaire ; car elle sait que si elle vous etait
agreable, elle ne serait pas la servante de Jesus-
Christ. Heureux le noir qui produit la blancheur
de lame, la lumiere de la science, la purete de la
conscience !
6. Ecoutez enfin ce que Dieu promet par le Pro-
phete a ceux qui sont noirs de cette sorte, a ceux
que l'humilite de la penitence ou le zele de la cba-
rite semble avoir decolores « Quand vos peches, dit-
il, seraient aussi rouges que lecarlate, ils devien-
dront Wanes comme la neige, et comme la laine la
plus blanche {ha. I, 18). » II ne faut pas mepriser
si fort le noir qui parait dans les saints, puisqu'il
produit une blancheur cacb.ee, et prepare au de-
dans de l'ame un trone pour la sagesse ; car la
sagesse, selon la definition du Sage, est la blancheur
de la vie eternelle [Sap. vn, 26), et il faut qu'une
ame en qui la sagesse etablit sa demeure soit bien
blanche. Si l'ame du juste est le siege de la sagesse,
je ne fais aucune difuculte de dire que l'ame du
juste est blanche, peut-etre meme la justice est-
Prius igifur nigra, sicut vilissima tabernacula Cedar :
postea formosa, sicut pelles gloriosi Regis.
5. Sed videamiis quomodo ad slalum potius vita? po-
tions utrumque respiciat. Si consideremus habitum ex-
terioiem sanctorum, eum qui in facie est, quam sit
humiUsutiqueet abjectus, et quadam neglectus incuria-
cum tamen identidem intus revelata facie gloiiam Dei
speculates, in eamdam imaginem transformentur de
clantatein claritatem, tanquam a Domini spiritu : nonne
una quadibet talis anima merito nobis videbitur posse
respondere exprobrmlibus sibi nigredinem : Nigra sum
sed formora? Vis tibi denique demonstrem animam et
mgram pariter, et formosan ? Epistolce, inquiunt, on
sunt : sed prtesentia corporis infirma, etsermo contemn-
tibUu. Paulus hie erat. Dane Paulum, o (iliae Jerusalem
de prasentia corporis aestimatis, et tanquam decolorem
deformemque contemnitis, quia cernitis homnnculum
afflictan in fame et siti, in frigore et nuditate, in lubo-
nbus plunmii, in plagis supra modum, in mortibus
frequenter? Use sunt quae denigrant Paulum. Pro hu-
jusmodi Doctor gentium reputatur inglorius, ignobilis
niger, obscurus ; tanquam denique peripsema hujus
mundt. Emmvero nonne ipse est qui rapitur in para-
disum, qui unum alterumque perambulans, usque ad
tertium sui puntate penetrat ccelum ? 0 vere pulcherri-
T. IV.
ma anima ! quam, etsi infirmum inhabitanfem corpus-
culum, pulchritttdo ccelestis admifterenondespev.it ange-
lica subhmitas uon rejecit, claritas divina non rep u lit
Dane vos d.citis nigram ? Nigra est, sed formosa, liliai
Jerusalem Nigra vestro, formosa divino angelieoque
judicio. Etsi nigra est, forinsecus est. Sibi autem pro
ni.mmo est, ut a vobis judicetur, aut ab bis qui secun-
dum faciem judicant. Homo siquidem videt in fade
Deus autem intuetur cor. Propterea etsi nigra foris sed
in us formosa, ut ei placeat cui se probavit. Nor, enim
vobis : quibus si adhuc placeret, Chrisli servus non esset.
Felix mgredo,qua5 mentis csndorem parit, lumen scien-
tiae, conscientia- puritatem.
6. Audi denique quid per Prophetam Deus promittat
ishusmodi nigris, quos aut humilitas pcrnitentia? aut
charUatis zelus, tanquam soiis sstus, decolorasse videtur
A ihT) a"' !>eCCfa l:es,ra ut co«™„w, quasi nix
dealbabunlur; ets, fuerint rubra quasi vernuculus, velut
tana alba erunt. *on plane contemnenda in Sanctis ista
mgredo e.xtera, qua? candorem operalur internum et
sedem proiide prieparat sapientiae. Candor est enim vita
externa; sapientia, ut Sapiens diffinit : et candidam opor-
tet esse animam, in qua ipsa sedem elegerit. Quod si
anima jush sedes est sapientia:, haud dubie dkerim
animam justi esse candidam. Et foriassia justitia ipsa
17
258
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Beauts et
blancheur de
Saint Paul.
II y a nn noir
qui est beau.
L'objet prin-
cipal des
soins des
Saints est
leur ame.
elle une blancheur de l'lme. Or saint Paul etait
juste, puisque la couronne de justice lui etait reser-
?ee II Tun. iv, 8). L'ame done de saint Paul etait
blanche; et la sagesse avait mis son troue en lui,
en sorte que ses dtscours surpassaient ceux des
plus parfaits et coutenaient cette sagesse sublime
et mystique que nul des princes du monde n'a con-
nue. Cepeudaut e'etait cette teinte noire, causee
par la faible complexion de son corps, par ses
grands travaux, par ses jeiines et ses veilles iulinies
qui produisait ou meritait en lui cette blancheur
de sagesse et de justice. En sorte que ce qui etait
noir en saint Paul etait tout autremeut beau que
les plus riches ornaments exterieurs, que les plus
maguitiques equipages des rois. On ne peut lui
comparer ui la beaute du corps, queque grande
que'lle soil, ni la blancheur d'uue peau delicate qui
doit etre uu jour cousumee, ni les roses dun
visage qui doit bientot se corrompre, ni le prix
d'uue robe qui s'use avec le temps, ni la beaute de
l'or ou 1 eclat des pierrenes, ai eulin rien de ce qui
est sojet a la corruption.
7. C'est done avec ruison que les saints, rnepri-
saut les ornements, et 1'entrelien supertlu de leur
exleneur, qui est corruptible, mettent tout leur
sum et s'occupent euUereuieut a cultiver et orner
l'inierieur, qui est fait a 1'image de Dieu, et qui se
renouvelle de jour en jour. Car Us sont assures
que rien ne peut etre plus agreable a Dieu que son
image, lorsqu'on la retablit dans sa premiere beau-
te. C'est pour cela que toute leur beaute est au
dedans deux, sans paraitre au dehors, e'est-a-dire
qu'elle ne consiste point dans la lleur de l'herbe,
cownie parle l'Ecnture, ni dans les louanges du
peuple, mais dans le Seigneur. C'est ce qui leur
f.iit dire : a Toute notre gloire consiste dans le te-
moignage de notre conscience (n Cor. u, 12) ;»
le seul juge de leur conscience est, en effet, Dieu, a
qui seul ils desirenl de plaire, car c'est la seule-
mcnl que se trouve la vraie et souveraine gloire a.
leursyeux. Ceries, cette gloire qui reside au dedans
n'est pas petite, puisque le Seigneur de gloire dai-
gne sen gloriher, suivant ccs paroles de David :
« Toute la gloire de la lille du rui est au dedans Ln gloire
d'elle (I'sal. xliv, 1/j). » Car la gloire que chacun inlfri,"re el
. . ... , . ,. eitcneur*
trouve en soi-meme est bien plus sure que celle des Saints.
qu'ou trouve dans les aulres. Mais peut-etre ne
faut-il pas se gloriher seulement de la blancheur
du dedans ; mais aussi de la noirceur du dehors,
alio qu'il n'y ait rien d'inutile dans les saints,
mais que toutes cboses contnbuent & leur bien.
Ne nous glorihons done pas seulement dans notre
esperance, mais encore dans nos alll ctions. « Je
me glorilierai volontiers, dit l'Apotre, dans mes
inlimiiles, alin que la force de Jesus-Christ hubite
en moi (u Cor. xu, 9). » Combien desirable est
1'inQruiite qui est recompensee par la force de
lesus-Christ. Qui m'accordera cette grace, non-
seulemeut de devenir faible et inlirme, mais meme
de tomber dans une langueur extreme, et [iresque
en complete defaillance, pour que je sois allerini
par la force du Seigneur des vei'lus? « Car la vertll
se perfeetioune dans la faiblesse du corps. » C'est
d'ailleurs, « quand je suis inlirme, dit l'Apotre,
que je suis fort et puissant. »
8. Puisqu'il en est ainsi, l'Epouse a bonne grace
a se faire un sujet de gloire de ce qui lui est re-
proche commeune laideurpar SL-senvieuses, quand
elle ne se glontie pas seulement d'etre belle, mais
d'etre noire. Car elle ne rougit point d'etre noire
candor est. Justus autem eral Panlus, cui reposita fue-
rat corona justitne. Candida proinde Pauli uiiiuia erat,
et sapientia sedebat in ea, ita ut sapientiam loqueretur
inter perfectos, sapientiam in niystcrio absconditam,
quam nemo principum mundi liujus agnovit. Porro hmic
in eo sapientia', justitia'que candorem nigredo ilia ex-
terior de piffisentia corporis inlirma, de labonbus plu-
rimis, de jujuuiis ac vigiliis mullis, aut operabatur, aut
prouierebatur. Ideoque et quod nigrum est Pauli spe-
ciosius est omni ornalu extrinseco, orani etiam regio
cultu. Non comparabitur ei quantalibet pulcbritudo car-
nis, non cutis utique nitida et arsura, non facies colorata
vicina putredini, non vestis pretiosa obnoxia vetustati,
non auri species, splendorve gemmarum, seu qua;que
talia, qua1, omnia sunt ad corruplionem.
7. Merilo proinde omuis cura sanctorum, spreto or-
natu cultuque supurlluo exlerioris sui homiuis, qui
certe corrumpitur, omni se diligenlia praebet et occupat
excolendo ac decorando interior! illi, qui ad imaginem
Dei est, et renovatur de die in diein. Certi sunt enim
Deo non posse esse quidquam acccplius imagine sua, si
proprio fuerit restituta decori. Proptcrea et omnis gloria
eorum intus, non foris est, hoc est non in flore fceni,
aut in aure vulgi, sed in Domino. Unde et dicunt, Glo-
ria nostra heec est, testimonium couscientiee nostra? :
quod conscientiae solus sit arbiter Deus, cui soli pla. ere
desiderant; et cui placere, sola vera et simima gloria est.
Non mediocris plane gloria ilia qu;e intus est, in qua
gloriari dignatur et Dominus gloria', dicente David :
Omnis gloria ejus ftlia regis ab intus. Et tutior sua
cuique gloria, dum babet earn in semctipso, et non in
altera. At non in solo fortassis candore interno, sed in
exteriori quoque nigredine et exterioie gloriandum, ne
quid omnino Sanctis depereat, sed omnia cooperer.tur
in bonum. Non solum igitur in spc, sed et gloriari in
tribulationibus. Libenter, ait, gtoriabor in in/irmitatibus
meis, ut inhabiiei in me virtus Christi. Optanda infir-
mitas, qua; Cbristi virtute cumpensatur. Quis dabit mi-
hi non solum intirmari, sed ut dcslitui ac deticere peni-
tus a memetipso, ut Domini virtutum virtute stabiliar?
Jfam urtits in infirmilute fier/iettw: Ueniquc ait :
Quawlo infirmor, tunc fortis sum ei potent,
8. Quod cum ita sit, pulcbre Sponsa convertit sibi ad
gloriam, qm.d ei pro opprobrio ab smiths intorquelur j
non modo formosam, sed et nigram esse se glorians.
Non enim erubescit nigredinem, quam novit praecessisae
VINGT-C1NQUIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
259
quand son Epoux Fa ete avant elle, puisqu'elle met
toute sa gloire ii lui etre seuiblable. Elle n'estime
La eloire des , .,.,. -, r? • *> \.
Chretiens done rien de si gloneux que de sounrir 1 opproore
consiste a se (je j0Sus-Christ. Et e'est ee qui lui fait dire avec
conformer au L
crucifie. allegresse et bonlieur : « A Dieu ne plaise que je
me glorilie en autre chose qu'en la croix de mon
Seigneur Jesus-Christ (Gal. vi, l!i). » L'ignominie
de la croix est agreable a celui qui n"est plus in-
grat envers Jesus-Christ crucilie. C'est une n.-ir-
ceur, mais c'est la forme et la ressemblance du
Seigneur Jesus. Consultez le prophete Isaie, et il
vous dira de quelle maniere il l'a vu en esprit. Car
n'est-ce pas de lui qu'il a dit : « C'est un liomme
de douleur, accable de faiblesse; iln'a plus ni grace,
ni beaute (ha. mi, 3)? » Et il ajoute : « Nous
l'avons pris pour un lepreux, et pour un homme
que Dieu avait frappe et humilie. Mais il n'a recu
toules ces plaies en son corps, que pour l'expiation
de nos peches. 11 a ete comme brise a cause de nos
crimes, et nous avons ete gueris par le sang de ses
blessures (Psal. xnv, 3). >> Voila ce qui le rendait
noir. Ajoutez a cela ce que dit David : « 11 surpasse
en beaute tous les enfants des hommes ; » et vous
trouverez dans l'Epoux tout ce que l'Epouse pre-
tend avoir en elle.
9. Ne vous semble-t-il pas que, selon ce que nous
avons dit, il puisse fort bien repondre aux Juifs
envieux de sa vertu; jesuis noir, maisje suisbeau,
enfants de Jerusalem. II etait noir, eneffet, car il
En quel sens n'avait ni grace, ni beaute. 11 etait noir, parce que
Jesus est noir .... , ,. , ,
et beau, c etait un ver, non un homme, 1 opprobre du mon-
de et le rebut du peuple. Apres tout, puisque lui-
rneme s'est faitpeche (n Cor. v, 21), pourquoi crain-
drais-je de dire qu'il est noir ? Regardez-le couvert
de haillons, meurtri de coups, souille de crachats,
pale des paleurs de la mort; pouvez-vousnier qu'il
soit noir ? Mais demandez aux apotres comment ils
l'ont vu sur la montagne, et aux anges quel est
celui qu'ils desirent tant contempler, et vous e
laisserez pas d' admirer sa beaute. II est done beau
en lui-meme, et il est devenu noir pour l'amour
de vous. 0 Seigneur Jesus, que je vous trouve beau,
meme revetti de ma forme, non-sculement a cause
des merveilles adorables dont vousbrillez de toutes
parts, mais encore a cause de votre verite, de votre
douceur, et de votre justice. Heureux celui qui ,vous
considerant attentivement, quand vous conversez
comme homme parmi les hommes, s'efforce autant
qu'il peut de vous imiter. Votre toute belle a deja
recu le don de cette felicite, comme les premices
de sa dot, parce qu'elle n'a point ete paresseuse a
imiter ce qu'il y a de beau en vous, ni honteuse de
souffrir ce qu'il y a de noir. C'est aussi ce qui lui
fait dire : « Je suis noire, mais je suis belle, filles
de Jerusalem. » Et elle ajoute une comparaison :
« Comme les tentes de Cedar, comme les tentes de
Salomon. » Mais ces paroles sont obscures et diffi-
ciles a pour des audileurs fatigues. Vous avez du
temps pour frapper a cette porte. Si vous y frappez
comme il faut, celui qui revele les mysteres se
presentera, il ne tardera point a vous ouvrir, puis-
que lui-meme vous invite a y frapper. Car c'est lui
qui ouvre et personne ne ferine, lui, l'Epoux de .
de l'Eglise, notre Seigneur Jesus-Christ, qui est
beni dans les siecles des siecles. Ainsi soit-il.
et in Sponso : cui similari quanta; etiam gloria; est? Nil
sibi gloriosius proinde pntnt, quam Christi portare op-
probrium. Unde vox ilia prorsus exsullationis et salntis :
Aisii milii ijtormri, nisi in cmce Domini mei Jesu-Christi.
Grata ignominia crucis ei, qui Crucifixo ingratus non
est. Nigredo est, sed forma et similitudo Domini. Vade
ad sanctum Isaiam, et describei tibi, qu.'dem in spiritu
ilium viderit. Quern namque alium dicit drum dolorii,
et scieniem infu-mitatem , et quia non erat ei species
neque decor? Et addidit : Not puttwimus cum tanquam
teprosum, et percuisum a Deo, et humiliatum. Ipse au-
tem vulneratui est propter iniquilates nostras, attritus
est propter see/era nostra ; et lirore ejus sanati sutnus.
Ecce unde niger. Junge et illud sancti David, Speciosus
forma prm filiis hominum; et habes totum in Sponso,
quod Sponsa de se hoc in loco testata est.
9. Num tibi recte et ipse videtur secundum ea quae
dicta sunt, aemulis posse respondere Judieis : Niger sum,
sed formosus, filii Jerusalem 1 Niger plane, cui non
erat species, neque decor; niger, quia vermis et non
homo, opprobrium hominum. et abjectio plebis. Denique
seipsum fecit peccatum : et nigrum dicere verear ? In-
tuere sane pannis sordidum, plagis lividum, illitum
iputis, pallidum morte ; et nigrum vel tunc profecto fa-
tebere. Percunctare etiam apostolos, eumdem ipsum
qualem in monte perspexerint ; aut certe angelos, in
qualem prospicere concupiscant ; et nihilominus formo-
sum mirabere. Ergo formosus in se, niger propter te.
Quam formosum et in mca forma te agnosco, Domine
Jesu ! non ob divina tantum quibus effulges miracula,
sed et propter veritatem, et mausuetudinem, et justitiam.
Beatus qui te in his hominem inter homines conversan-
tem diligenter cbservans, seipsum pra'bet pro viribus
imitatorem tui. Hoc jam bealitudinis munus formosa
tna primitias suaa dolis accepit; nee quod formosum
est tui, imitari pigra ; nee quod nigrum sustinere con-
fusa. Unde et dicebat : Nigra sum, sed formosa, filiiB
Jerusalem. Et addidit similitudinem, sicut tabernacula
Cedar, sicut pelles Sa/omonis. At istnd obscurum est,
nee altingendum omnino fatigatis. Habetis tempus ad
pulsandum. Si non dissimulatis, aderit qui revelat mys-
teria : nee cunctabitur aperire, qui ad pulsandum invi-
tat. Ipse est enim qui aperit, et nemo claudit, Sponsus
Ecclesiae Jesus-Christus Dominus noster, qui est bene-
dictus in saeeula sasculorum. Amen.
260
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Prononce en
1133.
SERMON XXVI.
Saint Bernard pleure la mort de son frere
Girard ».
exil?Car nous n'avons pas ici une cite permanente,
mais nous aspirons apres la cite future [Jub. xui,
14). D'ailleurs, nous conibattons dans ce corps
model, comme lorsqu'on est sous la tente, en fai-
sant une saiute violence pour conquerir le del. En
efi'et, la vie de l'bomme sur la terre est tin combat
1. « Comme les tentes de Cedar, comme celles de perpetuel, et, tant que nous combattons ici-bas
Salomon (Cant. I, li). » (-'est par la qu'il nous faut nous sommes exiles de la presence du Seigneur,
commencer, puisque cost la que nous avons lini la e'est-a-dire nous sommes prives de la lumiere. Car Notre corns
derniere fois. Je vois bien que vous desirez savoir le Seigneur est la veritable lumiere, et, tant que cst une ,cnte
ce que ces paroles signilient, et quelle liaison elles nous ne sommes point avec lui, nous sommes dans
ont avec celles qui les precedent, car e'est une les tenebres, e'est-a-dire dans Cedar. Aussi cette
coinparaison. On peut dire que les deux parties de voix gemissante et plaintive nous convient-elle :
cette comparaison repondent seulement a ces paro- ccllelas ! que mon exil est long! je vis ici comme un
les qui hi precedent : «je suis noire. » On pent dire Stranger parmi les habitants de Cedar; mon ame
aussi que les deux membres de la comparaison se est ennuyee de demeurer si longtemps bors de ma
rapportent aux deux cboses ipie l'Epouse a diles : patrie [Psal. cxix, 5). » Cette demeure de notre
je suis noire, miis je suis belle. Le premier sens corps n'est done pas la demeure d'un citoyen ou la
est plus simple, celui-ci est plus obscur. Mais U- maison d'un indigene; mais e'est la tente d'un
ebons d'expliquer l'un et l'autre, et commencons combattant on l'hutellerie d'un voyageur. Ce corps,
par celui qui parait le plus difticile. Or, ladifticulte je le repete, est une tente, et une tente de Cedar,
ne consiste pas dans les deux premieres paroles de parce qu'il environne lime, et la prive de la jouis-
chaque partie, mais dans les dernieres. Car « Ce- sance de la lumiere infinie, et ne lui permet point
dar, » qui signifie tenebres, semble avoir un rap- de la voir, si ce nest comme dans un miroir et en
port assez clair avec ce qui est noir; mais le mftme enignie, mais non pas face a face.
rapport ne se trouve pas eutre « les tentes de Salo- 2. Voyez-vous d'oii vieut que l'Eglise est noire, et iyou Tjent
mon » et la beaute. Qu'est-ce, en elfet, que les tentes, que les plus belles ames ne sont pas exemptes de que, 1'E.Sli"
sinon le corps dont nous sommes revetus dans cet quelque rouille? Cela vient des tentes de Cedar, de
l'exercice d'une guerre laborieuse, de la longueur
de ce miserable sejour, entin de ce corps fragile et
pesant. « Car le corps corruptible appesantit 1'aine,
et cette demeure de terre et de boue abat l'esprit
qui veut s'elever par la sublimits de ses pensees (Sap,
ix, 15). » C'est pourquoi aussi ces ames soukaitent
a Voir l'bistoire de fa conversion dans la vie de saint Bernard,
par Guillaume, livre I, n. II et 12. II etait celerier a Clair-
vaui, meme livre, n. 27. Sa mort arriva en 1138, apres soa re-
tour d'ltalie avec saint Bernard, nierne livre, n. 14. On a vu
plus haut, lorne III de cette edition, une oraison funebre du
meme genre en lhonneur de Humbert.
SERMO XXVI.
In quo beatus Bemardus obitum fratris sui Girardi
luget.
i. Sicut tabernacula Cedar, sicut pelles Salomonis.
Hinc incipiendum, quia hie desiit sermo superior. Hoc
exspectatis audite quid sit, et qualiter ei quod proximo
tractatum est capitulo coaptetur, quia simililudo est.
Potest enim hoc ita subjunctum luisse, ut utraque pars
sirnilitudinisad id solum respondeat, quod ibi pra^cesse-
rat, Nigra sum. Potest et ita, ut duobus illis duo isla,
id cst singula singulis referantur. Ille sensus simplicior,
iste obscurior cst. Sed tentemus utruuique : et prius
quidem huiic, qui diflicilior apparet. Non autetn in duo-
bus primis, sed in duobus duulaxat extremis difflcultas
est. Nam Cedar quidem (quod interpretatur tenebi-ie)
aperte satis cum nigredinc convenire videtur: sed pelles
Salomonis cum formositate non ila. Porro tabernacula
in eamdem nihilominus concurrerc convenientiam quis
non videat? yuid enim tabernacula, nisi nostra sunt
corpora, in quibus peregrinamur? Nee enim habemus
hie manentem civitatem, sed futuram inquirimus. Sed
et militamus in eis, tanquam in tabernaculis ; prorsus
violenti ad regnum. Denique militia est vita hominis
super terram : et quandiu militamus in hoc corpore,
peregrinamur a Domino, id est a luce. Nam Dominus
lux est : et in quantum quisque cum eo non est, in tan-
tum in tenebris est, hoc est in Cedar. Flebilem proinde
vocem illam agnoscat suam : Heu nuhi quia incolutus
metis prolongatus est! habitavi cum habitantibus Cedar,
mullum incoia fuil annua ami. Est ergo hoc habitacu-
lum nostri corporis, nun civis mansio, aut domus indigent;
sed aut tabernaculum, mililanlis, aut siabulum viatoris.
Est, inquam, hoc corpus tabernaculum, ct tabernaculum
Cedar, quod nimirum animam, quasi objectu sui, incir-
cumscripti luminis interim nunc fraudat aspectu ; nee
sinit omnino videre illud, nisi per speculum quidem
et in amiymate, non autem facie ad faciem,
2. Videsne unde EeclesiEe nigrcdo, unde pulcherri-
mis quoque animubus nunnulla rubigo inhatiserit'? De
tabernaculo profecto Cedar, de exeicitio iaboriosa: mi-
litia.-, de diuturnitate miseri incolatus, de angustiis
aerumnosi exsilii, de corpore denique fragili et gravi :
quia Corpus quod corruaipitur, aggravat animam, et
deprimit terrena inhabitalio sensum mulla cogilantem.
Propterea et cupiunt dissolvi : ut corpore levata?, Cliristi
avolent in amplexus. Unde et gemens una de misetis
VINGT-SIXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
261
d'en sortir, afin qu'etant delivrees de ce corps, elles
volent pour jouir des chastes embrassements de
Jesus-Christ. C'est ce qui fait dire a l'une d'elles
avec gemissement : « Malheurenx homme que je
suis. qui me delivrera de ce corps de mort (Runt.
vi, 24)?) « Car elle sait que tandis qu'elledemeure
dans les tentes de Cedar, elle ne peut pas etre en-
titlement exempte de taches, de rides, ou de
feu que je cache en moi devore mon ftme par des
regrets cuisants et penetre jusqu'a la moelle de mes
os. Etant enferrae, il se repand davanlage, il prend
de nouvelles forces. Quel rapport y a-t-il eulre ce
cantique de joie et l'amertume oil je suis? La vio-
lence de la douleur me rend incapable d'applica-
tion, et l'indignation de Dieu a desseche mon es-
prit. Car celui qui etait cause que je faisais mes
quelque noirceur, et c'est ce qui lui fait desirer d'en exercices dans le Seigneur avec quelque liberte,
etre dehors, alin de pouvoir acquerir une parfaite
purete. Voila ponrquoi l'Eglise dit qu'elle est noire
« comme les tentes de Cedar. » Mais comment est-
elle comme les tentes de Salomon ? Je ne sais ce
que je sens de sublime et de sacre, enveloppe dans
ces tentes, et je n'oserais y toucher sans le bon
plaisir de celui qui y a cache et seelle ces mysteres.
J'ai In, en effet, que « celui qui veut sonder la ma-
m'ayant ete ravi, mon coeur m'a abandonue en
meme temps. Mais je me suis fait violence, et j'ai
dissimule jusqu'a present la grandeur de mon mal,
de peur qu'il ne semblat que la foi flit vaincue par
1'affection naturelle. Car, comme vous l'avez pu re-
marquer, tandis que les autres pleuraient, j'ai suivi
ces trisles funerailles les yeux sees b. Je suis de-
meure debout, sur la fosse, sans repandre une seule
jeste de Dieu, sera accable sous le poids de sa larme, jusqu'a ce que toutes les ceremonies fussent
gloire (Prov. xxv, 27). » Je m'abstiens done de le
faire et le remetsaun autre temps. Vous aurez soiu
cependant de m'obtenir cette faveur par vos prieres,
ainsi que vous avez coutume de le faire, afin que
nous revenions avec une allegresse d'autant plus
grande, que notre confiance le sera davantage elle-
meme, a un sujet qui a besoin de la plus grande
attention. Peut-etre une personne qui frappera avec
piete a la porle trouvera ce que ne pourrait pas
trouver un investigateur temeraire. Et d'ailleurs, la
tristesse qui me saisit et la douleur qui me presse,
ne me permellent pas d'aller plus loin.
3. Car, pourquoi dissimuler davantage a? t,
a Ici commence l'oraison funebre que saint Bernard fit de son
frere Girard. Berenger, l'impudent disciple d'Abelard, la reproche
sans raison a notre saint, en disant « qu'il metait ainsi la tris-
tesse a la joie. » 11 lui reproche encore, au sujet de cette orai-
son, d'avoir emprunte mot pour mot quelques ligoes de l'oraison
funebre de Satyre par saint Ambroise. Or, ces lignes ne se trou-
vent point daDs ce scrmoo, et, s'y trouvasseot-elles, il ne s'en
snivrait rien contre saiDt Bernard. Mais citons ces deux passages.
Voici le premier : « Mon frere a quitte la vie, ou plutot, pour
entierement achevees. Revetu des habits sacer-
dotaux, j'ai dit pour lui, de ma propre bouche, les
prieres accoutumees, et de mes propres mains, j'ai
jete de la terre sur le corps de mon bien-aime qui
devait bientot lui-meme etre reduit en terre. Ceux
qui me regardaient pleuraient et s'etonnaient de ce
parler plus juste, il a quitt6 la mort pour la vie. Oui, dis-je,
mon frere est mort, lui qui est la tencur de la conscience, le
miroir des masurs, le lien de la religion. Qui montr ra plus d'ar-
deur au travail? Qui saura mieux adoucir la douleur de ceux'
qui sont dans l'affliction? « Le second passage est celui-ci : « La
bceuf chercbe le bceuf, quand il se sent seul, il temoigne par des
mugissements repeti^s son tendre att'ehement. Oui, dis-je, le
bceuf recberche le bceuf avec lequel il a coutume de porter le
joug. t Ce dernier passage se lit, en effet, au debut de l'oraison
funebre de saint Ambroise, mais ni l'un ni l'autre ne se trouvent
dans saint Bernard. II est vrai que, pour echapper au reproche
d'imposture, Berenger a fait preceder son assertion de ces mots :
« Si je ne me trompe. »
b Selon Geoffroi, il « ne rendit presque jamais ce dernier de-
voir a aucun religieux sans pleurer. » Voir la Vie de saint Ber-
nard, par Geoffroi, Uvre III, chapitre in.
aiebat : Infelix ego homo ! qui? me liberabit de corpore
mortis hujus? Suit nimirum quae hujusmodi est, quod
rjon possit in tabernaculo Cedar carere ad purum ma-
cula aut ruga, non quantulacunque nigredine : et cupit
exire, ut se possit exuere. Et hsc ratio, cur sponsa
nigram se dixerit sicut tabernacula Cedar. Sed enim
quomodu formosa, sicul petles Salomonis ? At nescio
quid sublime ac sacrum sentio in his pellibus involutuni,
quod miniuie ausim omnino contingere, nisi ad niitum
sane ipsius, qui reposuit et signavit. Legi nimirum :
Qui scrutator est majestatis, opprimetur a gloria. Super-
sedeo igitur et diflero. Vobis interim curse erit soldo
impetrare favorcm vestris precibus : ut eo alacriores,
quo fidentiores redeamus ad id, quod attentioribus eget
animis. Et fortassis inveniet pius pulsalor, quod teme-
rarius scrutalor non posset. Quanquam et mceror finem
imperat, et calamitas quam patior.
3. Quousque enim dissimulo et ignis quern intra meip-
sum abscondo, triste pectus adnrit, interiora depascitur?
Clausus latius serpit, sasvit acrius. Quid mihi et cantico
huic. qui in amaritudine sum ? Vis doloris abducit in-
tentioaem, et indignatio Domini ebibit spirilum meum.
Subtracto siquidem illo, per quem mea in Domino stu-
dia utcunque libera esse solebant; simul et cor meum
doreliquit me. Sed feci vim animo, ac dissimulavi us-
que hue ; ne affectus (idem vincere videretur. Denique
plorantibus aliis, ego (ut advertere potuistis) siccis ocu-
lis secutus sum invisum funus, siccis oculis steti ad
tumulum, quousque cuncta peracta sunt exsequiarum
solemnia. Indutus sacerdotalibus, solitas in eum oratio-
nes proprio ore complevi, terram meis manibus ex mo-
re jeci super dilecli corpus, terram mox futurum. Qui
me intuebantur flebant, et mirabantur, quod non flcrem
ipse : cum non ilium quidem, sed me potius, qui ilium
amisissem, omnes miserarentur. Cujus enim vel ferreum
pectus super me ibi non moveretur, quem videret
262
oeuvres de saint beunard.
Motif's do
eousolation.
Combien la
douleur que
saint Ber-
nard ressen-
tait de la
raort de son
frere etait
juste.
([iii' je ne pleurals pas aussi; et ils n'avaient pas trouverai-je un aussibon ami, qui m'aime autant
t.mt pitie i- que de moi qui l'avais perdu. Car, qu'il m'aimait? 11 etait mon frere par da nature,
nil c-st le coeur de fer qui nVut point eu alors com- mais il I'etait bien plus par la religion. Plaigncz, je
passion de moi, en voyant que je survivals a mon vous prie, mon malheur, vous qui le conuaissez.
Erere Girard? C'etail une perte commune a tons, J'etais inlinur de corps, et i] mo portait : j'etais
mais ce n'etait rien an pri\ de la mienne. Pour faible dans 1'aine et il me lbrliliait. J'etais negli-
moi, je resistais m\ sentiments de mon coaur, au- genl et paresseux et il m'excitait. J'etais sans pro-
tant que la foi me donnail de force, m'efforoant voyance et sans soiu, et il m'avertissait de mon
meme, maigre moi, de D'etre point emu de eet devoir. Pourquoi faut-il que tu m'aies etcarrache?
evenement si (uneste, en me representant que Pourquoi faut-il que tu ui'aLes ete ravid'antre les
c'etail comme ub tribut a la nature auquel tout mains, 6 mon oner ami, nomine admirable, toi qui
honime est soumis, une necessity inevitable de otais si fort selon mon camr ? Nous nous aimions si
notre condition, mi efiel du commandement de ce- tendrement pendant notre vie, comment se peut+iJ
lui qui est tout-puissanl, du jugement de celui qui faire que nous soyons separes par la mort ? Sepa-
est souverainement juste, un ileau d'un Dieu terri- ration pleine d'amertume, et que la seule mort
ble, et eulin le bon plaisir du Seigneur. Des-lors pouvait causer ! Car quand est-ce qu'elant tous
et dans la suite, j'ai gagne toujours sur moi de no deuxvivantstu m'eusses abandonne? Cetle borrible
pas m'abandonner aux pleurs, quoique je fusse division est un uuvrage. de la mort. Qra n'auiait
bien trouble et agile au dedans de moi. J'ai pu epargne le lien qui nous ucissait ensemble, d'un
commander a mes larmes, mais non pas a ma tris- amour si doux et si tendre, sinon la mort celte en-
tesse ; et, comme il est ecrit : « J'ai ete dans le nemie de toute douceur ? Oui, c'est bien use mort,
trouble, et n'ai point parle (Psal. lxxii, 5). » Mais celle qui, ravissant une seule personne, en a tue
ma douleur ainsi retenue a jete en moi de plus pro- deux d'un meme coup ! En diet, sa mort n'est-
fondes racines, et est devenue d'autant plus vio- elle pas aussi une mort pour moi? Assuremeut elle
lente que je lui ai moins permis de se repandre, je est une mort plutot pour moi que pour lui, puis-
suis vaincu, je 1'avoue. 11 faut que ce que je souffre que ce qui me reste do vie m'est intiniment plus
au dedans de moi eclate au debors. Qu'il sorte, je penible que toutes les morls du monde. Je ne vis,
le veux bien, et paraisse aux yeux de mes en- qu'alin de mourir tout vif, et j'appellerais cela une
fants; connaissant la grandeur de mon mal, ils vie ! 0 mort impitoyable, que tu m'aurais trade
pardonneront a l'exces de mon deuil et seront plus bien plus favorablement, si tu m'avais plutot prive
portes a me consoler. de l'usage que du fruit de la vie ! La vie
ll. Vous savez, mes en rants, combien ma douleur sans ses avantages est plus dure que la mort. Un
est juste, combien ma plaie est grande et cruelle. arbre qui ne porte point de fruit est menace deux
Car vous voyez quel lidele compagnon m'a aban- fois de la cognee et du feu (Malik, in, 10). Envieuse
donne dans le cbemin ou je marc.bais, comme il de mes travaux, tu as eloigne de moi mon ami et
etait vigilant, laborieux, doux et agreable ! Oil mon parent, qui, par ses soins, etait la principale
Amour natu-
rel dei frerei
La separation
est uius dura
que la mort.
Girarrlo superstitcm? Commune damnum : sed pra?
meo non reputabatur inforltinio. At ego quibtis poteram
viribus fidei, reluctabar affectui, nilens vel invitus non
meveri frustra addictione natura?, nniversilalis debito,
contlitionis usu, polenlis jussu, jadicio justi, Qagello
terribilis, Domini voluntale. Pro hujusmodi semper ex-
tunc cl deinceps cxcgi a memclipso non indulgere
multo fletui, multum lamen Itirbalus et moestus. Nee
potui imperare tristiliic, qui potui lacryma? ; sed, ut
scriplum est, Turbalui sum, et non sum locutus. At
suppressus dolor allius introrstim radicavit, eo (ut sentio)
acerbior faclus, quo non est exire permissus. Fateor,
viclus sum. Exeat nercsse est foras quod inlus palior.
Exeat sane ad oculos filiorum, qui scicnles incommo-
dum, planctum bumanius aestiment, dulcius consolen-
tur.
4. Scilis, 0 filii, qiiatu Justus sit dolor metis, quam
dolcnda plaga men. Cernitis nenipe, quam (idus comes
deseruit me in via hau quam anibulaham, quam vigil ad
curam, quam non scgnis ad opus, quam suavis ad mo-
res. Quis ita mibi pernecessarius ? cui 83que dilectus
ego ? Frater erat genere, sed religione germanior. De-
lete, quaeso, vicem meam vos, quibus ha?c nota sunt.
Inlirmus corpore eram, et ille pnrtabat me ; pusilhis
corde eram, et confortabat me; piger et negligcns, et
excilabat me , improvidus et obliviosus, et commoncbat
me. Quo milii avulsus es ? quo mihi raptus c manibus,
homo unanimis, homo secundum cormeum? Amavimus
nos in vita : qnomodo in morte sumus separati ? Ama-
risslma separatio ! et quam non posset omnino eflicere
nisi mors. Quando enim me vivus vivum desereres ?
Omnino opus mortis, horrendum divortium. Quis enim
tarn suavi vinculo mutui noslri non pepercisset amoris,
nisi totius suavitatis inimica mors? Bene mors, qua;
unum rapiendo, duos furiosa peremit. Annon mors
eliam mibi? Imo plus mihi, cui utique omni morte
infelicior vita scrvata est. Vivo lit vivens moriar : et
hoc dixerim vitam? Quam mitius me privares, oauslera
mors, vita? usu, quam fnictu ! nam vita sine fniclu gra-
vior mors. Denique duplex maluui ligno paratur infruc-
tuoso, securis et ignis. Ergo meis laboribua invidens,
elongasti a me amicum et proximum, per cujus maxime
studium erant (si quando eratit) fructuosi. Satius proin-
de mihi fuisset periclitari vita, quam tua, o Girarde,
VINGT-SIXIEME SERMON SUR LE CANTIQTJE DES CANTIQUES.
2C3
cause de ce peu de fruit que Ton recueillait de mes ce qu'on t'a comma ravi a moi, puisque le Sei-
peines. Aussi, mon cher Girard, il m'eiit ete bien
plus avantageux de perdre la vie, que d'etre prive
de ta presence, toi qui par ton zele m'animais dans
mes exercices spirituels, m'assistais par ta fidelite,
me redressais par ta vigilance. Pourquoi nous som-
mes-nous aimes, ou pourquoi nous sommes-nous
perdus? Cruelle condition, condition deplorable
pour moi, non pour lui. Car pour toi, mon cher
gneur de majeste te fait part abondamment de sa
presence et de celle de ses bienheureux. Mais moi,
qu'ai-je recti qui me. tienne lieu de toi? Combien
je voudrais savoir quel sentiment tu as maintenant
de moi, qui etais l'objet de tes plus tendres affec-
tions, et qui suis accable de soins et de peines,
prive que je me trouve de l'appui qui me soutenait
dans ma faiblesse ; si ne3nmoins il t'est encore
frere, si tu as perdu des personnes qui t'etaient permis de songer aux miserables, maintenant que
cheres, tu en as trouve qui te le sont encore da-
vantage. Mais pour moi, quelle consolation me
me peut-il rester a pros toi qui etais mon unique
support ! L'union des corps qui etait entre nous, a
ete egalement agieable a l'un et a l'autre
de nous, a cause de celle de nos volontes, et moi
seul suis blesse de notre separation. Ce qu'il y
avait de contentement et de douceur dans notre
amitie nous a ete commun a tons les deux, mais
ce qu'il y a de triste et de lugubre en notre sepa-
ration est pour moi seul. C'est surmoi que lacolere
de Dieu est tonibee, c'est sur moi que sa fureur s'est
appesantie. Notre presence nous etait egalement
agreable, notre commerce doux, notre entretien
charmant egalement a tous deux. J'ai perdu seul ces
delices, car pour toi lu u'as fait que les cbanger en
dot. Et certes tu asbeaucoup gagne au change.
5. Puisque pour la perte que tu as faite de nous,
tu as recu en recompense des joies et des benedic-
tu es entre dans l'abime de la lumiere, et comme
englouti dans l'ocean dune felicite eternelle. Car
peut-etre si tu nous as connu selon la chair, tu ne
nous connais plus a cette heure ; peut-etre, entre
dans le lieu de la majeste et de la puissance du
Seigneur, tu ne te souviens que de sa justice, et
nous as entierement oublie. Mais celui qui est atta-
che a Dieu, n'est qu'un me me esprit avec lui, et est
tout transforme dans son amour. II ne pent avoir
de pensee ni de gout que pour Dieu, et tout ce
qu'il goute et pense est Dieu meme, parce qu'il est
tout plein de lui. Or Dieu est amour, et plus une
personne est unie a Dieu, plus elle est remplie d'a-
mour. Kt quoique Dieu soit impassible, il n'est pas
incapable de compassion, puisque c'est une qualite
qui lui est propre de faire toujours grace et de
pardonner. II faut done aussi, mon cher frere, que
tu sois misericordieux, puisque tu es uni a celui
qui Test si fort. II est vrai que tu ne peux plus etre
Les bienheu-
reux dans la
ciel sont in-
quiets pour
nous.
tions infinies, a et qu'au lieu de la satisfaction que malheureux, maisbienque tu sois incapable de souf-
frir, tu ne laisses pas de compatir aux souffrances
des autres. Ton affection n'est pas diminuee, mais
changee, et, en te revetant de Dieu, tu ne t'es pas
depouille du soin que tu avais de nous, b puisque
Dieu meme daigne bien en prendre soin. Tu as
Pour les
saints la mort ^u ava;5 ,)e ma presence, qui est si peu considerable,
est un gain, r • i r »
non une tu jouis de la presence immortelle de Jesus-Christ,
tu ne souffres aucun dommage de ton absence
d'aupres de moi, car tu es mele aux chceurs des
anges. Tu n'as done point sujet de te plaindre de
■ Les editions et les manuscrits des ceuYres de saint Bernard,
presentent ici quelques varianles sans importance : il en est meme
une qui est manifeslement fautive.
b On Toit la preuve de ce que saint Bernard avanee la dans
deni apparitions de Girard a notre saint. 11 en est parle dans
la Vie du saint Docteur, li?re tv, n. 10, et livre v, n. 8.
el. fortis.
prapsentia, qui meorurn in Domino studiorum eras sol-
lieitus incitator, (idelis * adjutor, cautus examiuator.
Cur, quaeso, aut amavimus, aut amisimus nos? Dura
conditio, sed mea miseranda fortuna, et non illius ! Nam
tu, care frater, si caros amisisti, cariores utique rece-
pisti. Me vero quaenam jam miserum onsolatio manet
post te unicum solatium meum ? Placita fuit pariter
utrique societas corporum pro morum concordia : sed
solum me divisio vulneravit. Commune quod libuit ;
quod triste et lugubre, meum : in me transierunt irae,
in me confirmatus est furor. Erat ambobus alterulrum
gra'a praesentia, dulce consortium, suave colloquium :
sed Innlas utriusque delicias ego perdidi, tu mutasti. Et
qnidenj immutatis illis retributio multa.
5. Quanto foenore gaudiorum ac benedictionnm cu-
mulo cares bodie nobis, frater charissime! Habcs certe
pro me tanttllo repositam tibi Cbristi praesentiam : nee
dispendium sentis absentia^ a nobis tuaj, angelorum
admixtus choris. Non est igitur quod causeris tu de
nostra quasi subtraeta tibi praesentia, cui affatim sui,
suorumque copiam Dominus majestatis indulsit. At ego
pro te quid? Quam vellem scire quidnam sentias nunc
de me illo unico tuo, mediis nutante curis et pcenis,
destituto te baculo imbecillitatis meaa ! si tamen licet
adhuc cogitare de miseris, ingresso abyssum luminis,
atque illo pelago aeternaa felicitatis absorplo. Forte enim,
etsi nosti nos secundum carnem, sed nunc jam non
nosti : et quoniam introisti in potenlias Domini, memo-
raris justitiae ejus solius, immemor nostri. Caeterum qui
adharet Deo, unus spirttusest, et in divinum quemdam
totus immutatur affectum : nee potest jam sentire aut
sapere nisi Deum, et quod sentit et sapit Deus, plenus
Deo. Deus autem chatitas est, et quanto quis conjunc-
tior Deo, tanto plenior charitate. Porro impassibilis est
Deus, sed non incompassibilis, cui proprium est mise-
reri semper et parcere. Ergo et te necesse est miseri-
cordem esse, qui inheres misericordi, quamvis jam
minime miser sis ; et qui non pateris, compateris lamen.
Affectus proinde tuus non estimminutus, sed immutatus;
nee quoniam Deum induisti, nostri cura te eiuisti : et
264
I I I'YRES DE SAINT BERNARD.
quitte ce qu'il y avait d'inGrme en toi, mais tu avait quelques-UOS qu'il ne pill pas satisfaire par
n'as pas perdu ce qu'il y avait de charitable; car la lui-meme, il me les amenait, el il reavoyait lea au-
charile ne se perd point (1 Cor. xm, 8): tu ne tres. 0 homme d'une merveilleuse Industrie! 0
m'oublieras jamais. amj fldele! 11 cherchait a plaixe a son ami, et il ne
6. 11 me semble que j'entends mon frere qui me manquait pas neanmoins aux devoirs de la charite.
dit : une mere peut-elle oublier le fruit de ses en- Qui s'est jamais retire de lui les mains vides? Les
trailles [ha. xi.ix, 15 '.' .Mais quand ellel'oublierait, riches recevaient de hades conseils, et les pauvres
moije ne t'oublierai pas. Certes, mon cher frere, de I'assistance. Certes, celui quinefaisait point dif-
j'ai bien besoin qu'il en soit ainsi. Tu vois le lieu
et l'etat ou je suis, ou tu m'as laisse. le n'aiper-
sonne qui me tende la main. A tout ce qui mar-
rive, je regarde, commej'avais coutunie, vers mon
cher Girard, mais i] n'est plus la. Alois, dans moil
liculte de prendre tant de soinspour medecharger,
ne cherchait guercses propres iuterets. Son extreme
humilite lui faisait croire, que mon repos etait
plus utile a la maison que le sieu. Quelquefois
pourtant, il demandait a etre decharge de cet em-
malheur, je pousse des soupirs et des gemisse- ploi, et priait qu'ou le donnat a un autre, qui s'en
ments, comme un homme privS de tout secours. acquitterait mieuz que lui. Mais ou l'aurait-on
Qui consul terai-je dans mes doutes? A qui aurai-je irouve? Ce n'etait point par un desir deregle,
recours dans mes ad ver sites? Qui portera mon far- comme il est assez ordinaire, mais par la seule vue
deau ? Qui ecartera les perils qui me menacent ? de la charite qu'il s'appliquait a ces exercices. Car
N'etaient-ce paslesyeux de monGirard quicondui- il travaillait plus que tons les autres, et recevuit
saient tons mes pas? N'etait-ce pas loi, mon cher moins de fruit de sou travail que pas un ; en eifet,
frere, qui connaissais uiieux que rnoi toutes mes il donuait aux autres les chosesnecessaires, comme
peines, a qui les portais plus que moi, qui les res- la nourriture et les vetements, et il en manquait
sentais plus vivement que moi? Yetaient-ce pas
tes discours si charmants et si efflcaces qui me re-
tiraient si souvent des entretiens seculiers, et me
rendaient anion bienheureux silence? Car le Sei-
souvent lui-meme. Aussi, lorsqu'il se sentit sur le
point de quitter ce nionde : « Mon Dieu, dit-il,
vous savez, que quant a moi, j'ai toujours soupire
apres le repos, et desire n'avoir soiu que de mon
Prudence et
babilete de
Girard dans
la conduite
des affaires.
gneur lui avait donne UDe langue savante, pour ame, et n'etre plus occupe que de vous. Maisj'aiete
connaitre quand il etait a propos de parler. 11 sa- relenu par la crainte de vous deplaire, par la vo-
tisfaisait tellement ceux de la maison et ceux du lontc de mes (teres, par le desir d'obeir, et surlout
dehors, par la sagesse de ses reponses, et par les par l'amour sincere que je portais a celui qui est
graces que Dieu avait mises sur ses levres, que lout a la fois mon frere et mon abbe. » Cela est
lorsque quelqu'un lui avait park1, il n'avait plus vrai. Je te rends done graces, o mon frere, de tout
besoin de venir a moi. 11 allait de lui-meme au de- le fruit des travaux qui j'ai entrepris en vue du
vant de tous ceux qui venaient pour me voir, de Seigneur, s'ils en ont produit quelqu'un. Si j'ai
peur qu'ils ne troublassent mon repos. S'il yen rendu quelque service a mes enfants; si j'ai con-
_, , „ tribue en quelque sorte a leurs prugies dans la
a L est ce que prouvent les avis que Girard donDait a son frere , ., . , m
pour l'empecher de se laisser enorguedlir par les miracles qu'il vertu» c esta toi que J en SUIS redevable. Tllte char-
faisaii, commeon peut le voir dans sa Vie, livre i, n. 43. geais du soin des affaires de la maison; grace & toi,
at. anima<
bant.
ipsi enim cura est rle nobis. Quod infirmum est abje-
cisti, sed non quod pium. Cbaritas denique nunquam
excidit : non oblivisceris me in linem.
6. Yidcor mild quasi audire fralrem mcum dicentem :
JJvmguid mater oblivisci poterit filii uteri suit Etsi ilia
oblita fuerit, ego tamen non obliviscar tui. Non expedit
prorsus. ^cis uhi verser, ubijaceam, nbi reliqueris me;
non est qui porrigat manum. Ad omne quod erncrserit,
respicio ad Girardum ut consueveram, et non est. Heu!
tunc ingemisco miser, sicut homo sine adjutorio. Qnem
consnlam in ambiguin? cui in adversis (idam? quis por-
tabit onera? qui pericuta propulsabit? Nonne unique
gressus mcos Girardi oculi anleibant *'? Nonne ttiiim,
Girarde, pectus curaj mcie notius, quam meum ipsius
li.ibebanl , familiaiius incursabant , a'Tius urgebant?
Nonne in lingua tua ilia placabili et potenti, meam a
sermonibus saeculi frcqucnlissiine vindicabas, et amico
reddebas silcntio? Dominus dederal illi linguam erudi-
tam, nt sciret quando deberel proferre scrmonem. [ta
denique in prudentia responsorum suorum, et in gratia
data sibi desuper, et domeslicis satisfaciebat et exteris,
ut pene me nemo requireret, cui prior forte Girardus
occurrisset. Occurrebat aulem adventanlibus , opponens
se, ne subito meum otium incursarent. Si quibus sane
per se satisfacere non quibat, hos perducebat ad me,
cajteros emittebat. 0 virum industrium ! o amicum
fidelem ! el amico gerebat morcni, et otticiis charilatis
non deerat. Quis vacua ab eo recessit manu? Si dives,
concilium j si pauper, subsidium reporlabat. Nee qua?-
rebat quae sua sunt, qui se mediis ingerebat curis, ut
ego vacarem. Sperabat enim, sicut erat humiUimus,
majorem de nostra quiete fructum, quam si vacarct ipse.
Interdum tamen poslulabat absnlvi, et alteri credere,
quasi qui melius providerct. Sed ubi ille invenirctur?
Nee petulanti aliquo (ut assolet) in eo officii dclineba-
tur affectu, sed solo intuitu cbaritatis. Siquidcm plus
omnibus laburabat, et minus omnibus accipiebat, ita ut
sa'pe, cum aliis necessaria ministraret, egeret ipse in
pluribus, verbi causa, cibo aut veste. Denique cum se
senliret deccssui propinquare : « Deus, inquit, tu scia
irard etait
erse egale-
en' dans le3
wses inte- terieur et du dedans
'ieures et
piriluelles.
Girard ne
:onaaissait
oint les bel
les lettres.
VINGT-SIX1EME SERMON SUR LE
je pouvais vivre en repos pour mon bien, m'occu-
per plus saintement des devoirs oil Dieu m'enga-
geait, ou servir plus utile ment mes enfants, en leur
donnant des instructions. Car comment n'aurais-je
pas ete en repos au dedans, quand je savais que
tu agissais au dehors, toi qui elaisma main droite,
la lumiere de mes yeux, mon coeur et ma langue.
Et c'etait une main infatigable, un ceil simple, un
cceur rempli de conseils, et une langue parlant tou-
jours avec jugement, ainsi qu'il est ecrit : « La
bouche du juste meditera la sagesse, et sa langue
parlera avec jugement [Psal. xxxix, 30). »
7. Mais qu'ai-je dit, qu'il agissait au dehors,
comme s'il n'eut pas su aussi ce qui etait de l'in-
et qu'il eut ete etranger aux
dons spirituels ? Les personnes spirituelles qui l'ont
connu savent combien ses paroles etaient pleines
du Saint-Esprit. Ceux qui vivaient avec lui savent
que ses mceurs et ses affections ne tenaient rien de
la chair, mais etaient embrasees du feu de l'Esprit.
Qui etait plus rigide que lui dans l'observance de
la discipline? Plus rigoureux a mater son corps,
plus eleve et plus sublime dans la contemplation,
plus subtil dans les entretiens et les conferences ?
Combien de fois ai-je appris dans sa conversation
des choses que j'ignorais ? Venu pour instruire, je
m'en retournais instruit moi-meme? Et il ne faut
pas s'etonner si cela etait ainsi a mon egard, puis-
que des homines eminents en science et en sagesse
temoignent que la meme chose leur est arrivee. Fl
ne savait pas les lettres humaines, mais il avait un
sens excellent qui trouvait ce qu'il n'avait point
appris ; il avait un esprit merveilleux qui repan-
dait la lumiere partout. 11 n'etait pas seulcment
grand dans les grandes choses, mais aussi dans les
quod quantum in me fuit, semper optavi quictem; mihi
intendere, tibi vacare. Sed implicitum tenuittimor tuus,
voluntas fralrum, et studium obediendi, super omnia
Abbatis pariter et fratris germana dilectio. » Itaest. Gra-
tias tibi, frater, de omni fructu meorum, si quis est, in
Domino studiorum. Tibi debeo si profeci, si prufui. Tu
intricabaris, et ego tuo beneticio feriatus sedebam mihi,
aut certe diviuis obsequiis sanctius occupabar, aut doc-
trines filiorum utilius intendebam. Cur enim securus
intus non essem, cum te scirem agentem foris manum
dexteram meam , lumen oculorum meorum, pectus
meum, et linguam meam? Et quidem indefessa manus,
oculus simplex, pectus concilii, lingua loquens judicium,
sicut scriptum est : Os justi meditabitur sapientiam, et
lingua ejus loquctur judicium.
7. Sed quid dixi foris agentem ilium ? quasi interna
Girardus nesciret, ac spiritualium expers essetdonorum.
Norunt qui ilium norunt spirituales, quam verba ejus
spiritum rcdolerent. Norunt contubernales, quam mores
ejus et studia non carnem saperent, sed ferverent spi-
ritu. Quis illo rigidior in custodia disciplinas? quis in
castigando corpus suum districtior, suspensior vel su-
blimior in contemplando, subtilior in disserendo? Quo-
ties cum eo disserens ea didici qua? nesciebam , et qui
CANTIQUE DES CANTIQUES. 265
plus petites. Mais qu'est-ce qui lui echappait, par
exemple, dans tout ce qui concerne les batiments,
la culture des terres ou des jardins, les eaux et tous
les autres arts ou travaux de la lampngne ? Oui,
je vous le demaude, y avait-il en ce genre quelque
chose qui fut etranger a son savoir? II aurait pu
en remontrer aux macons, aux artisans de toute
sorte, aux agriculteurs, aux horticulteurs, aux cor-
donniers et meme aux tisserands. 11 fut le plus en-
tendu de tous au jugement de tout le monde, il n'y
avait que lui seul qui ne croyait pas I'etre. Plut a
Dieu que cette malediction de l'Ecnture « Malheur
a vous qui etes sages, a vos yeux [Isa. v, '21), » ne
regarded pas plus que lui certains autres qui sont
bien moins sages que lui. Ceux a qui je parle sa-
vent que ce que je dis est vrai, et savent qu'il y en
a encore bien plus que je n'en dis. Mais je passe
beaucoup de choses, parce qu'il est mon frere et
de mon sang. Neanmoins je dirai hardiment qu'il
m'a ete utile en tout, et plus que tous mes autres
enfants. II me le fut dans les grandes et les petites
choses, dans les affaires publiques et dans les af-
faires privies, dans le monaslere et horsdu mona-
stere. C'est done avec raison que j'etais si fort atta-
che a lui, puisqu'il etait mon tout. 11 ne me laissait
guere que l'honneur et le nom de superieur ; il en
faisait toutes les fonctions. On m'appelait abbe, Girard rem-
mais c'etait lui qui l'etait en effet, parce qu'il pre- ^hod's leJe
nait sur lui tous les soins de cette charge. C'est avec «°n ttkie,
raison que je me reposais en lui, puisqu'il etait
cause que je pouvais me rejouir dans le Seigneur,
precher plus librement, prier avec plus de calme
et de tranquillite. C'est par ton moyen, 6 mon
frere, que mon esprit etait plus libre, mon repos
plus agreable, mes diseours plus efficaces, mes
docturus adveneram, doctus magis abscessi?Nec mirum
de me, cum magni ac sapientes viri idipsumnihilominus
ex illo sibi accidisse testentur. Non cognovit litlera-
turam : sed habuit litterarum inventorcm sensum, habuit
et illuminantem spiritum. Nee in maximis tantum, sed
in minimis maximus erat. Quid (verbi causa) in sdiliciis,
in agris, hortis, aquis, ennctis denique artibus seu ope-
ribus rusticorum ? quid, inquam, vel in hoc rerum genere
Girardi subterfugit peritiam ? Caementariis, fabris, agri-
colis, hortulanis , sutoribus, atque textoribus facile
magister erat. Cumque omnium judicio omnibus esset
sapientior, solis in suis oculis non erat sapiens. Utinam
multos, etsi minus sapientes, non plus tangeret ilia
malcdictio : Vae qui sapientes estis in oculis vestris!
Scientibus ista loquor, et adhuc plura his de illo, et
majora compertis/Parco tamen, quia caro mea, et frater
est. Hoc tamen securus addo, mibi utilis in omnibus, et
prae omnibus : fuit utilis in parvis et magnis, in privatis
et pnblicis, foris et intus. Merito ex eo pendebam totus,
qui mihi totum erat. Solum pene reliquerat mihi pro-
visoris honorem et nomen; nam opus ipse faciebat. Ego
vocitabar abbas, sed ille prserat insollicitudine. Merito
requievit in illo spiritus meus, per quern licebat delec-
tari in Domino, prsdicare Uberius, orare securius. Per
900
CCUVRES DE SAINT BERNARD.
Saint Per.
sard deplore
la pcrte qn'il
a faite en
perdant eon
hire.
esperances plus pleines des onctions de la grace, de Dieu. Lorsque le Seigneur sera satisfait de sa
mes lectures plus frequentes, mou cceur plus fcr- vengeance, peut-etre meriterai-je aussi d'etre con-
Ten'- sott, pourvu ncanmoins que je m'afflige et me
8. Helas! tu m'as ete ravi, et toutes ces choses tourmente co.mme il faut. « Car ceux qui pleurent
m'ont ete revies avee toil Avec loi sen sont allocs seront consoles [Matth. v, 5). » C'est pourquoi que
toutes mes joins. I.es soucis oommenceitf deja a toutes les pereonnes vertueuses condescendent a ma
ni'accabler, deja les ennuis me pressent de toutes douleur, et que les spirituels supportent mes re-
parts, les chagrins et les difliculles sunt pros de grets avec nil esprit de douceur. (Ju'ils aient com-
m'abattre, para ipi'ili me treureat seiil; c'esi tout passion de ma douleur, et qu'ils n'en jugent point
ce que tu m'as laisse en t'en allant. Je genua tout par ce qui se passe d'ordinaire. Car nous voyons
scul sous le poiils de mon fardeau. II faut neces- tous les morts pleurer leurs morts, verser beau-
sairement ou que je men decharge, ou que j'en
sois accable, puiaque tu as retire tes epaules de
dessous ce faix. Qui m'accorderade pouvoir mourir
bientot apres toi? Gar pom mourir au lieu de toi,
je ne l'am'ais pas voulu, ni te Driver <le la gloire
coup de larmes et ne porter aucun fruit. Nous ne
bl.irnons pas l'atfeclion, si ce n'est quand elle est
excessive, mais nous blimons la cause de ces
pleurs. I.'atfection vient de la nature, et le trouble
qu'elle produit en nous est line peine du pecbe;
donttujouis maintenant. Mais aussi quelle peine mais la cause de ces geniissements c'est la vanite et
et quel supplice de te survivre? Je passerai tout le le pecbe. Car pour l'ordinaire on ne pleure que le
reste de ma vie dans l'amertume et les regrets, et turt que la mort d'un proche fait a une gloire
toule ma consolation sera de vivre dans la tristesse mortelle, et aux avantages de la vie presente.
et les larmes. Je ne m'epargnerai point, et j'ajou- Ceux qui pleurent de la sorte meritent d'etre pleu- ctm qni
terai encore a la plaie que la main du Seigneur res eux-memes. Ne suis-ie pas comme cela? jia pl'nrmt mal
Ic^ morts
ma fade. Car sa main m'a frappe. C'est moi qu'elle douleur est pareille, mais le sujeten est ditferent, et meritent dei
a frappe, non celui qu'elle a appele a un repos mon intention est tout autre. Je ne me plains point U™tmn.*'
eternel. Elle m'a doime la mort du meme coup de la parte des biens de ce monde, quels qu'ils
qu'elle a tranche ses jours; car je ne saurais dire soient. Je me plains seulpment de ce que dans les
qu'elle l'a tue, puisqu'elle l'a faitentrer dausla vie? choses qui concernent le service de Dieu, j'ai perdu
Mais ce qui a ete pour lui la porte de la vie, est un secours fidele, et un conseil salutaire. Je pleure
pour moi la mort; sa mort m'a fait mourir, non mon cher Girard, c'est lui qui est la cause de mes
pas lui, puisqu'il repose dans le Seigneur. Coulez, larmes, lui qui etait mon frere selon la chair, mon
coulez, mes larmes, il y a longtemps, que je vous tres-prache parent selon l'esprit, et mon compa-
retiens ; sortez, puisque celui qui vous empecbait gn0n dans la poursuite du meme but.
de sortir est sorti lui-meme de cette vie. Qu'une 9. Mon ame etait etroitement attachee alasienne, Foree de
source de pleurs coule de mes malbeureux yeux, mais c'etait plutot l'amitie que la parente, qui de ''""o™ W
et qu'ils versent des torrents d'eau, pour laver la deux n'en faisaient qu'une. La liaison du sang y "Bernarf'S
souillure des pecbes qui ont attire sur moi la colere contribuait sans doute pour quelque chose, mais Gir)"uti'e?*
te, inquam, mihi, frater mi, mens sobria, et grata quies,
eermo efficacior, pinguior oratio, frequentior lectio, et
ferventior affectus.
8. Heu ! sublatus es, et haec omnia simul. Tecum
omnes paiiter abiere deliciae, et brtilias meae. Jam curse
irruunl, jam molestiae hinc inde pulsant, et anguslia;
undiquc solum me repererunt, solas mihi te abeunte
remanserunt, solus sub sarcina gemo. Aut poncre, aut
opprimi necesse est, quia tu tuos humeros subduxisti.
Quis mild tribuat cilo mod post te? Nam pro te nolim,
nee te tua fraudare gloria. Porro supervivere tibi, labor,
et dolor. Vivam, quoad vivam, in amaritiuline, vivam in
maerore : ct haec sit mihi consolatio,ut mcerendo affiigar.
Non pa ream, el juvabo manum Domini : etenim manus
Domini letigit me. Me, inquam, Tetigit et peroussit,
non ilium, quern voeav't ad requiem : me occidit, cum
succidit ilium. Numquid enim occisum quis dixerit,
quern plantavit in vita? At quod illi vitae janua fuit,
mihi plane est mors : rneque ilia mortc mortuum dixe-
rim, non hunc qui obdormivit in Domino. Exile, exite
lacrymos jampridem cupientcs : exite, quia is qui vobis
meatum obstruxerat, commeavit. Aperiantur cataractse
miseri capitis, et erumpant fontes aquarum, si forte
sufficiant sordes dilucrc culparum, quibus iram merui.
Cum consolatus fuerit super me Dominus, tunc fortassis
et ego merear consolari, si tarnen nrn pepercero a mce-
rore : nam qui lugent , ipsi consolabuntur. Propterea
condescendat mihi omnis sanctus, et in spiritu lenitatis
qui spiritualis est, sustineat lamentantem. Lucius meus
humano, quacso, pensctur affectu, non usu. Videmus
nempe moiluos quolidie plangtre mortuos suos : fletum
multiim, el fruclum nullum. Non culpamus affectum,
nisi cum excedit modum ; sed causam. Ille nimirum
naturie est, et ejus turbatio poena peccati : haec vanitas
et peccatum. Etenim ibi sola (nisi fallor) plorantur
damna gloriif carnis, vita; pra?sentia incommoda. Et
plorandi qui ila plorant. Numquid ego sic? Similis mihi
affectus, sed altera causa, dissimilisque intentio. Nulla
mihi sane querela de omnibus qua; sunt Dei,adeniptum
doleo fidele auxilium, salutare concilium. Girardum
lngeo : Girardus est in causa, fralcr carne, sedproximus
spiritu, socius proposito.
9. Adha?sit anima mea animce illius ; et unam fecit
de duabus, non consanguinitas, sed unanimitas. Carnis
quidem necessitudo non defuit : sed plus junxit societas
spiritus, consensus animorum, morum conformitas. Cum
VINGT-SIXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 567
l'union des esprits et des volontes et la conformity 10. Pardonnez-moi, mes enfants ; ou plutot, si vous
des humeurs et des inclinations etaient des noends etes mes enfants. plaignez le malheur de votre pere.
bien plus forts et bien plus etroits. Nous n'etions Ayez pitie de moi, oui, ayez pitie de moi, vous au
qu'un cceur et qu'une ame, aussi le glaive de la moins qui etes mes amis, qui voyez combien
mort a perce egalement son anie et la mienne ; mais grande est la plaie que j'ai recne de la main de
en la separant en deux, elle en a place une partie Dieu, en punition de mes peches, il m'a frappe de
dans le ciel, et a laisse l'autre dans la boue. C'est la verge de sa colere, il m'a frappe jnstement ; si
moi, c'est moi, dis-je, qui suis cette miserable por-
tion couchee dans la bovie, et privee d'une partie
la meilleure de soi-meme, et on me dit : ne pleu-
rez point. On in'arrache les entrailles, et on me
si on considere ce que jerr.erite, mats avecngueur,
on re^arde mes forces. Qui pent dire qu'il m'est
leger de vivre sans mon cber Girard, si ce n'est
celui qui ne sait pas les liens qui nous unissaient ?
crie': Soyez insensible. Je le sens, je le sens malgre Neanmoins je ne veux point m'opposer aux volon- Sainl B„.
moi; car je n'ai point la durete de la pierre, tes de Dieu. Je ne veux pas blamer un jugement "g^B"**
et ma chair n'est ni de bronze ni d'airain. Je le qui a fait reeevoir a chamn selon ses merites, a Gi- son Mrs
sens certes, et j'en ai une douleur extreme, et ma rardlacouronnedont us estrendudigne, eta moiles peine qn<u. t
douleur est sans cesse presente a mes yeux. Celui peines qui me sont dues. Est-il juste de pretendre mentis.
qui m'a frappe ne pourra pas m'accuser de durete que je rrouve a redire a ma sentence, parce que
et d'insensibilite comme ceux dont il dit : « je les je ressens ma peine? mais la sentir c'est naturel ;
ai frappes, et ils n'en ont eu aucnn sentiment en murmurer, c'est une impiele. Oui, dis-je,
Saint Ber- (Jer. v, 3). » Je confesse mon affliction, je ne la il est naturel a l'homme, et meme il ne pent en
natrrdeseb,enn" desavouepas. On dira quelle est charnelle ; je ne etre autrement, de n'etre pas indifferent envers
«ran?er an me p0int quelle n'ait quelque chose de l'homme, ses amis, d'etre heureux de leur presence, et peine
comme je ne nie point que je ne sois homme. Si de leur absence. La conversation entre amis sur-
Stolciens.
cela ne suffit pas, j'aceorderai meme qu'elle est tout n'est pas languissante ; aussi l'horreur de la
charnelle, car je suis aussi charnel, esclave du pe- separation, et la douleur qu'on en ressent quand
che, destine a la mort et voue a beaucoup de peines elle est arrivee, sontun temoignage de ce que l'a-
et de miseres. Loin d'etre insensible a u mal, j'ai mour reciproque a opere dans ceux qui vivaient
horreur de lamort pour moi comme pour les miens, nsemble . Je souffre done a ton sujet, mon cher
Or, mon cher Girard etait bien a moi, oui, il m'ap- frere, non pas que tu sois a plaindre, mais parce
partenait. Ne m'appartenait-il pas, en effet, lui qui que tu m'as ele enleve. Et peut-etre meme devrais
etait mon frere par la nature, mon fils par la pro- je plutot m'affliger sur moi. puisque je suis oblige
fession, mon pere par le soin qu'il avait de moi, de boire seul un calice si plein d'amertume. 11 n'y
mon compagnon par l'uniformite de nos Bears, et a que moi qui sois a plaindre, parce qn'il n'y a que
mon ami intime par les sentiments du coeur ? 11 ™°i qui le boive. Car pour toi. tu ne le bois point;
m'a quitte, je ressens sa mort, ce coup m'a atteint je souffre seul, ce qu'ont coutume de souffnr ceux
jusqu'au fond de l'ame ? I"1 s'entr'aiment, lorsqu'ils viennent a se perdre.
ers:o essemus cor unum et anima una, hanc meam
pariter alque ipsius animam pertransivit gladius, et scin-
dens, meciiam partem locavit in ccelo, partem in creno
deseruit. Ego, ego ilia portio misera in luto jaoens,
truncata parte sui, et parle potior!; ei dicitur mini, ne
(leveris? Avdlsa sunt viscera mea a me ; et dicitur mini,
ne senseris? Sentio, sentio vel invitus, quia nee forti-
ludo lapidum fortitudo mea, nee caro mea asnea est :
sentio prorsus et doleo, et dolor meus in conspectu
meo semper. Non sane nos poterit duriliai et insensibi-
litatis arguere ille qui verberat, quomodo illos, de qui-
bus ait : Percussi eos, et non doluerunt. Affectum meum
confessus sum, et non negavi. Carnalem quis dixerit :
ego hnmanum non nego, sicut nee me hominem. Si
nee hoc sufticit, nee carnalem ncgaverim. Nam et ego
carnalis sum, venumdatus sub peccato , addictus morti,
pcenis et aernmnis obnoxius. Non sum, fateor, insensi-
bilis ad poenas, mortem horreo meam et meorum.
Meus Girardus erat, meus plane. An non meus, qui
frater sanguine fuit , professione fdius, sollicitudine
•«(. concon Paler> consors * spiritu, intimus affectu? Is recessit a
me : sentio, laesus sum, et graviter.
10. Ignoscite, filii : imo si filii, vicem dolete pater-
nam. Miseremini mei, miseremini mei, saltern vosamici
mei, qui certe consideratis, quam gravia pru peccatis
recepi de manu Domini. In virga indignationis sua? per-
enssit me, digne pro mentis, dure pro viribus. An leve
quis dixerit vivere me absque Girardo, nisi qui ignorat
quid mihi cum Girardo ! Nee tamen contradico sermo-
nibussancti : nee reprehendo judicium, quo recepit quis-
que quo dignus est, ille coronam quam meruit, ego
quam debui poenam. Numquid quia sentio pcenam, re-
prehendo sententiam? Humanum est illud, hocimpium.
Hnmanum, inquam, et necesse affici erga charos, sive
delectabiliter cumpra;sto sunt, sive cum absunt, moleste.
Non erit otiosa socialis oonversatio, pra^scrtim inter
amicos : et quid effecerit mutuus amor in sibi pr;esen-
tibus, horror indicat separationis ; et dolor de invicem
separatis. Doleo super te, Girarde charissime, non quia
dolendus, sed quia ablatus. Et ideo fjrtassis dolendum
mihi potius super me, qui bibo calicem amaritudinis.
Et solus dolendus, quia solus bibo : non enim et tu.
Solus ego patior quod solent pariter pat) qui «e diligant,
cum se amittunt.
268 OEUVRES DE SAINT BERNARD
11. Dieu veuille que je ne t'aie pas perdu, raais
que tu m'aies settlement precede. Dieu veuille que
je te suive un jour, quoique dun pas lent, partout
oil tu ira*. Car je lie do\ite point que tu ne sois
alle aceiu que tu invitais a louer Dieuau milieu de
ta derniere nuit, lorsque, avec un visage serein et
une voix jubilante, til lis tout a coup entendre, au
grand etonnement de tout le monde, ce verset de tant souvent ces paroles : « Mon pere, mon pere, »
en^cliMian' ^^ '' " V°"S ^ *** danS leS C'eUX' ]°Ul>Z le '' Se 1o"r'"' vors moi avec un visage gai et me di't :
dw p.aume"! Seigneur, louez-le au plus haut du firmament « Combien est grande la bonte de Dieu de vouloir
(Pml. cxlviu, 1). » Deja, au milieu de
et chimere. Girard va a la celeste patrie en passant
par tes dents, non-seulement avec conliance, mais
ayec joie, et en louant Dieu. Lorsque je fus arrive,
et qu'il eutacheve en ma presence, a haute voix, les
deraieres paroles du psaume qu'il avait commence,
il leva les yeux au ciel et d t : Mon Pere, je remets
mon ame entre vos mains [Luc. xxni, 66) ; et repe-
la nuit, mon
cher frere, i) faisait jour pour toi, et la nuit etait a
tes yens aussi claire que le jour. Oui, la nuit etait
lumineuse pour toi au sein des delices dont tu
jouissais. On m'appela & ce miracle, pour voir un
homme qui se rejouissait aux approches de la mort,
et qui semblait insulter a ses coups. 0 mort.ou est
ta victoire, 6 mort, oii est ton aiguillon ? Tu n'as
plus d'aiguillon, tu n'as que des charmes. Un
homme meurt en chantant, et chante en mourant.
On te regarde comme un sujet de joie, toi qui es
la mere de la tristesse ; comme un sujet de gloire,
toi qui es l'ennemie de la gloire; comme la porte
du royaume de Dieu et le port du salut, toi qui es
la porte de Tenter et un goufirc de perdition ! Et
celui qui te regarde d.: la sorte est un pecheur.
Mais c'est justice qu'on te traite ainsi, puisque tu
as ose usurper une puissance injuste sur l'homme
juste et innocent. 0 mort, tu es morte et percee de
l'hamecon que tu as avale sans y penser; et cet ha-
mecon, est celui dont parle le Prophete lorsqu'il dit :
« 0 mort, je serai ta mort ; enter, je serai ta morsure
(Osee xm, lZi). » Percee de cethamecon, tu ouvres
un large et beau chemin a la vie. aux iideles qui
passent par toi. Girard ne te craint point, fautome
Deraieres
ere des homines, et combien est grande la clrard^mou
etre 1
gloire des homines d'etre les enfants et les heritiers
de Dieu! Car s'ils sont ses enfants, ils seront ses
heritiers. » C'est ainsi que chantait celui que nous
pleurons, et j'avoue qu'il a presque change mes
pleurs en un chant de joie, car, en contemplant la
gloire dont il jouit, j'ai presque oublie ma propre
misere.
12. Miis ma poignante douleur me rappelle a
moi-meme, et une tristesse a mere m 'arrache 4 ce doux
spectacle comme a un sommeil leger. Je pleurcrai
done, mais ce sera sur moi; car sur lui, la raison
me le defend. Je crois, en effet, que si l'occasion
s'en otfrait, il nous dirait a cette heure : Ne pleurez
point sur moi, mais sur vous. C'est avec raison que
David pleura sur son fils parricide (II Reg. xix, 1),
parce qu'il savait qu'a, cause de l'enormite de son
crime, il ne sortirait jamais du sein de la mort.
C'est aussi avec raison qu'il pleura sur Saul et sur
Jonathas (II Reg. l, 17) »; parce qu'il n'esperait pas
nou plus, qu'etant une fois engloutis par la mort,
a II j a iri une legere variante entre les anciens roanusrrits et
les dilTereotes editions des OEuvres de saint Bernard. Quant au
salut de Jonathas, saint Bernard n'en doutait pas autant que de
celui de Saul. On peut voir sur ce sujet les notes de Horstius.
11. Utinam non te amiserim, set! praemiseriiu ! utinam
vel tarde aliquando sequar te quocumque ieris ! Non
enim dtibium, quin ad illos ieris, quos circa medium
extremae noctis tuas invitabas ad laudeoi, cum in vultu
et voce cxullalionis subilo erupisti in illud Davidicum,
stupentibus qui assistcbant : Laudate Dominion de colli'!,
laudnte eum in excehis. Jam tibi, fraler mi, nocte
adhuc media diescebat, et nox sicut dies illuminabalur.
Pr rsus ilia nox illuminalio tua in deliciis tuis. Accitus
sum ego ad id miraculi, vidcre exsultantem in morte
hominem, et insultanlcm morti. Ubi est mors victoria
tua? Ubi est mors stimulus tuus? Jam non stimulus
3ed jubilus. Jam cantando moritur homo, et moriendo
cantat. Usurparis ad lietitiam mater moeroris, usurparis
ad gloriam glorias inimica, usurparis ad introiturn regni
porta inferi, et fovea perditionis adinvenlionem salutis :
idque ab homine peccatore. Juste nimirum, quia tu
inique in hominem innoccntem et justum polestalem
temeraria usorpastL Mortua es, o mors, et perforata
hamo quern incaula glutiisti, cujtis ilia vox est in Pro-
pheta : 0 mors, ero mors tua, mtirsus tuus era, inferne.
Illo, inquam, hamo perforata, transeunlibus per medium
tui fidelibu8 latum Isetumque exitum pandis ad vitam.
Girardus te non formidat, larvalis effigies. Girardus per
medias fauces tuas transit ad patriam, non modo secu-
rus, sed et ladabundus et laudans. Cum ergo superve-
nissem, et extrema jam psalmi me audiente clara voce
complesset, suspiciens in ccelum, ait : Pater, in manus
tuai commendo xpiritum meum. Et repetens eumdem
sermonem, ac fre |u enter ingeminans Pater, Pater, con-
verses ad me, extiilarata quidem facie, « Quanta, inquit,
dignatio Dei, patrem hominum esse ! quanla hominum
gloria, Dei filios Dei esse et haeredes ! Nam si filii, et
hceredes. « Sic cantabat quern nos lugemus : in quo
et meum, fateor, luctum pene in canlum converlit,
dum intentus gloriae ejus, proprias fere miserias obli-
viscor.
12. Sed revocat me ad me pnngens dolor, facileque a
sereno illo intuitu, tanquam a levi excitat somno pcrs-
tringens anxietas. Plangam igilur, sed super me, quia
super ilium jam vetat ratio. Puto enim si opporlunitas
daretur, modo diceret nobis : Nolile Here super me, sed
super vos ipsos llele. Planxit merito David super parri-
cida lilio, cui perpetuo sciret obstructum exitum de
ventre morlis mole criminis. Merito super Saul et super
Jonatham ; quibus a^que absorptis semel, emersio jam
VINGT-SIXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
269
ils trouvassent aucune issue pour sortir de ce gouf-
fre. Car ils ressusciteront, mais ce ne sera pas pour
la vie; ou plutot ils ressusciteront pour la vie, mais
aQn de mourir d'une mort plus fuueste, en mou-
rant lout vivants : 11 est vrai que pour Jonathas, il
y a quelque raison de douter. Mais moi, si je n'ai
pas le meme sujet de pleurer, j'en ai pourtant un.
Je pleure d'abord sur mon propre rualkeur et sur la
perte qu'a faite ce monastere. Je pleure ensuite sur
les necessites des pauvres dont Girard etait lepere.
Je pleure sur notre ordre tout entier, et sur notre
institut, qui ne retirait pas un petit avautage, 6
mon cher frere, de ton zele, de tes conseils et de tes
exemples. Entin, je pleure sinon sur toi, du moins
a cause de toi. Voila, oui voila ce qui me touche
vivetneut, parce que j'aime tendreuient. (Jue per-
sonne ne vienne m'iniportuner et me dire que je ne
dois point m'affliger aiusi. Samuel, qui etait si bun,
a laisse un libre cours a sa douleur pour un rui re-
prouve (1 Reg. xvi, 1); et David, qui etait si ver-
tueux, a fait la meme chose pour un tils parricide;
et cela sans faire tort a leur toi, sans accuser d'in-
justice les jugements de Dieu. « Absalon, mon tils,
disait le saint roi David, mon fils Absalon 11 Reg.
xvm, 33) ! » Et mon frere, n'est-il pas plus qu'Ab-
salon? Le Sauveur de meme, en apercevant la ville
de Jerusalem dont il prevoyait la rume, pleura sur
elle (Luc. six, hi-). Et moi, je ne ressentirais pas mon
propre malheur, et un malbeur qui est encore tout
. . „ recent; je ne me plaiiidrais pas d'une plaie si nou-
ard justifie velle et si profonde? Jesus a pleure par compassion
Dn deuil par . ~ ,, . . ,
eaeiemples. pour les soullrances d autrui, et moi je n oserais
pleurer sur mes propres souffrances ? Lorsqu'il etait
debout devant le sepulcre de Lazare, il ne reprit
point ceux qui pleuraient, il ne les empecba pas de
pleurer, bien plus, il rnela lui-meme ses larmes
aux leurs; « Et Jesus pleura, dit l'Ecriture [Joan.
xi, 35). » Ces larmes furent certainement les te-
moignages de sa nature humaine, non les marques
de sa deliance. Car, a sa voix, le mortsorlitaussitot
du tombeau, pour que vous ne croyiez pas qu'on ne
saurait s'affliger sans prejudice pour sa foi.
13. II en est ainsi de nos larmes. Elles ne sont
point un sigue de notre peu de foi, mais un temoi-
gnage de la condition de notre nature. Et si, lors-
que je suis frappe, je pleure, ce n'est pas a dire que
je blame celui qui m'a frappe, mais je tacbe au
contraire d'attirer sa misericorde et de flechir sa
severite. Voila pourquoi mes paroles, pour etre
pleines de douleur, n'en sont pas moins exemptes
de murmure. N'en ai-je pas meme profere qui sont
pleines d'humilite et de soumission, en disaut que,
par une meme sentence tres-equitable, Tun a et6
puni et l'autre couronne, chaenn selon ses merites?
Oui, je le repete, le Seigneur egalement bon et
juste, a agi avec une souveraine equite. Je louerai,
Seigneur, voire misericorde et vos jugements. Que
la misericorde que vous avez exercee envers votre
serviteur Girard vous benisse. Que le jugement que
vous avtz rendu contre moi vous benisse aussi. Dans
I'un, vous serez loue parce que vous etes bon, et
dans l'autre, parce que vous etes juste. Faut-il ne
vous louer que de votre bonte? On doit vous louer
aussi de votre justice. « Vous etes juste, Seigneur,
et vos jugements sont equitables (Psal. cxvui,
137,. » C'est vous qui nous aviez donne mon frere
Girard. C'est vous qui nous l'avez ole. Et, quoique
nous nous plaignions de ce que vous nous l'avez
ute, nous n'avons pas oublie pourtant que vous
nous l'avez donne; et nous vous remercious de ce
que vous nous avez juge digues de posseder celui
dont nous ne sommes facnes d'etre pnves, que
non speratur. Et quidem resurgent, sed non ad vitam :
imo ad vitam, ut vivi in morte infelicius moriantur.
Quamquam de Jonatha possit non hnmerito haerere
sententia. At mihi etsi non ista suppetit plangendi ratio,
non tamen nulla. Plango primuin super mea ipsius
plaga, atque hujus jactura domus : plango deiiide super
pauperum nccessitatibus, quorum Girardus paler erat;
plango certe et super universo statu nostri Otdinis nos-
traique professionis, qui de luo, Girarde, zelo, coucdio
et exemplo robur noti mediocre capiebat : plango pos-
tremo, etsi non super te, propter te tamen. Hinc pror-
sus, hinc aflicior graviter, quia vehementer amo. Et
nemo mihi molestus sit, dicens non debere sic affici;
cum benignus Samuel super reprobo rege,et piusUavid
super parricida tilio satisfecerint afTeclioni, et non ad
injuriatn lidei, non in superni suggillationem judicii.
Absalon fiti mi, ait sanctus David, fiH mi Absalon : et
ecce plus quam Absalon hie. Salvalor quoque videns
civiutem Jerusalem, et pr«videns ruituraiu, flevit super
earn. Et ego propriam, et quae in prasenti e=t desola-
tionem non seutiam? Plagam meam recentem, et gra-
\eni non doleam? Hie flevit compatiendo , et ego
patiendo non audeam ! Et certe ad tumulum Lazari nee
lluntes arguit, nee a fletu prohibuit, insuper et flevit
cum flentibus : Et lacrymatus est, inqait, Jesus. Fuerunt
lacrymae ilia? testes prot'ecto natura?, non indices diffi-
dentue. Deniquc et prodiit max ad vocem ejus qui erat
mortuus, ne cuntinuo putes lidei pra?judicium dolentis
aireclum.
13. Sic nee (letus utiquenoster inlidelilatis est signum,
sed condilionis indicium ; nee quia percussus ploro,
arguo ferientem, sed provoco pielatem , severitatem
flectere satago. Unde et verba mea dolore sunt plena,
non tamen et murmure. Numquid non plenum justitiae
protuli, quod unius sentential complemento et punitus
est qui debuit, et coronatus qui met uit ? Et adhuc dico :
Bene utrumque fecit dulcis et rectus Duminus. Miseri-
cordiam et judicium cantabo tibi, Domine. Cantet tibi
misericordia, quam fecisti cum servo tuo Girardo :
cantet et judicium, quod nos porlamus. In altero bonus,
in altera Justus laudaberis. An solius laus bonitatis?
Est et justitia?. Justuses, Domini:, et rectum judicium
tuum. Girardum tu dedisti, Girardum tu abstulisti : et
si dolemus ablatnm, non tamen obliviscimur quod da-
270
(EUVRES DE SAINT BERNARD.
Saint Ber-
nard obtint
on moment
de treTe pour
ton frere an
milieu de sea
lauffrances.
parce qii'il nous eut ete bien avantageux de De
letre pas.
14. Je me souviens, Seigneur, du pacte que j'ai
fait avec vous, et de vo*re extreme bonte ; et cela
me fait connaitre davantage combien vous files
veritable d;ms vos paroles, et que vous sorlez tou-
jours victorieux des jugements des liumuws. I.ors-
que, lannee passee, nous etions a Viterbe * dans
l'interet de l'Eglise, mon frere Girard tomba ma-
SERMON XXVII.
De la parure de I'fipouse : en quel sens Fdme
sainte est appelee ciel.
1. Apres avoir rendu les devoirs de l'humanite .1
notre ami, qui est relourne dans sa patrie ; je re-
viens, mes freres, aux discours d'edilication que
lade. Comme le mal s'augnu'iitait au point qu'il j'avais interrompus ; car il n'est pas a propos de
sembl.iit que Pieu l'allat bientut tirer a lui, je ne pleurer plus longtemps celui qui est dans la joie,
pouvais me resoudre alaisser dans une terre etran- et il n'est pas juste de troubler par les larmes
gere le compagnon. de mon voyage, un compagnon l'allegresse de celui qui est assis a la table d'un
comme celui-la, et i ne point le remettre entre les banquet. Et, bienqu'en lepleurant, nous deplorions rjndnit mode-
mains de ceux qui me l'avaient confie ; car il etait notre propre malheur, encore y faut-il apporler r" »""
aime de tout le monde, tant il etait aimable. Dans quelque moderation, de peur qu'il ne semble que
cette detresse, je me mis i prier avec larmes et ce n'est pas taut sa perte que les avantages dont sa
gemissements. Seigneur, m'ecnai-je, attendez jus- perte nous a pnves que nous pleurons. Que la
qu'a notre retour. Lorsque vous l'aurez rendu a joie qui comble notre bien-aime doit temperer
ses amis, otez-le du monde si vous voulez, et je ne l'exces de notre tristesse, et la pensee qu'il est avec
m'en plaindrai point. Vous m'avez exauce, Seigneur, Dieu servira 1 nous faire supporter plus patiem-
vous lui avez rendu la saute; nous avons acheve nieut de ne l'avoir plus avec nous. Aussi, plein de
l'ouvrage que vous nous aviez enjoint de faire, et confiance en vos prieres, je veux vous decouvrir,
nous sommes revenus avc joie, rapportant avec si je puis, tout ce que je sens cacbe sous les tentes
nous les beaux fruits de la pais. J'avais presque auxquelles est comparee la beaute de l'Epouse.
oublie la convention que j'avais faite avec vous, Nous en avons toucbe quelque cbose, si vous vous
mais vous vous en etes souvenu. Je rougis de ces en souvenez, mais nous ne l'avons pas examine a
regrets qui semblent m'accuser de prevarication, fond. Nous avons dit et fait voir seulement quelle
Bref, vous avez redemande votre depot, vous avez est noire ainsi que les tentes de Cedar. Comment
repris ce qui etait a vous. Mes larmes rnellent fin done est-elle « belle comme les tentes de Salomon? »
a. mes discours; mettez lin, sil vous plait, Seigneur, Comme si Salomon dans toule sa gloire, avait rien
a. mes larmes. eu qui fut digne de la beaute de l'Epouse, et de la
„ . ., » . magnificence de sa parure. Si nous disions que
a Saint Bernard 6t deux seiours a Viterbe; la premiere fois . .,.,., . . , . ,
.n 1133, comme on pent le Toir par sa lcttre CU; la secoude ces tentes sigmlient plutot le teint basane, que la
fob en 1137. C'est de ce dernier qu'il parle. beaute de l'Epouse, de meme que celles de Cedar,
tus fuit, et gratins agimus quod habere ilium meruimus,
quo carere in tantum non volumus, in quantum non
expedit.
14. Recordor, Domine, pacti mei et miserationis tua;,
ut magis justificeris in sermonibus tuis, et tineas cum
judicaris. Cum pro causa Ecclesiie anno prajterilo Vi-
terbii essemus, asgrotavit ille, et invalescente languore,
cum jam proxima vidcrctur vocalio, ego aegerrime fe-
rens comitem pei'egrinationis, ct ilium comitem in terra
reiinquere aliena, nee resignare his qui mihi cum com-
miserant, quoni.im amabalur ab omnibus, sicut erat
imabilis valde ; conversus ad orationem cum flctu ct
gciuitu : Exspecla, inquam, Domine usque ad redilum.
Restilutum amicis tolle jam eum, si vis, et non causa-
bor. Exaudisli me, Dens : convaluit, opus perfecimus
quod injunxcras, redivimus cum exullationc reportan-
tes manipulus pa is. Porro ego oblitus pene sum mete
conventionis, sed non lu. Pudet singultuum horum,
qui prsevaricationis me arguunt. Quid plura? Repetiisti
commendatum, recepisti tuum. Finem verborum inci-
dunt lacrymsej tu illis, Domine, finem modumque indi-
xaris.
SERMO XXVII.
De ornalu Sponxw, et qualiter anima sancta caelum
diculur.
1. Quia debitis humanitatis officiis amicum reverten-
tem in palriam prosecuti sumus, redeo, fratres, ad pro-
positum sdiliiandi quod intermiseram. Incongruum
namque est diu flere la;tantem , et sedenti ad epulas la-
crymas mullas ingerere, importunum. Sed el si nostras
defleamus a;riimnas, ne id quidem oportet nimis, ne
non tarn amasse ilium, quam nostra qiiEesisse de illo
commoda videamnr. Tempcret sane dilecti gaudium
mcEstitiam desolatorum ; et tulerabilius tiat nobis quod
nobiscum non est, quia cum Deo est. Fretus ergo ora-
tionibus vestris, volo in lucem, si possum, prodere
quidquid illnd est, quod operlum illis pellihus senlio,
qu;e in excmplum decoris Sponsae productas sunt. Hoc
(si * recolitis) factum fuit, sed indiscussum remansit :
porro discussum et declaratum, quomodo nigra sit sicut
tabernacula Cedar. Quomodo ergo sicut pelles Salomo-
nis formosa ? quasi vero Salomon in omni gloria sua
quidquam habuerit coodignum decora Sponsae, «t gloria
al. sicut.
VINGT-SEPT1EME SERMON SUR
peut-etre cela serait-ce plus juste et ne manquerions-
nous pas de raisons pour en faire voir les rapports
comme nous le ferons dans la suite. Mais pour pre-
tendre comparer d.-s tentes, quelque belles et su-
perbes qu'elles puissent etre, a l'etat brillant de
l'Epouse, nous avons besoin du secours de celui a
la porte de qui vous avez frappe, a fin de pouvoir
dignement decouvrir un si grand mvstere. Car des
beautes les plus grandes qui frappentles sens, qu'y
a-t-il qui ne paraisse vil et ditiorme a un jnge
equitable, si on le compare a la beaute interieure
d'une ame sainte ? Qu'y a-t-il, dis-je, de si excel-
lent dans la figure passagere de ce monde, comme
parte l'Apotre, qui puisse egaler l'excellence d'une
ame, depouillee de la vieillesse de l'homrae terres-
tre, revetue de la beaute de 1'bomme celeste, ornee
de vertus comme de riches perles, plus pure et
plus elevee que 1'air, et plus brillante que le so-
leil? Ne regardez done point Salomon, lorsque
vous voulez savoir a quelles tentes l'Epouse se
glorilie d'etre semblable en beaute.
2. Que veut-elle done dire par ces mots : « Je
suis belle comme les tentes de Salomon (Cant, i,
U) ? Ces paroles renfernient un grand et merveilleux
mvstere, si toutefois nous ne les enteudons pas de
Salomon, mais de celui dont il est dit : « Celui-ci
est plus que Salomon (Matth. xn, 62). » 11 est si
bien le veritable Salomon, qu'il estappele non-seu-
lenient pacilique, ce que signilie Salomon en lle-
breu, mais la paix meme, suivant ce mot de Saint
Paul, « il est notre paix (Ephes. m, 14). » Je ne
doute point qu'on ne puisse trouver dans ce Salo-
mon quelque' chose, que je ne ferais point de dilfi-
culte de comparer a la beaute de l'Epouse. Et avaut
LE CANT1QUE DES CANTIQUES. 271
tout, reraarquez ce qui est dit dans le psaume au
sujet de ses tentes : « 11 etend, dit-il, le ciel comme
une teute (Psal. cm, 3). » Ce n'est pas sans doute Quelles sent
Salomon, si sage et si puissant qu'il soit, qui etend "" tente»-
le ciel comme une tente, mais plutot Celui qui non-
seulement est sage, mais la sagesse meme ; oui,
e'est lui qui l'a etendu et qui l'a cree. Car e'est
celui ci, noiile premier Salomon, quiadit : ccQuand
il, e'est-a-dire Dieu le Pere, pieparait les eieux,
j'etais present (Piov. vin, 27). » 11 n'y a point de
doute que sa vertu et sa sagesse ne fut presente,
lorsqu'il preparait lescieux. Etne croyezpasqu'elle
fut oisive, qu'elle se contentat de regarder ce qui
se passait, parce qu'elle a dit qu'elle etait presente,
non point qu'elle les preparait aussi. Regardez la
suite, et vous verrez qu'elle dit clairement « qu'elle
reglait et disposait toutes chosesavec lui {Ibid. 30). »
Et n'est-ce pas elle-meme qui dit encore ailleurs :
« Tout ce que fait le Pere, le Eds le fait aussi (Joan.
v, 19). » C'est done lui aussi qui a etendu le ciel
comme une tente. Belle tente, que ce grand pa-
vilion qui couvre la face de la terre, et rejouit les
yeux des hommes par l'eclat et la diversite de ses
lumieres, du soleil, de la lune et des etoiles! Qu'y
a-t-il de plus beau que cette tente? Qu'y a-t-il de
plus pare que le ciel ? Neanmoins il ne mente pas
encore d'etre compare sous aucun rapport a la
gloire et a la beaute de l'Epouse, quaud il n'y au-
rait que parce que sa figure passe, ainsi que celle
de tout le monde, comme etaut corporelle et acces-
sible aux sens du corps. Car les chosesquisevoient
ne sont que pour un temps, mais celles qui ne se
voient point dureront toujours.
3. La beaute de l'Epouse est intellectuelle, elle
ornatus ejus. Et quidem si non ad decorem Sponsan,
sed ad nigredinem potius nescio quas pelles istas, et ta-
lernaculti Cedar respicere diceremus, fortassis coinpete-
ret, nee deesset unde id congruere monstraremus
sicut et monstrabimus. At vero si Sponsae claritati
quarumcunque decorem pellium comparandum puta-
mus, hie prorsus opus nobis est ejus ad quern pul-
sastis auxilio , qualenus mysterium hoc digne ape-
rire possimus. Quid namque eorum quae in facie
lucent, si i: terns cujuspiam sancta? aniuias pulchritu-
dini comparetur, non vile ac fcedum reclo appareal eesti-
matori I Quid, inquaro, tale in se ostendit ea qua3 prte-
terit figura hujus mundi, quod aequare speciem uniniae
possit illius, qute exuta terreni hominis vetustatem, ejus
qui de ccelo est, decorem induit, ornala optimis raori-
bus pro monilibus, ipsopurior sicut et excelsior aethere,
sole splendidior? Noli ergo respicere ad istum Salomo-
nemcum indagare cupis, cujusiuodi se pellibus similem
in decore Sponsa lorietur.
2. Quid est ergo quod dicit : Formosa sum sicut pel-
les Satomonis ? Magnum et mirabile quiddam, ut ego
aestimo ; si tamen non hunc, sed ilium hie attendamus,
de quo dicitur : Ecce plusquam Salomon hie. Nam us-
que adeo is meus Salomon Salomon est, ut non modo
Pacilicus (quod quidem Salomon interpretatur) sed et
pax ipsa vocetur, Paulo perhibente, quia ipse est pax
nostra. Apud istum Salomonem non duhito posse inve-
niri quod decori Sponsae oinnino comparare non dubi-
tem. Et prasertini de pellibus ejus adverte in psalmo :
Extendens, ait, caelum sicut pellem. Non ille profecto
Salomon (etsi mullum sapiens, multumque potens) ex-
tendit ccelum sicut pellem : sed is potius, qui non tarn
sapiens, quam ipsa Sapientia est, ipse prorsus extendit
et condidit. Istius siquidem, et non illius ilia vox est :
Qunndo pra'parabat ccelos, baud dubium quin Deus Pa-
ter, ego aderam. Aderat sine dubio praeparanti ccelos
sua virtus, suaque sapientia. Nee putcs adstitisse otio-
sam, et quasi ad spect;indum solummodo, quia dixit,
aderam, non etiam, prEeparabam. Respice paulisper in-
ferius, et invenies aperte subjungentem, quia eram cum
eo componens omnia. Denique ait : Quircumque enim
Pater facit, hcec et Fdius similiter fucit. Et ipse itaque
extendit ccelum sicut pellem. Pulcherrim pellis, qua
in modum magni cujusdam tentorii universam operiena
faciem terra?, solis, lunas, atque stellarum varietate tam
speclabili humanos oblectat aspectus. Quid hao pelle
formosius ? quid ornalius ccelo ? Miniuie tamen vel
ipsum ullatenus conferendum gloriae et decori Sponsas,
eo ipso succumbens, quod prjeterit et haec figura ipsius,
utpote corporea, et corporeis subjacens sensibus. Qua
272
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Ls be»at« de est spirituelle et eternelle, parce que c'est l'image
l'Epoose re- je ]V'ternit6. Sa beaute, par exemple, c'est la cba-
aide tout en- ... ' , , .
tiere dans sa rite (I Cor. xtu, 8; ; or, nous savons que la cnarite
pVe°tu». e De se Per(^ jamais. C'est aussi la justice, « or, la
justice, dit le. Propbete, denieurera cternellement
(P>al. cxi, 3). » C'est encore la patience; or, ne li-
sez-vous pas que « la patience des pauvres ne p6-
rira jamais [Psal. ix, 19; ? » Que ilirais-je de la
pauvrete volontaire et de l'luimilitc? I. 'une n'a-t-
elle pas pour recompense un royaunie eterael, et
l'autre une gloire qui n'aura pas de On? 11 en est
de meme de la crainte du Seigneur, elle est sainte,
et subsiste dans tons les siecles {Psal. xvm, 10.) 11
en faut dire autant de la prudence, de la tempe-
rance, de la generosity et de toutes les autres ver-
tus; ne sont-ce pas, en effet, comme autant de
perles qui ornent l'Epouse, et qui brillent dun
6clat perpetuel? Je dis perpetuel, parce qu'elles sunt
la base et le fondement de l'immortalite. Car il n'y
a pas de place dans l'ame pour la vie immortelle et
bienbeureuse, sinon par le moyen et I'interposition
des vertus. C'est ce qui fait que le Propbete dtt a
Dieu, qui, nul n'en doute, est la vie bienbeureuse :
« La justice et 1'equite sont les bases de votre trone
(Psal. Lxxxvin, 15). » L'Apotre dit aussi « que Je-
sus-Cbrist babite dans nos coeurs, non pas de toutes
sortes de manieres, mais, il dit expresseinent, par
la foi (Ej/hes. v, 17). » De meme, lorsque le Sei-
gneur voulut s'asseoir sur l'ane, les disciples mirent
leurs babits sous lui, pour montrer que le Sauveur
ou le salut ne peut reposer sur une ame nue, e'est-
a-dire non revetue de la doctrine et des vertus des
apotres . C'est pourquoi l'Eglise, qui a les promesses
de la felicite a venir, a soin cependant de se parer
et de s'orner d'une robe de broderie d'or semee de
graces et de vertus (Psal. xi.iv, 10), comme de di-
verses Qeurs, atin d'etre trouvee digne et capable
de recevoir la plenitude la grace.
k- Comment pourrait-on comparer en beaute ce
ciel visible et corporel, quoique tres-beau en son
genre, et orne d'une agreable diversite d'etoiles, a
cette autre diversite spirituelle et si excellente, qui
brille dans la robe de saintete que l'Epouse a recue
ici-bas? Mais il y a un ciel du ciel dont parlr le
Propbete, lorsqu'il dit : « Cbantez des cantiques a
la gloire du Seigneur qui monte sur le ciel du ciel
vers I'Orieut [Psal. lxvii, 33). r> Ce ciel est intellec-
tuel et spirituel, et celui qui a fait les cieux par son
entendement, a aussi cree celui-la, et l'a etabli
pour demeurer eternellement; et c'est ce ciel qui
est le lieu oil il babite. Ne croyez pas que le zele de
l'Epouse demeure au dessous de ce ciel, oil elle sait
qu'habite son bien-aime. Car son coeur est oil est
son tresor. (Matth. vi, 21). Elle est saintemeut ja-
louse de ceux qui sont devant cette face adorable,
apres laquelle elle soupire, et a qui elle ne peut
pas encore etre associee dans cette vue bienbeu-
reuse : elle s'efforce de rendre sa vie conl'onne a la
leur en criant plutot par ses vertus que par ses pa-
roles : b Seigneur, j'aime passionnement la beaute
de votre maison et le lieu oil reside votre gloire
(Psal. xxv, 8). »
5. Elle ne croit point indigne d'elle d'etre com-
paree a ce ciel, a celui qui est etendu comme des
tenles, sinon quant aux lieux qu'il occupe dans
l'espace, du moins quant a l'ardeur et au zele des
enim videntur, temporalia sunt; quae aulem non viden-
tur, ceterna.
3. Sed est rationalis qucedam Sponsse species, et spi-
ritualis effigies ; ipsaque asterna, quia imago aeternitatis.
Decor ejus, verbi gratia, charilas est, et charitas, sicut
legitis, nunquam txcidil. Est certe et justitia ; et j'usti-
tia ejus, inquit, manet insceculum sceculi. Est etiam pa-
tientia ; el legiiis nihilominus, quia patientia pauperum
non peribit in finem. Quid voluntaria pauperlas ? quid
humilitas ? Nonne altera rcgnuin aeternum, altera aeque
exaltaliouem promeretur aetemam ? Eo quoque spectat,
et timor Dommi sanctus permanens in sceculum sceculi.
Sic prudentia, sic tempcr;intia, sic forlitudo, et si qua?
sunt virtutes alia1, quid nisi margaritae sunt qnaedam in
Sponsie ornatu, splendoreperpetuo coruscantes '? Perpe-
tuo, iuqaam, quia sedes ct fundamentum perpetuitalis
Nee enim perp'-tua? beal.Tque vitas omnino lucus in ani-
ma est, nisi mediis quidem inlerjectisque virtutibus.
Unde Propheta Deo, qui ntique vita beata est, Justitia,
inquit, et judicium prceparatio sedis lute. Et Apostolus
dicit Christum hnbilare, non omni modo quidem, sed
signanter per fidem in cordibus nostris. Domino quoque
sessuro super ascllum, vesles suas discipuli substrave-
runt : signilicantes Salvatorem seu saluteai nequaquam
Insidere nudae anima?, quam non videlicet vestitam in-
venerit doctrina et moribus apostolorum. Et ideo Ec-
clesia promissionem habens futurae felicitatis, curat in-
terim prceparare et praeornare se in veslitu deauralo
circumdata vaiietale gratiarum atque virtutum, qua di-
gna et capax plenitudinis gratiae inveniatur.
4. Caaterum spirituali huic tam pulchne varietati,
quam de prima interim stola in quadam veste suae sanc-
tificationis accepit, nullo pacto ego comparaverim in
decore ecelum hoc visibile atque corporeum, quamvis in
suo genere quidem siderea varietate pulcherrimum. Sed
est ecelum c.tli de quo Propheta : Psallite, inquit, Do-
mino, qui ascendit super caelum cceli ad Orientem. Et
hoc caelum intellectuale ac spirituale : et qui fecit
crelos in intellectu, creavit illud et statuit in sempi-
tcrnum, ipsumque iuhabitat. Ne vera ptites Sponsoe de-
votionem citra illud remanere ecelum, in quo scit
habitare dilectum : ubi enim thesaurus ejus, ibi et cor
ejus. /Emulatur sane assistentes vultui ad quem suspi-
rat : et quibus se interim non valet videndo associare,
studet conformare vivendo, moribus magis, quam voci-
bus damans : Domine, dilexi decorem domus luce, et lo-
cum habitationis gloriae iuw.
5. Prorsus de hoc ccelo minime sibi indignum ducit
duccre similitudinem. Hoc extentum sicut pellis, non
spatiis tamen locorum, sed afiectibus animorum ; hoc
miris variisque arlilicis distinctum operibus. Divisione3
autem sunt, non colorum, sed beatitudinum. Nam alios
VINGT-SEPTlEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
273
Ordre des
Ames. Ce eiel-la est seme d'ouvrages admirables et
divers, faits de la main d'un excellent ouvrier. Et
ce qui les distingue les uns des autres, ce ne sont
pas les couleurs, mais les differents degres de beati-
tude dont ils sont remplis a. Car les uns out ete
aints anges. par [uj crg£s Anges, les autres Archanges, les autres
Vertus, Dominations, Principautes , Puissances,
Trdnes, Cherubins Bt Seraphins. Voila les etoiles
qui orneut ce ciel. Voila les peintures qui embellis-
sent cette tente. C'est la une des tentes de mon Sa-
lomon, et la principale de toutes eelles que parent
taut de differents etats de gloire. Or, cette grand e
tente en eontient beaucoup d'aulres du meme Salo-
mon, parce que chaque bienheureux et chaque
saint qui s'y trouve est une tente de ce roi. Car la
Charite des douceur et la charite les etend, pour ainsi dire, en
^otreegwd sorta 'lu'ils alleignent jusqu'a nous, et, loin de
nous envier la gloire dont ils jouissent, ils nous la
souhaitenl au contraire. Et quelques-uns meme
d'entre eux ne dedaignent pas, pourcesujet, dede-
meurer avec nous, d'etre assidus aupres de nous,
et de prendre le soin de noire conduite; et ceux-la
sont envoyes de Uieu pour nous garder et pour
contribuer, par leur assistance, au salut de ceux
qui doivent participer a l'heritage eternel (Heb. i,
14). C'est pouruuoi, comme toute cette multitude
de bienheureux prise ensemble, est appelee « le
ciel du ciel, » cbacun de ceux qui la composent
sont aussi appeles « cieux des eieux, » parce qu'en
effet, ils sont tons des cieux, et c'est de chacun d'eux
qu'il est dit : « 11 etend le ciel comme une tente
[Psal. cm, 24). » Je crois que vous entendez bien,
maintenant, quelles sont ces tentes auxquelles
a Tous nos manuBcrits offrent ici des variantes qui font dire
a saint Bernard « ce qui les distingue les uns des autres, ce ue
sont point les couleurs; • celui de Jumieges porte : ■ Ce ne
soot pas les lieux. ■ Les editions donnent notre version.
l'Epouse se glorifle de ressembler, et a quel Salo-
mon elles appartiennent.
6. Contemplez maintenant la gloire de celle qui
se compare au ciel, et a un ciel d'autant plus glo-
rieux qu'il est plus divin. C'est avec beaucoup de
justice qu'elle prend un point de comparaison pour
elle, la d'oii elle tire son origine a. Car, si a cause
du corps qu'elle tient de la terre, elle se compare
aux tentes de Cedar, pourquoi ne se glorifierait-
elle pas aussi d'etre semblable au ciel, puisque son
ame est originaire du ciel; surtout quand sa vie
rend temoignage de son origine, de la noblesse de
sa nature et de sa palrie? Elle adore un seul Dieu
et lui rend ses bommages comme les anges; elle
aime comme eux Jesus-Cbrist par dessus tout ; elle
est cbaste comme eux, et, a la difference des anges,
elle Test dans une chair de peche et dans un corps
fragile; enfin elle cherche et goiite les choses qui
sont chez eux, non eelles qui sont snr la terre.
Quelle marque plus evidente d'une origine celeste,
que de conserver une ressemblance si parfaite avec
ces eprits angeliques, dans une region si differente
de la leur, que de voir une personne bannie du
ciel acquerir ici-bas la gloire d'une vie aussi pure
que celle que Ton mene la-haut, et vivre comme
un ange dans un corps presque de bete? Oes mer-
veilles ont quelque chose de celeste, non de terres-
tre, et montrent bien clairement que l'ame qui
peut de si grandes choses, tire veritablement sa
naissance du ciel. Ecoutez neanmoins quelque chose
de plus formel : « J'ai vu, dit saint Jean, la ville-
sainte, la nouvelle Jerusalem, qui descendait du
a Ici encore nous retrouvons le fougueui Berenger pour re-
procher a saint Bernard de pretendre que les anies tirent leur
Drigioe des cieux, en ce sens qu'elles ont ete crepes de Dieu et
envoyees dans leur corps, au lieu d'avoir ete tirees de la terre.
Nous reviendrons dans d'autres notes sur ce sujet.
L'ame tire
son origine
du ciel.
cruidem postiit Angelos, Alios autem Arehangelos, alios
vero Virtutes, alios Dominationes, alios Principalis, alios
Potestates, alios Thronos, alios Cherubim, atque alios
Seraphim. Sic stellatum coelum hoc ; sic depicta haeo
pellis. 1 l.i-c una depellibus mei Salominis, et ha?c prse-
cipuain omni ornatu multiformis gloria? ejus Mabel au-
tem grandis ista pellis quam plurimas in se a?que
lonis pelles, quoniam unusquisque beatus et s ac-
tus, qui ibi est, pellis est utique Salomonis. Benigni
siquidem sunt atque extenti in charitatc, pertingentes
usque ad nos, quibus gloriam, quam habent, non invi-
dent, sed optant, ila ut ex ipsis hujus rei demorari apnd
nos non graventur, seduli circa nos, et curam gerentes
noslri, omnes administratorii spiritus, minxi in minisle-
rium propter eosqui hmrediiatemcapitint salutis.Quam-
obrem sieut eastern colli singulariler dicitcr universi
ilia multiludo collecta beatorum ; sic et colli ccelorum
propter singulos, qui utique cceli sunt, nominantnr ; et
ad singulos speclat quod dicitur : Extendetm coelum si-
cut pellem. Videtis , credo , quasnam ilia? pelles, et cu-
T. IV.
jus sint Salomonis, de quarum Sponsa similitudine glo-
riatur.
(i. Nunc jam intueamini ejus gloriam, qua; et coelo se
comparat, et illi ccelo, quod tanto est gloriosius, quanto
divinins. Nee immerito usurpat inde similitudinem,
undo originem ducit. Nam si propter corpus, quod de
terra hahet, tabernaculis Cedar se assimilat ; cur non
el propter animam, qua? de ccelo est, ccelo a?que similem
se esse glorietur, prsesertim cum vita testetur originem,
testetur natura? dignitatem et palria? ? Unum Deum ado-
rat et colit, quomodo angeli ; Christum super omnia
amat, quomodo angeli ; casta est, quomodo angeli; id-
que in carne peccati et fragili corporc, quod non ange-
li ; quaerit poslremo, et sapit qu;e apud illos sunt, non
qua) super terram. Quod evidenlius ccelestis insigne ori-
ginis, quam ingenitam, et in regione dissimilitudinis,
id into similitudinem; gloriam vita? ca?libis in terra, et
ab exsule, usurpari ; in corpore denique pene bestiali
vivere angelum ? Ccelestis sunt ista potentia?, non terre-
na? ; et quod vere de ccelo sit anima qua? ha?c potest.
18
274
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
ciel, et que Dieu avait paree aussi magniflquement lorsqu'elle esl descendue du ciel? Croyez-vous que
qu'une Spouse l'est pour son Epoux (Apoc. xxi,
et 3); » puis il ajoute : « Et j'ai oui one voix ecla-
tante qui sortait du trone et qui disait : yoici le ta-
bernacle de Dieu parmi les hommes. et il habitera
avec eux. Pourquoi? sinon pour se choisir une
Epouse d'entre les hommes. Chose Strange. 11 ve-
nait vers une Epouse, et ne venait pas sans Epouse.
II cherchait une Epouse, et il avait une Epouse
avec lui. Est-ce qu'il avait deux Epouses? Gardons-
ee suit au milieu des angcs que l'aputre saint Jean,
voyail descendre et monter sur le Ills de l'homme.
[Joan, i, 31). Ilvaul mieux dire qu'il avu l'Epouse,
lorsqu'i] a vu le Verbe revMu de chair et reconnu
ainsi deux natures en une mfime chair. Car lorsqua
ce bienheureux Emmanuel a apporte en terre les
regies d'unc. discipline toute celeste, lorsque l'image
visible et l'eclat de la beaute de Jerusalem immor-
telle, notre mere, impiimre en lui, nous a ete de-
couverte par lui ; qu'avons-nous vu autre chose
nous bien de le croire. Car, comme il dit : « Ma
colombe est unique (Cant, vi, 8). » Mais, comme de que l'Epouse dans I'Epoux, el admire en un seul et
differents troupeaux de brebis, il a voulu n'enfaire mfime Seigneur de gloire, 1'Epoux orne de sa cou-
qu'un, afin qu'il n'y eul qu'un troupeau et qu'un ronne, l'Epouse paree de ses pedes et de ses col-
pasteur [Joan, x, 16 ; ainsi, ayant des le commen- liers? C'estdonc celui qui est descendu qui est aussi
cement du monde une Epouse qui lui etail etroite- monte; car personne ne monte au ciel que celui
ment unie, je veux parler de la multitude de ses qui en est descendu; c'est-a-dire le seul et meme
anges; il lui a plu d'assembler une Eglise tiree des Seigneur, Epoux dans le chef, Epouse dans le corps.
Ll« holmef hommes, et de la joindre a celle qui est celeste, Et ce n'est pas en vain que cet homme celeste a
Le Christ est
"e i alin au'il n'v cut cru'une Epouse et qu'un Epoux. paru dans la terre, puisqu'il a fait celestes comme descendu du
iju une seulo .1 • ., • riel sur la
et [/une a ete perfectionnee, non multiphee, par lui plusieurs qui etaient terrestres auparavant ; en terre pour
mdrJe?us'-'SC l'adjonction de ['autre, et elle reconnait que c'est sorte que cetle parole de l'Apotre se justilial : « Tel D™ lers*ensdr<!
Cbrist. d'elle qu'd est dit :« Ma parfaite est unique (Cani. l'homme celeste, tels aussi ceux qu'il a rendus
vi, 8). » Or, c'est leur conformite qui n'en fail semblables a lui (I Cor. xv, 48). » On commence
qu'une des deux. Et si pour le moment il n'y a done deja a mener sur terre la vie qu'on mene
conformite que dans la ferveur d'un meme zelfi, dans le ciel, lorsqua l'exemple de la creature spi-
un jour il y aura conformite de jouissance de rituelle et bienheureuse, celle qui vienl des extre-
gloire. mites de la terre pour entendre la sagesse de Salo-
7. Ainsi, 1'Epoux, qui est Jesus-Christ, et l'Epouse, mon. esl aussi attacb.ee par un chaste amour a sun
qui est Jerusalem, tirent egalement leur origine du Epoux celeste, et quoiqu'elle ne lui soil pas encore
ciel. Quant a 1'Epoux, alin de serendre visible, il unie comme celle-la, par une conformite parfaite,
s'est aueanli lui-meme, en prenant la forme d'un elle est pourtant son epouse par la foi, suivant
esclave, en se rendant semblable aux hommes, et cetle promesse de Dieu qui dit par le Prophele :
en se revelant de leur nature (Phil, n, 7). Mais en « Je vous ferai mon epouse par ma misericorde et
quelle forme penscz-vous qu'ail ete vue l'Epouse, par ma bonte, je vous epouserai par la foi (Osce n,
aperte indicant. Audi tamen apertius. Yidi, inquil, civi-
tatem sanctam Jerusalem novam, descendenicm de ccelo,
a Deo paratam, tanguam sponsam ornatam viro suo.
Et addidit : Et andivt uocem magnam de ihrono dicen-
tem ■. Ecce tabernaeulum Dei cum hominibus, ei habita-
bit cum eis. Ad quid? Credo ut situ acquirat sponsam
de hominibus. Mira res? Ad sponsam veniebat, et abs-
que sponsa non veniebat. Quaerebat sponsam, el sponsa
cum ipso erat. An duae crant ? Absit. Una est enim,
ait, columba mea. Sed sicut de diversis ovium gregibus
unum facere voluit, ut sii unum ovile, et unus pastor :
ila cum haberct sponsam inhsrentem sibi a principio
multitudinem angelorum, placuit ei de hominibus coa-
vocare Ecclcsiam, atque uuire illi quae de ccelo est, ut
sit una sponsa, el Bponsus mms. Ergo ex adjecla isla,
perfecta est ilia, non duplicata ; etagnoscil de se dictum :
Una est perfecta mea. Porro unam conformitas facit,
nunc quidem in simili devolione, postea vero et in pari
gloria.
7. Habes itaque utrumque de ccelo, et Sponsum scili-
cet Jesum, et Sponsam Jerusalem. Et ille quidem ut
videretur, semetipsum exinanivit formam servi accipiens,
in similitudtnem hominum [actus, et tuibitu inventus ut
homo. At illam in quanam putamus forma seu specie,
aut in quo babilu videlicet descendentem vidit ille qui
vidit ? An forle in frequentia angelorum, quos vidit
descendentes et ascendentes super Filium hominis ? Sed
melius dicimus, quod Sponsam tunc videril, cum Ver-
bum in earnc vidit, agnoscens duos in came una. Dum
enim sanclus ille Emmanuel terris intulit magisterium
disciplines cceleslis: dum supernas illius Jerusalem, quae
est mater nostra, visibilis quaedam imago et species de-
coris ejus per ipsum nobis el in ipso exprcssa innotuit ;
quid nisi inSponso Sponsam perspeximus, unum eumdem-
que Dominum glorias admirantes, et Sponsum decoratum
corona, et Sponsam ornatam monilibus suis? Ipse igitur
qui descendil, ipse est et qui ascendit : ut nemo ascen-
dat in ccelum, nisi qui de eoelo descendit, unusidemque
Dominus, et Sponsus in capite, et Sponsa corpore. Nee
frustra in terris visus est homo ccelestis , cum de
terrenis ccelestes quam plurimos fecerit sibi similes,
ut sit quod legitur : Qua/is ccelestis, tales et ccelestes.
Ex tunc igitur in terra vivitur more cceleslium, dum
instar supernae illius beatipque creaturje, haec quo-
que, qua: a linibus terrae venit audire sapientiam Salo-
monis, ceelesti viro nihil ominus casto inhaeretamore
VINGT-SEPTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
275
L-Egiise 19)- " Ces< ce 1m t;,it I11'1'11'' t*che ;i so confonner
desire etre ie ulus qu'elle peut a cette beaut e qui est venue du
aasimilee aux . * .,.,,... i , 1
anges. ciel, en apprenant d elle a etre modeste et sobre,
a etre chaste et sainte, patiente et compatissante,
douce et humble de cceur. Et e'est par ces vertus
qu'elle s'efforce, tout eloignee qu'elle est, de plaire
a celuique les anges desirent contemplersans cesse,
atln qu'etant brulee du meme desir qui euflamme
ces esprits bienheureux, elle fasse eonnaitre qu'elle
est concitoyenne des saints et domestique de Dieu,
quelle est sa bien-aimee et son Epouse.
8. Selon moi toute ame qui est telle, peut etre a
bon droit appelee, non-seulement celeste, a cause
de son origine, mais le ciel meme, a cause de sa
ressemblance. Et e'est alors qu'elle fait voir mani-
festement qu'elle tire sou origine des cieux ; quand
sa vie est toute dans les cieux. Une ame sainte est
done un ciel, et le « soleil » de ce ciel, e'est l'en-
tendement ; sa « lune » est la foi ; et ses « astres, »
les vertus. Ou bien le « soleil, » e'est le zele de la
justice, ou une ardente charite ; et la « lune, »
e'est la continence. Car de me me que la lune dit-
on, n'a de lumiere que du soleil, ainsi la conti-
nence n'a de merite que de la charite et de la jus-
tice. Et e'est ce qui fait dire au Sage : « Qu'une
race qui joint la continence a la charite est belle et
lllustre ! » Et pour les « etoiles » de ce ciel, je ne
me repens point d'avoir dit que ce sent les vertus,
quand je considere la convenance et le rapport
qu'elles out entr'elles. Car de meme que les etoiles Compai.a;son
hrillent la nuit, et sont cacbees le jour, ainsi la des vertm
vraie vertu qui souvent ne parait point dans la aux el01 "'
prosperity, eclate dans l'adversite. C'est une pru-
dence de la cacher dans l'une, c'est une necessite
qu'elle paraisse dans l'autre. La vertu est done un
astre, et l'bomme vertueux est un ciel ; si ce n'est
peut-etre que quelqu'un croie, que lorsque Dieu a
dit par le Prophete : « Le ciel est mon trone (Isa.
lxvi, 1), » il faille entendre ce ciel visible qui roule
sur nous, non point celui dont l'Ecriture parle ail-
leurs en termes plus elairs, quand elle dit que 1'ame
du juste est le trone de la Sagesse a. Mais celui qui
a appris du Sauveur, que Dieu est esprit, et qu'il
doit etre adore en esprit {Joan, iv, 2i), » n'besite
point de lui assigner l'esprit pour trone. Pour moi,
je le dirai hardiment, et je ne le dirai pas moins de
l'esprit de l'homme juste, que de l'ange ; et ce qui
me conflrme par dessustout dans cette opinion, c'est
cette promesse fidele du Fils de Dieu : « Mon Pere
et moi, nous viendronsa lui, e'est-a-dire, a l'homme
de bien, et nous ferons notre demeure en lui (Joan.
xiv, 73). » Je peuse aussi que le Prophete n'a point
entendu parler d'un autre ciel, lorsqu'il a dit :
« Mais vous qui etes le sujet des louanges d'lsrael,
vous habitez dans les Saints [Psal. xxi. It). » L'A-
potre dit encore clairement : « Jesus-Christ habite
par la foi dans nos cceurs (Ephes. in, kl). »
9. Et ce n'est pas etonnant que le Seigneur Jesus *
a Ce meme passage est deja cite dans le premier sermon ponr
la PnrilicatiOD, n. t, dans le cinquieme sermon sur les paroles
d'Isaie, a. "i, et enlin dans le viLu-t-einquieme des petits ser-
mons, n. fi. D'autres Peres, sans compter saint Eernard, tels que
saint Augustin et saint Gregoire le Grand le citent aussi comma
tire des Ecritares. Plusieurs auteurs rapportent a ce lette ce
passage des Proverbes : ■ La vie se trouve dans le chemin de la
etsi necdnm qnomoilo ilia junctaper speciem, tamen
sponsata per (idem, juxla promissum Dei dicentis per
Prophetam : Sp i ricordia et
rationibus, et sponsabo te mihi in fide. Unde D
magisque conformari satagif forms, quse de ccelo ve-
nit, discens ab ea verecunda esse et sobria, discens
pudica et sancta, discens patiens atque compatiens,
postremo discens mitis et humilis corde. Et ideo mo-
ribus hujuscemodi contendit et absens placerc ei,
in quern angeli ppospicere concupiscunt : ut dum desi-
derio fervet angelico, probet se proinde civem sanc-
torum, et domesticam Dei ; probet dilectam, probet
Sponsam.
8. Ego puto omnem animam talem non modo cceles-
tem esse propter originem, sed et coelum ipsnm posse
non immerito appellari propter imitationem. Et tunc
liquido ostendit, quia vere origo ipsius de ccelis est,
cum conversatio ejus in coelis est. Est ergo ccelum sancta
aliqua anima, babens solem intellectum, lunam (idem,
astra virtutes. Vel certe sol, justitiee zelus aut fervens
charitas ; et luna conlinentia. Quomodo enim claritas,
ut aiunt, luna? non nisi a sole est : sic absque charitate
seu justitia continentia> meritnm nullum est. Hinc de-
juslice (Prov. in, 28), » d'autres pensent que le texte de saint
Bernard n'est autre que ce passage de la Sagesse : « J'ai iovo-
qud le Seigneur, et l'esprit de Sagesse est venu en moi (Sap.
vit, 1). i C'est l'opinion de Horstius comma on peut le voir dane
les notes. Saint Gregoire le Grand, dans son Homelie XIXVili
sur les Evaugiles, attribue ce passage a Salomon.
nique Sapiens : 0 quam pulchraes, inqtiit, casta genera-
faritite. Porro Stellas dixisse virtutes non me
pcenitet, considerantem congruentiam similitudinis. Quo-
• nempe stelhe in nocte lucent, in die latent : sic
vera virtus, qua? saBpe in prosperis non apparet, eminet
in adversis. Illud sane cauteke est, boc necessitatis.
Ergo virtus est sidus, et bomo virtutum, ccelum. Nisi
quis forte cum Deum per Prophetam dixisse legit, Cce-
lum mihi sedes est; ccelum boc volubile visibileque in-
telligendum existimet, et non potius illud, de quo alibi
aperlius Scriptura commemorat : Anima, inquiens,/i«ti
sedes est sapiential. Qui auteru ex doctrina Salvatoris
sapit spiritum esse Deum, atque in spiritu adorandum :
etiam sedem ei non ambigit assignare spiritualem. Ego
vero (identer id fecerim, non mines in hominis justi,
quam in angelico spiritu. Confirmat me in hoc sensu
maxime ilia fidelis promissio : Ego et Paler, ait Filius,
ad eum, id est ad sanctum hominem, veniemus, et man-
sionem apud eum faciemus. Prophetam quoque non de
alio dixisse ccelo arbitror : Tu autem in sancto habitas,
laus Israel. Manifeste autem Apostolus dicit, habitare
Christum per fidem in cordibus nostris.
9. Nee mirum si Hbenler inhabits! coelam hoc Domi-
•276
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Dieu habile
dans una
ame pieuse
•omoie dans
le ciel.
Comment line
ame arrive
a cet 6tal.
liabite volontiers Jans ce ciel, puisqu'il ne I'a pas
I'otume les autres d'une seule parole, mais
qu'il a combattu pour I'acquerir, et qu'il est inort
pour le racheter. Aussi apres ['avoir conquis selon
si's desirs apres beaucoup de travaux, il dit : « Cost
la que j'6tablirai pour jamais le lieu de mon repos;
c'est la que je fer;ii ma demeure, parce que je 1'ai
ainsi souhaite. » Dienheureuse aussi est cello a qui
on dit : « VeneZj vous que je me suis choisie, je
mettrai mon trone en vous. Pourquoi, 0 men ame,
dtes-yous triste maintenant, et pourquoi me trou-
blez-vous? Pensez-vous aussi trouver en vous un
lieu pour le Seigneur? Et quel lieu peut-il y avoir
in moi de capable d'une si grande gloire, et qui
suflise pour recevoir une si haute Majeste? Plut a
Dieu que je fusse digne seulement de 1'adorer dans
le lieu qu'il a consacr6 par la trace de ses pas. Qui
m'accordera la grace de pouvoir au moins suivre
les vestiges de quelque ame sainte, qu'il a choisie
pour en faire sa demeure ? Toutefois s'il daignait
aussi repandre dans mon ame l'onclion de sa uii-
sericorde, et l'etendre ainsi, comme une tente qui
s'etend davantage lorsqu'on la frotte de quelque
liqueur, en sorte que je puisse dire : « J'ai couru
dans la voie de vos commandemenls, lorsque vous
avez etendu mon cceur {Psal. cxvui, 32) '.' » Peut-
etre pourrais-je aussi montrer en moi un Ceuaele
assez grand sinonpour qu'il s'asseoie luiet tous ses
disciples, au moins pour qu'il puisse reposer sa
tete. Certes, je regarde de loin, et avec admiration
ces ames bienheureuses, dont il est dit : « J'habi-
lerai en elles, et je m'v promenerai (11 Cor. vi, 16). »
10. 0 combien l'etendue d'une ame quiesttrouvee
digne de recevoir en soi la presence divine, et ca-
pable de la comprendre, est grande, combien les
prerogatives de ses merites sout elevees ! Mais que
dirai-je de celle, qui a meme des promenoirs spa-
eieux, si je puis parler ainsi, ou la grace de Dieu
pent agir sans gone. Certes, elle u'est point embar-
rasseo dans les affaires du monde et dans les soins
du siecle, elle u'est point eselave des voluptes et
des plaisirs sensuels; exempte de toute curiosite,
elle ne desire point commander aux autres, et oe
s'eleve point avec orgueil lorsqu'elle est en position
de commander. Car il faut avant tout qu'une line
soit exemplr. de tous ces vices, pour deveuir un
ciel et la demeure de Dieu. Autrement, commi ni
pourra-t-ellele coutempler a loisir dans sa diviniW '.'
11 faut encore qu'elle soil pure de toute bainr. de
toute jalousie el de toute aigreur. Car la Sa;
n'entrera poinl dans une ame pleine de malignile
(Sap. i, li). De plus il t'aul qu'elle croisse et qu'elle
s'etende, afin que'lle devienne capable de recevoir
Dieu. Or, son etendue, c'est sa charite, selon ce
mot de l'Apotre : « Que la charite dilate et Hondo
vos ames (1 Cor. vi, 13). » Car, quoique l'aine ne
soit point susceptible d'une quantite corporelle,
parce qu'elle est. esprit, ne.mmoins la grace lui ac-
corde et lui communique ee qui lui est denie par
la nature. Elle croit et s'etend, mais d'une manio.re
spirituelle ; elle croit aussi en gloire; elle croit
pour servir de temple saint au Seigneur ; elle croit
enlin et s'avanee jusqu'a la perfection de l'homme
fait, et jusqu'a un age capable de recevoir la pleni-
tude de la vertu de Jesus-Christ [Ephes. iv, 13).
Ainsi, c'est a la mesure de la charite qu'on doit
apprecier la quantite d'une ame ; on doit estimer
grande celle qui en a beaucoup, petite cede qui en
a peu, et croire que celle la n'est rien, qui n'en a
point du tout, puisque l'Apotre dit : Si je n'ai point
Commeot
fame graiulit
et se dilate.
La charite est
la mesure de
1 'une.
mis Jesus, quod utique, non quomodo cajteros, dixit
lantum ut fieret, sed pugnavit ut acquireret, occubuit
ut redimeret. Ideo ct post laborem voto potitus, ait :
//./:■ reguies mea in iceculum sceculi, hie habilabo, quo-
luuiu eiegi enm Et beata cui dicitur : Vent electa mea,
it ponam in te thronum meum. Quid tu tristis es nunc,
o anima mea, et quare conturbas me ? Putasne et tu pi-
nes te invenias locum Domino? Et quis nobis locus in
nobis buic idoneus gloriae, sufliciens majestati? Utioam
vel merear adorare in loco, ubi steterunt pedes ejus.
Quis dabit mild saltern vestigiis adhaerere sanctas oujus-
|jiam aniime, quam elegit in liabitalionem sibi'.' Tannn
si dignetur infundere et meam animani unctione mise-
l'icordue suje, atque ita extendcre sieut pellem, quae
alique cum ungitur, dilatatur, quatenus et ego dicere
valeam, Viam mandatorum tuorum cucurri, cum dila-
tasli cor meum; potero etiam ipse fortassis oslendere in
meipso, etsi non ccenaculum grande stratum, ubi possit
recumbere cum discipulis suis; altamen ubi saltern
rcclinet caput. A longe suspicio illos certe beatos, de
quibus dicitur : El inhabitabo in eis, et deambulabo in
Mis.
10. 0 quanta illi animae latitudo, quanta et meritorum
praerogativa, quae divinam in se pra?sentiam, et digna
invenitur suseipere, et sufliciens capere ! Quid ilia, cui
ct spatiosa * suppetunt deambulatiora, ad opus quidem
majestatis? Non est profecto intricate forensibus causis
curisve saecularibus, uec certe ventri et luxuriae dedita :
sed nee curiosa spectandi, seu cupida omnino dominan-
di, vel etiam tumida dominatu. Oportet namque primo
quidem his omnibus vacuam esse animam, ut caelum
liat, atque habitalio Dei. Alioquin quomodo poterit va-
care el videre, quoniam ipse esl Deus5 Sed et odio
sive invidiae aul raucoi-i minime prorsus indulgendum,
quoniam ,u malevolam animam non introibit sapientia.
Deinde necesse est earn crescere ac dilatari, ul sit capax
Dei. Porro latitudo ejus, dilectio ejus, sicul dicit Apos-
tolus : Dilatamini in charitate. Nam etsi anima miuime.
cum sit spirituB, quantitateni coiiiorcam recipit : tamen
confer! illi gratia, quod negatum est a natura. Crcscit
quidem et exlenditur, sed spiritualiter ; crescit non in
substantia, sed in virtu te ; crescit et in gloria; cres-
cit etiam in templum sanctum in Domino ; crescit
dchique et profioit in virum perfectum, in mensurnm
cetatis plenitudinis Christi. Ergo quantitas cujusque
annua' aestimetur de mensura cliarilatis quam habel, ut
verbi gratia, qua1 inultum liabet eharitatis, magna sit;
qua; parum, parva; qua; vero nihil, nihil, dicente Paulo :
'al. spatia.
VINGT-SEPTIEME SERMON Sl'R LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
277
de charite, je ne suis rien (I Cor. xm, 2). » Si elle
commence a en avoir quelque pen, en sorte qu'au
moins elle ait soin d'aimer ceux qui l'aiment, et de
saluer ses freres, ou ceux qui la saluent, il faut
dire qpel est quelque chose si pen que ce soit,
puisqu'elle a au moins la charite de la societe ci-
vile, qui cousiste dans des devoirs mutuels de res-
pect et de deference. Mais pour me servir des
paroles du Sauveur : « Que fait-elle de plus que ce
a quoi elle est absolumant obligee (Matth. v, 47) ?»
On ne doit done pas appeler grande ni mediocre,
me etroite. mais tres-petite et tres-etroite, une ame qui a si
peu de charite.
me longue H. Mais si elle grandit et croit de sorte que pas-
et large. san^ jes j,orne5 je cex amour si petit et si etroit,
elle s'etende en toute liberie d'esprit dans le large
chemin d'une bonte gratuite, et que par une ricbe
effusion de cette bonte, elle donne ses soins a tous les
hommes, et les airne comme elle s'aime elle-meine,
pourra-t-on encore luidire: « Que faites-vous de plus
que ce que vous etes absolument obligee de faire?
La charite qui embrasse tout le monde, meme ceux
avec qui elle n'a aucnne liaison de parente, dont elle
n'esp&re tirer aucun avantage, et a qui elle nedoit
rien que ce que dit 1'ApGtre : « Ne devez rien a
personne, si ce n'est l'amour et la charite [Rom.
xiu, 8), » est bien grande. Mais si de plus vous
faites sans cesse violence auroyaume dela charite,
et si, comme un pieuxusurpateur, vous conquerez
Ame (rts- jUSqu'& ses derniers confins, en ne fermant pas
trge, a une J n
largeur pa- meme a vos ennernis les entrailles de votrecompas-
e>du cieCl?110 sion> si vous fflites du Dien' meme a ceux qui vous
haissent, si vous priez pour ceux qui vous perse-
cutent et vous calomnient, et tachez de garder la
paix avec ceux qui sont ennernis de la paix ; e'est
alors, n'en doutez pas, qu'il y aura quelque pro-
portion entre la hauteur, la beaute, la largeur du
ciel, et la hauteur, la beaute et la largeur de votre
ame. C'est alors que s'accomplira la verite de cette
parole : « 11 etend le ciel comme une tente [Psal.
cm, 2). » Et que celui dont la grandeur, l'immen-
site et la gloire sont egalement innnies, non-seule-
meut daignera demeurer, mais se promenera a
son aise dans ce ciel qui est si large, si haut et si
beau.
12. Voyez -vous quels sont les cieux que l'figlise en-
ferme en soi, sans laisser d'etre elle-meme dans son
universality comme un grand ciel qui s'etend d'une
mer a l'autre, et d'un fleuve jusqu'aux extremites
de la terre ? Considerez aussi par consequent a qui
vous la comparez en ce point ; si neanmoins vous
n'avez point oublie ce que nous avons dit un peu
auparavant touchant : « Le ciel du ciel, et les cieux
des cieux. » Notre mere bien qu'elle soit encore en
un lieu d'exil, a, comme celle qui est en haut, ses
cieux, qui sont les hommes spirituels, recomman-
dables par leur vie et leur reputation, purs dans la
foi, fermes dans l'esperance, etendus par la charite
et eleves par la contemplation. Et ces cieux versent
une pluie de discours salutaires, tonnent par leurs
reprimanded et eclairent par leurs miracles. Ce sont
eux qui publient la gloire de Dieu, et qui, etant
etendus comme une tente sur toute la terre, mon-
trent en eux des modeles vivants de la voie de vie,
ecrite du doigt de Dieu, communiquent la science
du salut a son peuple, et enseiguent un Evangile
(Jul sont ceux
qui sont les
cieux de
1'EglUe.
S/ charitatem non habuero, nihil sum. Quod si quantu-
lamcunque habere cosperil, at saltern diligentes se dili-
gere caret, ac salutare vel fratres suos, et eos qui se
salutant : jam nonnihil quidem illam animani dixerim,
qua? in ratione dati et accepti socialem sallcm retinet
charitatem. Verumtamen juxta sermonem Domini, quid
amplius facit? Xec amplaoi proinde, nee magnam, sed
plane angustam modicamque censuerim animani, quam
adco modica; charitatis esse cognoverim.
II. At si grandescat et proliciat, ita ut transiens limi-
lem angusti ohnoxiique amoris hujus, latos fines honi-
tatis gratuitas tota liberlate spiritus apprchendat, quate-
nus largo qnodam gremio bona? voluntatis ad omncm
seipsam caret extendere proxiinuin, diligendo ununi-
quemque lanquam seipsam : numquid jam illi recte
dicelur : Quid amplius facts? quippe qua? seipsam lam
amplam facit. Amplum, inquam, gerit charitatis sinum,
quaB complectilur universos, etiam quibus nulla se novit
carnis necessitudine junctam, nulla spe percipiendi
comi li cujusquam illectam, nulla percepti redhibi-
tione obnoxiam, nullo denique omnino adstrictam debi-
to, nisi illo sane, de quo dicitur : Nemini quidquam
debeatis , nisi ut invicem diligatis. Verum si adjioias
etiam usquequ ique vim facere regno charitatis, ut us-
que ad ultimos ejus terminos- occupare illud pins inva-
sor prsvaleas, duui ne inimicis quidem claudenda vis-
cera pietatis existimes ; benefacias his quoque qu
te oderunt, ores et pro persequentibus ac calum-
niantibus te, necnon et cum his qui oderunt pacem,
esse pacificus studeas : tunc prorsus latitudo coeli lati-
tudo tuaa animae ; et altitudo non dispar, sed nee dis-
similis pulchritudo ; impleturque tunc demum in ea quod
dicitur : Extendens ccelum sicut pellern; in quo jam mirae
latitudinis, altitudinis, ac pulchritudinis caslo summus
et immensus atque gloriosus, non modo dignanter
habitat, sed et apatiose deambulal.
12. Videsnc quales in se habeat Ecclesia coelos, cum
sit nihilominus ipsa, in sua quidem universitate, ingens
quoddam ccelum, extentum a mari usque ad mare, et a
tlumine usque ad terminos orbis terrarum? Vide etiam
consequenter, cui et in hoc ipso assimiles earn, si ta-
men non tibi excidit illud, quod paulo ante memora-
tum est hujus rei exemplar, de cazlo videlicet cceli, et
c(Eli calorum. Ergo exemplo illius quae sursum est
mater nostra, hasc quoque qua adhuc peregrinatur, ha-
bel coelos suos, homines spirituales, vita et opione cons-
picuos, fide puros, spe firmos, latos charitate, rontem-
platioue suspensos. Et hi pluenles pluviam verbi
salutarem, tonant increpationibus, coruscant miraculis.
Hi enarrant gloriam Dei, hi exlenti, sicut pedes, super
omnem terram, legem vitae et discipline digito quidem
Dei scriptam in semetipsis ostendunt, ad dandam
278
OKIVRRS DE SAINT REKNAHD.
de paix, pane qae ce sont Lea tentes de Salo-
mon.
13. Reconnaissex maintenant dans ces tentes Pi-
mage de ces tentes que nous decrivions
tout a 1' heu re dans les ornements d>' L'Epoux. Re-
connaissez aussi la Heine assise a sa droite
xliv, 10;, el revetue d'oruements pared? sinon
egaux auxsiens. Car bien qu'elle n'ait pas pen d'e-
clat et de beaute, meme dans le lien de son peleri-
nage, dans le jour de sa vertu, par I'eclal epic ses
saints repandent de toutes parts, neanmoins, il j a
quelque difference entre La couronne de ses vertus
et la consomniation de la gloire des bienheureui.
On pent bien dire epie e'est une Epouse parfaite et
bienheureuse, toutefois 'lie ne Pest qu'en partie.
Car e'est aussi en partie la tente de Cedar. Bile esl
belle pourtaid, soit dans la portion d'elle-meme qui
est deja bienheureuse et qui regne dans le ciel,
soit dans les houinies illustres qui 1'ornent de
sagesse et de leur vertu, meme durant cette nuit,
comme les etoiles oruent le ciel. C'est ce qui fait
dire au Prophete : « Ceux qui seront savants bril-
leront comme les feux du lirmament; et ceux qui
enseigneut aux autres a bien vivre, luiront comme
les etoiles dans tous les temps [Dan. xu, 3). »
L'Epoaae est 14- 0 humilite ! 0 suhlimite ! I'. 'est tout ensemble
noirePei'en e* ^a tente c'e Cedar et le sanctuaire de Dieu ; une
panie belie, demeure celeste; uue maison de boue et une
meme temps maison royale ; un corps de inort et un temple de
h«u>Wime ' unniere ; le rebut des superbes et 1'Epouse de Jesus-
Chris l. Elle est noire, mais elle est belle; lilies de
Jerusalem. Et si le travail et la douleur d'un long
exil decolorent son visage, neanmoins elle est ornee
de la beaute celeste, et des tentes de Salomon. Si
sa noirceur vous deplait, considerez-la dans
. Si vous 1 1 meprisez dans - , 1,,,.^..,^ adini-
rez-la dans s.m elevation. Et meme, combien n'y
a-t-il pas de sagesse, de discretion et debienseance,
a dire que cet abaissement et cette elevation sont
tellement temperes dans 1'Epouse, que parmi les tem[)""JJ,eil,
igements de ce nionde, sa sublimits la
i, de peur quelle ue se Laisse abattre par
1'adversite; el sa bassi — reprime son elevation, de
crainte qu'elle d rgueillisse par la prospe-
rity? Deux choses pariaitemenl belles, puisque tout
en etant coutraires, elks contribuent neanmoins
toutes deux au bien de 1'Epouse et servent a son
salut.
15. Mais j'en ai dit assez sur la comparaison que
1'Epouse semble faire de soi avec les tentes de
Salomon. Neanmoins il rest.1 en pliqueriUl
autre sens donl j'ai parle au commencement, et
que ,je vousai promis, a savoir, comment toute i
comparaison ne se rapporte qu'au teint noir de
1'Epouse. Je ne veux pas manquer a tenir ma pro-
messe. Mais il fant remettre ce sujet a une autre
fois, attendu que ce discours esl deja issez Long, et
pour que, selon votre coulunu, vous preveniez par
vos oiaisons les choses que je dois dire, et qu'il
faut rapporter a la louange et a la gloire de I'E-
poux de l'Eglise, Jesus-Christ notre Seigneur, qui
est Dieu et beni dans tons les siecles. Ainsi soit-il.
scientiam salutis plebi ejus : ostendunt et Evangclium
pacis, quoniam Salomonis sunt pelles.
13. Agnosce jam in his pellibus supernarum illarum
imaginem, qua? in Sponsi ornatu non longe superius
describebantur. Agnosce similiter et reginam adstan-
tem a dextris ejus, circuniauiiclam similibus ornamentis,
non tamen paribus. Nam etsi hnic etiand in loco
peregrinalionis sua;, et in die virtutis suae, in splendo-
ribus sanctorum, non minima claritatis atque decoris
est portio : differenler lamen ilium * coronal integritas
ct consummatio gloria? beatorum. Quanquam et Spon-
sam dixeiim perfectam atque bcatam, sed ex parte.
• •f'°°,"m Nam ex parte tabernaculum Cedar: formosa tamen,
sive in ilia portione sui, qua? jam beata regnat; sivc
etiam in illustribus viris, quorum, ctiam in liac noi le,
sua sapientia atque virlutibus, lanquam cesium suis si-
deribus, adornatur. Undc Propheta : Qui iloeli, inquit,
fuerint, fulgebunt quasi splendor firmamenli; el qui ad
juslitiam emdiunt multos, quasi stella: in perpetuus
(eternUates.
14. 0 humilitas ! o sublimitas ! Et tabernaculum
Cedar, et sanctuarium Dei ; ct terrenum habitaculum,
et coeleste palatium ; et domus lutea, et aula regia ; et
corpus mortis, et tcmplum Incis ; et despectio denique
superbis, elSponsa Christi. Nigra est, sedfbrtnosa, film*
Jerusalem : quam etsi /abor et dolor longi exsilii deco-
lorat species tamen ecelestis cxornal, exornant pellet
Salomonis Si horretis nigram, miremini el t'ormosam ;
si despicitis humilem, sublimem suspicite. Hoc ipsum
quam cautum, quam plenum cuncilii, plenum discretio-
nis et congruentia? est, quod in Sponsa dejectio i
ista celsitudo, secundum tempus quidem, eo modera-
mine sibi pariter contemperantur, ut inter mundi liujns
varietates et sublimitas erigal humilem, ne dellcial in
sis; el sublimem humilitas rcprimat, ne evanesoat
in prosperis? Pulchre omnino amba? res, com ad invi-
triae sint, Sponsa? tamen pariter cooperantur in
bonum, subserviunt in salulem.
I j. Et ha?c pro eo quod Sponsa videtur de pellibus
Salomonis inducerc similitudinem. Restat tamen apc-
riendus ill- un capitulo sensus, quern in prin-
cipio commemoravi et promisi, qualiter videlicet tola
ad solam nigredinem similitude referatur : qua quidem
non estis promissione fraudandi. Ca?terum id dilleren-
dum in aliud sermonis principium : turn quia hoc jam
hujus tlagitat longitudo ; turn etiam ut pnrveniat ex
more oratio ca, qua' in laudem et gloriam sunt referen-
da Sponsi Ecclesia? Jesu-Christi Domini nostri, qui est
Deus benedictus in siecula saculorum. Amen.
VINGT-HUITIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
279
SERMON XXVI 11.
De la noirceur ct de la beaute de I'Epoux. Pre-
rogative de iouie sur la vue en ce qui coneerne la
foi.
1. Je pense que vous vous souvenezbien a quelles
tentes de Salomon j'ai dit que, selou moi, la beaute
de l'Epouse a ete comparee, et quel est ce Salomon,
si toutefuis on rapporte a sa beaute la comparaison
qui en est tiree; mais si on estime qu'elle se rap-
porte plutot a sa noirceur, comme celle des tentes
de Cedar, a il ne me vient rien autre cbose a vous
dire sur ces tentes de Salomon, sinon que ce sont
peut-etre celles dont ce roi avait coutume de se
servir, lorsqu'il voulait loger dans des pavilions, et
qui, sans doute, si toutefois il en a jamais eu, etaient
necessairement laides et noires, parce qu'elles
etaient exposees tous les jours au soleil, et aux
injures de l'air. Et cela ne se faisait pas en vain,
mais afin que les omements qui etaient dedans
fussent conserves plus propres et plus beaux. Par
cet exemple, l'Epouse ne nie pas qu'elle soit noire,
mais elle excuse sa noirceur, et elle ne rougit point
d'un etat que la charite releve et que la verite ne
blame point. Car, comme dit l'Apotre, qui est iu-
firme sans qu'elle ne le soit aussi (n Cor. n, 29) ;
qui se scandalise sans que ce scandale ne la touche
vivement ? Elle prend sur soi la faiblesse de la
a II y a trois manuscrits qui presentent ici de legeres va-
riantes, et qui font dire a saint Bernard : >< II faut vous rap-
pcler les tentes dont Salomon recouvrait autrefois son pavilion.
Elles etaient certainenient noires, car elles etaient exposees
tous les jours aui ardeurs du soleil, et aui intempenes de l'air,
Or, cela ne se faisait pas en vain, etc. »
compassion, afm de soulager ou de guerir dans Etretg dn rtlo
un autre la maladie de la passion. Elle devient et de la
.. , , . , . . compassion.
noire par zele pour la blancneur, et pouracquerir,
par-la, la beaute.
2. La noirceur d'un seul eu rend plusieurs blancs, Jesus-Christ
non par la part qu'il prend a leurs fautes, mais par 6pOU3r'tt)°°18r
la douleur dont il est touche. « II est a propos, blanchir.
dit-il, qu'un seul homme meure pour le peuple,
et que toute une nation ne perisse pas. » 11 est a
propos qu'un seul pour tous, soit noirci par la
ressemblance de la chair du peche, et que toute
une nation ne soit pas condamnee, & cause de la
noirceur du peche. II faut que la splendeur el
1'image de la substance de Dieu soit obscurcie par
la forme d'esclave pour sauver la vie a l'esclave,
que la clarte eternelle s'olt'usque dans la chair pour
purifier la chair; que le plus beau des enfants des
hommes perde tout son eclat dans la Passion pour
eclairer les enfants des hommes ; qu'il soit defigure
sur lacroix etcouvert des paleurs de la mort, qu'ils
n'ait plus ni grace ni beaute, pour qu'il s'acquiere
l'Eglise comme une belle et charmante epouse
exempte de tache et de rides . Je reconnais la tente
de Salomon, ou plutot j'embrasse Salomon lui-
meme sous sa peau noire. II est noir, mais quant a
la peau seulement. 11 n'est noir qu'exterieurement,
non point au dedans; car toute la gloire de la fille
du roi est interieure (Psal. xliv, 3). Au dedans c'est
l'eclat de sa divinite, la beaute de ses vertus, la*
splendeur de sa gloire, et la purete de son inno-
cence. Mais la couleur qui parait le rend meprisa-
ble et couvre comme d'un voile tant de rares qua-
lites, car il est expose a toute sorte de tentations,
a cause de la ressemblance du peche qu'il porte ;
quoiqu'en effet, il soit exempt de tout peche, Je
reconnais la forme de cette nature qui est comme
SERMO XXVIII.
De nigredine et formositate Sponsi, et quomodo auditus
potius quam visits valeat in rebus fidei, et ad
nolitiam veritatis.
1. Tenetis credo, cujus et quibus Salomonis peUibus
decorem Sponsa? sentiam comparatum, si taraen ad os-
lensionem commendationemque referatur deeoris data
ex his simililudo. At si ad nigredinem magis referenda
putetur, sicut et ilia de tabernaculis Cedar : non equi-
dem aliunde occurril mihi quidquam de hujuscuodi pel-
libus Salomonis, nisi quas forte rex in usum tabernaculi
Boleret assumere, si quando in tcntoriis habitare liberct;
quas ulique (si quae tamen fuerunt) obscuras sine dubio
et tetras esse necesse luit, tanquara qu:E quotidiano
forent expositas soli, et frequentium injuriis pluviarum.
Neqne id I'rustra, sed tit is qui intus repositus, erat or-
nalus, nitidior servaretur. Hoc exemplo Sponsa non ne-
gat nigredinem, sed excusat ; nee probro ducit qualem-
cunque babitum, quem charitas lormet, judicium
veritatis non improbet. Denique quis inlirmatur, cum
quo non infirmetur ? quis scandalizatur, et non uritur ?
Induit se compassionis nasvum, ut morbum in altero
passionis Ievet, vel sanet : nigrescit candoris zelo, lucro
pulchritudinis.
2. Multos candidos facit unius denigratio, non cum
tingitur culpa, sed cum cura afficitur. Expedil, inquit,
ut units mo/'itttur homo pro populo, et non tola gens
pereat : expedit ut unus pro omnibus denigretur simili-
tudine carnis peccati, et non tota gens nigredine con-
demnetur peccati. Splendor el. ligura substantia? Dei
obnubilelur in forma servi pro vita servi. Candor vita?
BBternas nigreseat in carne, pro came purganda. Specio-
sus forma pras filiis hominum, pro filiis bominum illu-
minandis obscurelur in passione, turpetur in cruce,
palleat in morte : ex toto non sit ei species neque decor,
ut sibi speciosam atque decoram acquirat Sponsam
Ecclesiam sine macula et sine ruga. Agnosco pellem
Salomonis, imo ipsum in pelle nigra Salomonem am-
plector. Habet et Salomon nigredinem, sed in pelle :
foris niger, in cute niger, non inlus : alioquin omnis
gloria ejus filice regis ab intus. Intus divinitatis candor,
decor virtutum, splendor gloria?, * innocentia? puritas : ♦ „(. gr«tir
280
0E1 VRES DE SAINT I1KHNAKI).
noircie et comme defiguree. Je reconnais ees tuni-
qaes de peaux de betes qui furent le vehement de
nos premiers parents [Gen. in, 21), apres qu'ils
eurent peche contre Dieu. Car il s'est noirci lui-
meme, en prenanl la forme d'un esclave, el se ren-
dant semblable aux hommes, et en prenant leur
vous donnerai, dit-il, « votre* heritage et votre
possession, » Com nt le lui donner, s'il esl a
lui ? Et comment lui dites-vous de demandei
qui lui appartient ? On comment lui apparlient-il,
s'il esl necessaire qu'il le demanded C'esl done pour
in"! qu'il Le demande, et c'esl pour defendre ma
chair et leur nature [Phiiipp. a, 7). Je reconuais cause qu'il s'est revelu de ma nature. Car il poite
sur la peau du chevrcau qui esl le symbole du pe- sur lui les gages de noire reconciliation, selon i ette
rh.\ la main qui n'a point commis de peche, el la parole du Prophete : « Le Seigneur a mis en lui
lete qui n'a jamais eu aucune pensee de mad faire. Irs peches de nous lous [Isa. lui, 5). » ("est. pour-
Et e'est pour cola qu'on n'a point trouve de malice quoi « il a du se rendre en tout semblabli
en lui [Isa. mi, 9). Je sais, 6 Jesus, que vous fetes freres [Hebr. n, 17), » comme dil I'Apdlre, o alin
d'une humcur facile, doux et humble de cosur, de devenir misericordieux. » Aussi sa voix est veri-
d'uu regard agri-able et d'un esprit charmant, tablement la voix de Jacob, mais ses mains sont les
sacre enlin d'une huile de joie, d'une maniere mains d'Esau [Gen. xxvn, 22). Ce qu'on entend
beaucoup plus excellente que tons ceux qui parti- sortir de lui est a lui, mais ce que Ton voit en lui
cipent a votre gloire [Psal. xliv, 8). D'oii vient est a nous. Ce qu'il dit, est esprit et vie, mais ce
done maluteiiant qu'a l'exemple d'Esau, vous etes qu'il parait est sujet a la mort, e'est la morl nn'-mr.
tout velu et plein de poil ? De qui est cette image Autre chose est ce que Inn voit, autre chose ce
difforme et hideuse, d'ou viennent ces poils? lis que Ton croit. Les sens rapportent qu'il est noir,
sont a moi; car les mains couvertes de poils sunt la mais la foi temoigne qu'il est blanc et qu'il est
marque de la ressemblaneedu peche qui est en moi. beau. 11 est noir, mais c'esl aux yeuxdes insenses.
Je reconnais que ces poils m'appartiennent, et e'est Car il parait tres-aimable aux yeux des fideles. II
Dieu mon Sauveur que je vois dans la chair qui est est noir, mais il esl beau. 11 est noir dans l'opinion
a moi. d'Herode, mais il est beau selon la confession du
3. Xeanmouis ce n'est pas Rebecca, mais Marie larron et la foi du centenier.
qui lui adonne ce vehement. Et il est d'autant plus k- Quelle beaute lui trouvait celui qui s'i
digne de recevoir la benediction de son pere, que Cet homme etait vraiment Fils de Dieu [Marc, xv,
celle qui l'a engeudre est plus sainte. 11 a bien fait 39) ! Mais examinons en quoi il la trouva. Car s'il
de prendre cet habit qui est a moi, car e'est a moi n'avait considere que ce qui paraissait an dehors,
que la benediction est reservee; e'est pour moi comment aurait-il pu dire qu'il etait beau, et quo
que 1 'heritage est reclame. II avail enlendu, en e'etait le Fils de Dieu? Ce qu'il yavait en lui etait-
effet, ces paroles : « Demandez-moi, et jevous don- il autrement que ditforme et noir aux yeux de ecus
nerai les nations qui sont votre heritage, et toule qui le regardaient, lorsqu'ayant les bras etendus
la terre qui est votre possession (Psal. u, 8). » Je sur la croix au milieu de deux scelerats, il etait un
Ll' Christ est
diflorme au
dehors el
beau au
dedans.
La foi du
centirioi) lui
vint par
1'ouie.
sed tegit haec despicabilior infirmilatis color ; et quasi
abscondilus vultus ejus et despectus, dum tcntatu i- per
omnia pro similitudine absque peccato. Agnosco deni-
gratas formam naturae ; agnosco tunicas illas peliiceas,
protoplastorum peccantium babitum. Denique semetip-
sum denigravil form ceipiens, i/> similiiudi-
nem hum,, mm foetus, et habitu inventus ut homo. Agnos-
co sub pelle bcedi, qui peccatum BigniQcat, et manum
quae peccatum non fecit, el collum i>er quod mail cogi-
tatio non transivit; ideoquc non est inventus dolus in
ore ejus. Novi quod sis lenis Datura, mitis et humilis
corde, blandus aspectu, suavis Bpiritu : et quidem unc-
tus oleo ketilia- prae consorlibus luis. [hade ergo nunc
ad iustar Esau pilosus et hispidus'.' Cujusnam rugosa et
terra imago haec, et unde hi pili ? Mei sunt ; nam pilo-
ses manus similitudinem exprimuut peccatoris. Meos
agnosco hos pilos : cl in pelle inea video Deum Salva-
torem meum.
3. Non tamen Rebecca tic ilium induit, sed Maria,
tanto digniorem qui benediclionern aceiperet, quanto
sanctior qua' peperit. Et bene in men habitu : quia
mihi benedictio vindjeatur, mild postulatur baereditas.
Siquidem audierat : Postulo a me-, et dabo Ub> gentes
lnrny/il'ilrm lunm, ft /,t,.-\-Pwm v/i tuam terminos terra.
Timm. inqnit, hwredtiatem tuamq i ssionem dabo
tibi. Quomodo dabis ei, si sua est? El quomodo snam
mones ut postulet '.' aul quomodo sua, si nee
ut postulet? Mihi proinde poslulat, qui mea
induil formam, ul suscipial causam. Quipp i
pacts nostra mp< dicente leta : et Dom
in eo posuit iniquitaiem omnium nostrum, am
fratritms per omnia simUari, sicul ait Apostolus, ut
misericors fieret. Propterea vox q iest;
manus autem, ma I . Suum esl quod audi-
tor ex eo : quod in eo videtur, nostrum. Quod loquitur,
spiritus et vita est : quod apparel, mortale el mors.
Aliud cernitur, et aliud c reditu r. Nigrum sensus remm-
tiat, tides candidum el formosum probat. Niger esl,
sed oculis insipientium ; nam [tdelium mentibua formo-
sus valde; niger est; sed formosus ; niger reputatione
Hcrodis, formosus coufessione latronis , centnriorris
tide.
i. Quam formosum adverlerat qui exclamavit i Vert
homo hie Fiiim Dei erat. Sed in quo advertit, adver-
tendum. Si enim attenderel quod apparebat, quomudo
formosus, quomodo Filius Dei? Quid nisi deforme et
VINGT-HU1TIEME SERMON SUR
sujet de risee aux impies, et de larmes aux fideles?
II etait seul lm objet de moquerie, hli qui seul
pouvait etre un objet de terreur, et qui dcvait seul
etre ttonore et respecte. Comment done peut-il re-
connaitre la beaute de Jesus crucilie, et que c'etail
!e Fils de Dieu qu'on mettait au nombre des crimi-
nels? Ce n'est point a nous de repondre a cette
question ; et d'ailleurs nous n'avons pas besoin de
le (aire, puisque l'Evangeliste a soin d'y satisfaire.
Car voici ses paroles : « Mais le eentenier qui
out vis-a-vis de la croix, voyant qu'il expirait
ainsi en criant d'une grande force, dit, «eethomme
etait vraiment Fils de Dieu (Marc xv,39). » 11 erut
done a la voix, il reconnut le Fils de Dieu a sa voix,
non a son visage. Apres tout il etait peut-etre de
ses brebis, dont il dit : « Mes brebis entendent ma
voix ; je les connais et elles me connaissent pareil-
lement a (Joan, x, 14). »
5. L'ouie a trouve ce que la vuen'a pudecouvrir.
L'apparence a trompe l'ceil, et la verite est entree
par l'oreille. L'ceil disait qu'il etait iniirme, diffor-
me, miserable, condamne a une mort ignomi-
nieuse ; et l'oreille apprit que e'etait le Fils de Dieu
et qu'il etait tres-beau. Mais ce n'etait pas l'oreille
des Juifs, parce qu'elle etait incirconcise. C'es
raison que saint Pierre coupa l'oreille au serviteur,
alin de donner entree a la verite, et que la verite
le delivrat, e'est-a-dire le rendit libre. Le eentenier
etait incirconcis, mais non pas des oreilles, puisqu'a
la seule voix d'un mourant, il reconnut le Seigneur
de majeste en depitde tant demarquesde i'aiblesse.
11 ne meprisa point ce qu'il vit, parce qu'il crut ce
a Telle est la lecon donne par deux manuserits : Une
editions des ceuvres de saint Bernard ajoule : < Et je connais tnea
lirel.b et mes brebis rue connaissent, n Le manuscrit de la C li-
bertine porte seulement : « Et mes brebis me connaissent. •
LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 281
qu'il ne vit point, et il ne le crut point sur ce qu'il
voyait, mais, on ne pent en douter, sur ce qu'il
entendit, « car la foi vieut de l'ouie (Rom. x, 17). »
II serait sans doute plus digne de la verite qu'elle
entrat dans Fame par les yeux, qui sont le sens le
plus noble, mais cela nous est reserve, 6 mon ame,
pour le temps oil nous le contemplerous face a face.
Maintenant il faut que le rernede entre par oil le
nial est entre, que la vie suive la mort, et marche
s'tr ses pas ; la luniiere, les tenebres et l'antidote
de la verite, le venin du serpent; que l'ceil qui
etait malade soit gueri, afin qu'etant gueri il voie
celui qu'il ne pouvait voir lorsqu'il etait malade.
L'oreillea ete la premiere porte de la mort, qu'elle
s'ouvre la premiere pour la vie. Uue l'ouie qui a
ote la vue la retablisse. Car si nous ne croyons les Louie a rap-
mysl ores, nous ne les comprendrons point. L'ouie niente, et la
a done rapport au merite et la vue a la recom- 7"e 4 ,a
1 l ' recompense.
pense ; d'oii vient ce mot du Prophete : « Vous
donnerez a mon ou'ie la joie et l'allegresse (Psal. l,
10), » attendu que la recompense d'une ou'ie fidele,
e'est la bienheureuse vision ; et que le merite de
i ■ tte bienheureuse vision consiste dans la foi de
l'ouie. « Bienheureux, dit Jesus, sont ceux qui ont
le coeur net, car ils verront Dieu (Matth. v, 8). »
II faut que l'ceil qui doit voir Dieu soit purifie par
la foi, suivant cette parole : « Puriliant leur coeur
par la foi (Act. xv, 9). »
6. Pendant que la vue n'est pas encore preparee, .
que l'ouie s'excite done, qu'elle s'exerce b et re-
coive la verite. Heureux celui a qui la verite rend
ce temoiguage : « 11 m'a obei en pratiquant ce
b Dans plusieurs editions ces mots « que l'ouie s'eierce, ■
Font defuut , peut-etre est-ce one faute du copiste, qui dans le
doute, si le texte latin portait excitetur ou exerr.itetur, a pris le
parti de meltre 1'uu et l'autre.
nigrum oculis spectantium occurrebat, cum expansis in
enice manibus, medius duorum nequam, risum mali-
gnantilnis daret, llelum fidelibus? Et solus epat risui,
qui solus poteral esse terrori, solus honori debuerat.
Unde igitur advertil pulchritudinem crucifixi, et quod
is sit Filius Dei, qui cum iniquis repulaius est'1. Res-
pondere aliquid ad id nostrum nee las, nee opus ec-t :
nee enim evangelists hoc diligentia prsleriit. Sic enini
habes : Videns autem centurio qui ex adverso stabat,
quia sic damans exspirasset, ait : Vers lm: homo Filius
Dei eral. Ergo ad vocem credidit, ex voce agnovit
Filium Dei, et non ex facie. Erat enim fortasse
ex ovibus ejus, de quibus ait : Oves mete vocem rneam
audiunt.
">. Audilus invenit quod non visus : oculum species
it, ami Veritas sc infudit. Oculus pronutitiabat
infirmum, oculus fcedum, oculus miserum, oculus mortc
ima condemnatum : auri Dei Filius, auri formo-
sus tnnotuit; sed non Judaeorum, quia erant incircum-
cisi au imi • Merito Pelrus abscidit auriculam servi, ul
\i-i ii facerel verilati, el Veritas liberaret eum, id est
liberum faceret. Erat ille centurio incircumcisus, scd
nun aure, qui ad unam exspirantis vocem sub tot infir-
milatis indiciis Dominum majestalis agnovit. Ideoq
non despexit quod vidit, quia credidit quod non vidit.
Non autem credidit ex eo quod vidit : sed ex eo pro-
cul dubio quod audivit, quia fides ex audita. Dignum
quideui faerat per superiores oculorura fenestras veri-
tatem intrare ad animam : sed hoc nobis, o anima,
servatur in posterum, cum videbimus facie ad faciem.
Nunc autem undeirrepsit morbus, inde remediumintret,
et per eadem sequatur vestigia vita mortem, tenebras
lux, venenum serpentis antidotum veritatis : et sanet
oculum qui lurbatus est, ut serenus videal quern turba-
tus non potest. Auris prima mortis janua, prima aperia-
tur et vita?; audilus, qui tulit, reparet visum : quoniam
nisi crediderimus, non intelligemus. Ergo auditus ad
meritum, visus ad premium. Unde Propheta : Auditui
/«■", tnquit, dabis gaudium et lastitiam : quod (idelis
retributio auditionis beata visio sit, et beata? meritum
visionis lidelis audilio. Beaii auleai mundo corde, quo-
niam ipsi Drum videbunt. Porro fide oportet mundari
oculum qui videat Deum, quemadmodum habes : Fide
mundans corda corum.
6. Interim ergo dum necdum paratus est visus, audi-
tus excitetur, auditus'exercitetur, auditu» excipial veri-
tSS
QEUVRES DE SANIT BERNARD.
qu'il a entendu. » Je serai dignc de voir, si avant
de voir j'obeis. Je verrai avec confiaDce celui
qui aura reru auparavant le sacrificede mon obeis-
sance. Qa'heureui est celui qui dit : « Le Seigneur
Dieu ma ouvert l'oreille, et je ue m'y suis point
oppose, je n'ai point recule en arriere (Isai. l, 5). »
Vous avez la un modele d'obeissance volonlaire, et
un exemple de perseverance. Car celui qui ne con-
tredit point, agit volontairemenl ; et celui qui ne
retourne point en arriere, persevere dans le bien.
L'un et I'autre est necessaire, parce que Dieu airue
celui qui donne avec gaite (u Cor. ix, 7). « Et
celui-la seul sera sauve qui perseverera jusqu'a la
I'm Matt, x, 22*. » Dieu veuille que le Seigneur
daigne aussi m'ouvrir l'oreille, que les paroles de
la verite enlrcnt dans nion cceur, qu'elles purifient
mes yeux et les preparent a la vision bienheureuse,
aliu que je puisse dire aussi a Dieu : « Votre oreille
a entendu la preparation de mon cceur (Psal. ix,
17) ;» et que je puisse aussi, avec ceux qui obeissent
a Dieu, entendre ces paroles de sa bouche : « Vous
etes purs a cause des discours que je vous ai fails
{Joan, xv, 3). » Mais tous ceux quiecoutent ne sont
pas purities, il n'y a que ceux qui lui obeissent.
« Bienheureux sont ceux qui ecoutent ma parole,
et qui la gardent (Luc. xi, 28). » Voila quelle ouie
demande celui qui dit : « Ecoutez Israel (Deut. vi,
3) ; » et voila celle qu'offre celui qui repond :
« Parlez Seigneur, car votre serviteur ecoute (l Reg.
ID, 9) : » Celui qui dit : « J'ecouterai ce que le
Seigneur me dira interieuremeut (Psal. lxxxiv,
9), » en promet une pareille.
7. Mais afin que vous sacbiez que le Saint-Esprit
meme observe cet ordre dans l'avancement spirituel
de l'ame, et qu'il forme l'ouie avant de rejouir la
vue, « Ecoutez, dit-il, ma fllle, et voyez (Psal.
suv, 11). » Pourquoi ouvrez-vous les yeux? ouvrez
les oreilles. Dcsirez-vous de voir Jesus-Christ? il
f.uil que vous ecoutiez premieremcnt ce qu'il dit,
que vous ecoutiez ce qu'on dit de lui, afin que
lorsque vous le verrez, vous disiez : « Ce que nous
voyons est couforme a ce que nous en avions oui,
[Psal. xi.vn, y). » Son eclat est extreniement bril-
lant, votre vue est faible, et vous ne pouvez la
supporter. Vous pouvez bien en entendre parler,
mais Don pas le voir. Apres que j'eus peche, j'en-
teadais bien Dieu qui eriait : « Adam ou etes-vous
(Gen. in, 10)? » maisje ne le voyais pas. L'ouie
vous rendra la vue, si elle est soumise, si elle est
vigilante, si elle est fidele. Lafoi purifiera l'ceil que Quelle doit
I'impiete a trouble. Et I'obeissance ouvrira ce que i'ouierpoar
la desobeissance a ferine. Apres tout, ce sont « vos le mente.
commandements, dit le Prophete, quim'ont donne
l'intelligence (Psal. cxvm, 104), » parce que l'ob-
servation des commandements de Dieu rend l'in-
telligence que Ton avait perdue en les trangressant.
Considerez dans le saint homme Isaac, coinme le
sens de l'ouie etait plus subtil en lui que tous les
autrcs, quoi qu'il flit deja bien vieux. Les yeux de
ce patriarche sont obscurcis, son gout est surpris,
sa main est trompee, mais son oreille ne Test pas.
Quelle merveille que l'oreille entende la verite
puisque la foi vient par l'ouie (Rom. x, 17), que
l'ouie se forme par la parole de Dieu, et que la
parole de Dieu est la verite? «Lavoix, dit-il, est la
voix de Jacob (Genes, xxvn, 22). » 11 n'y a rien de
plus vrai. « Mais les mains sont les mains d'Esau. »
11 n'y a rien de plus faux. Vous vous trompez, la
ressemblance de la main vous a seduit. La verite
n'est pas non plus dans le gout, quoiquela douceur
y soit, Car est-ce connaitre la verite, que de croire
manger de la venaison, lorsqu'on mange de la chair
tatem. Felix, cui Veritas attestatur, dicens : In aurfitu
auris obedivit mihi. Dignus qui videam, si priusqnam
videam, obedisse inveniar : securus videbo, ad quern
mes obediential raunus praecesserit. Quam beatus qui
ait : Dominus Deus aperuit mihi aurcm, ei ego non
contradico, retrorsum nun aba. Ubi et voluntaria; tiabes
obediential formam, et longanimilatis exemplum. Qui
enim non contradicit, spontaneus est : et qui retro non
abiit, perseverat. Utnimquc necessarium, quoniam hila-
rem datorem diligit Deus : et qui perseveraverit usque
in finem, hie salens erit. Utinam et mibi aperiat aurem
Dominus, intret ad cor mcum sermo veritatis, raundet
oculum, et Ifftce prceparet visioni, ut dicam Deo etiam
ipse : Prceparationem cordis meiaudivit auris tua. Ut
audiam a Deo, etiam ipse cum caeteris obedientibus :
Et vos mundi estis propter sermonem, quern ioeulus sum
vobis. Nee omnes mundantur qui audiunl, sed qui obe-
diunt. Beati qui uuihunt, el custodian! Mud. Talem re-
quirit auditum qui mandat dicens : Audi Israel. Talem
ofTert qui ait : Loquere. Domine, quia audit serous tuus.
Talem respondet qui dicit : Audiam quid loqualur in
me Dominus Deus.
7. Et ut acias eliam Spiritum-Sanctumbuncinanima
spiritual! profectu ordincm observare, ut videlicet prius
formet auditum, quam hetilicet visum : Audi, inquit,
filia, et fide. Quid intendis oculum ? Aurem para. Vi-
dere desideras Christum? Oportct te prius audire cum,
audire de eo, ut dicas cum videris : Sicut andirimus,
sic vidimus. Immensa claritas, visus angustus, et non
poles ad earn. Poles audilu, sed non aspectu. Claman-
tem denique Deum : Adam ubi es"! Non videbam jam
peccator, audiebam tamen. Sed auditus aspectum resti-
tuet, si pius, si vigil, si fldelis praecesserit. Fides pur-
gabit, quern turbavit impietas : et quern inobedienlia
clausit, apcrict obedientia. Denique a mandatis tuis,
inquit, intellexi : quod intellectual reddat observatio
mandatorum, quern lulit transgressio. Adverte adhuc in
sancto Isaac, quomodo pree caeteris sensibus auditus in
jam scne viguerit. Caligant oculi Patriarchae, palatum
seducitur, fallitur manus, non fallitur auris. Quid minim
si auris percipit veritatem, cum fides ex audita; auditus
per verbum Dei, verbum Dei Veritas sit, Vox, inquit,
vox Jacob est. Nihil verbis. Manus autem manus sunt
Esau. Nihil falsius. Falleris : manus similitudo decepit
te. Nee in gustu Veritas, etsi suavitas est. Nam quo-
modo babel veritalem, qui se putat edere venationem,
VIXGT-HITTIEME SERMON SIR LE CAXTIQUE DES CANTIQUES.
283
d'un chevreau domestique? Bien nioins encore dans
l'ceil qui ne voit rien. La verite n'est point dans
L'oeil, la sagesse n'y est point, a Malheur a vous,
dit-il, qui etes sages a tos yeux [Isa. v. 21j. » La
sagesse qu'on charge de maledictions cst-elle
bonne ? Or, cette sagesse, c'est la sagesse du monde
et par consequent uue folie devant Dieu.
La sagewe 8. La vraie sagesse est tout interieure et toule
ig coe„nrs. cachee [Job. xxvui, 18), selon le sentiment du saint
homme Job. Pourquoi la cherchez-vous au dehors
dans les sens corporels ? Le gout a son siege dans
le palais, mais la sagesse la dans le cceur. Ne cher-
chez point la sagesse dans des yeux charnels. Car
ce nest pas le sang ni la chair, mais l'esprit qui la
revele.. Elle n'est point dans le gout; car elle ne se
trouve [joint dans la terre de ceux qui vivent daus
la sensualite; ni dans le toucher, puisque Job dit
encore : « Si j'ai baise ma main avec ma bouche,
ce qui est un grand crime et une espeee d'idolatrie
[Job. xxxi, 27;. » Ce qui arrive a ce que je crois,
lorsqu'on n'altribue pas a Dieu, mais au merite de
ses propres actions, le don de Dieu qui est la sa-
gesse. Isaac etait sage, neanmoins ses sens l'ont
uiduit en erreur. Le seul sens de l'ouie est capable
de la verite, parce que lui seul entend la parole.
C'est avec raison qu'il est defendu a la femme de
l'Evangile, qui n'avait qu'une sagesse charuelle, de
toucher la chair ressuscitee du Verbe, puisqu'elle
croyait plus a ses yeux qu'aux oracles divins, e'est-
a-dire aux sens corporels, plus qua la parole de
Mane Dieu. Car elle ne croyait pas que celuiqu'elle avait
Magdeleine , ... .. • .-,,..,
napas vu mort, dut ressusciter, quoiqu ll 1 eul promis.
'^eP"o acher"1 ^Uun SeS 5 CUX ne UlreIlt r0Ult en rePosi jusqu'a
Jesus-Christ, ce qu'ils fussent rassasies par la vue de l'objet de
son amour, parce qu'elle ne trouvait point sa con-
solation en la foi, et qu'elle ne croyait point a la
cum domestieis vescatur hoedorum carnibus ? Multo
minus oculus qui nihil videl. Non est Veritas- in oculo,
non sapientia. Vae qui sapientes estis, ait, in oeuli* ves-
trit. Non bona sapientia, cui maledicitur. Mundi est, ac
per hoc stultitia apart Deum.
8. Bona et vera sapientia Irahitur de occultis, ut sapit
beatus Job. Quid foris earn quaeris in corporis sensu ?
Sapor in palato, in corde sapientia est. Non quasras sa-
pientiam in oculo carnis, quia caro et sanguis non
cevelat earn, sed spiritus. Non in gustu oris : nee enim
invenHur in terra suaviter viventiwn. Non in tactu maims,
cum sanctus dicat : Si osculatus sum manum meam ore
meo, quod est iniquitas maxima, et negatio in Deum.
Quod tunc fieri arbitror, cum donum Dei, quod est
sapientia, non Deo, sed meritis adscribitur aclionum.
Sapiens fuit Isaac, sed tamen erravit in sensibus. Solus
habet auditus verum, qui percipit verbuui. Merito ear-
nem redivivam Verbi tangere prohibetur mulier carna-
liter sapiens, plus quippe tribuens oculo, quam oraculo,
id est carnis sensui, quam verbo Dei. Quem enim mor-
' at resor- tuum \idit, resuscitatum * non credidit, cum tamen hoc
rectoram. promiseiit ipse. Denique non quievit oculus, usque dum
promesse de Dieu. Le ciel et la terre, et genera-
lenient tout ce qui peut tomber sous les yeux du
-corps, ne doivent-ils point passer et perir, avant
qu'il se perde un seul iota ou une seule syllabe de
tout ce qua dit le Sauveur? Et neanmoins celle
qui ne voulait pas se consoler sur la parole du Sei-
gneur, cessa de pleurcr aussitot que ses yeux le
virent parce qu'elle s'en rapportait plus a cette ex-
perience sensible, qu'a la certitude de la foi. Mais
cette experience est trompeuse.
9. C'est pour cela qu'on la renvoie a la connais-
sance de la foi qui est certaine, et qui comprend
ce que les sens ne sauraient connaitre, et ce que
l'experience ne peut trouver. « Gardez-vous de me
toucher, » dit le Sauveur ; e'est-a-dire desabusez-
vous des sens qui peuvent se tromper ; appuyez-
vous sur mes paroles, accoutumez-vous a la foi-
La foi ne saurait etre seduite, la foi comprend les Les ,en',
r trompent, la
choses invisibles et ne se ressent point de la fai- foi ne
blesse des sens. Elle passe meme les bornes de la tromPe *"*•
raison humaine, l'usage de la nature et les limites
de l'experience. Pourquoi voulez-vous apprendre
de vos yeux ce qu'ils ne peuvent savoir ? Et pour-
quoi votre main s'efforce-t-elle desonder ce qui est
au dessus de sa portee? Tout ce que l'un ou l'autre
de ces deux sens vous rapportent est au dessous de
la verite. Ecoutez le rapport que la foi vous fera de
moi; elle nediminue riende ma majeste. Apprenez
a croire avec plus de certitude et a suivre avec
plus de eonfiance ce quelle vous dit. « Gardez
vous bien de me toucher, car je ne suis pas encore
monte a mou Pere {Ibidem). » Comme s'il ne de-
vait vouloir et pouvoir etre touche par elle que
lorsqu'il y sera monte. Oui, sans doule, il pourra
etre touche, mais seulement par le cceur, non par
les mains ; par les desirs, non par les yeux ; par la
saliatus est visus : quoniam non erat consolatio fidei,
nee Dei rata promissio. Nonne coelum et terra, et quid-
quid omnino carnis oculus attingere potest, ante habent
transire et perire, quam iota unum aut unus apex ex
omnibus qua? locutus est Deus? El tamen cessavit a Qetu
in visu oculi, quae noluit consolari in verbo Domini;
pluris habens experimentum, quam fidem. At experi-
mentum fallax.
!5. Mittitur ergo ad certiorem fidei cognitionem; quaj
utique apprehendit quod sensus nescit, experimentum
non invenit. Noli me tangere, inquit, hoc est , dissuesce
huic seducibili sensui : innitere verbo, fidei assuesce.
Fides nescia falli, fides invisibilia comprehendens, sen-
sus penuiiam non sentit : denique transgreditur fines
eliam rationis humanje, natura? usum, experientise ter-
minos. Quid interrogas oculum ad quod non sufficit? Et
manus quid explorare conatur quod supra ipsam est?
Minus est quidquid ille, vel ilia renuntiet. Sane fides
pronuntiet de me, quae majestati nihil minuat. Disce id
habere certius, id tutius sequi, quod ilia suaserit. Noli
we tangere, nondum enim ascendi ad Patrem meum.
Quasi vero cum jam ascendent, tunc tangi ab ea velit
284
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
La foi est
digne de ton
cher le
Christ L.-1.J-
riCe.
foi, non par les sens. Pourquoi, dit-il, voulez-vous
me toucher a cette heure, vous qui ne me jugez
que par les sens de la gloire de la resurrection ? Ne
vous souvenez-vous point que lorsque j'etais en
mortel, les yeux de mes disciples ne p rent soule-
nir mi moment fecial et la gloire de mon corps
transfigure, quoiqu'U dut mourir [Mail, xvn, 7) 1
J'ai encore quelque condescendance pour nos
en prenant la forme d'esclave, nfin que vous puis-
siez vous reconnaltre par l'babitude de m'en voir
revetu. Mais ma gloire est tout a fait merveilleuse,
elle est infinimerti elevee au dessus de vous. et vous
n'y pouvez atteindre en aucune sorte. Differez done
votre jugement, suspendez votre creance, et ne
conOez point a vos sens la solution d'une chose si
grande, reservez la a la foi. Elle la resoudra plus
dignement et plus surement, parce qu'elle la com-
prendra plus parfaitement. Car elle comprend dans
sa profonde et mysterieuse intelligence, quelle est
la longueur, la largeur, la hauteur et la profon-
deur de ce mystere. Elle porte ferme, et garde
scelle en soi ce que l'ceil n'a jamais vu, ce que
l'oreille n'a jamais entendu, et ce qui n'esl jamais
tombe dans la pensee de l'homme.
10. Celle-la done est digne de me toucher, qui
me contemplera assis a la droite de monPere, non
plus dans ime chair vile et meprisable, mais dans
une chair toute celeste, qui sera toujours la
meme, mais qui ne sera plus de meme qu'elle.
etait. Pourquoi voulez-vous toucher une chair
diflbrme ? Attendez qu'elle soit belle, et vous la
toucherez. Car celui qui est ditTorme a cette heure
sera beau alors. II est difforme a toucher, il est
difforme a voir, enfin il est difforme a vous qui
l'etes aussi, parce que vous vous attachez plus aux
sens qua la foi. Soyez belle et touchez-moi quand
aut possit. Et iitique potent, sed affectu, non manu ;
voto, non oculo ; fide, non sensibus. Quid tu me, ait,
modo tangere quaeris, qua; sensu corporis gloriam a?sti-
mas resnrrectionis? Nescis quod tempore adhuc me.e
mortalitalis liansligurali ad lioram morilnri corporis
gloriam oculi discipulornm sustinerc ncquiverint ? Adhuc
quidem tuis sensibus gero moreni, formam ingerendo
servilem, qiinm de coosuetudine recognoscas, Caeterum
mirabilis facia esl gloria mea ex te, conforlata est, cl
non potcris ad earn. Differ ergo judicium, suspende
sententiam, et lantae rei diffinilionem ne crcdas sensui,
fidei reservuto. Ilia dignius, ilia diffiniet certius, qua;
plenius comprchendel. Denique comprebendit suo illo
myslico ac profundo sinu, qua; sit longiludo, latitude),
sublimilas, et profundum. Quod oculus non vidil, nee
auris audivit, nee in cor homiuis ascendit; ilia in se
quasi quodam involucro dausum portat , servatque
signatum.
10. Ilia igitur digne me langet, qua; Palri conseden-
tcm suscipiel, non jam in humili habitu, scd ill coelcsti ,
carne ipsa, sed altera specie. Quid deformem vis tan-
gere ? Exspecta ut formosum, tangas. Nam qui deformis
il vous plaira. Soyez tidelc et vous serez belle. Et
quand vous serez belle, vous serez plus digne et
plus heureuse de toucher une personne qui sera
belle aussi. Vous la toucherez de la main de votre
i doigl devos desirs, el des bras de votre zele.
Vous la toucherez de l'oeil de voire ame. Mais sera-
t-il encore noir, celui que vous toucherez ainsi ?
A Dieu ne plaise. Votre Epoux est blanc et rose
i it. v, 10), sabeaute est incomparable, et il esl
environne des roses et des lis des vallees, c'esl-a-
dire, des chreui*s des martyrs et des vierges. Assis
an milieu, j'ai quelque rapport avec ces chceurs,
ear je suis en meme temps vierge et martyr. Com-
ment ne me melerais-je pas a, la troupe blanche des
vierges, moi qui suis vierge, tils d'une vierge,
Epoux d'une vierge? ou avec les chceurs empour-
presdes martyrs, moi qui suis la cause, la vertu,
le fruit et le modele du martyre. Soyez telle, et
touchez ainsi celui qui esl tel, et puis ecriez-vous :
(i Mon bien-aime est blanc et rose, il est choisi
entre niille (Ibidem). » 11 y en a un million avec
mon bien-aime, un million d'autres.sont a I'entour
de lui, et mil d'eux ne lui est comparable. Ne crai-
gnez-vous point que, par erreur, vous ne vous
adressiez a un autre, en cherchant celui que vous
aimez au milieu d'une multitude si prodigieuse?
Non, certainement, vous n'hesiterez point sur votre
choix : vous distinguerez facilement celui qui est
choisi entre mille, car il est plus grand et plus
majestueux que les autres, et vous direz : « Que
celui-la est beau avec sa robe magnifique, et com-
me on remarque dans son port un air de grandeur
et demajeste (Isd. i.xm, 1)1 » 11 ne viendra done
point au devant de vous avec une peau noire, sous
laquelle il avait ete oblige de semontrerjusqu'alors
aux yeux de ses persecuteurs, parce que, devant
modo, tunc formosus: deformis tactui, deformis aspec-
tui ? deformis denique deformi tibi, qua; sensibus pins
inhaeres, fidei minus. Esto formosa, et lange me : esto
fulelis, el formosa cs. Formosa formosum el dignius
tanges, et felicius. Tanges manu fidei, desiderii digito,
devotionis aniplcxu : tanges oculo mentis. At numquid
adhuc nigrum1? Absit. Dilectus tuns candidus et rubi-
cundus. Formosus plane, quem circumdanf Bores rosa-
rum, et lilia convallium, hoc est Martyrum, Yirgmurn-
quc chori : et qui medius resideo, utrique non dissideo
choro, virgo et martyr. Quomodo denique candidis non
congruo virginum clioris, virgo, Virginis filius, virgi-
nisque Sponsus? Quomodo non roseis martyrum, causa,
virtus, fruclus et forma martyrii ? Talem talis talilcrque
ange, et die : Dilectus meut Candidas et rubicundus,
electus ex mi/libus. Millie millium cum dilecto, et decip9
centena millia circa dilectum, et nemo ad dilectum.
Num tibi verendum erit, ne forte in quempiam de
multitiidiiie errore incidas, qaaerendo quem diligis? Non
prorsus ambiges quemnam eligas. Facile occurret elec-
tus e millibus, cunctis insignior, et dices : Isle formo-
sus in stola sua, gradiens in mullitudine fot'titudinu
VINGT-HUITIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANT1QUES.
285
L'£pouse
reconnalt
']Spoui dans
I'inlirmitc
de la chair.
mourir, il fallait qu'ils le meprisassent; ou aux yeux
de pes amis, afin qu'ils le reconnussent apres la
resurrection. 11 ne se presentera point, dis-je, a vous
sous cette figure, mais avec une robe blanche, et
dans une beaute qui surpassera non-seulement
celle des enfants des honimes, mais aussi celle des
anges. Pourquci voulez-vous me toucher dans un
etat si vil, sous la forme d'un esclave et dans un
exterieur si meprisable? Touchez-moi lorsqueje
serai orne d'uue beaute celeste, lorsque je serai
couroune de gloire etd'honneur, et redoutable par
l'eclat de ma majeste, mais doux et affable par la
bonte qui m'est naturelle.
11. Cependantconsiderez la prudence de l'Epouse
et la profondeur des discours de celle qui, sous la
figure des tentes de Salomon, a cherche Dieu dans
la chair, la vie dans la mort, le comble de la gloire
et de l'honneur, an milieu des opprobres, et sous
un exterieur vil et abject de Jesus crucifie, la
blancheur de l'innocence et la splendour des ver-
tus, de meme que sous ces tentes noires et mepri-
sables, se trouvaient caches et conserves les orne-
ments blancs et precieux d'un roi tres grand et
tres-riche. C'est avec raison qu'elle ne meprise pas
la noirceur de ces tentes, elle decouvre les beautes
qu'elles voilent. Et ce qui fait que quelques-uns
l'ont mepr:?ee, c'est qu'Os n'ont point connu la
beaute qu'elles cachaient. Car s'ils l'eussent connue,
ils n'auraient jamais crucifie le Seigneur de gloire
(1 Cor. ii, 8). Herode ne la conuut point, c'est pour-
quoi il la meprisa. La Synagogue ne la connut
point non plus, puisqu'elle lui reprocha la noir-
ceur de sa passion et de son infirmite, en lui di-
sant : « 11 a sauve les autres, et il ne se peut sau-
ver lui-meme ; que le Christ, roi d'lsrael descende
de la croix, et nous croirons en lui [Malth, xxvn,
42). » Mais le larron la connut du haut de sa croLx,
quoiqu'il la vit aussi sur la croix, car il confesta
sa virtu et son innocence en disant : u Mais celui-
ci quel mal a-t-il fait [Luc. xxn, 22) ? » Et il rendit
aussi temoignage a la gloire de la royale majeste,
lorsqu'il dit : « Souvenez-vous de uioi, quand vous
serezentre dansvotreroyaume, [Ibid, xxiu, 42). » Le
centenier la connut, lorsqu'il cria que e'etait le Fils
de Dieu (Malth. xxvn, 54). Enfiu l'Eglise la connait
puisqu'elle imite sa noirceur atin de participer a
sa beaute. Elle ne rougit point de paraitre noire et
d'etre appelee noire, pourvu qu'elle puisse dire a
son Epoux : « La honte des opprobres dont vos
ennemis vous oat couvert est tombee sur moi [Psal.
i.xxu, 10) ; » mais elle est noire comme les tentes
de Salomon, c'est-a-Jire au dehors, non au dedans
car mon Salomon n'est point noir au dedans. Aussi Jgsns-Christ
ne dit-elle pas : je suis noire comme Salomon, mais H p^c^8.
« comme les tentes de Salomon, » parce que la noir-
ceur ilu vrai Paciiique, n'est qu'a la surface et au
dehors. La noirceur du peche est au dedans, et le
crime infeste 1'ame avant de paraitre aux yeux des
hommes. Car les mauvaises pensees, les larcins, les
homicides, les adulteres, les blasphemes sortent du
coeur, et ce sont la, les vices qui souillent l'hi.mme
[Malth. xv, 19) ; mais a Dieu ne plaise qu'ils souil-
lent notre Salomon. Vous ne trouverez point, n'en
doutez pas, de ces sortes de corruptions dans le ve- •
ritable Pacifique. Car il faut que celui qui efface
les peches du monde, soit exempt de tout peche,
afin qu'etant propre a reconcilier les pecheurs, il
ait droit de s'attribuer le nom de Salomon.
12. Mais il y a une noirceur de la « repentance » NoirceDr de
qui afllige lorsqu'on pleure ses peches. Peut-etre '» penitence.
san;. Non ergo in pelle nigra, quae hactenus sane inge-
renda fuit oculis persequentium, ut contemnerent occi-
dendum ; aut etiam amicorum , ut recognoscerent
redivivum. Non, inquam, jam in pelle oc-urret nigra.
sed in veste alba, speciosus forma, non modo prs (iliis
liouiiuuin, sed etiam pra? vullibus angelorum. Quid me
vis tangere in bumili habilu, servili forma, specie con-
templibili ? Tange coelesti decorum specie, gloria et
bouore coru.. ilum; divina quidem majesiate tremendum,
sed ingenita serenitate gratum ac placidum.
II. Inter hffic adverlenda prudentia Sponsa;, et pro-
funditas sermonum ejus, quae sub figura pellium Salo-
mouis, scilicet in carne, rimata est Deum, in morte
vitam ; summam gloria; et honoris inter opprobria, el
sub nigro denique habitu crucilixi candorem innocenliaB,
splendoremqne virtutum : sicut illae utique pedes, cum
essent nigrae atque despeclae, pretiosa et prscandida
prsedivilis regis in se ornamenta servabanl. Merito
nigredincm ;on contemnit in pellibus, decorem qui sub
pellibus est advertens. Et ideo quidam illamcontempse-
runt, quia hunc minime cognoverunt. Si enim cogno-
Vissent, nunquam Dominum gloria? crucifixissent. Nun
cognovit Herodes, et idcirco despexit ; non cognovit
Synagoga, qua; nigredinem illi passionis et inflrmitatis
improperans, Alios, ait, salvos fecit, scipsum non potest
salvum facere. Chrislus rex Israel descendat nunc de
cruce, et credimus ei. Sed cognovit latro de cruce,
licet in cruce, qui et innocentue puritatem confessus est.
Hie autern, inquiens, quid mali fecitl Et gloriam regia?
majestatis simul est protestatus : Memento tnei, dicens,
dum veneris in regnum tuum. Cognovit cenlurio , qui
filium Dei ctamat; cognoscit Ecclesia, qu<e et aemulatur
nigredinem, ut decorem participet. Non confunditur
nigra dici, ut dilecto dical : opprobria exprobrantitun
tibi ceciderunl super me. At sane nigra instar pellium
Salomonis, foris scilicet, et non intus : nequeenimintus
dinem meus Salomon habet. Denique non ait :
Nigra sum sicut Salomon, sed sicut pelles Salomonis :
quod in superlicie tantum sit veri nigredo Pacifici. Pec-
cali nigredo intus est : et prius interiora culpa comma-
culat, quam ad oculos prodeat. Denique decorde exeunt
cogitutiones mala?, furta, homicidia, adulteria, blas-
phemiie; et hac sunt qua? coinquinant hominem : sed
absit ut Salomonem. Minime prorsus apud verum Paci
ficum istiusmodi inquinamenta reperies. Oportet namque
esse sine peccato eum qui tollit peccata mundi, quo ad
reconciliandos peccatores inventus idoneus, jure »ibi
nomen vindicet Salomonis.
•286
De le.
•ompattioD.
mon Salomon ne la haira-t-il pas en moi, si loute-
fois je m'en revftts de bon coeur pour rues piches.
Car Dieu ne saurait rejeter on coeur contrit et hu-
milie. 11 y a aussi celle de la « compassion » qui
touche le coeur, lorsqu'on oompatit aux maux dea
OEUVRES DE SAINT BERNAHU.
« soleil, » le zele de la justice dont ellc est armee
■■i-unuV contre les m6chants, quand die dit
a Diou : « Le zele de votre maison me consume
[Psal. xviu, 10) » « Mon zele m'a fait secher, parce
que mes eonemis ont oubli6 vos paroles [Ps il
afBiges, et qu'on prend part aux soufirances du ctxui. 139). » «Jesuistoute saisie d'horreur, quand
De 1>
persecution,
prochain. Notre Pacdfique croit sans doute quo
celle-la n'est pas non plus a rejeter, pnisqu'il a
daigne lui-meme la prendre pour nous, car il a
porle en lut sur la croix tous nos peches 1 Pi u.
24). II y a encore la noirceur de la « persecution »
qui est mdne estimee comine un riche orncnnnt.
lorsqu'ou la soulTre pour la justice et la verite
je considere l'etat des mediants qui abandonment
votre loi [Ibid, cxviu, 53). » Ou bien encore : < N'c-
tes-vous pas temoin, Seigneur, que je hais ceux qui
tous haissent, el que je suis animee de zele contre
i i qui s'elevent contre tous [Psal. cxxxthi, '2l)?»
i II Dbsei re >■ c grand soin celte parole du Sage :
« Si vous avez des filles ne vous familiarisez pas
D'oii vient que « les apohv- sen allaient pleins de trop avec dies EccUs. vii. 2C), » en sorte que
Differentei
manieres
d'entendre
ces
mots : le so
leil oj'a
decoloree.
joies du tribunal, parce qu'ils avaient ete trouves
dignes de souffrir des affronts et des outrages pour
le nom de Jesus (Art. v, il). » Car k bienheureux
sont ceux qui souffrent persecution pour la justice
[Matth. v, 10). » C'est, je crois, principalement de
cette noirceur que l'Eglise se glorifie, et de toutes
les tentes de l'Epoux, c'est celle qu'elle imite le
plus volontiers. Aussi est-ce celle-li que le Sauveur
lui a promise, lorsqu'il lui a dit : « S'ils m'ont per-
secute, vous devez vous atteudre qu'ils vous perse-
cuteront aussi [Joan, v, 20). »
13. C'est pourquoi l'Epouse ajoute : « Ne vous
etonnez pas de ce que je suis noire ; car c'est le
soleil qui m'a decoloree (Cant, l, 5). » C'est-a-dire
ne relevez pas ma laideur, car c'est la violence de
la persecution qui me rend moins eclataule et
lorsqu'elles sont laches et tiedes, et qu'elles fuient
le travail, elle ne leur fasse pas paraitre la serdiite
il'un \isage gai, luais la tristesse noire et sombre
d'uiie mine severe. Ou bien, « etre decoloree par
le soleil,» c'est, pour elle, etreenllammee d'une cha-
rite ardente envers le prochain, pleurer avec ceux
qui pleurent, etre inlirme avec les inQrmes, et tou-
che du scandale de quiconque se scandalise. Ou
bien, c'est Jesus-Christ, le Soleil de justice, pour
qui je languis d'amour, qui m'a decoloree. Cette
langueur fait perdre la couleur du visage ; et celte
defaillance vient de la violence des desirs de lame.
C'est pourquoi le Prophate dit : « Je me suis sou-
venu de Dieu, et ce souvenir m'a comble de joie ;
Je me suis applique fortement a cette pensee. et
mon esprit est tombe dans la defaillance [Psal.
Dioius belle de la gloire du siecle. Pourquoi me lxxvi, 3). » Aussi l'ardeur de ses desirs, comme nil
reprochez-vous une noirceur dont est cause la fu- soleil brulant, efface les couleurs de son teint, taut
reur de la persecution, uou pas le dereglement de qu'elle est etrangereici bas,et qu'elle soupireapres
ma condnite ? Peut - etre entend-elle par le le visage glorieux et immortel de son Dieu : le re-
12. Sed est nigredo affligentis pcenitentiae, cum assu-
mitur lamentatio pro delictis. Hanc fortassis non
abhorreat in me Salomon, si sponte tamen induammihi
pro peccatis meis : quia cor contritum ct humiliatum
Deus non despiciet. Est et aflicicniis compassionis, si
afllicto condoleas : et Iraternum te decoloret incommo-
dum. Nee hanc profecio rejiciendam putat noster Paci-
Dcus, quippe quam et sibi ipse pro nobis dignanter in-
duit, qui peccata nostra tulit in corpore suo
lignum. Est ct perseculionis : qua; etiam pro summo
ornamento babelur, siquidem suscipiatur pro jnstitia ct
reritate. Unde est illud : lbant gaudentes disdpuU a
eonspectu ooncilii, quoniam digm habiti sunt pT0 nomine
Jesu contumeliam pati. Denique beaii qui persecutionem
patiuntur pro justitia. Hac potissimum gloriari Eccle-
siam arbitror, banc libentius imitari de pellibus Sponsi.
Denique et habet in proniissione : Si me persecute sunt,
et vos persequenlur.
13. Unde et addit Sponsa : Nolite meconsiderare quod
fusca sim, quia decoloravit me so/. Hoc est, nolite me
notare quasi deformem, quia cernitis pro ingruenle per-
secutione minus florentem, minus secundum gloriam
saeculi coloralam. Quid exprobratis nigredinem, quam
fervor persecutions, non conversationis pudor invcxit?
Vel 3olum dicit zelum justitiae, quo accenditur et accin-
gitur adversus malignantes, dicens Deo : Zelus domus
medit me, et illud : Tabescere me fecit zelus
_ quia obliti sunt verba lua inimici mei. Illud quo-
que, defectio lenuii me pro peccatoribus derelinguentibus
tuam. Item : Sonne qui oderunt te, Domine, ode-
ram, ut super i umicos tuos d .' Etiam illud ^a-
pientis caute observat : FuHce, ail, tibi sunt'.' Noli osten-
dere latum vultum ad ipsas : ut scilicet remissia et
mollibus et fugitantibus disciplinam.noncandorem
nitiitis, sed obscurum severitatisexhibeat. Vel decolorari
a sole, est ignescere charitate fraterna, Here cum :
bus, cum iiilirmantibus infirmari, uri ad scan
lorum. Vel sic : Sol juslitis 'il me Christus,
cujus amurc langueo. Languor isle, colons quaedam
exterminatio est, ct defectns in desiderio anima; : unde
ct dicit : Memor fui Dei, et delectatus sum, el exerci-
talus sum, et defeat spiritus mt us. Ergo, instar urentie
solis, desiderii ardor peregiinaniem in corpore decolorat,
dum vultui gloris inhiantc-m, impatientem faritrepulsa,
ct excruciat amantem dilatio. Quis nostrum ita sancto
amore ardet , ut desideiio videndi Christum, omnem
colorem prxsentis gloriac, l*titia>que fastidiatet deponat,
ilia ei piophetica voce contestans : Et diem hominis
non desideravt, tu sets? Item cum sancto David : Renuit
consotari anima mea, id est prsesentium bonorum inani
VINGT-NEUVIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
287
fus qu'elle recoit ]a jette dans 1'impatience, et ce
delai lui fait soufTrir des tourments proportionnes
a la grandeur de son amour. Qui de vous se sent si
embrase de l'amourde Dieu, que. le desir qu'il a de
voir Jesus-Christ, lui donne des degouts et du me-
pris pour toute la gloire et toutes les joies de la vie
presente et lui fait dire avee le Prophete : Je n'ai
point desire les grandeurs du siccle, vous le savez,
Seigneur (Jer. xvn, 16); » et, avec David : «Mon ame
refuse toute consolation (Psal. lxxvi, 3), » c'est-a-
dire meprise la vaine joie des biens presents. Ou
au moins, « le soleil m'a decoloree, » c'est-a-dire
en comparaison de sa splendeur ; parce que, en
m'approcbant de lui, je me trouve basanee, je me
trouve noire, je me trouve laide. D'ailleurs je suis
belle. Pourquoi m'appelez-vous noire quandje ne
le cede en beaute qu'au soleil ? Mais ce qui suit
semble mieux convenir au premier sens. Car elle
ajoute : « Les enfants de ma mere ont combattu
contre moi ; » ce qui fait voir clairement qu'elle a
souffert persecution ; mais ce sera le sujet d'un au-
tre discours, car ce que nous avons recu de la gloire
de l'Epoux de l'Eglise notre Seigneur Jesus-Christ,
par lc don de la grace, peut suffire pour cette
heure. Qu'il soit beni dans tous les siecles des sie-
cles. Ainsi soit-il.
SERMON XXIX.
Plaintes de I'figlise contre ses persScuieurs, c'est-
a-dire contre ceux qui sement la division enlre les Ire-
res. »
1. « Les enfants de ma mere ont combattu con-
tre moi. » /.nne, Ca'iphe et Judas Iscariote etaient
enfants de la Synagogue ; et ils ont fait une cruelle
Pourqnoi
l'figlise ap-
pelle ses
guerre a l'Eglise dans son commencement, quoi-
qu'elle fut aussi fille dela Synagogue, en attachant
sur un bois infime Jesus qui la rassemblait de tou-
tes parts. Car des lors Dieu accomplit, par eux, ce
qu'il avait predit lougtemps auparavant par le pro-
phete en disant : » Je frapperai le pasteur, et les
brebis seront dispersees (Zach. xin, 7). » Et peut-
etre cette parole qui est dans le canlique d'Ezecbias
est-elle aussi d'elle : « Ma vie est comme une trame
de 111, que le tisserand a coupee lorsqu'il ne faisait
que commencer a l'ourdir (Isa. xxxvni, 12). » C'est
done de ceux-la et de ceux qui leur ressemblent et
qui se sont opposes a la religion ckretienne, que fers^fant3"e
l'Epouse dit ; « Les enfants de ma mere ont com- sa mere,
battu contre moi. » Et c'est avec beaucoup de rai- no°on pere.
son qu'elle les appelle les enfants de sa mere, non
point de son pere, puisqu'ils n'avaient point Dieu
pour pere, mais le Diable. Car ils etaient homicides
comme il en a ete un depuis le commencement du
monde. C'est pour cela qu'elle ne dit pas, mes fre-
res ou les enfants de mon Pere, mais , « les .
enfants de ma mere ont combattu contre moi. »
Autreinent, si elle ne faisait cette distinction, il
semblerait que l'apotre saint Paul meme serait
compris au nombre de ceux dont elle se plaint, car
il a aussi persecute l'Eglise de Dieu pendant un
temps. Mais il en a obtenu misericorde , parce qu'il
l'avaitfait par ignorance, lorsqu'il n 'avait pas encore
la foi (I Tim. i, 9) ; et il a montre qu'il avait Dieu
pour Pere, et qu'il etait frere de l'Eglise, tant du
cote de son Pere que de celui de sa Mere .
2.Maisremarquezqu'ellen'accuse nommement que
les enfants de sa mere; comme s'il n'y avait qu'eux
de coupables. Cepeudant combien a-t-elle souf-
fert des etraugers, suivant cette parole du Prophete;
« lis m'ont souvent persecuted des ma jeunesse, et
Pourqnoi
l'figlise n'ae-
cuse que
ceux de §a
famille.
«etitia despicit colorari. Vel certe decoloravit me sol,
sui nimirum comparatione splendoris, dum appropians
illi, ex eo me obscuram deprehendo, nigram invenio,
foedam despicio. Caeterum alias quidem formosa sum.
Quid fuscam dicitis, solius solis pulcliriludini succum-
bentem? At sensui priori videntur magis assenlire ea
quae sequin ' ir. Adjiciens siquidem : Fitii matris mece
puguaverunt contra me; perseculioiiem passam se esse
aperte signilicat. Sed liinc aliud sermonis principium
ordiemur, quoniam sufficere hac vice possunt, quaj acce-
pimiis de gloria Sponsi Ecclesice Domini noslri Jesu-
Christi, dono ipsius, qui est Deus benedictus in saecula.
Amen.
SERMO XXIX.
De querimonia Ecctesia; contra suos impugnatores ,
vel contra illos , qui impugnant unitatem frater-
nam.
1. Fi/ii matris mea? pugnaverunt contra me. Annas e'
Caiphas, et Judas Iscarioth, filii Synagogae fuerunt : e1
hi contra Eccle9iam, aeque Synagogae fdiam, in ipso
exortu ipsius acerbissime pugnaverunt, suspendentes in
ligno collectorem ipsius Jesum. Jam tunc siquidem Deus
implevit per eos, quod olim prassignaverat per Prophe-
tam, dicens : Percutiam pastorem, et dispergentur oves.
Et fortassis illi us vox ilia est in canlico Ezechiaj : Pra;-
cisa est ve/ul a texente vita men ; iliini ud/iuc ordirer, sue-
cidit me. De his ergo atque aliis, qui de ilia gente
christiano nomini contradixisse sciuntur, puta dictum a
Sponsa : Filii matris mew pugnaverunt contra me. Et
pulchre Alios matris suw, non autem et patris sui illos
vocal, qui non habebant patrem Deum, sed ex patre
diabolo erant ; homicidae utique, sicut et ille homicida
erat ab initio. Propterea non elicit, *Fratres mei, aut
filii patris mei, sed, Filii, inquit, matris mew pugnave-
runt contra me. Alioquin si non ita distingueret, vide-
retur eliam apostolus Paulus comprehensus in his, de
quibus conqneritur, quod et ipse aliquando persecutus
sit Ecclesiam Dei, sed misericordiam consecutus ,
est, quia ignorans hoc fecit manens in increduli-
tate ; et probavit Deum se habere patrem, fratrem Ec-
clesias tarn ex patre, quam ex matre esse.
2. Sed attende quomodo nominatim Olios matris sus.
288
QEUYRES DE SAINT BERNAKll.
Les persecu-
tions que
l*£i:lise . n-
dure des
SieDS lui SODt
pluspenibles.
Irs peckeurs ont mis sur nioi des fardeaux insup-
portables (Psal. rxxviu, 11 ? » Pourquoi done accu-
Bez-vouspartjculieremeut les enfanlsdevotre mere,
puisque.vous n'ignorez pas, que vousavez fite sou-
vent persecutes par beaucoup d'autres encore?
« Lorsquevous fifes appele a la table d'un homrae
riehe, dit le Sage, considered attentivement les
viandes que Ton serf devant vous (Prov. win, 1 . o
lies Hi res nous sommes assisa la table de Salomon.
Qui est plus riehe que lui? Je ne parle pas des ri-
ehesses de la tei re, quoiqu'il les possede en aboi.-
dance. Mais regardez eette table qui est devant
nous, de combien de uiets deli, ieux n'est-elle pas
couverte ? Les metsqui nous] sont servis sontspi-
rituels el di\ins. « Considerez done, dit-il, attenti-
vement les viandes qu'on vous sert, et sachez qu'il
faut que vous en serviez aussi de pareilles. » C'est
pourquoi je considere aussi attentivement que je
puis ee qui m'est servi dans les paroles de l'Epoilse;
car c'est sans doute pour mon instruction qu'elle
ne parle quede la persecution qu'elle recoit de ceux
de sa maison, et qu'elle passe sous silence taut de
niaux qu'on sait qu'elle a soufferts par toute la
terreet de tout es les nations qui sont sous le ciel,
taut desheretiques quedes scbismatiques. Je connais
trop la prudence de l'Epouse pour croire que c'est
paixavecmoi,e1 qui mangeaitmonpain,aus6 d'une
insigne perlldie contre moi. lit encore: si c'etail
mon ennemi qui m'eut outrage, j'aurais tachede
le soufirir en patience; et ^i celui qui me hai il
out tenu de moi des discours haulainset insolents,
peut-fitre me serais-je cachfi, pour laisser passer
sa colere; mais c'est vous a qui je t6moignais
tanl d'affection et de bonne vedonte, sans le eonseil
de qui je ne faisais rien, a qui j'avais dficouvi
fond de mon cceur, et qui mangiez a ma table des
mets escellents et delicieux [Psal. i.iv, 13).» C'est-4-
dire, ce que vous me fades soufirir, vous qui man-
giez a nia table, et qui viviez ckez nioi, je le res-
coup plus vivement et j'ai bien plus de
peine a le su] r. Vous savez de qui est cette
li el a qui I'll.- s'adresse.
3. Keconnaissez done que 1'lipouse se plaint des
enfants de sa mere dans les mfimes sentiments de
douleur, parce qu'elle sen plainl dans un mfime
esprit, quand elle dit : « Les enfants de ma mere
ont combattu contre moi. » C'est pourquoi le Pro-
phete dit encore ailleurs : « Mes amis et mes pa-
rents se sont approebes pour me perdre [Psal
xxxvn, 12). » Eloignez toujours de vous, je vous
prie, un mal si abominable et si detestable, vous
qui avez eprouve, et qui eprouvez encore tons les
Quel mal font
les schismea
et les
discordes.
par hasard ou par oubli qu'elle n'en a fait aucune jours, combien c'est une cbose bonne et agreable
mention. Mais sans doute elle pleure plus partieu- que des freres demeurent ensemble (Psal. c.xxxu,
lierement, ee qu'elle sent plus vivement, et croit i)} » pourvu toutefois que ce ne soit pas pour se
nous devoir avertir d'eviter avec plus de soin. diviser et se scandaliser : car alors, au lieu d'etre
Qu'est-ce done? Ce sont des maux interieurs et do- une chose agreable et bonne, e'en serait plutot une
mestiques. C'est ee qui vous est marque clairement tres-laeheuse et tres-funeste. Malheur a celui qui
dans l'Evangile par la-bouche du Sauveur meme est cause que le lien si doux de l'unite se rompt.
lorsqu'il dii : « Les ennemis de l'homme sont ses Quel qu'il suit, il en portera la peine. Hue je meure
domestiques [Matlh. x, 36). » On voit la meme chose plutot que d'eutendre jamais un de vous s'eerier
dansle Prophete : L'n homme, dit-il, qui vhait en a\ec raisou : « Les enfants de ma mere ont corn-
el solos incusat, quasi soli in culpa sint. Quanta et ab
extoi is passa est? Juxta illiud apud Prophetam : :
expugnaverunt me <> juventute mi
res. Quid ergo singula
(ilios matris Lux causaria, quae le mini! el ex
aliis atque aids nationibus ssepissime impugnatam ' Ad
.//i divitis vocatus, diligent er, inqu I
hii apponunlur. Pralrcs, ad mensam Salomonis
mus. Quis ditior ! Non terrenis dii ■
quanquam ei ipsis Salomon abundarel : sed iiiti
nlem meosam, quomodo supcrnis est referta deli-
ciis. Spirilualia sunl et divina, quae nobis in ea appo-
nuntur. Dii . inquit, i ' ap-
ponuntur, sciens quia (alia le oportet pr<eparare. Ego
utique, quod in me est, diligenter attendo id mini ap-
poni in his veil-is Sponsae, et ad meam prorsus doclri-
nam cautelamque respicere, quod ita ex nomine ac sola
cxprimitur persecutio a don el tacentur tot et
tarn gravia qua; ubiquc terrarum nibilominus ex omni
natione qua? sub Cffilo est, ab inlidehbes, ah lueielicis
et Bcbismalicis pertulisse cognoscitur. Novi Sponsae pru-
dentiam ; nee putaverim casu ha;c illam, aut quasi iiu-
memorem praeteriisse. Sed profectoid expressius plan-
git, quod et sentit dilTerentius, quodque vigilantius nobis
cavendum existimat. Quidnam hoc? Malum utique intes-
tinuni atque
lio ore ip is exprimitur, cum dicit : Et ini-
■ I'hela :
Homo, inquit, pacts meos, qui edebat /
avii super me supplantationem. Item : Quoniam si
inimicus meus maledixisset mihi, n utique ;
oderat me, super me magna loculus fuUset
tit/OS.
e patior conviva el contubeinali mco,
id molestius scntio, i'ero asgrius. Seilis hasc querimonia
cujus, et de quo sit.
3. Agnoscite ergo el Sponsam eodem de liliis malria
suae conquerentem aflectu, quoniam in eodem spiritu,
cum ail : Filii matris mem pugnaverunt contra me.
Undo et alibi loquitur : Amict met et proximi mei ad-
versum me appropinquaverunt, et steterunt. Longe,
quaeso, a vobis facite semper hoe tarn abominabile et
detestabile malum, vos qui experti estis, et quotidie ex-
perimini, quaui bonum sit, et quaui jucundum liahilare
fratres in unum, si tamen in unum, et non in -canda-
VHMGT-NEUVIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTTQUES.
289
battu contre moi. » IV'etes-vous pas tons les en-
fants de cette congregation et comme les enfants
d'ttne meme mere? N'etes-vous pas tous les freres
les tins des autres? Que peut-il done venir du de-
hors qui soit capable de VOUS (roubler et de vous
altrisler, si vous etes bieu unis au dedans, si vous
jouissez de la pais fraternelle? « Qui pourra vous
nuire, dit I'Apdtre, si vous fetes amines d'une emu-
lation louable (I Pet. m, 13)? » C'est pourquoi,
n'ambitioanez pas les dons de la grace les plus
eminents (I Cor. xn, 31), pour que voire emulation
soit louable. Or, le plus excellent de tous les duns,
c'est la thariie. II faut qu'il soit incomparable
pour que l'Epoux celeste de la nouvelle Epouse ait
pris tant de soin pour le lui incuiquer en disaut :
« Tout le nionde reconnattra cjue vous etes nies
disciples, si vous vous aimez l'un I'antre (Joan, xni,
35). » Ou bien encore : « Je vous donne uu Douveau
cummandement, de vous enlr'aimer {Joan, xv, lis) ; »
etenfin : «Voici uion preceple, de vous aimer les uns
les autres (Joan, xvn, 11), » et en demandant a Dieu
qu'ils ne l'ussent tous qu'un, comme son l'ere etlui
ne sont qu'un. Et voyez si saint Paul lui-meme, qui
vous invi'e aux dons les plus excellents (1 Cor. xm,
32), ne met pas la charite au dessus de tous les au-
tres, soit lorsqu'il dit qu'elle est plus grande que
la foi et que l'esperance, et qu'elle surpasse infiui-
ment toute science; soit lorsqu'ayant fait une enu-
meration de plusieurs merveilleux dons de la
grace, il nous fait entrer enlin dans une voie beau-
coup plus noble, qui n'est autre que la charite. En
effet, que croyons-nous qu'un puisse comparer a
une vertu qui est preferee au martyre, a la foi
rneme qui transporte les montagnes? Voila done ce
que je vous dis. Que votre paix vienne de vous, et
tous les dangers qui semblent menacer du dehors
ne vous epouvanteront point, parce qu'ils ne vous
peuvent nuire : au contraire, lout ce qui semble
Hatter au dehors ne vous donnera aueune satisfac-
tion, si, ce que a Dieu ne plaise, les semences de
la division et de la discorde croissent au milieu de
de vous.
4. C'est pourquoi, mes tres-chers freres, con-
servez la paix parzni vous, et ne vous offensez point
les uns les autres, ni par actions, ni par paroles, ni
mem» par quelque signe que ce soit; de peur que
quel'iu'un d'entre vous, se sentant aigri et abattu
par sa propre faiblesse, et par la persecution qu'il
endure, ne soit oblige d'appeler Dieu a son secours
contre ceux qui le blessent ou l'attrislent, et n'en
vienne a dire cette parole flcheuse : « Les enl'ants
de ma mere ont combattu contre moi. » Car, en
pecliant contre votre frere, vous pechez contre Je-
sus-Christ, qui a dit : « Ce que vous faites au moin-
dre (ies miens, c'est a moi-meme que vous le faites
[Malik, xxv, 45). )> Et il ne faut pas seulement se
donner de garde des offenses considerables, telles
que les injures et les outrages publics, mais encore
des medis3nces secretes et empoisonnees. Non,
dis-je, il ne suftit pas de se garder de ces choses et
autres semblables, il faut encore eviter les fautes les
plus legeres, si toutefuis on peut appeler leger ce
qu'un fait contre son frere pour lui nuire, puisque,
selon la parole du Sauveur, on est criminel au ju-
gement de Dieu pour se mettre seulement en co-
lere contre lui [Matth. xv, 22). Et cerles c'est jus-
tice, car ce que vous croyez leger et que, a cause de
cela, vous dites avec moins de retenue, souvent un
autre le prend tout aulrement que vous, parce qu'il
ne juge que ce qu'il voil et croit volontiers qu'un fetu
Eloge de la
paix et de la
cbarite.
Atee quel
acin il faut
eviter le*
marmnree.
him. Alioquin nee jucundum plane, nee bonnm
pessimum ac molestissimum. Va? autem homini illi, per
quern unitatis vinculum jucundum turbatur '. Judicium
profecto porta vit quieunque est illc. And' mihi •:■ .nl iti-
gat mori, quam audire in vobis quempiam juste clami-
tantem : Filii matris mete pugnaverunl contra me. Nonne
praesentis congregationis lanquam unins matris lilii om-
nes vos estis, singuli alterulrum fratres? Quid ergo a
forisvoa conturbare, aut contristare possit, si intus be-
ne estis, et fraterna pace gaudetis ? Deniqne qui* vobis
nocere potent, inquit, si boni temulatores fueritis ? Qua-
mobrem cemulamini charismata meliora, tit bonos vos
probetis aemulatores. Charisma peroptimum chari-
tas est ; plane incomparable, quod novje sponste eoeles-
tisSponsus tolies inculcare curabat, nunc qnidem dicens,
In hoc cognoscent omn.es, quia mei estis discipuli, si di-
lectionem habueritis ad invicem : nunc vero, Mandatum
novum do vobis, ul diligatis invicem ; ct Hoc est prcecep-
tum me urn itt diligatis invicem ; itemque orans uniim
eos fore, sicut ipse et Paler unum sunt. Et vide si non
ipse Paulus, qui te ad charismata meliora invitat, inter
cetera charitatem in summo ponit, sive cum fide et
spe dicit earn esse majorem, et superemioentem scien-
T. IV
tiae , sive cam enumeratis pluribus ac mirabilibus super-
n.'1 gratise donis, tandem ad superexcellentiorem viam
nos millit ; haud aliam profecto illara, quam charitatem
diffiniens. Deniqne quidnam huic comparandum pute-
mus, qiue ipsi prafertur martyrio ac fidei transferenti
monies? Hoc igitur est quod dico : Pax vobis a vobis
sit ; et oinne quod extrinsecus minari videtnr, non ter-
ret, quia non nocet. Nam e contrario qnidquid fo-
ris hlundire appareat, nulla est profecto consolalio,
si intus (quod absit) seminarium discordiae germi-
naverit.
•i. Proinde, dilectissimi, pacem habete ad vos, et no
lite kedere invicem, non facto, non verbo, non signo
qualieunque : et ne quis forte exacerbatus et prasoccu-
patus a pusillanimitate spirilus et tempeslale, Deum in-
tcrpcllare cogatur adversus eos, qui se Icfserint aut con-
ttislaverint, et prorumpere in verbum grave contingat :
Filii matris mew pugnaverunl contra me. Sic enim pec-
cantes in fratrem, in Christum peccatis, qui ail : Quod
uni ex minimis meis fecistis, mihi fecistis. Nee caven-
dum a gravioribus tantum offensis, verbi gratia, ab aper-
to cunvicio seu maledicto, sed a clandestiuo quoqtic et
venenato susurrio. Non, inquam, sufilcit eos custodire
19
290 r*:rvRFSDE saint Bernard
est une poutre, et qu'une otinoelle est unc four-
Ce qui blesse n u,0_ Qgj (uu( )t. monde ll'a pas Cette eharile qui
Ic prochain
o'esi jamiis croit tout. L'esprit de l'houime est naturellemeat
's"' plus porte a soupcouner lc nial qu'4 erode le bien,
surtout lorsque la regie du silence ne vous permet
pas, a vous qui eti in desordre, de vous
excuser, ni a Ini ilc decouvrir la plaie qu'un soup-
con temeraire a faite dans sou ame, afin qu'on
puisse la guerir. Ainsi il est brule au dedans et il
meuri, parce que sa blessure n'ayant point d'air
devient mortelle, il soupire el gemil en Uu-meme,
parce que son ame aigrie et blcssee ne songe a au-
tre chose dans son silence qua l'injure qu'il a
recue. II ne saurait ni prier, ni lire, ni rienmediter
de saint et de spirit uel. Voila comment d arrive que
l'esprit qui donne la vie, se trouvant comme inter-
cepte, cett( i mi qui Jesus-Christ est rnort,
meurt miserablement, parce qu'elle est privee de
nourriture. Quels sont cependant les mouvemeuts
de votre cceur? Et comment pouvez-vous prendre
aucun plaisir a l'oraison ou ii quoi que ce suit,
tandis (jue Jesus-Christ crie centre vous avec dou-
leur dans le cceur de votre t'rere que vous avez at-
trisle ? Le tils de ma mere combat contre moi, et
celui qui mangeait a ma table des mets delicicux,
m'a rempli d'amertume.
5. Si vous ddes qu'il ne devait pas se troubler si
fort pour un sujet si leger, je reponds que plus la
cbose est legeie, plus il vous eiait facile de VOUS
abstenir de la commettre, quoique, apres tout, je
ne sais comment vous pouvez appeler leger, comme
j'ai dit, ce qui est plus que de se mettre en colere,
puisque vous avez appris de la boucbe meme de
ue,e, cpie la seuli i ulere Joil s'attendre a su-
lur la rigueur de son jugemeul [Malth. v, 22). Et,
iai ellet, ippellerez-vous leger ce qui offense .lesus-
Christ et doit vous trainer devant le tribunal de Dieuj
puisqu'il est horrible de tomber entre les mains du
Dieu vivant [Heb. x, 50 '.' Lors done que vous avez Conduite I
souffert une injure, et il est difficile que tela n'ar- injure qui
rive pas quelquefoisparmitanl de persounesqiusont on """m '
d ins un monastere, ne vous hatez pas aussitot,
comme les gens du monde, de la repousser par une
repoiise oulrageuse a votre Irere. N'ayez pas meme
la hardiesse, sous pretexte de le repreudre, de per-
cer, par une parole piquante et amere, une ame pour
laquelle Jesus-Christ a daigne clre attache a la
croix, ni de gronder sourdement comme pour la
blamer, ni de murmurer entre vos dents, ni de
prendre un air narquois, in de i leaner en vous mo-
quaut de lui, ni de lroncer les sounds d'un air
agressif et menacant. Que votre emotion meure la
ou elle naitj ne lui permetlez pas de se niontivr;
ear die porte la mort avec elle, et pourrait tuer
quelque ame; et vous pourrez dire avec le I'ro-
phete : « Emu de colere, je n'ai pas Jit un seul
mot (Psal, lxxxvi, Zi). »
6. II y en a qui interpreted ces paroles de l'E- Par a
pouse d Hie maniere plus elevee, etlesenteudentdu je ma
Uiable et deses anges, quisont aussi les ciilants de la 'e» ;'ii '/"-
° ' * tendenl lei
Jerusalem cell ste, noire mere, el qui eux aussi de- d » el li-
pids qu'ds sonttombes, ne cessent de fa ire la guerre jmes^piiy
a l'Eglise qui est leursceur. Je ne m'eloignerais pas tueiles. i
non plus de ['opinion de ceux qui eulendent ces
ab his et his similibus : cavenda sunt et levia. Si tamen
leve debeal dici, qnodcunque in fratrem prajsuinpseris
voluntale Uedendi ; cum hue solo, si irasceris illi, di-
vini reusjudicii tenearis. Merito quidem, nam quod tu
leve puta.s, et hoc levins praei pitas, plerumque alius
aUter accipit, lanquam homo videos in facie, et secun-
dum faoiem judicans, i I cam tialiem suspicari
intillam putare fornacem. Non enim est omnium
charitas ilia, quae omnia credit. Proni sunt autem sen-
sus hominis et co( ad malum potius suspican-
dum, quam ad bonum credendum : prseseitini ubi dis-
ciplina silentii nee te, ijui ii: exensare permit-
tit; nee ilium vulnus suspicionis aperire quod palitur,
ut curetur. lla uritur Hie, et moritur i
vulnei as, dum lotus in ira et
disceptaticmc positus, nil ahud -ileus versare in a
, nisi injuriam quam accepit. Non pol
nun potest legere, non sanctum ant spintuale aliquid
mcdiiari : el ila intercepto vitali spiritu, dum suis
tiluta alimentis vauit ad mortem anima pro qua Christus
moiluus est, quid tu interim quseso aid mi habes?
Quid oralio lua, aut opus, quodcumque interim fe-
ceris, sapit libi contra quern nimirum Christus anxie
clamat de pectore fralria lui quem contristati Films,
inquens , matris meae pugnat contra me ; et qui
siniul mecum dulces capiebat cibos, rcplevit me amari-
tudine.
5. Quod si di.xeris ilium non tain graviter pro tam
levi causa debuisse tui-b.u'i : respondeo : quanto levior
est, tanto a te levius potuil non Quanquam
nescio quomodo leve - im dixi) quidquid am
plius est quam irasci, cum vel hoc i. sum obncxiiu,
judicio ex ore ipsius acceperis Judicis. Quid enim ?
Tune leve i us, unde ad
Dei judicium pertrahi babes, cum borrendum sit inci-
dere in aaanus Dei yiventis? Tu ergo - irle ins
quidem inlerdum non accidere in his con-
veulibus diflicile est; non continuo more saeoularis, obli-
qua referire Iratrem responsione sed oeque,
i enti ii-aus-
lutenus aniuaam, pio qua i lln isius afligi
: nun (jrunnire quasi inciepan o, nun
labiis musailare quasi murmurandu, n uare coa-
traliere, act cachinnare quasi subsannaudo , r.on
, quasi invehendo am coiiuninaiido.
Sane commo io lua ibi niuiialur ubi oritur, nee per-
miltatur exire quie moilem portal , ne penmal , ut di-
cere possis et tu cum Proplnia : Turbattts sum, et non
sum locutus.
ii. Quosdam altins intellexi scnlire islud, quasi de
diabolo et angelis ejus dictum, qui cum fuerinl et ipsi
lilii Jerusalem illius, qnaE sursum est mater nostra, ex
quo iapsi sunt, non cessant sororem suam tcolesiam
impugnare. Sed neque conteudo, si quis usurpet bo-
VINGT-NEUVIEME SERMON SUR LE CANTIQUE RES CANTIQUES.
291
Celui qui
paroles dans un bon sens, et disent, qu'elles indi-
queDt les personnes spirituelles qui sont dans l'E-
glise et qui combattent contre leurs freres charnels
avec le glaive de l'Esprit (Ephes. vi, 17), c'est-a-
dire avec la parole de Rieu, qui les blessent ponr
leur salut, et les portent a gouter les choses spiri-
tuelles par cette sorte de combat. Dieu veuille que
:sl un bon
idTersaire.
mr le bien le Juste me repreime dans sa misfericorde, me cor-
rige de mes peches, me frappe pour me guerir, et
me lue pour me donner la vie, afin que j'ose dire
moi aussi : <i Ce n'est plus moi qui vis maintenant,
mais c'est Jesus-Christ qui vit en moi [Gal at.
u, 20). » « Remeurez en pais, dit Jesus-Christ, avec
votre advefsaire, tandis que vous etes dans le che-
min, de peur qu'il ne vous livre au juge, et que le
Inge ne vous livre au bourreau [Matth. v, 25). »
C'est un bon adversaire celui avec qui je n'ai qu'a
vivre en pais, pour ne pas tomber entre les mains,
du juge ou ilu bourreau. Certainement, si quelque-
fois il m'i'st arrivfi d'attrister quelques-uns de vous
pour de tels sujets, je ne m'en repens point. Car
ceiix-laont ftte attrist6s pour leur salut. R'ailleurs.je
uand il re- ne crois point 1'avoir jamais fait, sans en ressentir
primandait 4 r J
quclqu'un. moi-meme beaucoup de peine, suivant ces paroles :
« Lorsqu'une fetnme accouche, elle sent une vive
douleur (loan, xvi, 21). » Mais a Rieu neplaise que
je me souvienne encore de ma douleur lorsquej'en
recueille le fruit, et vois Jesus-Christ forme dans
mesentraillcs. Je ne sais mi'me comment il se fait
quej'aime plus tendrement ceuxqui, parle moyen
de ces corrections charitables, se sont releves de
leurs faiblesses, que ceux qui ont toujours et6
forts, et n'ont point eu besoin de ces remedes.
7. C'est done en ce sens que l'Eglise, ou Fame
Sentiments
de saint
Bernard
qui aime Rieu, pourra dire, que « le Soleil l'a deco-
loree, » en envoyant et en armant quelques-uns
des enfants de sa mere pour lui faire une guerre
salutaire, l'entrainer et la captiver ii sa foi et a son
amour, apres 1'avoir percee des Heches dont il est
dit : « Les fleches du Tout-Puissant sont aigues et
acerees. » Et ailleurs : « Vos fleches m'ont perce de
toutes parts (Psal. cxrx, k) . » Voila pourquoi le meme
Prophete ajoute : « Et je n'ai pas une seule partie
saine dans tout mon corps {Psal. xxvvn, 3); » mais
quant a l'ame, elle est rendueparces epreuves plus
saine et plus vigoureuse, en sorte qu'ellepeutdire :
« L'esprit est prompt mais la chair est faible (Mat.
xxvi, 62). Etquandje suis plus inflrme, c'est alors La aiblesse
que je suis robuste et fort (II Cor. xlii, 11). » Voyez
vous comme la faiblesse de la chair augmente la
vigueurde l'esprit et lui donne de nouvelles forces?
au contraire la force du corps diminue celle de
l'esprit. Pourquoi s'etonner apres tout que vous
soyez plus fort a mesure que votre ennemi Test
moins? a moins peut-etre que vous soyez assez in-
sense pour croire que celle qui ne cesse de se re-
volter contre l'esprit est votre amie. Rites-moi done
si le saint homme qui demaude a Rieude le percer
de ses fleches, et de le eombattre pour son bien,
lorsqu'il dit dans sa priere : « Frappez et penetrez
mon corps de votre crainte,» n'avait pas raisons de
parler ainsi (Psal. cxvm, 170)? La crainte qui perce
et tue les desirs de la chair pour sauver l'esprit est
une chose precieuse. Mais ne vous semble-t-il pas
aussi que celui qui ehatie son corps et le reduit en
servitude, aide et conduitlui-memelamain de celui
qui le combat?
8. 11 y a encore une autre fleche, c'est la parole
et la mortifi-
cation de la
cbair aug-
mentent les
forces
l'esprit.
etiam in bonam significationem, secundum quod spiri-
tuales, qui sunl in Ecelesia, adversua carnales fralres
suos dimicant in gkidio spiritus, quod esl verbum D ■■'.,
vulnerantes eos ad salutem, atque ad spiritualia istius-
modi impugnationibus proheventes. Utinam corripiat me
Justus in misericordia, et increpet me, percutiens et
sanans, occidens et vivificans, qrre audeam et ego di-
cere : Vivo aulem jam turn ego, vivit vera in me Chris-
lus. Esto, inquit, consentiens adversario tuo, dum es
cum eo in via, ne tradat te judici, et judex lovtori. Bo-
nus adversarius, cui si consentiens ero, non erit nnde
aut judex me calum nietur, aut tortor. Ego prufecto si
quos vestrum ali [uando pro hujusmodi contristavi, non
me pcrnilet; contristati enim sunt ad salutem. Et qui-
dem nescio id me fecisse umquam absque mea quoque
magna trist ilia, secundum illud : Mulier cum punt, tris-
titiam habet. Sed absit tit jam meminerim praessurae,
tenens fructum doloris mei, dum perinde videam Chris-
tum formatum in sobole. Nescio autem quomodo etiam
tenerius mihi adstricti sunt, qui post increpatoria, et per
increpatoria tandem convaluerunt de infirmitate, quam
qui fortes ab initio permanserunt, non indigentes istius-
modi medicamento.
7. Ergo in hunc sensum poterit Ecclesia, seu anima
diligens Deum clicere, quod deeoloravit earn sol, mit-
tendo scilicet et armando de liliis matris ejus qui cam
salubriler expugnarent, et captivam ducerent ad fidem
amoremque ipsius, njullis utique confixam -minis lllius,
de qtribus scriptum est : Sagittte poteniis acuta. Et
item, Sagiltm turn infixes sunt mihi. [deoque seqnitur et
ait, quoniam non est sanitas in earne mea ; ut secun-
dum animam sanior proindc fortiorque (actus dieat :
Spiritus quidem promptus est, caro autem infirma, Et
cum Apostolo : Quando enim infirmor, tunc potens sum
et fortis. Vides quia rarnis infirmitas robur spiritui au-
geal, et subministret vires ? [ta e contiario noveris car-
nis fortiludinem debilitatem spiritus operari. El quid
minim, si hoate debilitato, tu fortior etliceris? Nisi forte
illam tilji insanissime ducas amicain, qua; non cessat
concupiscere adversus spiritum. Vide ergo si non pra-
deuter sagiltari ct impugnarisalubriter postulat sanctus,
cum dicit in oratione : Confige timore tuo carnes meas.
Optima timor tile sagitta, qui configit et intci licit
carnis desideria, ut spiritus salvus sit. Sed et qui
casligat corpus suum, et in servitutem redigit, nonne
is tibi videtur etiam manum contra se pugnantis ipse
juvare ?
8. Est et sagitta sermo Dei vivus et efflcai, et pene-
292
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Jtau-Christ
a pet
c I'ur .ie
■trie.
de Dieu vive, efficace et phis percante qu'un glaive
a deux tram-hauls, c'esl d'elle queleSauveur a Jit .-
Je no suis pas Mim apporterla paix, mais le glaive
La Heche de y,,^/, x i/,i. iion est uno autre encore, unefleche
1 amour de » . , . .
choisie : cest 1 amour do Jesus-Cnnst qui, non-
seuletnent a fait une plaie a lame de Marie, mais
l'.i percee de part en pari, alin qu'il n'yeut ilaus ce
cceur virginal aucun endroit qui fut vide d'amour,
juais qu'elle aimat de tout son cceur, de loute son
ame et de toutes >es forces, et qu'elle fut pleine de
grace. Oud t Ira sperca, pour qu
vint jusqu'a nous, que nous recessions tons quelque
■ de la plenitude de grS e qui etait en elle,
qu'elle devint la mere de l'amour dual Dieu qui est
amour est Ie pere, qu'elli >'i mil sou la-
icle dans I I que telle parole de l'E-
criturefuta :nJe vous ai donne am nations
pour leur servirdelumiere,afinque zmon
salut jusqu'auxexlremitesdela terre(7sa. xux, 6).»
Or cela s'est fait par Marie, qui a ruis au monde ct
rendu visible, dansla chair, eelui qui etait invisible,
et qu'elle n'a concu ni de la chair lit par la chair.
Quant a elle, elle a recu dans tout son etro une
ne vous semble-t-il pas qu'elle pourra fort Men leur
repondre : « Ne faites point attention si je suis noire:
car c'esl le soleil qui m'a decoloree.D Et si elle se sou-
vient qu'elle est arrivee a eel el it paries exhortations
ou paries corrections de quelques serviteursde Dieu,
quil'aimaientveritablementetselonDieu, ne pourrar
t-ellepas direensuiteavecbeaucoup devexite : hCm
lt> enfants de mamereontcombaltucontre moi.» I.e
sens done de ces paroles, conarue nous 1'avons dit,
est que I'Eglise on loute ame vertueuse I'- dit, nop
en gemissant ou en se plaignant, mais dans un
sentiment de joie, d 'actions de graces, <-\ memede
sain! orgueil, de ce qu'elle a merite la grace d
noire et decoloree pour le nom et l'amour deJusus-
f, et qu'on lui en fasse le reprocbe. Elle n'at-
tribue te faveur a son merite, mais a la
el a la misericorde qui l'ont preVeiiue et qui
out envoye quelqu'uu vers elle pour cet effet. Car
comment croirait-ell >nne ne lui avail pr£-
che la vcrite? Et comment la lui aurait-on pri
si personne n'avait recu mission 'le le faire (Rom.
X, l&j? Si done elle rappoi'le que les enlanls de sa
mere out eomhatlu contre elle, ce n'est pas dans un
profonde et' douce plaie d'amour. Combien je m'es- esprit de colere, mais dans un mouvement de re-
timerais heureux si seu'ement je me sentais pique
de la pointe de ee glaive, et si mou ame, atieinte
de cette legere blessure d'amour, pouvait s'ecrier
aussi : Je suis blessee des trails de l'amour. Qui me
donuer a non-seulement d'etre Lies- sorle,
mais d'etre frappe jusqu'a 1'entie.re destruction de
la couleur et de la ehaleur qui font la guere a mon
ame.
9. Si lesfilles du siecle font des reproches a une pa-
reille ame, et disent qu'elle est pale et sans couleur;
connaissance. Aussi lisons-nous ensuile : « Us iu'ont
mise dans les rignes pour les garder. » Car a mon
avis, celte parole, si on la prend dans un sens spi-
rituel ne parait renfermer ni plainte, ni aigreur,
mais plulot marquer quelque chose tie favorable.
Mais avant d'eutreprendre d'expliquer ce pas-age
qui est saint, il faut nous concilier par nos priori s
accoutumees et consulter cet Esprit qui penetre les
secrets de Dieu, ou au ruoius le Fils unique qui est
dans le seiudu Pere, L'Epoux de I'Eglise Jesus-Christ
trabilior omni gladio ancipiti, de quo Salvator : Non
, I, pa ■ i ■ ■ ed glad um. Est etiam sa-
gitta electa amor Christi, qua? Marias anirnam non modo
it, Bed etiam pertransivit, ul nullam in p
,li particulam vacuaui amore relinqueret, sed lolo
, luia annua, tola viitule diligeret, et essel
plena. Aut certe pertransivit earn, ut venire! usqui
nos, el de plenitudine ilia □ ius, el fieret
mater charitatis, cujus pater esl charitas Deus, parti
et in sole ponens Labernaculnm ejus, ul criptura imple-
retur, qux' dicit ;
Iremum tei enim implclum esl
per Mariana, quie in came visibilem edidit, quern invi-
sibilem nee de car.ie, nee cu a carne suscepit. Et ilia
quidem in tola se grandc et suave ame acce-
pit : ego vero me t'elicem putaverim, si summa saltern
quasi cuspide bujus gladii puogi interdum me sensero
ut vtl inodico accepto amoris vulnere, dical etiam ani-
ma mea : VvUnerala charitaie ego sum. Quia mihi
tribuat in nunc modum non modo vulnerari, sed el «-
pugnariomrj aem coloris el ca-
Ions illius, qui mililal advei im I
9. Si exprobraverint Qliae bujus Baeculi illi animae quae
tiujusaioUi est, diceule* pallidum et sine colore esse ;
nonne tibi congrue posse respondere videbitur : Nolit*
wsiderare quod fut ■■■ -i, quia de ■ >lor
r ad boo ii ineril
seu increpationibus aliquo 1 1 ae lulnn-
liimi earn I lei EBQiulal fo
terque inferre poteriLquia / pugnaverunt
contra me? Erit ergmensus, juxta quod diutum ei
Ecclesia seu sludiosa quaevis anima id loqualur, non
quasi gemens aul conquerens, sed quasi gaudeiis el gpa-
tias agens, insu er e quod pro nomi e
e L.hrisli digna sil fusi tseu di color esse i
hoc ipsum adscribal ion sua
:r el mi i r cordite pra venienl i ■ • e, el mitlentis ad se.
Nam quom id » crederel sine pra dicante '.' Quomodo au-
tem praedicarent .-dsi mitlerentur '.' Filios matris sua?
contra Be pugnasse memorat, non ut irala, sed ul non
ita. L'nde et sequitur i Posuerunt me •
Q < verbum utique si spirilualiter examinetnr:
puio nil se querimoniee aut rancoris habere videbitut,
Bed magis favorabile aliquid redolere. Verum ad id con-
adiim prius sane quam i lanum apponere audeamus,
(locus enim sanctns est) c iliandus esl nobis solitia
prccibus, et sic eonsullandns ille Spiritus, qui scru-
tatur alta Uei j aut certe unigenitus qui esl in ini
TRENTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
293
ttilite des
rtprimandes
notre Seigneur, qui etant Dieu est inurnment elev£
au dessus de toutes choses et merite d'etre b6ni
dans tous les siecles des siecles. Ainsi soit-il.
SERMON XXX
Le peu tie nes des clus iont les vignes
dont t' Eg Use est Habile la gardienne. La prudence
dr. la chair est une mart.
1. « lis m'ont mise dans les vignes pour les gar-
der. n Qui a fail cela? Sont-ce vos adversaires dont
vous parlicz tout a l'heure? Ecoutez si elle lie dil
pas que eeux qui lui out donne cet emploi sont
ceux-la memes dont elle a souffert auparavant.
Apres tout, il n'v a pas lieu de s'en etonner, puis-
que. en la persecutant, :1s ne se proposaient que
de la corriger. Car qui ne sait que souvent on per-
secute eeux qu'on aime et a qui on veut du bien.
Combien en voyons-nous tous les jours qui embras-
sent une vertu plus etroite et s'elevent a une plus
haute perfection, par suite des henreuses persecu-
tions de leurs superieurs? Montrons done plutdt
tol'leUseia malntenant) si nous pouvons, comment les enfants
ierT.,,1 mal- de 1'Eglise "lit combattu contre leur mere dans un
esprit d'hostilite. et que le tort qu'ils eroyaient lui
faire a servi a son bien. Car il n'y a rien de plus
agreable que lorsque ceux qui out dessein de nuire
font du bien contre leur intention. La premiere
explication que nous avons donnee a ces paroles
ren ferine l'un et l'autre sens, parce que 1'Eglise n'a
point manque de personnes qui ont ete bien dispo-
sees pour elle, m d'autres qui l'ont ete mal et qui
1'ont attaquee avec des intentions differentes ; mais
les uns et les autres lui ont ete utiles. En effet, elle
peut tellement se glorifier d 'avoir profite des choses
qu'lle a souffertes de ses ennemis, qu'au lieu d'une
vigne qu'on acru qu'ils lui avaientotee, elle a main-
tenant lebonheur de se voir etablie pour la garde
de beaucoup de vignes. C'est precisement ee qu'ils
ont fait, dit-elle, en combattant contre moi et contre
ma vigne, quand ils disaient : «l)etruisez-la, detrui-
sez-lajusqu'aux fondemeuts (Ps.e.xxxvi, 7),» carau
lieu d'une vigne j'en ai plusieurs. C'est ce qu'elle
dit, en effet, en continuant en ces termes : Je n'ai
pas garde ma vigne ; comme si elle avait voulu dire
que cela ne lui est arrive que pour qu'elle ne flit
plus la gardienne d'une seule, mais de plusieurs.
vignes.
2. Voila le sens de la Iettre. Mais, si nous la sui-
vons simplement, et que nous nous contentions de
ce qui parait de prime-abord dans ses paroles,
nous croirons que l'Ecriture sainte entend parler
des vignes corporelles et terrestres, que nous voyons
tons les jours recevoir de la pluie du ciel et de la
fecondite de la terre, la matiere dont on fait le vin
qui cause 1'impurete. Et ainsi nous ne tirerons
d'une si sainte et si divine Ecriture, rien qui con-
vienne, je ne dirai pas a l'Epouse du Seigneur, mais
a toute autre epouse que ee soit. Car, quel rapport
y a-t-il entre des epouses et la garde des vignes?
Mais, quand il y en aurait un, comment montre-
rons-nous que 1'Eglise a ete autrefois destinee a cet
emploi? Est-ce que Dieu prend un soin particulier
des vignes de la terre? Mais si nous entendons dans
un sens spirituel par ces vignes, les Eglises, e'est-
a-dire les peuples fideles, selon la pensee du Pro-
phete, lorsqu'il dit : « La vigne du Seigneur des
armeesest la maison d'Israel {ha. v, 7); » peut-etre
De quels si-
gnes il est
parle" ici.
Patris, sponsns EcclesiE Jesiis-Cliristus Dominus nos-
ier, qui est super omnia Dens benedictus in sscula.
Amen.
SERMO XXX.
Qua/iter populus fidelium sen animus electorum per Vi-
neas significant ur: quorum Ecclesia custos dicitur : et
deprudentia carnis, guas est mors.
1. Posuerunt me custodem in vineis. Quis ? Tuine
illi oppugnalores, quos proxime memorasti '? Audite et.
intelligite, si non scab illis ipsis t'aletur ista promotam,
a qnibns et passani. Nee raii-imi tnmen, siquidem fuerit
causa pugnamli inientio corrigendi. Nam quis neseiat
multos amicabiliter utiliterque multoties oppngnalos?
Quam multos qiioliilie experimur piis impugnationibus
praelatorum ad meliora proficere, provehi ad alliora ?
Ergo illud polius demonstremus, si possumns, quemad-
moduin adversus Ecclesiam pugnatum sit a filiis matris
slice, e nimo, ct damno utili. Id enim jucun-
dius, cum qui nocere inlendunt, prosunt et nolentes.
Utrumque ■ m tenet superior interpretatio :
quoniarn quidem non defuerunt, et qui bene, et qui
male aemularentur earn, diversa intentione pugnantes ;
sed utrique profuerunt. In tantum denique se profecisse
ex iis, qu£e ab semulis passa est, gloriatur, lit pro una
vinea, quam sibi abstulisse visi sunt, surper multas se
gaudeat constitutam. Hoc mini, inquit, praestilere pu-
gnando contra me et contra vineam meam, qui dicunt,
Exinanite, exinanile usque ad fitndamentwm in ea,
ul imam pluribus commutarim. Hoc quippe est quod
infert, Vineam meam non custodivi : tanquam causam
subjungens unde hoc illi contigerit, ut non in una jam,
sed in pluribus custos posita sit. Et littera quidem
sic est.
2. Sed si earn simpliciter sequimur, contenti eo solo
quod sonare in superficie ilia videtur, putabimus nos
legere in Scriptnra sancta de his vineis corporeis et
terrenis, quas quolidie cernimus de rore cceli et de pin-
guedine terrae accipere, unde fundunt vinum, in quo est
luxuria : et sic nihil non dieo Domini Sponsa3 dignum,
sed nee cuivis cteteranim congruum quid de tam sancta
et divina Scriptnara attulisse videbimur. Qua? enim con-
venientia sponsis et custodies vinearum ? Sed et si
convenire putetur, unde docebimus, fuisse aliquando
Ecclesiam istiusmodi deputalam officio? Numquid de
vineis oura est Deo ? Si autem spirituali sensu vineas
Ecclesias, id est fideles interpretamur populos, juxta
294
OELVHLS DE SAINT BEKNAUD.
eommencerons-nous ■> apercevoir qu'il p'est point
indigDB ilc I'Epouse d'eTro commise a la garde des
vignes.
3. Certainement, il me semblequ'on reconnaitra
en cela meme une excelleute prerogative, si on
prend la peine de considerer avec soiu combien elle
a etendu ses bornes; dansces vignes, partoutela
terre, du jour qu'elle a ete attaquee a Jerusalem, el
chassee par Irs enfants de avec sa nouvelle
plantation, c'est-a-dire avec la multitude de ceux
qui avaient lafoi et dont on lit : wQu'ils n'etaient
ou'un coeur et qu'une ame [Act. iv, 32 . » I'.t c'est
! i la vigne qu'elle confesse maintenanl n'avoir point
L^giiwa'ac- gardee, iii.ii- cela n'a poinl tourne a sa Lonte. Car,
croilau souf- .,,... , , ,
de de la |.cr- ?i elle a ete arracnee de ce lieu pendant sa persecu-
sccuuon. il0n^ ejje a ^ planter sa vigne ailleurs, et elle l*a
louee a d'autres vignerons, qui en rendent les fruits
dans la saison. -Non, non, elle u'a pas ete extermi-
nee, elle n'a fait que changer de lieu ; Men plus,
elle s'est accrue et beauconp etendue, car le Seigneur
l'a benie. En elTet, levez les yeux et voyez « si son
ombre ne couvre pas les montagnes, et ses bran-
dies les cedres (Psal. xix, 11) ; si elle n'etend pas
ses pampres jusqu'a la nier, et ses rejetons jus-
qu'aux lleuves les plus recules. » Que cela ne vqus
etonue point, « c'est l'edilice du Seigneur et la plan-
tation de Dieu meme (II Cor. in, 9). » C'est lui qui
la rend feconde, c'est lui qui la provigue, c'est lui
qui la taille et qui It faconne, alin qu'elle rapporte
La \igi»: plus de fruit. Car comment pourrait-il abandpnner
meotFSciiw. une vigne 3"'^ a plantee de ses propres mains?
Certes, ellene saurait etre negligee, la vigne dont
les apolres sont les pampres, le Seigneur le ceps et
son Pere le vigneron. Plantee dans la foi, elle jette
ses racines dans la charite, elle est Iabouree comine
avec le sarcloir de la discipline, fumee aver, les
larmes de la penitence, arrosee par les discours des
predicateurs ; voila comment elle donne du vin en
abondance, mais un vin qui cause la joie non la
debauche, un vin qui est plein de douceur el exempt
de tonic iropurete. Ce vin est celui qui rejouit le
coeur de I'homme et dont les anges boivent avec
plaisir. Car ils ressentenl de la joie a la conversion
et a la penitence des pecheurs, pares qu'ils sont
alteres clu saint des homines. Les larmes des peni-
tents sont leur vin, parce que dans ces larmes ils je'VATcnu.
trouvent L'odeur de la \ie, la saveurde la grace, le »ynt le vin :
gout du pardon, la joie de la reconciliation, la sante
de l'innocence recouvree el la douceur d'une cons-
cience sereine.
U. Aussi de cette vigne unique que la tempete
d'une cruelle persecution semblait avoir extermi-
nee, combien d'autres vignes n'ont-elles pas re-
fleuri sur toule la terre? Or elles out touiss ete
donnees en garde a I'Epouse pour la consoler de
n'avoir pas conserve la premiere. Consolez-vous,
Lille de Sion, si l'aveuglemenl a frappe une parlic
d'lsrael, qu'y perdez-vous? Adurirez ce mystere
et ne pleurez point la perte que vous faites. Ouvrez
votre sein et recueillez la plenitude desnatioiis.
Dites aux villes de Judas : « 11 a fallu vous precher
la parole de Dieu avant tous les autres, mais puis-
que vous 1'avez rejetec, etquc vousvousetesjugees
indignes de la vie eternelle, nous allons nous tour-
ner vers les Nations {Act. xm, 4Gj. » Dieu ott'rit a
Moise que s'il voulait quitter un peuple prevarica-
teur et 1'abandonner a sa vengeance, il le ferait
maitre d'une nation puissaute, mais il le refusa.
Prophets sensum dicenlis, Vinea Domini sabaoth do-
mus Israel est : incipiet fortassis elucere nobis, quo-
inodo Sponsae minime indignum sit fieri custodem in
vineis.
3. Puto quod et non parva insupcr et in hoc ipso ap-
parebit praerogativa. si quis diligentius curet adverlere,
quantum ubique per orbem in hnjusmodi vineas dilala-
verit terminos suos a die ilia, qua Jerosolymis a filiis
inatris suae expugnata est et cxturbata, una cum prima
ilia sua novella planlatiohe , multitudinem dico creden-
tium, quorum legitor luisse tor unum et anima una. Et
ipsa est, quam modo faletiir se minime cuslodisse, sed
non ad insipientiam sibi. Nee cnim ita indc evulsa in
persecutione fait, ut non alibi plantaretur, atque aliis
locaretur agricolis, qui reddanl fructus ejus temporibus
Miis. Non prorsus, non periil, sed migravil : etiam crc-
vit et dilatata est tanqu.im cui benedixil Dominus. De-
nique leva pculos tuos, et vide hi non operuit monies
umbra ejus, et arbusta ejus cedros Dei; si nun extendii
palmites suos usque ad mare, ei usque ad flumet
pagines ejus. Nee minim, Dei nam oedi Icatio est, Dei
agricultura est. Ipse tecundat, ipse propagat, ipse pu-
tat et purgat earn, ut frustum plus afferal. Quando
nempe sua destitueret cura vel opera, quam planla\il
dexlera ejus ? Non plane babenda neglectui, in qua
apostoli piilmiles, Dominus vitis, et Pater ejus agricola
est. In tide planlata, in charilate mitlit radices, defosaa
sarculo discipline, stcrcorata pojnilentiimi lacrymis,
rigata prsedicantium verbis : et sic sane exuberans vino,
in quo est I etitia, sed non luxuria ; vino totius suavita-
lis. milliiis libidinis. Hoc eerie viniun lcelilicat cor ho-
niiiiis hoc constat et angelos bibere cum lslitia. Denique
gaudent in conversione et poenitentia peccatorum, salu-
tem liominum sitienles. Laciyin;e po'iiilentium viniun,
eoruni , quod in ill is vitas odor , sapor gratia? sit
indulgentia? gustus , icconcilialionis jucunditas , sa-
nitas redcuntis innocentiie , serenatae suavitas cons-
cientias.
4. Ergo ex ilia una vinea, quam sa;va; pcrsecutionis
visa esl delevisse lempestas, quanta? in universa lerra
propagata reQorueruot ! Et in bis omnibus custos po-
sita Sponsa est, ut non contristetur, quod primam virieam
non custodivit. Consolare, (ilia Sion :si ca-citas ex parle
conligit in Israel, quid luperdis .' MirarC myslerium, el
aoliplangere detrimentum : dilata sinum, el collige ple-
nitudiiieiii genlium> Die civilatibus Judie, Vobis oporte-
IjhI primum loqui verbum Dei : sed quoniam repulittis
tlluti, et indignes vos judicastis ceternai vitm, ecce con-
TRENTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
295
Pourquoi ? Parce qu'il eprouvait pour ce peuple un
amour Rxcessif qui le tenait etroitement altactte a
lui; et parceque,au lieu de cherchec ses propres in-
tereis, il ne voulait que l'honneur de Dieu, sans se
soucierde ce qui pouvaitlui etre avantageux, mais
seulement de ce qui pouvait etre utile a plusieurs.
\ oila dans quelles dispositions il se trouvait.
La preroga- 5 "\ia;3 ,,our moi, je crois que la Providence avait
'■" . i ■ , , •■ i • ■
t£giise i est en cela de secrets desseins, et voulait que ce dou si
Itodanak!" grand et si excellent tut reserve a l'Epouse, et que
mondeenlier. ce fut ellc plutdt (Jiie Moise, qui fut placee ii la tete
d'une grande nation. Car it ne fallaitpas que l'ami
de l'Epoux otat a l'Epouse cette benediction. C'est
pourquoi ce n'est pas a Moise, mais a, l'Epouse qu'il
est <iit. : ii Allez partout le monde et precbez I'Evan-
gile a toute creature [Marc, xvi, 15). » C'est done
elle qui fut placee a la tete d'une grande nation.
Or pouvait-il en exister de plus grande que le
monde entier? Et certes la terre entiere n'a pas eu
heauconp de peine a se soumettre k celle qui lui
apportait la paix, et qui lui offrait la grace. Or
Difference cette grace ne ressemblait pas a la loi. Combien
ci Ta differente est la forme sous laquelle l'une et l'autre
Synano(rue. se presente k toute anae ; 1'une est d'une douceur
admirable, l'autre d'une severite excessive. Qui
pourrait voir du ineaie ceil celle qui condamne et
celle qui console, celle qui reclame et celle qui
remet la dette, celle qui punit et celle qui embras-
se? Certainement on ne saurait recevoir avec la
nieme ardeur 1'ombre et la lumiere, la cole-re el la
paix, le jugement et la misericorde, la figure et la
verite, la verge et l'heritage, le frein et le baiser.
Or les mains de Moise sont pesantes [Exod. xvn,
IS), Aaron et Hur en sont temoins. Le joug de la
loi est pesant, au temoignage des ap6tres memes,
qu'il orient qu'il leur est insupportable ainsi qu'a
leurs Peres [Act. xv, 10). C'est un joug bien rude
dont la recompense est bien vile, car ce n'est que
de la terre. C'est pour ces raisons que Moise n'a
pas ete mis a la tete d'une grande nation. Mais
vous, sainte Eglise, noire mere, vous qui avez
recu la promesse de la vie presente et de la vie
future, « vous obtenez de tous un accueil facile, ii
cause de la double grace que vous possedez, car
votre joug est leger, et votre ro3*aume est illustre.
Si on vous cbasse d'une ville, vous etes recueillie
par le reste de la terre, parce que ce que vous pro-
mettez charme, et que ce que vous imposez effraie
peu. Pourquoi pleurez-vous encore la perte d'une
vigne, puisqu'elle est reparee avec une si grande
usure? « En recompense de ce que vous avez ete
delaissee et haie, et que persoune ne voulait passer
chez vous, je vous rendrai a jamais glorieuse et
triompbante, dit le Seigneur, et vous serez un sujet
de joie dans toutes les races k venir. Vous sucerez
le lait des nations, et serez allaitee aux mamelles
des rois, et vous saurez que je suis le Seigneur
qui vous ai sauvee, et que voire liberateur est le
fort et puissant Jacob [Esq. i.x, 1). » C'est done en
ce sens que l'Epouse dit, qu'elle a ete mise dans
les vignes pour les garder, et qu'elle n'a pas garde
sa vigne.
fi. A l'occasion de ces paroles de l'Epouse, et en" Saint B"-
entendant les ames par les vignes, je me reprocbe de la charge
a moi-meme de m'etre charge du soin des ames, dequSiUfu['jUr
moi qui ne peux suffire a garder la mienne. Si m impose*,
vous approuvez celte interpretation, voyez si nous
ne pourrions point dire aussi, que la foi est un
mur oil gentes. Moysi sane oblatum est a Deo , si
praevaricatorem populum vellet dimittere, et divinae ex-
ponere ultioni, ipsum quidem fieri posse in gentera
magnam : sod ille remiit. Quare ? Ob nimiam pro-
fecto dilectionem, qua illi fortiter devioctus po-
pulo tenebatur ; et quoniam non requirebat qua;
sua sunt, sett Dei honorem ; et non quod sibi uti-
le forcl, sed quod multis. Et ille quidem sic.
o. Ego autem concilio secretion putu boc. munus divi-
nitnspro sui magniludine servatum Sponsae, at ipsa po-
tius, ct mm Moyses, mitteretur in gentem magnam. S,'on
enim opurtebat amicum Sponsi praeripere Sponsae bene-
ilictionem ; ct propterea non quidem Moyses, sed nova
Sponsa, cui dicitur, He in mundum universum, predi-
cate Evangelium om/ii creatures; ipsa, inquam, prorsus
missa esl in gentem magnam. Num in majorem potuit,
qiiam in universitatem ? Et facile universitas cessit por-
tanli pacera, gratiam offerenti. Sed non sicut gratia, ila
el lex. Quam dissimili vnltu ad omnem conscientiam
se ofTennil suavitas hujus. et illius ausleritas ? Qui sane
ex fequo respiciat condemnantem et consolantem, re-
posceniem el ignoscentem, plectentem et amplectentem ?
Non pari profecto acceplabitur voto umbra et lux, ira et
pax, judicium et mi6ericordia, figura et Veritas, virga
et haereditas, frenum et osculum. Graves denique Moy-
si manus, testibus Aaron et Hur grave legis jugum
testibua ipsis apostolis, qui hoc et sibi et patribus
imporlabile clamitant ; grave jugum , et vile pre-
mium : nam terra est in promissione. Pro hujus-
modi non est Moyses missus in gentem magnam.
Verum tu , mater Ecclesia , promissionem habens
vitas quae nunc est et future, facile in duplici gratia ob-
tines ab universis te recipi, et propter jugum suave, et
propter regnum sublime. Pulsa de civitate, ab universi-
tate exciperis, dum sicprovocat quod promittis, ut quod
imponis non terreat. Quid adhuc unius vineae plangis
damnum, quod tanto tibi ftenore compensatum est ?
Pro eo quod fuisti derelicta, et odio habita, et non fuit
qui per te transiret : Ponam te, inquit, in superbiam
sasculorum, gaudium in genera/tone et genernlionem ,
et jnges lac gentium, et mamilla rcgum lactaberis : et
sties quia ego Dominus salvam le, et redemptor tints
fortis Jacob. Tali ilaque modo dicit se Sponsa posi-
lam custodem in vineis, et. quia vineam suam non cus-
todivit.
6. Ego loci hujus occasione meipsum reprehendere
soleo, quod animarum susceperim curam, qui meam
non sufiicerem custodire, vineas animas interpretans.
296
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
«p, les vertus, des pampres, les muvres, des grappas, Voila en quel etat je me trouvais, el cependant on
et la devotion du vin. Les pampres ne sunt ri.-n
-ans le cep, ni la vertu, sans la Doi. Car sans Iafoi,
il est impi i Dieu //< i. \i. 6 ;
peut-etre meme ne peut-on que lui deplaire, puis-
que tout ce qui ne tinl de la foi est
peche (.Rom. nv, I ax qui m'ont mis pour
r leur vijjnes auraient done du considerer
Sentiment
que i t
Bernard
avail de lui-
mime.
n'.i pas laisse de m'etablir pour garder les vigues,
sans considerer ni ce que je Faisais ni ce que j ' iv.i t>
fait de la mienne, et sans ecouter les avertissements
du Ualtre, qui a 'lit : « Comment celui qui ne sail
pas gouverner sa maison, pourra-t-il avoir soin de
1'Eglise de Dieu (i Tun. m, j ? »
7. J 'admire l'audace de plusieurs que nous
auparavant si j le la mienne. Mais que de voyons ne recueillir de leurs propres vignes quo
temps inculte, deserte et aban- des epines et des ronces, et qui neanmoins, n'ap-
donnee ! Elle ne produisait presque plus de vin, preh ndeni point de s'ingerer dans la vigne du
les pampres des vertus etaient dessechfis parce que Seigneur. Ce sont des voleurs et des larxons, non
la foi etait sterile. II y avait une foi, mais e'etait des gardienset des vignerons fideles. Mais sans
une foi morte. Comment ne I'aurait-i ■ en m'occuper de ceux-la, malheur a moi pour le dan-
effet,puisqu'elle n'etait point vivifiee par les bonnes per que ma vigne court a cette heure, plus meme
oeuvres. Voila en quel itat j'etaisdans le siecle. 11 a cette heure qu'auparavant, puisqu'etant applique
est vrai que depuis que je me suis converti an k. en cultiver plusieurs, il est impossible que je ne
Seigneur, j'ai commence a en prendre un pen plus sois pas moins soigneu\ et nioins vigilant pour la
de soin, mais non pas pourtaul comuie je devais. mienne. Je n'ai pas le temps de l'en tourer dehaies,
Et qui est capable de s'en acquitter comme il faut? ni d'y batir un pressoir. Helas ! son mur est en
Le saint Prophetelui-meme ne 1'etait pas, puisqu'il mine et tous ceux qui passent par le chemin y
Jisait : « Si le Seigneur ne garde, une ville, e'est en cueillent des raisins [Psal. lxxix, 13) ! Elle est ou-
vain que veille celui qui la garde [Psal. cxxxi, 2). » verte et exposee de toutes parts a la trislesse, a la
Je me rappelle encore combien j'etais expose aux colere, et a l'impatieuce. Des necessities, pressantes Saint Ber-
embuckes de celui qui se Kent a L'ecart pour Ian- comme de pelits renards, la detruisent et la sacca- "Y4^^ *l
cer ses Heches contre l'innocent. One de fois, 6 ma gent. Les accablements d'esprit, les soupcons, les
vigne, vous a-t-on pillee par mille ruses et mille inquietudes y entrent en foule de tous coles. A
slratagemes, lors meme que je veillais avec plus de peine est-elle une heure sans etre tourmentee du
soin pour vous garder? Combien de grapes de bon- grand nombre de ceux qui ont des differends, et
lies ceuvresla colere a-t-elle fait couler ? Combien sans etre importunee par le bruit des affaires. Je ne
l'orgueil en a-t-il emporte? Combien la vaine saurais les ecarter de moi ni m'en defend re ; et ils
gloire en a-t-elle gate? Quels ravages n'ont pas ne me laissent pas meme du temps pour prier.
• ause en moi les charmes de la gourmaudise, la Quels torrents de larmes ne ;ne faudrait-il point
liedeur de l'ame, la faiblesse el la timidite de l'es- verser, pour arroser la sterilite de moil ame, je de-
prit, au niiheu des orages qui s'elevaient en moi? vrais dire de ma vigne, mais j'ai suivi les paroles
secherefses
de sou Ame.
Ouod si probas et tu hanc nostram interpretationem,
vide etiam conseqnenter, an reote quoque dicamusfi-
dem, vilera ; virtutes, palmites : botrum, opus ; devo-
tionei: - Siquidem nee palmes absque vitc, nee
virtus sine tide abquid est : Sine fide enim impo
etiplacere Deo, fortasse et displicere necesse erit. I>e-
i.ique omne quod non est ex fide, p ccatum est. Hoc
ergo considerarc opoituil illos qui me posueruat custo-
dem in vineis, si videlicet propriam custudissem. At
quanto tempore inculta jac ;il et aeserta, redacta in so-
litudinem ! Prorsua defecerat vinum ex ea, arefactis,
|ji'ce sterilitate tide, viilutuni palmilibus. Brat fides, sed
inurtua. Qnomodo enim non mortua sine operibus? Et
idem in seculari vita. Caeterum conversus ad Do-
minum, niclinsciilc ccepi, faleor, etistodire : non la-
men prout oportuit. Et quis nempe ad hoc idonens?
Xec sanclus Propheta, qui ail : v- \dierit
ewitatem, j ,,'/ earn. Quantis
etiam tunc memini me patere insidiis illius, qui sagittal
in occultis immaoulatum ' Q lantum n , mea
furtivi i ntia eo ipso tempore,
quo vigilanliua intend imus euraj el cui
nostri ? Quot et (pjales pioruin botros opcruin aut pra:-
focavit ira aut tulit jactantia, aut fcedavit inanis gloria '.'
Qanta ab illecebra guise, quanta ab acedia? spirilu, quan-
ta a pusillanimitate spiiitus el tempestate sustinuiuius ?
Sir cram : et niliilominus tamen posuerunt me
custodem in vineis , non oonsiderantes quid de mea
ego facerem vet fecissem , nee audientes argucn-
tem magistrum ac dicentom : Siquisdomui suat prat-
nescit, quomodo Ecclesice Dai diUgentiam habebit?
7. Miror audaciam plurimorum, quus videmus de
suis vineis non colligere, nisi spinas et tribulos ; vineis
tamen dominicis etiam se ingerere nun vereri. Furcs
sunt et lalrones, non custodes, neque cultures. Hoc
illis. Va autem mibi etiam nunc a periculo vins meae !
imo magis nunc qnando pluribes intentus, minus circa
unam diligens, minusque sollicitus fieri cogor. Nee sje-
pem circuuid.ire, nee lurcular foderc in ea licet, lieu !
destructa esl maceria ejus, el vindemiant earn onirics
qui pi-ieleryrediunlur viani ' Pati ! exposita tristilis, ira-
cundiae atque Impatientias pervia. Demoliuntur cam se-
quaedam vulpecute instantium necessitaium ; ir-
ruiiipiiul undique anzietatea, suspiciones, sollitudines ;
turbas discordanlium, causarum molestia; rara hoia de-
sunt. Nun est probibendi facullas, non copia declinandi
TRENTIEME SERMON SUR LE CANT1QUE DES CANTIQUES.
297
du psaume par habitude, mais le sens eii est le
mecie. Et je ne suis point fuehe d'une erreur qui
m'avcrtit de la ressemblance de ces deax choses,
parce qu'il ne s'agit point ici de la vigne, mais de
lame. Qu'oa pense done a lame, lorsqu'on parle
de la vigne. Car sous la figure et sous le nom de
l'une, on deplore la ster'tlite de l'autre. De quelles
larmes done pourrais-je arroser ma vigne, qui est
si sterile ? Tous ses pampres sont desseches faute
d'eau. Us sont couches par lerre sans porter de
fruit, parce qu'ils n'ont point d'humidite. Doux
Jesus, vous savez combien de bottes de sarment, le
feu de la contrition qui brule dans mon cceur,
consume tous les jours, dans le sacrifice que je
vous oftre. Recevez, je vous en conjure, le sacrifice
d'un esprit perce de la douleur et du regret de ses
fautes, et ne meprisez pas un cceur contrit et hu-
milie (Psal. I\, 19).
8. C'est done ainsi que j'applique a mes imper-
fectious les paroles de l'Epouse. Mais celui-la
est parfait, qui peut dire : « Je n'ai pas garde
ma vigne, » dans le sens oil le Sauveur dit dans
l'Evangile : « Celui qui perdra son ame pour l'a-
Qni est fligne mour de moi, la tiouvera {Mutth. x, 30). » Certes
celui-la merite bien d'etre etabli pour garder les
vignes, qui n'est ni empeche, ni detourne par le
le soin qu'il prend de la sienne, de veiller a celle
des aulres, avec diligence et exactitude, et qui ne
cherche pas ses propres interets ni ce qui lui est
avantageux, mais ce qui est utile aux autres. Sans
doute, si saint Pierre a recu le soin de veiller sur
les nombreuses vignes de la cireoncision, c'est
parce que c'etail un homme toujours pretaalleren
figne dn
Sauvenr.
prisoD, ou a la mort (Luc. xxri, 33), » tant l'amour
de sa propre vigne, e'est-a-dire de son Ame, l'eni-
pechait peu de veiller sur celles qui lui etaient
confiees. C'est aussi pour cette raison que, parmi
les nations, une si grande quantite de vignes fu-
rent confiees a saint Paul, car loin d'etre crop atta-
che a la sienne, il etait pret non-seulement a se
laisser charger de chaines, mais encore a mourir a
Jerusalem pour le nom de Notre-Seigneur Jesus-
Christ (Act. xxvm, 13. « Je ne crains aucune de
ces choses, dit-il, et je n'estime pas que mon acne
me doive etre plus precieuse que moi-meme [Act.
xxi. III). » C'etait bien juger les choses, que de
croire qu'il ne devait rien preferer a soi-meme, de
tout ce qui lui appartenait.
9. Combien y en a-t-il qui out prefere a leur
propre salut, un peu d'argent qui est une chose
si vile ? Mais saint Paul ne lui prefere pas meme
son ame. « Je ne l'estime pas, dit-il, plus pre-
cieuse que moi. » Vous faites done une difference
6 bienheureux Apotre, entre vous et votre ame ?
C'est avec sagesse que vous vous eslimez plus que
tout cequi est a vous. Mais comment etes vous au- En <)ocl »«>•
. ■ t r • * n i ■ salnt Paul
ire que votre ame? Je crois que saint Paul qui
marchait deja selon l'esprit, et dont l'esprit obeis-
sait a laloi de Dieu, parce quelle est bonne, esti-
mail qu'il valait mieux douner le uom de tout son
etre a cet esprit, comme etant la principale et plus
noble partie de lui-meme, que de le designer par
le no:u de quelque autre partie de lui-meme que
ce flit. Quand a ce qui est d'une nature iuferieure,
et par consequent attache a une substance moin-
dre et plus vile, au corps, auquel il donne non-
disUngue
entre son
ame et lui.
sed nee orandi spatium. Quo imbre lacrymarum per-
fundere sufficiam sterilitatem anima? meae ? Vineae mes
volui dicere, sed de psalmo sic incidit propter usum, et
sensus idem est ; nee piget eiroris qui admonet simili-
tudinis, quia non de vinea sermo est, sed de anima.
Ero'0 anima cogitelur, cum vinea legitur : siquidem sub
bujus specie et nomine illius sterilitas deploratur. Qui-
bus ei'go lacrymis rigabo slerililatem vinea? meae '?
Onines palmites ejus aruerunt pra inopii ; jacent
sine fructu , eo quod non habeant humorem. Jesu
bone ! quos fascicules sarmenlorum ex eis in tuo
quotidie sacrificio ustio conhiti cordis mei te teste
absumit "? Sit, obsecro , saerificium tibi spiritus con-
tribulalus : cor contrilum et humiliatum Deus ne des-
picias.
8. Et ego quidem sic pro imperfecta meo traho ad
me capitulum praesens. Perfeclus aulem omnis erit qui
alias dicere poterit : Vineam meam non custodivi, illo
videlicet sensu, quo Salvator loquitur • in Evangelio :
Qui perdidcrit animam mam propter me, inveniet earn.
Idoneus plane et dignus qui ponatur custos in vineis,
quern propria curavina vinea; acommissarum diligentia
et sollicitudine non impedit aut retardat, dum non quae-
rit quae sua sunt, neque quod sibi utile est, sed quod
muttis. Propterea sane Petro cura ista credita est in
tarn multis vineis, qua? erant de ciretimcisione, quia
homo paratus erat et in careerem, et in mortem ire.
Usque adeo suae vineae , id est suae anim*, non
detinebatur amore, quominus curae intenderet credita-
rum. Merito et Paulo inter gentes tam ingens silva cre-
dita est vinearum, quod et ipse in suae custodia vineae
minime curiosus inventus sit , ita ut non solum alli-
gari , sed et mori in Jerusalem paratus fuerit propter
nomen Domini Jesu-Christi. Denique , Nihil horum ve-
reor , inquit , nee facio animam meam pretiosiorem quam
me. Optimus aestimator rerum, qui nihil suorum sibi prae-
ferendum existimet.
9. Quam multi saluti propria? modicam vilissimamque
pecuniam prastulerunt ? Paulus nee animam. Son,
inquit, facio earn pretiosiorem quam me. Ergo difleren-
tiam facis inter te, et animam tuani? Prudenter
quidem tu tibi pluris es, quam quidvis t u u in. Sed
quomodo non tua anima tu ? Arbitror quod quia Paulus
jam tunc in spiritu amlmlaret, et menle consentiret
legi Dei quoniani bona est ; idcirco hanc ipsam mentem
suam, tanquam principale ac supremum quiddam sui.
diguum duxerit suimet polius, quam sua? cujuspia .11 rei
nomine designare : reliquum vero, quod constat nal.rae
esse inferioris, et inferior! proinde viliorique esse..;iae
(quod est corpus) inhaerere, non modo officio rivificai. 1
m
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
settlement la vie et la sensibilile, mais encore le
desir de se conservor et da se nourrir, ret hommc
spiritual, jugeant Lndigne de dormer le nom du
tout a cette justice sensuellfi et charnelle, croyait
jilus a propos de la met t re an rang deschoses qui
etaient a lui, que de designer pai die tout ce qui
etait en lui. Par ces mots : que « mui, » dit-il, en-
tetidez ce qu'il y a de plus excellent en moi, ce en
quoi je me conserve par la grace de Uieu, e'est-a,-
dire mon esprit et ma raison, et par cette expres-
sion, « mon ame, » entendez la partie inferieure
qui anime ma chair, et qui participe a sa concu-
piscence. Je reconnais que cell autrefois etait moi,
mais ce ne Test plus maintenant, car je ne
marc he plus selon la chair, mais selon l'esprit. «Je
vis on plutot ee nVst plus moi qui vis, e'est Jesus-
Christ qui vit en moi [Gal. n, 28). » C'est moi se-
lon l'esprit, et ce n'est |)lus moi selon la chair, car
si mon ame a des desirs charnels, o ce n'est pas moi
qui les forme, mais le peche qui habite en moi
Worn, vn, 17). » Et ainsi, ce qu'il y a de charnel
en moi, je ne dis pas que c'est moi, mais je dis que
c'est ii moi, et cela n'est pas autre chose que mon
ame. Car les affections charnelles font partie de
1'ame, aussi bien que la vie qu'elle communique
au corps. Voila done 1'ame que saint Paid n'esti-
mait pas plus que soi, etant pret non -seulement
a se laisser charger de chaines pour l'amour de
Notre-Seigneur, mais encore a mourir pour lui a
Jerusalem, et ainsi a perdre son ame selon le con-
seil du Sauveur. (Matth. x, 39).
10. Quant a vous si vous vous depouillez de votre
propre votonte, si vous renoncez parfaitement aux
I'eiempic do volontes charnelles, si vous crucifiez votre chair
Saint Paul.
Comment on
doit perdre
aon ame a
avec sea vices el ses concupiscences, si vous mortt-
Qez vns membres, tandis que vous eles surlaterre,
vous vous montrerez imitateurde saint Paul, puis-
que vous ne ferez pas pins d'etat de votre ame, que
de ^ms-nieiue ; vous temuignerez encore que wins
eles disciple de Jesus-Christ, puisquevous la perdez
pour voire salut. D'ailleurs vous lerez plus prudem-
ment de la perdre pour la conserver que de la
conserve! pour la perdre ; puisque le Sauveur nous
assure que, « celui qui veut sauver son ame la
perdra {Matth. xvi, 25). » Que dites-voua Lei, vous Saint Rer-
■ i ,•<• j i- . "a,,!
qui observez les quahtes des mets, el neglige/, les les p
mceurs ? Hippocrate et ses sectateurs enseignent
a sauver 1'ame en ce monde, Jesus-Chris! et raantc.
disciples a la perdre. Lequel des deux voulez-vous Voir le« nolM
1 r ^ de la lellre
plulot suivre pour maitre ? Celui-la repoud assez cccm.
clairement, qui dit a propos de lout ce qui se
mange : cela ri nit aux yeux, ceci a la tete, et cetle
chose a lapoitrine ou a l'eslomac. Chacunparle
sans doute, selon ce qu'il a appris de son maitre.
Avez-vous lu ces differences dans l'Evaugile, d
les prophetes, on dans les eerits des ap6tres ? I
indubitablement la chair et le sang, non l'esprit
du Pere qui vous a revele cette sagesse. Car c'est
la la sagesse de la chair. Mais ecoutez le jugement
qu'en fonl nos medecins a nous : «La sagesse de
iachair, disent-ils, est une mort (Horn, vmj 5). »
Et ailleurs : « I. a sagesse de la chair est ennemie
de Dieu! » Car faut-il que je vous propose le sen-
timent d'llippocrate et de Gallien ou ceux de l'e-
cole de l'Epicure ?Je suis disciple de Jesus-Christ,
el je parle a des disciples de Jesus-Christ. Je serais
coupahle, si je vous enseignais d'autres maximes
que les sienues. Epicure travaille pour la volupte,
ac sensificandi, sed et fovendi nutriendique desiderio :
hoc, inqnam, sensuale atque carnale appellalione sai
homo spirituahs indignum judicans, inter sua ma^is
censuit deputandum, quam se personaliter exprimendum
per illud. Cum me dico, inquit, e.xcellentius quod in me
est, in quo et slo per gratiam Dei, id est meatem
rationemque, intellige. Cum luquor animam mcam, hoc
inl'erius accipe, quod carni animandaj vides aecommo-
datum, etiam etjunctum in concupiscentia. Id me fuisse
quidem, sed jam non esse agnosco : quia non secundum
carman adhuc ambulo, sed secundum apiritum. Vivo
ego jam non ego,vivil vero in me Christus. Secundum
mentem ego, secundum carncm non ego. Quid enim
si carnaliter etiam nunc, anima concupiscit ? Jam non
ego operor illud, sed quod habitat in me peccatum.
Et ideo non me quidem, sed (amen meum riixcrim
quod in me carnaliler sapit, idque non aliud quam
ipsam animam. Revera enim anima portio esl carnalis
aflcctio ejus, et vita, quam administrat corpori. Ilauc
ergo animam suam Paulus spernehat pr.e se, pa-
ralus pro Domino non solum alligan, sed et raori in
Jerusalem, et sic perdere animam suam juxta concilium
Domini.
10. Tu quoque si propriam de9eraa voluntatem, si
corporis voluptatibus perfecte renunties, si carneni tuam
cruciflgas cum vitiis et concupiscenliis, sed et mortifices
membra tua, qua1 sunt super terram : prohabis te Pauli
imitatorem, qui non facias animam tuam pretiosiorem
teipso : prohabis et Chriti discipulum, etiam illam pcr-
dendo salubriter. Et quidem prudentins earn perdis ut
custodifls, quam oostodis ut pandas. Nam qui voluerit
animam tuam saham faeere, perdel earn. Quid hie vob
dicitis observatores raborum, moram ocglectoree ? Hip-
pocrates el sequaces ejus docenl animas salvas lacere in
hoc mundo : Cbrlstus et ejus DiscipuJi perdere. Quem-
nam vos c duobus sequi magislium eligilis ? At inani-
feclmn se tacit qui sic disputat : Hoc oculis hoc capili,
et illud pectori vel stomacho nocet. Profeclo unusquis-
que quod a suu magistro didicil, hoc in medium pro-
ferl. Num in Evangelio legisti has dillerenlias, aut in
prophelis, aut in lit leris apostolorum ? Caro el sanguis
pro certo relevavil tibi banc sapientiam, non spiriius
Patria esl enim carnis haec sapientia. Sed audi quid
ilc ipsa noslri medici senlianl. Sapientia, inquinnt, car-
tors est. llem, Sapientia mica est I):o.
Nam i sen Galeni sententiam, aut certe de
schola Epicuri debui proponere vohis ? Christ! sum dis-
cipulus : Christi discipulis loquor ; ego si peregrinum
martyr.
TRENTIEME SERMON SUR LE
Hippocrate pour la sanhS, et Jesus-Christ, nion
ruaitre, m'ordonne de mepriser l'un et l'autre.
Hippocrate eniploie tout son soin pour conserver la
vie de l'ame dans le corps ; Epicure recherche et
apprend a rechercher tout ce qui peut entretenir
les plaisirs et les delices, et le Sauveur nous avertit
de la perdre.
La mortiiics- n j£n eQet, avez-vous entendu autre chose a
tion de la ? , . . ..
chair est un l'ecole de Jesus-Chnst, et quy cnait-on, u
n'y a qu'un moment, sinon : « Celui qui aime son
ame la perdra [Matth. xvi, 25) ? » II la perdra. dit-il,
soit en l'abandonnant comme martyr, ou en l'affli-
geant comme penitent ; quoique d'ailleurs ce soit
une espece de martyre de mortifier la chair par
1 'esprit, avec ce fer spirituel, qui ue fait pas tant
d'horreur que celui qui coupe les membres du
corps, mais qui n'est pas moins penihle, parce
qu'il coupe plus longtemps. Voyez-vous comme
cette parole de mon maitre condamne la sagesse de
la chair qui fait, ou qu'on se laisse aller a la vo-
luple, ou qu'on recherche la sante du corps plus
qu'il n'est necessaire. Pour nous montrer que la
vraie sagesse ne se repand point en voluptes, un
sage [Job xxvm, 15) nous apprend qu'elle ne se
trouve pas meme dans la terre de ceux qui meneut
une vie de douceur. Mais celui qui la trouve s'ecrie :
J'ai aime la sagesse plus que la sante et la beaute
[Sap. vii, 10). » Mais s'il l'aime plus que la sante et
la beaute, combien a plus forte raison l'aiine-t-il
plus que la volupte et les plaisirs deshoiinetes?
Mais que sert-il de se sevrer des delices et des vo-
luptes, si on passe tout son temps a remarquer la
diversite des complexions, et examiner la difference
des mets? Les legumes, dit-on, causent des vents, le
dogma induxero, ipse peccavi. Epicurus atque Hyppo-
crates corporis alter voluptatem, alter bonam babiiudi-
nem prasfert : meus Magister utrinsque rei conlemptum
praedicat. Animas in corpore vitam quam summo studio
isle unde sustentet, ille unde et delectet, inquirit atque
inquirere docet, Salvator monet et perdere.
11. Quid enim tibi aliud de Ctaristi auditorio sonuit,
cum paulo ante clamatum est : Qui amat animam suam,
perdet earn? Perdet earn dixit, sive poncndo ut martyr,
sive afQigendo ut pcenitens. Quamquam genus martyrii
est, spiritu facta carnis mortificare; illo niniirum, quo
membra casduntur ferro, horrore quidem mitius, sed
diuturnitate molestius. Videsne ac sentenlia Magistri
mei carnis sapientiam condemnari, per quam utique aut
in luxum voluptatis diflluitur, aut ipsa quoque bona
valetudo corporis ultra quam oporteat appetitur? Deni-
que quod vera sapientia in voluptatcs non eflluat,audisti
profecto a sapiente, ne inveniri quidem banc in terra
suaoiler vivenlium. Qui autem invenit, dicit : Super
salutem et omnetn pukhritudinem dilexi sapientiam. Si
super salutem et pulchritudinem, quanto magis super
voluptatem et turpitudinem? Quid vero prudest tempe-
rare a voluptatibus; et investigandis diversilalibus eom-
plexionem, ciborumque varietatibus inquirendis, quoti-
dianam expendere curam ? Leguruina, inquit, ventosa
CANTIQUE DES CANTIQUES. 399
fromage charge l'estomac, le lait fait mal a la tete,
la poitrine ne peut souffrir l'eau pure ; les choux
engendrent la melancolie ou echauffent la bile; les
poissons d'etang ou d'eau stagnante ne s'accommo-
dent pas a mon temperament. Q'.i'est-ce done, ne
se trouve-t-il rien dans les fleuves, les champs, les
jardins et les celliers que vous puissiez manger?
12. Considerez, je vous prie, que vous etes reli-
gieux, non medecin, et que vous ne serez point juge
sur vot re complexion, mais sur votre profession. Epar-
gnez d'abord, je vous eu prie, votre propre repos;
puis la peine de ceux qui vous servent ; n'augmeutez
point les charges de la maison; menagez enfin la
conscience, je ne dis pas la votre, mais la conscience
de celui qui est assis a table avec vous, et qui,
mangeant ce qu'on lui serf, murmure de la singu-
larite de votre abstinence. Car, soit votre insuppor-
table superstition, soit la pensee que celui qui a
soin de vous appreter a manger manque de cha-
rite, le scandalise. Votre frere, je le repete, se scan-
dalise de votre singularity, il juge que vous etes
superstitieux, et que vous avez voulu avoir des
choses superllues, ou il m'accuse de manquer de
charite et de ne point chercber ce qui est necessaire
k votre nourriture. C'est en vain que quelques-uns
s'autorisent de l'exemple de saint Paul, qui ordonne
a son disciple de ne point boire d'eau pure, mais
« d'user d'un peu de vin, ci cause de son estomac
et de ses frequentes maladies (Tim. v, 23). » Car
ils doivent prendre garde premierement que ce
n'est pas a lui-meme que l'Apotre ordonne cela, et
que le disciple ne le demande pas non plus pour
soi. En second lieu, ce n'est pas a un religieux qu'il
donne cet ordre, mais a un eveque, dont la vie
fUflexioa dee
bomme.- sen-
suels sur la
n jurriture.
line conTieot
pas a un
n;liqieux
d'observer
ainsi lc« pro-
prietes des
differ entei
sortes de
meU.
sunt, caseus stomachum gravat, lac capiti nocet, potum
aquas non sustinet pectus , caules nutriunt melan-
cboliam, choleram porri accendunt, pisces de sta-
gno, aut de lutosa aqua, meas penitus complexioni
non congruunt. Quale est hoc, ut in totis fluviis,
agris , bortis , cellariisve reperiri vix possit quod
comedas?
12. Puta te, quseso, monachum esse, non medicum;
nee de complexione judicandum, sed de professione.
Parce, obsecro , primum quidem quieti tuas, parce
deinde labori minislranlium, parce gravamini domu9,
parce conscientias. Conscientias dico, non tuas, sed alte-
rius ; illius videlicet, qui prope sedens, et edens quod
sibi apponilur, de tuo singulari jejunio murmurat scan-
dalo quippe est ei aut tua odiosa superstitio, aut duritia,
quam forte putat illius, qui tibi habet providere. Scan-
dalizatur, inquam, in tua singularilate frater judicans le
superstitiosum , tanquam superflua quaeritanlem ; aut
certe me durum causans, qui non perquiram viclui tuo
necessaria. Frustra sibi quidam blandiunlur de exemplo
Pauli, hottantis discipulum non bibere aquam, sed
modico uti vino propter stomachum et frequentes suas
infhrmitates. Qui aitendere debent primum quidem
Apostolum minime sibi ipsi rem istiusmodi suadere, sed
nee discipulum seque exposcere sibi. Deinde non tnon»-
300
CEt'VRES DE SAINT BERNARD.
II e«t iodicne
duo moine
dc prendre
lint de soin
de la facte.
Wait Ms-necessaire a I'Eglise naissante. Cet eve- que nous aurons de lui dansle ciel demeurera tou-
que, c etait Timothee. Donnez-moi un Timothee', jours, parce que la forme qu'on verra alors subsis-
je le nournrai .1 or el I'abreuverai d'arobre si vous tera toujonn. Cat il est 1, Souverain Eire et il ae
voulex. Hois c'est rous qui vous ordonnez cela par recoit aucun changement de ce qui esl dece crui a
une rausse compassion pour vous. Cette disp. t de ce qui sera. Otez le passe etl'avenir ou
que vous vous accordezm'estsuspecte,jeravoue,et trouverez-vous plan- pour le cliai nient et la
j apprehende fori que la prudence de la chair nese moindre trace de vicissitude ? Tout ce qui Iaisse c'e
joue de vous sous le voile et le nom de discretion, qu'il aete pour tendre a ce qu'il doit etre pas
Aumoinsrappelez-vous, si vous vous appuyez surla l'etre, mais il n'est point. Car. commenl
parole de 1 Apotre pour boire du vin, qu'il ajoute ce qui ne demeure jamais en un meme etat? Vinsi
den boire pen. En voila assez sur ce sujet. Retour
nons a I'Epouse, et apprenons d'elle a ne pas car-
der nos propres vignes, et cela pour son propre
bien »j surtout nous autres qui semblons etre en-
voyes pmr garder les vignes de l'Epoux de I'Eglise,
- • . ~ ° 1 o"""i «••>»»<»>•»■""••»" ca> i'<jui luiur i eiernne. ctces
Jesus-Cnnst Notre-Seigneur, qui etaut Dieu et par la qu'il s'approprie le verital Jtre c'est-a
t'lt'V*' nil ffoesile *l.i IaiyIab Ia(< A«An4..— a- „i Li_: s. • .i:_- i->. .. •. . . _
feleve au dessus de toules les creatures et beni a ja
mais. Ainsi soit-il.
SERMON XXXI
Excellence de la vision de Dieu. Comment a pri-
sent le gotit de la presence de Lieu varie dans
les saints selon les di/firents desirs de lew dine.
« 1. Apprenez-moi ou est celui qu'aime mon ame,
ou vous paissez votre troupeau, ou vous vous repo-
scz durant le midi [Cant, i, 6). » Le Verbe, qui est
l'Epoux, apparait souvent aux araes zelees, et ne
leur apparait pas sous une seule forme. Pourquoi
dire l'etre incree, illimitfe et invariable. Lors done
que celui qui est ainsi ou plutot qui nest pas ainsi
et ainsi, est vu tel qu'il est. cette vision^ comme j'ai
dit. demeure toujours, parce qu'elle n'esl melee ni
alteree d'aucun changement. Et c'est alors qu'un
seul el meme denier, celui de I'Evangile, est donne
a tons ceux qui le verront ainsi, parce qu'il m
presentera a tons que sous une meme forme. Car,
comme ee qui leur apparaitra est invariabl
ils le regarderont invariablement, et ceu* qui le
verront ne voudront ni ne pourront rien voir de
plus agreable et de plus charmant. Quand done
1'avidite avec laquelle nous le verrons pourra-t-eUe
ceiaT Lest sans doute parce qu'on ne peut le voir etre rassasiee, quand la douceur d'un objet si ai
encore tel qu'il est (I Joan. hi. 2). Aussi, la vision
• Ilorslius ajoute en cet endroit ces mots : . Ttllos que nous
Its avons dicrites eu parlie, . qui font defaut dans les premieres
editions et dans tous nos manuscriU.
Telle est la lecou des rieni m.inuscrits et des premieres edi-
tions. Ilorslius et plnsieurs avec lui out lu comme s'U y avail :
• El cela pour notre propre bien.»
mable cessera-t-elle de nous charmer, quand la
verite frustrera-t-elle nos esperances, quand, en-
fin, 1'eternite finira-t-elle? Mais, si le pouvoir et la
volonte ie le voir s'etendent jusques dans 1'eter-
nite, notre felicite ne sera-t-elle pas consommee ?
Que manquera-t-il, en effet, a ceux qui le verront
cho hoc intimari, sed episcopo, cujus vita teners adhttc
ct nascenti Ecclcsia? per necessaria esset. Timotheus hie
eiat. Da mihi alteram Timotheum; et ego cibo eum, si
vis, etiam auro, et polo balsamo. Caaterum tu tibimet i'psi
dispensas, misertus tui. Suspecta esl mihi, lateor, tua
ipsiusin te dispeasatio ; et vereor tibi illudi sub (egmine
et nomine discretionis a caruis prudentia. Id te saltern
volo admonitum esse, ut si tibi ita anctoritas Apostoli
placet de bibcndu vino, modico (quod ille adjunxit) non
prajlermitlas. Et de hoc salis. Sed revertamur ad Spon-
saoi, et discamtis ab ea vineas proprias se ntililer non
cusiodire, pra:serlim nos qui videmur deputati cus-
todes in vineis sponsi Ecclesia; Jesu-Christi Domini
noslri, qui esl super omnia Deus benedictus in saxula.
Amen.
SERMO XXXI.
De excetlentia divines visionis; et rjuomor/o in pra
Sanctis viris gustus divinai prasentia variatur
varus nnima desideriis.
1. lndicn mihi quern diligii annua mea, ubi pascas
<tbi cubes in meridie. Studiosis mentibus Verbum Spon-
sus frequenter apparet, et non sub una specie. Quid ita
cto quoniam nondum videtur ticuii est. Ncmpe ilia
visio stat, quia forma slal qua: tunc videtur; est 01
1 Il;l" capil ex eo quod est, fuit, vel erit, muta-
tionem. Tolle nempe fuit el erit, unde jam transmutaUo
aut vicissitudinis obumbratio ? At quidquid \
eo quod fial nun cessat tendere in id quod erit, h
turn sane habel per est, sed omnino nun est. Nam quo-
modo est, quod nunquam in eodem statu permanet?
Solum proin.l. "ere est, quod neo a fuit praeciditur,
nee :\b erit expungitur i sed solum atque inexpugnabile
remanel ei est, el manel quod est. Nee fuit sane tullit
illi esse ab aitemo; neo erit esse in aeternum : ae per
hue sibi vindicat verum esse, id est increahile, inlenni-
nabile, invariabile. Cum igitur ipse qui sic est, imo jui
non sic aut sic esl, videtur siculi esl ; stat, ut dixi, ilia
quia nulla earn interpolat vici El tunc ille
de Evangelio unus omnibus, qui sic vident, den
una specie- qua; offertur. Nai appa-
ret, ul invariabile in se est, ita invariabiliter inluen
i est : cl quibus apparel, nil videre desiderabiUua
volunt , nit possunt delectabiiius. Quando ergo ilia
M
Dien est
tonic
»icissitude
celui-la seul est vrairnent qui ne sort point de ce
qu'il a fete pour entrer dans ce qu'il n'est pas, mais
dont l'etre dure et demeure. Par cela qu'il n'a
pohri etfe, il est detoute eternite, et par cela qu'il
ne sera point, il est pour toute 1'eternite. El c'est
II implique
toute
beatitude.
La rision de
Dieu est
impossible en
cette fie.
La purely est
-aire
pour voir
Dieu.
TRENTE ET UNIEME SERMON SUR
loujimrs, ou que restera-t-il a desirer a ceux qui le
voudrout toujours voir?
2. Mais cette vision bienheureuse n*est pas pour
la vie presente, elle est reservee pour l'autre, a
ceux-la qui peuvent dire : « Nous savons que lors-
qu'il apparaitra dans sa gloire, nous serons setn-
blubles a lui, parce que nous le verrons tel qu'il
est (1 Joan, m, -2 . » Maintenaut, il apparait a qui il
veut, mais c'esl en la maniere qu'il veut, Don pas
tel qu'il est. II n'est sage, ni saint, ni propbete,
qui puisse ou qui ait pu a le voir en ce corn- mor-
tal, tel qu'il est ; mais celui qui en sera digue, le
pourra voir, quand son corps sera devenu immortel.
On le voit, non pas tel qu'il est en elTet. Car, quoi-
que vous voyiez le soleil tous les jours, vous ne
l'avez jamais vu pourtant tel qu'il est, mais »eule-
ment tel qu'il eclaire l'air, une montagne, une
pierre. Et vous ne pourriez pas meme le voir .
sorte, si la lumiere de votre corps, qui est votre
ceil, ne ressemblait eu quelque facou a cette lu-
uiiere celeste, par la serenite et la clarte qui lui est
natui'elle. Car nul autre membre du corps n'est ca-
pable de cette lumiere, a cause de sa grande dis-
proportion avec elle. Et l'ceil meme, lorsqu'il est
trouble, ne peut recevoir la lumiere, parce qu'il a
perdu sa resseniblance avec elle. Ainsi celui qui a
l'ceil trouL! ' ne voit pas le soleil qui est clair, a
cause de la disconvenance qu'il a avec lui, mats il
le voit, lorsque son ceil est clair, a cause de quelque
» On pent voir i ce snjet ce qoe saint Bernard rapporte de
saint Benoit dans le neuvieme de ses sermoni divers, de meme
que ce qu'il dit plus loin de Moise dans son trenle-troisitnieser-
moo sur les Cantique des cantiques, n. b et dans son sermon
tieate-quatrieme, n. 1.
LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 301
resseniblance entre ces deux corps. Et si l'ceil
etait aussi pur que lui, il le verrait tel qu'il est
sans s'eblouir, a cause de l'entier rapport qu'il au-
rait avec lui. De meme celui qui est eclaire par le
soleil de justice, qui eclaire tout homme venant en
ce monde, peut le voir ici-bas tel qu'il eclaire,
parce qu'il lui est semblable en quelque chose ;
mais il ne peut le voir tel qu'il est en etl'et, parce
qu'il ne lui est pas tout a fait semblable. Yoila
pourquoi le Propbete dit : « Approchez-vous delui,
et vous serez eclaires, et vos yeux ne seront point
eblouis [Psal. in, 5). » Cela est vrai, pourvu que
nous soyons eclaires autant qu'il en est besoin, aQn
que (i contemplant la gloire de Dieu a lace devoilee,
nous soyons trausformes en son image et nous pas-
sions de clarte en clarte, comme conduits par
l'esprit du Seigneur (II Cor. in, 28 . »
3. II taut douc s'approcher de lui avec respect,
non se precipiter avec effronterie, de peur que vou-
lant sonder sans retenue cette haute niajeste, on ne
demeure accable sous le poids de sa gloire (Prov.
xxv, 27 ':. Et iliiefaut pas s'approcher de lui par un plas ?ne<tl
, • • , , Pur pi"5 ""
chaugemeut de heux, mais par les diverses clartes, est pres de
et claries non corporelles, mais spirituelles, comme
etant conduits par 1 esprit du Seigneur. Je dis par
l'esprit du Seigneur, non par le uotre, quoique
cela se passe dans le notre. Ainsi celui qui est plus
lumiueux, est plus procbe de Dieu ; et celui-la est
arrive jusqu'a lui, qui a atteint le souverain degre
de clarte. Mais le voir tel qu'il est, quand nous se-
rous en sa presence, ce n'est pas autre chose qu'etre
tels qu'il est, et n'etre eblouis par aucune dissem-
blance, mais ce ne sera que dans le ciel, comme je
l'ai dit, que nous jouirous dun si grand bonheur
vel fastidiet aviditas, vel se subtrahet suavilas, vel
fraudaiji! Veritas, vel defieiet aeternitas? Quod si in
sternum extenditur videndi copia pariter ct volun-
tas; quomodo non plena felicitas? "Nil quippe aat
deest jam semper videntibus, aut superest semper
volentibus.
2. At talis visio non est vitae praisenlis, sed in novis-
simis reservatur, his duntaxat qui dicere possunt : Sci-
mus quia cu apfiarueril, simile* ei erimus, quia vide-
bimus cum sicuti est. Et nunc quidem appa;et quibus
vult : sed sicuti vult, non sicuti est. Non sapiens, non
sanclus, aon propheta videre ilium, sicuti est, potest,
aut potuit ia corpore hoc mortali; poterit autem in
immortali, qui dignus habebiiur. Itaque videtu et hie,
sed sicut videlur ipsi, et non sicuti est. Nam neque hoc
luminare mag ium (solem loquor istum, qucm quotidie
vides) vidisti tamen aliquando sicuti est, sed tantum
s'uut illuminat, verbi causa acrem, montem, panetem.
Quod nee ipsum quidem aliquatenus posses, si non ali-
qua ex park ipsum lumen corporis lui, pro sui ingenita
:iale et perspicuilate, ccelesti lumini simile
Non denique altcrum membrum corporis capax est
luaiinis, ob multam utique dissimiiitudinem. bed nee
ipse oculus, cum lurbalus fuerit, lumini propinquabit,
nimirum ob amissam similitudinem. Qui ergo turbatus
nullalenus serenum solem videt propter dissimiiitudi-
nem : serenus aliquatenus videt pmpter nounullam
similitudinem. Profecto si pari prorsus puritate vigeret,
videret omuino inollensa acie cam, sicuti est, propter
omnimodam similitudinem. lta et Solem justitise ilium,
qui illuminat omnera hominem venientem in nunc
liunc mundum, videre in hoc mundo, sicut illuminat,
illumindus potest, tanquam jam in aliquo similis : sicuti
est, omnino non potest, tanquam nondum perfecte simi-
lis. Propterea dicit : Accedite ad eum et illuminnmini,
et fa :on confundentur. Ita sane, sed si quan-
tum satis est ihuminamur, ut revelata facie speculates
gloriani Dei , in ean.dem imaginem transformemur
de c/aritate in claritalem , tanquam a Domini
Spiritu.
3. Ergo accedendum ad eum, non irruendum neirre-
verens scrutator maji statis opprimatur a gloria. Nee
locis sane accedendum, sed clarilatibus ; ipsisque non
corporeis, sed spiritualibus, tanquam a Domini Spiritu.
A Domini plane, et non a nostro, quamvis in nostro.
Qui itaque clanor, ille propinquior : esse autem claris-
simum, pervenisse est. Porro jam praesentibus nonaliud
est videre sicuti est, quam esse sicuti est, et aliqua
set
(IIVRES DE SAINT BERNARD.
La premiere
ananiire de
voir Dieu
coimeot aui
bieubcurem.
La secende
naDiere de
le Toir est
propre aux
homines qui
tivenl encure
«ur la terre,
test la
manure
t'ommune.
pieui et
jusiei.
desir.
La troisieme
coaniire est
celle des
Peres des
anciens
temps.
Cependant cette grande variety de formes, et ce Dieu, qui diflere d'autanl plus de celles-la, qu'elle taquatricme
nombre presque iiifmi dYspeoes ditferentes, qui se est plus interieure, et c'est lorsque Dieu pSt lai- "'wjjjjj, ,?"
trouvcnt dans les creatures, qu'est-ce autre iin'me daigue visiter 1'ame qui le cherche, mais qui
chose en quelque sorte que des rayons de la Divi- le cherche avec toute l'ardeur de ses desirs et de
nite, qui inoiitrent que celui de qui elles tiennent son amour. Or voiei le signede sa venue dans lime,
l'etre est vraiment, mais qui ne font pas voir abso- comme nous l'apprenons de celui qui l'avait cxpe-
lument ce qu'il est? C'est pourquoi vous voyez rimente : « Le feu marehera devant lui,et devorera
quelque chose Je lui, mais vous ne le voyez pas ses ennemis tout a 1'entour {Psal. xcvl, 3). n Car il ^J"'^'
lui-meme. Et lorsque vous voyez quelque chose de faut que toute ame en laquelle il doit venir, pre- un ardent
celui que vous ne voyez pas, vous etes assure de vienne son avenement par des desirs si ardents,
son existence, et cela doit vous porter a le cher- qu'ils consument toute l'impurete de ses vices, et
cher; celui qui la cherche en recevra des recom- preparent ainsi un lieu pour le Seigneur. L'ame
penses et des graces, mais celui qui neglige de le sait que le Seigneur est proche lorsqu'elle se sent
chercher ne saurait trouver une excuse dans son embrasee de ce feu, et qu'elle dit avec le Prophete:
it 11 a euvoye d'eil haut son feu dans la moelle de
mes os, et il m'a enseignS ce que je dois faire
[T/tren. i, 13). » Et encore : « Mon ceeur s'est
I'duiullV' en moi, et ce feu s'enflimme de plus en
plus dans ma meditation (Psal. xxxvnt, h). »
5. Apres qu'une ame a pousse ainsi de frequents
soupirs, ou plutot a prie et s'est affligee sans re-
luche dans la violence di; ses desirs, s'il arriv
quelquefois que celui qu'elle a tant desiri- et tan!
ignorance. Mais cette facon dele voir est commune.
Car il est aise, selon l'Apotre, a tous ceux qui ont
l'usage de la raison, « de contemplcr les perfections
invisibles de Dieu dans les beautes visibles des
creatures (Rum. i, 20). »
h. C'etait sans doute d'une autre maniere que
Dieu daignait autrefois accorderaux palriareh.es, de
jouir souvent et familierement de sa presence, pour
Satisfaire l'ardeur de leur zele et de leur amour,
quoique alors il ne se moutrat pas a eux tel qu'il cherche ayant compassion de ses peines, se pre-
est, rnais tel qu'il lui plaisait de paraitre. Et il ne senle a elle, jecrois qu'elle peut dire avec Jeremir,
se monlrait pas a tous d'uue maniere, niais, comme uistruite par sa propre experience: « Vous etes
dit l'Apotre, « en differentes facons et sous diverses bon, Seigneur, a ceux qui esperent en vous, et a
formes (Ueb. I, 1), » bien qu'il soit un en soi,ainsi toute ame qui vous cherche (Tliren. m, 25) ! » Son 7es"anVa1"
au'il le dit lui-meme a Israel en ces termes : « Le bon ange, un des compagnons de l'Epoux, qui lui reodent am
" «, , , . . ■ 'mes pieuses.
Seigneur votre Dieu est un seul Dieu (Deut. vi,3). » a ete envoye pour etre le ministre et le temoin de
Ces apparitions n'etaient pas communes, alaverite, cette enlrevue secrete, n'est-il pas ravi de joie, et
neanmoins elles se faisaient au dehors par des ne tressaille-t-il pas d'allegresse par la part qu'il
images sensibles, ou par des voix qui resonnaient prend a une si grande faveur? Sans doute alors
aux oreilles. Mais il y a une autre maniere de voir se tournant vers le Seigneur, il lui dit : Je vous
dissimilitudine non confundi. Sed id tunc, ut dixi.
Interim vcro tanta ha;c formarum varietas, atque nume-
rositas specierurn in rebus conditis, quid nisi quidam
sunt radii Deitatis, monstrantes quidem quia vere sit a
quo sunt, non tu-nen quid sit prorsus diftinientes ? Ita-
que de ipso vidcs, sed non ipsum. Cum autem de eo,
quern non vidcs , caetera vidcs; scis indubitanter
existere quern iportet inquirere, ut inquirenlcm non
fraudet gratia, negligentem ignorantia non excuset. Ve-
rum hoc genus \idcndi commune. In promptu cniiii est
juxta.Apostolum, oinni utenli ratione, invisibilia Dei per
ea qua beta suit, iniellecla conspicere.
4. Alius i rocul dubiu illc modus, quo quondam P.itii-
bus crebra ilia atque ambiliosa divinae prapscnliae f.imi-
liaritas clignanlcr indulla est, qiiamquam nee ipsis sicuti
est, sed sicul dignata est. Ncc uno omnibus modo, sed,
ut ait Apostolus, multifarie multisque modi*, cum ipse
in se sit unus, dicente ipso ad Israel : Dominus Deus
tuus, Dcus unus est. Et haec demonstratio, non quidem
communis ; sed tamen foris facta est, nimirum cxhibita
per imagines extrinsecus apparentes, seu voces sonantcs.
St:d est divina inspectio, eo difTerentior ab bis, quo
interior, cum per scipsum dignatur invisere Deus ani-
■i»m quterentem se, qua tamen ad quaerendum toto se
desiderio et amore devovit. Et hoc signum istiusmodi
adventus ejus, sicut ab eo qui expeitus ; est edocemur :
Ignis ante ipsum. prcecedet, et inflammabit in circuits
inimicos ejus. Oportet namque ut sancti desiderii ardor
pneveniat laciem ejus ad omnem animam, ad quam est
ipse venturus, qui omnem consumat rubiginem vitio-
rum, et sic praeparet locum Domino. Et tunc scitanlma
quoniam juxta est Dominus, cum se senseril illo igne
succensam, et ilixerit cum Propheta : De exrelso rhisit
ignem in ossibus meis, et crudivit me. Et illud : Con-
caluit cor mcum intra me, et in meditatione mea exar-
descet ignis.
5. Tali animae suspiranti frequenter, imo sine inter-
missione oranti, et afflictanli se pra? desiderio, cum
interdum deslderatua ille , qui ita quaeritur, miscratus
occuiril; puto i 11 i de propria experientia convenire, ut
dicat cum sancto Jcremia : Bonus es Domine sperantibus
in le, nnimis qurrrenti te. Sed el angelus ejus, qui unus
est de sodalibusSponsi, in hoc ipsum deputatus, minis-
ter profecto et arbiter secrete mutua?que salutationis :
is, inquam, angelus quomodo tripudial, quomodo colliB-
tatur et condelectatur, et conversus ad Dominum dicit :
Gratias ago tibi, Domine majestatis, quia desiderium
cordis ejus tribuisti ei, et voluntate labiorum ejus non
TRENTE ET UN1EME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. m
rends graces, 6 Dieu d'une majeste infinie, de ce 6. Mais vous, gardez-vous bien de croire que
que vous avez exauce les desirs de cette time, et ne nous pensions qu'il y aitriende corporel ou d'ima-
L'avez pas privee de ce qu'elle vous demandait dans ginaire dans ee melange du Verbe et de l'ame.
ses voeux et ses prieres. C'est cet ange qui, la sui- Nous ne disons que ce que l'Apdtre a dit, « celui
vant soigneusement partout, ne cesse de l'exciter qui adhere a Dieu ne fait qu'un meme esprit avec
et de la presser de ses frequentes inspirations en lui lui (i Cor. vi, 17). » Nous exprimons comme nous
disant : « Itejouissez-vous dans le Seigneur, et U pouvons, le ravissement en Dieu d'une ame pure,
vous aecordera ce que vous lui demanderez (Psal. ou la bienheureuse descente que Dieu fait dans
L'unioa da
Verbe et de
Y&mc
n'impliqae
rien de
eorpore
xxxvi, U) .' » ou bieu : « Attendez le Seigneur et
gardez ses preceptes (Hib). » Et encore : « S'il dif-
fere a venir, attendez-le, car il viendra bientot, et
il ne tardera point (Habac. it, 3) ; » ou bien, s'adres-
sant au Seigneur il lui dit : « Comme une bicbe
soupire avec ardeur apres les eaux des torrents,
cette ame soupire apres vous mon Dieu (Psal. xu,
1). » Elle a aspire apres vous durant toute la nuit,
et votre esprit qui babite dans le fond de son cceur
l'a eveill£e des le matin pour vous cbercber. Elle a
cette ame, en comparant ce qui est spirituel a des
cboses spirituelles. Cette union se fait done en
esprit, parce que Dieu est esprit, et il est esprit
d'amour pour la beaite de cette ame, qu'il voit
peut-clre marcher selon l'Esprit, et qui n'accom-
plitpointles desirs de la chair; surtouts'il recommit
qu'elle briile d'amour pour lui. Une ame en cet
etat, et si fort aimee de son Dieu, est loinde se con-
tenter que son Epoux se manifeste a elle, de la
maniere commune a pi usieurs, paries cboses creees,
(Juelle visioB
de Diea
desire una
Ame pieuie.
tenu tout le jour ses mains levees vers vous, accor- ou de celle qui a ete particuliere a quelques per-
dez-lui ce qu'elle vous demande, car elle crie et
soupire apres vous. Tournez-vous un pen vers
elle; laissez-vous flechir a ses prieres; rcgardez
du haut du ciel, voyez et visitez cette pauvre ame
desolee. Fidele paranymphe, il est lenioin de cet
amour niuluel, sans en etre jaloux, et, bieu luiu
de travailler pour ses inlerels, il ne recherche que
ceux de son maitre. 11 va et vient de 1'Epoux a
l'Epouse, oll'raut les vceux de l'une et rapportant
les graces de l'autre. II excite celle-la et apaise
eelui-ci. (Juelquefois meme, quoique rarement, il
les fait voir l'un a l'autre, soit en la ravissant, soit
en lui amenant son bieu-aime. Car 0 est comme
domestique, et connu dans le palais du roi; il ne
craint aucun refus, et il voit tous les jours la face
du Pere.
sonnes, par les visions et par les songes; elle veut
que, par un privilege special, il descende en elle du
haul du ciel, qu'il la penetre intimement etjusqu'au
plus profond de son cceur, elle veut que celui
qu'elle desire ne se montre pas a elle sous une
fig.;re exterieure, mais qu'il se fasse comme une
infusion de lui en elle ; qu'il ne lui apparaisse pas,
mais qu'il la penetre ; car on ne peut douter qu'il
soit plus agreable au dedans qu'au dehors. Car le
Verbe ne resonne pas aux oreilles, mais perce le
cceur; il n'est ,.as loquace, mais efticace; il ne fait
pas de bruit, mais il est doux a l'ame. C'est un
visage qui n'a point de forme, mais qui forme, qui
ne frappe pas les yeux du corps, mais qui remplit
le cceur de joie, que l'amour, non la beaute exte-
rieure rend agreable.
Deaceote d«
Dieu dans
une'Ame.
fraudasti earn. Ipse est qui in orani loco sedulus quidam
pedissequus anima? non cessat sollieitare earn, et assi-
duis suggestionibus monere, dicens : Deledare in Do-
na,r> cl datrit libt petitiones cordis lui. Et rursum :
Exspecta Dominum, et cusiodi viam ejus. Item, Si mo-
ram fecerit, exspecta eum, quia veniens veniet, et non
lardabit. Ad Dominum auteoi : Sicul ceroui, inquit,
desiderat ad fontes aquarum, itu desiderat unimu ista
ad te Deux. Desideravit te in nocte, sed et spirilus tuus
in praecordiis ejus de mane vigilavit ad te. Et itcrum :
tota ilie expandit ad te nianus suas, dimitle illam quia
clamat pusi le : converterc aliquanluluui, et deprecabilis
esto super earn. Bespice de coelo, et vide, ct visita
dcsolatam. Fidehs paranymphus , qui mutui anions
conscius, sed non invidus , non suam quaerit, sed
Domini graliam : discurrit medius inler dilectum et
dileclam, vota offerens, referens dona. Excital islam,
placal ilium. Interduai quoque, licet raro, reprcesentat
eos pariter tibi, sive hanc rapiens, sive ilium adducuns;
siquidem domesticus est et nutus in palatio, nee veretur
repulsam; etquotidie videt faciem Patris.
6. Vide autem tu ne quid nos in hac verbi animaeque
coinmixtione corporeum seu imagiaatorium sentire
existimes. Id loquimur qnod Apostolus dicit : quonlam
qui adliEeret Deo, unus spiritus est. Excessum puras
mentis in Deum, sive Dei pium descensum in animam,
nostris quibus possumusexpriniimus verbis, spirilualibua
spiritualia comparantes. Itaque in spiritu tit ista conjunc-
tio, quia spiritus est Deus, et coneupiscitdecoremanimse
illius, quam forte adverterit in spiritu ainbulantem, et
curam carnis non perficientem in desiderio, praesertim
si sui amore tlagraiiteoi couspexerit. Non ergo sic af-
fecta et sic dilecta, contenta erit omnino vel ilia, quae
mullis per ea quas facta sunt ; vel, ilia quae paucis per
visa et somnia facta est manifestati'j Spousi, nisi »t
special] prarogaliva intiaiis ilium atl'ectibus atque ipsis
mcdullis cordis coelilus illapsum suscipial, h.ibealque
praisto queui desiderat non liguratum, sed inl'usum :
non appaientem S'.-d afficientem : nee dubium quin eo
jucunuiorem, quo intus, non foris. Verbum nempe
est, non sonans, sed penetrans; non loquax, sed eflicax ,
non obslrepens aunbus, sed affectibus blandiens. Pacies
est non loimata, sed formans, non perstringens oculos
corporis, sed faciem cordis laetiflcans : grata quippe
amoris munere, non colore.
7. Non tamen adhuc ilium dixerim apparer* sicuti art,
soa
CKUVRES DE SAINT BERNARD.
Le j«nt de
la prfeancQ
dmnt vine
•elon lea
dispositions
Ju Time.
7. Je ne puis pas dire neanmoins qu'alors meme de ses discours et de ses mceurs, commeparla sen- monile iprt,
il se montre tel qu'il est, quoique de cette sorte, il teur des parfums delicieux, il excite tout le monde 'ni-
ne se fasse pas voir autre qu'il est. Car bien qu'une a courir apres lni ! C'est ce qui lenr fait dire :
ame suit Ires-devote, ce n'est pas a dire pourtant « Nous courons dans l'odeur de vos parfums (Caul
qu'il se montre aussitdt ainsi a elle, ni meme qu'il I, 3). » Quelquefois aussi il se presente comme un
se montre a toutes d'une meme facon. Car, selon rich? pere de famille qui a des provisions en abon-
que les desire d'une ame varient, le gout de la dance dans sa maison, ou pluldl comme un roi
presence divine varie aussi, et cette douceur ce- magnifique et puissant qui semble relever la timi-
leste flatte diversement le palais de l'esprit, selon dite de l'Epouse qui est pauvre, exciter ses desire
les ditferentes cboses qu'il souhaite. Aussi vous avez en lui decouvrant tous les Iresors de sa gloire, la
pu remarquer dans ce cbant d'amour combien de richesse de ses pressoirs el de ses colliers, l'abon-
fois il a cbange de visage, en combien de formes dance de ses jardins et de ses terres, et en la faisant
agreables il a daigne se transformer devant sa meme enlrer dans l'interieur de sa cbambro. Car
bieu-aimee,et comment, ainsi qu'un epoux modcste, sou epoux a toute sorte de contiance en olio, et il
tantot il desire jouir en secret des embrassements estime qu'il ne doit rien cacher a celle qu'il a ra-
d'une ame sainte, et prend plaisir a lui donnerdes cbetee de la pauvrete, dont il a eprouve la fidelite,
chastes baisers, tantot il se cbange en medecin, et qu'il couvre de ses baisers, tant elle lui semble
aimable. Voda comment il ne cesse point de se
montrer intericurement d'une rnaniore ou d'une
autre a ceux qui le cbercbent, et d'accomplir cos
paroles : « Je suis avec vous jusqu'a la consom-
avec ses huiles et ses parfums, a cause sans douto
des ames tondres et faibles qui ont encore besoin
de ces fomentations et de ees reinede< , d'ou vient
qu'elles sont designees par le nom de jeunes filles,
qui semble marquer quelquo delicatesse. Si quel- mation des sieeles (Matth. xxviu, 20).
qu'un en murmure on lui dira que « ce ne sont point
ceux qui se portent bien qui ont besoin de mede-
cin, mais ceux qui sont malades [Matth. ix, 12). »
Tantot il se presente comme un voyageur, se joint
a l'Epouse et aux jeunes lilies qui marcbeut en-
8. En tout cela il est plein de douceur, de charme Comment le
* . Lnnst se
et de inisericorde. Car dans les baisers, il temoigne
son amour et sa tendresse, et dans l'builo, dans
ses parfums et dans ses autres medicaments, il fait
voir qu'il est clement et qu'il a des entrailles de
montre a
ceui qui
marched a
aa suite.
Par sa dou-
ceur Jesus
attire tout le
semble, et delasse cette troupe bienbeureuse de la charite et de compassion. Enlin dans le cbomin il
fatigue du chemin par la douceur de ses ontretiens est gai, atfable, plein de grace et de bonte ; daus
et de ses discours, en sorte que lorsqu'il s'en va l'etalage de ses ricbesses et de ses possessions, il
toutes s'ecrient : « Ne sentions-nous pas noire fait voir qu'il est liberal, et qu'il donne des recom-
cceur s'entlammer en nous lorsqu'il nous parlait penses proportionneesa saroyale magnificence, C'est
de Jesus dans le chemin [Luc. xxiv, 32) ? » Que sa ainsi que partout dans ce cantique vous trouverez
compagnie est charmante, puisque par la douceur le Vorbe figure sous ces sorles de ressemblauces
quamvis non omnino aliud hoc modo exhibeat, quam
quod est. Neque enim vel sic continue praesto erlt,
quamvis devotissimis mentibus , sed nee uniformiter
omnibus. Oporlet namque pro vaiiis animas desideriis
divinae gustum prassentiae variari, el iufusum saporem
supernae dulcedinia diversa appelentis uniini aliter atque
aliter oblectare palatum. Denique ailvertisli in hoc ama-
torio carmine, qu -ties mutaverit vultum, et in quanta
mullitudiue duleedinis sua' coram dilccla dignatus sil
transformari ; et quomodo nunc quidem instar verecundi
Sponsi sancio annua; secretos petal amplexus, et o.-culis
delectetur; nunc vero in oleo et unguentis medicum
cxlnbere apparent, niniirum propter teneras et inlirmas
animas istiusmodi adhuc iudigenles fiinenlis et medica-
mentis : unde et delicalo adolescenlularum nomine
designanlur. Si mussitel quis, audiet, quia non est opus
sanis medicos, sed male habentibus. Nunc rursurn quasi
viator quispium itinerantibua SpunsaB simul atque ado-
lescentulis sese associans, jucundissimis confabulationi-
bus suis a labore viae omnem revelat comitatum, ita ut
eo discedente loquantur : Nonne cor nostrum ardens
erat in nobis de Jesu, dum loquerelur nobis in via ?
Facundus comes, qui in sennonum et morum suavitate
•riorum, tanquam in quadam suaveolentia spirantium
unguentorum, post se currere faciat universos ; unde el
dicunt : In odore unguentorum tuorum curremus. Item
aliquando occunens, quasi pru>divesaliquis paterfamilias,
qui in domo sua abundet panibus; inio tanquam rex
mugniliciis ct potens, qui Sponsae pauperis vidcalur
pusillanimiralem erigere, provoeare cupiditatem, de-
monstrana illi omnia desiderabilia gloria' suao, divitiaa
torcularium ac promptuariorum, bortorum et agrorum
copias, demum etiam introducens earn in ipsa sccreta
cubiculi. Nimirum confidit in ea cor viri sui, et non est
ex omnibus quod ab ilia cxistimet abscundendum, imam
redemit inopem, probavit fidelem, amplexatur amabi-
lem. Atque ita non cessat, sive hoc, sivo illo modo in-
terno, jugiter apparere conspectui qu;erentium se, ut
sermo impleatur, quem dixit : Ecce ego vobiscum sum
usque ad consummationem s&euli.
8. Et in his omnibus suavis ct mitis, et multae mise-
ricordiae. Nam in osculis quidem aflectuosum et blandum
in oleo aulein el in pigmentis atque unguentis clemen-
tem el affluenlcrn visceribus pietalis et compassionia.
Porro in via hilarem, aflabilem, plenum gratiae ct sola-
tii ; in ostensione vero divitiarum ac possessiomimmuni-
ficum se, ac largum pro regia liberalitate remunerato-
rem demoustrat. Ita per omnem hujus carmiuiB textum
TRENTE ET UNIEME SERMON SUR
C'est, jecrois, ce que le Prophete a voulu marquer
quand il a dit : « Notre-Seigneur Christ est
un esprit present (levant nous, nous vivons dans
son ombre parmi les nations (Thren. iv, 20,, »
parce que nousne le voyons rnaiutenant quecomme
dans un miroir et en euigme, non pas encore face
u face ; mais cela ne doit durer que taut que nous
vivrons parmi les nations. Car il n'en ira pas ainsi
parmi les anges, lorsque, possedant une felicite en
tout pareille a la leur, nous le verrons aussi bien
qu'eux tel qu'il est, c'est-a-dire en la forme de
Dieu, non sous des ombres. En effet, comme nous
le disons les auciens n'avaient que l'ombre et la
figure, mais que nous, grace a Jesus-Christ quis'est
rendu present par la chair, nous possedons la ve-
rite meme; ainsi on ne peut nier que nous-metues,
a l'egard du siecle a veuir, nous ne vivions dans
l'ombre de la verite ; a moins qu'on ne veuille con-
tredire l'Apoire qui dit : « En partie nous connais-
sons, et en partie nous devinons (I Cor. xm, 9j ; »
El encore : « Je ne crois pas l'avoir compris (Philip.
ill, 13). » Car comment n'v aurait-il point de diffe-
rence entre ceux qui marchent par la foi, et ceux
qui voient clairemeut ce qui est l'objet de notre
foi ? Ainsi le juste vit de la foi, etle bienheureux se
rejouit de voir ce qui fait l'objet de cette foi.
C'est pourquoi l'homme de bien vit ici bas dans
l'ombre de Jesus-Christ, et l'ange se glorifie de
contempler la splendeur de sa face immortelle et
glorieuse.
9. Mais on ne peut nier que l'ombre de la foi soit
bonne, puisqu'elletemperela luuiiere qui eblouirait
nos yeux faibles et debiles, et les prepare a suppor-
ter l'eclat de cette luuiiere. Car il est ecrit, « que
la foi purine le cceur (Act. xv, 9). » Ainsi la foi
Marie vivait
LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 305
n'eteint point la lumiere, elle la conserve. Tout ce
que l'ange voit, quelque grand que ce puisse etre,
l'ombre de la foi me le garde, et le met comme en
depot dans son sein fidele, pour me le decouvrir
quand il en sera temps. Ne vous est-il pas avanta-
geux de posseder, quoique sans le voir, ce que
vous ne p mrriez comprendre quand il serait decou-
vert. La Mere meme du Seigneur vivait dans l'om-
bre dela foi,puisqu'on lui dit: « Vous etes bien l'ombre .de la
heureuse d'avoir cm [Luc. i, 54). » Elle vecut aus- v°.''ie
si dans l'ombre projetee sur elle par le Corps de "er™n7 ">
Jesus-Christ, suivant ces paroles de l'ange : « La
vertu du Tres-Haut vous euvirounera de son om-
bre Ibid), » Or ce n'est pas une ombre meprisable,
que celle qui vient de la vertu du Tres-Haut. II
y avait vraimeut une grande vertu dans la chair
de Jesus-Christ, puisqu'elle a environne la Vierge
de son ombre, et, ce qui eut ete absolument im-
possible a une femme mortelle, par l'interpositiou
de ce corps viviQant, lui a permis de soutenir la
presence et la lumiere inaccessible de son adorable
Majesle. Oui, c'etait une vraie vertu, puisque par
elletoutes les forces ennemiesontetedomptecs ; c'est
une vertu et une ombre qui chasse les demons, et
qui sert de protection aux hommes, on du moins
c'est une vertu qui donne la vie, et une ombre qui
procure une agreable fraicheur.
10. Nous vivons done dans l'ombre de Jesus-
Christ, nous qui marchons par la foi, et qui nous '
nourrissons de sa chair, pour vivre de la vie divine.
Car la chair de Jesus-Christ est vraiment une nour-
riture (Joan, vi, 5i). Et peut-etre est-ce pour cela
meme qu'en cet endroit il est depeint sous la fi-
gure d'un pasteur, etquel'Epouse semble lui adres-
ser ces paroles comme a un pasteur ; « Enseignez-
reperies Verbum istiusmodi similitndinibus adumbrari.
Unde ego puto id significatum apud Prophetara, ubi
ait : Spiritus ante faciem nostrum Christus Dominus;in
umbra ejus vivemus inter genies : quod scilicet videa-
mus nunc per speculum et in fenigmate, et necdum
facie ad faciem. At istud sane donee vivimus inter
gentes ; nam inter angelos aliter : quando jam indiffe-
rent! omnino felicitate cum ipsis videbimus eum et nos,
sicuti est, hoc est in forma Dei, et non in umbra. Quo-
modo namque apud veteres quidemumbram figuramque
dicimus exstilisse, nobis autem per gratiam Christi in
came praesentis ipsam per se illucescere verilatem : ita
nos quoque respectu futuri saeculi in quadam interim
veritntis umbra vivere non negabit, nisi qui non ac-
quiescit Apostulo dicenti : Ex parte cognoscimus, et ex
parte prophetamus. Et illud : Non arbitror me compre-
hendisse. Quomodo enim non est distinctio ejus, qui per
(idem ambulat, et illius qui per speciem? Ergojustusex
fide vivit, beatus exsullat in specie : et ideo sanctus
bomo vivit interim in umbra Christi, sanctus angelus in
splecdorc vultus gloriae gloriatur.
9. Et bona fidei umbra, quae lucem temperat oculo
ealiganti, et oculum prsparat luci. Scriptum est enim :
T. IV.
Fide mundam corda eorum. Fides itaque lucem non
-uit. serl custodit. Quidquid sane est illud quod
vklct angelus, hoc mihi umbra fidei servat, fideli
sirm repositum, in tempore revelandum. An non expe-
dit tenere vet involntnm, quod nudum non capis? De-
nique et Mater Domini vivebat in umbra fidei, cui dic-
tum est : Et beata quo; crediditti. Habnit et de Christi
corpore umbram, qua? audivit : Et virtus A/tissimi
obumbrabit tibi. Nee enim vilis umbra, qua; de virtute
Altissimi form.itur. Et vere virtus in came Christi, qua?
virgini obumbravit, ut quod impossibile erat morlali
femina?, objectu tamen involucri vivifici corporis ferret
ntiam majestatis, et lucem sustineret inaccessibi-
lem. Virtus plane, in qua omnis contraria fortitudo
debellata est; et virtus et umbra fugans daemones,
tulans homines; aut certe virtus vegetans, umbra refri-
gerans.
10. Vivimus proinde in umbra Christi, qui per fidem
ambulamus, et came ipsius pascimur ut vivamus. Caro
enim Christi vere est cibus. Et vide ne propterea etiam
nunc describatur hoc loco apparens, tanquam in sche-
mate pastorali, nbi ilium Sponsa, quasi unum quempiam
de pastoribus videtur alloqui, dicens : Indica milii ubi
20
806
QELTRES DE SAINT BERNARD.
moi ou votis paissez, et oil vous reposez durant le
midi. » Que ce pasteur-Li est bon, piiisqu'il donne
sa vie pour sos brebis (Joan, x, 12) j sa vie pour
les rachoter. sa chair pour les nourrir. Chose
etonnante : ll est le pasteur, les piturages et la re-
demption. Mais ce discours prend de bien gralides
proportions, la matiere en est si vaste et enfernje de
sigraudescboses, qu'onne peut les expliquer en peu
de mots. Aussi me vois-je contraint de l'interrompre
plutot que de le liuir. Mais il faut, puisque ce sujet
n'est pas acheve, que la memoire veille, alin queje
puisse reprendre et continuer oil j en suis demeure,
selon les forces que men donnera Notre-Seigneur
Jesus-Christ, qui est l'epoux de l'Eglise, Dieu eleve
au dessus de tout et beui dans tous les siecles des
siecles. Ainsi soit-il.
SERMON XXXII.
Le Verbe se communique sous la forme d'un tpoux
aux dmes embrasees d'amour pour lui, et sous la
figure dun medecin a celles qui sont encore faibles
et impar/aites. Les pensees de fame different les
unes des autres : d'oii vient cette difference.
1 . « Apprenez-moi ou vous paissez votre troupeau,
et ou vous reposez durant le midi (Cant, l, 6). »
C'est la que nous en sorunies restes; e'est de la que
nous devons partir pour en venir a ce qui nous
reste a dire. Mais avant de commencer a parler de
cette vision et de cet entretien, je crois qu'il ne sera
pas mauvais de reprendre en peu de mots les au-
tres visions precedentes, et de montrer comment
elles peuvent nous etre approprieesspirituellement,
selon les voeux et les merites de chacun, afin que,
les ayaut comprises, si toutefois Dieu nous en fait
la grace, nous entendions plus aisement ce que
nous avons a dire ensuite. Mats celaest tres-difficile,
car les paroles dont on se sert pour exprimer ces
visions ou ces ressemblances, font entendre des
cboses corporelles, et sont corporelles elles-memes ;
et neanmoins ce qu'on nous veut faire comprendre
par elles est spirituel, et c'est l'esprit qui en doit
chercher les causes et les raisons. Or, qui est
capable de souder et de comprendre tant de diffe-
rents mouvements et progres de l'ame,par lesquels
cette grace de lapresence si variee de l'Epoux nous
est dispensee? Neanmoins, si nousrentrons en nous-
menies, et que le Saint-tspritdaigne i;ous montrer
par sa lumiere ce qu'il ne dedaigoe pas de faire
continuellement en nous par son operation, j'espere
que nous ne serons pas entierement prives de l'in-
telligence de ces choses. Car j'aime a croire que
nous n 'avons pas recu l'esprit de ce monde, mais
l'esprit de Dieu, pour savoir quels sont les dons
que Dieu nous a faits (u Cor. n, 12).
2. Si done quelqu'un de nous trouve avec le
Prophete, que ce lui est un grand bien d'etre etroi-
tement uni a Dieu, et, pour parler plus clairement,
s'il y a quelqu'un parmi nous de tellemeut rempli
de zele, qu'il desire sortir de ce corps mortel, et
etre avec Jesus-Christ, mais qui le desire fortement,
qui en ait une soif ardente, et medite sans cesse
sur ce sujet, celui-la sans doute ne recevra point le
Verbe aulrement que sous la forme d'Epoux, lors-
qu'il sera visite par lui, e'est-a-dire dans le temps
ou il se sentira etreindre au dedans comme avec
les bras de la sagesse, et qu'il recevra l'infusion de
Qui sODt ceil
qui jouisaent
de la pre-
aence de
1 tjJUKI.
pascas, ubi cubes in meridie. Bonus Pastor, qui animam
suam dat pro ovibus suis : animam pro illis, carneni
Ulis ; illam in pretium, islam in cibum. Res mira 1 ipse
pastor, ipse pascua est, ipse redemptio. Verum sermo in
longum pergit, quoniam locus amplus est, et gi-andia
continens, et non explicabitur paucis : atque hac neces-
sitate videtur mihi jam rumpendus potius, quam finien-
dus. Oportet autem, ut, quoniam materia pendet, me-
moria vigilet : quatenus ubi pausatum erit, inde mux
resumatur et pertractetur, prout Dominus dabit, Jesus-
Christus Sponsus Ecclesiae, qui est super omnia Deus
benedictus in saeeula. Amen.
SERMO XXXII.
Qualiter Christies suscipitur ab anima sancta tanquam
Sponsus, et ab anima infirma tanquam medicus. Item
de differentia coijitationum, unde oriantw.
1. Jndica mihi ubi pascas, ubi cubes in meridie. Hie
snmus, hinc progiediuiur. Sed antequam tractari inci-
piat visio ista et allocutio, recapitulandum breviter ar-
bitror de aliis visionibus qua; pra?cesserunt, quomodo
nobis aptari spiritualiter possint pro votis el meritis
fifigulorum, ut apureheasis ilbs (si tamea hoc datum
merit) facilior et in bujusdiscussione eluceat intellects.
Verum id difficillimum. Nam etsi ilia verba, quibus
ipstB visiones seu similitudincs describuntur, sonare
corpora atque corporea videanhirj spiritoalia tamen
sunt qua? nobis minislrantur in bis, ac per hoc in spi-
ritu quoque causas et rationes varum oportet inquiri.
ct quis idoneus investigare et comprehendere tam mul-
tos animae affectus profectusque, quibus hxc de pra;sen-
tia Sponsi tam multiformis gratia dispensatur? Tamen
si iulremus sd nos, et Si-irilus-Sanctus in lumine suo
dignetur ostendere nobis, quod opere suo non dedigna-
tur assidue actitare in nobis, puto non omnino nos in
his sine intellectu remansuros. Cinfido enim non acce-
pisse nos spiritum hujus mundi, sed Spiritual qui
ex Deo est, ut sciamus qua; a Deo donata sunt no-
bis.
2. Ergo si cui nostrum cum sancto Propheta adhse-
rcrc Deo bonum est, et (ut loquar manifesuus) si quia
in nobis est ita desidcrii vir, ut cupiat dissohi et cum
Chiislo esse, cupiat autem vehementer, ardeiiter sitiat,
assidue meditetur ; is profecto non secus quam in for-
ma Sponsi suscipiet verbum in tempore visitationis, hora
videlicet qua se adstringi intus quibusdam brachiis sa-
piential, atque inde »ibi iafundi seaseril sancti tuaviU-
TRENTE-DEUX1EME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
307
la douceur d'un saint amour. Car les desirs de son
coeur so trouveront exauces, quoiqu'il soit en-
core dans re corps, comtne dans un lieu de bannis-
sement, qu'il ne possede l'Epoux qu'en partie, et
pour un temps, et meme pour un temps fort court.
Car apres avoir elii cherche avcc beaucoup
wKSm"" de veilles et de prieres. de travaux et de larmes,
la presence, jj se )iri;>sente enfin a l'ame , tout d'un coup, lors-
qu'on croit le posseder, il s'echappe ; mais il se
presente de nouveau a celui qui pleure, et qui le
poursuit de tous cotes, 11 se laisse prendre par lui,
mais non point retenir, car il s'echappe encore tout
d'un coup de ses mains. Si l'ame devote persiste a
prier et a gemir, il retourne a elle, ne la prive pas
du fruit de ses oraisons, mais il disparait aussitot,
et ne revient plus jusqu'a ce qu'elle le cherche en-
core par tous les desirs de son cceur. Ainsi dans ce
corps on pent ressentir souvent la joic de la pre-
sence de l'Epoux, mais on n'en peut pas jouir
pleinemcnt, parce que si sa vue rejouit l'ame, les
alternatives de presence et d'absence l'attristent
aussi. Et l'Epouse sera toujours dans cette 'peine
jusqu'a ce que s'etant line fois depouillee du far-
deau si pesant de cette masse grossiere et terrestre,
elle s'envole, pour ainsi dire, et soit porlee, si je puis
parler ainsi, sur les ailes de ses desirs, pour jouir
librement dans la contemplation comme un oiseau
qui plane dans Pair, et suive en esprit son bien-
aime partout ou il ira, sans que rien l'empeche
et la retienne.
a qoMies 3. Toutefois il ne se presente pas, meme en pas-
^HS;ifiap0™ sant, a toutes sortes d'aoies, mais a celle-la seule-
prodigne ce* ' '
•ones de ment qu'une grande devotion, un desir vehement,
et un amour plein de douceur et de tendresse te-
moignent qu'elle est son Epouse, et digne que
le Verbe dans toute sa beaute la visite sous la
forme d'Epoux. Car eelui qui n'est pas encore dans
cet etat, mais qui, touche de componction au sou-
venir de ses peches, prie Dieu dans l'amcrtume de
sou ame, de vouloir bien ne pas le condamner (Job.
x, 2), ou qui peut-etre souffre encore de violentes ^"'""pas*
tentations. etant comme attire et entraine par sa encore nigcra
, . ,. , . de 1 Eiioui le
propre concupiscence, celui-la ne cherche pas un reche[thent
Epoux, mais un medecin, et il ne recevra pas des ^""j)^
baisers ou des embrassements, mais seulement des
remedes pour guerir ses plaies, de l'huile et des
onguents. N'est-ce pas la la disposition oil nous
nous trouvons souvent dans nos prieres ; nous
qui sommes encore tous les jours ou tentes par les
passions qui sont en nous, ou touches de regret au
souvenir de nos exces passes. De quelle amertume
m'avez-vous souvent delivre, Seigneur Jesus, en
daignant venir dans mon ame? Combien de fois,
apres avoir verse des ruisseaux de larmes, apres
avoir pousse mille gemissements et mille sanglots,
vous ai-je senti repandre dans mon ame blessee
l'onction de votre misericorde, et la remplir d'une
huile dejoie? Combien de fois me suis-je /mis a
prier en desesperant presque de mon salut, et, au
sortir de ma priere, me suis-je trouve plein de
joie et de l'esperance du pardon ? Ceux qui sont
dans une semblable disposition savent que le Sei-
gneur Jesus est vraiment un medecin qui guerit
ceux qui ont le cceur blesse, et qui traite leurs
plaies et leurs blessures (Psal. cxi.vi, 3). Que ceux
qui ne Font pas eprouve s'en rappprtent a celui qui
dit : « L'esprit du Seigneur m'a rempli de son
onction ; il m'a envoye pour annoncer d'heureuses
nouvelles a ceux qui sont doux et pacifiques, et
pour guerir ceux qui out le cceur contrit et bris6
(ha. i.xi, 2). » S'ils en douteut encore, qu'ils s'ap-
prochent au moins et en fassent l'essai, et qu'ils
tern amoris. Siquidem desiderium cordis ejus tribuetur
ei, elsi adhuc peregrinanti in corpore, ex parte tamen,
idque ad tcmpu, et tempus modicum. Nam cum vigi-
'df"t'e "'s' e' obsecralionibus, et mullo labore * et imbre la-
tuiburdam crymarum qusesitus affuerit, subilo dum teneri putatur
ma. elabitur : et rarsum Iacrymanti et insectanti occurrens,
comprehendi palitur, sed minime relineri, dum subilo
iterum quasi e manibus evolat. Etsi institerit precibus
et flelibus devota anima, denuo revertetur, et volunlale
labiorum ejus non fraudabit earn: sed rursum iox
disparebit, et non videbitur, nisi ilerum tolo desiderio
requiralur. Ita ergo et in hoc corpore potest esse do
pi'aesentia sponsi frequens laititia, sed non copia : quia
etsi visitatio la>tificat, sed molcstat vicissiludo. Et hoc
tandiu ncccsse est pali dileetam, donee semel posila
corporea' snrcina molis, avolet ct ipsa levala pennis de-
sideriorum suorum, liberc iter carpens per campos con-
templationis, et mente sequens expedila dilectum quo-
cumque ierit.
3. Nee tamen vel in transitu praesfo erit sie omni
animae, nisi illi duntaxat, quam ingens devotio, et dc-
aideriuffl vehemens, etprsedulcis affectus Sponsamprobat,
et dignam, ad quam gratia visifandi accessurum Verbum
decorem induai, formam sponsi accipiens. Qni enim
nondum invenjtur ita affectus, sed compunctus magis
actum rccordalione snorum, loqnens in amaritudine
anim:e sua; dicit Deo, Noli me condemnare ; aut forte
etiam adhuc periculose tentatur a propria concupiscen-
lia abslraclus et illectus : hie talis non Sponsum requirit,
sed medicum ; ac per hoc non oscula quidem vel am-
plexus, sed (antum remedia vulneribus accipiet suis, in
o!eo utique et unguentis. An non sspenumero sic sen-
tiinus, et sic experimur orantes, nos, qui noslris quoti-
die adhuc excessibus tentamur pnesentibus, mordetuur
praeteritis? A quanta me amariludinc frequenter liberasti
adveniens, Jesu bone'? Quoties post anxios fletus, post
inenarrubiles gemitus et singultus, sauciam conscientiam
mcam unxisli unctione misericordiie tuae, et oleo lietitiag
perfudisti ? Quoties me oratio, quem pene desperantem
suscepit, reddidit exsultantem, et prsesumentem de ve-
nia? Qui similiter afficiuntur, ccee hi sciunt, quod vere
medicus sit Dominus Jesus, qui sanat contritos corde,
ct alligat contriiiones eorum. Qui experti non sunt,
credant inde eidem ipsidicenti : Spirilus Domini unx
308
OEUVRES DE SAINT ISLKNARD.
Comment 1©
Seigneur
<rient an
•ecours dea
appronnent par eux-memes le sens de ces paroles :
« J'aime mieux la misericorde quele sacrilice(.V«/-
th. ix, 13). » Mais poursuivons.
It. II y en a qui etant las des exercices spirituals,
et tombant dans la tiedeur, dansune espece d'abat-
imea tiedeaet temeut ft de delaillance, marchent avec tristesse
goiuan ea ^ns ^ voje3 ^ Seigneur, ne font ce qui leur est
commande qu'avec un cceur sec et ennuye, mur-
murent souvent et se plaignent que les jours et les
nuits sout longnes, avec le saint homme Job qui
disait : « Lorsque je suis couche, je dis quand rue
leverai-je? et quand je suis leve, j'attends le soir
avec impatience (Job v\i, U). n Lorsqu'une ame est
en cet etat, si le Seigneur, touche de compassion,
s'approche d'elle dans le chemin ou elle marcbe,
et que celui qui est du ciel commence a lui parler
des choses du ciel, ou a lui chanter quelque air
charmant des cantiqnesdeSion.al'entretenir meme
de la cite de pais, de leternite de cette paix, et du
bonheur qu'il y a a la posseder, cet entretien
agreable semblera une douce litiere a cette ame
endormie et paresseuse, et chassera tout l'ennui de
son esprit, et toute la lassitude de son corps. Ne
vous semble-t-il pas que celui qui disait : « Mon
ame s'endort d'ennui et de chagrin, fortifiez-moi,
s'il vous plait, par vos paroles (Psal. cxvm, 28), »
en etait la, eprouvait et demandait quelque chose
de semblable ? Et lorsqu'elle aura obtenu cette
grace, ne s'ecriera-t-elle pas : Seigneur, combien
j'aime votre Loi ! je la medite durant tout le jour.
Car nos meditations sur le Verbe qui est l'Epoux,
sur sa gloire, sa beaute, sa puissance et sa majesle
adorable, sont autant de paroles qu'il dit a notre
ame. Et ce n'est pas seu'ement alors qu'il nous
parle ; mais quand nous repassons avec anleur
dans noire esprit ses oracles et ses jugements, et
que nous meditons nuil et jour sur la loi, sachons
que certainement l'Epoux est present et qu'il nous
parle pour que la douceur de ses discours nous eat-
peche de nous lasser de nos travaux.
5. Pour vous, quand vous sentez que ces choses Moyen da
. , .. discemer no*
se passent dans votre esprit, ne croyez pas que ces pensees,
pensees sont de vous, reconnaissez qu'elles sont de
celui qui <lit par le Prophets : « ('.'est moi qui fais
entendre a l'ame, des paroles de justice (/sa. LJr.ui,
1). » Car les pensees de notre esprit ont unegrande
ressemblance avec les paroles de la verite qui
parle en nous ; et nul ne discerne aisement ce que
son coeur produit au dedans, d'avec ce qu'il entend,
s'il n'a sagement remarque ce que le Seigneur dit
dans L'Evangile : « Que les mauvaises pensees nais-
sent du cceur (Mntth. xv, 9). » Et ailleurs : a Pour-
quoi pensez-vous du mal dans vos coeurs (Joan.
vm, IiU) 1 » Ou bien encore : « Celui quiment parle
de lui-meme, » Et cette remarque de l'Apdtre :
« Nous ne sommes pas capables de penser rien de
bon de nous-memes com me de nous-memes, mais
cette capacity nous vient de Dieu (II Cor. hi, 15). »
Lors done que nous pensons a de mauvaises cho- !■«» bonnei
., . , . . pensees nom
ses, cette pensee est de nous; et lorsque nous pen- Yienuenl de
sons a quelque chose de bon, cette pensee vient de Die".' la*
. . , mauvaises da
Dieu. La premiere part de notre cceur, et eelle-ci sous.
notre coeur l'entend. « J'ecouterai, dit le Prophete,
ce que le Seigneur Dieu dira dans mon cceur. Car
il ne parlera que de ce qui concerne la paix de son
peuple (Psalm, xuvm, 9). » Ainsi e'est Dieu qui
me, ad evangelizandum mansuetis misil me, ut mederer
contritis corde. Si adhuc dubitant, accedant certe et
probent, et sic in semelipsis discant quid sit, Miseri-
cordiam volo; et non sacrificium. Sed videamus et
reliqua.
4. Sunt qui in studiis spirilualibus faligati, et vcrsi
in teporcm, alque in defectu quodam spiritus positi,
ambulant tristes vias Domini, corde arente et ta'denle
accedunt ad quaeque injuncta, frequenter murmurant;
longos dies, longas conqueruntur et nodes, loqucntea
cum sancto Job : Si dormiero, dicam : Qxtando consur-
gam ? et rursum ex>/>ectabo vesperam. Ergo ubi con-
tingit tale aliquid pnli, si misertus Dominus appropiet
nobis in via qua ambulant us, et incipiat loqui de coelo
qui de ccelo est, necnon favorabile quippiam cantare
nobis de canticis Sion, narrare ctiara de civitate Dei, de
pace civitatis, de aeternitale pacis, de slatu aelernitatis :
dico vobis, erit pro vehiculo animaB dormitanti et pi-
gritanli Ueta narratio, ita at pcllal omne fastidinm ab
aniuio audienlis, et a corpore fatigationcm. An tibi
aliud vel pati, vel petere ille videlur, qui ait : Dormi-
tavit anima men prce taedto, con/irma me in verbis tuisl
Et nonne cum obtinueril, clamabit : Quomodo dilexi
legem tuam, Dominet tola die medttatio mea est 1 Sunt
eaim qu<edam verba Verbi Sponsi ad nos, nostr® me-
ditationes de ipso et ejus gloria, elegantia, polentia,
mnjestale. Non solum autem, sed et cum avida mente
versamus testimonia ejus et judicia oris ejus, et in lege
ejus meditamur die ac nocte ; sciamua pro certo adesse
Sponsum, atque alloqui nos, ut non faugemur laboribus,
sermonibus delectali.
5. Tu ergo cum tibi aliqua talia volvi animo senlis,
non tuam putes cogilalionem, sed ilium agnosce loquen-
tem, qui apud Prophelam dicit : Ego qiu loguor justi-
tiatn. Simillima enim sunt nostra? cogitata mentis ser-
monibus Veritalis in nobis loquentis : nee facile quis
discernit, quid inlus pariat cor suum, quidve audiat,
nisi qui prudenter advertit Dominum in Evangelio lo-
quentem, quia de cor, If exeunt coyilationes matte, et
illud : Quid cogitaiis mala in cordibus veslris? et, Qui
loquitur menducium, de suo loquitur. Apostolus autem,
A'ox quod sufficientes, inquit, simus cogitare aliquid a
nobis tanquam ex nobis, subaudis bonum ; sed sufficient
tia nostra ex Deo est. Cum ergo mala in corde versa-
mus, nostra cogilatio est : si bona, Dei sermo esl. Ilia
cor nostrum dicit, hasc audit. Audiam, ait, quid loqua-
tur in me Dominus Domains Deus, quoniam loquetur
pucem in plebem suum. Itaque pacem, pietatem, justi-
tiam Deus in nobis loquitur : nee talia nos cogitamus
ez nobis, sed in nobis audimus. Csterum homicidia,
TRENTE-DEUXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
est difficile
discerner
source des
lauvaises
lensees.
nr sermon
in. n.4
la mediia-
i du tome
', n. 3t.
produit en nous des pensees de paix, de piete et de
justice ; quant a nous, nousn'avons point ces peu-
sees-la de nous-memes, mais nous les recevons en
nous. Mais pour ce qui est des homicides, des adul-
teres, des larcins, des blasphemes et des autres
choses semblubles, ce sout des paroles sorties de
notre cteur (Matlh. xv, 19), nous ne les avons point
entendues en nous, mais nous les faisons entendre
dans notre cceur. « Car l'insense dit en soi-meme,
il n'y a point de Dieu (Psalm, wi, 1). » Et, « C'est
pour cela que l'impie a irrite Dieu, parce qu'il a
dit en son cosur, il ne recherchera point raes mau-
vaises actions (Psal. ix, 13). » Mais il y a encore
une autre parole, qui se sent dans le cceur, et qui
n'est pas nn mot du cceur, car elle n'en sort pas
comme nos pensees, et ce n'est point celle dont
nous avons parle, qui se fait entendre au cceur et
qui est la parole du Verbe, car celle dont nous
parlons est mauvaise. Elle est produite par des
puissances ennemies, et ce sont les inspirations des
mauvais anges, comme celle, par exemple, de tra-
hir le Seigneur Jesus, que selon l'Evangile, le Dia-
ble inspira au cceur de Judas Iscariote, de trahir le
Seigneur Jesus.
6. Mais qui peut tellement veiller sur soi-meme
et observer avec tant de soins sous les mouvements
interieurs qui se passent en soi, ou qui viennent
de soi que, a chaque desir illicite, il discerne claire-
ment ce qui vient de la maladie de son esprit, ou
des morsures du serpent '? Je ne crois pas que cela
soit possible a aucun homme, si ce n'est a celui,
qui, etant eclaire par le Saint- Esprit, a recu par
une grace speciale ce don que l'Apotre dans le de-
nombrement qu'il en fait, appelle le discernement
desesprits (1 Cor. xu, 10). En effet, quelque soin
309
qu'un homme apporte a garder son cceur, et a ob-
server avec une grande vigilance tout ce qui s'y
passe, quand meme il s'y serait exerce depuis long-
temps, et qu'il en aurait toiite l'experience imagi-
nable, il ne pourra pas neanmoins faire en soi
un discernement juste et certain entre le mal qui
nait de son propre fonds, et celui qui lui aete com-
munique d'ailleurs. Car, comme dit le Prophete,
qui peut connaitre d'ou precedent les peches
[Psal. xvm, 13) ? Apres tout, il n'importe pas
beaucoup que nous sachions d'ou vient le mal qui
est en nous, ce qui importe c'est que nous sachions
qu'il y est; et, de quelque part qu'il vienne, ce que
nous avons de mieux a faire, c'est de veiller et de
prier afin de n'y point consentir. Le Prophete prie
Dieu de le delivrer de l'un et de l'autre mal, quand
il dit : « PuriQez-moi, Seigneur, de mes i'autes se-
cretes, et preservez votre serviteur de celles d'au-
trui (Psal. Ibid. 12). » Je ne saurais, quant a moi,
vous donner une connaissance que je n'ai pas re-
cue moi-meme. Or, j'avoue que je n'ai pas de re-
gie pour discerner certainement les productions du
cceur, des semences de l'ennemi. Car l'un et l'au-
tre mal est un mal ; l'un et l'autre nait d'un mau-
vais principe, l'un et l'autre est dans le cceur ;
seulement l'un et l'autre ne vient pas du cceur. Je
sais que cela est en moi, bien que je ne sache pas
ce queje dois attribuer soit a mon cceur, spit a l'en-
nemi. Mais a cela, comme j'ai dit, il n'y a nul dan-
ger.
7. Mais il y a un autre point oil il serait non-
seulement dangereux, mais damnable de so trom-
per, aussi avons-nous recu une regie assuree pour
ne nous point attribuer ce qui est de Dieu en nous,
et ne pas croire que la visite du Verbe est notre
Quant am
bonoe*
pensees, ce
n'est pas ■.
nous mais a
nieu qu'il
faot les
atlribner.
adulteria, furta blasphemiae, et his similia, de corde
exeunt, nee audimus ea, sed dicimus. Denique dixit
mstptem in corde suo : Non est Deas. Et propter hoc
irritavit impius Deum, quia dixit in corde suo, non
require!. Sed est pneterea quod corde quidem sentitur,
non tamen cordis est verbum. Nee cnim de corde exit,
sicut nostra cogitalio ; sed neque illud est quod ad cor
fieri diximus, verbum videlicet Verb), cum sit malum,
immittilur autem a contrariis potestatibus, sicut flunt
immissiones per angelos malos, quale (verbi causa) fuit
quod legitur misisse in cor diabolus, ut traderet Domi-
num Judas Simonis Iscariolis.
6. Verum quis ita vigil et diligens observator motio-
num internarum suarum, sive in se, sive et ex se faeta-
rum, ut liquido ad qusqtie illicita sensa cordis sui dis-
cernat inter morbus) mentis, et morsum serpenlis? Ego
nulli hoc mortalium poaaibile puto, nisi qui illuminalus
a Spiritu-SanctO' speciale accepit donum illud, quod
Apostolus inter cetera charismata qua? enumerat, nomi-
nat discrcliunein spirituum. Quantumlibet cnim quis,
secundum Salomonein, omnia eustodia servet cor suum,
et omnia qu« intra se moventur, vigilantissima inten-
tione observet ; etiamsi diuturnum forte in his habuerit
e.xercitiumt et frequens experimentum ; non poterit
tamen ad purum in se dignoscere discernereve ad in-
vicem malum innatum, et malum seminatum. Nam
delicta quis intelligit ? Nee multum refert nostra scire,
unde inest nobis malum, dummodo inesse sciamus
vigilandum potius et orandum undecunque sit, ne con-
sentiamus. Denique orat Propheta contra utrumque ma-
lum, dicens : Ab occullis meis munda me, Domine, et
ab alieiih- parce servo tuo. Et ego, non possum tradere
vobis quod non accepi. Non autem accepi, fateor, unde
assigncm cerlam notionem inter partum cordis, et semi-
narium hostis. Quippe utrumque malum, utrumque a
malo ; utrumque in corde, sed non utrumque de corde.
Hoc totum certum mihi in me, etsi incertum quid cor-
di, quid hosti tribuam. Et id quidem (ut dixi) absque
periculo.
7. Sed sane est ubi periculose, imo damnabilitep er-
ratur, alque ibi merito nobis certa prafigitur regula, ne
quod Dei est in nobis, demus nobis, putantes Verbi
visitationem nostram esse cogitationcm. Ergo quantum
distal bonum a malo, tantuni ista duo a se : quoniam
nee de Verbo malum, nee de corde exiet bonum, nisi
quod prius forte de Verbo conceperit : quia non potest
810
GEL'VRES DE SAINT BERNARD.
pensee. Autant done, lu bicn est different du
mal, autant cos deux choses sont ditlerentes entre
dies, parce que ni le mal ne peut venir du Verbe,
ni le bien du cceur, s'il ne l'a concu auparavant
par le Verbe : un bun arbre ne pouvant porter de
mauvais fruit, ni un mauvais arbre, de bon fruit
(M tilth, vu, 18). Mais je crois avoir assez parle de
ce qu'il y a de Pi. u ou de uous, en notre cceur, et
je pense que ee que nous en avons dit n'esl pas
inutile, et qu'il pent servii a faire voir aux eune-
Mfoeaiite da mis Je la grace •, que sans la grace, le cceur de
l'hoinuie n'esl pas capable d'avoir une bonne pen-
see, que cette eapauite lui vient de Dieu, et que
e'est l'effet de la voix de Dieu, non la production
de son cceur. Vous done, lorsque vous entendrez sa
voir, vous n'iguorerez plus niaintenant d'ou elle
vient, ni oil elle va, vous saurez qu'elle vient de
iifauicoop*- Qjeu et qu'elle va au cceur. Prenez garde seule-
rvr a la grace - , .
rnent, que la par. le qui sort de la boucbe de Pieu
ne jetourue pas a lui sans effet, mais qu'elle aitun
bon succes, et qu'elle fasse toutes les cboses, pour
lesquelles ill's ilin que vous puissiez dire
avec l'Apotre : « La grace de Dieun'apas ete inutile
en moi (I Cor. xv, 10). » Heureuse l'anie a qui le
Verbe, tenant toujours compagnie, se montre par-
tout affable, et qui, sans cesse charmee de la
douceur de son entretien, s'affrancnit a tout mo-
ment de la tyrannie de la cbair et des vices, et
rachette le temps parce que les jours sont mauvais.
Elle ne se lsssera point, parce que, comme dit l'E-
criture : « Quoiqu'il arrive au juste, il ne sen at-
tristera pomt (Prov. xu, 21). »
8. Mais je crois que l'Epoux paralt sous la figure Lm im(
d'un grand pere de famille, ou d'uu roi plein de n-agoanimea
... . , , , dans leur
majeste, a ceux qui out le cceur noble, et une
grande liberie d'esprit, et qui, ayant acquis par la
purete de leur couscience, une grandeur de cou-
rage extraordinaire, out coulume de faire des en-
treprises hardies, et ne sont point salisfuits, si, par
une louable curiosile, ils n'ont penetre les choses
les plus secretes, compris les plus sublimes, et at-
tend jusqu'a la vertu la plus parfaite. Car la gran-
deur de leur foi fait qu'ils sont trouves dignes
d'etre reniplis de la plenitude de tous biens, et il
n'y a rien de si rare dans tous les tresors de la sa-
gesse, dont le Seigneur Dieu des sciences croie
devoir exchue ces ames heroiques, embrasees d'a-
mour pour la verite, et exemptes de toute vaniui.
Tel etait Moise qui osait dire a Dieu : : « Si j'ai
trouve grace devant vos yeux, montrez-vous vous-
meme a moi (Exod. xxxm, 19). » Tel etait Philippe
qui demandait a Jesus-Christ de lui faire voir son
Pere a lui et a ceux qui etaient avec lui. Tel encore
saint Thomas qui refusait de croire, s'il ne tou-
chait pas de ses propres mains les plaies et le cote
perce de son Maitre {Joan, xx, 25). C'etait un
manque de foi, mais cela venait dune grandeur
d'ame b tout a fait merveilleuse. Tel etait aussi
David, quand il disait a Dieu : « Tous les desirs de
mon cceur tendent vers vous ; mes yeux vous ont
cherche, je chercherai, Seigneur, votre face adora-
ble (Psal. XXVI, 8y. » Ceshummes osent aspirer a de
grandes choses, parce qu'ils sont grands , et ils ob-
tiennentce qu'ils osent demander, selon la promesse
a Allusion a Abelard, je pense, qui reduisait la grace de
Jfsos-Christ a pen prei a la raison donnee a l'homme et am
idi bo. s eiemplesdu Sauveur, ainsiqaeooas l'avons deja fait re-
marqoer dans le tome XI, a propos du onziexne opuscule de
atint Bemud,
b Saint Thomas donnait line preuve da la faiblesse de sa
foi en ne Tonlant p .* croire saoscon.litioo, maisen meme temps
il en donnait une de sa grandeur dame, en mettant une pareiile
condition a sa foi*; car cette exigence proure la confiance qu'il
avait en Dieu.
bona arbor malos fructus facere, nee arbor mala fructus
bonos. At satis dictum esse credo, quid Dei, quid nos-
trum in nostro sit corde ; ncc superfine, ut arbitror :
eed ut sciant inimici gratiae, absque gratia nee ad cogi-
tandum bonum sufficere cor humanum, sed sufllcicn-
Uam ipsius ex Deo esse ; Dei vocem, bonum quod co-
gitatur, non cordis prolem exsistere. Tu ergo si vocem
ejus audis, nou jam nescias unde veniat, aut quo vadat :
sciens quia a Dcu exit, et ad cor vadit. Vide autem
quomodo verbum, quod cgreditur de ore Dei, non re-
vertatur ad cum vacuum, sod prosperetur et faciat om-
nia ad quae misit ilhul, ut dicere possis et tu, quia gra-
tia Dei in me vacua non fuii. Felix mens, cui Verbum
individuus comes, ubiquc se aflabile praebet, cujus inde-
sinenter oblectata suavitate facundiae, a carnis molestiis
et viliis seso vindicet omni bora, rcdimendo tempus a
dicbus mails. Non lassabitur, non molestabitur,quoniam,
sicut dicit Scriptura, Non contrislubit justum, quid-
quid ei accident.
8. Jam vero magni Patrisfainilias seu regies majesta-
tis schema apparere existimo his, qui accedentes * ad
cor altum, de majori spiritus libeitate et puritate cons-
cienlue magnanimiores facti, cousueveiunt audere ma-
jora, iaquieti prorsus et curiosi seeretiora penetrare,
et apprehendere sublimiora, et tentare perfectiora, non
modo sensuum, sed et virtutum. Hi enim pro fidei ma-
gniludine digni inveniuntur qui inducantur in omnem
plenitudincm ; nee est omuino in omnibus apothecis
sapientiae, a quo Deus scienliarum Douiinus arcendos
censeat cupidos veritatis, vanitatis non conscios. Talis
oral Moyses, qui audebat dicere Deo : St inveni gra-
tiam in oculis tuis, ostende mihi teipsum. Talis Philip-
pus, qui sibi et suis condiscipulis Pat rem flagitabat
ostendi : talis et Thomas, qui nisi sua manu tangeret
viilnus et fossum latus, credere rccusabat. Pusilla fides,
sed de magnitudine animi miro modo descendens. Talis
qnoque David, qui et ipse dicebat Deo : Tibi dixit cor
meum, exquisivit le fades mea; faciem tuam Domine
requiram. Tales itaque magna audent, quoniam magni
sunt : et quae audent, obtinent juxta verbum promUaio-
TRENTE-DEUXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
qnileurenaeti faite en ces termes: « Tous leslieux
que vous foulerez de yos pieds seront a vous
(Deut. i, 36J. » Car une grand..- foi merite de gran-
des recompenses, et on possede les biens dn Sei-
gneur a proportion qu'on les couvre du pied de
l'esperance.
9. Ainsi Dieuparle aMo'iseboueheabouclie, etcelui-
ci merite de voir le Seigneur elaireinent, non en
enigmes ou en figures (Num. xn, 8), au lieu qu'il
ne se montre, dit-il, qu'en vision aux autres pro-
phetes, et ne leur parle qu'en songe. Saint Philippe
pareillement, selon la demande qu'il en avait faite,
vit le Pere dans le Fils, quand il lui fut repondu :
« Philippe, qui me voit, voit mon Pere, parce que
je suis dans mon Pere, et mon Pere est en moi
(Joan, xiv, 7). » II se donna aussi a toucher a saint
Thomns suivant le desir de son cceur, et il ne le priva
pas du fruit de sa priere (Jotm.xx, 27). Que dirai-je de
David? Ne marque — il pas aussi qu'il n'a pas ete frus-
tre entierement de ses desirs, lorsqu il dit, qu'il ne
permettra point a ses yeux, de dermir, ni a ses pau-
pieresde se fermer, qu'il n'aittrouve unlieu pour
le Seigneur? Un grand epoux se presente done a ces
grandes ames, et il les traite magnifiquement en
leur envoyant sa lumiere et sa verite, en les con-
duisant, en les amenant sur sa sainte montagne
et dans ses tabernacles, en sorte que celui qui re-
coit une telle faveur a sujet de dire ; « Celui qui
est tout puissant a fait de grandes choses en moi
(Luc. l, Z|9). » Ses yeux verront le roi dans toute sa
beaute, marchant devant lui vers les plus beaux
endroits du desert, vers les fleurs du rosier, les lis
des vallees, des jardins delicieux, des fontaines
311
jaillissantes, des celliers remplis d'une abondance
de tous biens, des odeurs de parfums tres doux, et
enfin vers les lieux les plus intimes de sa chambre.
10. Voila les tresors de la sagesse et de la science
qui sont caches dans l'Epoux. Voila les paturages
de vie prepares pour repaitre les ames saintes.
Heureux celui qui en contente pleinement ses de-
sirs ! Qu'il sache seulement qu'il ne doit pas vou-
loir posseder seul ce qui peut suffire a plusieurs.
Car si, apres toutes ces choses, l'Epoux se montre
sous les traits d'un pasteur, e'est peut-etre afin
d'avertir celui qui a obtenu de si grands dons de se
souvenir d'en repaitre le troupeau des personnes
simples, qui ne peuvent se porter a ces merveilles
par elles-memes, comme les brebis n'osent aller au
paturage sans leur pasteur. C'est la sage remarque
de l'Epouse, et voila pourquoi elle demande qu'on
lui apprenne on l'Epoux pait et repose a midi ; elle
se sent disposee comme on peut le comprendre par
ses paroles, a se nourrir et a paitre les brebis avec
lui et sans lui. Car elle ne croit pas qu'il soit sur
d'eloigner le troupeau du souverain pasteur, a
cause des loups, surtout de ceux qui viennent a
nous sous une peau de brebis. Et c'est pour cela
qu'elle desire les faire paitre avec lui dans les me-
mes paturages, et se reposer sous les memes om-
brages. Et elle en donne la raison : « De peur, dit-
elle, que je ne me mette a errer apres le troupeau de
vos compagnons. » Elle parle de ceux qui veulent
paraitre amis de l'Epoux et ne le sont pas ; comme
ils ne s'occupent qu'a faire paitre leurs propres
troupeaux, non les siens, ils vont de cdte et d'autre
endisant : « C'est iciqu'est Jesus-Christ. C'est la qu'il
Ceux qui sont
instruits par
Diea doiTent
Instruire !»■
aatrw.
II est dango-
reux de too*
loir faire
paitre lei
brebis loin
du paeteor.
nis ad ipsos, quod est istiusmodi : Quemcunque locum
calcaverit pes vesler, vester erit. Magna siquidem fides
magna merelur : et quatenus in bonis Domini fiduciae
pedem porrexeris, eatenus possidebis.
9. Denique Moysi ore ad os loquitur Deus ; et palam,
non per aenigmata et figuras Dominum videre meretur,
cum prophetis aliis tantum in visione apparere se dicat,
et per somnium loqui. Philippo quoque secundum pe-
titionem cordis sui ostensus est Pater in Filio, in eo
procul dubio quod incontinent! audivit : Philippe, qui
videt me, videt et Patrem. et, Quia ego in Palre, et Pa-
ter in me est. Sed et Thomae juxta desiderium cordis
ejus palpandum se praebuit, et voluntate labiorum ejus
non fraudavit eum. Quid David ? Nonne et ipse voto
se non omnino fraudari significat, ubi ait non daturum
se somnum oculis suis, nee palpebris suis dormitatio-
nem, donee inveniret locum Domino? Igitur istiusmodi
magnis spirilibus magnus occuret Sponsus, et magnifi-
cabit facere cum eis, emittens lucem suam et veritatem
suam, eosque deducens et adducens in montem sanctum
suum, et in tabernacula sua, ita nt dicat qui ejusmodi
est : Quia fecit mihi magna qui potens est. Regem in
decore siio videbunt oculi ejus, praaeuntem se ad spe-
ciosa deserti, ad fiores rosarum, et lilia convallium, ad
amcena botorum, irrigua fontium, ad delicias cellario-
rum, et odoramenta aromatum, postremo ad ipsa secret*
cubiculi.
10. Isti sunt thesauri sapientiae et scientia? penes Spon-
sum absconditi, base vitas pascua praeparata in refectio-
nem animarum sanctarum. Beatus vir qui implevit
desiderium suum ex ipsis. Hoc solum admonitus sit, ne
solus habere velit quae possunt sufficere pluribus. Prop-
terea enim fortassis post ista omnia Sponsus, tanquam
pastor apparere describilur : ut proinde admoneatur
assecutor tantorum munerum pascendi gregis simpli-
ciorum, qui scilicet tarn non valent per semetipsos
apprehendere ista, quam non audent sine pastore oves
exire in pascua. Denique hoc ipsum Sponsa prudenter
advertens postulat tibi indicari, ubi ipse pascat et cubet
sub meridiano fervore, parata (ut quidem ex hoc intel-
ligi datur) pasci et pascere cum illo, et sub illo. Nee
enim tutum arbitratur longe agere gregem a summo
Pastore, nimirum ob incursiones luporum , eorum
maxime qui veniunt ad nos in vestimentis ovium : et
propterea satagit eisdem cum ipso pariter pascere pascuis,
et cubare umbris. Et causam ponit : Ne incipiam, in-
quiens, vagan post greges sodalium lucrum. Ipsi sunt
qui se volunt videri amicos Sponsi, et non sunt : et cum
suos, non illius greges pascere cura sit eis; hinc inde
tamen insidiantes dicunt : Ecce hie est Christus, tcct Uiic
313
CEUVRES DE SAINT BEBNARD.
est [Malik, x 21), . alin d'en seduire plusieurs, et meure ,. vers laquelle elle doit marcher. Or voici
nnte du froupeau de Jesus^st et de ce „u, l, Prophete dit de cetta demeure 7fc3
3uterauleur.Vo.lft pour ce qui regarde le demande qu'une chose au Seigneur et je la M
«msdela lettre Quant au qui v * demandJ l (..s( ,,. J£** j£ £
suis d avis de remettre a un autre dis-
cours ce que, par ('intercession de vos prieres dai-
gnera m'inspirer l'epoux de I'Eglise Jesus-Christ
■N(,l! r, qui etant Dieu est au dessus de
toutes choses, el beni eteniellement, Ainsi soit-il.
SERMON XXXIII.
Ce qu'une dmc devote ne doit cesser de rechercher.
Que fuut-il entendre par le tnot midi. II y a qua-
tre tenlations qu'on doit toujours eviler.
1. Apprenez-moi oil est celui qu'aime mon ame,
ou vous paissez voire troupeau, oil vous vous repo-
sez a midi. » Un autre saint se sert aussi de la mfime
expression : ■ Apprenez-moi, dit-il, pourquoi vous
mejugez ainsi {Job x, 3). » En quoi il ue blame
pas la sentence du juge, mais il en cherche la
cause, il demaude d'etre instruit par les afflictions,
demeurer dans sa maison tous les jours de ma vie
[Psal. xxvi, it). » Et ailleurs : « Seigneur, j'aime
passionnement la beaute de votre maison et le lieu
ou habite votre gloire (Psal. xxv, 8). » Quant am
deux autres, voici comment il s'exprime : « La jus-
tice et le jugement sont les bases de votre trone
[Psal. lxxxvjii, 15). » C'est avec raison que Time
devote cherche ces trois choses comme etant le trone
de Dieu et la base de sou tr6ne. On aime a voir
comment, par une prerogative particuliere de l'E-
pouse, ces trois choses concourent egalenient a la
consommation de ses vertus; en effet, elle est
« belle » par la forme de la justice, « prudente »
par la connaissance des jugements, et « chaste »
par le desir quelle a de la presence ou de la gloire
de son Epoux. Car il sied bien a l'Epouse du Sei-
gneur d'etre telle; je veux dire belle, prudente et
chaste. Or, sa derniere demande trouve place ici;
Ooalitds d«
1'Cpouie.
, elle prie, en elfet, celui qu'aime son ame. de lui
m?mn • n pr0pMle eD USe de prendre ou il pait son troupeau, et ou U se re-
meme dans ses onusons quand il dit : « Apprenez- pose a midi
moi vos voies, Seigneur, et enseignez-moi vos sen- 2. Et d'abord remarquez avec ouelle elegance U Pitu"*«
tiers [Psal. xxiv. i>). . Et U declare ailleurs ce qu'il elle distingue 1'amour de 1'espr t Sec lamo, - " ' *" "
midi.
' lL2t.tr:±:r=Err? ^—SWMSs
trois chores.
qS^r regarde Dieu anime, ne cesse de ^enqulr^ « ZS^ZZZ? "^ *"* J'a,°le' ^ ' ***
trois choses : . De a just.ee du SSLmT ? ' P°U1" marqUe'' pa'"ld **ue son
tion . avec laquelle elle doit marcher, et la < de- ZtT^uT^^T" ^ *** *
, » ia ue i neure de midi, et s enqmert surtout du lieu ou
est, videlicet nt multos seducant, et abducant a Christ!
gregibus, et socient suis. Hoc pro Altera; textu. Jam
vero sp.ntualem sensum qui in ea latet sub alio ser-
monis pnncipio exspectate, quidquid illud erit, quod
miln nidc vobis oranlibus sua misericordia partiri digna-
bilur Sponsus Ecclesis Jesus-Christus Dominus nosier
qui est super omnia Deus bencdictus in sajcula. Amen!
SERMO XXXIII.
De his qua; semper sectanda sunt a menle devota. Quid
sit mendies,et de quatuor generibus tentationum semper
evitandis. r
I. Indica mihi quern diligit anima men, ubi pascas,
ubi cubes in meridie. Et alius quidam : Indica, taonit
mdacurme xta judices. Ubi Don sane sententiam eau-
satur, sed scrutatur causam, erudiri flagellis pelens, non
erol. Item alius prccatur, dipena : Vias turn Define
demonttra mtht, et semilas tuas edoce me. Quas dixerit
vias vol semilas, manifestat alibi : Deduxit me inquit
super semitas just dice. Ergo tria ista anima curiosa Dei
noa cessat inquirere, justitiam, et judicium, et locum
habi ationis gloria: Sponsi : tanquam viam in qua am-
bulet, caulelam qua ambulet, et adquam anibulet
mansionem. De qua mansione sic babes in Pro-
pheta : Vnam petti, inquit, a Domino, /tunc requwam ut
mnabUem m domo Domini omnibus diebus vitce met Et
iterum : Domine dilexi deeorem domus turn, et locum
habitation's glon,e turn. Porro de reliquis duobus •
Jushha et judicium, ait, praiparatio sedis turn. Merita
tna isla mens devota requirit, utpote sedem Dei et
sedispraparationem. El pulchre in Sponswpra-rugalivam
concurrunt parifer omnia ad consummalionem virtutum
ut de forma jostitiae sit formosa, de judicioium notitia
cauta, de desiderio present!* seu gloria; sponsi casta,
lalem prorsus decet esse Sponsam Domini, pulchram
erudilam et castam. Ergo petitio, quam ultimam posui
isdus est loci. Petit siquidem ab eo quern diligit anima
sua, indicari sibi, ubi pascal, et ubi cubet in meridie.
i. bl piini,, adverte, quam eleganter amorem spiritus
a canns discernal alTectu, dum dilectumexprimeremagia
ipsa affecUone, qnam nomine volens, non simpliciter
quern diligo, sed, 0, inquit, quern diligit anima mca,
spintalem designans dilectionem. Deinde quidnam earn
in loco pascua; adeo delectet, diligenter atlende. Sed
TRENTE-TROISIEME SERMON SUR LE CANTIQDE DES CANTIQUES.
celui qui pait son troupeau se repose en meme
temps, ce qui prouve une grande seeurite. Car je
crois quelle ajoute ce mot : « oil il repose, » parce
que, en ce lieu-la, il n'est point necessaire d'etre
debout, et de veiller a garder le troupeau, puisque,
tandis que le pasteur est couehe et se repose k
l'ombre, son troupeau ne laisse pas de parcourir
librement la prairie. Heureuse region, ou les brebis
entrent et sortent quand il leur plait, sans que per-
sonne les epouvante ! Qui me fera la grace de vous
voir et moi avec vous, vous repaitre dans les mon-
tagnes avec ces quatre-vingt-dix-neuf brebis que le
pasteur y laissa, lisons-nous dans l'Evangile, lors- il faut que je me contente, durant cette vie, de 1
313
du plus pur froment (Psal. cxlvii, 1). » Qui ne
souhaiterait ardernment de paitre en ce lieu pour
y gouter la paix, y manger la fleur de froment et y
trouver la satiete. La ni crainte ni degout, ni di-
sette. Or, cette demeure assuree, c'est le « para-
dis, » cette nourriture delicieuse, c'est le « Verbe, »
et cette grande abondance, c'est « l'eternite. »
3. J'ai aussi le Verbe ici-bas, mais c'est dans sa
chair. On me presente aussi la verite pour me ser-
vir de nourriture, mais c'est dans un sacrement.
L'ange est comme engraisse de la fleur du fro-
ment, il se rassasie du grain meme; quant a moi,
LasetronTent
la paix,
1'abondo.nce
et la utiete.
Condition
differente da
l'bomme sur
la lerre et de
l'angu dans
son bonheur.
qu'il daigna courir apres celle qui s'etait egaree
(Matth. xviu, 12). Celui-la sans doute se repose en
pleine seeurite lorsqu'il est pres de ses brebis, qui
n'hesite point a s'eloigner parce qu'il sait qu'il les
;omme il est laisse en lieu sur. C'est a bon droit que l'Epouse
^"d'uit mi soupire et aspire apres ce lieu qui est tout ensem-
» rEpoux. ble un lieu de Paturage et^ Paix. un lieu de repos
et de seeurite, un lieu de joie, d'admiration et d'e-
tonnement. Helas! que je suis malheureux d'en etre
corce du sacrement, du son de la chair, de !a paille
de In lettre et du voile de la foi. Et ces choses sont
telles qu'elles donnent la mort quand yon goiite, sans
les assaisonncr des preraices de l'esprit. Oui, je ne
puis trouver que la mort dans le vase, si l'auier-
tuine des herbes qui y sont n'est adoucie par la fa-
rine du Prophete. Car, sans l'esprit, on ne recoit le
sacrement que pour sa condamnatiou, la chair ne
sert de rien, la lettre tue, et la foi est morte. C'est
La verite
dans
l'Eucharistie
si eloigne, et de ne le saluer que de loin ! Le seul l'esprit qui vivifle et qui fait que je vis dans ces
souvenir que j'en ai me fait verser des larmes, et choses. Mais, de quelque abondance et de quelque
me met dans le coeur le sentiment, et dans la bou- onction d'esprit qu'elles soient pleines. Ton ne peut
che les paroles de ceux qui disaient : « Nous nous trouver dans l'ecorce du sacrement la meme dou-
sommes assis sur les rivages des fleuves de Baby- ceur que dans la plus pure fleur de froment, dans
lone, et nous avons pleure ameremeut en nous la foi que dans la vision, dans le souvenir que dans
souvenant de vous, 6 Sion (Psal. exxxvt, 1). » II me la presence, dans le temps que dans l'eternite, dans
prend envie de m'ecrier aussi avec l'Epouse et le le visage que dans le miroir qui le represente, dans
Prophete : « Sion, louez votre Dieu de ce qu'il a l'image de Dieu que dans la forme d'un esclave.
renforce les gonds de vos portes et beni vos enfants Aussi, dans toutes ces choses, ma foi est riche, mais
en vous ; il a etabli la paix dans toute votre con- mon intelligence est pauvre. Or, il y a bien de la
tree, et il vous nourrit avec abondance de la fleur difference entre le gout que l'on a par Intelligence
nee illud prastereat le de hora meridiana, el quod is
potissimum exploratur locus, in quo qui pascit, cubat
simul : quod est magn* securitatts indicium. Arbitror
enim ob hoc additum, cubal, quod eo loci minime ne-
cesse sit stare, et vigilure super cuslodiam gregis,
quando grex, ctiam etibante pastore et pausanle sub urn-
bris, libere nihilominusdiscurrat in pascuis. Felix regio,
in qua pro libitu oves ingrediuntur et cgrediuntur, et
non est qui exterreat. Quis mihi tribuat videre vos,
meque pariterin monlibus pasci una cum illis nonaginta
novem quae illic relictse leguntur, cum Pastor earum
dignanter ad unam descendit quae erraverat? Secure
procul dubio cubat prope.qui et longe recedere minime
dubitavit, sciens quia in tuto eas relinqueret. Merito
Sponsa illo suspirat, merito inhiat loco pascuae simul et
pacis, sed quietis, sed securitatis, sed exsultationis, sed
admimtionis, sed stuporis. Nam et me miseruui, heu !
longe agentem et de longe salutantem, en ipsa ejus re-
cordatio ad lacrymas pruvocat, plane juxta affectionem
etvocem dicentium : Supei- flumina Babylonia illic s?di-
mus et flevimun, dum recordtircmur lui Sion. Libet ex-
clamare et me cum Sponsa pariter et cum Propheta :
Lauda Deum tuum Sion, quoniam confortavit seras por-
tarum luarum, benedixit filiis luis in le. Qui posuit fines
tuo.i pacem, et adipe frumenti satiat te. Quis non illic
vehementer cupiat pasci ei propter pacem, et propter
adipem, et propter salietatem? Nihil ibi formidatur,
nihil fastiditur, nihil deficit. Tuta habitatio Paradisus,
dulce pabulum Verbum, opulentia multa nimis aeter-
nitas.
3. Habeoet ego Verbum, sed in carnis et mihiapponi-
tur Veritas, sed in sacramenlo. Angelus ex adipe frumenti
saginatur, et nudo saturatur grano; me oportet interim
quodam sacramenti cortice esse contentum, carnis fur-
fure, litterae pnlea, velamine fidei. Et haec talia sunt
qu:e gustata afl'erunt mortem, si non de primitiis spiri-
tus quantulumcunque accipiant condimentum. Prorsus
mors mihi in olla, nisi ex Prophetas farina dulcoretur.
Denique absque spiritu et sacramenfum ad judicium
sumitur, et caro non prodest quidquam, et liltera occi-
dit, et fides mortua est. Sed spiritus est qui vivificat,
ut vivam in eis. At quantalihet sane abundantia spiritus
pinguescant ista, non pari omnino jucunditate sumitur
corlex sacramenti, et adeps frumenti, fides et species • ,
memoria et praesentia, wternitas et fempns, vultus et
speculum, imago Dei et forma servi. Nempe in omnibus
his fides locuples mihi, intellectus pauper. Numquid
vero par sapor intellectui fldeique, cum sit in meritum
k al. men-
dose spes.
3ia
OELTRES DE SAINT BERNARD.
Felicite <Ie»
bieobcureui
el cehii que Ton n'a que par la foi, puisque ce der-
nier fait notre merite, au lieu que l'nutre fera no-
tre recompense. Vous voyez done qu'il n'y a pas
moins de difference entre les paturages qu'il n'y en
a entre les endroits oil on habite; et que les Liens
qui sont possedes par les habitants du eiel, sont
aussi eleves au dessus des biens de ce monde, que
le ciel est eleve au dessus de la terre.
U. Hatons-nous done, mes enfauts, hatons-nous
d'arriver dans un lieu plus sur, dans des paturages
plus delieieux, dans un champ plus fertile. Hatons-
nous d'aller la oil nous habiterons sans crainle, oii
notre abondance ne saurait s'epuiser, oii notre
jouissance ne connaitra point le degout. Car, Sei-
gneur des armees, vous qui jugez toutes choses
avec tranquillite, vous nourris^ez aussi toutes cho-
ses en pais et en securite. Vous etes en meme
temps le Seigneur des armees et le pasteur des
brebis. Vous paissez done voire troupeau, et vous
vous reposez en meme temps, mais ce n'est pas ici.
Car vous etiez debout lorsque vous regardiez du
ciel une de vos brebis, je veux dire le grand
Etienne, environne de loups sur la terre. C'est
pourquoi : « Apprenez-moi ou vous paissez votre
troupeau. et ou vous vous reposez a midi, » e'est-a-
L'aernite dire lout le jour. Car ce midi est tout un jour, qui
est ud jour ne connait point de soir. C est pour cela que ce jour
'"'dVioir""' 1uon Pas?e dans voire maison est plus desirable
que mille autres s'll ne connait pas de couchant
[Psal. LX.vxm, 11). Peut-etre a-t-il eu un matin,
quand ce saint jour a commence a luire sur nous
par les entrailles de la misericorde de notre Dieu,
dans laqnelle le soleil levant nous est venu visiter
du ciel (Luc. 1, 78). Oui, c'est vraiment alors, 6
mon Dieu, que nous avons recu les effets de votre
misericorde au milieu de voire temple, lorsqu'au
sein des ombres de la mort, une grande lumiere a
paru sur nous, et que nous avons vu la ploire du
Seigneur eclairer le matin \Psnl. xi.vn, 10;. Cotn-
bien de rois el de prophetesont desire ta voir et ne
l'ont pas vue? Pourquoi? Parce qu'il etait nuit, et
que le matin tantattendu, et auquel la misericorde
etait promise, n'etait pas encore arrive ? C'est pour-
quoi quelqu'un disait dans ses prieres : « Faites-
moi entendre, Seigneur, des le matin, la voix de
votre misericorde, parce que j'ai espere en vous
(Psal. cxlu, 5). »
5. Ce jour a ete precede d'une aurore qui a
commence a luire quand le soleil de justice fut an-
noncA a la terre par l'arcbange Gabriel, qu'une
vierge le concut dans son sein par l'operatum du
Saint-Esprit, et l'enfantaen demeurant toujours
vierge, jusqu'au jour oil il parut dans le monde, et
conversa avec les hommes. Jusqu'alors ou ne vit
qu'une toute petite lumiere qui etait vraiment sem-
blable a la lumiere de l'aurore, en sorte que pres-
que toute la terre ignorait que le jour fut parmi
les hommes. Apres tout, s'ils ne l'eussent pas
ignore, ils n'eussent jamais cruciQe le Seigneur de
gloire (1 Cor. i, 8). Voila pourquoi aussi ce n'etait
qu'au petit nombre des disciples qu'il etait dit : « II
y a encore un peu de lumiere parmi vous (Joan.
xn, 35), » car on n'avait encore que l'aurore, le
commencement ou plutot le signe du jour, tant
que le soleil cachait ses rayons, au lieu de les re-
pindre sur la terre. C'etait aussi la pensee de saint
Paul, lorsqu'il disait : « La nuit a precede, mais le
jour s'est approche (Rom. xiu, 2), » marquant par
Onelle (it
l'aor »re de
ce jour.
i«ta, ille in prasrnium T Vides ergo tantum distare
Inter pabula, quantum et inter loca : et sicut exaltantur
cceli a terra, ita babitantes in eis, bonis potioribus
abundare ?
4. Festinemus proinde, Filii, festinemus ad lacum tu-
tioretn , ad pastum suaviorem , ad uberiorem et
fertiliorem agrum. Festinemus ut habitemus sine metu,
abundemus sine defectu, epulemur sine fastidio. Tu
enim Domine sabaoth, qui cum tranquillitate judicas
omnia, eliam cum securitate aeque omnia ibi pascis.
Idem ipe et Dominus exercituum, et pastor ovium.
Ergo et pascis, et cubas pariler, sed non hie. Denique
stabas cum e coelo prospiceres unam ex tuis oviculis
(Stepbanum loquor) a lapis circumdari super terram.
Et propterea quaeso indica milii ubi pascas, ubi cubes
in meridie, hoc est tola die : etenim ilia meridies tota
est die9, et ipsa nesciens vesperam. Et ideo melior dies
ilia in atriis tuis super millia, quia nesrit occasum. At
matutinum forsitam habuit, cum primum videlicet dies
lanctitlcatus illuxit nobis, per viscera utique misericor-
ldieB Dei nostri, in quibus visitavit nos Oriens ex alio.
Vere tunc suscipimus Deus misericordiam tuam in
medio templi tui, cum in medio umbra; mortis exortus
OMtutinl luz orta ex nobis, et mane vidimus gloriam
Domini. Quanti reges et prophets voluerunt vi-
dcre, et non viderunt ? Quare ? nisi quia nox erat,
et necdum venerat illud expectatum mane, cui fuerat
reprossima misericordia ? Unde et orabat quis dicens :
Auditam fac mihi mane misericordiam tuam, quia in te
speraii.
'j. Fuit namqae quffidam hujus aurora diei, ex quo
sol justilue per archangelum Gabrielem nuntiatus est
term, et Virgo Deum in utero de Spiritus-Sancto
concepit et peperit Virgo, ac deinceps, quoad in terris
visus est, et cum hooiinibus conversatus est. Nam
usque adeo per totum id temporis lux pusilla, et
tanquam lux revera aurorae apparuit, ut diem esse
interim apud homines pene universitas ignoraret. Deni-
que si cognovissenl , nunquum Dominum gloria
crucifixiisent. Et utique ipsis paucis discipulis diceba-
tur : Adhuc modicum lumen in vobis est : eo quod
aurora csset et milium, vel potius indicium diei, dum
sol adhuc absconderet radios suos, minime eos spargeret
super terram. Paulus quoque dicebat, quoniam nox
prmccsiit, dies auteoi appropinquavit : significans esse
tunc adhuc adeo modicum lumen, ut propinquasse,
quam venisse diem dicere maluerit. Qaando autem hoc
dicebat? Profecto quando sol reversus ab infcris,jam ss
TRENTE-TROISIEME SERMON SHR LE CANTIQDE DES CANTIQUES.
La Tie ia
Jesus »nr Ti
terre est com*
faree a
an n ire.
la qu'il y avait encore si peu de lumiere, qu'on
pouvait dire que le jour s 'etait approche phit6t que
venu. Mais quand s'exprimait-il ainsi? C'etait alors
que le soleil, venu des enfers, etait deja monle jus-
qu'au plus liaut du ciel. Conibien douc eUiit-il en-
core plus vrai dele dire, lorsqnela rcsseuiblance du
peche, cornme une nuee epaisse, couvrait l'aurore,
et quelle etait comme etouifee par tant de souf-
frances, et meme par une mort amere et sur une
croix honteuse? Combien plus sa lumiere elait-elle
faible alors, et paraissait-elle plutot venirde la pre-
sence de l'aurore que de celle du soleil ?
6. Toute la vie de Jesus-Christ sur la terre etait
done une aurore, une aurore meme assez pile,
jusqu'a ce que, se couchant et se levant de nou-
veau, il a chasse l'aurore par la lumiere plus vive
de sa presence qui etaitcomme un soleil : le matin
arrivant alors, la nuit s'est trouvee comme engloutie
dans sa victoire. Aussi lisons-nous dans l'Evangile :
« Le jour du Sabbat, de grand matin elles vinrent
au tombeau, le soleil etant deja leve (Matlti. xxvm,
C'estie matin l). » Netait-ce pas le matin, puisque le soleil etait
indirection, leve? Or, il tira une nouvelle beaute de la resurrec-
tion, et une lumiere plus pure et plus brillante que
de coutume ; car nous ne le connaissons plus main-
tenant (I Cor. v, 16), selon la chair, quoique nous
l'ayons connu ainsi d'abord, Aussi le Prophete
chante-t-il : « 11 s'est revetu de beaute, il s'est re-
vetu de force, il s'est ceint et a pris les amies (Psal.
xen, 1), » parce qu'il a depouille les infirrnites de
la chair comme un nuage, et s'est revetu d'une
robe de gloire. C'est alors que ce soleil s'est eleve,
et que, repandant insensiblement ses rayons sur la
terre, il a commence peu a peu a paraitre plus lu-
845
mineux et a faire sentir plus vivement sa chaleur.
Mais qu'il s'echaufle et se fortifle tant qu'il voudra,
qu'il augmente le nombre et la force de ses rayons
dans tout le cours de notre vie mortelle, car il de-
meure avec nous jusqu'a la consommation des sie-
cles (Mallh. xxvm, 20); il ne montura point pour- ^"'f,1;"1
tant a son midi, et nous ne le verrons point ict-bas blenhenraus*
dans cette plenitude de lumiere, oil nous le verrons
un jour, au moins eeux a qui il daignera faire cette
grace. 0 veritable midi ! plenitude d'ardeur et de
lumiere ! etat permanent d'un soleil durable, qui
detruit toutes les ombres, seche tous les marais,
bannit toutes les mauvaises odeurs ! 0 solstice eternel Sonera d'™
ame devote
et jour sans declin, 6 lumiere du midi, fraicheur du ar.re« le midi
prmtemps, beaute de l'ete, aboudance de l'automne, eterneiio.
et, pour ne rien omeltre, repos et loisir de l'hiver,
on plutot, si vous l'aimez mieux ainsi, il n'y a que
l'hiver qui s'en ira et se retirera alors. Apprenez-
moi, dit l'Epouse, oil est ce lieu si plein de clarte,
de paix et d'abondance, afin que, comme Jacob,
etant encore dans ce corps mortel, vit le Seigneur
face a face sans qu'il en mouriit (Gen. xxxu, 30) ,
ou comme Moise le vit, non en tigure et en enigma
ou en songe ainsi que les autres prophetes, mais
d'une maniere excellente et inconnue a tout autre
qua lui et a Dieu (Num. xn, 8) ; ou comme Isaie,
apres que les yeux de son esprit furent ouverls, le
vit sur un trflne tres-haut et tres-eleve (Isa. vi, 1),
ou meme comme saiut Paul qui, ravi dans le para-
dis, entendit des paroles ineffables, et vit de ses
yeux Jesus-Christ son Seigneur (II Cor. xn, h), J6
merite aussi de vous contempler par un ravissement
d'esprit, dans l'eclat de votre lumiere et de votre
beaute, de vous voir paissant votre troupeau avec
ad alta cceli sustulerat. Quanto magis cum adhuc simi-
litudo carnis peccati instar densae nubis operiret
auroram, juxta omnes nimirum nostri corpoi-is pau-
siones, ita ut neque amara mors, nee crux probrosa de-
fuerit ? Quaulo magis, inquam tunc exigua tenuisque
admodum lux fuit, et quae de aurorae magis, quam de
solis prodere prassentia videretur ?
6. Erat ergo aurora, et ipsa subobscura satis, tota
ilia Christi videlicet conversatio super terrram, usque
dum oeeumbens et rursum exoriens, Solaris sua' prasen-
tire lumine clariori fugavit auroram, et mane facto
absorpta est nox in victoria. Denique habes : El valde
viane una sabbatorum veniunt ad monumentum, orto
jam sole. An non mane fuit, quando ortus est sol ?
Attulit autem novum de resurrectione decorem, et
sereniorem solito lucem, quoniam etsi noveramus eum
secundum cnrnemy sed nunc jam non novimus Est
sciiptum in Propheta : Decorem induil, induit foriilu-
dinem, el pracin-xit se, quod carnis infirma, tanquam
nubila quaedam excusserit, stolam glorias induens. Sane
extunc elevatus est sol, et sensim demum ditfundens
suos radios super terram, ccepit paulatim ubique clarior
apperere , fervidiorque sentiri. Verum quantumlibet
incakacat et invalescat , mullipllcel et dilatet radios
suos per omne hujus nostras mortalitatis curriculum,
(erit enim nobiscum usque ad consummationem sasculi :)
non (amen ad meridianum perveniet lumen, nee in ilia
sui plenitudine videbitur modo, in qua videndus est
postea, ab his duntaxat, quos hac visions ipse dignabi-
tur. 0 vere meridies, plenitudo fervoris et lucis, solis
statio, umbrarum exterminatio , desiccatio paludam ,
foetorum depulsio ! 0 perunne solstitium, quando jam
non inclinabitur dies I o lumen meridianum, o vernalis
temperies, o aestiva venustas, o autumnalis ubertas, et
(ne quid videar praeteriisse) o quies et feriatio hiemalis I
Aut certe, si hoc magis probas, sola tunc hiems abiit et
recessit. Hunc locum, inquit, tanta? claritatis et pacis et
plenitudinis indica mini, ut quemadmodum Jacob adhuc
in corpore manens vidit Dominum facie ad faciem, et
salva facta est anima ejus; vel certe sicut Moyses vidit
eum, non per figuras et aenigmata, seu per somnia, uti
Prophetce alii, sed modo plane prascellenti quieta
inexperto caaieris, sibi nolo et Deo; vel sicut Isaias
revelatis oculis cordis vidit eum super solium excelsum
et elevatum ; vel etiam quomodo Paulus raptus in
paradisum audivit verba inelTabilia , et Uominum
suum Jesjm-Cbristum vidit oculis suis : ita ego quo-
que te in lumine tuo in decore tuo p*r mentlt
316
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
P^a-abondance. et vous reposant avec plus de * coutume de me rcpiitre et do repaitre les autre, de
OiiRrenc, 7. Car ici vous paissez votre tanm*™ ma; T!" >U"S TOlM conduite' dans la lo«. Jans les pro-
«"«• poser, maisilfaut etredebou? ef\XJ «* n^ ^ > """ " des aPot"*- Souvent
desfrayeursdeIanuit.Helas.p;neluSVS ' ',' """""" J" pu ,,e Ia nourri-
pomtpure, cette nourriture n'est , ,1 , , ' . ' t"""' f P0",""^ m'appartiennent
cettedemeure n'estpoint sure. . ApprenTmoi done « ■ S ' ♦' P ^ '" "" ^ *" Saints :
ou vous paissez votre troupeau et ou vous v < ' T **"**' Car CeIa m'est Phls a's«>
reposez a and, „ Vous u. i bienhe "^ ' " ""f " l"'" ''" "' ,1,,ult"ir' et b" lu ™ J« la
de ce que je suis adau.ee * 3£ deTjuTce ™"1P°— '< " "<* la™* »*>nt servi de nourri
[Matth. v, 6). Et qu'est-ce que cela, au prix de la
felieite de ceux qui sont combles des Liens de votre
maison, [Psal. lxiv, 6) qui sont toujours a tin ban-
quet magnifique, [Psal. ixm, 4) et se rejouissefit
sans cesse en la presence de Dieu? si je soutfre
quelque chose pour la justice, vous ditesencore que
iT.W Je suis bienheurense. Or il est certain que sil y
ici-bas. a quelque douceur a paitre ou l'on craint de souf-
aaint
Bernard .
frir ilnV , „„; .t a • ,■ ■ *<='* '-"squo monauie est irise et me remnlit d
fru ilny a pom de surete : maisy paitre et y troubles. Je connais ees paturaires et ivTa sou
souffnr en uieme temus. nest-cen^i.n „!,,.;,. ,,^ . .... ' alulao<-s, ei j y vais sou
lure et de breuvage durant le jour et durant la
nuit, pendant qu'on me dit a tout moment, ou
est voire Dieu Psal. xxxxi. 3) ? 11 est vrai quelque-
fois, je me nourris de ce qui est sur votre table, car
vous avez dresse une table devant moi, pour con-
fondre ceux qui m'affligent. J'en prends, dis-je,
parfois quelque chose, par tin bienfait singulier
de rotre inisericorde, et cela me fait un peu respi-
rer, brsque uion ame est triste et me remplit de
Ssiot Ber-
DUd trouYe
sa consolatioi
ilans
1 Eucbaristie.
souffrir en uieme temps, n'est-ce pasun plaisir fa
cheux ? Je possede ici toutes choses lioruns la per-
fection; plusieurschosesm'arrivent au-delade tues
esperances, mais je n'y vois rieu de sur. (Juaud me
comblerez-vous done de joie par la presence de vo-
tre visage (Psal. xv, 10j ? Je chercherai, Seigneur,
votre visage adorable [Psal. xxvt. 8 . Voire visage
est un soleil en sou midi. Apprenez-moi ou vous
paissez votre troupeau, ou vous vous reposez a midi.
Jesaisassez on vouspaissez sans reposer. Apprenez-
moi ou vous paissez et reposez (out ensemble. Je
n ignore pas oulerestedu temps vous avez cou-
tumede paitre, mais je voudrais savoir ou vous
MWge de paissez a midi. Car pendant le temps de ma vie
vent en vous suivant comme mon pasteur. Mais ap-
prenez-moi aussi, je vous prie, ceux que je ne con-
nais pas.
8. 11 y a encore a la verite d'autres pasteurs qui
se disent vos compagnons, et ne le sont pas, qui
ont des troupeaux qui leur sont propres, et des
prairies pleines de paturages mortels, oil ils pais-
sent, mais sans vous et sans vos ordres. Je ne suis
point entre dans leurs terres, et ne me suis point
approche d'eux. Ce sont ceux qui disent : « Le
Christ est ici : Le Christ est la [Marc, an, 21) : »
Ils prometlent les fertiles paturages de la sagesse
et de la science, on les croit, on vient en foule a
eux, mais ils rendent ceux qui les suivent enfants
Les paturages
de certains
psateura soat
mauvaii.
!■&,■& o7 mortelle et dans ,; , ua'" 'c leuJ!7 UL' ma ™ eux» ™is * rendent ceux qui les suivent enfants
P.ul4,de mortelle, et dans le lieu de mon pelermage, ja.. du Diable encore beaucoup plus qu'ils ne le sont
excessum merear contemplari pascentem uberius, quies-
centem securius.
7. Nam et hie pascis, sed non in saturitate : nee
cubare licet, sed stare et vigilare oportet propter
timores nocturnos. Heu ! nee clara lux, nee plena
retectio, nee mansio tuta : et idea tallica mini ubi
paseds, ubi cube,- in mendie Beatam me dicis cum
esuno, et sitio justitiam. Quid hoc ad Riorum felicilatem
qui repleti sunt in bonis domiw tuae, qui epulanturet
exsultant in conspectu Dei, el deleclaiitur in hetilia?
Sed et si quid patior propter jn^iiti,,,,,, nihilominus
beatam prommlias. Et cede pasni ubi timeas pati
jucunditatem habet, sed non securitatem. Porro autem
pasci et pati snnul, nonne molesta jucunditas est •> Om-
nia mini hie cedunt citra perfeclum, plura prater vo-
tum, et tiitum mini. Quundo adimplebia me hetitia cum
vullu tuo? Vullum tuum, Domine, requham. Vultus
tuns meridies est. htdica mihi ubi cubes in meridie ■
Scio satis ubi pascas non cubaoa : indica mibiubii
et cubes. Non ignoro ubi aliis temporibus pascere so-
leas : sed scire velim ubi in meridie pascas. Nam in
tempore quidem mortalilatis mea?, et in loco peregrina-
iodis mese consuevi sane sub tua custodia pasci, et
pascere in lege, et prophetis, et psalmis de le : nee
non in evangehcis pascuis, et apud aposfolos similiter
reqiuevi : IVequenler ctiam de gestis sanctorum ,
et verbis, et scriptis eorum , viclum mihi atque
altinentibus mihi mendicavi ut potui : frequentius
autem (qnoniam is magis ad manum fuit) manducavi
panem doloris , et vinum compnnctionis bibi ; et
facta sunt mihi lacryma mete panes die ac node
dum dieitur mihi quotidie, Ubi est Dens tuus ? Nis-
quod de mensa tua (siquidem parasli in compectu
meo mensam adoersus eos qui tribulant me) de
ipsa, inquain , taa quidem beneficio miseralionis
accipio, in quo utcunque respiro, quoties tristis est
amma mea, et quoties conturbat rje. Ha-c pascua novi
'requentavi le sccuta pastorem : sed indica, quajso
etiam quae non novi.
8. Sunt quidem et alii pastores, qui dicunt se esse
sodales tnos, et non sunt, habentes greges suos, et tines
suos pabulo mortis refcrtos, in quibus pascunt ncc te-
cum, nee per te, quorum utique terminos non intravi
nee appropnavi eis. Ipsi sunt qui dicunt, Ecce hie est
Christus, ecce it/ic est : promittentes sapienlia? el sciene
tiae pascua uberiora, et creditur eis, et conQuunt ad eoa
TRENTE-TROISIEME SERMON SUR
eux-memes. Et pourquoi cela, sinon parce qu'il
D'y a point la de midi, ni de lumiere pure, qui
puissent faire counaitre clairement la verite, et
qu'on recoit souvent la faussete pour elle, a cause
de la vraisemblance qui ne se discerne pas aise-
ment du vrai dans 1'obscurite, niais surtout aussi
parce que les eaux derobees sonl plus douces, et
qu'ontrouve meilleurlepain qu'onmangeen cachette
[Prov. ix. 17)? Et c'est pour cela que je vous prie de
ni'enseigner ou vous paissez et oil vous vous reposez
a midi, c'est-a-dire a decouvert, de peur que seduite
je ne me mette a errer apres les troupeaux de vos
compagnons, comme eux-memes sont errants et
vagabonds, n'ayant aucune certitude de la verite
qui les rend stables, apprenant toujours et n'arri-
.«rit'q°esleet vant Jama.is a la connaissance d>; la verite. Voila ce
lea que dit l'Epouse a cause des vains dogmes des phi-
> i osop es. iosopi]es et des ueretiques.
^oapirer 9- Pour moi> Je crois que nous devons soupirer
iprtele midi apres ce midi, non-seulement pour ce motif, mais
ecouviir les encore et surtout a cause des artilioes des puissan-
fradiabiedu ces ""'isibles, des esprits seducteurs qui se tien-
nent en embuscade avec des flecbes toutes pretes
dans leurs earquois, pour percer, d'unlieu obscur,
ceux qui ont le cceur droit, afin qu'en piein jour
nous puissions decouvrir les stratagemes du diable
et discerher aisement d'avec notre bon ange cet
ange de Satan qui se transforme en ange de lu-
miere. Car nous ne saurions nous garanlir des in-
e Demon dn cursions du demon du midi (Psul. c. C), qu'en
Hi farmon* denieurant aussi dans la lumiere du midi, et je crois
"rlXC5.aUme qUe Ce demon-la est aPPel6 ainsi, parce qu'il y a
de mauvais esprits qui, etant une nuit, et une nuit
TeotAtioi
sons lappa-
rence du
bien.
LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 317
perpetuelle a cause de leur volonte tenebreuse et
obstinee dans le mal, ne laissent pas pour surpren-
dre les homines de paraitre comme un jour, que
dis-je comme un jour, comme un midi ; de meme
que leur prince ne se conteute pas d'etre egal a
Dieu, mais lui resiste encore et s'eleve au-dessus de
tout ce qui est appele Dieu, et adore comme tel
(2 Thess. u. U). C'est pourquoi si le cceur de celui
qu'un demon de cette sorte entrepreud de tenter,
n'est eclaire par le vrai midi qui luit du baut du
ciel, pour convaincre et decouvrir le faux midi, il
ne pourra point s'en donuer de garde ; le demon
le tentera et le supplantera cerlaiuement par l'ap-
parence du bien, laudis qu'il ne se defie de rien
et qu'il ne se tient pas sur ses gardes. Et ce midi
est d'aut.'int plus clair, c'est-a-dire, la lentation est
d'autant plus forte, que le mal qu'elie presents pa-
rait un plus grand bien.
10. Que de fois, par exemple, n'a-t-il pas inspire L« d^on
a certains religieux la pensee de devancer les veilles de7amesllpM
de la nuit, pour se jouer d'eux ensuite en les fai- a *er^
sant dormir au chceur, pendant que leurs freres
chantaient l'office; que de fois leur a-t-il fait pro-
longer leurs jeunes, pour les rendre inutiles au
service de Dieu, en les rendant faibles?Combien de
fois, rempli d'envie contre ceux qui faisaient des
progres dans le monastere, leur a-t-il persuade,
smis pretexte d'une plus grande perfection, de s'en
aller dans le desert, et les infortunes ont bientot re-
connu la verite de cette parole qu'ils avaient lue
avec si peu de fruit : « Malheur a celui qui estseul,
car s'il tombe il n'y a personne qui le releve
(Eccles. iv, 10) ». Que de fois en a-t-il excite au
multi, et faciunt eos filios geliennae duplo quam se. Cur
hoc? nisi quia non est ibi meridies et prespieua lux, ut
liouido Veritas cognoscatur, facileque pro ca incipitur
falsitas propter veri similitudinem, quae non facile in
obscuro a vera disceraitur, praeaertim quia «r/«« fur-
tiya dukiores sunt, et panis absconditm suuvior? Et
propterea qu;eso, ut indices mini, ubipascas, ubi cubes
in meridie, id est in manifesto : ne seducta incipiara
yagari post gregea sodaliura lucrum, quemadmodum et
ipsi vagi sunt, nulla stabiles certitudine veritatis, semper
discentes,et nunquam adscientiam veritatis pervsnientes.
Hacc Sponsa propter philosophorum et hajretieorum varia
et vana dogmata.
9. Mihi vero videtur non solum propter ea, sed et
propter dolos invisibilium potestalum, sicut sunt sedu-
ctorii spiiitus, sedenles in insidiis, et parantes sagittas
suas in pharetra, ut sagittent in obscuro rectos corde :
propter hos, inquam, et maxime, videtur mihi ilia me-
ridies oplanda eliam nobis, ut Clara luce deprehendamus
astutiasdiaboli.atqucangelum satanas ilium, qui aetrans-
figurat in angelum lucis, ab angelo nostro facillime
discernamus. Non cnim aliter nos custodire suflieimus
ab ineursu et da?monio meridiano, nisi in meridiano
asqus lumine. Quod quidem dajmonium idcirco meri-
dianum dictum existimo, quia sunt aliqui de numero
malignorum, qui cum merito tenebrosae obstinatasque
voluntatis suas nox et nox perpetua sint, diem tamen se
ad fallendum simulare noverunt, nee modo diem, sed
et meridiem : sicut eorum princeps non contentus esse
asqualis Deo, etiam adoersatur, et extollitur supra id
quad d.citur, aut quod colitur Deus. Ilaque nisi cordi
ilhus, quem forte aliquod istiusmodi dasmonium meri-
dianum tentandum acceperit, oriens ex alto iUuxerit
verua meridies, qui falsum convincat etprodat; non>
potent omnino caveri, sed tentabit et supplantabit sine
dubto sub specie boni, pro bono scilicet malum incauto
et improvido persuadens Et tunc meridies, id est major
clantas, apparet, tentans, cum quasi boni maioris ima-
ginem praelerl.
10. Quoties, verbi causa, suggessit, anlicipare vigilias,
quo ad solernnia fratrum illuderet dormitanti ? Quoties
produci jejunia, ut divinis obsequiis eo inutilem redde-
rel, quo imbecillem? Quoties bene prolicientibus in
ccenobiia invidens , obtentu quasi majoris puritatis
eremum petere persuasit, et cognoverunt miseri tandem,
quam verus sit sermo quem frnstra legerant : Voe soli,
quoniam si ceciderit, non habet sublevautem ? Quoties ad
opus manuum plus, quam opus fucrat, incitavit; et
fractum viribus, ca?teris regularibusexercitiis in validum
reddidit? Quam multis exercitationem corporis (quae
IIS
travail des mains plus qu'il ne fallait, et les a-t-il
rendas, par leur faiblesse. incapables des autres
exercuvs reguliezst A combien a-t-il persuade
d'embrasser a\ec trop d'ardeur les trnvaux corpo-
ris qui servent pen, scion l'Apotre (I Tim. iv,8 , et
les a-t-il rendus froids pour la piete? Vous en avez
connu vous-menie quclques-uns (je le dis a leur
confusion) qui d"abord ne pouvaient etre relenus,
tant ils se portaicnt avec ardeur aux choses peni-
CEITRES DE SAINT BERNARD.
abstinence desobeissante. C'est pourquoi le Sei-
gneur a dit par le Prophete : « Est-ce que je man- u^n^
gerai la ch.nr des taureaux, ou boirai-je le san<* les ndum.
des boucs {Psal. xxxxix, 3)? » pour marquer que
les j.-unes des superbes ou des irapurs ne lui sont
point agreables.
11 . Mn is je crains aussi, en condamnant les exa- n,, qnalrl
gerations, de parailre lacher la bride aux gour-
mands, et que ce que j'ai dit pour servir de re-
sortes de
tenlaliotu.
bles, et qui sont tombes ensuite dans une telle 14- mede aux uns, ne soit un poison pour les autres-
Sain' Ber-
nard blAme
ceui qui
■ime it a se
■in.olariser
Voir les
•ermons XIX
X. - et
XX.VVIi.
chete, que, selon cette parole de l'Apotre, apres avoir
commence par l'Esprit, ils ont achcve par la chair
(Galat. in, 1), et ont fait une hontcuse alliance avec
leur corps, apres lui avoir deel ire une guerre
cruelle. Vous les voyez aujourd'hui, par un triste
changement, chercher a contre-temps le superflu,
apn'-s avoir refuse auparavant avec opiniilrele le
necessaire. Apres tout, je ne sais si ceux qui per-
sistent ainsi dans leur obstination, font des absti-
nences indiseretes, et, par une singularity blama-
ble, troubleut ceux a qui ils doivent conformer
leur couduite, puisqu'ils vivaient sous le nieme
toit, je ne sais, dis-je, s'ils croient conserver la
piete : pour moi, il me semble qu'ils s'en eloignent
considerablemeut. Aussi, q\ie ceux qui, se trouvant
sages a leurs propres yeux, sont determines an'ac-
quiescer a aucun conseil, a aueun commandement,
voient ce qu'ils repondront, non pas a moi, mais a
celui qui a dit : « Resister a ses superieurs, c't-st
presque un crime egal a la magie; et c'est une es-
pece d'idolitrie de ne vouloir pas acquiescer a
leurs ordres (1 Reg. xv, 23 . » 11 avail djt aupara-
vant : « L'obeissance vaut mieux que le sacrifice, et
il vaut mieux obeir a ses superieurs qu'offrir k
Dieu la graisse des beliers (Ibid.), » c'est-a-dire une
Voir le VI
sermon sur
aus-i, que les uns et les autres apprennent qu'il y
a qtiatre sortes de tentations que le Prophete nous
signale en ces termes : « La verite vous couvrira
d'un bouclier impenetrable. Vous n'apprehenderez le"snaumeS"u,
point les frayeurs de la nuit, ni la fleche qui vole Aa6"J'-
durant le jour, ni le trade qui se fait dans les lene-
bres, ni les attaques du demon du midi (Psal. xc,
5). » Que chacun ne laisse pas d'ecouter, car j'es-
pere que tous peuvent tirer quelque avantage de
mes paroles. Nous tous, qui que nous soyons, qui
nous sommes convertis au Seigneur, nous senions
et nous avons senti en nous ce que l'Ecriture-Sainte
a dit : « Mon fils, lorsque vous entrez au service de Horreur
Dieu, demeurez ferme contre la crainte, et prepa- a0°"reiedu£
rez votre ame contre la tentation (Eccli. u, 1). » le* n0Ti
Ainsi, c'est la crainte qui, la premiere, agite les
commencements de notre conversion, comme tout
le monde l'a experimente, et cette crainte est cau-
see par l'image affreuse que nous concevons de la
vie etroite que nous sommes pres d'embrasser, et
par la rigueur de la discipline reguliere a laquelle
nous ne sommes point encore accoutumes. Or, cette
crainte est appelee une « crainte de nuit, » soit
parce que la nuit dans l'Ecriture signiue ordinaire-
ment les adversites, ou parce que nous ne voyons
jnxta Apostolum ad modicum valet) non modieam,
persuasit, et pietate fraudavit? Deniqne ipsi experti estis,
quomodo quidam (ad verecuudiam illorum dico) qui
ante inhiberi non poterant, (ita in spirilu vehementi ad
omnia ferebantur) post ad tantam ignaviam devenerunt,
ut secundum illud Apostoli, cum spiritu coeperint, nunc
carne consummentur : quam turpe iniere fcedus cum
suis corporibus, quibus crudele ante indixerant bellum.
Videas, proh pudor, importune superflua qua>ritare, qui
prius necessaria obstinatissime recusabant. Quanquam si
qui in sua forte imicti obslinatione perdurant, indis-
cretius ahstinentes, et s:ngularitate notabili conturbantes
eos, cum quibus babitare debent unius moris in domo :
baud scio sare an se existiment pietatem rcti.icre, cum
bujusmodi mihi videantur et longius abjecisse. Nam qui
tapientcs in oculis sui decreverunt apud se nee concilio
acquiescere, nee praeccpto ; videant quid rtspondennt,
non mihi, sed dicenti : Quoniam quasi peccatuti ario-
landi est repugnare, et quasi sceius idololatriee nolle
acquiescere. Praemiserat autem, quia melior est obedien-
tia quam victima, et auscultare magis quam offerre
adipem arietum, id est abstinentiam contumacium. Unde
Dominus per Prophetam : Kumquid manducaio, ait,
carries iaurorum, aul sanguinem hircorum polabo ?
signiRcans minime sibi accepta forejejunia snperborum
vel immundorum.
11. Sed sane vereor, ne damnantes superstitiosos, vi.
deamur frena laxaie gulosis; et audiant illi ad pericnlum
sui, quod ad remedium his dicitur. Quamobrem audite
utraquc pars, quatuor esse tentationum genera, et ipsa
nobis ita prophetico sermone describi. Scuto, inquit,
cucumdnbit te Veritas ejus : non limebis a timore noc-
turno, usagitta volante in die, a negotio perambulante in
tenebris, <ib incursu et dcemonio meridiano. Altendite
nihilominus et vos alii, quod omnibus spero profutu-
rum. Illud omnes in nobis sentimus et sensimas qui
conversi samus ad Dominum , quod sancta Scriptura
dicit : Fill, accedens ad servitut'm Dei, sta in timore,
et prcepara imimam tuam ad tentalionem. Itaque pri-
niordia nostra? conversionis, juxta communis quidera
e.\perientia? rationem, primus exagitat timor, quern
intrantibus statim horror vitaeingeritarctioris, etinsuetffl
austerilas disciplina?. Atque is timor nocturnus dicitur,
vel quia nox in Scripturis designare solet adversa, vel
quoniam propter quod adversa pati aggredimur, id non-
dum revelatum est. Si enim dies Ule luceret, in cujuf
TRENTE-TROISIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
S19
1. La Tame
gloire.
pas encore quelle sera la recompense des maux que
nous nous preparons a endurer. Car si le jour, a la
lumiere duquel nous puissions voir en meme temps
les travaux et les recompenses, le desir de la re-
compense qui, pour nous, serait claire, nous empe-
cberait d'apprehender le travail, atteudu que les
soull'rauces de cette vie ne meritent pas d'etre eom-
parees a la gloire dont nous jouirons dans l'autre
{Rom. vui, 18). Mais, maintenant que ces choses
sont caehees a nos yeux, et que ce n'est qu'une
nuit pour nous, nous sommes tentes par les
frayeurs de la nuit, et nous craignons de souffrir
des maux presents pour des biens a venir que nous
ne voyons poiat. Ceux done qui entrent en religion
doivent veiller et prier pour surmonter cette pre-
miere tentation, de peur qu'elaut d'abord abattus
par la faiblesse de l'esprit, et troubles par les ora-
ges, ils ne quittent le bien qu'ils ont embrasse ; a
Dieu ne plaise qu'il en soit ainsi.
12. Mais, apres avoir surmonte cette tentation,
ne laissons pas de nous armer aussi centre les
louanges que les bommes nous prodiguent a cause
de la vie louable oil nous sommes enlres. Autre-
mentnousserons exposes aux blessures « de la tleche
qui vole durant le jour, » e'est-a-dire de la vaine
gloire. Car la renommee vole, et e'est durant le
jour;ellennit,eneffet, des cauvres de lumiere. Quand
nousrauroiissouflleecomme une vaine fumee, il ya
encore a craindre qu'on ne nous offre quelque cbose
de plus solide, je veux dire les richesses et les hon-
neursdusiecle, peut-etre celuiquise souciepeu des
louanges recberebera-t-il les bommes. lit voynz sice
n'est pas l'ordre des tentalions qui a ete garde
envers Notre-Seigneur, a qui le demon n'a niontre
lumine pariter et labores et prajrnia videremus; (imor
oninino quorumvis laborum nullus esset pra desiderio
prjemiorum, dum clara luce apparerel, quoniam non
sunt condignce passiones hujus temporis ad futuram
gloriarn, quie revelabitur in nobis. Nunc vero quoniam
abscondita sunt ab oculis nostris, et nox est interim in
hac parle; tentamur nimiruin a timore nocturno, et pro
bonis qua; non videmus, formidamus qua in praesen-
tiarum sunt adversa tolerare. Vigilandum proinde et
orandum primo inlrantibus contra banc primam tenta-
tionem, ne subito prajoccupati a pusillanimitate spi-
ritus et tempestate , a bono ccepto (quod absit)
resiliant.
12. Superata autem hac tentatione, armemus nos
nihilominus et adversus hominum laudes, quae de lau-
dabili potissimum vita sumunt maleriam. Alioquin pate-
bimus vulneri a sagitta volatile in die, quae est inanis
gloria. Fama siquidem volat : et ideo in die, quia ex
operibus lucis. Si haec exsufllalur tanquam inanis aura,
restat ut soliJius aliquid alferalur de divitiis et honori-
bus saeculi, si forte qui non curat laudes, appelat digni-
tates. Et vide, si non hie ordo tentandi servatus est in
Domino nostra, cui post suggestum ad solam vanitatem
prEeuipitium, ostenaa sunt omnia regna mundi atque
tous les royaumes du monde, qu'apres lui avoir
suggere la pensee de se precipiter en bas du pinacle
du temple uniquement par un sentiment de vanite
{Matth. iv, 8). A l'exemple du Sauveur, rejetezdonc
aussi ces cboses; autrement il est impossible que
vous.ne soyez pas surpris par le « trattc qu'il fait
dans les lenebres, » e'est-a-dire par rhypocri.sie.
Car ce vice est une brancbe de 1'ambition, et sa de-
meure est dans les tenebres, carelle cacbe ce quelle
est, et se fait paraitre ce quelle n'est pas. Or, elle
traflque en tout temps, en retenant la forme de sa
piete pour se cacher, et en vendant la vertu meme
de la piete pour acbeter des bonneurs.
13. La derniere tentation est le « demon du t.Lateatation
midi, » e'est-a-dire celui qui d'ordinaire tend des dq9llip"e*['
pieges aux parfails, a ces bommes vaillants et ge- aulre chm<>
. , , que le mal
nereux qui out tout surmonte, les voluptes, la cache som lea
vaine gloire, les boniKnirs. Car, que resle-t-il a ce- ^'air^et
lui qui tente les lioiumes, en qiioi ils |iinsseutcom-
battre a force ouverte ceux qui sont tels? 11 vient
done cache, parce qu'il n'ose pas se decouvrir, et il
s'elTorce de supplanter par un faux bien, celui qu'il
sait assez, par sa propre experience, n'avoir que de
l'horreur pour tout ce qui est visibleuient mal.
Mais, plus ceux qui peuvent dire avec l'Apotre :
« Nous n'ignorons pas ses artifices (I! Cor. a, 11),»
avancent dans la vertu, plus ils doivent avoir soin
de se tenir en garde contre ce piege. Voila pour-
quoi Marie se trouble de la salutation de l'ange
{Luc l, 29) ; elle craignait, si je ne me trompe, que
ce fut quelque supercberie de l'ennemi. Et Josue ne
recut point l'ange comtne ami, avant de eonnaitre
qu'il etait ami {Josue v, 13). II lui demande, en
effet, s'il est un des siens ou un ennemi,
oblata. Tu ergo exemplo Domini et Ista renue. Aliter
necesse est circumveniri te a negotio perambulanie in
tenebrii, quod est bypocrisis. Etenim ista de ambitione
descendit, et in tenebris habitatio ejus. Quippe abscon-
dit quod est, et quod non est mentitur. Negotiatur au-
tem omni tempore, formam relinens pietalis ad sese
occultandum, virtutem autem ejus vindicans, et emena
honores.
13. Postrema tentatio est daemonium meridianum,
quod soleat maxime insidiari perfectis, qui videlicet,
tamquam viri virtu turn, omnia superaverint, voluptates,
favores, honores. Quid enim jam superest ei qui tentat,
in quo possit pugnare palam adversus hujusmodi?
Venit proinde occultus, qui manifestus non audet : et
quern satis expertus est aperture, omne horrere malum,
falso bono supplantare molitur. Qui autem dicerepossunt
cum Apostolo, Nan enim ignoramus astulias ejus; quo
plus proflciunt, eo magis solliciti sunt cavere a laqueo
islo. Hinc est quod Maria angelica salutatiune turbalur,
dolum (nisi fallor) suspicans ; et Josue non prius ami-
cum Angelum suscipit, quara esse amicum noverit. De-
niquc sciscitatur, suusne sit, anadversariorum, tamquam
qui expertus sit daemonii meridianl versutias. Apostoli
quoque abquaudo cum laborurenl la r*migaudo, v«uk)
320
ILUVRES DE SAINT BERNARD.
comme un homtue qui.connalt les finesses du de-
mon du midi, De meme, lorsque les apdtres, qui
raniaieut avec peine, parce qu'ils avaieat le vent
contraire, et que leur barque etait agitee par les
flots.en voyant Jesus-Christ marcher surleseaux, et,
pensent que c'etait un fant6me et poussent un cri
de frayeur, ne temoignent-ils pas clairemenl
qu'ils soupconnaient que c'etait le demon du midi?
Vous vous souvenez bien que l'Ecriture dit : « que
c'est la qualrieme veille de la nuit qu'il vint a eui
en marchant sur la mer (Ibid, xlviii). » Crai-
gnons done cette quatrieme et derniere lentation,
et plus nous serons eleves, plus nous devons veiller
soigneusement pour nous garantir des attaques du
demon du midi, M.iis le vrai Midi se 111 conuaitre a
ses disciples, quand il leur dit : « C'est moi, ne
craignez point (Alutth. xxni, 50); » et la crainte
qu'ils avaient que ce lilt le faux midi se dissipa.
Dieu veuille aussi que toutes les fois que la faussete
se deguise et t&che de se glisser dans aosesprits, le
vrai Midi envoie d'en haut sa lumiere et sa verite
poiu- la meltre en plein jour, et separe la lumiere
d'avec lestenebres, atin que nous ne tombions point
sous la censuredu Prophete «eu prenantla lumiere
pour les teuebres, et les te.nebres pour la lumiere
(ha. v, 20). »
i.l\. Si la longueur de ce discours ne vous fatigue
point, je vais essayer encore d'approprier ces qua-
tre tentations en leur ordre, au corps de Jesus-
Christ, qui est l'Eglise. Je serai le plus bref possible.
' 'tyrijM de* Considerez l'Eglise primitive, n'a-t-elle pas ete
1'abord extraordinairement surprise « par la crainte
de la nuit? » Car on etait vraiment dans la nuit,
alors que tous ceux qui tuaient les saints croyaient
rendre un grand service a Dieu. Mais apres avoir
L'£gliseanssi
a qonlre
tenuiions.
t. C.tWe daa
btieliquei.
%. Celle daa
fun nu det
surmonte cette tentation, et quand la tempete se
fut apaisee, elle est devenue illustre et glorieuse,
et, selon la promesse qui lui en avail ete fade, elle
devint comme un objet de gloire et de triomphe
dans tous les siecles. En sorte que l'ennemi, flche
de se voir frustre dans ses esperances, laissant la
« la crainte de la nuit, » recourt adroitemenl a « la
fleche qui vole durant le jour, » et en perce quel-
quesuns des enfants de l'Eglise. Et des hommes
vains et ambitieux se sont eleves, pour acquerir de
la reputation ; et, sortant de l'Eglise, ils ont long-
temps al'Uige leur mere par le nombre de leurs
dogmes pervers. Mais cette peste a 6te aussi
etouffee par la sagesse des saints, comme la pre-
miere l'avait ete par la patience des martyrs.
15. Aujourd'hui, grace a Dieu, l'Eglise est de-
hvree de ces deux grands maux, mais elle est deti- man vais -leu
guree par le « tralic qui se fait dans les tenebres. » ,ais "rjiata!
Malheur a ce siecle corrompu par le levain des
Pharisiens, e'est-a-dire par l'hypocrisie, si toutefois
on la pent nommer ainsi, puisqu'elle ne se peut
plus cacher tant elle est repandue, et ne cherche
meme plus a se cacher tant elle est impudente.
I'ne corruption contagieuse circule aujourd'hui
dans tout le corps' de l'Eglise et y repand une ma-
ladie d'autant plus desesperee qu'elle est plus nni-
verselle, et d'autant plus dangereuse qu'elle est
plus interieure. Si un herelique s'elevait contre
elle et lui faisait une guerre ouverte, on le mettrait
dehors et il secherait. Si un ennemi public l'atta-
quait par une violence publique, elle se cacherait
peut-etre, et eviterait sa fureur. Mais maintenant
que chassera-t-elle, ou de qui se each era- t-elle ?
lis sont tous ses amis et tous ses ennemis. lis sont
tous ses intimes, et tous ses adversaires. Us sont
adversante et jactante naviculam, videntes Dominum
ambulantem super mare, et putantes esse phantasnu, ita
ut clamarent pia? titnore : nonne apertaai meridiani
suspicionem dcemonii prajtenderunt? Et recurdaaiini
Scripturs dicentis, quia quarta vigilia noctis venit ad
eos ambulans supra mare. Quarto igilur, id est supremo
demum loco, haec tenlatio formidetur, et quo se in
summo stare quis viderit, eo sibi vigilanlius ab incursu
et daemonio meridiano cavendum intelligat. Porro Dis-
cipulis verus se manifestiivit Meridies in eo quod audie-
runt : Ego sum, no/ite timere; et falsi suspicio ab eis
depulsa est. Utiaam et nobis, quoties pdliata falsitas
molilur irrepere, emittat lucem suam et veritalcm suam
ad prodendam illam oriens ex alto verus Meridies, et
dividat lucem a tenebris, ut non nolcmur a Prnpheta
tanquam ponentes lucem lenebras, el teneOras lucem.
14. Adhuc, nisi tadio fuerit longiludo sermonis, has
quatuor lentaliones tentabo suo ordine assignare ipsi
corpori Christi, quod est Ecclesia. Et ecce quam bre-
vius possum percurro. Videte primitivam Ecclesiam, si
non primo pervasa est acriter nimis a timore nocturno.
Erat cnim nox, quando omnis qui iuterficeret sanctos,
trbitrabatur obsequium se praestare Deo. Hao autem
tentatione devicta et sedata tempestate, inclyta facta est,
et juxta promissionem ad se factam, in brevi posila in
superbiam sajculorum. Et dolens inimicus quod frus-
tratus esset, a timore nocturno converlit se callide ad
sagittam volantem in die, et vulneravit in ea quosdam de
Ecclesia. Et surrexerunt homines vani, cupidi glorice, et
voluerunt sibi facere nomen : et exeuiitcs de Ecclesia,
diu eamdem matrem suam afflixerunt in diversis et pcr-
versis dogmalibus. Sed heec quoque pestis depulsa est
in sapientia sanctorum, sicut et prima in palieatia mar-
tyrum.
15. En tempora ista libera quidem Deo miserante ab
utraque ilia malitia : sed plane fceda a negotio per am-
bulante in tenebris.\'& generationi huic a fermento Pha-
risaiorum, quod est hypocrisis ! si tamen hypocrisis dici
debet, qus jam latere prae abundatia non valel, et pra?
impudentia non quaerit. Scrpit hod e putida tabes per
omne corpus Ecclesiae, et quo latius, eo desperalius ;
eoque periculosius, quo inlerius. Nam si insurgere
apertus iniaiicus haereticus mitlcretur foras et aresceret :
si violentus inimicus, absconderet se forsitan ab eo.
Nunc vero quern ejiciet, aut a quo abscondet se?
Omnes amici, et omnes inimici : omnes necessarii, el
TRENTE-QUATRIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
321
tous ses domestiques, etil n'yen a pas un qui vive
en paix avec elle. lis sont (ous ses proches, et ils
cherchent tous leurs interets. Ils sont ministres de
Jesus-Christ, et ils servent l'Antechrist. Ceux qui
ne rendent aucun honneur a Dieu, sont charges ties
biens de sa maison. C'est de la que vient cet eclat
digne de courtisanes, ces habits de comediens,
cet appareil royal que vous voyez tous les jours.
De la l'orqui brille aux mors de leurs chevaux, a
leurs selles et a leurs eperons, a leurs eperons, dis-
je plus magnifiques que les autels. De la ces tables
chargeesde services spleudides etde mets delicieux ;
de la ces exces de bouche, ces debauches, ces gui-
tares, ces lyres et ces flutes, de la ces celliers qui
regorgent d'une abondance de toutes choses, ces
pots remplis de parl'ums precieux, et ces cotTres
Elle a la pais, et elle n'a point, la pais Sapaixn'est
pas troublee par les pa'iens. Elle est en paix du cMe
des heretiques, mais elle n'a point la paix de la
part de ses enfants, et c'est aujourd'hui, a propre-
ment parler, qu'elle fait cette plainte : « J'ai nourri
des enfants, je les ai eleves, et,apres cela, ilsm'ont
meprisee. » Ils m'ont meprisee et deshonoree par
les desordres de leur vie, par des gains honteux,
par des commerces infames, et enfln par toutes
sortes d'oeuvres de tenebres. II nereste plus qu'une
chose, c'est que le demon du midi sorte et s6-
duise le peu qui n'aient pas encore perdu leur sim-
plicite. Car il a englouti des fleuves de sages et
des torrents de puissants, comme parle 1'Ecriture,
et il espere engloutir encore les eaux du Jourdain
(Job. xi.i, 18), c'est-a-dire les personnes simples
d'eglise, doyen, archidiacre, eveque et archeve-
que. Car ces digniles ne se donnent pas au me-
rite, mais au trafic infame qui s'en fait dans les
tenebres.
16. II a etc fait autrefois de l'Eglise, une pro-
phi'tie dont nous voyons maintenant l'accomplis-
La persecu-
tion la plus
grave pour
l'Eglise est
Celle qui lui
vient de ses son amerlume devrait etre plus amere (ha. xxxvm,
merabres. r
7). Elle a ete amere dans les supphees des martyrs.
Elle a ete plus amere dans ses combats contre les
heretiques. Mais elle est maintenant tres-amere
dans les moeurs de ses membres. Elle ne pent ni
les eloigner d'elle, ni s'eloigner d'eux, tant ils se
sont etablis puissamment et multiplies jusqu'a
l'infmi. Sa plaie est interieure ; elle est incurable.
C'est ce qui fait que son amertume est tres-amere
au milieu de la paix. Mais au milieu de quelle paix?
oranes adveisnrii : omnes domestic!, et liulH pacific! :
omnes proximi, et omnes qua) sua sunt qii.-oiiint. Mi-
nistri Christi sunt, et servinnt. Antrichristo. Honorati
incedunt de bonis Domini, qui Domino honorem non
deferunt. Inde is quern quotidie vides merctricius nitor,
histrionicus habitus, regius apparatus. Inde aurum in
I'renis, in sellis et calcaribus : et plus ealearia, quam
altaria fulgent. Inde splendida; nieusa! et cibis, et scy-
phis : inde comessaliones et ebrietates ; inde cilhara,
et lira, et tibia ; inde redundantia torcularia, et promp-
tuaria plena, eructanlia ex hoc in illud. Inde dolia ; ig-
mentaria, inde referta marsupia. Pro bujusmodi volunt
esse et sunt ecclesiai'um prEcpositi, decani, archidiaconi,
episcopi, archiepiscopi. Nee enim haec merito cedunt,
sed negotio illi, qimd perambulat in tenebris.
16. Olim praedietum est, et nunc tempus impletionis
advenit : Ecce in pace umariludo mea amarissima. Amara
prius in nece martyrum, amarior post in conflictu haere-
ticonim, amarissima nunc in moribus domesticorum.
Non fugare, non fugere eos potest : ita invaluerunt, et
multiplicati sunt super mtmerum. Intestina et insana-
bilis est plaga Ecclesiae : et ideo in pace amariftido ejus
amarissima. Sed in qua pace? Et pax est, et non est
t. rv.
pax. Pax a paganis, et pax ab haereticis; sed non pro-
fecto a filils. Vox plangentis in tempore isto : FiHos
cnutrioi el exaltavi, ipsi iiutem spreverunt me. Spreve-
runt ct maculaverunt me a turpi vita, a turpi qusestu, a
turpi cemmercio, a negotio denique perambulante in
tenebris. Superest ut jam de medio fiat dajmonium me-
ridianum seducendos si qui in Christoresidui sunt,adhuc
permanentes in simplicitate sua. Siquidem absorbuif
fluvios sapientium, et torrentes potentium.e^ habet fidu-
ci/vn ut Jordanis influat in os ejus, id est simplices et
bundles qui sunt in Ecclesia. Ipse enim est Anticbristus,
qui se non solum diem, sed et meridiem mentielur, el
extolleiur supra id quod dicilur, aut quod colitur Deus :
quem Dominus Jesus interficiet spiritu oris sui, et des-
truel illusfratione adventus sui, utpote verus et asternus
Meridies, Sponsus et Advocatus Ecclesia?, qui est super
omnia Deus benedictus in sa?cula. Amen.
SERMO XXXIV.
In quo tractatur de humilitate et patientia,
1. Siignoras te,opulchra inter mulieres, egredere,et abi
post fjreges sodalium tuorum, et pace hredos tuos juxta
21
4. Celle do
l'Antechrist.
pleins de tresors immenses. C'est pour tout cela et humbles qui sont dans l'Eglise. Car c'est lui qui
qu'on veut etre, et qu'on est, en effet, prevot est l'Antechrist, il ne contrefera pas seulement
le jour, mais encore le midi, il foulera aux pieds
les choses les plus saintes, et s'elevera au dessus
de tout ce qui est appele Dieu, et honore comme
tel. Mais le Seigneur Jesus-Christ le tuera du souf-
fle de sa bouche, et le detruira par 1'eclat de son
avenement, car il est le veritable et eternel midi
sement ; il a ete dit que ce serait dans la paix que l'epoux et le defenseur de l'Eglise, et un Dieu
eleve au dessus de tout, et beni dans tous les
siecles. Ainsi soit-il.
SERMON XXXIV.
De thumilite et de la patience.
1. « Si vous ne vous connaissez pas vous-m&me,
6 la plus belle de toutes les femmes, sortez, et allez
apres les troupeaux de vos compagnous, et paissez
322
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
vosboucsaupresdestentes dcspasteurs (Cunt, i ,7).»
Autrefois Molse, presumant beauco\ip de la grace
et de la familiarity de Dieu, aspirait a une grande
vision, et disail a Dieu : « Si j'ai trouve grace ,ic-
vant vos year, montrez-vous vous-meme a moi
(Exod. xxxin. 13). >> Mais, au lien de cette vision
le demon, et cetle patience si longue et si eprou-
vec, il a soin de l'humilier anparavant parplusieurs
demandes assez rudes, afin de le preparer a rece-
voir 1'abondance des benedictions qu'il a dessein de
repandre sur lui !
2. Mais cYst pen que nous souffrions volontiers Comment on
ljuiconque
aspire a de
grandes
choses doit
avoir d'hum-
bles fenti-
meots de soi.
Quand Dieu
nons hnmilie
e'eatun signe
qne sa gr.ice
est procne.
qu'il denian.lait.il en eut nne moindre, par laquelle que Dieu dous humilie par lui-mgme si nous d.oit rec'v»ir
tontefois il pouvait un jour arrive.- a cello qu'il de- n'avons le m6me sentiment, lorsqu'il nous humilie itatq">m
strait. De meme les enfonts de Zohedee, dans la par les liommes. Ecoutez sur ce sujet un grand "BE^H
simplicile de leur ame, concurent aussi un souhait exemple de David. Un jour, un homme, et cat
bien liardi, mais ils furent ramenes au degre par homme Stall un de ses serviteurs. I'outragea de
ou ils devaienl monter pour arriver a ce qu'ils de- paroles; mais lui ne sunlit point les injures dont on
mandaient; de meme ici l'Epouse, comme elle sem- le coirvrait, car U pressentait la gracede Dieu (l\Reg.
ble demander une grande chose, se voit humiliee, xvi.10). « De quoi voussouciez-vous, cnfintsdeSer- Patience de
par une lvponse severe, nuns utile neanmoins et via? » 0 homme vraimenl selon le coeur de Dieu, i"™?™™'
pleine d'affection. Car il faut que celui qui aspire a qui crui devoir plut6t se Richer contre celui qui
de grandes choses ait d'humbles sentiments de soi; voulait le venger, que contre celui qui lui adres-
puisque, ens eleyant au dessus desoi, il pent lumber sait de sanglantes injures! Aussi sa conscience ne
memede 1'elat ou il etait auparavant. s'il n'est so- lui reprochait-elle rien lorsqu'il disait : « Si j'ai
Udement atlermi dans lavraie humilite. Et, parce rendu le mal qu'on ma fait, e'est avec justice que
que les plus grandes graces ne s'obtiennent que par je succomberai sous l'ellbrt de mes ennemis (Psat.
le mente de l'liumihle, il faut que celui qui doit vn, 4). » II defendit done qu'on empechal celui qui
les recevoir soit humilie par de severes repriman- 1'outrageait avec insolence, de le charger d'injnres
des, afin qu il se rende digne, par son humilite, des parce qu'il les regardait comme un gain pour lui
faveurs qu'il desire. Lors done que vous voyez II ajoute meme :« C'esl le Seigneur qui l'a envoye
qu'on vous humilie, prenez cela pour une bonne pour maudire David. » Certes il etait bien selon le
marque et pour une preuve certaine que la grace coeur de Dieu, puisqu'il connaissait si bien ce qu'il
de Dieu est proche. Car, comme l'ame s'eleve par v avait dans son cosur. Une langue mechante le de-
l'orgueil avant de tomber, il faut quelle s'abaisse chirait cruellement, et lui avait l'ceil sur les secrets
parlhumihte avant d'etre elevee. Aussi, lisez-vous jugements de Dieu. La voix de celui qui le mau-
egalement ces deux verites, que Dieu resiste aux dissait frappait ses oreilles, et sou ame shumiliait
superbes, et qu'il donne sa grace aux humbles pour recevoir des benedictions. Est-ce que Diet.
(Jacob, iv, 6). Et nevoyons-nous pas encore que, etait dans la bouche de ce blasphemateur? A TJieu*
lorsqu'il veut recompenser liberalement son servi- ne plaise. Mais il se servait de lui pour humilier
teur Job, apres celte insigne victoire remportee sur David. Et le Prophcte ne l'ignorait pas, car Dieu lui
tabernaculu pastorum. Olim sanctus Moyses, quoniam
mullum praesumebat de gratia et familiarilate, quam,
invenerat apud Deum, adspirabat ad quamdam visionem
magnam.iia ut diceret Deo : Si invent graliam in oculis
tow, oslende mihi teipsum. Accepit autem pro ea visio-
nem lunge Inferiorem, ex qua tamen ad ipsam quam
volebat, posset aliquando pervenire. Filii quoque Zebe-
daei in simplicitate cordis sui ambulantes, magnum aliquid
et ipsi ausi sunt, sed ad gradum nihilominus sunt re-
ducti, per quern fuerat ascendendum. Ila et modo
Sponsa, quoniam rem grandem postulare videtur, repri-
mitur sane ausleriori responsione, sed plane ulili et
fideli. Oportet namque liumiliter sentire de se nitentem
ad alliora : ne dum supra se attollilur, cadal a se, nisi in
se urmiter per veram humilitatem fuerit solidatus. Et
quia nisi humilitatis merito maxima minime oblinentur,
propterea qui provebendus est, corrcptione humiliatur,
humilitate meretur. Tu ergo cum te humiliari videris'
habeto id signum in bonum omnino argumenlum gratiee
propinquantis. Nam sicul anle ruinam exallatur cor, ila
ante exaltationem humiliatur. Sane utrumque le'ds
Deum scilicet et snperbis resistere, ct humilibus dare
gratiam. Nonne denique servum suum .lob, cum post
insignem triumphum, tantam et tam probatam ipsius
patientiam larga rcmunerandam benedictione censeret,
prius in multis et dislrictis percunctatiouibus liumiliare'
curavil, et sicparare viam benedictioni?
2. At p;irum est cum per ssipsum lmmiliat nos Deus,
si tunc- libenter accipimus; nisi quando et per alium hoc
tacit, sapiamus similiter. Quamobrem accipite bnjus rei
mirabile docttmentum de sanctu David. Aliquando ma-
lediclum est illi et a servo : at ille nee oumnlatam
injuriam sensit, quia prassenMI gratiam. Quid mild, ait,
et vobis, filii Survice? 0 vere horriinem secundum cor
Dei, qui se ulciscenti, potius, quam cxprobranli succen-
sendum putavit. Unde et secura conscicnlhiloquebatur:
S;' reddidi retribuentibus mihi main, decidam merito ab
inimicu meis inanis. Vetuit ergo prohiberi maledicum
convicianlem, qusestum aestimans maledicta. Et addit :
Dominus mistl ilium ad mated icendum David. Prorsus
secundum cor Dei, qui de cordc Dei ferebat sententiam.
Saaviebat lingua maledica, et ille intendebat quid in
occulto ageret Deus. Vox maledicenlis in auribus, et
animus inclinabatse ad benedictionem. Numquid in ore
blasphemi Deus? Absit. Sed eo ususest ad humiliandum
David. Nee laluit prophetain, quippe cui incerta et
TRENTE-QL'ATRIEME SERMON SLR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 323
.wait decouverl les secrets les plus caches de sa sa- et que nos holocaustes soient gras et parfaits. Car
gesse; aussi a-t-il dit : « Ce m'est un grand la seule humilite qui est parfaite merite la grace
bien que vous m'ayez humilie, afin que je sois jus- de Dieu. Tandis que celle qui est contrainte ou for-
tifie [Psal. i.lxviu, 71 . » cee, comme est l'humilile de celui qui se contient
Difference 3 J'ovez-vous comrae I'lii linilite nous justifie? avec patience, si elle obtient la vie, a cause de la
l'humiiiie et Je dis rhumilite, non pas 1'humiliation. Que de patience, elle ne saurait avoir la grace a a cause
n gens sont humilies, et ne sont pas humbles ! Les de la tristesse qui Laccompagne. Car cette parole
uns ont de l'aigreur de se voir humilies, les autres
le soulfrent avec patience, et les autres avec joie.
Les premiers sont coupables ; les autres sont inno-
cents ; et les derniers sont justes ; l'innocence est
bien une partie de la justice ; mais rhumilite seule
de 1'Ecritare : « que l'humble se glorifie de son
elevation ; a ne convient point'a celui qui est en
cet etat, parce qu'il n'est pas humilie de bon cceur
et avec joie.
i. Mais voulez-vous voir un humble qui se glo-
^"Jii'^ en fait la perfection. Celui qui peut dire : « Je me rifie comme il faut, et qui est vraiment digne de
rhumilite. trouve bien de ce que vous m'avez humilie est gloire? « Je me plorifierai volohtiers, dit 1'Apdtre,
vraiment humble ; » celui qui souffre de se voir dans mes infirmites, afin que la vertu de Jesus-
humilie, ne pent pas dire cela, et encore moins ce- Christ habite en moi (2 Cor. xii. 9). » 11 ne dit pas
lui qui en murmure. Nous ne promettons la re- qu'il souffre patiemment ses infirmites, mais qu'il
compeuse de 1'humiliation ni a Tun ni a l'autre, s'en glorifie volontiers, temoignant ainsi qu'il lui
quoiqu'ils soient bien differeuts entre eux, et que estavantageux d'etre humilie, et qu'il ne lui suffit
l'un possede son ame par la patience, an lieu que pas de posseder son ame en patience, et de souffrir
Uui est
bumble.
l'autre la perd par son murmure. Et quoiqu'il n'y
en ait qu'un qui soit digne de colere, nil'un ni l'au-
tre neanmoins ne meritent la grace, parce que
Dieu ne la donne pas a ceux qui sont humilies,
mais a ceux qui sont humbles. Or celui-la est hum-
ble qui tourne 1'humiliation en humilite, et c est
lui qui dit a Dieu : « Je me trouve bien de ce que
vous m'avez humilie [Jacob, iv. 6). » Ce qu'oc souf-
fre avec patience, evidemment n'est pas un bien,
mais une chose facheuse. Or nous savons que Dieu
aime celui qui donne gaiement (2 Cor. iv. 9). C'est
pour cela que lorsque nous jeunons, on nous or-
donne de nous parfumer la tele et de nous laver le
visage Mattk. vi. 17), afin que nos bonnes ceuvres
soient assaisonnees d'une certaine joie spirituelle,
patiemment d'etre humilie, s'il ne recoit encore 'a
grace, de se rejouir de letre. Ecoutez une
regie generale sur ce sujet : « Quiconque s'hu-
milie sera eleve (Luc. xiv, 11). » Par ou Jesus-
Christ marque certainement qu'il ne faut pas en-
tendr eque toute sorte d'humilite doit etre elevee,
mais qu'il n'y a que celle qui part d'une volonte
libre, non celle qui est accompagnee de tristesse
ou qui vient de necessite. De metne, dans le sens Quelle
contraire, ce ne sont pas tous ceux qui sont eleves et^eiaitte'*
qui doivent etre humilies, mais ceux-la seulement VoirleXXI
sermon
divers.
a Saint Bernard entend parler ici de la grace speciale pro-
mise ati humbles en ces termes : > Dieu donne la grace am
hnmbles, * grace non-seulemeut interieure mais encore eiterieure
qui consisle dans I'eialtationqui lenr est reservee meme eD cette Tie.
occulta sapientiae suae manifestaverat Deus, et ideo
dicil : Bonum mihi quod humiliasti me, ut discam justi-
ftcationes tu
'&. Vides quia hnmilitas justifies! nos? Humilitas dixi,
it nun humiliatio. Quanti humiliantur, qui humiles non
snot? Alii cum rancore humiliantur, alii patienter, alii
et libenter. Primi rei sunt, sequentes innoxii, ultimi
justi. Quanquam et innocenlia portio justitiae est, sed
consummatio ejus apud bumilera. Qui autem dicere
potest : Bonum mihi quia humiliasti me, is vere bumilis
est. Non potest hoc dicere qui invitus tolerat : minus,
qui murmurat. Neutri horum promittimus gratiam, quod
humiliatur : etsi sane longe hi duo a se difierant, et
alter quidem in patientia sua possideat animani suam,
alter in suo murmure pereat. Sed enim etsi unus iram,
neuter tamen gratiam promeretur, quoniam non humi-
liatis, sed humilibus Deus dat graliam. Est autem hu-
milis, qui humiliationem convertit in humilitatem, et
ipse est qui dicit Deo : Bonum mihi quod humiliasti me .
Nemini proreus, quod patienter fert, bonum est, sed
plane molestum. Scimus autem, quod hilarem datorem
diligit Deus. Unde et cum jejunamus, jubemur caput
nostrum ungere oleo, et faciem lavare, ut nostrum sci-
licet opus bonum spirituali quodam gaudio condiatur, et
bolocaustum nostrum pingue fiat. Etenim sola gratiam,
quam praefert, meretur laeta et absoluta humilitas. Quae
enim coacta fuerit vel extorta, qualis utique est in viro
patiente illo qui possidet animam suam ; baec, inquam,
humilitas, etsi vitam obtinet propter patientiam, propter
Iristiliam tamen gratiam non habebit. Non enim con-
gruit ei, qui ejusmodi est, illud Scripturs, Glorietur
humilis in exattatione sua : quoniam non sponte humi-
liatur, neque libenter.
4. Vis i item videre humilem recte gloriantem, et vere
dignum gloria? Libenter, inquit, gloriabor in infirmita-
tibus meis, ut inhabitet in me virtus Chrisli. Non dicit
patienter se ferre infirmitates suas; sed et gloriari, et
libenter gloriari in illis, probans etiam sibi bonum esse,
quod humiliatur : nee sufficere omnino, ut possideat
animam suam tanquam patienter humiliatus, nisi et
gratiam accipiat tanquam sponte humiliatus. Generalem
vero hinc audi regulam : Omnis qui se humiliat, ait,
exa/tabitur. Significat profecto, non omnem exaltaadam
esse humilitatem, sed earn tantum, quae de voluntate
venit, non ex tristitia, nee ex necessitate. Nee enim per
contrarium omnis qui exaltatur, humiliandus erit : sed
3ii
OELVRES DE SAINT BERNARD.
qui s'elevent eux-niemes par un mouvement de
vanity volontaire. Ce rfest done pas celui qui
est humilie, mais celui qui s'humilie volonlaiiv-
ruent, qui sera eleve & cause du merite desa volonte.
Car quoique la matiere de 1'huxoilite lui soit four-
nie par un autre, par example, par les opprobtvs,
les pertes, les supplices, cela ne fail pasqu'on puisse
dire quee'est un autre qui l'liuiuilie. plutAt qu'il
ue s'iiuiuilie lui meme, s'il se resout a souU'rir tou-
tes ces choses sans rieu dire et avec joie pour l'a-
mour de Dieu.
5. Mais je m'emporle trop loin. Je sais bien que
vous soutTrez uvec patience, mes longvieursen vous
parlaut de l'humibite et de la patience. Revenons a
uotre point de depart, car nous n'avons dit tout cela
qu'a l'occasion de la rcponse doul L'Epoux a era
devoir huniilier 1' Spouse, qui presume de s'elever
a de grandes choses. Et ce n'est pas pour lui en
faire un reproche, mais pour lui donuer sujet de
inontrer davantage son humilile, et pour la rendre
plus digue de choses plus exeelleutes, et plus capa-
ble de recevoir celles meme qu'elle demaudait.
Mais puisque nous ne sommes qu'au commen-
cement de ce verset, nous en remettrons Implica-
tion a une autrefois, si vous le voulez bien, de peur
que les paroles de l'Epoux ne soient traitees ou en-
lendues avec ennui. Ce dont veuille preserver
ses serviteurs, Jesus-Christ uotre Seigneur qui
est Dieu par dessus tout, et beni dans tous les
siecles. Ainsi soit-il.
SERMON XXXV.
• a!. Tideo.
Deux reprimandes que I Epnux fail a I'fipome. II y a
deux ignorances particulierement a craindre et
A fair.
1. « Si vous ne vous connaissez pas, sorlez
(Canl. l, 17). » Cetle reprimande est dure et apre,
puisqu'il lui dit de sortir. Carc'est de cette facou
que les maitres ont coutume d'en user envers les
serviteurs, lorsqu'ils sont irriles contre eux, et que
les maitresses parlent a leurs servantes, lorsqu'elles
en out et! gravement offensees. Sortez d'ici, disent-
ils, allez, que je ne vous voie plus, retirez-vous de
mamaison. L'Epoux se sert, en parlant a l'Epouse,
d'une parole aussi rude et aussi amere, si toutefois
elle ue se connait pas elle-meme. Car il ne lui
pouvait i i.'ii dire de plus fort, ui de plus capable
de l'effrayer, que de la menacer de la faire sorlir.
Ce que vous reinarquerez aiseinent, si vous pre-
nez garde d'ofi il lui coinmande de sortir, et oil il
veut qu'elle aille. Car d'ofi et oil pensez-vous
que ce soit, sinou de l'esprit a la chair, des bieus
de lame au desir du sieele, d'un repos interieur, Pour u"? d
1 ' que d eli.
au limit du monde, et au tracas des soins exte- renvojee par
rieurs ? Toutes choses oil il u'y a que travail, dou-
leur et aftlictiou d'esprit, car lame qui a une fois
appris du Seigneur, et recu de lui, la grace de ren-
treren elle-meme, de soupirer apres la presence de
Dieu dans le fond de son cceur, et de chercher tou-
jours sa face adorable, (car Dieu est esprit, et il
faut que ceux qui le cherchent, marcheut et vivent
selon l'esprit, nonselon la chair ;) cette ame, dis-je,
C'C5t UD
grand
chatiment
ame
Dieu aux
creatures.
tantnm qui se exaltat, huniiliabitur, nimirum ob volun-
tariam vanitatem. Ita ergo non qui humiliatur, sed qui
sponte se bumiliat, exultabitur, utique ob meritum vo-
luntatis. Esto enim quod bumilitatis materia per alium
ministratur, verbi gratia, probra, dauma, supplicia : non
tamen idcirco recte ab alio, quani a semelipso humilhtus
ille dicetur, qui ilia omnia tacita et laita conscientia,
causa Dei subeunda decreverit.
5. Sed quo progredimur '.' Paticnter, ut sentio, " sus-
tinelis excessum in veibo de hiuniiitatc et patienlia :
sed revertatnur ad locum, de quo digressi sumus. Id
namque incidit nobis ex occasione respunsi, quo grandia
praesumentem Sponsam reprimendam censuit Sponsus,
et non ad insipicntiam illi : sed ut sane ex eo probabi-
lions et majoiis bumilitatis daretur occasio, per quam
dignior potiorum, atque eorum ipsorum quae pelebat,
capacior efficerctur. Verutntamem quia adhuc in januis
sumus praescntis capiluli, discussionis ejus initium prin-
cipio, si placet, sermonis alteiius ordiamur, piajserlim
ne verba Sponsi vet recenseantur cum taedio, vel au-
diantur. Quod ipse avertat a servis suis Jesus-Chrislus
Dominus noster, qui est super omnia Deus benedictus
m saecula. Amen.
SERMO XXXV.
De mcrepali'ine ilma, tjunm facit Spormts ad Sponsam:
et duplici ignorantia nimirum pavenda et
fugienda.
i. Si te, inquit, ignoras, egredere. Dura et aspera in-
crepalio, quod dieit, egredere. Hoc quippe verbuni ser-
vi audire soient a valde irascentibus et indignantibus
douiinis, vel ancilla: a domioabus suis, cum graviter
illas oflenderinl : Km bine, exi a me, egredere a cons-
peotu meo et a domo isla. Hoc ergo vcrbo aspero et
amaro satis, nimiumque increpatorio utitur modo Spon-
sus contra dilectam, sub conditione tamen, si seipsam
ignoraveril. Nil quippe validius efficaciusve ad teiren-
duin potuit in earn intendere, quam ut egredi minaretur.
Quod et tu adverlere potes, si bene atlendas, unde,
quo egredi jubeatur. Undo enim, quo putas, nisi de
spiritu ad carnem, de bonis animi ad seecularia deside-
ria, de interna requie mentis ad mundi slrepitum, et
inquietudinem curarum exteriarum ? In quibus omnibus
non est nisi labor et dolor, atque afilictio spiritus. Que
enim anima semel a Domino didicit et accepit intrire
ad <eipsam, et in intimis suis Dei prassentiam suspirarc,
et quaerere faciem ejus semper (spiritus est enim Dens:
TRENTE-CINQUIEME SERMON SUR
ne croira-t-elle point qu'il est moins liorrible et
moius insupportable d'eprouver, pour un temps, le
feu de l'enfer, que de s'abandonner de nouveau
apres avoir goute une fois la douceur decesexercices,
aux attraits, ou plulot aux tourraents de la chair, et
a la curiosile insatiable des sens, del'eeil,parexem-
ple, qui, comme dit l'Ecclesiaste, «neselasse jamais
devoir non plus que l'or-eille d'ouir (Eccles. 1, 25). »
Ecoutez un bomme qui avait experimente ce que
nous disons : « Vous etes bon, Seigneur, a ceux
qui esperent en vous, a l'ame qui vous clierehe
(Thrcn. nr, 25) ! » Si quelqu'un eut voulu oter a
cette ame sainte la jouissance de ce bien, je crois
quelle l'eut pris comme si on l'avait arrachee du
paradis et de l'entree de la gloire. Ecoulez-en en-
core un autre, qui est semblable a celui-ci. « Tous
les desirs de mon cceur tendent vers vous, rues
yeux vous cbercbent sans cesse, je chercherai, Sei-
gneur, la beaute de votre visage (Psal. xxvi, 8). »
Aussi, disait-il encore : « Ce m'est un grand bien
d'etre attache a Dieu (Psal. lxxii, 28). » Et en parlant
a son ame : » Goiitez le repos, mon ame, puisque
le Seigneur vous a cornblee de ses biens (Psal.
llxiv, 7). « Je dis done que celui qui a une fois
recu cette faveur, n'apprehende rien tant que d'e-
tre abandonne de la grace, et de se trouver oblige
de retourner vers les consolations, ou plutot les de-
solations de la chair, et de supporter encore les tu-
multes des sens.
2. C'est pourquoi cette menace est terrible et
redoutable : « Sortez et paissez vos boucs. » Car
c'est comme s'il disait : sachez que vous ete"s indi-
LE CANT1QUE DES CANTIQUES.
325
et qui quserunt eum, oportet cos in spiritu ambulare, et
non in carne, ut secundum carnem vivant), talis, in-
quani, anima nescio an vel ipsam gehennam ad tempus
experiri horribilius psnaliusve ducat, quam post spii-i-
tualis studii hujus gustatam semel suavitatem exire de-
nuo ad illecebras, vel potius au molcstias carnis, sen-
suumque inexplebilem rcpetere curiositatem, dicenle
Ecclesiaste : Oculus non impletur visit, nee auris auilitu.
Audi enim hominem expertum qua; loquimur. Bonus
es, inquit, Domme, sperantibus in le, anima gucerenti
te. Ab hoc bono si quis avertere sanctam illam animam
conaretur, puto hand secus- accepisset, quam si se de
paradiso, et ab ipso introitu glorias conspiceret delurba-
ri. Audi adliuc et alium similem huic. Tibi dixit eor
meicm, ait, exquisivit te fades mea faeiem tuam Domine
requiram. Unde et dicebat : Mihi autem adhterere Deo
bonum est. Et item loquens ad animam suam dicit : Con-
verter anima mea in requiem tuam, quia Dominus be-
nefecit tibi. Dico ergo vobis : Nihil est quod in tantum
fomiidet, quisquis hoc bene(icium semel accepit, quam
ne gratia derelictus, necesse habeat denuo egredi ad
carnis consolationes, imo desolationes ; rursumque car-
nalium sensuum sustinerc tumultus.
2. Terribilis proinde et nimis formidolosa comminatio:
Egrederc, el pasce /tados tuos. Quod est, indignam te
noveris ilia tua familiari et suavi rerum contemplatione
coelestium, intelligibilium, divinarum. Quamobrem egre-
gne de la contemplation douce et familiere des
choses celestes, intellectuelles et divines, dont vous
jouissez. C'est pourquoi, sortez de mon sanctuaire,
qui est votre cceur, oil vous avez coutume de puiser
avec plaisir, les sens secrets et sacres de la verite et
de la sagesse ; et, comme une personne toute secu-
liere, appliquez-vous a. repaitre et a rejouir les sens
de votre ehair. Car, par ce mot boucs, on entend le
peche, et, au jugement dernier, ils doivent etre
places a la gauche, ils figurent les sens du corps
qui sont volages et insoumis, et, comme autant de
fenetres par lesquelles le peche et la mort sont en-
tres dans l'ame. A quoi se rapporle fort bien ce
qui suit : « Aupres des tentes des pasteurs (Cant, l,
8).» Car lesboucsne paissentpas comme les agneaux
au dessus, mais aupres des tentes des pasteurs. En Ouelssontle
effet, si les pasteurs qui sont vraiment tels ont des qui ont cou-
tentes faites de terre et placees sur la terre, je veux pUa7tre1e»
parler de leurs corps, tant qu'ils combattent encore, amen.
ils n'ont pas coutume neanmoins de repaitre de
terre les troupeaux du Seigneur, mais de paturages
celestes, parce qu'ils ne leur prechent pas leur
propie volonte, mais celle du Seigneur. Quant aux
boucs, qui sont les sens du corps, ils ne cherchent
point les choses celestes ; mais, aupres des tentes
des pasteurs, dans tous les biens sensibles de ce
monde, qui est la region des corps, ils prennent
de quoi irriter plutot que rassasier leurs desirs.
3. Quel honteux changement de gout apres avoir
nourri son ame de meditations sacrees pendant son
pelerinage et son exil, comme des biens celestes,
apres avoir eherehe le bon plaisir de Dieu et les
dere de sanctuario mco, corde tuo, ubi secretos sacros-
que veritatjs ac sapientias sensus dulciter haurire sole-
bas ; et magis tanquam una de saecularibus, pascendis
et oblectandis tuae carnis sensibus intricare. Hoedos
quippe (qui peccatum significant, et injudicio collocandi
sunt a sinistris) dicit vagos et petulantes corporis sen-
sus, per quos peccatum, tanqnam mors per fenestras,
intravit ad animam. Cui et bene congruit quod sequitur
in Scriptura, juxta tabernaeula pastorum. Non enim
supra, sicut agni, sed juxta tabernaeula pastorum hcedi
pascuntur. Pastores siquidem, qui veri pastores sunt,
licet tabernaeula habeant de terra et in terra, corpora
videlicet sua, in diebus quibus nunc militant; non tamen
de terra, sed de ccelestibus pascuis greges dominicos
pascere consueverunt : neque enim suam eis, Domini
praedicant voluntatam. At hcedi (qui sunt corporis sen-
sus) ccelestia non requirunt ; sed juxta tabernaeula pas-
torum, in omnibus videlicet bonis sensibilibus hujus
mundi (quae est regio corporum) sumunt, unde sua de-
sideria non tarn salient, quam irritent.
3. Turpis mulatio studiorum ! ut cui ante studii fue-
rat, peregrinantem et exsulem animam suam sacris me-
ditationibus, tanquam cojlestibus pascere bonis, Dei
beneplacitum et mysteria voluntatis ejus inquirere, pene-
Irare devotione ccelos, et mente supernas circuire man-
sioues, salufare patres atque aposfolos et ehoros pro-
phetarum, martyrumque admirari triumphos, ac stupe-
326
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
secrets de sa volonte, pcnetri' les cieux par sa fer-
veur, et sVtrc promene en esprii dans les demeures
des saints, apres avoir salue lesperes, les apdlres, et
les cho?urs des prophetes, admire les triomphes des
martyrs, el con temple avec etonnementlesordies des
anges, de quitter Unites ces choses, de s'assujetir
com me un vil esclave a la servitude du corps, d'o-
beir a la chair, de sutisfaire ses passions brutales
et deshonnetes, el de mendier par toute la terre,
de quoi apaiser, enquelquesorte, sa curiosile insa-
tiable, par la figure du mondequi passe en un mo-
ment. Que mes yeux versent un torrent de larmes
s\ir cette ame qui, apres avoir ete nourrie des mets
les plus excellents (</o6xiv,21), se jetie maintenant
sur des choses immondes. Car, selon l'expression du
saint homme Job, il nourrit unc femme sterile, et
il n'a point soin d'unc pauvre veuve [Cant. i. 7). Et
remarquez que l'Epoux ne dit point simplement
« sortez; mais sortez, et allez apres les troupeaux
de vos compagnons, ct paissez vos boucs. » En
quoi il rue senible qu'il nous avertit d'uue chose
bien considerable. Et qu'esl-ce que e'est? Helas !
e'est qu'il ne permet pas seulement a cette belle
creature qu'il avait jadis placee dans son troupeau,
et qui maintenant s'est preeipitee dans un etat plus
deplorable, de demeurer au moins dans ses trou-
peaux, mais il lui commande d'aller derriere eux.
Comment cela se fait-il, dites-vous? De la facon que
vous lisez dans le Prophete : « L'homme etant dans
l'honneur n'a pas compris, il est devenu sembla-
ble aux betes brutes (Paul. XLV1U, 1). » Voila
comment uue si belle creature a ete mise a la suite
des troupeaux de betes. Je crois que si les betes de
somme pouvaient parler, elles diraient : « Voici
Adam qui est devenu comme t'un de nous, tandis
qu'il etait dans l'honneur (Gen. in, 22), » dit le
Prophete. si vous deinandez en quel honneur; il
habitaii 'tins !>■ paradis, ct il vivait dans un lieu de
delices. 11 ne souffrait aucune peine ni aucune pri- "^"humme"
vation. 11 etait environne de fruits odorifcrants, mi pane
. , , n • ].i i j desa noblesse
couche sur les lleurs, couronnc d honneur et de j ia viie
gloire, ct etabli sur tons les ouvrages surtis des condbi6t™ de5
mains du createur. 11 excellait surlout a cause de
l'eclat qu'il tirait de sa ressemblance avec Dieu, et
il avait commerce ct societe avec la troupe des
anges, et avec toute la mil ice de t'armee celeste.
U. "Mais il a change la gloirc. de sa ressemblance
avec Dieu, « in la ressemblance d'un veau qui
mange de l'herbe. » De la vienl que le pain des
anges est devenu comma le t'oin qu'on porte a
L'etable, el a etc place devanl nous comme devanl
des betes de somme. « En effet. If Verbe s'est tail
chair [Joan, i, l/i). » Or, selon le Prophete, « toute
chair n'est que du loin [ha, xxxx, 6). » Mais ce
foin ne s'est. point seche, el la Ucur n'eu est poinl
lombec, parce que l'esj ril du Seigneur s'est repose
dessus. Aussi, si autrefois la finde loute chair arriva
par le deluge, cefut parce que I'esprit de vie s'ctail
retire. Car Dieu dit : « Mon esprit ne demeurera
plus jamais en l'houime, parce qu'il n'est que chair
| Gen . vi, 3). » Par le norn de chair e'est le vice qui
est marque en cet endroit, non pas la nature. Car
ce n'est pas la nature, mais le peche qui chasse
I'esprit. C'est done a cause du peche que loute chair
est du loin, et que toute sa gloire est comme la
tleur du foin. « Le foin, dit-il, s'est seche, et sa
tleur est tombee [ha. xxxx, 6). » Mais il n'est pas
question la de la tleur qui pousse du rejeton et de
re pulcherrimos ordines angelonim : nunc omnibus his
omissis, turpi se mancipet corporis servifuti ad obedien-
dum carni, satisfaciendum ventri et guise, ad mendican-
dutn in universa terra, unde ex ca quae praetcrit mundi
hujus flgura, suam semper famelicam curiositatem ali-
quatenus consoletur. Esilus aquarum deducant oculi
mei super bujusmodi animam, qua; cum nutrirclur in
croceis, demum amplexatur slercora. Pavit enim, juxa
beati viri scntentiam, stcrilem qua non habebat lilios,
et vidua? non benefecit. Et vide, quia non simpliciter,
egredere ; sed, egredere, inquit, et abi post greges soda-
lium. luorum, at pasce Twedos tuos. In quo (ut mihi vide-
tur) magaas cujusdam rci nos admonel. Quid istud ?
lieu ! quod egregia creatura, jam olim facta de grege,
et nunc in pejus miscrabilitcr proruens, non saltern in-
ter greges remanere permittitur, sed post abirc jubctur.
Quomodo, inquis? Quomodo legis : Homo cum in ho-
nore esset, non intetlexit ; comparator est jumentxs in-
xipientibus, et simiUs foetus est Wis, Ecce quomodo de
grege facta est egregia creatura. Puto, dicerent jumenta,
.-i loqui fas esse! : Ecce Adam factm est quasi unus ex
tobis. Cum in honore esset, inquit. In quo honore, quas-
1 is ? Ilabitabut in paradiso, et in loco voluplatis couver-
■-atio ejus. Nihil inolcstiac, nihil indigentia; sentiebat,
odoriferis stipatus malis, fulcitus lloribus, gloria et ho-
nore coronatus, el conslitutus super opera manuum
Plasmaloris : magis autcni oh insigne divinac similitudi-
nis piaecellebat , et eral II 11 sors et societas cum plebe
angelorum, el cum omai miliiia ccelestis exerci-
tus.
1. y^d mutavil islam gloriam Dei in simililudinem
viluli comedentis fcenum. Ii.de esl quod panis angelo-
rum factus est fcenum posilum in praesepio, appositnm
nobis tanquam jumentis. Yerbum quippe rani factum
est, et juxta Prophetatn, Omnis cam faenum. V fcenum
istud miaime desiccatum est, nee ex co cecidit tlos,
quia requievit super ipsum Spiritus Domini. Propter
hoc namque aliquando linis venit univcrsae carais, quia
spiritua rccesserat vitae. Denique ait : Non permanebit
spiritus mens m homine in teternum, quia earo est. Car-
nis nomine hoc loco vitium desiguari inlelligc, non mi-
turam : nee enim spiritum natura expungit, sed vitium.
Propter tritium er.-;u omnis caro fainum, et omnis gloria
ejus tanquam ftosj eni. Exsiccatwn est, inquit, fanuni,
'/ ce idit flos : sed non illc llos, qui de virga el radice
Jesse ascendit, eo quod requievit super cum Spiritus
Domini : nee illud fcenum, quod Verbum factum est,
pro eo quod sequitur in Propheta : Verbum antral Do-
'anpliquent
point a la
chair do
Verbe.
TRENTE-CINQUIEME SERMON SDRLECANTIQUE DES CANTIQUES.
la racine de Jesse , puisque l'esprit du Seigneur le domestique du Seigneur des armees,
327
le frere
s'est repose sur elle ; ui du foin que le Verbe a ete des esprits bienheureux, et le coheritier des Vertus
fait, puisque le proverbe ajoute ensnite
Mais le
Verbe du Seigneur demeure eternellement [Ibid.
7). » Car si le Verbe est du foin, et que le Verbe
demeure eternellement, il faut aussi que le foin
demeure eternellement. Autrement, comment don-
aerait-il la vie eternelle s'il ne demeurait eternelle-
ment? En effet : « Si quelqu'un mange de ce pain,
il vivra a jamais. » Et il declare de quel pain il
entend parler, lorsqu'il ajoute. : « Et le pain que
je donnerai pour la vie du monde, c'est ma chair. »
Cooiment done ce qui fait vivre eternellement
pourrait-il n'etre pas eternel .'
celestes, par un soudain changement, s'est trouve
couche dans une etable a cause de sa ressemblance
avec les betes, et se vit lie a un ratelier a cause de
sa fureur indomptable, selon ce qui est ecrit :
« Serrez-lui la bouche avec un mors et une bride,
car autrement vous u'en viendrez pas a bout (Psal.
xxxi, 9). » Reconnais pourtant, 6 bceuf, ton pos-
sesseur, et toi ane reconnais l'etable de ton maitre,
atin que les prophetes de Dieu soient trouves justes
dans la prediction de ces merveilles, devenu bete,
reconnais celui que tu n'as pas connu lorsque tu
etais homme. Adore dans l'etable celui que tu
5. Mais souvenez-vous, s'il vous plait, avec moi fuyais dans le paradis. Honore l'etable de celui dont
de ce que le Fils dit au Pere dans le psaume :
« Vous ne permettrez pas que votre saint eprou-
ve la corruption {Psal. xv, 10). » 11 n'y a point de
doute qu'il n'entende parler de son corps, qui etait
couche sausame dans le sepulcre. Car c'est ce saint
que l'ange annonca a la Vierge, lorsqu'il lui dit :
« Et le saint qui naitra de vous sera appele tils
de Dieu [Luc. l, 35). » Comment, en effet, ce foin
qui etait saiut pourrait-il eprouver la corruption,
puisqu'il venait des chastes entrailles de Marie,
comme de prairies toujours verdoyantes, et qu'il
attire sans cesse sur lui les regards des anges qui
le contemplent avec un plaisir immortel? Ce foiu
perdra sa verdeur, si Marie perd jamais sa
virginite. La noumture de l'liomme s'est done
chaugee eu celle des betes, quand 1'homme lui-
de Tliomme. menie s'est change en bete. Helas ! changement
Uonte et
lamentable
changement
tu as meprise le commandement. Mange ce foin
que tu as rejete avec degoiit, lorsqu'il etait pain,
et pain des anges. »
6. Vous me demanderez peut-etre quelle a ete la La cause da
... , ce change-
cause d'un si grand abaissement. II n y en a certai- ment est
nement point d'autre que celle que j'ai deja alle- 1 ignorance.
guee, c'est que 1'homme etant dans l'honneur n'a
pas compris. Que n'a-t-il pas compris? Le Prophete
ne le dit point, rnais nous le dirons : se trouvant eta-
bli dans l'honneur, il n'a pas compris qu'il n 'etait
que Union et que boue, et a pris plaisir dans son
elevation. Aussitot il a eprouve en lui-meme ce
que l'undes enfantsde la captivitea remarque avec
sagesse et ecrit avec beaucoup de verite longtemps
apres, en disant : « Celui qui n'etant rien croit etre
quelque chose, se trompe lui-meme (Gal. vi, 3). »
Malheur a cet infortune qu'il ne se soit point trouve
triste el lamentable, 1'homme qui etait l'habitant quelqu'un pour lui dire alors : Pourquoi, terre et
du paradis, le maitre de la terre, lecitoyen du ciel, cendre, t'enorgueillis-tu? Voila comment unecrea-
mini manel in ceternum. Si enim fcenum Verbum et
Verbum in sternum manet, fcenum quoque necesse est
maneat in sternum. Alioquin quomodo vitam prsbet
sternam, si ipsum minime manet in sternum ? Ait enim:
Si' quis manducaverit ex hoc pane, vice! in (sternum.
Et quern panem elicit, aperit cum subjungit : Et pants
quern ego dabo, caro mea est pro mundi vita. Quomo-
do ergo sternum non est , quo sternaliter vivi-
tur?
". Sed recole nunc mecum vocem Filii ad Patrem
loquentis in Psalmo : Non dabis, inquil, Sanctum tuum
videre corruptionem. Haud dubium quin de corpore
dicat, quod in sepulcro jacebat exanirae. Hoc enim
sanctum et angelos qui nuntiavit Virgin!, locutus est
dicens : Et quod naacetur ex te Sanctum, vucabitur
fi/ius Dei. Quo ergo pacto sanctum fcenum poterat vide-
re corruptionem, quod de incorrupti uteri perpetuo
virore vernontibus passuis ortum, etiam avidos angelo-
rnm in se (igere possit obtulus, insatiabiliter oblectan-
dos? Pcrdat sane fcenura viriditatem, si Maria virgini-
tatem amiserit. Ergo cibus hominis mulavit se in pabu-
lum pecoris, homine mutato in pecus. Heu tristis et
lacrymosa mulatio ' ut homo paradisi accola, _terrs do-
minus, co?li civis, domesticus Domini Sabaotb, frater
beatorum spirituum, et ccelestium cohsres Virtutum ;
repentina se conversione invenerit et propter infirmita-
tem jacentem in stabulo , et propter similitudinem
pecorinatn indigentem fceno , el propter indomi-
tam feritatem alligatnm prssepio, sicut scriptum est :
In camo et freno maxillas eorum constringe, qui non
appro.cimant ad te. Agaosce tamen, o bos, possessorem
tuum, et tu asine, prssepe Domini tui, ut Propbetae
Dei fideles inveaiantur, qui ista sunt Dei mirabilia prs-
locuti. Cognosce, pecus, quem non cognovisti homo ;
adora in stabulo quem fugiebas in paradiso ; honora
prssepium cujus contempsistiimperium; comede fosnum,
quem panem, et panem angelicum fastidisti.
6. Sed qusnam causa, inquis, tants dejectionis ? Pro-
fecto quod homo cum in honore esset, non intellexit.
Quid non intellexit ? Non dicit : nos dicamus. Positus
in honore non intellexit, quod limns esset, honoris fas-
tigio delectatus : et continuo in se expertus est, quod
tanto post tempore homo de filiis captivitatis et pruden-
ter advertit, et veraciter protulit, dicens : Qui se putat
aliquid esse cum nihil sit, ipse se seducit. Vs misero,
quod non fuit qui jam tunc diceret ei : Quid superbv
terra et cinis ? Hinc egregia creatura gregi admixta est,
bine besliali similitudine Dei similitude mutata est, hinc
Combien
1 irnoraocc
esl
dangereusi".
328 CCUVRES DE SAINT BEKNAHD.
ture si belle s'est confondue dans an troupeau; celle des elres qui ne scronl plus du tout. « II lui
voila coinmeut sa ressemblance avec Dieu s'est aurait etc plus avantageux, dit le Sauveur, de n'eti e
echangee en une ressemblance avec la bete; voil.i jamais ne bomme; » non pas de n'etre point no du
comment, au lieu de la compagnie des anges, die tout, mais de n'etre point ne hommc, mais, pal-
est tombee dans la soeiete des betes de soiunie. excmple, d'etre ue bete, on quelque autre creature
Yqyez-vous oombien nous devons fuir une iguo- qui, u'ayant point recu de jugement, ne devait
ranee qui a ete la source de tous le§ maux du gejire point comparallre au jugement de Dieu, ni. pan
humain'.' Car le Prophete dit qu'il est devenu seal- consequent, etre condamnee aux supplices eternals.
blable aux bites brutes, parce qu'il p'a point com-
pris. II faut done eviter l'ignorance a tout prix, de
peur que, si nous ne eomprenons point encore,
apres avoir fete chaties si aevferement, nous, ne tpm-
bions dans des maux encore plus grands et plus
nombreux que les premiers, et qu'on ne dise de
nous : « Nous avons trade Babvlonc, et elle n'est
point guerie [Jer. u, 9). » Et cela avec raison,
puisque le chitiment ne nous aurail point doune
^'intelligence.
7. Peut-etre menie est-ce pour cela que l'Epoux,
alin de delourner sa bien-aiuiee de l'ignorance par
le tonnerre de ses reprimandes, ne dit pas : Sortez
avec les troupeaux ou pour aller rejoindre les
troupeaux, mais : « Sortez apres les troupeaux de
vos compagnons. » Pourquoi s'exprime-t-il ainsi?
Sans doute pour montrer que la seconde ignorance
est plus redoutable et plus bonteuse que la pre-
miere, puisque, si l'une avait rendu l'bomme sem-
blable aux betes, l'autre le leur rend inferieur. Car
les bommes ignores de Dieu, e'est-a-dire reprouves
a cause de leur ignorance, paraitront a ce jugement
epouvantable, pour etres livres aux llanimes eter-
Dans l'enfcr. nelles, peine que ue souffriront point les betes. Or,
il n y a point de doute que la condition de ceux
qui seront en cet etat ne soit de beaucoup pire que
tne seconde
ignorance
read rhomme
inferieur aux
blitoa et plus
malheareux
qu'elles.
One 1'ame raisonnable, qui rougit que la premiere
ignorance l'ait rendue couipagne des betes dans la
jouissance des biens de la terra, sacbedonc qu
ne les aura plus meme pour compagnes dans les
tounnents de renter, et qu'alors elle sera meme
chassee avec bonte de leur troupeau, ne sera plus
avec ellas, mais apres elles, puisque celles-ci ne
sentiront plus aucun mal, au lieu quelle sera
exposee a toute sorte de sonll'rances, et n'en sera
jamais delivree, parce quelle a ajoute une seconde
ignorance a la premiere. C'est ainsi que l'homme
sort, et marche solitaire a la suite des troupeaux de
ses compagnons, puisqu'il i i ' v a que lui de preci-
pite an fond de l'enfer. Ne vous semble-t-il pas
que celui qui est jete pieds et mains lies dans les
tenebres exterieures se trouve relegue au dernier
rang? Assureruent le dernier etat de cet bomme
sera bien pire que le premier, puisque, au lieu
d'etre egal aux betes, il est maintenant au dessous
d'elles.
8. Bien plus, si vous \ utile/, y prendre garde, je
pense que vous trouverez que meme, en cette vie,
l'bomme est au dessous des betes. En ett'et, l'bomme
qui est done de raison, et qui ne vit pas selon la
raison, ne vous semble-t-il pas en quelque sorte
plus bete que les betes ntemes? Si la bete ne se
Meme en
cette vie.
societas cum junuentis pro eonsortio angelorum inita
est. Vides quam sit fugienda nobis haec ignorantia, de
qua tot millia malorum universo nostra generi provene-
runt ? Ait enim propterea hominem jumenlis insipicnli-
bus comparatum, quia non intellexit. Cavenda proinde
omnimodis ignorantia, ne forte, si adhuc sine intellectu,
et post vexalionetn, invenli fuerimus, multo plura et
graviora prioribus mala inveniant nos, dicaturque de
nobis : Curavimus Babylonem, et non est sonata. Me-
rito quidem, quod nee vexatio dederit intellectum au-
ditui.
7. Et vide ne forte etiam hinc Sponsus, cum dilectam
ab ignorantia tanlo increpationis tonitruo deterreret,
propterea minime divert! : Egredere cum gregibus, aut
egredere ad greges; sed, egredere, ait, post greges so-
i/atium tuorum. Ut quid hoc '.' sane ut secundam proinde
ignorantiam priore magis pavendam pudendamque os-
lenderet, quod ilia hominem besliis parem fecisset, tela
el pusleriorem. Nam homines quidem merito ignoran-
tia} ignorati, id esl reprobali, et ad tremendum illud
judicium state, et igni pcrpetuo tradi linbcnt, non au-
tem et pecudes. Nee dubium fore deleiius his qui sic
erunt, quam bis qui umnino non erunt. Melius ei fuerat,
inquit ion fuisset homo itle. Non nlique >i
natus non fuisset omnino, sed si natus non fuisset ho-
mo, sed verbi gratia, aut pecus, aut alia quspiam
creatura: quae quoniam judicium non habere!, ad
judicium non veniret, ac per hue nee ad suppli-
cium. Sciat ergo anima rationalis, qu* se ad priorem
ignorantiam erabescit , pecudes habere sodales in
perfruendis utique bonis terra1; non etiam similili
cias habituram in pet feiendis tormenlis gehenna? ; et
turn demum etiam ab ipsis gregibus suorum sodaliuiu
jumentorum cum dedecore exlurbandam ; nee jam vel
cum ipsis iluram, sed plane post, quando illis nihil mali
senticntibns, ipsa nialis omnibus exponetur : a quibus
non liberabitttr in sternum, siquidem seenndo ignorare
adjeceril. Egiedilur ilaquc homo, el solitarius abil post
greges sodalium suorum, cum solus in inferno inferiori
relnulitur. An non libi posleriorem videtur tenere lo-
cum, qui ligalis manibus et pedibus projicitur in tcne-
bras exleriores '? Et erunt profecto novissima hominis
illius pejora prioribus, quando qui prius besliis ,pqua-
balur, nunc el postponitur.
8. Puto quod et in prsesenti vita, si bene adv
posteriori in ire pecoribus hominem judicabis. Au non
siquidem libi videtur ipsis bestiis quodam modo b1'
lior esse homo ralione vigens, et ntlionc non vivi
TRENTE-SIXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
329
gouverne pas par la raison, elle a pour excuse que
la nature ne Ten a point pourvue, mais l'komme
ne peut s'excuser ainsi, puisque la raison est chez
lui line prerogative de sa nature. C'est done avec
justice que l'komme doit etre estime, puisqu'il n'y
a que lui parmi les animaux qui, degeneraut de sa
condition, viole les droits de la nature, et qui, doue
de raison, imite ceux qui en sont tout a fait prives.
11 est done evident qu'il marcke apres les trou-
peaux de ketes, en cette vie, par la depravation de
sa nature, et, apres cette vie, par les peines extremes
qui 1'attendent.
II y ajeii 9, Voila comment sera maudit l'komme qui sera
rances;con trouve dans l'iguorance de Dieu : est-ce de Dieu ou de
"o^'nore soi-meme que je devrais dire? De l'un et l'autre, et
Dieu. l'une dus deuxsuflit pour le perdre. Voulez-vous vous
Toules deui .* .
sont egale- con'/amcre que cela est amsi? Or, pour ce qui est
raeiit je l'iguorance de Dieu, je crois que vous n'en dou-
tez point; si neanmoins vous croyez que certame-
ment il n'y a point d'autre vie eternelle que de re-
connaitre le Pere pour le Dieu veritable, et Jesus-
Ckrist qu'il a envoye au monde (Joan, xvu, 3).
Ecoutez done l'Epoux, qui condamne clairement et
ouvertement dans l'Epouse l'ignorauce de soi-
meme. Car que dit-il? Mais, « si vous ne vous
connaissez pas vous-meme, » et le reste. 11 est done
evident que celui qui est dans l'ignorance sera me-
connu, que cette ignorance soit a l'egard de Dieu
ou a l'egard de lui-meme. Nous pouvous parleruti-
lemeut de ces deux ignorances, si neanmoins Dieu
nous en fait la grace. Je ne le ferai pourtant pas
maintenant, de peur qu'etant fatigues, et n'ayant
pas selon la coutume fait preceder ce discours de
Nam pecus quidem si se ratione non regat, excusalio-
nem habet a natura, a qua hoc ei penitus munus nega-
tum est : Don habet homo, cui ab ipsa speciali pr;ero-
gativa donatam est. Merito proinde eo ipso censetur
homo egredi, etpostire gregalibus animantibus, quod so-
lumhoc animal conversatione degenerijura naturae trans-
grediens, rationis compos rationis expertia moiibus et
afl'ectibus imilatur. Convincitur ergo ire post greges
homo et nunc quidem depravatione nature, postmodum
autem et extremitate pcenae.
9. Ecce sic maledicctur homo qui iguorantiam Dei
habere inventus merit. Dei dicam, an sui '.' Utrumque
sine dubio : utraque ignorantia damnabilis est, utrali-
bet sufficit ad perdiliunem. Vis scire quia ita est? Sed
de Dei minime dubitas, si tamen constat libi non aliam
vitam esse aeternam, quam ut Patrem cognoscas Deum
verum,et quern misit Jesum-Christum. Audi ergo Spoa-
sum liquido et apcrte in anima etiam animal ignoran-
liam condemnantem. Quid enim dicit ? Non utique si
Deum, sed, Si ignoras te, inquit, etc. Patet ergo quia
ignorans ignorabitur, sive se, sive Deum ignorare con-
tingat. He qua utraque ignorantia erit nobis (si tamen
bcus manum apponil) utilis admodum disputatio. Non
modo tamen : ne fatigati, et non pramiissa ex more
oratioue, aut ergo minus dj)igenter rem necessarian!
prosequi, aut \>j» minus ulteiite, ■ | ' l ■ ' !Wfl nis' magno
vos prieres, je n'explique avec moins da soin, pu.
vous n'ecoutiez avec moins d'attention une ckosesi
necessaire, et qu'il ne faut entendre qu'avec un
grand desir. Car si la nourriture du corps, quand Li,Paro10 de
on la prend sans appetit, et lorsqu'on est rassasie, quaml on
non-seulement ne protite point, mais nuit beau- '"^gout.™"
coup ; a plus forte raison, le pain de l'ame, s'il est
pris avec degout, n'est-il pas une nourriture, mais
un tourment pour la conscience. Ce que veuille de-
tourner de nous l'Ejioux de l'Eglise, Jesus-Ckrist,
notre Seigneur, Dieu par dessus toutes ckoses et
keni dans tons les siecles, Ainsi soit-il.
SERMON XXXVI.
La connaissance des belles lettrcs est bonne pour notre
instruction, mais la connitissance de notre propre
infirmite est meilleare pour notre salut.
1. Je viens done accomplir ma promesse ; conten-
ter vos desirs, et satisfaire a ce que je dois a Dieu ;
comme vous le voyez, une triple obligation me
presse de vous adresser la parole, et je le fais par
respect pour la verite, pour la ckarite fraternelle,
et pour la crainte du Seigneur. Si je me tais, ma
boucke meme me condamne; mais, d'un autre cote,
sijeparle,jecrainslememe jugement, j'apprekende
quemaboucke neine condamne encore, parce queje
ne fais pas ce que jedis. Aidez-moide vos prieres, je' n y a deui
vous en conjure, atin que je puisse toujours dire j,. sor,es
J i j i j j ignorance*.
ce qu il faut, et accomplir, par mes ceuvres, ce que
je precke aux autres. Vous savez, je pense, que
nous avons a parler aujourd'kui de l'ignorance,
suscipienda sunt desiderio, audiatis. Etenim si corporis
cibus, cum absque appetitu et satiatus ilium sumis,
non modo non prodest, sed et nocel plurimum : multo
magis panis anima? cum fastidio sumptus, non scientia?
nulrimentum, sed magis tormentum conscientice impor-
tabit. Qnod a nobis avertat Sponsus Ecclesia? Jesus-
Christus Dominus noster, qui est super omnia Deus be-
dictus in sscula. Amen.
SERMO XXXV 1.
Quod scientiu litierarum sit bona ad imtructionem, sed
scientia propria? infirmiiatis sit utilior ad salutem.
1. En ego mea? proruissioni ; en ego desideriis vestris;
en ego etiam Deo pro debito famulatu. Triplici, ut vi-
dctis, ratione urgeor ad loquendum, pacti veritale, cba-
ritate fraterna, timore Domini. Si tacuero, os meum
condemnabit me. Quid si loquar? Proi'ecto vereor idem
judicium, ne loquentem videlicet, et non t'aciontem,
idemtidem os meum condemnet me. Juvate me oratio-
nibus vestris, ut semper possim el. loqui qua; oportet, et
opere implere qua? loquor. Non ignoratis hodiernum
nobis propositum esse senuonem de ignorantia, vel
potius de ignorantiis : quoniam dua;, si meministis, pro-
positte sunt, nostri una, et altera Dei,quas et monuunus
Touto espece
d'ignorances
eat-elle
damnable ?
Non telle est
liifnorance
d'un art
oa d'un me-
tier.
Les apfltres
en cent la
preuve.
330 OEUVRES DE S
ou plutdt des ignorances ; car si vous vous en sou-
venez, nous en avons cite deux, l'une de nous-
memes, et l'autre de Dieu. Et nous avons dit qu'il
faut les £viter toutes les deux, parce que toutes les
deux sont daronables. llreste inaintenanta ezpliquer
cela plus clairement et plus au long. Mais je crois
qu'il faut examiner premierement, si toute igno-
rance est damnable. Et il me semble que non, car
toute ignorance ne nous rend pas coupables, puis-
qu'il y a ])lusieurs cboses qu'il est pertllis de lie pas
savoir, sans faire tort a notre saint. Par exempte,
pensez-vous que ignorer le metier de charpentier,
de charron et de niacon, et tons les autre? metiers
qu'on exeree pour la commodity de la vie presenle,
soit un obstacle pour le saint ? Combien meme y a-
t-il de personnes qui se sont sauvees par leurs
bonnes ceuvres, et la regularity ne leur vie, sans
etre instruites des arts meme qu'on appelle libe-
raux, quoiqu'ils soient plus honnetes et plus utiles
que les autres ? Combien l'Apdtre en compte-t-il
dans son epitre aux Hebreux, qui ont ete cheris de
Dieu, non a cause de la connaissance des belles-
lettres, mais a cause de « la purete de leur cons-
cience, et de la sincerite de leur foi (ffeb. xi, 4)? »
Toutes ces personnes la ont ete agreables a Dieu,
nou par le merile de leur science, mais de leur vie.
Saint Pierre, saint Andre, les enfants de Zebedee,
et tons les autres disciples n'ont pas ete tires de
l'ecole des rheteurs ou des pbilosopbes, et celan'a
pas empeche' que le Seigneur ne se servit d'eux
pour operer le salut par toute la terre. Ce n'est pas
parce qu'ils etaient plus sages que tous les autres
hommes, ainsi qu'un saint l'avone de lui-meme
' Errle. i, 16), mais a cause de leur foi et de leur
AIM BEHNAHI.
douceur, qu'il les a sauves, il les a faits saints et les
a etablis maltres des autres. lis ont fait eon-
nailrc au monde les voies de la vie, non par la
sublimite de leurs discours, ou par l'eloquence de
la sagesse humaine (i Cur. n, 1), mais par des
predications qui paraissaient folles aux sages du
siecle, Dieu ayant voulu se servir de ce moyen
pour sauver ceux qui croiraient en lui, parce que
le monde avec toute sa sagesse ne l'a point con-
nu.
2. On dira peut-etre que je parle mal de la
science, et qu'il semble que je blame les savants, et
veuille d&tourner de l'etude des lettres humaines.
Dieu m'en garde, je sais trop bien combien les
personnes lettrees ont servi et servenl tous les
jours l'Eglise, soit en combattant ses ennemis,
soit en instruisant les simples. Apres tout, n'ai-je
pas lu ces paroles dans un Propbete ; « parce que
vous avez rejete la science, je vous rejetterai aussi
dedevantmoi, et. vous ne me servirez point a l'autel
dans les fonctions sacerdotales (Osec. iv, 6)? » Et
encore : « ceux qui sont savants brilleront comme
des flambeaux du firmament; et ceux qui ensei-
gnent la justice a plusieurs seront comme des etoi-
les dont la lumiere ne s'eteindra jamais {Dan. xti,
3). » Mais je sais bien aussi que j'ai lu : « La science
enflefi Cor. viu, 9).» Et encore : »Celui qui acquiert
de nouvelles connaissances se procure de nouvelles
peines (Eccles. i, 18). » Vous voyez qu'il y a de la
difference entre les sciences, puisqu'il y en a qui
eiillent, et d'autres qui attristent ? Je voudrais bien
savoir laquelle est plus utile pour le saint, de celle
qui entle, ou de celle qui cause de la donleur.
Mais je ne doute point que vous ne preferiez 1
11 ne sea
suit pas qu'on
doive con-
dumner
l'itude de«
sciences.
II y a une
science
qui enfle et
qui attrisle.
ainbas esse cavendas, quod ambae damnabiles sint. Su-
perest ut clarius hoc ipsum faciam, edisseram plenius.
Sed prins miaerendum existimo, silne ignorantia omiiis
damnabilis. Et mihi quidem videtur non esse, (ncqae
enim omnis ignorantia damnat) sed multa et innumera
esse, qua; nescire lioeat absque diminutione salntis. Ver-
bi gratia, si ignoras fabrilcm artem, sen carpentariam,
nut caementariam, et quajcunjue istiusmodi sunt artes,
qua5 ad usus vitas hujus praesentisab hominibus exercen-
tur, numquid impedit ad salulem? Eliam absque om-
nibus illis artibus, qua? liberales dicunlur, (quamvis ho-
nestioribus utilioribusque studiis et discantur, et exer-
ceantur), quam plurimi hominum salvi facti sunt, pla-
centes moribus atque opeiibus : quantos enumerat
Apostolus in epistola ad Hebraeos, factos dilectos, non
in scientia lilterarum, sed in conscientia pura, et fide
non licta. Omnes placuerunt Deo in vita sua, vita? me-
ntis, non scientia?. Petrus, et Andreas, et filii Zebedaei,
ca?terique condiscipuli omnes, non de schola rhetorum
anl pbilosophorum assumpli sunt ; et nihilominns la-
men Salvator per ipstjs operatus est salutcm in medio
terras. Non in sapientia, qua; in ipsis esset plus quam
in cudcUs viventibus, (quemadmodum Sanctus aliquiB
de semetipso confessus est) sed in fide et icnitate ipso-
rum salvos fecit illos, etiam et sanctos, etiam et magis-
tros. Denique notas mundo fecerunt .vias vita?, et non
in sublimitate sermonis, aut in doctis humana? sapientia
verbis, sed sicul placuit Deo per stiiltiliam pradicationis
eorum salvos facere credentes, quia mundus earn in
sua sapientia nun cognovit.
2. Videar foisilan niniius in suggillatione scientia?, et
quasi repreheadere doctos, ac prohibere studia littera-
rum. Absit. Nun ignoro quantum Ecclesi.p prorucrinl
et prosint litterati sui, sivc ad refellendos eos qui ex ad-
verso sunt, sivr ad simplices instruendos. Denique legi,
Quia In repuHsH scientiam, repellam et ego te, ut non
fungaris mihi sacerdotio. Legi : Qui docti fuerint, fulge-
bunt quasi splendor firmamenti ; et rjui ad justitiam
erudiunt rnultos, quasi stellw in perpetuus eeternitates.
Sed et scio ubi legerim : Scientia inflat. Et rursum,
Qui apponit scientiam, apponil et dolorem. Vides quia
difTercntia est scientiamm, qnando alia inflans, alia con-
tristans est. Tibi vero, velim scire, quaenam harum vi-
deatur ulilior sen magis necessaria ad salutcm, illane
qua' tumef, an qua? dole! ? Sed non dubito quin dolen-
tem limicnti prasferas : quia sanitatem, quam tumor
simulal, dolor postulat. Qui autem postulat, propinquat
saluti : quoniam qui petit accipit. Denique qui sanat
TRENTE-SIXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANT1QUES.
331
I
Ordre a sui-
vre dans la/
scieoce. /
Ce qo il faut
savoir avaat
tout ce sont
les choses
necessaires
au salut.
L'utilite de la
science est
toute
dans la
derniere, parce que la douleur deuiande la sante
dont l'enflure a'est qu'un semblant. Or, celui qui
demaude est plus pres du salut, attendu que celui
qui demande recoit (Luc. xi, 10). D'ailleurs, celui
qui guerit ceux qui ont le cceur brise, a en
execration ceux qui sont enfles d'orgueil, selon ces
paroles de la sagesse : « Dieu resiste aux superbes,
rnais il doime sa grace aux humbles. » Et celles de
l'Apolre qui dit : « J'avertistousceuxquisont parmi
vous, en verlu de la grace qui m'a ete donnee, de
n'etre pas plus sage qu'il ne faut, mais de l'etre
sobrement (Rom. xn, 3). » II ne defend pas d'etre
sage, maisd'etreplus sage qu'il ne faut. Or.qu'est-
ce qu'etre sage avec sobriete? C'est observer
avec vigilance ce qu'il faut savoir plus que toute
autre chose et avant toute autre chose. Carle temps
est court; or, toute science est bonne en soi, lors-
qu'elle est fondee sur la verite. Mais vous qui, k
cause de la brievete du temps, avez hate d'operer
votre salut avec craiute et tremblenient, ayez soin
de savoir avant tout, et mieux que tout, ce qui
pent coutribuer davantage a ce dessein. Les me-
decins du corps ne disent-ils pas qu'une partie de
la medecine consiste a choisir dans les viandes et
a discemer celles qu'on doit manger avant, de celles
qu'on doit manger apres, quelle nourritureon doit
prendre, et comment on la doit prendre ? Car, bien
qu'il soit certain que les choses que Dieu a ereees
pour etre mangees sont bonnes, vous ne laissezpas
de vous les rendre mauvaises, si vous n'observez
quelque maniere et quelque ordre pour les pren-
dre. Appliquez aux sciences ce que je viens de dire
de la nourriture du corps.
3. Mais il vaut mieux vous renvoyer au Maitre.
Car celte parole n'est pas de nous, mais de lui, ou
plutot elle est a nous, puisqu'elle est la parole de
la Verite : « Celui, dit-il, qui pense savoir quelque
chose ne sait pas encore comme il doit savoir
(l Cor. vm, 2). » Vous voyez qu'il ne loue pas celui
qui sait beaucoup, s'il ne sait aussi la maniere de
savoir, et que c'est en cela qu'il place tout le fruit
et l'utilite de la science? Qu'entend-il done par la
maniere de savoir ? Que peut-il entendre, sinon
de savoir dans quel ordre, avec quelle ardeur, et a
quelle fin on doit connaitre toutes choses? Dans
quel ordre, e'est-a-dire qu'il faut apprendre en
premier lieu ce qui est plus propre pour le salut.
Avec quel gout, attendu qu'il faut apprendre avec
plus d'ardeur, ce qui pout nous exciter plus vive-
ment a l'amour de Dieu. A quelle fin? pour ne
point apprendre dans le but de satisfaire la vaine
gloire, ou la curiosite, ou pour quelque autre
chose semblable, mais settlement pournolre propre
edification, ou pour celle du prochain. Car il y en
a qui veulent savoir, sans se proposer d'autre
but que de savoir a c'est la une curiosite hontense.
II y en a qui veuient savoir; afin qu'on sache qu'ils
sont savants, et c'est une vanite honteuse, et ceux-
la n'eviteront pas la censure d'un poete salirique
qui les raille agreablement lorsqu'il dit : « Vous
croyez ne rien savoir, si un autre ne sait que vous
savez quelque chose (Pers. Sat. i). » II y en a qui
veulent savoir pour vendreleur science, e'est-a-dire.
pour amasser du bien, ou obtenir des honneurs,
et c'est un trafic honteux. Mais il y en a aussi qui
a Jean de Salisbury s'exprime a pen pres de menie dans le
livre vii de son Polycratique, chapitre XV. i Les unssont portes
vers la science par la curiosite, Its autres par le deiir de passer
pour savants ou par des pensees de lucre. 11 y en a bien peu
qui cultivent la science dans un sentiment de cbarite ou d'bu-
milite, pour s'instruire eui-memes oupour instruire les autres. »
On peut relire plus haut, Tome III, les pensees de saint Bernard,
sur ce snjet.
maniere dont
on sait.
II y a trois
marlieres
de savoir.
Differentes
(Ins que
se proposent
ceux qui
etudient ou
qui appren-
nent quelque
cbose.
coutrilos corde, exsecratur inflates, dicente Sapientia :
quia : Deus superbis resistil humilibus auteni dat jrn-
liam. Et Apostolus aiebat : Dico auiem per graliam,
quce data est mihi, omnibus qui sunt inter vos, nonplus
sapere quum oporlet sapere, sed sapere ad sobrietatem.
Xon prohibet sapere, sed plus sapere quam oportet.
Quid est autem, sapere ad sobrietatem'! Vigilanlissime
observare, quid scire magis, priusvc oporleat. Tempus
enim breve est. Est autem, quod iii se est, omnis
scientia bona, qua? tamen veritate subnixa sit : sed hi
qui cum timore et tremore tuaai ipsius upetari salutem
pro temporis bievitate festinas, ea scire prius, amplius-
que curato, qus senseris viciniora saluti. Nonne medici
corporum medicina; portionem difiiniunt eligere in su-
raetidis cibis, quid prius, quid posterius, et ad quem
modum quidque suuii oporteat? Nam et si bonos con-
stat esse cibos, quos Deus creavit ; tu tamen ipsos tibi,
si in sumendo modum et ordinem non observes, reddis
plane non bonos. Ergo quod dico de cibis, hoc sentile
et de scientiis.
3. Sed melius mitto vos ad Magistrum. Xon est enim
nostra ista sententia , sed illius ; imo el nostra, quo-
niam Verilalis. Qui se, inquit, putat aliquid scire, non-
dinn scit quomodo oporteat eum scire. Yides quoniam
non probat multa scientem, si sciendi modum nescierit.
Vides, inquain, quomodo fructum et utilitatem scientia?
in modo sciendi constituit ? Quid ergo dicit modum
sciendi? quid'? nisi tit seias,quo ordine, quo studio, quo
fine quceque nosse oporteat? Quo ordine; ut id prius,
quod maturius ad salulem : quo studio; ut id ardentius,
quod vehemenlius ad amorem : quo fine ; ut non ad
inanem gloriam, aut curiositatem, aut aliquid simile,
sed tantum ad sedificationem tuam vet proximi. Sunt
namque qui scire volunt eo fine tantum, ut sciant : et
turpis curiositas est. Et sunt qui scire volunt, ut scian-
tur ipsi : et turpis vanilas est. Qui profecto non evadent
subsannantem Satyticum, et ei qui ejusmodi est decan-
tantem :
Scire tuum nihil est, nisi te scire hoc sciat alter.
Et sunt item qui scire volunt, ut scientiam suamvendant,
verbi causa pro pecunia, pro honoribus ; et tuipisquajs-
tus est. Sed sunt quoque qui scire volunt, ut cedilicent :
el charitas est. Et item qui scire volunt, ut aedificentur :
et prudentia est.
382
OEUVRES !)E SAINT BERNARD.
Deui sortes
de sciences
soot bonnes
et louablea.
La science
oiseuse et
infmctueuse
est
comme uo
aliment mal-
sain et mal
digere.
veulent savoir pour editier les autres, e'est la cha-
rile ; et il y en a qui veulent savoir pour s'edilier
eux-memes, et e'est prudence.
U. De ces differents savants, ces deux derniers
sont les seuls qui n'abusent point de la seience,
attondu qu'ils ne veulent savoir que pour bien fuiiv.
Or, comme dit le Prophete. les connaissances sont
bonnes a ceux qui les metteut en pratique. Mais
e'est pour les autres que cette parole est dite :
r Cehli qui sait le bien et ue le fait pas, on lui
imputeru sa science a peche (Jacob. iv, 17 . d
Cemme s'il disait par cette comparaisoD : De meme
qu'il est nuisible a la sante de prendre de la nour-
riture, et de ne la pas digerer, attendu que les
viandes mal cuites et mal digerees par 1'estomac
engendrent de mauvaises aumeurs, et cprrompeat
le corps au lieu de le nourrir : ainsi lorsqu'on
bourre de science l'estonjac de l'ame, qui est la me-
moire, si cette science nest digeree par la
chaleur de la rharite, si elle ne se repand ensuite
dans les membres de l'ame, si je puis parler ainsi,
en passant dans les mceurs et dans les actions, si
elle ne devient bonne par le bien quelle counait,
et qui sert a former une bonne vie, ne se change-
t-elle pas en peche, comme la nourriture en de
mauvaises humeurs ? Le peche n'est-il pas, en etfet,
une iuauvaise bumeur, et les mceurs depravees ne
sont-elles pas aussi de mauvaises humeurs? Celui
qui connait le bien et ne le fail pas, ne souffre-t-il
pas dans la conscience des enflures et des tiraille-
ments. 11 entend au dedans de lui-meme une re-
ponse de mort et de damnation, toutes les fois
qu'il pense a cette parole du Seigneur : « Le servi-
teur qui sait la volonte de son maitre et ne la fait
pas, sera beaucoup battu (Luc. xu, 47). » Peut-etre
est-ceau nam de cette aine qtiele Prophete m plai-
gnaitjquandil disait 1 « J'aimalau ventre, j'ai mal au
ventre. [Jer. iv, 19. » Si een'est que cede repeti-
tion semble marquer un double sens, et nous oblige
a en chercher encore un autre que celui que nous
avons donne. Car je ends que le Prophete a pu
dire eela en paiiant de lui-meme, parce qu'etant
plein de science, brulant de charite, et desirant
extremement epancher sa science, il ne trouvait
personne qui se souciat de l'ecouter; sa science lui
devenait ainsi comme a charge, parce qu'il ne la
pouvait communiquer. Voila comment ce pieux
docleur de l'Eglise plaint le malheur de ceux qui
meprisent d'apprendre comment il faut vivre,
et de ceux qui, le sachant, ne laisscnt pas de mal
vivre. Mais restons-en la pour ce qui est de la
repetition que le Prophete a faite de la meme
phrase.
5. Heconnaissez-vous maintenant avec combien Ce _.m f t
de verite saint Paul a dit que la science enlle hCor. avant toot,
c'tjst Sti COQ~
vni, 1) ? Je veux done que l'ame commence par naitre soi-
elle-meme, l'utilite et l'ordre le demandent ainsi. mime-
L'ordre, parce que e'est pour nous principalement
que noussommes ce que nous sommes; et l'utilite,
parce que cette connaissance n'enlle point, mais
humilie, et nous prepare a nous edifier. Car l'edi-
iiee spirituel ne saurait subsister que sur le fonde-
ment stable de l'humilite. Or, l'ame ne peut rien Cette con
trouver de plus efflcace et de plus propre pour
humilier, que de se conualtre en toutc verite ;
qu'elle soit exempte de feinte et de deguisement,
qu'elle se place en presence d'elle-meme, et qu'elle
ne detourne point les yeux de soi. Lorsqu'elle
se regardera ainsi a la claire lumiere de la verite,
ne se trouvera-t-elle pasbien differente de ce qu'elle
1. Horum omnium soli ullinii duo 11011 iiiveniuntur
in abusione scienlia?, quippe qui ad hoc volunt inlelli-
-rere ut bene faciant. Denique Intellects bonus omrabui
I'acientibus eum. Reliqtii omnes audiant : Scienti fronting
et non fatttmti, peccatum est ft. so si per similitudiucm
dicat : Sumenti cibum, et non digerenti, perniciosum
est ei. Cibus siquidem indigestus, et qui bonam non
habet decoctionem, malos general huinores, et corruni-
pit corpus, el non nutrit. Ita el mil I la scienlia ingesla
stoniacbo anima', qua' est memoria, si decocta igue cha-
ritalis non fuerit. et sic per qnosdam artus anims, mu-
res scilicet atque actus, transfusa atque digesta, quatenus
ipsa de bonis qua? noverit, vita attestante et moribus
bona elTlciatur : nonne ilia scientia reputabitur in pec-
catum, Unquam cibus conversus in pravos noxiosque
liumores? An non malus humor peccatum? an non mail
humores pravi mures? An non inllationes et tortiunes
in conscientia sustinebit qui hujnsmodi est, sciens, vi-
delicet bonum, et non faciens ? An non responsum
mortis et damnationis toties in semelipso habebit, quo-
ties in mentem venerit sermo, quem dixit Deus, quia
.••rtiis tgiem 10/itntntem Domini mm', et non faeiene
(fiona, plaois vapulabit mu/tis? Et vide ne forte in per-
naissance est
one cause
d'hurailite.
sona talis anima; Propbela plangeret, dicens : Ventrem
meum doleo, ventrem mcum doleo. Nisi quod ipsa in-
geminatio geminum videtur innuere sensum, ut prater
hunc quem diximus,etiam alium requiramus. Puloeuini
quod in sua persona potuit hoc dixisse Propbela, qnod
videlicet scienlia plenus, eta;stuans charitate, et omnino
efTundere cupiens, non inveniret qui curaret audire : et
sic quasi oneri sua sibi scientia erat, quain communicare
non poterat. Plangit itaque pins Ecclesis doctor, tani
illos qui scire conlemnunt quomodo sit vivendum, quam
illos qui scientes, mate nihilominus vivunt. Et hoc pro
eo quod eumdem sermonem Propheta repetit.
.S. Advcrtisne jam quam verum sensit Apostolus, quia
Ktentia mflnt '.' Yoloproindeaninjam primo omnium scire
seipsam, quod id postulet ratio et ulilitatis. et ordinis. Et
urdir.is quideni, quoniam quod nos sumus primum est
nobis : ulilitatis vcro, quia talis scienlia non intlat, sed
bumiliat, et est quaedam praeparatio ad aedilicandum.
Nisi cnim super humililatis stabile fundamentum, spiri-
luale sedifieium stare minime potest. Porro ad se bumi-
liandum nihil anima invenire vivacius scu accommodatius
potest, quam si se in veritate invenerit : tantum non
dissimulet, non sit in spiritu ejus dolus, statuat se ante
TRENTE-SIXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
388
Motifs d'hu-
milite.
croyait etre, et soupirant de se voir vraiment 9i
miserable, ne s'ecriera-t-elle pas au Seigneur avec
le Prophete : « Vous m'avez humilie dans votre
verite (Psal. llxviu, 75) ? » Car comment ne s'hu-
miliera-t-elle point dans cette vraie connaissance
d'elle-menie, quand elle severrachargee de peehes,
appesantie par la masse de ce corps mortel, em-
barrassee des soins de la terre, infectee de la corrup-
tion des desirs cbarnels, aveugle, courbee, inurtue,
engagee dans une infinite d'erreurs, exposee a
mille perils, saisie de uiille frayeurs, environnee
de mille difiicultes, sujette a mille soupcons, et a
mille necessites faeheuses, portee au vice, faible
pour la vertu? Comment, apres cela, pourra-t-elle
lever Ins yeux et marcher la tete haute? Ne se
convertira-t-elle pas a la vue de taut de miseres,
en se sentant percee comme par autant d'epines
poignanles? Elle aura recours aux lartues, ai.x
plaintes et aux gemissemeuls, elle se tournera vers
le Seigneur, elle s'eeriera avec humilite : « Gue-
rissez mon ame, parce que j'ai peche contre vous
(Psal. xi,, U) '■ » Et le Seigneur la consolera une
fois qu'elle se sera tournee vers lui, parce qu'il est
le Pere des misericordes, et le Uieu de toute conso-
lation.
6. (Juant a moi, tant que je me regarde, je ne
vois que sujcts d'amertume. Mais lorsque je leve
les yeux vers les secours de la divine bonte, la
douce vue de Dieu tempere aussitdt raraertume de
lavuedemoi-merae et je dis : « Mon ame s'est trou-
blee, lorsque je me suis considere ; e'est pourquoi
je me souviendrai de vous, Seigneur (Psal. xu,
La coonais- 7). » Et ce n'est pas une vision de Dieu peu consi-
Voili com-
ment on se
convertit.
derable que d'eprouver sa bonte et sa felicite a se sance de
laisser ilechir, car ilest, en effet, extraordinairement Dieu suit la
. . , . ,. . r. . . ... connaissance
bon et misericordieux, muniment meilleur que de nous-m{-
nous ne sommes mechants, car la bonte lui est me*"
naturelle, et il n'y a que lui pour faire toujours
grace et pardonner. 11 nous est done fort avanta-
geux que Dieu se fasse connaltre a nous par une
telle experience, et dans cet ordre, e'est-a-dire,
apres que l'homme a reconnu sa misere, et crie
vers lui ; car alors il l'exaucera, et lui dira : « Je
vous delivrerai, et vous m'honorerez (Psal. xlix,
15). » Et ainsi la connaissance de vous-meme sera
comme un pas vers celle de Dieu, et vous le verrez
dans son image qui est renouvelee en vous, en
attendant que vous contempliez avec confiance la
grace du Seigneur qui se presentera a vous sans
aucun voile, et que vous soyez tranforme en son
image, et passiez de clartes en clartes sous la eon-
duite de son Saint-Esprit.
7. Mais voyez comme ces deux connaissances Ces deui
nous sont necessaires pour le salut. Vous ne pouvez "onTfgaie-'
etre sauve si l'une ou l'autre vous manquait. En ment. °6ces_
T Z1 saires.
etiet, si vous ne vous connaissez vous-memes, vous
n'aurez point la crainte de Dieu en vous, vous
n'aurez point non plus l'humilite. Or, voyez si vous
pouvez esperer quelque chose de votre salut sans
la crainte de Dieu, et sans l'humilite. Vous faites
bien de me temoigner par ce petit murmure, que
vous netes pas dans cette pensee, ou plutot que
vous etes bien eloignes de cette erreur^ cela me
dispense de m'arreter sur un point qui est clair de
soi. Mais ecoutez le reste. Ou plutot ne faudrait-il
point en demeurer la, a cause de ceux que le som-
faciem suam, nee se a se aveitere abducatur. Nonne se
ita intuens clitra luce veritatis, inveniet se in regione
dissimilitudinis : et suspirans misera, quara jam latere
non poterit quod vere misera sit, nonne cum Propheta
clamabit ad Dominum : In veritate tua humiliasti met
Nam quomodo non vere humiliabitur in hac vera cogni-
tione sui, cum se perceperit oneratam peccalis, mole
hujus mortalis corporis aggravatam, terrenia intricatam
curis, carnalium desideriorum f;ece infecfam, c»cam,
curvam, Lnfirmam, implicitam multis erroribus, exposi-
tam mille pen ulis, mille timoribus trepidam, mille
difflcultatibus anxiam, mille suspicionibus obnoxiam,
mille necessilatibus anumnosam, proclivem ad vitia, in-
validam ad virtutes ? Unde huic jam extollentia oculo-
rum, unde levare caput? Nonne magis convertetur in
ic-i-ti iiin.'i sua,dum conligitur spina? Convertetur, inquam,
ad lacrymas, convertetur ad platictus et gemitus, con-
vertetur ad Dominum, et humilitale clamabit : Sana
aniniam meam, quia peccavi tibi. Porro conversaad Co-
ntinual reciptet consolationem, quia Pater est miseri-
cordiarum, et LJeus totius consolationis.
6. Ego quandiu in me respicio, in amaritudine mo-
ratur oculus meus. Si autem suspexero et levavero ocu-
los ad divins miserationis auxilium ; temperabit mox
amaram viaionem mei visio laeta Dei, cni et dico : Ad
meipsum anitna mea co/iturbata est, propterea memor
ero tui. Nee mediocris Dei visio, pium et deprecabilem
experiri, sicut revera benignus et misericors est, et
praestabilis super malitia : quippe cujus natura bonilas,
et cui proprium est misereri semper et parcere. Tali
itaque experimento et tali ordine salubriter innotescit
Deus, cum priusse homo noverit in necessitate positum,
et clamabit ad Dominum, et exaudict eum, et dicet :
Eruam le, et honorificabis me. Atque hoe modo erit
gradus ad notitiam Dei cognitio tui : et ex imagine sua,
quae in te renovatur, ipse videbitur, duni tu quidem re-
velata facie gloriam Domini cum fiducia speculando, in
eamdem imaginem transformaris de claritate in clarita-
tem, tanqnam a Domini Spiritu.
7. Sed jam demum ad verte, quomodo ulraque cognitio
sit tibi necessaria ad salutem, itaut neutra carere valeas
cum salute Nam si ignores te, non habebis timorem
Dei in te, noti humihtatem. An vero sine timore Dei et
sine humilitate de salute prossnmas, tu videris. Bene
fecistis grunniendo signilicare, quod minime ita sapiatis,
imo quod non ita desipiatis, ne in eo quod planum est
immoremur. Sed attondite camera. An potius pausandum
est nobis propter somnolentos ? Putabam me uno ser-
mone implere quod promisi de duplici ignorantia : et
fecissem, nisi fastidiosis longior viderclur. Qnosdam si-
336
UEUVRES DE SAINT RERNARD.
dorment au
sermon.
moil tourmente. Jo pensais achever en uu seul
discours ce que jo vous avais promis sur Ic sujet
de la double ignorance, et je l'aurais fait, s'il no
me semblait ijue j 'ai ote deja trop long pour coux
Saint Ber- que cc discours fatigue. Car j'en vois qui buillent.
nard Mprend et d'autres qui dorment. 11 ne faut pas sen eton-
ceux qui • r
nor, les veillos a do la nuit precedente qui out
etc tres-longues lour servent d'excuse. Mais que
dirai-je de ceux qui ont dorini alors, et qui no
laissent pas do dormir mainteuant? Jo no voux pas
leur en faire honte davantage, il suftit de los en
avoir avortis on passant, je crois qua l'avenir ils
ocoutoioni mieux, el craindront d'etre encoiv re-
marques. Cost dans cetto esperancc que nous leur
pardonnons pour cotte fois, et que, on leur conside-
ration, nous divisons ce qu'il serail a propos d'ex-
pliquer tout d'une suite, et linissons avant d'etre a
la fin. Que cotte indulgence-la les porto a romlre
gloire avec nous a. l'Epoux de l'Eglise, Jesus-Christ
l'ayant faito, que par un mouvement de charite,
vous on profiterez. Vous vous souvenez done bien
quo vous m'avez accorde que personne n'est sauve
sans la connaissance de soi-meme ; parce que
do cetto connaissance naissent l'humilite, qui est la
mere du salut, et la crainte de Dieu, qui est aussi
le commencement du salut, de memo que de la sa-
gesse. Je dis que nul n'est sauve sans celte connais-
sance, a. moins qu'il ne soit pas encore en ago de
se connaltre ou qu'il ne le puisse pas. Ce que je dis
pour les potits enfants ou pour les fous, dout il
n'est pas question maiutenant. Mais si vous ignorez
Dieu, pourra-t-on esperer quolquo chose de rotre
salut avec cette ignorance ? Non, sans doute. Car on
ne saurait aimer celui qu'on ne connait point, ou
posseder celui qu'on n'a point aime. Connaissez-vons
don. vous-memes, afln do l'aimer. L'un est le com-
mencement de la sagesse, et l'autre en est la per-
fection ; car la crainte du Seigneur est le comnien-
Comlm'n la
connaissance
de Dieu est
iiro'ssairfi.
notre Seigneur, qui est Dieu, et audessusde toutes cement do la sagesse, (lJsul. c. 9) et l'amour est
choses, et beni dans tous los siecles. Ainsi soit-
il.
SERMON XXXV11.
// y a deux connaissances et deux ignorances :Maux
ou detriments gu'elles nous causent :
1. Je crois qu'il n'est pas besoin aujourd'hui de
vous exhortor a ne point dormir, car la petite cor-
rection que nous vous limes bier est sans doute
encore presente a vos esprits ; et j'espere que ne
a Saint Bernard veut parler des Malines. qu'il designe sous
le nom de Veilles, pour se conformer a la pensee de saint Be-
nott.
la plenitude do la loi. (Rom. mi. 10) On doit done
se garder del'une et de l'autre ignorance, par la
raison qu'il est impossible de se sauver sans la
crainte, et sans l'amour de Dieu. Le reste est in-
different, et on n'est pas sauve pour lc connaltre,
ni damne pour ne le connaltre pas.
2. Jo ne dis pas pourtant qu'il faille mepriser ou
negliger la science des belles lettres, puisqu'elle
orue l'amo, l'instruit, et la rend capable d'instruire
los autres. Mais il faut que ces deux choses, en
quoi nous avons dit que consisto le salut, precedent
cette connaissance. N'est-ce pas ce que le Prophete
avait en vue, lorsqu'il disait : « Semez dans la jus-
lice, ot recueillez l'esperance de la vie : apres cola,
recherchez la lurniere de la science (Osee. x, 12)? »
II nomme lasciencela derniero,comme une peinture
quidem oscitantes, quosdam et durmilantes intueor. Neo
minim : praecedentis noclis vigiliae (longissima; quippe
fuerunt), excusant cos. Vorum illis quid dicam, qui et
tunc dormierunt, et modo nihilominus dormiunt? Sed
non pergo nunc ulterius exagitare verecundiam eoruni :
sufficit tetigise. Puto quod melius doinceps vigilabunt,
nostra; observations cauterium verituri. In hac spe ge-
rimus eis hac vice morem ; et quod continuandum ratio
exigebat, eorum charitate, pendente licet disputalione,
partimur, facientes finem, ubi non erat finis, lpsi vero
super sibi facta indulgentia nobiscum glorificent Spon-
sum Ecclesiae, Jcsum-Christum Dominum nostrum, qui
e9t super omnia Dens benedictus in saecula. Amen.
SERMO XXXVII.
Dt duplici notitia, et duplici iynorantia; deque malts
seu damnis qua; pariunt.
\. Puto non habemus nunc opus hortari ad vigilan-
durn.cum absque dubio sermo ille suggillatorius vigilet,
ulpote adhuc recens, qui beri a nobis charitalive prolatus,
bene aliquos expergefecit. Ergo tenetis memoria quod
teneam assensum vestrum, neminem absque sui cogni-
tione salvari : de qua nimirum mater salutis humilitas
oritur, et timor Domini, qui et ipse sicut indium sa-
piential, ita est et sahilis. Nemo dico absque ilia cogni-
tiono salvatur, qui tamen adalem habeat ac racultatem
cognoscendi. Quod propter parvulos loquor, et propter
faluos, quorum alia ratio csl. Quid si iguoras Deum ?
Poteritne spes esse salutis cum Dei ignorantia? Ne hoc
quidem. Nee enim potes aut amare quern nescias, aul
liabere quern non amaveris. Noveris proinde te, ut
Deum timeas : noveris ipsum, ut aequo ipsum diligas.
In altero initiaris ad sapientiam, in altera et consum-
maris ; quia initiuni sapiential timor Domini est, etple-
nitudo legis est charilas. Tarn ergo utraque ignorantia
cavenda est tibi, qtiam sine timore et amore Dei salus
esse non potest. Ctetera indiflerenlia sunt, nee salulem,
si sciantur; nee damnalionem, si nesciantur, habentia.
2. Non tamen dico contemnendam aut negligendam
scientiam litterarum, qua; ornat animam, et erudit earn,
et facit utpossit etiam alios erudire. Sed duo ilia, opor-
TRENTE-SEPT1EME SERMON SLR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
336
Elles doivent
etre prece-
dees par les
deui coq-
nai^ances
don I on a
parle plus
haut.
La semence
de la
justicece
sont les lar-
mes.
L'esperance
de la vie
est
ane moisson.
qui ne peut subsister sur le vide, et il place en
premiere ligne les deux choses qui sont corauie la
toile et le fond solide de cette peinture. Je m'appli-
querai en tuute securitea la science, lorsquej'aurai
recu l'assurance de la vie par le nioyen de l'espe-
rance. Vous avez done seme pour la justice si vous
avez appris par la veritable connaissance de vuus-
rneuie a craindre Dieu, si vous vousetes humilie, si
vous avez repandu des larmes, si vous avez fait de
nombreuses aumones, et autres ceuvres de piete, si
vous avez mate voire corps par les jeunes et par
les veilles, meurtri votre poitrine de coups, lasse les
cieux par vos cris. Yoila ce que e'est que semer
pour la justice. Les semences sont les bonnes oeu-
vres, les exercices pieux, les larmes. « lis mar-
chaient, dit le Prophete, et pleuraient en jetant
leurs semences (Psal. exxv. 7). "Mais quoi, pleure-
ront-ils loujours'?A Dieu ne plaise. Mais «ils re-
viendroDt avec joie tous charges de leurs gerbes. »
Certes, ils auront bien sujei d'etre dans la joie,
quand ils remporteront les fruits de la gloire coin-
me des gerbes de froment. Mais, direz-vous, cela
n'arrivera qu'au temps de la resurrection et au
dernier jour : il y a bien loin jusque-Ki. Ne vous
abattez point, ne vous decouragez point. Les pre-
mices de l'Esprit-Saint nous fournissent des main-
tenant de rruoi moissonner avec joie. « Semez, dit-
il, dans la justice, et cueillez l'esperance de la vie. »
11 ne nous renvoie plus au dernier jour, ou nous
possederons reelleinent ce qui nest encore que
l'objet de notre esperance, mais il parle du temps
present. Notre joie, sans doute, et nos ravisseuients
seront extraordiuaires lorsque nous jouirons de la
veritable vie.
3. Mais l'esperance d'une si grande joie sera-t-
elle sans joie ? « Rejouissez-vous, dit l'Apdtre, en
esperance {Rom. xn, 12) . » Et David ne dit pas
qu'il se rejouirait, mais qu'il se rejouissait de ce
qu'il esperait entrer dans la maison du Seigneur.
(Psal. cxxi, 1; II ne possedait pas encore la vie,
mais il avait recueilli l'esperance de la vie, et il
eprouvait en lui-meme la verite de ce que dit l'E-
criture, que uon-seulement la recompense, mais
meme l'attente des justes est pleiue de joie (Prov.
x, 28). Cette joie est produite dans l'atne de celui „
.... , Source de
qui a seme pour lajustice, par la conviction qu'il a eette
que ses peches sont pardonnes, si neanmoins l'effi- d"PcVtte7o*e
cacite de la grace qu'il a recue pour mieux vivre a
l'aveuir, lui donne la certitude de ce pardon, tjui-
couque de vous sent que cela passe en lui, entend
les paroles de l'Esprit-Saint, dont la voix et l'ope-
ratiou ne se dementent jamais. 11 entend ce qu'on
dit au dehors, altendu que ce qu'on dit au dehors,
il le sent au dedans de soi. Car celui qui parle en
nous opere en nous, parce que e'est le meme esprit
qui distribue ses dons achacun selon qu'il lui plait
(Cor. xn, 11), donne aux unsla grace de dire, etaux
autres defaire ce qui est bon.
lx. Quiconque parrui vous apres les commence-
ments aniers de sa conversion, a le bonheur de se
voir un peu soulage par l'esperance des biens qu'il
attend, et de s'elever comme avec les ailes de la
grace dans Fair serein d'une consolation toute ce-
leste, a moissonne des mainteuant lefruitde seslar-
tet et expedit ut praecedant, in quibus summam salutis
constitui superior ralio declaravit. Et vide si non intue-
batur, et si nun docebat huuc ordinem qui dicebat :
Seminate nobis ad juslitam, mettle spem vita; et tunc
demuai illuminate vobis, ait, lumen sciential. Ultimam
posuit scientiam, lanquam picturam, qu« slatuni habere
nequeat super iuane : et ideo ilia duo praemisit et sub-
jecit illi, tanquam si solidum aliquid picturae subsler-
neiet. Securus jam intendam scientis, si vitae prius per
benelicium spei securitateni accepero. Tu ergo semi-
asti tibi ad justiliam, si ex vera notitia tui evigilastl
imere Deuri, lemelipsum humiliasti, fudisli lacrymas,
elecmosynas profudisti, c;elerisque te pietatis actionibus
mancipasti, si jejuniis et vigiliis al'flixisti corpus, si pectus
tuntiouibus, cobIos claraoribus fatigasti. Hoc si quidem
seminare est ad justitiam. Semina sunt bona opera, bona
studia; semina lacrymae sunt, lbant, inquit, et flebant
mitlentes semina sua. Sed quid? semper flebunt? Absit.
Sed venient cum exultatione porlantes manipulos suos.
Merito cum exultatione, cum reportant manipulos glo-
rias. At istud, inquis, in resurrectione in novissimo die,
et est nimis longa exspectatio. Noli animo frangi, noli
deficere a p;.iillanimitate spiritus; babes interim de pri-
mitiis spiritus, quod ad praesens in exultatione metas.
Seminate, ait, vohis ad justitiam metite, spem vita. Non
te modo mittit ad diem novissimum, quando res jam
ei it in re, et non in spe : sed de praesenti loquitur. Pror-
sus magna laetitia et exultatio multa nimis, cum vita ve-
nerit.
3. Sed numquid tantaa laetitiae spes erit sine leetitia?
Spe gaudentes, ait Apostolus. Et David non laetaturum,
sed Icetatum se dixit, quod in domum Domini se spera-
ret iturum. Nondum vitam tenebat, sed spem profecto
vita; messuerat; atque in semelipso experiebatur verita-
tem Scripturae perhibentis, quia non modo remuneratio,
sed ipsa quoque exspectatio justorum l&titia. Hanc parit
in animo illius, qui sibi ad justitiam seminavit, prae-
sumpta indulgentia delictorum : si tamen ipsam iudul-
gentiam efficacia attestatur acceptas gratia; ad vivendum
sanctius deinceps. Omnis in vobis qui base sentit intra
se actitari, scit quid loquitur Spiritus, cujus vox atque
operatio minime inter se unquain dissentiunt. Propte-
rea ergo intelligit qnae dicuntur, quoniam quae foris
audit, intus sentit. Nam qui in nobis loquitur, operatur
in vobis unus atque idem Spiritus, dividens singulis
prout lull : aliis quidem loqui, aliis autem operari
quod bonum est.
• i. Quisquis itaque vestrum post ilia amara et lacry-
mosa conversionis suae primordia respirasse in spem,
atque in quoddam serenum superna? consolationis pennis
gratiae sublevatum se evolasse lstatur ; is profecto jam
metit, suarum recipiens fructum temporaneum larry-
marum : et ipse vidit Deum, et audivit vocem dicentis :
Date ei de fructibus manuum suarum. Nam quomodo
IN
iiEl'VRES DE SAINT RERNARD.
mes;ilavti Dieuetil l'a entendu dire: «Donnez-lui
ties fruits de ses ceuvres (Prov. xxxi. 31). » Car
comment celui qui a goiite et vu combien le Sei-
gneur est doux n' mrait-il pasvu Dieu? Que celui-la,
Seigneur Jesus, vous a trouve plein de douceurs et
de charmes, qui n'a pas seulement recti de vous le
pardon de ses peches, rnais encore le don de sain-
tele,et,pour comble de biens, la promesse de la vie
eternelle! Heureux celui qui a deja moissonne, qui
jouit des a present des fruits d'une vie sainte, et
jouira ft la fin, de la vie eternelle. C'est avec
raison que celui qui, en se voyant lui-meme, a
verse des larmes, et a etc ravi de joie, lorsqu'il
a vu le Seigneur, puisque la vue de sa souve-
raine honte est cause qu'il a deji enleve tant de
gerbes, je veux parler de la ' remission de ses
peches, de sa sanctification et de l'esperance de
la vie. Oh ! que cette parole du Prophete est vraie :
o Ceux qui sement dans les larmes recueillent dans
II j a trou la Joie Csf''- cxxv> 6)! " '' comPrfinQ par ces deux
aories de mots pUIje et p autre connaissance ; celle de nous-
ruemes, qui seme dans les larmes, et celle de Dieu,
qui rceueille dans la joie.
6. Si done nous commencons par cette double
connaissance, la science que nous pouvons ajouter
ensuite n'enfle point, parce qu'elle ne pent appor
gerbes
Toute science
qui sup-
pose la cod-
naissance
de Dieu et
de sui-meme ter aucun avantage, ni aucun honneur teirestre,
n'est pas
une science
qui enfle.
qui ne soit beaucoup an dessous de l'esperance que
nous avons concue, et de la joie que cette esperanee
nous donne, et qui est deji profondement enracinee
dans l'ame. Or l'esperance ne confond point, parce
que l'amour de Dieu est re'pandtt dans nos cceurs,
par le Saint-Esprit qui nous a ete donne. Et elle ne
confond point, parce que eet amour nous remplit
de confiance et de certitude. Car c'est par l'amour
que le Saint-Esprit nous rend temoignage que nous
soinines ciil'auls de Dieu. Que peut-il done nous re-
venir de notre science, si grandequ'ellesoit, qui ne
se trouve beaucoup moindre que la gloire. d'etre
mis all nombre des enfantsde Dieu? Mais c'est Imp
pen dire. Eatcrre meme, et tout ce qu'elle coutient, L'esp6rance
quand on en voudrait donner la possession & cha- |ft posaei rid
cun de nous, ne meriterait pas d'etre regardee en d? . "JUS ,'ca '
r biens du
comparaison d'un si grand bien. Mais si nous ne moude.
< imnaissons pas Dieu, comment esprter en celui que
nous icnorons ? Et si nous ne nous connaissons pas L'esperance
o ' nail de deui
nous-memes, comment serons-nous humbles, puis- connaissanees1
queii'etant rien, nous croirons tHre quelque chose?
Or, nous savons que ni les superbes, ni ceux qui
n'esperent point en Dieu, n'auront point de part
ni de sociele dans le bonheur des saints.
6. Conside.rez done maintenant avec moi, com-
bien nous devons avoir soin de bannir de nous ces
deux sort.es d'ignorances, dont l'uneproduit le nnn-
mencement, et 1'autre la consommation de ton I pS-
cbe ; comme an contraire des deux connaissanees
opposees, l'une engendre le commencement, et
1'autre la perfection de la sagesse, l'une lacrainte
de Dieu, et 1'autre son amour. Mais nous avons fait
voir que tel est le fruit de ces deux connaissanees,
faisons voir maintenant quel est celui de ces deux
ignorances. Car comme la crainte du Seigneur est
le commencement de la sagesse, ainsi l'ofgilell est
le commencement de tout peche. Et comme l'amour
de Dieu est la source de la sagesse (Eccles. x, 15),
ainsi le desespoir est l'ori^ine et la consommation
de toute malice. De meme si la connaissance de
nous-memes produit en nous l'amour de Dieu, et
Combien il
faut fuir
1'ignorance
de Dieu et
celle de noua-
mfimes.
non vidit Deum, qui gnstavit et vidit, quoniam suavis
est Dominus ? Quam dulcem ef suavem te sensit, Do-
mine Jesu, cui a te non modo peccata donafa sunt, seel
et munus sanclitatis indultura esl ; neque id solum, sed
et addita insuper ad cumulum bonorum vitae et a>ter-
nae protnissio ! Felix qui tantum jam messuit, habens
interim quidem fructum stium in sanclilicationcm, ftnem
vero vitam aeternam 1 Merilo qui se iriv'ento flevit, ga-
vi^us est viso Domino : ad cujus utique miserationis
intuitum tantos jam levavil manipulus, remissionem,
sanctilicationem, spem vibe. 0 quam verus est sermo
qui in Propbela legitur : Qui semindnt in lacrymis, in
exsultalione tnetent. Ubi breviler cumprehensa utraque
cognitto est : et nostri quidem in lacrymis serens : quae
aulem Dei, melons in gau'dio.
5. Hac ergo in nobis gemina praeeunte notilia, jam ea
quae forle supercreverit scientia minime inflat, ulpole
quae nihil aflerre valeat terreni commodi vel honoris,
quod non sil sane inferius spe concepla, laelitiaque spei
jam altius radicata in animo. Spe.i autem non confundit,
quia charitas Dei diffusa est in rurdibus tibstfti per Spi-
riium Sanctum, qui ct&tiu tSl rioW. hlroilla non confun-
dit, quia ista infundit certitudinem. Per hanc enim ipse
Spiritus testimonium perhibet spirilui noslro, quod filii
Dei sumus. Quidnam igitur nobis de nostra quantacum-
que scienlia provenire possit, quod non sit minus hac
gloria, qua inter Dei filios numeramur V Parum dixi :
nee respici in ejus comparatione potest orbis ipse et
pleniludo ejus, etiamsi totus cedat unicuiVis nostrum in
possessionem. Caeterum si nos ignorantia Dei tenet, quo-
mudu speramus in eum quern ignoramus? si nostri,
quonaodo humiles erimtis, putanles nos aliquid esse,
fctiriJ nihil siiuiis ? Scimus autem nee superbis, nee des-
peralis partem esse vel societatem in sorte sanctorum.
C. Iuluere ergo nunc mecum, quanta cura et aollioi-
tudine ambasislas repellere a nobis ignoranlias debeamue
quarum omnis peccati altera initium parit , altera
consummalionem : sicut duarum e regione notiliarum
initium sapienlise una, perfeclionem allera gignit : ilia
timorem Domini, ista charilalcm. At islud de notiliis
supra ostCnsum est. Nunc de ignorantiis vide. Etcnim
sicut initium sapientiae timor Domini, sic initium
omnis peccati superbia : et quomodo perfeclionem sibi
sapiential vindicat amor Dei, ita desperatio sibi omnem
malitiae consummalionem. Et quemadmodum ex notilia
lui venit in timor Dei, atque ex Dei notilia Dei itidem
amor : sic e contrario de ignorantia tui superbia, ac de
Dei ignorantia venit desperatio. Sic autem superbiam
TRENTE-SEPTIEME SERMON SUR LE CANTIQL'E DES CANTIQUES.
337
Poorquoi
iDinilile est
lecess lire;
tile i'lee de
humiiite.
la connaissanee de Dieu, l'amour de lui-rneme, au humiliiez au dela meme de ce que vous devriez, et
contraire, l'ignorance de nous-memes produit Tor- que vous vous estimiez beaueoup moindre que vous
gueil, et l'ignorance de Dieu, le desespoir. Or l'i- 'l'etes, c'est-a-dire que la verile ne vous estime.
gnoracce de nous-memes engendre l'orgueil en Mais il y a un grand mal et un horrible danger a.
nous, lorsque notre esprit trompe, et trorupeur en vous elever le moins du monde au dessus de ce que
meme temps, nous fait croire que nous sommes vous etes selon la verite, a vous preferer en vous-
meilleurs que uous ne sommes en eflet. Car ce en meme a un seul que peut-etre la verite juge vous
quoi cousiste l'orgueil, se trouve le commencement etre egal, ou meme superieur. Car, pour vous faire
de tout peche, c'est lorsque nous sommes plus comprendre ceci par un exemplefamilier, de meme
grands a nos yeux, que nous ne sommes devant que lorsque vous passez par line porte basse, quel-
Dieu, ct dans la verite : aussi l'Eeriture en parlant queprofondementque vousvonsbaissiez,vousn'avez
de celui qui a commis le premier ce grand crime, rien a craindre, au lieu que, si peu que vous vous
c'est-a-dire du diable, dit-elle : « qu'il n'est point eleviez plus haut que la porte, quandceneserait que
demeure dans la verite, mais qu'il a ete menteur, d'un doigt, vous en recevez un grand mal, et vous
des le commencement (Joan, vm, M) ; » En effet, vou? mettez en danger de vous blesser rudement la
il n'etait pas dans la verile. ce qu'il etait dans sa tele; ainsi, pour ce qui regarde l'ame, il ne faut
pensee. Mais il s'etait eloigne de la verite en se jamais craindre de trop vous humilier, mais il faut
voyont moindre et plus imparf ait qu'il n'etait effec- apprehender extremement, et meme redouter avec
tivement, sans doute que son ignorance lni aurait frayeur de vous elever tant soit peu plus qu'il ne
servi d'excuse, on ne l'aurait point estime superbe, faut. C'est pourquoi ne vouscomparez jamais a de Nal ne ioii
et bien loin d'irriter Dieu par son crime, il aurait plus grands ni de moindres que vous, ni a quel-
attire sa ar.'ice surlui par son lmmilile. Carsi nous ques-uns, ni meme a un seul. Car, que savez-vous,
6 homme, si celui que peut-etre vous estimez le
plus vil et le plus miserable des homines, dont vous
abhorrez la vie infame et souillee de crimes, que
vous croyez, a cause de cela, devoir mepriser en com-
paraisonde vous, qui pensez peut-etre vivredeja dans
commissions clairement l'elat oil chacun de nous
est devant Dieu, nous ne devrions avoir de nous-
memes une estime nitrop haute ni trop basse, mais
acquiesceren toute chose a, la verite. Mais puisqu'il
nous a voulu cacher ce secret, et que personne ne
se comparer
on se
preferer aox
autres.
salt s'il est digne d'amour ou de haine (Eccles. is), la temperance, dans la justice et danslapiete, etque
il est plus juste sans doute et plus siir, selon le voustenez en comparaison de tous les autres scele-
conseil de la Verite meme, de choisir toujours la rats, commele plus scelerat des hommes, que savez-
derniere place, d'oii on nous tire ensuitepour nous
faire monler plus haut avec houneur (Luc. xiv,
10;, au lieu de prendre la premiere pour etre oblige
d'en descendre avec honte.
7. 11 n'y a done point de danger que vous vous
vous, dis-je, si par un coup de la main du tres-haut,
il ne doit point etre un jour au regard des hommes
meilleur que vous, et que ceux que vous lui prefe-
rez, oil s'il ne Test point deja au regard de Dieu?
Aussi, est-ce pour ce sujet qu'il n'a pas voulu que
parit tibi ignorantia tui, cum meliorem quam sis,
deccpta ct deeeptrix tua cogitatio le esse mentitur. Hoc
quippe est superbia, hoc inilium omnis peccati, cum
major es in tuis cculis quam apud Deum, quam in
veritate. Et ideo qui primus peccavit hoc grande pecca-
tum, (diabolum loquor) de ipso dictum est, quia in
veritate non stetit, «'rf mendax est nb initio : quoniam
quod in sua fuit cogilatione, non fuit in veritale. Quid
si in eo discordaret a veritate, tit minorem se inferio-
remque putaret, quam Veritas habere! ? Excusaret eum
sua procul dubio ignorantia , ct minime reputari
supetbus, nee tarn invenirctur iniquitas ejus ad odium
quam humilitas fortassis ad graliam. Si enim in quo-
nam stalu unumqtiemque nostrum habeat Deus liquido
cognosceremus , nee supra sane, nee infra sed cedere
deberemus, veritati in omnibus acquiescentes. Nunc
autem quia concilium hoc posuit tenebras latibulum
suum, et sermo absconditus est a nobis, ita ut nemo
sciat si dignussit amore, vel odio : justius tutiusque
profecto, juxla ipsius Veritatis concilium , novis-
simum nobis locum elegimus, de quo postmodum cum
honore superius educamur, quam prasumimus altiorem
u.nde redere mox oporteat cum rubore.
T. IV.
7. Xon est ergo periculum, quatumcumque te humi-
lies, quantumcumque reputes minorem quam sis, hoc est
quam te Veritas habeat. Est autem grande malum,
horrendumque periculum, si vel modice plus vero te
extolbs, si vel uni videlicet in tua cogilatione te prafe-
ras, quern forte parem tibi Veritas judical, aut etiam
superiorem. Quemadmodttmenim si per ostium transeas,
cujus superliminare (ut ad intelligentiamloquar) nimium
bassum sit, non nocet, quantumcunque te inclinaveris ;
nocet autem, si vel transversi digiti spatio plus quam
ostii patitur mensura, erexeris, ita ut impingas, et
capile quassato coilidaris : sic in anima non est plane
timenda quantalibet humiliatio, borrenda autem ni-
miumque pavenda vel minima temere pra?sumpta
erectio. Quamobrem noli te, homo, comparare majori-
bus, noli minoribus, noli aliquibus, noli uni. Quid sci9
enim, o homo , si unus ille, quern forte omnium
vilissimiim atque miserrimum reputas, cujus vitam
scelcratissmam ac singulariter foedissimam horres ; et
proplerca ilium putas spernendum non modo pra te,
qui forte jam sobrie, el juste, et pie vivere te confldis,
sed etiam prae casleris omnibus sceleratis tanquam om-
nium sceleratissimum : quid scis, inquam, si melior et
22
s38 CEUVRES DE SAINT BERNARD.
nous ckoi&ssiens «ma plat* an milieu, nnn pas sorlir .In niauvais chcmin on il est ct des d6regle-
meme 6 I'aYant-dernier rang on parmi les derniers, menls d'une \ ie sensuclle. Mais, s"il ignore combien
ei qu'H add: « Asseyez-vous a ia derniere place Dieu est bon, combien il est doux el favorable,
(Luc.xiv, 10 .»c'est-i-direplacez-vousledernierde combien il .-I enclin u par.lonner, sa pensee char-
noii-seulemeul 6e vous prererez a pursmiiie, n. II.- ne Ie reprondra-t-elle pas aussilol, el ne lux
n ■ pri'Sinnn pas meme de vous comparer a dira-l-elle pas : Que lait.-s- ons? Voulez-vous per*
qui que ce soil. Vous vovci quel grand "id «"'* dre cette vie awe lautre* V..s pe.hes stmt Irop
lignornuce de nous-inen'ies. puisqnVlle produit Ie grands el Irop nombreux. Uuand vous dechirerua
pfehe du diable. el Ie comuiencenieHl de tout pe- tout votre corps, cela ne suMrait pas pour les Ctwee„
cue qui est 1'orgueil. Nous verrons uue autre fois espier. Votre complexion est delicale; vous »v«* d„ dew.,
ce qu.'' produit aussi lignorance de Dieu. Car, loujours veeu jusqu'ici dans la mollesse; vous aurei
comme nous nous sommes reunis aujourd'bui un bieu de la peine o surmo:iter line si lougne babi-
peu tard, le peu de temps qui nous resle ne nous tude. Et cet inforluue, desespere par ces prnsees et
permet pas d'eiilamer cetle matiere. Qu'il suflise a autres semblables, relourne a ses premiers de-
chacun de nous mainteuant, d'etre averti de sordres, ne sacbanl pas avec c hien de facililA to
ne pas se ui.Vonuailre soi-meme, non-seule- Tout-Puissant, qui ne veut perdre pereonne, i om-
ment par ce discours, mais aussi par la grace prail lous ces obstacles. Puis il tombe dans liinpe-
et la bouledelepouxdel'Eglise,Jesus-Cbrisl Notre nilence, qui est le plus grand .Ie tons les crimes,
Seigneur, qui est Dieu par dessus Unites choses et un blaspheme irremissible. II se Irouble. <•! il est
belli dans' lous les siecles. Aiusi soit-il. accable par une Iturrilile Iristesse, et par uue me-
lancolie noire et protoiidc, iloul il ne peul plus se
retirer pour recevoir aucune consolation, suivant
celte parole : « l.orsque 1'impie esl arrive au coni-
eirct
o.r.
SERMON XXXVIII.
_ . ,. ,-. „ _„, „„„„jj. i„ „i„, hrllp tins ble des maux, il mrprise tool [Prov. VIII, d). » Ou
En quel sens [Lpouse est nipelce la plus oeue an > i » /
1 , du moms s aveuclan sur sou mal, et se llaitint de
fomncs.
quebpie raison plausible, il se jolle de nouve.iu
1. Que prodnS done l'ignorance de Dieu? Car pour jamais dans le sieele, pour y jouir de toute
^""eT eVssI par ou il taut que je commence, puisque, si sorle de deliees, el ne garder plus in regie ni me-
'dfscs'ui'r' vous vous en souvenez bien, nous en sommes de- sine dans I'aSsouvisseiuellt de ses ddsirs. .Mais, lors-
meures la luer. Uue pro.liut-elle done? Nous avons qu'il croira elre en pais et en assurance, il se
deja .lit que e'est le desespoir; mais voyons com- trouvera surpris par uue mine aussi soudaiue que
meat elle le produit. Un ho nine revenaut a soi. et les douleurs .rune teuune gTosse, et il ne pourra
concevant un deplaisir sensible de tout le mil qu'il echapper. Voilacomme.it lignorance deUieti produit
a coininis, pensera peul-elre a se convertir, et a la consummation de toute malice, quieslle desespoir.
tc ct illis mutatione dextcrs Excclsi in se qnidems
fulurus sit, in Deo vero jam s.l I Et proptcrea non
med.ociem, non vcl pcoullimum, nun ipsuiu sallem
iuler novissimos eligere locuua uoa vol.it : rccumbe,
inquit, in novissioio toco : ul solus videlicet omiiiuui
Dovissimus sedeas, tcque nemini, non dice praponas,
sed nec eomparare prtesumas. En quanlaoi malum ve-
nit de ignorautia uoslri, ulique pcccalum diaboli, et
initiuin ouiiiis peccali, Buperbia. Quid etiam Uei parlu-
riat ignorantia, alias ndebimus. Nam nunc bora
urevilas non permitlit, quouiutu bodiclai-de couvenimus.
Itaque sul'iiciat unuroqiiemqiie modo, ne Beipsum iguo-
rel, adrujniium esse, i.on solum serinone nostro, sed
ipsius qiioquc digualione spuiisi Ecclcsite Jesu-Uhristi
l>< man n. so i, qui est Buper u.nuia Ueus bcedietus in
Bajcula. Amen.
SERMO XXXVIII.
QuaUter ex ignorantia Dei wucilur desperalio, et qua-
liter S/uitiu il.uutar pulc/tru inter uutheres.
{. Quid igilur Dei ignorantia parturif? Nam l'inc
Dclpiendnm est, sicut recoi-damini hie lieri fuisse ler-
minatuni. Quid itaque parturif? Li\imu» djbperationem:
ed quonam nirt'o. dirrnms. Forte nliipiio reversus in
se, et displiccns situ in omnibus malis ipix' fecit, cogi-
ic rcsipiscere, el rediro ab omai >ia mala et ear-
nali convei-satione =.u;i ; si ignoral, quam >it bonus Deua,
quam suavis et nii'.is, el quam mull is ad ignoscendum :
nonne sua cirnilis COgilatio arguel eum, el duel i Quid
racist l.i ulaiu islam vis perdcre, et uaturam ? Pecosta
Ina maxima sunt, et nimium multa : nequaquam pro
tot el tantis, aeo si le excories, sufiictes satislacere.
nlcxiu leiiciM est, \ia exslitit delioata, c jusuetudi-
nem difficile vinses. Pro his el similibus dcspcralus re-
silit miser, ignorans quam facile omniputens Bonitas,
qua? neminem vult pcrire, cuueta isl.i dissulvcrel: sequi-
t irque inipoenilenlia, quie est delictum rraximu u, et
blisplie nia irremissijilis. Ipse vcro aut contuiU.iMs ui-
mii Iristilia nbsorhelur, et ferlur in pr ifuadam, m.ui no
jam ut eonsol ilioaem rocipiil, eaiersinis, sicut scr p-
tuni est, / n >ms ci*in verurit in pro/'andu.n nuitoram,
mail: a. it c^rte dissiaiulans, ct sibi qiialionn-.jue
vcii simili bla i liens ratioae, rev.i.-at se irrevocabiliter
in steouliim, ad pcrfruendum et deliciaudum In oioniaua
boms ejus, q load lijucrit. Cum allien dixeiit, fax et
sceuriias, tunc repenlinus ti let interitus, sicut
dolor in ulero habentis, et nou elfugiet. lta ergo et da
• a'. oinnipO"
UMi qui.
TKENTE-HUITIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
339
r uinir 2- E'Ap6trc dit que qnelques-uns ignorent Dieu.
poire sc cnn- jjnis nioi je ills que ton-; cenx qui ne veulent point
toorerDieu. se converlir a lui ignorent Dieu (I Cor. xv, 34). Car
ils ne refusent sans doute de le fa ire, que parce
qu'ils se le. represented severe et rigoureux, quand
ll est bon, et inexorable quand il est plein de mi-
serirorde; cruel et terrible quand il est aimable ;
et l'iuiquite se nient a elle-meme en se formant
Different! line idole an lieu de ce qu'il est en elfet. Gens de
le foi, que craiguez-v*»us 1 Qu'il ne veuille pas
motif, ale- ,
plies par crux '
quin.-.veu- remettre vos peches? .Ne les a-t il pas attaches a la
lent
poin' si1 con
. croix avec ses mains? Vous eles lendres et deli-
cats, il est vrai, mais ue counait-il pas la faiblesse
de noire nature? Vous avez de mauvaises habitu-
des, et vous eles lies par l'habitude du peche,
comine avec de fortes chaines ; mais le Seigneur
n'.i-1-.l pas brise les liens des caputs (/'«(/. cxlv,
8)? Vous apprehumlez peid-etre qu'elant irrite con-
tie vous, de l'enormite et de la multitude de vos
crimes, il ne tardea vous tendre line maiusccoiira-
ble. Mais s.iebez qti'ordinairemeiit la grace sur-
abonde oil le peche a abonde {Ruin, v, 'JOj. Esl-ce
que vous eles en peine pour le velemi'iil, la uourri-
ture el les choses iiecessaires au corps, el cela vous
empechi-l-il d'.ibandoiiner vos biens? Mais ne
sait-il pas que vous avcz besoin de toules ces cho-
ses {Mull, vi, 32)? Que voulez-vous done davanlage?
Qu'csl-re qui, niainlenanl, fait obstacle a voire
sal ill ? (".'est ce que je dis, vous ne connaissez pas
Dieu, et vous ne voulez pas en croire noire parole.
Je voiidr.iis bien que vous crussiez an inoins ceux
qui unt TexperieiRe de ce qu'ils vous diseiit. Car,
si \ous ne croyez, vous n'aurez jamais la veritable
intelligence. Mais la foi n'est pas donnee a tout le
moude.
3. Dieu nous garde de penser que ce soit cette p00r(n,0j
sorle d'isrnorance que l'Epouse est avertie d'eviter, i'fip"use
elle qui n a pas seiilemeut une grande connaissance reprimandiSa
de sou Epoux et de son Dieu, mass qui jouit encore
de sou amitie et de sa famiiiarite particulieres,
merite qu'il l'honore souvent de ses chastes baisers
et de la douceur de son enlrelien, et qui mainle-
n. ml meine lui demande si librenient oil il pait son
troupeau et on il se repose a. midi. En quoi elle ne
desire pas de le connaitre lui-meme, mais de con-
nailre le lieu oil reside sa gloire, quoique, ii vrai
dire, le lieu oil il reside et sa gloire ne soient pas
une chose differente de lui-meme. Mais il trouve a
propos de la repreudre a cause de sa preemption,
et de l'avertir de se connailre elle-meme, ce qu'elle
semble ne pas faire assez, puisqu'elle s'est jugee ca-
llable d'une si grande vision, soit parce que l'exces
de son amour l'empecliuit de considerer qu'elle
etait dans un corps mortel, on parce qu'elle espe-
rait, maisinutilement, pouvoir, dans ce corps meme,
approiher d'une lumiere inaccessible. Elle est done
rappelee incontinent a elle-meme; elle est convain-
cue d'ignorance; elle est punie de sa lemerite.
« Si vous ne vous connaissez pas, dit-il, sorlez. »
Cet Epoux tonne centre sa bien-aimee, non comme
Epoux, mais comme Maitre, nun qu'il soit en colere,
mais parce qu'il vent la purifier en 1'efTrayant, et
la rendre capable, parce nioyen, de la vision upres.
laquelle elle soupire. Car elle est reservee pour
ceux qui ont le cceur pur.
a Or, ce n'est pas sans raison qu'au lieu de
l'appeler simplementbelle. il ilit : « Belle parmi les
feuimes, » e'est-a-dire belle d'une certatne facon ;
e'est pour l'liumilier encore davantage, et afin
qu'elle sache ce qui lui manque. Car je crois qu'en
ignorantia Dei universe malilia? consummatio venit, quae
esl desperatio.
■2. Apostolus (licit, qnod ignorantiam Dei quidam lia-
bent. Ego autem dico i.nmes ignorare Deiim, qui nolunt
convei'li ad Deum. Neque enim ob aliuil procul dubio
reiiuiuii, nisi quia graven) et severum imaginanlur, qui
pius est; durum el implacabilem, qui misericors esl ;
feruni et lembiiem, qui amabilis esl : ct mentitur ini-
quilas sibi, I'ormans sibi idolum pro eo quod non est
ipse. Quid tlmelis modicie lidei? ut peccala nolil remit-
tere ? Sed al'fivit ea eruci cum suis maiiibus. Quod te-
neri et delicali cstis? Sed ipse novit figmentun] no Irum.
Quod male assueli, et ligati peccandi consuetudine?
Sed Domiiiui solvit enmpeditos. Forte ne irrilatus im-
manilate et multitudine criminum, cunclelui' porrigere
inaniini adjulorii '! Sed lib) ubundavit delictum, supcra-
bundare et g'ra ia consuevlt. An do vest'uncnto sulliiili
cslis, vel cibo, casterisque corpori vcslro necessariis ; et
prupterca cunctamini iclinqiicre vestra? Sed soil quia
lus omnibus indigelis. Q iid vultis amplius? quid jam
in ped it a salute? Sed hue est quod dico : Ueum igno-
ralis, sed nee. creditis auditui nostra. Vellem vos vel
expertis credere, quia nisi credideritis, non intelligetis.
Sed non e.st omnium fide*.
3. Absit autem ut de tali, hoc est de Dei ignorantai,
Sponsam commonilam senliamus, qua; tanta sponsi pa-
rilep et Dei sui, non dico agnitione, sed amicitia ct fa-
miliarilate domuacst, ut ejus crebra colloqiiia et oscula
mci'eretur, et nunc familiari ausu loquitur : Iiidica mi-
hi ubipasens, uhi cubes in meridie. Ubisane non ipsum,
sed locum habitations glorias ejus sibi indicari requirit:
quanquam nrjn aliud ipse, el alius locus ejus vel gloria.
Sed reprimenda censelur pi-opter prasumptionem , et
de sua ipsius commonenda cugnilionc, in qua nimirum
visa est aliquatenus caligaie, qus tantaa se eestimarit
idoneam visioui : sive miaiis allendens pr.e excessu suo,
quod essel in corpore : sive fruslra spcrans eliam ma-
nenlern in corpore ad illain se posse inaccessibilem
acce.lere claritatem. Ergo ad seipsam prulinus revocatur,
et igiioranlia nonvincitiir, et insulentia casligatur. Si
ignoruste, inqnil, egredere. Terribililei'Spoiisus intunat
in dilectam, non tanquain spousus, sed tanquam magis-
ler; et lion quasi iralus, se;l tit lerrila piirgarelur, pur-
gala idonea ivddcrelur luiic ipsi, cui inhiat, visioui.
Mundicdrdibus nempe ilia visiu sepietralur.
4. Pulchre auteui pulchram, non oiiiniinodo quidem,
sed pulchram inter mulieres earn dicit, videlicet cum
distiuctione : quatenuH et ex hoc amplius reprimatur
340
OEtJVRES DE SAINT BERNARD.
Le nom de
femmessigni-
tie i i
Ames char-
nellcs.
C«
fait
.e qu
la beaute
dune ame
o'est d etre
•piriluelle.
ce lieu le nom de femmes signifie les Ames char- poids de sa gloire. Qu'elle cesse dis-je, tant qu'elle
nelles et nrondaiues, qui n'ont rien de male et ne est parmi les femmes, de s'enquerir des choses qui
font rien paraitre de genereux et de constant dans se passent parmi ces puissances sublimes, et qui ne
leurs actions, mais dont toute la vie et les mceurs sont connues que d'elles seules, parce qu'etant tou-
sont laches, molles et effeminees. Mais, bien que tes celestes, il n'est permis de les voir qu'aux seuls
1'ame spirituelle soit deja belle, puisqu'elle ne esprits celestes. Cette vision dit-il, que vous de-
marche pas selon la chair, mais selon l'esprit, ce- mandez qu'on vous montre, o nion epouse, est in 13—
pendant comme elle est encore dans un corps mor- niment elevee au-dessus de vous, et vous notes
tel, elle n'a pas atleint la perfection de la beaute, pas assez forte maintenant, pour soutenir l'eclat de
et ainsi elle nest pas b.-lle absolument ; elle est ]a clarte ou je fais ma demeure, et qui est egale a
belle parmi les femmes, e'est-a-dire parmi les ames celle du soleil a son midi. Car vous avez dit :
terrestres, qui ne sont pas spirituelles comme elle j « Apprenez-moi ou vous paissez votre troupeau,
non point parmi lesAnges, les Vertus, lesPuissan- oii vous reposez durant le midi. » Eire portee dans
ces el les Dominations. C'est de la meme maniere les nues, penetrer la plenitude de la clarte,
qu'un des patriarches fut appele autrefois juste percerrabimedesspleudeurs, ethabiterunelumiere
dans sa race (Gen. vi. 9), e'est-a-dire plus juste inaccessible, ce sunt des choses qui ne sont pas pos-
que tous ceux. de son temps et de sa race ; que sihles, tant que vous etes dans ce corps mortel.
lar fut juslilice par Juda [Gen. xxxviu. 6), Cette felicite vous est reservee pour la fin des temps,
Taut qne
l'Ame i'st dans
son corps de
niort, el.e est
iuhabile a la
visinn intui-
tive de Dieu.
e'est-a-dire plus juste que Juda, que l'Evangile a
dit, que le Publicaiu descendit justitie du temple,
mais justitie en comparaison du Pharisien (Luc.
xvm. la), et que 1'illustre Jean fut autrefois loue
d'une maniere singuliere comme n'ayant personne
lorsque je vous ferai paraitre devant moi, revelue
de gloire, sans tache ni ride, exemple de quel-
qu'aulre defaut que ce puisse etre. Ne savez-vous
pas que tant que vous demeurez dans ce corps,
vous etes exilee de la lumiere ? Comment n'etant
au dessus de Kit (Luc. vu. 28), mais seulement pas encore toute belle, croyez-vous etre capable de
parmi les enfants des femmes, non pas entre les regarder la source de toute beaute? Comment enfin
ehceurs des esprits celestes. C'est ainsi que l'Epouse demandez-vous de me voir dans ma clarte, vous
est appelee belle, elle ne Test qu'en comparaison qui ne vous connaissez pas encore vous-meme ? Car
des femmes, non des bienheureux. ce corps de corruption ne pent lever les yeux, ni
5. Qu'elle cesse done tant qu'elle n'est encore que les Oxer sur cette lumiere eclatante, que les anges
surlaterre, de rechercher avec trop de curiosite desirent sanscessecontempler. 11 viendra un tempsj
ce qui est dans le ciel, de peur que, voulant sonder et ce sera lorsque je viemlrai juger le monde,
la majeste de Dieu, elle ne soit accablee sous le que vous serez tout a fait belle, comme je
et scial quid desit sibi. Ego enim puto mulierum
nomine hue loco appellatas animas carnales ac saecula-
res, nihil in se virile habentes, nihil forte aut constans
in suis aclibus demonstrates, sed toluin remissum, lu-
tuui femineum et mode quod vivuDt, et quud agunt.
Spiritualisaulem anima,etsi inde jam pukhra quod non
secundum carnem ambulat, scd secundum spiritual; ex
eo tamen quod adhuc in corpora vivit, citra perfectum
adhuc pulchntudinis prolicit : hoc pruinde non pulchra
omni modo, sed pulchra inter niuliercs, id est inler ani-
mas terrenas, et qus nun sunt, sicut ipsa, spintuales,
non auiem inler angelicas bealitudiues, non inler Yir-
tutes, Polcstates, Uotniuationes. Sicut Putrum aliquis
oliui inventus et dicfus est Justus in generalione sua,
id est pta; omnibus sui temporis suaBque geuerationis ;
et Thamar juslilieala pcrhiOetur ex Judu, hoc Cat pra
Juda : et in Evangelio Publicanus Jescc.idisse rel'ertur
de templo justilicalus, sed juslilicalus a Pharis*o : et
quomodo maguus ille Joannes niagndlco quou.lam
comuiendatus est, quod videl.cei superiorem non h.ibe-
rel, scd hoc inter n.itos uiulieruiu, nun autem inler
chorus beatorum caslcatiumquc spiriluum : ila etSponsa
modo dicitur pulchra, sed interim adhuc inter tnulieres,
et nou inter ccelestes bealiludines.
5. Desinat proinde, quandiu in terris est, qua? in
ccelis sunt curiosius investigare, ne forte scrutatrix ma-
jestatis opprimatur a gloria. Desinat, inquam, donee
inter niuliercs versatur, inquirere quiE apud sublimes
illas sunt potestates, solis ipsis perspicua, sotis licita,_
tanquam coelestibus cceleslia ad videndum. Mirabilis
facta est, inquit, visio ista ex te, o Sponsa, quam tibi
postulas demonstrari : nee modo privates inlueri meri-
dianam et miram, quam inhabilo, claritatcm. Dixisti
enim : Indica mihi ubi pascas, ubi cubes in meridie.S&d
enim induci in nubes, penelrare in plenitudioem luminis,
irrumpere claritatis abyssos, et lucem habiiaie inacces-
sibilem, nee temporis est hujus, nee corporis. Id tibi in
novissiniis rcservatur, cum te mini exhibuero gloriusam,
noa babentem matulam aut rugam, aut aliquid hujus-
niodi. An lU'seis quia quandiu vivis in hoc corpore,
peregrii.aris a lumine? Quomudo qua? necdum tola pul-
clira es, idoncam le existimas univeraitatem pulchritu-
dinis i.itueri ? Quouiodo denique quseris in meu claritate
videre, qute adnuc igaoras le'.' Nam si te plcnius nos-
>cs, scues uliquc, corporequod corrunipitur aggravatam
mus posse attullcTe oculos et tigcre in itlum ful-
goreJl, in queni prospiccre auc-,eli co.icupiscunl. liril,
cum apparuero, quud tula pulchra eris, sicut ego pulcher
sum loius : et biiiiiJlitna mihi, videais me sicuti sum.
Tunc audies, Tula put hru es arnica mea, el m I ■"■ I i
est ii< te. Nunc vero, clsi ex parte tamen dissimilis,
contenta esto ex parte cogaoscere. Teipsam attende, et
TRENTE-NEUVlEME SERMON SUR
suis tout a fait bean, et alors etant completement
semblable a moi, vous me verrez lei que je suis.
Alors vous entendrez ces paroles : « Vous etestoute
belle, ma bien-aimee, et il n'y a point tie tache en
vous [Cant. iv, 7). » Mais maintenant que vous n'e-
tes encore semblable a moi qu'en partie, faites
un retour sur vous-meme ; n'aspirez point a des
cboses qui vous surpassent. et ne veuillez point
penetrer ce qui est au dessus de votre portee
(Eccl. xin, 22). Antrement, si vous ne vous connais-
sez pas, 6 la plus belle de toutes les femmes, carje
ne vousappelle pas belle simplement, ma is belle entre
les femmes, c'est-a dire en partie ; mais lorsque ce
qui est parfait sera arrive, ce qui est encore impar-
fait s'evanouira. Si done, vous ne vous connais-
sez pas. Mais nous avons dit co qui suit, il n'est
pas besoin de le repeter. Je vous avais promis de
vous dire quelque chose d'utile sur la double igno-
rance : si vous trouvez que je ne l'ai pas fait, ne
men veuillez pas, ce n'est pas manque de bonne
volonte. J'en ai assez Dieu merci, mais l'effet ne
suit qu'autant que l'Epoux de 1'Eglise Jesus-Christ
Notre-Seigneur, daigne m'eii faire la grace par sa
bonte pour votre edification, lui qui est Dieu par des-
sus toutes cboses, etbeui a jamais. Ainsi soit-il.
SERMON XXXIX.
Des chariots de Pharaon, qui est le diable , et des
prince's de son armee qui sont la malice, V intem-
perance et I'avarice.
1. « Je vous ai compare, mon amie, anion armee
environnee des chariots de Pharaon (Cant.i, 5). »
Avant toutes cboses, nous reconnaissons vo-
LE CANTIQUE DES CANT1QUES. 341
lonliers dans ces paroles, que 1'Eglise aete figuree
dans les pal riarches de 1'ancienne loi, et que le
myslere de la redemption y a ete montre par
avance. Dans la sortie d'lsrael hors d'Egypte, et
dans le double miracle de la mer Rouge, qui donna
passage au peuple de Dieu, et en meme temps le
vengea de ses ennemis, la grace du bapteme est
clairement exprimee, parce que le bapteme sauve
les hommes, et submerge les crimes. « Tous, dit
l'Apotre, ont ete sous la nuee, et ont et6 bapti-
ses sous la conduite de Moise dans la nuee et dans
la mer Rouge (1 Cor. l, 2) ». Mais il faut qua notre
ordinaire, nous marquions la suite des paroles du
Cantique, et montrions la liaison qu'elles ont avec
ce qui precede ; apres cela nous ticherons d'eu
tirer quelque chose d'utile pour les monirs. Ainsi,
apres avoir reprime la presomption de l'Epouse
d'un ton de voix dur et severe, ne voulant pas
la plonger dans la tristesse, il lui remet en nie-
moire quelques biens qu'elle avail deja recus, et lui
en promet de nonveaux. 11 l'appelle « belle a ile
nouveau, et la nomine son « amie : » si je vous ai
parle un peu rudement, mon amie, dit l'Epoux, ne
croyez pas que ce soit par aversion, ou par aigreur,
les dons que je vous ai prodigues et dont je vous ai
ornee sont des preuves evidentes de mon amour. Je
n'ai pasdesseinde vous les oter, maisplutot de vous
en donner de plus grands. Ou bien ne vous fachez
point, mon amie, de ce que vous ne recevez pas pre-
sentementce que vousdemandez, puisque vous avez
deja recu de moidesi grandes faveurs, elenrecevrez
encore de plus grandes, si vous accomplissez mes
preceptes, et persevcrez dans mon amour. Voila
pour la suite de la leltre.
2. Maintenant voyons les cboses qu'il dit lui
ajtiora le ne quaesieris, et fortiora te ne scrutata fueris.
Alioquin si ignoras te, o pulchra inter mulieres, (nam
et ego le dico ptilchram, sed inter mulieres, hoc est ex
parte : cum autem venerit quod perfecium est , tunc
euacuubitur quod ex parte est.) Si ergo ignoras te. Sed
qua- sequunlur, dicla sunt, et non oportet iterum dici.
Promiseram me de duplici ignoranlia utililer disputa-
turum : si quominus implesse videor, date veniam vo-
lenti. Nam vclle adjacet mibi, perficere autem non in-
venio, nisi quantum sua benignilate ad vestram iedilica-
tionem largiri dignabitur sponsus Ecclesis Jesus-
Christus Dominus noster, qui est super omnia Deus be-
nedictus in saecula. Amen.
SERMO XXXIX.
De curribus Pharaonis, id est diabnli, et de prin-
cipibus exercilui , qui sunt malitia, luxuria , et
avaritia.
1. Equitatuimeo in cumhus Phnraonii assimilnvi te,
arnica men. Ante omniiin his verbis libenler arcipimus
Ecclesiie typum iu Patribus pwcessisse, et nostra sa-
cramenta salulis prsostensa esse. In exitu Israel de
iEgypto, geminoque illo admirabili maris obsequio, et
Liaison da
teite.
transitum scilicet populo danlis, et ultionem de hostibus
baptismi gratia evidenter exprimitur, salvanlis homines
et crimina submergentis. Omnes, inquit, sub nube fue-
runt, et omnes in Mouse bjptizuti sunt in nube
et iu niari. Sed oportet consequentiam, sicut sole-
mus, signare verborum, et sequentia prionbus copulare
et ila demum elicere suave quippiam, si possumus,
quod prosit moribus instruendis. Ubi itaque Sponsae
prKsumptio dura et austera increpatioce repressa est ;
ne Iristior remaneret, bona illi aliqua, quee jam acccpe-
rat, ad memoriain reducunlur, et aliqua, qua? nondum
acceperat, promitluntur : sed et pulchra denuo perhi-
belur, et appellatur arnica. Quod tibi, inquit, dure
locutus sum, arnica mea, nulla in me tibi suspicio sit
odii vel rancoris. Nam signa amoris mei in te evidentia
sunt ipsa mea munera, quibus te honoravi et ornavi.
Nee mihi animi est ilia relrabere, sed magis addere
ampliora. Vel sic : Non segre feras, arnica mea, minime
te accipere modo quod postulas, qua? tanta a me jam
accepisli : et majora borum accipies, si in praeceptis
meis ambulaveris. et in amoie meo pcrscveraveris, Ha;c
pro liiterae consequentia.
2. Nunc jam videamus, qualia sint quae se donasse
342
QEl'VRES DE SAINT BERNARD.
Lcs quality
de rEpooM
viennent de
l'Epoux.
avoir donnees. Premieremcnt, il l'a rendue sembla- Intelligence aux simples et aux pctits (Psnl.
ble a son armee environnfe des chariots de Pha- cxviti, 130). » lit c'est pour ens, je crois, qu'il
raon, en la delivrant du joug du peclie, par la t^l :i propos d'expliquer ceci avec un pen plus
destruction de lout es les ceuvres de la chair, de d'etendue. Car l'cspril de sagcsse est iloux, el il
meme que lu people juif fill deiivre dela servitude aime un maitredoux et diligent, qui, tout t-n s'ef-
de I'figyple, quand Us chariots de Pharaon t'uivut forcant <le eoni enter cenx qui soul prompts a cora-
renverses el submerges dans la mer Rouge [Exod. prendre, nededaignu pas de condescends a lafai-
xiv, 28). Getle grace sans doute est bien grande ; blesse de ceux qui onl ['esprit plus lent. D'ailleurs
et je crois ne pas comuieltre line folie, en nie glo- la sagesse meme a dit : « ceux qui me rendent
I'iliant de ['avoir aussi recue, puisque en cela J'1 nc claire, auront la vie eiernelle (2?ccli. xxiv, 31). » Jo
dirai rien qui ne soit veritable, je le confesse <lonc. serais bien fache d'etre prive de cette recompense.
et je le confesserai sans cesse, si le Seigneur ne Apres lout, dans les choses qui me paraisseutfaciles,
ni'fut assiste, il sYn fi*il peu lallu que inon anie il y en a souvent de cachees, et telles, qu'il n'est
ne tombat dons l'enfer [Pnul. lxxxxiii, 17). Je ne pas superflu de les expliquer avec soiu aux plus
suis ni ingrat ni oubhcux, je chanlerai elernelle- capables et aux plus penetrants.
meat les misericordes du Beigneur (Psal. xciu, 4. Mais considered la comparaison de Pharaon et
1). Mais luissons la la ressemblance que j'ai avec de son armee avec la cavaleriedu Seigneur. On ne
l'Epouse. Apres quelle a etc ainsi delivree par une compare pas cos deux armee? eiitre elles. mais
bonte singuliere de l'Epoux, elle devient son aniie on les compare loules deux a une autre chose,
et elle est reveille d'une lieaute incomparable car quel rapport y a-i-il entre la luniiere et les
comme Epouse du Seigneur ; mais cette beanie, lenebres, el quel rapprochement entre le lidele et
n'est encore que sur les jou.es et sur le coeur. De l'inlidele ? L'Epoux compare sans doute I'aine sainte
plus, il lui proniet des colliers pour la parer. et et sp.rituelle, al'anuiv du Seigneur ; Pharaon au
des pendants d'oreilles d'or, comme clant plus diable, et les amiees de I'lUl a celles de I 'autre,
gracieux, et niarquctcs d'argent pour elre plus V'ous ne serez pas clonnes qu'uue a;ne soil compa-
be aux. Qui n'aimerait l'ordre meme de ces dons? ree a line armee euliere, lorsque vous considered
D'abord elle est delivree, ensuite elle est aimee, les amices de ver.us qui se trouveut dans cette
puis elle est baignee et puriliec, et entin on lui ame sainte, quel ordreregne dans ses mouvemenls,
proniet de riches et niagniliques parures. quelle discipline dans si s lueeurs, quelle force dans
3. Je ne doute point que quelques uns de vous ses prieres, quelle vigueur dans ses actions, quelle
ne sentent deja en eux-inenies ce que je dis, et ferveur dans son zcle ; et enlin quels combats elle
ne me previcnnent ]iar lVxpericnce qu'ils en livre a ses enneniis, et combieu tile remporle de
ont. Mais je me souvieiis de ce mot du Prupliele : vidoires Slit eux. Aussi lisoiis-nous dans la suite
« Vos paroles repandent la luniiere, et donnent de ce Canlique, qu'elle « est teirible comme une
commemorat. Et primum quidem est, quod earn assi-
milavit eipiilatui suo in curribus Pbaraonis, liberamlo
utique a jngo peccali, moitilicatis unhersis opcribus
caniis, qiiemadnioduin it le pupiilus liberatus est a ser-
vputc .Kgypli, subversis et submcrsis cunclis curribus
Pbaraonis. Id quidem niiscralio maxima, in qua ego
quuque si gluiiari vulucro, nun ero insipiens : verilatem
enim dicaui. Eateor el falebor : Nisi quia UoTftinus ml-
jtiLit inr, /i/iu/n minus habililSSet in in/'.rno niiimn men.
Nun sum ingratus, non sum oblilus : miseric.oidias
Domini in a'tcrninn cantabo. Verum liactenus milii cum
Sponsa. De reliquo, ilia singular! dignationo, postquam
liberala est, adciscitur in amicam, d ceo re in iiiduilui'
lanquam Domini sponsa, interim tamen in genis dun-
ta\at el in collu. Ad ba>e illi proinillunliu' niurenulie
pro ornatu: ipsieqiie aiuca: pro pietin, scd et distinct*
ito pro decore. Cui non admodii".: plareal ordo
di ti ■iiionum '.' Piimiim misi-iii-mdiler l.beialur,
sc'-uiiilo digna;:lei udamaliir, teitio benigne atduilur et
pi gatur, psbtrtnje optimi ornamenti accipit piomis^io-
I. \on ambigu (liosdam jam veslnun in serfjetlpsis
reeognosccre qua3 dlcunlur, proprioquc e.vperimenlo
•-•'UimonitoE ad intelligentiam praevolare. Scd sane
memor versiculi illius, Declnralio sermonum tuorum
iiluuiiunt, et iidellixtiim dtttt pttrouifo ; pro liujusmudi
dignum duco eadem modice latins cxplaiianda. Beni-
gnus est enim Spiritus sapientia?, el placet illi doctor
benignus et diligens, qui ita capiat sattsfacerC studiosis,
ut morCtn geivre lardioribas non rccuset. De.iiquc
qui elaaidant me, vitam eeternam habebntnl, ail ipsa Sa-
pientia : quo quidem praanio ego fraudari nolueiim.
Qnanquam in Ids etiam qua1 plana ridentur, qnamloquc
talia latent, quit ipsia quoquc, qui capnciorcs videnlur
et prsBvolantes iiigenio, nun eril inutile si diligentiua
declai-entur.
4. Sed vide jam similitudinein de Pliaraonc et excr-
citu ejus, et Domini cquilalu. Non inter ipsos exercitus
similitudo data est, sed de ipsis. Qua? enim sueietas
luci ad tenebras, aut. qme pars lideli cum iulldcli ? Scd
inter sanctatn spiritalemquc animam , et cquilalum
Domini plane compaialio est, et inter Pli iraonem et
diabolum, aaiboruini]iie cxercilus. Ncc miia'aeris uaam
a'n'u lam oqu tattis miiltittidini similatain, si adverlas
quaulie in ipsa una, qua1 lainen sa icta an nvi sit, virtu-
t>i in acies liubcantur : quanta in aftVcliuuibus ordin alio
quanta in moribus flisi;.ijilina, quanta In oralioaibus
armatura. quantum in aclionibus robur. quanlus in
TRE.NTE-NEUVIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
343
armee rancoe en batnilln [Cant, vi, 3). El encore,
« que verrez-vous danslaSunainile, sinon ties ordres
la Mfw tic- balaille Cant. vn. 1 "? g 0, si cette explication
*\P garde* n« vo,,s agree pus, sachez qu'une ime pieuse n'cst
Istma jnoiais sans line Iroupe d'anses qui la gardenl,
avfc line jalousie toiiie. divine, ay a at sum de la
conserver pour son Epoux, et de la rendre chaste
et vierge a Jesus-Christ. No dites point en vous-
memes ; oil ont-ils? qui les a vus? Le prophete
Elisee les a vus, et a oblenu de plus, par lapriere,
que Giesi les \il aussi [h Reg. vi, 17 . Si vous ne
les vovoz pas, c'est que vous n'eles ni Prophete, ni
serviteur dun Prupliele. Le patrinrche Jacob les
vit, et dit : « (".'est la 1'armee de Dii-u [Gen. xxxn,
2 . » Le Doeleur iles nations les vit aussi, piiisqu'il
disait : « Tons les csprits bieiiheurelix ne sont-ils
pas les ministres de Ihen, envoyespour servirceux
qui sonl destines a I'herilage dusalut [Heb.i, l.'i ? a
5. Aussi I'Epouse sous la protect ion des a ages,
et pnvironnee de ces troupes celesles, est seiliblable
a I'armee du Seigneur, a cette armee qiiiaulrefois,
an milieu des chariots de Pharaon, trionipba d.-ses
enneniis par mi miracle etonnant de 1'assistance
divine Exa I. xiv, 18). Car si rous considerez allen-
livement loutes les clioses que vous a Iniirez dans
un evenement si prodigieiix, vous en trouverez ici
qui ne sont pas inoins dignes d'admiration. Et
meme on pent dire que le tnomnhe ici est plus
iiiagniliqiie, puisque les niervcillcs qui se sont
faites alors en ues choses corporelles, s'accomplis-
sent a present d une maniere spiriluelle. Ne vous
semble-l-il pas, en effet, qu'il y a b.en ])lus de gloire
et de valeur, a terrassor le diuble que Pharaon, et
a dompter les puissances de l'air. qu'a renverser les
chariots de ce prince? La on combatlait contre la Anaiogie en-
1 tre les
chair et le sang, et ici un combat contre les puis- defaites da
sances invisibles, contre les princes du rnonde etdes crl|e
tenebres, contre les esprits matins qui voleiit ilans de Pharaon.
l'air [Ephes. xi, 13 . Poursuivez avec mui les aulres
niembres de ceite comparaison. La le people est
lire de I'Egyple ; \< i I'liomme est lire du siecle. La
I haraon, ici le di.ible est lerrasse. La ce sont les
chariots de Pharaon qui sunt renverses ; ici ce sont
les desirs de la chair eldu siecle, toujours en guerre
avec l'ame, qui sont aneantis ! Ceux-la sont sub-
merges dans les Huts, ceux-ci le sont dans les
laruies ; les uns dans le Hut de lu mer, les aulres
dans les larmes anieres. Je crois que lorsqu'il arrive
que les demons reueontivnt une auie de telle surte,
i.s criiiil couitae les Egyptiens ; « 1'uvuns Israel,
car le Seigneur combat pour lui [Exod. xiv, 15 . »
Voulez-vous encore one ie vous marque quelques- fes Pnnce»
1 J ■ 1 ^ du J haraoa
uns des princes, du la suite de ce Pharaon mysti- uv^ti.iae,
. .... ?oni laniiilic,
que par leurs noras propres, et quejevous decrive nntemperan.
quelques-uns de ses chariots, sur lesquels vous ,,cec.'
11 l 1 avarice.
vous pourrez regler pour trouver les autres de
vous-memes? Un des grands princes du roi spiri-
tuel et invisible d'Egyple est la malice. a (.'intem-
perance et l'avarice » en sont encore deux grands.
Et ce; princes ont chacun, suus leur roi, des empi-
res renfermes dans les liniiles qui leur ont ele
prescrites. Car la malice etend sa domination
dans la region des crimes et des forfails. L'in-
temperance est a la tele de loutes les actions deshoa-
netes. L'avarice etend son empire sur les rapines et
sur les fraudes.
zelo terror, qtiar.ta denique ipsi cum hoste conflictuum
assiduitas, numcrosiUis Iriumpborum. Denique in eonse-
quenliljus legilur : Terri/iilis ul caslrorui dinata.
Et ileal, t)>il .<./',.. iuquit, in Sunamile, nisi choros
eastrurum ? Ant si id libi non placet, novcrls hnjusmodi
animam nunquani esse sine angclurum etisloilia, qui
cam a?mula:ilur Dei ieniiilalionc, sollicili suo i"iro scr-
vare, ct virgincm caslam cxhihere Clnisto. El ne dixc-
ris in corde luo : Ubi sunt '? Q.ns cos vidit ? Vidit eos
Prophcta El sinus, insuper et fecit oiando, ut videiet
eliam (jiezi. Tu n m vides, quia non es Prophela, ncc
puer Pruphehe. Vidit Palriai-cha Jacob, et ait : Castra
Dei sunt hoc. Vidil el Doctor gentium, qui dicebat :
Sonne omnes adminislratorii spintus sunt, mixsi in
mmiiterium propter eos, qui tueredilalem cupiunt su-
lutis ?
5. Erpo anj;elicis fulla ministcriis, et superno stipala
apminc- Sponsa inccdens, similis est cqu tatui Domini,
illi utiquo, qui quondam in enrribus Pbaraonis lain slu-
pendo divini adjulorii miraculo Iriumphavit. Si cnim
iligcnlcr adverl.is, ,-! pcla, qua; ibi njii.iris magnilice
perpclrata, invrnica hie nihilouiinne admiianda. Kisi
quod in co nunc DiagniHccnliiis liiun fhalur, quod qu*
illic corporalilcr prapcesseruul, hie spiiitualilcr adiinplen-
ur. An non libi nempe multo fortius longeque glorio-
sius esse vidctur, dinbolum proslernere, qnam Pharao-
ncm ; alque aeriaa debcllarc pule^talcs, quam currua
Pbaraonis snbvcitere? Ibi denique pugnatnm eat
adversns camera ct Eanguinem; hie adversus principes
ct puleslales, adversus mundi rectorcs Icnebrariim harum
contra spirilualia ncquilia! in cades ibus. Et prosequcre
modo mecum singula pruporlionis membra. Ibi pnpulus
educlus i!c .T'gypiu. Iiic humu de sajculo : ibi pruster-
nitur Pbarao, hie diabolus : ibi subverlunlur currus
Pharaonis, hie carnalia et faecnlaiia desideria, quae
mililaut adversus animam snbruuntiir; illi in Quctibus,
isti in flet bus : maiir.i dii, amari isli. Pulo et nunc
clamitarc daamooia, si forte contingat incidere in lalem
animam : f'igiamus teraelem, quia Hummus pugnnt
pro eo. Visne eliam aliquos de prineipibus Pharaunis
propriis tibi designem nominibus, et de curribus des-
cribam, ad instar quorum tu quoque alios, si qui sunt,
per le ipsuni valcas in venire ? Magnus quidam princeps
spiriliialis alque inrisibilis regis .tgypti profecto Ma-
litia est, magnus Luxuria, magnus Avarilia. Et hi
q'lidem possident lerminos suns sub regc suo, sicut stii
cuiquc assignali sunt. Nam Malilia in omni regions
maleficioium alque facinoruai dominatur : Luxuria
omni immundiliaa et tuipiludini carnis pra?est : Ava-
ritia in partes rapinae et fraudis sortita est principatum.
344
UEUVRES DE SAINT BERNARD.
Le chsnoi de 6- Ecoutezaussi quels sont les chariots que ce Ma-
la malice, raon a prepares & ses princes pour poursuivre le
peuple ile Dieu. La Malice a un chariot a quatre
roues lesquelles sont la cruaule, 1'impatience,
l'audace et l'imprudence. Ce chariot est prompt a
repandre le sang, qui nest point arrele par l'inno-
cence, ni retarde par la patience, ni arrele
hensioude succomber. Telssout, enelfet, les aigud-
lous qui piquant sans cesseles Uancs des puissan-
ces tie la terre. Voil a pour ce qui est du chariot de
la malice.
7. Celui de l'intemperance rouleaussi sur quatre
rices, comme sur quatre roues qui sent les appe-
lits du venire, la passion du sexe, la noblesse des
Hen allele de par la craliite, ni retenu par la pndeur. II <'st habits et la langueur de la somnolence. 11 est aussi
cheiaui. allele de deux chevaui d'une grande rapidity, et allele ile deux cbevaux, la prosperity et l'abon-
qui sont tres-propres a causer toule sorte de inaux dance; ceux qui les conduisent sont : l'engour-
et de deg&ts, ce sont la puissance de la terre, dissement lie la paresse ; et la conliance lemerai-
etla poinpe du siecle. Carle chariot de la malice re; ear l'abomiauce de toutes choscs produit ai-
s'avance avec une prodigieuse vitesse, lorsque sement la paresse, et, selon 1'Ecriture, la a prospe-
d'une part il a la puissance pour accomplir ses rile des fous sera cause de 1 tir perte (1'rov. l.
desseins pernicieux, et de l'autre la pompe qui lui 32j, » sans uoute p. ore qu'elle leur donne une con-
applaudit et le felicite, lorsqu'il a couimis les plus fiance temeraire. Hais lorsqu'ils parleront lo plus
grands crimes, en sorte que cette parole de 1'Ecri- de pais el d'assurance, ils se trouverontaccables par
ture s'accomplit: a Le pecheur est loue dans ses une ruine soudaine (1 Thes. v, 3). Us n'ont besoin
desirs, et le ruechant recoit des benedictions. » ni d'eperons, ni de fouet, in il'autres choses sem-
(Psal. is. 3.) Et ailleurs : Cist maintenant le temps blables, mais au lieu decela, dsse servent 1'un petit
de votre regue, et de la puissance des tenebres. » parasol pour faire de I'ombre, el d'un eventail pour
Et conduit (Luc. xxn. 52.) Ces deux cbevaux sont conduits par t'aire du vent. Ce parasol, c'est la dissimulation,
demcochers. deux cochers, l'Enflure et la Jalousie. L'Entlure qui fait comme une espece d'ombre dans l'ame, et
rnene la pompe, et la Jalousie la puissance. Car le la met a l'abri de 1'ardeur devorante des soucis.
cceur enfle par la vanite, est emporte avec violence Car c'est le propre d'une ame mode el delicate, de
dans l'amour des pompes du diable. Tandis que ne vouloir pas prendre meme les soins necessaires,
celui que la crainte relient a la meme place, que la de peur d'en sentir la peine, et de se cacher com-
gravite rendmodesle, l'humilile solide, la purete me sous le voile d'une dissimulation affectee. L'e-
sain et eutier, ne saurait jamais elre emporte par ventail c'est la prodigalite qui produit le vent de la
le vent de la vaine gloire. De meme, l'autre che- ilatterie. Car les personnes debauchees sont prodi-
val de la puissance de la terre est conduit par la gues et paient de leur bourse le vent qui sort de
Jalousie qui le presse des deux eperons de l'envie, la bouche des Uatlcurs : mais en voila assez sur ce
je veux dire par la crainte de tomber et l'appre- sujet.
Le char dc la
lusure :
a deux
cbevaux et
deut cochers.
I lissiinulatiun
den
delicats.
6. Accipe nunc quoque quales his suis prineipibus Pha-
rao praeparaverit currus ad persequendum populum Dei.
Habet namque Malilia currum suum rotis quatuor con-
sislenlera : saevitia, impatientia, audacia, impudentia.
Valde etenim velox est currus isle ad cllundendum san-
guine™, qui nee innocentia sislitur, nee patienlia retar-
dalur, nee limore freuatur, nee inhibclur pudore. Tra-
hitur aulem duobus admodum pernicibus equis, et ad
omnem perniciem jaratissimis, terrena potentia, et sae-
culari pompa. Tunc namque quadriga isla niytitite currit
valde velociter, cum bine quidem potentia effectus su-
best ejus adimplendis malitiosis conatibus : inde plausus
pompa; aridet perpetratis sceleribus, at sermo impleatur
qui scriptoa est : Quoniam laudatur peccator in deside-
riis animiB rum, el iniguus benedicetur, el iterum alia
scriptura : Hn?c est, inquit, liora vestra, et potestas tene-
brarum. Porro praesident duobus his equis anrigce duo
tumor et livor : et tumor quidem pompam, livor vero
potentiam agit. Isenim rapido fcrlur diabolicarum amore
pom] irum, cnjui apud se cor prius intumuit. Nam
[uod in se Ormilep stal limore compre sum, gravitate
modestum, humilitatc solidum, puritatc sanum; aura
bujua vanitalis ncquaquam leviler rapielur. Hem terre-
na; jumenlum potential nonne iuvidia agilur, el quasi
quibusdam livoris urgentur hinc inde calcaribus, suspi-
cione utique decedendi, et metu suscumbendi? Alitid
est enim quod suspectus est successor, el aliud quod
timelui invasor. His ilaque stiinulis terrena potentia
continue agitatur. El currus quidem malitias sic se
habet.
7. Luxuriaa vero currus quadriga nihilominus volvi-
lur vitiorum, ingluvie videlicet ventris, libidine coitus,
mollitie vestium, olii soporisque resolutione. Trahitnr
equis aeque duobus, prosperistate vita;, et rerun) abun-
dantia ; et qui his president duo, ignavios torpor, e!
inlida securitas : quia et copia ignaviam solvit, et, se-
cundum scripturam, Prosperitas ttuttorum perdet dins:
non sane ob aliud, nisi quoniam male secures reddat.
Cum aulem dixerint, Pax et securitas; tunc subitaneus
superveniet eis interitus. Hi calcaria minime habent, ne-
que Qagella, vel aliquid bujuamodi : sed pro bis ntunlur
conopeo ad faciendam umbram, el flabello ad cilandum
\enluni. Porro conopeum dissimulatio est, umbram fa-
ciens, el protegens ab ieslu curarum. Proprium namque
est mollis et delicate anima? etiam necesaarias dissimn-
lare curas, et ne astuanles sollicitudines sentiat, sub
lalibulu dissimulationis abscondi. Flabellum vero Kdu-
sio est, vuulum adulationis apporlans. Largi sunt enim
Inxuriosi, ementes anro venlum de ore adulalorum. Et
de hoc satis.
TRENTE-NEUVIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
gneur, car il a fait onir avec magnificence
8. L'avarice est aussi trainee sur un chariot qui a
qualre vices en guise de roues qui le portent, ce
sont: la timidite, rinhumanite, le niepris de
Dieu, l'oubli de la mort. Les chevaux qui le
tjainent sont la mesquinerie, etla rupacite. 11 n'est
qu'un cocher pour les conduire, c'est l'ardeur
d'amasser. Car l'avarice se contente d'un seul
serviteur, ne voulant pas faire la depense d'en
avoir plusieurs. Mais ce serviteur execute ce qui
ltd est commande avec une ardeur infatigable,
ses deux fouets pour punir les chevaux sont la
passion d'acquerir et la crainte de perdre.
9. Le roi d'Egypte a encore d'autres princes, qui
out aussi leurs chariots, pour servir leurs maltres
dans les combats. Tel est l'Orguei], un des plus
grands seigneurs de sa cour ; telle est aussi I'lm-
piete, l'ennemie de la foi, qui tient un rang con-
siderable dans la maison de Pharaon. II y en a en-
core plusieurs autres d'un ordre inferieur, lant sa-
trapes que chevaliers, dont le nombre est iulini
dans son armee, et je vous laisse a en chercher les
noms et les offices, ainsi que les amies et les ap-
pareils de guerre , pourvous exereer ences choses.
C'est ainsi que 1'inviucible Pharaon, plein de con-
tiance en la force de ses princes et de ses chariots,
court de tous cotes, et, comme un cruel tvran,
exerce autant qu'il peut sa fureur et sa rage con-
tre toute la famille du Seigneur, et poursuit meme
encore aujourd'hui Israel qui fort de l'Egypte.
Mais ce peuple de Dieu, bien qu'il ne soit ni porte
sur des chariots, ni couvert d'armes, ne laisse pas,
fortifie par la main du Seigneur, de dire avec con-
fiance : « Chantons uu hymne de louange au Sei-
8. Jam vero avaritia rolis et ipsa vehitur quatnor vi-
tiorum, quae sunt pusillanimitas, inhumanitas, contemp-
tus Dei, mortis oblivio. Porro jumenta trahenlia, tena-
ticitas, et rapacitas : et his imusauriga ambobus pra'sidet,
habendi ardor. Sola siquidem avaritia, quoniam condu-
cere plures nuu patitur, uno contenla est servilore. Ipse
vero injuncli operis promplus admodum alque inl'atiga-
bilis executor, urgendis sane jumentis Irahcnlibus, fla-
gris utitur acerrimis, libidine acquirendi, et metn
amittendi.
9. Sunt et alii principes regis jEgypti, habentes et
ipsi currus suos in expeditione Domini sui : sicut super-
Ida, qua1 unus est de majoribus principibus : sicut ini-
mica (idei impietas, magnum et ipsa lenens locum in
domo et regno Pharaonis : el multi adhuc sunt alii in-
ferioria ordinis satrapse et equites, quorum non est nu-
merus in Pharaonis exercitu ; quorum et nomina, et
Officia; necnon el arma, et apparatus eorum veslris stu-
dies (at. in his exerceamini) inquirenda relinquo. In
islnnim ihique principum fortitudine, curriuimque suo-
t ii in , iuvisibilis Pharao ubique discurrens, in omiiem
fnniiliaui Domini, quibus potest viribus, more lyrannico
dcbacchatur, in his eliam bis diebtis exeuntem Israel de
.Crypto inseqnitur. At ille nee subvectus curribus, nee
protectus armis ; nihilhominus tamen sola Domini manu
345
l'eclat
de sa gloire, il a renverse dans la mer le cheval et
le cavalier (Exod. xv, 1). Et, eeux qui nous atta-
quent meltent toute leur conliance dins leurs cha-
riots et dans leurs chevaux. mais pour nous, nous
la meltons dans le nom du Seigneur notre Dieu
que nous iuvoquons (Pstl. xxix. 8). » Vuila pour
ce qui regarde la comparaison de l'armee du Sei-
gneur, et des chariots de Pharaon.
10. Apres cela, l'Epouse est appelee « Amie. »
Car pour l'Epoux, il etait ami avant meme qu'il
l'eut rachetee ; autremeut il n'eut jamais rachete
une personne qu'il n'aurait pas aiinee. Mais elle,
elle est devenue son amie par le bienfait de la re-
demption. Eeoulez un apotre qui en demeure d'ac-
cord : « Ce n'est pas que nous l'ayous aime, mais
c'est qu'il nous a aimes le premier (Joan, iv, 10). »
Souvenez-vous de Moise et de l'Elhiopierine, et re-
connaissez que, des lors etait figure le manage spi-
rituel du Verbe avec 1'ame pecheresse, et discernez,
si vous le pouvez, ce qui vous doune le plus de
consolation et de plaisir en considerant uu mys-
tere si doux ; est-ce la bonte incomparable du
Verbe, la gloire inestimable de l'ame, ou la sou-
daine conliance du pecheur ? Mais Moise ne pul
changer la peaude l'Ethiopienne, au lieu que Jesus-
Christ a fait ce changement. Car nous lisons
ensuite ; « Vos joues sont belles, comme celles
d'une tourterelle. » Mais reservons cela pour un
autre discours, afin que, prenant toujours avec
appetit les mets qui nous sont servis sur la table
de l'Epoux, nous exhalions les louanges, et cele-
brions la gloire de Jesus-Christ Notre-Seigneur, qui
L'anie pieuae
e&t appel6e
amie.
confortalus, secure decantat : Cantemui Domino, gloriose
enitn honot-ificatus est, equum et ascensorem projecit in
mare. Item, Hi in curribus et hi in equis ; noi autem in
nomine Domini Dei nostri invocaoimus. Et haec dicta
sint pro adducta similitudine de equilatu Domini, et
ciirribus Pharaonis.
10. Post hree arnica appellatur. Nam ipse quidem et
ante liberationem amicus erat, alioquin non liberasset
qiiam non amasset : sed ilia beneficicio liberationis ad-
ducta est ut esset arnica. Audidenique conlitcntem. Non
quia dilexerimus eum nos, inquit, sed ipse prior dilexit
nos. Recordare nunc mini Moisi et .Ethiopissae, et
agnosce jam tunc praeliguralum conjugium Verbi et
animee peccatricis ; el discerne, si poles, quid tibi dul-
cius sapiat in consideralione suavissimi sacramenti,
Verbine nimium benigna dignalio, an animae incestima-
bilis gloria, an inopina liducia peccatoris. Sed non
poluil Moises .Ethiopissae muttaret pellem, poluit Chris-
tus. Sequitur cnim : Pulchrn; sunt geii'je law, sicut tur-
turis. Sed hoc sermoni alteri reservetur; ut semper
qua>. in mensa Sponsi nobis apponuntur, cum aviditate
sumentes, eructemus in ipsius iaudem et gloruim, Jesii-
Christi Domini nostri, qui est super omnia Deus bene-
dictus in saecnla. Amen.
940
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
est Dieu par dessus tout, et beni .'i jamais.
Ainsi soit-il.
SERMON XL.
L' intention est le wage de I'dmc ; sa beaute el sn
laidcur, s<i t'llitulc et su jjurete.
1. « Vos joues sont belles ronune celles d'line
tourterelle [Cunt, i, 9,. » La puJeur de l'Epouse esl
lendre; et je crois que la reprimaude de l'Epoux,
jolie tie figure. D'ou vient cela ? Pourquoi parle-t-il
ilc sus juueS an pluriel ? Je croisqu'il ne l'a pas fait
Bans sujet. Car c 'est l'esjirit de sagesse qui parle,
et il n'est pas peniiis de lui attribuer le moindre
mot inutile on dit autrement qu'il ne faut. II y a
done line raison, quelle quelle soit, puur laquelle
il a miens aiine dire les joues que le visage, je vais
vmis <lire ee qn il in'en scnble, ii moins tpie vous
n'ayez quelque chose demeilleura proposer,
2. Uaus l'inlenlion, que nous avons appelee le
dinleiiliun.
lui a raitvenir le rouge an vuage, et Ta rendue en- visage de Tame, il ya deux choses necessaires. " '* "'"'I
core plus belle, ce qui lui attire ces paroles : « Vus l'objet et la cause ; e'est-a-dire, ce que vous vous reqoi-e. pal
joues soul belles comme celles d'une tourterelle. » proposez et ce pourquoi vous vous 1c proposez. '
Toutefob, n'allez pas prendre cela d'une facongros- Et e'est par ces deux choses qu'on juge de la
siere et cliarnclle, couune s'il parlait du rouge que beaute on de la lnideur dune ame ; en surte
donae le sang qui monle an visage, et qui, senielant que celle en qui ces deux choses sont droites et
a la blanclieur du teint, en rehausse encore l'eclat pines, inerite qu'on lui dise avec verite : « Vos
et la beaute. Car la substance de l'ame qui est in- joues sunt belles comme celles d'une tourterelle. »
corporelle et invisible, n'a ni membres, ni con- Mais on n'en pourra |>as dire aulant de celle qui
leurs. TAchez done de concevoir spiril'iellem nt manque de 1'nne des deux, atlendu quelle est laide
line substance loute spiriluelle, et pour juger dc 1 1 en paitie. Mais ret eloge convient encore bien
jnstesse de la comparaisou de l'Epoux, ligurez-vous moins a celle eu qui ces deux choses a la fois font
l'intenlion, comme etant le visage de l'ame. Car defaut, Ce qui s'eclaircira d'avanlage par des exem-
c esl par elle qu'on juge de la droiture d'une action, pies Si une persoune s'app'.ique a la recherche de
^''le^i'iage 0o"""t' c'cM l1;ir le visage qu 'on juge de la beaute 1 a verite, ne vous semble-t-il pas que l'objet et
de lame, du corps. Et voyez la pudeur dans la couleur qui la cause de son enuvtien sont honnetes, et quelle
monle an visage, altendu que e'est 1 1 is que tout pent avec raison s'attribuer ces paroles i m Vos
autre, la verlu qui enibellit l'ame et augiuenle la joues sont belles comme celles d'une tourterelle, »
grace en elle. « Vos joues sunt done belles, comme puisqu'il ne parait point de tache sur aucune de
celles d'une lourterelle. » II pouvait loner sa beaute ses joues ? Mais si elle recherche la verite, mm par
d'une lacon plus usi.ee el dire comme cela se fait le seul desir de la coni.ailre, mais par vaine gloire,
ordinairenieut quand on parle de la beaute oupour quelque autre avanlage timporel, quel
de quelqu'iin : vous avez un beau visage, vous etes qu'il soit, quand meme il serublcrait que l'une de
Exerr.ple
d'une intifl
tion drniUE
el ,'uiio '
inUnlinn
vjcicuse.
SERMO XL.
Quod intentio sit fades animal; qua; .sit ejus pulekriiudo
aul deformitai ; qua? ejusdem so/ttudo et pudici.ia.
1. Pulchra? sunt yence tuts, sicut turturit. Tcnera est
Spouse verecundia; el ad increpalionem Sponsi, puto,
facics ejus rnbure snffusa esl, pulchrioique ex eo appa-
rens, illico audit: Palatine sunt ye/ire lure, swat tiui>ins.
Vide an. cm ne carnaliter coxites culuralaui earn is pu-
Ircdincm, et purulenliain llavi sanguineivc hiunoris,
vitrex cutis superliciem siuiunaiiai ali|iie iequaliler suf-
riindcntcm : e ipiibus sibi inviccm moderate permixlis,
ad venuslandam gcnainm clligiein rubor subpallidus in
erficientimn corporate pulchritudinis temperalur. Alioquin
incorpoiea ilia aniline invisibilisque substantia, nee cor-
porcis dislincla membris, nee visibilib 's exslat fucala
coloribus. Tu vei'o spirilale:n essenliam spiiilali.sipotes,
linP'e intuitu, et ad eniiplnnduni propositi simililudinis
schema cugita niiimse faciem, mentis inleiilioneiu j ex
qua nimiruin rectiludo operis, sicut ex facie pulch ii ti'io
corporis, asslimnlur. Poiro verecuniliani inlellige, lan-
ipiam colorem in facie, quod lisc potissimuai villus, et
venustatem higorat, et augcal gratiam. Putchruievga sunt
nenai lure, sicut tvrturit. Poterat usitatius facicm ponere
el describcre pulibram,siciit.colel, cnjus pulchriludolau-
datiir, pukbra facie sou decora facie dici : scd nescio
quid sibi volueril, lit mayis genas plurali'er clicendum
putaveril, nisi quod niiiiiine id crediderim oliosum.
Spiiit is nannpie sapienlia' loquiliir, CIU nun est fas \el
niudiciim quid onmino adscriberc oliosum, ant secus
dictum ipium ( pnrluerit. Est ilaqae sine dubio causa,
i]ii;i'cumipie ilia sit, cur pluraliler genas uialueril, quam
singnlarilcr faeieui dicere. Et si tu melius non babes,
ego quod mihi videtur apcrio.
2. Hun qna'dam ill intcntiune, quam faciem animaj
esse dixinius, nccessario rcquiriinlur, res et causa, id
est quid intendas, et propter quid, lit ex his sane duo-
bus aniu.aj vel decor, vel dcfor.uilas jiidiualur, ul(vcrbi
causa) anima, quie umbo ista recta atque pudica hubue-
ril, illi mcrito vcraiileiquc dicalur : Putcline sunt genu?
tua;, sicut turturis. Quie vero allero bor.imcaruerit, non
polerit dici de ea, quod p ilchrye sint genie ejus sicut
t u it uris, propter cam, qua; udhuc ex parte aril, defor-
mitalem. Mullo aulcm minus illi hue potcrit ronvenire,
quie nenlriim horuni babere biudiibilc invcnitui. At id
lot il m (irl planius in c.xcnq lis. Si (verb) ciiu^a) intendnt
qiis aniinum inquirenda; verilali a more; nonne is l.bi
videtur et rein, et causam habere honcstam, mcritoque
sibi vindicare quod dicitur: Pulchrce sunt gence tua, sicut
QUARANTINE SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
*47
ses joups est belle, jecrois pnurlant qu'on ne ferait plusie.urs choses; et il est impossible que le mou-
point dilficulte de dire qu'el'e est laide, an nioins vement continue! qu'elle: se do rae pour lcs clioses
en partie, puisque la honle de la <:ause defigure de la terre, ne fasse voler sur elle quelqucs grain*
l'autre cole de son visage. Mais Si vous voyez tm de poussiere qui se dissiperont aisement a l'lieure
horn me qui ne s'adonne a rieii d'lioiiuele. un
liomnie captive par Irs charmes de la voluple sen-
suelle, adonne a la gourmandise et a la debauche,
tel cpie sont ceux qui se font un Dieu de leur ven-
tre, mellent lenr gloire dans ee qui devrait elre un
sujet de confusion, et ne goutent (pie les chores dela
de la mort, an souffle de la puretedesa conscience,
et de la rectitude de sou intention. Ainsi ne cher-
rlicr que I lieu pour Iui soul, c'est avoir la face de
I'intenlion parfaitement belle ; et c'est ce qui est
propre et parliculier a l'Epouse qui mi-rite, par
uue prerogative unique, d'enlendre ces paroles :
Reorder
lli-u et
ne p'liie agii
pour Iui.
c'est one
hypot-ritie .
terre [Phil, in, 13 ; ne direz-vous pas que cet « Vos joues sout belles romme celles d'une totir-
bonune est tout a fait laid, puisque l'objel et le lerelle. *
motif de son intention sout vicious ? !i- I'ourquoi dit-il eomme celles « d'une tnurte-
3. .N'avoir done pis tlieu pourbtildans sesaclions, reile ? » Cet oiseau est exlremement chaste, et il ne
mais le siecle, c'est le propre d'une ame seeulieiv, tit pas en troupe, il se coittente, dil-on, de la
et qui n'a point une seule June de belle. Maw iv-
ganlei' Dieu, et ne le pas faire neannioins pour
Llieii, c'est le propre dune ame hypocrite. Et, bien
qu'un des cotes de son visage paraisse beau, pane
qu'elle regarde Uieu avec queli[ue intention, loute-
fois ce degiiisement delruil tout ce qu'il yade lie >u
en elle, et repaint de la laideur ''iir tout son visage.
eompagnie de celui qui s'est accouple avtc Iui. en
sorle que s'il vient a le peri I re, il u'en el i en he
|nniit d autre, et vit solitaire. Vous done qui ecou-
tez ceci, et qui voulez proliler de ce qui est ecrit
]iour vous, et que nous expliquons maintenant pour
vntre ulilile, si vons eles amines de ces mini venients
du Saint-Espril, et que vous britliez du dlesi* de
Le tt Avail de
M. rlhe ne
peut s'ac-
eomplir *ans
■oulevcr un
nua;re de
pou»siere.
mais on peut dire que sa bassesse de eoeur la rend
noire et mollis a^roable. An coulraire, fegiirdet
autre cbose que Dieu, mais toutefois pour Dieu,
ce n'est pas le repos de M irie, c'est l'embarras de
Marllie. Dieu me garde de dire ipi'une telle line
ail rien de laid, et pourtant je ne votnh'ais pas assu-
si chaste, vous demeuriez en repos et solitaire
(T/tren. in, -J8), eomme dit le Prophele, paree que
vous vous eles eleve ait dessus de vous-meme. C'est,
en elft, une cbose bien ait dessus de ^us de de-
venir leponse du Seigneur des anges, d'etre elro''-
ieiiient unie a Dieu, et de ne faire qu'un nieme
Pourqiioi la
b**aute de
l'Epouse est
comp:iree a
edit* d'une
tourlerelle.
Si elle dirtge son intention vers Dieu uniquemenl reielre voire ime epouse de Jesus-Christ, faites en
o i prutcipalemcnt en vue des av.uitagcs de la vie, sorte, par voire travail, que les deux joues de votre
ell.' n'est pas souiliee, il est vrai. par l'hypocrisie, inteationsaienl belles, alin que, en imitant cet oiseau
Paint Ber-
nard recom-
niande la so-
litude et le
secret.
rer qu'elle ft'tt arrivee a la perfection de la beaute, esprit avec Ini. Ilemeurez solitaire eomme la tour-
parce qu'elle s'inquiete et se trouble encore de lerelle. N'ayez point de commerce avec le reste des
tia-furis ? miippe eni in nenlra genarnm na?vus rcpre-
hensionis apparent. 0l]od si minime qiiidem veri talis
desidcrio, sed ant inanis glul'lje, ant alterius uualhcim-
qiie cotnmodi temporalis obtcntti in Veritatem ialeaderit:
jam et si unam genarum videalur habere formosam ;
non lamen, lit arbilror, dubilabis judicarc vel ex parte
deformem, ciijns altera n faciem causa? turpitude fteda-
verit. Si anlem videris honiinem nullis lioaeslis
stiuiiis inteiidenleni, sed carnis illccebris irreliluai ,
venlri et luxuria; dediliini quales sunt illi, quorum
Deui venter est , et gloria in ionfusione ebi'tim ,
qui terrena sapiunt : quid isluiii ? noane ex lit ramie
parle fcedissimum judkabis, in cujus ulique inten-
tione et res, et causa reproba invenitur?
3. Ergo intendere non in Deum, sed in saaculum,
saecularis anims est, nee iillain prorsus genarum
speciosam habentis. Intendere aulem quasi in Deum,
Bed non propter Deum, hypocrilje plane nniraa- est :
cujus etsi una fanes decoro videlur, quod ad Deum
qualicunque intentions respiciat ; ipsa taaien simnlatio
oiinie in ea decorum cxlerininal, et mafris per totum
mgcril tedilalem. Si antem vol sulum, vel maxime, ob
vilip pra?senlis necessaria ad Deum oenverterit inlen-
tiorem ; non quidein fa?ce hypocrisis putidam ,
pusillanimitalis tamen vitio dicimtis subobscuram. et
minus acceptam. Porro e conlrario intendere in aliud
quam in Ileum, tamen propter Deum; non olium
Maria-, sed Martha; mgolium est. Absit autem lit qua;
hojusmodi est, quidquam iham di\erim habere del'orme.
Nee ta nen ad perlectum at'lirniaverim pervenisse deco-
ris , quippe quae adhuc sollicita est el lurbalur erga
pluiiina, et non potest terrenoriim actnuhi vel tenui
pulvere non resper,;]. Quern tamen cilo I'acileque
delerget vel in hoia sanclas dormilionis casta inlenlio,
pt bona> conscient'ue interrogallo in Deum. Ergo solum
inquirere Deum propter ipsum solum, hoc plane est
utramqne biperlila? inlenliouis faciem habere pulcherri-
tnani : atque id proprium ac speciale Sponsa?, cuimeiito
singulari piiprogaliva audire conveniat : Pulchrte sunt
</eme twe, si-tit (urtwls.
4. Cur vero sicut tUrturis ? Pndica avicula est, et
conversatio ejus non cum multis, sed solo degere ferlur
contenla compare : ila tit si ilium amiseril, allerum non
requirat, sed sola deinceps cunversetur. Tu ergo qui
hasc audis, ut sane non otiose audias ea qua) scripta sunt
propter to versantur el flisputantur : tu, inqiiam, si ad
istiusiiiodi Sjriritus-Sancti iia-ilamenla movcris, et inar-
descis dare operaii), (|uoniodo animam tuam facias spon-
sam Dei ; stude ainbas speciosas habere has genas tu»
intentionis . ut imiiator castissimaa volucris . scdean
SJS
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
autres hommes. Oubliez meme votre peuple et la 5. Du reste, on ne vous ordonne que la solitude
maison do votre pere, et le roi concevrade l'amour du eceur et de l'esprit. Vous etes seul, si vous ne
pour voire beaule (Psal. xuv, 11). Ame sainle, pensez point aux choses de la communaute, si vous
demeurez seule, aflu de vous conserver pour celui- n'ctes point attache aux choses presentes, si vous
la seul que vous vous etes choisi entre tons les meprisez ee que plusieurs estiment, si vous rejetez
autres. Fuyez de paraitre en public; fuycz jusqu'a ceque tons desirent, si vous evitez les contentions,
ceux de votre maison ; sepaiez-vous de vo? amis et si vousne sentez point lespertes, etnevoussouvenez
Eoquoi con-
siMe la soli-
tude do
1'ame.
point iles injures. Autrement vous n'etes pas seul,
quaad meme vous seriez seul " : vous voyez done
que vous pouvez etre seul, Iorsque vous etes avec
plusieurs, et etre avec plusieurs, Iorsque vous etes
de vos intimes, et meme de celui qui vous sert
Sorioat de Ne savez-vous pas que vous avez un epoux, eitre-
l'ame. Dienieut niodeste, et qui ne pent point vous hono
rer de sa presence, devant qui que ce soit? Mettez
vous done en retraite, mais d'esprit, non de corps, seul. En quelque grande compagnie que vous vous
mais d'intention, mais de devotion, mais d'une trouviez, vous etes seul, si vous prenez garde de
maniere tout interieure. Car Jesus-Christ qui se ne pas ecouter Irop cuneusement ce qu'on dit, ou
presented, vous, est esprit, et ildemaude la solitude de nVn pas juger temerairement. S'il vous airive
de l'esprit, non pas cello du corps, qnoique cetie der- de voir quelque chose de mal, ne vous hatez pas
niere ne soit pas quelquefois inutile, lorsqu 'on la dejuger votre prochain; au contraire excusez-le.
pent observer, surtout dans le temps de l'oraison. Excusez l'intention, si vous ne potlvez excuser
Et do corps Car vous savez quel est en ce point meme le pre- 1'action. Croycz qu'il l'a fait par ignorance, ou par
iUiS'o'raUoDanl cel,te de 1'Epoux, et la forme qu'il present : « Pour surprise, ou par malheur : si la chose est si claire
vous, dit-il, Iorsque vous prierez, enlrez, dans voire qu'il n'y ait pas lieu de la pallier, tachez nean-
chamhre, et fermez-en la porlesur vous (Matth. vi, moins de le croire ainsi, et dites-vous a vous-me-
6j. » Et ll a fait lui-meme ce qu'il a dit. Car l'Ecri- nies : la tentation a ete extremement forte. Qu'au-
ture rapporte qu'il demeurait seul toutela nuiten rais-je fait, si elle m'avait presse aussi vivement?
prieres, non-eulement en s'arrachant a la foule Or, souvenez-vous que e'est a l'Epouse que je dis
qui le suivait {Luc. vi, 12), mais en ne conservant tout ceci, et que je n'inslruis pas l'ami de l'Epoux,
pas meme la compagnie d'aucun de ses disciples q"i a line autre raison pour observer soigneuse-
ou de ses familiars. Et nous voyons que s'il em- ment ce qui se passe; car il doit prendre garde
mena avec lui trois de ses apotres, lorsqu'il se qu'on ne peche, examiner si on n'a point failli, et
hatait d'aller a la mort, il s'eloigna d'eux quand corriger ceux qui sont tombes en quelque faute.
il voulut pner [Matlli. xxvi, 37). Faites done aussi Mais l'Epouse n'a pas ce devoir a remplir ; elle dit
la meme chose, quand vous voudrez faire orai- . c .„,,., . „ , « •
^ * Se reporter il la lettre que eaint Bernard ecmait aai
son- religieui de Mont-Dien.
On do:t 6vi-
tcr de j"gcr
le prncliain
quand on
n'l-n t-Bt
point charge.
secundum Propbetam solitarius, quoniam levasti te
supra te. Omnino supra le est, angelorum Domino
despnnsari. An non supra te, adhajrere Deo atque unum
spiritum esse cum eo ? Sede itaque solitarius, sicut tur-
tur. Nihil tibi et turbis , nihil cum mullitudine
caelcrorum : eliamque ipsum obliviscere populum tutim,
et domum patristui ; et coneupiscet Rex decorem tutim.
0 sancta anima, sola csto, ut soli omniuui serves teip-
sam quern ex omnibus tibi elegisti. Fuge publicum,
fugc et ipsos domeslicos : secede ab amieis et intimis,
etiam et ab illo qui libi ministral. An nescis te vere-
rnndiim habere sponsum, et qui nequaquam suam velit
tibi indutgere prxsenliam praisentibus caeteris? Secede
ergo, sed mente, non corpore; sed intentione, sed de-
votione, sed spiritn. Spirilus enim ante faciem tuam
Christus Dominus, spirilusque requirit, non corporis
soliludinem : quanquam et corpore interdum non otiose
te separas, cum opportune poles, pr.eserlim in tempore
orationis. Tenes etiam in hoc et mandalum Sponsi, et
formam : Tu, inquil, cum orawis, intra in cubiculum
luuin, et clauio outworn. Et quod dixit, fecit. Solus in
oratione pernoclabat, non modo se abscondens a turbis,
sed nee ulluin quidem dispulorum, nee ullum domes-
ticorum ad mittens. Uenique tres sccum intimos sibi ad-
duxerat, cum ultro properaret. ad mortem ; avulsus est
et ab ipsis orare volens. Ergo et tu fac similiter, quando
orare volueris.
5. De cwlero sola indicitur tibi mentis et spirilus
solitudo. Solus es, si non communia cogites, si non
afTectes prirsentia, si despicias quod multi suspiciunl, si
faslidias quod omnes desiderant, si jurgia deviles, si
damna non sentias, si non rccorderis inju.'iarum. Alio-
quin nee si solus corpore es, solus es. Videsne posse
esse te et solum, cum inter multos; et inter mnltos,
cum solus es? Solus es in quantacunque homintitn ver-
seris frcquentia : tantum cave alienee conversations esse
aut curiosus explorator, aut lemerarius judex. Eliamsi
perperam actum quid deprehendas, nee sic judiccs
proximum, mngis autem excusa. Excusa intentionem, si
opus non poles : puta ignoranliam, puta subreplionem,
pula casum. Quod si oninem omnino dissimulalionen)
rei cerliludo recusal, suade nihilominus ipse tibi, et
dicilo apud temetipsum : vebemens t'uit nimis tenlalio :
quid de me ilia fecisset, si acccpisset in me similiter
polestatem '? El memento, me modo alio |ui Sponsam,
et non amicum Sponsi insfruere , cni alia ralio
est diligenlius observandi ne quis pecret, et explo-
randi an peccet, et emendandi si peccatum fucrit.
A qua sane necessitate Sponsa libera est, soli vjvens
sibi, et ipsi quern diligit Sponso pariter et Domino
QUARANTE ET UNIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
pour elle seule, et pour celui qu'elle airae, qui est
tout ensemble son epoux, et son Seigneur, son
Dieu beni par dessus tout dans tous les siecles des
siecles. Aiusi soit-il.
SERMON XLI.
Grande consolation de l'Epouse dans la contemplation
des splendeurs de Dieu, en attendant quelle arrive
a sa claire vision.
I. « Votre con estcomme des perles (Cant. i,9).»
L'on a coutume d'orner le cou de perles, mais non
pas de le comparer aux perles. Mais que eelles-la
se chargent de perles, qui cherchent dans les or-
nements etrangers la beaute qu'elles ne trouvent
pas en elles-memes. Le cou de l'Epouse est si beau
en soi, et naturellement si bien fait, qu'il n'a pus be
soinde tous ces ornements extericurs. A quoi bouse
parerd'un eclat emprunte quand la beaute naturelle
sul'lit, et peut meme egaler l'eclat des perles dont les
autres se servent pour rebausser leureclat? C'est ce
que l'Epoux a voulu donner a entendre, quand il a
dit, non pas que des perles pendent au cou de
l'Epouse, comme cela se voit d'ordinaire, mais que
son cou ressemble a des perles. 11 nous faut mainte-
nant invoquer le Saiut-Esprit, aliu que comme il
349
et plus probable que de dire, que c'est l'entende-
ment qui est designe par le cou de l'Epouse. Je
crois que vous serez aussi de ce sentiment, si vous
considerez la raison de cette ressemblance. En
effet, l'entendement est comme le cou dont l'ame
se sert. pour faire passer en elle la nourriture de
l'espnt, et la repandre ensuite dans toutes ses atfec-
tions et ses mouvements. Comme le cou de l'E-
pouse, e'est-a-dire. l'entendement qui est pur et
simple, brille assez de lui-meine par la verite toute
nue, il n'a point besoin d'autres ornemenls, mais
lui- meme, comme uneperle precieuse, est la beaute
de l'ame ; et c'est pour cela qu'oD le compare aux
perles memes. La verite est une perle excellente,
aussi bien que la purete et la simplicity, la sagesse,
mais la sagesse sobre tt moderee en est une belle
aussi. L'entendement des philosopbus, ou des he- La virile est
reliques n a pas cet eclat propre a la purete et a la soin que
verite : et c'est pour cela qu'ils prennent beaucoup P^'"^"' Jf/
de peine a le couvrir et a le fardcr de pnroles ma- pour cotorer
,, , . , learserreuri.
gniliques, et d arguments subtils et ca[itieux, de
crainte que s'il se monlrait a nu, on n'en decouvrit
la biideur et la difformite.
2. II y a e:. suite. « .Nous vous ferons des pen-
dants d'oreilles d'or, marquetes d'argent. » S'il eut
dit, je ferai, au lieu de nous ferons, je dirais sans
hesiter que c'est l'Epoux qui parle. Mais mainte-
nous a fait la grace de trouver les joues spirituelles Uant voyez sije ne ferais point mieux d'attribuer ces
del 'Epouse, il daigne encore nous apprendre quel paroles a ses compagnons qui consolent l'Epouse,
est son cou spirituel. Quant a moi, pour vous en lui promettant, qu'en attendant qu'elle arrive a
dire ce que j'en pense, il ne me vient rien mainte- la vision de l'Epoux dont ledesir consume son ame,
nant a l'esprit qui me paraisse plus vraisemblable ils lui feront de beaux et precieux pendants d'oreil-
suo, qui est sup r omnia Deus benedictus in sscula.
Amen.
SERMO XLI.
Quahter Sponsa recipit interim magnam consolationem
de contemplationedioince clarilatis, antequam perianal
ad clarant ejus visionem.
1. Collum tuum sicut monilia. Solet ornari collum
monibbus, n n sis comparari. Sed hoc illae faciant,
quibus quia de proprio non inest decor, aliunde necesse
est ut mendicenl, unde se speciosas menliantur. Nam
SponsiE collum ita in seipso formosum, et tain decenter
quasi natura formutum est, ut cxtrinsecus non requirat
ornaluin. Quid enim opus est peregrinorum fucos idhi-
bcre coloruiu, cui propria, et tanquam iuna'a suflicit
pulchriludo, iu tun turn ut ipsorum quoque, qua? ad or-
nauduin quieruiitur monilium possit ad«quurc nitorem ?
Hue aeinpe iulclligi vuluit, qui minime quidem a collo
(Hi assolul) pen lere monilia, sed ipsum putius esse
sicut monilia dixit. Nunc jam invoeandus est nobis
Spiritus-Sunctus, ut sicut spirit uales Sponsae genus sua
dignulioue tribuit iuvenire, ita etium ipsius spirituale
COllum dcnionstrare dignelur. Et meo quidem inlel-
lectui (quia mihi incumbit loqui qua; sentio) nihil inte-
rim veri similius probabiliusve elucet, quam ipsum
aninia; intellectum colli nomine designari. Tu quoque
idem (ut arbitror) approbabis, si advertas similitudinis
rationem. An non siquidem tibi videtur colli quodam
modo vice fungi intellectus, per quem tua anima trujicit
in se spiritus vitalia alimenta, atque in qua-darn truns-
fundit viscera morum, affectuumque suorum'? Hoc ergo
Spons;e collum, id est purus et simplex intellectus, cum
nuda et aperta veritate satis per seipsum reniteat, non
indiget ornamento ; sed ipsum magis, tanquam pretiosum
monile, animam decenter exornat, ac proinde simile
monilibus ipsis describitur. Bonum monile Veritas,
bonum puritas sivc simplicitas, bonum plane monile
sapere ad sobrietalem. Philosophorum vel h*ieticorum
intellectus non babet hunc in se puritatis, veritatisque
nitorem : et ideo multam curam geruut ipsum colorare
et fucare phaleris verborum , et versutiis syllogis-
morum, ne, si nudus appareat, falsi etiam appareat
turpiludo.
2. Scquitur, Muraenu/us aureus facimeus tibi, vermi-
cululas aryeiito. Si, faciam, singulariter, et non plurali-
tcr, faciemus , dixisset, absolute et indubitanter hoc
eliam loqui Sponsum pronuntiassem. Nunc aulcin vide
ne forte magis sodulibus ejus congruentiusque assigne-
mus, Sponsam quasi consolantibus tali promissione,
quod donee perveniat ad visionem ejus, cujus sic flay ml
desiderio, lacturi sint illi muramulus pulcliras et prelio-
sas, qua; sunt aurium ornamenta. Atque hoc proplerea,
»6t
OTUVREb DE SAINT BERNARD.
Qne f'llt-il
en'endre par
lc« pend 'nls
d'oreiilo.
l.n foi porifie
l\ril el le
prepare ;> la
Uieu.
at. eier-
eeodo.
lee. Et cob, jp pensc. p.irce que la foi victit de
In., i,', ft p irifie la vue. Car e'e-sl eu vain qu'on
s'appliqm- a conltHBplur, si 1'n'il n'est puriGe par
l.i foi, i",i-<| I'm) He pi'ouu'l cetle vision qua renac
qui oni le lueur pur. kueai f~i-il cent que Dieu
punlie If co'iir par li fm {Xl'itlh. v, ; 7 (.Ac/, xv).
Coinnie la foi vie nt p.ir I'ouie, et pur lie la rite,
cVsl avee r.iison qu'ils av.ii-nt soiu ilt* luioriifr les
ori'illes, puisque I'uiiie prepare a la vision de Rieii.
0 Epousf, lui disfut-ils, vous snupirts apres lea
elantes <le voire bien-uiiiic ; la faveur tie lfs
contouipler vousrst rfSfi'vie pour mi autre temps.
Mais en attendant nous vous donnons des onie-
nieuts pour nii'lti'f a vos oreilles, ils vous serviront
a vous consoler, et a, vous preparer a ce epic SOUS
sotiliaitez si arili.'iiuuuut. C'est coinnie s'lls lui di-
saient cctte parole du I'mphele : <> Ecoutez ma
lille el foyqz (P$af. xi.iv, llj. » Vous desircz «!e
voir, couiuicuccz | ur ecoutcr. l.'ouie est un degre
pour urrner a la vue. C'est pourquoi ecoutez, et
piclez l'oreille aux oriicincnts que nous vous fai-
sons, alin que, par 1'oIjc is>aiicc del'ouie, vous arii-
viez a la gloire de la vision. Nous tachons maiiite-
nant de re.ouir vos oreilles, car, pour la vue, il ne
depend pas de nous de lui ilonuer ce qui doit lane
un jour la plenitude de noire joie, et I'uccomplis-
senient de vos desire ; eela depend de cclui que
votre auie aiuie si ardeiunifiit. C'est lui qui se
montrer.t lui-meme a vous, alin que voire juie suit
parlaite. C'est lui qui vous reuiplira d'une joie
iuftlable, en vous decouvrant son visage. I our
vous consoler, recevez de noire main tes ptaleS,
en attendant les delkes donl sa droite esl a jamais
i-emphe.
3 . II fiut considerer encore quels sontcespen- re on'ii
dauls iiu'ds lui offivnt. <i lis sont d'or, disenl-ils, fauieiiiradrd
1 [. i r ces
el marque'.es d'argent. •> Lor marque In spleiideur pend msd'aj
i eil w for
marqn
de li Divinite et 1 1 sagesse d'en haul. C'csl.le eel ul
que ces celestes ouvners, a qui ce ininislere esl
comniis, promeltent de former des images liril-
laiite.s de la vcrile, pour les faire entrer dans les
oreilles lnlerieurcs de I'ft ue. Ce qui n'est autre
clio-e, je crois, que faire des especes de iigiuvssp;-
riluelles, el d'y allacher les plus pares liuiiieres de
la sagesse divme, pour les metlre devaut les yeux
de I'aaie «D contemplation, alin qu'au inoins elle
voie cotuuie dans un nnroir et en elligme, ce qu'ello
ne pent pas encore voir face a face. Ces choses-la
sont tonics divines, et ne soiit counues erne do ceux
qui en out fait ('experience, il n'y a qu'eux qui
sivfiil comment il se pent faire que, dans ce corps
inorlel. dans l'el it de la foi, ou la substance de la
soiiveranie lu mitre n'est pas encore decouverte,
il arrive neaiinioins quelipie 1'ois, que la coirtem-
plution de la pare verile commence deji a ebau-
clier son ouvrage en nous, en sorle que celui d en-
tre nous t|;ii est assez lieureiix pour avoir recti ce
don d'en liaut pent direavec I'Apdtre : « Je connais
maiiitfiiant eu parlie. » Puis encore : « En p.irtie
nous oonnajssons, et eu partie nous devinons. »
Mais lorsque I'esprit, sorlant coinme hors dc lui-
llieine.et elanl ravi enextase, viellt a en'.revoir quel-
que chose de plus divin, qui lui parait passer coinme
•in eclair devant ses vetix, alors, soit pour tempe-
I'cr fecial d'une si vive clarte, soit pour nous ren-
dre capables de la comrauniquer aux aulres. je ne
sais comment il se fait, qu'il se presenle aussilot
a nous des images et des figures de chosts corpo-
d'arge&t.
imipoi ppi-
i it u. Ilea
qui T fur-
ineol il.nis
It's Allies
cunlfiiipla
lur.s.
nt opinor, quia fides ex audilu : ct qunndiu f er (idem
ainbiilaUir et noa per speciem, diindu opera potius ins-
trueudo aiiuilui, quam visni exserendo ". Prustra iiiiin-
que inlendilur oculus, qui non sit tide niiinilalus : cum
solis, qui iiiiindo corde sunt, viileiidi cu]iia prooiitlatur.
Script urn vera est : Fitle* muiuluns curdu eorum. Quia
ergo tides ex audita, cl ex ilia visus purg--Uio est : mcrilo
illi oniandis aiiiibus irilenilebaiit, diiiu audilus, sicut
ratio docail, visussil preepamtio. Tu, ipquiunt, o Sponsa,
inluendie ililtcti inliias claritati : sed boe alteiius lem-
poris esl. Damua autem in piiEsenliaium ornanicnla
aiii'ibns tuis, quod erit libi inleiini consolalio, ciit et
prapaialio ad hoc ipsuni tj'iod poslulas, acsi illud Pro-
pbcia; ei dicant : Audi fi/m, el vide. Videre duaidcras,
sed a idi priu?. Gradus esl audilus ad visual. Proinde
audi, et inclina aurcni tuaai omamentis qus libi I'aci-
mus, ut per audilus obed.enliam ad gloriaai pervenias
visonis. .\o» auditui luo damns ggudium et lieliliam.
Kam vigui non est nostrum dare, (in quo gauilii pleui-
tiulo, ct lui deaiderii adiuyiuitio est :) sed illiiis qaeco
diligit annua lua. Ipse lit gaiidium luiim plenum »it,
oalendet aeipsuin libi : ip>-e adimplebil te la-titia cum
vultu suo. Tu iuteiim accipe ad consolutiuDCm iiiurxnu-
las bas de manu nostra : cajterum deleclationes in dex-
W.-i ejus usque influom.
3. Advcrlcndum cujusmodi ei muneniilas offenint :
Aureai, inquit, et vermicutaiits argento. Aiirnm divini-
lalis esl fulgor, aurum sapientia qu;e desursum est. Hoc
auro fulgenlia qua'ilam quasi vcritatis siicnacula spondi nt
se liguiaturos hi, quibus iO ministerii esl, superni aiu-i-
fices, alqne inlcrnis aninia' auiibas insertnros. Quod
ego nun pulo esse aliud, quaie lexere spirituales i| ins-
dam sim liluiliiies, et in ipsis purissima diviuae sapiential
sensa animx conlcmplanlis conspectibus imporlare, ut
videat, sallcni per speculum et in senigmato, quod
nondum facie ad facieni valet ull.itenus intucii. IJivina
sunt, el nisi cxpeilis prorsns incognita qmn etlamur,
qiioniodn videlicet in hoc mortali rorporo. fide adhuc
habente statuin, et necdiun propalata perspicui s.ibs-
lautia lumiuis, jam lainen " puras interdum conlem-
platio verilalis paries suas agere intra nos vel ex parte
pramumit, ita ut liueat unurpare etiam alicui nostrum,
cui hoc dalum desuper I'uerii, illud Apostoli : Nunc
c itptoso) (\r paxte. Hem, etc parte cognotQimus, ei ex
pnrte prophelamwi. Gum autem divinius illiquid raptlra
ct veluli in velocilale corusci liiminis inlerluxcril nieuti
sph-ilu excedculi, slvc ad Icmpuiauicntuin lli.ldi spletl-
duris, sivc ad doclricne iisu.u : continuo (nescio nude)
adsunt imaginatoria? quadam rcrum inferiorum simili-
tudiues, infusis dniuitus sensis convenieuter accommo-
al. interim
QUARANTE ET UNIEME SERMON SUK LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 851
relies, proportionnees anx conniissances que Dieu 5. Mais voyez comment el!e reeoit autre chose ,
11 A cent qni
repand en nous, qui couvrent en quelque sorle le que ce qu'elle desire. Elle soupire apres le repos «"nt avide«
rayon pur et resplcmlissant de la verite, el rendent de la contemplation, on lui impure le travail de la temptation]
Tame plus capable d'en supporter I'eclat, et d'en predication, et quand elle a soil' de la presence de °" im|'°*j le
iii • ■•-. travail de
E'lTtra dcs fine part a ceux a qui il lui plait. Je crois pinirlunt 1 Epulis, on la charge de donner des enfunts a lapredicatioa
qll'elles se forment en nous par !e ministere des l'Epotix, et de les nourrir. Et ce n'est pas la ure-
bons auges. ruminc au coutraire il n'y a point de miere fois que cela lui arrive. Jo me souviens que
doule que les aulres qui sont mauvaises tie soient lors [ii'elle souhaitait passionuenient de jouir des
pro luitcs par l'oiCremise des mauvais anges. embrassements et des baisers de l'Epoux, on lui
h. Etpeut-elre que c'esl la ce nisi'oir et cello enig- repondit : « Vos mamelles sont plus exeellenles
me par lesqiels vuyait saint I'aul et ([ li elaient que le vin, » alin que, par la, elle connut qii'elle
faits, si je puis parlerai.. si, par les mains des anges, elait mere, et quelle songeat a donner du lait a
de ces pures et bi'lles images qui nous donnenl la ses pelils enfunts. I'eut-elro qu'en d'autres lieux de
cOnnaissance de l'elre de Dieu qui est pur et qui se ce Cantique, vous pourrez encore reuiarquer la
voit dans toules ces figures corporelles, et nous font meme chose, si vous voulez toutefois vous en donner
altribllef au ministere des anges, ces images ex- la peine, par exemple en la personne du Patriarch*
Cellentes dout il nous p irait si dignement revelu. Jacob, lnisque,setrouvaul fruslredesembrussenienls
Ce q i 'une autre version semble avoir marque plus de llachelqu'il avail si loiiglemps desires et atleiidus,
expressement en disaut : « Nous vous t'erons des au lieu d'une femme sterile et he'le, il en recut mal-
iiguivs rehaussees de marqueterie d'argent. » gre lui, sans le sa\oir, line leeonde a la verite, mais
Ce qui, Silun moi, signilie, que non-seuleiuent quietait chas^ieuse. Ainsidonc maiutenant,l'Epouse
ces images sont inipriuie.-s par les anges au desirant savoir, et s'enquerant on son bien-aime
dedans de nuus, mais qu'ils nous donnent en- pail son troupeau, et se repose & I'heiire de midi,
core la grace et la beaule de la parole exleneure, elle remporte au lieu de cetle conuaissance des
aliinpie cela serve a les orner et a les faire recevoir pendanls d'oreilles d'or marquetes d'argent, c'est-
des auditeurs plus aiseinent, et avec plus de plai- a-dire la sagesse avec l'eloqueuce, sans doute pour
sir. Si vous deuiaudez quel rapport il y a enlre l'oeuvre de la predication.
la parole et 1'argem, ecoulez la reponse du Pro- 6. Cela nous apprend qu'il faut souvent laisser
pbete : « Les paroles du Seigneur soul toules pu- les baisers malgre leur douceur, pour les ma-
res, c'est de l'argent eprouve par le feu [P*dl. melles qui allaileut. et que personne ne doit vivre
xi, 7). » Voila done comment ces esprit S celestes, pour soi-ineme, mais pour tons Malheur il ceux
qui sunt les ininislres des voloules de IHeu font a qui onl recu la grace d'avoir des pensecs et des pa-
l'Epouse, qui est elrangere sur laterre, des pendants roles digues de la grandeur de Dieu, s'lls lout ser-
d'oredles d or, marquetes d'argent. vir la piele a leur avarice, s'ils tourueut en vaiue
O que li-
gnilient lei
pendants
d'oreill'*
d'or.
datae, quibus quodam modo adumbratus purissimus ille
ae splcndidiasimus vcrilalis radius, el ipsi arums tule-
rabihor (iat , et quibus cummunicare ilium voluerit,
capabilior. Existimo lamcn ipsas formari in nobis sanc-
torum sugge4iuiiibus angelorum, sicut e contrai-io con-
trarias ct inalas ingeri iunnissiones per angelos malos
non dubium est.
4. Et Ibrtassis hinc illud est speculum atquc renigma,
utdixi, per quod videbat Apostolus ex istiusmodi pur.s
pulctiriaque lmaginaiiouibus angelorum quasi manibus
fabrieatum : quatenuset Uei esse, quod purum et absque
oauii pbantasia corporearum imaginum cernitur, seuliu-
mus; ct elegante n quamlibet siuiihtudiuein , qua id
d.gne vestitum apparuerit, ministcrio deputomiis ange-
lico. Quod signassc expressius videtur alia intcrp "etatio,
dicens : Simihtuilines auri fabri faciemm tibi, cum di<-
tinctionrbiii aryenli, Ununi est, cum dixtinctiuniluts
argenti, et vermiculn1cn argento. In quo mihi signilieare
videtur non modo siiuililitdiucs inlus per angelus sug-
gei'i, sed uilorem quoque eloquii per ipsos extiinsijeua
miiiislrari, quo congrue atque deeenler urnalie, et I'aci-
lius ab audiloribus capiantur, et delectabiliua. Quod si
dixeris : Quid eloquio ctargeuto? dicit tibi Propheta :
Eloquia Domini, eloquia casta, argentum igne exami-
nation. Ila ergo i 111 ecelestcs administratorii spiritus pe-
regriuanti in leiris fponsai faciunt, munenulas aureas,
vermiculatus argento.
5. Vide autc.n quomodo ilia aliud cnpil, et aliud
accipit; et nilenti ad conlemplationia quietem labor
prsedicalionis imponitur ; ct sitienti Sponsi prassentiam,
liliorum Sponsi pariendorum , alendorumque sollicitudo
injungitur. Neque nunc tantuin accidit illi hoc; sed et
alia vice, lit memini, cum Sponsi amplexus et oscula sus-
pirarct, rcsponsuni est ei : Quia metiora sunt uberatua
vino, ut ex hoc se intelligent matrem,atque ad dandum
lac parvulis, nutriendumque lilios revueari. Fortaaais et
in aliis cautici hujus lo^is hoc ipsuni tu quoque (nisi
piger sis ad iuq lirendum) per te ipsuni advertere poteris,
An non res isla quondam in saucto patriaroha Jacob
pneligiirabatur, <jun) frustratua oplatia diu |ue exspecta-
tis Raehelis amplexibus, pro sturili et decora toundaiu
et lippaui iuvitiis atque ignarus accepit ? Ita ergo nunc
Spousa scire eupiena ct inquirens, ubi in moridianii
horia dilectus pascat etcubel, muraenulas pro eo repor-
tat aureas, vermiculatas argento, id eat sapientiatn
cum cloquenlia; haud dubiuin quin ad prsedicationia
opus.
6. Docemur ex hoc sane, intermittenda plerumqu*
352
CEL'VRES DE SAINT BERNARD.
gloire ce qu'ils avaient recu pour gagner ties Ames vit reprise par l'Epoux : toutefois, ce n'est pas a
it Dieu, si, ayant des conceptions sublimes, ilsn'ont l'Epouz qu'elle la fit, ruais a ses compagnons ; ce
pas des sentiments humbles : qu'ils fecoutent avec qu'i] est aise de comprendre parses paroles. En ef-
frayeur cequele Seignenr iht par la bouehe d'un fet, ce n'est pas a lui mais de lui qu'elle parle. puis-
prophete : « Je leur ai donne nion or et mon ar- qu'elle ne dit pas : 6 roi, lorsque vous etiez assis
gent, et ils s"en sont servis pour rendre un culte sa- sur voire lit, mais « lorsque le roi etait assis
^oufWr', * mll'^'jl Raal- i0scc- "• 8'- * -M;us TOUS> teoutez ee sur son lit. » Ainsi tigurez-vous quel'Epoux, apres
quand on'esi que l'Epouse repond apres avoir recu line repri-
pNxhcateur. inande d'une part et tine promesse de I' autre. Car
elle ne s'eleve point pour des promesses, ni ne se
met point encolere pour un refus ; mais elle pra-
tique ce qui est eerit : « Reprenez le sage, etil vous
aimera [Pram, ix, 8i. » Et pareillement elle suit
1 'avoir reprise, voyant, par la rongeur de son visage,
qu'elle etait couverte de confusion, se retire a l'e-
cart, afin que, pendant son eloignement, elle put
laisser un libre cours a l'expression de ses senti-
ments, et que si, conime cela arrive d'ordinaire,
elle se laissait alter plus qu'il ne faut a la crain'e
cette maxime qui regarde rusage des dons et des 0u a 1'abattement, ses compagnons la consolassent
promesses : « Plus vous etes grand, plus vous de-
vez vous humilier en toutes choses (Erc/i. m,
20). nCequ'on entendra bien mieuxpar sareponse.
.M lis renvoyons, sivousl'avez agreable, cette dis-
cussion a un autre sermon. Et pour ce que nous
avons dit, rendons-en gloire a l'epoux de l'Eglise
Notre Seigneur Jesus-Christ, qui etant Dieu, est
au dessus de toutes choses, et beni a jamais. Ainsi
soit-il.
SERMON XLII.
// y a deux sortes d'humilites : I'une nait de la ve'rite,
I' autre est enflammee par la charile.
1. u Lorsque le roi etait assis sur son lit, monnard
a repandu son odeur (Cant. 1, 11). » Cesont les pa-
roles de l'Epouse que nous avons remises a an-
jourd'hui. C'est la reponse qu'elle fit quand elle se
dulcia oscula propter lactantia libera ; nee cuiquara sibi
sed omnibus esse vivendum. Vae qui bene de Deo et
senlire, et eloqui acceperunt, si quantum sestiment pie-
talem ; si converianl ad inanera gloriam, quod ad lucra
Dei acceperanl erogandum ; si alia sapientes, humilibus
non consenliant. Paveanl quod in Prophela legitur,
dicente Domino : Dedi as aurum meum et argentum
meum; ipsi aulem de argento et auro meo operati sunt
Bna/. Tu ergo audi quid Sponsa, accepta hinc quideni
incrcpatione, inde vero proinissione, respondent. Neque
enim vel de promissis extollitur, vet pro repulsa iras-
citur; sed, sicut scriptum est, Corripe sapientem, et
amahit le ; et item quod ad donationes et promissionea
special, quanta major es, humilia te in omnibus, quod
ex ejus responsione melius utrumqiic patebil. Sed ipsa,
si placet , disenssio in aliud serinonis principium
difTeralur : et de iis qu« dicta sunt, glorificemus
Sponsum Ecclesia? Dominum nostrum Jesum-Chris-
lum, qui est super omnia Deus Lenedictus in saecula.
Amen.
SERMO XLII.
De duplici humilitate, una videlicet, quam parit Veritas;
et altera, quam iu/lummut eharilas.
1. Cum esset rex in accubitu suo, nardus mea dedit
et la relevassent. Ce que neanmoins il ne neglige
pas de faire lui-meme a.l'occasion, selon qu'il le
juge a pro]ios. Car pour monlrer clairement com-
bien elle lui pint pendant qu'il lui adressait ses re-
proches, parce qu'elle les recevait avec bumilite et
avec la soumission qu'elle devait, il voulut, avarttde
s'eloigner d'elle, se repandre en louanges qui pax-
taie*;t,on nepeut endouter, de l'aboudaucedu cceur,
et relever la beaule de ses joucs et de son cou.
Aussi, ceux qui restent aupres d'elle lui parlent-ils
avec douceur, et lui ollrent-ils des presents, sa-
chant bien qu'ils entraient par la dans la pensee du
Seigneur. C'est done a eux qu'elle adresse sa re-
ponse. Voila pour la suite et la liaison du texte de
1'Ecrilure.
2. Mais avant de commeucer a tirer le sens de
cette eeorce, je ferai unecourte reflexion. Heureux
celui dont les reprimandes sont aussi bien recues
que celles dont nous avons ici uu modele. Plut a
Saint Ber-
nard gremit
de I'inutilite
de certainea
reprimandes.
odorem suum. Ha?c sunt verba Sponsa1, quae in hodier-
num diem distulimus: hoc responsum, quod dedit ubi
incrcpata est a Sponso, non lamen Sponso, sed ejus
sodalibus : quod facile est adverlere ex verbis ipsis.
Cum enim non dicit, quasi ad secuudam personam, cum
esses rex In accubitu luo, sed. cum esset in accubitu suo;
patet quod non ail ipsum loquitur, sed de ipso. Puta
proinde Sponsum, ubi earn (quatenus visum fuil) aul
corripuit, aut repressit; compertaex sulTusione genarum
rerecundia, cessise loco, ut ille se absente loqueretur
libeiius qua.' sentiret : sed et si pavidior (ut assolet)
quam oportuerit, et dejeclior animo facta esset, sodalium
earn consolationes erigerent. Quod tamen el per scip-
sum facero non neglexit, quantum judicavit pro tempore
|i irtere. Nam ni clarum relinqueret quantum sibi in
ilia correclione complacuit, quippe quam sensit digne,
et prout oportuit acceptari ; non sane ante st absentavit,
quam ex abundantia (quod non est dubium) cordis pro-
rumporel in laudes ejus, et genarum cullique ipsius
pulctriludinem commendarct. Propterea el qui cum
ipsa remanent, blande loqiunlur illi, el munera oflerunt,
suienlcs Domini volunlatum. Ad ipsos ergo responaio
ejus! Et lilteralis quidem conlcxtio scbematis ita se
babel.
2. Sed priusquam ex hac lesta nucleum spirituselicere
.nchoeoaus, dico unum breviter. Felix, cui sua objur-
QUARANTE-DEIXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
353
Dieu quil ne fut jamais necessaire de reprendre suis ni prophete ni apotre, ft neanmoins j'ose le
personne : car ce seraitle meilleur. Mais parce que dire, je tiens la place d'un prophete et d'un apd-
nous eommeUons tous beaucoup de fautes, il ne ire ; et quoique je sois bien eioigne de leur merite,
m'est pas permis de metaire, mon devoir m'oblige, je suis pourtant charge des memes soins. Bien que
Defaut
commUQ a
ceux qu'oQ
rt-preud:
1 . Le mepris
et la cbarite me presse eucore davantage, d'avt-rtir
ceux qui pechent. Si je reprends quelqu'un de
ses desordres. si je fais ce que je dois, et que mes
remontrances ne produisent pas I'efTet que je de-
sire, qu'au lieude toucher ceux a qui eJles s'adres-
sent, elles reviennent vers moi comme une fleche
qui retourne it eelui qui l'a Ian ee, de quels senti-
ments pensez-vons, mes freres, que je sois touche,
que ne souffrirai-je point alors? quels tour-
ments n'en ressentirai-je point a? Et pour me
servir des paroles de 1'Apolre, je ne suis pas assez
fort pour imiler sa sagesse, je suis presse egale-
rnent de deux c6tes [Phili/i. i. '2.'! . Sans savoir ce
que je dois choisir, ou de demeurer satisfait de ce
que j'ai dit, parce que je me sui> .acquit le de mon
devoir, ou de me repentirde ce que j " ; t i fait, parce
que je n'en ai pas recu le fruit que j'en esperais.
Je voulais luer I'ennemi et delivrer mon frere, et
j'ai fait tout le contraire de ceque je m'etais pro-
pose. J'ai blesse son ame '■! augmente sa faute,
puisqn'ily a ajoute le mepris. « lis ne veulent pas
vous ecouter » dit Dieu a un prophete, « parce
qu'ils ne veulent pas m'Scouter [Eseek. m, 7 o Ne
voyez-vous pas quelle majesle est dedaignee,
dans ce cas? C'est moi que vous avez me-
prise. C'est le Seigneur qui vous a parle par moi.
ce soit a ma grande confusion, et avec un peril
extreme je n'en suis pas moius assis snr la chaire
de Moise, dont neanmoins je n'ai garde de m'attri-
buer la ve.rtu, ni la grace. Mais quoi '? Ne rendra-
t-on pas honneur et respect a cette chaire, parce
quelle est occupee par une personne indigne?
Quand meme ce seraient les scribes et les phari-
siens qui s'y trouveraient assis : « faites ce qu'ils
distill, » dit Jesus-Christ.
3. Souvent meme on joint l'impatienee au me- '2- L'™p»-
... . , tience.
pris, et il sen trouve qui, non-seulement ne se
.,t pas de se corriger quand on les reprend,
mais qui s'irritent meme contre celui qui les re-
prend, comme un frenetique qui repousse la main
du medecin. Etrange perversite. lis se mettent en
re contre celui qui veut les guerir de leurs
blessures, et ils ne se mettent pas en colere contre
celui qui les perce de ses fleches. Car il y a un en-
nemi qui, d'un lieu obscur, tire des fleches contre
ceux qui ont le cceur droit et qui vous a vous-
nienie blesse amort; et vous n'etes point emu de
i o ere contre lui. Votre indignation se tourne con-
tre moi, qui ne desire que de vous voir gueri.
« Mrtlez-vous en colere, » dit le Prophete, « et ne
peehez point (Psal, iv, 5), » si vous vous mettez en-
colere contre vos peches, non-seulement vous ne
Or ce qu'il a dit au Prophete, il l'a dit ausssi aux peehez point, mais vous elfacez meme vos fautes
passees : mais maintenant vous demeurez dans
votre peebe en rejetant le remede, et vous en ajou-
tez uu nouveau aux premiers, en vous mettant en
colere sans raison ; et voila comment vous comblez
la mesure de vos iniquites.
apotres : « Qui vous meprise me meprise. » Je ne
a Car, dit St Augnstin :i ce sojet, tiicn que nous nedisious
alors que ee que nuns rievons dire, pourtant nnus n'en sommes
pas rroins peines de voii que vous vous ptrdez, q;iaud meme
nntre r.'comuen c demeore :;*suree, nous vouJrious que vous
fu^icz aussi sauves. Uermon ccxiix. n. 9).
• Gemmet.
add. mea.
galio sic respondet, qnemadniotlum habemns formam
prapsentis loci. Ulinam magis nemineai objurgare ne-
cese sit! hoc enim melius. 8ed quoniam in nitiltis
olfeacliraus omnes: mihi tacere non licet, cui ex officio
inenmbit peccanles apgaere, magis autem urgel charitas.
Quod si arguero et fecero quod meum est, ilia autem
increpalio proccdens minime quod suum est facial,
neque id ad qiod misi ill mi, sed revertatur ad me
vacua, tanquam jaculttm feriens et resiliens : quid me
animi tunc habere pulatis , fialres? Nonne angor, i> me
Inrqueor? Et ut mihi usttrpem aliquid e\ verbis magis-
tri, quia de sapientia * non possum ; promts coarctor e
duohus, ct quid eligam ne*cio : placerene mihi in eo
quod locutus sum, quoniani quod debui feci; an pceni-
lentiam agere super verbo meo, quia quod volui, non
recepi. Volui nimirum perimere hoslem, et eripere fra-
trem ; et non feci sic, mngis autem conlrarium accidit ;
nam lajsi am'mam, et culpam au\i, siqnidem accessil et
contemptus. Nolv.nl attdire te, inquil, quia nolunt audtre
me. Vicles quae majeslas contemnitur. Non te putes me
solum sprevisse. Dominus locutus est; et quod dixit
Prophets, dixit et apostolis : Qui vos spernit, ait, me
T. IV.
I f. Xon sum propheta , non sum apostolus; et
prophelas tamen et apostoli (audeo dicere) vice fungor:
et quibus non asquor meritis, eorum implicor curis ;
etsi ad meant mullam confusionem, etsi ad grande peri-
culiim mihi, super calhedram Moysi sedeo, cujus tamen
non vindico mihi vilam, nee experior gratiam. Quid
tamen? nttm ideo cathedra? non deferetur, quoniam oc-
cupata est ab indigno? Etiamsi Scribae et PharisaEi in
ea sedeant, inqnit : Quce dicunt facile.
3. Pleruraque etiam iaipalientia contemptui jungitttr,
ita ut aliquis non solum non cttret corrigi objurgatus,
sed insuper objurganti indignetttr, more phrenetici ma-
niun medici repellentis. Mira perversilas ! Medicanti
irascilur, qui non irascitur sagtltanti ! Est enim qui
sagittat in obscuro rectos corde, qui et teipsum nunc
sngiltavit ad mortem- et in ilium non commoveris?
Mihi indignaris, qui sanum te fieri cupio? Irascimini,
inquit, et no/ite peccare. Si peccato irasceris, non solum
minime peccas, sed et quod peccaras, exterminas. Nunc
vero et peccatum relines medicamentum respuendo, el
peccare apponis irrationabiliter irascendo ; et est supra
peccana ct peccatum.
23
35a
UEUVRES Di: SAINT BEKNARD.
3. L'impu-
dence.
U. Quelquefois on y ajoute encore I'impudence, c'est al ors que j'ai plus deconfiance que vous me se-
et non-seulement on souffre impatiamment les re-
primandes, mais on Be defend meme avec impu-
dence conlre les reproches qu'on s'esatttires : alors
il n'y a plus rien a esperer. a Vous avez, » ilit
Dieu, « on front de femme perdue, vous ne savez
plus rougir (Jer. m, 3). » C'est poi rquoi, dit-il
encore, « j'ai retire de vous le zele que j'avais
pour votre saint, etje neme mettrai plus en colere
rez favorable, pan eque, apres vous etre mis en co-
lere, vous vous souviendrez de votre misericorde. «0
Dieu » dit le Prophete, a vous leur avez 6te favorable,
meme en vous vengeant de loutes Inns inlidelites
Psal. xc\ ii. 8). » II parle d' Aaron, deMoIseet de Sa-
muel, et ilregardecomineunefaveurelunebonlede
Hi. mi de ne les avoir pas epargnes dans ieurs peches.
Apres cela, defendez encore vos fautes, etirritez-
C'est une
terrible
ricorde
■
de i
que celV qai
Hulls
pecher.
contre vous /■.':< /,. xvi,42). * Je tie saurais entendre voui re les reprimandes, pour vous fermer a
ces paroles sans fremir. Voyez-vous combien c'est jamais la porte de la misericorde de Dieu. iS'est-ce
une cbose pleine de penis, une chose horrible et pas la proprement appeler malcequi est bien, et
redoutable, de defendre ses peches? II dit encore : bien ce qui est mal '.' Cetle impudence odieuse ne
aJereprendsetchatieceuxque j'aime [Apoc. m,19).» produira-t-elle pas bieutdtl'unpenitence, qui est la
Si done ce zele de Dieu vous delaisse, sacbez que mere dudesespoir? Car qui se repent de ce qull
vous etes abandonne de son amour. Car vous m croit etre bien ? « Malheur a eux, » est-il dit. Ce
sauiie/. eire digne de sun amour, puisqu'il vous malheur est el rnel. II y a de la difference a etre
juge indigne de ses chatiments. Lorsque Dieu n'est tente par sa propre concupiscence qui nuns porte
point en colere, c'est alors qu'il l'est davantage? au mal par une douce violence, et rechercher vo-
h ayons pitie de l'impie, » dit-il o et il n'apprendra lontairement le mal com me si e'etait un bien, en
point a faire des actions justes [ha. xxvi, to). » Je sc hatantpar une fausse connance d'aller a la vie,
n'aime pas cette misericorde. Cette compassion-la a, cause de cespersonnes, je le dis en verite, .Jai-
me parait plus terrible que la plus violente colere, merais mieux quelquefois avoir lu, et avoir dissi-
parce quelle me ferine le chemin de la justice; mule le mal que j'avais upercu, que d'uvoir etc
mieux vaut, selon le couseil [Psal. u, 12) du Pro- cause d'un si grand mal en les reprenant.
phete que j embrasse la severite d'une discipline 5. Vous me direz, peut -etre que, eu ce cas, le bien
austere, plutot quele Seigneur ne se mette en co- de mun action retourae vers uioi; que j'ai delivre
lere contre moi, mettez-vous en colore, u Pere des mon ame ; et que je sais innocent de la perte de
misericordes, mais de cette colere, par laquellevous celui a qui j'ai annonce fa verite pour fe tirer tin
redressez celui qui s'egare; on de celle par laquelle mauvais chemin on H s'etait engage. Vous pouvez
vous le bannissez de la voiedu salut. La premiere ajouter une infinite de raisons seinblables ; elles ne
est l'effef d'uue compassion pleine de boute, l'autre m'apporteront aucune consolation, taut que je
est le fruit d'une dissimulation pemicieuse pour verrai la niort d'uu tits ; car je n'ai pas tant cher-
nous. Car lorsque je vous sens en colere contre moi, che la a. m'acquitter de ce que je devais en lui
[1 ne sufGt
pas a un su-
[M-iieur
pieux qu'il
ait fail enten-
dre sa re-
primand-, si
sou inferieur
eat BDeore en
peril.
4. Aliquoties additur et impudentia, ut non modo
impatieuter ferat quud corripitur, sed etiam id unde
reprehenditur, impudenter det'endat. Hoc plane despe-
ratiu. Frons, inquit , muUeris meretricis facta est libi;
notuisti eruijescere. Et ait : Recessit zelus mens u te,
ultra non irascar libi. Solo auditu contremisco. Sentisne
quanti periculi, qnanlique horroris et tremoris res sit
peccali defensio? Died iterum : Ego quos amo, arguo
etcastigo. Si ergo te zelus descruit; el amoi i nee eris
amorc dignus, qui indignus casligauoue censeris. Vides
quia tunc magis irascitur Deus, duin non irascitur.
Misereamur impio, inquil, et non discet facere justitiam.
Misericordiam haoc ego nolo. Super omnem iram mi-
seratio ista, ssepiens mihi vias justiliae. Satius profecto
uiibi, juxta Prophets concilium, apprebendere discipli-
nam, nequando irascatur Dominus, el peream de via
justa. Yulu irascaris mihi, Paler misericordiarum : sed
ilia ira, qua corrigis devium, non qua extrudis de via,
lllud tua nobis benigna animadversio parit, line formi-
dolosa outfit dissimulatio. .Nun enim cum nescio, sed
CUDl sentio te iraluiu, tunc niaxiinc con (I do propitium :
etenim cum iralus fueris, misericordias recordaberis.
Deus, inquit, lu propiliiM fuisti eis, el ulciscens in omnes
adinventiones eorum. Moysen loquitur et Aaron, atque
Samuelem, quos modo prwmiserat; et hoc vocat propi-
liationem, quod eorum Ueus nun pepercit excessibus. 1
nunc lu ergo, atque bane tibi excludito in sternum,
defendendo errorem, el accusaudo correptionem. An non
istud est malum dieeie bonum, et buiuim malum? All
nun ex bac odiosa impudentia pullulabit mux impoeni-
leniia. maler desperaliouis ? Quern enim poeniteal super
buno quud putat? Vce Hits, inquit. Vce istud asternum
est. Aliud e»t quemque tentari a propria concupisccntia
abstractum et illectum; et aliud sponte appetere malum
tanquam bonum, ad mortem quasi ad vitam male secu-
rum properare. Pro biijusmodi, dico, mallem aliquando
tacuisse et dissimulasse quud ayi perperam deprebendi,
quain ad tantam reprehendisse perniciem.
5.Dicas forsan mihi, quod buuum mcum ad me rever-
tatur, et quia liberavi annua u meam, et mundus sum
a sanguine hominis, cui annuntiavi et lucutus sum, ut
averterelur a via sua mala, el viveret. Sed etsi innumera
talia addaa, me tamen minkne \Aw. consolabuntur, mor-
tem Dili lntuenlein. Quasi vero ineaui ilia repreliensiono
liberaliuiieui qusesierim, el non magis illiusl Qua: enim
mater, etiamsi omnem quam potuitcuram et diligentiam
aegrotanti lilio adliibuisse se sciat, si demum frustratam
se viderit, et omnes labores suos esse penitus inefflcaces,
Le nard
design e
1'humilite.
II y a deux
sortes
d'hamil't£s
Vuae de r>en-
see et l'autre
de sentimeDt.
QUARANTE-DEUXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 355
parlant, que desire lui etre utile par mes paroles, et celle-ci dans les mouvements du coeur. En effet
Quelle est, eD effet, la mere qui, apres avoir apporte si vous jetiez un regard sur vous-nieme a la lu-
tous les soins imaginables pour assister son tils rniere de la verite et sans dissimulation, et que
malade, pent arreler le cours de ses larmes, quand vous vous examiniez sans vous Hatter, je ne doule
elle voit que tous ses travaux et toutes ses peines point que vous ne vous humiliiez devant vospropres
out ete inutUes, et a'ont pu lui sauver la vie? Si yeux, et que cette connaissance veritable de vous-
elle 5'afflige de la sorte pour la mort temporelle meme ne vous rende plus vil et plus abject a votre
de son tils, quels doivent etre mes pleurs et mes jugement, quoique,peul-etre, vous n'ayez pas encore
gemissements pour la mort eternelle du mien, lors assez de vertu pour soutFrir d'etre estime par les
meme que ma conscience me rend temoignage de autres. Vous serez done humble, mais par le moyen
n'avoir rien oublie do tout ce qui pouvail lui etre de la verite, non pas par l'infusion de l'amour.
utile? Au conlraire, voyez-vous de combien de Car si vous etiez echauffe par le feu de la eharite
maux s'exempte, et nous exemple en meme temps commune, si vous etirz eclaire parla verite qui vous
mm -mime celui qui, etant repris, repond avec a donne de vous-meuie une connaissauce salutaire
douceur, acquiesce avec modestie, obeit avec sou- et veritable, vous voudriez certainement, autaut
mission, avoue sa faute avec bumilite ? Je me re- qu'il est en vous, que tout le monde eut de vous
cotmais l'oblige de cette ame, je confesse que je les sentiments que vous savez etre conformes a la
suis son ministre et son serviteur, parce qu'elle est verite. Je dis autant qu'il est en vous parce que
la tres-digne Epouse de mon maitre, et pent dire souvent il n'est pas bon que tout le monde con-
avec verite : « lorsque le roi etait assis sur son naisse ce que nous savons de nous, attendu que
lit, mon nard a repandu son odeur (Cant. 1, 11). » l'amour meme de la verite, et la verite de l'amour
6. L'odeur de l'numilite est excellente, piusque, nous defendent de decouvrir ce qui pourrait
montant de cette vallee de larmes, apres avoir nuire a notre procbain. Mais si e'est par amour -
embaume tous les lieux d'alentour, elle repand propre que vous retenez cache en vous-meme le
encore jusque sur le lit du roi un parfum extre- jugement que la verite fait de vous, qui peut dou-
mement agreable. Le nard est une petite herbe ter que vous u'aimez pas encore parfaitement la
que ceux qui etudient avec soin la vertu des sim- verite, puisque vous lui preferez votre interet ou
pies disenl etre d'une nature chaude. Aussi me votre honneur?
semble-t-il qu'on peut la prendre ici pour la vertu 7. Vous voyez done bien que ce n'est pas la meme
d'liumilite que I'ardeur de l'amour divin embrase. chose, de n'avoir point des sentiments de presomp-
Si je parle ainsi, e'est parce qu'il y a une bumilite tion de soi-meme convaincu qu'on est de ses im-
qne la verite produit, et qui n'a point de ehalenr, perfections par la lumiere de la verite, et de con-
et il y en a une autre que la cbarite forme et sentir de bon coeur a etre humilie, parce qu'on est
enflamme. Celle-la consiste dans la connaissauce, assiste par le don de l'amour. L'uu est force au
Voir le
sermon IV
pour l'ATeot
n. 1.
II y a une
bumilite
contrainte
comnie il y
en a une
volontaire.
illo nihilominus morienle, propterea unquam a fletibus
tempeimit? Et ilia quidem hoc pro morte temporal) :
quanlo 1 1 1 n y i s me pro morte sterna mei fllii inatiet utique
ploralus et ululatus multus, etiamsi niliil milti conscius
sum, quominus annuntiaverim illi? Videsetiam aquantis
e regione malis et se, et nos liberal, qui cotrcptus man-
saete respondet, verebunde acqaiescit, modeste oblem-
perat, hnniilitei' confitetur. Huic ego anim« in omnibus
me profitear debitorem, huic me ministrum et servum ,
tanquain digiiissims Domini mei Sponsaj, et quae revera
dicere possit ; Cum esset rex in accubitu suo, nardus
mea dedii odorem sutim.
6 . Bonus humilitatis odor, qui de hac valle ploratio-
nis ascendens, perfusis circumquaque vicinis regionibus,
ipsum quoque rcgium accnbilum grata suavitale resper-
gat. Est nardus humilis herba, quam et calidaa ferunt
esse nalurap hi, qui herbarum vires curiosius expl >ra-
rnnt. Et ideo per hanc videor mihi non inconvenienter
hoc loco virtutem humilitatis accipere , sed quae sancti
amoris vaporibus flagret. Q>iod propterea sane dico ,
qnoniam est lmmililas, quam nobis Veritas parit, el non
habet calorem : et est humilitas, quam charitas formal et
intlammat, Atque baec quidem in alTectu, ilia in cogni-
tione consislil. Etenim tu si temetipsum intus ad lumen
veritatis et sine dissimulatione inspicias, et sine palpa-
tionedijudices; non dubito quin humilieris et tu in ocu-
lis luis, factus vilior tibi ex hac vera cognitionc tui,
quamvis necdum fortasse id esse patiaris in oculis alio-
rum. Eris igitur humilis, sed de opere interim veritatis,
et minime adhuc de amoris infusione. Nam si veritatis
ipsius, quae te tibi veraciter atque salubriter demonstra-
vit, sicut splendore illuminatus, ila affectus amore fuis-
ses; voluisses procnl dubio, quod in te est, camdem de
te omnes tenere sententiam, quam ipsam apud te Veri-
tatem habere cognoscis. Sane quod in te est dixerim :
quoniam plerumque non expedit innotescere omnibus
omnia qua? nos scimus de nobis, atque ipsa veritatis
charilale, et charitatis verilate vetamur palam fieri velle,
quod noceat agnoscenti. Alioqinn si privato amore tui
tentus delines pariler intra te judicium veritatis inclu-
sura ; cui dubium est minus te verilatem diligere, cui
proprium prefers vet commodum,vel honoreni?
7. Vides igitur non esse idipsum, hominem de seipso
non altum jam sapere, veritate luminis redargutum ;
el bumilibussponteconsentire, munere charitatis adjutum.
lllLd enim necessitatis est, hoc voluntatis. Semetipsum
exinanivit, inquit, formam servi accipiens, et formam
humilitatis tradens. Ipse se exinanivit, ipse se humiliavit.
356
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
lieu que l'autre est volontaire. « Jesus-Christ s'est Jean-Bapliste, qu'il a souflert les faiblesses de la
anSanti lui-rneme, » d it l'Apotre « en prenant la chair, qu'il s'est livre a la mort, et qu'il a endure
forme d'un esclave (Phili/j. n, 7), » et en nous le supplice ignominieux tie la croiz. Mais jugez
jism-chrin donnant la forme et le modele de l'humilite. C'est encore si j'ai eu raison de croire que cette humi-
meutbuDibie". lui-meme qui s'est aneanti; e'est lui-meme qui lite ainsi embrasee par le feu de sa charite est
s'est humilie, non par necossite, mais par amour designee par le nard, qui esl une herbe fort basse
pour nous. 11 pouvait paraltre vil et m£prisable et fort chaude. Et apres que vous aurez approuve
aux yeuz des homines sans s'estimer tel, puisqn'il Unites ees choses, commeje crois que vous le ferez
se connaissait bien lui-meme. C'est done voloutai- sans doute, puisqu'elles sont appuyees sur une
rement qu'il s'est humilie, non qu'il s'en juge&t raison si manifeste, alors, si vous dies humilie en
digne, puisqu'il s'est otfert, comma s'il eut ete ce vous-meme par cette huniilito fun re, que la verite
qu'il savail n'elre pas en effet; nuns il a voulu qui sonde les cceurs et les reins produit dans les
£tre estime ires-petit, bicn qu'il n'ignorat pas qu'il sens d'une ame vigilante, ajoutez-y la volonte, et
£tait souverainement grand, il dit, en effet : « Ap- faites comme on dit, de oecessite vertu ; parce qu'il
prenez de moi que je suis doux et humble de n'yapoial de veritable vertu sans le consentement
coeur. » De coeur, dit-il, par vm sentiment du de la volonte. Or, il en sera ainsi quand vous ne
coeur, e'est-a-dire, par la volonte, il exclut ainsi la voudrez point paraitre an dehors autre que vous
necessity. Pour nous, si nous nous trouvons en vous connaissez au dedans. Aulreuient craignez que
verite dignes de honle et de mepris, dignes des ce ne soit pour vous qu'il ait et6 dit : ci II a agi
derniers traitemcnls et du rang le plus bas, dignes avec fourberie en sa presence, et son iniquity lui
meme de toutes sortes de supplices et d'oulrages; est en abomination [Psal. xxw, 3) » lit « Dieu a
il n'en est pas de meme de lui, et cependant il a en horreur un double poids [Pt-ov. n 10). » lit quoi?
souffert toutes ces choses, parcu, qu'il l'a voulu, et Vous vous estimerez peu de chose au fond de voire
qu'il est humble de cceur ; mais humble de cette cceur, lorsque vous vous pesez dans la balance de
humilite que persuade le mouvement du cceur, la verite, et au dehors vous voulez nous tromper,
non celle qu'arrache la force de la verite. et vous vendre plus cher que la verite ne vous a
8. J'ai dit que cette espece d'humihte volontaire estime? Apprehendez ieiugement de Dieu, et gar-
L» veritable \ . , , , , • • , .• j
humiliie ne n est pas produite en nous par la force de la ve- dez-vous de eommettre une si meehante action, de
^r^verUe' Tl^> ma's Par ' infusion de la charite, parce qu'elle vous elever vous-meme par une volonte pleine d'or-
q-iedela nait du coeur, parce qu'elle nait de 1'ilTection, parce gueil, landis que la verite vous abaisse; car e'est
qu'elle nait de la volonte. Jugez si j'ai raison en la resister a la verite, e'est coinbatlre contre Dieu.
cela. Et jugez aussi si j'ai bien fait de Fattribuer Acquiescez plutot a Dieu, que voire volonte soit
an Seigneur, puisqu'il est certain que e'est par soumise a la verite, non-seulemeut souniise, mais
amour qu'il s'est aiieanti, qu'il s'est rendu un peu devouee. Est-ce que « mon ame, » dit le l'ropliete,
inferieur aux anges, qu'il s'est soumis a ses pa- c< ne sera pas soumise a Dieu (PsjI. i.xi, 2) '! »
rents, qu'il a baisse la tete sous les mains de saint 9. Mais e'est peu d'etre soumis a Dieu, si vous ne
non necessitate judicii, sed nostri caritate. Poterat nimi-
rum vile n se et contemplibilem demonstrare, sed plane
non reputare, quoiiiun sciebat seipsum. Voluntate pro-
inde humilis fuit, et non judicio, qui talem se obtulit,
qualem se esse nescivit : magis auiem pl.icuil minimum
repulari, qui se summum non ignor.ibal. Uenique ait:
Discite a me quia milis sum, et kumiliS corde. Corde
dixit, cordis atTectu, id est voluntate. Itaque necessitalem
exclnsit, qui voluntate n confessus est. Non enim quo-
modo ego vel tu invenimua nos in veritate ilignos dede-
core et contemptu, di^inos omni extreiuitate et inferio-
ritale, dignos etia n snppliciis, dignos plagis : non, in-
quani, .ta el ille qua; tamen omnia cxperltis est, quia
vuluit, tanquam humilis corde ; liumilis videlicet ilia
bumilitate, quam cordis suasit atTectio, non quam ex-
torsi diaoussio verilatis.
8. Propterea dixi, hanc voluntariae hnmilitalisspeciem,
non rcdargutione veritalis, sed rharilalis intra nos infu-
sione creari, quia cordis est, quia affeclionis, quia vo-
luntatis ; au vero l-ecte , lu judlca. Itemque ctiam hoc
tuo seque examinetnr judicio, dignene eamdeoa Domino
assignarim, quern charitate constat exinanituin, charitate
minora turn abangelis, charitate parentibtissuhdilum, cha-
ritate Baptists manibus inclinatum, charitate carnis iuiir-
ma passum, charitate postremo morti obnoxium , cruce
iny loriinn exstitisse. Sed el hoc unum aclinic tui sit con-
siderare arbitrii, rcctene etiam hmc ipsam hunulilatem
ita charitate calenlem, h-rba humili ei cahda, id estnirdo,
putaverim designatam. Et si ita cuu^la probwerin, si
( probahisenim ratioiii manifestissimae acq liesjcns) tunc
si jam apud le ipsum htimiliatus e^ neccssaria ilia liumi-
litale, quam scrutans cord a et rencs Veritas sensibus
i peril animse vigilaolis, adhibe volmda em, ct lac de
• ilalc virtutem. quouiam nulla est virtus sine ron-
venientia * voluntatis. Sic auleai liet istud, si nolis alter
apparere foris, quam le inveois inius. Ahoquin lime, ne
de le ipso legas : Quantum dolose egil in coimpectityus,
uiinoentotur iniguitus ejus ad odium. Pondwt, inq die/
pimdu-i (ibominatio est <ipivl Dtum. Quid enim? Tu te
depreliaris in secreto apud leipsum, verilatia trutiua
ponderalus; et foris alterius pretii menliens, majuri te
poudere venilis nobis, quam; i.b ipsa accepisli? Time Ileum,
ct noli hanc rem pessimam faccre, ut :;ucm humiliat Ve-
ritas, exlollat voluntas : hoc enim rpsislorp eat vcritati,
al. eonni-
vcDiia.
QUARANTE-DEUXIEME SERMON SUR I.E CANTIQUE DES CANTIQUES.
C57
II fant fir*
humble avec
set ej:aux et
ies ioferieurs
l'etes encore ^ toute creature pourramour Je Diet], elle s'liumilie en tontes choses. Elle ne se gloriCO
soit a l'abbfi, comme an premier de tons, soit am point de ses merites, et, au milieu des louanges
L'bnmilite
quM |iroduit
la connais-
sance que
dous a\nns
de runs est
impufaite.
prieurs comme etablis par lui. Miis je displus, je
dis nintne a vos egaux, je dis a vos inlerieurs,
« Car c'est ainsi » selon le mol de Jesus-Christ « que
nous devons accomplir toute justice [Math, in, 15(.»
Si vous voulez el re parfait, failes le premier pas
vers eelui qui e-t moin Ire quo vous, deferez a vo-
tre inferieur, respeetez eelui qui est plus jeune que
vous. En agissant ainsi, vouspourrez vous appliquer
ces paroles de l'Epouse : « nion nard a repandu son
odenr; » cette odeur c'est la charite ; cette odeur
c.'esl la bonne opinion que vous donnez de vous
a tout le monde, en sorte que vous soyez la bonne
odeur de Jesus-Christ en lout lieu, admire de tous,
aioie de tons. Celui que la vijrite seule oblige a etre
hiiu ble, ne peut arriver a ce degre de perfection;
ear son humilite n'est que pour lui, et ne lui
permet pas de sortir et de repandre son odeur au
dehors. On plutot, il n'a point d'odeur, parce qu'il
n'a point d 'amour, puisqu'il ne s'liumilie pas debon
cceuret. volontairement. Mais l'liuiuilite de l'Epouse
rend une odeur pareille a celle du nard, parce
qu'elle est embrasee d'amour, pleine de la seve de
la devotion, et exhale un parfum delicieux par l'o-
qu'on lui prodigue, e'le n'oublie point sa bassesse,
mais elle la confesse humblement sous le nom de
nard. II semble qu'elle s'approprie le langage de
Marie et dise : Je ne connais en moi rien qui soit di-
gne d'un si grand honneur, si ce n'est que « Dieu
a regarde la bassesse de saservante {Luc. I, hS). »
Car que signifient ces mots : « mon nard a repandu
son odeur », sinon ma bassesse a ete agreable a
Dieu? Ce n'est, dit-elle, ni ma sagesse , ni ma no-
blesse, ni ma beaute qui sont nulles; mais c'est
ma seule bassesse, la seule chose qui soit en moi,
qui ait repandu son odeur, e'est-a-dire son odeur
aecoutumee. L'humilite a coutume de plairea Dieu,
et le Seigneur, qui est tres-eleve, a pour habitude
de regarder les choses humbles et basses. Aussi
qnand le roi etait assis sur son lit. c'est-a-dire, dans
le lieu eleve oil il fait sa demeure, l'odeur de l'hu-
milite ne laisse pas d'y monter, « II hobite, » dit
le Prophete. « au plus haut des cieux el ila les yens
srr les choses basses et humbles dans le ciel et sur
la terre. (Ps'rf. exu, 5). »
10. Lors done « que le roi etait assis sur son lit, le
nard de l'Epouse a repandu son odeur [Cant. 1). »
Comblen
l'humilite eat
ngreable a.
Dieu.
pinion avantageusc qu'on a d'elle-meme. L'humi- Le lit du roi, c'est lesein du Pere, carle Fils esttou-
litc de l'Epouse est volontaire, perpetuelle et fe- jours dans le Pere. Et ne doutez point que ce roi
conde, son odeur ne se perd ni par les repriman-
des, ni par les louanges. On lui avait dit : « vos
joues sont belles comme celles d'une tourterelle, et
votre cou est comme des perles (Cant. I, 9). » On
lui avait promis des ornements d'or : et elle ne laisse
pas de repondre avec humilite; plus on l'eleve, plus
la ne soit clement, puisqu'il se repose sans cesse
dans un lieu qui est la source de la bonte du Pere.
C'est avec raison que les cris des humbles montent
jusqu'a lui, puisqu'il a sa demeure dans le tresor
de sa misericorde, que la douceur lui est si fami-
liere, la bonte substantielle, ou plutot consubstan-
hoc pugnare contra Deum. Magis autem acquiesce Deo,
et sit voluntas subdita verilati : nee tantum subdita, sed
et devota. Nonne D'<>, inquit, subjecta erit aninia mea?
9. At partial est esse subjectum Deo, nisi sis et omni
humann? creators propter Deum : sive abbali, tanquam
praecellenli: sive prioribus, tanquam ab eo constilulis.
Ego plus dico, subdere paribus, subdere et minoribus.
Sic enim decet nos, inquit, omnem implere justitiam.
V.i le et tu ad minorem, si vis in justilia esse perfectus:
defer inferior] juniori to inclinato. Hue enim faciens ,
trahes et ipse ad le Sponsse sermonem quern dixit: Quia
nardus men dedit odorem suum. Odor devolio est, odor
bona opinio, qu« ad omnes pervenit, ut Christi sis bo-
nus odor in o:vni loco, spectabilis omnibus, amabilis
omnibus. Non potest hoc Hie humilis, quem Veritas ad
humililatem cogit : qnoniaui sibi habet illam, et exire
n'in patilur, ut sparsa furis redoleat. Magis autem non
babel odorem, quia non habet devutionem, utpofe qui
non s-ponte, neque libenter se humiliat. Sponsa? vera
btimililas, tanquara nardus, spargit odorem suum, amore
calens devotione vigens , opinione redolens. Sponsa?
humilitas voluntaria est , perp 'lua est, fructifera e^t.
Odor ejus nee rcpiehensiaie exterminator, nee laude.
Audierat : Pukhne sunt genas tare secut turturis, et
tollum tuum sicul monilia, Acceperat et repromissionem
ornatus aurei, et nibilominus tamen cum humilitate res-
pondet : et quanto majorem se audit, tanto humilitat se
in omnibus. Non gloriatur in meritis, nee inter laudes
suas humilitatis obliviscitur, quam et humiliter confite-
tirr sub nardi nomine : ac si voce virginis Maria? dicat :
Nullius mihi meriti conseia sum ad tantam dignatio-
nem, nisi quod respexit Deus humililatem ancillce sum.
Nam quid est aliud, nardus mea dedit odorem suum,
quam placuit mea humilitas? Non mea, inquit, sapientia,
non mea nobilitas, non mea pulehriludo, quER nulla erant
mihi, sed qua? sola inerat humilitas dedit odorem suum,
id est solitum. Solito placet Deo humilitas; soldo
plane atque ex consueto excelsus Dominus humilia res-
picit. Et ideo cum esset Rex in accubitu, id est in excelso
habitaculo suo, illuc quoque humilitatis odor ascendit.
In altis habitat, inquit, et humilia respicit in ca>lo et in
terra.
10. Ergo cum esset Rex in accubitu suo, nardus Spon-
sa? dedil odorem suum. Accubitus Regis, sinus est Palris t
quia semper in Pafre Films. Nee dubiles Regem hunc
e^e clcmentem, cui perennis accubilus est paterna? be-
nigni alis diversorium. Merito clamor humilium ascen-
dit nd cum, cui tons pietatis e t mansio, cui lamiliaris
suavilas, cui subslanlialis, vel potius consubstanlialis
bonitas est : cui ideo totum quod est, de Patre est, ut
358
OELYRES DE SAINT HERNAR1).
Comment
eela s'appli-
que i la
primitive
figlise.
tielle, et qu'il tiro tellement de son Pere tout ce
<m'il est. queles bumbles, qui regardent en trem-
blaut sa rov.de majeste, ne remarquenl rien en lui
qu'il no ti on Pere. tt Aussi, dit le Seigneur,
je me leverai tout-a-1'heure, a cause de la misere
des pauvr jemissemenls des malheureuz
. xi. (it. " Aussi 1'Epouse qui sait cela, parce
qu'elle est de la maison de 1'Epoux, et sa bien-ai-
niee, croit que le manque de merite ne l'ezclura
pas des gi Epoux, et met sa confiance
en sa seule humilite. Elle le nomme roi, parce
qu'etant epouvantee de la reprimande qu'il lui a
faite, eUe u'ose plus le nommer sou epoux. Kile
proclame qu'il habite en tin lieu tres-eleve, nean-
moins sou bumilite ne perd point confiance.
11. On pent fort bien appliquer ce discours a
l'Eglise primitive, si vous vous souvenez du temps
oii le Seigneur, elant remonte ou il etait aupara-
vant, et assis it la droite de son i ere, sur ce lit si
ancien, si noble, si glorieux, ses disciples s'etaient
assembles en un nieine lieu, et perseveraient unaui-
memeut dans leur oraison avec lesfemmes, Marie
mere de Jesus, et ses freres. Ne vous seuible-t-il
pas que c*etait vraimeut alors que le nard de l'E-
pouse, qui etait si petite et si faible, repandait sou
parfum? Et a lorsqu'il se fit toutd'un coup un grand
bruit du ciel, comme d'uu veut impetueux, qui
remplit toute la maison oil ils derueuraient (Act.
u, 2), » ne pouvait-elle pas dire alors avec raisou
dans un etat si pauvre et si precaire : « Lorsque le
roi etait assi- sur son lit, uiou nard a repandu son
odeur ? » Toils ceux qui demeuraient en ce lieu
counurent clairement combien l'odeur de rhumi-
lite, qui etait moutee au ciel, avait ete agreable et
bien rerue, puisqu'elle till aussitot recompenses de
don- si abond mis et si magnifiques. Au reste, elle
n'a pas ete ingrale pour ce bienfait. Car ecoutez
co anient, dans sa ferveur, i lie se prepare asouffrir
toutes sortes de maux pour l'amour de son nom.
0 Mon bien-aime » dit-elle ensuite, « m'est un petit
bouquetde mirrhe ; il demeurera entre s ma-
melles [Cant i, 12;. » Ma faiblesse que vous con-
naissez ne me permel pasde poursuivre. J'ajoute-
tlement que par la mirrhe, elle fait entendre
qu'elle est prete a souffrir des amertumes et des
tribulations pour l'amour de sun bien-aime. Nous
acheverons une autre fois le reste de ce verset, si
toutefois vous attirez sur nous par vos prieres ['as-
sistance Saint-Esprit, afin qu'il nous donne l'intel-
ligence des paroles de I'Epou e, paroles qu'il a lui-
meme formees, en les lui inspirant telles qu'elles
servirent aux louanges de celui dont il est I' Esprit,
je veux dire de 1'Epoux de l'Eglise, Jesus-Christ No-
tre Seigneur, qui, etanl l>ieu pardessus toutes cho-
est beni a jamais. Ainsi soit-il.
SERMON XLUI
Comment la meditation de la passion et des souffran-
ces de Jesus-Christ fait passer iEpoase, je veux
dire I'dme fidele, par la pi e,sans
en etre effectie.
1. « Mon bien aime est pour moi un petit bou-
quet de mirrhe; il demeurera entre mesmamelles »
Auparavant, elle l'appelait roi, maintenant elle le
nomme son bien-aime. Auparavant, il etait sur son lit
royal, a present il est entre les manielles de l'E-
' at actan-
dam.
nil prorsus in regia maj estate, nisi paternum, humibum
liepidatio suspicetui'. Denique propter miseriam inopum
et gemitum pauperum nunc exsurgam, dicit Dominus.
Hoium igitur cooscia Sponsa (utpote domeslica atque
charissima) Don se putat urcendam * Sponsi gratia penu-
ria melatonin], sola de humilitate pra-sumens. Regeui
denique nominal. Bsum interim territa increpa-
tione non audet ; et in alio habitare fatetur, nee sic
tainen diflidit humilitas.
11. Primitive Ecclesiae potes liunc congruentissime
aptare sermonem, si i ■ illos, juibus, as-
sumpto Domino ubi eral prius, et bedente in dextera
Patris, illo suo anliquo nobili atque glorioso accubilu,
discipuli ei in loco uno , perseverantes
ananimiter in oratione cum mulieribus et Maria matre
Jcsu, et fratribus ejus. Nonne tibi videtur revera tunc
temporis na vulas el trepidantis Sponsa; dare
nte de cipId
'is, el r pi -
lies, an non inerilo pau-
uil : ( a, it esset rex in a
it odorem muml Paluil pro certo
omnibus in loco maneulibus, qua a gratus bumilitatU ,
et quaru bencplucitus odor ascenderat, cui naox tarn co-
piosa et gloriosa reninnerationc responsum est. Caderum
ilia non ingrata beneficii fuit. Audi enim quomodo mox
repleta devolione paral se ad omnia mala perferenda pro
nomine ejus; nam sequitur : Fasciculus myrrha dilectus
metis ini'ii. inter ubera mea commorabilur. Indr
mea, quam nostis, non Mini ullcrius progrcdi. Hoc solum
dico : quia tribulalionum amantadines sub myrrhs no-
mine dicit se subire paratam amore dilecli. Reliquum
capiluli alias pr si lumen exoratus a vobis
Spiritus-Sanctus adfuerit, qui nos inlelligere Canal verba
Sponsae, quae ipsi lo formavit, sicut uovilillius,
cujus ipse Spiritus est, laudibii-. convenire, sponsi Ecjle-
si;e Jesu-Christi Domini uostri, qui est super omnia
Deus benedictus in secula. Amen.
SERMO XLIII.
Qiitiiitr,- consideratio passionis et iaborum Christi facial
Sponsam, id est animam, pergere illeesam inter p
pera et ad\ ersa hujx
1. Fa
men commorabitur. Ante c ido dileclus : ante in
accubitu regio, modo inter Sponsa; ubera. Magna humi-
lilatis virtus, cui etiam deitatis majestas tarn faoile
QUARANTE-TROISIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANT1QUES. 359
pouse. 11 faut que l'humilite ait line vertu bien tit bouquet de mirrhe ; » Mais il Test « pour moi »
qui aime. Voila pourquoi elle le notnme son bien
grande, puisque la majesty nn'rae de Dieu a taut
de condescendance pour elle. Un nom de respect
s'est bient6l change en nom d'amitie, ei celui qui
s'etait elnignS s'est bientot rapproche. « Mon bien-
aime m'est un petit bouquet de mirrhe. » La mir-
rhe, qui est aniere, signifiece qu'il y a deduretde
rigoureux dans les tribulations. L'Epouse, se voyant
pres de les souffrir pour l'amour de son Epoux,
dit ces paroles avec un sentiment d'allegresse, elle
aime, elle veut temoigner que la violence de l'amour
surmonte toutes sortes d'amertumes, etque l'amour
est fort comme la mort. Et pour que vous sachiez
qu'elle ne se gloritie pas en elle-meme, mais dans
le Seigneur, et qu'elle ne presume pas de sa pro-
pre vertu, mais qu'elle n'attend cette force que du
secours de son Epoux, elle dit qu'il demeurera en-
tre ses mamelles, en sorte qu'elle pourra lui dire
espere souffrir genereusement tons les maux qui la avec toute conflance : «Quand je marcherais dans
T.e jou? de
Jesus-Clirist
est doux,
mais
seulement
pour celui
qui laime.
menacent. Les disciples, ilit l'Ecriture « sortaient du
tribunal avec joie, parce qu'ils avaient ete trouves
dignes d'endurer des outrages pourle nomde Jesus.
{Act. v, 41). » Aussi, n'appelle-t-elle pas son bien-
aime un bouquet, mais un petit bouquet, parce que
son amour lui fait trouver legeres toutes les peines
et toutes les donleurs qu'elle doit endurer. C'est
veiilablement un petit bouquet, car c'est un petit
enfant qui nous est ne (Psal. ix, 6). Oui, un tres-
petit bouquet, puisque les soufl'rances de cette vie
ne sont pas dignes d'etre arises en parallele avec la
gloire qui nous est preparee : « Car ce que nous
endurons maiiitenant , » dit l'Apdtre, « est leger, et
ne dure qu'un moment; mais la gloire qui nous at-
tend dans le ciel sera immense dans sa grandeur,
et etemelle danssa duree. [Rom. vin, 18). » Cequi,
a cette heure, n'esl qu'un petit bouquet de mirrhe
se changera done un jour en un comble de
gloire et de bonheur. Ps'est-ce pasun petit bouquet,
si son joug est doux et son fardeau leger? Ce n'est
pas qu'il suit leger en soi, car la rigueur des tour-
ments, et 1'amertumede la mort n'est point legere;
mais c'est qu'il es1 leger pour celui qui aime. Aussi ne
dit-elle pas seulement ; « Mon bien-aime est un pe-
les ombres de la mort, je n'apprehenderais aucun
mal, puisque vous etes avec moi. (Psal. xxn, 4). »
2. Je me souviens que dansl'un des discours pre-
cedents (Serin, x, 1), j'ai dit que les deux ma-
melles de l'Epouse marquaient la congratulation et
la compassion, suivant la doctrine de saint Paul,
qui veut qu'on se rejouisse avec ceux qui sont dans
la joie, et qu'on pleure avec ceux qui pleurent
(Rom; xii, 15). Mais parce que, vivant an milieu de
1'adversite et de la prosperite, elle sait qu'il y a dan-
ger des deux cotes, elle veut que son bien-aime soit
an milieu de ses mamelles, pour la fortifier sans
cesse contre l'un et l'autre de ces deux perils et
empecher qu'elle ne s'eleve dans les joieset ne s'a-
batte dans les maux de cette vie. Si vous etes sage,
vous imiterez la prudence de l'Epouse, et vous ue
souffrirez point qu'on 6te de votre cceur, meme un
seul moment, cet aimable bouquet de mirrhe, vous
1 prosperite
repasserez toujours dans votre memoire les douleurs comme dan>
ameres qu'il a souffertes pour vous, et, les meditant a ver"1 '
continuellement, vous pourrez vous eerier aussi :
« Mon bien-aime m'est un petit bouquet de mirrhe,
il demeurera entre mes mamelles. »
3. Moi aussi, mes freres, des le commencement
Le souvenir
de la
passion de
Jesus-Christ
est excellent
dans la
inclinat. Cito reverentiae nomen in vocabulum amicitiae
mutatnm est : et qui longe civil, in brevi factus est
prope. Fasciculus myrrhce dilectus meus mihi. Myrrha,
amara res, dura et aspera Eribulationem significat. Ea
sibi dilecti causa imminere prospiclens, gratulabunda id
loquitur, confidens se omnia viriliter subituram. Ibant,
inquit gaudentes discipuli a conspectu concilii, quoniam
digni habiix sunt pro nomine Jesu conlumeliam pati.
Proptcica denique non fascem, sed fasciculum dilectum
elicit , quod leve prae amorc ipsius ducat, quidquid labo-
r-is immineat et doloris. Bene fasciculus, quia parvulus
natus est in ibis. Bene fasciculus, quia non sunt condi-
gnce passiones hujus temporii art futuram gloriam qua;
revelabitur in nobis. lit enim, inquit, quod in pratsenti
est moment aneum et leve tribulationis nostras, supra mo-
dum in sublimitate teternum pondus glories operatur in
nobis. Erit ergo quandoque nobis ingens cumulus gloriae,
qui modo est fasciculus myrrhae. An non fasciculus,
jugum suave est, et onus leve? Non quia levis in
se (nee enim levispassionisasperitas, mortis amaritudo : )
sed levis tainen amanli. Et idco non ait tantum, fasci-
culus myrrhee dilectus mens : sed mihi, inquit, qua? di-
ligo, fasciculus est. Unde et dilectum nominat, mons-
trans dilectionis vim omnium amaritudinum superare
molestiam, et quia fortis est tit mors dilectio. Et ut scias
non in se illam, sed in Domino gloriari, neque de pro-
pria virtute, sed de Domini ailjutorio praesumere forti-
tudinem ; dicit ilium inter ubera sua commoraturum,
cui secura decantet : Etiamsi ambuhwero in medio
um/irii' mortis, non timebo muta, quoniam iu mecum es.
2. Meu'inime in uno superiorum scrmonum duo Spon-
S33 ubera congratulationem diffinisse atque compassio-
nem, juxta Pauli doctrinam, dicentis : Gaudere cum
gaudentibus, flere cum flentibus. Quia vero inter ad-
versa et prospera versans, novit utrobique pericula non
deesse ; medium hujuscemodi nberum suorum vult ha-
bere dilectum, cujus adversus utraque continua protec-
tione munitam nee laeta extollant, nee tristia dejiciant.
Tu quoque, si sap is, imitabcris Sponsae prudentiam atque
hunc myrrhae tarn charum fasciculum de principal,
tui pectoris, nee ad horam patieris avelli, amara ilia
omnia qua? prole pertulit, semper in memoiia retinensi
et assidua meditalione revolvens, quo possis dicere et tu:
Fasciculus myrrhce dilectus metis mihi, inter ubera men
commorabitur.
3 Et ego, Fratres, ab ineunte mea conversione, pro
360
OEl'VRES DE SAINT RERNARD.
Devotion de
saint Ber-
nard pour H
passion de
Jesui-Chrt.t.
de ma conversion, pour me tenir lieu de tous les de leurs travaux. J'ai cueilli la mirrhe qu'ils ont
merites queje savais me manquer, j'ai eu soin de plantee. C'esi pournioi que <• bouquet salulaire
me {aire ce petit bouquet, et de le placer entre :rve, personne ne me le ravira ; il demeu-
mes mamelles, apres l'avoir compose de toutes les rera entre mes mamelles. J'ai cru que la sagesse
douleurs et amertumes de mon Seigneur, d'abord consistait a mediter ces choses. J'ai mis en cela la
des uecessites qu'il a soufferles, lorsqu'il etait lout perfection de la justice, la plenitude de la science,
petite; ensuite des travaux de la predication, des fa- les richesses du salut, labondance des merites.
Uguesdesesdiversvoyages,des veillesde sesprieres, Elles out e.te quelquefois pour moi un breuvage
de ses tentations, de ses jeunes, de ses larmes de d'une s tlutaire amertume, et quelquefois une one-
compassion, des embuches qn'on luia dressees, des tion de joie douce et agreable. C'est ce qui me re-
Fruit de
Ct'tlC
leve dans I'adversite, et me relient dins la prospe- maditjiion.
rile ; ce qui me fait marcher en surete dans une
voir royale entre les biens et les maux de, eelte vie,
et ecarte les penis qui me meuacent a droite et a
gauche, C'estcequi me concilieles bonnes gracesdu
juge du monde, en me montrant doux el humble
celui qui esl redoutable aux puissances; non-seu-
daugers que ses faux l'reres lui ont fait courir, des
outrages, des cracbats, des souffjiets, ties risees,
des moqueries, des clous, et aulres choses sem-
blables qu'd a soutfertes pour le salut du genre
humain, selon ce que 1'Evangile nous apprend en
quantite d'eudroits. Et patmi tant d'aulres pet its ra-
meaux de cette mirrhe odoriferante, j'ai eru que je
ne devais pas oublier celle qu'on lui dounaaboire lenient en me faisant voir favorable, mais encore
surlacroix, ui celle dont on l'embauma dans le on me dormant un modele a iuiiter dans celui qui
sepulcre : parce que dans la premiered a bu l'a- est inaccessible aux principautes, et terrible aux
mertume de mes peches, et dans l'autreila consa- rois de la terre. C'est pourquoi ce que j'ai toujour:,
ere l'incorruptibilite future de mon corps. Tant que a la bouche, comme vous le savez, toujours dans
je vivrai, je publierai hautement ces graces abon- le cceur, comme Dieu le sait, partout dans mes
dantes. Jamais je n'oublierai des faveurs aussi ecrits, comme on le voitassez, et ma philosophic la
signalees; puisque c'est a elles que je suis redeva- plus sublime en ce monde, c'est Jesus, et
ble de la vie. Jesus crucilie. Je ne m'enquiers point, comme
U. C'etaieut ces misericordes que David demandait l'Epouse, ou repose 4 mi li celui que j'emhrasse
avec larmes lorsqu'il disait : « Repandez vos mise- avec joie, parce qu'il demeure entre mes mamelles.
ricordes sur moi et je vivrai [Psal. cxvui, 77). » Je ne demande point oil celui que je eonteinple
C'etaient elles aussi qu'un autre saint serappelait en comme sauveur sur la croix fail pailre son Irou-
geniissant, quand il disait : « Les misericordes du peau. Ce que cherche l'Epouse est plusreleve, mais
Seigneur sunt grandes. >> (Jue de rois et de pro- ce que je veux est plus doux et plus facile. L'un
phetes ont desire voir ce que je vois, et ne font est du pain, l'autre du lait. Or, le lait nourrit
pas vu? Us ont travaille, et moi je jouis des fruits les petits enfants, et remplit les mamelles
acervo meritorum, quae mihi deesse sciebarn, hunc mihi
fasciculum colligare, et inter ubera inea collocare cu-
ravi, collectum ex omnibus anxietatibus et amaritudini-
bus Domini mei, primum videlicet int'antilium illai'nm
necessitatum ; deinde laborurn quos pertulit in prvedi-
cando, fatigalionum in discurrendo, vigiliarum orando,
tenlationum in jejunando, lacrymarum in compatiendo,
insidiarum in colloquendu, postremo periculorum in
falsis fratribus, convitiorum, sputorum, colaphorum,
snbsannationum exprobralionum, clavorum, horamque
similium. quae in salulem nostri generis siva evang
copiosissine- noscitur protulisse. Lin s.me inter tot odo-
riferae myrrhae hujus ramusculos minime praetermitten-
dam putavi etiam illam myrrham, qua in cruce potatus
est; sed neque illam, qua unctus est in sepultura. Qua-
rum in prima applicuit sibi meorum amaritudinem poc-
catorum : in secunda futuram incorruplionem mci cor-
poris dedicavit. Memeriam a psuavitatis horum
eructabo , quoad vixero : a non obliviscar
miserationes islas, quia in ipsis viviflcatus sum.
I. Has olim sancl is I lavid aia requirebat :
Veniunt mihi, inquiens , miseralianes luce, et vivaaj.
Has ct alius quidam sanctorum cum gemitu memoraba! ,
dicens: Miscricordiae Domini mullae. Quaui multi reges
et prophetae voluerunl videre , et non viderunt ! tpsi
laboravernnt , et ego in labores coruru introivi : ego
messui myrrham , quam illi plantaverunt ; mihi hie sa-
lutaris fasciculus servatus est : nemo tollel cum a mc ,
inter ubera mea commorabUur. Haec meditari dixi aj-
pientiam , in bis juslitiae mihi perfectionem convlitui,
in his plenitudinem Bcientiae , in liis divitias salutis ,
in his copias meritorum . Ex his rursum suavis unctio
consolationis . Haec meerigunl in adversis, in prosperis
reprimunt, et inter la.'ta , trisliaque vils praesentis via
incedenti tutum praebent utrobique ducatum , binp
inde mail immiaentia propulsando. Haec mihi coociliani
niundi judicem, dum tremendum potestatibus inileni
humilemque Bguramt, dum non solum placabilem, sed
el imitabilem repraesentanl eum , qui inaccessibilis asj
principatibus , terribilis apud reges terra. Propterea
haec niilii in ore frequenter, iicul vos scilis : base in
per, sicul Deusscit, ha;c slilo meo admodum
familiaria, sicut apparet: base mea sublimior interim
pbilosopbia , scire Jesum, et bunc cruciflxum. Non
requiro, Bicut Sponsa, ubi cubel in meridie, g
laius amplector mea inter ubera commorajitem, N id
reguiro ubi pascat in mcridie, quemintueor Salvatoicm
in cruce. lllud sublimius. iatud Buavius; panis illud .
Saint Ber-
nard la
reommande
k ses reli-
gion.
quarante-quatriEme sermon
des meres, voila pourquoi il demeurera entre
mes mameiles.
5. Mes tres-chers enfants, cueillez-vous aussi un
bouquet si aimable, mettez-le au plus profond de
voire cceur, servez-vous-en pour en munir 1 'en-
tree, et qu'il demeure entre tos mameiles. Ayez-le
tonjours, noil derriere vous, mais devant lcsvetix;
car si vous le portez saus le seutir, sou poids vous
accablera et son odeur ne vous relevera point.
Souvenez-vous que Simeon l'a recu entre ses bras
[Luc. ii, 28), que Marie l'a portedans ses entrailles,
l'a rechauffe dans son sein, et que l'Epouse le ]ilaee
entre ses mameiles, et, pour ne rien ouhLer, qu'il
est devenu parole entre les mains du Prophete
Zacharie, et de quelques autres. Je me figure que
Joseph, l'epous de Marie, l'a souvent pris sur ses
gemmx pour le caresser. Toutesces pe.rsounes l'ont
eu devant elles, non derriere. Qu'elles vous servent
done d'exemple, failes de memo. Car si vous avez
devant lesyeux celui que vous portez, il est certain,
qu'eu voyaut les maux qu'a soufferts le Seigneur,
vous porterez les votres avec plus de facilite, avec
le secours de l'epoux de l'Egliset qui est Dieu
par dessus toutes choses et beni a. jamais. Ainsi
soit-il.
SERMON XLIV.
La correction doit se regler sur le caractere de ceux
qu'on reprend '. elk doit e"lre douce quand elle
s'adresse a des personnes humbles et faciles, et sihieres
quand on a affaire a des dines dures et obstiniies.
1 . « Mon bien-aime est pour moi une grappe de
SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 361
raisin de Chypre dans les vignes d'Engaddi (Cant.
l, 13). » Si l'Epoux est aimable dans la mirrhe,
il Test bien davantage dans la douceur da raisin.
Mon Seigneur Jesus est done pour moi de la mir-
rhe dans sa mort, et une grappe de raisin dans sa
resurrection ; et e'est de celte sorte qu'il s'est
doime lui-meme a moi eo i me un bivuvige salu-
taire mele de larines et de joie. 11 est mart pour
nos peches, ei il est ressuscite pour notre juslilica-
tion, afin qu'ilant niorts an peche nous vivions
pour la justice [Rim. iv, 26). » Done, si wous avez
pleure vos peches, vous avez bu le breuvage amer,
mais si, entres dans une vie plus sainle, vous com-
meucez a respire? dans l'esperance d'une vie im-
mortelle, l'amertume de la mirrhe s'est changee,
pour vous, eu la douceur du vin qui rejouit le
cceur de l'homme. Peut-etre, quand le Sauveur ne
voulut point boire le vin mele de mirrhe qu'on lui
presents sur la croix, etait-ce pour faire compren-
dre qu'il n'avait soif que du premier? Lors done,
qu'apies les amertumes de.la mirrhe, vous venez 4
gouler ce vin delicieux, vous pouvez dire aussi
avec raison : « Mon bien aime est pour moi une
grappe de raisin de Chypre dans les vignes d'En-
gaddi. » Engaddi signilie deux choses, mais toutes Eiplicntoadn
mot Engaddi.
deuxontlememesens.il veut direeneffet, lafontaine
du boue, et le bapteme des nations; or l'une et
l'aulre marquent clairement leslarmesdu pecheur.
On l'iiiterprete encore l'ceil de la tentation qui
verse aussi des larmes, et voit d'avance les tenta-
tions qui ne manquent jamais a. l'liomme, tant qu'il
est sur la terre; mais les gentils, qui marchaient
dans les tenebres, n'ont pas pu decouvrir par
hoc lac ; hoc viscera reficit parvulorum , hoc rrplet
ubera matrum : et ideo inter libera mea comm.ua-
bilur.
j . Hunc et vos dileclissimi, tarn dilectum fasciculum
colligite vobis , hunc medullis inserite cordis , hoc inu-
nite aditum pectoris , ut et vobis inter libera oom-
moneUir. Habete ilium semper non re+ro in hnmeris,
sed ante pi;e oculis : ne portantes et non odorantes; et
onus premat , et odor non erigat. Mementote, quia ac-
eepiteum Simeon in ulnissuis; Maria geslavit in utero ,
Tovit in gremio , Sponsa sibi inter ubera collocavit. Et ,
ne quid pratermittam , factum est verbum in manu Za-
cbaria; prophetiB, necnon et quorumdam aliorum. Ar-
bitror et Juseph virum Maris super genua frequenter
illi arrisisse . Hi omnes ante se eum babuenint, et nul-
lus retro. Exemplo ergo sint vobis, ut et vos similiter
facialis . Si enim ante oculos habuerilis quem portalis ,
pro certo videntesangustias Domini, levins vcslraspor-
labitis , ipso auxiliante Ecclesia; sponso , qui est super
omnia Deus benedictus in saecula. Amen.
SERMO XLIV.
De correptione pro ingenio peccantium rnoderandn, ut
nernpe humdes et morigeri leniter, dnri et obstinali
austere corrigantur.
I. Botrus Cypri dikctus meus md» nviwu Engaddi.
Si dilcctus in myrrha, multo magis in botri suavitate
Ergo Dominus mens Jesu myrrha milii in morte, botrusin
resurrectione, seipsum mihi salubemmum temperavit in
potum, in lacrymis in mensura. Moituus est propter
peccata nostra, et rcsurrexit propter justificationem nos-
liam, ut peecatis mortui justitiae vivamus. Itaque tu si
peccata luxisti, bibisti amantudinem : si aulem jam
respirasti in spem vitse vita sanctiori, mulata est tibi
myrrha; amaritudo invinum, quod laptiticat ror hominis.
Et fortassis hoc illud significaverit, quod Salvatori
obl.ttum est in cruce * myrrhalum : et ideo noluit
bibere, quoniam istud sitiebal. Tu ergo post myrrhse
(ut dixi) amaritudines, vinum jncunditatis e.xperiens,
baud temere et ipse dicere poleris : Botru* Cypii dilec-
tus mem mihi in vineis Engaddi. Engaddi duplicem ha-
bet interpretationem, et uni ambae iutellcctui serviunt,
Dieitur namque fons hcedi, et baplismagenlium ; lacry-
masque peccantium aperte designat. Dieitur et oculus
tentationis, qui et lacrvmas «que fundat ; et tentationes,
qutE niinime unquam desimt vita; hominis super terrain
prospiciat. Sed et populus gentium, qui nmbulabat in
tenebris, nunquam per se laqueos tentalionum agnoscere,
ac per hoc nee evaderc potuit, donee per gratiam iilius
qui illuminat e;ecos, reccpit oculos fidei; donee venit ad
Ecelesiam, qua; babet oculum tentationis; donee se tndi-
dit viris spiritualihns instruendum, qui illuminati piritu
' at. add.
\inum.
362
(KUVRES DE SAINT BERNARD.
eux-mdmes, ni par consequent 6viter les pieges des
tentations. jusqu'a ce que, p:ir la grace de celui qui
illumine lesaveugles, ils eussenl recouvre les yens
de la foij fussenl entres dans 1'Eglise, qui a an ceil
pour apercevoir les tentations, se fussenl fail ins-
truire par deshommesspirituels, qui, etant eclai-
res par l'esprit de sagesse, et savants par leur pro-
pre experience, peuvent dire en veritfi : «Nous
n'ignoroDS pas les artifices et les desseins du 'lia-
ble (Cor. u, 11). »
2. On ditque Engaddi produil aussi une petite es-
pAeedebaumier, que les habitants du pays cultivent
comme des vignes; c'est peut-Stre pour cela qu'il
les appelle des rignes. Autrement que signifierait
du raisin de Chypre dans les vigues d'Engadili ?
Sens allego-
rique de la
▼igne d'En-
ta.il.ii.
Jl faut tem-
perer par
la douceur
l'anierlume
de la
reprimande.
seulement, mais avecdu vin et de t'huile tout en-
semble ; il faut que le medecin spirituel mele le
vin d'un zele ardent, avec l'huile de la douceur,
attendu qu'il ne doil pas seulement consoler les
faibles, mais aussi reprendre b-s esprits inquiets.
Car s'il vnii que le blesse, c'est-a-dire, le pecheur,
ne s'amende point par les douces el cbaritables re-
primandes, par lesquelles il commence sa gueri-
son, el qu'au contraire il abuse de sa bonte.devienl
plus negligent a cause do sa patience, et persiste
avee plus de conliance encore dans sou peche ;
l'huile de remontrances salutaires etant inutile, il
doit se servir desremedes plus piquants, employer
le vin de la componction, c'est-a-dire recou-
rir a son egard aux reprimandes severes et
Qui s'est jamais avise de transporter des grappes aux reproches amers, et s'il en est besoin, et que
de raisin d'une vigne dans une autre ? On ne son endurrissement soit si grand , il polirra
porte pas ordinairement du vin ou.il y en a, mais venger ce mepris, en le frappant meme des censu-
oii il n'y en a point. II appelle done, vignes d'En- res ecclesiastiques. Mais oii prendra-t-il ce vin?
gaddi, les peuples de 1'Eglise, elle a un baume Car on ne trouve point de vin dans les \ignes d'En-
hquide,je veux dire uu esprit de douceur qui lui gaddi on y trouve seulement de l'huile. Qu'il lecher-
fait choyer la delicatesse de ceux qui sont encore die dans l'ile de Chypre, qu'on dit etre fertile en vin,
petits en Jesus-Christ, et consoler les douleurs des mais en vin excellent, qu'il cueille cette grosse
penitents. Si un frere tombe en quelque taute, un grappe, qu'autrefois les espions d' Israel rappor-
des ministres de 1'Eglise qui a deja recu cet es- taient sur un levier, en quoi ils figuraient les pro-
prit, le reprendra aussilot avec ce meme esprit de phetes qui ont marche devant, les apotres qui out
douceur, parce qu'en faisaut retour sur lui-meme, suivi, et J6sus-Christ qui est venu entre les prophe-
il craint d'etre tente [Gal. vi, l\. C'est ce qui figure tes et les apotres ; et qu'en prenant cette grappe, il
l'huile materielle dont 1'Eglise a coutume d'oindre dise : « Mon bien-aime m'est une grappe de raisin
le corps de tous ceux qui sont baptises. de Chypre. »
.'1 Mais comme les plaies de celui qui est tombe k- Nous avons parle de la grappe. de raisin;
entre les mains des voleurs, et que le charitable voyons maintenant comment on en tire le vin du
samaritain a porte sur son cheval dans l'hotellerie zele ; car, si l'homme pecbeur ne se met point en
de 1'Eglise, ne se guerissent pas avec de l'huile colere contre celui qui peche, mais au contraire,
11 fnut re-
pri-ndri'sive.
reineut ceux'
qui sont,
opinialres
dans le
mat et aux
censures
Oclesiasliquei
sapientiae, suo et experimento docti, possunt veraeiter
dicere, quia non ignoramus astutias diaboli, et eogita-
(iuncs ejus.
2. Ferunt in Engaddi arbusculas balsami ercscere,
rpiae in modum vinearum ab indigenis excoluntur : et
inde forsitan vineas appelavit. Alioquin quid faceret
botrus Cypri in vineis Engaddi ? Quis unquam botroa
de vincis in vineas Iransporlavit ? Sulet siquideui \i-
num, ubi deest, aliunde evebi, non ubi adest. Ergo
vineas Engaddi dicit plebes Ecclesiae, quae habet balsami
liquorem, spiritum mansuetudinis, in quo parvulorum
adhuc in Christo leneriludinem blande fovet, et dolores
pcenitenlium consolatur. Sed et si quis frater in aliquu
delicto praeoccupatus fuerit , vir ecclesiaaticus , qui
hunc spiritum jam act-pit, curabit hujuamodi niox
instruere in eodem spirilu lenilatis, considcrans seipsum
ne et ipse tentetur. In hoc typo quotquot baplizandi
sunt, etiam corporaliter Ecclesia oleo materiali ungere
conauevit.
3. Quia veto vulnera illius (jui incidil in latronea, el
jumenlo corporis pii Samaritani, Ecclesia^st deportatus
in atabulum, non in solo oleo, sed in vino simul et oleo
sanitatem recipiunt ; necesaarium habet spiritualis me-
dicus etiam vinum fervidi zeli cum .oleo mansuetudinia,
cui sane convenit non modo consolari pusillanimes, sed
et corripere inquietos. Si enim viderit ilium qui vulne-
ratus est, id est qui peccavit, blandia ac lenibus
hui-lameniis, quae in enm prasrogats sunt, minime
emendatum, msgia autem forte etiam abutentem sua
mansuetudine, el palientia negligentiorem lieri, el in
peccato suo etiam serin-ins obdormire : frustrate- lam
suavium uleu mnnitorum, oporlebit sane mordaoioribus
■it i medicamentis, et vinum compnnctiooia inl'undere,
duris videlicet cum eo increpalionibus atipie invectioni-
bua agere, et, si causa requirit, el duritia tanta est,
eliam ceusur.i' ccch-siasline baculi) pcreellere conlemp-
torem. Sed unde ill! hoc vinum ? Nee enim in vim-is
Engaddi vinum invenitur, aed oleum. Quaerat ergo in
Cypro ; (nam ilia insula ferax est vini, et vini optimi :)
tollensque inde sibi ingentcm botrum, quern olim ex-
ploratorea de Israel in vecle ferebant, chorum pruphe-
licum pruecedentem, el Bubaequentem apoatolicum ,
medium autem Jesum pulchro scliemale figurantes : hunc
ergo botrum aooipienssibi, dical : Botrus Cypri delectus
mens milii.
4. Vidimus botrum : videamus qualiter zeli vinum
exprii: alur ex eo. Elenim si peccanti homini homo
peccator minime indignatur, sed magis quasi quemdam
QUARANTE-QUATR1EME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANT1QUES.
use de compassion comme d'une douce liqueur
363
i'oii naissent
a mtnsue-
tude
t la charil6
rraternelle*
balsamique qu'il verse sur lui, nous savons d'oii
cela proc&de, et vous l'avez deja oui, rnais peut-etre
n'y avez-vous pas pris garde. Car nous avons dit
que cette douceur vient de ce qu'ou se considere soi-
meme, et que, suivant le conseil tres-sage de saint
Paul, pour apprendre a avoir de la condesceudance
pour eeux qui se laisseut aller au peche, on se
considere soi-meme dans la crainte d'etre aussi
tente un jour [Galat. vi, 1), et n'est-ce pas de la
que l'amour du prochain dont il est dil dans la
loi : « Vous aimerez votre prochain comme vous-
meme (Luc. x, 27), » tire son origine. L'amour du
prochain a sansdoute ses premiers tondements dans
les plus secretes affections humaines; et de l'amour
que la nature a inspire a l'homme pour lui-meme,
comme d'une humeur feconde, l'amour du pro-
chain tire uue espece de vie et de vigueur, par la-
quelle, avec la grace que Dieu repaml sur lui d'en
haut, il produits des fruit de charity ; en sorte que
ce que l'ame desire naturellement pour soi, elle ne
croit pas devoir le refuser a un autre, qui semble
avoir quelque droit d'y pretendre, parce qu'il par-
ticipe a sa nature; elle lui eu fait part avec joie et
volontiers, lorsqu'elle le peut et qu'il en a besoin.
Ainsi, cette onction de douceur et de bonle, natu-
relle a l'homme, a moins que le peche ne la de-
truise, le porte plus a compatir au.x fautes des pe-
cheurs qu'a les trailer avec rigueur et severite.
5. Mais, selon le mot du Sage, « comme les mou-
ches qui doivent mourir gatent l'huile des parfums
(Eccles. x, 1), » et qu'une fois giitee, la nature n'a
plus de quoi reparer la perte qu'elle a faite, il ar-
rive que, par un changement deplorable, elle
eprouve ce que l'Ecriture a dit avec tant de verite,
que « les inclinations et les pensees de l'homme
sont portees au maldes sa jeunesse (Gevi. vm. 21\»
Ce n'est pas une bonne jeunesse que celle dans la-
quelle le plus jeune des enfants dcmande qu'on lui
donne sa part du bieu de son pere, et veutpartager
un bien qu'il est plus doux de posseder eu commun,
et avoir seul un bieu qui n'est pas diminue pour
etre possede en commun, et ne perd rieii pour etre
partage. Enhn, dit l'Ecriture : « 11 dissipa tons ses
biens en vivant dans la di'bauche avec des femmes
perdues (Luc. xv, 12). » Qui sont ces femmes per-
dues? Ne sont-ce point celles qui font perdre toute
sa douceur a cette huile de parfums, o'est-a-dire les
convoitises de la chair, au sujet desquelles l'Ecriture
nous donne des avis tres-salutaires, quand elle nous
dit : « Ne vous laissez point aller apres vos con-
voitises; » car le Sage remarque fort bien qu'elles
« doivent mourir, attendu que le moude passe
avec ses convoitises (Joan, n, 17). » Lorsque nous
voulons les satisfaire, nous nous privons de la dou-
ceur d'un bien commun et general, par celle que
nous voulons prendre en particulier. Ce sont la Lesconcnpis-
sans doute ces mouches sales et piquantes, qui dec^Cehair
souillent en nous la beaute de la nature, dechireut eteignent
tout
I'esprit par les soucis et les inquietudes, et detrm- sentiment de
sent le plaisir et les charmes de la vie commune. comuaS5'0n-
C'est pour cela que l'homme est appele le plus
jeune des enfants du pere de famille, parce que,
tandis que sa nature corrompue par les passions de-
reglees d'une folle jeunesse, a perdu toute la grace
de la malurite et de la sagesse virile, son esprit
ei suavissime balsami rorem sudans pium exhibet com-
passionis affectum ; hoc scimus unde venit, et jam
audistis, sed non advertistis forsitan. Dictum namque
est, quod ex consideration sui ipsius caique veniat
mansuetum esse ad omnes, dum homo concilio sapien-
tissimi Pauli, ul pie condescendere sciat prasoccupatis in
peecalo consideral seipsum, ne et ipse tentetur. An non
bine denique amor proximi radicem trahit, de quo in
lege mandatur : Diliges proximum ilium sicui teipsum 1
Ex iulimis sane humanis affectibus primordia ducit sui
ortus fraterna dilectio, et de insita homitii ad seipsum
aaturali quadaai dulcedine, tanquam de humore terreno,
sumit procul dubio vegetationem et vim, per quam,
spirante quidem gratia desuper, fructus parlurit pietatis :
ut quod sibi aniuia naturaliter appelit. Daturas consorti,
id est alteri homini, jure quudam bumanitalis, ubi
polerit et oportuerit, non existitnet denegandum, sed
spoule ac libens impertiat. Inest ergo naturae, si pee-
calo non obsuleseat, istiusmodi grata? et egregia; quasi
suavitatis liquor, ut molliorem magis ad compatiendum
peccanrjbus, quam ad indignandum asperiorem sese sen-
ial et exhibeat.
5. Verum quia juxta Sapientis sententiam, musca;
moriturae cxlerminant hoc suavitatis unguentum, et
mini me babet in se natura, unde id repuret sibi seme'
amissum ; sentit se dolenda mutatione corruere in
illud, quod veraciter ait Scriptura : Pioni sunt sennas
he/minis el cogitationes in malum ah adolescentia. Non
bona adolescentia, in qua lilius junior portionem sibi
paternae substantiae postulat sequestrari, et bonum inci-
pit \ elle dividere, quod in commune dulcius pussidetur ;
et habere solus, quod participatione non minuitur,
partitione amittitur. Denique omnia, inquit, bona sua
dissipavit, vivendo luxuriose cum meretricibus. Quajnam
bae meretrices ? Vide ne ipsae sint, qua? exterminant
suavitatis unguentum, carnales videlicet concupiscentise,
de quibus saluberrime Scriptura to admunens, Post
concupiscenlias, inquit, luas non eas. Et merito moritu-
ras describit Sapiens : quoniam et mundus transit, et
concupiscentia ejus. His ergo dum satisfacere singulari-
ter volumus, boni nos socialis atque communis singulari
suavitate privamus. Hae prorsus musca? sordida? ct pun-
gentes , quae in nobis decorem naturae foedant'
mentem curis et sollicitudinibus lacerant, socialis gratia?
suavitatem exterminant. Ilinc homo junior lilius
appellatur, quod natura quodam insensata? lubrico ado-
lescentia? depravata, omncm virilis maturitatis ac
sapientia? succum amiscrit ; et versus in asperum, arente
animo praeter se universes despiciat, factus sine aflec-
tione.
5Ci
OEEVRES DE SAINT RERNARD.
L'hnmme
est plu»
porte a Tin-
donation
qua ] i co-
lire.
C'est la
grace qui
reforuie
eels.
s'endurcit et so desserhe, meprise tout le monde au
prix de sui. eft penl loute all'octioii.
6. C'est done dds le eommewemettt de oette Hrf-
chante et miserable jetmesse que les inclinations
et lee praseee de l'homme sont portees au mal, et
que nalurellement il est plus prompt a s'irriter
contre le proehain qu'A rompatir a ses faiblesses.
De la vieut que l'lioiume, ayant depouillc pros [lie
tout sentiment d'humanite, veutque les autres l'as-
si-tent dans ses besuins, mats no vent pas rend re
lui-meme aux autres I'assistance qn'ils reclament.
In homme est un peehenr jiige des homines et des
pecheurs comme lni, il les meprise, il s'en raille,
sans eonsiderer qu'il peut etre lente aussi a son
tour, or, comme j'ai dit, la nature ne su relevera
pas de ce mal par elle-meme, el ne reconvrera ja-
mais l'hitile de eette douceur origiiulle, depitis
qu'elle l'a une fois perdue. Mais ce que la nature
ne sanrait faire, la grace le pent, lit telui sur qui
l'Espril Saint daignera repandre de nouveau les ef-
fets de sa bonte, comme une onction salulaiie, re-
scmhlo-t-il pas que cclui-la soit, en quelque sortu
redevenu homme qui, depouillant la durete de
l'esprit da monde, el recauvrant, avecle secoursde
la grace, I'onction el la donceur naturelle a l'hom-
nie, que les convottises charnelles, comme des
mouches infoclos, avaient cnl lerement delruite,
tire de son fond l'homme, c*est-a-dire de soi-mdme,
la matiere et la regie de sa compassion pour les
hommes, el regarde comme quelque chose de bru-
tal et de monslrueux, non-seulemenl de faire a att-
trui ce que lui-meme ne voudrait pas soutfrir, mais
menie de ne pas t'.iire aux autres ce qu"il desirerait
qu'on l:;i fit a lui-meme ?
8. Voila d'01'1 vientl'huile.Maisd'ouvient le vin?
Eviileniment de la grnppe de raisin de Cbypre. Car
si vims aimez le Seigneur Jesus de tout voire co?ur,
de toute votre "une, de loutes vos forces, pourrez-
vousvuir sausemotion les injures et les outrages
qu'oti llli fait ? non sans doute, mais, em por-
te aussi par un esprit de jugement, et de zele,
comme un homme puissant et robuste a qui le vin
Qnanrt ou
amir JeSUI
nil ne peut (
so CTrir
qui 1 nlni-1-
prendra aussitot ses premiers sentiments d'hi.ma- donne de nouvelles forces, plein du zele de Phi-
nite, et recevra m£me de la grace, quelque chose nees, vous direz avec David : « Je secbe de regret
de plus excellent que de ce qu'iltenait de la nature, et de zele de ce que mes ennemis ont oublie vos
Elle le rendra saint par la foi et par la douceur, et paroles (I'sal. i.xxvi',15),» et avecle Seigneur : « Le
lui donnera non de l'huile, mais du baunie recueilli zele de votre maison me consume et me devore
dans les vignes d'Engaddi. [Psal. lxxviii, 10). » Ce zele ardent, c'est le vin
7. Car il n'y a point de doute qu'il ne coule des ex prime de la grappe de raisin de Cbypre, et
dons plus procieux de la fontaine du bouc dont rumour de Jesus-Christ est un breuvage qui cnivre.
l'onction change les boucsen agneaux, fait passer Car notre Dieu estuu feu consumant (l)cat. iv, 24),
les pecheurs de la gauche a la droite, apres les et un Prophete disait, que le feu etait descendu
avoir abondamment rempli de l'huile de la nnseri- d'en haut dans la moelle de ses os (Trcn. l, 13),
corde, afin que la grac? snrabonde oil les peches parce qu'il etait tout enflamtne' de l'amour divin.
abondaient auparavaut. (Rom. xv, 20.) Ne vous Lorsque l'amour du prochain vous a donne l'huile
Qui est pro-
pre & corri-
gdr le pro-
chain.
6. Igitur ab ineunte adolescentia ista pessima atquc
miserruna prom sunt sensus hominis et cogilationes in
mjlum, et nalura ad indignandum, quam ad compa-
iiendum paratior. Indc homo tanquam omnino e.\uti:9
hDmincm, in quo vull sibi, cum opus habet, ab homi-
nibus subveniri, non vult ipse hominibus opusliabentibus
subvcnire. Magis aulem judical, spernit, irridet homo
homines, dclinquentes peccator, non considenms seip-
sum, ne el ipse tentetur. A quo malo minime perse
(ut di\i) nalura resurget. ncque recupcrabil oleum inge-
nitae mansuetudinis, quod seniel est exterminate!]] in
ca. Verumtamen quod non potest natura, potest gratia.
yuem ergo hominnm unclio spiritus miserata, perl'un-
dere denuo sua benignilatc dignabilur, is continuo
revertelur in hominem, insuper el aliqnid melius a gra-
fia, quam a nalura nripiet. In fide et lenitale sanctum
taciel ilium, et dabit illi, non oleum, sed balsamum in
vineis Engaddi.
7 . Nee cnim dubhim ex fonle ho?di profluere charis-
mala meliota , cujiisutiqiic unctio faiedoa ver tit in aguos ,
el de sinitra Iransferl in dexteram peccalorcs , abnn-
dantius qnidem ante pcrfusos unrtione misericordiae ,
ut ubi abundaverunt dclicta , supcrnbundet et gratia.
<n non vere videlur tibi redi6se quodammodo si homo
in hominem , ipii animi saecularis feritale deposita, el
recuperata , eliam cum fcenore gratia? , bumame unc-
tione mansuetudinis , quam in ipso rruscae c.unalium
cupidilalum penilus cvtcrmiiiaranl ; de suo quoin geslal
homint , imo qui ipse est , et maleriam sumit , et for-
niam miscrendi liominibus aliis , ba ut tanquam feralcm
qneindam rictum* exhorreal , non solum cuiquam facere
houiiniim cpiod pati ipse nolil , sed etiam non facere
omnia omnibus quapciini|iic sihi licri velit '?
8. En undo oleum. Viniim undo ? Profecto ex botro
Cypri. Klenim si ainas Dominum Jesum loto corde, lota
anima, tola virtute tua ! numquid si videris ejus injuiins.
conlemplumque, feri'e ullatenns ;equo animo poteris?
Minime : sed mox arrcplus spiritu judicii et spirilu
ardoiis, el lanquam potenscnipiilalus a vino, replelus
zi/lo Phinces, dices cum David: Tabexcere me fecit z ■/««
meus , firfa obtili surd vrrba tun inimici mni , et cum
Domino : Zelua domus tun coructlit me. Vimim eat
ergo fervidissiinus zelus isle, expression debotroCypfl,
et caliv inebiians Christi amor. Dcni que !i'ui notler
ignis constiwens est , ct Propheia ignem diccbat de
CNrelso missum in ossibns suis , eo quod divino n.noro
flagrarel . Habens ilaqnc ex fralerno oleum mansuetu-
dinis , et ex divino amore vlnum aemulationis , securu*
QUARANTE-CINQUIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
385
de douceur, quand l'amour de Dieu vous a pro- T; l/,), (Vest bien, e'est tres-bien, l'amour del'Epoux
cure le vin du zele et de l'emulation, approchez- a donne de la presomption a l'Epouse, et ce meme
vous avec coufiance pour guerir les plaies de celui amour a produit 1'indignation de l'Epoux. L'eve-
qui est tombe enlre les mains des voleurs, et nement le prouve. Car la presomption a ete suivie
soyez un parfnt imitateur du charitable Sama- je reprimande, la reprimande d'amendement, et
ritain. Dites aussi avec la inerae coufiance que 1'amendement de recompense. A peine le bien-
l'l pouse : « Mon bien-aime est pour moi uue aime est-il present, le maitre disparait, le rois'eva-
grappe de raisins de Chypre dans les \ignes d'En- nouit, la dignite s'effaee, le respect est mis de cute,
gaddi. » C'est-a-dire, l'amour de mon bien-aime Car devant l'amour parfait toute deference dispa-
m'embrase de zele de justice, dans les sentiments ra;t. Et de meme que Moise parlait autrefois a Dieu
d'affecliou que j'ai pour mon procbain. Mais en comme un ami a son ami, et Dieu lui repondait,
voila assez. Car ma mauvaise sante me force a ainsi maintenant setablit-il entre le Verbe etlame
m'arreter, comme cela m'arrive assez souvent, en un entretien aussi familier que celui de deux voi-
sorte que pour la plupart du temps, comme vous sins ensemble. Et ll n'y a pas lieu des'en etonner;
u'itaii saint savez, je suis oblige de laisser mes discours ina- car leur amour n'ayaut qu'une meme source, il est
ffeadi- scs cheves, et de renvoyer a un autre jour ce qui me reeiproque, leurs caresses sont mntuelles. Des pa-
ouOranccs. res(e ^ jjre sur jeg verset3 que j'avais le ui-ssein roles plus douces que le miel volenl <louc egale-
d'expliquer. Mais quoi? Je m'attends a elre eliaiie, ment des deux cotes, etils se jettent imituellement
car je sais que je suis encore traile plus fovorable- des regards pleins d'une douceur inlinie eu signe de
ment que je ne le merite, frappez-mui, mon Dieu, l'amour saint qui les rmbrase. II l'appelle son
frappez-moi comme un serviteur qui travaille mat. amie, il dit quelle est belle, et le repute encore une
Peut-etre les coups que je recevrai de votre main, fois, et il recoit d'elle les mimes temoignages
Familiarite
entre le Ver-
be et lime.
me tiendront-ils lieu de nitrites, peut-etre Jesus-
Christ, I'epoux del'Eglise, netrouvant point eu moi
des biens qu'ils recompense, verra dans mes plaies
et dans mes douleurs un sujet d'exercer sa niise-
ricorde et d' oil- pitie de moi, Lui qui est Dieu
par dessus toutes choses, et beni dans tous les
siecles. Ainsi soit-il.
SERMON XLV.
Les deux beaules de I'dme; comment I'dme. parte
au Verbe, et le Verbe a i'dme, leur langue.
d'amonr. Etcette repetition n'est pasinutile, puisque
e'est une conQrmaliou de son amour ; peut-etre
meme veut-il nous marquer par la qu'il y a la
dessous qnelque myslere a penelrer.
2. Cherchons done quelle est la double beaute
de 1 'iime. Car il me semble que e'est cela qu'il veut
doiiner a entendre. I a beaute de l'auie e'est l'liu-
milite. Je ue le dis pas de moi-meme, le Prophete
l'a dit avant moi. « Vous m'arroserez d'liysopeel je
deviendrai pur (Psal. l, 9). » Marquant l'humilite
par cette herbe, qui est petite, et qui puniie le
coeur. Le roi prophete, apres elre tombe dans un
II y a dent
beautes ponr
Tame.
1. « Que vous etes belle, mon amie, que vous etes crime enorme, espere qu'il sera lave avec 1 hysope,
belle '. Vos yeux sont des yeux de colombe {Cant, et qu'il reeouvrera ainsi la premiere blaucheur de
accede ad sananda vulnera illius qui incidit in latrones ,
piissimi Samaritani opltmus imitator. Secure qtiuque
dicilo tu cum Spjnsa , Bolrus CypriilUr 'lus mews mihi
in vineis Engaddi: hoc est , Zelus jtutilie, amor dilecli
mei mihi in affectibus pielalis . Et de ho- satis. .Yuu et
iniirmilas mea pausanduni in die-it, sicut et same tacit ,
ita ut plerumque cogar imperfeslas (ut ipsi scitis) re-
linquere dispuLdtiones , resijuaque uapituloru.n in Jiem
alteram resei'vare. Sed quid? Ego in flugellaparatussiiii,
sciens me adhue recipere longe imparia mentis. Vapulem
sjue, vapulem ut m.ile operans , si forte verbjra in
meiiU repulcntur : fortas-is miserebitur flagellato, qui
bonu.n in me uon invenit quod reaiuueret, spjnsus
Eceieaue Jesus-Christus Doiniuus noster, qui est super
omnia Lleus bencdictus in sscula. Amen.
SERMO XLV.
De dttpHci pukhritudine ammae ; et guiltier anima lo-
quitur ad Dei verbum, el verbum ad animam : el qtue
sint eorum Ungues.
\ . Ecce tu pulehrn as arnica mea , ecce tu pulelira ;
ocu'i tui columbarum. Pulchre, optime : ex amore,
Sponsa; pra?sumptio; ex amore indignatio Sponsi. Hoc
rei exitus piobat. Etenim prresuniptionem coireplio,
correptionem emendatio , emendationem remimeralio
secula est. Attest dilectus, amovelur magisler, rex
disparet, dignitis exiitur, revereutia ponitur. Cedit
quippe t'astus, ubi invalescit alTeclus. Et sicut quondam
quasi amicus ad amicum Moyses loquebatur, et liomintis
respondebat : ila et nunc inter verbum et atiimam, acsi
inter duus vicinos, familians admodum celebiMtur con-
fabulilio. Nee minim. Ex uno amoris fonle utrique
i n II it i t diligere invicem, confoveri pariter. Erjjodulciora
nielle vulant hie inde verba, mutui in se totius suavitatis
fenintur aspectus, sancti inJices amoris. Denique is
illam arnica. n nuncupat, puluhiam proiuinliat, pulehram
iterat, eadem ab ilia victim reeipiens. Nee oliosa ile-
ralio, quap amoris contirmatio est, et furtassis aliquid
innuit lequiremium.
2. Qusramtis geminam anims pulchritudinem : hoc
enim mihi videtur iimuere. Decor anims humilitas est.
Non a meipso hoc dico, cum proplieta prior dixerit :
Asperges me hyssopo, et mundabor ; humili herbs et
366
(ELVRES DE SAINT BERNARD.
LI— ITU 1 innocence. Cependant si i'humilite de celui qui et est ravi <le joie en entendnnt sa voix. Yoil.i pa
jointe 4 Tin- a commis un grand peche est aimable, elle ne me-
oocence. ., v . .... i • • «■ ■ ■
rite pas neanmoins a etre admiree. Mais si celui
qui a conserve l'innocence \ joinl encore I'humi-
lite, ne vous semble-t-i] pas posseder une double
beaute de lame? La sainle Vierge n'a jamais perdu
la saintete, et n'a jamais inunque d'humilile. Et si
wn\ ipii frappe les oreilles de l'Epouse. Ecoutons-
1 1 .I rejouissons-nous. Les voila ensemble, ils se
parlent 1'un a l'autre, ecoutons-les. Que mil soin
ilu siecle, mil attrail charnel no nousdistraient d'un
entretien si agreable.
3. k Quevous fetes belle, ndit-il, « mon amie, que
leRoi l'ut epris d'amour pour sa beaute, c'est parce vous fetes belle ! » <>s paroles expriment I'admira
quelle alliait l'lumiilite a l'innocence. Car.comme tion, lereste la louange. C'est avec raison qu'on
elle dit elle- mfeme: « c'est I'humilite de saservante I'admire, puisqu'elle n'est pas devenue humble
qu'il a regardfee (Luc. i, 48}. » Heureux sunt ceux apres avoir perdu la saintete, niais Test demeuree
qui conservent leurs vfetements purs, c'esl-a-dire en la conservant. C'est avec justice que deux fois
leur simplicity et leur innocence, sitoutefois ilsont elle est appelee belle, puisqu'elle a l'uiie et l'autre
soin de se revet ir encore de la beaute de 1'humi- beaute. 11 est extrfemement rare sur la terre de ne
lite ! Certes Fame qui est telle s'enteudra dire ces poinl perdre son innocence, ou que l'innocence, si
paroles : a Que vous fetes belle, mon amie, que on la conserve, n'exclue point 1'humilite. Aussi
vous etes belle ! » Pliit a Dieu, Sauveur Jesus, que est-elle bien heureuse d'avoir conserve l'une et
vous dissiez stulement une fois a mon feme ; vous l'autre. Ce qui le prouve, c'est que tout en ne se
etes belle. Plut a Dieu que vous me conservassiez sentant coupable de rien, elle ne rejette pas la rfe-
au moins I'humilite. Car j'ai mal garde ma pre- primande de l'Epoux. Pour nous, lorsque nous
miere robe. Je suis votre serviteur, je n'o^e me dire avons commis les plus grandes fautes, erst a
votre ami, uioi qui ne suis pas digue de vous en- peine si nous soulTrons qu'on nous reprenne: mais
tendre rendre un double temoignage a ma beaute. au contraire, bien que n'ayant rien fait de mal,
11 me suflit den entendre un. Mais que faire si eel a elle eiitend avec un esprit sounds les paroles arae-
meme est encore douteux? Je sais ce que je ferai : res qui lui sont adressees. Car quel mal fait-elle en
si je ne suis qu'un vil serviteur, je rendrai mes desirant voir l'eclat de son Epoux? N'est-ce pas au
devoirs a l'ami de l'Epoux; si je ne suis qu'un contraire un desir louable ? Et cependant quand elle
homme miserable et diflbrme, j'admireraisa beaute en est blamee, elle se repent et dit : « Mon bien-
accomplie, et me rejouirai a la voix de l'Epoux qui aime m'est un petit bouquet de myrrhe, il deineu-
admire lui-meme une si rare perfection. Qui saitsi rera entre mes mamelle3(C<itt(. i, 12). » C'est-a-dire,
au moins par la je ne trouverai point grace devant cela me suffit; je ne veux plus savoir autre chose
les yeux de cette bien-aimee, et si, a la faveur de que Jesus-Christ, et Jesus-Cbrist crucifie. Cette hu-
son credit, je ne serai point mis au nombre des milite est bien grande. Toute innocente qu'elle est,
amis ? Car l'ami de l'Epoux demeure en silence, elle entre dans des sentiments de penitence, et,
Chose bian
rare sur la
terre.
La preuve
de cela se
trouve dan«
la repritnan-
de qu'elle
accepte.
pectoris purgativa humilitatem significans. Hac se post
gravem lapsum rex et prnpheta lavari confidil, et sic
niveum quemdam innocentia? rccuperare candorem.
Vci'um in eo qui graviter peccavit, etsi amanda, nun
tamen admiranda humilitas. At si quis innocentiam
retinet, et nihilominus huuiililatem jungit, nonne i-* tibi
videtur geminum animae possidere decorem? Sam-la
Maria sanctimoniam non amisil, et hu militate non
caruit : et ideo concupivit rex decorem ejus, quia humi-
litatem innocentia; sociavit. Denique respexit, inquil ,
humilitatem ancilla suae. Ergo beati qui cuslodiunt ves-
timenta sua mnnda, videlicet simplieitatis etinnocenliae,
si tamen et decorem inducre humililatis adjiciant. Pro-
fecto audiet quae liujiismodi invenitur : Ec.ce In pulchra
arnica men, ecce lu pulchra. Utinam vcl semel dicas
animae meae, Domine Jesu : Ecce lu pulchra et. Utinam
mihi humilitatem cuslodias! nam primam vestem ego
male servavi. Servns tuus sum ego. Nee enim audeo
piofitcri amicum, qui testimonium decoris mei cum
repelitionc non audio. Sufficit mihi si semel audiam.
Sed quid si et hoc in quiestionc sit? Scio quid faciam :
venerabor amicam servus, cumulatum in ea decorem
deformis homunculus admirabor : gaudsbo ad voceni
Sponsi, tantam nihilominus pulchritudinem admirantis.
Quis scit, si saltern ex hoc inventurus sim gratiam in
oculis arnica3, ut gratia ipsius et ipse inveniar inter ami-
cos? Denique amicus Sponsi stat, et gandio gaudet
propter vocem Sponsi. En vox ejus in auribus dilectoe :
audiamus el ga ideamus. Adsunt sihi, loquunturpariter ;
slemus simul : nulla nos huic subdural colloquio saeculi
cuia, nulla illccebra corporis.
3. Ecce, inquit, tu pulchra es, arnica mea; ecce tu
pulchra. Ecce admirationis vox est, reliquum laudis.
Merito admiranda, cui sanclitas amissa humilitatem non
attulit, sed servala admisit. Merito pulchra repctitur,
cui neulra defuit pulchritude. Rara avis in terris, act
sanctilalem no:i perdere, aut humilitatem sanctimonia
non excludi : et ideo beata qua- ulramque retinuit.
Denique probntum est : nihil sihi conscia est, etcorrep-
tionem non abnuit. Nos et cum magna delinquimus,
vi\ fei'imus reprehend) : ha>c autem aequo animo audit
contra se amaritudines nihil peccans. Nam si desiderat
videre claritatem Sponsi, quid mali est? magis et laudis
est Et tamen increpata pcenitcntiam agit, et died :
Fasciculus myrrhce dilectus mem mihi, inter ubera una
commorabitur. Hoc est, snfficil mihi, nolo jam scire nisi
Jesum, et nunc crucifixum. Magna humilitas 1 Actu in-
nocens suscipit pcenitenti~ affectum ; et qua? non habet
OUARANTE-CINQUIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
367
bien qu'elle n'ait aucun siijet de se repentir, elle rappeler de l'autre. « Vos yeux done sont des yeux La coiomi,e
s'en forme un, pour donner lieu a sa repentance, de colouibe. » Vous nevoustenez plus, dit-il, dans estl'embleme
. , ,. ... . . , . , , del'hnmilite.
Pourquoi done, direz-vous, a-t-elle ete reprise, si les pensees sublimes et elevees au dessus de vous,
lepriimnde tne u'a point fait de nial ? Ecoutez en tela la sage mais, a l'exemple d'un oiseau tres-simple, vous etes
our \'\ cor-
rcction. conduite de I'Epoux, l'bumilite de l'Epouse est mise contente des cboses les plus simples, vous faites vo- ta colombe
a I'epreuve aujourd'hui conime l'avait ete l'obeis- tre md dans les trous de la pierre, vous deraeurez
sauce d'Abrabam. Et de meme que ce patriarcbe, ,ians mes plaies, et eontemplez avec joie, il'un ceil
apres avoir donne une preuve de son obeissance en de colombe, cles boses qui concernent seuleinent
accomplissaut le commandement de Dieu, merita mon incarnation et ma passion.
d'eniendre ces paroles : « Je connais a cette 5. Ou du moins le Saint-Esprits'etant montre sous
beure que vous craigilez Dieu; » de meme, il est la forme de cet oiseau, il loue plutdt en elle un
dit a l'Epouse en d'autres paroles : Je connais main- regard spirituel qu'un regard simple. Et si cette
tenant que vous fetes bumble. Car e'est ce que si- explication vous plait, il faut rapporter ce verset a
gnifient ces mots : « Combieu vous etes belle ! » Et ce que disent, un peu auparavant, les compagnons
il recommence cet eloge alin de marquer qu'elle a de I'Epoux, quand ils lui promettentde lui faire des
ajoute la beaute de l'numilite a celle de l'iunocence : pendants d'oreille d'or ; leur dessein u'etait pas,
« Que vous etes belle, mon amie, que vous etes comme je l'ai montre alors, d'orner les oreilles de
belle ! » Je connais maintenant que vous etes belle, son corps; mais de former celles de son cceur, et il
non-seulement par l'amour que vous avez pour se peut qu'ayant sou coeur plus purine par la foi
moi, mais encore par votre bumilite. Je ne dis plus qui vient de 1'ou'ie, elle soit devenue capable de voir
maintenant que vous etes belle parmi les femm.es, ce qu'elle ne pouvait pas voir auparavant. Et, comme
ni que vous etes belle par les joues ou par le cou, apres avoir recti ces pendants d'oreilles, elle paralt
comme je disais auparavant, mais je dis simplement avoir la vue plus penetrante pour l'intelligence des
que vous etes belle sans comparaison, sans res- cboses spiiituelles, elle en est plus agreable a l'E-
triction, non en partie. poux qui, autant qu'il est en lui, aime toujours
U. Puis il ajoute : « vos yeux sont des yeux de mieux etre contemple d'une mauiere spirituelle, el
colombe. > pour relever encore davantage sou bu- il la felicite de cette nouvelle perfection, en disant:
miltte. Car il voit que, reprise de vouloir porter « Vos yeux sont des yeux de colombe. » Regardez-
trop bautses recbercbes, elle ne fait point difticultii moi maintenant, dit-il, en esprit (Thren. it, 20),
de descendre aussitot aux cboses les plus simples parce que le Seigneur Jesus-Cbrist qui est devant
en disant : « Mon bieu-aime est pour moi un petit vous est un esprit. El vous pouvez le faire, car vos
bouquet de myrrbe. » II y a sans doute bien de la yeux sont des yeux de colombe. Auparavant vous
difference eulre un visage plein de gloire et un nele pouviez pas, e'estee qui vous attirait des repri-
bouquet de myrrbe ; aussi est-ce une grande mar- mandes. Mais maintenant faites-le, si vous voulez,
que d'buiiiilite de s'arreter a l'un en se voyant puisque vous avez des yeux de colombe, cest-a-dire
rembleme
du Sainl-
Esprit.
undc pceniteaf, habet tamen ut poeniteat. Cur ergo,
inquis, increpata est, si nihil mali fecit? Sed enim audi
nunc dispensationem et prudetuiam Sponsi. Sicut
Abraham olim obedientia sane tentata est, ita et nunc
humilitas Sponsae. Et quomodo ille impleta obedientia
tunc audivit, nunc cognovi quod timeai Deum : sic et
huic modo quasi sub aliis verbis dicitur, nunc cognovi
quod huini: - sis; hoc enim est quod ait : Ewe tu pul-
clira es. Et ideo pr;econium Herat, ut gloria) sanctitatis
additum signet humilitatis decorem. Ecce tu pulchra es,
mea, ecce tu pulchra. Nunc cognovi quod pulchra
sis, non solum ex meo amore, sed etiam ex tint humili-
tate. Non dico nunc pulchram inter mulieres, nee
pulchram in genis, nee in collo, sicut ante dicebam
Bed pulchram simpliciter fateor , non utique pul-
chram ex comparatione, non cum distinctione, non ex
parte.
4. Et adi'l : Oculi tui columbarum. Aperte adhuc
commendatur humilitas. \d hoc siquidem respicit,quod
ilia reprebensa de alia inquisitione sua, continuo non
punctata est ad simpliciora descendere, ita ut diceret :
Fasciculus myrrhtB dilectus mens mihi. Multum profecto
distat inter vultum gloria;, et fasciculum myrrhas : et
ideo magnum humilitatis insigne, inde hue acquiescere
revocari. Ergo oculi lui columbarum. Jam inquit, non
ambulas in magnis, neque in mirabilibus super te -. sed
instar simplicissimae volucris contenla es simplicioribus
nidificans in foraminibus petrai, meis vulneribus immo-
rans, et libenter ea, quae sunt de me duntaxat incarnato
et passo, oculo intuens columbino.
5. Aut certe quia in specie avis hujus Spiritus-Sanc-
tus apparuit, spiritualis magis quam simplex in ea
intuitus columbae noadne commendatur. El si hoc pla-
ceat, oportet referas capitttlum praesens ad id, quod
patilo ante sodales muraenulas ei facere aureas promi-
serunt, non intendentes (ut tune docui) ornare attres
corporis, sed int'ormare auditum cordis. Potuit ilaque
fieri, ut fide, quae est ex auditu, cordeaniplius mundato,
ad videndum quod ante non poterat, instructor redde-
retur. Et quoniam de acceptismuraenulis in visu acutiori
ad intelligentiam spiritualem visa est profe isse : placuit
Sponso, cui semper (quod in se est) placet magis videri
in spiritu ; et annumerans id quoque ejus laudibus, ait :
Oculi tui columbarum. Jam me, inquit, intuere inspiritu,
quia spirittts ante faciem ttiam Christus Dominus. Et
babes unde id possis, quia oculi lui columbarum. Ante
36?
UEl'VRES DE SAN IT BERNARD.
veritablement en esprit par une vision infiniment
sublime el agreahle. Ses yeux ont vu It1 voi dans sa
be uiii', loutefois il ne l'ottt pas vu comme roi, mais
comme bien-aim6. Qn'un prophete 1'ait vu sur un
des yeux spirituels, vows ne le pouvez pas faire en-
core, autant que vous 1'iwz demande ; mais nenn-
nioius vous serez satistaite, vous devez passer de
clarte en i arte. Voyez done niaintenaiit comme
vous le pourrez, et lnrsque vous pourrez davan- WWe , •xiremement el eve (ha., vi, 1), qu'un autre
tase. veus verrez davantage. tSffloigne q\i il lui est apparu face a face (Gene.
6. Je ne pease pas, ines (Veres, non, je ne pense IXXM, 30 , neanmotns il me semble que I'Epouse les
pas, je le repele, que cetle vision soit mediocre, et Surpass*, en ee que nous lisons qu'ils ont vu le
commune a tons, quoiqu'elle soit inferieure B celle Seigneur, et que celle-ci voit son bien-aime. Car
dontnousdevonsjouirunjour. Aprestout, reeonnais- voici les paroles du Prophete : <« J'ai vu le Seigneur
sez-le parce qui suit : «Quevousetesbeau, mon bien- assis sur un tr6ne extr^mement haut et eleve (ha.
aime, que vous etes beau (Cant, l, 15). » Vous voyez VI, 1), ■ et cj'ai vu le Seigneur face a f3ce, et je
combien elle esl ele\ee, et a quelle hauleur est ar- n'en suis pas mort (Gene, xxxn, 30). » Mais, « si
rivee une ame qui s'atlribue le droit d'appPJer le je suis le Seigneur, » dit-il, « oil est la crainte qu'on
Faroiliarite Seigneur tie l'limves son bien-aime. Item irquez, en dbrl Malovh. l, C ? t Si done leur revelation a
iw'rEpou" effet, qu'elle ne dit pas « Bien-aime » simnlemeril, ete" accompagnee drf crainte , parce que la crainte
mais a Mon bien-aime, » pour marquer qu'il lni se reucoutre loujours, ou est le Seigneur; cerlaine-
apparlient comme en propfe. Certes, cette vision nienl, si mi m'eu laissait le ehoix, je prefererais la
est bien grande, puisqu'elle donne tant de conli.ince vision de I'Epouse, avec d'autant plus d'ardeur et
et d'autorite a cette ame, quelle ne regarde point de juie, que je vois qu'elle produit un sentiment
le Seigneur de toute-. choses comme son Seigneur, bien plus nuble, qui est celui de l'amour. Car la
mais comme son bien-aime. Je ne crois pas que, crainte est pemble, mais la charite met de cote toute
pour cette fois, il se soit presente a elle aucune crainte (Joan. IV, 18). 11 y a de la difference enlre
image de la chair, ou de la croix, ou des infirmites paraitre terrible en ses jugements sur les enl'aiits
corporelles de son Epoux. Car, selon le Prophete, ties liomnies (Piul. xlv, 5), et paraitre plus beau
dans loutes ces choses « 11 n'avait ni grace ni que tous les enfants des honimes (I'sal. xi.v, 3).
beaute (Psal. Liu, 2). » Au lieu qu'en le voyant elle « Que vous etes beau, mon bien-aime, que vous
proclame qu'il est beau et ngreuble, et fait voir par eles beau !» Ces paroles expriment de l'amour,
la, qu'il lui est apparu d'une maniere plus excellenle. non de h crainte.
Car l'Epoux parte a I'Epouse bouche a bouehe, 7. Mais peut-etre vous vient-il un doute dans
comme i faisait autrefois avec Moise [Elxed. xxxni,; l'esprit, et vous demandez-vous avec incertitude
et elle voit Dieu claireineiit, non par enigmes et en pourquoi on rappofte les paroles du « Verbe » a,
Dgures. Aussi, elle le proclame tel qu'elle le voit fame et ensuile celles de Time au Verbe, en sorte
non habebas, ct ideo rcprimenda fuisli : sed nunc
copiam halieto videndi, quia oculi tui columbarum, id
est spirituals Nun sane copiam quam petebas : nee
enim vel modo adbuc ad illam poles, sed qua- tamen
interim sufuccre po;-sit. Sane ducenda es de elarilale in
claritatem : ct proplerea vide, ut poles, modo; et cum
plus poleris, plus videbis.
6. Non pulo, fralres, non puto mediocrem banc,
Deque communem esse omnibus visionem, elsi sit infe-
rior ilia, (jua videndiis est in future. Deniqne ox liis
qua? SeqinrdtUr achertilc. Sequilur enim : Ecce lit pat-
ch /• cv rl</et:!e mi, ecce lu pulcher. Yidcsquum in bj
-tat ; el iii sublime menlis veriiccm cxtiilit, quaMinkcr-
silalis llominuni quadam silii proprietale vindieel in
dile.lum. Ain-nde emm quomodo non simplicHor di-
Iccle, sert, dilecle mi, inquil, ut proprium designarct.
Magna rfefo prorsus, de qua ista in id fiduciae et auc-
turilalis evrrevil, ul omniiiui Hominum, doininum nes-
cial, sed dileclum. Existimo enim nequaquam hac vice
ejus sei s bus imporlsitas imagines earns, aut crucis,
aul alias quascunqiic corporeanim siniililuilines inlir-
mitalum. In his namqiie, juxla Prophctam , non erat ei
species ne</uc decor. Hajc antem eum inluila, nunc
pulchnim dccorumqne pronunliat, in visione meliori
Hum sibi arparnisse signiticans. Ore enim ad os (sicnt
quondam cum sancto Moyse) loquitur cum Sponsa; et
pal :n, non per smgaiala el figures, Deum videt.Talem
deniqne ore pronunliat, quale.n et menle conspicatur,
visione plane siibliini el suavi. Regem in decorc suo
videronl oeuli ejus, non tamen ut regem, sed ut dilec-
lum. Yideril sane cum quis super solium excelsum ct
elevatum; el alius quoque facie ad faciem sibiapparuisse
leslaliH sil : nnlii tamen videlur emincnlia in bac parte
esse apud Sponsam, quod ibi vistis legitur Uominus,
liic dileetus. Sic enim habes : Vuli Dominant
super solium excekum, et elevatum. Et item : Vidi
Dimtinum forte ad faciem, et salva facta est amino mea.
Sed si ego Oomimu, inqnit, ubi est Umor men,-? Quod
si iltis facta es! revelatio cum timore; quia ubi Dominus,
ibi tinior : e^'o profcclo, si oplio darelur, tanlo liben-
tius, tantoque carius Sponsaj amplecterer visionem,
qnanto in meliori affectlone, qua? est amor, lacuna
adverto. Nam tbrror pafttatn hdbet, perfecta antem cha-
ritas foras mttttt timorem. Mullum sane interest apps-
rerc lerribilem in conciliis super Alios hominum, ct
apparcre speciosum forma pra; liliis hominum. Ecce tu
pulcher es, ddecte mi, et decorus. Verba ista plane
arcorcm resonant, non timorem.
7. Sed furte ascendunt cogitaliones in corde tuo, et
qaasris dubius apud te, dicens : Qua ratione verba
QUARANTE-CINQUIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
quelle a a peine entendu la voix de celui qui lui
parle et qui publiesa beaute, qu'elle prodigue aus-
sitot a sun tuiir, les rnemes louanges a celui dont
elle s'est entendu louer ? Comment cela se peut-il
faire? Car ce n'est pas la parole qui parle, mais
c'est par la parole qu'on parle. De meme lame ne
prat parler si la bouche de son corps ne lui forme
»piriiue™edo ^es Paru'05- Vous avez raison de faire cette deiuan-
Verbe et de de : mais considerez que c'est l'esprit qui parle
etqu'il faut entendre ces cboses spirituellement.
Aussi, toutes les fois qu'on vous dit, ou que vous
lisez, que le Verbe et lame parlent ensemble, et se
369
pour parler, si, par sa grace, ilnel'excite lui-meme
a le faire.
8. Par consequent, pour le Verbe, dire a l'ame
qu'elle est belle, et 1'appeler son amie, c'est repan-
dre en elle la grace qui le fasse aimer d'elle, et lui
fait penser qu'elle est elle-menie aimee de lui. De
meme, lorsque lame a son tour appelle le Verbe
« son bien-aime » et confesse qu'il est beau, c'est
qu'elle lui attribue sans fiction et sans deguise-
ment, la grace qu'elle a de 1 "aimer et d'etre aimee
de lui, c'est qu'elle admire sa bonte et s'etonne des
faveurs qu'elle en recoit. Car sa beaute c'est son
regardant l'un l'autre, ne vous Lmaginez pas qu'ils amour, et il est d'autant plus grand qu'il est pre-
Quels sont
1'ame et le
corps du
Verbe.
echangent entre eux des mots corporels, ni qu'ils
se voient l'un l'autre par le moyen d'iuiages cor-
porelles. Ecoutez plut6t ce que vous devez pen-
ser en cette circonstance. Le Verbe est un esprit,
l'ame en est un pareillement ; ils ont leur langue
pour se parler l'un a l'autre, et se faire connaitre
qu'ils soul presents. La langue du Verbe c'est la
faveur de sa bienveillance, et celle de l'ame, c'est la
ferveur de sa devotion, l'ame qui n'a point de devo-
tion, n'a point de langue, elle ne saurait parler, et
ne peut s'entretetenir avec le Verbe. Lorsque le
Verbe, voulant parler a l'ame, agite sa langue,
l'ame ne peut pas ne point le sentir. Car la parole
de Dieu est vive el efficace, et plus percante qu'une
epee a deux tranchants, qui va jusqu'a la division
de l'ame et de l'esprit (Heb. iv, 12). De meme lors-
que l'ame remue la sienne, il est impossible que le
Verbe ne le sache pas, non-seulement parce qu'il
est present partout, mais encore et surtout parce
que la langue de la devotion ne se remue jamais
venant. C'est pourquoi elle s'ecrie du plus
profond de son cceur, du plus intime et du plus vif
deses affections, qu'elle doit l'aimer avec d'autant
plus d'ardeur, qu'il l'a aimee le premier. Aussi la
p;iiule du Verbe est l'infusion de la grace, et la re-
ponse de rime, c'est son etonnement accom-
pagne d'actions de grices. Elle aime d'au-
tant plus, qu'elle reconnait que son Epoux
l'emporte davantage sur elle, et son admiration
est d'autant plus grande qu'elle sent qu'il la pre-
vient par son amour. Ce qui fait qu'elle ne se con-
tente pas de dire, qu'il est beau ; elle le repete pour
marquer, par cette repetition, l'eminence de sa
beaute.
9. Ou du moins elle exprime l'admirable beaute
des deux substances en Jesus-Cbrist ; dans l'une la
beaute de la nature, dans l'autre celle de la grace.
Que vous etes beau a vos anges, Seigneur Jesus,
dans la forme de Dieu, le jour de votre eternite,
engendre avant l'etoile du matin dans les splen- ang™ en taut
Jesus est
beau aux
yeux des
* a/, male
animum.
Verbi facta ad animam referantiir, et rnrsum animas ad
Verbum, ut ilia audietit vocem loquentia sibi, et perhi-
benlis quod pulchra sit, vicissimque idem prscunium
suo mox reddiderit laudator!? Qnoniodo possunt iuec
fieri? Nam verbo loquimur , non verbutn loquitur.
Itemque animanonhabet unde loquatur, nisi os corporis
sibi verba formaverit ad loquendum. Bene quarts : sed
attende spiritual loqui, et spirilualiter oportere intelligi
qua; dicuntur. Ouotics proinde audis vel legis, Verbum
atque animam pariter colloqui, et se invicem intiiL'ii ;
noli tibi imaginari quasi .corporeas intercurrere voces,
sicut nee corporeas colloqtientium apparere imagines.
Audi potins quid tibi sit in hujusmodi cogil:::dum.
Spiritus est Verbum, spirilusque anima, et bnbent lin-
guas suas, quibus sc alterutrum alloquantur, prassentes-
que indicent. Et verbi qjidem lingua favor dignationis
ejus : animae vero devotionis fervor. Elinguis est anima
atque infans quae banc non habel, et non potest ipsi
ullatenus sermocinalio esse cum verbo. Ergo hujusce-
modi linguam suam cum verbum movet, volens ad ani-
mam loqui, non potest anima non sentire. ['ii<us est
enirn sermo Dei et efficax, et penetrabilior omni gladio
ancipiti, pertingens usque ad divisionem animce et spi-
ritus. Et rursum cum suam anima * movet, verbum
latere multo minus poterit, non solum quia ubiqne
T. IV.
est prssens, sed propter hoc magis , quod nisi ipso
stitnulante, devotionis lingua minime ad loquendum
movetur.
8. Verbo igitur dicere anima;, pulchra es, et appellare
amicam ; infundere est unde et amet, et se prassumat
amari. Ipsi vero verbum vicissim nominare dilectum, et
fateri pulchrum ; quod amat et quod amatur, sine fic-
tione et fraude adscribere illi, et mirari dignationem, et
stupere ad gratiam. Siquidem pulchritudo illius dilectio
ejus : et ideo major, quia prasveniens. Medullis proinde
cordis et intimarum vocibus affectionum tanto amplius
atque ardentius clamitat sibi diligendum, quanlo id prius
sensit ciiligens quam dilectum. Itaque locutio verbi
infusio doni, responsio anima1 cum gratiarum actione
admiratio. Et idcirco plus diligit, quod se sentit in dili-
gendo victam : et ideo plus miratur, quod prajventam
agnoscit. Unde non contenta est semel dicere pulchrum,
nisi repetat et decorum, eminentiam decoris ilia repeti-
tione designans.
9. Aut certe in utraque Christi substantia dignum
expressit omni admiratiorje decorem, in altera natural,
in altera gratia?. Quam pulcber es angelis tuis, Domine
.tesu, in forma Dei, in die ;eternitati tus, in splendori-
bus sanctorum ante luciferum genitus, splendor et figura
substantia; patris, et quidcm perpetuus minimeque fuca-
24
;!70
OEUVRFS DE SAINT BERNARD.
que Dieu et
en tant
qu'homme.
dours de vos saints, etant vous-mdme la splendeur
et la figure de la substance <lu Pi-re, et la lumiere
de la vie eternelle loujours brillante, et loujours
durable ! Que vous me semblez beau, mon Seigneur,
lorsque je vous contemple dans cet etal glorieux !
Car lorsque vous vcms fetes aneanti, lorsque vous
av.-z depouille de ses rayons uaturels cetta lumiere
qui ne souflre point de defaillance, votre bonle a
eclate plus \i\einent, votre charite a brille d'un
plus vif eclat, et votre grace en a scmble plus
radieuse. Etoile de Jacob, que vous me paraissez
brillante {Num. xxiv, 17), ttrejeton de la racine de
Jesse, que vous me semblez verdovant (ha. xi, 1 : 11
lumiere du soleil levant qui m'eclairez dans les te-
uebres, que vous m'etes douce et agreable! quel
sujet d'admiration et d'etunnement n'est-il point
meine aux vertus celestes, dans sa conception du
Saint-Esprit, dans sa naissance d'une vierge, dans
1'innoceuce de sa vie, dans la profondeur de sa
doctrine, dans la gloire de ses miracles, dans les
revelations de ses mysteres ? Enfin, 6 Soleil de jus-
tice, comme vous etesetincelant, lorsqu'apres vous
etre coucbe vous vous levez du centre de la terre !
Roi de gloire, que vous etes beau, lorsque, revetu
d'une robe superbe et magnifique, vous vous reti-
rez dans le plus baut des cieux ! Comment, a la
vue de tant de merveilles, toutcs les puissauces de
mon ame ne s'ecrieraient-elles pas : « Seigneur qui
est semblable a vous ? »
10. Croyez done que l'Epouse voyait toutes ces
choses et d'autres semblables dans son bien-aime,
lorsqu'elle disait : « Que vous etes beau, mon bien-
aime, que vous etes beau! » Ce n'est pas settlement
ces merveilles, mais sans doute encore quelqu'au-
tre miracle de la beaute de sa natui'e superieure,
qui est au dessus de noire portee et de notre expe-
rience, qu'elle avail remarque. Celte repetition de-
signe done la perfection des deux substances.
Ecoidez ensuite comment elle saute dejoie a la vue
e1 aux discours de son bien-aime; comment, eprise
d'uu saint ravissement, elle cbante devant lui un
rli mi nuptial lout rempli de choses tendres et
anion reuses : ((.Notre petit lit, dil-elle, est tout
Qeuri, les solives de nos maisons sunt de bois de
cedre, nos lambris sont de cypres [Cant. 1,
16). » Mais reservons ce chant de l'Epouse pour
une antic I'uU, alin que le repos nous don-
nant une uouvelle allegresse, nous soyons plus dis-
poses a nous rejouir avec elle, a loner eta gloriDer
son epoilX lesus-Chl'ist Notre Seigneur, qui etant
Dieu est ,iu dessus de toutcs choses, et beni a ja-
mais. Ainsi solt-il.
SERMON Xl.VI.
£tat el composition </< . ( 'omment on par-
lient « la contemplation par la vie acini qui se
passe son- -ire.
1. « Notre petit lit est tout flenri, les solives de
nos maisons sont de bois de cedre, nos lambris
sont de cypres [Cant. 1, 16.) » Elle chante l'epi-
thalame, et decrit dans un beau discours, le lit
et la chambre nuptiale. Elle invite I'Epoux a se re-
poser ; car ce qui lui est preferable e'est de se repo-
ser avec Jesus-Christ. 11 n'y a que les .'cues a
gagner qui puissent la faire sortir. Croyant done
avoir trouve l'occasion favorable, elle annonce a
I'Epoux que la ebambre est ornee, elle montre le
lit comme dudoigt, elleconvie son bien-aime, comme
tus candor vita; neternse ! Quam mihidecoruses, Domine
mi, in ipsa tui hujus positione decoris I Etenim ubi te
exinaaivisti, ubi naturalibus radiis luaien iadeQciens
exuisli ; ibi pietas niagis emicuil, ibi chaiitas plus efful-
sit, ibi amplius gratia radiaviL Quam Clara mini oriris
stella ex Jacob, quaro luc dus Flos </ ■ •
deris, quam jucuiiduui lumen in tenebris vislasti me
Oriensexalto! Quam spectabiliset stupendus etiamVirtu-
libus supernisinconccptude Spiritu, in ortude Virgine,in
vitas innocenlia, in doctrinal Duenlis, in coruscalionibus
miraculorum, in revelationibus sacramen toruni ?
demqiic ruhl ids post occasum, Soljusliiia-, decorde tense
resurgis! quam Cormosus in stolatuademum, Rex glorias,
inallacaj.oniai te recipis! Q loniodo aori pr,j Ins omnibus
omniuo ussa mea dioimt : Domine guts s milis tail
10. Hsec ergo similiaquc puti in dilecto intuentem
Sponsam advertisse, cum diueret : Ecce lu pulcher es,
dUecte mi, ei dt orus. Neque haec sola, sud insuper
aliquid pr cul d.ibio du natural decore superior-is, qu-jd
nostrum omniuo prselervolat iutuilum, et effugil
rimeatucn.Ergo ileratio utriusque decorem substantial
designavit. Audi deinde quomodo tnpudiatad aspectual
aifatumque dilecti, et coram ipso nuptiali carmine quae
amoris sunt gratulabunda decantat Sequitur enim :
Lectnhi* noster floridiu, tigna domorum nostrarum
tquearia n \stra cypressina. Sed servemus
recentiori princip a, ut et nos de
quick' Cacti alacriorcs, liberius exsultemus et la^temur in
ea ad laudem el gloriam sponsi ifisins Jesu-Gluisti Do-
mini nostri, qui est super omnia Deus benedictus in
sascula. Amen.
SERMO XLVI.
De statu et compositione lolius Ecclesice. Item, quomodo
per aclivam vitam, qwe sub otetlwutia ugitur, perve-
niatur at/ cnntemptalivam.
1. Lectulus nosier floridus, tigna domorum nostrarum
cedrina , laqueuria nostra cypressina. tpillialamium
canit, cubile et thalamus pulcbro scrmone describeus.
urn invilat ad requiem, lioo enim melius, quies-
cere et cum (Jhrislo esse. Necessariuui aukni exire ad
lucra propter salvandos. Verum nunc opportunilate ' ut
putal) ioventa, ornatum nunliat tbalamum, lcclulumquc
velut digito monstrans. dilectum (ut dixi) invilat ad
QUARANTE-SIXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
j'ai dit, a prendre quelque repos, et, semblable
aux disciples d'Emmaiis, ne pouvant plus sonlTrir
le feu de l'amour qui l'embrase, elle ttiche d'atti-
rer son Epoux dans l'hotellerie de son cceur, le
presse de passer la nuit avee elle, et lui dit avec
Pierre: « Seigneur il fait bon ici [Math, xvn, h). »
2. Cherchons maintenant quel est le sens spiri-
tuel de ces choses. Or, je crois que dans l'Eglise le
« lit » oil Ton se repose ce sont les cloitres et les
raonasteres, dans lesquels on mene une vie exem
Pasteurs.
Le cypres
represente
l'incor-
371
les lambris de cypres, c'est parce que la nature de ,
„„ . • , * Les solives
ces Dois a quelque rapport aux deux ordres dont de cedre de-
nous avons parte plus haul. Le cedre etant un bois pSbcom.
qui ne se pourrit jamais, un arbre odoriferant et tan(s-
tres-eleve, marque assez quelles personnes on doit
choisir pour tenir lieu de poutres et de solives. 11 Q"! °° doit
faut done que ceux qui sont elablis sur les aulres *
soient forts et genereux, qu'ils soient doux et pa-
tients, qu'ils aient l'esprit sublime et eleve, et que,
repandant parlout la bonne odeur de leur foi et de
pte des soinset des inquietudes du siecle. Ce lit est leur vertu, ils puissent dire avec l'Apotre : « Nous
fleuri. parce que la conversation et la vie des fre. sommes la bonne odeur de Jesus-Christ, pour Dieu
res bnlle des exemples et des instituts des peres, en tonte sorte de lieux (II Cor. .,, 15). » De meme
comme un champ emaille de fleurs odoriferantes. le cypres, etant aussi un bois qui sent bon et qui ne ■
Les «ma,sons» s.gnifient les simples chretiens, se pourrit point, montre que tout ecelesiastique njKSuu
queceux d entre eux qui sont eleves en dignite, tels quel qu'.l soil, doit etre incorruptible dans sa foi et d" c'",'"i-
que les princes de 1 Eglise el ceux du siecle, relien- dans ses mceurs, pour servir d'ornement a la mai-
nent fortemen par les lo.s qu'ils leur imposent, son de Dieu, et en etre comme le lambris. Car il
comme les solives retiennent et affermissent les est ecrit : « La saintete est l'ornement eternel de
mura.lles d une maison, el empecbent que, vivanl voire maison (Psal. xcn, 5). >, Parolesqui expriment Ce qu'on
chacun a sa mode et a son gre, ils nese desunissent bien la beaute de la vertu et la perseverance dune ™ f^™
comme des murs qui se separent, et qu'ainsi tout grace qui ne s'alfere jamais. 11 faut done que celui *» ^7
1 edifice ne s ecroule. Pour les « lambris ,, qui sont qui est choisi pour orner et en.bellir cette maison
appuyes fortement sur les solives, et qui ornent les soit orne lui-meme de vertus; et. non content du
temoignage de sa conscience, il doit etre tel que
les autres aienl de lui une opinion avantageuse. II
y a d'autres qualites encore dans ces bois qui ont
beaucoup de rapport avec les choses que nous trai-
tons spirituellement; mais je les passe sous silence
pour abreger.
h. Remarquez comme l'etat de l'Eglise est admi- En quoi con-
rablement compris en tres-peu de mots; car un siste ,ln heu-
smil ™«.nt n- H...1 •■■ , . . rem etat
maisons, je crois qu'ils signifient les mceurs dou
ces et reglees du clerge, et les offices de l'Eglise
remplis selon les rites. Car comment l'ordre des
clercs pourra-t-il subsisted et les charges de l'E-
glise seront-ellesrempliescommeilfaat, si les prin-
ces, qui sont commeles solives de cos lambris, ne les
soutiennent par leurs bienfaits, et ne les protegent
par leur puissance?
... — " ^«"T"a cli un-iifu ue mois: car un "= "" l,eu-
3. Or, s il est dit que les sohves sont de cedre et seul verset nous rappelle 1'autorite des superieurs, p£?&L
requiem, et cum eunlibns in Emmaus cordis ardorem
non sustinens, ad mentis pei-lrahit hospitium, secum
pernoctare compellit, et cum Petro loquitur : Domine
boiutm est nos hie esse.
2. .lam quid spiritualiter ista contineant, requiramus.
Et in Ecclesia quidem ledum in quo quiescitur, claustra
(•Msiimo esse et monasteria, in quibus quiete a curis
vivitur saeculi, e( splUcitudinibua vitae. Atque is lectus
tlondus demonstratur, cum exempliset institute palrum,
tanquam quibusdam bene olentibus respersa floribus,
fralrum conversatio et vita refulget. Porro damns popu-
lares conventus intellige christianorum : quos hi qui in
sublimitate posili sunt, christian] utique utriusque <,rdi-
nis principes, quasi tigna parietes, justis imposbis legi-
bus Cornier stringunt, ne sua quique lege vel voluntate
viventes, tanquam parietes inolinali et maceriaa depulsas
dissideant a semetipsis, et sic omnis structura iedilicii
corruens dissipetnr. Laquearia vero qua? atignis firmiter
pendent, et domos insigniter ornant, puto bene instituti
cleri mansuetos et disciplinatos mores, riteque admi-
nistrata officia designare. Quomodo namque stabunt
ordines clericorum, et administrationea eorum, si nun
principum, tanquam tignorum beneticio et mimificentia
sustententur, et protegantur potentia?
3. Quod airtem tigna cedrina, et cypressina laquearia
desmbuntur, natura absque dubio habet in his specie-
bus hgnorum, quod congruat prasfatis ordinibus. Et
cedrus quidem quoniam imputribile est, nee non et
odonferum, allasque proccvitalis lignum, satis indical,
quales oporteaf assumi viros in vices tignorum. Ergo
validos et constantes necesse est esse eos, qui super alios
ordinantur, necnon et longanimes in spc, atque ad
superna mentis verlicem attollentes, qui etiam bonum
fidei suae el onversationis ubique odorem spargentes,
dicere cum Apostolo possint : Christi enim bonus odor
sumus Deo in omni loco. Cypressus item, boni ajque
odoris et imputribile similiter lignum, incorrupt* vitas
et tidei etiam quemvis de Clero debere esse demonstrat,
ut mento decori domus ac laquearium ornatui
depuletur. Scnptum est enim : Domum tuani deed
sanchtudo, Domine, in Imgitudinem dierum. Ubi sane
etsanclimoniae decus, et indeficientis gratia? expressa
perseverantia est. Oportet ergo virum, qui ad orna-
mentum et decorem assumitur domus, bonis ornatum
monbus esse ; et quamvis semper ipse sit intus, bo-
num tamen testimonium habere et ab his qui foris
sunt. Sunt et alia in natura lignorum horum competer.tia
his, qua; spiritualiter disseruntur : sed brevitatis causa
prajtereo.
4. Notandum vero pulchre omnem Ecclesiae statum
372
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
la beaute du clerge, la discipline du peuple et le vous-meme rien de cette feliciU de I'Epouse que
repos des religieux. L'Eglise, Leur sainte mere, so ehante cete >rii divin dans ce cantique d'amour,
rejouit de les voir bien regies, el les presente alors el pout-cm dire aussi de vous quo von- entendei s i
a'son bien-aim* pour qu 'il les voie aussi; elle Iui voix, mais que vous ne savez ui d'ou elle vient ni n ^ ^
rapporte tout a sa bonte, parcequ'ilestl'auteur de ou elle va'Peut-Mre desirez-vous aussi le repo «,,»•«
tdus biens, et ne s"altribue rien a elle-meme. Car la contemplation ; ce di piauo'Tarant
.i elle dit : « Notre Ut et nos maisons, » ce n'est vous n'oubliiez point les fieursdontle lit de I'Epouse l<^™e*
pas pour s'attribuer ces choses, mais pour mar- est convert. Ayez done soin de repandre aussi sur
Poor rtme quer son amour; l'exces de son affection lui donne le v6tre les Qeurs des bo i et de faire
cette confiance, el I'empeche de regarder comme precederce sainl repos de I'exercice des vertus qui
etranger a son egard ce qui appartienl a celui sont comme la Hour qui precede le fruit, Aiilre-
quVlle aime avec passion. Elle croit quelle ne sau- ment ce serait 6tre delicat a I'exces de vouloir vous
reposer avant de vouselre exerce, et de negliger la
fecondite de I.i.i. pour ne jouir que des emhra
ments de Rachel. C'est un renyersement de I'ordre
que d'exiger la recompense I'avoir meri-
qui ainie
Dieu.toul esl
cooimuu en-
Ire elle et
loi.
rait etre exclue de la maison de son epoux ni em-
peehee de partager son repos, parce qu'en toutes
cboses elle a coulume de cbercber plntot ses inte-
rests a lui que les siens propres. Et c'est pour cela
mi'elle sepermet d'appeler leurs, le lit et les mai- tee, et de m d de Iravailler, puisque
sons que son epoux possede. Elle dit, en eQet : l'Ap6tre dit que « celui qui ne travaille point ne
<i Notre lit, les solives de nos maisons et nos lam- doit point manger [Thes. m, 10). < I. 'observation
bris »etne fait point ditiiculte de s'associer dans de vos commandements m'a donne l'inlelli|
la possession de ces biens a celui a qui elle est sure (Psal. cxvm, 104), dit le Propliele, pour vous ap-
d'etre unie par l'amour. 11 n'en est pasdememede prendre que le gout de la contemplation n'est du
celle qui n'a pas encore renonce a sa propre vo- qu'a la pratique des commandements de Dieu. Ne
lonte, mais qui reste couchee cbez elle et qui a son vous imaginez done pas que L'amour de votre pro-
chez'soi, ou plutot qui, an lieu de demeurer cbez pre repos doive prejudicier aux oeuvres do la sainte
elle, vitdansledesordreetl'impudicite, avec des fern- obeissance, et aux ordresde vos superieurs. Autre-
mes debauchees, je veux parler des convoitises de ment l'Epoux ne dormira pas ave.c vous dans un
la chair, avec lesquelles elle dissipe ses biens et meme lit, surtout dans un lit que vous aurez cou-
sa portion de l'heritage paternel qu'elle areola- vert des cigues et des hordes de la desobeissance,
mee {Lac. xv, 12). au ut'u (le l'emhellir des Qeurs de 1'obeissance.
5. Mais vous qui entendez ou lisez ces paroles du C'est pourquoi il n'exaucera pas vos prieres, et,
Saint-Esprit, croyez-vous pouvoir vous en appli- lorsque vous l'appellerez, il ne viendra point. Car,
quer quelque chose, et ne reconnaissez-vous en comment voudrait-il se donner a un desobeissant,
II Fan! avant
loul < om-
r par
l'ubeissance.
brevi uno versiculo comprehensum, auctoritatem sci-
licet praelatorum. Cleri decus, populi disciplinam ,
monacborum quietem. In horuui prorsus, cum recte
sunt omnia, sancta mater Ecclesia considerutione laeta-
tur, et tunc ea quoque oflert intuenda dilecto, cum ad
ejus, tanquam omnium auctoris, referl omnia bonita
nihil sibi ex omnibus tribuens. .Nam quod ait, nosier et
noslrarum, non usurpal signum, sed dilectionis:
quod nimia; videlicet (lducia charitalis, nihil ejus, quern
valde diligit, a sc sestimel aliennm. Nee enim seS]
conlubeinio, aut quielis ejus putal aroendam cons
quae semper non qua; sua, sed qua; illius sunt, qua>rcre
consuevit : et lia;c causa, cur sihi et Sponso simul,
sive lectulum, sive domos ausa sit pronuntiare com-
munes. Dixit enim lectulus noster, ei tigna domt
noslrarum, et Ifiquearia nostra i audacter se in posses-
sione associans, cui junctam non dubital in amore. Nun
ila ilia, quae propria; volunlati nondum abrenuntiavit,
sed per se jacel, per se habitat : magis anlem non per
se, sed cum merelricibus luxuriose vivendo conver-
salur, concupiscenlias loquor carnis, cum quibus dissi-
pat bona sua, et poitionem substantia;, quam sibi dividi
postulavit.
5.Caeterum tu qui basSpiritus-Sancti voces audis vel
legis,putasne aliqua hnrum qn.'e dicuntor, valeas applicare
tibi, ac de felicitate Spousa;, qua; hoc amoris carmine
ab ipso Spiritu caniair , aliqn; ;ognoscere in
temelipso, no dicatur el libi, quia voccm ejus audis, et
non scia und s vi it, aut quo wdal '.' En forle appetia
et ipse con tern plali i a, el ban' fai
tantinn ne obli lores , quibus lectulum
i el in ilium similiter
circumdare bonoruui lloribus operum, virlutum exeici-
tio, tanquam flore, fruclum sanctum otium pru; venire.
Alioquin deliuato salis olio dormilare voles, si nun
cm nilatus quiescere appetas , et Li.o liecuadilate
neglccta, solis cupias Rachelis amplexibus oblectari.
Sed el praepostcrus ordo est, anle merilum exigere
el anle loborem sutnere cibum, cum dicat
Apostolus : Qui manducef. A mandatis
in, inlellexi, inquil : ul scias, nisi obedieniiae mandalo-
rum conlemplalionis gusluni pcniliis non debeii. Non
igitur pules de propria; amorequiclis, sands' i bedii
actibus, seniorumve Iraditionibus prajudicium nllaleuus
iacieudum. Al oquin non dormiel lecum Spouses
in * lecto uno, illo prasscrtim, quo i libi pro obedii
floribuB, cicutis atque urticis inobedientiae adspersisli.
Propter quod non exaudiel orationes tuas, vocatusque
nun veniet , nee enim dabit inobedienli copiam sui t
tantns obedientiae amalor, nl * mori quam non obedire
a!, lectulo.
QUARANTE-SIXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
373
lui qui a tant aime l'obeissance, f[u'il a prefere
nioutir que de ne pas obeir? Et comment approu-
verait-il le repos inutile de voir.' contemplation, lui
qui a dit par le Prophete : « J'ai travaii)6 avec pa-
tience [Jcr. vi, 11 , » en pari nil dn temps ou, exile
du ciel et de la souveraine pais, il a opere le salut
an milieu de la terre. J'ai bien peur que vous n'eu-
tendiez plutot cette voix terrible, ceite voix de ton-
nene qu'il a faitrctentir contre la perfidiedesJuifs:
« Je ne ]>uis plus sotrffrir vus fetes, vos jours de re-
poset vos autres solennites [lsa. I, 13), » et encore :
« nion ame bait vos fetes et vos assemblies, et elles
me sonl devenues insupportables, » et le Prophete
se lamentera sur vous et dira : « Ses ennemis l'ont
regarde avec niepris, el se sont moques de ses
jours de fetes et de repos (Thren. r, 7). » Pourquoi,
eu efl'el, son ennemi ne se moquerait-il pas de ce
que le bien-aime rejelte avec korreur?
Saint Ber- 6. Je suis extretnement surpris de l'impudence
naril blame .. . .
cem Ju ses de quelques-uns d entre nous qui, apres nous avoir
se'lnonhc'!"' troubles tous par leur singularite, irrites par leur
bduciplinex. impatience, meprises a par leur opiniltrete et
leur rebellion, infestes par leur desobeissance, ne
laisseut pas d'avoir la bardiesse de convier par
d'instantes prieres le Seigneur de toute purete a
venir dans le lit de leur concupiscence tout souille
a Dans plusieurs editions on a ajoule ici ces mots : « Souilles
par leur desobeissance; n mais c'est une redondance qui fait
double emploi avec ce qui precede, et qu'ont evitee avec raison
la plupart des manuser ts. Les premieres editions, omettant la
phrase precedente, font dire seuleroent a saint Bernard : « Mo-
prises pour leur opiniatrete et leur rebellion. * Qu'il nous soit
p°rmis de temoigner ici noire etonnement que, dans une assem-
ble aussi saiute il sesoit trouve, sinon beauroup, du moins un cer-
tain nombre de religieui indisciplines, ce qui ressort plusclairement
encore des sermons lxxxiv, n. 4, et du livre vn de KVie de saint
Bern'ird. On peut revoir a ce sujet le at sermon pour le jour de
la Dedicace, numero 3, le ixxtv des sermons divers numero 6.
II est evident que par tout des mechanlsse trouventmeles auibons.
par des impnretes. Mais « lorsque vous leverez
vos mains en haut, » dit— il, « je detournerai mes
yeux, et lorsque vous multiplierez davantage le
nombre de vos oraisons, je ne vous ecouterai point
[lsa. i, 15). » Eh quoi ! votre lit, loin d'etre seme
de fleurs, est tout couvert d'ordures, et vous etes
assez effronte pour y vouloir atlirer le roi de gloire?
Est-ce pour qu'il s'y repose, ou pour qu'il vous
adresse des reprocbes ? Le centenier de l'Evangile
le piie de ne point entrer chez lui a cause de son
indignite (Math, vm, 3), lui neanmoius dont la foi
repand une odeur merveilleuse dans Israel ; et
vous, vous l'excitez a entrer dans votre ame, tout
souille que vous etes par la boue de vos vices ! Le
prince des apotres crie : « Retirez-vous de moi,
Seigneur, parce que je suis un pecheur (Luc. v,
8) ; » et vous dites : Entrez dans moi, Seigneur,
parce que je suis saint. « Priez tous unanime-
ment, » dit l'apotre saint Pierre, « et aimez la
charite fraternelle (Pet. n, 17), » et le vase d'elec-
tion : « Levez au ciel des mains pures, sans colere
et sans contention (r Tim. h, 2). » Voyez-vous
comment le prince des apotres, et le Docteur des
nations s'accordent et parlent avec un meme esprit
toucbant la paix et la tranquillite que doit avoir
celui qui prie? Continuez done a lever, des jours
entiers, les mains vers le Seigneur, vous qui, tout
le jour, tourmentez vosfreres, detruisez l'union des'
cceurs, et vous separez de l'unite.
7. Que voulez-vous que je fasse, me direz-vous ?
Je veux, avant tout, que vous puriliiez votre cons-
cience de toute colere. de toute contention, de tout rL,ur amver
. a la contem-
murmure, de toute lalouste, et
Quelle pre-
paration leur
estnecessaira
toute jalousie, et que vous vous
hitiez de bannir de votre eceur tout ce qui est con-
traire a la paix qui doit regner entre les freres ou
a l'obeissance due aux superieurs. Ensuite, que
plation.
malueril. Sed neque approbat tuas com'emplationis
inane otium, qui dieil per Prophelam, Laboravi sus-
tinens : significans (empns, quo exsul ccelo et patria
summit quielis, operatus est salutem in medio terrae.
Magis antem vereor, ne te quoque involval fbrmidolosa
ilia scntentia, ita intonans in perlidiam Jiidieoruni :
Neomenias vestras, et sabbala, et feslioitates alias non
feram. Item, kalendas vestras et solemnitates vestras
odil anima mea; facta sunt mihi molesta. Et lugebit
super (e Prophela, et dicet : Viderunl earn hastes et de-
riserunl mbbala ejus. Cur enim quod dilectus repudiat,
non irrideat inimicus ?
G. Miror valde impudentiam aliquorura qui inter nos
sunt, qui cum oaines nos sua singularitale turbaverint,
sua impatienlia irrilaverint, sua contumacia et rebellione
conteropserint, audent nihilominus ad tain fcedum cons-
cienlia? suae lnclulum omni orationura instantia tolius
purihlis Dominant invitare. A I cum rrtenderitis, ail,
manu a'.'erlant ocalos mens, et cum mulliplica-
verilii orationem, no, exaudiam. Quid enim ? Lectulus
non est tloridus, magis autem et putidus est ; et tn illuc
Regem gloria; trahis ? Ad pausanduai hoc facts, an ad
causandum ? Centurio vetat ilium intrare sub tectum
suum propter suam indignitatem, cujus tamen fides in
universo redolet Irael : et tu ad te compellis intrare,
tantorum sordens spurcitia vitiorum ? Clamat Apostolo-
rum Princeps, Exi a me Domine, quia homo peccutor
sum : et tu dicis, intra ad me Domine, quoniam sanctus
sum lOmnes, inqu'd, unanimes in oratione estate, fraterni-
tatem diligite. Et Vas electionis : Levantes puras manus
ait, sine ira et disceptione. Videsne quomodo concordent
sibi, et eodem spiritu de pace et tranquillitate animi
(quam habere debet ille qui oral) loquantur Princeps
apostolorum, et Doctor gentium ? Perge ergo tu tota
die expandere ad Deum manus tuas, qui fratres tota
die molestas, unanimitatem impugnas, ab unitate te se-
paras.
7. Et quid me vis facere, inquis ? Perfecto ut primo
quidememundes conscienliam ab omni inquinainenlo
ira; et disceplationis, et murmuris, et livoris ; et quid-
quid omnino adversari cognoscitur aut paci fratrum,
ant obedienlia; seniorum, de cordis babitaoulo eliminare
feslines. Deinde etiam circumdare tibi flores bonorum
quorumcunque actuum et laudabilium studiorum, atque
374
OEl'YRES DE SAINT BERNARD.
t'orniez des fleuis de touts sorte de bonnes
oeuvres, et d'exercices louables, puisque vous l'em-
baumiez du parfum des vertus, e'estf-a-dire, de ia
verite, de la chastete, de la justice, de la saintete,
et generalemenl de toui ce qui serl a rendre ai-
19); ». sur la louganimite qui, demeurant ferine Les pontres
sous le poids de quelqne lourde construction de «'ttc
1 x * ..... maison sont
que ce puisse etre, dure jusqu'aux siecles minus [a craime
de la vie bienheureuse, scion ce mot du Sauveur iVujulence'
dans l'Evangile, a celui qui persfeverers jusqu'a la etc.
mable, de tout ce qui est de bonne edification, de tin mum sauve [Matth. x, 22) ; » mais principale-
tout ce qui est vertueux, de tout ce qui eit louable ment sur la charite qui ne faiblit jamais, attendu
dans le reglement des mceurs ; voila a quoi vous que « l'amour est fort comme la mort, et que le
devez penser, a quoi vous devez vous occuper. zele de la jalousie est aussi inflexible que l'enfer
Vpres cela vous pourrez appeler I'Epoux avec con- [Cant, viu, 6). » Aye/ sum ensuite de les recouvrir,
tiance, parce que lorsque vous le conduirez dans et de les relier par d'autres bois egalement beaux
Mm', vous pourrez dire avec verile missi et precieux, sitoutefois vons pouvez vous la pro-
bien que l'Epouse : « Noire lit esl tout Henri ; » car curer aisemeul ; ear ils ne servent que pour faire Le» l|!mb"»
sunt It's gra-
ces gralni-
tsment
donuees.
L'homnic
spirituel est
la nia.son
de Dieu.
voire conscience repandra de toutes parts les par
turns de la pielo, de la paix, de la douceur, de la
justice, de I'obeissance, de la gaiele, et de l'humi-
lite. Mais demeuronsen-la pour ce qui regarde le
lit.
8. Quant a la maison, chacuu peut se considerer
comme la maison spirituelle de Dieu, pourvu qu'il
ne marche plus scion la chair, mais selon l'esprit.
« Le temple de Dieu est saint, » dit l'Apdtre « et
c'esl vous qui etes ce temple (l Cor. in, 17). » Ayez
done bien soin, mes freres, de eel edifice spirituel,
qui n'est autre cbose que vous-memes, de peur
que lorsqu'il commencera a s'elever, il ne joue et
ne s'ecroule, ce qui arrivera s'il n'est appuye sur
de bon bois, et s'il n'est bien ciniente. Ayez done
soin de ne batir qu'avec un bois qui soit incorrup-
tible et qui ne joue pas, c'est-a-ilire sur la crainte
de Dieu, cette crainte chaste qui dure eternelle-
ment ; sur la patience, dont il est ecrit : « La pa-
tience des pauvres ne perira jamais [Psal. ix,
Ces dons
60Lt raros.
le lambris, et pour orner la maison ; ce soul les
discours de la sagesse ou de la science, la prophe-
tic, le don de faire iU:f miracles, et d'interpreter
les Ecritures, et autres semblables qui servent plus
a l'ornenicnt qu'au saint de lame. Je n'ai point
de precepte a vous donner sur cela, ce n'est qu'un
conseil ; car il est certain qu'on ne se proem i s
bois-la qu'a grand'peine, qu'on ne les trouve que
dilticilement, et qu'on ne les met en oeuvre qu'avec
beaucoup de danger; noire terre, surtout en ce
temps-ci, n'en produit que fort peu. C'est pourquoi,
je vous conseille et vous recommande de ne pas
vous appliquer trop a les rechercher. Servez-vous
plutdt des autres bois pour faire vos lambris ; et
quoiqu'ils paraissent rnoins beaux, on sait qu'ils ne
sont pas nioins solides, sans compter que l'acquisi-
tion en est plus facile.
9. Plut a Dieu seulenient que j'eusse beaucoup
de ces bois qui abondent dans lejardin de l'Epoux, Saint-Esprit
je veux dire dans l'Eglise, et qui sont la paix, la
Ce sont la
les fruits du
sed pacem , sed
sed obedieiitiuiii ,
Et de leclulo qui-
odoramenta virlutum , id est quaecumque sunt vera
quaecumque pudica, quaecumque justa , quaecumque
sancta, quaecumque amabilia, quaecumque bon<e fama?,
si qua virtus, si qua laus disciplinae ; hax cogilare, in
his exerceri curato. Ad istiusmodi secure vocabis Spon-
sum : quoniam cum introduxeris eum, veraciter dicere
poteriaet tu, quia lectulus nosier floridus, redolente
uimirum conscientia piclatcin ,
mansuetudinem, sstl justitiam ,
sed hilaritatem, sed humilitatem.
dem sic.
8. Domum vero Dei, spiritualcm seipsum quisque
agnoscat, qui tamen jam non in raine ambulet, sed in
spirit u. Templum enim Dei, ail, sanctum est, quod estis
.urate ergo, fratres, spirituali huic aedificio, quod
lis, ue t'oi'lc cum in superiora prnticere cceperit,
vacillel i'i rrui I. si lignis forlibus non fuerit subnixum
it colligatum : curate, inquam, illi tigna dare impntri-
bilia et immobilia, timorem videlicel Domini caslum,
ilium, qui permanel in saecnlum sap.culi : patiebtiam, de
, quia patienlia pauperum //"« peribit
] mi ;! -iii-iii quoque, qua- sub quovis
structurae pondere inflexibilis perseverans, in iniinita
■-aecula vita- beatae prolenditur, Salvatore loquente in
Evangelio : qui perseveraverit usque in finem, hie saivus
'■rit. Magis autem super omnia cliaritalcm, quae nun-
quam excidil, quia fortis est, inquit, ut mors dilectio,
dura sicut infernus cemutatio. Studete deinde his ti-
gnis sunsternere et adUgare ligna alia aeque prcliosa et
pulchra, cui tamen ilia ad maniini fuerinl in opus la-
quearium ad decorem domus , sermonem scilicet
sapiential she scientiae, prophetiam, gratiam carationum
iiilerpretationem sermonum, et csetera lalia, qu.e magis
noscuntur sane aula ornalui, quain necessaria forle sa-
luti. De his praeceptum non habeo, concilium autem
do : quoniam quidem istius modi ligna constat et la-
boriose quaeri, el difficile inveniri, et periculose
elaboi-ari, (nam et rara ea, praeserlim his temporibus
terra nostra producere reperitur) consulo sane et moneo
nun multopere isla reqiiiri : magis autem ex lignis aliis
laquearia praeparari, quae clsi minus appareant splendida,
non minus tamen valida esse probantur, insuper et fa-
cilius possidenlur, et tutius.
9. Utinam et mihi illoriiin suppetat copia lignorum,
quibus bortus Sponsi Ecclesia copiose densatur, pax,
bonitas, benignitas, gaudium in Spiritu-SanctOjmisereri
in hilarilale, tribuere in simplicitatc, gaudere cum gau-
ilruliliiis, Here cum llcnlilius. En non tu illam domnin
(quod ad laqueria spectal) satis abundeque ornatam
censeas, quam talibus lignis inspexeris sufflcienter
QUARANTE-SEPTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
375
bonte, la douceur et In joie dans le Saint-Esprit,
qui font donner avec gaiete et siinplieite, se rejouir
avee ceux quise rejouissent, et pleurer avec ceux
qui pleurent. N'estimerez-voiis pas qu'nne maison
ainsi lambrissee ad'assez beaux lambris? Seigneur,
j'aime la beaute de voire maison. Donnez-moi tou-
que l'Epouse a dit, que le lit est tout convert de
fleurs. Car, de pour qu'elle tie s'attribue les fleurs
donl le lit et la chambre sont pares, l'Epoux re-
ponil qn'il esllui nietne la fleur du champ, que les
fleurs ne viennent pas de la chambre, mais duchamp
qui leiirdonne l'eclat etl'odeur qui les distinguent,
jours, s'il vous plait, de ce boisdontje puisseorner pour que personne ne puisse adresser des repro-
la chambre de ma conscience et de cidlu des autres.
Je ui'en contenterai, parce que je crois que vous
vous en contenterez aussi, et il y en aura sans
doute qui, suivant mon conseil, s'en contenteront
Dons qn'il pareilltment. Je laisse les autres aux saints apolres,
>u pr erer. e( aux uomnles apostoliques. Mais vous, mes chers
enfanls, quoique vous n'ayez pas ces boispreeieux,
si neanmoins vous possedez les autres, ne laissez
pas de vous approcher avec confiance de la pierre
supreme, de la pierre angulaire, de la pierre clioi-
sie et precieuse, et, etant vous-memes des pierres
vivantes et animees, entrez dans cet edifice ba'i
sur le fond 'ment des apolres et des propheles.
Soyez comme des maisons spirituelles, et corame
texte sacre.
ches a son Epouse, et lui dire : « Qu'avez-vous que
vous n'ayez recti, et si vous l'avez recti pourquoi
vous en glorifiez-vous comme si vous le teniez de
vous-meme (I Cor. iv, 7/? » II daigne lui-meme par Teneur du
sa bonte, comme tin amant jaloux et tin maitre
plcin de bonte, apprendre a sa bieil-aira.ee, a qui
elle doit attnbuer la beaute et l'odeur agreable des
fleurs repandues sur son lit. « Je suis la fleur du
champ, » lui dit-ii, c'est a moi que vous etes rede-
vable de ce dont vous vous gloritiez. Ce qui rap-
pelle bien a propos que nous ne devons point nous
glorilier, et que si quelqu'nn se glorilie, il doit le
f aire dans le Seigneur. Voila pour ce qui concerne
la lettre. Tactions maintenant, avec l'assistance de
un sacerdoce sacre, pour ollrir des hosties spiri- ce merne Epoux, de penetrer le sensspirituel qu'elle
tuelles et a^reables a Dieu par Notre Seigneur renferme.
Jesus-Christ, l'epoux de l'Eglise, qui etant Dieu
est au dessus de toutes choses, et beni a jamais.
Ainsi soit-il.
SERMON XI.V1I.
Les trois fleurs de la virginite} da martyre et desbonnes
ceuvres : de la devotion pour I'office divin.
« 1. Je suis la fleur du champ, et le lis des vallees.
(Cant. ii. 1). » Je crois que cela se rapporte a ce
2. Or remarquez d'abord trois sortes d'etats oil
se trouvent les fleurs : elles sont dans le « champ, »
dans le « jardin ou dans la chambre, « etvouscom-
prendrez plus aisement ensuite pourquoi ils'est ap-
pele de preference plutot « la fleur du champ. »
Les fleurs naissent dans les champs et dans les jar-
dins, mais non dans la chambre. Elles y brillent et
y sentent bon, neanmoins elles n'y sont pas droites
sur letir tige, comme dans le jardin ou dans le
champ, mais elles y sont couchees par terre, parce
qu'elles u'y sont pas venues, mais y ont ete appor-
11 y a troil
sorted
de fleurs.
compositeque tabulatam ? Uornine, riilexi decorem do-
mus t use. Semper da mihi ligaa heec, qtiffiso, quibus
tibi seatper urnaluai exhibeaitt thalamum conscienlia? :
conscienlice dieu ct mea'. el allerius. His contenlus ero.
Erunt et qui mco in hac re concilio acquiescere \ulent,
quia et te p.:iu forte contentum : cstcra Sanctis apos-
tolis, et virie apost< lieis derelinquo. Sed et vos
dilectissimi, lamelsi ilia lignaoon habealis, nihilomiaus
tamen, si haic babetis, confidite : nibilominus cum ornni
Bducia accedito ad lapidcm summum, angularem, elec-
tum , pretiosum; nihiloininus super fundamentum
apostolorum et prophetnnini et ipsi tanquam lapides
vivi superajdificamini, domos spirituales hostias, accep-
tabiles Deo, per Jesum-Christum, sponsum Ecclesia?,
Dominum nostrum, qui est super omnia Deus benedic-
tus in sscula. Amen.
SERMO XLV1I.
De triplici flore, scilicet virginifatis, martyrii, H bonce
operationis ; et devotione habenda circa divinum
officinal .
i. Ego flos campi, et liHum convallium. Ad hoc res-
picere puto, quod Sponsa de respersis lectulum floribus
commendarat. Ne enim sibi flores adscriberct illos,
quibus lectulus decoratus, et venustatus thalamus vide-
batur, infert Sponstis se esse tlorem campi ; nee de
thamalo sane prodire flores, sed de campo , et suo
munere et sui participatione lieri quod renitet, et quod
redolet. Ne quis ergo exprobrare i 11 i posset, et dicere,
Quid babes quod non aceepisti ? _n aulem accepisti,
quid gloriaris, quasi non acceperis ? ipse dilectae suae,
sicut ambiliosus amator, ita inl'ormator benignus, pie
i 11 1 dignanterque demonstrat, cui nilorem, de quo glo-
riabatur, ac suaveolentiam lectuli debeat deputare. Ego
flos campi, inquit : de me est quod gloriaris. Saluber-
rime admonetur et ex hoc loquo, qui nequaquam gloriari
oporlet : et si quis glorialur, in Do?nino glorietur. Et
secundum litteram istud : nunc jam scrutemur, ipso de
quo loquitur adjuvante, spiritualem qui in ea tegitur
intellectum.
2. Et primo adverte nunc, mihi trifarium quemdam
floribus statum, in campo, in horto, in thalamo : ut
post hoc eliam illud facilius compertum fial, cur se po-
tisimum campi florem elegeril appellare. Et in campo
qnidem atque in horto oritur flos, in thalamo autem mi-
nimc. Redolet et lucet in eo, non tamen erectus et
stans, ut in horto vel campo : sed plane jacens, tan-
376
QEUVHES PE SAINT BEKNAHn.
ties. Aussi esl-il necessaire de lcs rcnouveler sou- n'avait pas encore revetusa beaute, et deja elle re-
vent, et d'en apporter toujoursde fraiches, parce pandait une odeur excellente, puisque ce sainl pa-
qu'elles ne conservenl pas longtemps Ieur odeur, triarche accable de vieillesse, presque prive de la
La persivt-
rance dans
les bonnes
DOT]
est neces-
saire.
Difference
entre les
Qeurs des
jardins et
celles des
champs.
ni Ieur beaute. Si, comme nous l'avons dit dans un
autre discours, le lit seme de Qeurs est Time rem-
plie de bonnes ceuvres, vous voyez sans dotite, pour
carder la meme coraparaison, qu'il ne sullll pas de
{aire le bien une ou deux ibis, maisqu'ilfaul ajou-
ter sans eesse de iiouvelles actions de vertu aux
premieres, aliu qu'apres avoir seme avec abon-
dance, vous recucilliez avec abondauce aussi. Au-
trement les dears des bonnes ceuvres languissentet
se tletrissent, et elles perdent bientot toute Ieur
beaute et Ieur vigueur, si les premieres ne sont
continuellemenl remplacees j)ar d'autrcs nouvelles.
Voila pour ce qui est de la « chambre. »
3. Mais il n'en va pas de menie dans les jardins
ni dans les champs, lis fournissent, en effet, sans
cesse aux Qeurs qu'ils produisent, de quoi se main-
tenir longtemps dans la beaute qui Ieur est natu-
relle. 11 y a pourtant cette difference entre eux,
vue : m. lis <lt n 1 1 1'odoral etail tres-subtil, la
pressentit en esprit, en sorte qu'il ne put retenir
oie. 11 ne fallait dour pas que TEpoux se
dit une Qeur de la chambre, puisqu'il est une Qeur
toujours \ igoureuse . ni du jardin, de peur qu'il ne
semblal engendrepar Toperation de l'homme. Mais
il dit avec bcaucoup de grace et de jnstesse « Je
suis la Qeur du cbamp, » puisqu'il est venu sans le
concours de l'homme, el que, depuis qu'il est une
fciis venu. il n'a poinl SOutfert de corruption, sui-
vant cette parole du Prophete : « Vous nepermet-
trez pas que voire saint voie la corruption (Psal.
xv, 10). »
U. .Mais ecoutez encore, s'il vous plait, une autre
raison de ceci, que je ne crois pas meprisable. En
etlet, pourquoi leSage dit— ii que le Saint-Esprit se
montre sous diverses tonnes, sinon pane qu'il a
coulume de cacher plusieurs sens spirituels sous
que le jardin, pour porter des Qeurs, a besoin de la Tecorce de la meme lettre? Aussi, selou la division
main et de l'art de l'homme qui le cultive ; au lieu
que le champ en produit de lui-meme et sans le
secours et la culture des hommes. Vous voyez deja,
je pense, quel est ce cbamp, qui n'est ni laboure
avec la charrue ou avec le hoyau, ni fume,ni ense-
menceetqui, neaninoins, est orne de cette belle fleur
sur laquelle il est certain que l'esprit du Seigneur
s'est repose. « L'odeur qui sort de mon tils, » dit le
patriarche Isaac, « est comme l'odeur d'un champ
plein de fleurs, sur lequel Dieu a repandu sa be-
nediction [Gene, xxvn, 27). » Cette fleur du champ
que nous venous de faire de I'etat different des
Qeurs, la « virginite est » une fleur, le marly re en
est une autre, « Taction vertueuse » en est une
aussi. La virginite est dans le jardin, le marlyre
dans le « champ, » et Taction de vertu dans la
« chambre. » Or c'esl avec raison que la virginite
est dans le jardin, car elle est amie de la pudeur ,
elle fuit le public, se plait a lire cachee, et aime la
regie et la discipline ; d'ailleurs les Ileitis dans un
jardin sont enfermees, au lieu qn'elles sont expo-
sees dans le champ, et repanduesdans la chambre.
Autre allego-
ric de ce
mage.
La virpinitc
. -t ; i
fleur des
jardins.
a!. venustS'
tus.
quam qui illatus sit, non innatus. Proplerea et necesse
est sane reparare frequenter, et semper recentiores ap-
ponere flores, quod diu odorem smirn minimeretineant,
nee decorem. Quod si (ut in alio sermone preefatus
sum) lectulus respersus lloribus conscientia est bonis re-
ferta operibus : vides certe, ut similitude servetur,
nequaquam sufticere semel vel secundo operari quod
bonum est, nisi inccssanter addas novaprioribus, quate-
nus seminans in benedictionibus, de benedictionibus et
metas. Alioquin jacet et maicet flos boni operis, atque
in brevi oninis ex eu et nilor exlerminatur, et vigor, si
non aliis atque aliis superjectis pietatis actibus continue
reparetup. Hoc in thalamo.
3. In horto autcm non ita sed neque in campo simili-
ter. Ex se enim scmel productis floribus assidue sub-
ministranl, unde diu in ipais decusingenitum perseveret.
Differunt lamen et ipsi inter se, quod hortus quidem ut
floreal, hominnm manu el arte excolitur : campus vero
ex semetipso naturaliler producil Bores, el absque omni
human (jutorio. Putasne jam tibi videris
advertere qi I i impus, : suloataa vol
nee defossus sarculo, nee fimo impinguatus, nee manu
hominis seminatna , honcstatus ' lamen nihilominns
nobili illo llore, Bliper queiii constat requievisse Spiri-
Uim Domini '? E'xv, inquit, odor filii mei, siaul odor
ni/ri p/eni, cui benedixit Dominus. Necdum speciem
suam ille flos agri induerat, et jam dnbat odorem suum
quando euni, ul hoc pr;e gaudio exclamaret, pra^senlit
spirilu, corporc mascens sanctus et senex patriarcha,
caligana visu, sep odoratu sagax. Non se proinde debuit
florem thalami protestari, qui Dos est perpetuo vi-
sed neque item norli, ne humano videretur opere
geoeratus. Pulcbre autem et convenientissime flos
campisum, ail, qui el absque lmmana induslria prodiil,
et semel prodeunli nulla est deinceps domioata
corruplio, ut sermo impleatur quein dixit : Non dabis
sanctum tiium m.
i. Sed, si placet, occipe et aliam bujus rei ralionem
(ut arbilror) non spernendam. Non enim sine causa sane
mulliple.x Spiritus a t^npientc describitur, nisi quod sub
uoo litters cortice divi rsos pi sramque sapientiae intel-
lects tegere consuevit. [taque juxta praefatam de Doris
statu partitionem, Dos esl virginitaa, llos martyrium,
flos actio bona. In horl i virginitas, in campo martyrium,
bonum opus in thalamo. El b mc in horto
cui ramiliaris vi recundia est, fug tans publici, lalibulis
gaudena, paliens discipline. Denique in horto il is dan-
ditur, qui in cam; ir, pargilurque in thalamo.
Et babes : Hortus conclusus, [■<„■ , atus. Quod ulique
claustruni pudoris signal in virgine, et inviolate i
QUARANTE-SEPTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
377
Le martyre
est [a II ur
des champs.
JL'action ver-
tueuse est
une llfiir (1 i tis
la cliambre.
Tout cela
convii/^' par*
BAteoionf a
Jesus Christ.
On lit, en ell'et, que le « jardin est ferme et la fon-
taine seellee {Cant, iv, 12). » Ce qui marque le
rempart de la pudeur, et la garde d'une saintele
inviolable en une vierge, si toutefois elle est sainte
de corps et d "esprit. Le martyre est encore bien
place dans le champ, puisque les martyrs sont sou-
venl exposesalarisee de tout le monde, etserventde
spectacle aux angeset aux hommes? N'esl-ce pas eux
que le Prophete fail parler en ces termes lamenta-
bles : « Nous sommes devenus l'opprobre de nos
voisins, la risce et la moquerie de ceux qui sont a
l'entour de nous (Psal. lxxviii, 4). » L'actiori ver-
tueuse est encore bien plaeee dans la cliambre,
puisqu'elle procure la paix et la surete a la cons-
cience. Car, apres avoir fait une bonne ceuvre, on
entre avec plus d'assurance dans le doux sommeil
de la contemplation, et on entreprend ile conside-
rer et de sonder les choses sublimes avec d'antant
plus de confiance, qu'on so rend lemoignage a soi-
meme, qu'on n'a point manque aux oeuvres decha-
rile par amour de son propre repos.
5. Le Seigneur Jesus est toutes ces chores en un cer-
tain sens. II est la fleur du jardin, il a ete enfante
vierge, d'un rejelon vierge. II est la fleur du
champ, il a ete martyr, il est la couronne des mar-
tyrs et la forme du martyre. 11 a ete conduit hors
de la ville, il a souffert hors ducamp, il a ete eleve
sur la croix pour etre vu des homines, raillc et
meprise de tout le monde. II est aussi la fleur de la
cliambre, parce qu'il est le miroir et le modele de
toute bonne oauvre, ainsi qu'il l'a lui-meme assure
aux Juifs en disant : «Je vous ai fait voir plusieurs
bonnes oeuvres au nom de mon pere (Joan, x, 32). »
Et ailleurs, l'Ecriture parlant de lui, s'exprime ainsi :
« Celui qui a passe en faisant du bien a tous et en
les guerissant (Act. x, 38) ; » mais si le Seigneur est
ces trois choses, quelle raison avait-il d'aimer mieux
etre appele « la fleur ducliamp? » C'estsans doute
alin d'animer l'Epouse a soutfrir avec patience les
maux dont il voyait qu'elle etait menaeee, car elle
voulait vivre sainlement en Jesus-Christ. II mine
done mieux declarer qu'il est ce en quoi principa-
lement il desire avoir des imitateurs. C'est ce qui
m'a fail dire ailleurs que l'Epouse cherche et desire
toujours le repos, et lui, an contraire, l'excite au
travail, en lui annoncant qu'elle ne pent entrer
dans le royaume des cieux qu'en passant par un
grand nombre de tribulations. Aussi, lorsqu'il ve-
nait d'epouser la nouvelle eglise qu'il avait etablie
stir laterre, et qu'il se disposait a retourner a son
pere, il lui disait : « Le temps est venu que qui-
conque vous fera mourir, pensera rendre service a
Dieil (Joan, xvi, 2); et, « s'lls m'ont persecute, ils
vous persecuteront bien aussi (Joan, xv, 10), » et
plusieurs autres choses semblables, que vous pouvez
remarquer vous-meme dans 1 Evangile.
G. « Je suis la fleur du champ, et le lys des val-
lees. » Quand l'Epouse montre le lit, l'Epoux l'ap-
pelle au champ et l'excite au travail. Et il ne croit
pas qu'il y ait de meilleur moyen pour l'engager
au combat que de se proposer lui-meme a elle, en
en cxemple on en recompense. « Je suis la fleur du
champ. » Ces paroles lui donnent a entendre l'une
on l'autre de ces deux choses, on qu'il est son mo-
dele dans le combat, ou qu'il est sa gloire dans son
triomphe. Vous etes tout a la fois pour moi, Sei-
L'iline aspire
apres le
repos mais
le Christl a-
nime a la
sti [France.
Jesus- Christ
s'ofTre a nous
comme un
modele et
une recom-
pense dans
nos lnltes.
todiam sanclitatis : si tamen talis fuerit, qua; sit sancla
corporc etspiritu. Bene item in campo martyrium, dum
ooartyres ludibrio omnium exponantur , spectaculum
facti ct angelis, et hominibus. Nonne illorum miseranda
vox est in psalmo : Fucti sumus opprobrium vicinis nos-
tril, subsannaiio et illusio his, qui in circuitu nostra
sunt ? Bene quoqtic in thalamo actio bona, qua? cons-
cicnliam et quietam facit , et tutam. Post boinim
denique opus securius in contemplalione dortnitnr ,
et tanto quis flducialius sublimia inlueri et in-
vestigare aggreditur, quanto sibi conscius est minime
se proprias amore quielis charitatis operibus de-
fuisse.
5. Et here omnia secundum aliquid Dominns Jesus.
Ipse flos horti, virgo virga virgine gencratus. Idem
llos campi, martyr, martyrum corona, martyrii forma.
Denique foras civitatem eductus est, extra castra passus
est, in ligno elevatus est, spectandus hominibus, sub-
sannandus ab omnibus. Ipse item thalami flos, speculum
el exemplum totius beneficently, qttemadmudum ipse
Judaeis protcstatus est dicens : Malta bona opera ost n-
iit vobis ex Patre meo. Et item Seriptura de co : Qui
P rtransiit, ail, benefaciendo et sanando omnes. Si
igitur h<ec tria Uominus, qua; fuit cansa, at e tribus se
carnpi florem muluerit appelare ? Profecto tit earn ad
tolerantiam animaret, cut noverat imminere (siquidem
vellet pie vivere in Christo) persecutionem pati. Id se
ergo libenlius protitetur ad quod potissimum vnlt ha-
bere scquaeeni ; alque hoc est, quod alias dixi, quoniam
semper et ilia rppetit quietem, el die incitat ad
laborem, denunfiahs el, quod prr mullas trtbulationes
oportet intrure in regnum cajlorum. Unde cum nova in
ten-is Ecclesia noviler desponsata sibi redire ad Patrem
disponeret, dicebat ci : Venit horn, at omnis qui
interficit vos arbitretur obs'equium se pro'stare
Deo. Item , Si me , ait , persecute sunt , el vos
persequenlur. Poles et In in Evangelio mulla
colligere liuic denuntiationt malorum perferendoi-um si-
milia.
6. Ego flos campi, et lilium conva'lium. Ilia ergo
monstrante lcctulum, ille vocat ad carnpum, ad exerci-
tium provocat. Nee pulut quidquam persuasfbiliiis fore
illi ad ineundum certamen, quam si seipsuni cerlantis
aut exemplum proponat, aut praimium. Eijo flos cumin.
Sane ulrumvis in hoc sermone intelligi dafur, vel quod
sit videlicet pugnantis forma, vel quod gloria triumphan-
tis. Utrumque es mihi, Domini Jesu, et speculum
patiehdi, et praemium palienlis. Utrumque forliler pro-
vocat, ac vehemenfer accendil. Tu doces mani-s meas
ad pnelium exemplo virtutis tiue, tu caput n-eiim ;-osl
378
GEUVRES DE SAINT BERNARD.
11 n'y a que
les humbles
propres au
martvre.
gneur J£sus, uu miroir de patience et la recom- majesty, faisait difficulte de le baptiser : « I.uissez,
pense de ma patience. L'uneetl'aulreanimentetal- dit-il, car il est a propos que nous accoraplissions
lument le courage. C'est vous qui dressez etformez aiusi tuute justice [Matth. ui, 15),» il faisait consis- La comom.
mes mains pour le combat par l'exemple <le votre ter la consommalion do la justice dans la perfection "jo^ice Lt"
valeur, et c'est vous encore qui me couronnez apres de l'humilile. Le juste est done bumble. Le juste est <]"<• '«
^ ,,.„.: ii, perfection de
la victoire par la presence de votre majeste, soit une vallee. Lt si nous sommes trouves humbles, rhuaiute.
parce que je vous regarde quand vous combattez, nous germerons aussi comme le lys et nous Qeuri-
soil parce que j 'attends non-seulement que vous rons eternellement devant le Seigneur. Ne mon-
me couronniez, mais que vous soyez vous-mdme trera-t-il pasqu'il est vraiment le lys des valines,
ma couronne dans l'un et en l'autre cas, vous m'en- lorsqu'il « reformera le corps de notre humility
couragez merveilleusement. Ce sont deux liens tres- pour le rendre semblable a son corps glorieux
forts pour me tirer a vous. Tirez-moi apres vous, je (Phhp. m, 21)? » il ne dit pas notre corps, mais le
vous suivrai volontiers. Si vous etes si bun, Sei- corps de notre humilite, pour marquer qu'il n'y
gneur. a ceuz qui vous suivent, que devez-vous aura que les humbles qui seront eclaires des splen-
etre a ceux qui vous possedent? a Je suis la tleur deurs immortelles de ce divin lys. Mais en voila
du champ, » que celui qui m'aime vienne dans le assez pour ce qui regarde intelligence des paroles
champ, et qu'il ne refuse point d'engager le com- de l'Epoux, qui declare qu'il est « la tleur du
champ ei le lys des vallees. »
8. 11 [audrait expliquer aussi tout de suite ce
qu'd dit de sa ckere Spouse, m;iis I'heure ne le
permet pas. Car, par noire regie (Reg. S. Bened.
cxi.ni), nous ne devons rien preferer a l'ceuvre de
Dieu, qui est le nom que notre pere saint lienoit a
c'esl-a-dire la couronne des humbles, voulant mar- voulu qu'on dounit aux louanges solennelles qui
quer par cette tleur qui s'eleve au-dessus des au- s'olfrent to us les jours a Dieu dans notre oratoire,
tres, la gloire speciale de leur future elevation. Car atin de nous fairevoir plus clairement par la, com-
il viendra uu temps ou toute vallee sera comblee, bien il desirait que nous fussions appliques a cette
t ute montagne et toute colline sera abais- ceuvre. C'est pourquoi je vous engage, mes tres- comment on
see, alors on verra paraitre la splendour de la vie chers enfants, a assister toujours a l'office divin, doUassUter
eternelle, ce lys immortel, uon des collines, mais avec « purete » et avec « ferveur. » Avec « fer- divin.
des vallees. « Le juste, » dit un prophele, « lieu- veur, » c'est-a-dire en vous presentant devant le
rira comme le lys [Ose. iv, 6). » Qui peut etre juste Seigneur, avec uu sentiment de respect, d'allegresse
sans etre humble? Aussi, lorsque le Seigneur se et uon de mollesse, d'insouciance ni de somnolence,
baissait sous les mains de Jean-Daptiste, son servi- je vous engage, dis-je, a y assister sans paresse et
teur, et que celui-ci, dans sa veneration pour sa sans y bailler, a n'epargner point voire voix, a
bat avec moi et pour moi, alii) de pouvoir dire :
« J'ai combatlu vaillamment (ii, rim. iv, 7).»
7. Mai*, comme ce ne sont ni les superbes ni les
glorieux, mais plutot les humbles, ceux qui ne pre-
sument point d'eiix-iiiemes, qui sont propresau mar-
tyre, il ajoute qu'il est aussi « le lys des vallees, »
victoriam tuae coronas prasentia majestatis, sive quia
pugnantem te specto, sive quia te exspecto non solum
coronar.lem, sed et coronam : in utroque mirabiliter
tibi meallicis; ulerque funis violeutissimus ad haben-
dum. Trahe me post te : libenter te sequor, libentius
fruor. Si sic benus es, Domino, sequenlibus tc, qua-
lis futurus es conseqnentibus : Ego flos campi. Qui
diligit me, veniat in campum, nun refugial mecum, et
pro me inire ceilamen, ut possit dicere : Bonum certa-
men certain.
7. Et quoniam non superbi velarrogantes, sed humiles
polius, qui de se pra'sumere nesciunt, martyrio idonei
sunt; addit se etiam liiium esse convallium, id est hu-
milinm coronam, specialem gloriam Futurae exallalionis
ipsorum liujus emineutia Qoris desigoans. Erit namque
cum omnis vallis impkbitur, et omnia owns el co/lis
humiliabitur \ et tnDC candor ille vitae ieiernas, Hlium
plane, non colliuni, sed convallium, apparebit. Justus
germinnhit •■•icul liiium, inquit. Quisjustus, nisi humilis?
Denique cum se manibus Baptists servi Dominus incli-
narel, et ille expavesceret majestalem : Sine, inquit,
*ic enim decet nos implore omnem juttiliam ; consuin-
mationem profecto justitiae in humilitatis perlectione
constituens. Justus ergo humilis, Justus convallis est. Et
si humiles inventi fuerimus, germinabimus et nos sicul
liiium, ct Oorebimus in leteruum ante Dominum. An
non vere vel tunc maxime se liiium convallium com-
probabit, cum reformabit corpus humilitatis nostra,
juratum corpon claritaiis sueel Non ait corpus
nostrum, sed corpus humilitatis nostree : ut hujus
lilii niiii. el sempiterno candore solos signilicet hu-
miles illustrandos. Et base dicta sint pro eo quod
Sponsus se florem campi, el hlium esse convullium pro-
teslalus est.
8. Jam eliam quid de sua conseqoenler charissima pro-
•testelur, bonum essetaudire : sed hora non patitur. Ex
regula namque noslra. Nihil open Dei praeponere licet.
Quo quidem nomine laudum solemnia. quae I>eo in
Oratorio quolidie persolvuntur, pater Bencdictus ideo
voluil appellari, ut ex hoc clarius aperiret, quam no
operi i 1 li vellet esse intcnlos. Unde vos monco, dilcc-
tissimi, pure semper ac slrenuedivinisinleresse laudibus.
Strcnue quidem, ul sicut revercnter, ila et alaoriter
Domino assislatis, nun pigri, non somnolenti, non osci-
lanles, nun parcentes vocibus, non pra?cidcnlcs verba
dimidia, non integra transsilientes, non fractis et remissi
QUARANTE-HUITIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
SERMON XLVIII.
379
ne point manger la moitie des mots, et a ne les
point passer tout entiers; a ne point chanter d'une
facon liclie et efieniinee,du nez ou entre les dents, Louanges que I'tpoux et V 6 pome s'adressent re'ci-
mais a prononcer les paroles du Saint-Esprit avec
une voix mile et une ardeur qui corresponde a la
dignite des choses que vous dites. Avec « purete, »
c'esta-dire a ne point penser a autre chose qu'a ce
que vouschantez. Etilne faut pis settlement eviter
les pensees vaines et oiseuses, il faut encore eviter
celles que les treres a qui out quelque emploi, sont
obliges d'ailleurs d'avoir souvent pour l'utilite ge-
nerate de la maison. Je ne vous conseilleiais pas
meme d'admettre celles qui vous pourraient venir
iles lectures que vous avez faites anparavant en
proquement. L 'ombre de Jesus-Christ, c'e^t sa chair
et la foi en lui.
1. « Mon bien-nime est entre les filles, ce qu'est
le lys entre les epines (Cunt, n, 1). » Ce ne sont
pas de bonnes filles que celles qui piquent . Con-
siderez les mauvaises plantes que produit notre
lerre depuis qu'elle a ete maudite. « Lorsque vous
la cultiverez, dit Dieu, elle ne produira que des
epines et des ronces, (Gen. in, 18.) » Tant que Ta-
me est dans le corps, elle est parmi les epines, et
particulier, on de ce que je vous dis ici de vive voix elle ne pent eviter les inquietudes de la lentation, ni
dans cet auditoire du Saint-Esprit, et qui sera en-
core tout frais dans votre memoire, lorsque vous
irez au chceur. Car, quoique ces pensees soient sa-
lutaires, elles ne le sont pas durant la psalmodie,
pane qn'a cette heure-la le Saint-Esprit n'a point
pour agreable tout ce que vous lui oflrez d'autre
que ce que vous devez. Je le prie qu'il nous ins-
pire toujours de faire ce qui lui sera le plus agrea-
ble, par la grace et la misericorde de l'Epoux, et
de l'Eglise Jesus-Cbrist Notre Seigneur, qui etant
Dieu, est au-dessus de toute chose et beni dans
tons les siecles. Ainsi soit-il.
a Les freres qui ont quelque emploi, c'cst-a-dire quelque
charge cxterieure a remplir. Saint Bernard les distingue des
freres de chceur, ou clauttraux, dans le IX0 des Sermons divers,
n. 4, et dans le LVIIe sermon sur le Cantique des rantiuucs,
n. 11, comme on le verra plus loin.
vocibus muliebre quiddam balba de nare sonanles; sed
virili (ut dignum est) et sonitu, et afTectu voces Sancti
Spiritus depromentes. Purevero, ut nil aliud diun psal-
litis, qiium quod psallitis cogitetis. Nee solas dico vilan-
das cogitaliones vanas et otiosa : vitands sunt et illae,
ilia duntaxat hora, et illo loco, quas officiates fratres
pro cotnmuni neccessitafe, quasi necessario, frequenter
admittere compelluntur. Sed ne ilia quidem profecto
recipere tunc consuluerim, qua? forte paulo ante, in
claustro sedentes, in codicibus legeratis, qualia et nunc
me viva voce disserente ex hoc audilorio Spiritus-Sancti
recenlia reportatis. Salubria sunt, sed minime ilia salu-
liibnler inter psallendum revolvitis. Spiritus enim Sanc-
tus ilia hora gratum non recipit, quidquid aliud quam
debus, ncgleclo eo quod debes, obtuleris. Cujus semper
facere voluntutem ad ejus volunlalem ipso inspirante
possimus, gratia et misericordia sponsi Ecclesia; Jesu-
Cbristi Domini nostri, qui est super omnia Deus bene-
dictus in sa^cula. Amen.
Irs epines de la tribulation. Si elle est tin lys, selon
la parole de l'Epoux, qu'elle voie le soin et l'exac-
ti'ttdeavec lesquels elle doit veiller sur elle-meme,
environnee couime elle Test d'epines qui avancent
leurs piquants de toutes parts. Car une fleur tendre
ne saurait soull'rir la moindre piqure d'une epine
qu'elle ne soit aussitot percee. Recounaissez-vous
maintenant avec combien de raison et de ne-
cessity le Prophete nous oblige a servir le Seigneur
avec crainte [Psal.n, 15)? Et l'Apdtre nous exhorte
a faire notre salut avec crainte et tremblement
(Philip, it, 12). Us avaient appris cette verite par
leur propre experience, comme amis de l'epoux,
et croyaient certainement que cette parole de l'E-
poux concernait leurs antes. « Ma bieti-aimee est
parmi les lilies comme un lys parmi les epines. »
Car l'un d'eux a dit : « Je me suis converti dans ma
misere, tandis que j'etais comme tout perce d'epi-
nes (Psal. xxxi, U). » II lui etait avantageux d'etre
ainsi perce, puisque cela le porte a se convertir.
Ces epines sont bonnes si elles produisent la
La vie
preseDte
se passe au
milieu des
ronces et des
epines.
SERMO XLVIII.
De laude rectproca, qua? fit inter Sponsum et Sponsam :
et quaiiler per umbram Chrisli inteltigatur corpus et
fides ejus.
1. Sicut liliurn inter spinas, sic arnica mea inter filias.
Non bona lilia; qua; pungent. Attende pessimum ger-
men ejus, cui malediction est, terra nostras. Cum, in-
quit, colueris earn, spinas et tribulos germinubit tibi.
Donee ergo in carne est anima, inter spinas profecto
versutur: et necesse est ut patiatur inquietudines, tenta-
tionuin, tribulationumque aculeos. Quod si liliurn est
ipsajuxta Sponsi verbum, videat quam vigilem sollici-
tamquc esse oporteat super custodia sui, sajpla undique
spinis, hinc inde aculeos intendentibus. Nee enim vel
levissimam spins sustinet ullatenus punctionem lloris
lencriludo, sed mox ut modice premitur, perforator.
Seutis quam merilo necessarieque borteturnos propbeta
servire Domino in timore; etitem Apostolus, cum timoie
nihilominus et tremore noslram ipsorum operari salu-
tem? Tenebant nimirum proprio cxperimento hujns
sententiae veritatem, utpote amici Sponsi, qui mi'-'ue
380
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Que faut-il
entcnJre par
les epiues.
il est bien
difficile de
se lr>
au milieu des
epines et de
Den point
seotir les
attcinles.
Demeurer
boo parmi
les mechants
compouction. U y en a plusieurs qui se corrigenl
de leurs fautes, lorsqu'ils tombent Jans quelques
races, et ceux-la peuvent dire aussi: « Jo me
suis converti <l.uis ma misere, tandis que j'etais
tout perce d'epines. » Les epines c'esi le peche, ce
sont les peine?, les faux freres, c'est un mauvais
voisin.
2. * Ma bien-aimee est parmi les lilies, comme
un lys parmi les epines. « 0 beau lys, o Qeor ten-
dre et delicate ! des InO leles el des me bants son!
avee vous, voyez avec quelle i rconspection vous
devez marcher parmi ces epines. Lc monde
plein d'epines. II y enasur la tern- et dansl'air, ily
en a dans votre corps. Vivrc parmi ces epines, et
n'eii etre point blesse, c'est 1'effet de la toute puis-
sance de Dieu non de vos propres forces. Mais
« prenez courage, » dit-il, « ear j'ai vaincu le
monde [Joan, xvi, 33 , » aussi, quoiqu'on vouspre-
sente de toutes parts des tribulations, comme des
aiguillons et ties epines, que voire cceur ne e
trouble point, qu'il ne craigne point, ct qu il saehe
que 1 affliction produit la patience, la patience 1*6-
preuve, I'epreuve 1'esperance, et que 1 esperance
ne confond point (Rom. v, 3). Considerez les lvs
d'un champ, comme ils sont beaux et vigoureui
au milieu des epines. S'iI prend taut de soin de
l'lierbe qui est aujourd'hui sur pied, et qu'on jet-
tera domain au four, que sera-ce de sa tres-cbere et
tres-aimable epouse ? Car le Seigneur garde et
protege tons ceux qui l'aiment. « Ma bien-aimee
est parmi les lilies comme un lvs parmi les epi-
nes. » Ce n'est pas une petite ruarque de vertu d'e-
tre bon parmi les mecbants, et de conserver sa
purete et sa douceur au milieu de personnes di
i . et encore plus de vivre dans la pais et dans
uni bonne intelligeni p, ivec ceux qui sont enne-
mis de la pais ; et celui-la pent abon droit s'attri-
buer la perfection du lys, qui ne laisse point de
commuDiquer son eclat et sa beaut e aux epines
mimes qui le piquent. Ne vous semble-t-il pas
qu'on soit un lys, q taud on accomplit en quelque
sorte la perfection de I'Evangile [Luc. vi, l8)?Quand
on prie pour ceux qui nous calomnient et
utent, et qu'on fait du bien a ceux qui nous
baissent ? Tachez dune d'agir ainsi, et votre ftme
deviendra la bien-aimee du Seigneur, il vouslouera
aussi en disant: « Ha bien-aimee est parmi les ill—
les, comme un lys parmi les epines. »
3. Nous lisons ensuite : « Mon bien-aime est par-
mi les en. mis. comme un pommier parmi les ar-
bres des forets [Cant, n, 3 . » L'Epouse rei
oux les louanges qu'il lui a donnees, lui dont
les louanges rendent ceux a qui il les dunne di-
gues d'etre loues, au lieu que celles qu'on lui
donne leiuoignent seulement qu'on le connait, el
qu'on l'admire comme digne Je toutes louanges.
Et comme t'Epoux l'a louee sous la tigure d'une
lleur remarquable, elle aussi releve l'eminence de
la gloire de 1 Epoux sous la figure d'un arbre ex-
cellent. Ne.inmoins il me semble que cet arbre-la
n'est pas si beau que quelques autres, et ainsi
qu il ne merite pas d'etre employe pour eu faire
une i omparaison avec t'Epoux, parce qu'il ne suf-
fit pas pour le louer assez dign.^ment : « Mon bien-
aime est parmi les enfants, comme un pommier
parmi les arbres des forets. » 11 me semble que l'E-
est le fait
d'uue rare
vertu.
prorsus ambigerent, et ad suas aninaas pertinere quod
dicitur : Sicut /ilium inter spinas, sic arnica mea inter
filius. Denique unus eorum, conversus sum, ait, in
oerumna mea, dum configitur spina. Bene contixus, qui
conversus exinde est. Bene pungeris, si compuDgeris.
Multi cum sentiunt pcenam, corrigunt culpam; et talis
dicere potest : Convert in terumna mea, dum
ulur spina. Spina culpa est, spina poena est, spina
falsus frater, spina vicious est malus.
2. Sicut lilium inter spinas, sic arnica mea inter filial.
0 candens lilium! o tener et delicate flos ! increduli el
subversores sunt tecum : vide quomodo caute ambulcs
inter spinas. Plenns est mundus spinis : in terra sunt.
in acre sunt, in carne tua sunt. Versari in his, et
minime Uedi, divinie potentiu; est, non virtutis tu.i
confidite, inquit, quia ego vici mundum. Etsi igilur
undique libi intendi prospicias tribulationum, tanquam
tribulorum, aculeos ; nop turbetur cor tuum neque for-
midet, sciens quia tribuialio operatw patienliam, pa-
fientia probaiionem, probatio tpem, spes autem non
•onfundit. Considers lilia agri, quomodo inter spinas
• :gent et nilent. Si fcenum quod hodie est et eras in
urn mitlitur, Dens sic custodit , quanto magis
amicam el Sponsam suam charissimam? Denique cu
JJdminus vmnei rli/igentes se. Sicut lilium inter spinas,
sic arnica mea inter fi/ias. Non mediocristitulus profecto
virtutis, inter pravos vivere bonum, et inter nialignantes
innocentia; retinere candorem, et morrm lenilatem :
- autem si his qui oderunt pacem, pacificum , ct
amicum ipsis te exhibeas iuimicis. Id plane tibi simili-
ludinem dii.ui. do liliojurc quodam proprietalis specia-
liter vindicabit, quud ipsas utique se spinas
candorc proprio illustrare et venuslare noi
An non proinde lilium tibi videlur, implore quodam
Evangelii perfectioncm , qua orare jubemur
dumnianlibus et perscquentibus nos, benefaccre
his qui oderunt nos? Ergo et tu fae similiter, et
erit auiina tua arnica Domini, et laudabit te de tc,
dicens : quia sicut lilium inter spinas, sic arnica mea
inter /i/i'ii.
3. Scquitur : Sicut ma/us inter lignu silvarum, sic
us inter filios. Rcddil Sponsapnecomi vicem
commendanti se Sponso, a quo laudari est laudabilem
el quern laudarc, intelligere admirari laudabilem.
El sicul e\ eminenli II ire figurata a Sponso laue
est, its e regione el ex cxccllenti ligno ipsa illius si
i gloriam emioentiainquc demonslrat. Movet
i me de ligno hoc, quod non tanue esse excellenliae
videalur , quanta; aliqua cielerorum ; et idco minus
digne assumi in opus similitudinis : utpotc quod non
QUARANTE-HUITIEME SERMON SUR I.E CANTIQUE DES CAMTIQUES.
pouse n'en fait pas beaucoup de cas, puisqu'elle le
compare seulement aux arfares des forets, qui sont
steriles et ne portent point de fruits qui soient
propresa la nourrtture de l'homme. Ponrquoi done,
laissant des arbres plus exeellents, s'est-elle servie
de la comparaison de celui-ci pour fair.' l'eloge de
381
chair, il s'est sourais aux anges, bien que, deraeu-
rant toujours Dieu il ait toujours retenu les anges
dans sa dependance. « Vous verrez, » dit-il, « les
anges monter et descendre surle fils de l'homme
(Joan, i, 51) ; » parce que dans un seul et meme
homme, qui est Jesus-Christ, ils soutiennent la
son Epoux? Devail-il y avoir quelque mesnredans faiblesse, et adorent la ruajeste. Mais conime l'E-
les louanges de celui qui a recule Saint-Esprit sans pouse trouve plus de douceur a le considerer dans
aucune roesure ? II me semble, par la comparaison son abaissement, elle releve plus volontiers cette
de cet arbre, qu'il est quelqu'un an dessus de lui; grace, elle publie sa misericorde, elle est ravie de
lui qui n'a point d'egal. Que dirons-nous k cela ? sa bonte. Elle admire un homme parmi les hom-
j'avoue que cette louange est petite, parce que ce- mes, et non un Dieu parmi les anges ; comme un
lui qui la recoit n'est pas considere comme grand.
On ne le regarde pas ici comme le souverain Sei-
cneur digne d'etre infmiment loue, mais corame
un petit enfant qui merite d'etre inlinimeut aime.
Car celui qui nous est ne est un petit enfant. [Isai.
ix, 6).
U. On ne releve done pas ici sa majesle, mais son
humilite; e'est avec raison qu'on prefere cequi pa-
rait faible et folie en Dieu, a toute la force et a toute
la sagesse des hommes. Car ce sont eux qui sont
pommier excelle parmi les arbres d'une foret, et
non parmi les arbres d'un verger, et elle ne croit
pas diminuer scs louanges en relevant sa bonte et
son amour par la consideration de sa faiblesse.
Car si elle en relranche quelque chose d'un cote,
elle le reprend de l'autre, et si elle fait moins pa-
raitre la gloire de sa majesle, e'est afin que la
grace de sa boute brille avec plus d'eclat. De meme
que l'Ap6tre dit que « ce qui semble folie et fai-
blesse en Dieu est plus sage et plus fort que tous
ces arbres ehampetres et steriles, parce que, selon les homines (Cor. i, 15), » mais non pas que les
le Prophete, « ils se sont tous egares et sunt deve- anges ; et que le Prophete le publie le plus beau
nus inutiles, et il n'y en a pas un seul parmi eux des enfants des hommes (Psa. xi.vni, 3), et non
qui vive bien (Psal. xui, 3). Mon bien-aime des anges, ainsi l'Epouse, inspiree par le meme
est parmi les enfants, comme un pommier parmi esprit, a voulu sous la figure d'un arbre fruitier
les arbres des forets (Cant, n, 3). » II n'y a qu'un compare avec des arbres steriles, elever l'Homme
seul arbre parmi tous ceux des forets qui porte du Dieu au dessus de toute la beaute des hommes,
fruit, e'est le Seigneur Jesus, en tant qu'homme. mais non pas au dessus de l'excellence des an-
Mais s'il est au dessus des hommes, il est nean- ges.
nioins un peu au dessous des anges (Psal. vm, 5. « Mon bien-aime est parmi les enfants comme
66). Car par une merveille etonnante, en se faisant un pommier parmi les arbres d'une foret. » Elle a
Le Chria
est plus
excellent
sufficiat laudis vicera implere. Sicut mains inter ligna
stivarum, sic dilectus mens inter filios. Denique nee
Sponsa magni aestimasse videtur, quaj hoc in lignis
silvarum lantum efferre curavit, nimirum sterili'ous, nee
fructus humano victui aptos ferentibns. Cur ergo omissis
melioribus et nobilioribus lignis, hujus mediocritas
arboris adducta in medium est ad formandum Spunsi
prceeonium? Itane ad meusuram laudem rccipere debuit,
qui ad mensuram spiritum non accepil 1 Hoc nempe
data de ilia a rbore similitudo facit, ut videalnr habere
superiorem, qui parem non babel. Quid dicemusad ha5c?
Paleor, parva laus, quoniam parvi laus. Non enim hoc
loco praedicaLur tnagnus Uominus et laudabilis nimis.
sed parvus Dominus et amabilis nimis, parvulus utique,
qui natus est nobis.
4. Krgo non tnajestas attollilur hie, sed commendatur
humilitas; digncque ac ralionabililer quod inlirmum et
stultum est Uei, hon.inum rortiludini et sapiential anle-
ferlur. Ipsi sunt nanique tigna silvestria et infrnctuosa :
quoniam, seundum Prophetam, omnes declinaverunt,
simut inutiles facti sunt; non est qui facial bonum, non
est usque ail /mum. Sicut mains inter ligna silvarum,
sic dilectus meus inter filios. Una inter ligna silvarum
Dominus Jesus arbor faciens fructum, secundum homi-
nem sane, etsi praelatus hominibns, sed ab angelic mi-
noratus. Miro etenim modo et angelis sese factus caro
subjecit, et. angelos sibi manens Ucus subjeclos retinuit.
Denique videbitis, inquit, angelos ascendentes et descen-
dentes super Filiura hominis. Quod in uno eodemque
homine Christo Jesu et infirmitatem foveant, et stupcant
majestatcm. Quia ergo Sponsa3 id dulcius, quod sc im-
minuit, sapit; libentins attollit gratiam, prafert miseri-
cordiam, stupet dignationem. Libuit proinde hominem
inter homines admirari, non inter angelos Deum : tan-
quam mains inlet' ligna excellit silvarum, et non plane
inter bortorum plantaria. Nee putat minui laudes, ubi
de consideratione infirmitatis, piotatis bonitas exaltatur.
Quo enim juxla aliquid a laudibus temperat, eo item
juxta ali([uid magis laudat, minus prosequens gloriam
dignitatis, ut gratia dignationis emlneat, Sicut ergo
Apostolus quod stultum et infirmum est Dei, sapientius
fortiusque dicit esse hoirinibus, sed non angelis; etsicut
Propheta speciosum prEfidicat forma pra3 (itiis hominum,
el nun pra' angelis : sic ista certe in eodem spiritu
loquens sub typo frucliferae arboris silvestriumque ligno-
riiiii hoc loco efferre voluit Hominem Deum super
omnem gratiam hominum, non autem super cxcellen-
tiam angelorum.
5. Sicut malus inter ligna silvarum, sic dilectus meus
uiter filios. Etbene inter filios : quia cum esset nnieus
382
(EUVRES DE SAINT BERNARD.
que Ions les
enfanU i>.ir
la grace.
raison de dire « parmi les enfants » parce qu'etant se : « Jc suis votre saint (i Tim. n, 5). Mo'ise, est-il
le Bis unique de son pere, il hii a acquis sans dit. ne vims a point donne ce pain du ciel, mais
jalousie beauconp d'enfants qu'il ne rougit point mon p&re vous donne le rrai pain du ciel [Joan.
d'appeler ses liens , alin qu'il soit l'aine de vi, 32). >> Kile desirail done surtoul l'ombre de
tons. Or, e'est a bou droit que eelni qui est ills par Jesus-Christ, parce qu'il est le seul qui, uon-seule-
nature est prefere a tous ceux qui out etc adopts ment rafratchisse de la ehaleur des vices el des
par la grace. « Mon bieii-aime est parmi les en- passions, mais qui remplisse et comble lame de la
fanls coiunie un pumiuier parmi les arbres dune joie des verlus. « Je me suis assise a l'ombre de
foret. ciComme un pommier, » dit-elle, parce que celui que je desirais; » son ombre e'est sa chair;
tel qu'un arbre fruitier, il donne dc l'ombre pour son ombre e'est la foi, l'ombre qui a environne
rafraiehir, et porte d'excellents fruits. N'est-cepas, Marie a ete la chair de son propre tils, et l'ombre
en verite, un arbre fruitier, puisqu'il a des lleurs qui me couvre e'est la foi quej'aien mon Seigneur ;
qui sont des fruits d'honneur et de gloire (Eccli. quoiqueje puisse dire aussi que sa chair me couvre
L'ombre de
Jesus-C.btist
«sl desirable.
xxiv, 23) ? Enlin e'est un arbre de vie a ceux qui
le possedent [Prov. in, 18). Tons les arbres de la
foret ne sauraient lui etre compares, attendu que
si beaux et si grands qu'ils soient, et bien qu'ils
seniblent servir et aider beauconp par leurs orai-
sons, par leur ministere, par leurs enseignements,
et par leurs examples, neanmoins il n'y a que
Jesus-Christ, la sagesse de Dieu, qui soit un arbre
de vie. Lui seul est un pain vivant, qui est des-
cendu du ciel, et qui donne la vie au inonde (Joan.
vi).
6. VoUa, pourquoi elle dit : « Je me suis assise a
l'ombre de celui que je desirais, et son fruit est
I.'omhre d§
Jcsiis-Cliriafl
e'est sa J
chair el la ■
fui en lui. I
de son ombre, puisqueje la mange dans le tres-
sainl sacrement. La sainte Vierge a'a pas laisse non
plus d'eprouvcr l'ombre de la foi, ce qui le prouve
e , st ce qu'on lui a dit : « Vous etes bien heureuse
d'avoir cm, Je me suis assise sous l'ombre de celui
que je desirais, » et ce que disait le Prophete :
cc Notre Seigneur Jesus-Christ est un esprit present
ilevaut nous, nous vivons sons son ombre parmi
les nations (Tren. ui, 20). » Nous vivons sous son
ombre, parmi les nations, et nous vivrons dans sa
lumiere avec les anges. Noussommes sous l'ombre,
taut epie nous ne marchons que par la foi, non par
la claire vision. Voila comment le juste qui vit de
inuuiment doux a mon gout (Cunt, u, 3). » C'est la foi est sous l'ombre. Mais celui qui vit de l'in-
avec raison qu'elle avait desire l'ombre de celui telligence est bienheureux, parce qu'il n'est plus
dont elle devait recevoir son rafraichissement et sous l'ombre, mais dans la lumiere. David etait
sa nourriture. Car les autres arbres des forels ont juste, et il vivait de la foi lorsqu'il disait a llieu :
une ombre qui met a l'abri de la ehaleur, ils ne
donnent point la nourriture de la vie, ni les fruits
eternels du salut. II n'y a qu'un seul auteur de la
vie, qu'un seul mediateur entre Dieu et les hom-
mes, Jesus-Christ bomme, celui qui dit a l'Epou-
« donnez-moi l'intelligence qui m'est necessaire
pour apprendre vos commandements, et je vivrai
(Psal. cxvin, 73). » 11 savait que l'intelligence doit
suceeder a la foi, et que la lumiere de la vie et la vie
de la lumiere doivent etre revelees a rintelliffen.ee.
patris tui, multos illi et absque invidia fdios acquirere
sluduit, quos non coiifiinclitiir vocare fratres, ut sit ipse
primogenitus in mullis fratribus. Jure autem praeponi-
tur universia adi ptalis per gratiam is, qui per naturam
(ilius est. Sicut malus oiler tigna silvarum, sic dilectus
meus inter fibus. Merito sicut malus, qui inslur fincti-
fcr* arboris et umbram refrigerii habct, et fert fructum
optimum. An non vere fructiferum lignum, cujns flores
fruclus honoris et honestatisl Denique lignum vit;e est
apprehcndenlibns cum. Non conipaiabunlur huic omnia
ligna silvarum : quia etsi sint arbores pulchraet magnae
c[\ix opem ferre videanlur orando, ministrando, docendo
exemplis juvondo : solus lamen Dei sapientia Christus
lignum esl vila>, solus panis vivus qui de ccelo descendit,
et chit vilaui mundo.
6. Idco ait : Sub umbra ejus quern desideraveram
sedi et fructus ejus dutcis juituri meo. Merito ejus desi-
deraveral umbrain, de quo et refrigerium esset, et
refectioncm paiiler aereptura. Nam caetera quidem sil-
varum tigna, etsi umbram solalii habent, sod non vitas
refeetionem, nou fructus perpetuos salutis. Unus est
enim vita; auctor, unus mediator Dei et hominum homo
Christus Jesus, qui dicit Sponsas $ude:Salustuaegostnu.
Non Moyses, inquit, dedii vobis partem hunc dc coelo,
sed Pater meus dat vobis panem de ccelo verum. Prop-
terea ergo Christi potissimum desideraverat umbram,
quod solus sit, qui non solum ab aestu refrigerat vitio-
iii in . sed et replet deleclatione virtutum. Su6 umbra
ejus quern desideraveram sedi. Umbra ejus, caro ejus :
umbra ejus, fldes. Marias obumbravit proprii Filii caro,
iuilii Domini (ides. Quamquam et mihi quoquc quomodo
non obumbrat caro, qui in mysterio manduco cam? Et
sancta nihilominus Virgo (idei et ipsa experta est um-
Iii'hiii, eui dictum est : lit beata qua credidisli. Sub um-
bra ejus quern desideraveram sedi. Et Prophcta : Spi-
ritus, inquit, ante faciem nostrum Christus Domiuus ; in
umbra ejus vivemus ruler gentes. In umbra in gentibus,
in luce cum angelis. In umbra sumus, quandiu per
tideni amlmlamus, et non per speciem : et ideo Justus
in umbra, qui ex fide vivit. At qui vivit ex intellcetu,
beatus est : quia non in umbra jam, sed in lumine.
Justus erat David, et ex fide vivebat, cum dicebat Deo :
Da mihi intellectum, utdiscam mandata tua, et vivam :
sciens successurum fidei intellectum, intellectui revelan-
QL'ARANTE-Hl'ITIEME SERMON SLR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
Vivre dans
les delices
t'e>t monrir,
:'est tombor
i l'ombre de
]a mort.
II faut commencer par vivre sous l'ombre, et a issi
passer au corps de celte ombre, « parce que si vous
ne croyez, dit le Prophete, vous n'entendrez point
[Isa. vii, 9). »
7. Yoyez-vous que la foi est la vie, et l'ombre
de la vie ? tandis que la vie qui se passe dans les
delices, ne venant point de la foi, est uue mort, et
l'ombre de la mort. « La veuve, dit saint Paul, qui
vit dans les delices, est morte, quoiqu'elle semble
vivante (i Tim. v, 6). Et la sagesse de la chair est
une mort (Rom. vm, 6). » C'est aussi l'ombre de la
mort, de cede mort qui tourmente eternellement.
Nous avons ete aussi autrefois assis dans des lieux
remplis de tenebres, et a l'ombre de la mort, lorsque
vivant cbarnellement, non selon la foi, nousetions
deja morts a la justice, et devions bienlot etre eu-
gloutis par une seconde mort. Car notre vie etait
aussi proche de L'enfer que l'ombre est voisine du Christ selon la chair, nous ne le connailrions pas
388
iv, '20), » il ne se contente pas d'ajouter, que nous
sorames sous son ombre, mais il dit « nous vivons
sous son ombre parmi les nations. » Prenez done
garde, a l'exemple du Prophele, de vivre aussi sous
sou ombre, afin de regner un jour dans sa lumiere.
Car il n'a p3s seulement de l'ombre, il a de la lu-
miere. Par la chair, il est l'ombre de la foi; par
l'esprit, il est la lumiere de l'intelligence. Car il
est chair et esprit tout ensemble. 11 est chair pour
ceux qui demeurent dans la chair; et il est « esprit
devant nous, » e'est-a-dire pour l'avenir, si toute-
fois, oubliant ce qui est derriere, nous tendons vers
ce qui est en avaut, en y arrivant, nous eprouverons
la verite de cette parole qu'il a dite : o I. a chair ne sert
de rien, c'est l'esprit quidonne la vie (Joan. vi. I\ . n
Jen'ignorepasquelApatre, demeurant encore dans
la chair a dit : « Quand nous connailrions Jesus-
corps, la chose est certaine. Et chacun de nous
pouvait dire avec le Prophete : « Si le Seigneur ne
rn'eut assiste, mon ame flit bientot tombee dans
l'enfer (Psal. son, 17) . » Mais maintenant nous
sommes passes de l'ombre de la mort a l'ombre de
la vie, ou plutot nous avons ete tranferes de la
mort a la vie, en vivant a l'ombre de Jesus-Christ,
si neanmoins nous sommes vivants et nun pas
morts. C. : je ne crois pas qu'ou vive aussitot pour
encore (2 Cor, v, Its). » Cela etait bon pour lui.
Mais nous qui n'avons pas encore merite d'etre
ravis dans le paradis et au troisieme ciel, nourris-
sous-nous cependant de la chair de Jesus-Christ,
reverous ses mysteres, suivons son exemple, con-
servon- la foi, et nous vivrons indubitoblement
sous son ombre.
H. « Je me suis assise a l'ombre de celui queje
desirais. » Peut-etre se glorilie-t-elle d'avoir ete
etre sous son ombre, parce que tous ceux qui out plus heureuse que le Prophete quand elle dit, non
de la foi ne vivent pas dans la foi. La foi sans les pas comme lui, qu'elle vit, mais qu'elle est assise a
oeuvres est morte (i Joan, m, IU), et elle ne peut l'ombre. Car etre assis c'est se reposer. Or c'est plus
pas donner la vie qu'elle n'a pas. C'est pourquoi que se reposer a l'ombre, que d'y vivre; comme
apres que le Prophete a dit, « Notre Seigneur Jesus- y vivre est plus que d'y etre simplement. Le
Christ est un esprit present devant nous (Thren. Prophete s'atlribuait done ce qui est commun a
La foi dans
les ceavres
est morte.
Diff „-i.
entr,
ii etre assts
a l'ombre.
dum lumen vitae, et luminis vitatn. Prius est venire ad
umbram, et ita ad , Id cujus umbra est, pertrunsire :
quoniam nu s, ait, non intelligelis.
7. Vides lidero el vilam esse, et vilae umbram. Name
regione vita in dcliciis agens, quoaiam non est ex lide,
et mors est, et umbra mortis. Qure enim, inquit, vidua
in deticiis est, i u ens mortua est. Denique sapumtia
carnis mors est. Sed et mortis est umbra, illius scilicet
qua? cruciat in aeternum. Sedimus et nos aLquando in
tenebrosis ' umbra mortis, carnaliter conversanles, et
non ex lidt; vivenles, mortui jam quidem justiliae, a
morte vera secunda j.aulo minus absorbendi. Quantum
etenim umbra nrope est corpori cujus est umbra, lan-
tum pro cerlo vita ilia nostra inferno appropinquavit.
Denique nisi quia Dutninus adjuvii me. inquit, paiUo
minus liabitasset in inferno anima mea. Nunc autem de
umbra mortis ad vitaE transivimus umbram, magis au-
teui translali sumus de morte ad vitam, in Christi um-
bra viventes, si tamcu vivenles, et uon moitui. Nee
enim, reor. contiuuo, ut quis in umbra ejus fuerit, quod
vival in ea : quia non plane omnis qui iidem habct, ex
Cde vivit. Nam fides sine operibus mortua est ; neo
polcst dare vitam, quam minime ipsa habuerit. Ideo
Propheta cum dixisset, spiritus ante faciem nosiram
Christus Dominus, non contentus fuit sequi et dicere :
in umbra ejus sumus, sed in umbra, inquit, ejus vivi-
inler genfes. Et tu ergo vide ut vivas exemplo pro-
pheta- in umbra ejus, ut quandoque et regnes in lumine
ejus. Nee enim tantum umbram liabet, habet et lucem.
Ipse per cartiem umbra est (idei. ipse intelligcntise lumen
per spiritum. Et caro est enim, et spiritus. Caro in
carne manentibus, spiritus ante faciem nostram, id est
in futuro : si lamen qua? retro sunt obliviscentgs, ad ea
qua? ante sunt nosmetipsosextendimus, quo pervenientes
experiamur de verbo quod dixit : Caro non prodest
quidquam, spiritus est qui vivificat. Nee ignoro, quod in
carne adhuc manens quis dixerit : Etsi cognovimus
Christum secundum carnem, sed nunc jam non novi-
mus. At boc ille : nos vero qui nondum in paradisnm,
nondum ad tertium ccelum rapi meruimus, Christi
interim carne pascamur, mysteria veneremur; exempli
seetemur, Iidem servemus; et vivimus, profecto i..
umbra.
8. In umbra ejus quern desideroveram sedi. FortassL
felicius aliquid ista experlam se gloriatur in eo, quod se
in umbra dicit, non, ut propheta, vivere, sed sedisse.
Sedere enim quiescere est. Plus est autem quiescere in
umbra, quam vivere : sicut vivere plus est, quam tan-
tummodo esse in ea. Igitur quod est commune multo-
rum propheta assumens sibi, in umbra ejus vivimus,
384
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
plusieurs {Thren. iv, 20), « Nous vivons sons son
ombro. » Mais l'Epouse qui a one prerogative par-
ticuliere, scgloriQe d'y etre menie assise. Aussi ne
dit-elle pas au pluriel, nous sommes assises, comme
le Prophetedit, nous vivons, maisje «suis assise, a
atin que vous reconnaissiez que c"est un privil6ge
qui lui est singulier. Or nous vivons avec
travail, nous qui servons awe crainte, comme nous
SERMON XLIX.
Comment le discernement regie la charite ei fait que
tous les membrcsde I'liglise, e'est-a-dire les elus se
tiennent par des liens re'eiprogues.
1. «Le Roi m'a fait entrer dans lecellierauvin.il
a regie en naoi la charite [Cant, ii, lx). » Selon le
sen- litteral <le ce verset, apres que l'Epouse, au
s^ntant coupables de nos peches, cette devote et combie de ses vamx, a eu un entretien aussi doux
chaste amante so repose avec plaisir. Car la crainte
est accompagnee de peine, et I'amour de douceur.
D'oii vient qu'elle dit : « Et son fruit est doux a
man gout. » Indiquant par la legoutde la con-
templation qu'elle avail obtenuquand elle s'elait
trouvee doucement elevee par I'amour. Mais cela
se passe sous l'ombre, pane que cela arrive par
un miroir et en eniguie. II viendra un temps oil la
lumiere croitra,lesombresbaisseront, ou plutdl dis-
paraitront entierement, et une vision claireet eter-
nelle prendra leur place ; et non-seulement elle sera
a°Teable au gout, elle rassasiera meme sans degout;
neaumoins, « je me suis assise sous l'ombre de ce-
lui que je desirais, et son fruit est doux a mon gout. »
Reposons-nous ou l'Epouse se repose en gloriliant
le pere de famine ou Notre-Seigneur Jesus-Christ
lepoux de l'Eglise, de ce qu'il a rejoui le gout spi-
rituel de nos ames en nous invitant a un fesliu si
magnifique, lui qui etant Dieu est au dessus de
Unites cboses beui dans tous les siecles. Ainsi
soit-il.
que familier avec son bien-aime, le voyant s'eloi-
gner, elle retourne vers les jeunes lilies, mais a la
voir toute pleine et tout enflammee de ses regards
el de ses paroles, on lacroirait ivre. I, es jeunes filles
son! loutes surprises de cette DOUVeaute et lui en
deraandent la cause : elle repond qu'elles ne doivent
pas s'etonner si, etant entree dans le cellier, elle
eni\ ree. Voila pour ce qui est du sens litteral.
Elle ne nie pas qu'elle ne soit ivre, mais e'est d'a-
mour, non de vin, si ce n'esl que I'amour meme
est un vin. « Le roi m'a fait entrer dans le cellier
au vin. )> l.orsque l'Epoux est present, et que l'E-
pouse lui adresse la parole, elle l'appelle son Epoux,
sou bien-aime, celui que son ame aime. Mais lors-
qu'elle parte de lui.iux jeunes lilies, ellele nomme
roi. Pourquoi cela? Je crois que e'est parce qu'il
convienl mieux a l'Epouse qui aime et qui est ai-
mee, d'user avec familiarite de termes d'amour, et
qu'il est a propos de retenir les jeunes lilies par une
parole de respect el de majeste, parce qu'elles ont
besoiu d'une discipline plus severe.
2. « Le Roi m'a fait entrer daus le cellier au
vin. » Je passe sous silence quel est ce cellier, parce
que je me souviens de l'avoir dit ailleurs. Nean-
moins, on peut encore entendre cela de l'Eglise,
Lfi lingaffe
de r£|imise
o , l| I
son 6,'iitu
virie prion
lea circons-
tnnu's.
inquit : Sponsa vero habens praerogativam, etiam quod
ca singulariter sederit, gloriatur. Nun enim et ille plu-
ralitcr" Vivimus, ita et aaec i Km i d at; sedaingula-
rUer, .r.oscas praerogativam. L'bi ilaqae nun
cum'labore vivim is, qui conscii peccatorum sub ti
servimus, ibi haec devota el amans suaviler requii
Denique lienor poenam habel, amor suavitatem. Undo
ail : et fructus ejm duk,is gulturimep, gustum contem-
plalionis signiflcans, quern obtinuerat per araorem sua-
viler sublevala. ai istud io umbra, quia per speculum
el in snigmate. Erit cum declinaverint umbrae eres-
ccnlc i„ .,,. . imo i ei i us disparuerint, et subin
Bicut p i I tua visio ; erilque non modo
suavitaa g itluri, soil et saliolas ventri; sine fastidio la-
men. Sub umbra ejut quern desideravnram sedi, et fruc-
tus ejus dukis gvUuri men. Nos quoque ubi Sponsa
pausat, pause i us paritcr, tie sumpto gustu Patrem-
familias glorificanles, qui nos ad tales epulas invitavit,
sponsum Eeclesia Jesum-Christum Dominum nos-
trum, qui est super omnia Deus benedictus in saicula.
Amen.
SERMO XLIX.
Qualiter per discretionem ordinatur charitas, at omnia
membra Ecclesice, id est elecli, invicem colKgentw.
1. Introduxii me rex in zeUam vinariam, ord
in me charitaiem. Ui quidem propositi capituli videtur
sonare lit (era, habito pro votis dulci admodum fauiilii-
rique colloquiocum dilecto, illo abeunte Sponsa regre-
ditur ad adolescentulas, aspectu ita ipsius affatuque re-
fecta atque accensa, qualenus cbriie similis appareret.
Et quasi illis stupenlibus novitatcm, et qurcrcntibus cau-
sam, rcspondit miruni miiiime esse, si vino sestuaret,
quae in ccllam vinariam introisset. El secundum litteram
ita. Secundum spiritum quoque non negat ebriam, sed
amore non vino, nisi quod amor vinum est. Introduxii
me rex inceliam vinariam. Quando prassens est Spon-
sus, et Sponsa ad ipsum sermonem dirigit; tunc Sponsus
dicitur aut di/ectut, ant quem ilib /// animamea, inquil:
loquens vero de ipso adolescenluli-. regem nominat. Ut
quid hoc? Propterea credo, quia et Sponsa? amanti atque
dilect.as conveniat uti familiarius (quod ad seest)amoris
nominibus : et adolescentulis, tanquam disciplina indigen-
tibus, opus sit reverendo premi vocabulo majestatis.
2. Introduxit me rex in eel/am vinariam. Qn.Tnam
QUARANTE-NEUViEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
lorsque les disciples, etant remplis du Saint-Esprit,
385
le peuple croyait qu'ils etaient ivres. Co qui lit epic
saint Pierre, en sa qualite d'ami de I'Epoux, pre-
Qupiie etait na,lt la parole pour l'Epouse, s'ecria : « Cenx-la ne
rivresse des S0I1{ pas jvres comme vous le peDsez (Act. u, 15). »
apres avoir Considerez qu'il ne nie pas qu'ils soient ivres, mais
rei;Espr?t!'Dt T-i'ils le soient de la maniere que ce peuple le
croyait. lis etaient ivres, en effet, mais du Saint-
Esprit, non pas de vin. Et, comme s'ils eusseut
voulu prouver au peuple qu'ils avaient ele vrai-
meut introduits dans le celli r au vin, saint Pierre
dit, en parlant pour eux tous : « Mais e'est la l'ac-
complissement de ce qui a ele dit par le prophete
Joel : Et il arrivera dans les deraiers jours, dit
le Seigneur, que je repandrai mon esprit sur toute
chair, et vos tils et vos lilies prophetiseront. Nos
jeunes gens auront des visions, nos vieillards au-
ront des songes. » Ne vous semble-t-il pas que la
niaison oil les disciples etaient assembles soit un
grand cellier, « lorsque tout-a-coup on entendit un
grand bruit du ciel, comme le souffle d'un vent im-
petueux, qui remplit la niaison ou ils demeuraient
(Act. u, 2), » et accomplit la prophetie de Joei ?
Chacon d'eux, sortant enivre ne l'affluence des
biens de cette niaison, et abreuves d'un torrent de
delices immortelles, ne pouvait-il pas dire avec rai-
son : « Le Roi m'a fait entrer dans le cellier au
vin '? »
3. Vous aussi, si vous voulez entrer dans la niai-
son d'oraison avec un esprit recueilli et desoccupe
des soucis du monde, et que, vous tenant en la
presence de Dieu aupres de quelque autel, vous tou-
cbiez la porte du ciel comme avec la main de vos
saints desirs, et que, presente au chceur des saints
par !a ferveur de vos prieres, car l'oraison du juste
penetre dans les cieux, vous deploriez devant
eux, avec une humilite profonde, vos miseres et vos
afflictions spiriluelles, vous decouvriez vos necessi-
ty par des soupirs frequents et des gemissements
ineffables, et leur demandiez avec instance le se-
cours de leur intercession : Si, dis-je, vous faites ces
choses, j'espere en celui qui a dit : « Demandez et
vous recevrez (Matth. vu, 7); » si vous perseverez a
frapper a cette porte, vous ne vous en irez point
les mains vides. Et, lorsque revenant vers nous
plein de grace et d'amour, tout ardent et tout
embrase, vous ne pourrez plus dissimuler le don
que vous aurez recu, vous nous le communiquerez
sans envie, et vous serez non-seulement agreable a
tous, mais peut-etre merne admirable a cause des
graces qu'on vous aura donnees; vous pourrez aussi
protester avec verite que le Roi vous a fait entrer
dans son cellier. Prenez garde seulement de ne
pas vous glorifier en vons-meme, mais dans le Sei-
gneur. Je ne pretends pas pourtant que tous les
dons, quoique spirituels, sortent du cellier au vin,
car il y a encore d'autres celliers ou offices chez
I'Epoux, oil sont enfermes divers dons et diverses
graces selon les richesses de sa gloire. Je me sou-
viens vous en avoir parle plus amplement dans un
autre endroit (Jer. xxm). « Ces biens-la, dit-il, ne
sont pas caches chez moi, et scelles dans mes tre-
sors (Deut. xxxn, 34). » Ainsi, la division des graces
se fait selon la difference des celliers, et le Saint-
Esprit se communique a chacun selon ses besoins.
Et si l'un recoit le don de sagesse, l'autre le don de
ista sit cella vinaria, praetereo dicere, quia dixisse me
recolo. Tamen si rid Ecclesiani referatursermo, cum re-
pleti Spirilu-Sanelo discipuli musto ebrii a populo pu-
tarailur; tuac tanquam amicus Sponsi pro Spons;i
Pelrus in medio eorum : Non, inquit, sicut vos eestimatis
rii sunt. Allende interim quod non omnino cbrios,
sod ebrios, sicut ab illis aestimati sunt, denegavif. Erant
cnim ebrii, sed Spirilu-Sanclo, non musto. Et quasi
rirentur ad plebem, revera se in cellam fuisse vi-
nariam iutroductos, rursum Petrus pro omnibus : Sed
hoc est , ait , quod dictum est per Prophetam Joei : Et
erit in bus, dicit Dominus, effundam de
Spiritu meo super Otnnem carnem, prophetabunt fitri ves-
tri et fi/ire. J uidebunt, el sene
somniabunt. An non tibi cella vidclur fuisse
vinaria ilia domus, in qua erant Discipuli pariler congre-
gati, cum faefus est repente de ccelo sonus, tanquam ud-
venientis spiritus vehementis, et replevit totam domum,
ubi erant sedentes, adimplevitque piophetiam Joel ? Et
nonne unusquisquc illorum exiens inebriatus ab uberlnte
domus illius, et torrenle volnptatis tantae potatus, dicere
merito quibat : Quoniam intrnduxit me re.r m teUam
vinariam ?
3. Sed et tu quoque, si collecto tuo spiritu, mente so-
bria et vacua curis, orationis domum solus inlroeas, et
T. IV.
Tous les dons
spirituels
ne viennent
pas
uniquement
da cellier
au Tin.
stans coram Deo ad unum aliquod de altaribus, cceli ja-
nuam langas sancli desiderii manu, et praesentatus cho-
inctorum, tua penetrante devotione (siquidem ora-
tio justi penelrat ccelos) in ipsorum praesentiat miserandus
deplores miserias et calamities quas pateris ; crebris
suspiriis et gemitibus incnarrabilibus prodas necessilatem ,
! rites pietatem : si, inquam, hoc egeris, confido in eo
qui dixit, Petite, etaccipielis, quia si perseveraverispulsans,
non exibis vacuus. Verum cum te nobis reddideris ple-
num gratia et charitate, nee poteris spiritu fervensdissi-
mulare munus acceptum, quod sine invidia communica-
bis ; erisque omnibus in gratia, quae data est tibi, non
modo grains, sed fortassis eliam admirandus : poteris
et ipse veiMciter protestari, quia introduxit me rex in cel-
lam vinariam : tantum cautus esto, non in te, sed in
Domino gloriari. Nee omne donum, quamvis spirituale,
prodire dixerim de cella vinaria, cum sint et alias penes
Sponsum cellae vel apothecae, diversa in se recondita ha-
bentes donaatque charismata, secundum divitias gloria'
ejus : de quibus cellis memini me alibi latiusdisputasse :
Nonne hcec eondita mnt, inquit, apud me, et signata in
ihesauris meis ? Ergo pro diversitate cellarum, divitiones
gratiarum sunt, et unicuique manifestatur Spiritus ad
utilitatem. Etquanquam alii quidem dctur sermo sapien-
tial, alii gratia curationum, alii genera linguarum, alii
25
o86
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
11 y a encore
une autre
introduction
dans lo
cellier an
vin.
II y a deux
extases dans
la contem-
plation.
Le zele sans
la science ct
le discerne-
ment est
some ' nui-
5ibte.
science, celui-ci le don de prophetic, celui-la le don
des miracles, des langues on de I'interpretation des
Ecritures tt autres semblables dons, ils ne peuvent
pas due neanmoins qu'ils out etc introduits dans le
cellier an vin; parce que ces graces-la viennent
d'autres celliers ou d'autres tresors.
U- Mais si quelqu'un dans 1'oraison oblient la
grace d'etre comnie ravi hors de lui-meme dans le
secret de la divinity, d'ou il revienl bient61 apres
embrase d'un ardent amour de Dieu, entlamme du
zele de la justice et rempli dune extreme ferveur
pour tous les exercices spirituels, en sorte qu'il
puisse dire : « Mon coeur s'est echauffe en moi-
meme, et le feu qui me devore s'allume encore da-
vantage dans mes meditations [Psal. xxxvm, k), »
evidemment il aura raison de dire qu'il est entre
dans le cellier au vin, lorsque, dans l'exces de son
amour, il se mettra a exhaler les ell'els de cette sa-
lutaire et bienbeureuse ivresse. Car, v ayant deux
extases dans la contemplation, l'une de l'esprit et
l'autre du coeur, l'une qui se fait par la lumiere de
l'entendement, et l'autre par la ferveur de la vo-
loute: l'une par la connaissance, et l'autre par l'a-
mour; les pieux desirs, les mouvements enll mimes
du coeur, l'infusion d'une devotion sainte, le zele
ardent de l'esprit, ne peuvent sorlir d'ailleurs que
du cellier au vin, et celui qui se leve de 1'oraison,
rempli de l'abondance de sss graces, peut dire avec
verite que le Roi l'a fait entrer dans ce cel-
lier.
5. L'Epouse dit ensuite : « II a regie en moi la
charite. » 11 etait sans doute biennecessaire qu'il le
fit, puisque le zele est insupportable sans la science;
la surtout, ou le zele est grand, la discretion est
ne -iin. pareeque c'est elle quiregle et ordonue
I'amour. Le zele sans la science est toujours moins
eflicace et moins utile, mais souvent il est tres
dangereux. Plus done, le zele est fervent, l'esprit
vehement, la charite abo dante, plus il est b^soin
.l'une science qui veille sans cesse, pour moderer le
zele, temperer la chaleur de l'esprit, reglerl'amour.
C'esl pourquoi, de penr que lesjeunes lilies ne
redoutent l'Epouse, comme excessive et insuppor-
table, a cause de I'impetuosiW d'esprit , qu'elle
semble avoir rapportee du cellier an vin, elle ajoute
qu'elle a uissi reeii le dis ■eni'Min nl. • '. -t-.'i-dire Le discerne-
1'ordre de I'amour. Car c'est le discernement aui tmeal ^e^
* les verlus et
domic 1'ordre a toutes les vertus, et 1'ordre produit i>.
la grace et la beaute, et meme 1 1 duree des choses.
C'esl ce qui fait dire au Prophete : « Lejour
persevere par voire ordre Psal. cxvui, 91), » appe-
lant jour la vertu. I.e discernement n'est done pas
taut une vertu parliculiere, que le conducteur et le
l iteur de toutes les veitus, qui oidonne les
affections, et regie toute la conduite de la vie. Sans
elle la vertu deixeuere en vice, et I'amour meme
naturel, se change en des passions qui detruisent
la nature. « II a ordonne en moi la charite. » Cela
est arrive dans 1'Eglise ; Jesus-Christ a donne, aux
uns, le ministere d'ap6tres, aux autres, celui de
prophetes, d'evangelistes, de pasteurs el de doc-
teurs, pour la consommation des saints. Or, il faut
qu'une meme charite les lie tous ensemble dans
I'm. it > du corps de Jesus-Christ. Ce qui ne se pourra
jamais faire, si cette charite n'est ordonnee. Car si
chacun, se laissant emporter a la chaleur et a l'iin-
petuosite de son esprit, voulait faire iudilleremment
tout ce qui lui vient a l'esprit, suivant plutot son
interpretatio sernionum, aliaque aiiis his similia : non
tamct) quis horum pro liujusmodi dicere poterit, quod
introductus fuerit in cellaiu vinariain. El aliis quipps
cellis sive thesauris ista sumuntur.
4. Sed si quis orando obtineat meite excedure in id
divini arcani, unde mux rcdeat divino amore vehemen-
tissime flagrans, et aestuans justiliie zelo, necnon et in
cunctis spiritualibus studiis atque officiis perni.nium fier-
vens, ita ut possit dicere, Concaluit cor meant intra m •,
et in medilalionibus meis exardescil ignis : is plane, cum
ex charitatis abunduntia bonam et salutarem v;ni lmlilia?
ructare crapulam cceperit, in callain non immerilo per-
hibebitur vinariam inlroisse. Cum enim duo sint beats
conteniplalionis excessus, in intelleclu unus, et alter in
fervore ; unus in agnilione, alter in devotione : pius sa-
ne affectus, et pectus amore caleas, et sanct* devotionia
infusio, eliam et vehemens spiritus rcpletus zelo, non
plane aliunde, quam e cclla rinaria rcporlanlur : ct
cuicumque cum borum copia surgcre ab oralione donatur,
potest in veritate loqui : quia itrfruduxtl me rex in cellum
vinariam.
5 Sequitur : Ordmavit in me charitatem. Omnino ne-
cessarie. Importabilis siquidem absque scientia est ze-
lus. Ubi ergo vehemens aemulatio, ibi maxime discrete
est necessaria, qua; est ordinatio charitatis. Semper qui-
dem zelus absque scientia minus eflicax, minusque utilis
efiicax, minusque ulilis invenitur; plciumqne autem et
perniciosus valde sentitur. Quo igitur zelus fervidior, ac
vehementior spirilus, profusiorque charitas; eo vigilantiori
opus scientia est, qua' zelum supprimat, spiiiluui leaipe
ret, ordinel charitatem Proinde - quam nimia
el importabilis pro inipelu spir.lus , queui e cella
videtur vinaria rcportasse, prseserlim ab adolesccnlulis
Sponsa timeatur; jiaiyit quod discretionis est cli^m sepa-
riter accepisse, id esl ordinem charitatis. Discretio quippe
oinni virtuU ordinem po.iit, ordo modum tribuit et de-
coieui, eliam et perpem t item. Ueniqueait : Ordinatione
tun perseverat dies, diem virtutcm appeilans. Esl ergo
discretio non tarn virtus, quam qua'dum moderalrix et
auriga virtulum, ordinatriz que atroctuuai, et morum
doctrix. Tolle tunc, el virtus vitium ei il , ipsaque allectio
natutalis in perluibalionem mugis conveiletur, cxter-
miniumquc naturae. Ordtnaoit m me charitatem. 1-a.tum
cstaulem hoc, cum in Ecclesia quosdaiu quidem dedit
apostolos, quondam auleui pruphetas, alios vero evan-
gelislus, alius pastores et doctuies ad consummalionem
sanctorum. Oporlet autem ut hos una omues charitas
liget, et contemperet in unitatem corporis Chrisii : quod
QUARAINTE-NEUVIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
Comment la
sharile sera
bien
ordonnee
dans un
prSlat.
II arrive
quelquefois
que nous
devons p 1 ti =;
nous rejouir
du bicri
i'auirui que
du ndtre.
Voir le ser-
qoq suivant
a. 5 et 6.
propre moiivement, que le dietamen tie la raison ,
il est clair que ce ne serait plus une unite, mais
une confusion et un desordre, puisque personne,
ne se contentant tlu ministere qui lui est confle,
empieterait sur celui des autres, par une teinerite
indiscrete.
6. « II a ordonne en moi la charite. » Plut a Dieu
que le Seigneur Jesus, voulut aussi, pat' la grace,
ordonner en moi le peu de charite qu'il y a mise,
afln que j'eusse tellement sora de tout ee qui le
regarde, que je veillasse neanmoins principalement,
et avant touted choses, a m'acquitter de ce que je dois,
mais en sovte pourtant que jefusse encore plustou-
che tie beaucoup de choses qui ne me concernent
pas an rnemedegre. Car il ne fautpas toujours ai-
mer davantage les choses dont nous devons avoir
plus <le soin, puisque souvent elles sont moins uti-
les que d'autres. Ainsi il est arrive bien des fois,
que la chose que nous preferons a une autre a
qu'on nous commande, doit passer apres elle, au
jugement de la raison, que l'ordre de la charite
veuille qu'on embrasse ava ,t tout, ce que la charite
juge devoir etre prefere a tout. Par exemple n'ai-je
pas recti le soin de veiller sur vous tons. Tout ce que
je prefererais a ce soin, et qui m'empechera tie
m'acquitter de ce devoir avec toute l'exactitude
queje puis, scion mes forces, quand meme je le
ferais par un motif de charite, ne serait-ce point
a Telle est la Iccon de toutes les editions que nous avons en-
treles mains, et des premieres editions en general. Les editions
poslerienres, ajoutcnt a ccs n cits : » Au jugement de Dieu, .
et Ilorstius a lu d'une autre maniere que voici : « Par consequent
ee que la verite prgfere, passe avyut, au jugement de, etc, >■
387
conforme neanmoins a. la raison de l'ordre? Si je
m'applique a cet emploi de preference a tout autre,
comme je le dois, et queje ne me rejouisse pas plus
des avantages de Dieu, que je verrai peut-etre
un autre procurer, il est clair que je garde en
partie l'ordre de la charite, mais que je ne le garde
pas en tout. Mais sije m'occupe principalement a
ce dont je suis principalement charge, et que d'ail-
leurs je ne laisse pas d'etre plus touche des choses
qui sont plus grandes que celles que je fais, il est
hors de doute que je conserve entierement l'ordre
de la charite, et qu'il n'y arien qui m'empecbe de
dire : « il a ordonne la charite en moi. »
7. Si vous dites qu'il est difficile qu'on se re-
jouisse plus d'un grand bien que fait un autre,
que d'un petit bien que Ton fait soi-meme, cela
nous fera connaitre encore plus l'excellenqe de la
grace, qu'a recue l'Epouse, et que toute ame ne
petit pas dire comme elle ■ « II a ordonne en moi
la charite. » Pourquoi ce discours semble-t-il en
abattre quelques-uns d'entrevous ? Carcesprofonds
soupirs sont une marque de la tristesse de l'ame et
de l'abattement de la conscience. C'est que, en
faisant reflexion sur nous-rnemes, nous sentons
par notre propre experience, combien c'est une
verlu rare de ne point porter envie a la vertu d'au-
trui, bien loin des'en rejouir, bien loin desentiraug- iiea" dreesn g"re
menternotrejoieaproportionquenous voyons qu'un ' envieui.
autre augmente ses bonnes ceuvres, et nous sur-
passe en merites. 11 y a encore un peu de lumiere
en nous, mes freres, si du moins nous avons ces
sentiments. Marchons, tandis que nous avons en-
core de la lumiere, de peur que les tenebres ne
C'est une
vertu bieu
rare de se
rejouir de la
vertu des
niinime omnino facere potcrit, si ipsa non fuerit ordi-
nata. Nam si suo quisque feratur impetu secundum
spirilum quern accepit, et ad quseque volel indilTerenlcr,
pront assignalo, et non rationis judicio convolarit; dum
sibi assignato officio nemo conlentus eril, sed omnes
omnia indiscreta administratione pariter altentabunt, non
plane unitas erit, sed magis confusio.
0. Ordinoaiit in me charilatem. Ulinam et in me Do-
minus Jesus tantillum ordinet cliarilalis quod dedit, ut
sic mihi cur:e sint universa quae sunt ipsius, ul lamen
quod mei potissimum propositi sett officii esse conslite-
ril, ante omnia curcm : sed sane ita id prius, ut tamen
ad mulla, quae mihi specialiter non atlinent, afficiar am-
plius. Non enim semper quod prius curandum, id etiam
diligendum amplius erit : cum sa?pe quod prius est ad
solliciludinem, minus sit ad ulililalem, ac per hoc
minus esse oporfeat et in alTcctu. Frequenter proinde
quod pro injunto pra>ponitur, de judicio posthabetur : et
quod Veritas judicat praeponendum, id carius amplec-
tendum ordo poslulat charilatis. Nonne, verbi gratia, ex
injunclo incumbit mihi cura omnium vestrum? Jam
quidquid huic forte praetulero operi, quominus ipsi in-
vigilem digne et utiliter pro viribus exequendo, etsi ex
cnaritate fortassis id facere videar, ordinis tamen ratio non
consentit. Quod si ante omnia quidem (ut debeo) hnic
inlendo curas, non aulem magis ad majora gaudeo Dei
litcra, quae per alteram fieri forte comperero ; patet me
ordinem charitalis ex parte tenere, ex parte nequaquam.
Si vero me et ad id amplius, quod specialius in-
cumbit, sollicitum, et nihilominus ad illttd, quod ma-
jus est, magis afleclum exhibeam ; utrobique profecto
invenior cliarilalis ordinem assecutus, et non est cur
dicere non possim etiam ipse, quia Ordinavil in me
charitatem.
7. Si autem dicas difficile quemquatn plus alieno
gaudere magno bono, quant proprio parvo : advertes
certe vel ex hoc excellentiam gratias apud Sponsam, et
quoniam * non euilibet animae dicere sil, quia ordinaoit
in me charitatem. Quare facies deciderunt quorumdam
vestrum modo ad hunc sermonem ? Nam alta suspiria
tesianlur tristitiam animorum, conscienliarumque dc-
jectionem. Nimirum metienles nosmelipsos nobis, sen-
timus aliqui nostrum pro nostrae imperfectionis expe-
rientia, quam rara virtus sit alienae nedum gaudere ad
illam, nedum etiam tanlo plus quam ad propriam qucm-
que gratulari, quanto se perpenderit in virtutesuperatum.
Adhuc modicum lumen in nobis est, fratres, quotquot
de nobis ita sentimus. Am.bulern.us dum lucem habemus,
ne tenebrm nos comprehendant. Ambulare, proficere est.
Ambulabat Apostolus, qui dicehat : Non arbitror me
' al. quam.
388
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
nous surprennent [Joan.xu, 31). Marcher, c'est faire ner. Settlement o'en demeurez pas la, en formantde
des progress. L'Ap6tre marchaii lorsqu'il disait: mauvais desseins dans votre coeur, et en peasant
« Je ne crois pas toe arrive a la perfection, et qu'il aus moyensa fomenter voire maladie, de salis-
ajoutait : maisj'ai une chose, c'est que, oubliant faire a cette pertede 1'ame, de persecutor un in-
ce qui est derriere, je m'avance vers ce qui est
devant moi. » Que veut-il dire par ces mots : a J'ai
une chose '? » C'est-a-dire il me resle une chose
qui est un remede, une esperancc et une conso-
lation. Et quelle est cette chose ? « Je m'a-
yance vers de ee qui est devant moi. » Certes
nocent en calomniant ses actions, en les rabaissant,
en les corrompant, et ne l'empechez pas de faire de
bonnes ceuvres. Car cetle jalousie, lorsqu'on y re-
siste, ne nuit point a celui qui marche et qui s'a-
vance vers un etat plus parfait, parce que ce n'est
pas lui qui agit par ce mouvement, mais le pectuS
Ceux qui out
le desir do
faire des pro-
gres sent
sauves.
Ce n'est pas
le sentiment
mail le con-
sentement
qui fait lc
peche.
c'est un grand sujet de confiance, pour nous que ce qui habite en lui I Rom. vi, QO). La damnation n'est
vase d'election disc qu'il n'est pas parfait, mais done point preparee pour celni qui ne fait pas ser-
qu'il profile. I.e danger c'est done d'etre surpris vir ses membres a l'iniquite, ni sa langue a la m6-
par les tenebres de lamort, non pas en marche, disauce, ni quelqu'autre partie de son corps a nuire
mais assis. Or, quel est celui qui est assis, sinon et a faire du tort a son prochain en quelque
celui qui ne se soucie pas d'avancer ? Donnez- maniere que ce soit, et qui au contraire rougit d'e-
vous garde de cet etat, et quandvous serez prevent! tre dans cette disposition, et lache par sa confes-
de la mort, vous irez dans un lieu de rafraichisse- sion, par ses larmes, par sesprieres, de detruire un
ment. Vous direz a Dieu : « Vos yeux ont vu mes rice auquelil est sujet depuis si longtemps, s'il n'en
faiblesses et mes imperfections, et cependant dit le peut venir a bout il en est plus douz envers tous,
Prophete, tous sont ecrits dans voire livre (Psal. et plus humble en lui-meme. Qui est l'homme sage
exxxvin, 16). » Qui, tous? Sans doute cenx qui qui voudrait condamner une personne qui a ap-
sont trouves dans un desir veritable, de s'avancer pris du Seigneur a etre doux et humble de coeur
dans la vertu. Car il y a ensuite : « Les jours seront [Matth. xi. 2'J) ? A Dieu ne plaise que celui-la soit
formes, et nul d'entre eux, » il faut sous entendre, exclu du saint quand il imite le Sauveur et
ne perira. Entendez par les jours , ceux qui
profitent, et qui, s'ils sont prevenus de la mort,
recevront la perfection de ce qui leur manque. lis
sont formes et nul d'entre eux ne demeurera sans
etre entierementperfectionne.
8. Et dites-nous comment puis-je profiter quand
je porte envie au progres de mon frere ? Si vous
etes fuche de lui porter envie vous sentez votre
mal, mais vous n'y consentez pas. C'est une passion
qu'il faut guerir non point une action a condam-
l'epoux de l'Eglise, qui etant Dieu est au dessus
de, toutes choses et beni a jamais. Ainsi soit-il.
SERMON L.
Deux sur/cs de char Ms, laffeclive et I'actuelle. De
I'ordre de ces deux chariUs.
1. Vous vous attendez peut-etre, mesfreres, a. ce
que je vais traiter ce qui suit dans le cantique en
comprehendisse. Et addit : Unum autem, qua retro sunt
obliviscens, ad ea quo: ante sunt, me extendo. Quid est*
unum auteml Unum autem, inquit, quasi remansit mini
ad remedium, ad spem, ad consolalionem. Quid illud?
Quceretro sunt videlicet obliviscens, ad ea guce ante sunt
>ne extendo. Magna (Iducia ! quod magnum electionis
vas perfeelum abnuens, profeclum fatetur. Ergo non
ambulantem, sed sedentem a mortis tencbris compre-
liendi periculum est. Kl quis sedens, nisi qui non curat
proficere? Id cavelo : et si morlc praeoci upatus rueris,
in refrigerio cris. Dice9 Deo : Imperfectum meum vide-
runt oruti tin. et hi lil, m tun nihiloniinus, inquit, omnes
scribentur. Qui omnes? Profeclo qui in desiderio proli-
ciendi invenluntur. Sequitur enim : Dies formabuntur,
et nemoin eis, subaudis peribit. Dies proflcientes intel-
lige, qui si motte piasoecupali fuerint, in co quod eis
deest perlieiendi sunt. Formabuntur, et nemo in eis
inforois relinquelur.
8. Et quomodo, ais, ego proficere possum, qui fratri
proficicnti invideo ? Si doles quod invides, senlis, sed
non consenlis. Passio esl, quandoque sananda, non aclio
condemnanda. Tantum non illic resideas, iniquilatem
meditans in cubili tuo, qualiter videlicet foveas morbum,
satisfacias pesti, nersequaris insontem, bene ab illogesta
calumniando, deprimendo, pervertendo, atquc impe-
diendo gerenda. Alioquin non nocel ambulanli ctcxlen-
denlisead meliora, quod jam non ipse operalur,sed quod
habitat in eo peccatum. Non esl ergo dumnalio illi, qui
non dat membra sua arma iniquilati, non linguam ad
detrahendum, non quidquam reliqui corporis ;id
Isdendum nocendumve aliquo modo : magis autem
confunditur sir se esse male affectum : et inolitum ex
longo vitium conlitendo, flendo, urando conatur expel-
lerej el cum non piaivalel, mitior inde ad omnes,
alque apud se humilior invenilur. Quis sanuin sapiens
homioem damnet , qui a Domino didicit mills esse,
et bumilis corde? Absit ut iaveniatur expera salutis
imitator Salvatoris, sponsi Ecclesia? Domini noslriJesu-
Christi, qui est super omnia Deus beuedictus in saxula.
Amen.
SERMO L.
De duplici charitate, scilicet actuali et aff'ectuali ; et ejus
ordinatione.
i. Vos for9itan exspectatis tractari sequcntia, explici-
tum putantes versiculum, qui novissime tractabatur,
II y a deux
sortes de
charites 1'une
en action et
l'autre en
affection.
CINQUANTIEME SERMOX SUR
pensant que le verset qui fut le sujet de mon der-
nier discours est entierement explique. Mais j'ai un
autre dessein, c'est de vous servir les restes <lu fes-
tin d'hier que j"avais recueilli pour ruoi, de peur
qu'ils ne se perdissent, mais its seront perdus si je
ne les sera a ])ersonne ; car si je veux les garder
pour moi sen], je perirai moi-meme. Je ne veux
done vous fruslrer de ees mets spiriluels dont je
sais que vous etes rxlremement affames, comme ce
sont les restes du banquet de la charite, ils sont
d'aut nit plus doux qu'iis sont plus delicats, et d'au-
tant plus faeiles a savourer qu'ils sont mis en plu-
sieurs menus morceaux, autrement ce serait trop
aller contra la charite que de vous priver meme de
ce qui touehe a la charite. Voici done oil j'en suis a
demeure. « II a ordonne en moi la charite : »
2. II y a line charite qui consiste dans Taction et
une autre qui est dans l'aflection. Et je crois que
c'est au sujet de la premiere qu'une loi a ete don-
nee aux hommes, et qu'il a ete fait un commande-
ment. Car qui peut avoir l'autre dans la perfection
que desire ce precepte ? On ordonne done celle-la
comme un sujet de merite, et l'on donne celle-ci
comme une recompense. Xous ne iiions pas pour-
tant qu'avee la grace de Dieu on ne puisse avoir en
cette vie le commencement et le progres de la der-
niere, mais nous soutenons que la perfection en
est reservee a la felieite a venir. Comment done
aurait-on commande celle qui n'aurait pu s'accom-
plir ? ou bien, si vous aimez mieux croire que le
3 La pensee de saint Bernard est que le precepte de la cha-
rite tombe plutot sur l'acte que sur le sentiment; mais, par
1'amour affectif, il entend cet amour parfait qui ne convient
qu'aux saints et aui parfaits. Quant a la charity actuelle, qui ne
se renferme pas dans le simple sentiment, mais qui se montre
par des actes, il ne l'entend pas en ce sens qu'elle eiclue la
charite interieure. - Je ne dis pas que nous devions etre sans
la charite affective, a dit-il plus loin, n. i, an contraire. II faut
LE CAXTIQUE DES CAXTIQUES.
ci89
precepte a ete aussi donne touchant la charite af- La charite
fective, je ne vous le contesterai point, pourvu que affective ne
vous m'aceordiez aussi qu'il ne peut etie accompli acomplie
en cette vie par qui que ce soit. Car qui osera s'attri- en^ette^ie!
buer une chose, a laquelle saint Paul lui-meme
avoue n'etre point arrive ? (PhUip. m, 13)'? Ce u'est
pas que le souverain Maitre ignor&t que l'accom-
plissement de ce pretexte excedait le pouvoir des
hommes, mais il a juge utile de les avertir par-la
de leur faiblesse, afin qu'ils comptassent jusqu'a quel
degre de justice ils doivent tendre selon Ieurs forces.
En commandant done deschoses impossibles, il n'a
pas rendu les hommes prevaricateurs, inais humbles,
e'etaii alin d'abattre tout orgueil, et que tout le
monde fut assujetti a Dieu, parce que nul ne sera
Justine par les ceuvres de la loi (Rom. irr, 20). Car
en recevant le commandement que nous nous sen-
tions incapables d'accomplir, nous crierons vers le
ciel et Dieu aura compassion de nous : et nous sau-
rons, ce jour-la, qu'il nous a sauves, non par les
ceuvres de justice que nous faisons de nous-memes,
mais par l'etendue de sa seule misericorde (2 Tim.
in, 5).
3. Voiia ce qu'il faudrait dire si nous demeurions
d'accord que la charite affective eut ete comman-
dee, mais il sernble que cela convienne plutot a
l'actuelle B surtout le Seigneur, apres avoir dit : Le precepte
« Aimez vos ennemis, » ajoutant aussit6t une.fo'mbe'pfu"**
chose qui regarde les ceuvres : « Faites du bien a ?u,r la. clj?'
ceux qui vous haissent (Lac. vi, 27) ; » l'Ecriture dit
que la charite acluelle renferme la charite affective, « elle pent
bien ne pas encore rechauffer Tame des douceurs de 1'amour af-
fectif, cependant elle contribue beaucoup a l'enflammer par 1'a-
mour de I'araour meme. » Or, e'est la precisement 1'amour in-
terne a dont la charite actuelle se contente, n. 6. » On peut re-
lire a ce sujet l'avis place en tete do trait6 de V Amour de
Dieu, tome II.
Verum ego aliud molior : babeo enim quod adhuc vobis
apponam tie fragmentis hesterni convivii, qu;e mihi col-
leg« ram ne perirent. Peribunt auteai, si nulli apposaero :
nam si volaero ea habere solus, ipse peribo. Nolo
pvoinde vestram illis, qtiam bene novi, fraudare inglu-
viem : praesertim cum sintde ferculocharilatis,eodulcia,
quo subtilia : eo sapida, quo minula. Alioquin contra
eharitatem esl valde nimis de ipsa charitate fraudare.
Itaque hie sum : Ordina haritatem.
2. Est charitas in aclu, e^t et in affecfu. El de ilia
quidem quae operis est, puto dalam esse legem homini-
)iii~, mandatunique formatum. Nam in affectu quis Ha
habeat, ut mandatur? Ergo ilia mandatur ad meritum,
isla in pr<emium dalur. Cujus inilium quidem, profec-
[ue vitam quoque praesentem experiii divina posse
nus : sed plane consummationera defen-
dimus futurae felieilali. Quomodo ergo jubenda fait, quae
implenda nullo modo erat? Aut si placet tibi magis de
a(Tectuali datum fuisse mandatum, non inde contendo,
dummudo acquiescas et tu mini, quod minime in vita
isla ab aliquo hominum possit, vel potuerit adimpleri.
Quis enim sibi arrogare id audeat, quod se Paulus ipse
fatelur non comprehendisse ? Nee latuit praeceptorem,
prascepti pondus hominum excedere vires: sedjudicavit
ulile ex hoc ipso suae illos insufficientiae admoneri, et ut
scirent sane, ad quem justitiae (inem niti pro viribus
oporteret. Ergo mandando impossibilia, non pran-arica-
tores homines fecit, sed humiles, utomne os obstruatur,
et subditus fiat omnis mundus Deo : quia ex operibus
leyis non justificabitw omnis caro coram illo. Accipientes
quippe mandatum, et senlientes defectum, clamabimus
in ccelum, et miserebitur noslri Deus : et sciemus in
ilia die , quia non ex operibus justiticB quw feci-
mus nos, sed secundum suarn misericordiam salvos nos
fecit.
3. Atque hoc dixerim, siquidem consenserimus affec-
tualem legem fuisse mandatam. Sed acluali id potius
convenire iade vel maxime apparere videtur, quod cum
dixisset Dominus, diligite inimicos vestros, mox de ope-
ribus infert : Benefucitc his qui oderunt vos. Hem Scrip-
tura : S/ esurieiit immicus tuus, ciba ilium; si sitit, po-
lum da illi. Et hie de actu habes, non de affectu. Sed
390
OEUVRES DE SAINT HEUNARD.
Voir aui
notes.
: o Si votre ennemi a faim, donnez-lui a
maiiger, s'il a soil', donnez-lui a boire, » ce qui
marque I'actioD, aon 1'affection. Mais ecoulez te
Sauveur au sujet de l'amoui qu'on lui doit : « Si
vous ni'.iiiiR'z. dit-il, gardez mes ■ paroles Joan,
xiv, 15). » Vous voyez que, meme en cet endroit, il
nous renvoie aux oeuvres, en nous enjoignant 1'ob-
servation de ses commandements. Or, il aurail etd
inutile qu'il nous averllt de ['action, si la charite se
fut deja Irouvee dans 1'affection. C'esl done ainsi
qu'on doit entendre le commandement qui nous est
fait d'aimer notre prochain comme nous-infimes
[Matt, xxii, 29), quoique cela ne soil pas exprime
aussi clairement quo jo lo dis. Cur. ne Irouvez-vous
pas qu'il suflit, pour accomplir le precepte de l'a-
mour du prochain, d'observer parfaitement ce que
la loi naturelle elle-meme a prescrit a tout horame
en ces termes : « Co quo vous no voulez point qu'on
vous fasse, ne le faitos point a autrui {Malik, vu,
12), » et : « Tout ce que vous desirez qu'on vous
fasse, faites-le vous-memes aux autres? »
h. Je ne dis pas cela en ce sens que nous devions
etre sans affection, el qu'ayant le cceur secetaride,
nous reruuions seulement los mains pour Taction.
Car, entre tous los grands maux que, solon l'Ap&lre ,
les honimos font, j'ai hi quo e'en osl un quo d'etre
sans affection (Rum. i, 31). Mais il y anno affection
que la chair produit, il y en a uue que la raison regie,
et il y en a une troisieme que la sagesse assaisonne.
la chair,
celle de la
raison
* saceVe * a ' Cependant on ne peut douter, . dil saint Bernard dans son
cinquierue sermon pour l'Avi'nt, n. 2, « qu'on ne don les § rder
dans lo cour; et meme du fond dn ccrur, comme DOtre saint le
dit fort bien a 1'endroit iudique, en sorte que ces paroles soient
pour lame » ce que les aliments sunt pour le corps, et passent
dans les sentiments et dans les mceurs. »
I. a premiere est cello que l'Apotre dil. n'etre et ne
pouvoir poiul etre soumise a la loi de Dieu. La se-
conde, au contraire, esl celle qu'il nous montre
consentant a la loi de Dieu, parce qu'elle est bonne.
El il n'y a point de doute que ces deux-lane soient
bien contraires, puisque l'une est rebelle, et l'aulre
soumise. Mais la troisieme est extremement diffe-
rente des <U\>\ premieres, elle goiile avee plaisix
combien le Seigneur est doux, elle bannit la pre-
miere et recompense la seconde. La premiere est
douce a la verite, inais hontcuse; la seconde est
seche, mais forte; raais la troisieme est onctueuse
et agreable. C'est done la seconde qui produit los
ceuvres, et elle a avec soi la charite, mais non cette
charite affective qui, assaisonnee du sol de la si-
gesse, est pleino d'une onction celeste, ct fait gou-
ter a Time l'abondance des douceurs qui se trou-
vont en Dieu; mais plutdt la charite acluolle, qui
bien qu'elle ne nous rassasie pas encore de cet
amour si doux et si agreable, ne laisse pas d'al-
lumer en nous un violent amour pour cet amour
memo. « N'aimons pas, dit saint Jean, en paroles
ni de la langue, mais en ceuvres et en verite
(I Joan, in, 18). »
5. Voyez-vous avec quelle eircouspection il
marche enlre l'amour vicieux et l'a'mour affoctif,
distinguant egalement de l'un et de l'aulre cette
charite actuelle el salutaire ? II ne recoit point en
cet amour le deguisement d'une laugue menteuse,
et n'exige pas non plus le gout d'uno sagesse af-
fective : « Aimons, dit-il, en ceuvres et en venile; n
parce que nous sommes portes a agir, plutol par
l'impulsion d'une sorte ile verite, que par le mou-
vement de cette charite pleino de douceur. « II a
ordunne en moi la charite. » Laquelle des deux
audi ilem Dominion eliam de sui dilectione mandan tent:
Si diligiiis me, inquit, sermones meos senate. Atque hie
quoque ad opera mittimur per injunctum observantiam
mandalorum. Supervacue aulem do opcre monuisset, si
in afleclione jam fuisset dilcctio. Sic te ergo necesse e I
el illud accipere, quod jnberis diligcrc prnximum hntm
sicut teipsum, etsi non ita aperle expressum sit. An non
denique salis tibi esse judices ad implendum islud de
proximi dilectione mandatum, si id perfecle observes, in
quo oiuni bomini recte do lege naturae praescribitur :
Quod tibi non vis fieri, alii ne feceris? El item illud :
Quwcunque vullis at faciani vobis homines, et vos facite
iUis.
i. Nequc hoc dico, til. sine alTectione simus, et corde
arido solas moveamns man us ad opera. Legi inter alia,
qu33 seribit Apostolus magna et gravis hominum mala,
hoc quoque adnumcralum, sine affectione scilicet esse.
t affeclio quam caro gignil ; el est quam ratio
regit, cl est cjiiain condil sapien i ia. Prima e.-l , quam
Apostolus legi I'ei dicil non esse subjeotam, nee esse
secunda, quam perliibet c rcgione consentientem
legi iJei, quoniam bona esl : nee dubium distare inter
se conlentiosam, et conaentaneam, Longe vero lertia ab
utraque distat, quae el gustat, el sapit quoniam suavis
est Dominus, primam eliminans, secundam romunerans.
Nam prima quidein dulcis , sed lurpis ; secunda
siooa, moI loii'lis : ultima piuguis. et suavis est. Igitur
per secundam opera fiunt, et in ipsa charitas sedel, norj
ilia affect ualis, qu aj sale sapientiae condita pioguescens
magnam menti imporlat multitudinem dulcedinis Do-
mini : sed quaedam potit.s aclualis, quas etsi non-
dum dttlci illo amore suaviter reflcil , amore lamen
amoris ipsius vehementer accendit. Non diligamus .
ail , uerbo, neque lingua, sed opere et veritate,
.ri. Vides quomodo caule medius incedil inter viliosum
alque affectuosum amorem, ab titroque pariter banc
distinguens actualem el salulil'eram charitatem ? Nee
linguae inenlientis in liao dilectione recipit actum, nee
rursum aflieientis exigit sapientiae gustum. Opere, inquit,
diligamus et veritate : i\\\m\ vidclicel moveamur ad
bene opcrandtim magis quodara vividje veritatis impulsu
quam sapidae illius charitalis affectu. Ordinavit in me
charitatem. Quam pulas. baruni '.' Utrumque, sed iodine
opposito.. Nam aclualis inferiors praefert, affeettiaJis bu-
periora. Elenim in bene affecta mente non dubium
(verbi causa) quin dilectioni hominis Dei dilectio praa-
CINQUANTIEME SERMON SllR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
391
pensez-vous qu'il ait ordonnee? Toutes les deux,
mais par un ordre contraire. Car l'acluelle prefere
les choses inferieurps, et l'affective, les superieures.
Pent-on pre- 11 n'y a point do doute, par exemple, qu'un esprit
choses du bien sage ne prefere tonjours l'amour de Dieu a
prochain et celni de 1'homme, et dans les hommes meme, ies
les jnlerets ' .
lempureis plus parfails aux moins parfaits, le ciel a la terre,
*de Dieu?3 l'eternite au temps, l'ame a la chair. Au contraire.
dans une action bieit reglee on garde souvent, ou
presque tonjours, un ordre oppose a celui-la. Car
nous sommes plus presses d'assister le prochain, el
nous le faisons aussi plus souvent; et, parmi nos
frereSj nous assistons avec plus d'assiduite eeux qui
sont plus murines; le droit de l'humanile et la ne-
cessity meme font que nous nous appliquons da-
vantage a la pais de la terre qu'a la gloire du ciel;
le soin des choses tern porelles ne nous perniet pas
de songer aux eternelles; les langueurs et les ma-
ladies de notre corps nous occupent en sorte que
nous ne pensons presque point a notre ame ; et
enlin, comme dit saint Paul, nous faisons plus
d'honneur a la plus faible partie de nous-memes
(1 Cor. xii, 23), selon cette parole du Sauveur :
« Les derniers seront les premiers, et les premiers
les derniers [Malik, xx, 16). » Qui doute que l'hom-
me en oraison s'entretienne avec Dieu? Cepefl-
dant, combien defoisla charite nous oblige-t-elle a
quitter, malgrenous,cesaintexercice,pourceux qui
ont besoin ou de notre assistance, ou de nos con-
seils? Combien de fois un saint repos cede-t-il sain-
tement au turnulte des affaires? Combien de fois,
a Chez lea Cislerciens, oo suspeadait jadis la celebration des
saints mysteres pendant le temps de la moisson. Aussi, Philippe-
Aueuste, ayant ippris que chez les moines de Barbeaux, « a 1'6-
poque de la moisson. les reli^ieux se rendaient dans les granges
et intcrrompaijnt la celebration des saints mysteres, a I'occasion
d'interets temporels, ■ ordonna qn'on celebrerait desorniais tous
les jours nne messe pour le repos de Tame de sen p^re, dans
cette abbaye. On trouve les lettres palentes concernant cette fon-
dalion dans le livre Yf, des diplomes, pages 603. Quant a saint
sans faire mal, laisse-t-on la lecture pour vaquer
au travail des mains? Combien de fois, pour adini-
nistrer des choses terrestres, nous abstenons-nous
tres-justeuitnt de celebrer ° la messe meme? C'est
un renversement, je l'avoue ; mais la necessite n'a
pas de loi. La charite actuelle suit sou ordre et
commence par les derniers, selon le commaude-
ment du pere de famille [Matt, xx, 8 . Au moins
agit-elle avec bonte et avec justice, puisqu'elle ne
fait point acceptiun des personnes, et ne considere
point le prix des choses, mais les besoins des
hommes.
6. 11 n'en est pas de meme de l'affei'tion, elle £a sagesae
commence toujours par les premieres choses. Car r^.s'e lea
la sagesse donne a toutes choses la valeur qu'elles
ont : ainsi, par exemple, c'est a elle qu'on doit que
ce qui de sa nature est plus precieux, raffection
en fasse plus de cas, et estime plus ou moins une
chose selon qu'elle a plus ou moins de perfection.
L'ordre de la charite actuelle, c'est la verite qui le
fait, quant a l'ordre de la verite, c'est la charite
affective qui se l'approprie, car la veritable charite
consiste a donner davantage a ceux qui out plus
de besoin, et la verite charitable, au contraire,
parait en gardant dans nos affections l'ordre qu'elle
garde dans la raison : si done vous aimez le Sei-
gneur voire Dieu de tout votre coeur, de toute
votre ame, de toutes vos forces (Matth. xxn, 37),
et que, par l'ardeur de votre affection, vouselevant '
au dessus de cet amour, b de l'amour iuemedont
la charite actuelle se contente, et rec«vant dans
Bernard, on voit par l'histoire de sa Vie, par Geoflroi, livre V.
chapitre I, qn'il n'omit qne bien rarement la celebration de«
saints mysteres • jnsqu'anx derniers moments de sa Tie. >
b Ces mots > de l'amour ■ manqnent en cet endroit dans
plnsienrs manuscrits. Mais ce mot-la est evidemment place ici
en parfait accord avec la pensee de notre Saint, qoi a dit, en par-
lant pins hant de la charite actuelle, i elle ne parle pas d'allu-
mer en nons nn violent amour pour cet amour meme. -
ponatur, et in hominibus ipsis perfectiores infirtnioribus
ccelum lerrae, aetemilas tempori, anima carni. Attamen
in bene ordinala actione sa-pe, aut eliam seaiper, ordo
oppositus invenitur. Nam el circa proximi caram et
plus urgemur, et pluries occtipamur; et inlirmioribus
fratribus diligentiori sedulitale assistimus : et paci terras
magis, quam cceli gloria jure bumatiilatis et ipsa ne-
cessilate intendimus ; et temporalium inquietudine
cuiaruru vix aliquid sentire de aeternis permittimur ;
et languoribirs noslri corporis, postposita anima; cura,
pene conlinue inservimus, et ipsis denique infirmioribus
membris nostris abundantiorem honorem, juxta scnlen-
tiam Apostoli, circumdamtis : per hoc quodaai modo
facientos vcibnm Domini, de quo babes •. brunt not -
rimi in-tin', et / imi. I rantem denique homi-
nem cum Deo loqui quis dubitet ? Quolics lamen inde
charitate jnbente abdacimur et avellimur propter eos,
qui nostra indigent opera vel loquela ? Quoties pie cedit
negotiorum tumultibus pia quies ? Quoties bona con-
scientia ponitur codex, ut operi manuum insudetur ?
Quoties pro administrandis terrenis, justissime ipsis
supersedemus celebrandis Missarum solemniis? Ordo
praeposterus : sed necessitas non habet legem. Agit er-
go suum actualis charilas ordinem justa patris familias
jussionem, incipiens a novissimis. Pia certe et justa,
quae non sit acceptrix personarum ; nee pretia conside-
ret rerum, sed hominum necessitates.
ti. At non ita afTectualis : nam a primis ipsa ducit or-
dinem. Est enim sapientia, per quam utique quaeque
res sapiunt prout sunt : ut (verbi gratia) quae pluris na-
tura habet, pluris quoquc ipsa affectio sentiant, minora
minus, minima minime. Et ilium quidem ordinem
charitatis Veritas facit, hunc autem verilatis charitas
vindicat sibi. Nam et vera in hoc est charitas, ut qui
indigent amplius, accipiant prius : et rursus in eo cara
apparel Veritas, si ordinem tenemus alTectu, quem ilia
ratione. Tu ergo si diligas Dominum Deum tuum toto
corde, tola anima, tota virtute tua : et amorem amoris il-
392
OEUVRES DE SAINT BEKNARD.
C. est la sa-
gessc qui
nous fait
gouter liiL-u
comuie il eat.
C'est die
anssi
nou-
Iter I'honi-
me a sa va-
leur.
toute sa plenitude l'amour divin, auquel cut autre douteux. Carcelui pour qui.infailliblenient, iln'ya
amour ne sert que de degre, voire esprit est toul plusde retour a. Dieu, il faut le regorder, non
enflamme, . . ri linemen! urns goiilez Dieu, et si comrae presque rien, mais coinme rien du tout,
vous ne le goulez pas encore d'une maniere tout-a- attendu qu'il ne sera rien dans toute 1'etemite.
fait digue ilr lui. el iii qn'il est, parce que cela est Exceptez done celui-la, que settlement on re doit
impossible a toute creature, vous le faites an moins point aimer, mais que Ton doit meme hair, scion
autant que vous le pouvez faire ici-bas. Ensuite cette parole :« Est-ce que je ne hais pas, Seigneur,
vous vous gouterez aussi tel que vous fetes, brsque
vous connaltrez que vous n'avez point sujetdevous
aimer vous-meme, si ce n'est en taut que vous
appartenez a Dieu el parce que vous avez mis en
II en est de
n riue du
procttain.
Ponrquoi et
comment on
doit aimer
Dien.
ceux qui vous haissent, et ne sttis-je pas anime de
/.lie contre vos ennemis [Psal. exxxvm, 31)? »
Pour tout le reste, quelque inimitie qu'un bomme
ait contre vous, la cliarite qui est jalouse a tel
lui tout l'objet de votre amour. Vous vous gouterez, egard, ne saurait souffrir que vous n'avez pas tou-
dis-je, tel que vous etes, lorsquepar l'experience jours pour lui quelque pen d'affection. Celui qui
de voire propre amour, et de 1'affection que vous
vous porterez, vous ne trouverez rien en vous qui
rnerile d'etre aime de vous, si ce n'est pour celui
sans qui vous n'eles vous-meme qu'un neanl.
7. Quant a voire procbain, qu'il faut que vous
aimiez veritableinent conune vous-meme; vous le
est sage comprendra ce que je dis.
8. Donnez-moi un bomme qui, avant tout, aime
Dieu de toute son ame, qui aime ensuite. soi et son
procbain autant que tons deux ils aiment Dieu, et
qui aime son ennemi, parce que peul-elre un jour
cet ennemi l'aimera aussi lui-meme ; qui aime ses
Qui doit-on
appeler sage
gouterez aussi lei qu'il est, s'il ne vous parait point parents, selon la chair, plus teudreraenl a cause de.
autre que vous ne vous paraissiez a vous-meme, la nature ; ses parents selon l'esprit, e'est-a-dire,
car il est ce que vous etes ; il est bomme coinme ceux qui l'ont instruit, plus abondamment a cause
vous. Puisque vous ne vous aimez vous-meme, que de la grace ; et que son amour pour toules les au-
parce que vous aimez Dieu, il s'en suit que vous tres cboses soit ainsi regie par l'amour de Dieu,
aimerez coinme vous-meme tous ceux qui aiment qu'il raeprise la terre, soupire apres le ctel, use
Dieu coinme vous l'aimez. Quant a votre ennemi des biens du monde comme n'en usant pas, et
qui n'est qu'un neant, s'il n'aime point Dieu, vous sache faire le discernement par le goiit spirituel el
ne pouvez pas l'aimer comme vous-meme, qui interieur, des cboses dont il faut user, et de relics
aimez Dieu, mais vous l'aimerez pour qu'il l'aime.
Or, ce n'est pas la meme cbose, de l'aimer afin
qu'il aime Dieu, et de l'aimer parce qu'il l'aime
deja, afin done que vous le goutiez tel qu'il est,
vous ne considfirerez pas ce qu'il est, car il n'est
rien, mais ce qu'il sera peut-elre un jour, et qui
n'est presque rien, attendu que cela est encore
dont il faut jouir, alin que, de celles qui passent,
il n'en prenne soiu qu'en passant, el, settlement
autant qu'il est, besoin pour arrivcr a la fin qu'il
se propose, et. qu'il embrasse d'un desir eternel
celles qui sont elernelles. Doimez-moi, dis-je, tin
bomme de cette sorle, et je dirai bardiment qu'il
est sage, puisqu'il goiite les cboses vratment telles
lum, quo contenta estcharilas actualis, affectu ferventiori
transsiliens, ipso comminus divino amore (ad quern is
est gradus) occepto in plcnitudine spiritu, totus ignes-
cas : sapit libi profecto Ueus, etsi non digne omnino
prout est, (quod utique impossibile est omni creaturEe)
certe prout tuum sapere est. Dcindesapies eliam ipse tu
tibi prout cs, rum tc senseris nil habere prorsus, hide
te ames, nisi in quantum Dei es : quippe qui totum
unde amas, in ilium cltudeiis. Sapies, inquam, libi
prout es, cum ipso experimento amoris lui, et
affectionis quam ad teipsum babebis, nihil dignum te
esse invenics, quod vel a leipso ametur, nisi propter ip-
sum, sine quo ipse cs nihil.
7. Jam vera proximus, quern vere te oportet diligere
tanquam teipsum, tit tibi et ipso sapial prout est, hand
aliud profecto aapiet libi, quani tu libi, qui hoc est quod
tu : est enim homo. Qui itaquc le non iliiigis, nisi quia
diligis Ileum -. consequenter omnes qui similiter dili-
gunt cum, diligis tanquam teipsum. Porro inimicutn
hominem, quoniam nihil esl, pro eo quod non diligit
Deum ; non poles quiilem dibgere tanquam teipsum,
qui Deum diligis : diliges lanien ul. diligal. Non est
autem idipsum, diligere ut diligal, ct diligere quia dili-
git. Proinde ut tibi et ipse sapiat prout. esl, sapiet tibi,
non quiilem quod est, qui utique nihil est : sed quod
fului'us lorsilan est, quod est prope nihili, quippe quod
adhuc pendet sub dubio. Etenim de quo constat quod
ad amorem Uei non sit deinceps rediturus, sapial Libi
nece se est, non prope jam nihil, sed nihil ex tolo, ut-
pote quod iu sternum nihil est. Ulo igitur exoepto,
qui una modo jam non diUgendus, insuper ct odio lia-
bendus est, secundum illud, Nonne qui oderuni le Do-
mine oderam, et super inimicos lum tabescebam '.'
de caetero nulli vel inimicissimo homini negari
quanlulumcunique affectum charilas sane in hac par-
te ambitiosa peimitlit. Quis sapiens, et intelliget
bsec ?
8. Da mihi honiinem, qui ante omnia quidem e.\ toto
se diligal Deum; se vero ct proximum, in quantum di-
ligunt ipsum ; inimicum autem, tanquam aliqunndo
forsitam dilecturum ■. porro parentes carnis suss gevmar
nius propter naturam, spirituales vera eruditores suns
prontsius propter gratiam ; atque in hunc modum ad
caters quaeque Dei ordinato intendat amore, despioiens
terrain, suspiciens cesium, ulens hoc mundo tanquam
non ulcus, et inter ulenda et I'ruenda intimo quodam
CINQUANTE ET UNIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CA.NTIQUES.
393
qu'elles sont, et il peut avec verile et avec con-
fiance se glorifier et dire : « Dieu a ordonneenmoi
la charile. » Mais oil en est-il, et quand en sera-t-il
ainsi ? Je le dis en pleurant, jusques a quaud ne
ferons-nous que flairer, au lieu de gouter, fegar-
derons-nous notre palrie sans n'y arriver, soupi-
rerons-nous apres elle, et la saluerons-nous de
loin ? 0 yerite, patrie des exiles, et lin de leur
exil ! Je vous vois, mais je ne puis entrer oil vous
etes, j'en suis empeche par ma chair morlelle; et
d'ailleurs je n'en suis pas digne, etant tout sonillo
de peehes comme je le suis. 0 sagesse, qui attei-
gnez depuis une extremite jusqu'a l'autre, avec
une force invincible, en creant et en contenant
loutes choses, et qui disposez tout avec une dou-
ceur admirable en reglant les affections, et en les
rendant bienheureuses ! Conduisez nos actions,
selon que les necessites temporelles le demandent,
et ordonnez les mouvements de notre amour, selon
que voire verile eternelle le desire, aiin que eha-
cun de nous puisse se glorifier en vous avec assu-
rance, el dire : « 11 a ordonne en moi la charile. »
Car vous etes la vertu de Dieu, et la sagesse de
Dieu, Jesus-Christ notre Seigneur, l'epoux de
l'Eg ise, Dieu au dessus de tout et beni daus tous
les siecles. Ainsi soit-il.
SERMON LI.
L'£pouse dcmande que les fruits des bonnes a>uvres
soient atisSi nombieux que les fleurs et aussi abon-
dants que les pay funis de I'esperance. De I'espe-
ance et de la crainle.
1. « Soutenez-moi avec des fleurs, couvrez-moi
de fruiis, car je languis d'amour {Cant, n, 5). »
L'auiour de l'Epouse a grandi, parce qu'elle a recu
plus de choses capables de 1'enflammer qu'elle
n'en avait recu jusqu'alors. Car vous voj-ez, com-
bien celte fois-ci, elle a eu de temps, non-seule-
ment pour le voir, mais encore pour lui parler.
11 semble meme que que son Epouse lui ait fait pa-
riitie un visage plus serein, que son discours ait
ete accompagne de plus de charmes, et leur entre-
tien plus long qua 1'ordiuaire, ou seulement elle
se rejouit d'avoir eu un entretien avec sou Epoux,
mais elle se glorilie meme des louanges qu'il lui a
donnees. De plus, elle s'est rafraichie sous l'ombre
de celui qu'elle desirait, elle s'est nourrie de son
fruit, elle a bu de son breuvage. Car il n'est pas
croyable qu'elle soit sortie de son cellier ayant soif
encore, puisqu'elle vient de se glorifier tout a l'heure
d'y etre entree. Ou plulcit elle a encore soif, parce.
que « celui qui me boit, ditla sagesse, sera encore
allere [Eccli. lxiv, 20). » Apres tout cela, l'Epoux
s'etant retire selon sa coutume, elle dit qu'elle
languit d'amour, e'est-a-dire a cause de l'amour
qu'elle a pour lui. Car plussa presence lui avait ete
agreable, plus son absence lui est sensible. La
Sens et
liaison da
lexte.
mentis sapore discernens, ut transitoria transitorie, el
ad id duntaxat quod opus, et prout opus est curet,
;e(erna desiderio amplectatur aeterno : lalem, inquam,
da raihi hominem, et ego audacter ilium sapientem
pronuntio, cui nimirum quaeque res revera sapiunl
prout sunt, et cui in verilate alque securitate competit
gloriuri, et dicere, quia unit /writ in me charitatem.
Sed ubi ille, aut quando ista ? Quod liens dico, quous-
que odoramus, et non gustamus, prospicientes patriam
et non apprehendentes, suspirantes, et de longe ^alutan-
tes ? 0 Veritas exsulum pati-ia, exsilii Rnis ; video te,
••ctl intrare non sinor carne retenlus, sed nee dignus ad-
mitti, peccatis sordens. 0 Sapientia, qua? attingis a
line usque ad finem forliler inslituendis et continendis
rebus ; et disponis omnia suaviter in beandis et ordi-
nandis affectibus ! dirige actus nostros, prout nostra
temporalis necessitas poscit ; et dispone alfeclus nostros,
prout tua Veritas aternas requirit, ut possit unusquis-
que nostrum secure in te gloriari et dicere , quia
ordUnavil in me charitatem. Tu cs enim Dei virtus
it Dei snpientia , Christus sponsus Ecclesiae , Do-
minus nosier, super omnia Deus benedictus in sa?cula
Amen.
SERMO LI.
Qualiter Sponsa petit sibi accumulari fructus bonorUm
operant cum floribus, et adorameniis Fidei : item de
spe, el timore.
1. Fulcite me floribus, stipate me mails, quia antore
langueo. Crevit amor, quia incentiva amoris plura solito
processerunt. Vides siquidem, quanta hac vice non
videndi tantum, sed et colloquendi copia fuit. Ipsa quo-
que visio apparet vultu indulta sereniori, et sermo ju-
cundior et sermocinatio longior atque protractior. S'ec
solum obleclata colloquio sed et gloriata praiconio est.
Ad ha;c, ejus quem desideraverat refrigerata est um-
bra, cibata fructu, poiata cilice. Nee enim silibunda
putanda est exisse de cella vinaria, in quam se intro-
ductam modo novissime gloriatur imo veio sitibunda,
quoniani qui bibit me, inquit adhuc sitiet. Post ista
omnia, Sponso more suo tecedente, ilia languere
amore se perbibet, id est pr« amore. Quo enim gra-
tiorem fuerat experta pr;esenliam, eo post modum ab-
sentiam molestiorem sensit. Sublratio nempe rei r'im
amas, augmentatio desiderii est ; el quod I . entiu
394
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
Sens mysti-
que.
perte de la chose qu'on aime en augmenldo desir,
et plus on desire un objet avec ardeur, plus on en
souffire la privation avec peine. (Test pour cela que
TEpouse prie qu'on la recree par l'odeut des Qeurs
el des CruiUj en attendant le retourde celui dont
elle supportele retard avec lanl d'impatience. Voila
pour ce qui regarde l'ordre et la suite du
texte.
2.Tiehons mainlenint, avec la conduite de l'es-
prit, d'en tirer quelque fruit spirituel. Quoiquetoute
1'Eglise des saints s'attribue ordinairement les pa-
roles de I'Epouse, nous ne laissons pas nous antics
d'etre designes par ces fleurs et par res fruits,- et
non-seulement nous, mais generalement tous ceux
qui out quitte le monde, en quelque siecle qu'ils
l'aient fait. I.es Jleurs marquent la vie nouvelle
et encore tendre de ceux qui commencent ; et les
toute bonne ceuvre, car sans la foi il est impossible
de plaire a Dieu [Hcb. xi, 6), comme dit l'Apfltrc,
mais bien plus, scion le meme Apotre, tc tout ce
qui nc vient point de la foi estpeche [Rom. xiv,
23 . i) Ainsi, il n'ya point de fruit sans Qeurs, ni tie
bonne oeuvre sans foi. Mais d'autre part la foi sans
les ceuvres est une fois morte (Jacob, u, 20j. C'est
en diet bien inutilemenl que la Beur paralt si elle
n'est point suivie du fruit. « Soutenez-moi avec
des fleurs, couvrez-moi de fruits, car je languis
d'amour. » Uneame qui est accoutumee au repos
sc console done paries bonnes ceuvres enracinees
dans une foi non fcinte, toutes les fois que la lu-
miere de la contempl itionluiestsoustraile, comme
cela arrive assez souvent. Car qui est celui qui en
peutjouir, je nc (lis pas toujours, mais quclque
temps seulement, tandis qu'il est dans un corps
fruits, la force de ceux qui sont plus avances et la movt? Mais comme je l'ai dit, toutes les fois qu'il
maturite des parfaits. L'Eghse, qui est notre mere, tombe de la contemplation, il se retire dans Taction,
etant environnee de ces fruits dans le lieu de son comme dans un lieu, d'ou il pourra plus aisement
exil, elle qui ne vit qu'en Jesus-Christ, et qui rentrer dans ce premier etat, parce que ces deux
trouve que c'est un grand bien que demourir pour choses out beaucoup de rapport entre elles el de-
lui, souffre avec moins d'impatience la peine d'un meurent mime ensemble. Car Marthe est soeur de
si long retard, parce que, scion TEeriture on lui Marie, et quoiqu'il sorte de la lumiere de la con-
donne « des fruits de ses mains (Prow xxxi, 31), » temptation, il ne tombe pas pourtantdans les tene-
comme des premices de l'Esprit-Saint, et que ses bres du peche, on dans la paresse de l'oisivete,
ceuvres lui font recevoir des louanges publiques et mais il sc tient dans la lumiere des bonnes ceuvres.
solennelles. Mais sivous voulez que, suivant lesens Et alia que vous sachiez que les ceuvres sont aussi
designee par moral, je vous montre dans une ame, les fleurs et une lumiere; u que votre lumiere, dit le Sauveur,
'?(isDfflvreset '«s fruits, enlendez la foi par les fleurs, et les
par lesfruiis. ffiuvres par les fruits. Et cette explication, comme
je crois, ne vous paraltra pas mauvaise, si vous
remarquc. que, comme la ileur precede necessaive-
ment le fruit, il faut aussi que la foi previenne
La foi est
luise devant les hommes (Matth. v, 16). » Or, il
est hors de doute qu'on doit entendre ces paroles
des ceuvres que les hommes peuvent voir.
3. « Soutenez-moi avec des fleurs, couvrez-moi
de fruits, car je lauguis d'amour. » Lorsque ce
Vicisaitut
de 1'aclio
el de la
i nil, 'HI
plation.
Joie et plai-
sir de la
chose aimee
desideras, cares a>grius. Rogat proinde ista interim
odorainentis Horn in ac fructuum confoveri, quousque
denuo revertatur, tiuetn nioleslissime suslinet demo-
rantem. Atque is ordo sermonum.
2. Nunc jam spiritualem fructum, qui in ipsis est,
spiritu dnce veritalis lentenius eruere. Et si communis
Ecclesia sanctorum hie rccipilnr loquens, nos in fiori-
bus froctibnsque designati sumtis; sed et quique
conversi de sacnlo in toto sseculo. In floribus quidem
novella et tenera adhuc incipienlium conversatio de-
monslratur, in fructibus vero prolicientinm fortitudo ct
maturitas perfectonim. His Btipata mater peregrinans et
fructilicans, cui vivere Christus est, et mori lucrum ;
profecto aequanimius fert molestiam sua; dilationis, quo-
niam, juxta Scripluram, dutur ei de fructu manuum
sum in, i. tanquam ex primitiis spiritus, et laudant cam
in portis opera ejus. Si aulem secundum moralem sen-
sum in unaanima \is libi atraquehiec aasignari, et /lores
videlicet, el fructus ; [Idem florem, fructum actum in-
tellige. Nee incongrue (ui opinor) id tibi videbilur, si
adverlas, quomodu inslar floris nccessaiio praecedentis
fructum, bonum quoque opus fide oporteat praeveniri.
Alioquin sine fide impossible est placere Deo. Paulo
attestante, magis autem ipso aeque docente, Omne quod
non est ex fide, etium prccatumest. ltaque nee sine flore
fructus, nee sine lide opus bonum. Sed et fides sine
operibus niorlua est, sicut inulililer quuque flos apperet
ubi non sequitur fructus. Fulcite me floribus, stipate
me malis •■ (/uia amort langueo. Ergo ex bonis operibus
in fide non llcta radicatis recipit consolationem mens
assueta ujuieti, qtiotie sibi (ul assolet) lux contemplatio-
ns subtrahitur. Quis enim, non dico continue, sed \ cl
aliquandiu, dumin hoc corpore manet, lumine contem-
plationis tVualur } At quoties (ut dixi) corruil a
contemplative, tolies in aclivam se recipit, inde nimi-
rum tanquam e vicino familiarius reditura in idipsum :
quoniam sunt invicem conluberaales ha dua?, et coha-
bitant pariter ; est quippe soror Mari;e Martha. Neque
enim, etsi a conlemplalionis lumine cadit, patitur lamen
ullalenus sc incidere in tenebras peccati, seu igna-
viam olii , sane in luce bona? operalionis se
rclinens. El ut scias eliam opera luccm esse : Lueeat
lux vestra, inquit, coram hominibus, quod non est du-
liiiini de operibus fuisse dictum, qua; homines potcrant
intueri.
3. Fulcite me floribus, stipate me malis, quia amore
langueo. Cum prssto est quod amatur, vigetamorlanguet
cum abest. Quod non est aliud, quam tasdium quoddam
CINQUANTE ET UNIEME SERMON SUR CE CANTIQUE DES CANTIQUES. 395
par cette pluie volontaire que Dieu areservee a son
heritage, ont comme refleuri clans les oeuvres de
l'obeissanee et sonl devenus devots et soutnis en
toutes choses, je n'ai point de sujet d'etre triste n ies .,
d'avoir interrompu l'exercice agreable
qu'on aime, est present, l'amour est dans sa vi-
gueur, et lorsqu'il est absent, il langnit. Et cette
langueur n'est autre chose qu'un ennui et un cha-
grin, cause par 1'impatience du desir, qui est ne-
cessairement tres-violente dans celui qui aime
beaucoup, lorsque l'objet aime est absent ; parce
qu'etant dans une continuelle attente, il trouve que
quoiqu'il se hate, il est toujours bien longtemps a
venir. Et c'est pour cela que tous voyez l'Ejjouse
demander, qu'on la couvre des fruits des bonnes
oeuvres, et des ardeurs agreables de la foi, dans
lesquelles elle puisse se reparer durant le retard
de l'Epoux. Co que je vous dis pour l'avoir eprouve
moi-meine. Car lorsque je reconnais que quelques-
uns de vous out profile de mes remontrances, j'a-
voue qu'alors je nerue repens point d'avoir prefere
le soin de vous parler, anion propre loisir, et a mon
repos. Comme par exemple, lorsqu'apres im dis-
cours que je vous ai fait, il se trouve que celui qui
etait colere, devient doux, que celui qui etait or-
gueilleux, devient humble, que celui qui etait
tiuiide, devient genereux, ou que celui qui etait
doux, ou bumble ou genereux, l'est encore davan-
tage, est devtnu meilleur qu'il n'etait, queceuxqui
etaient dans la langueur et l'altiedissement, et tout
endormis pour les exerciees spirituels, se sout
echauffes et eveilles a la paToleenllammee du Sei-
gneur, ou que ceux qui, ayant quitte la source de
lasagesse, s'etaient creuse comme des citernesde leur
propre volonte, qui ne peuvent contenir les eaux
de la grace, et murmuraient a tout ce qu'on leur
commandait, parce qu'ils avaient le cceur sec, et ne
sentaient aucun mouvement de devotion, lors dis-
je, que ces personnes, par la rosee de la parole, et
de la
aui douceuri
de la
temptation, parce que je sms environne de fleurs contempla
et de fruits de piete. Je sou tire avec patience, "°°'
d'etre arrache des einbrassements d'une Rachel
sterile, pour recueillir de I.ia avec abon dance les
fruits de vos progres dans la vertu. Jo ne me re-
pentirai point, je le repete, d'avoir quitte le repos,
pour vous parler, lorsque je verrai que la semence
que j'ai jetee dans vos Ames, y a germe, et que les
fruits de votre justice se sont accrus et augmentes.
Car il y a longtemps que lacharite, « qui ne cherche
point ses propres interets (1 Cor. xiu, 5) , » m'a
persuade de preferer votre avancement a tout ce
que je puis avoir de plus cher. Prier, lire, ecrire,
mediter, et tous les avantages des exercices spiri-
tuels, je les ai reputes comme des pertes pour l'a-
mour de vous.
h. « Soutenez-moi avec des tleurs, couvrez-moi
de fruits, car je languis d'amour a L'Epouse
adresse done ces paroles aux jeunes lilies, en l'ab-
sencede l'Epoux, les avertissant ainsi d'avancer dans
la foi et dans les bonnes oeuvres, jusqu'a ce qu'il
vienne, parce qu'elle sait que e'est le moyen de
plaire a son Epoux, de procurer le salut de ces
jeunes Olles, et de se consoler elle-meme. Je me
souviens d'avoir explique cet endroit, avec plus
d'eteudue dans le livre que j'ai compose sur l'a-
mour de Dieu, et d'y avoir donne un autre sens.
Celui qui voudra prendre la peine de le lire, jugera
lequel des deux est le meilleur. Une personne sage
impatientis desiderii, quo necesse est affici mentem ve-
hementei' amantis absente quem amat, dum tot ns in
exspectalione, quantamlibet festinationetn reputat tardi-
tatem. Et ideo ista postulat sibi accumulari bonorum
opci'um frucius cum fidei odoramentis , in quibus
caoram faciente Sponso interim requiescat. Loquor
\obis experimentum meum quod expertus sum. hM
quando sane comperi profecisse aliquos veslrum ex nieis
monitis, tunc non me piguit, fatcor, curam prsetulisse
sermonis proprio otio et quieti. Cem enim (verbi gratia)
post sermonem iracundus quispiam reperitur mutalus
in mitem, superbus in humilem, pusillanimis in fortem :
porro mitis, humilis, fortis, in sua quisque gratia ex-
crevisse, et in seipso melior factus esse agnoscitur ; sed
et qui forte tepuerant et languebant circa spirituale stu-
dium torpentes et dormitantes, ad ignitnm eloquium
Domini rel'erbuisse et evigilasse videntur ; et qui de-
scrlo funte snpienliae, foderant sibi propriie voluntatis
eistcrnas non valcntes aquas continere, proptereaque ad
omne injuctum graviti corde arido murmurabant, liul-
Ium in se habentes devotionis humorem : hi, inquam
cum de rore verbi, pluvia voluntaria, quam segrcgavit
Dens hereditati suae, refloruisse probantur in opera
obedienti*, facti in omnibus voluntarii et devoti, non
est (dico vobis) unde subeat mentem, quasi pro inter-
misso studio jucunda? contemplationis, trislitia, cum
talibus Tuero circumdalus lloribus atqnc fructibns pieta-
tis. Palienter avellor ab infoecundaa Rachelis amplexibus,
ut de Lia milii exiiberent frucius profectuum vestrorum.
Minime prorsus pigebit me intermissa? * quielis pro
cura sermonis, cum videro in vobis germinare semen
meum, atque ex eo augeri incrementa frugum juslitiae
vestrae. Charitas enim qua; non qaasrit quae sua sunt, id
mihi jamdudum facile persuasit, nil scilicet desiderabi-
lium meorum vestris praeferre ulililatibus. Orare ,
legere, scribcre, meditari, et si qua sunt alia spiritua-
lis studii lucra, baec arbitratus sum propter vos detri-
menta.
4. F,i/a'te me flnribus, stipate me mail's, r/uia amore
langueo. Hoc itaque locuta est Sponsa adolesccntulis in
Sponsi absentia, motiens cas in* tide protlcere et operibua
bunis donee veniat, sentiens in eo fore et beneplacitum
Sponsi, et tiliarum salutem, et suam ipsius consolatio-
nem. Scio me hunc locum in libro de Dileclione Dei
plcnius explicuisse, et sub alio intellectu : potiorine an
deteriori, lector judicet, si cui utrumque videre pla-
cuerit. Non sane a prudente de diversitate sensuum
judicabor, dummodo Veritas utrobique nobis patroeinf, •
• al. iuter-
turbatae.
396
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Quand et
comment
pml-on
doouer pin-
jieurs sens a
1 ICcritore
tainle ?
ne me condainnera eertainement pas il'avoir donne il so prepare a l'embrasser pour la rechauffer snr
deux differentes explications a un mime passage,
pourvu qu'elles Boient toutes deux toudees sur la ve-
rity, el que la charite. quiesl la regie del'interpreta-
tion de l'Eoriture, edilie d'autanl plus depersonnes,
qu'il y en aura plus qui pourront faire servir ees
son sein. 0 neureuse I'aroe qui est couchee sur le
sein du Seigneur, et qui repose enlre les bras dn
Verbe. « II met sa main gauche sous ma I6te, el il
m'embrassera de sa maindroite. » Mile nedit pas,
il m'embrasse mais il m'embrassera, pour faire
sen- a leur usage, a cause de leur diversite. Car connaitre qu'elle est si reconnaissante de cette pre*
ponrquoi trouverait-on mauvais que dans l'intelli- miere grace qu'elle a recue, quelle previent meme
genee de l'Ecritui'e sainle, on fit ce que nous
voyons qu'on pratique tous les jours dans les au-
tres choses ? A combien de differents usages, par
exemple, ne faisous-nous pas servir l'eau pour ne
parler que il'elle. Ainsi on ne pent pas blamercelui
qui donne divers sens a ane meme parole de Dicu.
pour qu'ils puissent servir aux diverses nceessites
des anies,
5. 11 y a ensuite : « Sa main gauche est sous ma
tete, et sa main droite m'embrassera. » II me sou-
vient d'avoir aussi explique cela avec beaucoup d'e-
tendue dans l'ouvrage que je viens de citer. Mais
marquons la suite des paroles du Cantique. 11 pa-
rait que l'Epoux est revenu, sai.s doute alio de re-
creerparsa presence son Epouse, qui languissaitd'a-
mour. Car comment sa presencene la soulagerait elle
pas, puisqu'elle a etc si furl abattue de son absence? Ne
pouvant done plus souffrir la peine de son Epouse,
il se presente devant elle. Card ne pent phis tarder
davautage en se voyant rappele par de si ardents
desirs. Et comme il trouve que durant son absence
elle a ete fidele a travailler et soigueuse d'amasser;
elle avait, en effet, commande qu'on la couvrit de
lleurs et de fruits, il retourne encore a elle avec des
graces plus abond antes que les autres fois:Car d'un
bras il soutient sa tete languissante, et de l'autre,
la seconde par des actions de grace.
0. Apprenezde la a n'etre point lent et paresseux
arendre grace a Dieu ; apprenez a le remercier de
chacun de ses dons. « Considerez avec soin, dit le
, ce qui vous est presente [Prov. ccxxxvi, 1), »
alin que vous ne laissiez passer aucun don de Dieu,
ni grand, ni mediocre, ni petit, sans lui en rend re
grace. Car Jesus-Christ nous recommande de re-
cueillir les moindrcs restes, de peur qu'ils ne soient
perdus, e'est-k-dire de ne pas oublier meme les
moindres bienfaits que nous recevons de lui. Ce
qui est donne a un ingrat n'est-il pas perdu ! L'in-
gratitude est I'ennemie de Tame, l'aneantissement
des merites, la dissipation desvertus, et laperte des
faveurs que Dieu nous fait, [/ingratitude est un
vent brulant qui desseche pour soi la source de la
bonte, la rosee de la misericorde, les fleuves de la
grace. C'est pourquoi quand l'Epouse sent la grace
que son Epoux lui tait en mettant sa main gauche
sous sa tete, elle Ten remercie a l'heure meme, et
n'attend pas pour le faire, la plenitude de la grace
qui se trouve dans samain droite. Car apres avoir dit
que la main gauche de son Epoux, est sous sa tete,
elle n'ajoute pas qu'il l'a embrassee de sa main
droite, maisqu'ildoit l'embrasser.
7. Mais a notre sens que peuvent etre la main
II foul ren
grace a Oieu
poor 1'"-
bienfaita
qu'on en
recoil.
L'ingrnti-
tiide i'si un
tablu.
tur ; et cbaritas, cui Scripluras servire oportet, eo
adificet plures, quo plures ex eis in opus suum veros
eruerit intellectus. Cur enim hoc displiceut in sensibus
Scripturarum, quod in usibtis reran) assidue experi-
mur ? In quantos (verbi causa) sola aqua aostrorum
assumitur rorporum uses ? Ita unns quilibet divinus
sermo non erit ab re, si diversos pariat intellec-
tus, divcrsis animarum neccssitalibus el usibus accom-
modandos.
5. Sequitur : Lceva ejus sub capite men, et dextera
ejus amplexabitur me. Et insuper hoc quoque in prse-
fato opusculo iiiemini uberius disputatum : seJ signe-
mus serinonis ordinem. Liquet denuo adesse Sponsum,
credo, ut sua praesentia languentem erigat. Quoniodo
enim non in prffsentia ejus convalesceret, quain absen-
tia conaternarat ? Ergo non sustinet dilecta; molestiam :
adest, nequc enim inorain f'acerc potest tantis desideriis
evocalus. Et quia iilam compererat, donee, absens fait,
Bdelem ad opera, el sollicitam ad lucra, in eo nimirum,
quod (lores sibi et fruotus prajceperat adunari ; eliam
cum propensiori hac vice remuneratione gratia; est re-
veraiis. Denique uno brachiorum suorum sustenta caput
jacentis, alteram ad amplexandum parans, ut sinu fo-
veat. Felix anima qua: in Christi recumbitpectore, inter
verbi brachia rcquiescit. Lava ejus sub capite meo,
et dexiera ejus amplexabitur me. Non ait, amplexatur,
scd, amplexabitur me : ut noveris priori gratim adeo
non ingratam, ut secundam gratiarum actione preve-
ncrit.
6 . Disce in referendo gratiam non esse lardus anl
segnis, disce ad singula dona gratias agere. Diligenler ,
inquit. consiclera qucs tibi apponuntur ut nulla videlicet
Dei dona debita gratiarum actione i'rustrentur, non
grandia, non mediocria, nonpusilla. Denique jubemurcol-
ligere fragments ne pereant , id est nee minima bencflcia
ohlivisci. Numquid non perit quod donatur ingrato.
Ingratitude ininimica est anima?, exinanitio merilorura ,
virtutum dispersio, beneflciorun perditior. Ingralitudo
ventus urens, siccans sibi fonlem pietalis , rorem mise-
picordise , fluonta gratia? . Propter hoc denique Sponaa
mox nl graliaui de laiva scusit, gratias egit , non exs-
1 tans plenitudinem quae in dextera est. Neqtie enim
ubi rcemorata esl laevam jam esse sub capitesuo , ctiam
secuta est a dextera se similiter amplexatam ,scd ampl
xabitur me, inquit.
7. Caderam quid putauius Verbo Sponso Icevam esse,
CINQUANTE ET UNIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES
gauche, la main droite dans le Verbe Epoux. Est-ce
qu'ii en est de ce Verbe, comme de celui des hom-
mes, a-t-il des parties corporelles distinctes l'une
de l'autre, des lineaments separes, et qui font
une difference entre la main gauche et la main
397
royaume du ciel. Or il arrive quelquefois que no-
tre ame est sous l'impression de la crainte servile
de la peine, et alors il ne faut pas dire que la
main gauche de l'Epoux est sous notre tete, mais
quelle est dessus ; et uue ame qui est dans cette
e Verbe est
one parole
simple et
une.
omment 01
loit parler
des choses
de Dieu.
Car il est lasagessede Dieu, de laquelle il est ecrit :
« Et sa sagesse n'a point de nombre (Psal. ci.xvi,
5). » Mais si ce qui est inimitable est incompre-
hensible, et pourtant ineffable, oil trouver je vous
prie des paroles qui soient capables d'exprimer di-
gnement une si haute Majeste, d'en parler en ter-
mes qui lui conviennent et de la deflnir convena-
blement "? neanmoins afin d'expliquer, selon notre
pouvoir, le peu que nous en connaissons par la re-
velation du Saint-Esprit , l'autoriie des Peres et la
coutume de l'Ecriture nous apprend, qu'il nous est xvi, 10). » Voila pourquoi dans la certitude de son
permis de nous servir de comparaisons de choses espcrance, elle dit avec confiance : « et sa droite
connues qui y ont quelque rapport, et que nous m'embrassera. »
pouvons non pas inventer de nouvelles paroles, 9. Consider ez avec moi si une Ame qui est dans eet
mais emprunter celles qui sent communes, ou en etat et qui en est meme a jouir d'une si grande
user dans un autre sens pour en revetir ces com- douceur, ne peat point s'approprier aussi cette pa-
Ou'est-ce
lelagiuehe
t la '"droite
en Dieu.
paraisons a', quelque sorte de dignite et de de-
cence ; d'ailleurs il serait ridicule de vouloir ensei-
gner des choses qui ne sont pas connues, par d'au-
tres qui ne le sont pas davantage.
8. Ainsi comme par le cote droit et par le cote
gauche on a coutume de designer les adversites
role du Psalmiste : « Je dormirai et reposerai en
pais (Psal. iv, 9). » surtout ajoutez avec moi,
« parce que e'est vous seul, Seigneur, qui m'avez
particulierement etabli dans l'esperance. » C'est-a-
dire : Tant qu'une personne est touchee de l'esprit
de servitude, et qu'elle a peu d'esperance et beau-
La crainte
seivile.
droite ? Ne devons-nous pas croire plutot que le disposition ne peut pas dire avec l'Epouse : 11 met
Verbe de Dieu, qui est Dieu lui-meme, n'admet en sa main gauche sous ma tete. Mais si elle f lit quelque
soi aucune diversite, mais « qu'il est celui qui est, progres et passe de cet esprit de servitude dans le
si simple en sa nature, qu'il n'a point de parties, sentiment plus noble d'un service volontaire, en
si unique, que la pluralite n'a point de lien en lui. sorte qu'elle soit plutot attiree par les recompenses,
que forcee par les suppliees, et surtout si elle se
porte au bien, par l'amour du bien meme , alors
elle pourra dire sans hesiter : « Sa main gauche est
sous ma tele ; » parce qu'elle a surmonte, par une
meilleure et plus generalise disposition d'esprit,
cette crainte servile, qui est a la main gauche, et
que meme par la noblesse de ses desirs, elle. s'est
approcb.ee de la main droite, oil sont toutes les
promesses, suivant cette parole du Prophete a Dieu :
« Des delices eternelles sont dans votre droite I Psal.
et les prosperites, il me semble qu'ici on peut en- coup de crainte, elle n'a ni pais, ni repos, parce
tendre par la main gauche du Verbe, la menace du qu'elle Dotte entre la crainte et l'esperance, et elle
supplice eteniel, et, par la droite, la promesse du est d'autant plus tourmentee, que la crainte sur-
La ou l.i
crainte
domine l'es-
perance est
nulle.
at. trans-
feree.
sive dexteram ? Nuni id quod dicitur hominis verbum
istiusmodi corporeas partes babet in se divisas, et lioea-
menta distincta , ae dislinguentia inter sinistrara et dex-
teram ? Quanto magis is, qui Dei et Dens est , Sermo
varietatem prorsus aliquam non admittH ,sed est qui est,
in sua nimirum nalura tarn simplex ut non habeat partes,
tain unus ut non babeat numeros. Est enim Dei sa-
pientia, de q u eriptum est: Et sapientiv ejm non est
numerus. At si quod invariable est , id incomprehensi-
bile,acper hoc eliam ineffabile esse necesseest: ubi
quaeso invenias verba, quibus illam mujestalem vel di-
gue, assignes, vel proprie proloquaris, vel competenter
diffinias? Taraea uteumque Ioquamur, quod ulcumque
de ea Spiritu-Sancto revelante sentitnus. Docemur auc-
t irilale patrum , et consuetudine Seripturarum
gruenle.-s de rebus nolis licere similitudines usurpare;
sed et verba non nova iaveuire, sed nota mutuari *, qui-
bus digne et c impetenter easdeui similitudines vesli.in-
tur. Alioquin ridicule ignota per igno'a docere conaberis.
8. Ergo quia per dextrum et siuistrum adversa soient
atque prospera designari: videtur ruihi hoc loco intel-
ligi posse leevam quidem Verbi , comminationem sup-
plicii ; dextram vero regni promissionem. Est autem
cum mens nostra formidine poena? serviliter premitur:
et tunc nequaquam sub cn/rite , sed super caput laeva
esse dicenda est : nee potest sic affecla anima omnino
dicere, quia laeva ejus su'j eapite meo. At vero si pro-
ficiens ex hoc spiritu servitutis transient in quemdam
spontanei obsequii digniorem affectum, quatenus vi-
delicet prasmiis potius provocetur quaui arctetur sup-
pliers, magis autem si amore boni ipsins agatur, tunc
indubitanter dicere poterit, qw.a leva e/us su'j eapite meo,
quippe qui ilium servilem metum , qui in sinistra est:
meliori atqne excellentiori habitudine animi superarit,
et dignls desideriis eliam ipsi appropiaverit dexterae, in
qua sunt omnes promissiones, discenle Propnttaad Do-
minum: Delectatiates in dextera tua usque in finem.
Unde et certa spe concepta cum fiducia loquitur: Et
dextera ejus amptexabilur me.
9. Tu jam mecum videos, an ita affectae et assecuts
hunc tant33 suavitatis locum, illud quoque conveniat de
psalmo usurpare, ul dicat etiam ipsa : In pace in i/Upmm
dunniam, et requieseam : prassertim cum suppefat causa
quae sequitur, quoniam tu Domine singu/ariter in spe
constitutsti me. Quod equidem tale est. Donee qui9
premitur a spiritu servitutis, parumque habet de spe, de
398
GELVRES DE SAINT BERNARD.
passe l'esptrance. Car la crainte est penible, aussi, (Cant, n, 7). * C'est une grande et raerveilleuse
ne peut-elle pas dire : «Je dormirai et reposerai bonte de ftire reposer dans son sein l'ame contem-
eu paix, » p;irce qu'elle ue pent pas dire encore, plative, et de plus, de la garanlir de tons les soins
quelle est partil uliercmenl etablie dans I'esperance. qui pourraient lui causer du trouble, de l'exempter
L'aapenura M.us si. par I'accroissemenl de la grace, la crainte se des inquietudes del'action et des embarras des af-
dissipe pen apeu, et I'esperance augments, et faires, et de ne pas souifrir qu'on l'eveille a moins
que la qu'elle ne le veuille. Mais il ne t'aut pas cut amor ce
sujet a la tin d'undiscours. 11 vaut niieux le remet-
tre a une autre fois, aliu que nous donnions tout
le temps necessaire a un sujet si agreable. Ce n'est
commence
p.ir ctre
petiteet aug- si eiilill les choses en ari'ivcnt au point,
menteensuite . ... ,,
charite Tenant avec toutesses lorces au secours ne
I'esperance, chasse dehors la crainte, cette ame ne
sera-t-elle pas singulierement etablie dans I'espe-
rance, et pourtaut ne pourra-t-elle point dornnret pas qu'alors meme nous soyons suilisants pour
avoir quelque pensee de nous-memes, surtout dans
une matiere si noble, si excellente et si sublime,
maisnotre suiCsance vientde Dieu, l'epoux de l'E-
glise Notre Seigneur Jesus-Christ, qui etant Dieu
au dessus detoutes choses, est beui a jamais. Ainsi
soit-il.
reposer en paix ?
LMme repose 10- « Si vous dorniez, dit le Prophete, entre
™ deux sorts contraires, vous brillerez comme les
lesperance. * _ ,.. ..
plumes argentees de la colombe. » Cequildil,
je crois, parce qu'il y a un milieu entre la crainte
et la securite, comme entre la main gauche et
la main druite, c'est I'esperance, sur laquelle l'es-
pritet la conscience se reposent doucement, comme
sur le lit agreable et moelleux de la charite. Peut-
elre meme est-ce ce qui est marque dans la
suite de ce Cantique, lorsque dans la description
du banquet de Salomon, on lit entre autres choses :
» 11 a servi la charite au milieu de son festin, a
iuse des Giles de Jerusalem [Caul, m, 10). » Car
SERMON 1.11.
Du ravissemcnt qu'on appcllc contemplation, dans le-
ijurl /' lipoux fait reposer I'dme sainle et' se met en
peine de lui assurer le calme et la paix.
« Je vous conjure, lilies de Jerusalem, par ies
jelui qui se sent tout particulierement etabli dans cbevreuils et les cerfs de la campagne, de ne point
I'esperance, ne sert plus par un mouvement de eveiller ma bien-aimee jusqu'a ce qu'elle le veuille
crainte, mais se repose dans la charite. C'est, en el- bum (Cant, xxvn, 1). » C'est aux jeunes lilies que
t'et, ce qui arrive a l'Epouse, qui se repose et dort ci tie defense s'adresse. Etil les appelle lilies de Jeru-
aussi. Car l'Epouxdit en parlant d'elle : « Je vous salem, parce quebien qu'ellessoient delicates et tai-
coujure, Giles de Jerusalem, par les cbevreuils et bles, comme n'ayant encore que les aireclions et
les cerl's de la campagne, de ne point eveiller ma les oeuvres des femmes, elles sont neanmoins atta-
bien-aimee, jusqu'a ce qu'elle le veuille bieu chees a l'Epoux dans I'esperance de profiter et
timore plurimum ; non est ei pax neque requies, (luc-
tuante nimirum eonscientia iater spem et timorem,
lequc quod a superexcellente timore abundanlius
crucietur; nam limor pusnam habet. Et ideo non est
illi dicere, in pace in idipsum dormiam et requiescam,
quando necdum sc singulariter in spe constitutum dicere
potest. Caeterum si paulatim per inercmentum gratia;
ccepcrit deflcere timor, et proticere spes : cum demum
ad hoc ventum t'uerit ui totis viribus exsurgens cbaritas
in adjutorium spci foras miltat timorem : nonne ejus-
modi anima singulariter in spe constituta videbitur, ac
proinde ctiam in pace in idipsum dormire jam et
requiesccre?
10. St dormatii, inquit, inter medios cleros, pennm co-
lumbce deargenluta. 6"°<1 propterea dictum puto, quo-
niam est locus inter timorem et sccuritatem, tanquam
inter lasvam et dcxteram, media videlicet spes, in qua
mens et conscienlia, molli nimirum supposito charilalis
stratu, suavissime iequiescit. Et forte in consequentibus
hujusipsius cantici hie locus fuerit designatus, ubi in
descriptione ferculi Salomonis inter caetera babes : Media
charitute constraint propter filias Jerusalem. Nam qui se
singulariter in spe constitutum sentit,non jam in timore
servit, sed requicscit in charitate. Denique requiescit et
dormit Sponsa, pro qua dicitur : Adjwo vos, fiHieJerusa-
Ion, per capreas cervosque camporum, >ie suscitetis ne-
que evigilare facialis dilectam, quoadusque ipsa nelit.
Magna et slupendadignatio, quod quiescere facit animam
conlemplantem in sinu suo, insuper el custodil ab iufes-
tantibus curis, protegitque ab inquietudinibus actionum,
et molestiisnegotiorum ; nee patitur omnino suscitari,
nisi ad ipsius ul i 1 1 1 1 < - voluntatem. Al islud non in an-
gustiis (iniendi jam sermonis adoriendum est, magis an-
ient liinc alius incboetur, quatenus locus delectabilis de-
bila in tractando diligentia non fraudetur. Non quod vel
tunc sufllcientes simus cogilare aliquid a nobis quasi ox
nobis, prssertim in tarn digna,tamqne excellentc et om-
nino siipercminenle materia, sed sul'licienlia nostra ex
Deo est, sponso Ecclesiae Jesu-Christo Domino nostro,
qui est super omnia Deus bonedictus in saxula. Amen.
SERMO LI1.
De exeessu, qui contemplatio dicitur, in qua Spnmus fe-
cit quiescere animam sanclam, pro ejus quiete
zelans.
1. Adjuro vos, filial Jerusalem, per capreas cervos-
que camporum, ut uon excitelis neque evigilare facialis
dilectam, quoadusque ipsa velit. Prohibenlnr adolescen-
CINQUANTE-DEUXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CA.NTIQUES.
Bt.Dte de
Ken eovers
1'ime.
d'arriver avec elle a Jerusalem. On leur defend
done de troubler le sommeil de l'Epouse, et de l'e-
veiller malgre elle. Car son tres-doux Epoux a niis
sa main gauche sous satete, commenousl'avons vu,
afin de la faire reposer et dormir dans son si-in. Lt
maintenant par un exces de boute et d'amour, il
veut bien etre son gardien et veiller sur elle, de
peur qu'etant inquietee par les uombreuses et pe-
tites exigences des jeunes lilies, elle ne vienne a
s'eveiller. Voila pour ce qui est de ia lettre. Mais
quant a ce que l'Epoux les conjure par les che-
vreuils et par les cerfs de la campagne, il seruble
que cela n'ait aucune liaison raisonnable dans le
sens litteral. C'est pourqnoi il i'aut I'expliquer abso-
lument selon lintelligence spiriluelle; quoi qu'il en
soit, nous pourrons dire aussi, qu'il fait bon ici a
contempler un peu la bonte, la douceur, et la mi-
sericorde de Dieu. Car qu'est-ce qu'un homme a
jamais experimente de plus doux dans l'affection
humaine, que ce qui estdit icide l'amour du Tres-
Haut. Et celui qui parle ainsi penetre les plus su-
blimes secrets de la divinite, il ne pout pas les
ignorer, il estson esprit ; ni dire autre chose que ce
qu'il a vu en lui, il est l'esprit de verite.
2. Nous en avons parmi nous, qui ont ete assez
heureux pour meriter de goiiter cette joie, et de
sentir ;>ar leur propre experience les ell'ets dun
mystere si plein de douceur : a moins que nous ne
voulions point ajouter foi a ce que dit l'Ecriture
en cet endroit ou l'Epoux celeste nous est montre
eviJemment toucne d'un zeie ardent pour le re-
tulae : (has enim filias Jerusalem dicit, quia etsi delicalae
et molles, et quasi femineis adhuc afl'eciibiis et actibus
infirmse, Spoosae tamen inhaerent spe pruticiendi, et pro-
Ociscendi Jerusalem.) Pruhibontur ergoab infestatione
Sponsas dormientis, ne scilicet praeter voluntatcm ipsius
ullatenus earn excilare praesutuant. Propterea cr.iin dul-
cissimus sponsus laevam smiu capiti sjus supposuit, se-
cundum ea qua? pr&missa sunt, quatcnus in sinu suo
earn quiescere faceret et dormire. Et nunc sicul subin-
de Scriptura prosequitur, ipse custos illius dignantissime
el bcnevolentissime vigilat super earn, ne adulesccntula-
rum crebris minutisque necessitatibus inquietata evigila-
re cogattir. Isla est lateralis coaaerentiatextus. Sed ul, im
conlesUuio ilia facta per enpreas servosque cumporum,
nihil omnino secundum littteram consequently ralionabilis
habere videtur, adeo totam sibi earn vindicat inlelligen-
tia spiritualis. At quoquo modo ilia se habeal, interim
bonum est nos hie esse, et intueri paulisper naturae di-
vinae bonitaiem, suavilatcai, dignationem. Quid namque
tu, bomo, in humanis unquam aUcctibiis e.xpertus es
dulcius, quam modo tibi expri.uitur de corJe AhUsimi ?
Et exprimitur ab illo qui scrulatur alta Dei, et non po-
test nescire qua; in eo sunt, quia Spiritus ipsiuscst : nee
aliud pl^ne luqui, quam quod apud ipsum vidit, quoniain
veritatis Spiritus est.
2. Denique nee deest in nostro genere, qui hoc mu-
nere felix laatificari meruerit, et sic in setnetipso suavis-
simi arcani hujus habuerit experimentum : nisi tamen
399
pos d'une bien-aimee qu'il a soin de tenir entre ses
bras pendant quelle dort, de peur qu'un sommeil
agreable ne soit trouble par quelque importun ou
quelque ficheux. Je ne me sens pis de joie devoir
que cette souveraine Majesie ne dedaigne pas de
s'abaisser jusqu'a la faiblesse de notre nature par
un commerce si doux et si famdier, et que cette di-
vinite supreme veuille bien prendre pour son Epouse
une ame qui est dans un lieu d'exil, et lui temoi-
gner la passion d'un Epoux epris d'un amour tres-
ardent. Je ne doute point qu'il en soit dans le ciel
comme je vois qu'il en est sur la terre et que lame
ne sente ce qui est exprime dans ce Cantique, a
moins qu'on veuille dire qu'il est impossible de
decrire, par des paroles, cequ'ellepourra eprouver
a cette heure. Que pensez-vous que recoive la-kaut
celle a qui on temoigne ici-bastant d'amour, quelle
se sent deja entre les bras de Dieu, repose dans le
sein de Dieu, est gardee, veillee pjr Dieu, de peur
que quelqu'un ne la reveUle avant qu'elle s'eveille
d'elle-meme.
3. Disons done, si nous le pouvons, quel est ce
sommeil dont l'Epoux desire que dorme sa bien-ai-
mee, et no veut pas qu'on l'eveille, si elle ne s'e-
veille d'elle-meme, de peur que quelqu'un venant a
lui, ne dise ce qu'on lit dans l'Apotre : a 11 est
temps de quitter le sommeil [Rum. xiu, 11 . ■
ou dans le Prophete, « qu'il prie Dieu d'eclairer
ses yeux (Psal. xu, h), » atiu qu'il ne s'en-
dorme jamais du sommeil de la mort, il ne
soit trouble par quelque equivoque, et ne se
Scriptures loco, qui prae manibus est, omnino decredi-
mus, uhi manifesle indiciturccelestis Sponsus vehemen-
tissime zelans pro quiele cujusdauadilectaBsua=,sollicitus
servare inter brachia propria dormientem, ne qua forte
molestia vol inquietudinea somno suavissimo deturbetur.
Non me capiu prae lastitia, quod ilia majestas tam fami-
liari dulcique consorlio nostra; se inclinare infirmitati
uiinime dedignatur, et superua deitas animae exsulantis
inire connubia, eique Sponsi ardentissimo amore capti
exhibere affectum non despicit. Sic, sic in coelo esse non
ambigo, ut lego in terra, sentietque pro certo anima quod
continet pagiua : nisi quod non sufficit istat omnino
exprimere, quantum eapere ilia tunc poterit, sed nee
quantum jam potest. Quid putas illie accipiet, quu3 hie
lanta familiaritate donatur, ut Dei brachiis ampl^cti se
senliat, Dei sinu foveri, Uei cura et studio custodiri, ne
dormiens forte a quopiam, donee ultro evigilet, exci-
tetur ?
3- Age jam ilaque, dicamus sipossumus, quisnam ille
sit somnus, quo dilectam Sponsus obdorinire velit, nee
patiatur omnino, nisi ad ipsius arbitrium, exeitari : ne
forte cum legerit quis apud Apostolum, Hora est jam
nos de somno surgere, sive apud Prophetam exorari ab
ipso Deum, illuminari oculos suos ne unquam obdor-
miat in morte, nominum aequivocatione tuibetur, nee
inveniat omnino, quid digne de dormitione Sponsae quae
hoc loco memoratur, sentirepossit. Nam ne illudquidem
simile est huic, quod de Lazaro ait in Evangelio Do-
400
OEL'VRES DE SAINT BERNARD.
fasse pas une juste idee du souimeil de l'Epouse,
dont il est parle en cet endroit. Or, il n'etait pas
semblable non plus a celui dont le Sauveur parle
dans rEvangile, au sujet do l.azare, quand il dit :
« Lazare notre ami dort : allons, reveillons-lc de
ce somnieil {Juan, si, 11). » Par ces mots,eu etlet,
il entendait la mort du corps, au lieu que les
disciples s'i oaginaient qu'il parlait d'un verita-
ble somnieil. Le sommeil de l'Epouse n'est point
ce sommeil tranquille du corps, qui plonge les
sens dans un dous assoupissernent, ui ce sommeil
liorrible qui a 6te entierement la vie. 11 est encore
et sen separe de sorte qu'elle aille au-dela da la
ordinaire de penser. Car, comnie ditle Saga :
& C'est >'ii vain qu'onjette le lilet devant les oiseaux
qui ontdes ailes pour s'envoler Prov. 1, 17 . » Au
omment craindrait-onl'impurele, lorsqu'onue
sent pas settlement la vie. Car lorsque lame sort
sinon de la vie, du moins des sens de la vie, il est
hors de doute qu'elle ne sent point non plus les
teutations delavie. a Qui me donnera des ailes de
colombe pour m'enToler et me reposer (Psal.
i.iv, 7 '.' I'lut a Dieu que je mourusse souvent de la ce genre da
sorte, atin que je pusse eviler les diets de la mort, ,n?°.rl '.*'
Ce n'est ni bien plus eloigns de cet autre sommeil, qui fait etrc insensible aux attraits mortels de la volupte,
■rant dans le
eoroT°nilce'ie quon s'endort dans !a mort, en persever
de Time, pecbe mortel. Au contraire celui-ci qu'on peut ap-
pear un sommeil de vie et un sommeil vigilant,
illumine les sens interieurs, bannit la mort, et
communique une vie immortelle. C'est vraiment
un sommeil qui, neanmoins, u'assoupit pas les
sens, mais les transporte, et les ravit Je puis dire
meme, sans crainte de me tromper, comme di-ail
l'Apotrepourluuerquelquespersonnes vivant encore
de la vie du corps, dit : « Vous etes mortes, et vutre
vie est cachee avec Jesus-Christ en Dieu. »
U. Je puis done, sans aucune absurdiie,
appeler mort l'exlase de l'Epouse, mais c'est une
mort qui, bien loin de lui uter la vie, la delivre au
contraire de ses filets, en sorte qu'elle peut dire :
« Notre ame s'est sauvee comme un oiseau qui s'e-
cbappe du filet des oiseleurs [PsallZXUl, 7). »
Le sommeil Car on marcbe en celte vie comme au milieu des
de la bien- fiiets et Fame ne les apprehend* point, toutes les
ainiu-e est ' L r r
une sorte de fois qu'elle est ravie bors d'elle-meme, par une
"eiiau. Juste et sainte pensee, si neanmoins elle s'en retire
nr point ceder aux cbarmes des plaisirs seusuels,
n'etre ni briile du desirdes richesses, ni aniine des
mouvemeuts de la colere et de 1'impatience, ui
trouble, ui inquiete, ni ronge par les soucis. Que
mou ,'uue meure de la mort des justes, alin qu'elle
ne tombe plus dans les filets trompeurs de l'enne-
mi, et qu'elle ne prenne plus de satisfaction a mal
{aire. Quelle bonne mort, que celle qui note pas
La vie, maisla cbange enmieux, qui ne fait pas torn -
ber le corps, mais eleve lame.
5. Mais ce n'est encore la qu'une mort qui est .
propre aux bommes. Que mon ame meure de la ange»cVst
. , . . . . i • • fi laconteiupla
mort des anges meme, si je puis parler aiusi, atin tiwl r
que, perdant le souvenir des cbosespresentes, elle se
depouille non seulement de l'amour, mais des biens
inteiieurs et corporels, et qu'elle ait un commerce
pur avec ceux dont elle imite la purete. C'est dans
ce ravissement que consisle seulement ou princi-
palement la contemplation ; car, de n'etre point
toucbe, durant cette vie, de l'amour des cboses de
la vie, c'est l'effet d'uue vertu bumaine, mais de
minus : Lazarus amicus noster dormit earnus et a
somno excilemus eum. Hoc enim dicebat de morte
corporis ejus, cum discipuli de dormilione somni dic-
tum putarent. Non autem is Sponsae somnus dormitio
corporis, vel placida, qua.' se.isus carnis suavitcr sopit
ad tempos, vel borrida, qua? I'undilus vitam tollere con-
suevit. Multu niagis vero et ab ilia alieuus ejtsistit qua
obdoruitur morte, enm videlicet in peccato quod eat
ad mortem, irrevocabiliter persever.it if. Magis atilem
istiusmodi vitalis vigilque sopor seiisum interiorem il-
tuminat, et merle pro] a tiibuil sempiternam.
Revcra enim dormiUo est, qua tamen sensual non
sopiat, sed abdur.d. Eat et mors, (quod non dubius
dixerim) quoniam Apostolus quosdam in carne adhuc
viventes commendaodo sic loquitur : ilortui estis, et
tita vestru abseondUa est cum Clwisio in Deo.
4. Proindeet ego nonabsurdcSponsasecstasim vocave-
rim mortem, qme tamea non vita, sed vita? eripiat
laqueis, ut possit diccre ; Anima nostra sicut passe*
erepta est de laqueo veaantium. Inter medios namque
laqueos in hac vita inceditur, qui utique tolies non
timentur, quolies sancta aliqua et vebementi cogitatione
anima a semelipsa abripitur : si tamen eousque rneute
secedat et avolet, ut et hunc communem transcendat
usum et consuetudinem cogitandi. Etenim frustra jaci-
tur rete ante oculos pennalorum. Quid enim foimidetur
luxuria, ubi nee vita senlitur ? Excedenle quippe anima
etsi non vita, certe \ita' sensu, necessa est eliam ut nee
vitas tentalio sentiatur. Quis dabit mihi pennas sicut
columnar el volabo, et requiescam '? Utinam hac morte
ego frequenter cadam, ut evadam laqueos mortis, ut non
sentiam vitas luxurianlis mortifcra blandimenta, ut
obstupescam ad sensum libidinis, ad aestuni avarili;e,
ml iracuudii£ el impatientiae stimulos, ad angores solli-
I j ii in , et molestias curaram ! Moriatur anima mea
justoram, ut nulla illam illaqueel fraus, nulla
obleclet iniquitas. Bona mors, quae vitam non aufert,
aisl'ei'l in melius , bona, qua non corpus cadit, sed
anima sublevatur.
B. Verum ha?c hominum est. Sed roorialur anima
mcamorle eliam (si dici potest) angelorum, ut prasen-
tium memoria excedens, rerum se infeiiorum corporea-
rumquc non modo cupiditatibus, sed et simililudinibus
exuat, sitquc ei pura cum illis conversatio, cum quibus
est puritatis similitudo. Talis (ut opinor) excessus aut
tantum, aut maxime contemplatio dicilur. Rerum et
enim cupiditatibus vivendo non teneri, humariae virtutis
est ; corporum vero similitudinibus speculando non
CINQUANTE-DEUXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. /,oi
n'etre pas meme detourne de la contemplation par 6. C'est done dans cette solitude, je crois, que
les images du corps, c'est le propre d'une purete l'Epouse s'est retiree, c'est dans ce lieu si beau
angelique, l'un et l'autre pourtant, sont un don de qu'elle dort doucement entre les bras de son
Dieu, l'un et l'autre sont une extase, Timet l'autre Epoux, e'est-a-dire qu'elle est ravie en esprit, puis-
qu'on defend aux jeunes filles de la reveiller, jus-
vous font sortir bors de vous-meme ; mais dans
l'un vous allez loin de vous, et dans l'autre vous
dememvz bien pres de vous. Heureux celui qui
peut dire : « Je me suis eloigne en t'uyant, et suis
demeure dans la solitude [Psal. ux, 8) . » C'etait
peu pour lui de sortir, s'il ne sen allait bien
loin afln de pouvoir se reposer. Vous avez passe les
plaisirs de la cbair, en sorte que vous n'obeissez
point a scs couvoitises, et n etes plus arrete par ces
attraits ? Vous vous etes avance, vous vous etes se-
pare, mais vous ne vous etes pas encore eloign e,
si vous n'avez pas assez de force pour vous elever
par la purete de votre esprit, au dessus des fanto-
mes des cboses corporelles, qui viennent en foule
de toutes parts, se presenter a voire imagination.
Jusques la ne vous promettez point de repos. Vous
vous trompez, si vous croyez retrouver au dessous templation. Que veut done dire cette conjuration
de vous le lieu de repos, le secret de la solitude, que l'Epoux fait par ces sortes d'esprits? C'est sans
la seienite de la lumiere, la demeure de la paix. doute afln que ces jeunes Giles inquietes n'osent
Mais donnez-moi quelqu'un, qui en soit arrive la, pas tirer sa bieu-aimee d'une compagnie si venera-
je confesserai aussitot qu'il est en repos, et qu'il ble, a laquelle certainement elle se mele, toutes les
peut dire avec raison: « Mettez-vous en repos, mon fois qu'elle sort d'elle-meme par la contemplation,
ame, puisque le Seigneur vous a fait tant de grace C'est done avec raison qu'elles sont adjurees au
[Psal. cxix, 7). » Et c* lieu est vraiment une soli- nom du respect qu'elles doivent a ceux de la societe
tude, vraiment une demeure lumineuse [ha. iv, 6) de qui elles arrachent l'Epouse, par leur importu-
et, pour user des termes du Prophete, une tente qui nite. Que les jeunes lilies considerent qui sont ceux
met a l'abri de la cbaleur dujour, et a convert des qu'elleso[fensent,lorsqu'ellesimportiuientleurmere
tourbillons et di-.s orages. C'est de lui que le Pro- et qu'elles n'aient pas dans saebarite maternelle une
phete Roi parlait en ces termes : « II m'a cache telle conflance qu'elles ne craignent pas, toutes les
dit-il, dans sa tente, durant les mauvais jours; il m'a fois qu'une necessile pressante les ycontraint de
protege en me retirant dans le lieu le plus secret de se jeter sans retenue au milieu de cette celeste as-
son pavilion [Psal. xxxi, 5). » semblee. Or, elles doivent songer qu'elles commet-
Ce que si-
gnifie cette
adjuration
par les
chevres
et les cerfi
des champs.
qua ce qu'elle s'eveille d'elle-meme. Mais en quels
termes le leur defend-t-on ? Ce n'est pas par un
simple et leger avertissement, comrne on fait d'or-
dinaire, mais par une conjuration toute nouvelle et
inusitee, par les chevreuils et par les cerfs de la
campagne. Et il me semble que, par ces sortes d'ani-
maux sont designes les ames saintes, depouillees de
leur corps, et les anges qui sont avec Dieu, attendu
qu'ils sont fort clairvoyants et fort agiles. Car on
sait que l'une et l'autre qualiteconviennentaux unes
et aux autresdecesesprits, parce qu'ils s'elevent ai-
sement aux cboses les plus hautes, et penetrent
sans peine les plus cachees. Et les champs memes
ou Ton dit qu'ils demeurent, marquent clairement
la liberte et le degagement ou ils sont dans la con-
invulvi, angelicae purilatis est. Utrumque tamea divini
muneris est, utrumque excedere, utrumque ' teipsum
transcendere est, sed longe unum, alterum non longe.
Beutus qui dicere potest -. Ecce elongavi fugiens, et
mansi in solitudine. Non fuit conteutus exire, nisi et
longe se facerel, ut posset quiescere. Transsilisti carnis
oblectamenta, ut minime jam obeJias concupiscentiis
ejus, nee tenearis illecebris : profecisli, separasti te,
sed nondum elongast', nisi et imientia undique phan-
tasmata corporearum similitudinum transvolare mentis
purilate praevaleas. Itujusque noli tibi promiUore re-
quiem. ErraSjSi cilia in venire te existimas locum quielis,
secretum soliludinis, luminisserenum, habitaculum pacis.
Sed da mihi qui illuc pervenerit, et incunctanter fateor
quiescentem, qui merito dicat : Convertcre anima mea
in requiem luam; quia Domini benefecit tibi. Atque hie
vere in solitudine locus et in lumine habitatio, prorsus
juxta Prophelam, tabernaculum in umbraculum diet ab
astu, in securitatem et absconsionem a turbine et a
pluvia; de quo et sanctus David : Abscondit me, inquit,
in tabernaculo suo in die malorum , protexit me in abs-
condito tabernaculi sui.
T. IV.
ti. Puta ergo in solitudinem hanc fuisse Sponsam
ibique prae amcenitate loci inter amplexus Sponsi suavi-
ter obdormisse, id est in spiritu exeessisse, quando
prohibitai sunt adolescentula? expergel'acere iJlam, quoad
usque ipsa voluerit. At istud qualiter ? Non enim sim-
pliciter, neque legi (ut assolel) commonilione prohibita?
sunl : sed omnino nova et insueta contestatione, per ca-
preas, scilicet cervosque carnporum, Quo quidem genere
ferarum videntur mihi satis congruenler expressas
sanctae imiaia; exutaa corporibus, simul et qui cum Deo
sunt angeli, nimirum propter acumen visus, et saltus
celeritatem. Utrumque hoc siquidem utrisque spirilibus
convenire cogniscimus ; nam facile et pelunt summa, et
intima penetrant. Quorum quoque .in campis designata
conversatio evidenter liberos alque expeditos signat in
contemplatione discursus. Quid sibi vult ergo adjuratio
facta per istos ? Profecto ne inquiela; adolescentuls
audeant levi ex causa evocare dileelam a tarn reverendo
collegio, cui absque dublo tolies admiscetur, quolies
conlemplando excedit. Pulchre itaque horum auctorilate
terrentur, a quorum societale constat avelli illam ipsa-
ruin importunitate. Attendant adolescentuls quos offen-
26
402
OEL'VRES nK SAINT BERNARD.
ent cette irreverence, totites les fois qu'elles la de- plus qu'ils ne le foul d'ordinaire, el ne tronblc-
touroentsans necessitedureposde la contemplation, raient-ils pas notre repos avec tanl d'irreverence et
Evidemment e'esl pour indiquer qu'il est laisse a de legerete. Quand il« ne me detourneraieni point
II ne faut
pas interrotn-
pre sans motif
le doux repos
des amcs
contemplati-
Tes.
Lea pastears
*ont ponr 'ea
imparfaits.
•mi bon plaisir de vaquer & elle-meme, ou de
prendre le soin de ce qui les regarde, selon quelle
le juge plus k propos, qu'on leur defend de I'eveil-
ler avant qu'elle le reuille. L'Epoui sail combien
I'Epouse bride d'amour, meme pour son prochain,
il n'ignore pas que oette bonne mere esl assez por-
du tout, iis savent bien que les visiteurs me laissenl
ravement une lieure de loisir. Mais je me reproclie
ire cette plainte, j'ai peur qu ■ quelque per-
- • timide ne dissimule ses besoinsau dela de sa
lee, en apprehendant de ni'iraportuner. Je
n'< n dirai done pas darantage sut ce sujet, de
Saint Ber-
nard
interpelle par
lea siens.
tee, par sa propre charite, a songer & l'avancernent crainte que je ne semble moi-meme donner aux
de ses lilies, et qu'elle ne se soustraira et ne se re- faibles mi esemple d'impatience. Le Seigneur a de
fusera point a elles, en cas de besoiu. Aussi pense- petits enfants qui croienl en lui, e1 Dieu me garde
t-il qu'il peut s'en remettre sans crainte a sa Jis- que je leur sois un sujel de scandale Matth. win,
cretdon pour ce qu'elle leur doit. Car elle n'est pas 6). Je ne me servirai pas de cette maniere, du pou-
comme tous ceux que reprend le prophete Ezecbiel, voir que j'ai sin- eux; qu'ils se servent plutdt de
qui prennent pour eux ce qui est gros et fort, et moi comme il leur plaira, pourvu settlement qu'ils
laissenl ce qui est faible et debile. Le medecin ne se saurent. lis m'epargneront en ne m'epargnant
cherche-t-il pas plutot ceux qui sont malades que pas. et je serai plus en repos, s'ils ne craignent
ceux qui se portent bien? S'il va yoir ceux-ci, e'est point de m'importuner dans leurs besoins. Je me
comme ami, non comme medecin. Qui inslruisez- preterai a leurs vceux autanl queje pourrai, et,tant
vous, 6 maitre plein de bonte, si vous rejetez les que j'aurai un souffle de vie, je servirai nion Dieu
iguorants? A qui, je vous le demande, prendrez- en les servant, avec une charite exempte de feintc.
vous la peine de donner des regies de conduite, si Je ne chercherai point mes interets, in ce qui m'est
vous chassez ou si vous fuyez ceux qui vivent dans utile, mais je regarderai comme m'etant utile a,
le dereglement? Pour qui inontrerez-vous de la pa- moi-meme tout ce qui le sera aux autres. Je ne
tience, si vous admettez seuleuient ceux qui sonl demande qu'une chose, e'est que mon miiiistere
paciDques, et rebutez ceux qui sont inquiets. leur soil agreable et avantageux, afin que cela au
7. 11 y enaicique je voudraisvoirfaire une atten- moins puisse me servir dans les mauvais jours, b.
lion particuliere a ce que nous disons. Us sauraient trouver rnisericorde devant les yeux de leur pere et
au moins combien ou doit de respect aux supe- de l'epoux Jesus-Christ Notre-Seigneur, qui eiant
rieurs, et que, en les importunant sans motif, ils at- un meme Dieu avec lui, est eleve au dessus de
tirent aussi sur eux l'aversion des citoyens du ciel. toutes choses et beui dans tous les siecles. Ainsi
Et peut-etre commenceraient-ils a nous eparguer soit-il.
SainlBerna
ne veut pi
que ses
religieux 1
menagen!
dant, pariler cum matrem inquietant; et minime ila
niaterna de charitate confidant, ut non in ilium cceles-
tem conventum sine magna necessitate irruere verean-
tur. Id quippe se agere cogitent, quolies in cuiitempla-
tione quiescenti plus justo niolestae sunl. Ponilur
in voluntate ipius, et vacare sibi, et curse illarum iuten-
dere prout oporlere judicaveril, cum vetatur excitari ab
illis, quousque ipsa velit. Novit Sponsus, quanta Qagret
dilcctione etiam erga proximo* Sponsa, et satis propria
charitate sollicitari matrem de profectibus liliarum, nee
se ullo pacto illis subtracturam seu denegaluram quan-
tum et quoties opus merit : proptereaque secure d
tioni ejus credendam censuit hunc dispensationem. Non
enim est talis, quales multos videmus prophclica inus-
tione notatos, qui quod crassum esl et forte assumcnles
quod debile esl prqjiciunt. Numquid medicus valentes
requirit, et non potius asgrolantes ? Si continual, facit
forsitan ut amicus, scd non ut medicus. Quos docebis,
magister bone, si oinnes indoctos repuleris ? Quibus,
quaeso, adhibebis diligeiitiam disciplina;, si indisciplina-
tos vet effugaveris omnes, vel fugeris ? In quibus obse-
cro tuam probabis patieuliani , si solos ailmiseris
mansuetos, inquietos excluscris ?
7. Sunt tamen de hie sedentibus, qui utinam proesens
^apitulum attentius observarent. Cogitarent cert quanta
prapo-itis reverenlia debeatur, quos lemere inquietando
cceli quoqiie civibus se reddunt infestos : et nobis forle
plusculum solito parcere demum inciperent, nee tam
irreverenler Ieviterque se ja mingerereut, cum vacamus.
Rara satis mihi ad ferianduru a supervenientibus (ut
bene norunt) concedilur hora, etiam cum ipsi me in
oinni patientia suslinebunt. Yerum ego BcrupulosiuG
moveo istiusmodi querelam, ne quis forte pusillanimis
supra vires propria palienli.e dissimillel a necessilalibus
6uis, dam me inquietare veretur. Supersedeo igitur, et
ne magia impatientiae exemplum videar dure intirmis.
Pusilli Domini sunt credentes in cum : non palior utcx
me scandalum paliantur. Non ulor hac potestate : ma-
gis autem ipsi me utantiir ul libet : tantnm ut salvi
Bant. Parcem mihi si non pepercerint, et in eo polius
requiescam, si nun me inquietare linuierint pro neces-
sitatibus suis. Geram eis morem quoad potuero, et in
ip»is serviani Deo mco, quandiu fuero, in charitate non
licta. Nun qaa ram qua' mea sunt, nee quod mihi est
utile, sed quod niullis, id mihi utile judicabo. Hoc
solum deprecor, ut Oat acceptum eis fructuosumque
ministerium uieuin, si forle vel ex hoc inveniam in die
mala misericordiam in oculis Patris eoruni aimu] et
sponsi Ecclesiae Jesu-Cbrisli Domini noslri , qui cum
eo est super omnia Dens benedictus in saecula. Auien.
CINQUANTE-TROISIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANT1QUES.
403
Les prelats
dans leur
sollicitude
ont a peiue
le temps de
vaquer a
leurs propres
besoioi.
tant ils np -
preliendent
dc se sons-
traire a leurs
ioferieurs.
que trembler la douce quietude de leur pere spiri-
SERMON LIII. tuel. Car la douce apprehension de ces petits en-
fants fait connaitre clairement qu'ils ont entendu
Les monls et les collines signifient les esprils celestes au dedans d'eux-rnemes la voix menacante et les
par dessus lesquels passe I'Epoux en venant sur la reprimandes de celui qui dit par la bouche du Pro-
terre, e'est-a-dire en se faisani homme. phete : « C'est moi qui ne parle que des paroles de
justice {ha. lxui, 1). » Sa voix, c'est sou inspira-
1. « C'est la voix de mon bien-aime. » L'Epouse tion, c'est l'impression d'une juste crainte.
voyant la nouvelle retenue des jeunes filles, et leur 2. L'Epouse ravie de joie d'avoir entendu cette voix
crainte respectueuse, lorsqu'elles n'osaient plus s'ecrie : « C'est la voix de mon bien-aime. » Elle
Iroubler son saint loisir, et ne l'importunaient plus est la bien-aimee; il n'est done pas etrange qu'elle
comme auparavant en la retirant du repos de la se rejouisse de reeoimaitre sa voix. Puis elle ajoute:
contemplation, reconnait que c'est un effet du soin « Le voici qui vient sautant dans les montagnes et
et de l'entremise de I'Epoux, et, se rejouissant en passant par dessus les collines (Cant, n, 8). » Ayant
esprit, suit de leur avancement, car elles ne sont reconnu la presence de son Epoux a sa voix, elle
plus si inquietes, soit de ce que desormais elle doit jette aussitut les yeux de tous cotes pour voir celui
vivre plus en paix, soit enlin a cause de la bonte et qu'elle a entendu. L'oule mene a la vue, parce
de la grace de son Epoux qui temoigne tant de zele que la foi vient de l'oule (Rom. x, 17), et c'est la
pour son repos, et a tant de soin pour lui conserver foi qui puritie le cceur, et le rend capable de voir
son doux loisir, ou plutot ses exercices si fervents, Dieu. Car nous lisons qu'il purifie les coeurs par
elle dit qu'elle est redevable de ce bien a ce que la foi [Act. xx, 9). Elle voit doncvenir celui qu'elle
son bien-aime leur a dit sur ce sujet. Car celui qui avait entendu parler : le Saint-Esprit observe ici
conduit les autres avec soin, ne vaque quasi jamais l'ordre qui est decrit par lePropheteen cestermes:
a soi-meme avec assurance, parce qu'il craint tou- « Ecoutez ma fille et voyez (Psal. xliv, 11). » Et
jours de ne pas se communique!' assez a ceux qui alin que vous reconnaissiez avec plus de certitude
lui sont soumis, et de n'etre pasagreable a Dieu, . que ce n'est point par hasard, mais ii dessein, et
comme preferant h 1'utilite generate son propre re- pour la raison que nous venons d'alleguer, que
pos et la douceur de la contemplation; aussi il ne l'ouie,encetendroit, estmise avant la vue, voyez si
goiite pas peu de joie et de securite.lorsque, par la cet ordre n'a pas aussi ete observe par le saint
crainte et le respect que Dieu inspire quelquefois homme Job, lorsqu'il parle a Dieu en ces termes :
pour lui a ceux qu'il gouverne, il reconnait que son « Je vous ai entendu de mes oreilles, et maintenant
repos est agreable a Dieu, qui leur fait mieux ai- mon ceil vous voit (Job. xlu, 5). » De meme,
mer, supporter leurs besoins avec patience, lorsque l'Ecriture rapporte que le Saint-Esprit
La foi prepare
l'ame a la
Tision de
Dieu.
SERMO LIII.
Per montes et colles significari c&testes spirit its, quos
transsilit Sponsus per suum in terrce adoenlum, seu
per mysteriu uUionis sua?.
1. Vox dilecti mei. Yidens Sponsa novam adolescen-
tularum verecundiam, et verecundum timorem, quod
scilicet de novo ccepissent non audere se ingcrere sancto
otio ipsius, nee sicut heri el nudiuslertius molestae lieri
quiescenli in contemplatione prasumerent : agnoscithoc
sibi provenisse cura et opera Sponsi ; et e:. altans hi
spiriln, sive pro illarum profeclu, quae a nimiaetsuper-
Qua inqnieludine conipescuntur: sive pro sua deinceps
fulura liberiori quiete, sive etiam pro dignatione et
favore Sponsi, adeo pro hac ipsa ejus quiete zelantis, et
lanto studio defensantis suavissima otia sua, imo studia
fcrventissima; ait hoc facere vocem dilecti sui, hujusrei
gratia faclam ad illas. Elenim is qui aliis pigeest in sol-
licitudine, vix urquam, vel raro secure vacat sibi, dum
semper timet sui penuriam facere subditis, et non pla-
cere Deo, quod communi ulilitati propriam praefert
quietem, et contemplationis dulcedinem. Non autem
paruni gaudii et securitatis accedit interdum suaviter
ferianti, cum ex metu quodam et reverentia erga se
immissa divinilus cordibus subditorum, intelligit suam
Ueo placere quietem, qui facit ut illi aequo magisanimo
siuis necessitates sustineant, quara patris spiritualis grata
audeant otia temere perturbare. Nam justa trepidatio
parvulorum manifesto signat, audisse eos intus quasi
minacem atque increpatoriam illius procul dubio
vocem, qui in Propheta loquitar : Ego qui loquor Justi-
liam. Vox eju3, inspiratio ejus est, ac justi timoris
incussio.
2. Comperta ergo hac voce, Sponsa gaudens et exsul-
tans : Vox, inquit, dilecti mei. Arnica est, et gaudio
gaudet propter vocem Sponsi. Et addit : Ecce iste venit
in montibus, transsiliens colles. Comperta ex
audita vocis dilecti praesentia, incunctanter intendit
bene curiosos oculos ad videndum quem audieral. An-
ditus ducit ad visum, quia fides ex auditu, qua corda
mundantur, ut possit videri Deus : sic enim babes :
Fide mundans corda. Videt itaque venientem, quem
loquentem audierat, observante etiam hie ordiuem ilium
Spiritu-Sancto, qui apud Prophetam descriptus est ita :
Audi fili'i, et vide. Et ut ceriius adverlas, non casu,
neque foituito, sed de studio ma'4is ut induslria,
ob illam scilicet rationera quam praemisimus , au-
ditum hoc loco praemissum visui ; vide si non
hie ordo verborum a sancto quoque Job observa-
m
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
descendit sur les apAtres, ne marque-t-elle pas que Lorsque nous lisons ces choses dans le psaume,
I'oule prfevint la vue, quand elle dit : « L'on enten- oudansle cantique, devons-nous nous imaginer
.lit soudain un grand bruit duciel, comme fait nn un geant d'une prodigieuse grandeur, qui, epris
vent impetueui qui se leve [Act. u, 2). » lit plus de l'amour de quelque femme qui demeure loin .le
bas : «Etdeslanguesdefeuquietaientdispersees lui, voleaudevant de ses embrassements, pass..
Lem apparurent. - Ce qui fail voir quo l'avene- par dessus les Diontagnes et les collines quo nous
ni.'iit du Saint- Esprit fut connu d'abord par l'oule, voyons s'elever si haul dans les plaines, quo quel-
et ensuite par la vue. Mais c"en est assez sur ce ques-unes meme semblenl porter lour Bommet
sujet. Car si vous voulez vous appliquer aussi a la jusques dans les nues? 11 ne convienl pas de re-
recherche Je ces choses, vous pourrez peut-ttre courir a des images corporelles, surtout pour
de vous-memes trouver dans 1'Ecriture d'autres
passages semblables a eeux quo nous venous de
cilor.
3. Considerons maiutenant ce qu'on ne peut
Ce qu il F;iul
entendre par trouver sans une plus ezacte recherche, et .lont les
?nes ." i ■■'■« approches soul plus difticiles. En quoi j'avoue que
coiimcs. j'ai tout afaitbesoindu secours du Saint-Esprit,
pnquer un cantique tout spirituel. 11 no nous est
pas meme permis do lo faire, si nous nous souve-
nons d'avoir lu dans l'Evangile que Dieu est esprit,
of qu'ii r.uii quo ceux qui I'adorent, l'adorent on
esprit Joan, si, 23).
k. Quelles sonl ces montagneset ces collines spi-
rituelles, aliu que nous conuaissions aussi quels
afindepouToii eipliquer nettement quelles sonf sontcesbonds que faisait l'Epoux, qui est Dieu,
ces montagnes et ces collines, que l'Eglise voit et partanl esprit. Si nous disons que ce soul cos
avec bonhour son epoux franchir et traverser, montagnes sur lesquelles l'Evangile rapporte que
lorsque, comme je pense, il se hatait de racheter les qualre-vingt-dix-neuf brebis furent laissees,
celle dont la beaute l'avait rempli .l'amour. Qui me lorsque leur bon pasteur vint sur la terre on cher-
le fait croire ? C'est le souvenir de quelque chose cher une qui etait perdue [Malth. viu, J2), la chose
semblable qui arriva au roi prophete, lorsque, n'en est pas inoins obscure, et L'esprit demeure
voyant en esprit, et decrivant l'avenement du Sau- toujours arrete, parce qu'il est difficile de trouver
veur il s'ecriait : « II a mis son pavilion dans le so- quelles sout ces autres montagnes ou habitent et
led, et sortant tel qu'un epoux de la chambre paissent les beatitudes celestes et spirituelles, qui
nuptiale, il a marche a grands pas comme un geant sont sans douto les brebis dont il est parle. Cepen-
qui se bite darriver au bout de sa carriere : 11 est dant s'il etait vrai qu'ii n'.y on cut point, la Verite
sorti du plus haut des cieux, et il retournera au n'aurait pas dit ce que nous venous de rapportor,
meme lieu d'ou il est parti (Psal. xviu, 6). » On et le Prophete lui-meme n'aurait pas dit longtemps
sait assez ce qu'il faut entendre par cette sortie et auparavant, on parlant de la cite den haut, de la
ceretour, et pourquoi ils ont lieu : mais quoi? Jerusalem celeste, qu'elle a 'ses fondomonis dans
II ne faut
recouiir
il aucune
imagination
sensible i ■
i' [jit'nili'c
ce cantique.
Ce qu'il Faut
entendre [>ar
ces monta-
gnes et
ces collines.
tus invenitur, ubi sic loquitur Deo : Auditu amis
audivi te, et nunc ocu/us mens videt te. Sed et ubi Spi-
ritus-Sanclus super apostolos in die Pentecostes des-
cendisse memoratur, nonne auditus visum praevenisse
describitur? Ait enim : Factus est repente decce/osonus
lanquum advenientis spiritus vehementis. El infra : Et
apparuerunt i/lis dispertitce linguae tanquam ignis. Et
hie ergo Spiritus-Sancti adventum primoaaditus, debinc
visus percepisse refertur. Sed de hoc satis : quoniam tu
quoque, si curas operam dare hujuscemodi inquisition!;
poteris et ipse fortassis in aliis scripture locis nonnulla
similia reperire.
3. Nunc jam illud consideremus, quod diligentioris
eget inquisitionis, et difficiliores habet accessus : ad
quod nimirurn omnino me egere fateor adjutorio Spi-
ritus-Sancti, ut ponere in lucem possim, qui sint ill i
monies Ben colles, super quos salientem, et transsilien-
tem eos, Ecclusia Sponsum lsetis spectavit obtutibus,
credo cum properaret ad ipsius redemptionem, cujus
concupierat decorem. Nam id quidem propterea ita et
non dubie senserim, quoniam simile quid de Propbcta
OCCUrrit mihi, evidetiter in spirilu prani.lente ex evpri-
mente Salvatorisadvenlum : In sole posuit tabernaculum
suum, el ipse tanquam Sponsus procedens de thalamo
suo. Exsultavit ut yigas ad currendam viam : a summo
catm egressio ejus, et occursus ejus usque ad summum
ejus. Cursus et recursus is notissiraus est j a quo, et
ail initus consummatusque, noUssimum. Quid igirur?
Pingemus aobis, sive inpsalmiaistalegentes,sive in prse-
senti cantico, virum gigantem procerse slaturae absenlis
cujuspiam mulierculas amore captum, et, d'.m properat
ad cupitos amplexus, transsilientem montes collesque
bos, quos videmus mole corporea super plana terra
tunta altitudine eminentes, uf et supra nubea aliqui
illorum verticem extulisse cernantur '.' Verum non de-
cet istiusmodi corporeas pbantasias imaginari, prajsertim
tractantes hoc Canticum spiriluale : sed nee licet
omnino nobis, qui memiaimus legisse in Evangelio,
quia spiritus est Deus, et cos qui adorant eum, m spiritu
■oportet adorare.
i. Qui sunt ergo hi spirituales montes et colles, ut
postmodum consequenter agnoscamus, Sponsus (qui
Deus, ac per hoc et spiritus est) quales et cujusmodi
dabat saltus in 111 is, vel super illos '? Si illos pulamus,
in quibus Evangelium rel'ert olim fuisse relictas nona-
ginta novem oves, cum pins Pastor .arum venit tnuim
in terris qusererc qua; perioral ; nihilominus adhuc in
obscui'o res est, et intellectus haeret : dum difficile sit
invenire spirituales illaa el Buperccelestes beatitudines
(nam ipsa; sunt sine dubio, qua' Ibi memorate sunt
oves) quos vel quales alios habeant spirituales similiter
montes vel colles ad habilandum, pascendumve in illis.
1 quel sens
es anpes
Dt monla-
ies et bre-
en m£me
temps.
y a une
rence en
!a noorri-
ire des
ames et
■ des an-
ges.
CLNQUANTE-TROISIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
les montagnes saintes (Psal. lxxxvi, 1), s-il n'y
avail point la, en effet, de montagnes; mais pour
von? convaincre encore que cette demeure sainte
et eternelle a non-seulement des montagnes spiri-
tuelles, mais aussi des montagnes vivantes et rai-
sonnables, ecoutez Isaie : « Les montagnes et les
colhnes chantent des hymnes de louanges en la
presence de Dieu (Isa. lv, 12). »
5. Quelles sont-elles done, sinon ces esprits
bienheureux qui babitent le ciel. que nous avons
dit que le Sauveur a appeles brebis, en sorte qu'ils
sunt ensemble des brebis et des montagnes? A
mums peut-etre que vous ne trouviez absurde
que des montagnes paissent dans les montagnes,
et des brebis dans les brebis. 11 est vrai que, a le
prendre a la lettre, cela est .lur. mais sionl'entend
d'une maniere spirituelle, cela nous paraitra doux
et agreable, si nous considers comment le pas- ,
sirs r»^„p™ z; rrs n lto ^"^ss
dequoielreaiondammeutheureux.etlerecotent er.s ce "I *" ^ d°US et PerP^ <™-
avec autantdefacilitequede felicite. Car Us sont t™ „ ' ^™£££V* W? "***
wiiu, capres ce prophete, lorsquil disait que les
405
instruits de Dieu meme, qui est un bonhenr in-
failliblement promis aux elus, mais dont ils ne
peuvent jouir parfaitement, tant qu'ils sont encore
en ce monde.
6. Ainsi des montagnes paissent dans les monta-
gnes, ou des brebis dans les brebis, puisque ce<
substances celestes et spirituelles, trouvent abon-
damment en elles-memes, par la parole de vie
qu'ellesrecoivent, le moyen derendreleur beatitude
perpetuelle, etant en meme temps montagnes et
brebis ; montagnes, k cause de leur plenitude ou
de leur elevation, et brebis a cause de leur dou-
ceur. Car s'ils sont pleins de Dieu, eleves en merites
combles de vertus, ils ne laissent pas, par une
humble obeissauce, de courber leurs tetes sous
l'empire de la majeste souveraine de Dieu, comme
des brebis innocentes qui se conduisent en toutes
cboses par la volonte de leur pasteur, et qui le
L'£glise est
une, bien
quelle se
distingue en
Eglisfe triom-
phanle et en
K^lise raili-
tante.
Verumtamen si non in veritate aliqui essent Veritas
hoc non d.xisset. Sed neque Propheta longe ante de
civitate superaa Jerusalem prolulisset, qui rundamenta
ejus sinf in montibus Sanctis, si non vere inibi essent
m - itessancU. Denique quod ccelestis habitatio ilia vere
at, non modo spirituales, sed et vivos ac rationales
'""" M oollesque, r.udi Isajam : Monies et eotles canta-
ount coram Deo km,/,.
o. Quinam igitur isti, nisi iidem ipsi cceli inhabitato-
resspiritus, quos dominica voce oves diximus appellatos
ot ipsi ,,nt monies qui oves ? Nisi forle absurduni tibi
videatur. But in montibus monies, ant in ovibus oves
pasci. Etjuxta litteram quidem durum sonat. secun-
dum spjntualem autem mtelligentiam dulce sapil si
subtiliteradvertamus, quomodo utrarumque ovium pas-
tor Dei scilicet sapientia Chrisius, unum idemque
pabulum ventabs alitor in terris. aliter in cadesUbus
gregibus suis administref. Nam nos quidem mortales
homines mlerim in loco peregrinationis nostra, in su"-
dore vultus noslri comedere panem nostrum necesse
faabemns tons ,ll„m in labore et asrmnna mendicantes
,d esl v' ;: docti9 »*»»•. "I a sacris libris, vel certe per
ea q.ue focta sunl, invisibilia Dei intellect! conspicien-
tea Angeli autem in omni plenitudine, etsi non a semet-
ipsis, lamen in semclipsis, lanta facilitate, quanta et
felicitate accipiunt, unde et beate vivunt. Sunt enim
omnes docibiles Dei : quod sane electos hominum
quandoque assecuturos certa veritate promittitur et
nondum experiri Iribuitur felicitate secura.
6. Pascunlur proinde in montibus montes, vel oves
in ovibus, cum sane snpernie ills* substantia- spirituales
intra semetipsas de verbo vitae, unde suam beatam per-
peluent vitam, allluenter inveniunt, iidem ipsi et mon-
ies, et oves, propter plenitudinem vel celsitudinem ■
oves, propter mansuetudinem. Pleni quippe Deo celsi
mentis, cumulati virtutibus, nihilominus tamen erectas
vertices tota et humili obedienlia submittunt et incli-
nant ilhus longe supereminentis imperio majestatis, tan-
quam oves mansuetissims ad nutum sui pastoris per
omnia ambulantes, et sequentes eum quocumque ierit
Et in his, secundum prophetam David vere montibus
Sanctis lanquam prima omnium creata sapientia, funda-
menla civitatis Domini ab initio firmiter stabilita con-
sistunl ; qua? utique una est in co;lo et in terra licet ex
parte peregrinans, et ex parte regnans. Et ex his nihi-
lominus, juxta Isaiam, tanquam quibusdam vitalibus
cymbahs bene sonantibus, jugis resonat gratiarum actio,
el vox laudis, suavi et incessabili voce implentibus
quod ex eodem Propheta paulo ante memoravimus'
quia montes et miles cuntabunt coram Deo laudes ■ et
40G
OEliVRES DE SAINT BERNARD.
montagnes el lea collines chanteronl des louanges 38).» II a dresse a tous les yeux, dis-je, sur la terre
devant Dieu (Isa. i.v, V2) ; et ce qu'un autre pro-
phete disail i'h parlani au Seigneur : b Heureux
ceux qui habitent dans votre maison, ils tous
louerout §ternellement [Psal. l.xxxm, 5). »
7. Tour reprendre le til de notre discours que
nous avons un peu interrompu, mais il le fillait je
crois, ce sont la ces montagnes etces collini
l'Eglise a vu sauter son celeste epbux, avei
merveilleu se, lorsqu'il volail au di
designee par ce mot, le soleil, son pavilion, c'est-a-
direle corps qu'il a daigne prendre tie celui d'une
vierge, afin que, invisible par sa nature, it devint
visible, et que Loutc chair v it le salul de Dieu, qui
eiait veuu dans la chair.
8. II a done saute dans les montagnes, e'est-a-dire
dans les esprits inf&rieurs, lorsqu'il est descendu
jusqu'a eus en daignant leur reveler un secret
cache depuis tanl de siftcles, et le grand mystere de
sa bonte. Mais passant par dessus ces montagnes
de ses chasles embrassements, el elle ne l'a pas vu
seulement sauter dans ces montagnes, mais meme sublimes et felevees, e'est-a-dire, par dessus les
Ce 4uil faut passer par dessus. Voulez-vous que jevousiuontre, Cherubins et les Seraphins, les Dominations, les
S,bondesPder Par ,es piophetes el les apdtres, ce qu'on enlend Principalis, les Puissances et les Vertus, il a dai-
l'fipoui. par ses bonds? Ce n'est pas que j'aie I'intention de Kn* descendre jusqu'a l'ordre inferieur des Anges
rous rapporter ici tous les temoignages que ceux comme sur des collines. Mais y esl-il demeure? I
En quel sens
le Christ
Epoux fran-
chit les
montagnes et
lea collines.
qui en out le loisir, pourraient trouver sur ce sujet
dans les edits des prophetes, ce serait trop long et
meme inutile, je rapporlerai seulement les choses
qui coniirment clairement, et en pen de mots ce
qui est dit ici des bonds que fait 1'Epoux. David dit
de lui, « qu'il a mis son pavilion dans le soleil, et
que, pare comme un epoux qui sort de sa cham-
bre nuptiale, il a marche a grands pas comme un
geant qui se hate d'arriver an bout de sa carriere
et qu'il est parti du plus baut des cieux (Psal.
xviii, 6j.»Quel bondil a [ait, du plus bautdescieux,
a encore passe les collines. Car il n'a point pris la
nature des anges (Heb. II, 16), mais celle d'Abra-
ham, qui est inferieure a celle des anges, alin que
cette parole que le roi prophete adresse auPere sur
le sujet du Eils fut accomplie : « Yous l'avez rendu
un peu inferieur aux anges (Psal. vui, 6;. » (Juoi-
que Ton puisse exphquer be passage a 1'avantage
de la nature humaine, en ce que l'homme qui a ete
cree a l'image et a la ressemblance de Dieu, et done
de la raison comme les anges, est forme de la
terre. Mais ecoutez l'apotre saint Paul qui en parle
jusque sur la terre ! Car jene trouve point d 'autre clairement en ces termes : « Ayant la meme es-
lieu, que la terre, qui puisse litre indiquee par le sence que le Pere, il n'a pas cru faire un larcin de
soleil oil il a mis son pavilion, lui qui habite une se rendre egal a Dieu, parce qu'il s'est amieanti
lumiere inaccessible, e'est la qu'il a daigne faire lui-meme, en prenant la forme d'un esclave, en se
parailre sa divine presence a la lumiere et devant rendant semblable a l'homme, et en se revctant de
tout le monde. Car « e'est sur la terre, qu'il a ete nos infirmites (Philip, n, G).» Et lorsque la plenitude
vu et qu'il a converse parmi les hornmes (Bar. in, du temps est arrivee, Dieu a envoye son lils ne
'tem quod ille alius loquens ad Dominum Deum : Beati,
ait, qui habitant in domo tua, Domine ! in sieculu sn>cu-
loruni ladabuni tc.
7. Hi ergo (ut ad id recurramus, unde aliquantulum,
sed, ut piiln. uecessarie digrcssum est) illi sunt monies
atque colles, in quibus Ecelesia vidit co'lestem sponsum
mira alacrilale salientcm, cum ad suos properarel am-
plexus ; nee modo salientem, sed et transsilientem eos.
Vis tibi hos saltusei litteris prophetarum, apostolorum-
que deuionstreni? Non quod nunc omnia, quie de hac
re apud illos ab otiosis inveniri qucunl, testinionia re-
plicare incipiam, (hoc enim longiun est, ct opus non
est :) sed ea Unluni modo pono, quae breviter et aperte
adstruere videantur id quod dicitar dc Sponsi saltibus.
Dicit de illo David, quia posuit in w>le tabernacuhtm
mum, et ipse tanquam sponsus procedans de tnalamo
ua ; txsuttavit ut gigtk endam viam, a summo
ccelo * i quantum sallum dedit, a su
ccelo ad terras. Sane enim non invenio alibi, ubi in sole
posueoitntakornmculum suum, id est in luce et in mani-
festo,simm idignatot sit exhibere praesenliam ipse lucia
inaccesaibblisibubitatoi', nisi ■ uiiqin- in tenia. Denique
in tevanttim est, et>ium kvnirtibul VohvfrsWtils ist.
In terris, inquam , palum , quod est in sole , posuit
tabernaculum suum , corpus videlicet , quod de Vir-
ginia corpore ad hoc sibi aptare dignatus est , ut. in
eo in se invisibilis videretur : et sic videret onmis caro
salutare Dei. cum in carne venisset.
8. Saliit ergo in moiitibus, id est in illis supremis
spiritibus, cum ad eos usque descendit, sacramentum a
sa^culis abscondilum, et magnum pietatis mysterium
eis dignanter aperiens. Sed traussiliens bos superiores
atque eminentiores montcs, I Iherubin scilicet atque
Seraphin, nee nun Dominaliones, Principatus et Poles-
Virtutesqoe, etiam ad inferiorem usque Angclo-
rum ordinem descendere, tanquam ad colles dignatus
est. Sed numquid vel in illis remansil ? Transsiliit et
colles. Non enim inquit, Angelas, serf ■■ mem Abrahce
apprehendit, quod utiquc angelis inferius est. Ut sermo
impleretur, quern dixit memoratus propheta, loquens
ila ad Patrem de Pilio i Uinuistt < um paulo minus ab
angelis. Quanquam hoc sane ad commendalionem ua-
{ ii t ti- humanas dictum po^si! intelligi, quod homo ad
imaginem et similitudinem Dei conditus, ac prxditus
ratione ad instar ulique angeli, modicum lamen distal
ab angelo propter corpus de terra. Sed audi apostolum
ii(i r. .
CINQUANTE-QUATRlME SERMON SUR LE CANTIQDE DES CANTIQUES.
d'une femme, ne sous la loi(G«/. iv, &).» II est (Iodc
indubitable que celui qui est ne d'une femme et
sous la loi, a passe en descendant en terre, non-
seulement les montagnes, c'est-a-dire les premiers
ordres des esprits bienheureux, mais encore les an-
ges qui ne sontque d'un ordre inferienr, et qui, en
comparaison des premiers, peuvent etre raisonna-
blement appeles des collines. Mais le moindre du
royaume des cieux, est plus grand que qui que ce
soit ayant un corps sur la terre, quaud ce serait le
grand saint Jean-Baptiste [Luc. vn, 28). Car
bien que nous confessions que Dieu homme,
est iucomparablement eleve au dessus de toutes les
Principautes, et de toutes les Puissances, il faut
neanmoins tomber d'accord que s'il les surpasse,
en majeste, il est au dessous d'eux a cause de sa
Christ faiblesse. Voila comment il a saute dans les monta-
it montre o-nes ej a i)asse ies eollines en voulant bien se met-
as petit o J i
tre au dessous nou-seulement des esprits supe-
mais uieme des inferieurs. Et il ne
s'est pas seulement sounds a ces esprits ce-
lestes ; mais encore a ceux qui habitent des mai-
sons de boue et de terre, passant et surmontant
par son bumble bassesse, la bassesse des bommes
meme. Car lorsqu'il etait a Nazareth age de douze
ans, il etait assujeiti a Marie eta Joseph. [Luc.u, 81) et
stu- losbords du Jourdain, elani encore plus age, il se
courba sous les mains de saint Jean {Matth. ill, 13).
Mais le jour est deja. bas, et nous serions bien aise
pourtant de demeurer encore sur ces montagnes-
9. Cependant si nous voulions en une seule fois
as p
D-seule-
t que les
»es mais Tieill'S
les hom
s meme.
407
satisfaire notre curiosite, et examiner tout ce qu'il
y a de beau et de cache dans ce mystere, il y au-
rait a craindre que ce discours ne devint d'une lon-
gueur ennuyeuse, ou qu'en nous pressant trop,
nous ne traitassions pas avec assez de soin une
matiere si noble et si abondante. Nous nous arre-
terons done aujourd'hui, si vous le voulez bien,
sur ces montagnes. Car il fait bon ici, et Jesus-
Christ, ce bon pasteur, nous ayant places avec les
anges dans ces riches paturages, nous pouvons j
paitre avec plus de plaisir et d'abondance. Car
nous sommes aussi les brebis de sa bergerie. Rumi-
nous done comme des animaux purs du bon pas-
teur tout ce que nous avons fait passer dans notre
estomac spiritual, du discours d'aujourd'hui, si je
puis parler ainsi. Nous acheverons dans le suivant,
tout ce qui reste sur ce sujet, et nous tacherons de
lecouter plusattentivement avec la grace del'epoux
de l'Eglise Jesus-Christ Notre-Seigneur, qui etant
Dieu, est eleve au dessus de toutes choses, et
beni dans tous les siecles des siecles. Ainsi
soit-il.
SERMON LIV.
Comment on peut Irouver encore que les montagnes
represented fcs anges et les homines, tandis que les
collines representent les demons . II y a trois sortes
de craintes que tout homme doit ressentir, s'il ne
veut point perdre la grace de bien faire qu'il arecue
dc Dieu.
1. 11 faut que je vous dise un autre sens sur le
Paulum aperte pronuntiantem de eo : Qui cum in forma
Dei esset, non rapinam arbitrabatur esse se cequalem
Deo ; quia semeiipsum exinanivit, formam serin acci-
piens, in similiiudmem hominum foetus, et habilu inven-
tus ut homo. Et rursum : L'bi venit, in [uit, plenitudo
iris, misit Dens Filium suum, factum ex muliere,
factum sub lege, ut eos qui sub lege erant redimeret.
Qui ergo factus ex muliere, factus et sub lege est, pro-
cul dubio non solum monies, id est majores superiores-
que beatitudines , sed eliaai miuores angelos des-
cendendo transsiliit, qui quidem in comparalione supe-
liorum, merito collium nomine designantur. Casterum
qui minor e»t in regno ceelorum, major est quovis car-
nem portante super terrain, etiamsi sit ille magnus
Joannes Baptista. Nam etsi sane Deum hominem
fateamur, etiam in nomine super omnem principatum
et potestatem longe incomparabiliter praeeminere; eer-
tum tamen, quia etsi praeit majestate, sed infirmitate
succubuit. Ita ergo saliit in montibus, et transsiliit col-
les, cum non solum superioribus, sed et inferioribus
spiritibus dignantissime se inferiorem exhibuit. Nee
modo illis snpernis spiritibus, sed et ipsis, qui domos
luteas inhabitant, subjectum se exhibuit, transsiliens et
vinrens bumilitate etiam liominum humililatem. Erat
denique subditus Maris et Joseph , cum esset
duodennis in Nazareth : et apud Jordanem Joannis se
nianibus jam juvenis inclinavit. Sed et inclinata est
dies, nee adhuc omnino de his montibus descendere
libet.
9. Caeterum si hac vice voluerimus cuncta horum,
prout deleclat, explorare amcena, abdita perscrulari ;
verendum ne aut sermo grata brevitate careat, aut larga
excellensque materies debita diligentia festinatione frau-
detur. Pausemus proinde hodie jam, si placet , in
montibus istis : quoniam bonum est nps hie esse, ubi
a pastore Christo una cum Sanctis angelis in loco
pascuae collocati , et jucundius pascimur, et uberius.
Et nus siquidem oves pascuae ejus. Ruminemus ergo,
tanquam munda animalia boni Pastoris , quae de
hodierno sermone tola avidilate glutivimus sermone
altera residua capituli ejusdem attentius percepturi,
largiente sponso Ecclesiae Jesu-Christo Domino
nostra, qui est super omnia Deus benedictus in saecula.
Amen.
SERMO LIV.
Quuliter iterum per monies significantur angeli et homines,
et per colles diemones. Item de triplici timore, quo
quisque timere debet, ne gratiam bene operandi a Deo
acceplum perdat.
1. Super eodem capitulo, quod hesterno * sermone
vorsalum est, dicturus sum el alium intellectum, quern
hodierno servavi : vos probate, et eligile poliora. Non
est opus superiora repelere, qua? excidisse non arbilror
in tarn brevi. Si quominus tamen, scripts sunt ut dicta
al. die.
408
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
verset ilu Cantique que je vons ai explique dans c'est un excellent ministre, qua celui qui ilonni' SB
mon sermon d'hier, tous choisirez celui des deux ckair en aourriture, son sang en breuvage, et sa
que von? jugerez le meilleur. Je crois qu'il n'est vie pour prix et pour rancon de ceux a qui il est
pas besoin de repeter ce que dous .i\<ms dil dans envoye. Celui-la, en effet, est un excellent minis-
le discours precedent Carj • pense pas que vous tre qui, par la ferveur de son esprit, par l'ardeur
l'ayez oublie en si peude temps. Maisquandcela se- de son amour, et par le zi-lu de sa bonte, non-seu-
Le Chi i^t
a saute dao*
les moota-
goes niKind
il a pns l'of-
fice des
anges.
rait, commc on a recueilli par fecrit ces sermons a
mesureque jelesaiprononces,si quelque chose vous
en est 6chapp6, vouspourrezlereprendreaisement:
cela dit. passons an reste. « Le void, dil I'Epouse,
qui vien.1 sautanl dans les montagnes, et passant
les collines (Cant, n, 8 . » Elle parle de I'Epoux;
qui a sans doute saute dans les montagnes,
lorsque, envo\t'dii Pere pour annoncer d'heureuses
nouvelles a ceiixqnietaientdansl'oppression, i] n'a
pas dedaigne de faire les functions des anges, en
devenant l'ange dn grand conseil, lui qui etait le
maitre des anges. II est est descendu sur la terre,
lui qui avail coulume d'y envoyer les autres. II a
fait connaitre lui-meme le salut qu'il apportait au
monde. II a lui-meme revele sa grace et sa justice
aux nations (Psal. xcviii, 2). Tous les esprits
bienheureux, selon l'Apotre, sont les ministres de
hi. 11, et il les cnvoie pour servir ceux qui sont
destines a l'heritage du salut (Heb. i, lit). Etcepen-
dant celui-la meme dont ils sonl les ministres, et
qui est inlmimeiit eleve au dessus d'eux, et devenu
comme l'un d'entre eux, et feignant de ne point
voir le tort que lui causait cet abaissenient, il s'est
acquis une couronne immortelle de grace el de
gloiie. Mais ecoutez-le bai-merne : « .le ne suis pas
venu, dit-il, pour etrc servi, mais afin de servir, et
de donuer ma vie pour plusieurs [Malth. xx.,
lemenl saute dans les montagnes, mais traverse
meme les collines, c'est-a-dire les sunnoule par le
le desir brulant qu'il a de suuver les homines,
attendu qu'il est celui que le Seigneur son Dieu a
si. iv d'une hnilf ilejoie, d'une maniere plus excel-
lente que tons ceux qui out i'ii part a sa gloire
[Psal, xi. iv, 8). (Vest particulierement en cela qu'il
a marclie a grands pas coiniue un grant qui se hate
d'arriver au bout de sa carriere. II a passe Gabriel,
et est arrive avant lui a la Vierge, selon le lemoi-
gnage de cet archange meme, qui dil a Marie :
ci Je vous salue pleine de grace, le Seigneur est
avec vous [Luc. i. 28). n Quoi? Celui que vous
venez de laisser dans le ciel, vous le trouvez main-
tenant dans le sein d'uue femme! Comment cela
se fait-il? II a vole en avant sur les ailes des vents.
0 bienheureux archange vous 6tes vaincu ! Celui
qui vous a envoye devaiit lui, est arrive plulot que
vous.
2. On bien il sautait dans les montagnes, lors-
qu'il apparaissait autrefois aux patriarches en la
personne des anges ; ce qui semble mieux conve-
nir a la terre. Car elle ne dit pas qu'il saute sur les
montagnes, mais dans les montagnes, parce qu'il
est cause qu'elles sautent clles-memes, comme il
parle dans les prophetes et agil dans les justes
l'orsqu'il fait parler les uns et agir les autres.
28). » Ce que nous ne voyons point qu'aucun des Ajoutez a cela que quelques-uns de ces anges le
anges ait fait, en sorte que, par l'ardeur et la fidelite representaient, en sorte que cbacun d'eux ne par-
de ses services, il a surpasse tous ceux qui sont lait pas comme ange, mais comme Seigneur. Par
venus avant lui pour servir les homines. Certes, exemple, l'ange qui parlait avec Moise, ne disait
sunt, et excepta stilo, sicut et sermones caeteri, ut facile
recuperetur quod forte exciderit. Qua propter accipile
alia. E>:ce venit is, inquit, satiens in montibus, tra/issi-
liens co/les. Sponsum luquitur : qui profecto tunc in
monlibus saliit, cum missus a Palre ad evangelizandum
pauperibus, angelorum fungi non est dcdignalus officio,
factus magni concilii angelus, qui Dominus erat. Per se
descendit ad terras, qui alius delegare solebat : per se
notuni fecit Dominus salutare snum, per se in
conspectu gentium revclavil juslitiam suam. Cum ita-
que omnes, juxta Pauli sententiam, administratorii
spiritus sint, missi in miuisterium propter cos
qui ha-redilatcm capiunt salutis : qui erat super
illos, factus est inler illns tanquam unus ex illis, dissi-
iMiilans injuriam, accumulans gratiam. Sed audi ipsum.
Sonveni, inquit, ministrari, sed ministrare, et animam
, dare pro multis. Qui .1 qoidem caeterorum, nemo
fecisse inventus est, ul omnes quotquot ministrasse visi
sunt, ipse il. w>tis transient fidelibus pie obsequiis. Bonus
minister, qui earnem suam in cibum, sanguiaem in
polum, animam ministravil in pretium. Bonus plane,
qui spiritu alacer, charitate fervens, pietate devotus, non
solum sal i t in montibus, sed el transsilil colics, id est
superatet vincil alacritate ministrandi, ut pole quern
unxil Deus Dens suus oleo laetitiae prse consortibussuis:
in quo ufique singulariter exsultavil ut gigasad curren-
dani vi.'im. Deniqne transsiliil Gabrielem, et praevenil ad
Virginem, eodem archangelo attestante, rum ail : Ave
gratia plena, Dominus tecum. Quid? Quem modo reli-
qni.sli in coilo , nunc * in ulcro reperis. Quonam
modo? Volavit et pnevolavil super pennas vento-
rum. Victus es, o Archaiigcle : transsiliil te qui
praemisit te.
2. Aul eerie saliebat in montibus, cum in angelis olim
palribns apparebat : quod ulique proprietati litterae
magis convenire videlur. Nbn enim ail, saliens in mon-
ies, sed in montibus, ut ipse in eis videatur salire, qui
facit et dat ut saliant, quemadmodum loquitur in pro-
phelis ; operatur in juslis, emu illis verba, el ist.s opera
tribuit. Adde quod aliqui Dorum personam ejus gcre-
banl, ita ul loquerelur qnisquc illorum, non tanquam
angelus, sed tanquam Dominus. Verbi gralin. ille an-
al. hunc.
pas : Je suis 1'ange du Seigneur: mais, « je suis
le Seigneur, » ce qu'il repeta plusieurs fois. II
sautait done dans les montagnes, e'est-a-dire dans
les anges, en qui il parlait et se montrait aux
hommes. II sautait done vers les homines, mais en
la personne des anges, non en la sienne propre,
non en sa nature, mais en cello d'une creature
qui lui est soumise. Car celui qui saute passe d'un
lieu a l'autre, ce qui ne se fait point en Dieu. II
sautail done dans les montagnes, e'est-a-dire, dans
les anges, parce qu'il ne le pouvait pas faire en sa
propre personne , et il sautait jus [u'aux collines,
.es demons
sont des
lollines. ils
s ont aban-
donnees a
cause de
or orgueil.
CINQUANTE-QIATRIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 409
passees et meprisees, il descend dans les vallees,
afln qu'elles portent du ble en abondance. Les
autres, au contraire, sont condamnees a une se-
cheresse et une sterilife perpetuelles, suivant cette
imprecation du Prophete contre eux : « Que la rosee,
dit-il, ni la pluie ne descendent point sur vous
[Reg. i, 21). » Et afln que vous sachiez que e'est
aux angps prevarieateurs qu'il adresse ces paroles
sous la figure des montagnes de Gelboe, « ou, dit-
il, plusieurs blesses sont tombes. » Combien y en
a-t-il de 1'armee d'Israel qui sont tombes des le
commencement, et qui tombent encore tons les
est-a-dire, jusqu'aux patriarches, aux prophetes, jours dans ces montagnes mandites? C'est d'elles
et aux autres bommes spirituels qm etaient sur la que parte le Prophete lorsqu'il dit au Seigneur :
e^6'. ., " lls ?onf comme des hommes blesses a mort oni
Mais il passalt aussi les collines, parce qu'il n'a reposent dans les tombeaux, dont vous ne vous
pas seulement voulu parler et apparaitre aux souvenez plus, et vous les avez chasses par la force
grands hommes, et aux hommes spirituels, mais de votre bras (Psal lxxxvii) ,,
il a daigne faire la meme grace a quelques-uns 3. II ne faut done pas s'etonner si ces esprits
■1 entre le peuple, et meme a quelques femmes, qui Qe sont pas des montagnes du ciel, mais des
en se servant pareillement du ministere de, anges. comnes de 1'air ou la rosee ni la pluie ne descen-
Ou par les collines, l'Ecnture enlend les puissances dent jamais, demeurent toujours steriles et infruc-
de 1 air, qu'on ne met plus au nombre des mon- tueux. puisque I'auteur de la grace et le dispen-
tngnes, parce qu'elles sont tombees du comble des sateur des benedictions passe pardessus et des-
vertus. par 1 orgueil, et neanmoins ne sont pas cend dans les vallees, afln de repandre une pluie
celeste sur les humbles qui sont sur la terre, et
leur faire produire du fruit dans la patience, et
porter trente, soixante. cent pour un. Car il a vi-
site la terre, dit le Prophete. et l'a enivree ; il a
augmente ses biens et ses richesses (Psal. i.xiv,
10). II a visite la terre, dit-il, non pas l'air, « car la
terre est remplie de la misericorde de Dieu {Psal.
desenflees par la penitence, et arrivees jusqu'a
l'humilite des vallees, ou jusqu'aux vallees des
humbles Je crois que c'est d'elles qu'il est dit dans
les psaumes : « Les montagnes se sont fondues
comme la cire a la vue du Seigneur (Psal. xciv,
5). » Celui qui saute dans les montagnes passe done
pnrdessus ces collines superbes et steriles oui
r i" ™. >uu,j,Ug uC w ujc-mtume ue uieu if sat.
t.ennent comme le milieu eutre les montagnes des xxxi, 5). II a opere le salut au milieu de la terre.
parfaits et les vallees des penitents; et les ayant dit encore le meme Prophete (Psal. lxxiii, 12). .. Dit-
gelus qui cum Moyse Ioquebatur, dicebal. non, ego
Domini, sed, ego Dominus ; atque id frequenlius iterabat.
Saliebat ergo in montibus, id est in angelis, in quibus
el Ioquebatur, et suam horninibus extnbebat praesentiam.
Ad homines enim saliebat, sed in angelis, non in se :
non in sua nalnra, sed in subjecta creatura. Qui enim
salit, de loco ad locum vadit : quod non cadit in Deum.
Ergo in montibus, id est in angelis, saliebat, qui in se
non polerat : et saliebat usque ad colles, id est patriar-
chal ct prophelas, ca>terosque spirituales viros de terra.
Sed transsiliebat et. colles, cum non solum magnis et
spiritualibus viris, sed et atiquibus de populo, etiam et
nonnullis mulieribus sque in angelis toqui et apparere
dignatua est. Vel colles dicit aerias potestates, qua inter
monies quidem minime jam numerantur, pro eo quod a
virtutum celsitudine delluxerunt per superbiam . ncc
lamen usque ad humilia vallium, sive ad valles humi-
lium per pcenitentiam detumescunt. De his arbitror
illud dictum in psalmis : Montes, sicut cera; fluxerunt
a facie Domini. Hos itaque tumenles ac steriles colles,
tanquam medios positos inter montes perlectorum et
iralles pcpnitentium, procul dubio transsiliit, qui in mon-
tibus salit; hisque pra-terilis et despectis descendit ad
valles, ut valles abundent frumento. Porro illi e regione
Beterna ariditate ac sterilitate damnantur, sicut habes
prophctse super illos imprecationem : Nee ros, inqnit,
nee plan,, descendant super vos. Atque ut noveris quod
ad angelos qui pravaricati sunt, sub figura montium
Gelboe isla loqualur, ubi, inquit, ceciderunt vulnerah
multi. Guam multi in his maledictia montibus de exer-
cilu Israel ceciderunt aprincipio, et quolidie cadnnf! De
quibus et habes in eodem Prophela, cum dicit
Domino : Sicut oulnerali dormientes in sepulcris,
quorum non es memor amplius, et ipsi de manu tun
repulsi sunt.
3. Non est ergo minim, si steriles et infructuosi per-
manent isti, non montes ccelici, sed aerii colles, super
quos nee ros, nee pluvia descendit, quippe auctore gra-
tia? et henedictionum largitore transsilicnte eos, et des-
cendee.le ad valles, ut coelesu' imbre perfundat humiles
qui sunt super terram, et IVuctum afferent in patient ia;
fruclun) tricesimum, sexagesimum, et centesimum. De-
nique visitavit terrain, et inebriavit earn : multiplicavit
tocupletare earn. Terram visitavit, non aerem : quia
misericordia Domini plena est terra. Denique operafw:
est snlulem in medio terra'. Nuraquid et in medio aeris?
Hoc adversum Origenem, qui in acre Dominum gteria?
denuo pro daemonibus impudenti crucifigit menducio ;
410
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Krreur
! Origi no.
il aussi au milieu de l'air? Cela est contre Origene, esprits superbes qui sont dans 1'air, parce que
qui, par un mensonge impudent, crucifie encore Dieu resiste aux superbes, et domic sa price aux
une fois le Seigneur de gloire au milieu des airs humbles.
L Kpoux
Mole dans
ilans les
ii.uvais.
Ponrqnoi la
■Irmeure
• lemons
< -telle
ia l'air.
pour sauver les demons, lorsque saint Paul qui
et.iit temoin de ce myslere nous assure, « qu'elant
iscile il ne meurt plus, et que la mort n'aura
plus d'empire sur lui [Rom. vj, 9). »
i. Mais celui qui a passe l'air n'a pas settlement
5. L'Epouse le voil done sauter dons les montn-
gnes et passer les collines, selon celte imprecation
de David : que le Seigneur visile toutes les monta-
gnes qui sont a 1'entour, e'est-a-dire autour de
GelboS, mais qu'il p isse celle de Gelboe\ Car il y a
visite la terre, mais encore le ciel, selon l'Ecriture des montagnes que le Seigneur visile, qui sont. au-
qui dil : s Seigneur, voire misericorde s'etend jus- lour du diable designe par le mont Gelboe, les an-
que dans le ciel, et voire verite va jusqu'aux Dues ges au dessus de lui, et les homines au dessous.
[Psal. xxxv, 6); a e'est-a-dire jusqu'aucielqu'habi- Car, torabantdu ciel, ils'estvuassignerpoursa peine
tent les saints anges; l'Epoux ne passe pas outre, le sejour de l'air, qui est place entre le ciel et la
mais il y saute, en sorte qu'il y imprime comme terre, aim qu'il soit au dessus des hommes et audes-
les deux vestiges de ses pied-, ta misericorde et la sous desanges.et qu'il en soit jaloux, et que cetteja-
vente, dont je me souviens vous avoir entretenus lousielui serve de tourment, suivant cette parole de
longuement dans les discours precedents. Mais e'est l'Ecriture : « Le pecheur verra ces choses et en
sous les nues et plus has, dans cet air inferieur et concevra une violente colere, il grincera les dents
tenebreux, que se trouve la demeure des demons; de rage et sechera de depit (Psal. cxi, 10). »
or, l'Epoux ne saute point en eux, mais il y passe Comme il se sent malheureux lorsqu'il regarde les Comljll.n ce
sans les regarder, en sorte qu'ils n'ont en elix au- cieux, oil il voit des montagnes inuombrables, bril- «ty™r "<■
cuu vestige du passage de Dieu. Car, comment la lant des splendeurs divines, retentissanl des li«' demons"
verite se trouverait-elle dans le diable, puisque la ve-
rite meme adit dans l'Evangile, que satan n'est point
demeure dans la verite, mais qu'il a ete menteur
des le commencement {Joan, vm, Zii)? On ue peut
pas dire non plus qu'il soil misericordieux, puisque
la meme verite le eonvaiuc encore dims l'Evangile
louanges de Dieu, comblees de gloire et de graces!
Mais combien plus malheureux encore lorsqu'il re-
garde la terre, oil il voit aussi plusieurs montagnes
du peuple elu, solides dans la foi, elevees par l'es-
perance, etendues par la charite, eultivees par les
verbis, pleines de fruits des bonnes oeuvres, et re-
d'avoir ete homicide 6n tout temps (Ibid). Or, tel cevant tous les jours des benedictions par la rosee
pere de famille, tels serviteurs ; aussi, e'est avec du ciel, comme par lesaut mystique de l'Epoux !A\ec
raisonquel'Eglise, enchantant ausujetde l'Epoux, combien de douceur etde jalousie croyons-nous que
« il habite en un lieu fort Sieve, et regarde les cet esprit si ambitieux de gloire, regarde autour de
choses humbles et basses dans le ciel et sur la terre lui toutes ces montagnes glorieuses, quand il voit
Psal. exu, 5), » ne fait point mention de ces au contraire que lui et les siens sont incultes, cou-
cum hujus conscius myslerii Panhis affirmet, quod re-
surgens ex mortuis jam non moritur, mors illi ultra non
dominabilur.
1. Verum non solum visitavit ten-am, qui aerem tians-
silivit, sed etiam coelum, riicenle Scriptura : Domine,
ricordia, el Veritas iua usque ad nubes.
Usque ad nubes enim coelum est quod inhabitant sancti
angeli, quos non Iransiliit Sponsus, sed salit in eis, ita
ul imprimal ip-is dno quaedam vestigia pedum suorum,
misericordiam et verilatem -. de quibus Domini vestigiis
memini in superioribus sermonibus plenius disputasse.
A nuhibus vero et infra ila-monum habilatio est in aere
islo inlimo et caliginoso , in quibus non salit Sponsus
ranssilit illos et prsterit, nee ulliim in se relinent
Dei Iranseuntis vestigium. Nam quomodo in diabolo
Veritas est, de quo in Evangeliis veritatis sententia exs-
i.ii. quod in veritate non sieiit, sed mendax exstitil ab
initio? Sed nee misericordem quis dixerit eum, qui
nibilominiis ab initio bomicida fuisse eadem ipsa Evan-
geliii veritate convincitur. Porro autem qualis pater-
familias, tales et domestic] ejus. 1 ulchre proinde de
sponso Eoclesia psallens, quod in altis habilet, et hu-
milia rcspiciaf in ccelo ct in terra ; nullam omnino
mentionem facit de his qui in aere versantur spiritibus
superbis : qnoniam Deus superbis rests tit, el humilibus
dat gratiam.
5. Viilet ergo ilium salientem in montibus et Iranssi-
lientem colles, juxla imprecationem David diccntis :
Own a monies qui ia circuitu ejus sunt, id est incircuitu
Gelboe, oisitet Dominus; a G Iboe autem transeat. Dia-
bolo nempe, qui per Gelboe desigaatur, bine inde sunt
montes quos visilat IJominus, supra angeli, infra homines.
In poenam siquidem suam locum in aere isto, medium
inter cielum et terrain, de ccelo cadens sorlitus est,
ut videal el invideal, ipsaque invidia torqueatur, Scrip-
tura dicente : Peccntor videbit et irascetur, dentibus suis
fremel, el tabescet. Quam miser, eum suspicit ccelos, in
quibus innumeros montes inluetur divina claiitate fill—
gentes, divinis laudibus rcsultanles, sublimes in gloria,
abunilanles in gratia! Quam miserior, cum respicil ter-
rain, monies niliilominus quam plurimos de populo
auquisilionis habentem, lide solidos, spe excelsos, cliari-
t.iie spatiosos, cultos virtutibus, bonorum operum fruo-
libus refertos. de lore cadi tanqiiam de saltu Sponsi
quotidianam capienlcs benediclioneui ! Cum quanto
putamus dolore et rancore aspiciat ille cupidissimus
CINQUANTE-QUATR1EME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
ill
verts de tenebres, et steriles eu tous biens, et qu'il
reconnait que lui, qui calomnie tout le monde, est
l'opprobre des hommes et des anges, suivant ce
mot du Psalmiste : « Ce dragon que vous avez
forme pour servir de jouet et de risee {Psal.
cm, 26). »
6. Et la cause de cela, c'est que l'Epoux les passe
a cause de leur orgueil, et saute dans les monta-
gnes qui sont a l'entour de lui, comme une fon-
taine qui s'eleve au milieu du paradis, arrose toute
' la terre, et verse ses benedictions sur toute sorte
d'animaux. Henreux ceux qui meritent d'etre
abreuves quelquefois, quoique raremenl, de ce tor-
rent de delices, et en qui l'eau de la sagesse et la
fontainede la vie reiaillissent de temps en temps, si
elle ne coule pas toujours, et torment en eux une
source d'eau rejaillissante pour la vie eternelle. Or,
ce tleuve impetueux rejouit la cite de Dieu, et y
coule toujours avec abondance. Mais Dieu veuille
qu'il ne dedaigne pas de se repandre quelquefois,
comme par une espece d'inondation, dans nos
montagnes qui sont tur la terre, afin qu'etant sufii-
samment abreuvees, elles puissent aussi distiller
sur nous, qui sommes des vallees, quelques gouttes
d'eau, de crainte que nous ne demeurions entiere-
ment sees et steriles. 11 n'y a que misere, pauvrete
et que famine dans la contree qui n'est jamais hu-
nioctee par ces inondations, ni par ces faibles ecou-
lements, parce que la foutaine de sagesse coule et
s'envaau dela. « Or, dit un propbete, comme ils
n'ont pas eu la sagesse, ils se sont perdus par leur
folie (Baruck. in, 28). »
Dieu passe
les BUporbea
et visite les
humbles.
7. « Le void qui vient sautanl dans les monta-
gnes et passant les collines. » II saute afm de pas-
ser outre, parce qu'il ne veut pas s'arreter a tous.
Car tous ne sont pas agreables a Dieu. Mes freres,
si selon la pensee de saint Paul (I Cor. s, 11), ces
cboses sont ecrites pour notre instruction, obser-
vons la discretion et la circonspection des sauts
mystiques de l'Epoux, remarquons comment, parmi
les anges et parmi nous, il saute spirituellement
dans les bumbles, et passe les superbes. Car le Sei-
gneur etant inliniment eleve, regarde ceux qui sont
bas et bumbles, et voit de loin ceux qui s'elevent
par l'orgueil (Psal. exxxvn, 6). Considerons, dis-je,
ces cboses avec attention, afin que nous veillions a
nous preparer a ces sauts salutaires de l'Epoux, de
peur qu'il ne nous passe comme les montagnes de
Gelboe, s'il nous juge indignes de sa visite. Pour-
quoi vous enorgueillissez-vous, vous qui n'etes que
terre et que cendre? Le Seigneur passe les anges
memo, ayant leur orgueil en execration. Que. ce
rebut done qu'il fait des anges serve a corriger les les hommes
hommes, puisque cela a ete ecrit pour leur instruc- garde' a"eujt.
tion. Que le mal du diable contribue a mon bien, et
puisse-je laver mes mains dans le sang du pe-
cbeur. Comment cela, direz-vous? Ecoutez, le voici.
Line horrible el epouvantable malediction a ete
fuhninee contre le diable superbe par le Propbete,
qnand il s'ecrie, en parlant de mien esprit, sous la
figure de Gelboe, ainsi que nous l'avons rapporte
plus haul : « Que le Seigneur visite les montagnes
qui sont a l'entuur, mais qu'il passe Gelboe sans le
visiter (11 Reg. l, 21). »
La rlmie des
demons est
un avertisse-
ment pour
gloria; istos in circuitu suo tarn gloriosos montes, cum
se et suos e regione incultos, tencbrosos, bonis omnibus,
infoecundos despiciat, ita ut se sentiat esse opprobrium
hominum et angclorum, qui omnibus exprobrabat, se-
cundum ilhid in psalmis : Draco iste quern formasti ad
illudendum ei.
ij. Atque hoc, quia ob ipsorum superbiam transsilit
eos Sponsus, saliens in montes qui in circuitu ejus sunt,
tanquam tons ascendens de medio paradisi, irrigans uni-
versa, et implens omne animal benedictione. Beati qui
lorrente voluptatis hujus potari interdum vel raro pro-
nieientur, in quibus etsi non continue (luit, saltern per
boras salit aqua sapiential et ions vita;, ut fiat in ipsis
quoque fons aqua; salientis in vilam oeternam. Et qui-
dem hujus lluminis impetus laetilicat civitatem Dei, sane
perenniter et affluenter. In nostras autem montes qui in
terra sunt, utinam interdum facta quasi inundatione
sail us dare aliquos non despiciat, quibus sufficienter
irrigati, nubis quoque, ijui valles sumus, stillare vel
laias guttulas possint, ne omnino aridi et steriles re-
tmus. Miseria, et egesias, et omnino fames valida
in regione ilia, qua; nullis unquam istiusmodi vel sal-
lilnis, vel iuslillationibus bumeclatur , prceterlluente
et tianssiliente illam fonte sapientia; : Et quia non
habuerun't, inquit, snpiuiitiam, perierunt propter suam
insipientiam.
7. Eccevenit is saliens in montibus, transsiliens colles.
Ad hoc salit ut transsiliat, qui non vult ad omnes per-
tingere : neque enim in omnibus beneplacitum est Deo.
Fralres, si juxta sapientiam Pauli scripta sunt ista ad
correptionem nostram, observemus Sponsi discretos et
circumspectos saltus, quemadmodum videlicet tarn apud
angelos, quam apud nos, et in bundles saliat, et super-
bos transsiliat, siquidem excelsus Dominus et humilia
respicit, et alia a longe cognoscit. Hsec inquam, atten-
damus, quo cauti simus Sponsi nos salutiferis sallibus
pra;parare, ne veluti a montibus Gelboe forte transeat
et a nobis, si indignos nos sua visitatione conspexerit.
Quid superbis, terra et cinis? Et de angelis transsilit
Dominus, exsecrans eorum superbiam. Ergo repudiatio
angelorum liat emendalio hominum : scripta est enim
ad ipsorum correptionem. Cooperetur mihi in bonum
etiam diaboli malum, et lavem manus meas in sanguine
peccatoris. Qualiler , inquis? Audi. Superbo certe
diabolo horrenda el formidolosa maledictio intor-
quetur, propheta David in spiritu dicente de illo
sub typo Gelboe, ut supra memoratum est : Monies,
inquit, qui in circuitu ejus sunt, visitet Dominus, a Gel-
boe autem transeat.
8. Sane ego hoc legens, refcrensque oculos in me, ct
intuens diligenter, invenio me peste ipsa infectum, qvram
in angelo Dominus in tantuni exhorruit, quatenns piop-
Iil2
OEUVRES DE SAINT RF.RNAH1).
Humble
nard.
II niontro lea
* lites J
I'll il.i ns
sa per-
;onne.
8. Lorsqueje lis ces paroles, etqu'ensuitejejette prier, je ne retrouvephi5 mes meditations hnhi-
les yeux sur moi et que je in "examine avec soin, je tuelles. i lu est cette fecondite premiere, cette sere-
me trouve infest.'- de cette peste que le Seigneur a nite, cette paix, celtejoie dans le Saint-Esprit ? De
eue tant en horreur dans 1'ange, qu'il s'est detourne la vienl que .J'' suis paresseux pour le travail des
<ie lui, on meme temps qu*il honorait de sa visite mains, endormi quand je dois wilier, prompt a me
tons cenx qui etaient autour de lui, soit anges soit mettre en colere, opiniatre dans ma liaine, plus
hommes. Etje me dis a moi-meme avec frayeur et porte pour ma langue et pour ma bouche que je
tremblement : Si un ange a .'-to traite de la sorte, n'etais, plus lache et plus sterile pour la medita-
comment serai-je traite, moi qui ne suis que terre tion. Helas! le Seigneur visite toutes les monta-
et que cendre? II s'esl enorgueilli dans leciel, et gDes qui sont autour de moi, el il n'y a que moi
moi, sur un fumier. Qui ne supporterail 1'orgueil donl il ne s'approche point! Nesuis-je point de ces
plutdt dans un riche que dans un pauvre? Malheur collines que ce divin epoux laisse dernere lui?Car
a moi ! si on a chatie avec tant de severite un esprit j'en vois quelques-uns d'une abstinence singuliere,
si puissant, parce >iue son coeur s'est enfle, et s'il ne d'autres d'une patience admirable, eelui-ci a une
lui a servi de rien que 1'orgueil soit un air nature] douceur et une humilite merveilleuses, celui-la est
aux grands, quelle peine ne meriterai-je point, pli-in de misericorde et de bonte, un autre est sou-
moi qui suis tout ensemble et superbe et miserable? vent ravi en contemplation, frappe et penetre les
Mais j'en recois deja le chatiment, je me sens deja cieux par l'assiduite et l'instance de ses oraisons, et
frappe d'une blessure cruelle. Ce n'est pas sans ainsi chacun excelle en quelque vertu particuliere.
raison que depuis quelques jours je me trouve Je remarque, dis-je, qu'ils sont tous devots, tons
dans cette langueur. dans cet obscurcissement et
dans cette lachete inaccoutumee. Je courais avec
ardeur, lorsque j'ai rencontre en mon chemin une
pierre d'achoppement, contre laquelle j'ai heurle
le pied, et qui m'a renverse par terre. L'orgueil
fervents, tons unis en Jesus-Christ, tous combles
des dons celestes de la grace, comme de vraies
montagnes spirituelles, visitees du Seigneur, et qui
recoivent souvent en elles les sauts mystiques de
l'Epoux. Mais moi, qui ne trouve en moi rien de
II excite
zele p:.r l-i
vue des
vertus
d aulrui.
on
l.aridile el
i i langnenr
Iriti
- t-el!es les
fruo
I'orgaeil.
s'est trouve en moi, et le Seigneur s'est detourne pared, que puis-je me croire autre chose qu'une de
de son serviteur dans sa colere. (Test de la que ces montagnes de Gelboe, que ce Sauveur qui vi-
vient cette sterilite de mon ame, ce refroidissement site toutes les autres avec tant de bonte, passe dans
de devotion. Comment mon cceur s'esl-il ainsi des- sa colere et dans son indignation?
seche? il s'est durci comme le laitquise caille, il 9. Mes chers enfants, cette pensee ote la vaine
est devenu comme une terre aride et sans eau. Sa estime de soi-meme, attire la grace, prepare a ces
durete est si grande, que je ne saurais verser des sauts divins de l'Epoux. Je vous ai represents ces
larmes. Je ne trouve plus de gout au chant de choses en moi pour l'amour de vous, afln que vous
l'Eglise, je ne saurais lire, je n'ai plus le gout de fissiez de meme. Soyez done mes imitateurs; je ne
terea declinaret ab eo, cum omnes in circuital ejusmon-
tes, sive de angelis, sive de hominibus, visitationis sua?
gratia dignaretur : el pavens tremensque aio ad menict-
ipsum : si sic actum est cum angelo, quid de me (iet
terra et cinere? Ille in ccelo intumuit, ego in sterqui-
linio. Quis non tolerabiliorem in divile superbiam,
quam in paupere ducat? Vs mihi ! si lam dure in po-
tente ill o animadversum est pro eo quod elevatum est
cor illius, ncc ei profuil quod cognala polentibussuper-
bia esse cognoscitur : quid demeexigeudum el miscro, et
snperbo? Deniquejam luo pcenas, jam acerbissime va-
pulo. Non sine causa sane ab heri et nudiustertius inva-
sit me languor isle animi, el mentis hebeludo, insolita
quaedam inertia spiritus. Currebam bene : sed ecce lapis
olTensionis in via; impegi, et corrui. Superbia inventa
est in me, et Dominus declinavit in ira a servo sno.
Ilinc ista slerilitas anim;c mess, et devotionis inopia
quam patior. Quomoclo ita exaruit cor mourn, coagu-
latnm cstsieutlae, factum est sicul terra sine aqua? Nee
compongi ad lacrymas queo; tanta esl duritia cordis.
Noil sapit psalmus, non legere libel, non or.no delectat,
meditaliones solilas non invenio. Ubi ilia inebriatio
■spiritus? ubi mentis serenitas, et pax, el gaudium in
Spiritu-Sancto? Ideo ad opus manuum piger, ad vigilias
somnolentus, ad iram praceps, ad odium pertina.x, lin-
gua" et guise indulgentior, segnior obtusiorque ad pra>
dicationem. Heu 1 onmes monies in circuitu meo visitat
Dominus, ad me autem non appropinquat. Num collis
non sum ex his quos transsilit Sponsus? Nam alinm
quidem intueor singularisabstinentia?, alium vcropatieu-
liae admirandae, alium autem gummas humilitalis et
mansuetudinis, alium multae misericordiae el pielulis;
ilium in contemplatione frequenter execdere, hnnc pnl-
sarc el penetrare castas oraUoDum instantia, aliosque in
aliis pr-aeemincrc virtutibus. Uos, inquam, considero
.mines ferveates, onmes devotos, omnes in Christo una-
aimes, omnes donis cceleslibus et gratia al'i'luenles, tan-
quam spiritnales revera monies qui a Domino visitantur,
el Sponsum in so salientem frequenter recipiunl. E^o
autem, qui horam in me invenio nihil, quid me aliud
pulem, quam unum de montibus Gelboe, quem praeterit
in ira et iudignalione sua ille caeteroruin omnium beni-
gnissimus \ isitator?
!'. Filioli, lure cogilatio tollit exlollentiam oculorum ,
concilia! gratiam, Sponsi sallibus praeparat. Ilaec ego in
me transfiguravi propter vos, ut et vos ita facialis. Imi-
tatores moi eslote. Quod non de c.xercitio dico modo
v ii i ut ii in. aut iiioruiu disciplina, aut gloria sanctitatis
Ifantexami
ner sa cons-
cience pour
devenir
hnmble.
Utilie et
^cessite de
i crainte.
aot crain-
: quanil la
;race est
resent e.
e negli-
geons
joint -a
grace.
C1NQUANTE-QUATRIEME S EBMON
dis pas dans l'esercice des vertus ou dans le regle-
ment des moeurs, ou dans l'eelat de la saintete, car
il n 'y a rien en moi de toutes ces ckoses qui merite
d'etre imite ; mais je desire que vous ne vous epar-
gniez point vous-memes, que vous soyez les pre-
miers a vous accuser toutes les fois que vous re-
connaissez en vous que la grace est refroidie, et la
vertu languissante, comme vous voyez que je m'en
accuse moi-meme. C'est la agir en liomme qui
veille exactement sur soi, qui examine avec soin ses
roiesetsa conduite, et qui, en tout, tient toujours
1'orgueil pour suspect, et craint qu'il ne se glisse
dans son ame. En verite, j'ai appris, par ma propre
experience, qu'il n'y a rien de si eflicace pour me-
riter la grace, pour la conserver, ou pour la recou-
vrer, que de ne s'elever jamais devant Dieu, mais
d'etre toujours daus un etat de crainte et de trem-
blement. « Bienlieureux, dit le Sage, est celui qui
est toujours dans la crainte [Prov. xxvm, 1/j . o
Craignez done, lorsque la grace est presente, crai-
gnez lorsqu'elle sen va, craignez lorsqu'elle re-
vient, voila ce qu'on entend par etre toujours dans
la crainte. Que ces trois craintes se succedent dans
votre ame, selon que vous sentez que la grace est en
vous, ou s'en retire lorsqu'elle est offensce. ou y
revient de nouveau quand elle est apaisee. Lors-
qu'elle est presente, apprebendez de n'y pas corres-
pondre assez dignement, car c'est l'avis que donne
l'Apdtre, lorsqu'il dit : « Prenez garde de recevoir
en vain la grace de Dieu (II Cor. vr, 1). » Et, dans
sa lettre a Timothee : « Ne negligez pas la grace
qui est en vous (I Tim. it, 14). » Soit, enlin, en
parlant de lui-meme : « La grace de Dieu n'a pas
ete vaine en moi [I Cor. xv, 10). » Cet liomme ad-
mirable, qui penetrait les secrets de Dieu, savait
613
SUR LE CANTIQUE DES CANT1QUES.
que, negliger les dons de Dieu, et ne s'en pas servir
pour l'usage qu'on les a recus, c'est faire injure a
celui dont on les tient, et il croyait que c'est la un
orgueil epouvantable. C'est pourquoi il evitait lui-
meme avec grand soin, et euseignait aux autres a
eviter un ami si dangereux.
Mais il y a encore ici un autre precipice que je
vous veux decouvrir, dont l'esprit d'orgueil se sert,
comme dit le I'rophete, pour dresser des embuches
comme un lion dans sa caverne, avec d'autant plus
de danger pour nous, que ce piege est plus cacbe.
Car, lorsqu'il ne peut empecher Taction, il tache de
corrompre 1'intention, en nous suggerant de nous
attribuer ce qui n'est qu'un effet de la grace. Or,
vous ne sauriez douter que ce genre d'orgueil ne
soit bien pire que le premier. Car, qu'y a-t-il de
plus horrible que le langage de ceux qui disaient :
« C'est notre main toute-puissante, et non le Sei-
gneur, qui a fait toutes ces cboses [Beut. xxxu,
27). »
10. Si done on doit craindre lorsque la grace
demeure en nous, que doit-on faire lorsqu'elle se
retire ? Ne doit-on pas alors craindre bien davan-
tage? puisqu'il faut perir lorsque la grace vierrt a
manquer. Ecoutez le souverain dispeiisateur de la
grace : « Vous ne pouvez, dit-il, rien faire sans
moi [Joan xv, 5). » Craignez done extreniement lors-
que la grace vous est soustraite ; car vous tombe-
rez bien tot. Craignez et tremblez, parce que Dieu
est irrite contre vous. Craignez parce que celle qui
vous gardait vous a abandonne. Et ne doutez point
que votre orgueil en soit cause, quoique cela ne
vous paraisse pas, quoique vous ne vous sentiez
coupablederien. Car ce que vous ne savez pas,
Dieu le sail, et c'est lui qui vous juge. Ce n'est pas
Ne nous
altribuoas
point la
gloire de
nos borir:^3
oenvres.
II faut cra:
dre la i:.n
quand < le i
L'orgu ;i est
la cause dela
soustract-vn
de la gri.t.
enim de hujnsmodi quidquam mihi temcre arro-
gaverim imitalione dignum :) sed volo vos non pareere
robis, sed accusare vosmetipsos, quoties forte in vobis,
vel ad modicum tepere gratiam, virlutem Ianguescere
deprehendilis, sicut et ego pro hujusmodi memefipsum
accuso. Hoc facere hominis est, qui curicsus circums-
pector est - i, et scrutator viarum suarumac studiorum,
atque in omnibus semper suspectum habet arroganfia;
Mlmm nesubrepat. In verilate didici, nil sque efficax
esse ad gratiam promerendam, retinendam, recuperan-
dam, quam si omni tempore coram Deo inveniaris non
allum sapere, sed timere. Beatus homo qui semper est
ins. Time ergo cum arriserit gratia, time cumabie-
ril, time cum denuo revertetur; et hoc est semper pavi-
durn esse. Succedant vicissim sibi in animo tres isti
timores, secundum quod gratia vel adesse dignatur, vel
offensa receriere, seu iterum redire placala sentietur.
Cum adest, time ne non digne opereris ex ea ; nam hoc
monet Apostolus : Videte, inquiens, ne in vacuum gra-
tiam Dei recipiatis, et ad discipulum : No/i, inquit, ne-
gligere gratiam qua; in te est. Et de semetipso dicebat :
Quia gratia Dei in me vacua non fuit. Sciebat homo,
concilium Dei habens, redundare in contemptumdonan-
tis, donum negligere, nee expendere ad quod donatum
est; idque intolerabileni esse superbiam judicabat ■ et
propterea studiosissime hoc malum et ipse cavebat do-
cebulque cavendum. Sed rursum latet fovea hie 'wast
nolo vos luteal, de qua is ipse superbia spiritus' lanto
penculosms, quanto occultius, sicut habetis in psalmo
mstdiaittr quasi leo in spelunca sua. Nam si impedire
non praevalet actionem, tentat iutentionem, suggerens et
suadens, quatenus effectual gratis arroges tibi. Quod
quidem super-bia genus longe illo priore intolerabilius
esse non ambigas. Quid enim odiosius ilia voce qua
quidam dixerunt : Manus nostra excelsa, et non Dom'inus
fecit ha;c omnia'.'
10. Si ergo timendum manente gratia; quid si reces-
serit ? num multo magis tunc timendum? Plane multo
magis : quia ubi deficit tibi gratia, deficis lu. Audi
etemm quid dator gratia; dicat. Sine me, ait, nihil po-
testis facere. Time ergo sublracti gratia, tanquam mox
casurus ; time et contremisce, Deo tibi, ut sentis, irato-
time, quia reliquit te custodia tua. Nee dubites in causa
esse superbiam, etiamsi non appareat, etiamsi nihil tibi
conscius sis. Quod enim tu nescis, scit Deus; et qui te
judicat, ipse est. Sed nee qui seipsum commendat, ills
416
( ICFVHES HE SAINT BERNAHD.
II fautcrain
dre encore
lorsque la
gr.1i->' rt--
vienl.
Heureux
celui qui
crainl ninsi.
oelui qui so rend temoignage, qui est wa intent
estimable, mais c'esf calui a qui Dieu rend temoi-
gnage [Jacob, iv, 18) el qu'il approuve. Or Dieu vous
cend-il temoignage el approuve-t-il voire ronduite
quand il VOUS Drive de la grace ? Et celui qui
donne sa grace aui bumbles, l'6tera-t-ila celui qui
est bumble, apres lalui avoir donnee 1 la privation
tie la grace est done une marque d'orgueil. Quoique
neannioins il arrive quelquefois que la grace est
souslraite el eloignee, non a cause d'unorgueil pre-
sent, ruais a cause de celui ou 1'on tomberait, si on
ne nous lirait par la grace. Nuns en hmuisuu exem-
ple evident dans la personne de I'Apfitre, qui souf-
frait malgre lui, les aiguillons de sa chair, non
parce qu'il s'elevail, mais de peur qu'il ne S'l
(II Cor. xii, 7). Mais enfin, que l'orgueil soit pre-
sent, ou qu'il doive naitre plus tard, il est vrai de
dire que l'orgueil est toujours la cause ile la sous-
traction de la grace.
11. Mais si la grace vous redevient propice etre-
tourne vers Tons, e'est alors que vous devez crain-
dre bien plus encore, qu'il ne vous arrive de tom-
ber de nouveau, selon cette parole de Jesus-Christ
dans l'Evangile. « Vous voila gueri, allez et ne pe-
cliez plus, de crainte qu'il ne vous arrive quelque
chose de pire [Joan. \,ll\,) Voyez-vous qu'il est bien
plus funeste de retomber.que de tomber ? Que votre
crainte soit done plus grande, quand le peril est plus
grand. Vous etes heureux si vous remplissez votre
cceur de cette triple crainte, en sorte que vous crai-
gniez pour la grace que vous avez reeue, que vous
craigniez encore davantage pour celle que vous
avez perdue, et beaucoup plus enfin pour celle que
vous avez recouvree. Faites cela et vous serez
comme l'urne des noces ou assista Jesus-Christ,
plein jusqu'au baut, coutenant non-seulerneiitdeux
mesures comme elle, mais trois, et vous meriterez
de recevoir la benediction de Jesus-Christ qui
change votre eau en un vin de joie, et 1'amour par-
fait chassera dehors la crainte.
12. .le .lis done que la crainte est figuree par La craint
lean, puisqu'elle tempore la cbaleur des desirs e8tic1°™!J1ai
charnels. « Le commencement de la sagesse, dit le
Prophete, e'est la crainte du Seigneur (Psal.cx).n
Et ailleurs : « II lui a donne a boire de l'eau salu-
taire de la sagesse. » Si la crainte est la sagesse
el que la sagesse soit de l'eau, la crainte est de
l'eau. Aussi le sagedit-il : « La crainte du Seigneur
est une Fontaine de vie (Prov. xiv, 7).» Voire .'line
est comme une urne, or chaque urne du feslin de
l'Evangile contenait deux ou trois mesures. Ces
trois mesures sont les trois sortes de crainte « et
ils les emplirent jusqu'au haut (Joan, l, 6), » (lit le
l'Evangeliste. Ce n'est pas une crainte, ce ne sont
pas deux craintes qui suffisent pour les emplir jus-
qu'au baut, il en faut trois. Craignez Dieu en tout
temps, et de tout votre cceur, vous avez rempli vo-
tre urne jusqu'au haut. Dieu aime que les pre- tropolojj
sents qu on lui tait soient entiers, que 1 amour renip.iel
qu'on a pour lui, soit sans reserve, que les sacri- "jeaUn,J
tices qu'on lui oflre soient part'aits. Ayez done soin
d'apporter voire urne pleine aux noces celestes aiin
qu'on puisse dire aussi de vous : « L'esprit de la
crainte du Seigneur l'a rempli (Isa, xi, 3). » Celui
qui craint ainsi, ne neglige lien, car comment la
negligence pourrait-elle entrer en celui qui est tout
plein? Ce qui pent encore recevoir quelque chose,
n'est pas absolument plein. Par la memo raison, il
ne peut pas en meme temps craindre et s'elever.
Cariln'ya point de place pour l'orgueil ou tout
est plein de la crainte de Dieu. 11 en faut dire au-
tant des autres vices, car il est de toute necessite que
Sens
probatus est, sed quern Dens commeiul.it. Numquid
commendat te Deus, cum gratia privat? Aut numquid
qui humilibus dat gratiam, liumili aul'eret datam? Ergo
argumentum superbia?, privatio est gratiae. Quanquam
tamen interdum subtialiilur gratia, sive relraliiliir, non
pro superbia qua; jam est, sed quae futura est, nisi
subtrahatur. Ilabes biijns rei evidens documenlum de
apostolo, qui stimulos carnie sua- sustinebat invitus, non
quia extollerelur, sed ne extollerelur. Sed sive jam
exsislens, sive nondum ; superbia tamen semper causa
erit subtracta; gratiae.
11. Jam si gratia repropitiata rcdierit, inullo amplius
tunc timcndnm, ne forte contingat recidivum patijuxla
illud de Evangelio : Ecce sanus foetus cs, vade et am-
ptius jam noh /ifccare, ne aliquid deterius tibi contingat.
Audis recidere, quam incirlere esse deterius. Proinde
invalescente periculo, invalescat et metus. Beatus es, si
cor Ilium triplici islo timore repleveris, ut timeas qui-
deai pro accepta gratia, amplius pro amissa, longe plus
pro recopeeata Hoc fac, et eris liydria in Cbristi con-
vivio, iuipleta usque ad siimmum, rontinens nimirum
melretas non binas tantum , sed et ternas , ul
Cbristi merearis benedictionem , quae aquas tuas
convertat in vinum betitiae, et perfecta cliaritas foras
m it tat timorem.
12. Quod dico, tale est. Aqua timor est, quouiam ab
a;stu refrigerat desideiioium caraalium : Initium, in-
quil, sapientice timor Domini. Et babes : Aqua sapienlice
salularis potavit ilium. Si timor sapientia, et sapientia
aqua; timor aqua est : denique timor Domini, inquit,
fons vita. Porro hydria mens tua. Capientes, inquit,
singuloi metretas binas vel ternas. Ties metretas, ti-
mores Ires. Et impleverunt eas, inquit, usque ml sum-
mum. Non unus timor, non duo quoque, sed toti Ires
simul replent usque ad siimmum. Omni tempore time
Deuni, et ex omni corde tuo, el implesti hydriam tunm
usque ad summum. Amat Deus integrum inuniis, affec-
tuui plenum, perfectum sacrificium. Cura proinde nup-
liis coelestibus plenam inferre hydriam, ut de le quoque
dlcatur : Quia replevil eum spiritu timoris Domini. Qui
sic timet, nihil negligit. Undo naniquc ncgligenlia in-
tret in plenitudinein ? Alioquin quod capcrc aclinic
aliquid potest, plenum non est. Eadem sane ralione non
potest simul et sic timere, et, altum sapere. Non est
CINQUANTE-CINQUIEME SERMON sl'R LE CANTIQUE J)ES CANTIQUES.
tout soit exclu par la plenitude de la craiute. Et vreuils, et aux faons de biche. C'est
/4l5
la la
- .... "» *••■<"•-» iauii:> ue nicne. u i.'m Dii-mp la a r, ■
eeseaquaud vouscramdrez ams. pleinement et comparison de 1'Epouse. Ajoutez encore, afin h STpa *l
ment. au< 1 amnur dtnnura H» It „„„„„„ ,...-,, u son ,)<■ I'jS-
_;_*„;»* t ,. , r, --"-*" ™ wuipci aison ae i tpouse. Ajoutez encore, afin la comparai-
parfartement, que 1 amour donnera de la saveur qu'elle vous para isse plus juste, que le chevreuU ZX!ft
a votre eau par la benediction du Seigneur. Car la n'excel.e pas seulement par a vitei de sa coT «!"
^-,„,e cralIltesansl restu M Qr ur ^ ma.s auss. J >r=e ,
"IfeT to^qmiqanrtkc^r^lhomme ,(',-/.,,,. regarde proprement cette ie du discours ^
pei 15) car 1 amourparfa.tbannitlacrauite J nv, 8 ,. 1'Epouse, ou l'Epoux est d.peint sautant. et passant
*!/£? ^^^^^.^deleau.commenceadeyenir pardessus les collines, car s'il n'avait la v, e tres-
— ™>™' V-a ^n'Mv V SWedelE'Pou*de ™^. a ne pourrait pas, savant et couraut
lEghse Jesus-Chnst-.Notre-.e.gneur, qui etant discerner ceux en qui il d it sauter, et ceux q " j
men est eleve au dessus de toutes choses, et beni doit passer. Autrement elle aurait p'u se con en" r
dans tons les siecles. Ams, soit-il. pour marquCT la re3erve ,Je ^J ^ se JJj.
de le comparer seulement au faon de bicbe. Car on
sait que cet animal court extremement vite. .Mais
parceque l'Epoux, quoique l'ardeur de son amour
semble I'emporter avec une vitesse incroyable, pour
jouir des chastes embrassemeuts de sa bien-aimee,
ne laisse pas pourtant de dinger ses pas, ou plutot
ses bonds, avec beaucoupde prudence et de circons-
pection, et de prendre bien garde ou il doit mettre
le pied, il a fallu sans donte joindre aussi la com- *
paraison du cbevreuil, a celle du faon de bicbe,
afin que l'une exprimat le desir ardent qui le fait
ainsi sauter, et l'autre le discernement avec lequel
comparison est evidemmeut bien cho.s.e, car ce il choisit l'endroit ou il doit sauter. Oar Jesus Christ
genre d an.maux est rap.de a la course et agile a est juste et misericordieux, il est Sauveur et jnge
auter Or elle par e de Epoux et l'Epoux est (Tim. u, U) : parce qu'il aime, il vent que tons fe
hn-meme la parole etemelle. AusS1 le Prophete en hommes soient sauves, et acquierj la coLiV
vTe e ieaf lxLt ;r<<ScaP C°"rt " SanCe d6la ™^;et P—i-SU-ft -l-nait-
Vitesse (Psal . cxlvi. 15j » Ce qui se rapporte ceux qui sont a l„i, et sait ceux quVa choisis des
fort b16n a notre texte, ou l'Epoux, qui est la pa- le commencement (Joan xm 18)
rolede Dieu est decrit sautant et traversaut les 2. Reconnaissons done que ces deux biens de ce
montagnes, et par consequent semblable aux che
SERMON LV.
Comment on peut, par la vraie penitence, eviter
le jugement de Dieu.
1. « Mon bien-aime est semblable a un cbevreuil,
et a un faon de bicbe (Cant, n, 19,. » Cela depend
du verset precedent, car 1'Epouse compare main-
tenant a un chevreuil, et a un faon de biche, celui
qu'elle nous avait montre sautant et se luitant. La
l'Epoux, la misericorde et la justice, nous sont re- d&>i§"""*
ainsi I.
enim quo : mitlas superbiam, repletus timore Domini.
Et sic de cajteris vitiis sentiendum, quia necesse est
omnia plenitudine timoris excludi. Tunc demum si
. si perfecte timucris, dabit charitas saporem aquis
tuis ad Domini benedictionern. Sine cbaritate enim ti-
mop pcenam habet. Et quidem cbaritas vinum,' quod
la>tificat cor hominis. Perfecta autem charitas foras
mittit timorem, ut ubi aqua fuerat, vinum esse incipiat
ad kudem et gloriam Sponsi Ecclesiae Jeso-Christi
Domini nostri, qui est super omnia Deus benedictus in
saecula. A a.
SERMO LV.
Qunliter homo per veram pamitentiam potest evadere
judicium Dei.
I . Simihs est dilecius meus caprece hinnuloqne cervo-
rum. Ex pracedenti versiculo pendet. Quem enim
salientem et properantem modo descr'pscrat, conse-
ler c nparat capreae hinnuloque cervorum. Apte
quidem, quod hoc genus animantium cursu velox, et
saltu agile sit. Porro sermo de Sponso est, et sermo
as est. Et propbeta dicit de Deo, quia velociter
currit sermo ejui; sane congruens huic loco, ubi Spon-
sus, qui Sermo Dei est, saliens transsUiensque
descnbitur, simihs proinde factus caprea? hinnuloque
cervorum. Et ha;c ratio similitudinis. Adde tamen ne
nulla similitudinis ipsius vet minima proportiuncula
vacet, quia caprea quidem non modo curaus pernicilate
sed et acumine visus eminet. Quod ulique proprie
illam respicit narrationis partem, qua Sponsus, non so-
lum sa/iens, sed et transsitens apparere refertur • quia
nisi acuta et perspicaci intuitu non posset omnino
pra-sertim inter currendum, discernere in quos salire
et quos traussilire deberet. Alioquin poterat sufficere,
ad designandam festinanlis velocitatem, de solo hinnulo
comparatio : is quippe rapidiori se ferre noscitur cursu.
Nunc vero quoniam Sponsus iste, etsi ardenter amans
cursum ruere in dilect* videatur amplexus : nibilomil
nus tamen gressus, vel potius saltus suos prudenti
consideratione dirigere novit , cautus ubi oporleat
figere pedem : oportuit profecto cum hinnulo eti r
caprea siimlitudinem dari, quatenus et per ilium des
dermm salvantis, et per banc cligentis exprimerelur j„.
dicium. Chnstus nempe Justus et misericors salvator e
judex : et quia ainat, vult omnes homines salvos Deri
et ad agnitionem veritatis venire et quia judical
novit qui sunt ejus, et ipse scit quod elegit a prin-
cipio. . '
2. Igitur duo ha;c boDi Sponsi, misericordiam scibcet
et judicium, in bis duobus anhnantibus commendata a
<>
IIEUVRES DE SAINT BERNARD.
presents par le Saint-Esprit, sous la figure de i ■< •-.
•encorde et ' . r . . . ....
la justice de deuianini nix, aim qu en leuiotginige de 1 mtfiri-ili.-
Epoux. ej je ja pgffggtion jc. notre foi, nous huitions le
Prophete [Psal. c, 1), et celebrions atyec lui la mi-
sericorde et la justice du Seigneur. Quant a moi, je
ue doute point que ceux qui sunt curieux et ins-
leurspeckes inanifestes sonl deja juges, et ils n'out
point besoin d'exatnen, mais de supplier. Mais pour
moi, qui parais religieux et habitant de Jerusalem,
mes pecb.es sunt caches et comme couverts sous le
nciin et sous l'habit religieux. Voila pourquoi il sera
necessaire d'en faire une recherche et une discus-
Humilite de
saint Ber-
nard.
bruits duces choses, ne puissent encore iudiquer. sion cxacte, et de les tirer des tenebres pour les
d'autres proprietes de la nature de ces animaux,
qu'on pourrait utilement et raisonnablement rap-
porter a l'Epoux. Mais je pense ipie celles-ci peu-
vent servir pour rendre raison de la comparaisou
de l'Epoux. C'est encore avec beaucoup de sagesse
que le Saint-Esprit ne compare pas l'Epoux au
cert', mais au l'aon de biche, en quoi il fait mention
des patnarches, dont Jesus-Christ descend selon la
chair, et de l'eufance du Sauveur. Car ce petit enfant
qui nous est ne (Isa. ix, 6), a paru comme un l'aon
de biche. .M.iis \ous, qui desirez l'avenement du
Sauveur, apprehendez l'examen ngoureux de ce
juge, apprehendez ses yens de chevre, craignez
celui qui dit par un Prophete : a Et en ce jour-li
j'exaunnerai Jerusalem a la clarte des flambeaux
produire au jour, en y approehant la lunucre et le
flambeau.
3. Nous pouvons encore citer quelques paroles
du Psalmiste pour contirmer ce qui est dit de cet
examen de Jerusalem. 11 dit, en effet, en parlant au
noni du Seigneur : « Lorsque le temps sera venu,
je jugerai les justices meme (Psal. i.xxiv, 3).» Par
oil, sije ne me trompe, il veut dii'e qu'il discutera
et examinerala conduite et les actions des justes.
Nous avons grand sujet de craindre que, (levant un
examen si rigoureux, plusieurs de nos actions que
nous croyons vertueuses, ue paraissent vicieuses. 11
y a pnurtant un reniede a cela, c'est que si nous nous
jug-eons nous-memes, nous ne serons point juges
(11 Cor. xi, 31). Certes ce jugement-la m'est bien
avanlageux, puisqu'il me derobe et me cache a cet
(Sophu. i, 12). » II a la vue percaute, ses yeux ne
laisseront rieu echapper a leurs regards. 11 sondera autre jugement de Dieu, qui doit etre si severe. Je
les reins et les ceeurs, et toutes les pensees des tremble de frayeur de tomber entre les mains du
hommes seront a uu devaut lui. (Psal. vn, 10J. Dieu vivant. Je veux etre presente devant sa face
Combien ^u >' aura-t-il de siir dans Babylone, si Jerusalem irritee, deja juge, non point pour etre juge.
redoutaiiie meme doit subir l'epreuve d'uu si rude examen? L'homme spirituel juge toutes choses, et n'est juge
"nurntX Car je pense qu'eu cet endroit le Prophete a voulu de personne (I Cor. it, 15). Je jugerai done le mal
Jeius-Clmst. jesiguer jiar ccne ville^ ceux qui nienent une vie
religieuse ici-bas, qui imitent autant qu'ils peu-
vent, par leur conduite honnete et reglce, les
moeurs de cette Jerusalem celeste, el ne resseni
Dieu jue:era
nos justices
meme.
qui est en moi, je jugerai meme le bien. Je tache-
rai de corriger le mal par de meilleures actions, de
l'eliacer par des larmes, de le punir par des jeiiues,
et [>ar les autres travaux d'une sainte discipline.
Comment
nous devooj
nous juger.
blent pas a ceux qui soul de Babylone, et dont la Dans le bien, j'aurai un humble sentiment de tnoi-
vie est toute pleine de desordres et de crimes. Car meme, et, selon le precepte du Seigneur, je m'esti-
Spiritu-Sancto nobis interim sentiamus, utin testimo-
nium integritatis et perfections fidei nostra;, nos qtio-
que Prophetam imitantes, misericordiam et judicium
cantemus Uomino. Ego antem non dubito, et alia de
horum natura ab his quidem, qui talium euriosi et
gnari sunt, posse monstrari, qua? Sponso aptari utiliter
et congrucnter queant : sed haec, at arbitror, su ulcere
possunt ad dandam rationcm adducta: similitudinis.
Pulchre taiuen Spiritus-Sanclns non de cervo, sed dc
hinnulo cervorum similitudtnem dedit, in quo el pa-
tram fecit mentionem, e quibus Christus secundum
carnem, et inumtia; meniinit Salvaloris. Ut liinnulus
quippe apparuit parvulus qui natus est nobis. Verum In
qui adventum desideras Salvaloris, time scrutinium
Judicis, time oculos capie*, time ilium qui per Pro-
phetam dicit : Et erit in die ilia, et ego scrutator Jeru-
salem in lucernis. Acuto visu est : nihil inscrutatum
telmquet oculus ejus. Scrutabilur renes et corda, ipsa-
que cogitatio hominis conlitebitur illi. Quid luluin in
Babylone, si Jerusalem manet scrutinium ? Puto enini
hoc "loco Prophetam Jerusalem nomine designasse illos,
qui in hoc sa-culo vitam ducunt religiosam, mores su-
pernae Hlius Jerusalem conversatione honesta et
ordinata pro viribus imitantes ; et non veluti hi, qui de
Babylone sunt , vitam in pertutbatione vitiorum
seelerumque confusione vastantes. Denique illoruin
peccata manifesta sunt , pracedentia ad judicium
et non egens scrutinio, sed supplicio. Mea antem, qui
videor monachus et Jerosolymita, peccata certe occulta
sunt, nomine et habitu monachi adumbrata ; et idcirco
necesse erit subtili ca invastigari discussione, et quasi
admotis lucernis de tenebris in lacem prodi.
3. Possumus alTerre aliquid ct de psalmo ad conflr-
mandum id quod dicitur dc scrulanda Jerusalem. Ait
namque sub persona Domini : Cum accepero tern/jus,
ego juslitias judicabo. Vias justorum, ni fallor, et actus
eorum discussurum se et examinatmum dicit. Veren-
duni valde cum ad eum adventum fuerit, ne sub tarn
subtili examine mullae nostra; justitise (ut putantur)
peccata appareant. Unum est tamen, si nosmelipsos
dijudicaverimus, nun ulique judicabimur. Bonum judi-
cium, quod me illi dislriclu divinoquejudiciosubducit et
abscondit. Prorsushorreoincidere in mantis Dei viventis :
volo vultui ira; judicatuspra'sentari, nonjudicandus. Sjpt-
ritualis homo omnia dijudicat, et ipse a nemine judicatur.
Judicabo proinde mala mca, judicabo et bona. Mala
CIN'QUANTE-SIXIEME SERMON SUR LE CANTiQUE DES CANT1QUES.
417
1 faut re-
lootPr leg
gards d'un
ju;,'e qui
voit tout.
merai un serviteur inutile qui n'a fait que ce qu'il
devait faire. Je prendrai garde de ne lui pas offrir
de I'ivraie pour du froment, on des pailles pour des
grains. Je sonderai mes voies et ma conduite, aim
que celui qui doit examiner Jerusalem a la lumiere
des flambeaux {Sopho. I, 12) ne trouve rien en
moi qui ne soit examine et discute. Car il ne jugera
pas deux fois une merne those.
k- Qui me fera la grace de si bien examiner et
corriger mes peches, que rien ne me fasse appre-
hender les yeux si clairvoyants de la chevre,
ni rougir a la lumiere des lampes? Maintenant,
je suis vu, mais je ne vois pa?. Cet ceil auquel
toutes choses paraissent u, decouvert, est present,
bien que lui-meme ne paraisse pas. II viendra un
temps ou je connaitrai comrac je suis connu. Mais,
a cette heure, je ne connais encore qu'en partie,
bien que je ne sois pas connu seulement en partie,
mais en en tier. Je redoute la vue de ce divin exa-
minateur qui se tient derriere la muraille. Car c'est
ce que l'Ecriture ajoute touchant celui qu'elle a
compare a un chevreuil, a cause de la penetration
de sa vue. Le voila, dit-elle, « qui est debout derriere
la muraille, et qui regarde par les fenetres et par
les treillis [Cant. u,9). * Mais nous expliqueronscela
en son lieu. Je redoute done ce juge cache, qui
examine les choses cachees. L'Epouse ne craint
rien. En etfet, que pourrait craindre cetle bien-
aimee, celte colonibe, cette belle? Aussi lisez-vous
ensuite : « Voici mon bien-aime qui me parle. » 11
parle, et c'est pourquoi je redoute sa vue, parce
qu'il ne me rend pas temoignage comme a l'Epouse.
Mais vous, 6 Epouse, qu'enteudez-vous? Que vous
dit votre bien-aimee? Levez-vous, dit-il, hatez-vous,
ma bien-aimee, ma colombe, ma belle. Mais il faut
aussi remeltre cela a une autre fois, afin de ne pas
trop restreindre ce qu'il faut traiter avec plus
d'etendue, de peur que je ne sois encore trouve
coupable en ce point, si je manquais a vous donner
des instructions necessaires pour la connaissance et
l'amourde l'epouxde l'Eglise, Jesus-Christ, N'olre-
Seigneur, quietant Dieuesteleveaudessusde toutes
choses, et beni dans tous les siecles. Ainsi soit-il.
SERMON LV1.
Xos pe'ehis et not vices sont comme une muraille ile-
vee enlre Dieu et nous.
1. k Le voici debout derriere la muraille et regar-
dant par les fenetres et par les treillis {Cant, n,
9). » Se'.on la lettre, il semble que l'Epouse veuille
dire que celui qu'ou voyait venir sautant, s'est ap-
proche jusqu'a son logis, et, se tenant derriere la
muraille, regarde par les fenetres et par les fen-
tes, n'osant pas entrer dedans. Mais selon l'esprit
on peut entendre qu'il s'est vraiment approchS,
mais d'une autre facon digne de cetepoux celeste,
et dignement exprime par le Saint-Esprit, car l'in-
telligence veritable et spirituelle n'admeltra jamais
rien qui ne soit bienseant a celui qui agit, et a ce-
lui qui rapporte Faction qu'il a fade. 11 s'est done
approche de la muraille, lorsqu'il s'est uni a la
chair. La muraille c'est la chair; et l'approche de
l'Epoux est l'iucarnation du Verbe. Les treillis et du Christ,
les fenetres par oil l'Epouse dit qu'il regarde, ce e3't£;p[jen"
melioribus curabo corrigere actibus, diluere lacrymis,
punire jejuniis, caeterisque sancts Iahoribus discipline.
In bonis de me humilitersenlentiam, et jnxta praeccptum
Domini, servum me intitilem reputabo, qui quod facero
debui, tantum feci. Dabo operam nee lolia pro granis,
nee paleas cum granis oCfeire. Scvutabor ego vias meas
et studia mea, quo is qui scrutaturus est Jerusalem in
lucernis, nihil inscrutatum in me sive indiscussum
inveniut. Neque enitn judicatures est his in idipsum.
4. Quis mihi del ita ad liquidum piosequi et persequi
universa delicta mea, ut in nullo oporteat vereri oculos
caprca?. in nullo ad lumen conlingat erabescere lueer-
narum ? Et nunc videor, sed non video : prajsto est
oculus cui omnia patent, etsi non patet ipse. Erit
quando cognoscam, sicul et cognitus sum : at nunc
quidem cognosco ex parte ; non tamen ex parte cogni-
tus, sed ex toto. Vereor aspectum exploratoris illius,
qui post parielem slat. Hue enim Scriptura addit de
illo, quern pro acumine visus capreat assimilavit : En
ipse stat, inquit, post parietem, respiciens per fenestras,
prospiciens per cancellos. De quo suo loco videbimus.
Hunc ergo vereor occullum occullorum exploralorem.
Sponsa nihil veretur, quia nihil sibi conscia est. Quid
denique vereatur, arnica, coiumba, formosa ? Nempe
stibinde habes : En rlilectus meus, inquit. loquitur mihi.
T. IV.
Nihil non loquitur ; et ideo formido aspectum, quoniam
non habeo testimonium. Tu quidaudis de te, o Sponsa?
Quid tibi loquitur dilectus tuus ? Surge inquit, propera
arnica mea,colamba mea, formosa mea. Yerum hoc
quoque alteri servabo principio, necbrevitate arctabo ea
qua? diligenliam desiderantia sunt : ne forte et de hoc
reus inveniar, si quo minus vos inveniamini in hac
parte ajditicati ad intelligenliam et amorem sponsi
Ecclesiae Jesu-Christi Domini nostri, qui est super om-
nia Deus benedictus in sscula. Amen.
SERMO LVI.
Quod peccata rt vitia sunt tanquam parietes mediantes
inter Deum et peccatorem.
1. En ipse stat post parietem, respiciens per fenestras,
prospiciens per cancellos. Secundum litteram quidem
videtur dicere, quia is qui cum saltibus adventare pros-
piciebatur, appropiasset usque ad contubernium Sponsa?,
et stans post parietem curiosius introspiceret per fene-
tras et rimas, et verecunde non prssumeret sese inge-
rere. Secundum spiritum autem appropiasse quidem
nihilominus intelligitur, sed aliter, ita sane quemadmo-
dnmp|acu=lestiSponsoagi oportuit, et a Spiritu-Sancto
27
418
OEL'VRES DE SAINT BERNAKP.
Pourquoi le
Christ a du
avon .
sions el les
tens de
t homme.
Science eipe-
rimentale dn
Christ.
Ed quelle
ma iere le
Christ se
tient denierc
la muraille.
sont, comme je le crois, les sens de la chair, et les
passions humaines, par ou il a eprouve lesinGrmi-
tes des hommes. Car il a porle lui-inenie nos lau-
gueurs, et il a prisnosdouleurs surlui (Isa.uu.b).
lls'estdonc servides passions et des sens du corps,
cotnme de fentes et de fenetres, alin qu'olant
homme, il conmit par sa propre experience les
miseres des hommes, et qu'il en cut compassion.
11 Us connaissaii sans doute auparavant, mais d'une
autre facon. 11 connaissait la vertu d'obeissance,
parce qu'il est le Seigneur des vertus ; et nean-
raoins, selon le temoignage de 1'ApiMre : « 11 a ap-
pris 1'obeissance par les choses qu'U a soulfertes
[Heb. x, 8). » Voila aussi comment il a appris la
misericorde, bien que la misericorde du Seigneur
soit de toute eternite. C'est ce que nous enseigne
ce meme Docteur des nations, lorsqu'il assure,
qu'il a soutl'ert toutes sortes de maux a cause de
la ressemblance du peche qu'il portait, atin qu'il
devint misericordieux {Heb. iv, 15). Voyez-vous
comment il est devenu ce qu'il etait deja, et il a
appris ce qu'il serait auparavant, et comme quoi
il a cherche parmi nous des fentes et des fenetres,
par oil il put connaitre nos faiblesses avec encore
plus de soin ? Or il a trouve autant d'ouvertures
i lansnotre muraille ruinee et pleine de fentes, qu'il
a fait dans son corps d'experiences, de notre iuhrmite
et de notre corruption.
2. Voila done comment l'Epoux se tenait debout
derriere la muraille et regardait par les fenetres et
par les treillis. Et c'est avec raison qu'elle le re-
presente debout, parce que seul il s'est tenu verita-
blement debout et ferme dans la chair, puisqu'il
n'a point senti le peche. On pent entendre encore,
quVtanl tombe par la faiblesse de la chair, il est
demeure debout par la puissance de la divi-
nite. selon celte parole qui est de lui : « L'es-
prit est prompt, mais la chair est faible (Malth.
xxvi, !tl). » Jo pense aussi que ce que David dit
touchant ce mystere, favorise cette interpretation.
Car, bien que ce prophete du Seigneur parle de
Uoise, il avait sans doute le Seigneur en vue, puis-
qu'il est le veritable Uoise vraiment venu par l'eau,
non-seulemeut par lean, mais par l'eau et par le
sang tout ensemble. Voici ce que dit ce prophete
en parlanl de Dieu le Tore : « Dieu avail resolu de
les peril re, si Moise son bien-aime ne se fat tenu
debout en sa presence, quoiqu'il fut tout abattu,
et iiL't'it arretesa colere, et obtenu de lui qu'il ne
les exterminerait pas (Psal. cv, 23). » Comment se
peut-il faire qu'il se tint debout, s'il etait aballu ;
oil s'il etait debout comment etait-il abattu? Je vais
vous montrer, si vous voulez, qui est celui qui s'est
vraiment tenu debout quoiqu'il tilt abattu. Je n'en
connais point qui Fait pu faire que mon Seigneur
Jesus, qui certainement vivait dans sa mort meme,
qui etait en meme temps abattu sur lacroix, et de-
bout avec le Pere par sa Divinite. Dun cote il
priait le Pere avec nous, de l'autre, il nous faisail
misericorde avec le Pere. 11 etait debout derriere la
muraille, tandis que ce qui etait abattu en lui pa-
raissait manifestement dans la chair, et ce qui etait
debout se cachait comme derriere la chair ; e'etait
tout a la fois un homme a tous les regards, et un
Dieu cache aux yeux des hommes.
3. Je crois qu'il est encore debout derriere lamu-
tlici. Nil quippe quod vel auctorem dedeceat , vel
narratoiem, verus et spiritualis intellectus admitlet.
Ergo appropiavit parieti, cum adhajsit carni. Caro paries
est : et appropiatio Sponsi, Verbi incarnatio. Porro
cancellos et fenestras per quas respicere peihibetur,
sensus (ut opinor) carnis, et humanos (licit affectus, per
quos experimentum cepit omnium humanarum necessi-
tutum. Denique languores nostras ipse lulit, et dolores
nostras ipse portavit. Humanis ergo affeclionibus sensi-
busque corporeis pro foraminibus usus est et feneslris
ut miserias hominum homo factus experimento sciret,
et misericors fieret. Sciebat et ante, sed aliter. Seiebat
denique virtutem obediendi ipse Dominus virtutum, et
tamen lesle Apostolo, didicit ex his quae passus est,
obedienliam. In hunc modum et misericordiam didicit,
etsi misericordia Domini ab sterno. Docet hoc quuque
idem gentium Doctor, ubi eum asserit tenlalum per
.mnia pro simililudine absque peccato , ut miseri-
cors fieret. Videsne factum esse quod erat, et quod
noverat didicisse, et sibi apud njs quaBsisse rimas
et fesnestras, per quas calamitates nostras diligenlitis
exploraret ? Tot autem in nostra ruinoso et pleno
rimarum pariete inveuit foramina, quos nostra; infirmi-
tatis et corruptions in suo corpore sensit experimeota.
2. Sic itaque Sponsus post parietem stans, et per fe-
ofstra3 et cancellos respiciens erat. Et bene stans, quia
solus revera in carne stetit, qui carnis peccatum non
sensit. Possumus et hoc fideliter sapere quia stetit per
divinitatis potentiam, qui per carnis infirmilatem occu-
buit, dicenle ipso Spirilus quidem promptus est, caro
autem infirma. Ego autem pulo etiam illud huic sen-
tentia? suffragan, quod sanctus David in hoc mysterio,
ulpote prophela Domini et prophetans, de Domino
loquabelur ; et quidem Moysen loquens, sed Dominum
intuens. Ipse enim verus est Moyses, qui vere per
aquam venit, et non in aqua tantum, sed in aqua et
sanguine Ait itaque memoratus prophela : Dixit ut
disperderet eos, (Palrem siquidem loqiiebatur) si non
Moyses e/ectus ejus stetisset in confractione in eonspectu
ejus, ut averteret iram ejus, ne disperderet eos. Quo-
nam modo, quaeso, Moyses stctil in confractione? Quem-
admodum, inquam, aut stetit, si confractus est ; aut
si stetit, quomodo confractus est ? At ego tibi ostendo,
si vis , qui vere stetit in confractione. Ego alium novi
neminem qui hoc potuerit, nisi Dominum meum Jesum,
qui eerie in mole vivebat, qui corpore tract us in cruce,
divinitate stabat cum Palre : in uno nobiscum suppli-
cans, in altera cum Patre propitians. Et slabat post
parietem, dum, quod jacebat in illo, manifeslum erat in
carne ; et quod stabat in ipso, quasi post carnem
latebat ; sane unus idemque homo manifestus, et Deus
absconditus.
CINQUANTE-SIXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANT1QUES.
419
os-Christ
tlepecht'
raille pour chaeun de nous qui desirons son avene-
nient, taut que notre corps, qui est sujet au peche,
nous cache sa face ici bas, et nous empeche de jouir
de sa presence. « Car, tamlis que nous vivons dans
ce corps, dit l'Apotre, nous sommes eloignes du
i muraiiie Seigneur (2 Cor. v, 6). » Ce n'est pas simplement
•pare"de Parce que nous sommes dans un corps, mais par-
ce que nous sommes dans ce corps-ci qui vient du
peche, et qui n'est point sans peche. Et afin que
vous sachiezque ce n'est pas notre corps mais nos
peches qui nous separent de Dieu, ecoutez l'Ecri-
ture sainte : « Nos peches, dit-elle, mettent une
separation entre Dieu et nous (Isa. i.ix. 2). » Et
pliit a Dieu qu'il n'y eut d'autre obstacle pour inoi
que la muraiiie du corps, et que le peche qui esl
dans le chair, et que je ne fusse point empei lie par
une infinite de vices, comme par autant de murs.
Car j'apprehende fort que, sans compter ce qu'il y
a de corrotnpu dans ma nature, je n'aie encore
ajoute beaucoup de peches de ma propre malice,
quiaient muniment eloigne l'Epouxde moi, et que,
si je voulais avouer la verite, je ne fusse oblige de
confesser, qu'a mon egard, il est plutot debout der-
riere plusieurs murailles, que derriere une seule.
I les uus li- Mais je veux m'expliquer davantage, l'Epoux
oirTpour est (=bSa'enlellt t't mdifferemment partoutpar la pre-
sence de sa majeste, et par la grandeur de sa puis-
sance, neanmoins en pent dire que par la commu-
nication de sa grace, il est proche de quelques-uns
et eloigne des autres, ce qui ne s'entend qu'i re-
gard deshommeset desanges, e'est-a-dire des crea-
tures raisonnables. C'est potirquoi le roi Prophete
dit que le salut est eloigne des pecheurs [Psal.
cxviu, 55) ; et, en parlaot de lui-meme tout saint
qu'il etait : « Pourquoi, Seigneur, vous etes-vous
autres I
irist est
pre s.
3. Sed et unicuique nostrum, qui desideramus adven-
tum ipsius, puto ilium nihilominus post parietem stare,
dum corpus hoc nostrum, quodcertepeccali est, abscon-
dat interim nobis faciem ejus, et praesentiam intercludat.
Dsniquc quandiu sumus in hoc corpore, inqnil, peregri-
namur a Domino. Non quia in corpore, sed quia in
corpore hoc, quod utiqiie tie peccato est, et sine peccato
non est. Et ut scias quoniam obstant non corpora, sed
peccata, audi Scripturam : Peccata nostra, inqnil, sepa-
rant inter ttos et Drum. Et utinam unus milii tan turn
obstet paries corporis, solumque obicem patiar id quod
est in carne peccatum, et non multas intersint maceriae
vitiorum. Vereor enim ne eliam praeter illud quod
in natura est, quam plurima de propria iniquitate
adjecerim , quorum a me interjectu niiiiium elon-
gaverim Sposum , ila ut, si verum dicere velim ,
post parietcs magis mihi ilium slare fatear, non post pa-
rietem.
4. Sed dico hoc planius. Sponsus quidem tequaliler
atque indilfercnler praeslo ubique est, divinae utique
praesentia majeslatis, et magnitudine virtutis sua? , gra-
tiae tamen exhibitione seu inhibitione quibusdam longe,
quibusdam prope esse dicitur. Angelorum duntaxat et
hominum, id est rationalium creaturarum. Denique
eloigne de moi (Psal. is, 1) ? » Et quant aux saints,
il s'eloigne quelquefois d'eux par une juste dispen-
salion, mais ce n'est que pour un temps, et encore
n'est-ce pas tout-a-fait, mais seulernent en parlie.
Mais pour ce qui est des pecheurs dont il est dit
dans le psaume : « Leur orgueil monte toujours
(Psal.. vu, 23) ; et leur conduite est corrompue en
tout temps (Psal. ix, 5) ; » il en est toujours extre-
mement eloigne, et cet eloignement est un effet de
sa colere, non de sa misericorde. C'est pourquoi
David, s'adressant a Dieu, lni dit : « Ne vous de--
tournez pas de votre serviteur dans votre colere; »
il savait qu'il pouvait s'en detourner par miseri-
corde. Le Seigneur est done proche des saints et
de ses elus, lors meme qu'il semble en etre eloigne,
et il ne s'approche pas egalementde tous, mais des
uns plus, des autres moins, selonladiversite deleurs
meriles. Car, bien qu'il soit proche de tous ceux qui
l'invoquent avec fui, et de ceux qui ont le cceur
brise par 1'afllicl.ion, pettt-etre neanmoins n'est-il
pas si proche d'eux, qu'ils puissent dire, qu'il est
debout derriere la muraiiie. Mais comme il est pres
de l'Epouse, puisqu'elle n'est separee de lui que
par une muraiiie ! C'est pourquoi elle voudrait etre
degagee des liens du corps, afin que ce mur etant
renverse, elle put etre avec celui quelle es;>ere
trouver derriere.
5. Mais, pour moi qui suis pecheur, bien loin de
desirer d'etre hors de ces liens, je crains au con-
traire beaucoup que cela n'arrive, parceque je sais
que la mort des pecheurs est tres-funeste (Psal.
xxxui, 22). Et comment ne le serait-elle pas, puis-
qu'elle n'est point assistee de la vie ? Je redoute de
sortir, et je tremble d'entrer dans le port meme,
parce que je ne vois pas lieu de m 'assurer que
C'est le peche
qui rend la
mort horrible
longe a peccaloribus salus. Et sancttis David nihilominus
dicit : It quid Domine recessisti lonrjel Caeterum a
Sanctis pia dispensatione ad tempus, et non ex toto,
sed juxla aliquid aliquando longe se facit. Peccatoribus
auleiu de quibus dicitur, Superbia eorum qui te ode-
runt, ascendit semper; et item, Inquinatm sunt via> illo-
rum in (imni tempore : semper, valdeque longe est, at-
que in ira hoc, et non in misericordia. Quamobrem
orat ad Deum sancttis, et ait, Ne declines in ira a servo
tuo : sciens quia es in misericordia potuerit declinare,
Prope est ergo Dominus Sanctis et electis suis, etiam
cum longe esse videtur, et non a-qualiler omnibus, sed
aliis plus, aliis minus, pro merilorum divcrsitale. Nam
etsi prope est Dominus omnibus invocanlibus cum in
veritale, et juxta est his qui tribulato sunt corde ; non
tamen omnibus forsitan, ila ut dicere possinl, quia ipse
slut post parietem. Sponste vero quam prope est
qui uno tantum pariete dividitur. Propterea cupit dissolvi
et tupto medio pariete cum illo esse, quern post parie-
tem esse conlidit.
.'i. Ego autem, quoniam peccator sum, dissolvi non
cupio, sed formido, sciens quia mors peccatorum pes-
sima. Quomodo non pessima mors, ubi non subvenit
Vila? Formido exire, et in ipso contremisco poruu
420
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
l'Eponx s'approche de moi pour me recevoir. En raille empeche l'Epoux d'approcher de lui, cette
effet, comment puis-je sortir avec conGanee, si le muraille, c'est l'acte du peche. Mais si a cela on
Seigneur lui-meme ne me regarde pas lorsque je ajoute la frequence de l'acte, qui change le peche
sortirai?Helas! ne serai-je pas le jouet des de- en habitude, et que l'habitude ensnite porte au
mous qui m'emporteront avast que je trouve per- mepris, suivant cequi est ecrit, que « lorsque l'im-
sonne pour me racheter et me sauver? Saint Paul pie est arrive jusque dans l'ablme du mal, il me-
n'avait rien a craindre de pareil, lui qui u'etait prise tout (Prov. xvin, 3); » nest-il pas vraique si
empeche de voir et d'embrasser son bien-ainie, vous sortez de la vie dans cet 6lal, vous pourrez
La Iroisi
est I'ao
peccamin
l.a qnntri
e;ll liubi
<iu peot
11 y a plu-
sieurs
murailles
entre nous
et Jesus-
Cbrist ; la
firemiere est
a concupi;-
ceoce.
que par une seule muraille, la loi du peche qu'il
trouvait dans ses menibres, c'est-a-dire, la concu-
piscence de la chair, dont il ne pouvait elre entie-
rement exempt, tant qu'il vivait dans la chair. 11
n'etait pas sans doute bien eloigne de Dieu, puis-
etre devore mille 1'ois par les lions rugissanls qui
attendent leur proie, avaut que vous arriviez a
l'Epoux que vous avez separe de vous par une in-
finite de murailles, dont la premiere est la concu-
piscence; laseconde, le consentement; la troisieme,
qu'il n'y avait que cette muraille entre deux. C'est l'acte; la quatrieme, l'habitude ; la cinquieme, le
ce qui le portait a s'ecrier dans l'ardeur de ses de- mepris ? Ayez done soin de resister de toutes vos
sirs : « Qui me delivrera de ce corps demort [Rom. forces avant tout a la concupiscence, afin qu'elle
VII, 2i) ? » Sachant qu'aussitdt qu'il serait mort, il n'atlire point le cunsenlement, et vous verrez que
arriverait a la vie. 11 n'y avait done qua cette loi, toute la machine du peche tombera par terre ; et
c'est-a-dire a la concupiscence, que saint Paul flit n'y ayant plus que la muraille du corps qui ern-
sujet,etiln'y avait qu'elle quietait obligee de souf- peche l'Epoux d'approcher de vous, vous pourrez
II fan
eviter i
gneus
merit de
senlir
pecM
frir, parce qu'elle etait attachee inseparablement a
sa chair. « Du reste, disait-il, je ne me sens cou-
pable de rien (l Cor. iv, U)- »
6. Mais qui est semblable a saint Paul ? Qui ne
consent pas quelquefois a cette concupiscence, et
vous glorilier aussi avec l'Epouse, en disaut comme
elle : « Le voici qui est debout derriere uotre mu-
raille. »
7. Mais il faut encore que vous ayez soin qu'il
trouve ouvertes vos fenelres, et vos treillis, ce qui
La seconds
est lecousen-
temeot.
n'obeit pas au peche? Que celui done qui consent signifie vos confessions, afin que par la il puisse re-
au peche, sache qu'il met devant soi une autre garder favorablement au dedans de vous; car ses re -
muraille, qui est ce consentement illicite et crimi- gards sont voire avancement.On dit que les treillis,
nel. Et celui qui est en cet etal ne peut pas seglo- sont de petites feuelre-, tels que ceux qui compo
rifier que l'Epoux est pour lui derriere la muraille, sent les livres s'en font pour recevoir la lumiere
puisquil y a deja deux murailles entre eux, mais sur le papier. U'oti vient qu'on appelle chanceliers,
il le peut beaucoup moins encore si le consente- ceux dont la charge est de dresser les actes publics.
ment va jusqu'a l'acte. En effet, une troisieme mu- 11 y a done deux sortes de componctions, l'une de
D'oii vie
mot cha
Her.
ingressu, dum non confido prope assistere qui excipiat
excuntem. Quid eniin ? Secureue exeo, si nou Dominus
oustodiat exitum meum ? Heu ! ero ludibrio dsmonuw
intercipientium me : non assistente qui redimal, neque
quisalvum facial. Nil tale verendum erat anirate Pauli,
eui ab aspectu et amplexu dilecti unus tantummodo pa-
ries obsislebat, videlicet lex peccali, quara inveniebal
in membris suis. Ipsa est carnis concupiscentia, qua
oarere ouinino non potuil, donee in carae fuit. Hoc sane
iino inlerjecto pariete non longe peregiinabatur a Do-
mino, unde et optabat clam : Quis me liberabit de cor-
pore mortis hujus 1 sciens so mollis compendio conlinuo
ad vitam pervenlurum. Hac ergo Paulus se falebatur
una lege teneri, scilicet concupiscentia, quam carni sua?
immobilitei' insitam tolerabat invitus; de caetero nihil,
inquit, nuhi conscius sum.
6. Verum quis similis Paulo, qui non videlicet huic
intei'dum consentiat concupiscentia? ad obediendum
peccalo ? Noverit proinde is qui peccato consenserit, et
alterum sibi se opposuisse parietem, ipsum utique pra-
vum illicitumque consensual : nee potest gloriari qui
hujusmodi est, quia stet sibi post parielem Sponsus,
quando jam parieles intersint, non paries. Multo minus
si consensus pervenerit ad effectual, cum terlius quoque
•jam paries Sponsi arceat impediatque accesssum, actus
videlicet ipse peccati. Quid si el constieludo forte pec-
catum in usum, aut usus etiam in contemptum
perduxerit ? sicut scripluin est : Impius cum venerit in
pmfundum malorum, contemnit. Nonne sit ita exie-
ris, millies ante a rugientibua prsepat-atis ad cscam
poleris devorari , quam pervenire ad Sponsum ,
non uno siquidem jam, sed tanla a le pariotum
Dumerositate interclusum ? Primus , concupiscentia ;
secundus, consensus; terlius, actus; quartus, con-
BUetudo ; quinlus, contemptus. Cura ergo concupis-
centia? priori totis resistere viribus, ut non peilrahat
in consensum ; et omnis deinceps malignilatis
fabrica evanescit : nee est omniuo quod Spo.isum
prohibeat appropinquare libi, prater solum parietem
corporis, quatenus gloriari Rossis et tu dicens de illo :
quia en ipse slut p<nl parietem.
1. Sed et hoc tibi lota vigilantia providendum, ut
apertas semper inveniat fenestras et caticellos quosdam
conressiondui tuarum, per quos te intus benigne respi-
ciat : quoniam respectus ejus, profectus tuus. Aiunt
cancellos angustiores esse fenestras, quales utique hi qui
libros desenbunt, aptare sibi solent ad recipiendum
lumen pagiuis. Unde et pulo cancellarios eos appellari,
qui charitatis conscribendis ex officio de putantur. Cum
ergo sint duo genera compunctionis, unum in manore
pro nostris excessibus, afterum iuexsultalioneprodivinis
muneribus : quoties sane earn, qua? sine anguslia cordii
Cl.NQUANTE-SEPTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
&21
tristesse, a cause des fautes que nous comraettons,
l'autre de joie, a cause des graces que dous rece-
vons ; toutes les fois que je ressens celle qui ne va
jamais sans une vive douleur, c'est-a-dire toutes
ies fois que je fais la confession de mes peches,
il me semble que j'ouvre des treillis, c'est-a-dire
des petites fenetres. Et il n'y a point de doute que
celui qui selient debout derriere la inuraille, ne
regarde volontiers par la. Car Dieu ne rejettera
point un ceeur conlrit et humilie. Et il nous
exhorte lui-meme a cela en disant par le Prophete :
« Confessez vos iniquiles. alin que vous soyez jus-
tine. » Mais si l'amour, me dilatant le coeur, je
suis bieu aise, a la vue de la bonte et de la miseri-
corde deDieu, d'eshaler de mon cceur des louanges
et des actions de graces. a]ors je crois ouvrir une
grande fenetre a l'Epoux qui est derriere la mu-
raille, par laquelle, si je ne me trompe, il regarde
avec d'autant plus de joie que ce sacrifice de
louanges l'houore extrememeut. Je pourrais aise-
ment prouver l'une et l'autre confession, par l'au-
torile de l'Ecriture sainte, mais je parle a des per-
sonnes qui savent cfIs aussi bien que moi, et il ne
faut point vous charger de choses superflues, puis-
qu'a peine suffisez-vous pour la recherche des
necessaires, tant sont grands les mysteres de cet
epilhalame, et les louanges qui y sont celebrees en
l'honneur de l'Eglise, et de son epoux, Jesus-
SERMON LV1I.
11 faut observer les visiles du Seigneur : a quels
signes et a quelles marques on peul les reconnailre.
1. « Voici que mon bien-aime me parle. » Voyez
le progres de la grace, et reconnaissez les degres de
la bonte divine. Considerez le zele et l'industrie de
l'Epouse. avec quelle vigilance elle observe l'arri-
vee de l'Epoux, et remarque jusqu'aux moindres
choses qu'd fait . II vieut, il se bite, il s'approche, DiTotion et
il arrive, il regarde, il parle, et rien de tout cela fe "f 'p"«
n'echappe a l'exactitude de l'Epouse. II vient dans * observer
les auges, il se hate dans les patnarches, il s ap- actions da
proche dans les prophttes, il est present dans la
chair, il regarde dans les miracles, il parle dans les
apotres. Ou autrement encore, il vient par le desir
qu'il a de faire grace, il se hate par le zele qui
l'anime pour le salut des hommes, il s'approche en
s'abaissant, il est present a ceux qui sont presents,
il regarde ceux qui doivent venir, il parle en en-
seignant et en inspirant les choses qui concernent
le royaume de Dieu. Telle est done la vertu de
l'Epoux. Les benedictions et les richesses du salut
l'accompagnent. Tout ce qui le concerne est plein
de delices et abonde en mysteres agreables et salu-
taires. Celle qui l'aime, veille et observe. Or, bien-
r£poux.
toute chose est beni dans tous les siecles. Ainsi
soit-il.
Christ iXutre-Seigneur, qui etant Dieu par dessus heureuse est celle que l'Epoux trouvera veillant. II
ne la passera pas, il ne lalaissera pas, maisil s'arre-
tera pour lui parler, et lui dire des choses amou-
reuses, parce qu'il est son bien-aime. Car il y a :
« Voici que mon bien-aime me parle. » C'est avec
raison qu'elle l'appelle son bien-aime, puisqu'il
minime fit, peccatorum scilicet meorum facio coDfes-
sionem; videor mihi cancellum, id est, anguslioremape-
rire fenestram. Nee dubium quin libenter per istam rts-
piciat is, qui stat post parietem pius e.\plorator : quia
cor contritum et humiliatum Deus non despiciet. Deai-
que et hortatur ad lire ipsum : Die tu, inquiens, iniqui-
tates tuas prior, ul justificeris. Quod si interduui corde
dilalato in charitale, pro consideralioue divinav dignatio-
nis ac miscrationis, libel animum laxare in vocem laudis,
et grat arum actionem : pulo me non jam anguslam,
sed ainplissimam stanti post parietem Sponso aperire
fenestram, per quam (ni fallor) lauto libentius respicit,
quanto amplius sacrificium laudis bonorificat cum. Ad
manum est de scripturis utramque banc apprnbare con-
fessionem : sed scientibus ista loquor, et non estis su-
pcrfluis onerandi, qui vix necessariis indagandis suf-
(icitis. Tanta qnippe sunt sit-.ramenta epithalamii hujus,
et laudum praeconia, qu« in eo decanlantur Ecctesia? et
sponso ejus Jesu-Cbristo Domino nostro, qui est super
omnia Deus benedictus in sscula. Amen.
SERMO LVII.
De visitationibm Domini observandis ; quibus indiciis vet
signis eos deprehendi possint.
1. En dilectus meus loquitur mihi. Videte processus
gratiae, et dignationis divina? advertite gradus. Attendite
Sponsa; devotionem atque solerliam, quam vigili utique
oculo Sponsi observat adventum, et deinceps ipsius
omnia diligentius intuetur. Venit ille, accelerat, appro-
piat, adest, respicit, alloquitur; et nihil horum momen-
loruni Sponsa? industriam effugit, anticipatve notitiam.
Venit in angelis, accelerat in patriarchis, appropiat in
propbetis, adest in came, respicit in miraculis, alloquitur
in apostolis. Vel sic. Venit allectu et studio miserendi,
accelerat sabveniendi zelo, appropiat humiliando semet-
ipsum, adest praesentibns, pruspicit in futuros, loquitur
docens et suadens de regno Dei. Sic ergo est adventus
Sponsi. Benedictiones et divitias salutis cum eo, et uni-
versa quae de ipso sunt, aftluunt deliciis, redundantia
certe jucundis ac salutaribus sacramentis. Porro quae
amat, vigilat et observat. Et beala, quam Dominusinve-
nerit vigilantem. Non transibit illam, nee praeteribit ab
ea, sed stabit et loquetur ei, loqueturque amatoria : lo-
422
ui
II y a pin-
sitnrs
regards do
Ditu les uds
inspireot la
crainte et les
autres
eonsolent.
vient pour lui declarer son amour
adresser des reproches.
2. Car elle D'est pas de ceux que le Seigneur re-
prend aveo raisou, de ce que connaissant fort bien
le? divers chaugements des temps, ils n'avaient
point contui le temps de sa venue [Matth. xw.i.
Celle-ci est si prudente et si pleine de prevoyance,
qu'elle la deeouvert de loin lorsqn'il venait, l'a vu
sautant en hate et passant les superbes pom- s'ap-
proeher d'elle qui est humble, en s'uunuliaiit lui-
nieme ; et entin, lorsqn'il etait deja debout, et se
cachait derriere la muraille, elle n'a pas laisse de
conn. utre qu'il etail present, et de s'apercevoir
qu'il regardait par les fenetres et paries treillis.
Et main tenant en recompense d'un si grand zele,
et d'un soin si religieux, elle a le bonheur de I'en-
teudre parler. Car s'il ue faisait que la regarder
sans lui parler, ce regard aurait pu lui etre suspect
dans la crainte qu'il ne fut plutot un regard d'iu-
dignation que d'amour. C'est ainsi qu'il regarda
saint Pierre, et ne lui parla point (Luc. xxn, 61).
Et ce fut peut-etre la la cause de ses larmes. Mais
l'Epouse qui mi-rite qu'il lui parle apres qu'il l'a
regardee, non-seulement ne pleure point, mais se
glorilie et s'ecrie de joie : « Voici que rnon bien-
aime me parle. » Voyez-vous comme le regard du
Seigneur, tout en demeurant toujours le meme en
soi, n'a pas neanmoius toujours le meme effet, il se
coul'ornie aux mi-rites de ceux qu'il regarde, s'il
frappe les uns de crainte, il apporte aux autres de
la consolation el de la contiance? en eflfet, s'il re-
garde la terre il la fait trembler; au contraire s'il
regarde Marie c'est pour Terser sa grace en elle :
OEUVKES DE SAINT BERNARD
non pour
quetur siquidem ut dilectus. Sic quippe habes : En di-
leclus meus loquitur milii. Bene dilectus, qui venit ama-
toria locuturus, non autem increpatoria.
2. Neque eniui de illis est, qui a Domino merito
arguuntur, quod faciem cceli dijudicare nossent, tempus
vero adventus ejus minime cognovissent. Haec namque
lam solers, ct prudcns, ac bene vigilans, et vcnicnlcm a
longe prospexit, et salientem pro festinatione adverlit, et
transsilientem superbos, ut humili sibi per humilitatem
propinquaret. vigilantissime observavit; et demum cura
jam slarel, et occultarel se post parictem, nihilominus
praesentem agnovit, sed el respicientem per fenestras
cancellosquc persensit j ct nunc pro remuneratione tanta;
devolionis et religio ae soIlicUudinis loquenlem audit.
Sane enim si respexisset, et minime locutus fuisset, sus-
pectus poteral esse ille respectus, oe forte magis indi-
gnationis foret, quam dilectionis. Denique respexit Pe-
Iriiui. et non fecit ei verbum : et ideo fortassis tlevit
ille, quod re ■, tacueiit. Haec autem, quoniam
post aspectum meruit et ad'atum, non modo non llel,
jloriatur pras laetilia daman : /;' i dilet tus
loquitur rnihi. Videa inluilum Domini, cum in se semper
mane?t idem len ejusdem semper efficacies esse;
sed conformari meritis singulorum quos respicit, et aliis
quidem incutcre mclum, aliis vero magis consolationem
et sccuritatem aflerre. Denique respicit terram, cl facit
« 11 a regarde, dit-elle, la bassesse de sa servante,
.t cette insigne faveur me fera nommer bienheu-
reuse dans la suite de tons les siecles (Luc. I, 48). »
i in1 sunt [las la les paroles il'une personne qui
pleure, ou qui tremble, mais qui se rejouit. 11 re-
garde pareillemenl ici l'Epouse et elle ne tremble,
ni ne pleure pas comme saint Pierre, parce qu'elle
n'est point attacb.ee a la terre comme il 1 etait alors.
Mais il remplit son cceur de joie, et lui temoigne
parses paroles dans quels sentiments d'amour il la
reg irde.
3. Ecoutez, en eflfet, si ce qu'il lui dit n'est pas
plutdt dicte par I'amour que par la colore : « Le-
vez-vous, hatez-vous, ma bien-aimee, ma colombe,
ma belle, et venez (Cant. II, 10). » Heureuse L'&me
qui merite d'enlendre de semblables paroles. Groyez-
vous qu'il y ait quelqu'un parmi nous qui veille et
observe assez le temps oil il doit etre visite et exa-
mine ivei ' d'exactitude lesdemarcb.es et les
mouvements de l'Epoux, pour lui ouvrir des qu'il
vient et qu'il frappe? Car ces cboses ne sont pas
tellement propres a l'Eglise, que cbaeuu de nous,
qui tous ensemble composons cette meme Eglise,
ne doive participer aussi a ces benedictions. Tous
taut que nous sommes, soit en general, soit en par-
ticulier, nous ne sommes appeles que pour
recevoir les benedictions de Dieu, comme l'beritage
qui nous est propre. D'o'.i vient que le Propbete a
ose dire au Seigneur : « J'ai acquis vos temoign
eomnie la portion nereditaire que je veux posseder
jusqu'a la tin de ma vie, parce qn'ils sont la joie de
mon cceur (Psal. cxvm, ill). » 11 parlait sans doute
de cette portion d'heritage par laquelle il s'estimait
II faut ro<
tnorqnei ■
?oin le tea
dc la visit
de ltieu.
earn tremere : cum e regione respexerit Mariam, et
infuderit graliam. Respexit, ait, humilitatem anciUcesua,
ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.
Non sunt lure verba ploinnlis ant trepidantis, sed
gaudentis. Respexit similiter hoc loco Sponsam, et
nee Iremuit ilia, nee lie v il ad instar Petri, quia
non sapiebat terrain , sicut ille : dedit vero UbK-
liam in corde ejus, attain teslificans, quo earn respexerit
affectu.
3. Denique verba qua! loquitur, audi quam non indi-
gnaulis sint, sed amantis. Sequitur : Surge, propera
oolumba mea, formosa mea. Felix conscien-
tia, quae de se i ita meretur audire ! Quis putas in nobis
est adeo vigilans el observans lempus visitationis suae,
Sponsumquc advenlaniem ita per singula ejus momenta
diligcnier explorans, ul cum venerit et pulsaverit, con-
festim aperiat ei V Non enim sic istu de Ecclesia refe-
niniur, ut non singuli nos, qui simiil Ecclesia sumus,
participate bis ejus benediotionibus debeamus. Etenim
in hoc generaliter omnes atque indifferenter vocati su-
mus, ut benedictiones baereditate possideamus. Undo el
audebat dicerc ad Dominnm quidam : Hcereditate ocqui-
wi i testimo mm, quia i a i ultatio
mei sunt ; ilia pulo haereditale, qua se esse praesumebal
filium Patris sui, qui est in ccelis. Poiro si (Ilium, et
haeredem; ha?redcm Dei, cohasredem autem Chri-ti.
CINQUANTE-SEPTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
423
els son
te'mnigna-
de la
ifite de
Dieu.
Cls de son Pere qui est dans les cieux. Or s'il etait
fils, il s'ensuit qu'il etait heritier, heritier de
Dieu et coheritier de Jesus-Christ. Mais il se glori-
fie d'avoir acquis une chose bien precieuse par cet
heritage, les temoignages de Dieu. Pliit a Dieu que
j'en pusse avoir seulemeut lin seul, tandis qu'il se
rejouit d'en avoir plusieurs. Car il dit encore :
« J'aitrouve autantde delices dans vos temoignages,
que les autres, dans la possession de toutes les ri-
chesses du inonde (Psal. cxviu, 14). » Et, eneffet,
qu'est-ce que les richesse du salut, les delices du
cceur, la vraie securite de l'ame, sinon le temoi-
gnage que lui rend le Seigneur ? Car, comme dit
l'Apfitre : « Ce n'est pas celui qui se rend temoi-
gnage asoi-meme qui est vraiment estimable, mais
c'est celui a qui Dieu rend temoignage (II Cor.
x, 17). »
U. Pourquoi nous privons-nous de ces temoigna-
ges divins, et de cet heritage paternel? Car nous ne
noussouvenons pas plus qu'il nous ait rendu temoi-
gnage en quoi que ce soit, que s'il ne nous avait pas
egalement engendres par la parole de la verite. Ou
est, en effet, ce que dit saint Paul : « Que l'esprit de
Dieu lui-meme rend temoignage a notre esprit que
nous sommes les enfants de Dieu (Rom. vm, 16) ? »
Comment sommes-nous ses enfants, si nous n'a-
rons point de part a son heritage? Notre "pauvrete
nous convainc de negligence et d'incurie. Car si
quelqu'un de vous a le cotur pur, s'applique a cher-
cher le Seigneur qui l'a cree, se tient en la pre-
sence du Tres-Haut pour lui offrir ses prieres, et
tend de tous ses vceux a preparer les voies du Sei-
gneur, selon le prophete lsaie, et a rendre droits les
sentiers de son Dieu (Isa. xl, 3) en sorte qu'il puisse
dire avec un autre prophete : « Mes yeux sont tou-
jours tournes vers le Seigneur (Psal. xxiv, 15), et,
je considerais le Seigneur comme etant toujours
present devant moi (Psal. xv, 8) ; » celui-la ne re-
cevra-t-il pas la benediction du Seigneur, et la mi-
sericorde du Sauveur son Dieu ? 11 en sera sans
doute visile souvent, il n'ignorera jamais le temps
oil il doit letre, si secretement, si furtivement qu'il
puisse venir, comme un amant plein de pudeur et
de retenue. L'ame done qui est vigilante le verra
venir de loin avec un esprit degage de tout autre
soin, et ensuite elle remarquera toutes les choses
que nous avons fait voir que l'Epouse a remarquees
avec tant d'industrie et d'exactitude a l'arrivee de
son bien-aime ; car il dit lui-meme, que ceux qui
se leveront de grand matin pour le chercher le
trouveront (Prov. vm, 17). Elle reconnaitra le de-
sir ardent de l'Epoux, qui a hate d'arriver lorsqu'il
sera proche ou present, elle l'apercevra aussit&t,
quand il la regardera, elle vivra d'un ceil heureux
cet ceil divin comme un rayon de soleil qui entre
par les fenetres et par les fentes de la muraille ; et
enfin elle entendra des paroles de joie et d'amour,
lorsqu'il l'appellera sa bien-aimee, sa colombe et
sa belle.
5. Oil est le sage qui aura l'intelligence de ces Les hommes
choses, qui les distinguera, les designera chacune Pieul on'
en particulier, les expliquera, et les fera entendre cacher avec
aux autres? Je vois bien que vous attendez cela de sin'guiiers de
moi. J'aimerais bien mieux l'apprendre moi-meme
d'hommes qui en auraient l'experience et qui se-
raient accoutumes et exerces en ces choses. Mais,
parce que ceux-la aiment mieux ordinairement ca-
cher, par un silence modeste, ce qu'ils ont appris
Dieu.
Magnam vera rem gloriatur se acquisivisse haeredilate
ista, teslimonia Domini. Ulinam ego de me vel uniira
meruerim tenere testimonium Domini ! quia is nun in
uno, sed in mullis cxsultat lestimoniis. Denique ait ile-
rum : In via testimoniorum tuorum de/eclatus sum,sicut
m omnibus dioitih. Et revera quid divitiae sahitis, quid
delicicE cordis, quid anima? vera et canta securitas,
nisi Domini atlestaliones? Nou enim, inquit, qui seip-
tvm commendat, tile probatus est, sed quern Dens
commendat.
i. Utquid nos hactenus adhuc fraudamur commenda-
tionibus seu atteslationibus his divinis, et paterna baere-
ditale privamur? Quasi minimeet nos voluntarie genuerit
verbo veritatis, sic in nullo nos meminimus ab illotaliler
commendatos, nee ulla de nobis asseculos teslimonia
ejus. Ubi est quod Apostolus dicit, quia ipse spiritus
Dei testimonium pei-lntiet spiritui nostra, quod filii Dei
siimus? Quomodo (ilii, si experles hsereditatis? Arguit
nos pro certo negUgenliae el incurhe ipsa inopia nostra.
Nam si quis noslrum integre et perfecte, juxta verbum
sapientis, cor suum tradat ad vigilandum diluculo ad
Dominum qui fecit ilium, et in conspectu altissimi
deprecetur, simulque votis, omnibus studeal secundum
Isaiam prophetam parape vias Domini, rectas facere
•emilas Dei sui, cui cum propheta sit dicere, Oculi mei
semper ad Dominum ; et quia providebam Dominum in
conspectu meo semper : nonne hie accipiet benediciionem
a Domino, et misericordiam a Deo salutari suo? Visita-
bitur profecto frequenter, nee unquam ignorabit tempus
visilationis suae, quantumlibet is qui in spiritu visilat,
clandestinus veniat et furtivus, utpote verecundusamator.
Adhuc ergo longe agentem bene vigilans anima sobria
mente prospiciel, et deinceps univeisa coniperiet, qua?
in dilecti adventu Sponsam tam solerler, quam signan-
ter advertisse monstravimus, quia ipse ait : Qui mane
vigilaverint ad me, invenient me. Nam et desiderium
festinanlis agnoscet : et quando prope , et quando
praesto jam erit, continuo senliet; sed el respicientis se
oculum, quasi solis radium per fenestras et rimas parie-
tis subeuntem, beato oculo cernet; et demum audiet,
voces exsultationis et amoris, appellala arnica, columba
formosa.
5. Quis sapiens et intelliget ha?c, ila ut eaetiamdigne
ab invicem distinguere, et designare singula queat, ac
diffinire ad intelligentiam aliorum ? Si a me illud spe-
ratur, ego ea mallem ab experto audire, et qui assuetus
sit et exercitatus in talibus. At quoniam quisque qui
hujusmodi est, verecunde magis silentio abscondere eli-
git quod silentio percipit, et servare secrelum suum sibi,
id sibi tutius arbitratur : dico ego, cui ex officio loqui
U1U
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
dans le silence, et estimeul plus sur de garder leur veillance preparenl le cbemiu a celui qui nionte sur
secret pour eux ; moi, que le devoir de ma charge l'Occident, comme parle le Prophete. C'est un favo-
oblige a parler, el a qui il n'e-t pas perrais de me rable Occident, que celui oil l'homme demeure de-
taire. je vous dirai tout ce que je sais sur ce sujet bout par la correction que le juste lui fait, et le
ou par ma propre experience, ou par celle des au- vice tonabe par terre, tandis que le Seigneur, le
tres, el di - s seulement que plusieurs pour- foule aux pieds et le brise pom- qu'il ue se re-
ront facilement eprouver eux-meines, laissanl celles love plus. 11 ne Caul done pas rejeter les repriman-
qni sunt plus sublimes a ceux qui les peuvenl com- des du juste, puisque c'est la ruine du peche, la
Indicts da la prendre. Si done je suis averti, soit au dehors par saute du cceur, el nieme la voie de Dieu vers Time.
*jj,** lln nomme, soit au dedans par le Sainl-Esprit, de En general, il ne taut negliger aucun discours edi-
i» les bonnes defendre la justice et de garder l'equite, je consi- hunt sur la piete, sur les vertus et sur les bonnes
inspirations, j- • , . x f
dererai ce conseil salulaire comme un messagerde mceursj car ce sunt autant ue cheiuins par oil la
la venue de l'Epoux el comme une espece de pre- grace salutaire de Dieu vient en nous. Si les dis-
paralion pour recevoir digiicment un si grand c°urs que nous entendons uoussoutdouxet agrea-
h6te. C'est le Prophete qui m'apprend cela, quand bles, et que nous les ecoutions sans degoiit et nieme
il dit : « La justice marchers devant lui (Psal. avec ardour, nous devons croire que, nou-seulement
lxxxiv, la ,» et, en parlanta Dieu : a La justice et l'Epoux vient, mais qu'il se hate, e'est-a-dire qu'il
l'equite preparent voire trdne [Psal. lxxxyhi, 15:. » vient avec dfair d'arriver bienldt. Cur c'est son de-
Je concevrai encore la nieme esperance, si j'entends
parlor de l'humilile, de la patience, de la charite
fraternelle, de l'obeissance due aux superieurs, et
surtout de la uecessi'.e de cultiver la sainlete, de re-
chercher la paix et la purete du cceur. Car l'Eeri-
ture dit : « La saintete sied bien dans la maison du
Seigneur [Psal xcu, 5); » et ailleurs : « 11 a
etabli sa demeure dans un lieu de paix (Psal.
3° Une
eihorlalion.
sir qui produit le voire, et quand vous avez bite de
recevoir ses paroles, cela vient do ce qu'il se hate
d'entreren vous. «Ce n'est pas nous, dit saint Jean,
qui l'avons aime les premiers, mais c'est lui qui
nousaprevenus(l Juan, iv, 10j.» Si vous sentez que
sa parole soit eiitlammee, et quelle vous bride au
dedans par le souvenir de vos peeb.es, pensez alors
a celui dont l'Ecrilure dit : « Le feu marchera de-
4. La com-
ponction.
lxxv, 3);» et enfin : « Les cceurs purs ainient vant lui [Psal, xevi, 3), » et ne doulez point qu'il
Dieu [MaUh. v, 8). » Aiusi, tout ce qui me sera ne soit proche. « Car le Seigneur est proche de ceux
suggere de ces vertus ou d'autres, me sera une qui out le cceur conlrit (Psal. xxxin, 19). »
5« La repri-
mande.
marque que le Seigneur des vertus s'approche pour
visiter mon ame.
6. Si le juste me reprend avec bonte, et me
corrige pour le bien, j'aurai encore le meme sen-
timent, sacbant que le zele du juste et sa bien-
7. Mais, si sa parole ne vous touche pas seule- soLaconver-
ment de componction, mais vous convertil entiere- *ion-
ment au Seigneur, et vous fait prendre une forte
resolution de garder les arrets de sa justice, sachez
qu'il est lui-meme present, surtout si vous vous
esl, nee lacere licet, qnidquid illud est quod de hujus-
modi vel propiio, vel alieno leneo experiinento, et quod
facile experiri plures queunt, sane altiora lelinquens
apprehendere ilia valentibus. Si igitur admonitus fuero,
vel foris ab homine, vel intus a spiritu, de tuenda jus-
titia et servanda aequilale; isliusniodi salutaris suasio
erit mihi profectopraenunlia imminentisadventus Sponsi,
et prajparalio qinedam ad digne suscipiendum supernum
visitatorem, Prophela id mihi indicante, dicendo, quia
justilia ante eum ambulabii. Et item loquitur Deo sic :
Justitia el judiciam , inquit , prwparatio sedis tu/e.
Nihilominus vero spes eadem amdebil, si sermo inso-
Duerit de humilitate vel patientia, seu etiam de fraterna
charitale et obedienlia deferenda pradalis : maxime au-
tem de sectanda sanelimonia et pace, et cordis puritate
quaerenda, quoniam quidem Scriptura ail : D >
Domini decet sanctiludo; et, foetus estii tejus;
et, »i' unl. Quidquid itaque sivede
his, sive de aliis quibnslibel virtutibus suggestuni anituo
fuerit, signilicdio, ut dixi, erit mihi, visitationem Domini
virlotom imminere animae mea».
6. Sed et si corripueril me Justus in misericordia, et
increpaverit me, idipsum sentiam, sciens quia ;emulatio
ju6ti et benevolentia iter faciunl ei qui ascendit super
occasum. Bonus occasus, cum ad correplionem jusli
stat homo, et corruil \ ilium, el Domious ascendit super
illud, conculcans hoc pedibus, el eonterens ne resuigat.
Non ergo contemnenda increpalio jusli, qua? ruina peo-
cavi, cordis sanitas est, necnon et Dei via ad anhnam.
Sed nee ullus onuiino sermo, qui a;dificet ad pietalem,
ad virtutes, ad mores optiinos, negligenfer est audien-
dus : quoniam et illic iter quo ostenditur salulare Dei.
Quod si sermo gratus venit et placitus *, quatenus pulso •<,;. placidui.
faslidio cum desiderio audiatur : jam non modo venire
Sponsus, sed et accelerare, id est cum desiderio venire,
credendus est. lllius namque desidciiuni, luum crcat ;
et quod tu ejus properas sermonem admilteie, inde est
quod ip>e feslinat intrare. Non enim nos eum, sed ipse,
inquit, p i . Jam si etiam igniluni eluquium,
senlis, atque ex co conscientiam uii in rccordatione
peccati ; recordare tunc de quo Scripture dieil .
quia;y det; el ipsinn propc esse
non dubites. Denique juxta est Dominus his qui tribulalo
irde.
'. Si vero non solum compungeris in sermone illo,
sed et cooverleris tutus ad Dominum, jurans et statuens
cuslodire judicia justitiie ejus : eliam adesse ipsum jam
noveris, prussertim si le inardescere senlias amore ejus.
CINQUANTE-SEPTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 425
sentez embrase de son amour. Car vous lisez en a la fois pour notre propre satisfaction et pour
La feu de mjme temps dans l'Ecriture, et que le feu marche t'edilieation du ]>rochain; or, c'est la un effet de
double. devant lui, et que lui-rneme est un feu, puisque l'oeil de l'Epoux qui vous regarde, et qui fait briller
Molse dit de lui qu'il est un feu devorant (Deut. iv, voire justice comme une lumiere eclatante, et voire
24). Or, il y a cette difference entre ces deux feus, equite comme le soleil du midi, selon celte parole
que celui qu'il envoie devant lui a de L'ardeur, du propbete Isn'ie : « Voire lumie re sera aussi etin-
mais n'a point d'arnour, il brule, mais il n'embrase cclantc que celle du soleil (Isa. lviii, 30). » Mais le
Difference pas; il meut, mais il n'emporte pas. Dieu ne l'envoie rayon d'une si grande clarte, au lieu d'eutrer par
6 foox. que pour vous exciter et vous preparer, et aussi pour la porie, penelre par de petites ouverlures; du
moins lant que la muraille ruineuse de votre corps
sera encore di bout. Vous vous abusez si vous espe-
rez que cela se fasse autremenl, a quelque purete
de coeur que vous puissiez arriver, puisque le grand
contemplatif a dit : « Nous ne le voyons maintenant
que comme dans un miroir et sous des voiles, mais
alors nous le verrons face a face (1 Cor. xm.
12). ».
9. Apres ce regard de l'Epoux, si plein de bonte
et de misericorde, vient la voix qui insinue d'une
maniere douce ou agreable la volonle de Dieu,
laquelle se confond avec l'amour meme, qui ne
pent el re oisif, mais sollicile sans cesse le cceur a
faire ce que Dieu desire. Aussi dit-il a l'Epouse de
se lever et de.se hater (Cunt u, 10), sans doule pour
gagner des ames a son service. Car la veritable et
purecontemplation a cela de propre, que celui quelle
embrase du feu divin, estrempli quelquefois d'un
zele et d'un desir si grands d'acquerir a Dieu des
personnesqui l'aiment autant qu'il abandonne vo-
lontiers lacontemplationpour la predication. Etapres
qu'il a ainsi en partie contente sesdesirs, il relourne
a lacontemplalioi) avec d'autant plus d'ardcnrqu'il
se souvient de l'avoir quittee avec plus de fruit, et
de meme apres avoir goiite les delices de laconlcrn-
vous faire connaitre ce que vous etesde vous-meme,
afln que vous goutiez avec plus de plaisir ce que
vous serez bientot par la grace de Dieu. Mais le feu
qui est Dieu memo consume, il est vrai, mais ne
cause point de douleur; il brule doucement, il de-
truit beureusement. Car il est vraiment le cbarbun
destructeur dont parle le roi Propbete ; mais un
cbarbon qui en meme temps qu'il agit sur les
vices, tient lieu d'onction a fame. Heconnaissez
done la presence du Seigneur dans la verlu qui
vous change le cceur, et dans l'amour qui vous en-
flamme. Car c'est la droite du Seigneur qui opere
les verlus (Paul, cxvu, 16). D'ailleurs, ce cliange-
ment qui est un coup de la droite du Tres-Haut, ne
se fait que par laferveurdel'Espritet par une charite
exempte de Dction, en sorte que celui qui en res-
sent la vertu peut dire : « Mon cceur s'est echanffe
au dedans de moi, et le feu qui me devore s'aug-
mente dans mes meditations (Psal. xxxvui, 4). »
8. Or, quand ce feu a consume toute l'impurete
du peche et toutes les souillures du vice, puritie et
calme votre conscience, vous sentez une soudaine
et extraordinaire dilatation du cceur, et l'infusion
d'une lumiere qui eclaire voire esprit, soit pour
1'intelligence de l'Ecriture, soit pour la penetration
des mysteres, ce qui nous est donne, je pense, tout plation, il se remet avec son allegresse habituelle,
lu-iuuation
de la vo-
lontu de
Dieu.
Force el
nulure de
la vraie
contempla-
tion.
AUernatWes
de contem-
plaliun et
d'aclion.
Elenim utrumque de illo legis, et ignem videlicel ante
ipsum praecedere, et ipsum nihilominus igneni esse.
Moyses siquidem de illo dicit, quia ignis consumens est.
DilTenint auteni, quod is qui prasmittitur ignis ardorem
habel, sed non amorem : coquens, sed non excoquens ;
movens, nee promovens. Tantura ad excitandum prue-
miltitur et praeparanduin, simulque ad commonendum,
quid ex te sis, quo dulcius sapiat poslmodum quod
ex Deo mox ei'is. At vero ignis qui Deus est, consumit
quidem, sed non affligit : ardet suaviter, desolatur feli-
ciler. Est enim vere carbo desolalorius : sed qui sic in
vitia exerceat vim ignis, ut in anima vicem exliibeat
unctionis. Ergo in virtute qua immutaris, et in amore
quo inflammaris, Dominum praesenlem intellige. Nam
dextcra Domini facit virtu tern. Non aulem fit base
mutatio dexterae Excclsi, nisi in fervore spiritus, et in
clmrilale non ficla, ita ut dicat qui hujusmodi est : Con-
caluit cor meum intra me, et in meditatione mea exar-
descit ignis.
8. Porro hoc igne cousumpta omni labe peccati, et
rubigine vitiorum, si jam emnndata ac serenala cons-
cientia sequatnr subila quaedam alque insolita lalitudo
mentis, et infusio luminis illuminantis intellectual vel
ad scientiam scripturarum, vel admysteriorumnotitiam,
quorum alteram propter nos oblectandos, alteram prop-
ter aedificandos proximos reor dari : oculus rcspicientis
procul dubio est iste, educens quasi lumen justiliam
tuam, et judicium tuum lanquam meridiem, juxta illud
prophets Isaia? : Orietur, inquit, tanquam sol lux tua,
elc. Sod sane non per ostia aperta, sed per angusta
foramina is tant<e claritatis radius se infundct, slante
adhuc duntaxat hoc ruinoso pariete corporis. Erras si
abler speras, ad quantamcunque cordis prolicias pirMa-
torn, cum illc prteiipuus conlemplalor dicat : Vulemu's
nunc per speculum et in cenigmate, tunc aute/n facie ad
faciem.
9. Post hunc tanl* dignationis ac miserationis respec-
lum, sequitur vox blande et leniter divinam insinuans
volunlatem, qua? non est aliud quam ipse amor, qui
oliosus esse non polest, de his quae Dei sunt sollicitans
ct suadens. Dcnique audit Sponsa, nl surgal. etproperet,
haud dubium quin ad animarum lucra. Hoc siquidem
vera et casta conlemplatio habet, ut mcnlem, quam
divino igne vehementer sticcenderit, tanto inteidum
rcpleat zelo et desiderio acquirendi Deo qui eum simi-
liter diligant, ut otinm contcmplationis pro sludio prcr-
dicalionis libcnlissime intermitlat : et rursum p 'ita
votis aliquatenus in nac parte tanto ardentius rnlcut in
420
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
a faire de nouveaux gains spirituels. Cependanll'.'ime prie pour ses fautes et ne cesse d'attirer sur elle
Qotte souvent au milieu tic cos vicissitudes, con- sa miscrieorde divine. Enfin, e'est avec raison en-
tinuelles, el apprchende, tandis quelle est eiitraince core qu'il la nomme belle, puisquc, brulant des
ca et la par la diversity de ces mou\ements,de s'at-
tacher a l'un ou a l'autre plus qu'il ne faudrait,
et de se detourner tant soil peu de ce que Dieu
demande d'elle. C'est peut-etre ee qui fai.
sait dire au saint homme Job : « Lorsque
je dors, jedis en moi-meme, quand me leverai-je?
et lorsque je suis leve, j'attends le soir avec unpa-
id priore est
Deeeg
dan* ic* cas,
desirs celestes, elle se revet de la beaute d'uue
contemplation sublime.
10. Peut-etre meme pourrait-on trouver un rap-
port fort raisonnable avec ce triple bien que pos-
sible one meme aine, et ces trois personnes de
I'Evangile qui demeuraient dans une meme mai-
son, et qui etaient les amies intimes du Sauveur.
tience (Job vn, ti). » C'est-a-dire, lorsque je suis en Je veux parler de Marlhe, de Marie et de Lazare.
repos, je m'accuse d'avoir neglige Le travail, et Cur Marlhe servait, Marie vaquait a la contempla-
lorsqueje suis oceupe, je m'accuse d'avoir trouble tiou, et le Lazare gemissait sous la pierre de sa
mon repos. Voyez-vons quelle peine ce saint homme tombe, et demandait avec instance la grace de la
souflre dans l'incertitude ou il est de savoir com- resurrection. Cela soit dit pour faire entendre
bien de temps il doit employer soit a faction, pourquoi 1'Ecriture represente l'Epouse si glorieu-
soit a la contemplation ? Et quoique il soit toujours se et si vigilante a observer tous les pas de l'Epoux,
dans L'exercice des bonnes ceuvres, il ne laisse pas quelle remarque ponctuellement quand il vient a
de se repentir toujours de ce qu'il a fait comme elle, et avec quel e:npressement il marche, s'il est
s'il avait mal fait, et de ehercher a chaque moment loin, s'il est proehe, s'il est present, en sorte que.
la volonte de Dieu avec gemissemeuts et avec lar- quelque diligence qu'il fasse, il ne la saurait jamais
mes. Or, dans ces rencontres, l'unique remede est surprendre, et pourquoi enfiu, elle merite uon-seu-
Toraison et les frequents soupirs qu'on adresse a lemeut qu'il la regarde favorablement, rnais meme
Dieu, aflu qu'il daigne nous faire connaitre ce qu'il la rejouisse par des paroles douces et amou-
qu'il desire que nous fassions, quand et combien reuses, et que la voix de son Epoux remplisse son
de temps il veut que nous le fassious. II
y a trois choses a savoir : la predication, l'orai-
son, et la contemplation, marquees, comme je
crois, dans les trois paroles de l'Epoux. Car c'est
a bon droit qu'il appelle l'Epouse sa bien-aimee, elle
travaille en etfet bien lidelement pour ses interets,
en prechant, en donuaut des conseils au prochain,
on en le servant. C'est encore tres-justement qu'il
[•appelle sa colombe, car elle gemit dans l'oraison,
ame d'allegresse.
11. Nous avons ajoute peut-etre avec une cer-
laine hardiesse que toute ame qui veillera comme
l'Epouse, sera aussi saluee de l'Epoux du nom de
bien-aimee, sera consolee comme colombe , sera
cmbrassee comme sa belle. Tout homme sera re-
pute parfait, quandsoname reunira ces trois choses,
gemir sur soi, se rejouir en Dieu, servir son
prochain, et se montrer ainsi lui-meme agrea-
idipsum, quanto se I'ructuosius inlermisisse meminerit;
et item sumplo contemplationis gustu, valentius ad con-
quirenda lucra solita alacritate rccurrat. Caeterum iuler
has vicissitudines plerumque mens llucluat, metuens, tt
vehemenler exaestuans, no I'orle alteri horum, dum suis
affectionibus nine inde distrahitur, plusjusto inhaereal;
et sic in utrolibel vel ad modicum a divina deviet vo-
untate. Et fortasse talc abquid sanclus Job patiebatur,
cum dicerel : Si dormiero, dico, quando consurgam? et
rurstim exspectabo vesperam. Hoc est, et quietus, ne-
glecli operis , et occupatus, perturbatae nibilominus
uietis me arguo. Videa virum sanctum inter I'ruclum
operis, et somnum conteruplationia graviter a>stuare : et
in bonis licet semper vcrsantem, semper tamen quasi de
mnlis poenitenUam agere, et Uei cum gemitn momentis
singulis inquirere volontatem. Unicum quippe in bujus-
modi rcmeditim seu rcfugium oratioest, et frequens ge-
mitus ad Deum : ut quid, quando, et quatenus nos fa-
cere velit, assidue nobis demonstrate dignelur. Habes,
ut ego opinor, Iria haec, idest prnsdicationem, orationem,
contemplationem, in Iribus commendnta et designate
vocabulis. Etenim merito nmka dicilnr, qua Sponsi
lucra studiose ac (Ideliter praedicando, consulendo, mi-
nistrando conquirit. Merito columba, quae nibilominus
pro suis delietis in orafioue gemens et supplicans, divi-
nam sibi non cessat conciliare misericordiam. Merito
quoque formnsa, quae ccelesti desiderio fulgens, supernae
contemplationis decorem se induit, boris duntaxat, qui-
bus commode et opportune id potest.
10. Sed el illud vide, si valeat coaptari huic triplici
iinius aniniie bono, de tribus videlicet personis illis in.
dumo una conimanentibus, amicis utique Salvatoris, et
admodum familiaribus ei. Marlham loquor ministrantem,
ct Mariana vacantem, et Lazarum quasi gementem sub
lapide, et resurreclionis gratiam flagitantem. Hiec dicta
sunt pro eo quod Sponsa describitur adco solers et
pervigil in observando semitas Sponsi, ut minime earn
latere possit, quandu, et in quanta festinatione ad se
venial; sed et quando longe, et quando prope, et
quando praesens sit , nulla subitationc prasoccupari
valeal til ignoret : et quia proinde meruerit , non
solum rcspici miscricorditer, sed et dignanter laetilicari
amoris vocibus , ct gaudere gaudio propter vocem
Sponsi.
11. Nos quoque ad haec, quamvis audacter, adjecimus,
quod quaevis etiam de nobis anima, si similiter vigilet,
similiter etsalulabitur ut arnica, consolabitur ut columba,
amplexabitur ut formosa. Perfectus omnis repulabitur.
CINQUANTE-HUITlE.ME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
427
Lazare.
ble a Dieu, circonspect envers lui-meme, utile aux
asitres. Mais qui est capable de ces trois ckoses en-
semble ? Pliit a Dieu que, apres bien des annees,
elles pussent se rencontrer, je ne dis pas loutes
ensemble dans chacun de nous, mais chacune dans
quelques-uns de nous. Nous avons parmi nous
une Marthe, l'amie du Sauveur, dans ceux qui ad-
ministrent lidelement les choses exterieures. Nous
Qui sont cem avons aussi un L izare, une colombe gemissante, en
SitM'arih'e' 'a Perionne des novices qui, morts a leurs peches
M-.rie et depuis pen de temps, travaillent avec geniissemeut
et dans la crainte du jugement de Dieu a guerir
leurs plaies encore recentes, et, comme des blesses
qui reposent dans les tombeaux et d nt on ne se
souvient plus du tout, croient qu'on les a mis en
oubli, jusqu'a ce que par le commandement de Jesus-
Christ, le poids de leur crainte etant leve, com me
une pierre massive qui les accablait, ils puissent
respirer dans l'esperance du pardon. Nous avons
aussi une Marie contemplative, en ceux qui, avec le
temps, par la cooperation de la grace, sont arrives
a un etat plus parfait et plus agreable, presument
deji de leur pardon, et ne sont plus si en peine de
repasser en leur esprit la triste image de leurs pe-
ches, que de mediter nuit et jour la loi de Dieu,
sans pouvoir jamais se rassasier d'un plaisir si
doux. Quelquefois meme, contemplant avec une
joie ineffable la gloire que l'Epoux a deconverte,
ils sont transformes en son image, et passeut de
clarte en clarte, comme conduits par le Saint-
Esprit. Pour ce qui est maintenant de savoir pour-
quoi l'Epoux exhorte l'Epouse a se lever et a se
niter, lui, qui peu de temps auparavaut avait de-
fendu qu'on la reveillat, nous expliquerons eela
une autrefois. Que l'Epoux del'Eglise, Jesus-Christ
Notre-Seigneur daigne seulement nous honorer
aussi de sa presence, et nous decouvrir la raison
de ce mystere, Lui qui etant Dieu par dessus toute?
choses est beni dans les siecles des siecles. Ainsi
soit-il.
SERMON LVII1.
Comment l'Epoux inritc l'Epouse c'est-a-dire let
hommes parfails a se charger de la conduitedes im-
par foils. On doit couper chez eux le vice jusque dans
sa racine, pour que les verlus poussent a la place.
1. « Levez-vous, hatez-vous, ma bien-aimee, ma
colombe, ma belle, et venez (Cant, n, 10). » Qui dil
cela ? C'est evidemment l'Epoux. Mais n'est-ce pas
lui aussi qui, peu de temps auparavant, avait tant
de soin d'empecher qu'on ne reveillat sa bien-
aimee ? Comment done maintenant lui commande-
t-il, non-seulement de se lever, mais meme de se
hater ? 11 me vient dans l'esprit quelque chose de
semblable dans l'Evangile. Car la nuit que le Sei-
gneur futlivre aux Juifs apres avoir commande aux
disciples qui etaient avec lui, et qui se trouvaienl
fatigues de longues veilles, de dorniir et de se re-
poser, il leur dit a l'heure meme a : « Levez-vous.
allons-nous en, voici celui qui doit me livrer
qui approche [Matth. xxvi, Uo). » Ici aussi, pres-
que au meme moment il defend de reveiller
l'Epouse, et il la reveille : « levez-vous, dit-il, et
venez. » Que veut done dire un changement si su-
bit de voloute ou de dessein ? Faut-il croire que
l'Epoux ait agi avec legerete, et qu'il ait commence
a Quelques editions modernes ajoutent a cea mots t de ne
lever. Ilsman<jueot dans laplupartdes aianuscritset des premier**
editions des a-mres de saint Bernard. Lateen qoe nous preferoc-
est plus agreable est plus coulante.
in cujus anirna Iria baec congruenler atque opportune
concurrere videbuntur, ut et gernere pro se, et exsultarq
in Deo noverit, simul et proximornm ulililalibus polens
sil subvenire; placens Deo, cautus sibi, ulilis suis. Sed
ad ha?c quis idoneus? Utinam ipsa in nniversis nobis.
etsi non totain singulis, saltern singula in diversis, sicut
hodie haberi videntur, longis reserventur temporibus !
Habcmns et Lazarum , tanquam columbam gementem,
Novitios utique, qui nuper peccatis moilui, pro rccen-
tibus adhuc plagis laborant in gemitu suo sub timore
.judicii; et sicut vulnerati dormientes in sepulcris, quo-
rum nemo est memoramplius, sic se non putant repulari,
donee ad Christi jussionem sublato pondere timoris,
tanquam prementis lapidis mole , respirare in spem ve-
nial possint. Habemus quoque Mariam coniemplanlem
in illis, qui processu longioris temporis, cooperante
gralia Dei , in aliquid melius et laefius proRcere potue-
runt, quando jam de indulgenlia prasumentes, non tarn
ire intra se sollicili sunt tristem imaginem pecca-
torum, qnam certe in lege Dei medilari die ac nocte
insatiabililer delectantur ; interdum eliam revelata facie
gloriam Sponsi cum inefl'abili gaudio speculantes, in
eamdem imaginem transformantur de claritate in cla-
ritatem . tanquam a Domini Spiritu. Jam ad quid
Sponsam surgere et properare horletur is, qui paulu
ante defensate visus est earn, ne dormiens suscitaretur,
alio serraone videbimus. Adsit ipse, ut et hujus nobi*
sacramenli rationem aperire dignetur, sponsus Ecclesia-
Jesus-Christus Dominus noster, qui est super omnia
Deus beneditus in secula. Amen.
SFRMO LVIII.
pa mode Sponsus horlatur Sponsam, id est ciros per-
fectos, ad regimen imperfectorvm. Item deputations
vitiorum •■< eis facienda, ut virlules s-uccrescant.
1. Surge, propera arnica mea, columba mm, formosa
mea, et veni. Quis hoc dicit? Absque dubio Sponsus.
Et nonne ipse est, qui paulo aDte suscitari dilectam
tantopere prohibebat? Quo paclo ergo nunc non solum
ut surgat, ut et acceleret jubet? Venit in mentem simile
quid e.v Evangelic Ea quippe nocte qua Dominus tra-
debatur, cum fatigatos pi-oductioribus vigiliis distipulos
qui secum erant, dormire demum ad requiescere prae-
cepisset, in ipsa hora, Surgite, eamus, inquit, ecce up-
propinquavit qui me tradet. Nunc quoque simililf une
pene momento et prohibet suscitari Sponsam, et su--
458
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
par vonloir quelque chose qu'il ne vent plus aus-
situt apres ? A Dieu ne plaise. Mais reconnaissez en
cela ce que je vous ai illt plus d'uiie fois des
alternatives de repos et d'action, et que, en cette
vie, la contemplation ne saurait etre Men tongue,
Elle est aussi nnimee et rendue plus prompte a faire
ce qui lui est enjoint, par la conjuncture du temps.
II est temps, dit-il, d'agir, mon Epouse, « car
i'ulver est passe (Cant, n, 11), » pendant lequel
personne ne pouvail travailler, la iiluie aussi qui
parce que faction nous presse davantage et est plus couvrait et inondait la terre, qui empechait la cul-
uii!e. L'Epoux a son ordinaire, sentant que sa ture, faisait mourir les Lies, ou ne permeltait pas
bien-aimee s'est un peu reposee sur son sein, se qu'on fit les semailles, la pluie, dis-je, a cesse,
bate de la rappeler a des choses qui semblenl plus elle est passee, elle s'est enlevee. « Les fleurs com-
• tires. El il ne la lire pas malgre elle, i ar il mencent a parallre sur noire terre, » et marquent
nevoudrail pas fa're lui-meme, ce qu'il a defendu sans doute que le printemps est venu, qu'on peut
Lcdeur est aux jeunes lilies. M.iis pour l'Epouse, se sentir ti-
d'tiuactioD. nv I'"' ' 'l-puux, c'esl recevoir le desir d'etre liree
par lui, le desir des bonnes .envies, le desirde faire
du fruit pour l'Epoux, parce quelle ne vit que pour
lui,et regarde couime un pain de mourir pour lui.
2. Et ce desir est vehement : il ne la presse pas
settlement de se lever, niuis de se lever en tuute
hale. Car il y a : « Levez-vous, hatez-vous, et
venez. » Mais elle n'est pas peu encouragee quand
elle eutend son Epoux lui dire de venir, non pas
de s*ell aller; parce que eela lui fait voir qu'elle
travailler commodement, et que les fruits vont
bienldt merir. Ensuite il ajoute a quoi il faut tra-
vailler d'abord, en disant : « 11 est temps de tailler
li vigne. L'Epouse est done menee faconner les
vignes. Mais pour qu'elles puissent repondre a
l'esperance des vignerons par uue plus grande
abundance de fruits, il est neeessaire, avant tout,
d'en oter les sarmeuts stcriles, d'en couper les
mauvais, d'en relraucber les superflus. Voila pour
ce qui regaide la leltre.
3. Voyons maintenant le sens spirituel cache
Les vignes
n'est pas envoyee, mais conduite, et que son Epoux sous le voile de ces paroles. Je vous ai deja dit que sign fieut lea
ames ou les
Eglises.
doit aller aussi avec elle. Or, que pourrait-elle
trouver de difficile dans la coinpagnie d'un tel
Epoux : « Mettez-utoi aupres de vous. Jit Job a
Dieu, et combatte qui vutidra contre moi (Job
xvn, 3). Et quand je marcherais a trave s l'ombre
de la mort, je ne craindrais attcttn mal, parce que
vous etes avec moi [Psal. XXII, lx). » Elle n'est done
les vignes sout les Ames, ou les Eglises, et je vous
en ai donne la raison. Je crois qu'il n'est pas besoin
d'y revenir. Lame parfaite est done invitee a les
examiner, a les corriger, a les instruire, et a les
sauver, pourvu neanmoins qu'elle ne soit pas en-
tree dans ce ministere par ambition, mais qu'elle
y ait ete appelee de Dieu comme Aaron. Or. qu'est-
pas eveillee contre sa volonte, puisque 1'Epoux lui ce que cette invitation, sinon un mouvement inte-
donne cette volonte, qui n'est autre chose qu'un rieur de charile qui sollicite notre zele pour
desir ardent de faire des gains pieux et salutaires. le salut de nos freres, pour la beaute de la rnaison
A quoi od
reeonnail
qu'on est
■i i ■ pele au
sob des lm»
citat; Surg?, inquiens, et vent. Quid sibi itaque vult
tain subila luec mutatio voluntatis sive concilii? Pula-
musne levitate usum Spo^sum, et aliquid voluissc prius,
quod mo.v noluerit? Minime. Sed agnosicite eas quas
vobis supra, si meministis, commendavi, et non serael,
vicissitudines utique sanclas quictis, ac necessariae ac-
tionis ; ct quia non sit in hac vita copia cuntcniphindi,
nee diuturnitas otii, ubi officii et operis cogentior ur.^et
instantiorque utililas. More igilur suo Sponsus, ubi di-
leclam piuiliilum in siuu proprio quievisse perscnlit, ad
ea denuo quae utiliora visa sunt, trahere nun cuoclatur.
Non lumen quasi invilimi ; (ncc cnim quid tieri vctuit,
Eacerct ullatenus ipse : ) sed IraMsanea Sponso SponsdB,
est ab ipso accipere desiderium quu trahalur, desiderium
bonorum opeium, desiderium fruclificandi Sponso;
quippe cui vi.cre Sponsus esl, etmori lucrum.
2. Et est desiderium vehemena , quod cam non tan-
tum surgere, sed et snrgere festinanter sollicitat, sic quip-
pe babes : Surge, propera, et veni. Ncc partim confortut
qaud audit, rem, el non, vade : per hoc se intelligcna non
tam mi t li, qnam due;, ct sccum pair un esse
vcuturum. Quid enim diflicilc sibi illo comile repulet?
Pone me, inquit, juxla le, et cujusvis manut pugnet
contra me, item, Si ambutavero in merlin umbra; mortis,
ton timebo mala, quoniam tumecum es. Non itaque sus-
cita tur praelerquam velit, quando fit prius ut velit : quod
non est aliud, nisi sancti quaestus immissa aviditas. Ani-
matur etiam ad opus injunctum, et de temporis oppor-
tunilate redditur alacrior. Tempus faciendi, inquit, 6
Sponsa.qma/i ems Iraasiit, quando operari ncmopoterat.
///('/./• quoque, qui inundulionc facta operiebat terrain,
culturas imped iebat, et vel sata necabat, vcl seri veiabat;
is, 1 1 1 1 1 ua m , i m ber excurrit, abut et recessit ; /lores apparue-
runt in terra nostra, vernalem profecto lempcriem adesse
signantes, operandi conmiodilatem, frugnin vicinilalem
ac fnicluum. Peinde subdil, ubi el quid primum operari
oporteat : Tempus, inquiens, putalionit adoenit. Ad
vineasergo excileudas ducilur : quse ut possint uberiori-
bus Fructibus respondere colonis, ante omnia uecesse est
sarmenta sterilia projici, succidi noxia, putari superflua.
Ha-cjuxta litleram.
3. Nunc jam videamus. quid istiusmodi quasi historico
schemate spiritualiter nobis innuatur inlelligcndum. Et
vineas quidem an i mas esse vel ecclesias, simulquc hujus
rei ralionem qnsnam Bit, dixi vobis jam et audislis nee
opus habeiis ilerato audiic. Ad has itaque, revisendas,
corrigendas, instruendas, salvandas, anima perfectior
invitatur, quae tamen id ministerii sortita sit,nonsua am-
bitione; sed vocala a Deo tanquam Aaron. Porro invi-
tatio ipsa quid esl , nisi inlimaquaedam stimnlatiocharitatis
pie nos sollicitantis aemulari fraternam salutem.aemnlari
decorem domus Domini, uicrementa lucrorum ejus.
II f'ut choi-
sir le temps
propre u la
taille.
C1XQUANTE-HUITIEME SERMON SURLE CANTIQUE DES CANTIQUES. 429
du Seigneur, pour l'accroissement de ses gains et a pen d'ouvriers, priez le Seigneur de la moisson
des fruits de justice, et pour la gloire et l'ltonneur qu'il y envoie des ouvriers (Malth. is, 35). n De
de son noni? Toules les fois done que celui qui a memo qua lui il montrait qu'il etait temps de faire
la conduite des ames, ou quiest oblige d'enseigner, la moisson des antes, de meme ici il declare quele
reconnait que son botnme interieur est touche de temps est venu de tailler les vignes spirituelles,
ces religieux sentiments enrers Dieu, il peu t Sire e'est-a-dire les ames ou les Eglisss, voulmt peut-
sur que l'Epoux est present, et qu'il le convie a etre par la difference des nonis dont il se sert
venir avn vignes. Mais pour quoi faire ? Pour arra- mettre cette difference entre ces deux clioses, que
cher, delruire, edilior et planter. par les moissons il entend le peuple, et par les
h. Mais cotnme toule espece de temps n'est pas vignes, les societes de saints qui demeurent en-
propre a cet ouvrage, non plus qu'a tout ce qui seuible.
est sous le ciel, celui qui invite l'Epouse ajoute, « le 5. Or le temps d'hiver, qu'il dit etre passe, mar-
temps de taillcr la vigne est venu. » Celui qui di- que, comnie je crois, le temps ou le Seigneur Jesus
sait : « Voici maintenant un temps favorable, voici ne se montrait pas publique.ro.ent aux Juifs, parce
le temps du salut. N'olfensez personne.de peur qu'ilsavaient conspire dele faire mourir.C'est pour-
qu'on ne blame notre ministere (2 Cor. vi, 2), » quoi il disait a quelques-uns : « Mon temps n'est
savait bien aussi que le temps etait venu. II aver- pas encore arrive, maisle voire est toujours pret
tissait sans doule de couper et de retraneber les (Joan, vn, 6). Et, moutez voiis autres a Jerusalem
cboses vicieuses et superflues, et generaleinent tout en ce jour de fete, car pour moi je n'y monte pas
ce qui pouvait nuire au fruitdu salut et l'einpiVher (Ibid. 8).» 11 y monta pourtant aussi apres eux, mais
de venir, parce qu'il savait que le temps de tailler ce ful comme en cacbette. L'hiver dura done depuis
la vigne etait venu. C'est pourquoi il d;sait a un ce moment la, jusqu'a l'avenement du Saint-Esprit,
fidele vigneron : « Reprenez, corrigez, conjurez qui rechauffa les cceurs tiedes des tLleles, comme
(n Tim. iv, 2), » marquant par la premiere et la par le feu que le Seigneur avait apporte sur la
seconde de ces trois choses qu'il devait couper ou terre pour ce sujet (Luc. xu, 49). i\ierez-vous
arracher, et par la derniere qu'il devait planter. Et qu'on fit en biver, lorsque saint Pierre etait assis
voila ce que 1 Epoux a dit par la bouche de saint aupres du feu, n'ayant pas le coeur moins froid
Paul sur le temps propre a travailler. Mais que le corps ? Aussi l'Evangeliste dit-il « il faisait
ecoutez ce qu'il a dit de sa propre boucbea la noil- froid (Joan, xvni, 18). » Un grand froid avait, en
velle Epouse surl'observation du temps, quoique ce effet, saisi le coeur de cet Apolre, puisqu'il renia
soit sous une autre figure. « Ne dites-vous pas; il son mailre. Toutefois il ne faut pas s'en etonner,
y a encore quatre mois jusqu'a la moisson? Et moi puisque le feu lui avait ete ravi. Car un peu aupa-
jevous dis : Levez les yeux, et regardez ces regions ravant.il ne brulait pas d'un zele peu ardent,
si elles ne sont pas toutes preles a etremoissounees quand il etait encore pres du feu, puisque , tirant
(Joan, iv, 35). Et, la moisson est grande, mais il y son epee pour ne point le perdre, il coupa l'oreille
Sens mysti-
que du mot
hiver.
Le froid d«
Piarre.
incrementa frugum justitiae ejus , laudem et gloriam no-
minis ejus ? Istiusmodi itaque circa Deum religiosis all'ec-
tibus quotiea is qui animas regcre , aut studio predicatio-
nis ex oflicio intendere habet, homineni suum interiorem
senserit permoveri ; toties pro cerlo Sponsum adesse
inlelligat , toties se ab illo ad vincus invilari. Ad quid,
nisi ut evellal et dcsliuat, ct sdificet et plantet?
4. Verum quoniam operi huic, sicut et onmi rei sub
coelo, nun uaine tempus suppetit el aplum est,' addit is
qui invital, tempus pulationis advenisse. Adesse hoc no-
noverat qui dicebat : Ecce nunc tempos acceptable, ecce
nunc dies satutis; nemini dantes ut/ain offensionetn,
ut nan vttuperetur minis terium nostrum. Vitiost sine du-
bio atque stipe: tlua, et omne denique quod offendiculum
dare, et impedire fructuin salutis possit , ptitare jam et
resecare monebat, sciens quia tenipus pulationisadveneril.
ldeo et aiebal lideli cuidum cultori viaearum ; Aryue ,
increpa,obs 'era; in primoetsecundo horum putalionem vcl
exstirpatioiicm , in ultimo plaututicjnem indicens. Et bee
quidem Sponsus per os Pauli de tempore operandi. Sed
audi quid per proprium os de temporum cousideralione,
sub alio quidem rerum schemate et nomine, cum nova
Bponsa sit locutus. Nonne vos dicitis , inquit , quia quatuor
menses sunt , et messis venit? Ecce dico nobis : Levate
oculos vest ros ct videte regiones , quia albas sunt jam ad
messem. item, Messis quidem multa, operant pauci :
rogate boininum messis , ut mitiat operarios in messem
siuiin. Sicut igitur ibi meiendi aiiimaruui segetcs tempus
adesse monslrabat , ita et hie vincas ajque intelligibites,
id est animas vel ecclesias , tempus puiandi advenisse
denunliat; id fortitan inler utrasque res volens vocabulo-
rum diversitale distingui , nt menses plebes, vineas con-
gregationes sanctorum cohabitanlium intelligamus.
5. Porro hieinale tempus , quod pr.eteriisse significat,
illud mihi dusignare videtur, cum Oominus Jesus jam non
palam ambularet apud Jud;tos, eo quod conspirassunl
adversus cum , volenles eum interilcere. Unde et dicebat
ad quosdam : Tempus meum nondum aduenit, tempus
autem vestrum semper est paratum, el rursum : Ascen-
dite vos ud diem feitum banc , ego non ascendant. Ascen-
dit tauten postea et ipse, non palam , sed quasi in occul-
ta. Extunc ergo eldeinceps usque ad adventuni Spiritus-
Sancti , quo recaluerunt torpentia lidelium corda, tunquam
igne, quein Dominus ad hoc ipsuin misit in terrain, hiems
l'uit. Tune negaveris hiemem tunc fuisse, cum Petrusse-
deret ad prunas, non minus gelido corde, quam corpore?
430
GEUVRES DE SAINT BERNARD.
ni de la. foi, ni des bonnes oeuvres. Pourquoi ?
parce qvi'il etait l'hiver pour lesruuirs <lfs perlides,
el que la terra etait inondee de pluies froides et
mauvaises, plus propres a noyer qu'a conserver
Son j.'le
inteni[V-tif.
d'un serviteur. Mais ce n'otait pas .dors le temps
decouper. C'est pourquoi il tui tut dit : « Remel
texvotreepee en Ba place [Matth. xxvi, 52). n
Cetait, en effet, le tempsetle regnedes tenebres,et
quiconque des disciples se servirait du glaive, du les semencesde la parole, et qui auraient ren-
ter, ou de la parole, devail perir par le fer.el ainsi du inutile la peine qu'on cut prise pourcultiver les
ne gagner personne, et ne tine aucun fruit, ou au vignes.
moins elre contraint par le glaive de la crainte a 7. De quelles pluies pensez-vous que je parte?
u- gi.ii«e d« a renier son maltre, el a perir ainsi plutdt lui- Croyez-vous que ce sont de celles que Les uuees
' """"" nienie, suivant ce que le Seigneur ajoute aussitAI emportees par le vent versent sur la terre ? Nulle-
apres : a Quiconque se servira de I'epee perira par ment. Mais de celles que les homines d'un esprit
I'epee. » Car quel autre apotre, cut pu demeurer turbulent et impetueux font monter de la terre
intrepid.' .levant I'image affreusede 1 1 mort, quand dans l'air, quand ils ouvrent leur bouche insolente
le princememe des ap6tres tremble et lache le pied, coutre le ciel, et lorsque leur langue repand sur
lui que son capitaine avait encourage dune voix la terre le venin de leurs medisances, conime une
puissante, et avait charge de fortiQer les aulres? pluie amere, qui rend la terre Eterile el mareca-
G. Maisni lui ni eux n'etaient pas encore revetus geuse, inutile aux plantes et aux bles, nou pas a
de la vertu d'en haut. C'est pourquoi il u'etaitpas ces plantes visibles et corporelles, qui nous sont
sur pour eux d'aller aux vignes, de se servir de donnees pour l'usage de la nourriture de noire
leur langue comme dune serpe spirituelle, de corps, et dont Dieu ne prend pas plus de soin que
couper les ceps et de retrancher les pampres avec des bueui's, mais a celles que la main de Dieu, non
I.' claive dn Saint-Esprit , pour qu'ils rapportent celle de rhomme, a semees et plantees, et qui au-
plus de fruit. Le Seigneur meme se taisait durant la raient pu germer, ou s'enraciner dans la foi et
passion, et ne repondait point aux questions nom- dans la charite, et produire les fruits du saint,
breuses qu'on lui faisait. 8 11 etait, selon le Pro- si elles avaieut ele arrosees de bonnes pluies dans
phete, comme un homme qui n'a point d'oreilles le temps convenable. Enfin ce sont les ames pour
pour entendre, ni de langue pour repliquer (Psal. lesquelles Jesus-Christ est mort. Malheur aux nuees
vxxvn, 15). » Maisildisait : uSijevous ledis, vous ne
me croirez pas, et si je vous interroge, vous ne me
i epondrez pas (Luc. xxu, 68). » Car il savait que le
temps de couper n'etait pas encore arrive, et que
si vigne ne repondrait point aux travaux qu'il y
taisait, e'est-a-dire, qu'elle ne produirait le fruit,
Pluies nuisi-
bles aux
I'i.intes
■piritaellea.
(Juellesi'luies
leur sont
bonnet et
leur vienneat
dan> la
pu repandent sur elles des pluies qui les rendeut
houeuses plutot que fertiles. Car, comme il y a de
bons et de mauvaises arbres qui rapportent chacun
des fruits differents, selon la difference de leur
espece, les bons de bous fruits, et les niauvais de
inauvais fruits, je crois de memequ'U y a de bonnes
Denique erat friyus , inquit. Magnum revera fi'igus cor
tiegantis constrinxerat. Nee mirum lamcn , curu ignis ab
co ablatus esset. Nam paulo ante non parvo fervebat zelo,
quippe adhuc igni proximus , qui evagioato gladio, ne
ignem perderet , servi auriculam ampulavit. Sed non erat
leaipus putationis : et ideo audit , Convert? gladium tu-
um in locum tuum. Erat eniin bora et poteslas tencbra-
rum : et quisquis tunc discipulorum levaret gladium vol
lerri, vel verbi ; aut ferro truncandus erat , et neminem
lucraretur, nee quippiam fructus afferrct ; aut certe ti-
uioris gladio ad negandum cogendus; el sic magis ipse
puriret, jnxta verbum U.imini quod subjunxit mo\ , ita
dicena : Omnia qui occeperil gladium . gladio peribit. Quis
nempe creterorum ante pavendam mortis imaginem itn-
pavidus starct, trcpidante et cedenle priacipe ipso, et
qui voce oonfortatoria sui imperatoris fuerat prsemunitus,
et | raemonitua alios confortare?
6. Cietcram nee is , nee il II sibi adhuc induerant vir-
lutein ex alto; et ob hoc tutum non erat eisexire in ri-
ncas , exserere lingua? sarculum , et gladio Spiritus pularc
v.tes, purgare palmiles, ut fructum plus alTurrent. De-
ngue ipse Dominus tacebat in passione , et in multis
interrogans noa rcspondebat, /actus, juvta Prophetam ,
sicut homo non audiens , el non habeas in ore suo redar-
gutiones. Dicebat autcm : Si vobis dixero , non credetis
mihi : siautem et interrogavero , non respondebitis mini;
sciens tempus putationis nondum advenisse , nee respon-
surani prorsus vineam suam impensis laboiibus , id est
nee fidei , nee boni operis fructum aliquem relaturam.
Quare? Quia biems erat in cordibus perlidorum, et bie-
inales quidam mahti;e imbres occupaverant terrain , jacta
semina verbi sufTocare , quam fovere paratiores; sed et
cultui vinearum omnem nibiloininus impendendam
operam frustraturi.
7. Quos vos me nunc putatis dicere imbres ? Istosne ,
quos videmus cuiTentes per aera nubes turbulento spi-
pitu spargere super terrain ' non esl ita. Sed quos de
terra in aerem sursum ferunt homines turbulenti spiritus,
ponentcs in ceelum os snum , et lingua eorum Iransiens
in terrain, tanquam pluvia amarissma, terrain ipsam pa-
lustrem ac sterilem I'acit, et tain plantis quam satis inu-
lilem , non quidem his visibilibus atque corporeis ad
nostros utique corporeosususdatis, de quibus nulla plane,
scul nee de bobus eura est Deo. Sed quibus? Prol'ecto
qua; sevit et plantavit Dei manus , el non hominis ; qua;
ctvel germinarc, vel radicari in lide et charitate poterant,
ut fructus parlurire salulis, si bonis et temporaneis im-
biibiis rigarentiir. Aninue denique sunt , pro quibus
Curislus mortuus est. Vae nubibus pluentibus istiusmodi
imbres super eas, qua; lutum faciant , fructum non affe-
rent ! Nam sicut suntet bona; , et make arbores , ferentes
quseque fructus pro sui dissimilitudine differentes, bonae
CINQUANTE-HUITIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANT1QUES.
Quelles sont
les mauvaises
pluie»
spirituelles.
nuees, qui donnent de bonnes pluies, et qu'il y en
a aussi de mauvaises, qui en donnent demauvaises.
Peut-etre voulait-il marquer cette difference de nuees
et de pluies celui qui disait : « Je commanderai a
mes nuees de ne point pleuvoir sur elle [Isa. v, 6),»
c'est-a-dire sur la vigne. Pourquoi pensez-vous
qu'il ait dit expressement mes nuees, sinon parce
qu'il y a aussi de mauvaises nuees qui ne sont pas
alui?«Faites-lemourir, faites-le mourir, disent les en son temps, mais lorsqu'elle vient a contretemps,
431
cette observation litterale du sabbat, qui signifie
le repos, mais qui ne le leur donnait pas ; ces
ceremonies legales des sacrifices ; cette defense de
manger de la cbair de pore, et de quelques autres
semblables que Moise repute immondes, tout cela
est une pluie qui tombe de cette nuee, mais je ne
desire pas qu'elle tombe jamais dans mon cbamp
ni dans mon jardin. Je veux qu'elle ait ete bonne
Juifs, crucifiez-le. » 0 nuees violentes et orageuses !
0 pluie pleine de tempetes ! 0 torrent d'iniquite,
plus propre a ravager la terre qu'a l'engraisser !
mais la pluie qui vint ensuite, n'etait ni moins
mauvaise, ni moins amere, bien qu'elle ne tombat
pas avec autant de violence : a 11 a sauve les autres,
je ne la tiens pas pour bonne. Car toute pluie, si
douce qu'elle soit, et si doucement qu'elle tombe, est
nuisible, lorsqu'elle vient bors de saison.
8. Ainsi, tant que ces pluies pestilentielles ont
occupe et inonde la terre, le temps favorable a la vi-
gne n'etait pas encore venu, et il n'y avait pas eu
et il ne se pent sauver lui-meme. Que le Cbrist, le lieu d'inviter l'Epouse a les tailler. Mais lorsqu'elles
Roi d'Israel descende maintenant de la croix, et eurent cesse, la terre s'est ressuyee et les fleurs
nous croirons en lui (Luc. xxin, 42). » Le vain ont commence a paraitre, ce qui marquait que le
babil des pbilosopbes n'est pas une bonne pluie, temps de caliper la vigne etait venu. Voulez-vous
puisqu'il cause plutot la sterilite de la terre. que la savoir quand ce fut le temps de tailler la vigne ?
fecondite. Les dogmes corrompus des heretiques Eh bien, je vous le demande, n'est-ce paslorsque la
sont des pluies pires encore, puisqu'au lieu de cbair de Jesus-Christ a comme refleuri par la re-
fruits, ils ne produisent que des epines et des surrection ? Car e'est la premiere et la plus grande
chardons. Les traditions des Pharisiens, que le fleur qui ait paru dans notre terre. Jesus-Christ, en
Seigneur a condamnees, sont aussi de mauvaises effet, est le premier des ressussites (1 Cor. xv, 20).
pluies, de meme qu'ils etaient eux-memes de mau- C'est Jesus qu'on croyait tils de Joseph, qui est la
vaises nuees, et ne croyez pas que je fasse injure a fleur du cbamp et le lis des vallees (Cant, it, 1),
Moise, si, tout en reconnaissant que, pour lui, il Jesus, dis-je, de Nazareth, mot qui signiOe une fleur
etait une bonne nuee, je disneanmoins que tout ce en hebreux. Cette fleur a done paru la premiere,
qui sort d'elle n'etait pas bon, d'accord en cela mais elle n'a pas paru seule ; car les corps de plu-
avec celui qui a dit : « Je leur ai donne, (il parle des sieurs saints, qui etaient morls, ressusciterent avec
Juifs,) des preceptes qui n'etaient pas bons, » il n'y lui, et parurent aussi sur notre terre, comme de
a point de doute que ce ne soit par le miuistere de belles et brillantes fleurs. « Ils vinrent dans la ville
Moise, « et des commandements qui ne les feront sainte, dit l'Evangelisle, et apparurent, a plusieurs
pas vivre (Liech. xx, 25). » Telle etait par exemple (Matth. xxvn, 52). » Ceux qui d'entre le peuple
videlicet bonos , et malae malos : ita et arbitror nubes
et bonas , qua? bonos; et malas esse, quae malos pluant
imbres . Et vide ne forte innuerit nobis banc nubium ,
imbriumque dilferentiam , qui dicebat : Mandabo nubibus
meis , ne pluant super earn (haud dubium quin super
vineam) imbrem. Cur putas adjunxisse signanter, meis ,
nisi quia sunl et mate nubes ,quae non sunt ejus? Tolle.
lolle , inquiuat , crucifige eum. U nubes violentas et lur-
bidas ! 0 imbrem procellosum ! 6 torrcntcin iniquitatis
evertere magis , quam fcecundare idoneum I Nee minus
malus minusve amarus , minori licet jmpetu proruens ,
imbcr ille qui subsecutus est : Alios salvos fecit ,seipsum
non potest saloum facere. Chrislus rex Israel descendat
nunc de cruce , et creclimus ei. Philosophorum ventosa
loquacitas non bonus imber est , stei ilitatem magis intulit
terris, quam fertilitatem. Multo magis prava dogmata
bsereticorum mali imbres sunt j qua^ pro fruclibus spi-
nas producu.it et tribulos. Mali imbres etiam tra litiones
Phariseeorum , quas Salvator redarguit, et ipsi nubes
malae. Et nisi existimes me injuriam facere Moysi , (nam
bona nubes est ilia,) non omne quod pluit vol ipsa , bo-
num tamen dicam , ne illi contradicam , qui ait : Dedi
Uli Id est Judaeis , praecepla non bona (haud dubium quin
Quel fut It
temps
favorable a
la vigne.
per Moyon) et justificationes in guibus non vivent in
eis. Litteralis ilia , verbi causa , observalio sabbati , so-
nantis requiem, non donantis, inductussacrificiorumritus,
interductus porcinaj carnis esus , nonnullorumquc simi-
lium , quae immunda a Moyse censentur, pluvia est hoc
totum ex ilia nube descendens : sed nolo in agrum vet
liortum meum quandoque descendat. Fuerit sane bona
suo tempore : post tempus si venerit , non bonam jam
censeo. Omnis etiam Ienis et leniter descendens pluvia,
si sit intempestiva , molesta est.
8. Donee ergo isliusmodi aqua; pestilcnles occupa-
vcrunt tcrram , et invaluerunt super cam , tempus suum
vineae non habuerunt, nee fuit quod Sponsa invitaretur
ail putandasvineas. Cietenim illisdeourrentibua terra appa -
ruitarida.et (lores apparuerunt in ea, signilicantes tempui
putalionisadesse. Quaerit quando hoe fuit? Qnaeris quando
putas , nisi cum retloruit caro Christi in resurreclione?
Et hie primus et maximus flos, quiapparuititi terra noslra.
Nam primitiof dormientiurn Chrilus. Ipse, inquam , flos
campi, et lUium covallium Jesus, utputabatur films Joseph
a Nazareth, quod interprelatur flos. Is ergo tlos apparuit
primus , nos solus. Nam et multa corpora sanctorum,
qui dormierant , poriter surrexerunt , qui veluti quidam
432
CKUVRES DE SAINT BERNARD.
eurent les premiers les premices des saints ont dans un temps de persecution ! Comment aurait-on
fete aussi des fleurs. Lours miracles ont ete comme pu prendre en main des epdes tranchantes, tirer
des fleurs qui ont, produit les fruits de la I'oi. Car vengeance des nations, chatierles peuples, charger
apres que celte pluie d'mfldelite fut un pen passee de chalnes leurs rois, mettre dans les fers les plus
et quelle eul cesse, elle fut suivie aussildt de cette nobles d'entre eux, et executer sureux le jugement
autre pluie volontaire dont parle le Prophete, que de Dieu {Psal. cxux, 7)? Car c'est lace qu'il taut
Dieu a reservde pour son heritage, et les fleurs com- entendre par tailler les vignes. A peine toutes ces
mencereut a paraltre. Le Seigneur a repandu sa choses se purent-elles faire en paix dans le temps
benediction, et notre terre a pousse ses Qeurs, en memede la paix. Mais en voilaassez sur ce sujet.
sorle qu'en un jour trois rniUe personnes crurent 10. Je pourrois linir ici cediscours, si, selon nion
en Jesus-Christ, et en un autre, cinq mille, tant le habitude, j'avais donne. quelques avis a chacun de
nombre des lleu''s, c'est -a-dire la multitude des ti- vous, touchant la vigne. Car qui a retranche assez
deles, s'accrul en pen de temps {Act. n, 41 et v, a), exactement tout ce qu'il y avait de superflu en
Le froid de la malice no put pas prevaloir contre lui, pour penser qu'il n'a plus rien a couper?
ces' fleurs qui paraissaient perdre, comme cela ar- Croyez-moi, ce qui est coupe, repousse, ce qui est
rive d'ordinaire, le fruit de vie qu'elles promet- chasse revient, ce qui est eteint se rallume, ce qui
taient. est assoupi se reveille. C'est done peu d'avoir coupe u faut lou_
9. Car tous ceux qui avaient cru etaient remplis une fois, il taut couper souvent, et meme toujours, jours travail-
de la vertu d'eri haul; il s'en trouva parmi eux qui s'il est possible, parce que si vous ne vous trompez lajue ,|c ia
forts dans lafoi, mepriserent les menaces des ho'u- point vous-memos, vous trouverez toujours quelque uj^JSuJ
mes. Us souflrircnt a la verite plusieurs contradic- chose a couper en vous, quelque progres que voli-
tions, mais ils ne cedorent jamais, et ne furent fassiez. Tant que vous etes dans ce corps mortel,
point delournes d'accomplir ni d'annoncer les ceu- vous vous abusez, si vouscroyez que vos vices soient
vres ile Dieu. C'est ceqii est eiprime dans lepsaume, entitlement eteints plutot que supprimes; que
si on l'entend spirilnellement : « lis ont seme les vous le vouliez ou non , le Jebuseen habite
champs, ils ont pi ante des vignes, et ils ont recueilli toujours dans votre terre, ( Judic. r, 21 ) ; vous
des fruits en abondauce (Psal. exxv, '67). » Dans pouvez bien le subjuguer, mais vous ne sauricz
la suite des temps la tempete s'est apaisee, l'exterminer. « Je sais, ditl'Apotre, que le bien
et la paix Slant rendue a la terre, les vignes ont n'habite point en moi {Rom. vn, 18). » C'est peu
cru. elles out provigne, elles se sont etendues et de chose s'il ne confesse que le mal memey habite.
multipliees a l'inlini. En sorle que uiaintenant IE- « Aussi, ajoule-t-il, je ne fais pas a ce que je vera
pouse est invitee, non pas a planter de nouvelles
vignes, mais a tailler celles qui sont planters. Et
c'est bien a propos, puisque eel ouvrage demandait
un temps depaix. Car comment Taurait-on pu faire
a Telle est la lecon donn&e par les premieres edition dei
ceuvres de saint Bernard et par lea meilleura maouscrits. Quel-
ques-uns ajoutent ces muts. « le bien a comme duns la Vul-
gate.
lucidissimifloressimtil apparueruntin terra nostra. Deni-
que venerunt m sanctam civitatem , et apparueruni multis.
Flores etiam ftierunt qui primi crediderunl depopulo,
primitia1 sanctorum. Klores eorum niiracuhi, inslarflurum
producenlia fructum lidei. Nam posUpiarnille iafiiielitatis
imber aliquantulum, vcl ex parte, ablit et recessit , se-
cnta mbx est pluvia voluntaria, quam scgrcgavit Dens
haucdilali sua?, et (lures apparere emperunt. Liominus
dedil benignilatem , et terra nostra dedit llores suos, ita
ul una die tria inillia , in alia quinquc millia do populo
crederent : aduo in brevi crcvil florum Humerus, id est
credentium multiludo. Et non poluit gelu malilia- prae-
valere adveraus (lores qui upparcbant, nee praripere (nt
assolet ) fructum vilae, quem promiltebant.
9. Nam cum omnes qui crediderunl , induerentur vir-
tute ex alio; surrexerunt ex eis homines, qui minus
howinum contempserunt, fortes in fide. Passi sunt qui-
de:n quam plurimoa conlradictores : sed non cesserunt,
neque subterfii^erunt , quo minus et faccrent , el an-
ouotiarent opera Uei. Nam juxla illud in psalmo spi-
rilualiter quidem , Et serninaverunl iigros, et planta-
verunl vineas , el fecerunt fructum nativilatis. Processu
lemporis tempestas sedala est, et pace reddita terris ,
ereverunl vines , et propagate , et dilalata> sunt , etmul-
liplicatSB super numerum. Et tuncdemum Sponsa ad vi-
neas invitatui', non quidem ad plantandum, sed ad pu-
landum quod plantatum jam erat. Opportune quidem :
nam id opus pacis lempus requircbiit. Quando eteniin
pcrseculionis tempore id liceret ? Alioquin sumere in
manus gladios ancipitcs , facere vindictam in nationibus ,
increpationes in populis ; alligare reges eorum in com-
pedibus, el nobiles eorum in manicis ferrcis ; et facere
in eis judicium cunscriptum , (boc quippe putare vineas ;)
ha?c , inquam , omnia vix vcl pacis tempore aclilantur in
pace. Et de bis satis.
10. Puterat etiam finiri sermo, si prius quemque
vcslrum juxta morem mourn de sua vinea monuissem.
Quis cnim ita ad unguem omnia a se siiperflua reseca-
vit, ut nil se habere pulet pulalione dignum ? Crcdite
mihi, ct putata repullulant, el elfugala redeunt, et
et reaccenduntur exstincta, et sopila denuo excitanlur.
Parum est ergo semel pulasse ; sa?pe putandum est,
imo (si Deri possit) semper : quia semper quud putari
oportcat (si non dissimulas) invenis. Quantumlibut in
hoc corpore manens profeceris, erras si vitia putas
emortua, et non magis suppressa. Velis, nolis, intra fi-
nes tuos habitat Jebusaeus : subjugari potest, sed non
exterminari. Sew, inquit, quinnon habitat in mebnnum.
ClNQUANTE-HnTlEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. V33
et je fais le mal que je hais, et que je ae voudrais est vena, il a do secher toutes les phiies de l'hiver,
pas faire ; mais si je fais le mal que j'abhorre, ce c'est-a-dire, toutes les larmes que faisaient couler
n'est plus moi qui le fais, e'est le peche qui habite auparavaut le souvenir anier des fautes passees, et
eu moi(Rom. vn, 13,,. » Preferez-vous douc dis-jea la crainte du jngement de Dieu. Ainsi, et je le dis
l'Apotre, si vous l'osez, car c'est lui qui parle ainsi, sans hesitsr de plusieurs d'entre vous, sinon de
ou avouez avec lui que vous netes point exempt de tous, cette pluie est passee, elle a cesse. Carles
vices. Or la vertu tient le milieu entre les vices op- fleurs qui sunt la marque d'une pluie plus douce
poses, et pourtant vous avezbesoiu non -seulement, t:ommencent a paraitre. L'ete a aussi des pluies,
de eouper mais de cooper tout autour. Autrement mais .les pluies douces et fecondes. Qu'r a-t-il de
il y a a craindre que notre vigne pressee, ou plutot plus doux que les larmes de la charite? Car la cha-
rongee paries vices qui l'environnent, ne languisse rite pleure mais d'amour, non de la douleur. Elle
pen a peu, sans que vous vous en aperceviez, ou pleure de desir. Elle pleure avec ceux qui pleu-
nieme ne soit etouffee, s'ils viennent a croitre da- rent. Je nedoute point que vos actions d'obeissance
vantage. Le seul conseil que je vous donne dans ne soient abondamment arrosees de cette pluie, et
un si grand peril, c'est de les observer avec grand j'ai la satisfaction de voir que, bien loin d'etre
soin, et, aussitot qu'ils recommenceront a paraitre, defigurees ou obscurcies par des murmures et par
de les eouper sans misericorde. La vertu ne peut la tristesse, elles sont accompagnees d'une joie
pas croitre avec les vices. Afin done qu'elle pousse spirituelle qui les rend agreables et fleurissantes.
vigoureusement, ne les laissez pas croitre. Otez les Ce sont commedes fleurs que vous portez toujours
brancbes superflues, les bonnes pousseront bientot; dans vos mains.
tout ce que vous otez a la cupidite, vous le donnez 12. Si done l'hiver est passe, si la pluie est finie,
a 1'utilite. Retrauchons done, coupons la cupidite, si elle a cesse de tornber, si les fleurs ont enfin paru
afin que la vertu profile. dans votre terre, et que la douceur de la grace,
fli"eu'fil li- !• est temps pour nous, mes freres. de tailler comme un printemps favorable, marque que le
j a plus notre vigne, comme nous avons toujours besoin de temps de tailler la vigne est venu, que reste-t-il
toojoorf le faire. Carjetrouve que l'hiver est passe pour autre chose a faire, que de nous oceuper a cet ou-
nous. Savez-vous de quel hiver j'entends parler? vrage si saint et si necessaire ? Lxaminons, selon le
C'est de cette crainte qui n'est point accompagnee conseil du Prophete, nos voies et notre conduite,
d'amour, qui donne lieu a tout le commencement que chaciiu croie qu'il fait des progres, non lors-
de la sagesse, mais n'en communique point la per- qu'il ne trouve Tien a reprendre en soi, mais lors-
fection.car l'amour, ensurvenant, ta chasse, comme qu'il reprend et corrige ce qu'il y trouve de man-
l'ete chasse l'hiver, car l'amour de Dieu est l'ete vais. Vous ne vous serez pas examine inutilement,
de l'ame. Et s'il est venu, ou, pour mieux dire, si vous reconnaissez que vous avez encore besoin
et comme je veux le croire de vous, puisqu'il de vous examiner denouveiu; et vous ne vous
la crainte
servile est
one sorte
d'hiver pour
l'ame, comme
la charite est
an cte poar
elle.
Les larmes
de la charite.
l'ete.
Saint Ber-
nard recom-
mends
I'examen
parlirnlier.
Parum est nisi et malum inesse fateatur. Ait natnque :
Non quod volo hoc ago ; sed quod odi, illud facto. Si
aulem quod odi illud facio ; jam non ego operor illud,
ted quod habitat in me peceafum. Ant le ergo, si audes,
prefer Apostolo, (nempe ipsius isla vox est :) uut fatere
cum illo te quoque vitiis non carere. Medium deni-
U. namqae. que * vitiorum virtus tenet ; ac proinde sedula eges
non solum putatione, sed et circumcisione. Alioquin
verendum, ne circumquaque a lambentibus, vel potius
a rodentibus vitiis ilia, dum nescis, paulatim elangueat ;
aut, si supercreverint, suffocetur. Unuai in tanto dis-
crimine concilium est, observare diligenter, ol mox ut
renascentium capita apparebunt, prompta severitate suc-
cidere. Non potest virtus cum vitiis pariter crescere.
Ergo ut ilia vigeat, ista crescere non sinantur. Tolle
superflua, et salubria surgunL Utilitati accedit, quid-
quid cupiditati demis. Demusoperam putationi. Putetur
cupiditas, ut rirtus roboretur.
11. Nobis, fratres, putationis semper est tempus, sic-
nt semper est opus. Confido enim, quia nobis hiems
jam transiit, Scitis quam hiemem dicam 1 Timorem
ilium, qui non est in charitate, quicumomnes initiet ad
aapientiam, ncminem consummat : quoniam superve-
niens charitas extundit ilium, tanquam hiemem sslas.
JEttas enim charitas est ; qua si jam venit, Imo quia
T. IV.
venit, (sicut justum est mihi sentire de vobis) siccaverit
necesse est omnem hiemalem imbrem, omnem videlicet
anxiotatis lacrymam, quam amara recordatio peccati, et
timor ante extorquebat judicii. Itaque (quod non dubius
dico, etsi non de omnibus vobis, profecto de pluribus)
hie jam imber abiit et recessit j nam et flores apparent,
indices pluvis suavioris. Habet et astas pluvias suas
suaves et uberes. Quid dulcius lacrymis charitalis ? Flet
quippe charitas, sed ex amore, non ex masrore ; net ex
desideno, tlet cum flentibus. Tali imbre non ambigo ri-
gatos uberius actus obedientiae vestra, quos latus in-
, non murmure tetros , non tristitia subobs-
curos , sed quodam spirituali gaudio jucundos et
floridos. Sic sunt , ac si semper (lores gestetis in ma-
nibus.
li. Ergo si hiems transiit, imber abiit et recessit
si demum tlores apparuerunt in terra nostra, et sn-
binde quadam spirituabs gratia vernalis temperies
tempus putationis indicit : quid restat, nisi ut de catero
toti incumbamus huic operi tam sancto, tam necessa-
rio '.' Scrutemur, juxta Prophetam, vias nostras et studia
nostra, etin eo se quisque judicet profecisse, non cum
non invenerit quod repretiendat, sed cum quod inve-
nerit, reprehendet. Tunc te non frustra scrutatus es, si
mrsum opus esse scrutinio advertisti : et toties non te
28
UU
serez point trompf dans votre examen, toutes les
fois que vous croirez avoir besoin de le recommen-
ces Mais si vous le faites autant de fois que vous
in aurez besoin, vous le ferez toujours. Souvenez-
vous done que vous avei toujours besoin du se-
cours d'en bant, et de la misericorde de l'epoux
GEUVRES DE SAINT BEKNARD.
pour se l'unir inlimement. II ilit, en effet : « Dans
notre terre. » Cette parole n'est pas une parole de
souverainete, mais de familiarity, mais dalliance
Aussi n'est-ce point comme Seigneur, mais comme
fcpoux qu'il parle ainsi. Quoi? 11 est notre createur,
et il se rend notre compagnon ! II ne faut pas s'en
de l'Eglise, Jesus-Christ Notre-Seigneur, crui etant etoiiner. C'est l'amour qui parle, et l'auiour ne
I lieu, est eleve au dessus de toutes choses et beni
dans tous les siecles. Ainsi soit-il.
SERMON" 1.1X.
itemissements de lame qui soupire apres la ctlesle
patrie, eloge de la chastete el de la viduite.
1. « La voix de la tourterelle a ete euteudue dans
notre terre [Cant. 11, 12). » Voici la seconde fois
que celui qui est du ciel parle de la terre, je suis
force d'en convenir. Et il en parle avt-c autant de
bonte et d'affection que s'il etait vraiment citoyen
de la terre. Celui-la c'est 1'Epoux ; apres avoir dit,
connait point de mailre. Car ce Cantique est un _.
,. ■, •. .. .■ u"u slme.
cantique d amour, el il ne saurait etre rempli, que n en l'amour
de choses amoureuses. Dieu aime aussi et son
amour ne vient point d'ailleurs que de lui, attend u
qu'il est lui-meme amour. Et il aime avec d'autant
plus de violence que lui et son amour ne sont
qu'un. Mais ceux qu'il aime, il les traite comme des
amis, non comme des serviteurs. De Maitre il de-
vient ami. Car il n'appellerait pas ses disciples ses
amis, s'ils ne l'etaient en effet.
2. Yoyez-vous comme la majeste meme cede a
l'amour. II en est ainsi, mes freres ; l'amour n'ad-
mire personne, mais il ne meprise personne, il re-
garde d'un meme oeil tous ceux qui s'entr'aiment
La majesty
cede le pa»
a l'amour.
que les tleurs avaient paru, non pas sur la terre parfaitement, et il egale en lui les grands et les
^implement, mais sur notre terre, il dit encore
maintenant : a La voix de la tourterelle a ete en-
lendue dans notre terre. » Quelle est done la rai-
son d'une facon de parler si extraordinaire, pour
ne pas dire si indigne de Dieu? Je ne crois pas
qu'on trouve ailleurs qu'il ait ainsi parle du (del,
encore moins de la terre. Considerez done combien
il est doux d'enteudre le Dieu du ciel dire : « Dans
notre terre. » Et vous, habitants de la terre, enfants
des homnies, ecoutez: « Le Seigneur a faitdegrau-
des choses pour nous [Psal. exxv, a). » II a un
grand commerce avec la terre, de grands rapports
avec l'Epouse, qu'il lui a plu de Urer de la terre
petits. Non-seulement il les rend egaux, mais il
n'en fait qu'un d'eux tous. Vous pensez peut-etre
que Dieu est excepte de cette regie, mais ne savez-
vous pas que celui qui est etroitement attache i
Dieu n'est qu'un esprit avec lui 1 1 Cor. vi, 17j ? II
s'est rendu lui-meme comme l'un d'entre nous.
C'est trop peu, il s'est rendu, non pas comme l'un
d'entre nous, mais l'un d'entre nous. C'est peu
qu'il soit semblable aux hommes, il est homnie.
C'est ce qui fait qu'il s'attnbue notre terre, mais
comme patrie, non comme possession. Et pourquoi
ne se l'attribuerait-il pas? C'est d'elle que vient
son epouse ; d'elle aussi que vient la substance de
fefellit inquisitio tua.quoties iterandam putaveris. Si au-
Icm semper hoc, cum opus est, faeis, semper fades.
Semper ergo opus esse tibi memiueris supemi auxilh,
et misericordia; sponsi Ecclesis Jesu-Christi Domini
i.ostri, qui est super omnia Deus benediclus in saecula.
.\men.
SERMO L1X.
Ue gemitibus antrum suspiranits ad calestem patriam,et
de commendalione caslitatis et riduitatis.
1. Vox turturts audita est intt-rra nostra, minime jam
dissimulare queo, quod ecce aecundo is, quide ccelo est,
de terra loquitur : ulique tain dignanter, tain socialiter,
quasi unus e terra. Sponsus est iste : qui cum pnemit-
teret llores apparuisse in terra, adj limit, nostra : et nunc
niliilominus, Vox, inquit, turturis awida est in terra
nostra. Ergoneratioue carebit Deo quidem lam insueta,
ne dicam indigua, locutio? .Nusquam (ut opinori de ccelo
■ic locutum reperies, nusquam alibi de terra. Advene
igilwr, quant* suavitatis .it Deuin cceli diceie, in terra
nostra. Quique terrigens et filii hominum, audite : ma-
gniticavit Dominus facere nobiscum. Multum illi cum
terra, multum cum Sponsa, quam deterrissibiadsciseere
placuit. In terra, inquil, nostra. Non plane principatuin
sonat vox isla, sed consortium, sed familiaritatem. Tan-
quam sponsus hoc dicit, non tanquam dominus, Quid?
Conditor est, et consortem se reputat ! Amor loquitur,
qui dominum ncseit. Carmen nimirum anions est, nee
aliis hoc quam amatoriis fulciri oportuit. Amat et Deus,
nee aliunde hoc habet, sed ipse est unde amat. Et ideo
vehementius, quia non amorem lam habet, quam hoc est
ipse. Verum quos amat, amicos habet, non servos. De-
nique amicus fit de magistro : nee cnim amicos discipu-
los diceret, si non essent.
2. Yides amori cedere etiam majestatem? Ita est, fra-
tres, neminem suspicit amor, sed ne despicit quidem.
Omnes ex iequo intuetur, qui perfecte se amant, et in
seipso celsoshumilesque coiiteniperat : nee modo pares,
sed unum eos facit. Tu Deum lorsitan adhuc ab hac amorii
regula excipi putas : sed qui adhaaet Deo, unus spintus
est. Quid miraris hoc? Ipse factus est tanquam unus ex
nobis. Minus dixi : non tanquam unus, sed unus. Parum
CINQUANTE-NEUVIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQIJES.
son corps. C'est d'elle que vient l'Epoux menie,
puisque lui et son Spouse ne sont qu'unn meme
chair. S'ils n'ont qu'une meme chair, pourquoi
n'auront-ils pas line seule et meme patrie ? « Le
Seigneur, dit le Prophete, s'est reserve le plus haut
des eieux, et a donne la terre aux enfants des
hommes [Psal. cxm, 16). » C'est done comme fils
de l'homme qu'il herite de la terre, comme Sei-
gneur qu'il se l'assujettit, comme createur qu'il la portables, et ils ne voudraient pas seulement y
435
vertu, si on connait que vous <?tes persuade vous-
meuie dece que vousvoulez persuader aux autres.
La voix des ceuvres est plus forte que celle de la
bouche, faites ce que vous dites, et non-seulement
vous me corrigerez avec plus de facilite, mais vous
echapperez vous-meme a une grande responsabilite ;
on ne pourra plus vous dire : « Us mettent sur les
epaules des hommes des fardeaux pesants et insup-
Cousidera-
ion mystique
de la
tourterelle.
Itile recom-
mandation
aux predi-
cateurs.
II faut
precher
d'exemple
ieu plus que
de pjirole.
gouverne, et comme epoux qu'il la partage. Car,
en disant « dans notre terre, » il temoigue qu'il
refuse de la posseder en propre, et qu'il desire la
partager avec un autre. Mais en voila assez pour
expliquer pourquoi l'Epoux a daigne se servir
d'une parole si pleiue de bonte, et dire, « notre
terre. »
3. Maintenant passons au reste. « La voix de la
tourterelle s'est fait entendre dans notre terre. »
C'est une marque, que l'hiver est passe, et qu'il est
temps de tailler la vigne. Voila pour le sens litteral.
Au reste la voix de la tourterelle n'est pas fort
agreable, mais elle annonce des choses qui le sont.
Ce petit oiseau ne coute pas bien cher ; mais si
vous y preuez garde il vaut cher. Sa voix, plus
semblable a un gemissement qu'a un chant, nous
rappelle notre exil. J'entends volontiers la voix
d'un predicateur qui ne s'attire pas des applaudis-
sements, mais qui me touche le cceur. Vous imitez
la tourterelle, si vous enseignez a geinir. Mais si
vous voulez me persuader de gemir, ce sera plut&t
en gemissant qu'en declamant. L'exempleici, aussi
bien qu'en beaucoup de clioses, est plus eflicace que
la parole. Votre voix sera puissante et pleine de
Le desir de
la celeste
patrie
convient
surtout i la
toucher du bout des doigts [Mallh. xxiu, h) ; » Et
vous ne craindrez point d'entendre ces mots :
« Vous qui enseignez aux autres, pourquoi ne vous
enseignez-vous pas a vous-meme [Rom. n, 21) ? »
k- « La voix de la tourterelle s'est fait entendre
dans notre terre. » Tant que les hommes n'ont
recu pour recompense du culte qu'ils remlaient a
Dieu, que la possession de la terre, de eette terre lVnouveiie
oil coulaient le lait et le miel, ils ne se sont point
trouves etrangers sur la terre, et n'ont point gemi
comme la tourterelle, au souvenir de leur patrie :
au contraire, abusant du lieu de leur exil, comme
si e'eut ete leur patrie, ils se sont adonnes a toute
sorte de voluptes et de debauches. C'est ainsi qu'il
s'est passe tant de temps sans que la voix de la
tourterelle se fit entendre dans notre terre. Mais
lorsque la promesse du royaume des cieux a ete
faite, alors les hommes ont reconnu qu'ils n'ont
pas ici une patrie permanente, et ils ont commence
a rechercher la patrie future avec ardeur. Et c'est
alors, pour la premiere fois, que la voix de la tour-
terelle s'est fait entendre clairement dans notre
terre. Car, quand une sainte "une soupirait apresla
presence de Jesus-Christ, soutfrait avec peine de
est parem esse hominibus : homo est. Inde terram nos-
tram vindicat sibi, sed quasi patriam, non quasi posses-
sionem. Quidni vindicet? Indc illi sponsa, inde subs-
tantia corporis : inde Sponstis ipse, inde duo incarne una.
Si caro una, eur non et patria una? Caelum cceli Domino,
inquit, terram aulem dedit filiis homniwn. Ergo ut tiling
hominis hceredifat terram, utdominus snbjicit, ut condi-
toradministrat, utsponsus oommunicat. Dicendo nempe,
in terra nostra, proprietatem profectoabnuH, societatem
non respuit. Et haec pro eo, quod Sponsus tarn benigno
usus est verbo, ut dignalus sit dicere, in terra nostra.
Nunc caetera videamus.
3. Vox turturis audita est in terra nostra. EL hoc in-
dicium est transacts hiemis, tempus nihilominus puta-
tionis adesse denuntians. Idjuxta litteram. Alias turturis
vox non dulce admodtim sonat, sed signal dulcia. Ipsa
avicula, si emis, non magni; si discutis, non parvi pretii
est. Et vox quidem gementi, quam canenti similior, pe-
regrinationis nostra? nos admonet. Illius doctoris liben-
ter audio vocem, qui non sibi plausum, sed mihi planctum
moveat. Vere turturem exhibes, si gemere doceas : et
si persuadere vis, gemendo id magis, quam declamando
studeas oportebit. Exemplum sane turn in aliis mullis, turn
vel maxime hocinnegotio,verboefficaciuse9t. Dabis voci
tuae vocem virtutis, siquodsuades, prins libi illud rogno-
sceris parsuasisse. Validioroperis, quam oris vox. Fac ul
loqueris, et non solum me facilius emendas, sed te quoque
non levi liberas probro. Non jam'pertinebil ad te, si quis
dicaf. Alligant onera ijravia et imporlabilia, et imponuni
a in humeros hominum, diyito autem sua nolunt en
movere. Sed neque illud verearis oportet : Tu qui alios
doces, teipsum non doces ?
i. Vox turturii audita est in terra nostra. Donee homi-
nes pro Dei cultu mercedem tantum in terra, et tantuni
terram acceperunl, illam utique lacleet melle manantem,
minime se cognoverunt peregrinos super lerram, nee
more turturis ingemuerunt veluti patriee reminiscentes :
magis autem pro patria exsilio abutentes, dederunt se
comedere pinguia, et bibere mulsuni. Ita tandiu non est
vox turturis audita in terra nostra. Ubi ergo regni ccelo-
rum promissio facta est, tunc intellexerur.t homines se
non habere hie civitatem manentem, sed futuram inqui-
rere tota aviditate cceperunt; et tunc primum manifestc
sonuit in terra vox turturis. Nam dum sancta quaeque
jam anima Christ! prascnliam suspiraret, regni dilationem
molesle ferret, desideratara patriam gemitibus et suspiriis
a longe salutaret : nonne tibi videtur vice fungi geme-
bunds ac castissimas turturis, qtuecunque anima in terris
fecisset? Extunc ergo et deinceps vox turturis audita est
in terra nostra. Quidni moveat mihi crebras lacrymas et
436
GEUVRES DE SAINT BERNARD.
voir la possession du royaume de Dieu retardee,
saluait do loin par ses gemissements et ses soupirs,
celte patrie taut desiree, ne vous senible-t-il pas
qu'elle etait comme une tourterelle chaste et gemis-
sante? C'est done a partir de ce moment, et depuis
lors, que la vu\\ de la tourterelle s'est fait entendre
dans autre terre. Comment l'absence de Jesus-
Christ ne me ferait-elle pas tous les jours repaudre -
des larmes, et pousserdes soupirs? Seigneur, vous
voyez oil tendenttous mes desirs, et le gemisse-
ment de mon Ime ue vous est point cache {Psal.
xxxvn, 10). Je n'ai fait que gemir, vous le savez
Seigneur, mais bienheureux celui qui peut dire :
« J'arroserai toutesles units mon lit de mes larmes,
je le percerai de mes pleurs {Psal. vi, 7). » Ce n'est
pas seulement moi quiconnais ces gemissements,
ce sont tous ceux qui aiment l'avenement du Sau-
veur. C'est d'ailleurs meme ce qu'il disait : « Les
enfants de l'Epoux peuveut-ils pleurer pendant que
l'Epoux est avec eux ? II arrivera un temps que
l'Epoux leur sera ote, et alors ils pleureront [Matth.
rx, 15). » Comme s'il eut dit : alors on entendra
la voix de la tourterelle.
5. Ce que vous disiez, mon doux Jesus, est bien
vrai ; ce temps-la est venu. Car la creature ge-
mit , et est comme dans le travail de l'enfantement,
en attendant la revelation de la gluire qui doit se
faire aux enfants de Dieu. Mais ce n'est pas elle
seulement qui gemit; nous gemissons aussi nous-
memes, en attendant l'adoption des enfants de Dieu,
et la redemption de notre corps, car nous savons
que tant que nous sommes dans ce corps, nous
sommes exiles de la presence du Seigneur. Et ces
gemissements ne sont pas inutiles, puisqu'on y re-
pond du ciel avec tant de bonte, car le Seigneur
dil : k A cause de la misfire deepauvreset desgemis-
sements de ceux qui sont dans l'oppression, je
vais me lever. » Cette voix gemissante se lit entendre
ainsi du temps des patriarcb.es, mais rarement, et
chacun d'eux retenait son gemissement an dedans
de soi. C'est ce qui faisait dire a I'un d'eux : «Mon
secret est pour moi; mon secrel est pour moi (Isa.
xxiv, 16) ; » et a un autre : « Mon geniissement ne
vous est point cache {Psal. xxxvu, 10). » ce qui fai-
sait bien voir qu'il etait cache, puisqu'il n "etait
connu quedc Dieu. C'est pourquoi on ne pouvait
pas dire alors : « La voix de la tourterelle s'est fait
entendre dans notre terre , » m que ce secret n'ap-
partenait qu'a pen de personnes, et n'etait pas en-
core divulgue parmi les homines. Mais depuis
qu'on a crie publiquement : « Cherchez les choses
du ciel on Jesus-Christ est assis a la droite de Dieu
(Coloss. m, 1), » le geniissement de la tourterelle a
commence a elre commun a tout le monde, tout le
monde ayant un meme sujet de gemir, parce que
tout le monde connaissait le Seigneur, suivant
cette parole de Jeremie : « Et tous me connaitront
depuis le plus petit jusqu'au plus grand, dit le Sei-
gneur (Jer. xxxi, 34). »
6. Mais si plusieurs gemissent, pourquoi n'est-il Pourquoi ;i
parle que d'un seul : « La voix de la tourterelle, » a'ett i;arl6
dit-il. Pourquoi ne dit-il pas, « des tourterelles? » tonrtirella
Peut-etre l'Apdtre resout-il cette difficulty, lors-
qu'il dit , « que le Saint-Esprit lui-meme prie
pour les saints par des gemissements ineffables
(Rom. vni, 26). » 11 en est, en elfet, ainsi ; il nous
le montre gemissant, parce que c'est lui qui fait
gemir. Et quel que soit le nombre de ceux que
vous entendez ainsi gemir, c'est la voix d'un seul
qui sort de la bouche d'eux tous. Pourquoi ne se-
gemilus quotidianos Christ! absentia? Domine, ante te
omne desiderium meum, et gemitus mens a te non est
absconditus. Laboravi in gemitu meo, tu seis, sed beatus
qnidicere potuit, Lavabo per singulas nodes ledum union,
lacrymis meis stratum meum rigabo. Non solum autem
niihi, sed et omnibus qui diligunt adventum ejus, gemi-
tus isti comperti sunt. Hoc quippe est quo J ipseaiebat :
Numquid possunt, inquit, filii sponsi lugere, quandiu
cum d/is est sponsus? Venieni autem d\ n, cum auferetur
ab eis Sponsus, et tunc lugebunt, acsi diceret : Et tunc
vox tuturis audielur.
5. Ita est, Jesu bone, venerunt dies illi. Nam ipsa cre-
atura ingemiscit et parturit usque adbuc, revelationem
filiorum Dei exspectans. Non solum autem ilia, sed et
nos ipsi intra nos gemimus, adoptionem filiorum Dei
exspectantes , redemptionem corporis nostri : hoc
scientes , quia quandiu suinus in corpore hoc, pcre-
grinamur a Domino. Nee vacui gemitus, qnibus e coelo
tarn misericorditer respondetur : Propter misericordiam
inopum etgemilum pauperum nunc exsurgam, dicit Do-
minus. Knit el in tempore Palrum vox ista gementium :
sed rara, et penes quemque suus gemitus. Uude et di-
cebat quis : Secretum meum mihi, secretum meum mihi.
Sed et qui aiebat, Gemitus metis a tenon eslabconditus,
profecto monstrabat abscondilum esse, qui soli Deo non
esset absconditus. Et ideo tunc dici non potuit, Voxtur-
luris audita est in terra nostra : quoniam secretum adhuc.
paucorum jam tunc in mullitudinem non oxivil. At ubi
palain claui.it u m est. Qucesursum suntquserHe, ubiGhristus
est in dextera !>■ sedens ■. ad omnesjamcGapitpertinere
gemitus iste turturcus, et una omnibus esse gemendi ratio,
quiaomnes sciebant Dominum, secundum quod in Je-
rcmia legilur : Et cognoscent me omnes u minima usque
ad maximum, dicit Dommus.
6. Cieterum si mulli gementes, quid sibi vult unius
expressio? Vox turturis, inquit. Qnare non turturum ?
Forte Apostolus id solvit, ubi ait, quia ipseSpiritus poa-
tulat pro Sanctis gemitibus incnarrabilibus. Ita est, ipse
inducitur gemens, qui gementes tacit. Et quamlibet multi
tint, quos ita gemere audias, uniusper omnium labia vox
sonat. Quidni illius, qui ipsain in ore singulorum pro
quorumque necessitatibus forma? Denique unicuiqur da-
iur mumfestatio Spiritus ad utddutem. Sua vox quem-
que manifestum facit, et prsesentem indicat. Et audi ex
Evangelio, quod vocem babeat Spiritus-Sanctus. Spirdus,
inquit, ubi vult spiral, et vocem ejus audis ; et ttescis
C1NQUANTE-NEUVIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
437
rait-ce pas sa voix, puisque c'est lui qui la forme
dans chaque fidele, pour demander a Dieu les cho-
ses dont il a besoin ? Car l'esprit est revele a chacun ,
selon ses besoins (1 Cot. xu, 7), orcbacunse fait
connaitre a sa voix, et temoigne par-la qu'il est
present. Ecoutez comment, selon l'Evangile, le saint
Esprit a line voix. « L'Esprit souffle oti il vent, et
vous entendez sa voix, sans savoir d'oii elle vient,
ni oil elle va (Joan, in, 8). » Mais le maitre mort
qui enseignait k des morts une lettre morte, ne le
savait pas. Quant a nous, nous le savons bien, nous
qui, transferees tie la mort a la vie, par l'Esprit vi-
vifiant, eprouvons par une experience certaine et
journaliere, qui est 1'effet de son illumination, que
nos vceux et nos gemissements viennent de lui, vont
a lui, et la trouvent misericorde devaut les yeux
ile Dieu. Car, quand est-ce que Dieu rendrait inutile
la voix deson Esprit. 11 sait ce que desire cet Es-
prit, parce qu'il nedemande a Dieu pour les saints
que des cboses qui sont conformes a sa volonte.
Tourquoi '• II n'y a Pas 1ue 'es gemissements qui rendent
offrait-on ]a tourlerelle reconimandable, sa chastete nous la
nne toune-
eiie dans les recommande egalement. C est a cause de cette vertu
unifications. q„.elle fut jugee une victime digne d'etre offerte
pour le Ills d'une vierge. Car l'Evangile porte :
« Une paire de tourterelles, ou deux petils d'une
colombe (Luc. n, 24). » Et quoique le Saint- Esprit
soit ordinairement designe par la colombe, nean-
nioins comme c'est un oiseau porte i l'impurete, il
n'etait pas a propos qu'il fut otfert pour le sacrifice
du Seigneur, si ce n'estdaus un age exempt de cette
passion : Mais l'age de la tourterelle n'est pas mar-
que, parce qu'elle est cbasle a quelque age que ce soit.
jatourterelle Car elle se contente d'un seul male, et quand elle
damnation 'a lK'ri'ui el'e n'L'u connait point d'autre, Mutuant,
les secondes par la, la pluralite des noces cbez les bommes. Car
quoique ce ne soit qu'une faute venielle , attendu
qu'elles sont un remede a l'incontinence, neanmoins
une si grande incontinence est bonteuse. JN'est-ce
pas une bonte que la raison ne puisse faire dans
1'bomme, en ce qui regarde l'honnetete, ce que la
nature fait dans un oiseau ? Ou voit, en effet, la
tourterelle, darts le temps de son veuvage, prali-
quer tous les exercices de cet etat saint avec une
vigilance et une ardeur infatigables. Vous la vo-
yez toujours solitaire ; vous l'entendez toujours ge-
mir ; et on ne la voit jamais se percber sur un ra-
meau vert, pour vous apprendre a fuir les plaisirs
de la volupte comme une peste. Ajoutez a cela
qu'elle demeure le plus souvent sur le sommet des
montagnes, et sur le faite des arbres, pour nous ap-
prendre a mepriser les cboses de la terre et a aimer
les cboses du ciel, ce qui convient particulierement
a l'etat de la chastete.
8. D'ou Ton peut conclure que la voix de la tour-
terelle est aussi une exhortation k la purete. Car
cette voix ne s'est point fait entendre d'abord sur la
terre. On y entendit plutot celle-ci : « Croissez et
multipliez et remplissez la terre [Gen. i, 28). »
C'eut ete sans doute en vain que cette voix
de la cbastete eut raisonne, lorsque la patrie
ties ressuscites n'etait pas encore decouverte, cette
patrie ou les bommes ne se marieront point, mais
seront comme les anges de Dieu dans le ciel. Etait-ce , ,
° Le temps de
le temps de faire entendre cette voix, lorsque toute • la loi
femme sterile dans le peuple juif etait maudite, taanitpa"peroIpre
lorsque les patriarches meme avaient plusieurs & >» pr/dica-
x A r tion de la
fenimes en meme temps, lorsque la loi comman- continence,
dait a un frere de faire revivre la semence de son
frere mort sans enfant, en epousant sa veuve ? Mais,
depuis que la louange des eunuques, qui se sont
mutiles pour le royaume Dieu, est sortie de la bou-
unchveniat,aut quo vadat. Etsiille nesciebat, qui litteram
occidentem doccbat mortuos niiigister mortuus; nos sci-
amus, qui translati de raorle ad vitam per vtvificantem
Spiritual, certo et quotidiano experimento, ipso nos illu-
niinaute, probanius vota et gemitus nostros ;ib ipso venire,
et ad cum ire, illicque invenire misericordiam in oculis
Dei. Quando enim sui Spiritus vocem irritam I'accret
Deus? At ipse soil quid desideret Spiritus, qtiia secun-
dum Deum postulat pro Sanctis.
7. Nee soli coramendant turtnremgemilus : commen-
dat elcastitas. Hujus denique merito digna fuit dari
hostia pro virgineo partu. Sic quippe babes : Par turlu-
i-uiii, aut duns pullos columbarum. Et licet alias
quidem per columbam Spiritus-Sanctus soleat designari ;
quia tamen libidinosa avis est, noa dec.uit ofTerri earn
in sacrificium IlDmini, nisi ea sane aetate, qua nesciret
libidinem. At lurturis non designator a>tas, quoniam
agnuscitur caslilas in quacumque ;etatc. Denique compare
uno contenta est, quo amisso alteram jam non admittit,
numcrositatem in hominibtis nuptiaram redarguens.
Nam clsi forsitan culpa propter incontiiientiam venialis
est ; ipsa tamen tanta incontinentia turpis esl. Pudet ad
negotium honestatis rationem non posse in homine
quod natura possit in volucre. Cernere enim est turtu-
rem tempore suae viduitatis, sanctee viduitatis opus stre-
nue atque infatigabiliter exsequentem. Videas ubique
singularem, ubique gementem audias ; nee unquam in
viridi ramo residentem prospicies : ut tu ab eo disca
voliiptatum virentia virulenla vitare. Adde quod in
jugis montium et in summitatibus arborum frequen-
tior illi conversatio est : ut, quod vel maxime propositum
pudieUiae decet, doceat nos terrena despicere, et amare
ccelestia.
8. Ex quibus colligitur, quod vox sit turturis etiam
praadicatio castitatis. Neque enim a principio vox ista
in terris audita fuit, sed magis ilia : Crescite, et mul-
tiplicamini, et replete terram. Incassum profecto vox
ilia pudicitiae sonuisset, necdum propalata resurgenlium
patria : in qua longe felieius homines neque nubent,
neque nubentur, sed sunt sic.ut angeli Dei in coelis.
Tune voci illi (empus fuisse tunc dicas, cum maledicto
omnis subjacebat sterilis in Israel, cum patriarchae ipsi
plurcs simul babebant uxores, cum frater fratris absque
liberis defuncti semen suscilare ex lege compellebalur !
438
(H-TVKKS OK SAIM ISEHNAItH.
La foi vieot
de l'oui •
la conGrma-
tin de la
foi vieot de
It Mir'.
che de la celeste tourterelle {Malth. xix, 12), et que
le conseil qu'une autre chaste tourterelle a donne
touchant les Biles .1 ete suivi partout , alors on a
commence a pouvoirdiro v6ritablement : « la voix
de la tourterelle s'est fait entendre Jans noire
terre. »
9. Puisque les Hems out paru dans noire terre,
et que la voix de la tourterelle y a ete entendue, la
rente sansdflute a ti& dfecouverte, et par la vue, et
par l'oule. Car la voix s'eatend, et les Qeurs se
voient. Les Qeurs, ce sont les miracles, conune
nous l'avons explique plus haut, et, en se joign ml
a la voix, elles produisent les fruits de la foi. Car,
bien que la foi vienne de l'ouie, la confirmation de
la foi vient de la vue. La voix a retenli, les ileurs
ont briile, et la verite a germe de la terre, la pa-
role et les miracles concour.mt ensemble par la con-
fession des i'nieles, pour servir .le temoignage a la
foi. C'est uu temoignage facile a accepter, quand la
Beur atteste la verite de la voix et de la parole, et
que la vue seeonde l'ouie. Les choses qu'on voit
confirnient celles qu'on entend, et le temoignage
de deux, c'est-a-dire de l'oreille et de l'ceil, persuade
la verite de ce qu'il rapporte. Voila pourquoi le
Seigneur disait, en parlant aux disciples de saint
Jean : « Allez, rapportez a Jean ce que vous avez
entendu et vu. » II ne pouvait leur marquer la
certitude de la foi dune maniere plus courte ni
plus claire ; la meme certitude de la foi a ete per-
suadee a toute la terre en aussi peu de mots, et
par le meme raisonnement. Prechez « les choses
que vous avez eiitendues et vues. » 0 parole courte,
mais neanmoins vive et eflkace ! Je ne fais point
difliculte d' assurer ce que j'ai appris par mes oreif.es
et par mes yeux. line trompette salutaire Sonne, les
miracles brillent, et le monde croit. On persuade
aisemenl ce qu'on 'lit, lorsqu'on le prouve par des
prodiges surprenants. Or, nous lisons que les « apo-
tres, etanl sortisde Jerusalem, precherent partout,
le Seigneur coopSrant a leurs paroles, et les confir*
mant par des miracles [Matth. xvi, 20). » Nous li- Esemples de
sons qu'il fut transfigure sur le Thabor, au sein t1i*JfredlCdYs
d'une merveilleiise clarte, et que, neanmoins, une miracles de
, . , . 1 1 - 1 ,' • !*elab!isse-
voix celeste ae laissa pas de lm rendre temoignage. ment Ae i»
Nous voyons encore sur le bord du Jourdain une foi •
colombe qui le designe, et une voix qui atteste sa
iliwnile. Ainsi, la misericorde de Dieu fait toujours
concourir egalement ces deux choses, la voix et le
signe, pour introduire la foi, atin que, par cesdeux
sens, comrae par deux fen&tres ouvertes, il se fasse
dans l'ame uue large voie a la clarte.
10. 11 y a ensuite : a Le iiguier a pousse ses
boutons a tigues. » N'en mangeons pas, car ce ne
sont pas des figues mures. Elles ont l'apparence
de bonnes figues, mais elles n'en out pas le gout.
En quoi elles figurent peut-etre les hypocrites.
Neanmoins, ne les rejetons pas, car nous en aurons
peut-etre besoin une autre fois. Elles tomberont
assez lot d'elles-memes avant le temps, eomrne le
chaume dont on couvre les maisons, qui est sec
avant qu'on le coupe, ce qui, je crois, a ete dit des
hypocrites. Ce n'est pourlant pas sans sujet qu'il en
est fait mention dans ce chant nuptial. Elles ne
serviront pas, sans doute, a manger; mais du
inoins elles aurout un autre usage. Dans les noces,
on a besoin de bien d'autres choses que de vivres.
Quoi qu'il en soit, je crois que je ne les dois point
passer legerement, et qu'il est a propos de remettre
At ubi iiisomiit ex ore ccelestis turturis commeudatio
ilia spadonum, qui se castraverunt propter regnum Dei;
et item alteiius cujusdam castissiraae turturis conci-
lium de virginibus ubique invuluit ; tunc primum dici
veraciter potuit, quia vox turturis audita est in terra
nostra.
9. Ergo si in terra nostra et llores apparuerunt, ct
vox turturis audita est; profectu et visus Veritas comperta
est, et audita. Vox quippe audilur, flos cernitur. Flos
miraculum est, ut nostra superior iulerpretatio habet,
quod voci accedens fructum parturit fidei. Etsi fides ex
auditu, sed ex visu conlirmatio est. Sonuit vox, splenduit
flos, et Veritas de terra orta est per fideliuui coufessio-
nem, verbo signoque puriter coneurrentibus in testimo-
nium fidei. Testimonia isla crcdibilia facta sunt minis,
dum flos voci, auri oculus attestatur. Audita visa cun-
flrmant, ut duoruni testimonium (auiis loquor et oculi)
latum sit. Proplcrca Dominus aiebal ; lie, renuntiate
Joanni (ejus nempe discipulis luijuebatur) qua- audistis
et villi tit. Nee lirevius illis, nee planius intimari (idei
valuit certitude Eadem sane in brevi eliam universae
terra , acta est, et eodem argumenti compen-
dio. Quae audistii, inquit, et vidistis. (J verbum abbre-
viatuin, attamen vivum et efficux ! Haud dubius
profecto assero, quod auribus oculisque percepi. Inlo-
nat tuba salutaris, coruscant miracula, et mundus credit.
Cito persuadetur quod dicitur, dum quod stupetur,
ostenditar. Habes autem, quia profecti apostoli prasdi-
caverunt ubique, Domino cooperante, et sermonem
ro/t/iri/iunte seguentibus signis. Habes in monte stupenda
claritate traosfiguratum, et nibilominus snperna testi-
licatuni voce. Habes in Jordane similiter et columliam
designaiiteiu, et voccm testificantem. Ita liajc duo ubi-
i[ue pariter, vox el signunj, ad introducendam fi-
dem ex divina largilate concurrunt : ut latus ad ani-
mam per ulrasquc fenctras ingressus pateat veritati.
10. Sequitur : Ficus protulii grosses sues. Non
comedanvis ex eis : nee enim esui habiles sunt ob im-
matuiitatem sui. Bonarum Gcuum habent speciem, sed
similitudinem, nun saporem, forte hypocritas designan-
tes. Non abjiciamus tamen, alias forsitan liis opus liabe-
binius. Alioquin satis per seipsos leviter, et ante tempus
cadent, sicut fumum tectorum, quod priusquam evella-
tur exaruit : quod ego de hypocritis dictum reor. Non
sino causa tamen in carmine nuptiali eorura menlio
facia est. Erunl sine dubio, etsi non esui , usui
qualicunque. Malta in nnpiiis pi-.eicr dapes necessarie
procurantur. Egovero istudadeo minime prxtcreundum
exislimo, ill quidquid illud est, inter anguslias exlreini-
tatum sennonis I111J119 discutere nolim : sed differo in
SOIXAHTIEMB SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
as9
ue que nous avons a en dire a une autre fois, et
pour une heure plus commode, de peur de trop
presser cette matiere. Je vous laisse a juger si c'est
avec raison que je le fais; tachez seulement, par
yos prieres, d'obtenir de Dieu pour moi que j'expli-
que avec facilite ce que j'en pense, pour votre
pdification et pour la louange et la gloire de l'epoux
de l'Eglise, Jesus-Christ Notre-Seigneur, qui etant
Dieu par dessus tout, est beni dans tous les siecles
des siecles. Ainsi soit-il.
SECMON LX.
Incredulite des Juifs qui mirent le coinble la
mesure de leurs peres en tuant le Christ.
1. « Le liguier a portii ses boulons a figues [Cant.
ii, 13)). » Ces mots se rapportent a ce qui precede.
L'Epoux avail dit que le temps de tailler la vigne
etait venu, et le montrait par les tleurs qui
commencaient deja a, paraitre, et par la voix de la
tourterelle qu'on avait entendue. 11 le prouve en-
core par la produclion des boutons a Agues ; parce
que l'amvee du printemps ne se reconnait pas seu-
lement aux fleurs, ou a la voix de la tourterelle, mais
imt litteral encore Pai' lesfruitsdu liguier. Car la saison n'est ja-
mais plusbelle, que lorsque le liguier produit ses bou-
tons a figues. Le liguier n'a point de tleurs, au lieu
de fleurs il pousse des boutons a figues, lorsque les
autres arbres lleurissent. Et comme les tleurs j>a-
raisseDt et passent aussitdt, n'etant propres a rien,
sinon a marquer les fruits qui doivent les suivre,
ainsi les boutons a (igues se montrent pendant
quelque temps, tombent avant d'etre murs, et font
place aux bonnes tigues, mais ne sont pas bons a man-
ger eux-menies. C'est done par la, comme j'ai dit,
que l'Epoux connait quelle est la saison, et qu'il le
fait connaitre a l'Epouse, alin qu'elle ne soit point
paresseuse a aller aux vignes parce que ce qui se
fait en son temps n'est jamais perdu. Voila pour ce
qui concerne le sens litteral.
2. Mais quel est le sens spirituel. 11 ne faut pas Le fig"1"
. , „ . . , , ,., . represeote la
voir ici le liguier, mais le peuple qu il represente. peuple.
Car Dieu prend soin des bommes, non pas des ar-
bres. Le peuple est unvrai liguier, fragile a cause de
la chair, petit de sens et d'in'telligence, bas d'es-
prit, et ses premiers fruits sont grossiers et terres-
tres. Car ce n'est pas l'etude du peuple, de cher-
cher premierement, le royaume de Dieu et sa jus-
tice (Matth. vi, 33), mais plutot, comme dit l'Apo-
tre, de penser aux choses du monde, de chercher
pour les hommes, comment plaire a leurs femmes,
ou pour les femmes, comment se rendre agrea-
bles a leurs maris (I Cor. vu, 33). Les personnesde
cette sorte souffriront des afflictions en la chair,
mais nous ne nions pas, qu'a la fin, elles aequierent
les fruits de la foi, si elles se coufessent et se re-
pentent sincerement de leurs fautes, et surtout
si elles rachettent lesceuvres de la chair, par les au-
mones ? Les premiers fruits que produisent ces per-
sonnes ne sont done pas proprement des fruits,
non plus que les boutons a figues que portent
les Dguiers. Mais si ensuite elles font de dignes
fruits de penitence , car ce qui est animal '
doit preceder ce qui est spirituel (Cor. xv, 46),
on leur dira : « Quel est ce fruit que vous avez
porte autrefois et dont vous rougissez maiutenant
(Rom. vi, 21) ?»
3. Neanmoins, je ne crois pas qu'on doive enten-
dre ce passage, de toutes sortes de peuples, mais de
diem alteram, et horam liberidrem. An vero necessarie
vobis tunc experiri licebit : tantum mihi opportunita-
tem facultatemque obtineant vota vestra ad proferendum
quod sentio, in vestram ipsorum a-dificationem , in
laudem et gloriam sponsi Ecclesia? Jesu-Christi Do-
mini, qui est super omnia Deus benedictus in saecula.
Amen.
SERMO LX.
De incredulrtate Judceorum, qua compleverunt mensuram
patrum suorum, occidendo Christum.
I. Ficut protuht grossos suos. Ex superioribus pendet
prsesens locus. Dixerat enim tempus putationis venisse,
lam ex flonbus qui jam apparebant, quam ex audita
turturis voce hoc assei'ens. Idipsum adhuc ex grossorum
productione affirmat : quia non solum ex floribus et
voce turturis experimentum capitur lemporis ; capitur
el ex ficu. Non enim non est acr indulgentior tunc,
cum ficus grossos suos protulerit. Picas llores non
habel, sod pro floribus grossos ruittit tempore quo cae-
ters arbores florent. Et quomodo llores apparent et
et transeunt, ad nihil utiles, nisi quod secuturi fructus
quidam pr»nunlii sunt : ita et grossi. Oriuntur, sed
immature cadunt, et dant locum maturandis, ipsi mi-
nime habiles ad vescendum. Et hinc ergo, ut dixi,
sumit Sponsus experimentum temporis, et argumentum
suasionis, ut non pigritetur pergere Sponsa ad vineas.
quia non perit opera, qua? tempestiva venit. Et liltera
quidem sic.
2. Quid vero spiritus ? ut plane hoc loco non ficum
intueamur, sed populum j nempe de hominibus cura est
Deo, non de arboribus. Vere ficus est populus, fragilis
carne, parvulus sensu, animo humilis, cujus primi fruc-
tus (ut interim nomini alludamus) grossi ulique et
terreni. Nee enim popularis est studii primum quaerere
regnum Dei et justitiam ejus, sed, ut ait Apostolus,
cogitare quae mundi sunt, quomodo placeant uxoribus,
vel illae viris. Tribulalionem carnis habebunt hujusmodi
sed in novissimis non negamus eos fructus fidei assecu-
turos, si bonam habuerint novissimam confessionem,
maximeque si carnis opera eleemosynis redemerinl.
Ergo primi plebium fructus, nee fructus sunt, non magis
quam ficuum grossi. Denique si clignos postmodum fructus
pcenitentiaefecerint, (non enim prius quod spirituale est,
sed quod animale) diceturillis : Quern fructum habuistis
tunc in quibus nunc erubescitis ?
n. Ego tamen hoc loco non quemvis populum inter-
UliO
OEUVRES DK SAINT RERNAItn.
celui qui y est exprime. Car l'Ecriture ne dit pas dansl'eeorce delalattre, ct son culte dam la sang
les figuiers an pluriel, mais an singulier. a Le des boles el des animaux.
Bguier a produit ses boutons & figues ;» etselon ma h. Mais on me dira peut-etre, si ce peuple n'a
pensee, ce peuple est le peuple juif. Bneffet, com- jamais cesse de produire des boutons a tigues,
bien le Sauveur, dans I'Evangile, propose-t-il de le temps de t aider la vigne, est done venu quel-
paraboles semblables a celle-ci, a son sujet ? Par quefoU pour lui, puisque nous avons dit qu'on la
exeuiple :« Un homme avait un figuier plant* dans taille lorsque lesfiguiers poussent leurs boutons
saYigne(Lue.xni, 6). » lit: « Voyez le figuier, ettous a tigues : aullement ; ear nous :lisons que les fem-
les autres arbres ( Lu. xzi, 19), » en parlant a Na- mes son! meres, non lorsqu'elles sont en travail
thanael, il dit encore :« je vous ai vu lorsque vous d'enfant, mais lorsqu'elles sont accouchees. Nous
etiez sous le figuier [Joan. 1, 48). » 11 maudit disons de meme que les arbres ont produit leurs
encore le figuier, parce qu'il a'avait point trouve fleurs, non lorsqu'ils commencent a fleurir, mais
de fruits dessus [Marc, si, 12). Ainsi ce peuple est au contraire lorsqu'ils se defleurissent. U en est de
vraimeut un figuier, puisque bien qu'il soit sorti meme ici, on dit que le figuier a produit ses faus-
de la racine des patriarches, qui etail bonne, ses figues, non lorsqu'il en a produit quelques-unes,
U ne s'est pourtant jamais eleve en haut, atoujours mais lorsqu'il les a toutes produites, e'est-a-dire
voulu ramper a terre, et n'a point repondua I'ex- lorsqu'il n'en produit plus. Si vous me demaadez
celience de sa racine, nipar la grandeur de ses quand cela est arrive a ce peuple? C'est, vous Ji-
rameaux, ni par la beaute de ses tleurs, ni par la rai-je, lorsqu'il a tue Jesus-Christ. Car c'est alors
fecondite de ses fruits. Arbre manque, arbre lor- que sa malicea ete consonimee, selon que lui-meme
tueux, et noueux, tu n'as guire de rapport avee ta le lui avail predit, en disanl : u Comblez la mesure
racine, car tu viens d'uue racine sainte. Que de vos peres [Malik, xx.u, 31). » D'ou vient qu'etant
Bnualfcrett parait-il dans tes branches qui soit digne d'elle ? pres de rendre l'esprit sur la croix, il s'ecria :
dU3ui'f!'e « Le liguier, dit l'Epoux, a pousse ses boutons a « Tout est consomme [Joan, xix, 30) .» 0 quelle
figues. » Ce n'est pas de ta noble racine que tu les consummation a donne a ses boutons a lignes, ce
lirts maudite erigeance. Ce qui se trouve en elle, liguier maudit et condamne a une sterilite perpe-
vient du Saint-Esprit, et, artant est delicat et tuelle ! 0 que ses derniers fruits sont bien plus
agreable. Oil as-tu pris ces Dgues grossieres? Et mauvais que les premiers ! D'abord, ils etaient seu-
en effet, qu'y a-t-il qui ne soit pas grossier dans lenient imitiles, mais maintenant ils sont perni-
ce peuple, soit que Ton considere ses actions ou cieux et enipoisonnes. 0 naturel barbare et grossier,
ses inclinations, son intelligence, ou les ceremonies naturel de vipere, .de hail' un homme qui guerit les
du culte qu'il rendait a Dieu? Car ses actions corps des homines, et leurs amos ! 0 intelligence
etaient toutes pour la guerre, son inclination ne se grossiere, intelligence de bceuf, que den'avoir pas
portait qu'a amasser du bien, son intelligence etait reconnu Dieu dans les ouvrages uiemes de Dieu !
pretari libernm puto : unus signanter exprimitur. Ne-
quc enim, protulerunt, dixit, quasi du pluribus, sed
quasi de una, protulit, inqnit, ficus grossos suos, el, ut
sentio ego, qua; est plebs Judsorum. Quanta i» banc
Salvator parabolice in Evangelio loqui videtur 1 ut est
illud. Arborern fid liabebal quidam plantatam in vinea
sua, etc. Item, Videte ficutneam et omnes arbores. El
Nathanaeli dictum est : <"um esses sub /Sou, vidi ie. Et
riirsum maledicil llculneas, pro eo quod non invenit in
ca Iructum. Bene Bcus, qua bona lioel patriarcharum
radice prodieril, niuiqnain tamen in alluin proticere,
nunquam sc hunio attollere voluit, nunquam res-
pondere radici proceritate ramorunj,generositate florum
fa'cunditale frucluum. Male prorsus tibi cum tua radice
convenit, arbor pasilla, torluosa, nodosa. Radix enim
eta. Quid ea dignum tuis apparel in ramis ? Ficus,
inquit, protulit grossoi suos. Non bos nobili a radice
Iraxisti, semen nequam. Quod in ea est, de Spiritu-
Sancto est ; ac per hoc subtile tolum ac suave. Tilii
unde higrossi? Et vere quid <non grossum in gentc
ilia? Nee actus profecto, nee alTectus, nee intallectus,
ed nee ritus, quern in colendo Deum babuit. Nam ac-
tus hi bellis, atTectus in Uteris lulus rial, intellectus in
itudine lillcra?, cultus in sanguine pecudum et ar-
raenturum.
4. At dioit aliquis : Cum isliusmodi grossos non ali-
quando prol'errc gens ilia cessaverit, ergo non aliquando
lempus putationis non cxslilil, quia iiniim utrique rei
tempus exsistere perbibetur. Non ila est. Dicimus niu-
lieres lilios procreasse, non oum parturiuut, sed com
jam pepererunt. Dicimus et arbores edidisse lions suos,
non cum ccepeiint Uorere, sed polius cum desierinl.
Ila bic quoque dictum est, quia ficus protulit grossos
suos, non cum aliquos edidil, sed cum lotos, id est,
cum ad linein pcrvenit edilio. Quseris quo tempore is-
liusmodi conplemcnlum illipopulo accidit ! Ciim Chris-
tum occidit, tunc complcla csl malilia (jus, juxta quod
ijise eis prsedixerat : Implete mensuram patrum uestro-
rum. Undo in palibulo Iraditurus jam spirilum, con.ium-
matum est, inquit. 0 qualem consummationem dedit
grossis suis (icus haee maiediota, et subinde asterha
aiidilalc damnala ! 0 quam sunt novissimi pejores prio-
ribus ! Incipiens ab inulilibus, ad perniciosOB pcrvenit
et vencnalos. 0 grossum vipereumque affectum, odire
hominem qui hominum el corpora sanai, et animas
sal vat! t) nihiloaiinus intcllcclum grossum el certe
boviuum, qui Ueum non inlellexerunt nee in operibns
Dei !
5. Nimium me fortasse queratur in sui suggillatione
Judaius, qui intellectum illius dico bovinum. Sed legal
SOIXANTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
khi
Slnpldite
des Juifs.
5. Peut-etre le Juif se plaindra-t-il comme d'une
injure atroce, de ce que je compare son intelli-
gence a celle d'un bceuf. Mais qu'il lise Isaie, et il
trouvera qu'il en a encore moins qu'un bceuf. « Un
bceuf, dit ce prophete, connait celui a qui il appar-
tient, et un ane connait l'etablede son maitre, m.iis
Israel ne m'a point connu, mon peuple n'a point eu
d'intelligence (Isa. 1, 3).» Vois-tu, 6 juif que je suis
plus doux pour toi que ton Prophete meme? je t'ai
compare aux betes brutes, et lui te met au dessous
d'elles, ou plutot cen'est pas en son nom, mais au
nom de Dieu, que le Prophete dit cela, car Dieu
meme crie par ses ceuvres, qu'il est Dieu. « Si
vous ne me croyez, dit-il, croyez a mes ceuvres, et
si je ne fais les ceuvres de mon Pere, ne me croyez
point (Joan, x, 33). » Cependant cela ne le reveille
point encore, et ne lui ouvre pas les yeux ; ni la
fuite des demons, ni l'obeissance des elements, ni
la vie rendue aux morts, n'a pu le delivrer de cette
stupidite plus que bestiale, qui a ete causeque, par
un aveuglement egalement merveilleux et deplo-
rable, il est tombe dans un crime si horrible, et si
enorme, que de porter des mains sacrileges sur le
Comment les Seigneur de majeste. On a done pu dire que « lc
tonibesXL fiomer a produit ses boutous a Agues, « depuis que
les ceremonies legales de ce peuple ont commence
a prendre fin, el que les vieilles choses selon une
ancienne prophetie, ont ete remplacees par de nou-
▼elle (Len7. xxiv, 1), » de la meme maniere que les
fausses Agues tombent et font place aux bonnes
qui viennent apres. Tant que le figuier, dit l'Epoux,
n'a point cesse de produire ses Agues, je ne vous
ai point appelee, 6 mon Epouse, parce que je savais
qu'il n'en pouvait pas produire de bonnes en
meme temps. Mais maintenant que celles qui de-
li fait
Implication
nn crime
auEsi grand.
vaient venir auparavant sont venues, je ne vous in-
vite point hors de saison, puisque les fruits qui sont
bons et salutaires s'approchent, et vont succeder a
ceaz qui sont inutiles.
6. « Car les vignes, en fleurs, continue-t-il, Les serpents
repandent une odeur agreable, » ce qui est nseupPpoVter
aussi une marque que le fruit va venir bientot. l'odenr de 1»
Cette odeur chasse les serpents. On dit que lorsque fleur.
les vignes sont en fieurs, toutes les betes venimeu-
ses s'eloigneDt, elles ne peuvent souffrir l'odeur de
ces fieurs nouvelles. Je desire que nos novices
ecoutent particulierement ceei, et qu'ils en tirent un de "ce pheno
sujet de conAance, en se demandant quel esprit ils """o"^*.1
ont recu, puisque les demons n'en sauraient meme
soutfiir les premieres approches. Si la ferveur des no-
vices acette force dans son commencement, que sera-t-
elle dans sa perfection? Quel'onjuge du fruit parla
fleur, et de la vertu de sa saveur par celle de son
odeur. « I.es vignes en fleurs ont repandu une
odeur agreable. » II en a ete ainsi dans le commen-
cement. A la predication de la grace nouvelle de
Jesus-Christ, il se faisait uu renouvellement de vie
en ceux qui croyaient, et qui, en vivant bien parmi
les Gentils, etaient en tout lieu la bonne odeur de
Jesus-Christ (II Cor. n, 15). Cette bonne odeur,
e'etait le temoignage qui leur etait rendu, et qui
nait des bonnes ceuvres, comme l'odeur nait des
fleurs, comme les ames fideles dans le commence-
ment de la foi naissante, telles que des vignes spiri-
tuelles remplies de fieurs et exhalant une odeur
agreable, recevaient temoignage de ceux memes
qui n'etaient pas de leur religion ; je crois qu'il est
assez vraisemblable que e'est d'elles que l'Epoux
parlait, quand il disait que les vignes en fleurs re-
pandaient une douce odeur. Pourquoi? parce que
in Isaia, et plus quam bovinum audiet. Cognovit, in-
quit, bos possesorem suum, el annus priesepe domini
sui : Israel non cognovit me, populus mem non intel-
lexit. Vides me, Judaee, mitiorem (ibi Propheta tuo.
Ego te comparavi juinentis, file subjicit. Quanquam in
sua persona Propheta non dixit hoc, sed in Dei, qui
Deum se et ipsis operibus clamat : Et si mihi, inquit,
non creditis, operibus credite : et si non fucio opera Pa-
tris mei, nolite credere ; nee si tamen evigilant ad in-
telligendum. Non fuga daemonum, non obedienlia
elcmentorum, non vita mortuorum, bestialem hanc, et
plus quam bestialem hebetudinem ab eis depellere qui-
vit •. de qua non minus mirabili, quam miserabili
cascilate factum est, ut in illud tarn horrendum, tamque
enormiter gressum facinus proruerint, Domino majesta-
tis injicienles manus sacrilegas. Extunc itaque- dici
potui, quia ficus protulit grossos suos, cum jam videli-
cet legitima illius populi esse cceperunt quasi in exitu
super summum : ut novis, juxta veterem propheliam,
aupcrvenientibus Vetera projicerentur. Non aliler sane
quam quomodo grossi cadunt, et cedunt suborientibus
flenbus bonis. Quandiu, inquit, non cessavit ficus pro-
ducere grossos suos, non te vocavi, o Sponsa, sciens
non posse una prodire optimas ficus. Nunc aulem pro-
duclis qui prius producendi erant, non jam intempestive
te invito, cum boni ac salutares fructus in proximo esse
noscantur inutiles expuncluri.
6. Nam trinece, inquit florentes odorem dederunt, quod
nihilominus appropinquantis fruclus indicium est. Hie
odor serpentes fugat. Aiunt fiorescentibus vineis omne
reptile venenatum cedere loco, nee ullatenus novorum
ferre odorem florum, Quodvolo atlendant novitii nostri,
et fiducialiter agant, cogitantes qualem spiritum accepe-
runt, cujus primitias damones non sustinent. Si sic
novitius I'ervor, quid erit absolutaperleclio ? Perpendan-
tur ex fiore fruclus, et saporis virtus ex vi aestimetur
odoris. Yineie florentes odorem dederuut. Et in princi-
pio quidem sic fuit. Ad praedicationem nova? gratiae se-
cuta est novitas vita? in his qui crediderant, qui conver-
sationem suam inter gentes habentes bonam, Chrisli
erant bonus odor in omni loco. Odor bonus, testimonium
bonum. Hoc de bono opere, tanquam de llore odor pro-
cedit. Et quoniam tali flore et tali odore inlerprimordia
nascentis Fidei fideles anima?, veluti quajdam spirilua-
les vineae, referlae apparuerunt, habentes testimonium
bonum et ab his qui foris eranl ; non incongrue, nt
opinor, de ipsis dictum sentimus, quia tines? florentes
odorem dederunt. Ad quid? ut eo sane prevoeafi etiae
,/li
fT.rVRES DE SAINT KERNARO.
ceux qui ne croyaient pas encore, se sentant attires
par la a la foi, glorifiaieni Dieu en voyant leurs
bonnes oeuv rt-s. el que cette odeur commencail a
leur etre une odeur de vie pour la vie. Ce n'est
done pas sans raison qa'il est dit de ceux qui n'ont
point cherche leur propre gloire, mais le salul de
leur prochain par la bonne opinion qu'ils lui don-
naient de leur vertu, ont repandu une douce odeur.
Car lis pouvaient, a l'exemple de plusieurs, se ser-
vir de la piete dune maniere profane, pour satis-
faire leur vanite ou leur avarice. Mais ce n'eut pas
tie repandre l'odeur, mais la rendre, ce qu'ils
n'avaient garde de fa ire, puisque toutes leurs ac-
tions n'avaient pour but que la charite.
Le fruit de '• ^a's s' 'es vignes sont les auies, la tleur, les
i» ufae bonnes oeuvres, et l'odeur, l'opinion avantageuse
msrijrc. qu'on donne de soi, qu'est-ee que le fruit de la vi-
gne? Cest le martyre, oui, le sang dumartyre est
vraiinent le fruit de la vigne : « l.orsqxie Dieu, dit le
Prophete (Psal. cxxvi, It), aura fail reposer en pais
ceux qu'il aiuie, l'heritage du Seigneur s'augmen-
tera par le nombre de ceux qui se convertiront, et
qui seront comme leurs enfants, et le fruit de leurs
entrailles : » J'allais dire le fruit de la vigne. 1'our-
iruoi n'appellerons-uous pas sang de la vigne, le
sang de l'innocent et de l'hoinme juste, ce divin jus
rouge et precieux de la vigne deSorecb, sorti comme
du pressoir des souffrances? Car la niort des saints
du Seigneur est precieuse a ses yeux; mais en voila
assez pour l'explicatiou de ces paroles : « Les vignes
en fleurs ont repandu une bonne odeur. »
8. Cest la le sens de ce passage, si on veut le
rapporter au temps de la grace. Mais, si on aime
mieux l'eutendre de celui des patriarcbes, car la
vigne du Seigneur des armees est la maison d'ls-
rael. void comment on pent l'expliquer. Les pro-
phetes i't les partriarcb.es out senti, comme une Sens attego-
excellente odeur, que Jesus-Christ devait naltre et r,iue'''" "
mourir, mais ils n'ont point repandu alors cette ChrUt.
odeur, parce qu'ils n'ont pas montre dans la chair
celui qu'ils pressentaient en esprit devoir en clre
revetu un jour, lis n'ont pas repandu leur odeur,
ni divulgue leur secret, ils ont attendu qu'il se re-
vel it dans son temps. En effet, qui aurait pu eom-
prendre la sagesse cachee alors dans ce mystere,
e, mi qu'elle cut pris uu corps? Voila comment il se
fait que les vignes n'ont point alors repandu leur
odeur. lilies en ont repandu plus tard, lorsque,
dans la suite des generations, elles ont donne au
nionde Jesus-Christ, ne d'elles selon la chair, par le
moyen dune Vierge mere. Ce fut alors, dis-je, que
ces vignes spirituelles repundaient leur odeur, ce
I u t alors que labonte etlaclemencedenotre Sauveur
se montrerent aux bommes (Tit. in, Zi), et que le
monde eommenea ajouir de la presence de celui
que peu de personnes avaient pressenti lorsqu'il
etait absent. Ce saint homme, par exemple, qui, en
touchant Jacob, sentait Jesus-Christ et s'ecriait :
« Voici l'odeur de mon Ills, semblable a celle d'un
champ plein de tleurs que le Seigneur a beni
(Gen. ixvu, 27) : » en s'exprimant ainsi, gardail
ses delices pour lui, et ne les communiquait a per-
sonne. « Mais lorsque la plenitude du temps est ar-
rivee, anquel Dieu a euvoye son Fils, ne d'une
femme, ne sous la loi, aQn qu'il rachetit ceux qui
etaient sous la loi (Gal. iv, U) ; » e'est alors que cette
odeur qui etait en lui, se repandit de toutes parts,
en sorte quel'Eglise, la sentant des extremites de la
qni nee dum crediderant, ex bonis operibus illos consi-
deranles, glorilicarent et ipsi Deum, atque ita eis
odor vitae ad vitaul esse inciperet. Idcirco ergo dedisse
odorem non immerito referunlur, qui non suain gloiiam
sed aliorum de sua bona opinione quaesiere salulcm.
Alioquin poterant more quorumdam quaestum aestimare
pietatem, verbi gratia, ostentationis, mercedis. At istud
esset non dare odorem, sed vendere. Nunc vero quia
omnia sua in charitate faciebant, non plane vendiderunt
odorem, sed dederunt.
7. Caeterum si vines animae, Ilus opus, odor opinio
est : fructus quid ? Martyrium. Et vere fructus vitis,
sanguis est marlyiK Cum dederit, inquit, dilectii iuis
somnum, ecee hreredita.i Domini filii, merces fructus
ventris. Propemodum dixissem, fructus vitis. Quidni
sanguinem uvae dixerim meracissimum, sanguineni in-
noccntis, sanguineni Jusli? Quidni mustum rubens,
. , . probatum, pretiosum, plane de rfnea Sorech ', torculari
passionis expressuin ? Deniquc pretiosa in con
Domini mors sanctorum ejus. Ha'c pro eo quod dictum
est, vincas florentes odorem dedisse.
8. Ita si ad lempora gratis hunc locum respicere ma-
limus, aul si placet magis referri ad Pal res, (nam vinea
Domini sahaoth domus Israel) erit sensus : Christum in
c*rne naeciturum •! moriturom odoraverunl Propheiae
et Patriarch*, sed non dederunt tunc eumdem odorem
suum, quia non exbibuerunt in carne, quern in spiritu-
praesenserunt. Non dederunt odorem snum, nee secre-
tum suum publicaverunt, exspectantes ut revelaretur in
suo tempore. Quis sane tunc caperet sapientiam in mys-
terio absconditam, in corpore non exhibitam ? Ita vineae
luce quidem non dederunt odorem suum. Dederum au-
tem postea, cum per successiones generatiunum nascen-
tem ex se Christum secundum carncm partu virgineo
S33culis ediderunt. Tunc plane, inquam, spirituales il-
ia- vines dederunt odorem suum, cum apparuit beni-
gniias et humanitas Salvalorii nostri Dei ; et coepit
praesentem habere mundus, quempauci adhuc absentem
pracsenserant. Vir ille, verbi causa, qui Jacob tangens,
el ( Miristuin sentiens, Ecce, inquit, odor filii mei sicui
odor agripleni, cui benedixii Dominus : cum hoc dice-
bat, liabebat delicias suas sibi, nee cuiquam illas com-
municabat. At ubi venit plenitude temporis, in quo
mi>it Dens Filiimi suum factum ex muliere, factum sub
lege, ut cos qui sub lege erant redimeret ; tunc prorsus
odor, qui in illo crat, sese ubique sparsit, adeo ut a II-
nihus terra ipsum sentiens clamaret Ecclesia, Oleum
effusum nomen tuum ; currerenlque adolescentulae in
odore olei hujus. Ita ista vinea dedil odorem suum, et
eo temporis dederunt et cajterae, in quibus hie ipse odor
S01XANTIEME SERMON SIIK LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
M*
terre, s'ecriait : « Votre notn est une huile repan-
due (Cant, 1, 2), » et les jeunes filles courront
dans l'odeur de cette huile parfumee. Voila com-
mt'iit cette huile a repandu une odeur agreable,
ainsi que toutes les autres vignes de ce temps-la,
qui etaient pleines de la raeme odeur de vie : et
pourquoi ne l'auraient-elles pas repandue, puisque
Jesus-Christ est sorti d'elles, selon la chair ? Les
vignes ont done repandu une bonne odeur, soit
que les ames fideles repandent d'elles partout une
opinion avantageuse, ou que les oracles et les
revelations des patriarches aient ete rendus publics
au monde, et que leur odeur se soit repandue
par toute la terre, suivant cette parole de l'Apotre :
« Sans doute ce mystere de la bonte de Dieu est
grand, puisqu'il a ete manifeste par la chair, jus-
tifie par l'esprit, decouvert aux anges, preche aux
nations, cru dans le monde et recu avec applau-
dissement (Tim. in, 16). »
9. Mais ce figuier et ces vignes n'ont-ils rien qui
puisse servir a notre edification ? Je crois que ce
passage se peut aussi expliquer moralement, puis-
que, par la grace de Jesus-Christ qui est en nous,
nous avons aussi des figuiers et des vignes. Les
figuiers sont cenx dont les mceurs sont douces et
paisibles, et les vignes, ceux qui out l'esprit plus
fervent. Quiconque parmi irons, conserve l'union
redouiam ut la paix de la societe, qui nous lie ensemble, et
non-6eulement vit parmi les freres, sans donner
aucun sujei de plaiate a personne, mais de plus se
prodigue avec douceur a tout le moude, dans les
devoirs de la charite, pourquoi ne serait-il point
represents par le figuiar ? H faut neanmoins qu'il alt
pousse auparavant ses boutone a figties, je v«ux
dire la crainte du jugement de Dieu que l'amour
parfait chasse dehors, et l'amertume de ses pecb,es,
sens moral*
tint Ber-
nard
smpare les
religieux
I'on carac
vi'a extiterat. Quidni dederunt, e quibus Christus se-
cundum carnem? Dictum est itaque vineas dedisse odo-
rem, sive quia fideles anima bonam de se ubique
opinionem spargunt, sive quod palam facta sunt muido
oraeula et revelationes Patrum, et in omnem terram
exivit odoratus eorum, diccnte Aposlolo : Manifeste ma-
gnum est pietatis sacramentum, quod manifestation est
m came, justification est in spiritu, apparuii angelis,
prmdkatum est gentibus, rreditum est mundo, assump-
tion est in gloria.
9. Nirum vero, si nee ficus, nee vineaj ista aliquid
habent quod mores adificet. Ego hunc locum arbilror
esse et moralem. Diro autem per gratiam Dei qua? in
nobis est, et ficus nos habere, et vineas. Ficus quidem,
qui suaviores in moribus sunt; vineas vero, qui spiritu
frrventiores. Omnis qui se inter nos communiter socia-
litcrque agit, et non solum sine querela conversatur in-
ter fratres, sed et multa cum suavitate fruendum se
omnibus pivebet in omni officio cbarilatis, quidni ilium
viccm agere ficus convenientissime dicam ? Qui tamen
grosos suos prius protulerit, projeceritque oportet, ti-
morern utique jndicii, quem perfects charitas foras mit»
qui aide necesairement a la veritable confession,
a l'infusion de la grace, et a la frequente effusion
des larmes ; et qu'il soit delivre de toutes les autres
choses pareilles qui, comme des figues en boutons,
precedent la douceur des vrais fruits, et que vous
pouvez fort bien connaitre par vous-memes.
10. Mais, pour ajouter encore une autre pensee
qui me vient sur ce sujet, considerez si on ne pour-
rait point aussi mettre au nombre de ces fausses
figues, la science, la prophetic, le don des langues, Les bonloni
et autres dons pareils. Car ces choses doivent pas- i figues re-
ser, et ceder la place a d'autres meilleures, selon ce iar ?ciuJe,
mot de l'Apotre : « La science sera detruite, les etc'
propheties n'anront plus de lieu, et le don
des langues oessera (I Cor. xm, 8). » L'intelligence
exclura meme la foi, et la claire .vision ne peut
mnnquer de succeder a l'esperance. Car on n'es- r.e frQit de
pere pas voirce qu'on voitdeja: il n'y a que la cha- 't v'6,ne ?.?91
rite qui denieure toujours, maiscelle seulement par
laquelle nous aimons Dieu de tout notre coeur, de
toute notre aroe et de toutes nos forces. C'est pour-
quoi je ne la mettrai point au nombre des fausses
figues, et je ne veux pas meme la comparer au
figuier, mais aux vignes. Ceux qui sont des vignes
sont plus severes qu'indulgents ; parce qu'ils
agissent avec un esprit plein d'ardeur, ils sont
zeles pour la discipline, ils reprennent forte-
ment les vices, et peuvent dire avec le Pro-
phete : « lS'etes-vous pas temoin, Seigneur,
que je hais ceux qui vous haissent, et que je suis
anime de zele coutre vos ennemis (Psal. cxxxvui,
31) ? » Et : « Le zele de votre maison me devore
(Psal. i.xvm, 10). » Les premiers me semblent se
distinguer par l'auiour du prochain, et les seconds
par l'amour de Dieu. Mais arretons-nous sous
cette vigne, et sous ce figuier ou l'amour de Dieu
Les vignes
sont ceux
qui sont
pleins de
tele.
tit : et amaritudincin peccatorum, qua; vera confessioni
et infusioni gratia, crebrarumqueprofusioni lacrymarum
cedat necesse est, cateraque talia, instar grossorum
praeunlia fructunm suavitatem : qua vos quoque per
vosmetipsos cogitare potestis.
10. Ut tamen adhuc ego aliquid adjiciam de ejusmodi
quod occurrit, videte ne forte etiam hac inter grossos
deputan possint, scientia, prophetia, lingua, similiaque.
Elenim ista more grossorum deficere habent, et cedere
melioribus, dicente Aposlolo, quia et scientia destruetur
et prophetia evacuabuntur, et lingua cessabunt. Fidem
quoque ipsam intellectus excludet, spcique succedat vi-
sio necesse est. Quod enim videt quis, quid sperat ?
Sola nun ezcidit charitas, sed ilia, qua Deus foto corde,
tula anima, tota virtute diligilur. Ideo hanc minime
grossis annumeraverim, ne ad ficum quidem dixerim
pertinere, sed ad vineas. Jam qui vinea sunt, severiores
nobis, quam suaviores se exhibent, in spiritu vehement!
agentes, zelantes pro disciplina, vitia acerrime corri-
pientes, aptantes sibi congruentissime vocem illam :
Nonne qui oderunt te, nomine oderam, et super inimi-
cos tuos tabescebam ? ilem, Zelus domus turf comedi
■'■V.
UEUVRES DE SAINT BERNARD.
et celui du procbain repandent une ombre favora-
ble, je possede ces deux amours lorsque je vous
aime, mou doux Jesus, vous qui etesmon procbain
par excellence parce que vous etes bomme, et que
vous avez use de miserieorde envers moi, mais vous
ne laissez pas d'etre uu souverain, eleve au dessus
de toutes cboses et beni dans- tous les siecles.
Ainsi soit-il.
SERMON LXI.
Comment I'lZglise Irouve les richesses de la miseri-
eorde divine dans les trous des plaies de Jesus-
Christ. Force que les martyrs onl puisee dans
Jesus-Christ,
1. n Levez-vous " ma bien-aimee, mon Epouse,
et venez (Cant, n, 14}. » L'Epoux temoigne 1 1'exces
de son amour, par cette repetition de paroles, invi-
tant de nouveau sa bien-aimee a travailler aux
vignes. Car je vous ai deja dit que les vignes sont
les aines, et il est inutile de m'arreter davantage
sur cette pensee. Passons done a ce qui suit. S'il
m'en souvient bien, il ne l'a point encore nominee
clairement Epouse dans cet ouvrage, si ce n'est a
cette beure qu'il la mene aux vignes, et quelle
approcbe du vin de la cbarite. Et lorsqu'elley sera
arrivee, et devenue parfaite, il fera un manage spi-
rituel avec elle, et ils seront deux, non en une
meme cbair, mais en uu meme esprit, suivant
cette parole de l'Aputre : « Celui qui est etroitement
a Dans la Vulgate il y a ici : ■ Hitez vous; ■
Mais ces mots manquent dans les manuserits et dans les pre-
mieres editions des oeuvres de saint Bernard.
me. Et mihi quern illi dilectiono proximi, isti in dilec-
tione Dei eminere videntur. Sed libet pausare sub
hac vite et sub hac ficu, ubi Dei proximique obrum-
brat dilectio. Utramque teneo cum to amo, Domine
Jesu-Christe, qui metis proximus es, quoniam homo
es, et fecisti mecum misericordiam ; et nihilominus
es super omnia Deus benedictus in saxula. Amen.
SERMO LXI.
Quomodo Ecck'sia reperit divitias divinin misericordin/m
roraminibus vulnerum Christi : el lie forlituiline mar-
tyrum, quam a Christo receperunt.
1. Surge, arnica mea, Sponsa mea, el vent. Commen-
dat Sponsus multam dilectionem suam iterando amoris
voces. Nam iteratio affectionis expressio est : et quod
rursum ad laborcm vinearum sollicilat dilectam, osten-
dit quam sit de animarum salute sollicitus. Nam vineas
animas esse jam audistis. Non immurcmur supervacUB
in his quae dicta sunt. Videte sequenlia. Sponsam tauten
nusquam, ut memini, in toto hoc opere apcrle adhuc
nominarat, nisi modo cum ad vineas itur, cum vino
charitatis appropinquatur. Qua; cum venerit ol perfecta
fuerit, facial spirituale conjugium ,' et erunt duo, non in
uni a Dieu, ne fait qu'un meme esprit avec lui
(I Cor. vi, 17). »
'i. Voyons ce qui suit : « Ma colombe est dans
les trous de la pierre, elle est dans les creux de la
imimille ; montrez-moi votre visage, que voire
voix resonne a mes oreilles (Cant, n, lit). » 11 aims
et il continue a dire des cboses amotireuses. 11
l'appelle de nouveau sa colombe, il dit qu'elle est a
lui, et qu'elle lui appartieut en propre. Ce n'est
plus elle qui lui demande instamment de se mori-
montrer a elle, et de lui parler, e'est lui qui au
contraire, a present, la prie de lui accorder
cette grace. 11 agit comme un Epoux, mais comme
un Epoux pleiu de pudeur, il rougit d'etre vu de Sens litteral
tout le monde, il veut jouir de ses delices dans un
lieu ecarte, dans des trous do la pierre, dans les
creux de la muraille. Imaginez-vous done, que l'E-
poux parle ainsi a l'Epouse : Ne craignez point, ma
bien-aimee, que le travail des vignes, auquel je
vous exborte, empecbe ou interrompu nos amours. .
Ce travail pourra servir ace que nous soubaitons
egalement tous deux. Les vignes ne vont pas sans
quelques vieilles mu'railles qui offrent une retraite
agreable aux ames pudiques. Voila le sens, ou
plutdt le jeu de la lettre. Et pourquoi ne l'uppelle-
rais-je pas un jeu, puisqu'il n'y a rien de serieux
dans cette explication litterale ? Ce qui en parait
au debors ne merite pas settlement d'etre entendu,
si le Saint-Esprit aide au dedans la faiblesse de no-
tre intelligence. Ne nous arretons done pas au de-
bors, de peur, ce qu'a Dieu ne plaise, qu'il ne sem-
ble que nous voulions parler d'amours impurs et
desbonnetes. Apportez des oreilles cbastes a ce dis-
cours d'amour ; et lorsque vous pensez a ces deux
Saint Ber
nard reelaa
des oreille
pudique
carne una, sed in uno spiritu, dicente Apostolo : Qui
adhatret Deo, unus spiritus est.
2. Sequitur : Columba mea in foraminibus petrce, in
cavemis macerim, ostende mihi faciem tuam, sonet vox
tua in auribus meis. Ainal et pergit amatoria loqui. Co-
lumbam denuo blaudiendo vocal, suam dicit, Dt sibi
asserit propriam : quodque ipse rogari obnixius ab ilia
solebat, ipsius nunc versa vice et conspectum poslulat,
et colloquium. Agil ut Sponsus : sed ut verecundus,
publicum crubescil, decernitquc frui deliciis suis in loco
sequcstri, utique in foraminibus petrae, et in cavernis
maoeriaa. Pula ergo sic dicere Sponsum : ne timcas
arnica, quasi ha-c, ad quam te horlamur, opera vinearum
negotium amoris impedire seu interrumpere habeal.
Erit certe et allquis usus in ea ad id quod pariter opta-
mus. Vineas sane macerias habent, ct hai diversoria grata
vercctmdis. Hie litteralis lusus. Quidni dixerim lusum '!
Quid enim serium habct haeu litteiEe series? Ne audita
quidem dignum quod foris sonat, si non intus adjuvet
spiritus inlirmitatem intelligent!* nostras. Ne ergo re-
maneamus foris, ne et lurpium, quod absit, amorum
videamur lenociuia recenserc, all'erte pudicas aures ad
scrmoncm qui in manibus est de amore : ct cum ipsos
cogitatis atnantes, non virum et feminam, sed Verbum
el animam senliatis oportet. Et si Christum ct Eccle-
SOIXANTE ET UNIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
WIS
■\ on cceur
pnr pour
intelligence
i ce canti-
que.
es trous de
pierre sont
s blessures
de Jfoup-
Christ.
,€8 blessures
la Sauvenr
ont une sure
demenre
^our ame.
amants, ne vohs representez pas un homtne et une
femme, mais le Verbe etlame, oubien Jesus-Christ
et l'Eglise, qui est la meme chose, si ce n'est que
ce nora d'Eglise ne marque pas une ami; seule,
mais l'unite ou plutdt 1'union de plusieurs ames.
Et ne croyez pas non plus que les trous de la
pierre ou les creux de la muraille soient des ca-
chettes pour les gens qui font du mal ensemble,
rejetez de votre esprit tout soupeon de choses si te-
nebreuses.
3. Quelqu'un a entendu par les trous de la
pierre, les plaies de Jesus-Christ, et avec grande
raison. Car Jesus-Christ est la pierre mystique. Ces
trous sont excellents puisqu'ils etablissent la foi de
la resurrection et la divinite de Jesus-Christ.
« Vous etes mon Seigneur et mon Dieu (Joan, x,
28), » disait un apotre. D'oii cet oracle est-il sorti,
sinon des trous de la pierre ? C'est la que le passe-
reau a trouve une retraite, et la tourterelle un nid
pour mettre ses petits {Psal. lxxxiii, 3). C'est la
que la colombe se met en surete, et regarde sans
crainte l'oiseau de proie qui vole a l'entour. Et
voila pourquoi il dit, « ma colombe est dans les
trous de la pierre [Psal. xxvi, 6), et la colombe re-
prend, il m'a fait monterdans la pierre [Psal. xxxix,
3). Et encore, il a etabli mes pieds sur la pierre
[Matth. vn, 24). » Un homme sage batitsa maison
sur la pierre, parce que la il ne craint ni la vio-
lence des vents, ni les inondations. Quels avanta-
ges ne se trouvent point dans la pierre ? C'est sur
la pierre que je suis eleve, dans la pierre que je suis
en surete, et dans la pierre que je demeure ferine.
J'y suis a couvert contre l'ennemi, j'y suis en su-
rete contre toute sorte d'accidents, et cela, parce
que jo suis eleve au dessus de la terre. Car tout ce
qui est terrestre est incertain et sujet a perir, que
notre vie soit dans les cieux, et nous ne crain-
drons ni de tomber ni d'etre ebranles. C'est dans
les cieux qu'est la pierre, et c'est en elle que se
trouvent la fermete et la securite. La pierre est le
refuge des herissons [Psal. cm, 18). Et, en effet,
oil notre faiblesse peut-elle trouver un repos
ferme et assure, sinon dans les plaies du Sauveur?
Je demeure la avec d'autant plus de confiance,
qu'il est plus puissant pour me sauver. Le monde
fremit, le corps m'accable, le diable me tend des
pieges, et cependant je ne tombe point, parce que
je suis etabli sur la pierre ferme. J'ai commis une
grande faute, ma conscience en est troublee, mais
je ne me desespere point, parce que je me souviens
des plaies de mon Seigneur. Car il a ete perce de
blessures pour nos peches [Isa. xxxiu, 5). Qu'y a-t-
il de si mortel, qui ne soit gueri par la mort de
Jesus ? Lors done que je pense a un remede si effi-
cace, nulle maladie quelque maligne quelle soit,
ne me saurait epouvanter.
h. Par oil Ton voit clairement que celui qui di-
sait : « Mon peche est trop grand pour meriter que Cp0^i0B de
Dieu me le pardonne se trompait etrangement Jesm-christ
in . jo\ • , ,• ,., est efficace
[den. iv, 13), » a moms qu on ne dise qu il n etait pouratfermir
pas des membres de Jesus-Christ, que les merites de l'.e,P«ie,lc«
Jesus-Christ nelui appartenaient pas a qu'il nepou-
vait les regarder comme son bien, ni s'attribuer les
a Telle est la lecon constant? des plus anciennes editions.
Horstins a done en tort de lire : ■ parce qu'il etait un roembre
coupable de ce chef; Picard avait lu : ■ parce qu'il etait nn mera-
bre de ce ?rai chef. ■ La lecon que nous preferons est naturelle
et facile, si on comprend bien le mot ■ membre, » et si on
supplee ces mols : • II regarde comme sien ce qui appartient
a son chef. ■
chretienne.
siam dixero, idem est, nisi quod Ecclesiae nomine
non una anima, sed mullarum unitas, vel potius una-
nimitas tlcsignatur. Nee sane foramina petra , aut
cavernas maceriae, latebras puletis operantium init[ui-
atem : ne qua prorsus suspicio subeat de opcribus
tenebrarum.
3. Alius nunc locum ita exposuil, foramina petrse vul-
nera Cliristi inlerpretans. Recte omnino; nam petra
Christus. V >na foramina, qu« fidem adstruunt resur-
rectionis, el Christi divinilatem. Dominus meus, inquit,
et Deus meus. Unde hoc reportatum oraculum, nisi ex
foraminibus petne? In his passer invenit sibi domum,
et turtur nidum, ubi reponat pullos suos : in his se co-
lumba tutatur, et circumvolitantem intrepida intuetur
accipitrem. Et ideo ait : Columba mea in foraminibus
petra;. Vox columba? : In petra exaltavit me. Et item,
statuit, inquit, supra petram pedes meos. Vir sapiens
sedificat domum suam supra petram, quod ibi nee ven-
torum formidet injurias, nee inundationem. Quid non
boni in peiwi? In petra exaltatus, in petra securus, in
petra firmiter sto. Securus ab hoste, fortis a casu; et
hoc quoniam exallatus a terra. Anceps est enim et cadu-
cum, terrenum omne. Conversatio nostra in ccelis sit, et
nee cadere, nee dejici formidamus. In ccelis petra, in
ilia firmitas atque securitas est. Petra refugium herina-
ciis. Et revera ubi tuta firmaque infirmis securitas et
requies, nisi in vulneribus Salvatoris? Tanto illic secu-
rior habito, quanto ille potentior est ad salvandum.
Fremit mundus, premit corpus, diabolus insidiatur :
non cado; fundatus enim sum supra firmam petram.
Peccavi peccalum grande : turbabilur conscientia, sed
non perturbabitur, quoniam vulnerum Domini recor-
dabor. Nempe vulneratus est propter iniquitates nostras.
Quid tarn ad mortem, quod non Christi morte sol-
vatur? Si ergo in mentem venerit tarn potens tamque
efficax medicamentum, nulla jam possum morbi mali-
gnitate terreri.
4. Et ideo liquet errasse ilium qui ait:; Major est iniqui-
tas mea, quam ut veniam merear. Nisi quod non erat
de membris Christi, nee pertinebat ad eum de Chris!!
merito, ut suura praesumeret, suum diceret quod illii: ■
esset ; tanquam rem capitis membrum. Ego vera Aden
ter quod ex me mihi deest, usurpo mihi ex visceribu
Domini, quoniam misericordia affluunt : nee desun1
foramina, quae pereuluant. Foderunt mamrs ejus -et
pedes, latusque lancea foraverunt : et per has rimas
licet mihi sugere mel de petra, oleumque de saxo duris-
simo, id est gustare et videre, quoniam suavis est Do-
minus. Cogitabat cogitationes pacis, et ego nesciebam.
Quis enim cognovit 9ensnm Domini, aut quis concilia-
666
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
merites de son chef aiusiqu'uumeiubre peat reclainer
comme sienee qui est A son chef. Mais pour moi.ce
guejenetrouvepas enmoijele prendsavecconfiance
dans les entrailles du Sauveur, parce qu'elles sont
toutes pleines d'amour et qu'il y a assez d'ouver-
tures dans son corps sacrc, par oil elles peuvent se
repandre. lis ont perce de clous ses mains et ses
pieds, et son c6te d'une lance ; et par ces ouvertu-
res, je puis sucer le miel de la pierre, et gouter
seront abondantssi les misericordes sont abondan-
tes. Je me sens coupable de plusieurs peches, il
ost vrai, mais la grace a surabonde on le peche
abondait aviparavant (Bom. v, 20). Si les misericor-
des du Seigneur sont eternelles pour moi, je chante-
rai eternellement les misericordes du Seigneur. {Psal.
en, 27 et PsaLi.zxx.viu, 1). Sera-ce ma propre justice
que je celebrerai? Non, Seigneur, je me souviendrai
de votre seule justice. Car la votre est aussi la mienne,
Consolation
que lhoroiue
trODve dans
la niiaericor-
de du
Seieneur.
son corps, on voit le grand mystere de sa bonte in-
finie, les entrailles de la misericorde de notve Dieu
par laquelle ce soleil levant nous est venu visiter
du ciel. Pourquoi ses entrailles ne severraient-elles,
pas par ses plaies? Car, comment, Seigneur, pouviez-
vous faire eclater d'avantage l'exces de votre bonte
et de voire misericorde, que par ces blessures cruel-
les que vous avez souffertes pour nous? Personne
ne peut donner de plus grandes preuves de sa eha-
rite, que d'exposer sa vie pour ceux qui sont desti-
nes et eondamnes a la mort.
ut roerilc de
l'homme 66
trou>e dana
rius ejus fuit ? At clavis reserans, clavus penetrans faclus
est mihi, ut videam voluntatem Domini. Quidni videam
per foramen? Clamat clavus, clamat vulnus, quod vere
Deus sit in Christo mundum reconcilians sibi. Fcrrum
pertransiit animam ejus, et appropinquavit eor illius
Ut non jam non sciat compati iulii'initatibus meis. Patet
arcanum cordis per foramina corporis; palet magnum
illud pielatis sacramenlum, patent viscera misericordiaa
Dei noslri, in quibus visilavit nos oriens ex alio. Quidni
viscera per vulnela pateant? In quo cnim clarius, quam
in vulueiibns tuis eluxisset, quod tu, Domine, suavis et
milis, et mult* misericordia:? Majorem cnim misera-
tionem nemo habct, quam ut animam suani ponat quis
pro addictis morti et damnatis.
5. Meum pruinde meritum, miscratio Domini. Non
p'a ne sum meriti inops, qu.'indiu illo miserationum non
fuerit. Quod si misericordias Domini multae, multu
nihilominus ego in mentis sum. Quid enim si multorum
sim mihi conscius delictorum? Nempe ubi abundavil
delictum, superabundavit et gratia. Et si misericordiee
Domini ab ceterno et usque in ceternum, ego quoque mi-
la bonte it
Seigneur.
l'huile de ce dur caillou, e'est-a-dire gouter et voir parce que vous etes devenu vous-m&me ma propre
combien le Seigneur est doux. II formait en cet etat justice. Dois-je craindre qu'une seule ne suflise pas
des pensees de pais, et je n'en savais rien. Car qui p0ur deux? Ce n'est pas ce manteau, dont parle le
connalt les desseinsdu Seigueur, ou qui a jamais Prophete, qui est si court que deux ne s'en peu-
eu part a ces conseils? Mais ces clous dont il a ete vent COUVrir [Psal. i.xx, 16). Votre justice est la
perce, sont devenus pour moi comme des cb-fs, qui justice eternelle [ha. xxvni, 20). Qu'y a-t-ilde plus
m'ont ouvcrt le tresor de ses secrets et fait voir long que l'Eternite ? Votre justice done qui est eter-
la volonte du Seigneur. Et pourquoi ne la verrais- nene et si etendue nous couvrira tous deux aniple-
je pas au travers de ses plaies? Ses clous et ses ment. En moi elle couvrira la multitude de mes
blessures crient bautement que Dieu est vraiment peches, mais couvrira-t-elle en vous, Seigneur, des
en Jesus-Christ et qu'il y reconcilie le monde avec tresors de clemence, des richesses de bonte? Ce sont
lui-meme. Ce fer a traverse son ame et touche son ces richesses qui sont cachees pour moi dans le
cosur, afin qu'il silt compatir a mes infirmites. Le trou de la pierre. Que la douceur qu'elles enfer-
secret de son cceur se voit par les ouvertures de nient est grande et excessive ! Elles sont cachees a
la verite, mais e'est pour ceux qui perissent ;
car pourquoi donner le saint aux chiens, ou les per-
les aux pourceaux ? Mais Dieu nous les a revelees
par son Saint-Esprit. II nous a fait entrer dans son
sancluairepar les portes de ses plaies. Quelle source
de douceur n'y trouve-t-on point, qu'elle plenitu-
de de graces, quelle abondance de vertus.
6. J'entrerai dans ces celliers si riches et si abon-
dants, et, selou leconseil du Prophete, je laisserai
les villes et habiterai dans la pierre [hr. xxvin, 25),
je ferai comme la colombe qui fait son nid a l'en-
5. La misericorde du Seigneur est done lama- tree destrousdelapierreafmqu'etant mis avec Moise
tiere de mes merites. J'en aurai toujours tant qu'il dans les trous de la pierre [Exod. xlviii,2), je me-
daignera avoir de la compassion pour moi. Et ils rite au moins de voir le Seigneur par derriere,
sericordias Domini in aeternum cantabo. Numquid jus-
titias meas? Domine, memorabor justitia tuie solium.
Ipsa est enim et mea; nempe factus es mibi tu juslitiaa
Deo. Numquid mihi verendum, ne non una ambobus
sufflciat? Non est pallium breve, quod, secundum pro-
phetum, non possit operire duos. Justitia tua, justitia
in oeternum. Quid longius aeternitate? Et te pariter et
me operiet largiler larga et a;terna justitia. Et in me
quidem operit multitudinem peccatorum ; in te autem,
Domine, quid nisi pictatis thesauros, divitias bonitatis?
Ha3 in forammibus pelr* repositie mihi. Quam magna
mulliludo dulcedinis tua; in illis, operlae quidem, sed in
liis quipereunt! Ut quid enim sanctum detur canihus,
vel margarit* porcis? Nobis autem revelavit Deus per
spiriium suum, etiam et apertis foraminibus introduxit
in sancta. Quanta in his multitudo dulcedinis, plenitudo
gratis, perfectioque virtutuml
6. Ibo mihi ad ilia sic referta cellaria, atquc adadmo-
nitioncm prophelae relinquam civitates; ct habitabo in
pelra. Ero quasi columba nidificans in summo ore fora-
minjs, ut cum Moyse poaitus in foramine petra?, tran-
S01XANTE ET UlNlEME SEKMON SUK LE CANTIQUE DES CANTIQL'KS
viendra a passer. Car qui pourra voir sa
447
fe.t-ce que lors1U'
irDieu par face, lorsqu'il se tiendra Jebout, c'est-a-dire lorsqu'il
derri£r«.
paraitra dans la splendeur de sa beaute iminuable,
sinon celui qui a deja nierite d'etre introduit dans
le saint des saints"? Neanmoins ce n'est point
une chose vile et meprisable que de le voir
par derriere. Qu'Herode le nieprise s'il veut, pour
moi, je le nieprise d'autant moins qu'il
lui a paru plus meprisable. 11 y a nienie quelque
plaisir a le voir de cette sorte ; qui sait
s'il ne se retournera point vers nous, s'il ne
nous pardonnera point nos peches, et s'il ne lais-
sera point sa benediction apres lui ? Un temps
viendra oil il nous montrera sa face, et nous serons
la sagesse. Get er s'est decolore lui-meme, en
cachant la forme de Dieu, pour ne faire paraitre
que la forme d'esclave. II a aussi decolore l'Eglise,
puisqu'elle dit : «Me preuez pas garde sije suis
noire, car c'est le soled qui m'a decoloree
[Caul. 1, 5j. » Son dos a done aussi la paleur de
l'or, parce qu'elle n'a point rougi de la noirceurde
la croix, qu'elle n'a point eu d'horreur des briilu-
res de la passion, qu'elle n'a point fui les marques
livides des blessures. Elle y prend meme mainte- La pMlioQ
nant de la complaisance, et elle soubaite que la fin et les biessn-
soit semblable a ses commencements. Enfin, c'est ce font Ta force
qui fait que 1'Epoux lui dit : «Ma colombe est dans dea mailn-
les trous de la pierre, » parce quelle met toute sa
sauves. Mais en attendant, qu'il nous previennepar devotion a s'occupersans cesse dans le souvenir des
la douceur de ses benedictions, je dis de celle qu'il a plaies de Jesus-Christ, a s'y arreter et a y demeurer
coutunie de laisser apres lui, qu'il nous uiontre par une meditation coutinuelle. C'est ce qui lui fait
seulement maintenant sa bonle, comme par souffrir le martyre avec tant de courage ; c'est ce
derriere, et qu'il reserve pour une aulre fois de qui lui donne taut de conliauce dans le Tres-Haut.
nous faire voir si face dans tout l'eclat de sa gloire. Le martyr n'a point a craindre de lever un visage
II est extremement eleve dans son royaume, mais il defait et livide, avec celui dout les ineurtrissures
est doux sur la croix. Qu'il commence par cette et les plaies l'ontgueri, et de representer par la
derniere vision, il achevera un jour par l'autre.
« Vous me comblerez de joie, dit le Prophete, par
la vue de votre visage (Psal. xv, 10). » L'une et
l'autre de ces deux visions sont salutaires, l'une et
l'autre sont tres-douces, mais la premiere est su-
blime, et la seconde est humble ;celle-laestaccompa-
gnee de splendeur, et celle-ci de paleur.
7. Car, comme dit le Prophete, « son dos a la
paleur de l'or (Psal. lxvii, lli], » Comment ne pali-
rait-il pas a la mort '? Mais l'or, tout pile qu'il est,
vaut mieux que le clinquant qui brille, et ce qui
paleur de l'or, la mort de son maitre. Pourquoi le
craindrait-il, puisque le Seigneur l'y invite meme
en lui disanl : « Montrez-moi votre face Cu/<< u,
1 h '.' » Pourquui '? Je pense que ce n'est pas tant
parce qu'il veut la voir, que parce qu'il desire lui-
menie etre vu d'elle. Car qu'est-ce qu'il ne voit
pas ? II n'a point besom qu'une personne se montre
a lui pour la voir, puisqu'il voit toutes choses, meme
cedes qui sont cacbees. II veut done etre vu. Ce
chef plein de bonte veut que son brave soldat jette
les yeux sur ses plaies, atin que cela serve a l'en-
semble folio en Dieu, est plus sage que toute la courager, et que, par son exemple, il devienne plus
sagesse des honimes. L'or c'est le Verbe, l'or c'est fort pour supporter les tournients.
eeunte Domino inerear saltern posteriora ejus prospicere.
Nam facieui stantis, id est incommutabilis cluritatem,
quis videat, nisi qui introduci jam meruit, non insancta,
sed in sancla sanctorum ? Nee vilis tamen ant contem-
nenda postei-iorum contcmplalio. Contemnat Herodes :
ego tanlo magis non contemnendo, quanto magis cou-
lemptibilem e ostendit Herodi. Habent etiam aliquid et
posteriora Domini quod videre delectet. Quis scit si
convertatur et ignoscat Deus, et rehnquat post se bene-
dictionem? Erit cum ostendet faciem suam, et sahi eri-
mus. Sed interim prasveniat nos in benedietionibus dul-
cedinis, illis ulique, quas post se relinquere consuevit.
Nunc dignationis sua posteriora demonstret, alias in
gloria dignitatis faciem suam demonstraturus. Sublimis
in regno, sed suavis in cruce. In hac me visione prae-
veniat, in ilia adimpleat. Adimplebis me, ait, latitia cum
vultu tuo. Ulraque visio salutaris, utraque suavis : sed
ilia in subliuiitate, ista in humilitate : ilia in splendore,
hi£c in pallore est.
7. Uenique inquit, et posteriora dorsi ejus in pallore
auri. Quomodo non in morte pallescat? Sed melius
pallens aurum, quam fulgens aurichalcum; et quod stul-
tum est nei, sapientius est hominibns. Aurum Verbum,
aurum Sapientia est. Hoc aurum semetipsum decolora-
vit. abscondens formam Dei, et formam servi praelen-
dens. Decoloravit et Ecclesiam, qua' ait : Nolite me con-
ire quod fusca sim, quia decoloravit //i» sol. Ergo
et posteriora ipsius in pallore auri, quae fuscum non
erubuil crucis, ustionem passionis non borruit, livorem
vulnerum non refugit. Etiam complacet sibi in illis, et
optat novissima sua fore horum similia. ldt'irco denique
audit : Cotumba men in foraminibuf petrm, quod ia
Cbristi vulneribus tota derolione versetur, etjugi medi-
tatione demoretur in illis. Inde martyrii tolerantia, inde
illi magna (iducia apud Deum altissimum. Non est quod
\creatur martyr exsanguem lividamque levare ad eum
faciem, cujus livore sanatus est, gloriosam reprajsentarc
similitudinem mortis ejus, utique in pallore auri. Quid
vereatur cui etiam a Domino dicitur, ostende mihi
faciem tuaml Ad quid? Ut mihi videtur, se magis os-
tendere vult. Itaest : videri vuit,non videre. Quid enim
ille nun videt? Non est ei opus ut quis se ostendat, a
quo nil non videtur, nee si se abscondat. Vult ergo
videri , vult benignus dux devoti militis vultum et
oculos in sua sustolli vulnera, ut illius ex hoc animum
erigat . el exemplo sui reddat ad tolerandum fortioraua.
lis
flEUYRES DK SAINT BERNARD.
Quelle e«t Is
source de la
oonstancc de*
martyrs an
milieu dea
rappllcee.
8. Car tandis qu'il regarde ses blessures, il ne
sentira pas les siennes. Tout martyr demeure in-
trepide, ravi de joie et triumphant en lui-memc,
pendant que son corps est tout dechire de coups ;
et quand le fer lui ouvre les tlancs, il regarde cou-
ler son sang sacre, non-settlement avec contiance,
mais meme avec allegresse. Ou est done alors son
ante ? Elle est en lieu de surete, elle est dans la
le linir aujourd'hni, et il serait excessivement Ion ,
si nous voulions achever tout ce qui nous reste a
dire sur le verset que nous avons commence a
vous cxpliquer. Reservons done le reste pour une
autre fois, atiu epie l'cpoux de 1'Kglise Notre-Sei-
gnetir Jesus-Christ, ait sujet de se rejouir et de ce
que nous disons, et de la maniere dont nous le
disons, lui qui etant Dieu et eleve par'dessus lout,
pierre, elle est dans les entrailles de Jesus, ou elle est beni dans tous les siecles. Ainsi soit-il.
entre par la porte de ses plaies. Si elle etait dans
ses propres entrailles, certainement elle sentirait
le fer qui les dechire, elle ne pourrait supporter la
douleur, elle succomberait et renieraitsonSauveur.
Mais habitant dans la pierre, quelle merveille
qu'elleen prenne ladurete?Quelle merveille qit'Olant
bannie du corps , Elle n'eprouve aucune sensa-
tion corporelle ? Ce n'est pas en effet de l'insensi-
StRMOn LXII.
Qu'est-ce pour une dme fidele que demeurer dans let
trtius de la pierre et de se Irouver dans les fenles das
murailks. II vaut micux clwrcher la volonti de
Dieu, que sonder sa gloire et sa majeste. Purcti du
cmur qu'il faut avoir pour pn'clier la veritr.
1. « Ma Colombe est dans les trous de la pierre,
bilite, mais de l'amour. Elle ne perd pas le senti- et jans \es creux de la muraille (Cant, n, 13).
ment, elle se l'assujettit, elle n'est pas exempte de ce n'est pas seulement dans les trous de la pierre
douleur, mais elle la surmonte, elle la meprise ; que la colombe trouve un refuge assure, e'est aussi
e'est done de la pierce que vient le courage des dans les ouvertures de la muraille : Si nous pre-
martyrs, e'est cequi les rend puissants, pour boire le nons cette muraille, non pour des monceaux de
calice du Seigneur. Et que ce calice dont le vin pierre, mais pour l'assemblee des saints, voyons
enivre est beau (Psal. xxn, 5) ! II est, dis-je, excel- s'il n'entend point par ses ouvertures, les places
lent et agreable, et ne l'est pas moins au general qu'ont laissees videsles anges qui sont tombes du
qui regarde, qu'au soldat qui triomphe ; car notre ciel par lour orgueil, et qui seront remplies par les
courage fait la joie du Seigneur. Et comment ne hommes comme des ruines qui doiventetrerebuties
se rejouirait-il point a la suite d'une confession de pierces vivantes. Ce qui faisait dire a 1'apdtre
genereuse, puisqu'il la desire avec tant d'empresse- saint Pierre: « Vous approchant de la pierre vi-
ment ? « Que votre voix, dit-il, retentisse a mes vante, soyez vous-memes des pierces vivantes, era-
oreilles (Cant, n, U). » Aussi ne tardera-t-il point a ployees a des edifices spirituels (1 Pet. it,). » Je
rendre la recompense qu'il a promise, car il s'em- crois aussi qu'on peut dire avec quelque raison,
pressera de reconnaitre devant son Pere, celui qui que les anges qui vous gardent sont comme des
l'aura confesse devant les hommes (Matt, x, 32). murailles dans la vigne du Seigneur, je veux dire
Coupons court a ce discours, car nous ne saurions dans l'assemblee des predestines, puisque saint
6. Enimvero non sentiet sua, dtini illius vulnera intue-
bitur. Stat martyr tripudians et triumphans, loto licet
lacero corpore ; et rimante latera ferro, non modo i'or-
titer, sed et alaeriter sacrirm e carne sua circumspicit
ebullire cruorem. Ubi ergo tunc anima martyris? Nempe
in tuto, nempe in petra, nempe in visceribus Jesu, vul-
neribus nimirum patenlibus ad introeundum. Si in suis
esset visceribus, s^rulans ea ferrum profecto sentiret;
dolorem non ferret, succumberet, et negaret. Nunc au-
tem in petra habitans. quid mirum si in modum petra;
duruerit? Sed neque hoc mirum, si cxul a corpore,
dolores non ,6entiat corporis. Neque hoc facit stupor,
sed amor. Submittitur enim sensus, non anultitur. Nee
deest dolor, eed superatur, sed contemnitur. Ergo ex
petra martyris furtitudo, inde plane potena ad biben-
dum calicem Domini. Et calix bic inebrians quam prae-
clarus eatl Praeclaius, inquam, atque jucundus non mi-
nus imperatori spectanti, quam militi triumphanti. Gau-
dium etenim Domini, fortitudo nostra- Quidni gaudeat
ad vocem fortissima; confessionis 7 Denique et requirit
earn cum desiderio. Sonet, inquiens, vox tua in auribus
men. Nee cunotabitur rependere vicem secundum suam
promlssionem : continuo ut se confessus fnerit ooram
hominibus, confitebitur et ipse earn coram Patre suo.
Huinpamus sermonem, nee enim potest finiri modo : ne
sit sine modo, si cunctaqua; adliuc ex proposito capilulo
restant, uno isto velimus sermone complecti. Ergo quod
superest servemus principio alteri, ut de nostra s;inc et
verbo, et modo gaudeat sponsus Ecclesia; Jesus-Chris-
tus Dominus noster, qui est super omnia Deus benedic-
tus in savcula. Amen.
SERMO LXII.
Quid sit animam fide/em commorari in foraminibus
petra;; et quid in cavernis maceriae. De Dei voluntate
potius, quam majestate scrutanda. Denique de purtlate
mentis necessaria ad prwdicationein verilatis.
{. Columba mea in foraminibus petra, in cavernis
macerice. Non tantum in foraminibus petrai tutum repc-
rit columba refugium : reperit el in cavernis maceriae.
Quod si maceriam non congeriem lapidum, sed sancto-
rum communionem accipimus, videamusne forte caver-
nas macei'ia? dixerit angelorum, qui ob superbiam lapsi •
sunt, loca quasi vacua derelicta : quippe qua; repleri ex
S0IXANTE-DEUX1EME SERMON SUR
Paul dit : « Tous ces esprits bienheureux ne sont-
ils pas les minislres de Dieu, envoyes pour servir
ceux qui sont destines a l'heritage des elus (Heb.
j, 14)? » Et leProphete: « L'ange du Seigneur veil-
lera a l'entourde ceux quilecraignent (Psal. xxxin,
8). » Si cette explication vous agree, le sens sera,
console"'" que deux choses consolent l'Eglise dans le temps et
l'£giise. ,]ans ]e ]ieu je son pelerinage. Pour le passe, la
mi-moire de la passion de Jesus-Christ, et pour l'a-
venir, la pen see et Fesperance qu'elle sera recue
dans la soci>'te des sainls. Elle regarde ees deux
choses avec un plaisir qui nela rassasie jamais, l'un
et l'autre objet lui semblent infiniment doux, l'un
et l'autre lui serviront de refuge et de consolation
contre les afflictions etles douleurs, parce qu'elle
ne connait pas seulement ee qu'elle doit esperer,
mais encore de qui elle le doit esperer. Son attente
est pleine de joie et de certitude, parce qu'elle est
fondee sur la mort de Jesus-Christ. Pourquoi s'e-
tonnerait-elle de la grandeur de la recompense,
quand elle sait quel est le prix de sa rancon ?
Qu'elle a de bonheur a considerer en esprit cesou-
vertures saintes par lesqueUes a coule le sang sa-
cre de son Sauveur ! Qu'elle a de satisfaction a re-
passer sans cesse en ellc-meme ces creux de la mu-
raille, ces retraites et ces demeures, qui sont si dif-
fereutes, et si nombreuses dans la maison duPere,
et dans lesquelles il doil placer ses enfants selon la
diversite de leurs merites ! Et parce que maintenant
elle ne peut pas encore y entrer en elfet, elle y en-
tre de la maniere qu'il est possible, en esprit et par
LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 449
un continuel souvenir. Le temps arrivera un jour
ou elle relevera ces mines, habitera de corps et
d 'esprit dans ces ouvertures, etremplira par la mul-
titude de ses enfauts les places que les anciens ha-
bitants du ciel ont laissees rides, et alors on ne
verra plus de trous dansce mur celeste, il sera en-
tier et parfait .
2. Ou si vous l'aimez mieux, nous dirons que
les rimes pieuses et zelees ne trouvent pas ces trous,
mais les font. Comment cela, me direz-vons? Par „, . ,
C est par la
la force de leur pensee et de leurs desirs. Car cette pensee et le
muraille celeste cede aux desirs ardents de l'ame, rjme'demea-
conime des pierres molles cedent au ciseau qui les re 4aus les
1 n cieni.
taille ; elle cede a une contemplation pure, elle cede
a une oraison frequente. Car la priere du juste pe-
netre les cieux [Eccl. xxxv, 21). Ce n'est pas
qu'elle fende les plaines de cet air maleriel cornme
fait un oiseau avec ses ailes, ou qu'elle traverse,
comme avec une epee, le hautdu firmament. II y a
des cieux qui sont saints, vivants et raisonnables,
qui racontent la gloire de Dieu, qui daignent favora-
blement s'abaisser jusqu'a nous, lorsque nous les
en prions, etqui, se laissant toucher par nosvceux,
veulent bien nous reunir comme dans leur sein,
toutes les fois que nous y frappons a leur porteavec
une intention droiteet pure. Car on ouvre a celui
qui frappe. 11 est done permis a chacun de nous,
meme durant le temps de cette vie mortelle, de se
creuser des trous en telle partie qu'il lui plaira de
cette muraille celeste, de visiter les patriarcbes et
de saluer les propnetes, de se meler aux college
hominibus habent, tanquam ruinae de lapidibns vivls re-
liciendaa. Unde aposlolus Petrus : Accedentes, inquil,
ad lapidem vivum, et ipsi tanquam lapides, vivisuperce-
dificamini, domos spirituals. Nee puto ab re esse, si
inlelligimus angelorura custodiam vicem exhibcre ma-
ceriae in vinea Domini, quae est Eccicsia praedestinato-
rum, cum Paulus dicat : Nonne omnes administratorii
spirilus sunt, missi in ministermm propter eos, qui hce-
reditatem cupiunt salutisl Et Propheta : bnmittit an-
gelus Domini in circuitu fimenlium earn. Et si ita sedet,
erit sensus, quia Ecclesiam tempore et loco peregrina-
tionis sure duae res consolentur : de praelerito quidem
memoria Passionis Christi : de futuro aulem, quod se
in sortem sanctorum cogitat et conlidit recipiendam.
Ambohaec, veluti ante et retro oculata. insatiabili desi-
derio conluetur : et uterque illi intuitus admodnai gra-
tus, uterque est illi refcigium a tribulatione malorum et
dolore. Integra consolalio, cum non solum quid sibi
exspectandum, sed et unde id sit praesumendumnoverit.
Exspeclatio laeta nee dubia, quae Christi mortc (irmata
est. Cur paveat ad pra?mii magnitudinem, qu,E pretii
dignitatem considerat? Quam libens mente invisit fora-
mina, per quae sibi sacrosancti sanguinis pretium fluxitl
Quam libens cavernasperambulat, et diversoria, el nian-
siones, quae sunt in domo patris multce atque diversae,
in quibus babet collocare filios suos pro quorumque
diversitate meritorum ! Et nunc quidem (quod solum
interim potest) soia in his memoria requiescit, ccelcsle
T. IV.
babitaculum, quod desursum est, jam animo induens.
Erit autem cum implebit ruinas, cum cavernas et cor-
pore inhabitabit, et mente ; cum vacua domicilia, quae
anliqui reliquerunt habitalores, ipsa suae universilatis il-
luslrabit praesentia, nee ulla ultra apparebit caverna
penitus in ccelesti maceria, felici de caetero perfectione
sui atque integritate gaudente.
i. Aut si id magis probas, dicemus has cavernas a
studiosis et piis mentibus non inveniri, sod fieri. Quo-
nam modo, inquis? Cogitatione et aviditate. Cedil nempe
in modum macerice mollioris pia maceries , desiderio
animae, cedit purae contemplationi, cedit crebrae orationi
Denique oratio jusli penelrat ccelos. Non utique aeris
hujus corporei spaliosas altitudines, veluti quodam re-
migio alarum suarum instar volucris volanlis scindet,
aut quasi gladius acutus ipsius firmamenti solidum cel-
sumque verticem perforabit : sed sunt cceli sancti, vivi,
rationales, qui enarrant gloriam Dei, qui favorabili qua-
dam pietate nostris se votis libenter inclinant, et sinuatis
ad tactum nostras devotionis aflectibus in sua nos reci-
piunt viscera, quoties digna ad eos intentione pulsamus.
Pulsanti enim aperietur. Licebit itaque unicuique nos-
trum, etiam hoe tempore nosliae mortaiitatis, cavare sibi,
quacumque parte volet, cavernas supernae maceriae : nunc
quidem patriarchas revisere, nunc vero salutare prophe-
tas, nunc senatui immisceri apostolorum, nuncmarlyrum
inseri choris : sed et beatarum virtutum status et man-
sinnes a mmimo angelo usque ad Cherubin of Seraphin,
29
450
OELVRES DE SAN1T BERNARD.
des ap6tres, de s'introduire dans le chceur des mar-
tyrs .Ou pcut meme, si on en a devotion, pareourir
avec allegresse lesdemenres desbienheureusesver-
tus, depuis le moindre des anges jusqu'au plus
grand des Cherubins et des Seraphins. Et si quel-
qu'un Erappe avec perseverance jusqu'a la porte de
ceux dans la compagnle desquels il se plaira da-
vantage, comme l'esprit de Dieu souffle ou il veut,
ils lui ouvriront aussitot, et, so faisant comme une
ouverture dans ces montagnes, ou plutdt dans ces
esprits celestes, qui se laisseront Qechir & ses prie-
res, il reposera un peu parmi eux. La \oix et le
visage de quiconque agit do la sorte, sont toujours
agreablesu Dieu; le visage a cause de sa purete, la
voix a cause des louanges qu"il lui donne. Car il
voit dun ceil favorable ceux qui confessent son
nom et qui out lime belle (Psal. xcv, 6). C'est
pourquoi il dit a celui qui se montre tel : o Uon-
trez-moi votre visage, que voire voix retentisse &
Que faut-il nies oreilles (Cant, it, 14). » La voix est l'admiration
cnteDdre par de Fame en contemplation ; c'est Taction de graces.
la von de r ' °
lame. Dieu se plait extrenieinent dans les creux de cette
muraille, d'ou sort une voix d'action de graces, une
voix d'admiration et de louanges.
3. Heureuse lame qui a soin de se creuser sou-
vent des relraites dans cette muraille ; mais plus
encore celle qui s'en creuse dans la pierre. On peut
aussi s"en creuser dans la pierre, mas il faut pour
cela une purete bien plus grande, une application
bien plus forte, et une sainltte bien plus emi-
nenle. a Mais qui possede taut de sublimes quali-
tes ! C'est celui qui a dit : « Le Verbe etait des le
commencement, et le Verbe etait en Dieu. Ainsi
des le commencement le Verbe etait en Dieu (Join.
a DaDs plnsieurs manuscrits, le mot « saintete « manque :
Toutefois il se troure dans tontes les editions meme dans les
plus aaciennes.
i, 1).» Ne vous semble-t-il pas qu'il s'est coinme
abime dans le sein du Verbe, et qu'il a puise dans
le plus profond de son coeur comme la moelle sa-
cree de la sagesse ?Oue dirai-je de celui qui tenait
parmi les saints des discours si eleves et si pleins
de sagesse, mais dime sagesse si tmslerieuse que
uul des princes du monde n'a connuo (1 Cor. n,
6)? Aussi l'etait-il adle chercher jusque dans le troi-
sieme ciel, apres avoir perce les deux premiers par
une pieuse et sainle curiosile. Et il ne nous l'a pas
cachee, au conlraire il a l&che de nous la decouvrir
le plus Gdelement et le plus clairemenl qu'il a pu.
11 a out des paroles ineuables qu'il ne lui a pas ete
permis de divulguer aux bommes (II, Cor. xn, U),
et dont il s'entretenait settlement avec Dieu. Ke-
presentez-vous done Dieu consolant ainsi la charite
de saint Paul de la peine qu'elle resseut de ne pou-
voir leur en faire part, et lui dire : Pourquoi vous
tourmentez-vous de ce que les homines ne sont pas .
,. ,, , , . Cc que lei
capanles d entendre les cnoses que vous avez com- saintsrappor
prises? « Que votre voix resonne a mes oreilles. » 'S'mln'/iS
C'est-a-dire, s'il ne vous est pas permis de reveler autresdecet
, . , le conlem-
aux mortels ce que vous pensez, consolez-vous au plation.
moins que votre voix soit admise a charmer les
oreilles dun Dieu. Voyez-vous comme cetle ante
saiute s'abaisse quelquefois it cause de la charite
qu'elle a pour nous, et s'eleve d'autresfois exlraor-
dinairement lorsqu'elle parle avec Dieu? Voyez
aussi si David n'esl point lui-meme cet homme sur
au sujet duquel il dit a Dieu comme s'il parlait
d'un autre : « La pen-re ,1c I'homme vous louera,
et les restes de sa pensee s'occuperont it celebrer
des fetes en votre honueur (Psal. i.xxm, 11). »
Tout ce que le Propuete pouvait faire paraitre
de ses pensees par ses poroles ou par sons
exemple, il l'employait done a rendre a Dieu des
tota mentis alacritate percurrendo lustrare, prout quem-
que sua devotio feret. Apud quos magis aflicietur, im-
niittente sibi spiritu prout vult; si steterit et pulsaverit,
confestim aperietur ei, et facta quasi caverna in monti-
bus, vel potius mentibus Sanctis, dum se ultro inflcctunt
ad pietatem, requiescet vel paululum apud illos. Omnis
aniniae sic facientis et facies, et vox Deo grata exsistit :
fades propter puritatem, vox propter confessioncm.
Etenim confessio et pu/chntudo in conspectu ejus. Unde
et dicitur illi qui ejusmodi est : Ostende mihi faciem
tuam, sonet vox tua in auribus meis. Vox admiratio in
aninio contemplantis,vox gratiarum actio est. Delectatur
admoduui istiusmodi cavernis Deus , e quibus sibi
vox resonat gratiarum actionis, vox admirationis et
laudis.
3. Felix mens, qua sibi in hac maceria frequenter
cavare sluduerit : sed quse in petia, felieior. Licet qui-
dem cavare et in pelra : sed ad hoc puriore mentis acie
opus est, et veheuientiori omuino intentione, etiam et
meritis potioribus sanctitatis. Et ad ha;c quis idoneus?
Nempe ille qui dixit : In prindpio erut \'erbum,et Ver-
bum era: apud Dewn, et Deus erut Verbum : hoc erat
in prindpio apud Deum. Nonue tibi videlur ipsis se
Vcrbipenetralibus immersisse, el de abdilis pectoris ejus
quamdamintim* sapientiie saciosanclam eruisse medul-
lam? Quid ille qui sapientiam loquebatur inter perfec-
tos, sapienliam m mysterio abscondilam, quam nemo
principum mundi hujus cognovit? Nonne uno el altera
ccelo acuta, sed pia curiositale lerebratis, e teiiio tan-
dem hanc pius scrutator evexit? At ipsam non siluit
nobis, verbis quibus potuit lidelibus fideliter inlimans.
Audivit autem verba inelTabilia, qua non licuit illi loqui.
Non utique homini, nam sibi ilia loquebatur et Deo.
Puta ergo Deum quasi sollicilam Pauli charitalem hoc
modo consolari, et dicere : quid anxiaris quod concep-
tual tuum auditus non capit Uumanus? Sonet vox tua
in auribus meis. Hoc est, si quod sentis, non licet reve-
lare mortalibus, consolare tamen, quod vox tua divinas
queat mulcere aures. Vides sanctum aniniam, nunc qui-
dem chaiitate sobriam nubis, nunc vero puritate exce-
dentem Deo? Vide etiam de sancto David, ne forle ille
sit ipse homo, de quo cum Deo, quasi de alio loquitur :
Quonium cogitatio hominis confiteoitur tibi, et reltquiiz
cogituiionis diem festum agent tibi. Ergo quod de cogi-
tatione prophetica verbo ct exemplo prophets venire ad
medium potent, id Propheta in publicam mox laxabat
SOIXANTE-DEUXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
451
louanges publiques parmi les hommes , et
ce qui en restait il le gardait pour lui et pour
Dieu, et ils en faisaient ensemble des fetes et des
rejouissances particulieres. C'est done ce qu'il vent
nous faire entendre par ce verset que je viens de
citer, que de tout ce qu'il pouvait tirer' du secret
de la sagesse divine, par line reclierche tres-exacte
et tres-ardente, il en faisait part aux homines du
niieux qu'il lui etait possible, par les instructions
et les enseignements qu'il leur donnait: et que
pour le reste, qui etait an dessus de leur portee, il
l'employait en particulier a chanter des hymnes de
louanges a Dieu.Vons voyez par la qu'il ne se perd
rien de la sainte contemplation, puisque ce qui ne
pent servir a l'edification des peuples, sert a com-
poser en l'honneur de Dieu des cantiques de louan-
ges qui lui sont tres agreables.
Dieu, car, penche vers la v&tre, vous ne pouvez pas
lever vers la sienne votre tete appesantie par la
cupidite. Mais si nous nous en depouillons, nous
pourrons avec assurance sonder la pierre, dans la-
quelle sont caches des tresors de sngesse et de
science. Si vous on doutez encore, ecoutez la pierre
meme vous dire : « Ceux, qui travaillent sur moi,
ne pecheront point (Eccl. xxiv, 30). Qui me don-
nera des ailes de colombe pour m'envoler et me
reposer [Psal. uv, 7) ?» L'homme simple et paciflque
trouve du repos, oil le fourbe, le vain, et 1'ambi-
tieux, ne trouvent que de 1'accablement. L'Eglise
est une colombe, c'est pourquoi elle se repose.
Elle est une colombe, parce qu'elle est innocente,
etqu'elle gemit. Elle est, dis-je, une colombe parce
qu'elle recoit avec douceur le Verbe qui vient en
elle. Et elle se repose dans le Verbe, e'est-a-dire,
II y a deui
sorles de
conteru-
platious.
h. D'oii i! parait clairement qu'il y a deux sortes dans la pierre, car la pierre c'est le Verbe. L'Eglise
de contemplations, l'une de I'etat, du bonheur, de
la gloire de la cite celeste, a laquelle est occupe
ce grand nombre de citoyens du ciel, soit qu'ils
agissent ou qu'ils se reposent. L'autre, de la ma-
jeste, de l'eternite et de la divinite du Hoi de cette
ville sainte. I. a premiere se fait dans la muraille,
et la seconde dans la pierre. Mais plus il est diffi-
cile de creuser la pierre, plus ce qu'on en tire est
done demeure dans les trous de la pierre, dou elle
voit la gloire de son Epoux, et neanmoins elle n'en
est pas accablee, parce qu'elle ne l'usurpe pas.
Elle n'est pas accablee, parce qu'elle ne sonde pas
la majeste de Dieu, mais sa volonte. II est vrai
qu'elle ose bien quelquefois contempler sa majeste,
mais c'est pour l'admirer, non pour la sonder, si
quelquefois il lui arrive d'etre ravie en elle par ex-
Comment il
!st prrrois de
cruterlama-
eslede Dieu.
confessionem, et ex eo confilcbatur in populis Domino,
reliquum sibi et Deo servans, unaque feslivum ducens
in laMitia et exsultatione. Hoc ergo est. quod nobis inli-
mare memorato versiculo voluit. Quidquid videlicet sua
ilia scrutabunda et avida cogilatione ex arcano sapicntiae
eruere praivalebat, partem quam poterat in salutem po-
pulorum sollicita praedicalione impertiebatur : reliquum
quod caperc plebes non pnterant, festiva jubilalione in
Dei laudibus expendebat. Vides sancta? contemplationi
deperire nihil, dnm quod expendi in plcbium aedifica-
tionem non potest, id vel maxime Deo sit jucundadeco-
raque laudatio.
4. Quae cum ita sint, duo liquet contemplation's genera
esse : unum de statu et felicitate et gloria civitatis su-
pernae, quod vel actu, vel olio ingens ilia cceleslium
civium occupata sit multilndo : alteram de regis ipsius
majestate, aeternitate, divinilate. Ilia in maceria, ista in
petra. Sed base quanto dil'iicilius cavatur, tanto suavius
quod inde eruis sapit. Nee verearis illud quod Scriptura
minatur scrutitoribus majestatis. Tantum after puruni
et simplicem oculum : non opprimeris a gloria, sed ad-
milteris, nisi non Dei, sed tuam quassieris gloriam.
Alioquin sua quisque opprimitur, non Dei gloria, dum
proclivis in islam, ad illam levnre rervinem non sinitnr.
L'Eglise
senile plutM
la vo'onte
que la majea-
t6 de Dieu.
agreable et savoureux. N'apprehendez point en ce tase, c'est que le doigt de Dieu est la qui daigne
cas la menace que l'Ecriture fait a ceux qui veu- elever l'homme par sa benle, ce n'est pas I'efTet de
lent sonder la majeste du Tres-Haut (Prov. xxv, la temerite de l'homme qui s'eleve avec insolence
27) ; apportez seulement un ceil pur et simple, et jusque dans le sein de Dieu. Et quand l'Ap6tre dit
vous ne serez point accable sous le voids de la qu'il a ele ravi, comme pour excuser sa hardiesse;
gloire, au contra ire vous serez admis a. la pene- quel est le temeraire qui oserait entreprendre par
trer, a moins que vous ne cherchiez la votre plu- ses seules forces de monter jusqu'au sanctuaire ter-
t6t que celle de Dieu. Car alors ce serait plutot rible de cette haute majeste, et penelrer dans ses
votre gloire qui vous accablerait , que celle de mysteres si redoutables ? Je crois done q,ue ceux
nimirum graven, enpiditate. Hac excussa, secure scru-
temur * in Petra, in qua thesauri abscouditi sapienliae
et scientiie sunt. Si adhuo dubitas, audi ipsam Petram.
Qui operantw, inquit, in me, non peccabunt. Quis da-
bit mihi pennas sicut columb<e, et volabo, et requiescam ?
Ibi requiem invenit mansnelus et simplex, ubi dolosus
opprimitur, vel elalus, el cupidus inanis glnriae. Eccle-
sia columba est, et ideo requiescit. Columba, quia
innorens, quia gem ens. Columba, inquam, quia in
mansuetudine suscipit insitum verbum. Et requiescit in
Verbo, hoc est in pelra ; nam petra est Verbum. Ec-
clcsia ergo in foraminibus pptrae, per quam introspicit,
et videt gloriam Sponsi sui ; nee opprimitur tamen a
gloria, quoniam non sibi usiirpat earn. Non opprimitur
quia non serulatrix majestatis est, sed voluntatis. Nam
quod majestili attinet, interdum quidem et in ipsam
intendere audet, sed quasi admirans, non quasi scrutans.
Sed et si quando per excessum rapi in illam contingat,
digitus Dei est isle, dignanler levans hominem, non ho-
minis temeritas insolenter Dei alta pervadens. Cum
enim Apostolus raptum se'memoret *, ut ausum excu-
set : quisnam alter pra?sumat mortalium huic se divina;
majestatis horrendo sorutinio propriis intricare conati-
bus, et importunus contemplator pavenda irrumpere in
* al. fodia-
mus.
al. comme-
moret.
452
OEUVRES DE SAINT BERNAMI).
qui sondent la majesty de Dieu, sont proprement
ceux qui se precipitant sans aucune retenue dans
le secret de sa grandeur, non pas ceux qu'il daigne
lui-meme y faire entror par un ravissement d'ex-
tase. Aussi n'y a-t-U que les premiers qui soient
accables de sa gloire.
n est plus 5. 11 est done tres-dangereuxde sonder lamajesle
■Ord.'-cnii.r je rjieu mais sonder sa volonte, e'est une chose
la volonte de '
Dim que sa aussi sure que louable. En eifet, pourquoi u'em-
oiajest' ploierais-je pas tout mon soin, a decouvrir la
volonte de celui a qui je dois obeir en tout? C'est
une gloire bien agreable, que celle qui ne procede
que de la contemplation de sa douceur, de la vue
des richesses de sa bonte et de sa misericorde.
C'est cette gloire que nous avous vue, cette gloire
du Fils unique du Pere (Joan, i, ill), car toute la
gloire qui a paru de cette facou, est l'effet d'une
bicnveillance toute palernelle. Cette gloire ne m'ac-
cablera point, quaud je m'appliquerais de toutes
mes forces a la contempler, au contraire, elle
s'imprimera plutot en inoi. Car, lorsque nous voyons
Dieu a decouvert, nous sommes transformes, comme
dit l'Apotre, en une meme image avec lui, et pas-
sons de clarte en clarte, comme conduits par
l'esprit du Seigneur (II Cor. m, 18). Nous sommes
transformes en lui, lorsque nous lui devenons con-
formes. Or, a Dieu ne plaise que 1'homme presume
lui etre conforme par la gloire de la inajeste, plu-
tot que par un assujettissement parfait a sa volonte.
Ma gloire, c'est de pouvoir entendre de moi cette
parole : J'ai trouve un homme selon mon cceur. Le
cceur de l'Epoux est le cceur de son Pere. Or, quel
est le cceur de ce dernier : « Soyez, dit-il, miseri-
cordieux comme Test votre Pere (Luc. vt, 36). »
C'est cette forme-la, qu'il desire voir, lorqu'il dit a
l'Ecrlise : « Montrez-moi votre visage (Cant.
xxi, l/i). )> C'est une forme de piete et de mansue-
tude. Elle la leve avec toute confiance, vers la
pierre a qui elle est semblable. « Approehez-vous
de lui, dit le Prophele, et VOUS serez eclaires, et
voire visage ne recevra point de confusion. (Psal.
XXXUI, 5). » Comment une ame humble serait-elle
confondue par celui qui est si humble, une ame
sainte par le Dieu de saiutete; une ame modeste
par la douceur meme? La face si pure de l'Epouse,
sera-t-elle contraire a la purete de la priere? Elle
le sera si la vertu est contraire a la vertu, et La
lumiere, a la lumiere.
0. Mais comme l'Eglise ne se peut pas approcher
encore tout enliere pour percer la pierre, car il
n'appartietit pas it tous ses enfants de penetrer les
secretsdela volonte de Dieu, oude comprendre par
eux-memes, la profoudeur deses conseils, i'Epouxne
dit pas seulement qu'elle habite « dans les trous de
la pierre, mais encore dans les ouvertures de la
muraille. » Consideree dans ceux qui sunt parfails,
et qui, par la purete de leur conscience, et par la
subtilite de leur intelligence , osent et peuvent
sonder les secrets de la sagesse, elle habite dans
les trous de la pierre. Consideree dans les antres,
elle demeure dans les ouvertures de la muraille,
e'est-a-dire ceux qui ne peuvent ou qui n'osent pas
creuser par eux-memes dans la pierre, creusent
dans la muraille, et se contentent de contempler en
esprit la gloire des saints. S'il y en a qui ne puis-
sent pas meme arriver jusque la, elle leur propose
Jesus-Christ, mais Jesus crucilie, aim que sans
aucun travail de leur part, ils demeurent aussi dans
les trous de la pierre qu'ils n'ont point creusee. Le
Juif les a creuses, mais eux jouirout des travaux
des inlideles, pour devenir fideles. lis n'ont point a
craindre d'etre rebutes puisqu'ils sont appeles a y
Cola convient
pourtant tin
Ames plus
parfaitei.
Les autres se
contentful de
contempler
la gloire et
les souffrai
ces des
saints.
arena ? Scrutatores proinde majestatis, tanquara irrup-
tores dici rcor, non qui scilicet rapiuutur in earn, sed
qui irruunt. Ipsi itaque opprimuntur a gloria.
5. Ergo formidolosa scrutatio majestatis : at volun-
tatis, tain tuta, quaui pia. Quidni lota diligentia scru-
tando instem sacramento gloria voluntatis, cui mihi
parendum per omnia scio ? Suavis gloria, qua non
aliunde, quam de ipsius suavitatis contemplatione pro-
cedit, quam de dhitiarum bonitatis ac multa misera-
tionis intuitu. Denique vidimus gloriam hanc gloriam qua-i
Unigeniti a Patre. Totnm nempe benignum et vere pa-
ternum, quod apparuit gloria in hac parte. Non me oppri-
metgloria ista, totis licet viribus iiitendentem in se : ego
potius imprimar illi. Etenim revelata facie speculantes,
in eamdem imaginem transformamur de clarilale in
claritatem, tanquam a Domini spirilu. Transformamur
cum conformamur. Absit autem ut in majestatis gloria,
el non magis in voluntatis modestia, Dei ab nomine
conformitas prasumalur. Gloria mea hac est, si un-
quam de me audiero : inveni hominem secundum cor
meum. Cor Sponsi, cor Patris sui. Ipsum quale ? Es-
tote, ait, misericordes, sicut el Pater vester miiericors
est. Ihec forma quam videre desiderat, cum Ecclesia
dicit, Ostende mihi faciem tiiam : forma pietatis et man-
suetudinis. Hanc cum omni fiducia levat ad Petiam.
cui similis est, Aecedite, inquit, ad eum, et illuminammi,
et fades vestrm non confunrteniur. Quo pacto humilis
ab humili confundetur, a pio sancta, et a mansueto
modesla ? Non plune abhorrebit a puritatc petra pura
faeies Sponsa, non magis quam a viitnte virtus, a lu-
mine lumen.
6. Sed quia non ex omni interim parte adbuc ad
petram forandam Ecclesia accederc potest, (neqne
enim omnium est, qui in Ecclesia sunt, sacramenta di-
vina voluntatis inspicere, aut appreheudere per
semetipsos profunda Dei :) ideo non solum in forami-
nibus petra?, sed et If! cavernis maceria: h;cbitare osten-
ditur. Ergo in perfectis quidem, qui rimari ac penetrare
arcana sapientia et purilate conscientia audent, et
intelligentia acumine possunt, habitat * in foraminibus • scil. Ecel
petra. De reliquo in cavernis maceria : ut qui in petra s,a'
per semetipsos fodere aut non sufficiunt, aut non pra-
sumunt; in maceria fodiant, contenti vel gloriam sanc-
torum mente intueri. Si cui ne hoc quidem possibile sit
SOIXANTE-DEUXIEME SERMON SUR LE CANT1QUE DES CANTIQUES. 653
entrer. « Eutrez daDs la pierre, (lit Dieu a un de pour lors elle dira avec conliance ce qu'elle a vu,
ses prophetes, cachez-vous dans une fosse creusee elle sera agreable a son Epoux, par sa voix et par
dans la terre, pour eviter la presence terrible du son visage. Le visage qui peut supporter les clartes
Seigneur et la gloire de sa tnajeste [ha. u, 10). » du visage de Dieu, ne peut manquer de lui plaire.
Lame qui est faible et paresseuse, et qui, selonle mot Car elle ne le pourrait pas, si elle n'elait aussi
de l'Evangile, ne peut fouiller la terre, et a honte toute claire et toute pure,
£fficacite des
blessures de
Jesus-Christ
pour guerir
les blessures
de l'anie.
II n'y a que
les saints qui
puissenl voir
Dieu dans ia
gloire et etre
vus de lui.
et transformee dans
l'image de la splendeur qu'elle couteuiple. Autre-
ment, elle demeurerait tout eblouie, comme frap-
pee par une lumiere trop vive et trop eelatante.
Aussi, lorsque pure, elle pourra regarder Dxement
la verite dans toute sa purete, l'Epoux desirera
voir son visage, et par consequent entendre sa
voix.
8. En effot, il montre assez combien la predication La predioa-
de la verite lui est agreable, quand elle est iointe ,ion requiert
° . J un cceur pur.
a la purete du coeur, lorsqu'il ajoute : « Car votre
voix est douce (Cant, n, 14), » et que la voix ne lui
plait point lorsque le visage lui deplait, il le temoi-
gne assez par cequ'il dit aussitot : « Et votre visage
est beau : » Qu'est-ce que la beaute du visage in-
terieur, si non sa purete ? Elle lui a plu toute seule
en plusieurs, sans la voix de la predication : mais
la voix de la predication ne lui a jamais plu dans
personne sans la purete. La verite ne se .montre
point aux impurs, la sagesse ne se coulie point k
eux. Comment done pouvaient-ils parler de celle
qu'ils n'ont point vue ? « Nous parlons, dit saint
Jean de ce que nous savons, et nous rendons te-
nioignage de ce que nous avons vu (Joan. m). »
Allez done rendre temoignage de ce que vous qu! 90nt [es
capable de voir. Mais lorsque, par le sejour qu'elle n'vaez point vu, et parler de ce que vous ne savez d^djcateu™
fera dans cette fosse, elle aura tenement IravailbS pas. Me demandez-vous qui est celui que j'appelle nest pas pur
a la guerison de son ceil interieur, qu'elle puisse impur ? C'est celui qui recbecbe les louanges des
aussi contempler la gloire de Dieu a decouvert , hommes, qui trafique de l'Evangile, qui preche
de mendier son pain (Luc. xvi, 3), voit devant elle
une fosse dans la terre pour se cacher, jusqu'a ce
qu'elle devienne plus forte et plus avancee, et qu'elle
puisse elle-meme se creuser des trous dans la
pierre, pour entrer dans ce qu'il y a de plus inte-
rieur dans le Verbe, grace a la vigueur et a la
purete de son esprit.
7. Si par cette fosse nous entendons celui qui
dit : « lis ont creuse mes mains et mes pieds (Psal.
xxi, 18); » il ne faut point douter, que l'anie bles-
see qui y demeure, ne recouvre promptement la
sanle. Car qu'y a-t-il de plus efficace pour guerir
les plaies de la conscience, et pour purilier l'enten-
dement, que la meditation assidue des plaies de
Jesus-Christ? Mais jusqu'a ce qu'elle soit parfaite-
nient purifiee et guerie, je ne vois pas comment on
lui peut allribuer ces paroles : « Monlrez-moi votre
visage, que votre voix resonne a mes oreilles (Cant.
n, 1!)). » Car, comment celle a qui on ordonne
de se cacher, oserait-elle moutrer son visage, ou
elever la voix ? « Cachez-vous, dit-il, dans une
fosse (Isa. n, 10). » Pourquoi? parce qu'elle n'est
plus belle, ni digne d'etre vue. Et elle ne sera
point digne d'etre vue, tant qu'elle ne sera point
huic sane proponet Jesum, et hunc crucifixum : ut et
ipse absque suo labore habitet in in foraminibus petrse,
in quibus non laboravit. Judaei in his laboraverunt, et
ipse in lahores inlhlelium introibit, ut sit lidelis. Nee
verendum quod patiatur repulsam: qui et vocatur ut in-
tret. Ingredere, inquit, in petram, abscondere in fossa
humo a facie titnoris Domini, et a gloria majestatis
ejus. Inlirma? adhuc et inerti aniui* (quai jtixta quod in
Evangelio quidarn de semetipso confilelur, fodere non
valet, el mendicare erubescit) fossa ostenditur humus
ubi lateat, donee convaleseat et proficiat, ut possit et
ipsa per se cavare sibi foramina in petra, per qua;
intrct ad interiora Verbi, animi utiquc vigor et puritate.
1. Et si intelleximus fossam humum, illam qua? ait,
Foderunt maims meas, el pedes meos : non erit ambi-
gendum de sanitate in ea citins adipiscenda animaB
vulnerata?, qiue in ea demorabitur. Quid enim tarn effi-
cax ad curanda conscientiaa vulnera, necnon ad purgan-
dam mentis aciem, quain Chrisli vulnerum setlula
meditatio ? Verum donee purgata et sanata pertecte
fuerit, non video qualiter illi aptari possit quod dicitur;
Ostfnde mihi / 'aciem tuam, sonet vox tua in auribus
meis. Quomodo denique faciem suam ostendere audeal,
vel levare vocem suam, cui et latere indicitur ? Abscon-
dere, inquit, in fossa humo. Quare ? Quia non est
pulchra facie, nee digna qua? videatur. Non erit digna
videri, quandiu non erit videre idonea. Cum autem per
inhabitalionem fossa; humi in sanando oculo interiori
tanlum profecerit, ut revelata facie speculari gloriam
Dei et ipsa possit : tunc demum qua; videbit, liduciali-
terjam loquitur, voce et facie placens. Placeat necesse
est facies, quae in Dei c.laritatem intendere potest. Ne-
que enim id posset, nisi clara ipsa quoque esset et
pura, utique transformata in eanidem quam conspi-
cit claritatis imaginem. Alioquin ipsa dissimilitudine
resiliret, insolito reverberala fulgore. Ergo cum
pura puram intueri potuerit veritatem, tunc faciem ip-
sius Sponsus videre cupiet, consequenter et vocem ejus
audire.
8. Nam quantum illi placeat cum puritate quidem
mentis praedicatio veritalis, ostendit cum subinde infert :
Vox enim tua dulcis. Quia enim non placeat vox si
displiceat facies, demonstrat cum illico subdit : Et facies
tua decora. Quid interna; decor faciei, nisi puritas ?
In pliiribus heec absque praedieationis voce complacuit
ilia absque ista innemine. Impuris non seostenditVeritas
non se credit Sapientia. Quid ergo loquuntur quam non
viderunt ? Quod scimus, inquit, loquimur, et qua; vidi-
mus testamur. I ergo tu,et aude testari quod non vi-
disti, et loqui quod ignoras. Quaeris quem dicam
654 (IEUVRES DE SAINT BERNARD
pour acquerir dcs richesses, qui regarde la piete
comme un mown de t'aire des profits, qui se met
peu in pei le produire du fruit pourvu qu'on
lui donue qtielque chose. Ces personnes sont impu-
r. is ft ne peuveutvoir la virile, a cause deleur
inipurete, e les osenl neanmoins en parler comrae
si elles l'avaient vue. Pourquoi taut vous liter?
Pourquoi ne point altendre la lumiere ? Pourquoi
enlreprenez-vous des oeuvres de lumiere avanl
que la lumiere paraisse ? C'estenvaia que vous i. « Prenez-nous les petits renards qui ravagent
vous levez avant le jour. Le jour, c'est la purete, les vignes, car notre vigne atleuri [Cant, n, 15). »
le jour c'est la charile qui ue chcivhe point ses On voit que'ce n'est pas inutilement qu'ils sont al-
propres interets. II faut qu'i] commence par luire, I6s aux vignes, puisqu'ils y trouvent des renards,
si vous voulez marcher sans le toucher. La veiite qui les ravagent. ('.'est la la suite de la lettre. Mais
SERMON LXIII.
L'hnmme pieux et sage doit cultiver so vigne, c'est-d-
dire sa vie, son dme, sa conscience. 11 y a deux
so>te< de renards, les (latleurs et les detracteurs ;
tcntations (/'•-? jeunes religieux.
leut-etre vue parun ceil superbe, il fautun
ceil pur pour la contempler. La \erite ne refuse
pas de se monlrer a un cceur pur, elle veut done
bien qu'il parte d'elle. « Mais Dieu dit au pecheur,
pourquoi pre*chez-vous mes ordonnances, pourquoi
votre bouclie ose-t-elle annoncer ma loi (Psal.
quel en est I'esprit? Avant toutes choses rejetons
le sens literal de ces paroles comme ridicule, ab-
surde, ettout-a-fait indigne d'une Ecriture si sainte,
et si authentique. Pour l'admettre il faudrait etre
assez depourvu de sens et elre assez sol pour s'i-
maginer y avoir trouve le conseil de nous occuper
xux, IGj ? » Plusieursnegligeantla purtle, ontparle des biens de la terre, a l'exemple des enfants du
avant d' avoir vu, mais ils sont tombes dans des siecle, de garder etde defendrenos vignes conlre les
erreurs grossieres, parce qu'ils ne connaissaient beles qui y causent des degats, de peur de perdre
pas les choses dont-ils parlaient, et qu'ils avail- avec la recolte du vin cause de l'impurete, nos
caient temerairement, ou ils se sont menage la peineset nos depense. Certes ce serait bien perdre,
honte et le mepris parce qu'ils se sont ingeres a son temps que de lire ce livre saint avec tant de
instruire les autres, sans s'elre instruits eux- soin et de respect, pour n'y apprendre qu'a garan-
memes. Prions l'epoux de l'Eglise, Jesus-Christ tir les vignes des renards, de peur de faire line de-
Notre-Seigneur de nous preserver toujours de ce pense inutile en les cultivant, si nous etions ensuite
double mal, lui qui etant Dieu est eleve au dessus negligenls a les conserver. Vous n'etes pas assez
de toutes choses et beni dans tous les siecles. grosssiers ni assez denues de graces spirituelles,
Ainsi soit-i). pour entendre ces choses d'une maniere aussichar-
nelle.Cherchons-en done riiitelligencedans I'esprit.
Nous y trouverons aussi, mais dans un sens tres-
C'est dans le
sens spiritue]
et Don dans
le sens late-
ral qu'il faut
entendre
l'Ecriture.
impurum ? Qui laudes requirit humanas, qui non ponit
sine sumptu Evangelium, qui evangelizat ut manducet,
qui quaestum testimat pietatem, qui non requirit fructum,
sed datum, [mpuri sunt tales; et cum non babeant unde
videaut veritatem propter impurilalem, habenl lumen
unde illaai loquantur. Quid pr.epopere agilis ? Cur lu-
cem non exspectatis? Cur opulus ante lucem pra>
sumitis ? Vanum est vobis ante lucem surgcre.
Lux est purilas, lux charitas, quae non quaerit quae sua
sunt. Haec praicedat, et pes linguae in incerto non po-
nilur. Superbo oculo Veritas nun videtur, sincero patet.
Non est quod se Veritas deneget intuendam puro
cordi, ac per hoc nee eloquendam. Peccatori auiem
dicit Deus : Quare tu enarras justilias meas, et assu-
mes testamentum meum per us tuum ? Multi puritale
neglecta, ante loqui, quam videre conati sunt, et aut
gravitcr erraverunt nescientes de quibus loquerentur,
neque de quibus affirmarenl : aut turpiter viluerunt,
duni qui alios docerenl, seipsos non docuissent. A quo
nos gemino malo semper custodial exoratus a vobis
sponsas Ecclesia: Jesus-CUrislus Doniinus nosier,
qui est super omnia Deus benedictus in saecula. Amen.
SERMO LXIII.
De vinea vim pio et sapienti, id est sua cuique vita,
seu menle et conscientia', <erio colendn ; et de duobus
vulpium generibus, scilicet adulator ibus et de-
tractoribus ; et de tentationibus monachorum novi-
tiorum.
1. Capite nobis vulpes parvttlas, owe demoliuntur vi-
neas ; nam vinea nostra floruit. Liquet quod non otiose
ad vineas ituni sit, quando ibi invenla? sunt vulpes de-
molientes eas. Littera quidem islud. Spirilus aulem
quid ? Ante omnia sane, ul comniunem et usilatum
lilterae sensum ab liac explatione penitus respaamus,
utpote ineptum et insulsum, indignumque plane, qui re-
cipiatur in Scriplura lam sancla, tarn aulhcnlica. Nisi
quis foitc ita vecors et auimo slolidus sit, ut pro inu-
gno habeat didicisse ex ea inslar liliorum hujus saeculi,
ouram gerere terrenarum possessionum, custodire el
defensare vineas incursanlibus bestiis, ne furle contin-
gat amillere fructum vini, in quo est luxuria ; simulque
pereat opera impensa. Grande scilicet damnum, at
propterea librum sanctum lanto studio et tanla cum
veneratione legamus, quod docemur in eo a vulpibus
SOIXANTE-TROFSIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 455
raisonnable et plus digne de l'Ecriture, des vignes recus dans le bain salutaire de la regeneration, et
qui fleurissent, et des renards qui les gatent ; et la qui etaient comme une vigne plantee de la main
peine que nous nous donnerons a les prendre ou a de Dieu, non de celle de l'homme ; apres tout il ne
les chasser sera tout ensemble, plus bonneted plus peut y avoir de vigne, ou il n'y a point de vie. Car
utile. Doutez-vous qu'il faille veilleravec bien plus j'estime que la vie du pecbeur est plutot unemort,
de soin, pour conserver des Ames, que pour garder qu'une veritable vie. En effet, comment la viepeut-
des recolles, pour les garantir despieges du demon, elle s'accorder avec la sterilite ? Lorsqu'on voit un i_a vie du
que pour prendre der renards qui endommagent arbre sec et sterile, ne juge-t-on pas aussitot qu'il p^henrert
est mort ? Les sarments sont morts aussi : « 11 a mort qu'une
fait mourir leurs vignes, par lagrele (Psal. lxxvh,
.a vigne de
'bomme c'est
s vie et sa
eooscieDce.
/iDsense o'a
point de
vigne.
une vigne ?
2. Mais il est temps que je vous apprenne quelles
sont ces vignes et ces renards spiriluels. C'est a.
vous, mes enfants, a appliquer, cbacun a votre vi-
gne, les cboses que je dirai en general devoir etre
evitees.Pour le sage, sa vigne c'est sa vie, c'est son
ame, c'est saconscience. Car le sagene laissera rien
en lui, d'inculte el de desert. 11 n'en va pas de
47), » dit un prophete, montrant que les vignes
condamnees a une perpetuelle sterilite, sontprivees
de vie. Ainsi, le fou par cela meme que sa vie est
inutile, est mort, quoiqu'il semble vivant.
3. II n'y a done que le sage qui ait, ou plutot D n.y a donc
qui soit une vigne, parce qu'il a la vie. C'est un <tue le sa6a
meme de l'insense, vous trouverez que chez lui arbre qui porte du fruit dans la maison du Seigneur, vigne.
tout est neglige, tout est en desordre, tout est en et partant c'est un arbre vivant. Car la Sagesse meme
fricbe, tout est sale. L'insense n'a point de vigne, qui fait lhomme sage est un arbre de vie pour ceux
comment yaurait-il une vigne, la oil Ton ne voitrien qui la possedent. Comment celui qui la possede ne
de plante, rien de cultive ? La vie de l'insense est vivrait-il pas ? 11 vit, et il vit de la foi. Car le sage
toute pleine d'epines et de cbardons ; et il aurait et juste, et le juste, selon l'Apotre, vit de la foi
uue vigne? Quand il en aurait eu une, iln'en a (Hcb. x, 38). Et si l'ame du juste est le siege de la
plus main tenant, ce n'est plus qu'une solitude. Oil sagesse, comme elle l'est, en etfet, il s'ensuit que
est le cep de la vertu ? Oil sout les grappes des bon- celui qui est juste est sage. Soit donc que vous le
nes ceuvres ? Ou est le vin de la joie spirituelle ? nommiez juste ou sage, il ne vivra jamais sans
« J'ai passe, dit le Sage, par le champ d'un pares- vigne parce qu'il ne cessera jamais de vivre. Car la
seux, et par la vigne d'un insense, etje les aivus tout vigne et la vie sout en lui une meme chose. Et la „
,. f _ J . Comment le
remph de ronces, les bruyeres en couvraient toute vigne du juste est bonne, ou plutot le juste est uns juste est une
la surface, et la cloture en efait toute demolie bonne vigne puisque la vertu lui tierit lieu de cep, "Sne-
(Prov. xiv, 30).» Voyez-vous comme le Sage se ses bonnes ceuvres, de pampres, let emoignage desa
moque de l'insense, il a laisse perir les biens de la conscience, de vin, et sa langue de pressoir qui
nature, et les dons de la grace qu'il avait peut-etre tire ce vin de la grappe. Car, comme dit l'Apdtre :
vineas custodire, ne in excolendis illis frustra marsupia
vacuentur, si in custodiendis pigri fuerimus. Non estis
tam t'udes, neqne adeo spiritualis gratia; experles, ut
ita carnaliter sapialis. Ergo in spiritti ista quaeramus.
Ibi sane invenimus, sano quidem intellectti, sensuque
nihilominus digno, et vineas tlorenles, et vulpes demo-
lienles, in quibus capieadis vet amovendis et honestius
laboratur, et fructuosius. An vos dubitatis longe vigi-
lantins insistendtim mentibus servandis, quam frugibus ;
longe curiosius invigilandum cavendis propter illas spi-
ritualibis nequiliis , quam capiendis propter istas
fraudulentis vulpeculis?
2. Sed jam a me demonslrandae sunt spirituales ista;
tam vites, quam vulpes. Vestra intererit, lilii, sua?
quetnque vineae providere, cum me disputantc adverte-
rit, in quibus sibi, et a quibus maxime sit cavendum.
Vero sapienti sua vita vinea est, sua mens, sua cons-
cientia. Nil quippe incultum desertumve in se sapiens
derelinquet. Stultus non ita. Cuncta apud cum neglecta
invenies, cuncta jacentia, cuncta inculta et sordida. Non
est vinea stulto. Quomodo vinea, ubi nil plantatum, nil
elaboratum uspiam paret ? Tola spinis silvescit et tribu-
lis stulti vita : et vinea est? Etsi fuit, jam non est, re-
dacta nimirum in solitudinem. Ubi vitis virtutis 1 ubi
botrus boni operis ? ubi vinum lajtitia? spiritualis ? Per
agrum hominis pigritransivi, inquit, et per vineam viri
stulti : et ecce totum repleverant uriicce, et operuerant
superficiem ejus spince, el maceria lapidum destructa
erat. Audi Sapientem irridenlem stullum, quod bona
naturae et dona gralia?, qua; forte per lavacrum regene-
rationis acceperat, tanquam idam, quam plantavit Deus
et non homo, primam suam vineam, in non vineam
negiigendo redegit. Denique non potest vinea esse, ubi
vita non est. Nam stultus quod vivit, mortem polius,
quam vitam esse censuerim. Quomodo vita cum sterili-
tate ? Arbor arida et in sterilitatem versa, nonne mor-
tua judicatur? Et sarmenta mortua sunt. Et occidit,
inquit, inqrandine vineas eorum ; monstrans vitas priva-
tas, qua; sterilitate damnata; sunt. Sic stultus eo ipso
quod inutiliter vivit, vivens ir.orluus est.
3. Soli itaque convenit sapienti habere, vet pofius esse
vineam, qui vitam habet. Est lignum fructiferum in
domo Dei, ac per hoc lignum vivens. Siquidem et ipsa
sapientia, qua sapiens dicitur et est, lignum vitae est
apprehendentibus earn. Quidni vivat, apprehensor ejus ?
Vivit, sed ex fide. Justus nempe est sapiens, et Justus
ex fide vivit. Etsi anima justi sedes est sapientia;, sicut
est; profecto is sapiens, qui Justus. Is ergo sivejustum
nomines, sive sapientem, nunquam absque vinea vivet,
quia nunquam non vivet. Hoc quippe est ill i vinea quod
vita. Et bona vinea justi, imo bona vinea Justus, cui
virtus vitis, cui actio palmes, cui vinum testimonium
U 56
OEIIVRES DE SAINT BERNARD.
Le* vignes du
Bage ne sont
soufTrir fes
ravages de
quelques
renards.
Les renards
ce sont ]es
flatteursetles
iletracteurs.
Comment on
doit prendre
ces renards.
ik Toute notre gloire cousiste dans le temoignage de lard 1 II est pris sans doute et pris pour le Sei-
notre conscience (II Cor. i, 12). » Voyez-vous comme gneur, selon qu'il l'a commands expressement en
rien n'est inutila chez le sage? Ses discours, ses disant: « Prenez-nous les petits renards. » Plut a
pensees ses actions, et Le reste de sa conduite sont Dieu que je puissc prendre ainsi tous ceux qui me
, sont l'edtlice de Dieu, sunt h9issen1 s.m-. sujet afin de les rendre ou de les
lavignei t Seigneur des armees. Et que pourrail-il gaguer it Jesus-Christ. Que ceux qui cherchent
se perdre d oe, puisqaie ses feuilles memes ma mort soient ainsi eouverts de honte et de con-
ne tomberont point. fusion, que ceux qui me veulent du mil sevoient
lx. Mais alia ne manqurra jamais de persicu- ainsi trusties de lours mauvais desseins, et i[u'tls
lions ni d'embuches. Car, comme dit l'E^riture, ou en rougissent, afin que j'obeisse aussi a 1'Epoux
il y a beauc mp de bien, il y a beaucoup de gens non-seulement en prenant ces renards, mais en les
qui le mangent (Ecci. v, 10). Le sage n'aura done prenant pourlui, non pour moi. Mais ravenous
pas moiusde suins pour conser versa vigne, quepour a notre teste pour l'expliquer avee orde et suite,
la cultiver, et il ne la laissera point ravager par 5. « Prenez-nous les petits renards qui ravagent
les renards. Celui qui medit en secret, est on re- nos vignes (Cant, n, 15). » Ce passage regarde la
nard bien dungereux, mais celui qui flatte morale, et e'est dans le sens moral que nous avons
n'est pas moins mediant. Le sage se donnera de deja fail voir que ces vignes spirituelles ne sont
garde de l'uu et de l'autre. 11 lachera autant qu'il autre chose que les hommes spirituals, dont l'in-
lui sera possible de les prendre, mais de les pren- terieur etant cultive, germe, fructifie, et produit
dre par ses bienfails, par ses services, par ses
avertissements salutaires, et par les oraisons qu'il
fera pour eux a Dieu. 11 ne cessera point d'amas-
ser des charbons ardents surla tele du medisant et
l'esprit de salut, ce qui me pennet de dire de ces
vignes du Seigneur des armees, ce qu'il dit lui-
meme du royaume de Dieu, qu'elles sont an dedans
de nous (Luc. xvu, 'il). Car nous lisons dans l'E-
du 11 ttteur, qu'il n'ait ole de leurs cceurs, si e'est vangile, que le royaume est donue aux nations qui
possible, a l'uu l'envie, et a l'autre la dissimula- le lout porter des fruits (Matt, xn, /i3). Or ces fruits
tion, selon l'ordre de l'Epoux qui dit : « Prenez- sont ceux dont saint Paul fait le deuombrcineut
nous les petits renards qui ravagent les vignes. » lorsqu'il dit : « Les fruits du Saint-Esprit sont la
Croyez-vous qu'il n'est point pris celui qui, le charite, la joie, la paix, la patience, la modera-
visage couvert de confusion, parce qu'il rougil de tion, la bienveillance, la douceur, la foi, la modes-
son propre jugement, est lui-meme temoin de la tie, la chastele (Galat. \, 22). » Ces fruits sont nos
bonte et du regret qu'il ressent d'avoir hai un progres dans la vertu. lis sont agreables a l'Epuux,
homme aimable, ou de n'avoir aime que de parole parce qu'il prend soin de nous. Pensez-vous que
et de bouche, celui qui l'aimait ventablement et Dieu ait soin des plantes? L'Homme Dieu n'aime
sincerement, comme il l'a reconnu enlin, quoique pas les arbres, mais les hommes, et il regard e
les fruits df
l'esprit.
Jesus-Christ
aime nos
progres com«
me s'ils
etaient
les siens.
conscientia?, cui lingua torcular expressionis. Denique
gloria nostra litre est, inquit, testimonium conscientia'
nostrre. Yides apud sapienlem vacaxe nihil ? Sermo,
cogitatio, conversatio, et si quid aliud est ex eo, quidni
totum Dei agricultura, Dei a^dificalio est, et vinea Do-
mini sabaolli ? Quid denique illi de se perire possit,
quando et solium ejus non defluel ?
4. Csetcrum tali vinere nunquam inl'estationes, nun-
quarn insidiae deeruut. Nempe ubl mutlir opes, multi
sunt et qui comedunt eas. Sapiens erit sollicitua servare
vineam suatn non minus quam excolerc, nee sinel earn
vorari a vulpibus. Pesaima vulpes occultus detractor,
sed non minus nequam adulalor bluadus. Cavebit sa-
piens ab his. Dabit operant, sane quod in ipso est,
capere illos qui [alia agunt ; sed capere beneficiis atque
obsequiis, monitisque s&lutaribus, el oralionibus pro eis
ad Deum. Non cessabit istiusmodi carbones ignis con-
gerere super caput maledici, et item super adulaloris,
quousque (si fieri potest) et illc invidiam, et istisimula-
tionem de corde tnllat, faciens mandatum Sponsi, di-
centis : Capite nobis vulpes parvalat, guct demoliumtur
vineas. An non libi captus ille videlur, qui buOusus ora
rubore, quidpc proprium erubeecensjudicium, ipse suas
confusionis et pueniludinis testis est : sive quod oderil
hominem amore dignissimum, sive quod dilexerit fan-
turn verbo et lingua euni, a quo se diligi opere et
veritale vel sero experlus est ? Captus plane, et captus
Domino, secundum quod nominalim ipe expressit :
Capite, inquiens, nobis. Utinain ego omnes adversantes
milii sine causa ila capere possim, tit Christo eos vel
reslituam, vel acquiram ! Sic, sic confundanlur et re-
vereantur qui qnsrunt aniniam meam , averlantur
relrorsum et erubescant, qui volunt milii mala : quate-
nus inveniar et ipse obediens Sponso, uf capiam el ipse
vulpes, non mini, sed ipsi. Sed relleclatur sermo ad
sui principium, ul suo ordinc series explanalionis pro-
cedat.
5. Capite nobis vulpes parvulas, qua; r/emo/iuntur vi-
neas. Locus moralis est ; juxta morum disciplinam nos
jam oslcndimus, spiriluales lias vineas non nisi spiri-
tuals viros esse ; quorum cum omnia interiora culta
sint, omniaque gcrniinanUa, omnia (rtietil'irantia et par-
turiertii spii'itum salulis, quomodo de regno Dei dictum
est : ita de his vineis Domini sabaotfa teqae dicere pos-
Blimns, quoniam inlia nos sani. Denique in Evangelio
legitur, datum iri gentibus regnum Dei facipnlihusfruc-
lus (jus. Hi sunt quos Paulus enumerat, dicens :
Fructus autem Spiriius est char Has, gaudium, pax, pa-
tientia, longanimitas, bonitas, benignitus, mansueludo,
fides, modestia, continentia, castitas. Fructus isti, pro-
SOIXANTE-TROISIEME SERMON SUR LE CANTIQL'E DES CANT1QUES.
457
comme ses fruits notre avancement spirituel. II en que des fruits. Nous ne craignons pas les renards
observe exaetement la saison ; il jette un regard fa- pour vous, mes petits enfants, parce que nous n'i-
vorable sur eux quand ils commencent a paraitre, gnorons pas qu'ils portent plutot envie aux fruits
et il prend garde, lorsqu'ils paraissent tout-a-fait qu'aux fleurs. C'est autre chose que nous apprehen-
que nous ne les perdions pas, ouplulot deles perdre dons. Je crains que vos fleurs ne soieut bailees,
lui-meme, car il nous eousidere comrae une meme non pas qu'on vous les ravisse, je crains le
chose avec lui. Aussi ordonne-t-il qu'on lui preune
les petits renards qui dressent des embuclies, de
peur qu'ils ne mangent ses fruits tendres encore.
« RameDez-nous, dit-il, les petits renards qui ra-
vageut la vigne. » Et comrae si quelqu'uu lui
froid qui les brtile. Le vent du nord m'est suspect,
aiusi que les gelees du matin qui font perirles fleurs
hatives, et les fruits dans leur germe. C'est done
tlu cote de l'Aquilon que vous e!es menaces. Et
qui pouria supporter la rigueur du froid qu'il
disait : vous craignez trop tot, la saison des fruits cause (Psul. cxlvii, 17) ? Une fois quece froid s'em-
n'est pas encore venue ; cela n'est pas exact, dit-il
« Car notre vigne a lleuri. » Or apres les fleurs,
les fruits ne tardent. point a venir ; elles ne sont
pas plul6t tombees qu'ils sortent aussitot, et com-
mencent a [larailre.
6. Cette parabole regards les temps qui appro-
client. Vovez-vous ces novices? Ils ne font que
d'arriver, ils viennent de se convertir. Nous ne
pouvons pas dire d'eux que notre vigne a ileuri.
Car elle est encore en ileur. Ce que vous voyez
pare de l'anie, comme cela n'arrive que trop sou-
vent quand elle s'endort et se relache, car si alors
personne ne l'empeche de penetrer plus avant, il
eutre jusqu'au dedans de lame, il perce jusqu'au
fond du cceur, il ebranle les bonnes resolutions, se
saisit des avenues par oil l'on pourrait recevoir
quelque secoiirs, trouble la lumiere du jugement,
6le la liberie des functions de l'esprit, alors comme
il arrive a ceux qui sont travailles de la lievre,
Tame contracte une certaine roideur, sa vigueur
Terils
auxqnels sont
exposes
lea nowces.
Chute et
mine
des novices.
paraitre en eux c'est la fleur ; le temps des fruits s'aff.iiblit, on se persuade qu'on manque de forces,
n'est pas encore venu. La fleur c'est la forme nou- l'horreur des austerites augmente , la crainte de
velle d'une vie plus reglee. lis ont pris un visage la pauvrete inquiete, Tesprit se resserre, la
mortifje, ils ont compose leur exterieur d'une ma- grace se retire, la viedevient ennuveuse, la rai-on
niere louable. Ce qui parait en eux plait, je s'assoupit, le courage se relache, la ferveur s'eteint,
1'avoue, car leur forme et leur raise sont plus on tombe dans la liedeur et le de-gout, la cbarite
negligees, leurs discours plus rares, leur visage fraternelle se refroidit, la volupte flatte par ses
plus gai, leur regards plus modestes, leur dernar- charmes, on tombe dans une eonfiance temeraire
che plus grave. Mais comme il n'y a que fort pen et l'babitude du vice reveille les anciennes inclina-
de temps qu'ils sont dans la pratique deces choses, tions. Que dirai-je encore ? On dissimule la loi, on
cette nouveaute doit fairecroire quece ne sont encore rejelte la justice, on bannitla bonte, on abandonne
que des ileurs et plutdt des esperances de fruits, la crainte du Seigneur. Enfin on passe jusqu'a la
fectus nostri. Hi accepti Sponso, quia ipsi cura est
de nobis. Num de virgullis cura est Deo? Homi-
nes, non arbores atnat Homo Deus, et nostras pro-
fectus suos friiclus tepulat. Tempus horum diligtnter
observat, arridet apparenlibus, et sollicilus satagit ne
pereant nobis cum apparuerint ; imo vera ne pereant
sibi: se enim reputat tanquam nos, Ideoque provi-
dens capi sibi jubet insidiantes vulpeculas, ne novellos
fructusipsae preeripiant. Capite, inquit nobis vulpes par-
vulas,qutB demoliunlur vineas. Et quasi quis dicat, pra3-
propere times, nondum venit fructuum tempus. Non est
ita inquit : nam vineu nostra floruit. Post (lores non est
fructuum mora : adhuc illis cadentibus isti erumpunt
illico et incipiunt apparere.
6. Parabola ista instantis est temporis. Videlis islos
novitios? Nuper venerunt, nuper conversi sunt. Non
possumus de ipsis dicere, quia vinea nostra floruit :
floret enim. Interim quod in eis apparere videtis. llos
est : fructuum teupus nondum advenit. Flos novella
conversatio est, tlos formula recens vita? emendations
est. Induerunt sibi faciem disciplinatam, et bonam
totius corporis compusitionem. Plaeent, fateor, quae in
facie sunt; negligentior utique is quiforis apparet cor-
porum cultus et vestium, sermo rarior, vultus hilarior,
aspectus verecundior, incessus maturior. Verum quia
h;ec noviter ccepere, ipsa sui novitale tlores censenda
sunt, et spes fructuum magis, quam fruclus. Vobis,
(iliuli, non timemus a fraude vulpium, quae fructibus
magis, quam floribus invidere noscunlur. Vestrum
aliunde periculum est. Ustionem certe nietuo floribus ;
non subreptionem, sed usfionem, a frigore. Aquilomihi
suspectus est, et frigora matulina, qua? intempeslivos
flores solent perdere, fructus praeripere. Ila |ue ab Aqui-
lone panditur vestrum malum. A facie frigoris ejus quis
suslinebit'1 Hoc frigus si semel animam (animee quidem
ut assolet, incuria spiritu dormilante) pervaserit, ac
nemine deinde, quod absit, inhibente ad inleriora ejus
pervenerit, descenderit in viscera cordis et sinum men-
tis, concusserit affectiones, occupaverit concilii semilas,
perturbaverit judicii lumen, libertatem addixerit spi-
ritus : mox (ut in corpore solet evenire febncilantibus)
subit quidam animi rigor, et vigor lenlescit, languor
lingitur virium, horror austeritatis intenditur, timor
sollicitat paupertatis, contrabilur animus, subtrahitur
gratia, protrahilur longitudo vifce, sopilur ratio, spiritus
exstinguitur, defervescit novitms fervor, ingravescit
tepur fastidiosus, refrigescit fraterna cbaritas, blandilur
voluptas, fallit securilas, revocatconsueludo. Quid plnra?
Dissimulafur lex, abdicatur 'jus, fas proscribifn- , Jere- "
linquihir timor Domini. Dantur postremo i i>udentiae
at. ttbjadi-
calHr.
458
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
dernierc imprudence, et on fait ce sant temeraire
cette chute honleuse, infame, pleine d'ignorance et SERMON L.XIV.
de confusion, d'un lieu extremement sieve dans
l'abtme, d'un palais sur le fumier, du tr6ne dans Tentations des religieux plus avanees. Leurs renards,
c cst-a-dire , tentations le plus
mi. Lis hniliqucs sont aussi
r£glise; tl faut les prendre.
redoutnbles pour
des renards pour
Ceni Qui
sont plus
avances sont
desvignesqui
oat fleuri.
un eloaque, du tie] dans la fange, du cloilre dans
le siecle, du paradis dans l'enfer ". Ce a'est pas
le moment de faire voir quel est le princippe et
l'origiue de cette perte, ni comment on pout
l'eviler ou le surmonter. Mousleferons une au- 1. Je viens m'acquitfcer de la promesse que je
tre fois. Continuons maintenanl ce que nous avons vous ai faite. « Prenez-nous les petits renards qui
commence. ravagenl les vignes, car noire vigne a Henri (Cant.
7. M.us revenons a ceux qui sont plus avances u, 15). a Les renards sont les tentations. 11 est ne-
et plus affermis dans la vertu, a la vigne qui a deja cessaire qu'il y ait des tentations (// Tim. h, 5).
fleuri, si elle n'a plus a craindre le Croid pour les Car qui sera couronne, sinon celui qui aura legiti- Les renardi
fleurs, ses fruits ne sont pas en surete contre ses mement combatlu? Or, comment combattre si "enS|iti0D8,
renards. 11 faut quej'explique plus clairement quels personue n'attaque? Lors done que. vous entrez au
sont ces renards spirituels, pourquoi Us sont appe- service de D.eu, tenez-vous ferme dans sa crainte
les petits, pourquoi on commande de les prendre, (Eccl. n, 1), et preparez voire ame a la tentation,
non pas de les chassex, ou de les tuer. 11 faut encore assure que tons ceux qui veulent vivre saintement
que nous distinguions diverses especes parmi ces en Jesus-Christ, souffriront persecution (// Tim.
animaux, pour l'intelligence de ceux qui m'ecoutent m, 12). Or, les tentations varient selon la dill'erence Le9 tenta-
et pour leur uiieux apprendre a se tenir sur leurs des temps. Pour les commencements, qui sont tlons l1e"
1 l r t ... commencant
gardes. Mais nous ne commencerons pas cette ma- comme les tendres fleurs des plantes nouvelles, ll sontouver-
tiere aujourd'hui pour ne ]>as vous fatiguer et alin est certain qil'ils sunt attaques par la violence du Cj"mcees lpin8
que l'allegresse de notre zele continue toujourspar froid dont nous avons parle dans le discours prece- avances soi
la grace et pour la gloire du grand epoux de dent, et contre lequel nous avons averti les com-
I'Eglise, Jesus-Christ Notre-Seigneur qui etant Dieu, mencants de se tenir en garde. Quant a ceux qui
est hem par dessus lout, dans tous les sieeles. sont plus avances, les puissances ennemies n'osent
Ainsi soit-il.
» Cette eltravanle peinture de la chnte des novices rue semble
faite ponr notre temps. On en retrouve une pareille dins les
letlres cvn, CVUI, et c.ccxcv. On [lourrait se convaincre que les
autres pfcres de r£glise ont pense comme saint Bernard, sit
nous etait [errais de rapporler ici tout ce quits on ecrit sur ce
sujet.
pas s'opposer ouvertement a leurs saints exercices ;
mais elles out coutume, comme des renards artiticieux,
de tendre secretement des pieges, qui sont en appa-
rence des verlus, mais, en effet, de veritables vices.
Conibien par exemple, en ai-je connus qui, entres
dans les voies de la vie, arrives a un etat meine
mantis : praesnmilur ille temerarius, ille pudendus, ille
turpissimns, plenus ille ignominia et confttsione sallus
de exeelso in abyssum, de pavimento in sterquilinium,
de solio in cloacara, de coelo in ccenum, de claustro in
sa?cnlum, de paradiso in infernum. Principittm et ori-
ginem hiijns pestis, et vel qua arte vitetur, vel qua su-
peretur virtnte, non est hujiis temporis demonstrare :
alias erit hoc ; nunc ccepta prosequamur.
7. Ad provectiores et firmiorcs sermo est retorquen-
dus, ad vineam quae jam lloruit, cui quidem etsi non
est quod (loribus formidel a frigore , sed non fructus
securi sunta vulpibtis. Diceiidum apertius quid sintspiri-
tualiterha? vulpes, cur pusillte dicantur, cur jubeantur
potissimuTJ capi , el non abigi, vel occidi : etiam intro-
ducenda diversa genera harum bestiarum ad majorem
audicntium notitiam et cautelam ; non sane sermone isto ,
ut fastidio consulamtis , et nostra? devotionis alacrilas
perpetuetur in gratia et confessione gloria? magni Ecelesia?
sponsi Domini noslri Jesu-Chrisli , qui est super omnia
Deus benedicttis in saecula. Amen.
SERMO LXIV.
De tentationibus monachorum provectorum : quas patian-
iur vulpes, sen teutationes magis sibi infestas. ltemde
hwreticis , vutpibus Ecclesice , capiendis.
I . Adsum promissioni meap. Capite nobis vulpes par-
vulas,gu<e demoliuntur uineas : nam vinea nostra floruit.
Vulpes , tentationes sunt. Necesse est ut veniant tenta-
tiones. Quis enini coronabitur, nisi qui legitime certa-
verit? aut quomodo certabunt , si desit qui impngnet?
Tu ergo accedens ad servitutem Dei , sta in timore , el
pra?para animam tuam ad tentationem ,certus omnes qui
pie volunt vivere in Christo,persecutionempassuros. Porro
tenlationes diversa? sunt , pro temporum diversitate. Et
minis quidem nostris , tanquam ttovellarum leneris flo-
ribus plantatiunum , in evidenti vis algoris incumbit ,
cujus meminimus in sermone allero, et incipientes ab hac
pesle cantos reddidimus. Jam vero proticientium sanc-
tioribus studiis minime quidem sese opponere contraria?
virtttles aperte audent, sed solent in occullo insidiari ,
quasi qua?dam fraudulentae vulpecula? ; specie quidem
virtutes , re autem vitia. Quantos , verbi gratia , ingressos
vias vita? , progressos ad meliora , super semitas justitis
SOIXANTE-QUATRIE.ME SERMO.N SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
459
assez parfait, marchaient et s'avancaient avec cou- gard, a lachair et au sang (Gal. 1, 16),» mais dans un
rage et avec confiance dans les sentiersde la justice mouvement plus pur et dans un dessein plus utile
et qui sesont vushonleusernent et malheureusement et plus genereux, il veut instruire indifferemment
supplautes par les finesses de ces renards, ils ont
gemi, mais bien tard, de voir les fruits des verbis
suflbques en eus.
Qtatioo de
iz qui font
[oeiques
^rogres.
2. J'ji vu un religieux qui courait bien dans les
voies de Dieu, il fut attaque soudain de cet'e pen-
see, qui etait sans doute un de ces pelits renards.
toutes sortes de personnes, il croit en cela faire
preuve d'une grande prudence, car il craint de
tomber dans la malediction du Prophete, s'il retient
cache le froment, et ne le distribue point aux peu-
ples Prov. ii, 26), et d'aller conlre l'Evangile, s'il
ne preche en public et sur les toils, ce qu'on lui a
A combien de nies freres, de mes parents, de mes dit en secret et a l'oreille (Matt. x. 27). Mais c'est la
. Vaine
erance de
irocurer
sa'ut des
autres.
JLe desir
de ta
edicatioa.
amis, si j'etais en mon pays, pourrais-je faire part
du bien dont je jouis seul maintenant ? lis m'aiment
et ils se rendraient aisement a mes conseils. Pour-
quui faire cette perte ? 11 faut que je les aille Irou-
ver, et que, en sauvant plusieurs d'entre eux, eu je
mesauveaussiavec eux. Pourquoiapprebenderais-je
de changer de lieu! pourvu que je fasse du bien,
qu'importe en quel lieu je sois ? et d'ailleurs je ne
saurais etre en un meilleur lieu , qu'en celui oil je
recueillerai plus de fruit. Bref, ce pauvre malbeu-
reux s'en va et perit, plutot comme un chien qui
retourue a sou vomisseruent, que comme un baoni
qui revient en son pays. 11 se perdit sans sauver
aucun de ceux qu'il pensait sauver. Voila un petit
renard, savoir, cette esperance trompeuse qu il con-
coit de gagner ses parents a Dieu, vous pouvez
aussi par vous-memes, en remarqueren vous d'au-
tres ou de pareils a celui-la.
3. Voulez-vous neanmoius que je vous en mon-
tre encore un ? Je vous en montrerai memo jusqu'a
trois et jusqu'a quatre, si je vois que cela vous
rende vigilants pour prendre ceux que vous decou-
vrirez peut-etre dansvolre vigne. 11 arrive quelque-
fois qu'uu religieux qui avance dans la vertu et
sent que Dieu verse sur lui des graces abondautes,
concoit uu desir de precher, non pas ses parents et
ses procbes, selon cette parole : « Je n'ai point eu d'e-
bene secureque proficiscentes et proficientes , fraude ,
proh pudor ! vutpium barum turpiter supplantatos
expertus sum , et sero in se virtutum suflbcalos plangere
fructus !
2. Vidi egu bominem currentem bene ; et ecce co-
gitatio ; quidni vulpecula fait ? Qtiantis , inquit , bonum ,
quo solus fruor, si essem in patria, possem utique im-
pertiri fratribuset cognatis , notis et amicis ? Aiuant me,
et facile acquiescerent suadenti. Ut quid perditio h;ec ?
Vado illuc , et salvo multos ex illis, el me pariler. Nee
verendum in loci mutatioae. Etenim dum benefaciam ,
quid interest ubi? nisi quod illic procul dubio satins,
ubi fructuosius degam. Quid plura? It , et peril miser
non tam exsul ad patriam , quam canis reversus ad vo-
milum. Et se perdidit infelix , et suorum acquisivitnemi-
nem. En una vulpecula , ista videlicet frustratoria spes,
quam habuit in teipso alias alque alias similes huic in-
venire seu advertere,si non neligagas.
3. Vis tamen ut unam adhuc ego ostendam tibi ? Fa-
cio etiam et tertiam , et quartam quoque demonstrabo ,
si te ad capiendas eas , quas forte ex his in tua adverteris
un renard, et un renard d'autant plus dangereux
en comparaison du premier, qu'il sait mieux se
cacher et qu'il est plus fin. Voici neanmoins com-
ment il le faut prendre. Moise dit : « Vous ne la-
bourerez point avec le premier ne du boeuf {Dcul.
xv, 20). » Ce que saint Paul interpretait ainsi :
« .N'elevez point au sacerdoce un nouveau converti,
de peur que, s'enorgueillissant, il ne touibe dans
la condamnation du Diable (1 Til. ill, 6). » Le meine
apotre dit encore : «Que personnene doit s'ingerer,
de lui-meme, dans 1'honneur de la clericature,
mais qu'il y faul etre appele de Dieu comme Aaron
Heft, v, !x',. » Et ailleurs : « Comment precheront-
ils, s'ils nesout pasenvoyes de Dieu (Rom. x, 15). »
Et nous savons de plus que l'oflice d'un religieux,
n'esl pas d'enseigner, mais de plturer (S. Hieron.
contr. Vigil). De toutes ces raisons et autres seni-
blahlcs, je forme uu lilet, et je prendsle renard, de
peur qu'il ne detruise ma vigne. Car il est clair et
indubitable par toutes ces aulorites, qu'il ne con-
vient point a un religieux de precher en public,
que cela n'est point avantageux a un novice, et que
ce n'est point permis a celui qui n'a point recu
mission pour cet etfet. Quelle destruction de l'anie,
u'est-ce done point de violer en meuie temps ces
trois regies ? Done, toutes les pensees de cette
nature, soit qu'elles vous vieunent de vous-memes,
vinea , invencro vigilantem. Interdum bene proficientis
cujuspiam , cum sibi profusius aliquid supern^ gratiee
senserit irroi-aii, subit animum desideriuin predicandi ,
non quidem adparentes et propinquos Juxta illud , Con-
tinuo non acquievi carni et sangnim : sed quasi purius ,
fructuosius , foi tiusque , passim ad extraneos et ad omnes.
Caute ouniino. Sane timet propheticum incurrere male-
dictum , si quae in absconditoaccepit frumenta , abscondat
in populis : et contra Evangelium facere , nisi qua?, in
aure audivit , praedicaveiit super tecta. Vulpes e=t alque
ilia priore eo nocivior , quo occultior venlens, Sed capio
libi earn. Primus Moyses dicit : Won arabis in primo-
genito bovis. Hoc Paulus interpretans , Non neophytum ,
inquit, ne in superbiam elatus , incidat in judicium dia-
boli, etrursam : Nee quisquam , inquit, sumit sibi honorem,
sed qui uocatur a Deo tanquam Aaron. Hem ipse : Quo-
modo pradicabunt, ait , nisi mittantur? Et scimus
monachi oflicium esse non docere, sed lugere. Ex his
similibusque collectis mini texto rete, et capio vulpem,
ne demoliatur vineam. Ex his nempe claret et ci ium
est, quod publice preedicare nee monacho con uit, nee
liCO
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
3. L'amour
intempesl f
.I.- la rie
ereiuilique.
soitde la suggestion dumauvaisange, regardez-les une si sainte oompagnie ? Certes, celui qui est te),
tonjours comine un renard tin et ruse, c'est-a-dire quel qu'il suit, sera juge d'une manicre bien rigou-
oomme un ma] veritable colore de l'apparence d'un reuse. Mais remettons cela a une autre fois.
bien. C. Considerons mainteuant, ee que dit l'Epouz de
l\. Mais en voici encore un autre, coaibien la soli- ces petits et tins renards qui ravagent les vignes.
tude a-t-elle vu de religieux, qui etaient b nfer- lis son1 petits, non parce qu'ils ont peu de malioe,
venlsdansleursmonasleres,etqu'elleaensuitevomis mais parce qu'ils se glissent subtilement. Car cet
tiedes, ou gardes coDtrela loi eremitique, non-seu-
lement relicbes dans leur conduite, mais dissol us. II a
■\ ident a la vue d'un tel deg&t cause dans leurs
4. Les austi-
nen^es
■nperslitieu-
ses et
indiscretes.
animal est tres-lin de 5a nature, et tresporte a
Duire ''ii secret, G'est pourquoi il me semble qa'il
designe fort bien certains vices tres-subtils, qui se
couvrent de la ressemblance des vertus, tels que
sont ceux dont j'ai dejl donne quelques exeniples,
Lor vic«
qui noual
trompentl
sous' I .ippai
renco dad
TSrtui t>oa]
aussi di'»»
renards.
vignes, c'est-a-dire a la vue d'un si grand dereglement
de vieet deconduite, qu'un renard etait passe par la.
lis croyaient que dans la solitude ils recueilleraient quoique en fort petit nombre. Car ils ne peuvent
des fruits spirituels avec bien plus d'abondance que nuire que parce qu'ils veulent passer pour des verlus,
dans une conununaute, oil ils ne recevaient que a cause de quelque rapport qu'ils ont avec elles.
que des graces ordinaires ; ils s'linaginaient que Mais ce sont des petisoes vaines dcshommes, ou des
cette penseeetail bonne, mais I'evfeneraent montra suggestions des mauvais anges, des anges de Satan
que ce n'etait qu'un renard qui ravageait leur qui se transforment en anges de lumiere (11 Cor. xi,
vigne. 13), et preparant leurs tlecb.es dans leur earquois,
5. Que dirai-je de cette superstition et de ces c'est-a-dire en secret, aQn d'en percer d'un lieu
abstinences blamables de quelques-uns d'enlre obscur ceux qui ont le ccaur droit (Psal. x, 2). Aussi
nous, qui nous tourmentent si souvent, et qui les je crois qu'ils sont appeles petits, parce que les
rendent si incommodes? Toutes les divisions que ces autres vices etant visibles, attendu qu'ils sont gros-
singularites produisent, ne ruinent-elles pas la siers, ceux-ci etant plus delicats, ne sont pas si
conscience de ceux qui pratiqueul ces abstinences et aises a decouvrir, ce qui fait qu'ils sont presque
ne detruisent-elles pas auiantqu 'elles peuvent, cette inevitables, si ce n'est pour les parfaits, etpour les
grande vigne plantee de la main de Dieu meme , personnes experimenters et clairvoyantesqui savent
en detruisint 1'union qui doit etre entre vous tous? discerner le bien du nial et surtout les esprits, et
« Malheur a celui qui est cause du scandale {Man. qui peuvent dire avec l'Apotre : » Nous n'ignorons
xxvi, 2'i) ! » Celui, dit le Sauveur, qui seandalisera pas les ruses de Satan, ni ses pensees (11 Cur. n,
l'un de ces pe'its [Mure, ix, 41). » Ce qui suit ces 11), » peut-etre m£me, est-ce pour cela que
paroles est bien dur ; mais combien eelui-la meri- l'Epoux ue recommande pas de les exterminer, de
te-t-il d'etre traite plus severement, qui scandalise les cbasser ou de les tuer, mais de les prendre;
novilio expedit, nee non misso licet. Porro contra haec
tria venire, quunla eunscienliie demolitio est? Ergo
quidquid tale aniino suggeratur, sive sit illud tua cogi-
ta.Ho, sivciunnissiu per angel una malum, dolosam agnosce
vuspeculaiu, id est malum sub specie boni.
4. Sed aspice aliam. Quantos ex monasteriis spiritu
ferventes eremi solitudo suscepit, el aut tepefactoa
evomiiit, aut lenuit contra eremi legem, non modo
remissos, sed eliam dissolulos? Sicque apparuit vulpe-
cularo atluisse, ubi tanta facta est vastatio vines-, id est
vitae et oonscienlise hominis detrimentum. Cogitabat, si
solus degeret, multo se copiosiores fructus spiritus per-
cepturum, quippe qui in communi vita tantnm spiritualis
gratia? fuisset experlus. Et bona visa est sua cogitatio
sibi : sed rei cxitus indicavit, magis eamdem il 1 i cogita-
tionem vulpem demulientem fuisse.
r>. Quid illud quod nos qaoque lolies in domo ista, et
lam graviter inquielat, nolabilem loquor quoiimidam,
qui inter in is sunt, siiperstitiosamque abstinentiam, ex
qua se omnibus, sibiqnc omncs molestos reddunt?
Qu modo non bso ipsa disoorida tani generalis, et sure
ipsius conscientia? dissipatio est, et quod in ipso est,
grandis vineee liujus, quam plantavit dextera Domini,
vestrae scilicet omnium unanimilatis , demolitio? Vae
homini, per quern scandalum venil? Qui scandalizaverit,
inquit, unum de pusillis his. Durum est quod sequitur.
Quanto duriora mcretur, qui tantam, et tam sanctam
niultitiidinem scandalizat ? Judicium prorsus durissimum
portabit quienmque est ille. Sed luec alias.
6. Nunc vero intendamus his, quae a Sponso dicuntur
super pusillis et aslutis his animalibus demolientibus
vineas. Pusillis dixerim, non malitia, sed subtililale.
Astiitum siqiiiilem Datura hoc genus est animantis,
promptumipie ailuiodum ad nocendum in occulto : et
videtur mibi congruentissime designare sublilissima
qusedam vitia specie palliata virtutum, qualium ulique
I'nrmam praunis^is ad nutitiam exemplis, paucis licet,
jam aliquantisper expreasi. Necenim aliternocere queunt,
nisi quod se virtutes virtutum quadam similitudinemen-
tiuntur. Sunt aiiteni aut cogitationes hominum vans,
aut facta; iminissiones per angelosmalos,angelos satanas,
qui se Iransligiiranl in angelos lucis, parantes sagittas
suas in pharetra, hoc est ir. occulto, ut sagittent in obs-
ciiro rectos corde. Unde et pusillas eas propter hoc reor
dici. quod cum celera vitia quadam quasi corpulenlia
sui manifests se prsebeant, hoc genus pro sui subtililale
baud facile agnosci, et ideo nee caveri possit, nisi dun-
taxat a perfectis et exercitafis, et qui habeant illuo-inatos
oculos cordis ad disoretionem boni et mali, maximeqiie
ad disoretionem spirituum, qui cum Apostolo possint
dicere, quia non ignoramus astutias Satan®, neque cogi-
tationes ejus. Et vide ne forte ob hoc a Sponso jubean-
SOIXANTE-QUATRIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
461
c'est parce que ces petites betes spirituelles et fines
doivent elre observees avectoute sorte de soin et de
vigilance, si on vent les prendre et les attrapei
dans leurs propres finesses. Lors d.. c. qu'on en a
decouvert la malice, mis la fraude au j our, ou con-
vaincu la faussete, on pent fort bien dire que Ton
a pris le petit renard qui detruisait la vigne. C'est
font plus de mail. C'est done pour cette raison,
qu'il est ordonne de prendre ces renarJs et qu'on
les appelle petits. Ou bien ils sont nommes ainsi,
pour que, observant soigneusement les vices dans
leur naissance et dans leur commencement, vous
les preniez pendant qu'ils sont encore petits, de
peur que s'ils grandissent ils ne nuisent davantage
ainsi, en effet, que nous disons qu'un homme est et ne deviennent plus d fliciles a prendre.
8. Si uousentendonsces paroles dans un sens alle-
gorique en sorte que lesEglises soient les vignes, et
les renards les heresies, ou plutut les beretiques
memes, le sens simple et naturel est done qu'on
doit prendre les beretiques plutot que les cbasser.
Mais qu'on les prenne non par les armes, mais
par des raisonnements quirefutent leurs erreurs,
et que, pour eux, s'ilse pent, on les reconcilie avec
l'Eglise catholique, et qu'on les ramene a la vraie
foi. Car telle est la volonte de celui qui veut que
pris dans ses discours, comme on lit dans l'Evau-
gile, que « Les Pbarisiens s'assemblerent pour
prendre Jesus-Christ dans ses paroles {Matt, xxn,
15). »
7. Voila done, comment l'Epoux ordonne depren-
dre les petits renards qui ravagent les vignes, e'est-
a-dire de les surprendre, de les deeouvrir, de les
convainere.Iln'ya que cette espece d'animal quiait
cela ile particulier, qu'etant reconnu i! lie nuil plus
en sorte que le connaitre c'est ie vaincre. Car a
moins d'etre fou, qui se laisse tomber sciemment tons les hommes soient sauves, et viennent a la
et volonlairement dans un piege qu'il a decouvert? coimaissance de la verite I Tim. xxi, 3). II temoi-
II suffit done pour eviter ces sorbs de vice-, de les gne bien que c'est, en elTet la sa volonte, puisqu'il
prendre, de les mettre au jour, puisque des qu'ils ne dit pas simplement, prenez les renards, mais
paraissent, ils disparaissent. II n'en est pas ainsi des « prcnez-nous les petits renards. » 11 vent done
y a des autres. Car ils viennent a decouvert, ils nuisent a qu'on les prenne pour lui et pour son Epouse, e'est-
"sscnt1' decouvert, iIs s'assujettissent ceux memes qui les a-dire pour l'Eglise catholique, lorsqu'il dit, pre-
satiaques connaissent, ils surmonteut ceux qui leur resistent nez-les-nous. C'est pourquoi lorsqu'un catholique
' parce qu'il= combattent a force ouverte, non par instruit et verse dans ces matieres, entreprend de
ruse et slratageme. Aussi contre cesbeles furieuses disputer contre un heretique, il doit se proposer en
qui attaquent ainsi ouvertement, ce qu'il faut, cen'est le refutant de le convertir, et se rappeler cette pa-
pas les chercher, mais les dompter. 11 n'y a que ces role de l'apotre saint Jacques; que « celui qui re-
petits renards, qui sont extraordmairement dissi- tirera le pecheur de l'erreur oil il est en<*a"e, de-
mules, qu'il suffit de tirer au jour, car ils sont cou- livrera son arce de la mart et couvrira la mulii-
ches dans des tanieres, et de surprendre dansleurs tude de ses peches [Jacob, v, 20). » S'il ne veut na«
finesses, parce qu'aussitot qu'on les conuait, ils ne revenir, et si apres le premier et le second avertis-
II fact pren-
dre les
heretiques
beaucoup
plus par la
raison que
par les
armes.
QueHe inten-
tion on doit
avoir qnaod
on dispute,
contro les
hereti-. es.
tur, non quidem exterminari, vel abigi vel occidi, scd
capi : quod videlicet hujiismodi spirituales, dulosasque
besliolas omni vigilantia et cautela observari i
exuminari, et sic capi, id est comprehendi, in astulia
sua. Ergo cum proditur dolus, cum fraus ape:itur, cutn
convincitur falsitas; rectissiine tunc dieitur capta vulpe
pusilla, quae demoliebatur vineam. Denique dicimus
hominem in sermone capi, sicut habes in Evangelio,
quia convenerunt Pharisati in unum, ut caperenl Jtsum
in sermone.
7. Ita ergo Sponsus capi jubet vulpes pusillas, qua?
demoliuntur vineas, id est deprehendi, convinci, prodi.
Solum hoc malignitatis genus id proprium habet, ut
agmtum jam minime noceat, ila ut agnosci sit illi c.x-
pugnari. Quis enim, nisi demens, comperta decipula
sciens et prudens pedem mittit in illam? SutTicit pro-
inde si capiantur quae cjusmodi sunt, hoc est si pro-
das et deducas ad medium, quippe quibus apparere, pe-
rire est. Nun sic caetera wtia. N'empe manileste veuiunt,
manifeste nocent; scienles captivant, superant reluc-
tanles, ulpote vi,non dolo agentia. Ergo contra hujumodi
apertesffivientes bestias non investigalione opus est, sed
refrenatione. Solas has vulpes parvulas dissimulatrices
maximas, (quia proditae jam ncn nocent) suflicit educi
in lucem, et capi in calhdilate sua, nam foveas habent.
Tali itaque ex causa vulpes istas et capi jubentur, et
parvul.e describuntur. Vel ideo parvulae, ut nascenlia
vitia in ipso ortu, donee utique parvula sunt, vigiianter
observans iilico comprebendas, ne cresccntia plus no-
ceant, et difficilius capiantur.
8. Et si juxta allegoriam ecdesias vineas, vulpes
haereses, vel potius havrelicos ipsos intelligamus : sim-
plex est sensus, ut hajretici capiantur potius quam
effugentur. Capiantur dico, non armis, sed argumen-
tis, quibus refellantur errores eorum ; ipsi vero, si
fieri potest, reconcilientur Catholics, revocentur 'ad
veram lidem. Hsc est enim voluntas ejus, qui vult
omnes homines salvos fieri, et ad aynitionem verilatu
venire. Hoc denique vclle se perhibet, qui non simpliciter
capite vulpes : scd, capite, inquil, nobis vulpes. Sibi
eryo et Spons* sua?, id est Catholics, jubet acquiri has
vulpes, cum ait : Capite eas nobis, ltaque homo dc
Ecclesia exercitatus et doctus, si cum hasretico nomine
disputareaggreditur.illointentionem suam dirigere dtbet
quatenus ita errantem convincat, ut et convertat, cogitana
illud apostoli Jacobi : quia qui converti f'ecent pec-
catorem ab errore via suw, salvabit animam ejus a
morte, et operis mullitudinempeccatorum. Quod si reverti
noluerit, nee convictus post primam jam et secundam
admonitionem, utpote qui omnino subversus est; erit
462
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
La peine
qn .
dunne pnur
D'lM ponr-
1 - ' point
per»ii:>
qu'elle soil
inefucace.
sement, on ne le peut reduire, parce qu'il est en- pour compagnons dans cette capture. 0 douceur,
tierement perverti, il faudra fair sa compagnie se- 6 grlcp, 6 force, de l'amour ! Est-il possible que le
Ion le commandement de I'Apdtre [Til. in, 10). Et souverain de tout soit devenu Tun d'enlre tons ?
il vaudra miens, comme je crois, le chasser, ou le Qui a fait cela '? L'amour, qui ignore ce que e'est
lier que le laisser ravager les vignes. que rang et dignite, qui est riche en bonte, puis-
9. Toutefoisquecelui quiavaincu etconvaincu un sant en affection, efficace en persuasion. Qu'y a-t-il
Force de
l'amour en
Dieu.
heretique, refute ses heresies, distingue cl lirement
et nettement la verity d'avec la vraisembl uace, mon-
tre par des raisons evidences et irrefragables que
de plus violent que l'amour? II triomphe de Dieu
menie. Mais qu'y a-t-il aussi de plus doux ? Etrange
merveille, je vous prie, il est violent pour la victoire,
ses dogmes sont corrompus. et enlin reduit iu si- et il est doux pour la violence qu'on lui fait. « Car
lence.un esprit opiuiatre, qui s'eleve contre la science il s'est aneanti soi-meme [Philip, n, 7), » afin que
de Dieu ne croie point n'avoir pas bien fait. 11 n'a vous siissii'z que e'est un effet de son amour, si sa
pis lais~e de prendre le renard, quoique ce ne soit plenitude s'est repandue, si sa grandeur s'est abais-
pas pour sou saint, il l'a pris pour l'Epoux et pour see, si sa singularity s'est associee. Avec qui, 6 ad-
I'Epouse mais d'une autre maniere. Car si cet he- mirable Epoux, avez-vous un commerce si etroit et
retique n'est pas sorti de sa fange, l'Eglise pour- si familier? « Prenez-nous ces renards, » dites-vous.
tint se trouve par li confirmee dans la foi ; or Pour qui avec vous? Est-ce pour l'Eglise des Gen-
TEpoux se rejouit du progres de l'Epouse, parce tils ? Elle est composee d'hommes mortels et pe-
que la voix du Seigneur est notre force (II Esd. n, cheurs. Nous savons qui elle est, mais vous, qui
18 . et il prend part a nos avantages, puisqu'il dai- etes-vous, pour etre si amoureux etsi passionne de
gne s'associer a nous avec taut de bonte en com- cette Ethyopienue [Num. xu, 1)? Vous n'eles pas un
mandant qu'on premie les renards, non pour lui autre Moise, vous etes plus que Mui-.-. Yetes-vous
seul, m.iis pour nous avec lui. « Prenez-nous. dit- pas celui qui surpasse en beaute tons les enfants
il. les renards, » qu'y a-t-il de plus familier que des homines [Psal. xuv, 3) ? J'ai trop peu dit. Vous
cette parole ? Ne vous semble-t-il ])as qu'il parle la etes la lumiere de la vie eternelle (Heb. i, 3), la
comme un pere de famille, cpii ne veut rien avoir splendeuret la figure de la substance de Dieu (flow,
en propre, mais qui possede tout en commun avec u, 5). Enlin vous etes un Dieu eleve an dessus de
sa femme, ses enfants et ses domestiques ? Or celui toutes choses, et beni dans lous les siecles. Ainsi
qui parle ainsi est un Dieu, quoiqu'il ne parle pas soit-il.
comme Dieu, mais comme Epoux.
10. « Prenez-nous les renards. » Vojez-vous com-
bien est sociable en ses paroles celui qui n'a point d'as-
socieensa gloire? 11 pouvait dire Prenez-moi, mais
il amieuxaime dire, prenez-nous, afin de nous avoir
secundum Apostolum devitandus. Ex hoc jam melius
(ut quidem ego aibitror) effugatur, aut etiam religatur,
quam vinitur sineas denioliri.
9. Nen propterea sane nihil se egisse putet qui haere-
ticum vicil et convicit, hae-eses confulavit, veri similia
a vero clare aperteque distinxit; prava dogmata, plana
et irrefragabili ratione prava esse monslravit; pravum
denique inlellectum, extollentem se adversus scientiam
Dei, in captivitalem redegit. Ncmpe cepit nihilominus,
qui talia operatus est, vulpeon, etsi non ad salulcm i 11 i ;
et cepit cam Spnnso et Sponsae, qnamvis aliter. Nam
etsi haerclicus non surrexit de fa?ce, Eccle*aa tamen con-
firmatur in tide : et quidem de profeclibus Sponsae
Sponsus sine dubio gratulatur. Gaudium elenim Domini
est forltludo nostra. Denique noa putat a se aliena lucra
nostra, qui se nobis tain dignanlcr associat, diun jubet
enpi vulpes, non sibi.sed nobis sccum. Capiie, inquiens,
nobis. Advertere est eniui quod ait, nobis. Quid hac
voce socialius? An non tibi videtur hoc dicere, quasi
quidain paterfamilias, qui perse nihil habeat, sed omnia
communia cum uxore et filiis atque domesticis? Et qui
loquitur Deus est : minime tamen ut Deus id loquitur,
sed ut Sponsus.
10. Capite nobis vulpes. Vides quam socialiter- loqui-
tur, qui socium non habet? Poterat dicere. mild, sed
maluit, nobis, consortio delectatus. 0 suavitatem! ogra-
tiam ! o amoris vim ! Itane summus omnium unus fac-
tus est omnium? Quis hoc fecit? Amor, dignitatis nes-
eius. dignatione dives, affectu potens, suasu ellicax. Quid
violentius ? Triumphal de Deo amor. Quid tamen tarn
non violcntum? Amor est. Quae est ista vis, qusgso, tarn
violenta ad victoriam, tam vicla ad violentiam ? Denique
semetipsum exinanivit : ut scias amoris fuisse, quod ple-
nitudo effusa est, quod altitudo adanjuata est, quod sin-
gularilas associala est. Cum quonam tibi, o admirande
Sponse, lam familiarc consortium? Nobis, inquis, cpite.
tecum? an Kcclesiae de gentibus? De mortalibus et
peccatoribus collecta est. Illam scimus quae sit. Sed tu
qui es, /Ethiopissas hujus tam devotus, tam ambitiosus
amalor? Sane non alter Moyses, sed plusquam Moyses.
N'urn tu ille es speeiusus forma pr& filiis hominum"!
Parum dixi : candor es vice a?terna>. splendor, et figura
substantia; Dei ; postremo super ornuia Deus bcnediclus
in saecula. Amen.
LETTRE D'EVERVIN.
463
LETTRE « D'EVERVIN PREVOT DE STEINFELD,
A SAINT BERNARD, ABBE, AU SOJiiT DES HERET1QUES
DE SON TEMPS.
A son reverend Seigneur et pere Bernard, abbe de
Clairvaux, Euervin humble ministre de Steinfeld,
ftre fort dans ie Seigneur el fortifier I'Egtise da
Christ.
1. Je me rejouirai en entendant votre voix comme
se rejouit celui qui a trouve d abondantes depouil-
les, car vous avez l'habitude d'exhaler le souvenir
des graces abondantes de Dieu, dans tons vos dis-
cours et vos ecrits ; mais surtout dans le Cantique
de l'amour de l'Epoux et de l'Epouse qui ne sont
autres que Ie Christ et son Eglise, en sorte que
nous pouvons dire a l'Epoux en toute verile : « Vous
avez conserve le bon vin jusqu'a present. » C'est
lui qui vous aetablisur nous l'echanson d'uu vin si
precieux : ne cessez point de nous en verser, ne
l'epargnez point, vous ne sauriez epuistr les urncs.
Ne vous excusez point sur votre mauvaisesante, nion
saint pere, car vous savez que ilans ce devoir la picte
fait beaumup plus que lexercice d'uu travail cor-
porel.Ne mediles pas nonplus que vous etesoccupe,
car je ne sais rien qu'on puisse f aire passer avant
la necessite d'une ceuvre qui nous interesse Ian I,
comme celle dont il s agit.Quel abundant breuvage,
a Avebtissement. — II nous semble, on ne peut plus A propns,
de placer ici une letlre d"Evervio, prevot de Sie:nfeld pres Colo-
gne, a sainl-Bernard, au snjet des heresies du temps; car elle a
doone a notre saint J'occasion decomposer les deux sermons sui-
vants, seiun qu'iJ la fait. J'avais pense avec Horstius et plasieura
autres qu'il etait question dims ces sermons des Ileuricieiis eontre
qui saint Bernard a ecrit sa leltre ccxls. Mais la letlre d'Evervin
que nous donnons ici nous montre que les Ueretiques dont les erreurs
sont refulees dans les deux sermons suivants ne soot point les
Henriciens, puisque cesderniers infestaiectl'Aquitaine, tandis que
EVERVINI STEINFELDENSIS PROPOSITI
EPISTOLA AD S. BERNARDUM ABBATEM ,
De heereticis sui temporis.
Reverendo domino suo el palri Bernardo, Clarte-Va/len-
sium abbati, Euerninus Steinfeldensis minister humilis
in Domino confortari, et confortare Ecclesiam Chrisii.
1. Ltetabor ego super eloquia tua, sicut qui invc-
nit spolia multa, qui nobis inemoriain abiindanlis suavi-
talis Dei cructare in omnibus dictis et scriptis vestria
soletis, maxime inCanlico amoris Sponsi el Sponsje, hoe
est Curisti et Ecclesiae, ita ut eidem Sponso dieere ve-
raciler possituus : Servasti honum vinu/n usque adbuc.
Hujus vini tam preliosi pincernam te nobis ipse cons-
lituit : non cesses propinare ; non hssites, hydrias non
poteris evacuare. Nee te excuset, Pater sancte, debilitas
tua : cum plus operetur pietas in officio, quam corpo-
tres-saint pere, vous avez a nous verser de l'urne !
vous en avezassez tire dela premiere, etil arendu
ceux qui I'ont bu sages et forts eontre la sagesse et
la force des scribes et des pharisiens ; la seconde a
produit le meme elfet coutre les arguments et les
supplices des gentils. La troisieme a verse a boire
eontre les sublibilites et les erreurs des heretiques.
La qualrieme a coule. eontre les faux Chretiens ; la
cinquieme verse un breuvage eontre les heretiques
qui viendront a la fin do monde et dont l'Apotre
inspire par le Saint-Esprit parle manifestement en
ces termes : « Dans les derniers temps il y en aura
qui s'ecarteront de la foi, pour se donner a deses-
prits d'erreur, et a des doctrines de demons qui de-
bitent le mensonge d'une bouebe hypocrite, qui pro-
hibent le manage, et l'usage des aliments que Dieu
a crees pour etre pris avec des actions de graces. »
La sixieme versera l'ivresse aux fideles eontre celui
qui se revelera dans cet abandon de la foi, je veux
parler de ce iils du peche, de cet homme de perdi-
tion qttise declare l'ennemi et s'eleve an dessus de
tout ce qui est nomme et bonore comme Dieu, dont
lavenement, par loperation de Satan, est signalo.
par toute espece de verbis, de signes, de prodiges
menteurs et de seductions d'iniquite. Apes celle-la
a quoi bon en atlendre une seplieme, putsqne les
enfanls des homines s'enivrerout de l'abondance de
la maison de Dieu el d'uu torrent de dtdiees. U tnon
bon pere, vous nous avez, en attendant, assez verse,
a tons, du vin de la qualrieme urne, pour cornger
les premier? etaienl plus particulierement repandus a elulogno el
dans les environs. lViurlant il faut reeonnaitre que les uns et les
autres enseignaieut les inSnies erreurs et etaient issus probable-
meut de la mSine soucbe 11 a ete longuement parte de ces bere-
liquea dans la prelace generate, a ['article vi. (Juant a Evervin,
je ne doute pas qu'il ne soil le mtine que Evervin ou Hervin
abbe de Sttinfeld, cit6 au livre vi des .Miracles de Saint-Ber-
nard n, 22 et 26. II etait certaineiueut de 1 ordre de Premontre,
dont il restait encore, a l'epoqueou Mabilloo ecrivait ces lignes,
une abbaye a Steinfeld.
ralis aedificationis exercitatio. Nee dicas te occupatum :
nescimus aliquid Luie tam necessario operi cominuni
pta'ponendum. De bydria quantum, sanetissime Pater,
babes nobis modo propinare ! De prima propinatum est
satis, et reddidit eos sapientes et furies contra doctrinam
et impelum scribarum et pharisaBOrum : secundacontra
argumenta et tormenta gentilium : tertia contra subti-
les deccptianes bajreticorum : quurta contra falsos
chiislianos : quinta contra hareticos circa finem saoculi
ventures, de quibus per Apostolum manifeste spiritus
dicit : In novissimis temponbus discedent quidam a fide,
intendentes spiritibus erroris et doctrinis dcemoniorum,
in hypocrisi toque/ilium mendacium,prohibentium nubere,
abstinere a cibii, quos Deus creuvit ad percipiendum
cum graliarum. actione. De sexta inebriabuntui', (ideles
conlbrlando contra ilium, qui in hac nimirum discessione
a tide revelabitur, scilicet iile percati filius, homoperdi-
tiunis, qui adversatur et extollitur super omne quod
dicitur aut quod colitur Deus; cujus est adventus se-
cundum operationem Satana? inomni virtute, et si6nis, e
m
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
eeux (Ventre nous qui ne faisaient que commencer derent qu'on leur assignftt an jour 0V1 ils pourraiont
pour edifier ceui quidejafaJsaiantquelquesprogrea, se presenter avecquelqueshommes de leur opinion
et pour consommer les parfaits : et vous nous se- plus verses qu'eux dans leur doctrine, et promircut
rez utile jusqu'a la tin des sieeles contre la ticdeur de se soumettre a l'Eglise s'ils voyaient leurs doc-
etconlre laperTersitedesfeuxfreres. Qesttempsque teurs embarrasses poor repondre, sinon ils se mon-
vouspuisieza lacinquiemeet que vous nous en ser- traienl decides a mourir plutot que ile renoncer a
viea du vin contre les nouveaux hereliques qui s'.i- leurs opinions. A ces propositions on repondit pen*
gitent presque partout ence moment dans lesEgli- dant trois jours de suite par des exhortations; mais
ses de noire voisin ige et s'el incent du puits de I'a- comme its ne rooiurent point s'y rendre, ils se sont
bime, comme si deja leur chef etait menace et que vus enleves de force a, notre insu par la populace
leiourdu Seigneur fat imminent. D'ailleurs le transporter d'un zele exagere, precipites daas les
passage de l'epithalame de L'amour du Christ et de tl immes et brides. Mais chose hien faite pour exci-
i'Eglise que veins allez trailer comme vous me l'avez ter la surprise, ils allerent au suppliee du feu et le
ilit, mon pere, c'esl-a-due ce verse! du Cantique : soufirirent, non-seulement avec resignation, mais
n Prenez-nous les petits renards qui ravagent nos
vignes, » convient parfaitement a cesujet et vous
conduit naturelh-ment a la cinquieme urne. Jevous
prie done mon pere, de distiuguer entre toutes les
parties de ces heresies qui sont venues a votre con-
naissance et de les detruire en leur opposant les
raisons etles autoritesde notre foi qui militent con-
tre elles.
2. On vient de decouvrir pies de Cologne quel-
ques heretiques dont plusieurs ont eu lebonheur
derentrerdansle seinde l'Eglise. Deux d'entre eux,
celuiquisedisaitli'urevequeet son compaguon nous
meme avec joie. A ce sujet je voudrais, mon pere,
vous demander, si j'etais pros de vous, comment il
se fait que ces membres du diible out fait preuve,
dans leur heresie, d'une Constance telle qu'on en
trouve a peine uue aussi grande dans les homines
les plus attaches a la foi de Jesus-Christ.
3. Or voici quelle est leur heresie. lis disent que
l'Eglise ne se trouve que chez eux, allendu qu'il
n'y a qu'eux qui marchent sur les traces de Jesus-
Christ et qui observent la vraie doctrine des ap6-
tres ; car ils ne recherchent aucun bien de ce
nionde, et ne possedent ni maisons, ni champs, ni
out resiste en face dans une assemblee de clercs et de argent, de meme que Jesus-Christ n'en posseda
laics presidee par monseigneur l'archeveque, et en jamais el ne permit pas a ses disciples d'en posse-
presence de plusieurs grands et nobles personnages : der. Pour vous, nous disent-ils, vous ajoutez mai-
ds ont defendu leur heresie, en s'appuyant sur les son a maison, domaine a domaine, et vous recher-
paroles de Jesus-Christ et de l'Apotre. Comme ils chez les choses de ce monde. C'est au point que
virent qu 'Us ne pouvaieut rien gagner, ils deoaan- ceux qui, parmivous,passent pour les plus parfaits,
prodigiis mendacibus, et in orani seductione iniqnitalis.
Post banc seplima non erit necessaria, quando filii
hominum inebriabuntur ab ubertate domus Dei et lor-
renle rolaptalis ejus. 0 bone pater, satis interim pro-
pinasli de quarta hydria omnibus nobis ad correclionem,
ad aedificationem, ad consummationem, incipientibns,
prolicienlibus alqtie perfeclis; usque in finem saeculi
profutorus contra leporem ac pravitulem, qua; esl in
falsis fratribua. Jam tempus est ut de quinta haurias, et
in medium proferas contra novos haereticos, quicircum-
quuque jam fere per omnes ecclesias ebulliunt de puleo
abyssi, quasi jam princeps illorum incipiat dissolvi, et
inslel dies Dominr. Et in epilbalamio amoris Christi et
Ecclesiae locus, qui a tc, pater, sicut lu ipse mihi retu-
listi, jam est traclandus, videlicet, capite nobis I
parvula*, qua: demoliunitJT vineas, huic mysterio con-
gruit, et te ad quintain hydriam perduxit. Rogamus
igitur, Pater, ut omnes paries baeresis illorum, qua; ad
luani nolitiam pcrvenerunt, distinguas, et contra po-
sitis rationibus ct auctoritatibus nostras Ddei, illas
deslnias. . .
2. Nuper apud nos juxta Goloniam qnidam haeretici
detecli sunt, quorum quidam cum satisfaclione ad Ec-
clesiam redierunt. Duo ex eis, scilicet qui dicebatur
episcopus eorum cum socio suo, nobis restiterunt in
convectu clericorum et laicurum, praesente ipso domino
archiepiscopo cum magnis viris nobilibus, haresim suam
defendentes ex verbis Christi et apostoli. Sed cum vi-
dissent se non posse procedere, petierunt ut eis statue-
retur dies, in quo adducerent de suis viros fidei suae
peritos : promittenles se velle Ecclesia; sociari, si magis-
Iros suos viderent in rcsponsione deRcere, alioquin se
velle polius mori, quam ab hac sententia defltcli. Quo
auditu, cum per triduum essent admonili, et resipiscere
noluissent ; rapti sunt a populis nimio zelo permotis,
nobis lamen invitis : et in igneir. positi, atque cremali ;
et (quod magis mirabile est) ipsi tormentuin ignis non
solum cum palicntia, sed et cum laetitia introiernnt et
sustinuerunt. Hie, sancte pater, vellem, si praesens
essem, habere rcsponsionem tuam, unde istis diaboli
membris tanta forlitudo in sua barest, quanta vix etiam
invenitur in vaJde religiosis in lide Christi.
3. Ha;c est haeresis illorum. Dicunt apud se tantum
Ecelcsiam esse, eo quod ipsi soli vestigiis Christi inhae-
reant; et apostolicae vilse veri seclatores permaneant, ca
quae mundi sunt non quasrertes, uon domum, necagros
nee aliquid peculium p issidcnles : sicut Christus non
possedit, nee discipulis suis possidenda concessit. Vos
autem (dicunt nobis) domum domui, et agrum agro
copulatis, et qua; mundi sunt hujus quaaritis : ita etiam
ut qui in vohis perl'ectissimi habentur, sicut monachi vel
regulares canonici, quamvis haec non ut propria, sed
possident ut communia ; possident tamen hasc omnia.
De se dicunt : Nos pauperes Christi, instabilea, de ci-
LETTRE D'EVERVIN.
465
tel que les moines et les chanoinesreguliers, s'ils ne
possedent point ces choses en propre, les possedent
du moins en commun. Quant a nous, disent-ils,
nous somraes les pauvres de Jesus-Christ, nous ne
demeurons nullc part, nous fuyons d'une ville a
1' autre, conime des brebis au milieu des loups ;
nous souffrons persecution avec les apotres et les
martyrs ; et en attendant, la vie sainte et austere
que nous menons se passe dans le jeune et les
abstinences, dans les prieres et le travail, le jour et
la nuit, etnous ne recberchons a tirer de nos occu-
pations que les choses absolument necessaires a la
vie. Nous souffrons cela parce que nous ne sommes
point de ce monde; pour vous qui aimez le monde,
vous avez la paix avec lui parce que vous etes du
monde. Les faux prophetes, en alterant la parole
du Verbe parce qu'ils cberchaient leurs propres in-
lerets, vous out egares vous et vos peres. Pour
nous, au contraire, et pour nos peres qui ont eteen-
gendres apotres, nous avons persevere dans la
grace du Christ, et nous y persevererons jusqu'a. la
fin des siecles. C'est pour nous distinguer de vous,
que le Christ a dit : « Vous les connaitrez a leurs
fruits. » Nos fruits a nous, c'est de marcher sur les
pas du Christ.
Dans leurs aliments, ils proscrivent toute espece
de laitage, et tout ce qui vient du lait, de meme
que tout ce qui se produit par voie de generation.
C'est la pratique qui les distingue de nous, dans la
vie commune.
Dans la reception des sacrements, ils se couvrent
la tete d'un voile; toutefois ils nous ont avoue sans
detour que, dans leurs repas quotidiens, se confor-
mant a l'usage des apolres, ils consacrent le pain
et le vin au corps et au sang de Jesus-Christ par la
formule du Seigneur, afin de se nourrir de Jesus-
Christ, et d'en devenirainsi le corps etles membres.
Quant a nous, ils disent que nous n'avons point la
realite dans les sacremeuts, mais seulement une
ombre et une tradition humaine. lis pretendent en-
core qu'ils donnent et recoivent le bapteme dans le
feu et le Saint-Esprit, et s'appuient sur les paroles
de Jean-Baptiste, qui baptisait dans l'eau seule-
ment et qui disait, en parlant du Christ : « Pour
lui, il vous baptisera dans le Saint-Esprit etdans le
feu. « Et ailleurs : « Pour moi je vous baptise dans
l'eau, mais il y en a un au milieu de vous, qui est
plus grand que vous, et que vous ne reconnaissez
point, n comme s'il avait voulu dire par-la, il vous
baptisera d'un autre bapteme que celui de l'eau. lis
s'efforceut de plus de prouver, par les paroles desaint
Luc, que ce bapteme doit se donner parl'imposition
des mains. Eu effet, saint Luc, en decrivant, dans
les Actes des apotres, le bapteme que saint Paul
recut des mains d'Ananie, snivant l'ordre de Jesus-
Christ, ne fait point mention d'eau, mais seulement
d'une imposition des mains, et ils pretendent que
tout ce qu'on lit dans les actes des apotres, et dans
lesepitres de saint Paul, sur 1'imposilion des mains,
doit s'entendre de ce bapteme. Quiconqueparmieux
a recu ce bapteme est appele elu; il a le pouvoirde
baptiser les autres, lorsqu'ils sont dignes de rece-
voir le bapteme, etde consacrer le corps et le sang
du Seigneur a. table. L 'imposition des mains fait
passer, chez eux, du rang d'auditeurs, comme il les
appellent, a celui des croyants, et donne le droit
d'assister a leurs prieres, jusqu'a ce que, apresune
epreuve suffisante, on soit fait elu. Ils ne tiennent
aucuncompte de noire bapteme ; ils condamnent le
mariage. Je n'ai pu savoir d'eux la raison de cette
vitatc in civitatem fugienles, sicut oves in medio Iupo-
rum, cum apostolia ct martyribus pcrsecutionem pati-
mur : cum tamen sanclam et arotissimam vitam ducamus
in jejunio et abstinentiis in orattombus et laboribus die
ac nocte persistentes, et tantum necessaria ex eis vitae
quajrentes. Nos hoc sustinemus, quia de mundo non
sumus : vos aulem mundi amafores, cum muudo paccm
habetis, quiade mundo estis. Pseudoapostoli adulterantes
verbum Christi, qute sua sunt quassiverunt, vos et
patres exorbitare fccerint : nos et patres nostri
generati apostoli , in gratia Christi permansimus ,
et in finem sfeculi permanebimns. Ad distingi'cndos nos
et vos, Christus dixit : A fructibus eorum. cognoscetis
eos. Fructus nostri sunt vestigia Chrisli. In cibis suis
vetant omne genus lactis, et quod inde conlicitur, et
quidquid ex coitu procreatur. Hoc de conversatione sua
nobis opponunt. In sacramenlis suis velo se tegunt :
tamen nobis aperte confessi sunt, quod in mensa sua
quotidie cum manducant, ad formam Christi et apos-
tolorum, cibum suum et potum in corpus Christi et
sanguinem per dominicam oralionem consecrant, utinde
se membra et corpus Christi nutriant. Nos vero dicunt
in sacramentis non tenere veritatem, sed quamdam
umbram et hominum traditionem. Confessi sunt etiam
T.IV .
manifesto se prater aquam, in ignem et Spiritum bapti-
zare, et baptizalos esse : adducentes illud testimonium
Joannis Baptistae baptizantia in aqua, et diuentis de
Christo : Hie vos baplizabil. in Spiritu-Sancto et igne.
Et in alio loco : Ego baptizo in aqua, major autem ves-
trum stetit, quern vos nescitis, quasi alio baplismo pra-
ter aquam vos baptizatuvus. Et talem baptismum per
impositionem manuum debere fieri conati sunt ostendere
tcstimonio Lucae, qui in actibus apostolorum describens
baptismum Pauli, quem ab Anauia suscepit ad pracep-
tum Christi nullam mentionem fecit de aqua, sed tantum
de m.unis impositione : et quidquid invenilur, tam in
actibus apostolorum, quam in epistolis Pauli de manus
impositione ad hunc baptismum vohint pertinere. Et
quemliliet sic inter eos haptizatnm dicunt electnm, et
habere potestalem alios qui digni fuerint baptizandi, et in
mensa sua corpus Christi et sanguinem consecrandi.
Prius cnim per manus impositionem de numero eorum,
quos auditores vocant, recipinnt cum inter credentes :
el sic licebit eum interesseorationibus eorum, usquedum
satis probatum eum faciant electum. De baptismonoslro
non curant. Nuptias damnanl, sed causam ab eis inves-
tigare non potui ; vel quia earn fateri non audebant, vel
potius quia earn ignorabant.
30
466
OEUVBES DE SAINT ISEUNAHD.
condamnation, soit parcc qn'ils u'osaient pas l'a-
vouer, soit plutdt parce qu'ils n'en avaient pas a
donner.
6. Nous avons encore d'autres hcretiques dans
nos contrees; ils different du tout au tout des pre-
miers, c'est ineme par leurs discordes et leur anta-
gonisme que nous les avons decouverts. Cos der-
niers nient que le corps de Jesus-Christ se trouve
sur l'autel, attendu que tons les pretrcs de I'figlise
ne sont point eonsacres. Selon eux, la dignite apos-
tolique s'est corrompue, en se melant des choses
du siecle. Assis dans la cliaire de Pierre,
le papen'est plus enr61e au service de Dieu, comme
le Alt saint Pierre, et s'est ainsi prive du pouvoir
de consacrer qui fut aecorde a Pierre. Or,
l'autorite apostolique ne peut donner aux ar-
cheveques et aux eveques qui vivent selon le siecle
dans l'Eglise, le pouvoir qu'ellen'a plus elle-meme,
de transmettre ii quelques hommes la vertu de
consacrer ; ils s'appuient sur ces paroles de Jesus-
Christ : « Les scribes et les pbarisiens sont assis
sat la chaire de Molse, faitesce qu'ilsvousdisent :»
et raisonnent comme si, par ces paroles, il etait
dit que, a ceux qui ressemblent aux scri-
bes et aux pbarisiens, il n'est aecorde que
le pouvoir de precher et d'ordonuer, et ricii
de plus. Voila comment ils reduisent a neant le sa-
cerdoce de l'Eglise, et coudamnent tous les sacre-
ments, a l'exception du bapteme. Encore ne l'ad-
mettent-ils que pour les adultes qu'ils disent elre
baptises par Jesus-Christ meme, de quelque mi-
nistre, qu'ils recoivent les sacrements. lis n'ont
point foi au bapteme des enfants, ils s'en
tiennent seulement a. ces paroles de l'E-
vangile : « Quiconque croira et sera baptise,
sera sauve. » Pour eux, tout mariage est une
fornication, excepts celui que conlractent entre
eux dens vierges, homme etfemme, et appuient
leur sentiment sur celte reponse du Seigneur
aux Pbarisiens : « I. 'homme ne separera pas ce
que Dieu a uni, » comme si Dieu meme avait uni
ceux qui ont eu des rapports ensemble, de meme
qu'il unit nos premiers parents. Ils citent encore la
reponse true lit le Seigneur aux memes pbarisiens
au sujet du billet de divorce ; « Dans le principe il
n'en hit pas ainsi, » et les paroles qui viennent
apres celles que nous venons de citer : « Tout homme
qui epouse une lenime renvoy6e par son mari, est
un fornicateur. » lis rappellent aussi ces paroles de
l'Apotre : « Que votre mariage soit honorable aux
yeux de tous, et que votre lit soit sans tache. »
5. Us n'ont aucune confiance dans les suffrages
des saints, et pretendent que les jeunes et les au-
tres morlitications de la chair ne sont point neces-
saii-es aux justes, non plus qu'aux pecheurs, atten-
du qu'il est ecrit : « Le jour ou le pecheur gemira,
tous ses peches lui seront remis. » Aussi appellent-
ils superstitions toutes les autres observances que
ni le Christ ni les apotres apres lui n'ont point eta-
blies dans l'Eglise. Ils n'admettent point de purga-
toire apres la mort, et pretendent que les Ames
entrant dans le repos ou dans le chatiment eternel,
en sortant de leur corps, et ils citent a l'appui de
de leur opinion, ces paroles de Salomon : « L'arbre
demeurera \k oii il sera tombe, soit du cote de
l'Auster, soit du cote de l'Aquilon. » En conse-
quence, ils regardent les prieres des fideles et les
offrandes pour les morts comme inutiles.
6. C'est done contre tous ces maux, aussi nom-
breux que varies, que nous vous prions, Pere saint,
de tenir eveilles les yeux de voire sollicitude, et de
diriger la pointe de votre roseau contre ces betes
4. Sunt item alii hieretici quidam in terra nostra,
omnino ab islis discordanles, per quorum mutuam dis-
cordiam et conlentionem ulrique nobis stint detecli. Isti
negant in altari fieri corpus Christi, eo quod omncs
sacerdotes ecclesiie non sunt consecrati. Apostolica enim
dignitas (dicunl) corrupta esl, implicans se negoliis sae-
cularibus; et in cathedra Pelri non militans Deo, sicut
Petrus, poleslate consecrandi, quae data fuit Petro, se
privavit : el quod ipsa non habet, archiepiscopi et epis-
copi, qui in Ecclesia sa;eulariter vivunt, ab ea non acci-
piunt ut aliquos consecrare possint, advertenles illud de
verbis Christi •. Super cathedram Moy si sederunt scribie
el pharisiei ; quae vobis dicunt facite : quasi islis lalibus
concessa sil polestas tantum dicendi et prascipiendi, ct
nihil amplius. Et ila cvacuant sacerdotium Ecclesiss, et
damnant sacramenta, praater baptismum solum, et hunc
in adultis, quos dicunt baplizari per Chrislum, quicun-
que sit minister sacramentoruiu. De baptismo parvu-
lorum (Idem non habenl, praater illud de Evangelio :
Qui crediderit et buptizatus f'ueril, salvus erit. Omne
conjugium vocant furnicationem, praeter quod contrahi-
tur inter utrosque virgines; masculum et feminam, ads-
truenles base de verbis Domini , quibus respondit
Pbarisaeia : Quod Deus conjunxit, homo non separet,
quasi Deus tales conjungat, tanquam ad siiuilitudinem
primorum hominum, ct quod eisdem ei opponentibus
de libello respondit repudii, ab initio non fuit sic. El
item quod ibidem sequilur : Qui dimissam duxerit,
mozchnlut: El illud de Apustolo : Honorabile connubium
sit omnibus, et tliorus immaculutus.
5. In sulTragiis sanctorum non confidunt; jejunia cae-
terasque afflictiones, qiue (iunt pro peccatis, adslruunt
justis non esse necessaria, nee eliam peccaloribus : quia
in quacumque die ingemuerit peccator, omnia peceata
remittcntur ei : casterasque observanlias in Ecclesia,
quas Christus et apostoli ab ipso disccdentcs non con-
diderunt, vocanl superstitiones. Purgatoriumignem post
mortem non concedunt : sed animas statim, quando
egrediunlur, de corpore in apternam vol requiem, vel
poenam transire, propler ilia Salomonis : Lignum in qua-
cumque partem ceciderit, sive art Austrian, sive ad
Aqmlonem, ibi manebit. Et sic fidelium oraliones vel
oblationes pro defunclis adnihilant.
6. Contra haec tarn mnltirormia mala rogamus, sancte
SOIXANTE-CINQUIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
467
sauvages. Ne nous dites point que la tourde David,
oil nous nous refugions est assez fortemerjt cons-
Iruite avec ses boulevards, ses mille boucliers qui
pendent a ses murailles, et ioutes les armures des
forts, dontelleest remplie. Nousvoulons, mon Pere,
quevous reunissiezavec votrezele, en faisceau, pour
nous qui sommes trop faibles et trop lents, toutes
les amies, atin qu'elles soient plus propres a decou-
vrir tous ces monstres, et plus en etat de repousser
leurs attaques. II faut que vous sacbiez aussi,
mon seigneur, qu'eu rev^nant a l'Eglise, ils nous
ont dit qu'ils comptaient une multitude de parti-
SERMON LXV.
Her&tiques clandestins : saint Bernard signale leurs
principes religieux, teur soin d cacher leurs mysteres
et tear scandaleui commerce avec les femmes.
II J a trois
sortes de
renards.
1. Je vous ai dejafait deux sermons surle meme
verset. J'ai desseiu de vous en faire encore nn troi-
sieme, si vous ne vous ennuyez point de 1'enten-
dre. Et je pense meme qu'il est necessaire que je
le fasse, car, pour ce qui regarde notre vigne domes-
sans, repandus par toute la terre, parmi lesquels tique, qui n'est autre que vous, mes freres,je crois
ils comptaient bon nombre de nos moines et de que dans les deux discours precedents, je l'ai assez
nos clercs. Ceux qui ont ete livres aux flammes premunie contre les embuebes de trois sortes de
nous ont dit dans leur defense, que cette beresie renards, je veux dire des flatteurs, des medisants,
venait du temps des martyrs, et s'etait tenue se- et de que!ques esprits seducteurs, qui sont savants
crete jusqua nos jours, mais qu'elle s'etait conser- et accoutumes a presenter le mal couvert des appa-
vee en Grece et dans plusieurs autres endroits. Tels rences du bien. Mais il n'en va pas ainsi de la vigne
sout ces beretiques, qui se disent apotres, et qui du Seigneur ; je veux dire de cette vigne qui a L'Eglise est
ont leur pape. 11 y en a parmi eux, qui regardent empli toute la terre, et dont nous faisons partie ; 'srifnMr."
notre pape comme n'etant point pape, sans toute- cette vigne si grande, plantee de la main du Sei-
gneur racbetee de son sang, arrosee de sa parole,
provignee par sa grace, rendue feconde par son
esprit. Si j'ai songe a ce qui nous appartenait en
propre, je n'ai encore rien dit qui put servir a l'u-
tilite commune et generale. Or, ce qui m'emeut
tout aux moeursdes apotres, qui avaient la per- davantage pour elle, e'est que j'en vois beaueoup
mission de mener des femmes avec eux. Adieu qui la ravagent, et peu qui ladefendent, et que sa
s danleSeigneur. defense meme est difficile. Et ce qui cause cette
difticulte, e'est que ses ennemis se cachent. Car l'E-
glise ayant toujours eu des renards, meme des son
commencement, elle les a bientot trouves et pris. le9 "n.ards
r sont les
Un beretique combattait ouvertement ; car un be- Mr4tique«.
fois en avoir un autre pour eux. Ces satans aposto-
liques out, parmi eux, des femmes qu'ils disent
cbastes, des veuves et des vierges]; ce sont leurs
epouses, et elles comptent, soit parmi les elus,
soit parmi les croyants. C'est pour se conformer en
Pater, ut evigilet sollicitudo vestra, et contra feras arun-
dinis stilum dirigalis. Nee nobis respondeatis, quod
turns ilia David, ad quam confugimus, satis sil aedificata
cum propugnaculis, quod mille clypei pendent ex ilia,
omnis armatura fortium. Sed volumus, Pater, ut ha>o
armatura propter nos simpliciores et tardiores, vestro
studio in unum collecta, contra h;ec tot monslra ad inve-
niendum fiat paratior, et in resistendo efficacior. Nove-
ritis etiam, domine, quod redeuntes ad ecclesiara nobis
dixerunt, illos habere maximum multitudinem fere ubi-
que terrarum sparsam, et habere eos plures ex nostris
clericis et monachis. Illi vero qui combusti sunt, dixe-
runt nobis in defensione sua, hanc haeresim usque ad
haec tempora occullatam fuisse a temporibus martyrum,
et permansisse in Graecia, et quibusdam aliis terris. Et
hi sunt illi haeretici, qui se dicunt apostolos , et suum
papam habent. Ala papam nostrum adnihilant, nee
tamen alium praeter eum habere fatentur. Isti aposlolici
satanae habent inter se feminas (ut dicunt) contineutes,
viduas, virgines, nxores suas, quasdam inter electas,
quasdam inter credentes; quasi ad formamapostolorurn,
quibus concessa fuit potestas circumducendi mulieres.
Vale in Domino.
SERMO LXV.
De clandestine harelicis, quorum preeposteram religio-
nem el studium occultant mysteria sua, neenon scan-
dalosum feminarum contubernium prmstringit.
\. Duos vobis super uno capitulo disputavi sermones:
tertium * paro, si audire non taedeat. Et necessarium
reor. Nam quod ad nostram quidem spectat domesticam
vineam, qua? vos estis, satis mearbitrorin duobus fecisse
sermonibus pro munimento illi adversus insidias triper-
titi generis vulpium, qui sunt adulalores, detractores,
ac seductorii quidam spiritus, gnari et assueti mala sub
specie boni inducers. Verum dominicaa vineae noa ita.
Illam loquor, quae implevit terrain, cujus et nos portio
sumus : vineam gtandeni nimis, Domini planlalam manu,
redemptam sanguine, rigatam verbo, propagatam gra-
tia, fcecundatam spiritu. Ergo plus proprii curam gerens,
in commune minus prolui. Movet me autem pro ipsa
mullitudo demolientium earn, defensantium paucitas,
difficultas defensionis. Difficultatem occultatio facit.Nam
cum Ecclesia semper ab initio ?ni vulpes habnerit, cito
at. edeta
paro.
468
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
Ce qui fall
le fond
de 1 hi-re-it-
retique est principalement appele ainsi, parce qu'il ces mots du Sauveur dans l'Evangilb ; « Ne jurez
d£sire vaincre publiquement, » et il succombait. point par le end, ni par In terre (Matth. v} 84). »
Ces renards etaient done aises a prendre ; ce n'est 0 gens stupides et insenses, Ames pharisienneSj
pas qu'il n'yen eut qui demeurassent rebellos a la vous rejetezun moucberon, et avalez un chameau.
lumieredelaverite, maisonlesattachaitseulsdebors II ne faut pas jurer, et il seiait permis de se par-
et ils sechaient. On croyait avoir pris le renard, jurer, comme si la permission de ce dernier n'em-
lorsqu'on avait condamne fimpiete, el mis Fimpie portait pas celle de l'autre. En quel endroit de l'E-
tiehors, oil il vivait seulement pour la montre.sans vangile trouvez-vous cette exception, vous quin'un
pouvoir porter de fruits. De sorte que, selon la pa- perdez pas un seul iota, comme vous vous en glo-
roled'unprophete, elle avait les mamelles seches, et riliez faussempnt. N'est-il pas visible que ce n'est
le ventre sterile (Osee. ix, 14) ; parce qu'une erreur que par superstition que vous defendez les jure-
refutee publiquement ne repousse plus, et qu'une merits, puisqu'en meme temps, vous avez la har-
faussete decouverte ne gerrne plus, diesse d'autoriser les parjures? 0 etrange perver-
2. Que ferons-nous pour prendre ces renards ma- site ! Ce qui n'est conseille que pour une plus
lis condam-
oent le
jurement
et permelteo
le parjure.
lieieux, qui aiment mieux nuire que vaincre, et
«'e«t I'orgueii qui ne veulent pas meme paraitre publiquement,
mais qui rampent et se glissent par surprise? Tons
les beretiques se sont toujours propose pour but
d'acquerir de la gloire, par la singularity de leur
doctrine. Mais il y a une beresie ici, plus maligne
et plus arliticieuse que toutes les autres, car elle se
repait des pertes d'autrui, et neglige sa propre
gloire. Je crois quelle s'est inslruite paries exem-
ples des anciennes heresies, qui une fois decouver-
tes, ne pouvaient plus echapper, mais etaient prises
aussilot. Par un sacrifice tout nouveau, elle opere
Nonvelle
heresie.
grande perfection, je veux dire ne point jurer,
ils 1'observent avec autant de rigueurque si e'etait
unprecepte, etce qui est etablipar une loi immuj-
ble, de ne se point parjurer, ils en dispensent a
leur fantaisie, comme dune chose indillercnte,
de peur qu'on ne public leur secret. Comme s'il
n'y allait pas de la gloire de Dieu de reveler les
cboses utiles. Est-ce qu'ils portent euvie a sa
gloire ? Mais je crois plutot que e'est qu'ils ont
bonte de decouvrir des cboses qu'ils savent bien
etre honteuses. Car on dit qu'ils font un secret des
cboses infames et abnminables. Le dos des renards
babilement ses mysteres d'iniquite, et elle le fait ne seut pas bon
avec d'autant plus de licence, qu'elle agit d'une 3. Mais je ne veux point parler des cboses qu'ils
maniere plus cacbee. lis se sont donnes, comme nieraieut. Qu'ils repondent seulement a eelles qui
Ton dit, rendez-vous dans les endroits ecartes, et sont manifestes. Est-ce que, suivant l'Evangile, ils
ils ont concerte ensemble de mediants discours. ne veulent pas donner le Saint aux cliiens, et les
Jurez, parjurez-vous, se disent-ils l'un a l'autre, perles aux pourceaux? Mais n'est-ce pas confesser
plutot que de divulguer le secret. Aulrement, ils ne ouvertement qu'ils ne sont pas de l'Eglise, que de
veulent pas qu'on jure lemoinsdu monde, a cause de regarder comme des cliiens et des pourceaux tous
Leur soin d
cacher lear
mysteres
est suspect
oranes coropertae et captae sunt. Confligebat haereticus
palam, (nam inde haereticusmaxime, quod palam vincere
cupiebat) et succumbehat. Ita ergo facile illas capieban-
tur vulpcs. Quid enim si posita in lucem veritate haere-
ticus in suae pertinaciae tenebris remanens, solus foris
religalus aresceret? Nihilominus capta reputabatur
vulpes, condeuanata impietate, et impio foras misso,
ostenlui utique jam victuro, non fruclui. Ex hoc, juxta
Prophetam, erant illi libera arenlia, et venter sterilis :
quia non repullulat error publice confutatus, et falsitas
aperta nun germinal.
2. Quid fuciemus his malignissimis vulpibus, ut capi
queant, quae nocere quam vincere nialunt, et ne appa-
rere quidem volunt, sed serpere? Omnibus una intcutio
bareticis semper l'uit captare gloriam de singularitate
scienlise. Sola isla malignior caeteris vcrsutiorque hare-
sibus, damnis pascitur alieuis, propria; gloria ncgligens.
Docta, credo, exemplis vcterum, qua' proiJiiae evadere
nmi valebant, sed cunfestim capicbanUir, caula est novo
maleflcii genere operari mysterium iniquitatis, eo licen-
tius, quo lalentius. Denique indixere (ut dicitur) late-
bras sibi, firmaverunt sibi sermonem nequam. Jura,
perjura : secretum prodere noli. Enimvero alias ne
teauiter quidem jurare ullatenus acquiescuat, propter
illud de Evangelio : Non jurare, neque per cesium,
neque per terrain, etc. 0 stulti et tardi corde, repleti
plane pharisaico spiritu, liquantes culicem, et camelum
glutienles. Jurare non licet, et pejerare licet? An in
hoc solo utrumque licet? De quonam mihi cvangelio-
rura loco producitis istam exceplioncm, qui ne iota qui-
dem (ut falso gloriamini) praeterilis? P.itet vos el supcrs-
titiose observare de juramento, et flagiliose prsesumere
de perjurio. 0 perversitatem ! quod ad cautelam con-
sullum est, videlicet, non jurare ; hoc isti mandali vice
tam contentiose observant : et quod imuiobili jure san-
citum est, non perjurandum scilicet, hoc tanqnam indif-
ferens pro sua volunlale dispensant. Non, inquiunt, sed
ne mysterium publiccmus. Quasi gloria Dei non sit
revelare sermonem. An Dei invident gloria?? Sed magis
credo quod pandere erubescant, scienles inglorium.
Nam nefanda et obsccena dicuntur agere in sccreto,
siquidem et vulpium posteriora fuetent.
3. Sed laceo qua; negarent ; ad manifesto rcspondeant.
An juxta Evangelium cavcut sanctum dare canibus, et
margaiilas porcis? At istud aperte fatcri est, se non esse
de Ecclesia, qui omnes qui de Ecclesia sunt, canes cen-
sent et porcos. Sine exceptione enim omnibus qui de
sua secta non sunt ; suum illud, quidquid est, aubtra-
SOIXANTE-CINQUIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
'469
ceux qui sont de l'Eglise?Car ils croient que tous est plus permis maintenant de vous taire. Jusques
ceux, sans exception, qui ne sont point de leur a quaud tiendrez-vous cache ce que Dieu comman-
secte, ne doivent point avoir part a ce dont ils font de de publier? Jusques a quand voire Evangile
un myslere. Quelle que soit leur doctrine, ils ne sera-t-il cache? Sans doute votre Evangile n'est pas
me repondent point, car ils craignent trop de se celui de saint Paul, car il declare que le sien n'est
deeouvrir; neamnoins ils n'echapperont pas. Re- point cache : « Mon Evangile, dit-il, n'est point
pondez-moi done, vous qui etes [ lus sages qu'il ne
faut, el plus fous qu'on ne saurait dire. Le secret
que vous cachez est-il de Dieu, ou non? S'il est de
Dieu, pourquoi ne le publiez-vous pas pour sa
gloire ? Car il y va de la gloire de Dieu de reveler
secret, et il ne Test que pour ceux qui se perdent
(2 Cor. iv, 3). » Prenez garde qu'il n'ait entendu
parler de vous qui tenez votre Evangile secret,
n'est-il pas evident que vous vous perdez? Mais
peut-etre ne recevrez-vouspasnon plus les Epitres
ce qui vient de lui. Et s'il ne Test pas, pourquoi de saint Paul? Je l'ai out dire de quelques-uns
ajoutez-vous foi a ce qui n'est pas de Dieu, sinon d'entre vous. Car vous ne vous accordez pas en
parce que vous elesunheretique? Qu'ils decouvrent toutes choses, bien que vous nous soyez tous con-
done un mystere qui vient de Dieu, pour la gloire traires.
de Dieu, ou qu'ils nient que ce soit un mystere de U. Mais enfin vous recevez tous, si je ne me
Dieu et qu'ils confessent, qu'ils sont des heretiques; trompe, avec la meme deference que l'Evangile,
ou du mows qu'ils se declarent ouvertement enne- les paroles, les ecrits, et les traditions de ceux qui
mis de la gloire de Dieu, puisqu'ils ne veulent pas ont converse, corporellement avec le Sauveur. Ce-
declarer une chose qui serait si avantageuse a sa
gloire. Car on ne peut aller contre ce que dit
L'Ecriture : « la gloire des Rois, e'est de cacher leur
secret a et celle de Dieu de le reveler (Prov. xxv,
2). » Si vous ne voulez pas le reveler, e'est que
vous ne voulez pas gloritier Dieu. Mais peut-etre
ne recevrez-vous pas ce texte de l'Ecriture. Je le
crois, car les heretiques font profession de ne sui-
vre que l'Evangile, et d'etre les seuls qui le sui-
vent. Qu'ils repondent done a l'Evangile : « Ce que
je vous dis dans les tenebres, dit Jesus-Christ,
dites-le en plein jour, et ce quejevous dis a l'oreil-
le, prechez-le sur les toits (Malth. x,27).» II nevous
a Dans la Vulgate telle que nou9 Taverns maintenant, e'est le
contraire ; on lit, en effet, an chapitre nv, verset i.', des Fro-
verbes : « La gloire de Dieu est de cacher sa parole, et celle
des rois, de l'etendre. » La version des Septante favorise le sens
donne par la Vulgate. Voir les notes de Horstius.
pendant, ont-ils tenu leur Evangile secret ? Ont-
ils cache les faiblesses de la chair de Dieu meme,
l'horreur de sa mort, l'ignominie de sa croix ?
Tant s'en faut, ils ont public ces choses par toute
la terre. Oil est cette vie et cette conduite aposto-
liques dont vous vous vantez tant? lis crient, et Ch££{jqBn£"
vous, vous murmurez tout has. Ils parlent en pu- »°ul lo'n des
blic, et vous, en cachette. lis volent comme des ap6tre$.
nuees (ha. lx, 8), et vous, vous vous cachez dans
les tenebres, et sous terre. En quoi leur ressemblez- .
vous ? Est-ce en ce que vous ne menez pas des
femmes avec vous ? mais vous vous enfermez
avec elles. Or, il n'y a pas tant lieu a concevoir
des soupcons contre ceux qui se font accompagner
par des femmes, que contre ceux qui demeurent
avec elles. Mais qui peut rien soupconner de fa-
cheux de ceux qui ressuscitaient les morts? Faites
de semblables miracles, et quand je verrai une
hendum existimanl. CaBterum hoc elsi senliant, non
respondebunt, ne manifesli fianl, nempc quod omni
modo fugiunt, sed non effugient. Responde miUi, o
homo, qui plus quam oportel supis, et plus quam dici
potest desipis. Dei est, an non, niysterium quod occul-
tas? Si est, cur non ad ejus gloriam pandis? Nam gloria
Dei, revelare sermonem. Si non, cur fidem habes in eo
quod non est Dei, nisi quia haereticus cs? Aut igitur
Dei secrctum ad Dei gloriam prodant ; aut Dei negent
lnysterium, et minime se ha2reticos negent : aut certe,
nibilominus manifestos se fateantur inimicos gloriaa Dei;
qui nolunt manifestum fieri, quod ei norunt fore ad glo-
riam. Stat nempe Scripture Veritas : Gloria rrgum
celarc verbum, gloria Dei revelare sermonem. Non vis
tu revelare? Non ergo vis Deum glorificare. Sed forle
non recipis scripturam banc. Ila est : solius Evangelii
se profitentur temulatores, et solos. Respondeant proinde
Evangelic. Quod dico, ait, in tenebris, dicile in /amine;
et quod in aui e auditis, predicate super tecla. Jam non
licet silere. Usquequo occultum tenctur, quod palam
Dsus fieri jubet? Usquequo opertum est Evangelium
veslrum ? Suspicor : vestrum non est Pauli ; nam ille
suum fatetur opertum non esse. Etui, inquit, opertum
est Evangelium meum, in his opertum est qui pereunt.
Videte ne vos diceret, apud quos Evangelium invenitur
opertum- Quid apertius quod perealis? An forte nee
Paulum recipilis? De quibusdam ita audivi. Non enim
inter vos omnes per omnia concordalis, etsi a nobis
omnes dissenlialis.
4. At vera eorum verba, et scripta, et traditiones, qui
corpnraliter cum Salvatore fuerunt, pari auctoritate
Evangelii cuncti (ni fallor) indifl'erenter recipitis. Num-
quid illi opertum tenuere evangelium suum? Numquid
in Deo carnis infirma, morlis horrida, crucis ignonii-
niam tacuere? Et quidem in omnem terram exivitsonus
eorum. Ubi apostolica foima et vita, quam jaclalis? Illi
clamant, vos susurratis : illi in publico, vos in angulo :
illi !/? nubes volant, vos in tenebris ac subtcrraneis
domibus delitescilis. Quid simile i 1 lis in vobis ostenditis?
An quod vobiscum mulierculas non utique circumduci-
lis, sed includitis? Non a?que comilalio, ut cohabitatio,
suspicion! patet. Verum quisnam de illis sinistrum quip-
470
La familiarity
3>-'(* It's
femmes
ouvrela porle
au (iatifctr et
au scanii.'.le.
tin faui
catholiqne
fait plus de
mal
qn'un vrai
neretique.
femme coucher avec vous, je croirai que c'est un
homme. Autrement n'etes-vous ]tas temerairas de
vouloir usurper les privileges de ceux dont vous
a'imitez pas la saintete ? Eire lonjours avec une
femuie, et n'en point user, n'est-ce pas mi plus
grand miracle que de ressusciter les morts? Vous
no pouvez I.mv re qui est moins, et vous voulez
que je croie de vous ce qui est plus. Vous etes tous
les jours assis ,'i table .:> cute d'une jeune Glle;
votre lit est dans la meme chambre que le sien;
vos yeui son! attaches sur ses yeux durant la con-
versation, VOS mains touchenl ses mains durant le
travail, et vous voulez qu'on vous estime continens?
Quand vous le seriez, eneffet, vous me donneriez
lieu de croire que vous ne l'etes pas. Vous m'etes
un sujet de scandale. Otez la cause du scandale, si
vous voulez parser pour un veritable sectateur de
1'Evangile, comme vous vous eu vantez si fori.
L'Evangile ne condamne-t-il pas celui qui scan-
dalise une seule personne de l'Eglise? Et vous,
vous scandalise?, toute l'Eglise. Vous etesun renard
qui ravagez la vigne du Seigneur. Aidez-ruoi, mes
freres, a le prendre. Ou plutot, 6 saints anges,
prenez-le pour nous. 11 est extremement adroit, il
est convert de sa malice et de son iuipiete. 11 est
si petit, et si subtil, qu'il eehappe aisement aux
yeux des homines. Mais se derobera-t-il aussi aux
vutres? C'est a vous que cette parole s'adresse
comme aux compagnons de l'Epoux : « Prenez-
nous les petits renards. » Faites done ce qu'on
vous commande ; prenez-nous ce renard si arliii-
cieux, que nous poursuivons en vain depuis si
longtemps deja. Enseignez-nous, et suggerez-nous
le moyen de decouvrir ses fourberies. Car c'est la
prendre le renard, parce qu'un faux catholique
nuitbienplus qu'un heretique decouvert et reconnu
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
hi. » Or, il n'appartient point a l'homrae de sa-
voir ce qui se passe dans l'homme, a moins qu'il
ne soil eclaire par l'esprit de Dieu, ou instruit par
l'entremise des anges. Quelle marque donnerez-
vous pour faire conpaitre a tout le monde cette
beresie pernicieuse qui sail si bien deguiser
non-seulemeiit ses paroles, mais aussi sa con-
duile.
5. Et cedes le degat fait dans la viene, et qui est
encore tout frais, fait voir .pie le renard y a pene-
tre. Mais je ue sais par quelle adresse cet animal
r"?l'' conf 1 tellement les traces de ses pas qu'il
n'y a presque pas moyen de voir par oii il entre,
ni par ou il sort. On voit bien son ceuvre, mais on
n'en voit point l'auteur, taut il a soin de deguiser
les apparences. Si vous l'interrogez sur sa foi, il
111 ' "en de plus Chretien. Saconduite paraitirre-
prehensible, et il semble justiiier ses discours par ™«*ZS5;
ions. Un le voit, pour temoigner sa foi.fre- chongeaniae
quenter l'Eglise, honorer les pretres, oflrir' des hypocrilos-
presents a l'autel, se confesser, participer a tous
les sacrements. Qu'y a-t-il de plus catholique'
Quant a ce qui concerne les majors, il ne tromne
personne, il ne s'eleve au dessus de personne, il ne
frappe personne. De plus, son visage est pale de
jeunes, il ne mange point sou pain dans l'oisivete,
il travaille de ses mains pour gagner sa vie. Ou
est maintenant le renard ? Nous le tenions, com-
ment s'est-il eehappe de nos mains? Comment a-
t-il disparu si vile? Poursuivons-le, chercbons-le,
nous le reconnailrons a ses fruits. Car le ravage
cause dans les vignes est une preuve certaine que
a Plusieurs manuscrits donuent une lecon plus simple de ce
passage, et font dire a saint Bernard : . qu'un vrai oerelique. t
Les premieres editions des ojuvres de notre Saint, ei plusieurs
autrcs manuscrits, ont prefereja version que nous donnons.
piam suspicarctnr, qui mortuos suscitabant? Fac hi
similiter, et una recubantera putabo feminam vinim.
Alioquin temere tibi usurpas illorum dispensationem,
quorum sanclitatem non habes. Cum femina semper
esse, et non cognoscere feminam, nonne plus est quam
mortuum suscilare? Quod minus est non poles ; et quod
majus est vis credam tibi:' Quotidie latus tuumad Iatus
juvenculae esl in mensa; lecttis tuus ad lecttim ejus in
camera, oculi lui ad illius ocnlos in colloquio, manus
tuae ad manus ipsius in operc : et continens vis putari?
Esto ut sis : sed ego suspicione non careo. Scandalo
mibi es : lolle scandali causam, quo te probes verum
(utjactitas) Evangelii asmulatorem. Qui scandalizaverii
unum de Ecclesia, nonne evangeliutn condemnat ilium?
Tu Ecclcsiam scandabzas. Vulpes es demoliens vineam.
Juvate me, socii u( capiatur : vel polius capite vos
nobis earn. mcti. Veraula est valde, opertaest
iuiquilale el impielale sua. Plane tain pusillaatque sub-
lidem bumanos I'rastretur obtutus. Num-
'i"''1 el !■ ■ pti rea rax ilia ad vos, utpote
lc'3 Sj '■•■ vulpes panm/as. Ergo facile
quod jubemini : capite nobis hanc lam versipeliem vul-
peculam, quam essejamdiu rruslra insequimur. Docete
et suggerile, qualiter fraus deprebendalur. Hoc enim
est cepisse vulpem : quia longe plus noeet falsus calho-
licus, quam si irerus appareret hasreticus. Non esl aulcm
houiinis scire quid sil in nomine, nisi quis forte ad hoc
ipsum fuerit vel illuminates spirilu Dei, vcl angelica
informatus industria. Quod signum dabilis, ul palam
liat pessima hasresis h;ec, docla menliri non lingua tan-
tuni, sed vila?
a. Et quidem recens vaslalio unca? vulpem indicat
amusse : sed nescio qua arte lingcndi ita sua eonfundit
vesligia caUidisslmum animal, ul qua vcl intrel, vel
exeat, baud facile qneat ab homine deprchendi. Cumque
paleat opus, non apparel auetor : ita pec ea qua? in facie
sunt, cuncta dissimulat. Deniqne si fidem inlerroges,
nihil ohrisHaniua i si conversalionera, nihil irreprehen-
sibilius : el qua? loquitur, tactis probat. Videas homihem
in tesliinopium sua; lidei freqiienlare ecclcsiam, honorare
P'« oyteros, offerre munns uuum, confess on. mi facere,
sacramenlis communieare. Quid lidelius? Jam quod ad
vilam moresquespeclat, neminem circumvenit, neminc.i
supergreditur, neminem conculil. Pallent insuper ora
S01XANTE-CINQUIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
est defendu
1 ceui qui
it fait voeu
le chastete
d'habiter
avec
es femmes.
le renard a passe par-la. Les femmes quittent
leurs maris, ct les maris leurs femmes, pour les
suivre. Les elercs et les prelres, tant jeunes que
vieux. abandonment leurs peuples et leurs egli-
ses, et on les truuve parmi ceux qui s'appliquent
a faire quelque metier. Ne sont-ce pas la de grands
ravages? N'est-ce pas l'ceuvre des renards ?
6. Mais peut-etre tous ne font-ils pas des choses
si manifestesjou s'ils en font, peut-etre est-il bon
de le prouver. Comment prendrons-nous ceux-la?
Retournons au commerce et aux rapports qu'ils
ont avec les femmes. Car il n'y en a pas parmi eux
qui soit exempts de ce desordre. Je demande a I'un
d'eux quel qu'il soit. Dites-moi, vous qui faites
l'bomme de bien, quelle est cette femme qui est
chez vous, et oil l'avez-vous prise? Est-ce votre
femme? Non, dira-t-il, car cela ne conviendrait
pas au vceu que j'ai fait. C'est done votre fille. Non.
Quoi done, est-ce votre sceur, votre niece, quelques
parente, ou quelque allitie ! Nullement. Comment
done votre continence peut-elle etre en siirete avec
elle? Cela ne vous est point permis. Si vous ne le
savez, 1 Eglise defend cette sorte de cohabitation a
ceux qui ont fait vceu de chastete (Concile de Nicee,
Canon m). Si vous ne voulez scandaliser l'Eglise,
renvoyez cette femme. Autrement cela seul fera
croire de vous toutes les autres choses qui ne sont
pas aussi visihles que celles-la.
7. Mais, dit-il, en quel lieu de l'Evangile me
montrerez-vous que cela soit defendu? Vous en
avez appele a l'Evangile ? Vous irez a l'Evangile. Si
471
vous voulez obeir a l'Evangile, vous ne ferez point
de scandale, car il defend absolument dedonner du
scandale. Or vous endonnez en ne chassant pas cette
femme, selon les ordonnances de l'Eglise. Aupara-
vant vous etiez suspect, inais maintenant on jugera
avec certitude que vous meprisez l'Evangile, et que
vous etes ennemi de l'Eglise. Qu'en pensez-vous,
mes freres ? S'il demeure dans son opiniatrete, et
qu'il n'obeisse ni a l'Evangile, ni a l'Eglise, y aura-
t-il encore lieu d'hesiter ? Ne vous semble-t-il pas
que la fraude est decouverte, et que le renard est
pris? S'il n'eloigne point cette femme, il note point
le scandale. S'il n'6te point le scandale, le pouvant
faire, il viole l'Evangile. Que doit faire l'Eglise,
sinon dele chasserlui-meme.puisqu'ilneveutpoint
chasser la cause du scandale, de peur que desobeis-
sant a l'Evangile, ellene devienne semblable a lui?
Car l'Evangile lui commande de ne pas epargner
meme son ceil lorsqu'il la scandalise, ni sa main,
ni son pied, mais de les arracher, deles retrancher,
et de les jeter loin d'elle [Matth. v, 29). « S'il n'o-
bei point a l'Eglise, dit le Sauveur, regardez-le
comme un paien et comme un publicain [Matth.
xviu, 17). »
8. Avons-nous reussi a quelque chose ? Je pense
que oui, nous avons pris le renard, puisque nous
avons decouvert sa fraude. Les fauxcatholiques qui
se cachaient pour detruire la vigne de l'Eglise, pa-
raissent maintenant. Pendant que vous mangiez
avec moi des mets delicieux, le corps et le sang de
Jesus-Christ, lorsque nous vivions en bonne intelli.
C'est par
l'Evangile
qu'on peut
convaincre
les
hiritiques.
jejuniis, panem non comedit otiosus, operatur manibus
unde vilara sustentat. Ubi jam vulpes? Tenebamus earn:
quomodo elapsa est e manibus? Quomodo tam repente
disparuit? Insternus, investigemus : a fructibus ejus
cognoscemus earn. Et certe vinearum demolitio testatur
vulpem. Mulieres relictis viris, et item viri dimissis
uxoribus, ad istos se conferunt. Clerici et sacerdotes,
populis ecclesiisque relictis, intonsi et bai-bati apud eos
inter textores et textrices plerumque inventi sunt.
Annon gravis demolitio isla? annon opera vulpiumhax?
6. Verum non apud omnes forte ista tam manifesla
deprehenduntur : et si sint, non est unde probentur.
Quonam modo capimus illos? Revertamur ad consor-
tium et contubernium feminarum : hoc enim inter eos
nemo qui careat. Interrogo unum quempiam horum.
Heu tu bone vir ! quaenam h«c mulier, ct unde hsc
tibi? Uxorne tua? Non, inquit, nam voto meo istud
non convenit. Filia ergo? Non. Quid igitur? Non soror,
non neptis, non aliquo sallem propinquitatis vel affim-
tatis gradu attinens tibi ? Nullo prorsus. Et quomodo
tuta tibi cum ista continentia tua? Sane nee licet tibi
istud. Cohabitationem (si nescis) virorum et feminarum
in iis, qui vovere continentiam, Ecclcsia vetat. Si non
vis scandalizare Ecclesiam, ejice feminam. Alioquin ex
hoc uno caetera, qua? non adeo manifesla sunt, procul
dubio credibilia Hunt.
7. Sed quo mihi, inquit, Evangelii loco monstras
prohibitium istud? Evangelium appellasti? ad Evange-
lium ibis. Si obedias Evangelio, non facies scandalum :
prohibet enim plane Evangelium scandalum fieri. Facis
autem tu.istamnonamovendojuxtaconstitutum Ecclesiae.
Suspentus eras, at nunc manifeste censebere et contemp-
tor Evangelii, et Ecclesis adversator. Quid judicatis,
fratres? Si perlinax fuerit ut nee obediat Evangelio, nee
Ecclesice acquiescat, quid jam tergiversari potest? Nonne
aperte vobis videtur deprehensa fraus, et comprehensa
vulpes? Si non amovet feminam, non amovet scanda-
lum : si non amovet scandalum cum amovere possit,
trausgressor tenetur Evangelii. Quid factura Ecclesia
est, nisi ut amoveat ilium qui non vult amovere scan-
dalum, ne sit similis illi inobediens ? Nam mandatum
babet ex hoc in Evangelio, non parcere proprio oculo
scandalizanti se, non manui, nonpedi : sed eruere ilium,
abscindcre ista, et projirere a se. Si, inquit, Ecclesiam
non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus.
8. Fecimusne aliquid? Puto quia fecimus. Cepimus
vulpem, quiafraudempercepimus. Manifesti sunt qui late-
bant falsi catholici, veri depraadatorescatholicae. Etenim
dum mecum dukes capiebas cibos, (corpus dico et san-
guinem Christi) dum in domo Dei ambulavimus cum
consensu, fuit suadendi locus, imo opporlunilas sedu-
cendi, juxta illud Sapienlia? : Simulator ore decipit ami-
cam luum. Nunc autem facile, secundum sapientiam
Pauli, post unam * et secundam admonitionem haereli- .
cum hominem devitabo, sciens quia subversus est qui
ejusmodi est; ac proinde cautus providere, ne jam sit
nl. primam.
472
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
gence dans la maisondu Seigneur, vouspoaviez me
persuader ou plutot mesSduire, seloncette parole du
i: a L'homme fourbe trompe son ami par de
beaux discours Prov. xi, 9).» Mais maintenant,
suivant lesagc conseil de saint Paul, je fuirai l'lie-
retiqu i apres l'avoir averli unu et deux fois (Tit.
in, 10), sachantque celui qui est tel estentierement
perdu, et qu'ainsi je dois bien prendre garde qu'il
ne me perde moi-m done quelque chose,
selonlesage, que les mechants soienl pris dans leurs
pro j . iches Prov. 11,6), surtout ces me-
chants, quiont 1'adresse de se servir de pieges au
lieu d'armes. Car le combat et la lutte en cl
clos, e'est ce qu'ils n'oser.uenl accepter, attendu que
ce sont des gens meprisables, desrustres, deshommes
sans lettres, et faibles au dernier point. Enfin ce
sont desrenardset de petits renards. Leurs erreurs
memes ne sont ni soulenables, ni bien subtiles.
Dopmes et All5S' ne '^ persuadent-ils qu'a des femmes de la
inie"e'ctUureile caml'aSne' et a des ignorants, tels que tous ceux
desnouveatu de cetle secte que j'ai vus jusqu'ici. Car ie ne me
rappelle point, dans la quantite de dogmes qu'ils
tiennent, leur avoir jamais rien entendu dire de
nouveau et d'extraordinaire, orce sont des choses
communes, soutenues 1] y a longtemps par les an-
ciens heretiques, et ruinees n-iille fois par nosdoc-
teurs. Neanmoins it faut voir quelles sont ces inep-
ties a tant celles donl ils sont tombes imprudem-
ment d'accord dans les diil'erentes disputes qu'ils
ont eues contre les catboliques, que eelles qu'ils ont
a Saint Bernard traite de meme ■ d'ineplies, > les crrenrs d'A-
belard.dans la K tire cm, n.l. 11 emploie lc meme mot « inep-
tie ■ dans le meme sens dans le sermon suivant n. i. L'£-
glise de Lyon a fait usage du mdme terme dans sun livre contre
les inepties et conire les erreurs de Jean Scott.
heretiques.
laisse echapper eux-memes, sans y prendre garde,
dans les differends qu'ils outeusentre eux oil celles
- qu'onl decouvertes quelques-uns d'enlre
eux qui sont retournes a l'Eglise ; ce nest pas que
j'aie indention de repondre k toutes, ce u'est pas
necessaire, mais seulemenl afin rra'on les connaisse.
Mais ce sera le sujel d'uu autre discours pour la
louange el pour la gloire de I'epoux de 1'Eglise,
Jesus-Christ Notre Seigneur qui, etant Dieu pardes-
stts toutes cluxes, est beni dans tous les siecles des
siecles. Ainsi soit-il.
SERMON I. XVI.
Erreurs des hfreliques touchant le manage, le bap-
ttme des enfants, /<■ purgatoire, les prieres pour
les difunts, ("invocation des saints.
l. « Prenez-nous les petits renards qui ravagent
les rignes (Cant. 11, 15). » Me voici pour prendre
ces renards. Ce sont ceux qui quittent le chemin et
ravagent la vigne, non contents de quitter le che-
min, ils font de la vigne un desert par une lion-
teuse prevarication. 11 ne leur soffit pas d'etre
heretiques, il faut encore qu'ils soient aussi hy-
pocrites, pour eoinbler laniesure de leurs peehes.
Ils viennent revetus de la peau de brebis, pour de- ies hereti-
pouiller les brebisde leur toisonet les belie rsde leur JP* ■|jnl
i • m ■ , hypocrites.
lame. Ne voussemble-t-il pas que e'est ce qu'ils ont
fait, en otant, d'un cote, lafoiaux peuples, etdel'autre
en leur ravissant les pretres? Qui sont ces larrons?
Ce sont des brebis en apparency, des renards en
finesse, des loops en cruaute. Ce sont des bommes
qui veuleni paraitre bons, et ne l'etre pas; ne point
paraitre mediants, et l'etre. Ils sont inechants et
veulent qu'on les croie bons, de peur qu'ils ne
et subversor. Itaque nonnihil est, juxta verbum sapien-
tis, in insidiis suis captos esse iniquos, illos prapserlim
iniquos, qui insidiis pro armis uti cauti sunt. Nam con-
flictus omnino ab his et defensio periit. "Vile nempe hoc
genus est et rusticanum, ac sine litleris, et prorsus im-
belle. Deniqne vulpes sunt, et pusillas : sed neque ilia,
in quibus male seotire dicuntur, defensibilia sunt; nee
tarn subtilia, quam suasibilia, idqueduntaxat mulierculis
rusticis et idiolis, et quales utique ouinessunt, quolquot
adhuc de serin hac esse expertus sum. Nee enim in
cunclis nssertionibus eorum (nam multas sunt) novum
quid aul inauditnm audisse me recolo, sed quod trittim
est, et din ventilatum inter anliquos hajreticos, a nostris
autcm contritum et evenlilatum. Dieendum tamen, et
dicam, qua-iiain illae ineptia; sinl, partim quas sciscitan-
tibus se ralliolicis minus caute respondentes ipsi con-
feasi sunt, partim quas divisi ab invicem litigantes de
invicem prodiderunt, partim quoque quas nonnulli
eorum rede; eclesiam detexerunt : non quod ad
omnes respondeani (nee enim necesse est,) sed tantum
ut innotescanL \i istud altering erit opus sermonis, ad
lauden » nominis sponsi Ecclesi;e Jesu-Christi
Domini nostri, qui est super omnia Deus benediclus in
MSCula. Amen.
i4f
hr\tujt-\ * L
SERMO LXVI.
De erroribus hoereticorum circa nuptias, baptismumpar-
vulorttm, purgatorium, oraliones pro defunctis, cl
in vocalionem sanctorum.
1. Caoile nobis vitl/ici parvulas, qua? demoliuntur
vineas. Ecce ego ad vulpes istns. Ipsse sunl qua; pr<e-
tcrgrediunlur viam, et vindemiant vineam. Non sunt
contents deserere viam, nisi et deserlarc vineam pos-
sint, addentes prsvaricationem. Non sufficit hsrelicos
esse, nisi et hypocritae sint, ut sit supra modum peccans
peccatum. Hi sunt qui veniunl in veslimentis
oviuni ad nudandas oves , el spoliandos arietes.
An non libi utraque res impleta videtur, ubi et fide
plebes, et plebibus saoerdotea depreedali invenioDtnrl
Quinam isli prajdones? Hi oves sunt habitu, aslu vulpes,
actu et crudelitate lupi. Hi sunt qui boni vidcri, non
esse; mali non videri, sed esse volunt. Mali sunt, et boni
videri volunt, ne soli sint mali : rnali videri timent, ue
parum sint mali. Etcnim minus semper malitia palam
nocuit, nee unquam bonus, nisi boni simulationcdecep-
tus est. Itaergo in malum bonorum boni apparere stu-
dent; mali nolunt, ut plus liceat malignari. Neque enim
est apud eos virtutes colere, sed vitia colorare quodam
()CtLAs\^
SOIXANTE-SIXIEME SERMON SUR
soient seuls mechants. Et ils craignent de paraltre
mediants, de peur de ne point letre assez. Car la
malice ouverte a toujours ele moins dangereuse,
et un horame de bien n'a jamais ete trompe que
par l'apparence du bien. lis s'eludient done it pa-
rail re, bons, pour perdre les buns, et ne veulent
point paraitre mediants, afin de letre encore da-
Is rcvPtent vantage. Car ils ne se soucient pas de cultiver les
"apparence vertus, ils ont soin seulement de colorer les vices
le la vertu. je l'apparence des vertus. lis voilent du nom de
religion une superstition impie, ils mettent l'inno-
cence a ne point faire detort ouvertement, et ainsi
ils ne prennent pour eux que l'exterieur de l'inno-
cence. Pour couvrir leurs infamies, ils font vo'U de
chastete. Ils croient qu'il n'y a d'impurele que dans
le mariage ; au lieu qu'il n'y a que le mariage qui
exempte d'impurete les actions de la cbair. Ce sont
des rustres, des ignorants et des gens meprisables,
mais neanmoins on ne doit pas les ncgliger ; car
ils font beaucoup de mal a l'Eglise, et leurs dis-
cours gagneut et se glissent comme un chancre.
2. Aussi le Saint-Esprit ne les a-t-il pas negliges,
einture des f r o o
hirt'tiqnes puisqu'il a parle d'eux il y a longtemps en ces
I'Apotre. termes (2 Tim. iv, 1). « Le Saint-Esprit dit clai-
ivment, que dans lesderniers temps, quelques-uns
s'ecarteront de la foi, pour suivre l'esprit d'erreur,
et la science des demons ; qu'ils seront menteurs
ft hypocrites; que leur conduite sera toute corrom-
pue; qu'ils defendront de se marier, et de mangel
des viandes que Dieu a creees pour s'en nourrir
avec actions de graces. » C'est sans doute de nos
hereliques qu'il parlait ainsi, ear ils ne veulent pas
qu'on se marie, et ils s'abstiennent des viandes
que Dieu a creees, comme jele dirai plustard. Et
LE CANTIQUE DES CANT1QUES. 473
voyez si ce n'est pas.la plutot une illusion de de-
mons que d'hommes, selon que Fa predit le Saint-
Esprit? Demandez-leur l'antfiur de leur secte, ils
ne vous le nommeroTit point ; et quelle est l'here-
sie qui n'ait eu son heresiarque parmi les horames.
Les Manicheens ont eu Wanes pour chef et pour
-. r. , ... o i ii> i i • Les heresie*
maitre ; les Sabelhens , Sabelhns ; les Anens , ont l0„j0u„
Arius ; les Eunomiens , Eunomius; les Nestoriens, pourh'^"
Nestorius, et ainsi des autres pestes qui ont eu
chacune pour maitres des hommes dont ils ont tire
leur origine et leur nom. Mais quel nom on quel
titre donnerez-vous a ceux-ci? L'on ne sauraitleur
en donner aucun a, parce que leur heresie ne
vient pas d'un homnie, et qu'ils ne l'ont pas
recue d'un homnie. A Dieu ne plaise que nous
disions qu'ils l'aient recue par la revelation
de Jesus-Christ (Tim. iv), ils l'ont plutot, et cer-
tainement recue comme l'Esprit-Saint l'a pre-
dit, par les suggestions et I'arliiice des de-
mons menteurs et hypocrites qui defendent le ma-
riage.
3. Ils parlent avec hypocrisie, et c'est la finesse Les hereti-
, ., . . c . i i i quescuniiam-
du renai d qui les porlea leindrede dire, par amour ' nent !e
de la chastete, des choses qu'ils n'ont trouvees, en manage.
etfetj que pour fouienter et multiplier davantage
fimpudicite. II est si visible que telle est leur in-
tention, qui je m'etonne qu'ils aient jamais pu
faire croire ce qu'ils disent a un Chretien, a moins
a Je no pense pas que saint Bernard se fut exprime ainsi,
si ces hereliques de Cologne avaient eu Henri pour chef, et
eussen-. ele des Henriciens. II est vrai que les doctrines des
Hcnricicnset celles des beretiqnes de Colopue etaient paieilles,
coiume on peut s'en convaincre en relisnnt la lettre ccxl.
E?ervin signale deux sorles de Coloniens, distinction que saint
Bernard indique a peine a la fin de son sermon precedent.
quasi virtutum minio. Denique superstitionis impietatcm
nomine religionis intitulant. Innocentiam diHiniiint ,
tantum in aperto non hedere, innocentiae proinde solum
sibi vindicanles colorem. In operimentum turpitudinis,
continentiae se insigniere voto. Porro ttirpitndinem in
solis existimant rcputundam uxoribus : cum ve] sola sit
ea, qu;e cum nxore est, causa, qua; turpitudinem excusat
in coitu. Rustkani ho, nines sunt et idiolae, et prorsus
conlemptibiles : sed non est (dico vobis) cum eis negli-
genter agendum. Multum enim proficiunt ad impietalem ,
et scrmo eorum ut cancer serpit.
2. Denique non neglexit Spirilus-Sanrtus, qui de his
quondam lam manifeste vaticinatus est, dicente Apostolo:
Spiritus autem manifeste dicit, quia in novissimis tem-
paribus discedent quidam a fide, attendentes spiritibus
erroris, et doctrinis doemoniorum, in hypocrisi loquen-
tium mendacium, et cauteriatam habentium suam cons-
cientiam, prohibentium nubere, abstinere a cibis, quos
Dem creavii ad percipiendum cum graliarum actione.
Istos prorsus, istos dicebat. Hi nubere prohibent, hi a
cibis abstinent quos Deus creavit, dequibus poslea vide-
bimus. Nunc autem videte, si non proprie daemonum,
et non hominum ludificatio haec, secundum quod pr;e-
dixerat Spiritus. Quaere ab litis sua' sectae auctorem ;
neminem dabunt. Qua; haeresis non ex hominibusbabuit
proprium haeresiarcham? Manichaei Manem habnere
principem et praceplorem, Sabelliani Sabellium, Ariani
Arium, Eunominiani Eunomitim; Nesloriani Nestorium.
Ita omncs capterae hujusmodi pestes, singula; singulos
magistros, homines habuisse noscuntur, a quibus origi-
ncm simtd duxere et nomen. Quo nomine istos titulove
censebis? Nullo : quoniam non est ab homine illorum
haeresis, neque per hominem illam aeceperunt. Absil
tamen ut per revclationem Jesu-Chrisli, sed magis et
absque dubio (uli Spirilus-Sanctus pradixil) per immis-
sionem et fraudem daemoniorum, in hypocrisi loquen-
tium mendacium, prohibentium nubere.
3. In hypocrisi plane hoc et vulpina dolositate loqu-
uniiir, fingentes se amoreid diccre castitalis,quod magis
causa lurpiludinis fovendse et multiplicands adinvene-
runt. Res tamen tam in aperto est , ut mirer quomodo
unqunm homini Christiano persuaderi potuerit: nisi quod
hi adco aut bestiales sunt, ut non advcrlant , qualiter
omni immunditias laxat habenas , qui nuptias damnat :
aut certe ita pleni nequitia, et diabolica malignitate ab-
sorpti , ut advertcntos dissimulent , et Isetentur in per-
dilione hominum. Tolle de Ecclesia honorabile connu-
bium et tliorum immaculatum ; nonne reples earn mucu-
binariis , incestuosis, seminifluis, mollibus , mr> aorum
concubitoribus , et omni denique genere imv.uiidorum T
474
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
qu'il ne soit si stupide qn'il ne voie pas que celui
qui condamne le mariage, lachela bride a toute
sorlo d'irapureles, ou qu'il suit si plein de mal
sipos ilignite dn demon, que le voyant
il fassecotnme s'il ne le toj ul p is, el se rejouisse
Soppnmer de la perle des hommes. Otez de l'Eglise le mi-
le manage riage, qui est honorable et sans souillure, ne la
cost ou\nr ,. , , ■ ...
la pono rempussez-vouspas de concubwaires, d incestueux,
VimpureiTsf d'on.iM stes, d'impudiques, de sodomites, et de
toutes sortes de personnes infames. Choisissez done
de deux cboses 1'une, on tons ces monstres sont
sauves, ou tous ceux qui le doivent etre sont re-
d lits au petit nombre de ceux qui gardent la conti-
nence ; ifuii cdte vous accordez trop peu, et de
l'autre vous lez trop. Ni l'un ni l'autre ne
conviriiii'iit au Sauveur; dites-vous que l'impudicite
sera couronnee, rien ne sied moins a l'auteur de
la chastete. Si vous damnez tonlle monde, liormis
le petit nombre des continents, e'est detruire le
Sauveur. La continence est rare sur la terre, et ce
n'est pas pour si pen d'bommes que celte pleni-
tude souveraine de graces s'esl aneantie. Et com-
ment avons-nous ions participc a cette plenitude,
si elle n'a fait part d'elle-meme qu'aus seuls con-
tinents? lis n'ont rien a repondre a cela, non plus
qu'a ceci. je crois. S'il n'y a place dans le ciel que
pour Thonnetete, et qu'il n'y ait point de commerce
entre l'bonnetete et limpurele, comme il n'y a
point de rapport entre la lumiere et les tenebres, il
est indubitable que mil impur n'y entrera. Si qui 1-
qu'un est dans mi autre sentiment {Gal. v, 21),
I'Apdtre le convaincra d'errenr en disant nelte-
ment, « Que ceux qui commeltent de telles actions
ne possederont point le royaumede Dieu. » Par oil
ce renard artilicieux s'echappera-t-il maintenant
paa
II D.
que les seuls
continents
qui se-
ront sauve?
de son trou ? Je crois qu'il est pris dans la tanniere,
oil il >Ysl [ail comme deux trous, l'un pour entrer
el l'autre pour sortir. Car il a continue d'user de
ce slratageme. Voyes done comment nous lui fer-
merons l'un el l'autre passage. S'il ne met dans
que les continents, le saint perit pour la
plus grande partie. S'il ) met tousle tvee
les continents, l'bonnetete perit, .Mais il est plus
juste de dire qu'il perit lui-meme, puisqu'il ne
iortir par aucun endroit et se trouve enferme
pour loujours, el pris dans la fosse qu'il a creusee,
pour y faire lomber les autres.
4. Quelques-uns d'entre eux, qui ne sont pas 4u(rc err(,ur
d'accord en ce point avec les autres. disent, que le qui «w»»»ti
. • i .i a n ap-
manage est permis, mais seulement entre person- promcrque
nes vierges. Mais je ne vois pas quelle raison ils en?re'pe'rason.
peuvent apporter pour appuyer. cette distinction, nes vierget.
si ce n'estquc cliacun deux, comme une vipere, en-
treprenne, scion sa fantaisie, de dechirer a l'envie
les sacrements de l'Eglise qui sont les entrailles de
leur mere. En diet, quant a ce qu'ils alleguent,
que nos premiers parents elaient vierges lorsqu'ils
l'urent maries ensemble, en quoi, je vous prie, cela
peut-il prejudicier a la liberie du mariage, et em-
pecher qu'il ne se puisse contracter entre d'aulres
qu'entre des vierges '.' Mais je ne sais quelle parole
ils mnrmurent et qu'ils onttrouvee dans l'Evangile,
qu'ils s'imaginent favoriser leur extravagance. Je
crois que e'est le mot que Notre-Seignenr dit, apres
avoir rapporte ces paroles de la Genese : « bieu
crea 1'homme a son image et a sa ressemblance
(Gen. I, 27). il les crea mile et femelle (Malik.*,
10). » Car il en conclut. « Quel homme ne doit pas
separer ce que Dieu a joint. » Dieu, disent-ils, les
a joints ensemble, parce qu'ils etaient tous deux
Elige ergo iitrumlibct , aut salvari universa monstra hoc
hominum , aul numerum salvandornm ad continentbuii
redigi paucitatem. Quam parous in uno, quam largusin
altero ? Neutrum honim compotit Salvatori. Quid.'' Co-
ronabitar turpitudu? Nihil minus decet honeslatis auclo-
rem. Damnabitur universitaspivrterpauculos continentes?
Non est hoc esse Salvalorem. Kara in terris continenlia,
neque pro tantillo quajstu ad terras plenitudo ilia
semetipsarn cxinanivil. Et quomo<io de ilia omnes
accepimus , si solis indulsit continentibus parlicipinm sui?
Non est quod ad hoc respondeant Sed neque ad illud ,
credo. Si bonolali in ccelis est locus , non sitautem ho-
neslo et turpi consortium , sicut non est socielas luci ad
tenebras: profecto neminem immundorum locus in loco
salutis manet. Si qnis abler sapit , argaet ilium apostolioa
vox, absque omni ambiguo asserens : Quoniam quitalia
agunl , regnum Dei inf. Qua jam c\ict de
caverna h»c insidiosa vulpecula? Pulo in fovea deprehen-
sam , in qua sibi duo quasi foramina recent . imum quo
lntret, alteram quo exeat. Nam consuevil ita. Vide ergo
quomudu ulrobique illi interolnsns sit exitus. Si solos in
cceleslibus collocat conlinentes , perit ex maxima parte
salus : si omneni spurciliam pariter cum continentibus
collocat, perit honestnin. Sed justius perit ipsa, neque
hac exitura, neque iliac, reclusa perpetuo , et capta in
fovea quam fecit.
». Qaidam tamen dissentientes ab aliis, inter solos
virgines nutrimonium contrahi posse fateatur. Verum
quid in hac distinctions ratinois atferre possint , non vi-
deo : nisi quod pro libitu quisque suo sacramenta Eccle-
si;e . tanquaui matris viscera, dente vipereo cerlatim
inter se dilacerare oontendunt. Nam quod dicunturpra;-
tendere de primis conjugibus, quia virgines erant : quid
istud quieso matrimonii praejudicat libertatt, quominus
et inter non virgines contrahi liceat I Sed nesoio quid se
in Evangelio invenisse susurrant,quod suae ineptiae frus-
ra exislimanl suffragan, lllud credo, quod Dominus
cum pnemisisset testimonium de Genesi , Et creavit
hominem Deus ad imaginem, et simililudinem suam ,
masculum ei feminwn creavit illos ; poslca intulit : Ergo
quod Deus conjunxit, homo non separet. Ilos, inquiunt,
conjunxit Deus, quia virgines ambo erant, et jam non
limit separari i non crit aulem ex Deo copulatio secus
impta. Quis libi dixit propterea a Deo conjunclos,
quia virgines erant ? Nam Scriptura hoc non loquitur.
An non virgines erant , inquit? Erant; sed non est idip-
sum , copulatos virgines , et copulatos quia virgines.
Quanquam ne hoc quidem nominatim dictum reperies,
SOIXANTE-SIXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
5. Mais maintenant ecoutez ce
vierges, et il n'est plus permis de les separer, or
toute union d'une autre sorte n'est point selonDieu.
Qui vous a dit que Dieu les a joints ensemble
parce qu'ils etaient vierges ? L'Ecriture n'en parle
point. Mais n'elaient-ils pas vierges, disent-ils? 11
est vrai, niais ce n'est pas la meme chose qu'ils
aient ete unisvierges, et qu'ils l'aient ete parce qu'ils
etaient vierges. Encore ne trouverez-vous pas qu'il
soit marque empressement, qu'ils etaient vier-
ges, bien qu'ils le fussent. Ce qui est exprime c'est
la difference des sexes, non pas la virginile, lors-
qu'il est dit, « 11 les crea male et femelle. » Et c'est
avec raison. Car l'union du mariage ne demande
pas uecessairement l'integrite des corps, mais la
difference du sexe. C'est done avec raison que le
Saint-Esprit, en instituant le mariage, a exprime
le sexe, sans parler de la virginite, de peur de don-
ner occasion a ces petits renards malicieux d'en
abuser, ce qu'ils auraient etc bien aises de faire,
quoiqueen vain. Car quand il aurait dit que Dii u
les crea vierges, pourriez-vous en inferer qu'il n'est
permis qu'aux seuls vierges de se marier; et pour-
tant combien cela seulvousaurait-il fait triompher?
Comme vousauriez rejete lessecondes et les troisie-
mes noces! Comme vous auriez insulte a l'Eglise
catholique qui marie ensemble, d'autant plus vo-
lontiersles pei'sonnes debauchees, qu'elle ne doute
point que ce soit le moyen de les faire passer d'un
etat honteux ami etat honnete?reut-e1rememebli-
meriez-vous Dieu d'avoir commando a un prophele
d'epouser une femme publique [Otee. r, 2). Mais
pour le moment vous n'en avez pas sujet, et vous
prenez plaisir a etre heretique gratuitement. Car
le. temoignage sur lequel vous vous appuyez pour
etablir votre erreur sert plulot a la detruire; nori-
seulement il ne fait rien pour vous, mais meme il
faitbeaucoup coutre vous
a de
secundefl
nocea.
475
qui doit
vous confondre, on vous corriger entierement,
et qui renverse etdetruit tout-a-fait, votre heresie
<( Line femme, tant que son mari est en vie, est
liee a sou mari ; mais lorsqu'il vient a mourir, elle
est degaglc de ce lien, et peut se marier a qui
il lui plaira, pourvu qu'elle le fasse dans la vue
<lu Sci neur(l Cor. vu, 36). » C'est saint-Paul qui
permet a une veuve de se marier a qui elle veut :
et vous, aucontraire, vous voulez absolument qu'il
n'v ail our les vierees qui se marient, et que ce ,,
^ ^ ^ II est permis
ne soit qu'a une vierge, en sorte que vous leur otez am -veufs
meme la liberie de se marier a qui il leur plait.
Pourquoi restreignez-vous la main de Dieu?
Pourquoi restreignez-vous la benediction si abon-
dantc du mariage ? Pourquoi n'accordez-vous qu'a
la vierge ce qui est accorde au sexe ? Saint l'aul ne
ne permettrait pas si ce n'etait licile. C'est trop peu
quand je dis qu'il le permet, il le veut, « Je veux,
dit— il, que celles qui sout jeunes se marient (I Tim,
v, 14). » Et il n'y a point de doute qu'il parlait des
veuves. Qu'y a-t-il de plus clair? Ce qu'il accorde
done, parce que c'est permis, il le veut parce que
c'est utile. [Jn heretique defendra ce qui est permis
et utile ? 11 ne persuadera rien par cette defense, si-
uon qu'il est heretique.
6. II faut encore que nous les battions un peu
sur le reste de laprophetie rapporlee par l'Ap6tre
(I Tim vi, 3). Car ils s'absliennent, suivantle meme -
apotre des viandes que Dieu a creees pour que nous
nous en nourrissions avec actions de graces. Et ils
font voir encore par-la, qu'ils sont heretiques, non
parce qu'ils ne mangent pas de ces viandes, mais
parce qu'ils s'en abstiennent dans un esprit hereti- Difference
que. Je m'abstiens aussi quelquefois de manger, en^neeade»'"
mais ie m'abstiens afln de salisfaire pourmes peches, oatholiqnei
et celie des
non pas dans une pensee de superstition impie , heretiques.
qnod virgine9 essent, quamvis essent. Sexuum sane
expressa diversitas est, non virginitas , cum dictum est :
masculum et f'eminam creavit illos. Merilo quklem. Non
cnim mai'ilalis copula corporum requirit integritatem ,
sod sexuum aptitudinem. Bene proinde ipsam inslilucus
Spiritus-sanclus , sexum e.xpressit , et virgin itatem lacuit,
nee dedit occasionem venandi verbum insidiosis vulpe-
culis. 0L|od utique libenter fecissent : quamvis id quoque
frustra. Quid enim si dixisset, virgines creavit illos?
Num propterea continuo obtinuisses, solos virgines liecre
conjungi? Et tamen quomodo insultasses ex sola verbi
occasione? quomodo exsultasses secundas el tertias nup-
tias? quomodo insultasses Culbolica;, scurta lenonesque
ad invicem tanlo libentius conjungenti , quanlo proinde
eos de turpi ad honestum transire non dubilal? Porlas-
sis et reprelienderes Deum Prophela; pracipienlem for-
nicariam ducere : nunc aulem et occasio deest, et libet
gratis bterc-ticum esse. Nam testimonium quod usuppasti
adiadstruendum errorem luum, plus ad destruendum
valcre invenlum est, pro tc facere nihil , contra te plu-
rimum.
". Nunc autcm audi, quod te ex toto ant confundit,
aut corrigit, et haerestm tuam prorsus content et com-
minuit. Mutier, quanta tempore vir ejus rtvit, alligata
est viro ; si autem dormieril vir ejus, soluta est a lege
viri. Cui vult nu'tat, lanlum in Domino. Paulus est qui
concedit vidua? cui vult nubat : et tu e contra pra'cipis.
Nulla prater virginem nubat, et hoc non nisi virgini :
tn non cui vull, nubat vcl ipsa. Quid murium Dei ab-
brevias ? Quid largam benedictiunem nuptiarum
rcsliingis? Quid proprium vindicas virgini, quod indul-
tum est sexui ? Non concederet hoc Paulus, nisi liceret.
At parum dico, concedit : vult quoque. Vo(o, inquit,
adotescentiores nubere : nee dubium quin viduas dicat.
Quid inanifestiiis ? Ergo quod concedit, quia licet;
etiam vult, quiaexpedit. Quod licet et expedit, haerelicua
prohibet 1 Nihil ex hac prohibitions persuadebif, nisi
quod hicreticus est.
G. Superest ut et de residuo apostolic;e prophetias is
tos aliquantulum exagilemus. Abstinent namque hi a\
praedixit ille) a cibis, quos creavit Deus ad percipient
dum cum gratiarum actione : hinc quoque b«j _ucos se
476
OEUVRES DE SAINT BEHNAWV
Doit-on se
priver de
man.er les
etr 8 qui sont
produit*
par voie de
feneration?
Blamerons-nous saint Paul de chatier sou corps et c'est par une folie ■ de Manicheens, que vous
de le rfidulre en servitude (1 Cor. ix, 17; ? Je m'abs- donnez des bornes a la libferalite de Dieu, en sorte
liens du via, pare qu'il porte al'inipurete [Ephes. que ce qu'il a crefi et donne pour nourriture aus
v, 18) , ou sije suis faible, j'en use un peu, selon hommes, a condition qu'ils le prendront avec ac-
,il .1.- I' A poire [Tim. v, 2.">). Je m'abstiens tions de graces, non-seulement vous vous en mon-
aussi do manger de la viande, de penr qu'en nour- In z pen reconnaissaut, maisquecomrueun consour
rissant trop ma chair, je ne nourrisse en mewe leineraire, vous le jugiez immonde, et vous en abs-
en inoi les vices de la chair. Je prends merae leniez comme d'une chose mauvaise, bien loin de
du pain avec mesure, de crainte qu'ayant le ven- louer voire abstinence, j'aurai en execration voire
tre plain, je ne devienne lache a prier Dieu, et que malice et voire blaspheme, et je vous estimerai
le Prophete ue me reproche .le m'etre rassasie de vous-meme immonde de croire qu'il y ait quelque
pun Ezech. x\i, 49). Jeme garde mdme ordinaire- chose d'immonde. « Toutes choses sont pures pour
ment de boire de l'eau pure a discretion, de peur ceux qui sont purs [Tit. l, 15), » dit un excellent
que (eli n'excite en moi des mouvements des- appreciateur des choses; et il n'y a rien d'impur que
bonneles. II n'en est pas ainsi d'un heretique. II pour celui qui lejuge tel. « II n'y a rien de pur,
abhorre le lait et tout ce qui est lait, de meme que ajoute-t-il, pour les impurs et les infideles, parce
tout ce qui vient de l'unionde deux elres. C'est fort que leur ame et leur conscience est toute pleine
bien tail, c'est chretiennement fait, si Ion s'abstient d'inipurete. » Malheur a vous qui rejetez les vian-
de cetle nourriture. non parce quelle vient de l'u- des que, Dieu a creees, en les jugeant immondes
nion des sexes, mais de peur qu'elle nous provoque et indignes de les faire passer dans votre corps
a 1'impurele. puisque cela est cause que le corps de Jesus-Christ,
7. Mais d'ou vient qu'ils evitent ainsi tout ce qui qui est l'Eglise, vous rejette vous-memes comuie
vient de la generation? Cette observation si parti- des immondes et des impurs.
culiere des viandes in'est suspecte. Si e'e^t par re- 8. Je n'ignore pas qu'ils croient etre le corps de
gime et par l'ordonnance des niedecins que vous Jesus-Christ, el qu'il n'y a qu'eux qui le soient.
le faites, nousne blamons point le sum qu'on a du Mais il ne s'en faut pas etonner, puisqu'ils se per-
corps pourvu qu'il ne suit pas exeessif, car per- suadent aussi qu'ils out la puissance de consacrer
sonne n'a jamais hai sa pro pre chair, comme dit
le Sauveur. Si rest par l'ordonnance des personnes
sobres, e'est-a-dire de niedecins spirituels, nous
approuvons encore la vertu par laquelle vous dom-
plez la chair et refrenez ses mouvements. Mais si
Les Msni-
clieens s'ahi
tenaient de
certains
aliments pa
superstition
C'est eD Tai
que tous lei
heretiques
se flatient
d'etre
aposloiiquei
a A cettc epoque tous on p-esqne tons les heretiques ela'ent
infect-'s iles erreurs manicheennes, comme nous i'avons dit dam
notrc preface gen. rale. II ne faut done point s'etonner s'ils re-
poussercnt avec tjnt d'energic le dogme de la presence reelle de
Jisus-Clirist dans I'Eucharistie, puisqu'ils niaient queJesus-Cliritt
cut eu un veritable corps.
probantes, non sane quia abstinent, sed quia bajretics
abstinent. Nam et ego iaterdumabstineo : sett abstinen-
tia mea satisfactio est pro peccatis, non superslitio pro
peccatis, non superslitio pro impietate. Xiiui redargui-
mus Paulum, quod casligat corpus suum, et in servi-
tiilera redigit ? Abstinebo a vino, quia in vino luxuiia
est : aut si infirmus sum, modico utar, juxta concilium
Pauli. Abstinebo a camibus, ne dum nimis nutriunt
carncm, siunil et carnis autriant vitia. Pancm ipsum
cum mensura studebo sumcre, ne onerato ventre stare
ad oraudum Uedeat, et ne impropcre eliani mibi Pro-
pheta, quia panem meum comedcrim in saturitatc. Se 1
ne simplici quidem aqua ingurgitare me assuescaro, ne
dialensio sane ventris usque ail tilillalioncm pertiagat
libidinis. lherelicus alitor. Ncmpe liorret lac, el quid-
quid ex co coaflcitur : postremo omne quod ex coitu
procrealur. Hecle et chrisliane, si non idcirco quia ex
coitu, sod ne ad coilum provocent.
7. Csterum quid sibi vull, quod ita generalitcr omne
quod ex coitu gencratur, vitatur? Suspicionem g<
milii observatio ista oiborum tarn signantcr expressa.
Verumtamcn si de regula medicorura hoc profers no-
bi- ; noa reprcbendimus caram carnis, quam nemo
unquam odio babuit, si tamen non niinia merit Si de
disciplina abstinentium, id est spiritualium medicorum
schola : etiam virtulem approbamus, qua camera do-
mas, frenas libidinem. At si de insania Manicbaei
pra?scribis bcnelicentiae Dei, ut quod ille creavit et
donavit ad percipiendum cam gratiarum aclionc, tu
non modo ingratus, sed et censor temerarius immun-
dum decernas, et tanquam a malo abstineas ; non plane
abslinenliam collaudabo, sed exsecrabor blaspbemiam :
le magis immundum dixerim, qui immundum quid pu-
las. Omnia munda tnundis, ait ille rerum optimus
animator; et nihil immundum, nisi ei qui immundum
quid pulat. Immundii autem, et infidelibus nihil est
mundum, sed /m/iiita est eormn mens et conscientia.
Vae qui respuilis cibos, quos Dcus creavit, judicantes
itnmundos et indignos, quos trajicialis in corpora ves-
tra : cum propterea vos corpus Christi, quod est
Ecclesia, tanquam pollutos et immundos exspuerit.
8. Non ignoro, quod etsolosse corpus Christi esse glo-
rienlur sed sibi hoc persuadeant qui illud quoque pcrsua-
sum habent, potestatcm se habere quotidie in mensa sua
corpus Cbrisli et sanguinem consccrandi ad nutriendum
sc in corpus Cbrisli et membra. Nempe jactant se esse
successores Aposlolorum, et apostolicos nominant, nul-
lum tamen aposlolatus sui signum valentes ostendre.
Quousquo lucerna sub modio ? Vos estis lux mundi,
dictum est aposlolis : et ideo apostoli super candela-
brum, ul tolo luccant mnndo. Pudeat successores apos-
lolorum luceni non esse mundi, sed modii, mundi
aulem tenebras. Dicamus cis ; vos eslis lenebra? mundi ;
et transeamus ad alia. Se dicuut Ecclesiam. Sed con-
SOIXANTE S1X1EME SERMON SUH LE CAINTIQUE DES CANTIQUES.
477
tons les jours, a leur table, le corps et le sang a
de Jesus-Christ, pour s'en nourrir et devenir son
corps et ses rnembres. Car ils se vantent d'etre les
successeurs des apotres, et ils s'appellent homines
apostoliques, quoique pourtant ils ne puissent
montrer aucune marque de leur apostolat. Jnsqucs
a quand la lumiere deroeurera-t elle sous le bois-
seau ? « Vous etes la lumiere du monde [Matlh. v,
IU), » a-t-il ete dit aux apotres. Aussi les apotres
sont-ils sur le chandelier, afin d'eelairer tout le
monde. Que ces successeurs des apotres rougissent
done de n'etre, au lieu du la lumiere du monde,
que la lumiere et les tenebres du monde. Disons-
leur : Vous etes les tenebres du monde, et passons
au reste. lis disent qu'ils sont l'Eglise, mais ils
contredisent celui qui dit : « Une ville batic sur
line montagne ne peut pas etre c.ichee [Ibid). »
Croyez-vous que cette pierre qui s'est detachee de
la montagne sans le secours de la main des hom-
ines, et qui est devenue elle-meme une montagne
remplissant toute la terre, soit enfermee dans vos
cavernes? Mais il ne faut point encore nous anvter
ici. Leur erreur fuit le jour et se contente d'un
sourd murmure. Jesus-Christ a et aura loujours
son heritage entier, et sa possession n'aura
pour bornes que celles de la terre. Ceux qui
s'efforcent de ravir a Jesus-Christ cette grande
succession, s'en privent plutot qu'ils ne la lui
6tent.
Lutres er- 9. Voyez ces detracteurs, voyez ces chiens. lis se
reurs: J J .
ebaptSme moquent de nous parce que nous baptisons les
la p'ri're3' infants, que nous prions pour les morts, et que
iorts etc. a ^ ne Peu* CI'ster aucune difficulte a propos de ces paro-
les, d'apres la letlre d'Evervin que nous avons donnee plus h:iut
et dans laquel' • il est dit que ces heretiques croient que tout
elu, e'est ainsi qu'ils appellent ceai qui out recu le bapteme
parmi edi, a Iti pouvoir de consacrer le corps et le sang de
Jesus-Christ Saint Bernard refute cette erreur. On peut voir la
note drat nous avons acrompagne ce p issage dans noire prece-
dents edition (Note de Mabillon).
nous implorons les suffrages des saints. Ils tachent
de proscrire Jesus-Christ dans loule personne, et
tout sexe, dans les adiilteset dans lespetits enfants,
dans les vivants et dans les morts. Dans les enfants,
a cause de la faiblesse de leur age, dans ceux qui
sont plus ages, a cause de la difficulte de la conti-
nence, lis privent les morts du secours des vivants,
et les vivants des suffrages des saints qui sont
morts. Mais a Dieu ne plaise. Le Seigneur ne de-
laissera pas son peuple, qui s'est mulliplie comme
le sable de la mer, et celui qui a rachete lous les
homines, ne se contentera pis d'un petit nombre
d'hereliques, car sa redemption est abondante. Or,
qu'est-ce que leur seul petit nombre pour la gran-
deur de la rancon. Ceux qui tachent de ladiminuer
s'en privent eux-memes. Car qu'importe qu'un
enfant ne puisse parler pour soi, puisque la voix
du sang de son freie, et d'un tel Ire re, crie pour
lni de la terre a Dieu'? L'Eglise qui est sa mere,
se leve et crie aussi pour lui. Et ne vous semble-
t-il pas qu'un ei.faul meme ouvre la bouche, st Bernard
si je puis parler ainsi, vers les eaux du Sauveur, et , J""""6
Jit » ' le hapten'*
dit a Dieu dans ses vagissements : Seigneur, je des enf- : .
soutl're violence, repondez pour nioi ". II demiude
instamment le secours de la gri.ee, parce que la
nature lui 1'iit souitVir violence. 11 crie parce qu'il
est innocent et inalbeureux. II crie. parce qn'il est
ignorant et petit. 11 crie, parce qu'il est faible et
condamne a souffrir. Ainsi tout crie en meme temps .
chez lui, le sang d'un frere, la foi d'une mere,
l'abandon d'un miserable, et la misere d'un aban-
doning Et ces eris sotit pousses vers tin pere. Or,
un pere ne peut pas se desavouer lui-iueme.
b Dans plusieurs manuscrits, de meme que dans les premieres
edit.ons de- ccuvres de saint Bernard, il n y a p [ ici le mot
uthiarc, « ouvrir la bouche. ■ O.i bt a la place de la lecon que
nous donnous « ne vous semble-t-il pas quits crieut, si je puii
parler ainei, du fond meme des sources du Sauveur, etc. ■
tradicunt ei qui elicit : Non potest civilas abscondi su-
pra montem potita. Itane lapidem de monte abs-
cissum sine manibus, montem factum, et implen-
tcrn mundum, vestris crcditis inclusum antrisV Et
ne hie quidem immorandum. Ipsa opinio refugit
publicrri stio contenta susurrio. Habet, et semper
habebit integram Cbristus haereditatem suam, et pos-
sessionem suam terminos terrae. Se polins subtrahunt
huic magnae bereditali, qui Cliristo illam couanlur de-
trabere.
9. Videte detractores, videte canes. Irrident nos,
quod baptizamus infantes : quod oramus pro mortuis;
quod sanctorum sutlragia poatuiamus. [n omui genere
hominum atque in utroque sexu feslinant proscribere
Christum, in adultis et parvulis, in vivis et mortuis ;
hinc quidem infantibus ex impossibilitate naturie, inde
vero adultis ex dil'licullate continentiEe. praescribentes.
Porro mortuos viventium fraudantes auxiliis, viventes
nihilominus sanctorum, qui decesserunt, suffragiis spo-
liantes. Absit. Non relinquet Dominus plebem snam,
quae est sicut arena maris, nee contentus et it paucilate
haerelicorum, qui omnes redemit. Neqie enim parva,
sed plane copiosa apud cum redemptio. Quanlus vero
numerus istorum ad magniludinem pretii ? Sed magis
pretio fraudant, qui ipsum evacuare conantur. Quid
enim si infans pro se loqui non potest, pro quo vox san-
guinis fralris sui,et talis fratris, clamat ad Deum de terra T
Adstit. et clamat nihilominus maler Ecclesia. Quid ta-
men infans ? Nunne et ipse videlur libi inlihire quodam
modo fontibtis Salvaloris, vociferari ad Ileum, suisqn :
vagilibus clamilare : Domine, vim patior , respondc
pro me ? FlagUat auxilium gratiae, quia vim patilur a
natura ". Clamat innocenlia miscri, clamat ignoranria or*^'; a^; ,
parvuli, clamat addicti infirmitas. Ila ergo clamant jTjJeato."
base omnia, sanguis fratris, tides matris, destilutio
miseri, et miseria destituti : et clamatur ad Patrem.
Porro Pater seipsum negare non potest, pater enim
est.
478
UaVRES DE SAINT BERNARD.
10. Et qu'on lie me dise point que celui-la n'a quoi une femme sera sauvee en niettant des en-
point la foi, a qui sa mere communique la sienue, fante au monde si elle demeure dans la foi ■ avec
I'l'ontbapti-
,e-d.tn* la foi
d> 1 Cgtiso
leuv mere
en I'enveloppant, pour ainsi dire, de cette foi dans
le sacrement debaptdme qu'elle luidonne, jasqu'a
en qu'il vienne capable de la ddvelopper et de la
recevoir loule pure, uon-seulement par sa propre
couuaissance, an is encore par son consentement.
Est-ce que sou manteau est Irop petit pour en cou-
vrir tons les deux en meme temps. La foi de l'E-
glise est grande. Esl-elle moindre que la foi de la
douceur (1 Tim. n, 15) ; les enfants serontsecourus
par la generation du bapteme, les personnes ftgees
qui lie pourront garder la continence se racbele-
I'ont, par les nombreux fruits du manage; les
morts qui anront besoin et seront dignea des prie-
res et des sacritices des vivants, les recevront par
1'enlremise des anges, et l'assistance de ceux qui
sont deja dans le ciel ne manquera point aux vi-
Cbananeenue, qui ful sufflsante et pour elle et pour vants, parce que 1'affection et la charite qu'ils ont
sa fille, et qui lui merita d'entendre cette parole: par Dieu et en Dieu qui est partout, les rend
«0 femme, voire foi est grande, qu'il vons soil commetoujours, presents avec eux. Car Jesus-Christ
fait ainsi que vous l'avez demande [Matt, xv, 28). » n'est mort et ressuscite qu'afin de dominer sur les
Est-elle moindre que la foi de ceus qui, descendant vivants et sur les morts [Horn. xiv. 9). Et qu'il a
le paralytique parletoit, lui oblinrenl en meme voulu naitre enfant, et passer par tous les degres
temps la sante de r.'uue etcelle du corps'? Car nous de 1'age jusqu'a L'homme parfait. C'est afin de ne
La foi a son-
vent ("
d'aclre que
ceux qui
l'avaient
lisous : « Lorsque le Sauveur vit leur foi, il dil au
paralytique, contiez-vous en moi, moil tils, vos pe-
ches vous sont remis : » el un pen apres : « Empor-
tez voire lit et marcbez [Malt, ix, 2). » Celui qui
voit cescbosesse persuadera aisementque l'Eglise
pent presumer avec justice non-seulement dusalut
des petits enfants baptises dans la foi ; mais aussi
manquer a aucun age.
11, lis ne croient point non plus au purgatoire
apres la mort, mais ils disent qu'aussit6t que l'&me
est sortie elle passe ou au repos, ou a la damna-
tion. Qu'ils demandent done a celui qui a dit, qu'il
y a un pecbe qui ne se remettra ni en ce monde
ni en l'autre (.!/<.(«. xu, 32), pourquoi il a dit cela,s'il
Les hcrctiq*
ont tort it
nier le
purgatoire.
de la bouronne des martyrs, pour ceux qui perdenl n'y a en 1'autre vie ni remission depeches, ni pur-
la vie pour Jesus-Christ, Cela etant ainsi; ceux qui
sont regeueres par le bapteme, ne souffriront au-
cun prejudice de ce qui est dit, « que sans la foi, il
est impossible deplaire a Dieu (Heb. xi, G), » puis-
que ceux qui ontrecu lagracedubaptemeentemoi-
gnage dela foi ne soul poinlsans foi : ils ne souffriront
pas non plus de cette autre parole : « Celui qui n'aura
point cru, sera condamne (Matt, xvi, 16). » Car,
qu'e£t-ce que croire, sinon avoir la foi? CVst pour-
gatoire. Mais il ne faut pas s'etonner si ceux qui ne
recounaissent point l'Eglise, medisent des ordres
de l'Eglise, s'ils ne recoivent point ses institutions,
a On trouve plusieurs variantes de ce passage. Le manuscrit
de Jumioges donne avec la Vulgate cette version: ■ Si elle de-
nieure dans la foi, dans la charite, dans la &ain tele et dans une
vie reglee. » Un manuscrit de la Colbertine porte: <■ Si elle de-
meure dans la foi avec une vie reglee. » Notre lecon est prefe-
ree par le manuscrit de Saint- Germain et par les premieres edi-
tions.
Antres
erreurs deot
niemes liert
tiques egalt
oient refutet
par saint
Bernard.
10. Nemo mihi dicat, quia non habet fideui. cui ma-
ter impertit suam, involvcns 11 1 i in a icramento, quousque
idoneus fiat proprio, non lantum sensu, sed et assensu,
evolatam puramque percipere. Numquid breve pallium
est, ul non possil ;'inbus cooperire '.' Magna est Eccli
Bdes. Numquid mioor tide Cuananeaa mulieris, quam
consist et filiae suflicere potuisse, el sibi? Ideo audivit :
0 mulier, magna est fides tua! fiat libit sicui ,
Numquid minor llde illorum, qui paralyticurn per
tegulaa demiUentes, anims illi simul el corporis
obiinuere salutcm? Denique babes, Quorum
id vidit, nit paralytt
peccata. Et paulopost : Tolle grabatum fuum, etambula.
Qui h*c credit Facile buic persuadel itur mcrito Eccle-
siam pia--uiiieic, non solum parvulis baptizatis in-
eualide salute n, sed cliam iuterfectis pro Cliristo in
fanlibas coronair. marlyrii. Qu=e cum ila shit, nullum
pra>jiidiciuiii sustinebuot regencrati de co quod dictum
eal, Sine fide impossibile est plocere Deo: cum sine
fide non suit, qui in testimonium fidei bnptismi gra-
tium pc-rceperunt. Sed neque de eo quod item dictum
est : Qui vero non crediderit, condemndbitur. Quid
enim credere est, nisi (idem habere ? Ilaque ct mulier
salvabitur per generationem filiorum, si permanserit in
fide cum lenitate ; et infantibus per lavacri regeneratio-
nem succurretur'; et adulti qui cotitinere non poterunt,
coiijugii Iricesimo fructu se rediment; viventium quo-
que preces et hostias mortui, qui opus habebunt, et
digni cruiit, mediantibus percipient angelis ; et eorum
qui jam pervenerunt, viventibus adhuc nequaquam
solatia dcerunt per Deum qui ubitjue esl, et in Deo
nusquam alTeclu charitalis abscntium. Nam et Christus
propter hoc mortuus est et resurrexit, vivorum domina-
relur et morluorum. Piopler bee quoquc et infans
natus est, et per singulos letatum gradus profecil in vi-
ruui,ut nulli deesset eelati.
11. Non credunt ignem purgatorium reslare post
mortem ; sed statim animam solulam a corpore , vel ad
requiem Iransire , vel ad damnalionem. Quadrant ergo
ah eo , qui dixit quoddam peccalum esse, quod neque
in hoo stcuIo, neque in futuro remil teretur , cur hoc
dixerit, si nulla manet in futuro remissio purgatiove pec-
cavil. Jam vcro qui Ecslesiam non agnoscunl , non est
mirum si ordinibus Eeclesia: deliahunt, si inslituta non
recipiunt, si sacramenla conlemnunt, si mandatis non
ohediunt ic Pcccatores, inquiunt, sunt apostolici, ar-
chiepiscopi , episcopi , prcsbyleri : acper hoc nee dan-
dis , nee accipiendis idonei sacramentis. » Nunquam duo
isla convenient, episcopum esse et peccatorem? Falsum
esl, episcopus erat Caiphas : et tamen quantus peccator,
SOIXANTE-SIXIEME SERMON SUR I.E CANTIQUE DES CANTIQUES.
479
s'ils meprisent ses sacrements, s'ils n'obeissent
point a ce qu'elle commande. Les successeurs des
apotres, les arcbeveques, les eveques, les pretres
sont des pecbeurs, disent-ils, et partant ne sont
point capables de donner, ni de recevoir les sacre-
ments. Ce sont done deuscboscs a jamais inconcilia-
bles d'etre eveque etpecbeur. NulleaientCaipbeetait
eveque, et cependant n'etait-ce point lui qui a pro-
nonce la sentence de mort duSauveur? Si vous niez
qu'il ait ete eveque, le teruoignage de saint Jean
vous convaincra d'erreur, car en preuve de son
pontiiicat, il rapporte qu'il avait propbetise {Joan.
xu, 15). Judas etait apotre, et quoiqu'il fit un
avare et un scelerat, il avait ete cboisi par le Sei-
gneur. Douterez-vous de l'apostolat decelui que le
Seigneur lui-meme avait cboisi ?« Ne vous ais-je
pas cboisi pour douze, dit-il, et 1'uu de vous est un
diable (1 Joan, vi, 71). )> Vous voyezqu'on pent etre
apolre et diable tout ensemble, et vous niez que
celuiqui est pecbeur puisse etre eveque'? Lea Scri-
bes et les Pbarisiens out ete assis sur la cbaire de
Moise et ceux qui ne leur ont pas obei comme a
des eveques, ont ete coupables de desobeissance,
meme contre le Seigneur, qui commande de les
ecouter et dit : ufaitesee qu'ils disent [Matt. ii, 3). »
II est evident que bien que ce fussent des Scribes, des
Pbarisiens. et de tres-grands pecbeurs, neanmoins
a cause de la cbaire de Moise qu'ils occupaient, cette
parole les regardait encore : « Qui vous ecoute m'e-
coute, qui vous meprise, me meprise (Luc. x, 16).
12. Les esprits d'erreur qui parlent avec bypo-
crisie et proferent des mensonges, ont encore per-
suade beaucoup d'autres opinions mauvaises a ce
peuple fou et insense. Mais je ne pretends pas leur
repondre fir tous les points. Car qui pourrait cou-
naitre toutes leurs erreurs ? D'ailleurs ce serait un
travail inlini, et nullement r.ecessaire. Car on ne
les convainc point par desraisons, car ils ne lesen-
tendent pas ; on ne les corrige point par des au-
torites, attendu qu'ils ne les recoivent pas ; et on
ne les persuade point, parce qu'ils sont eutiere-
ment pervertis. On en a fait l'experience. Ils aiment
mieux mourir que de se convertir. Aussi leur fin
sera une mort, et un embrasement eternel. Car ils
ont ete figures il y a longtemps par le feu que
Samson nut a la queue des renards (1 Judic. l, 5).
Souvent les fidelesen ont pris quelques-uns qu'ils
ont Iraines en public. Ils leur ont demande leur foi Opinlatrete
sur les points oil ils etaient suspects, mais ils ont des h"ili-
tout nie selon leur coutume, et ensuite etant mis a
l'epreuve de l'eau a ils ont ete trouves menteurs.
De sorte que ne pouvant plus nier qu'ils fussent
dans las erreurs dont on les accusait, puisqu'ils
avaient ete decouverts, et que l'eau ne les recevait
point, ils prenaieut le mors aux dents, comme on
dit, et etaient assez malbeureux pour professer ou-
verlement leur impiete, soutenir que e'etait la ve-
ritable foi, et disaient qu'ils etaient prets d'endurer
la mort pour elle. Ceux qui etaient presents ne- Les hereii-
taient pas moins prets a la leur faire soufl'rir, si ?uesmartTre-
bien que le peuple, se jetant sur eux, lit de nuuveaux
martyrs de leur detestable seele. Nous approuvons
sonzele, mais nous ne conseillons pas d'iuiiter cette
action, parce qu'il faut persuader la foi, au lieu de
l'imposer par la violence. Quoiqu'il serait mieux
sans doute qu'ils fussent puuis par l'epee b de ce-
lui qui ne la porte pas en vain, que de soulftir
11 faut per-
a Les anciens ne rejetaient pas l'epreuve de l'eau ainsi que l'a suader non
prouve Hinclimar de Keims daDs sa lettre a Uildegare de Meaui. imposer la foi
On trouve la maniere dont se faisait le jugemeut de Dieu j>ar
l'eau dins le tome l^r de nus Anaiectes, on il est dit que e'est le
pape Eugene II qui en est 1'auleur. Ou peut voir cependant les
notes de llorstius sur point.
b Saint Bernard n'est pas ici en contradiction avec la doctrine
qu'il a enseignee dans le sermon precedent n. 8, ou il dit
« qu'on doit prendre les heretiques nou par les armes, mais
par les arguments, » cequil neulendait que des lieretiques qui
s'observent et ne font puint de propagande. « Aulrement mieux
\ ittt, s ins aucnn doute, dit-il, les reduire par l'6pee qucde les lais-
ser libres d'entrainer unefoule d'autres uooimes dans leur erreur. »
qui in Dominum mortis dielabat sententiam 7 Si ncgas
episcopum , arguet te testimonium Johatinis, quieurn in
testimonium sui pontilicatus etiam prophelasse refert.
Aposlolusc. i Judas : et licet avarus et scclcratus ,
electus tamen a Domino. An tu de illius apostolatu du-
bitas, quern Dominns elegit? Nonne ego, inquit , oos
duodecim elerji , et wins ex nobis diabolic est ? Audis eum-
dem electum apostolum , et e.vstitisse diabolum ; et negas
posse esse episcopum, qui peccator est? Super calbe-
dram Moysi sederunt Scribal et Pharis;ei , et qui non
obedierunt eis tanquam episcopis, inobedientiao rei fu-
erunt, etiam in ipsum Dominum praecipienlem , et di-
cenlem : Qure dicunl facile. Patet ergo , quamvis Scribae,
quamvis Pl.arisaei , quamvis videlicet maximi peccatores;
propter cathedrarn tamen Moysi , ad eos quoque nibilo-
minus pertinere quod item dixit : Qui vosaudU ,me au-
dit; et qui vos spernit , me spernit,
12. MuKa quidem et alia huic populo stulto et insipi-
enli a -piritu erroris, in hypocrisi loquentibus men-
dacium , mala persuasa sunt : sed non est respondere ad
omnia. Quis enim omnia novit ? Deinde labor infinitum
esset, el minime necessarius. Nam quantum ad istos, nee
rationibus cunvincuntur , quia non inlelligun! ; nee auc-
toritalibua corriguntur, quia non recipiunt ; nee flec-
tuntur suasiuniljus, quia subversi sunt. Probatum est :
mori magis eligunt, quam converti. Ilorum finis inte-
rilus , horum novissima iucendium manet. Hurum siqui-
dem in facto Samson ex succeusis vulpium caudis ligura
prscessil. Plerumque lideles injeclis manibus aliquos ex
eis ad medium Iraxeiuut. QtiEesiti lidein , cum de quit;. is
suspecti videbantur , omnia prors.is s :o more negarent ;
exatninati judicio aquae, mendaces iitventi sunt. Cumque
jam negare nun possent, quippe deprehensi , aqua eos
non recipiente; arrepto, ut dtcetur, freno dentibtts, tarn
misere, quam libere impietatem non confessi , setl pro-
fessi sunt , palam pietatem adstruentes , et pro ea mortem
subire parati. Nee minus parali inferre qui adstabant.
Itaque irruens in eos populus , riovos baereticis suae ipso-
480
UEUVRES DE SAINT BERNARD.
qu'ils en entralnassent d'autres dans leurs erreurs.
Or il est ministre de Dieu, et il doit juger seveiv-
ment celui qui faitinal [Rom. xri, 14).
13. Quelques uns s'etonnaient de les voir mar-
cher a la movt, non-seulement avec patience, mais
encore avec un t'sj \'it d'allegresse j mais e'estpar-
ce qu'ils ne savent pas combien grande est la puis-
sance du (liable, 1 ml sur les corps que sur les
Ames de ceux dont il s'esl une fob empare par la
permission de Dieu. N'est-il pas plus etonnant
qu'un homme se fasse mourir lui-meme, que
d'atlendre qu'un autre lui domic la mort? Cepen-
dant nous savons pur experience que le diable a
souveut en ce pouvoir sur plusieurs qui se sont
noyes on pendus. Car Judas se pendit [Malik, xxvn,
5) lui-meme, evidemroenl par la suggestion dn dia-
ble. Neanmoins je Ironve encore plus Strange
qu'il ait pu lui inspirer la pensee de livrer le
Seigneur, que celle de se pendre de sts propres
mains. L'obstination de ces honimes n'a rien de
semblable ii la Constance des martyrs, dnns ceux-
ei e'estla piel§ a et dans ceux-la e'est l'endurcis-
sement du eoeur qui cause le mepris de la mort.
Difference , ; Prophete a-t-il dit. peut-elre meme au
entrelacons- i
lance de« n0Qi d'un martyr : « Leur cceur s'est serre et
"d'eVfaoi C epaissi comme du lait, mais moi j'ai medile sur
manvrs. vo(re joi (pS((/_ CXTllli 70), » pour montrer que
bien qu'il seruhle que les tourments soient les
memes, 1'intention est bien differente, puisque les
uns endurcissi'nt leur ceeur contre le Seigneur, et
• Saint Anguslin i met la mfme opinion dans le 'ivre I de son
ouvrage contre J alien, ainsi que .ian* son lure sur (j Patience,
chapilre ivi. ("est d'apK- ce Pir' qie le second concile d'O-
range a dit dins son canon ivu, la constancedesC:ntils prend
sa source dans une enpidite mood .me, tandis que ce^.e des chre-
tieos latrouve dans la charilede Died.
les autres m6ditent sur sa loi sainte.
16. Cela etant ainsi, il n'est pas besoin comme
j'ai deja dit, d'en dire davantage inulilement contre
des hommes insenses et opiniatres. II suflit de les
avoir rait connaltre pour cpi'on les evile. Aussi
afin de les decouvrir, il taut les contraindre a
cbasser les femmes qu'ils entretiennent chez eux,
ou a snrlir de l'Eglise parce qu'ils la scandalisent.
(Vest une cbose extrcmement deplorable, que non-
seulement des princes seculiers, mais que des
membres niemes du clerge et des eveques b, qui
devraient les persecuter davantage, les supportent,
it cause des avantages qu'ils en titent, et en
recoivent des presents. Et comment, disent-ils, con-
damnerons-notis les bemmes qui ne sont point
convaincus des erreurs dont on les accuse et qui
up les avouent pas? Celte raison, ou plutot ce piv-
texte est frivole. 11 suffit, comme j'ai deja dit, pour
les connaitre, de separer les uns des autres ces
hommes et ces femmes qui se disent continents, et
d'obliger ces femmes a vivre avec celles de leur
sexe qui ont fait le meme vceu qu'elle, et en faire
de meme des hommes. Car decette facon, onpour-
voira et a leur vertu et a leur reputation, en leur
donnant des temoins et des gardiens de leur con-
tinence. S'ils ne le veulent pas, on aura droit de
les chasser de l'Eglise, puisqu'ils la scandalisent
par une cohabitation, qui est non-seulement sus-
pecte, mais illicite. Que cela suflise done pour de-
couvrir les ruses de ces renards, et pour faire que
t> Je ne sais si parmi ces eveques on ne doit pas compter
l'eveque de Tonl, a qui Ungues AMellus a ecrit une leltre de-
meuree inedlte, dans laquelle il dit que • dans son diocese se
cachenl des hommes de pestilence qui condamnent le mariage.
execrent le bapti-me, et tonrncnt en derision les sacrements de
l'figlise. .
C'est une
indignile q
des heret!
ques Iron*
Tent de»
pal li-. in-
par ni let
clerci et
in in'- |.ar
les Kv,'qu'
rum perfidia? martyres dedit. Approbamus zclum , sed
factum non Buademus j quia tide . non
imponendi. Quanquam melius proculdu icoer-
centur , illius videlicet qui nun sine causa gladi im portal,
quam in suum crrorem mullos trajicere parmitlaalur.
Dei emm minister ifc'e est, V index in iram ei qui maie
agil.
13. Mirantur aliqui, quod non modo palienler, scd
etheli, tit videbatur, duecrentur ad morlem : scd qui
minus adverlunt. quanli sit potcstas diaboli, non modo
in corpora hominum, sed eliam in corda, qua semcl
permissus possederi'. Nonne plus est sibimet hominetn
injicere manus, quam id libel tcr abalio sustinere? Hoc
aulem in multis potaisse diabolum Frequenter e
annuls, qui seipaoa aul stibmerseront, ant suspenderunt.
Denique Judas uuspendit seipsum, diabolo sine dubio
immittenle. F.-o tanvn magus existimo, magisque ad-
miror, quod potuit immisisse in cor ejus ut tiadcret
Domintm, quam ut seneiipsum snspenderet. Nihil
ergo simile babcnl eonstantia Marty rum, et pcrlinacia
horum : quia mortis contempiuro in illis pietas, in istis
cordis duritia operator. Et ideo Propheta martyris for-
sitam voce dicebat : Coaguhtum est ticul Lie cor eorum,
ego iero legem tuam meditatus sum : pro eo videlicet
quod etsi peue eadem videretur, longe diversa esset
LeConseil
saint
Beroard
inlcntio, illo uliqne durante cor contra Dominum, isto
in lege Domini meditanle.
14. Qua? cum ita sint, non est opus, ut dixi, frustra
multa adversus homines stiiltissimos alque obstinatissi-
mos diccre : suflicit innoluisse illos ul vilenlur. Quam-
obrcm ut deprehendantnr, cogendi sunt vel abjicere
fetninas, vel exire de Ecclesia, tilpote scandalizantes
Ecclesiam in convictu et contubernio feminarum. Do-
lendum valde, quod non solum laici principes, sed et
quidam (ut dicilitrl de Clero, necnon de ordine Episco-
porum, qui magis eos persequi debuerant, propter
quasstum sustineanl, accipientes ab eis munera. Et
quomodo, inquiunt, damnabimus nee convictos, nee
confessos 7 Frivola satis, non ratio, sed occasio. Hoc
solo, etianisi aliuj non cs-el, facile deprehendis, si (ut
dixi) virus et feuiinis, qui se continenles dicunl, ab in-
viccin scpares : el fsminaa quideni cum aliis sui et
sexus et voli degere cogas ; virus jeque cum ejusdem
propositi vii-is. Per hoc enim consultuin crit utrorum-
que volo Bimul et fjm.e, cnui conlincntise sua? et testes
tiabuerint, el custodes. Quod si non suslinenl, justissime
eliminabuntur de Ecclesia, quam scandalizant, non so-
lum notabili, sed etiam illicita cohabilatione. Ergo ista
sufticiant pro deprehendendis harum vulpium dolis, ad
dandam scientiam et cautelam dilectae et gloriusae Sponsae
SOIXANTE-SEPTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 481
l'Eglise les connaisse et s'en donne tie garde, elle et de dire : « Votre science est tout-a-fait merveil-
qui est l'Epouse bien aimee et glorieuse de Notre- leuse, ellle est infiniment elevee au desuis de moi,
Seigneur Jesus-Christ, qui etant Dieti par dessus et je n'y saurais alteindre en aucune sorle {Psal.
cxxxvm, 5). » Et, sans aller plus loin, quelle dou-
ceur ne renferme pas le commencement de ces
paroles ? Car voyez comme elle commence :
« Mon bien-aime esta moi, et moi, a lui (Can. n,
16). » Celte parole parait simple, parce qu'elle
est douce. Mais nous trailerons cela plus loin.
2. Elle commence par l'amour, et continue a
parlev de son bien-aime, temoignant par-la quelle
ne sait aulre chose que son Epoux. On voitbien de
qui elle parle, mais on ne voit pas avec qui. Car
nous ne pouvons pas croire que ce soit avec lui,
puisqu'il n'est pas present, comme on n'en peut
doutcr, car elle semble un pen plus loin le rap-
peler, et lui crier comme derriere lui : « Reve-
nez, mon bien-aime. » L)e sorle que nous sommes
porle a croire, qu'apres avoir acheve ce qu'il
avait a lui dire, il s*est absente a son ordinaire
et qu'elle a continue a parler de lui, parce qu'il
tout est beni dans tous les siecles des siecles.
Ainsi soit-il.
SERMON LXVH.
Mouvcments el admirable effusion d'amour dc l'E-
pouse en relour de l'amour que lui thnoigne le
Christ son ipoux.
l.«Mon bien-aime esta moi, et moi, alui(Can, n,
id). )) Nous n'avons enlendu que les paroles de 1'E-
rloux, prions-le qu'il daigne nous aider a expliquer
dignemenlles paroles de son Epouse, pour sa gloire
et pour notre salut. Car n.ms nesaurions les exami-
neret lesdiscuterd'unemaniere dignedelui, silui-
meme ne conduit nos paroles. Car si elles sont
donees pour la grace qu'elles renferment, elles ne
sont pas moins fecondes pour le sens, et profondes
Joncenr, en ni3'slere. A quoi les comparerai-je? A Tune
Hcacua'de de ces viandes qui, par une triple vertu, sont deli- n'est jamais absent pour elle. 11 en est ainsi, e.nef-
a sainte cieuses au gout, solides comme aliments, efficaces
comme remede. C'est ainsi qu'est chaque parole
de l'Epouse. Par la douceur d.U son, elle cbarme
la volonle ; par l'abondance de ses sens, elle en-
graisse et nourrit le cceur, et par la profondeur de
ses mysleres, elle exerce et etonne 1' esprit, et en
meme temps elle guerit d'une facon merveilleuse
la tumeur et l'enflure de la science. Car si quel-
qu'un de ceux qui se croient savants, voulant ap-
profondir trop curieusement ces choses, voit son
esprit aecable par celte recherche, et redu.it comme
en servitude, ne sera-t-il pas oblige de s'bumilier
fet; elle a sur les levres celui qui ne s'eloigne ja-
mais de son cceur, lors meme qu'il est absent. Ce
qui sort de labouche, vient du cceur (Luc. vi, 45).
Elle parle done de son bien-aime, en epouse vrai-
ment aimee et aimable, parce qu'elle aime beau-
coup. Mais avec qui en parle-t-elle ? Car nous savons
bien de qui, et je ne vois point avec qui ce pourrait
etre, si ce n'est avec les jeunes fllles qui ne peu-
vent quitter leur mere, lorsque l'Epoux s'est retire.
Mais je crois qu'il est mieux de dire qu'elle se parle
a elle-meme, non pointa un autre, d'autantplus que
ce qu'elle dit semble tronque et peu lie avec ce qui
Domini nostri Jesu-Christi, qui est super omnia Deus
benedictus in saecula. Amen.
SERMO LXVII.
Ue mirabili affectu dUectionis Sponsce, quern eructat
propter amorem Chrisli sponsi.
i. Dilecfus m"ui mihi et ego Mi. Hactenus verba
Sponsi. Absit ipse, ut digne ad gloriam ipsius et nos-
train ipsorum s.ilutem, Sponsce ejus possimus investigare
sermones. Neque enim tales sunt, qui a nobis conside-
rai'i et discuti, prout dignnin fuerit, valeant. nisi ipse
I'ueiit dux verbi. Sunt enim quam snaves ad gratiam,
lam ftecundi ad sensus, tain etiam profundi ad mysteria.
Cui similabo eos ? Uni interim alicui epularum, qus
triplici i|uadam emineat gratia, deliciosa ad saporem,
solita ad nutrimentum, efticax ad medicinam. Sic, in-
quam, sic singulus quisque Sponsae senno, et ex eo
quod suaviter sonat, affectum mulcet ; et de sensuum
uberlate mentem impinguat et nutrit; et de altitudine
mysteriorum, dum intellectum quo plus cxercet, plus
ter.-et, miro modo tumorem sauat inllantis scientise.
Etenim si unus quispiam ex his forte, qui sibi scioli vi-
dentur, curiosius sese dederit scrutinio horum, cum
T. IV.
viderit ingenii sui succumbere vires, et redigi in cap-
livitatem omnem intellectum persenserit, nonne humi-
liatus ad illam vocem compelletur, ut dicat : Mirabilis
facia est scientia tua ex me, confortata est, et non po-
tero ad earn ? Et nunc quidem principium verborura
ejus quanta; suavitatis insigne prrei'ert? Nam vide quale
principium dederit. Dilecius, inquit, mens mihi, et ego
illi. Simplex vox videtur, quoniam suaviter sonat : sed de
lioc videbitur postea.
2. Nunc vero a dilectione incipit, de dilecto prose-
quitur, nihil aliud se scire indicans nisi dilectum. Patet
de quo sermo : cum quo non ita. Non enim ut cum
ipso eodem fuerit sentire permittitur, cum ipse jam non
affuerit, Neque id dubium ; nempe mos eum revocare
videtur, et quasi post tergum clamare : Recertere, in-
quiens, dilecte mi. Unde adducimur non aliud sane
conjicere, nisi quod finitis verbis suis ille iterum suo
more S3 absentaverit, et ilia remanserit nihilominus de
eo loqnens, qui nunquam absens est sibi. Ita est : in
ore retinuit, qui non recedebat a corde, nee quando
recedebat. Quod de ore exit, de corde venit, et de
abundantia cordis os loquitur. Ergo loquitur de
dilecto, et vere dilecta et vere diligenda, guoniam
diligit multum. Quaerimus cum quo ? nam de quo,
novimus. Et non occurrit, nisi forte cum adoles-
31
aS2
CEUVRES DE SAINT REllNAltn.
precede, en sorle que celui a qui elle parlerait ue
pourrait pas l'entendre, ce qui est pourtant lebut
qu'on se propose quand ou parle a quelqu'un :
a Mou bieii-aime, dit-olle. est k moi et moi, a lui. »
Elle n'eii .lit p.is davanlage. Le sens de ce dis< ours
est suspendu, on plutdt il u'est pas suspendu, il
timides, li douleur en a de gemissantes, et l'amour
reables. Est-ce l'habitude, la raison on la re-
flexion qui forme on qui regie les plainles de reus
qui seiilenl deJa douleur, les sanglots ou les ge-
missementsdesafQiges, les eris soud. unset exlraor-
dinaires de ceus qui sonl froppes ou effraycs, on
Les senti-
ments not
l.'Ur ljDga.'L-
loinbe. Celui qui l'eeoute est en suspens, loin d'etre meuie les renvois .inn estomnc Irop rerapli? II est
uistruif, il differ* de l'etre. expressions ne sonl point reilecbies,
3. Que siguilie ee langage : « Lui a moi, ct moi mais vien entd'un mouvemeiil sou, lain etimprevu.
a lui ! » Nous ne savons ce quelle \ out dire, parce Ainsi l'amour brulaot et vehement, surtoul celui de
que nous ue sentons pas ce qu'elle sent. 0 sainte Dieu, ne pouvant plus se conlenir en soi, se met
ame, que vous est voire bien-airoe, et que lui eles- pen en peine de 1'oiMiv et de 1 i suite de ces paroles,
vous? iiites-nioi, je vous prie, quel est ce don reci- pourvu qu'il ne perde rien de sa vigueur Qiielque-
proque que vous vous faites de vous-meme I'un a fois merae, i! ne recourl ni aux paroles, ni au
l'aulre, avec taut de faniiliarite et de. bienveillance. langage, et se conlente de soupirer. C'est ce qui fait
!l est a vous, et vous etesa lui. Hais que lui etes- que l'Epouse, elanl enllammee d'un saint amour,
\ous? Liu eles-vonsce qu'il vous est, ou autre ebo-e 1 el I'etant d'unemaniere incroyable pourtrouverquel-
Si vous parlez pour vous, si vous voulez que nous que soulagement dans I'ardeur qui la consume, ne
vous en ten lions, expliquez clairement vetre pen- considere point cequ'elledituide quelle maniereelle
see. Jusqnes a quaud liendrez-vous notre esprit en le dit. L'.iiiioiir qui la presse fait qu'elle parle beau-
balance? Est-ce que, selon le Propliete [Ita. xxiv, coup moins qu'elle n'exhale ce qui lui vient a la
16) vous gardez voire secret pour vous'.' II est vrai, bourhe. Et comment n'exhalerail-elle pas ce dont
c'est I'alfection qui parla, non 1'eDlendemeni (.'est elle est si pleine et si rassasiec.
pourquoi l'ou a peine a vous entendre. Pour ptoi ft. Hepassez en votre nieiiiuire le texte de cet epi-
donc a-t-elle parle ? Pour rien, si ce n'est qu'etant tbalame sacre, depuis le commencement jusqu'iei,
ravie et foiteuiiiiteinuede l'entretien qu'elle avait et voyez si dans les entrevues et les enlrelieiis de
tint desire avoir avec son epoux, elle ne peut ni se l'Epoux avec l'Epouse, il s'est communique a elle
laire, ni exprimer ce qu'elle sent, lore pill cesse avec le nieine abandon que celte fois-ci, et si jamais
de lui parler. Car elle ue parle pas pour exprimer il lui a tenu des discours aussi longs et aussi
ce qu'elle epiouvc, mais pour ne point se laire. I .a agreables. Kaul-il s etoiiner apres cela que celle
bouclie a parle de I'abondance du eeeur. Les pas- doul les desirs sont combles, ait plutdt repanduson
sious out leur langage, par lequtd elles se decou- coe'ir que ses paroles ? ou si ce sunt des paroles,
vreut menie uialgre elles. La cratnte a des paroles elles sont sorties avec violence, saus ordre et sans
Quel est le
langage de
1'auiour.
ccntulis, quae a malreabesse non possunt,ubi discesserit
Spousus. »ed melius ^ut opinor) sentimus seou.n potiua
et noil cum altero sic locutain, piaescrtiin quod trunca
et minus conlineus inveuiatur ipsa locutio, iosufiicieos
plane ad danda.n inleHigenliaui auditori, o.j quam vel
maxime iuvicem loquiuiur. Dilectas metis milii, in put,
et ego t/li. Son plus ! Pendet oratio ; imo non peadet
5ud delict. Suspcndilur auditor, ncc cruditur, sed eri-
gitur.
3. Quid est hoc quod dicit, tile mihi, ct ego tilt ■ ■> Nes-
cimus qnid loquitur, qui.i no.i sentimus qjjd sentit. 0
saucta uniuia, quid tuns die tibi, quid tu illi ? Q.iuj.iam
q.iaj=o, li.ee mier vo_- lam I'a.nil.ariier fuvorabililerque
disuurrens exbibilio, et rcJhibit.o .' 'f.bi ille, in pie vi-
cissi.n illi. ried quid ? ldipsum ei tu, qnoJ lib ille, an
ali.id .' rfi nous, si aj nostiu.a 1 quaris intolligeutia a,
eviUunler q lod semis edioilo. Quuusjmc animus ius-
trus to.lis .' Ao secundum Propttelaai secretum tuu a
tibi? lt.i est : alfjetus locutus est, non inlellectus, et
Ueo non ad intellectual. AJ qu.d er^'o .' AJ nihil, nisi
qioJ mir.ibiliter delectatu, el ailed i vehe.njater ud
desideraios alfatas, liiie n illo faoieate ne« taooi-e om-
nino quivit, nar. tainea quod soui'l expriaiere. Ne.pie
cniai ul e.vp rime ret tic lojula est, suJ ne tavCi-et. Ex
abundaotia cordis os locuium est, seJ nun pro abundi-
Ua. Habeul suas voces affeotus, per quas se, etiam cum
nolunl, produnt : timor (verbi causa) meticulosas, do-
lor gemebundas, amor jucun.las. Numquid dolentium
planctus, moerentiuinve singultus vel gemitus, percus-
sorum, itemque paventium subitiis et elTeratas clamita-
liones, seu etiam saturatoruin ruolus, mil usus crcat,
uut ratio excilal, aut deliberatio ordinal, aut pnemedi-
tatio format? Kjusmodi cerium est, non nulu prodire
an'uni, seJ erumpere inolu. Sic Uagrans ac veliemens
amor, praEserLim divinus; cum se intra se cobibcre noa
valet, non alleudit, quo ordinc, qua lege, quave se-
rie sen paucitate verborum ebulliai, dummodo e.x boo
nullum sui sentiat de.iimenlum. luterdum nee verba
requirit, inlerdum nee voces oouiiao ullas, solis ad hoc
contentus suspiriis. lode "st, .jnod Spon>a sancto amoro
Uigrans, idq.ie iucredibili modj, sane pro cuptunda
quatulacunque eva,joralione ardoiis que n p ititur, noa
leial qjid, qualiler eloqntur : sed quidquid in
bucca n veue.it, aaior argeiile Don enuntiat, sed eruc-
ni. o uJ.ii erujtet sic refecti, et sic rep tela 7
4. Revolve texlum epiihalumii liiijns ab ip?o exordio
mi.:, et vide si Liuta uspiam illi, quauta hue vice
in eunctis visitationibus et alloculionibus bponsi copia
ejus induita I'ujrit ; et si u.iqu.uii e.x ore ips.us, non
nmJj tarn multos, seJ et tarn jucundus sermones acce-
per.t. Quie ergo replevcrat ia boui* desideriuui suum,
quid miriim si rucmra polius. quaui verbum fecit 1 Et
SOIXANTE-SEPTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 483
suite. Car I'Epouse ne croit pas faire un larein en bien-aime a moi, et moi a lui. » Qu'elle soit je le
s'appliquant ce verset du Prophete : « Mon ecpur veux, comme elle le merite bien, dans un banquet
a exhale une bonne parole (Psal. xuv, 2) » puis- delicieux, et qu'elle se senle transporter d'alle-
qu'elle est remplie du meme esprit que lui. « Mon gresse en voice presence ; mais si elle est hors
bien-aime est a moi, et moi a lui. » II n'y a point de d'elle-meme pour vous, que du moins elle se pos-
liaison dans ce discours, et il ne faut pas s'en sede pour nous. Qu'elle soit remplie des biens de
etonner ; c'est une effusion des cceurs. Pourquoi votre maison, et abreuvee d'un torrent de delices;
chercher dans cette effusion, la liaison du discours, mais, je vous prie, que je senle au moins, si pau-
et la propriete des mots? Quelles lois et quelles re- vre que je sois, une legere odeur de 1 'effusion de
gles voudriez-vous imposer aux renvois qui s'exha- son ame, lorsqu'elle sera rassasiee. La pensee de
lent d'un estomac trop rempli ? lis ne recoivent Mo'ise s'est exhalee favorablement pour moi, et dans
point vos ordrcs, ils n'attendent point vos comman- cet epanchement de son cceur, je sens 1'oJeur de la
dements, ils ne cb.ercb.ent point votre commo- puissance qui a cree toutes ehoses : « Au commen-
dile. lis sorlent d'eux-memes, avec force, du cement, dit-il, Dieu crea le ciel et la terre (Gen.
fond de votre poitrine, non-seulementmalgre vous, l, 1). » Et Isiie a exhale aussi l'agreable odeur de la
mais meme a votre insu, et sont plutot arraches redemption, lorsqu'il a d,t : « II s'est livre a la
qu'envoyes. Cependant ils rendeut quelquefoisune mort et a ete mis au nombre des scelerats, il a
bonne, etquelquefois une mauvaise odeur, selon les porte les peches de plusieurs, et il a prie pour ceux
Jifferenles qualites des vases d'oii ils montent. Car qui le faisaient mourir (Psal. m, 13),» afin qu'ils ne
unhomme de bien tire le bie.n de sun tresor qui est penssent point. Quelle odeur plus grande de mise-
bon (Matlh. in, 35), et le mediant tire le mal du ricorde peut-il y avoir? II est sorti aussi une
sien qui est mauvais. L'Epouse de mon Seigneur odeurexcellente de la bouche de Jeremie,et de celle
est un bon vase, et il en sort pour moi une odeur de David, qui disait : « Mon cceur a exhale une
excellenle. bonne parole (Psal. lxiv, 1). » lis ont ete tons rem-
5. Je vous rends graces, Seigneur Jesus, de ce plis du Sainl -Esprit, et epanchant leur cceur, ils ont
que vous daignez au moins m'admettre a la sentir. verse de toutes parts d'excellents parfums. Voulez-
Uui, Seigneur, vous daignez m'y admettre. Car les vous connaitre ce qui s'est epanche de Jeremie ? Je
l>elits chiens maugent les miettes qui tombent de ne l'ai pas oublie, je me preparais a vous ledire :
la table de leurs maitres (Matt, xv, 27). Cet epan- « II est bon d'atten hv en silence le salut du Sei-
chemeut du cceur de votre bien-aimee repand pour gncur (Thren. in, 26). » Celte parole est de lui, ap-
inoi, je l'avoue, une odeur tres-agreable, et le pen prochez-vous pour en sentir l'odeur excellerde. La
que je recois de sa plenitude, je le recois avec recon- douceur de la justice qu'elle renferme, et qui nous
uaissance.Ellerappelle 1'abondancede vos douceurs, doit donuer la recompense de nos travaux, sur-
etje ne sais quelle odeur ineffable de votre bonte passe iuliuiment le baume le plus exquis. 11 veut
et de votre amour je sens dans cctte parole : « Mon que, souffrant pour la justice, j'atteude uue
si verbum fecisse libi videlur, eructatum puta, et non
at. male sn- subornatura ', ant praeordinatum. Nee enim Sponsa ra-
jrdinaium. pinam arbitratur silu aplare Prophet* dictum, Eructa-
r,t cor meum verbum, quippe eodem repleta spiritu.
Dileclus meus mihi, et ego Mi. Nihil consequenti* ha-
bet, deest o:alioni. Quid iude ? Ructus est. Quid tu in
ructu quueris orationu:., junctures, solemnia dictionum?
Quas tu luo ructcii leges imponis, vel regulas? Non
recipit tuain nioderalionem, non a te compositioneru
exspec'at, non commoditatem, non oppoi'tunitalem re-
quirit. Per se ex intimis, non modo cum non vis, sed
et cum nescis, erumpit, evulsus potius quaai emissus.
Tamen odorem portat ructus, quandoque bonum
quandoque malum , pro vasorum, e quibus ascendit,
contrariia qualilalibus. Denique bonus bomo de bono
thesauro suo profert bonum, et mains malum. Bonum
vas Sponsa Domini mei, et bonus mihi odor ex ilia.
5. Gralias ago tibi, Domine Jesu, qui me dignatus es
admitlere sallcm ad odorundum. I la Domine, nam et
calelli edunt de micis quae cadunt de meusa domi-
norum suorum. Mihi, fateor bene redolet ructus
dilcctae tu3B, et de pleniludine ejus, quanyis mo-
dicum quid, gratanter accipio. Memoriam abun-
dantiae suavitatis fuse eructat mihi , et nescio quid
ineffabile hue dignationis et amoris odoratus sum in
voce ista : Diteetui m°.us mihi,et eg < Uli. Ipsi (utdignuni
est) epuletur et evsultet in conspectu tuo, et delectetur
in l.etilia : verumtameu sic tibi excedat, ut sobria sit
nobis. Ipsa ergo repleatur in bonis doaius tuae, et tor-
rente voluptatistuie potelur: sed quaeio, perveniat ad me
pauperem vel tenuis odor eruetante ilia, cum satiata
merit. Bene mihi eructavit Moyses, et bonus odor in
in ructu ejus, creantis potential : In principio, inquit,
creavit D.'uv coilun et terrain. Bene Isaias ; nam suaws-
simum redimeniii misericordi<e odorem dedit, ita ernc-
tans : Tradiiltt in mortem animnm saam, el eum scele-
raih reputatui est, et ipse peccata muttnriim tulit, et
pro trantgressoribus rogauit, ut non perirent. Quid
aequo misericorJiam redolet ? Bunus quoque ex ore
Jeremiae ructus ; bonus ex David, qui ait : Eructavit
cor meum verbum bonum. Rcpleti sunt ouines Spiritu-
Sancto, et eruotanles omnia impleverunt bonilate. Ruc-
tum Jeremi.e requ iritis? Non sum oblitus, jim p;irabam
ilium. Bonwn est pnestolaricum silentio salulare D imini.
Ejus est, non fallor : admovete naribus : balsamum
vincit suavitas remunerantis justitiae, quam importat.
484
CEUVRES DE SAINT RERXAIID.
L'atteote des
juste? a'esl
pas celle dcs
pechenrs.
Eiemple de
justes
apense avenir, non pas que j'en roooive une
a present, parce que la recompense de la justice
nest pas le salut du siecle, niais du Seigneur :
« S*il tarda, dil an I'rophele, atleudez-le et ne
murmura point, parce qu'il es< bon de l'attendre
eD Sli • 11, 3> le ferair,. qu'ii m'exhorta
a faire. J'attendrai mon Dieu et mon Sauveur.
6. .Mais je suis pecneur, et il me reste encore une
tongue route a t.uiv. parce que le salut estloi
pecheurs. Je ne murmurerai pourlant pas, et en
attendant je me t'odeur. I.,
ivjouira dans le Seigneur en goutant ce que je ne
fa is encore que Qairer. Celui que regarde le juste,
le pccheur 1'attend, el c'esl dans son attente que se
Irouve l'odeur qu"il sent : « Les creatures corpo-
rejjesetinsensiblesjditsainl Paul, attendent avec
impatience la gloire dee enfants de D . nu,
19 . » Regardor, c'est gouier et voir combien le
Seigneur est doux, ou phjtot n'est-oe point le juste
qui attend et le bienheureux qui possede 1 L'at-
tente des justes est leurjoie [Prov. x, 28). Le pe-
cheur u'alteud rien. Et il est pecheur, non-seule-
ment parce qu'il est attache aux biens presents,
mais encore parce que, s'en eontentant, il n attend
rien dans l'avenir, il est sourd a eellevoixdu Sei-
gneur : « Attendez-moi, dit le Seigneur, au jour
de ma resurrection qui doit arriver [Soph, in, 8 . a
• Simeon etait juste, parce qu'il attendait et sentail
deja Jesus-Christ en esprit, quoiqu'il ne l'adorat
pas encore dans la chair. Et il fut bienheureux clans
son attente, parce que par l'odeur de l'attente, il
arriva au gout de la vision. En effet, il a dit :
« Mes veux out vu votre salut (Luc. n, 25). » Abra-
ham aussi etait juste, puisqu'il « attendit et sou-
h aiia de voir le jour du Seigneur, » et il n'a pas
ete confbndu dans sun atien!.', car « il a vu ce jour
e1 s , u est rejoii [Joan, vin, 5G). » Les apdlres
etaient justes, lorsqu'on leur disait : « Vous etes
r""li:: Brviteura qui attendent leur maitre
{Luc. xn, 36). »
7. David neteit-il pas juste aussi, lorsqu'il
: ■■ l-'i altendu le Seigneur avec impatience
wxix, 2) ? a Cest le q latrieme de ceux dont
j'ai ditqu'ils ont epanche leur coeur Psal. cxvin,
- presque I'oublier. Cependanl il ne
le taut pas. Car il a oiiverl la boucbe, et il a
attire" I'esprit, puis, lorsqu'ilfut , nou-seu-
ntil a Gpanche son ceeur, mais encore il a
chanU.Obon .les:,-. quell leurel quelledouceur
m'a-t-il fail senl dans s s effusions
scantiquesremplisde cette huilede joie dout
vo,r''!l1 ' ■ ' ' lauiere plus excel-
[ue tons eux q li participenl a votre gloire,
'i':"'- de ce , el de cet ambre, qui
parfumenl lesvetem ats, qu'on tire pour vous, de
de vos palais d'ivoire, et dout les lilies du roi vous
ont fait present au jour de votre triomphe [Ptai.
xi.iv, 8). Plut a Dieu, que vous me Bssiea la
de me favoriser de la rencontre de ce grand
prophete, voire ami intime, en ce jour de fete et de
issance, lorsqu'il sortira de votre cliambre
nupliale, en chantant son epithalame sacra, sur sa
harpe et sur sa guitare, comble de delices, rempli
et remplissant tout de ces admirables parfums. En
ce jour, ou plulot eu cette heure, peut-etre meuie
en cette demi-heure, selou cette parole de l'Apolre :
« 11 se lit uu grand silence dans le ciel, environ
une demi-heure [Apoc. vox, 1), » en cette heure
Patientem pro justitia vult me exspectare mercedem in
posteruni, non recipere in praesenti, quod justilia: mer-
ces, salulare, non saiculi, sed Domini sit. & mo-
ram fecit, inquit , expecla ewn; et ne murmuraveris,
quoniam bonum est cum silenlio exspectare. Ergo fa-
ciam quod hortatur ; exspectabo Dominum salvatorem
meum.
C. Sed peccator sum, et adhuc mini grandis restat
via, quia longe a peccatoribus salus. Non munnurabo
tamen : in udore interim consolabor me. Laetatibur Jus-
tus in Domino, gustu experieas, qi tia odoratu.
Quem special Justus, peccator exspectat; et exspectatio
odoralio est. Nam exspectatio, ait, crealurce reoelalio-
nem filiorum Dei exspectat. Porro speclaie gusta
et videre quoniam suavis est Domiuus. An potius Justus
qui exspectat: et qui jam tenet, beatus ? Denique
exspectatio , Nam peccator nihil exspec-
tat. Et inde peccator, quod bonis praeaenliboa non
detentus, sed et contenlus, nihil in futurum exspectat,
surdus ad vocem illam : Ej ms, in
die resurrectionis mem in futurum. Et ideo Justus erat
Simeon, quia exspectabat et odorabat jam Christum in
spiritu, quem necdum in carne adorabat. Et beatus in
exapectatione sua, quia per odorem exspectationis per-
vcnit ad gustum contemplationis. Denique ait : Et vide-
runt ocult mei salulare tuvm. Justus quoque Abraham
qui et ipse exspeclavit ut videret diem Domini, et non
est contusus ab exspectatione sua, nam vidil et gavisw
tusti Apostoli cum aucliebant : Et vos similes homi-
nibus exspectanh .,,, suum.
7. Quidni Justus et David, quando aiebat : Exipeclans
exsfeci Ipse est qnartua de numero prse-
tatorum meorum, quem pene praiteri-
idit cniidem. Iste os suum aperuit et
allraxit spiritual, et saiuratus non modo eructavit aed
et cantavit. Jesa bone ! qu.mlam rneis naribus et auri-
bus iste inmadit suavilatem in ruclu et cantu suo de
oleo l*tit,«, quo unvit te Deus Deus tuus pra? conser-
tibustuis, ex myrrha, et guita, el casia a vestimenHs
1 aomibus eburneis, ex quibus delectaverunt te
regum in honore tuo I Utinam me digneria oc-
tanti valis et amiei tui in die suleinnitalis et
latilia, quando egreJieturde thalamo tuo, epilhalarrium
suum caucus in psalterio joeundo cum cithara, aflluena
dchcus, respersus et respergens universa Utiusmodi pul-
vere pigmentario. In ilia die, vel potius in ilia bora
(nam hora-est si quando est, et forlassis ne bora qui-
dem, sed horae dimidium, juxta illud Scriptura3, Fac-
S0IXANTE-SEPT1EME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
485
done, ma bouche sera remplie de joie, et ma lan-
gue d'allcgresse, lorsque je senlirai l'odeur non-
seulemcnt de chaque psaume, niais de cliaque
verset, une odeur beaucoup plus ercellente que
celle des parfums les plus precieux. Qu'y a-t-il de
plus porfume queles effusions de saint Jean, elles
eshalaient 1'odeur de l'etemite, dela generation, et
et de la divinite du Verbe? Que dirai-je de celles
de saint Paul ? Quelle odeur a'auront-elles point
d'amour, et d'avoir donne en echange d'un amour
si extreme, sinon celui qui, par une eminente pu-
rete de corps et d'esprit, a merite d'eprouver en soi
quelque chose de pareil ? Car tout ce'.a se passe
dans les mouvements du cceur, et ne se connait
point par la raison, et par la conformite. Combien
pen y en a-t-il qui puissent dire : « Pour nous,
coutemplant la gloire du Seigneur a decouvert,
uous sommes transform.es en son image, etpassons
repandue par toute la terre ? Car il etait la bonne de lumiere en lumiere, comme conduits par son
odeur de Jesus-Christ (II Cor. xn, 15) en tout lieu ; esprit (11 Cor. in, 18). »
bien qu'il ne me decouvre pas les paroles ineffables 9. Mais, pour rendre intelligible ce que nous li-
qu'il a entend'.ies, il me les ollVe neanmoins, pour sons dans le Cantique, je laisserai a l'Epouse soil
mefaire desirerardemmentde sentirce qu'il nem'est secret, auquel il ne nous est pas permis de toucheT,
Bcmird. pag pei'mis d'cnleiidre. Car je ne sais comment il se a nous surtout qui sommes si imparfaits, etje vous
Les obscu-
ritf-s He
l'Ecriture
plaiseut a
saint
fait, que plus elles sont cachees et plus elles plai-
sent, et que nous desirous plus ardemment ce qu'on
nous refuse. Mais remarquez quelque chose de
semblable dans l'Epouse, et comment, de memeque
saint Paul, elle ne revele point son secret, et ne le
laisse pas neanmoins passer sans y toucher, coin me
si elle voulait au moins nous faire sentir ce qu'elle
trouve qu'il n'esl pas encore a propos de nous faire
gouter, soit a cause de noire indignile, soit a cause
de notre incapacity.
8. « Mon bien-aime a moi, et moi a lui. » On
voit & n'en point douter en cet endroit, bruleT un
amour ardent et reciproque de deux personnes
proposerai quelque chose d'autant plus intelligible
que ce sera plus ordinaire, et de nature a mieux
faire comprendre aux moins eclaires, le sens et la
suite des paroles de l'Epouse. Je crois qu'il suflira
pour notre intelligence commune et grossiere, de
sous-eutendre ces mots : « Fait attention, » entre ces
paroles : « Mon bien-aime, » et celles-ci, « a moi, »
en sorte que le sens soit : Mon bien-aime fait
attention a moi, et moi a lui. Aprestout, je ne suis
pas le premier ni le seul qui l'ait explique ainsi,
puisque le Prophete a dit avant moi : « J'ai atten-
du le Seigneur avec impatience et il a fait atten-
tion a moi (Psal. xxxix, 7). » Vous voyez clairement
felieite de l'une, et
l'aulre. Car cette
la bonto merveilleuse de
union d'amour si elroite
1 n'y a que n'cst .10int entre ileux personnes egales. Au reste,
3ux qui ont ' i o
Sprouve la qui oserait se flatter de connaitre clairement ceque
racedeDieu ,.~ ,. . .« ,, in _ *•
qui la con- 1 Eghse se glontie d avoir recu de cette prerogative
aissentbien.
turn est silentium in ca>lo quasi media hora.) Ergo in
ilia hora. rcpk'bitur gaudio os meuui, et lingua inea ex-
sultatione, dum singulos, non dico paalmos, sed versus
singulos seniiam roctus, et idem odoriferos super om-
nia aromnta. Quid Joannis, ructu fragranlius, qui Verbi
mihi redolet aeternitatem, gencralionem, divinitatem ?
Quid de Pauli ruclibus locpiar, quanta orbem suavitate
pepleveriat ? Denique Ghpisti bonus odor erat in omni
loco. Verba eerie ineffabilia elsi non prol'ert ut audiam,
offert tamen lit cupiam, et libeat odorare quaj audire
non licet. Neacio eniui pacto quo plus lalent, plus pla-
cenl •. et avidius inliiamus negatis. Sed jam averte apad
Sponsam similem rem ; quomodo instar Pauli, in prae-
senti capilulo, et secretum non aperit, nee praelerit
lamen intaetum, aliquid quasi olfaclui nostro indulgens,
quod guslui forte interim non competere judicarit,
sive propter indignitatem nostram, si ve propter incapaoi-
talem.
8. Dilectus Dicta mild, el ego illi. Quod non est du-
bium, duoru:u quidem hoc loo amor miituua flagrat :
sed in amore summa unius profecto felicitas, allerius
mira dignatio. Ncque enim inlcr pares est consensio
sou complexio haec. Ca?ierum quid ista ex hac praero-
gativa amoris glorietur impensum sibi, repensumque
vicissim a se, quis se liquido nosse prasumai, nisi qui
Sens litteral
de ce
passage.
l'une pour l'autre. Mais dans cet amour eclatent la que Dieu fait attention au Prophete. Vous voyez
aussi que le Prophete fait attention au Seigneur en
ce quit dit : « J'ai attendu avec impatience, » or
celui qui attend fait attention a ce qu'il attend, car
attendre s'est appliquer. C'est le meme sens et
presque les memes paroles que l'Epouse, mais
praecipua puritate menlis, et corporis sanctitate, in se-
metipso meruerit tale aliquid experiri ? Res est in af-
fectibus : nee ratione ad earn pertingitur sod conformitate.
Qiiam pauci vero qui dicant : Nos autem reuelata facie
speculantes gloriam Domini , in eamdem imaginem
transformamur de claritale in claritatem, lanquam a
I) tmini spiritu.
9. Verum ut sub aliqua qualicunque intelligentiee forma
quod legitur, redigatur : salvo quidem Sponsae suo sin-
gulari secrcto, ad quod interim non datur accedere,
praesertim talibus quales non sumus , apponeudum sane
aliquid nobis, eo accommodatius ad communem sensum,
quo usitatius, quod et verbis consequentiam, et inlcllec-
tum det parvulis. Et mihi quidem videtur satis esse ad
nostram grossam et quodam modo popularem intelligen-
liam, si dicendo, dilectus meus mihi, subaudiamus,
intendit : ut sit sensus, dilectus meus intendit mihi, et
ego ill I . Quanquam tamen nee solus ego id senserim,
nee primus : cum Propheta ante me dixerit, exspeclans
exspectavi Dinnimtm, et intendit mihi. Habes aperte
intentionem Domini ad Prophelam : habes et Propheta?.
ad Dominum in eo quod ait : Exspectans exspectavi.
Nam qui exspectat, intendit : et exspectare intendere
est. Idem omnino sensus, eadem pene verba apud pro-
phelam, qua; apud Sponsam ; sed a propheta transpo-
4S0
OEUYHES DE SAINT BERNARD.
elles sont transposes dans le Prophete. Car il
a mis en premier Lieu ce que I'Epouse met en
dernier.
10. El veritablement I'Epouse a miens parte, en
ne representanl j n »i n t ses merites, mais en com-
menc.iiit par le bienfail qu'elle a recu, et en con-
fessant qu'elle a ele prevenue par la grace de son
bien-aime. Oui, e.llealres-bien parte en s'expriinanl
ainsi. Car, comme dit I'Apdlre, qui luia donne le
premier el on lui rendra [Hon, xi, 35 | 1 Eeoulez
aussi ce que saint Jean (lit a ce sujet. « I. 'amour
extreme de Dieu envers nuns, parait en ce qu'il
nous a aimes avant que nous l'aimions. » Si le
Prophele n'a pas parle de la grftt e prevenante, il
n'a pas nie la grace subsequent. C'est pourquoi il
dit ailleurs, en s'adressant au Seigneur : « Votre
L« meriio de misericorde me suivra tons les jours de ma vie
r Epouse est "
dm. la grace [Psal. xxii, 6). )> Ecoutez emore sun opinion sur
deitpoui. ja gr^ce prevenante, elle n'est pas moins cerlaine
ni moins clane : « C'est moil Dieu, dil-il, sa mi-
sericorde me previendra [Psal. i.vm, 11). » Et
parlant au Seigneur : a Que sa misericorde nous
previenne promptement, car nous sonimes dans
un exces d'accablement et de misere (Psal. lzxthi,
8). » C'est encore avec beaucoup dt sagesse qu'en-
suite I'Epouse ne met pas les memes paroles dans
le nienie ordre, mais suit celui du Prophete. en
disant : « Moi a moil bien-aime, et mon bien-
aime a moi. » Pourquoi s'exprime-t-elle ainsi?
Pour nioutrer qu'elle. est ]ilus pleine de graces,
quand elle a tout donne a la grace, en lui attii-
buant le commencement et la fin. Autrement
comment serait-elle pleine de grace, si elle avait
quelque cbose qui ue vint point de la grace, lors-
Sainl Her-
que le merite ' a tout ocenpe. Cette concession
d'une grace pleine et entiere marque la plenitude
de la grace dans fame de celle qui la fait. Car s'il
j a quelque chose qui vient de fame comme de
fame, en tant que telle, il faul que la grace lui
cede le |>as. Tout ce que vous imputez au merite,
VOUS I'dlez a la grace. Je ne veux point de merite
i[ui exclue la grace. J'abhorre tout ce qui est de
moi, parce que je veux elre a moi, a moms peut-
etre que ce qui fait que je suis davantage a moi,
soil beaucoup plus a moi. La grace me rend a moi
juslilie gratuitement, el delivre ainsi de la servi-
tude du peche. Car ou est f esprit du Seigneur, la
est aussi la liberie (2 Cor. m).
11. 0 Synagogue, epouse insensee, qui meprise la
justice de DieU, c'est-i-dire la grace de son epoux, nard reniela
veutetablir sa propre justice, el nese soumet point q,inpfa<fe0ie
i celle de Dieu. (.'est pour celaque cette miserable. s,lul d,ns •"«
... ' , , ceuvrea.
a ete repudiee, et qu elle n est plus epouse, tdre
qui revient a l'Eglise a qui le Sauveur dit : « Je
vous ai epousee par la foi, je vous ai epousee par
l'equite et la juslice ; je vous ai epousee par la
clenieiice et la misericorde (Once, n, 19). » Vous
ne m'avez pas cboisi, mais c'est moi qui vous ai
choisie, et ce ne sont pas les merites quej'ai trouves
en vous qui ni'ont porte a vous choisir, mais j'ai
prevenu vos merites. C'est done par la foi que je
vous ai epousee, non par les ceuvres de la loi ;
c'est par la justice, mais par la justice qui vient de
la foi, non de la loi. Ce qui manque maintenant,
c'est que vous rendicz un jugemeiit equitable entre
a Saint Bernard parle ici du merite qni ne vient pas de Is
grace, qui se place au dessus d'elle, et I'eiclnt. On pent voir sur
ce point les notes de Uorslius et le sermon suivant.
•-ita. Priiis siquidem is, quod ilia posterius posuit, et e
con verso.
10. Caeterum Sponsa rectius locuta est, el non pra-
tendens meritum, sed praemillens btnclicium, et se
praeventam dilecli gratia conliteos. Rccte omnino. Nam
quis prior dedit illi, et retrbuelur ei ? Uenique audi
Joanncm, qaid in epistola sua super hoc senscrit. In hoc
est eharitns, inquil, non qunsi not dilexerimus Deum,
sed ipie prior dilexit nos. Propheta tanien graliae prae-
ventiunem clsi lacuit, non ncgavit subsecutionern : plane
non lacuit. Sed accipe el alio loco certioicm de re isla
ipsius confes.-ioni.-tii. Et misericorilia tua, inquit (Domino
loqnebaturi suitseqvetur me omnibus iliebus' vitee me/s.
Audi el de pr;eventtone idemlideni ipsius non minus
cerlam manifestamve scicntiam. Deus metis, inquit,
muericordia ejus praveniet me. Item ad Dominuir :
Cilo, ail, anlicipent «<■« miserieordut tua, quia pau)
facii sumus nimis. Pulchre Sponsa posterius (ni i
hacc eadem verba non eodem ordine ponil, sed sequitur
el ipsa Prophelje ordinetn, loquens hoc modo : Ego
dileclo meo, et dileetus meus mihi. Cur ita? Neoipe ut
tunc magis gratia plenum se probet, cum toluni gratia
dederit. et prituas scilicet illi partes adseribens, et ulti-
mas. Alioquin quomodo gratia plena, si quid habueril,
quod non sit ex gratia.' Noil esi quu gratia intret, ubi
jam meritum occupavil. Ergo jam plena conlessiogratia;,
ipsius gratia; pleiiitudinem signal in auima oonlilenlis.
■Nam si quid de proprio inest, in quantum esl, gratiam
cedere illi necesse est. Ueest gratiae, quidquid merilia
dcpulas. Nolo meritum, quod gratiam excludat. Ilorreo
quidquid de meo csl, ut sim uieus : nisi quod illud
magis I'orsitan meum est, quod tne meum facit. Gratia
reddit me mihi justilicaluin gratis, et sic liberatttm a
servitute peccali. Denique ubi spiritus, ibi liberlas.
11. 0 faluam sponsam Synagogam, quae contcmnens
Dei justitiam, id est gratiam sponsi sui. et suam volens
constiluere, jusliliae Uei non est subjecla. Obhucmiscra
rcpndiata est, et jam non est sponsa, sed Ecdesia, cui
dicitur : Desponsavi te mihi >n fid-; desponsavi te mihi
in judicio et justitia ; desponsavi le mihi in mifericordia
et misernlionibws. Nee tu me elegisli, sed ego clegi le :
nee ui te eligerem, tua inveni raerita, sed pneveoi. Ita
ergo in tide desponsavi te mihi, et non in operibua
legis; desponsaviqueia joslitia, Bed justitia qua; est ex
(ide, nij;i ex lege. Restal ul judices judicium rectum
inter mc et te, judicium, in quo te desponsavi, ubi
constat intervenisse non luum meritum, sed meum pla-
citum. Hoc esl autem judicium, ut tua merits non
SOIXANTE-HUITIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
uS7
vous et moi, et que vous reconnaissiez que je ne
vous ai pas epousee pour vos merites, mais par
un etfet de ma pure bonte ; que vous n'elevicz
point vos propres merites, que vom ne preferiez
point les reiivres de la loi, que vous ne vous van-
liez point d'avoir porle le poiils du jour et de la
chalenr, puisque vous avez ele epousee par la foi
et par la justice qui vient de la foi, aussi bien que
par la clemence et la misericorde.
12. Celle irui est vraiment epouse recounait ces
1 y a dee, i i ' (
|r4ce», la choses, et conl'esse avoir recu l'une et 1 autre grace,
celle qui previent, et celle qui suit. C'est pourquoi
I'Epouse dil inaiiilenant : « Mun bien-aime a moi,
et moi a mon bien-aime, » en allribuant le prin-
cipal a son bien-aime, et ensuile elle dit : « Moi a
mon bien-aime et moti bien-aime a moi, » pour
lui donner aussi la Dn et la consummation. Main-
tenant voyons ce que signiflent ces paroles : « Mori
bien-aime a inoi » car elle sous-enlend ces mots :
« fait attention, » comme nous l'avons deja, dit, et
comme le dit le Prophele : « J'ai attendu le Sei-
gneur avec impatience, et il a fait attention a moi
(Psal. xxxix, 1). i) Je trouve que ces paroles con-
lieiinentquelque chose de grand etune prerogative
toute particuliere. Mais il ne faut pas proposer a
des esprits eta des oreilles deja fatigues una cbose
qui merite d'etre ecoutee avec un esprit tout dispos.
Si vous le voulez bien, nous la remeltrons a line
autre fois, et je commencerai par-la le discours de
deniain. Priez seulement, en attendant, quela grace
et la misericorde de l'epouxde l'Eglise, Jesus-Christ
Nolre-Seigneur, nous delivre des occupations qui
nous accablent de toutes parts; lui qui elant Dieu,
est par dessus (out beni dans tons les siecles dts
siecles. Ainsi soit-il.
SERMON LXVIH.
Comment l'Epoux qui est Jesus-Christ fait nttention
ii I'Epouse qui est I'Ejilise, el comment elle le pnie
de rclour en cela. Soin parliculier que Dieuprend
de ses elus. Merite et confianie de I'Eglise.
1. Ecoutez ce que nous avons remis a vous dire
aujourd'hui. Ecoutez la joio que j'ai ressentie. Et
cetle joie est a vous. Ecoutez done avec joie. Je l'ai
ressentie dans nne parole de I'Epouse, et apres
l'avoir comme flairee spirituellement, je. l'ai cachee
pour vous en faire part aujourd'hui avec d'autant
plus d'allegresse, qu'il me semble q\ie le temps est
plus favorable pour le faire. L'Epouse a dit que
l'Epoux fait attention a elle. Quelle e-t I'Epouse, et
quel e.-t l'Epoux ? L'Epoux c'est notre Dieu, et si
je l'ose dire, c'est nous qui sommes I'Epouse, avec
le reste des captifs qu'il connalt. Rcjouissons-nous.
« C'est 14 notre gloire a. » Nous sommes ceux a qui
Dieu daigne faire attention. Neanmoins quelle dis-
tance il y a enlre lui et nous? (Jue sont devant lui
les habitants de la terre, et les enfantsdes hommes?
Selon un Prophete, ils sont comme s'lls n'elaient
point [ha. xl, 17) ; ils sont a son egard comme
un rien, comme un neant. Que vent done dire cette
comparaison enlre des personnes si inegales? Ou
celle-la se gloritie excessivement, on celui-ci aime
exccssiveinent. N'est-ce pas une chose merveilleuse
qu'elle s'atiribue l'attention de son Epoux comme
ft Telle est la locon rle fous lea manusfrila ; mais riorstius a
ajoute : « C'est le temuignage de notre ennscienee, » paroles qui
n'oul aucun rappoit avec le scds de ce passage.
extollas, non praeferns opera legis, non jades pondus
diei et asslus, qua? magis in fide et in juslilia quae est ex
fide, necnon in miscricordia cl miscialionibus nosceris
desponsata.
12. Quae vero sponsa est, agnoscit ista, el ntramque
grnliam conli'etiir : primo quide n cam qua; prima est,
qua el praeventa est : postea vera et subsequenlem. Ait
Haque nunc, dilectuimeus mihi, el ego illi; principium
dilecto trihuens. In consequentibus, ego, inquit, dilecln
meo, i'l dileciui metis mihi; consummalione n illi aequo
concedens. Nunc jam videamus quid dicat, dilectHS
mens mihi. Si eiim hoc recipilur ut subaudiamus, inten-
dit, sicut jam diximus, et siout Prophela ait, exspectans
exspectavi Dominum, et intendit mihi : ego in verbo
isto scnlio nescio quid non plane ccignum, nee medio-
cris prserogativse. Scd non est ingerenda fatigalisauribus
et menlibus res omni alacritate digna. Si non gravat,
difCeraLnr. et non in longum : cras'inus inde incipiat
scrtno. Tantum orate, ut ab irruentibus occupationibus
interim custodial nos gratia et miscricordia sponsi
Ecclesiie Jesu-Christi Domini nostrl, qui est super om-
nia Dens benedict us in saecula. Amen.
SERMO LXVI1I.
Qunmorio Sponsus Christtts intendit SponscE Eeclesirp, et
heec illi : et de euro, r/itam hahet Deus de eleclis. Item
de merilo et fiducia Ecelesice.
1. Audile jam quod heri distnlimus, andite gaudiiim
mciim quod sensi. Et veslrum est : andite gaudente9.
In uno verbo Spons.e sensi hoc, et quasi odoralus abs-
condi, eo vobis bodie festivius exhibenduin, quo tcm-
pestivius. Sponsa locuta est, et dixit Sponsion intendcre
sibi. Qua; est Sponsa, et quis est Sponsus? Rio Deus
nosier est : et ilia (si audeo dicei-e) nos suraiis, cum
reliqua quidem multitudine caplivorum, quos ipse nnvit,
Gandeamus : gloria nostra haee est : nos sumus in quos
intendit Deus. Quanta tnmen disparilas. Quid terrigeuae
et lilii hominum coram illo? Secundum Pruphelam, sic
S"nt, quasi non sii.t, et quasi nihilum et inane reputati
sunt ei. Quid sibi ergo veil ista inter lam dispares com-
paralio ? Aut ilia in imniensum amat. Quam admirabile
est, quod illius inlcntionem ista sibi quasi propiiam vin-
dicat, dicens : Dilectus meus mihi'! Nee eo content*
iSN
OEEVRES DE SAINT RERNARQ.
une chose qui lu, est propre. en disant : , Mon paroles. I, meme ordre que 1'Epouse. Car >1 ne djt
bien-amie fiut attenUon a mi . Et neanmoins, pas : . Reposez'-vousVsurlui de tons vosLns „
peucontentede ceJa, el« continue a se glorifier, afln qu'i] ait soin de vous, mais parce « quil a
elle le traite d egal a egal et lui donne la rephque : soin de rous, . voulant montrer evidemment par-
car cllo ajoute : *et mo. a lu,. „ Cette parole . et la que I'Eglise des saints „Vst pas seulementaimee
mo, a ha,, est bien osee; celle-c, ne lest pas de Dieu, mais quelle a ete aimee de lu. avant
mums : « Mon bien-aime fait attention a moi. .» qu'clle l'aimat.
Mais tuules lesdeux ensemble le sont encore hien
plus que chacune d'elles separement.
Audaccdane 2. Que nose point un cceur pur, une bonne
Di?" etme conscience, une foi sincere : a II foil attention a
"d.»?S." moi.' " dit;ell°- Est-U PussiblL' •P'Me si haute Ma-
Dien|our juste, qui a soin du gouvcrnenient et de H fon-
dle. a.,\, ir . • . """""" ci uo la coa_ u" meuis ceicsies meme M.ar cc .Uviil nasteur Il'i
d uue de u„,w,,, daigne s anphquei, a elle et que point fait difflculle d'exposer les autres P, „ TZ
le Uleu lies sieclcs ne siimiiv .im'hmv ..ir-. ;....„ .,.. j_. ,, .. . ' r""' »"■"»
3. 11 est certain que ce que l'Apotre a dit des
bceufs (I Cor. ix, 9) ne la regarde point, puisque
celui qui l'a aimee, et qui s'est livre a la niort
pour elle, asoiu d'elle, n'est-cepas cettebrebjs ega*
ree [Mailh. vm, 12), dontilaeu plus de soin que.
des brebis celartes meme ?Car ce divin pasteur n'a
. n. , . , " , ' ^ *""'"* """ """>-'"ie u e.\ puser ics auires, pout des-
\ f. " *" "'".''f. '"'■ 500CT ***** ■*** ou cendre vers elle. II l'a cherchee avec soin.et apres
p utot au repos e 1 amour et des desirs de 1'Epouse. 1'avoir trouvee, D ,:e l'a pas ramenee, 3£2
Sus d? ,e"r w I'"' ri r ,CSl aSSemb"C ^ We SUr "* '^ " a **W dans ie cie. de'nou-
Uu don 1 Apotn, , dil : « routes choses sont pour velles rejouissances avec elle et pour elle TcE* ce
es elus {Tim. n Oj , Et qui doute que la grace qui lui fait dire hardiment : Ae Seigneur i end
et la nnseneorde de Dieu ne soient toujour lournees soin de moi {Psal. xxx.x, 18). ,, Elle ne o . a,
vers ses elus 3^. ,v 15 ' .Nous ne distravous done se tromper quand elle dit « Le Sdgueur r' i r
pas a prov.dence de O.eu, des autres creatures, pour moi (iL cpnu, S), , et tou e qu ' T "
UUUS 1 Epouse , approprie ses soins et ses pensees. que le soin que le Seigneur prend d'elle. Cert pour
Dteu se met-d e„ peine des bceufs (I Co, „) » Et nous cela quelle appelle son bion-aime le Selgneu d
pouvons en due autent des ehev u,x, des chameaux, armees. et se l.at.e que celui qui juge touies chos s
des e,ep aids et de tons les autres aniniaux de la avec une souveraine tranquUlite luV at^nUon J
fcrre de meme que des o.seaux du eiel, et des elle. Et pourquoi ne sen ilalterait-elle pas puis-
pousons qui sont dans la mer, et generalement de quellea entendude lui cesparoles : « Une mere , eut-
ou ce qui est sur la terre, excepte ceux dont il elle oublier son Ills jusque la qu'elle n'en ait point
rle „" ? rUS"enrrllU,k't0USV0SSUi"S' comP^nt Mais quand elle- loubliera.t, e ne
Lissmbet'T S°m ^"-f"-/.1)-- * "^ ouUl^rf pourtant pas (/., xux, 15 . » CaJ"
Toussemble-t-ilpasquecestcon.mesicet Apotre les yeux du Seigneur sont tournes sur les jusuS
toM : « Apphquez-vous a lui car il s'appHque a [Psal. xxxm, 1G). Or, qu'est-ce que 1'Epouse. siuon
vous ? , Et remarque* qu il observe aussi dans ses lassemblee des justes ? Siuon la race b6nie de ceux
tamen, pergit amplius gloriari, respondcre se illi quasi
ex -equo, rnorem gerere, rependere vicem. Sequitur
enim : El erjo illi. Insolens verbum, et ego illi. Nee
niinns insolens, dilectux meus mihi : nisi quod utroque
insolenlius utrumijue simul.
2. 0 quid audet cor purum, et conscientia bona, et
fides nun ficta ! Mihi, inq'uit, intendit. Ilacie huicintenta
est ilia majestas, cui gubernatio pariter et administrate
UDiversitatis incumbit; et cura saeculorum ad sola trans-
fertur negolia, imo otia auioiis et desiderii hujus? Ita
plane. Ipsa est cn'un ccclesia e'lectorum, de qnibus
Apostolus : Omnia, inquil , propter elector. Et cuidubium,
quod yralia et misencordia Dei sit in sanctos ejus, et
respectus in electos illius? Ergo providentiam caiteris
crealuris non negamus : curam Sponsa vindicat sibi.
" mjj.bubos. Numquid de bobus * cura est Deo? Xec dubiuin, quin
idem possiinus dicere de equis, de camelis, deelephan-
tis, et de cunclis besliis terra : siaiililer et de piscibus
maris, el volatilibns coeli ; poslrcmo de omni re qua>est
super terr.im, solis s:me e.xceptis, quibus dicitur :
Omnem solUciiudinem oestram projicientes in eum
guoniam ipti cura est de opbit, An non tibi videlur
veluti his verbis dictum, inlendile illi, quia ipse inten, lit
vobis? Et observa aposlulum Petrum (ejus enim verba
eunt) si non et ipse verborum Sponsa obser\averit,
ordinem. Nempe non ait, omnem soltiriiudinem vestram
projicimtea in eum, lit sit ipsi cura de vobis; sed, quia
ipsi cura est de vobis : aperte proinde monsu-ans, ecile.-
sia sanctorum non modo qtiaiu dilecta, sed el quod piius
dilecta fuerit.
3. Constat ad earn non pertincre de verbo, quod de
bobus dixit Apostolus; nam curam illius habet qui
ddexit illam, et semetipsum dedit pro ilia. Nonne hax
est ovis ilia errans, cujus cura ctiam supernoiiim cuia?
gregum pralata est? Denique illis exposiii.-, pastor des-
cendit ad islam, quashal diligenler, iuveniam non
reduxit, sed revexit : nova cum ilia el de ilia intulil
ccelis festa gaudiorum, populis angelorum invitatis ad
solemnitatem. Quid ergo? Propriis humeris dignalus
est earn reportare : el curam illius non liabcbit ? Ideo
non confiinditur dicere : Dominus sol/irilus est me,. Nee
se cMslimat crrare, cum item dicit : Dominus retnluet
pro me; el si quid est ajiud, quod curam DeJ circa,
ipsain sigpillcare videalur. Inde est quod Dominum
Hi dilectum suuni dicit, el emu qui cum tranquil-
litate judical omnia, sibi inlendere gloriatur. Quidni
glorietur? Audivil ilium dicentem sibi : Numquid mater,
potest oblivisci; ut non miserealur filio uteri sui? Etsi
ilia ofj/ilu fuerit, e/jo lamen non oblieiscar lui. Den. que
ocm/i Domini super justos. Et quid Sponsa, nisi congro-
SOIXANTE-HUITIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CASTIQUES. 489
qui cherchent Dieu, qui cherchent la face de l'E- des extremites de la terre? Et il ne l'a> pas seu-
poiix. Car il ne fait pas attention a elle, sans que, lenient cherehee, il l'a acquise, et l'a acquire par
de son cote, elle fasse attention a lui ; c'estcequ'elle son propre sang. D'ailleurs, elle presume d'autant
expritue en disant : « 11 fait attention a moi et nioi plusdesoi, que, regardant l'avenir, elle d 'ignore pas
a lni. » 11 fait attention a moi, parce qu'il est bon que le Seigneur a besoin d'elle. Si vous medeman-
et niiseriiordieux, et moi je fais attention a lui, dez pourquoi il en a besoin ? C'est, dit le Prophets
parce que je ne suis pas ingrate. II me donnegr'iee « Pour voir la bontu de ses elus. pour se rejouir
sur grace, et moi je lui rends grace des graces de la joie de son peu pie, pour elre loue de ceux
qu'il me donne. II a soiu de ma delivrance et moi, qui coniposent son heritage [Psalm, gv, 5). » Et Be fiiea a b«sot»
de son honneur. II a soin de mon salut et moi de croyez pas que cela soit peu considerable. Car je d" ^"—^
sa volonte. 11 a soin de moi, non d'un autre, parce vous assure que. tons ses oiivratres seront impar- ainw.pinu
ii ■ ■■■ ■ , ■ , r /. i cociipletor il
que je sins son unique colombe, et moi pareille- fails, si celm-la, demeure macaeve>. I. a tin de gluira.
meiitj 'ai soin de lui, non d'un autre, parce que toutes choses ne depend-elle pas de l'elat et de la
je ne prete point l'oreille a la voix des Strangers, et eo'isommalion del'Eglise. Otez cette cunsommation,
n'ecoute point ceux qui me disent : « Le Christ est et c'est en vain que la creature inferieure attend la
ici, le Christ est la.» Celle qui parle ainsi, c'est
l'Eglise.
iia«cnTieot i. Mais que dirons-nous de chacun de nous en
chacun de particulier ? Pensons-iious qu'il y ait quelqu'un
tnioulier. parmi nous, a qui ces paroles de l'Epouse puissent
convenir? Mais que dis-je, parmi nous? Je crois
qu'il n'y a point de fideles dans l'Eglise, doilt on
ne puisse demander cela tres-justement. Car il n'y
revelation de la gloire des enfants de Dieu.Olez-la,
et ni les patriarches, ni les prophetes n'arrivuront
al'clatde leur perfection ; saint Paul nous assure que
Dieu ne veut pas qu'ils soient parfails sansnou*
[Ilcb. xi, 40;. Otez-la, et la gloire meme des angea
sera ini[iarf,iite et defoctueuse, et la cite de Dieu
ne jouira point de 1'iutegnle de ses parties.
5. Comment sans cela pourraieuts'accomplir ledes-
a pas la meme raison pour un seu), que pour pin- sein de Dieu, etle grand iijyslcie de la uuserieorde?
sieurs Aussi n'a-ce pas ete pour une seule ame Comment me donnrrez-vous des enfauts encore a.
que Dieu a fait et soutfert lant de chosis, lors-
qu'il a opere le salut sur la terre, mais pour en
unir plusieurs en une memeEglise, et u'en former
qu'une seule Epouse. Cette Epouse unique est ties
chore a cet unique Epoux, parce qu'elle ne. s'atla-
che qu'a lui, comme lui ne se doime qu'a elle. Que
n'oserait-elle point attendre d'un amant si jaloux ?
Que ne doit-elle point esperer de celui qui est des-
la nianie'.le, dont la boucbe celcbre dans toute sa
perfection leslouanges de IJieu [Psal. vm, 3) '? Le
ciel n'a point d'enfanls, l'Eglise en a, et c'est a eux
que saint Paul dit : « Je vous ai donne du lait,
non une nourriture solide (I Cor. in, 2). » Et. le
Prophee les invite comme a achever les louanges
de Dieu, lorsqu'il dit : « Enfants, louez le -eigueur
IPsnl. cxu, 3), » Croyez-vous que notre Dieu re-
cendu du ciel pour la chercber, et qui l'a appelee coive toute la louange qui est due a sa gloire, avaut
gatio justorucn? Quid ipsa, nisi generatio quaerentinm
Dominum, quaerentium fucicm Sponsi? Non euim ille
intendit huic, et non ista illi. Proplerea utiumque ponit,
dicens : Ille mihi, et ego illi. Ille mihi, quia benignus
et mieerioors est : ego illi, quia non sum ingrata. Ille
mihi graliam pro gratia : ille meae liberationi, ego illius
bonori : ille saluti meae, ego illius voluntati .- ille mihi,
otnon alteri, quoniam una 9iim columba ejus : ego illi,
el non alteri. Nee enim audio vocem alienorum; nee
enim acquiesco dicentibus mihi : Ecce hie est Christus^
aut ecce i/lic est. H;ec Ecclesia.
4. Quid singulus quisque nostrum? Putamusne in
nobis quempiam esse, cui aptari queat quod dicilur?
Quid dixi, in nobis? Ego autem et de quovis intra Ec-
clesiam constituto si quis hoc qua?rat, non omnino
rcprehendendum censucrim. Nee enim una unius ratio
est, atqne multorum. Denique non propter animam
unam, sed propter multas in unam Ecclesiam colligendas
in unicam adstringendas Sponsam, Deus (am multa et
fecit et pertulit, cum operatus est salutem in medio
terrae. Chirissima ilia est una uni, non adherens alteri
sponso, non cedens alteri spmsoe. Quid ista non audeat
apud tam ambitiosum amatorem? Quid non ab illo
sqerct, qui se quaesivit e ccelo, vocavit a finibus terrae ?
Nee modo quaesivit, sed acqu.isivit. Adde et de modo
acquisjtionis in sanguine acquisitoris. Alias vero ^ul
assolet) propterea magis praesumit, quoniam prospiciens
in futurum non ignorat, quud Dominus se opas b abet-
Quaeris ad quid? Ad vidcitdam in bonituie. e/.ctorum
suorum, ad listandam m Icetitin rjentis sues, at luudetur-
cum hiereditate sua. Nee parum hoc opus existitnes :
nullum, dieo libi, remanebit opus perl'ectuin, si hoc
nularit. Nonne de statu et consummatione Ecclesia? finiai
omnium peudet? Tolle banc, et frustra iofefipn isia
crealura rcvelationem liliorum Dei exspectat. Tolls,
banc, et neque palrinrchoe, nequo prophetie aliqui con-
suinmabuntur, cum. PauUis asserat, Deum ila piovidisse-
pro nobis, ne sing nolns consunniutreittui-. Tolle banc, et
ipsa saiicluruin angclorum pro inipeil'cclione sni numeri
gloria claudicabit, nee Dei ciutas de sui integritatO:
gaudebit.
5. Uude ergo implebiturpropositum Dei, ctmysterium
voluntatis ejus, magnumi|ue illi:d pietalis socramuntam ?
Unde postremo dabis mihi infantes et laclentes, quorum
ex ore laudem suam pcrliciat Deus'? Coelum non habct
infantes, habet Eeclesia, quibus etdicit : Lac vob^ fintum.
dedt, non escam. Et hi ad laudem quasi comphndara a
propheti invilantur, Oicen'e : Laudate jiu.ri Doianwn,
Tu putas Deuni nostrum lotam hiibiturunj. sua; gloriaa
laudem. donee veniant qui in consgectu an:;olor.umpBfll»
490
CEUYRES DE SAINT BERNARD.
Le p1aisire«t
grand
juie
• dcc de a
la trittesse.
pint gram
quand'l.i ju
La rl'aritc
des aiges
•'afcrf-lira de
tontelamVre.
Qoels sont les
merit--- dea
fidelea.
1'arrivre de ceux qui chantent en la presence des raison de se glorifier bien plus solide et plus assn-
anges : « Nous nous sommes rejnuis pour tout le reo, qui est le dessein de Dieu sur elltjt
temps qne vons nous avez Bftliges, rt pour tous les Dieu ne se. pent pas uier lui-meme, et ne [ait
main que nous avons soufferts duranl laut d'antires point ce quil a dej;'i fail, comme il esl ee.rit, lui qui
{Psul. lxxxjx, 5. » l.es cieux n'ont connu celie a faittontes leschofes quidoivent arriver (/sa.xxxx).
sorle de rejouissince que par les enfants de I'E- I! le fera sans doub , il le fera, el il ne manquera
glise. Ceux qui se sont toujours rejouis ne se re- point a l'executioi de ses desseius. Ainsi vous ne
joiiissent jamais de celtefacon. CVst un grand plai- devez plus demander sur quels merites nous fon-
sir lorsque la joie surcede a la tristesse, le repos au dons l'espprance d • tant de biens, surtout en lisant
travail, le port a la tempete. La securile est agrea- ces mols dans le Prophfcte : « Ce nest pas pour
ble a tout le monde, mais elle I'esl plus encore a vous, mais pour moi, que je ferai ces :hoses, dit le
celui qui a oraint davantage. La lumiere est douce Seigneur Ezech. sxxvi, 22). » II suflitpour les m6-
a tout le monde, mais elle Test encore plus a celui rites, de savoir ip e nos merites ne suflisent pas
qui s'est echappe de la puissance des tenebres. pour cela. Mais cottimec' est assez pour meriterdene
Passer de la morl a la vie, ccst doubler la vie. CVst point presumer de ses merites, e'estassez pour Sire
lace qui me sera propre dans le banquet celeste, condamne de n'avoir point de merites. Les enfanls
et a quoi les esprits bienheureux n'auront point meme regeueres i ans les eaux du bapteme ne
de part. J'ose dire que la vie meme bienbeureuse manquent point de merites, ils out ceux de Jesus-
sera privee de ce bonheur, si elle neconfesse qu'elle Christ, dont neanmoins ils se rendent indignes s'ils
en jouit par la iharite, en moi et pour rnoi. 11 negligent ensuite d'y joindre les leurs, lorsqu'ils
sembie que j'ajoute quelque chose a la perfection out aiteinl I'age de raison. Ayons done soin d 'avoir
et quelque chose, de tres-considerable. Apres tout, des merites; sachez que ceux que vous avez vous
les an-es se rejouissent de la penitence d'un pe- sont donnes, espenz que vous eu recueillerez les
cheur (Luc. xv, loj. Si mes larmes font les del ices fruits par la miserieorde de Dieu, et vous eviterez
des anges ; que sera-ce de mes delices'? Toute leur tout danger de pauvrete, d'ingiatilude et de pre-
occupation est de loner Dieu, mais il manque somption. L 'indigence de merite est une pauvrete
quelque chose a leurs louanges, s'd n'y a personne pernicieuse, mais d'autre part la preemption et
pour dire : « Nous avons passe par le feu et par I'orgueil ne sont que de fausses richesses. Voila
I'eau, et vous nous avrz fait enlrer dans un lieu de pourquoi, « Seigneur, ne me donnez, dit le sage,
rafraichissement [Psal. t.xv, 12). » ni les richesses, ni la pauvrete (Pror. xxx, 8). One
6. L'Eglise est done heureuse dans son univer- I Eijlise est heuret se de pouvoir nieriter et presu-
salite, et sa reconnaissance est inlinirnent au des- mer tout ensemble. Elle a sujetde presumer, mais
sous de ce qu'elle doit a Dieu : non-seulement pour ce n'est pas de ses merites. Elle a des merites, mais
ce qu'elle a deja reeu de sa bonte, mais pour ce pour nieriter eric ire, non pour presumer dVlle-
qu'elle en doit recevoir un jour, car, pourquoi se- meme, n'est-ce pa: nieriter que de presumer de la
rait-elle en peine de ses merites ; puisqu'elle a une foi ? Elle presume done des merites de Jesus-Clirist
It faut unit
nos merites.
ceui de
Jesus-Chnsl
Les merites
courent troii
dangers.
Nos mental
ne sxura.ent
matiwr It
l<re*umptioDj
cliez noua.
lant sibi : Leetafi sumus pro diebus quibus nns humitintti,
annis quibus vidimus inula? Hoc mentis laslitite coelincs-
cierunt, nisi per Ecclesise Alios : hoc neaio unquara
la?tatur, qui nunqnara non laetatur. Opportune post tris-
tiliarn gaudium sumit, post laborcm quies, post naufia-
giuni portus. Placet ennctis securitas, sed ei magia qui
timuit. Jucnnda omnibus lux, si;d evadenti de pot estate
tenebrarum juctindiur. T'ansisse de morte ad vitam,
vitae gratiam diplicat. Pars mcabiec in covesti ronvivio,
ct seorsum ab ipsis spirilibus beatis. Audeo dicere
e.xperlem mere beatitudinis ipsara beatam vitam, nisi si
dignelur fateri, quod per cbaritatem ea in me fruitur, ct
per mc. Aliquid sane videltir etiam pcrrectioni ill j acccs-
6i»se e.x me, neque hoc parum. Uenique gatident angeli
ad pcenilentiam pcecatoris. Quod si dcliciaj angelorum
lacryma) mes, qnid deliciie? Omnc opus ipsorum
la: dare Deum : sed decs! laudi, si desinl qui dicint :
Transioimus p?r ignem et aquam, et eduxisli no* in
refrigerium.
6. Felix proinde in sua nnivcrsilate Ecclesia, ctijus
omnia gloriatio impar est causae, non pro bistanluta
quas illi jam facta sunt, sed pro his quoque quae de ilia
»dbuc oportet fieri. Nam et de mentis quid sollicita sit,
cui de proposito Dei lirmior sttppelit securiorque glo-
riandi ratio ? Non potest seipsum negare Dens, neque
non facere quae jam fecit, tit scriptum est, qui fecit qurs
futtira sunt. Faciei ; faciei, nee deerit suo propo?ito
Deus. Sic non est quod jam qticeras, quibus mentis
speremus bona, prasertim cum audias apud prophetam:
Non propter vos, sed propter me ego faciam, dtcit
Dominut. Sufticil :nl meritum scire, quod non sufficient
nienla. Sed tit ad meritum satis est, de mcritis non
pr:estimere : sic carere meritis, satis ad judicium est.
Porro infintium rcua'orum neuiincm carere meritis, sed
Ghristi habere merita. Quibus se tamen indignos red-
dnnl. si sua jungern non nequiverint, sed ncglexerint;
q iod quiilem periciilum jam adulla? statis est. Merita
proinde habere cures; babila, data noveris; fructnm
speraveri<, Dei misericordiam : et omne periciilum eva-
sisli paupert iti-, ingralitudinia, pra»sumptionis. Penii-
cios.i pauperlas, pentiria mcritorum : priesumptio autem
ppirittis, fallaces iliviiia>. Et idco divitias et paupcrtalcs
ne dederis mihi Don.ine, ait Sapiens. Felix Ecclesia,
cui nee merila sine prasumptione, nee prassumplio
absque mcritis deest. Habct unde pra»sumat, sed uon
merita : habet merita, sed ad promerendum, non ad
SOIXANTE-NEUVIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
49 1
avec d'autant plus de coufiance, qu'elle ne presume
point des siens propres. Elle n'a point sujel dc
craindre de recevoir Je la confusion ile ce qu'elle
se gloritiu, puisqu'elle a tant de snjet de le faire.
Car les miserieordes du Seigneur soiitinfinies, etsa
verite demeure eleriiellement.
7. Pourquoi ne se glorilierait-ellepas avecuneen-
tiere security, puisquela verite et I a justice se sonlem-
brassees(Pj-a/. lxxxlv, II) en temoignage desagloi-
re?Aussisoit qu'elle dise : «Monbienaime fait atten-
tion a moi, ou bien : J'ai attcndu le Seigneur
avec impatience, et il s'est appplique a moi
(Psal. xxxix, 2); ou encore : Le Seigneur
a soin de moi (Ibid. 18), » ou d'autres paroles
de meme, qui semblent exprimer un amour et une
faveur singuliere de Dieu envers quelqu'un, elle
pourra les dire hardiment, puisquec'estle Seigneur
lui-meme qui luidonne cette hardiess surloutenne
voyant point d'aut re Epouse ni d'autre Eglise a qui
puisse arriver ce qui doit arriver necessairement.
11 est done clair que l'Eglise ne doit point craindre
de s'approprier toutes ccs paroles. Mais on deman-
de s'il est permis a une Ame, quelque spirituelle et
sainte qu'elle soil, de se les attribuer en quelque
facon. Car une seule ame, quelque eminenle en
saintete qu'elle puisse elre, ne sanrait s'attribuer
toutes les prerogatives de toute cette multitude li-
dele et catholique pour laquelle toutes cboses out
ete faites. C'est pourquoi je crois qu'il est dil'licile
d'en trouver quelqu'une a qui cela soit permis.
Nous tacherons pourtant de le i'aire, mais dans un
autre discours, parce que nous ne voulons pas nous
engager dans une matiere si delieale, dons nous
ignorons encore Tissue, avant que, pourubtenii 1' n
telligence de cette parole cachee, nous ayons prie
eelui qui ouvre, et personne lie ferme, TEpoux de
l'Eglise Jesus-Christ Notre-Seigneur, qui elant
Dieu par dessus tout, est beni dans lous les siecles
des siecles. Ainsi soit-il.
SERMON LXIX.
Tout ce guiseleve contre le service de Dieu est abnis
se. Venue et demeure du Pere et du Verbe duns
I' dine diligente, d'oii decoule une certaine familia-
rile entre I' ame et Dieu.
1. wMonbien-aiine s'applique a moi,et moi a lui
(Cant, n, 16). » Dans le discours precedent, nous
avons atlribue ces paroles a 1' Egl.se universelle, a
cause des promesses que Dieu lui a faites pour cetle
vie et pour I'autre. Nous avions demande si une
ame pent s'approprier d'une certaine maniere ce
que toutes ensemble oseut s'attribuer Si on dit que
non, il faul done que nous rapporlious ces paroles
a l'Eglise, de telle sorteque nous nelesdonnionsqu'a
elle, etnon-seulement ces paroles, mais aussi iou-
tes les autres semblables a celles-la qui expriment
de grandes cboses, comme : « J'ai atteudu le Sei-
gneur avec impatience, et il s'est applique a moi
(Ptal. xxxviii. 1). » Si on dit au contraire qu'elle le
pent, je ne m'y opposerai pas. Mais il faut savoir a
qui cela est permis, car ce ne pent l'etre a toute
sorle de personnes. L'Eglise sans doute a aussi des
spirituels qui servent Dieu non-seulemenl avec li-
delite, mais encore avec conliance et lui parlent
comme ils feraient a un ami ; leur con-cieuce leur
rendant lemoiguage qu'il veut bien qu 'lis en usent
praesn mend um. Ipsum non prasumere, nonne promereri
est? Ergo eo pra?sumit securius, quo non pra?sumit : et
non est quod confundatur in verbo gloria?, cui multa
maleries gloriand . Misericordiae Domini multa?, et Veri-
tas ejus manens in sternum.
7. Quidni glorietur secura, in cujus testimonium glo-
ria;, misericordia et verilas obviaverunt sibi? Sive igilur
dicat, dileclus mens milii; sive dicat, exspeetans exspee-
tavi Doininum, et intendit mild; sive eliaoi, Dominus
tollicitui est met; vel si qua? sunt ejusmodi voces alia?
atque alia?, qua? divinum quemdam affectum ac singula-
rem favorem erga aliquid similiter exprimere videantur:
nibil horum a se alienum putabit, cui ratio pra?sumendi
Domini constitutio est, praesertim cum non alteram
videat spunsam, alteramve ecclesiam, cui possiut fieri
qua? non possunt non fieri. Ergo de Ecciesia patet, quod
in nullo ilia omnia sibi nplare vcrebitur. De una anima
qu33i'ilur etiam, si sit spiritualis el suncla, liceatnc illi
ullo modo audere in talibns. Ncque enim pra?rogativas
omnes unius illius calholica? nuiltitudinis, obquam omnia
fiunt, una de multitudine arro/abit sibi, quantalibet emi-
neat sanctitate. Et ideo diflicilius, ut senlio ego, invc-
nietur (si larnen invenietur) quomodo possit licere. Unde
necessarium rcor, alio istud sermune tentari, nee modo
ingredi vias scrupulosae disputationis, quarum adhuc
Tont cela
ennvient aussi
al'aiuepieuse
et fidele.
e\itum ignoramus, nisi prins super verbo abscond i to ora-
tum fuerit ad cum, qui aperit, et nemo claudit, Spon-
suiu Ecciesia? Jesum Christum Dorninum nostrum, qui
e»t super omnia Deus benedictus in sajcula. Amen.
SERMO LXIX.
Qualiter omnis ultitudo, se exto/lens aduersus scientiam
Dei, dejicitur. De adventu et mansione Palris et Verbi
apud anitiam ditigentem, et de famtliaritute , <juc*
inde inter Deum et animam contrahitur.
1 . Dilectus meus mini, et ego illt. Hanc vocem universal!
Ecciesia? sermo superior assignavit, propter fjctas sibi a
Deo promissiones vita? ejus, qua? nunc est, pariler et
i'utura?. De anima pruposilaqiia?slio est : quia non potest
sibi arrogate una, quod universilas audeat, neo aliquo
modo aii se trahere ilium. Si non licet, referamus proin-
de oportet ita ad Ecclesiam, ut nullatenus ad personam
nee. modo banc, sed et reliquas voces similes huic, lo-
quentes grandia, verbi gratia : Exspeetans exspeelaoi
Dorninum, et intendit mini, et si quas alias sermo su-
perior perslriuxit. Quod si quis liceru pulat, ego uou
abnuo : sed interest, cui nun enim cuicunque. Prorsus
habet Ecciesia Dei spiiituales suos, qui non modo fi-
pii-use et
fiddle.
^92 OEUVRES DE SAINT BERNARD.
ainsi. Mais qui sont-ils? II n'y a que Dion qui lo a cprouver, la bonte du Verba et la bienveillance
sacbe. Ecvutei uuUement ce qui vQusderotoir* si du Pera do Verba Bont si grandea envers une Subs
vo-isvoulcz etre da ce Dombre. Toutefeis, Je ne sau- hien reglfia et biea oomposae, que cello qu'ils out
ms en purler comma ["aywiieprouva, mais comae ainsi prevemie el prtparee (ce qui est un don du
SuSdn^ d6siranldel'«Prouver- Donuez^joiuneftmequin'ai- Pere it 1'oeuvre du Pils), ils daignent aussi l'hono-
one ame mequeDieuetceqiiel'oodoitaimerpourDieu,quine ret- deleur presence, sibien qu'ils oe viennent pas
rive passeulementenlesus-aaist, mais qui depuis settlement dans ell«, mais y fitablissent encore leui
longlempsii'aity6cuqu'enlui,quin'ait d'autre etude deme ire (Joan, xiv, 23). Car il me suffit pas qu'ils
et d'autre plaisir que d'avoir loujours Dieu present seroootreiit,il faul qu'ilsseddnnentaelle.Qtt'est-ae
dev ini |, s yeua, qui oe eeuilleet ne puisse s'entre- pour ie Verba da venie dans une amel C'est l'ins-
taur qu'avec le Seigneur sou Dieu; donn.v moi, truiiv de la sagesse. Qu'est-ce pour le l'ere ? C'est
dis-je, une telleame, e< ja ne oieroi pas qu'elle soil la toucher de l'amour da la sagesse en so-rta quelle
digne des soins de I'Epoux, des regards de sa Ma- puisse dire : « Je suis devenue aaoureuse de sa
jeste, de la favour de ce souverain, de l'aileulion beaule [Sap. VIII, 2). » I. 'amour appartienl au Pere,
de ce Mailre de Unite la terre ; et si die veut se C'est pourqnoi on reconnait la venue du Pere par
glonlier, elk: pourra le 1'aire sans lohe, pourvu 1'infusioii de l'amour? A quoi servirait la science
qu'elle se souvienim de ne se gloriiier que dans le sans l'amour? Kile enflerait? Que servirait l'a-
Seigneur. Voila comment une senle personne ose moursans la science? II s'egarerait. EnofYet, ceux
endvpreudre ce qui n'appartien* qua plusieurs, dont saint Paul disait : « Je puisrendre temoignage
mais elle s appuie sur une autre raison.
La confianco 2" **■* les callSL's,I"e nous avons rapporlees plus
d'une sum baut donuent eelte conlianee a cetle saiute nmlli-
samtfc , , . .
•'appuie sur tude, mais 1! y en a deux pnnci pales qui la don
deui raisoos
qu'ils sont amines du zele de Dieu, mais ce zele,
n'etait pas regie par la science, s'egaraient(flom. x,
2) i). il ne Caul pas que l'Epouse du Verbe soit igno-
rante, et le l'ere, d'autre part, ne saurait soulfrir
nent a cetle ame. D'abord l'Epoux etant dune qu'elle flit une orgueilleuse. CarlePereaimesonfils,
nature Ires-simple, pent regarder plusieurs per- aussi abal-il et delruit-il lout re quis'eleve contre la
sooaes comuie une seule, et une seule comme pin- science du Verbe. soit en envovant un bon zele
sieurs, sans qu'il soit mulliplie par la multitude, dans lume, ouea s'aninnint lui-meme de zele ; l'un Zele actif
m uiimnue par le petit nombre, ni divise par la est un etl'el de la misericorde, et l'autre de la jus- j61e i,as8if'
diverge des ubjels, ni rosserre par lour unite, ni tice. Dieu veuille qu'il abaisse on plutot qu'il de-
agitede soins, ni trouble d'.nquietuJes ; en sorte truise toute elevation en moi, et qu'il l'aneanlisse
que s'll est tout entier a un seal, cela ne l'absorbe non par le feu de la fureur, mais par l'infusion de
point et ne I'empeche pas d'etre a plusieurs; mais de son amour. Dieu veuille que i'apprenne a ne L'a
ange el
que j appre
a un soul. U aiileurs ce qui est aussi doux que bon par l'onetion de la grace, non par les lecons de la Par ''or&u
il est ie telle sorte qu'il n'en est pas moins attache point m'enllor d'orgueil, mais que je I'apprenne tombeX,™
deliler, sed et fiducialiler agant in eo, cum Deo qua-
si cum amico loquentes , testimonium illis perhi-
benle conscienLia glor-ite ejus. Quinaro illi sint , id
quidem penes Deum : lu vero audi, qualem le esse
oporteat, si talis vis esse. Quod tamen dixerim, non
quasi expertus, sed quasi experiri cupiens. Da mild
auimam nihil amanlem prteter Deum, et quo[l propter
Ueum amnndum esl ; cui vivere Christus non tanlum
sit, sed ct diu jam I'uerit ; oui studii et olii sit pnovidere
Domiauai in conBpecIa suo semper; cui sullicile ambu-
lure cum Uomino Deo suo, non dim magna, sed una
voluntas sit, et facnllas non desit : da, iuquam, (ulem
animam, at ego non nej,'o dignam Sponsi cur.i, majes-
talis respectu, duminautis favorc, sollicitudine gubeman-
tis : ct si voluerit gloriari, nun erit insipiens : tantum
at qui gloriaturj in Domi io gloriemr. [la in quo multi
audent, audet ot unus, sed alia latione.
2. Nempe sanotnm multitndlnem causa; supradictao fi-
denlem faci ant, sanclam ainmam duplex qua-dam ratio.
Primo quidem quod habeat in Datura simplicissima
Sponsi divinilas quasi iinum pespioere ninllos, el quasi
mnltos unum. Nee ad mulliludinem multus erit, nee ad
paucitalem rams; nee ad divcrsitiitem divisus, nee rcs-
tiiclus ad uiium : ncc an\iu> ad curas, ncc perturbalus
mu turbulentus ad sollicitudines, Sic sane uni intentus,
ut non dctentus; sic plnribus, tit non distentus. Deinde
quod ut probare suavissimum, ila rariSsimum ' probasso *
est ; tanla esl dignatio Verbi, tanta bencvolenlia Patris
Veibi orga bene affectara et bene composilam animam,
(quod quidem ipsum Patris muiius, et Verbi opus est :)
ut quam sua tali benedictione pra;venerint et prajparavc-
rint sibi, sua quoque dignenler praesenlia, et ila, ut non
modoad earn veniant, sed etiam mansionem apud cam
l'acianl. Non euim suffieil exhibevi, nisi et copiam sui
picebeant. Quid c-t venire ad animam Verbum ? Erudire
in sapientia. Quid est Pali'em venire? Ariicere ad amo-
rem sapienli.e, ul dibere possit, quia amatrix facia sum
formaj illius. Patris diligere est j et ideo Patris adven-
Uis ex inlusa dilectione probatur. Quid faceret eruditio
absque dilectione ? Inllaret. Quid absque crudltione di-
lectio ? Erraret. Denjque errabant.de quibusdicebatar :
Testimonium illis perhibeo, quod zelum Dni twb'ent, sed
non secundum scientiam, Non decet Sponsam Verbi
esse slullam : porro elatam Pater non sustinet. Pater
euim dilijrit Filium, ct omnem allitudincm extollentem
se adversus scientiam Verbi, semper in promplu habet
dejiecre alque destruerc, sive itnmitendo zelum, sive in-
tendendo : quorum alteram misericordia?, allerum judi-
cii est. Ulinarn in me omnem extollentiam comprimat,
imo dejiciat, et ad nihilum redigat, non accensus furor.
probasse *"'• mendoie
charissimam.
SOIXANTE-NEUVIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 493
vengeance. Seigneur.ne me reprenez point dan? to- vous connaitrez ce que c'est que la fureur. De plus
tre fureur, cotnme l'a«ge qui s'enorgueitlit dans il ne s'est pas souvetm de sa misericorde. car il rie
le ciel ; et ne me reprenez point dans voire colere, s'en souvient que lorsqu'il n'ost qu'en colOre, non
comrne l'honime qui s'eleva dans le paraiis. pas quanl il va jusqu'a la fureur. Malheur aux en-
Tous deux ontmedite l'iniqu.te en voulaut s'elever, fauts d'inlidelite; je le dis aussi pour ceux qui vien-
celui-la par la puissance., celui-ci par la science, nent d'Adam, qui etant mis enfants de colere onl
Car la femme in^ensee ajouta ffli a la promesse du
serpent qui la seduisait en lui disant : « Vous serez
comme des dieux, sachant le bieu et le mal (Gen.
in, 5). » Et l'auge s'etait auparavant seduit lui-
change pour eux par une obslimtion diabolique,
la colere eu fureur, la verge en baton, ou plulot
en marteau. « Car ils s'amassent un treser do colore
pour le jour de la colere (Rom. it, 5). » Or la coiere
hotline a
le puni
m oiaaie-
llos donee
e TaoL-e.
ffereoce
re enfants
colere et
fants de
ureur.
ffieme, en se persuadant qu'il serait semblable au accumulee, qu'est-ce autre chose que la fureur? lis
Ties-Haul. Car celui qui, n'etant rien, s'imagine ont commis le peche du diable, e'esl pourquoi ils
etre quelque chose, se seduit lui-memc ( Gal. sont frappesdel'anatheme dudiable. Malheur aussi,
vi, 3). quoique d'une facoa moius terrible, aquelques en-
3. L'une et l'autre elevation ont ele abattues, mais fants de col'.re, qui etant nes dans la colere n'ont
plus doucement dans l'homme; celui qui a fait to;i- pas ete regeueres dans la grace. Car etant morts en
tes ces choses, avec poids et mesure, jugeant qu'il meme ieoips qu'ils sont nes, ils demjureront en-
ctait a propos d'en agir ainsi. Car c'est dans sa fu- fauts de colere. Je .lis de colere, non point de fu-
reur qu'il a puni ou plutot condanme les anges, reur, parce que, selon que la piete et i'humanite
au I leu que 1 homme n a ressenti que sa colere non nous porlent a le croire, leurs peines serout plus
point sa furevr, parce que lorsqu'il s'est mis en co- douces a, parce qu'ils tireut d'ailleurs loute la cor-
lere conlre lui, il s'est souvenu de sa miseri orde. ruptiou qui est en eux..
Aussi ses enfants sont-ils encore appeles aujour- U- Le diabie a done eiejngedans la fureur de Dieu,
d'hui enfants de colere, non point enfants de fu- parce que le Seigneur a eu son intquite en horreur,
reur. Si je ne naissais point enfant de colere, je et il a juge l'honime dans sa colere, c'est pourquoi
n'aurais pas besoin de renailre par le bapteme ; et il l'a repris en colere. C'est ainsi que toute elevation
si je naissa;- enfant de fureur, ou je ne renaitrais a ete brisee, taut celle qui enfle que celle qui preci-
point, ou il ne me servirait de rien de r -naitre. pite, parce que le pere a ete amine de zele pour le
Voulez-vous voir un enfant de fureur? ltegardez fils. Car dans l'un et l'autre cas l'elevation fait in-
Satan tomber du ciel comme un eclair, c'est-a-dire jure au tils, ou bien c'est 1'usurpation de la puis-
precipile par l'impeluosite de la fureur de Dieu, et sauce centre la force de Dieu, qui n'est autre que
Qnelle est la
peine que
souffrent les
enfanlsmoiti
saos haptens
Peche
d'Adam * t
d« satan
a C'est aussi l'opinion do saint Au^ustin, dans son livre des
Merites des pe'chenrs, n. 16, ou il dit expressement que les en-
fants morts san-i bapteme sub ront une cundamnatioo plus
douce. . II esL ;n? le meme seutimenl ians sou livre v conlre
Julieii, chapitre in. Fulgence suit la meme opinion dans son li-
vre i de la Ve'rite de la pre'destination chapitre xrv, et dans son
traite de t' Incarnation, cha itre tix. On peul encote su.* ce
point, lire la lettre des Paricius, abbe de Ilavedon, tome hi du
;". paje 137.
sed infusna amor ! Utinam discam non superbire, sed
unclione potius, quam ultione magistra ! Domine ne in fu-
rore tuo arguas me, sicut angeluni extollenlem se in
ccelo : neque in ira tua corripias me, sicut honiinem in
pacadiso. Ambo iniquitatem meditati sunt, altiludinem
atfectanles, ille potential, iste scientiie. Denique rredidit
insipiens muller pollieerjli, sed seducenti : Eritis sicut,
dii, xcientes bonum et malum. Jam sese ante seduxcrat,
cui persuaserat similem fore Altissimo. Nam qui se pu-
tat aiiquid esse, cum nihil sit, ipse se scducit.
3. Yerun utia>iue altiludo dejecta est, sed in nomine
mitins, judicante ila illo, qui omnia facit in pondere et
measura. Nam angelo in furore punito, imo damnato,
homo tram tautum sensit, et non f'uporem. Nemi>e cum
iralus Tail, misericot'diae recordatus est. Propter hoc se-
men ejus filii urae, et non furoris, usque in hodiernuni
diem. Si non nascerer filius irae , non esset opus
renasci : si luroris Rhus nascerer ; aut non conligisset
aut non profuisset renasci. Vis videre furoris ti-
lium? Si vidbti Satanam tanquam fulgur cadentem
de cobIo , quod est in impetu furoris prsecipi-
tatum; et cognovisti de furore Dei. Denique non est
recordatus misericordias suce : quia cum iratus fueriti
lnisc i icordia? rccordabitur, non cum jam usque ad furo«
rem exarsei it. Vae lili.:s diffidentise ! his quoque qui ex
Adam sunt, qui nati ir;e filii, ipsi sibi iram in furorem,
virgam in baculum, imo in malleum diabolica obstina-
tione convertunt, Denique thesaurisant sibi nam in die
irte. Ira autem accumulata, quid n.si furor? Peccave-
runt peccatum diaboli, et diaboli sentcntia pji'cclluntur.
Xx eliam, quamvis mihus, qutbusdam filiis irae, qui
nati in ira. non exspcctaverunt renasci in gra ia. Nempe
mortal in quo etnuti, iras lilii peimanebuut. fras dixe-
rim, non fururis : quia ut piissime crediUir, et humanis-
sime gemitur, nntissimaj sunt posas tolum quo addictl
sunt aliunde trahentium.
t. Ergo in furore diabolus judicatus est, quia invei. a
est iniquitas ejus ad odium : hominis autem ad irai.i,
et ideo in ira corripitur. Ita o.nnis altitudo contrita es:.
et quae intlat, et qu<e praecipitat, Patre niaiiru.ii zelantc
pro lilio. Utrobique siquidem injuria Kdii est, et de
usurpata potentia advers*is vii-tuteai Dei, quas ipse est ;
et de prassumpta scientia aliunde quam a sapientia Dei,
qua; nihilominus ipse est. Domine quis similis tibi ?
a9a CJEUVRES DE SAINT BERNARD.
Dieu lui-meme, ou c'est la presomption de la Pierre l'a recue (Matt, xvi, 19), et comme il n'est
science d'ailleura que de la sagesse de Dieu, qui, point enfle de la science, il ne sera point precipite
elle aussi, n'est autre que Dieu. Seigneur, qui est de sa puissance. Pourquoi? parce que ni dans Tune
semblable a vc-us , sinon la splendeur et la figure ni dans l'aulre il ne s'elevera contre la science de
de votre substance, sinon voire image 1 Lui seul Dieu ; bien different de celui qui a agi arlificieuse-
poss&le voire essence, seul Ills du Tres-llaut, et ment en sa presence, et dontl'iniquitea ete en exfi-
Tres-H nit lui-meme, il n'a pas cru faire un larcin cration au Seigneur. Et comment aurait-il desire
en se rendant egal a wras (Philip. II, 6). Et com- autre chose que la science de Dieu, lui qui a cru
ment ne vous seriit-il pas egal, puisque vouset lui qu'il est I'Apotre de Jesus-Christ selou Id prescience
II ne faat
cbercher la
icienrt.' que
par le Verbe.
netesqu'une nieine chose? II est assisa voire droite,
et non sous vos pieds. Comment se trouve-t-il
quelqu'un assez hnrdi pour vouloir sYmparcr de
la place de voire tils unique? Qu'il soit precipite.
11 a mis son siege en haul que cetle chaire de pes-
tilence soit reuversee. De lneme qui est ce quiap-
prend la science a 1'homine? n'esl-ce pas vous, 6
de Dieu le Pere (Pel. x, 2) ? lit que cela soit dit an u zMe ac|ir
sujet du zele de Dieu allume contre l'ange et con-
tre I'uomme prevaricateur. Car en tons deux il a
lioiive le pechc, et il a dclruit dans sa colere et
dans sa fureur lout ce qui s'eleve contre la science
de Dieu.
G. II faut maintenaut rccourir au zele de mise-
let'de David, vous quiouvre/et ferine/, a qui il vous ricorde, c'esl-a-dire au zele qui ne s'enil-imnie pas.
plail ?Coiiiinenl doiieleiit ait-onsans eletd'enlrer, ou mais qui est en TO)' 6 vers nous, car eel i qui s'eni-
plulotde I'aireirriiptioiicl.ins les trcsorsde la science? lirase est un zele de justice, comme nous 1'avons
Celui qui rt'entre point par la porte est un voleur dit, et il nous a assez fait trembler par les exem-
et un larroti. Pierre entrera done puisqu'il a recu pies que nous avons rapportes de ceux qui en ont
les clefs. Neaniuoins, il n'enlrera pas seul, cars'il ete si terriblement punis. C'est pourquoi je me
veut, il me fera entrer, et en exclura peut-Mre un retirerai en un lieu de refuge contre la fureur du
autre, selon la science et la puissance qui lui out Seigneur, vers ce zele de bonle qui brule douce-
et6 donnees d'en haut. ment, et expie ef&'acement. La charite n'expie-
5. Mais quel les son t ces clefs? C'est la puissance t-ellepaslespeches?Oui, ellelesexpie et memed'une
d'ouvrir et de fernier, et le discernement de ceux maniere tres-puissante? Car c'est par laqu'elle cou-
qu'il faut exclure et de ceux qu'il faut recevoir. Or vre uue multitude de peehes (1 Pet. v, 8). Mais
ces tresors nesout point dans le serpent, mais dans n'est-elle pas capable aussi d'abaltre et d'hiimi ier
Jesus-Christ. C'est pourquoi le serpent n'a pas pu toute 1'entlrre des yeux du coeur? Oui cerles, car
doimer la science qu'il n'avait pas ; mais celui qui elle ne s'eleve point, elle ne s'enlle point. Si done
la possede l'a domiee. 11 ne pouvait pas avoir une le Seigneur .lesus-Christ daigne venfr a moi, ou
puissance qu'il n'avait pas recue, mais celui qui l'a plutdt en moi, non dans le zele de sa fureur, ni
recue la possede, Jesus-Christ l'a donnee, saint menie dans sa coiere, mais dans un esprit d amour
Quis nisi imago tua ? Solus in forma tua, solus non ra-
pin.im arbitratus est esse se a'qualem tibi altissimus
Altissimi Kilius. Quomodo non ;equalis ? Eliam unum
cstis ipse et In. Sciles illi a dextris tuis, non sub pedibus
Quo pac.to audet quis pervadcre locum Unigeniti tui ?
Priscipitbtur. Ponit sibi scdem in excelso : Bubvertatur
cathedra peslilentiae. Hem quis docel bomincin scientiam
Nonne tu, o cluvis Uavid, aperirens, cui vis, el eui vis
claudens? Et quomodo sine clave ad Lhesauros sapicntiae
ct scienliae inlroilus, imo irruptio lentabatur? Qui
non Intrat per ostium, ille fur est et Intro. Petrus er-
go Inhabit , qui claves acccpit. Non tamen solus.
Nam et me si \oluerit inlroducct, aliiimque excludet
quem forte voluerit, in scicntia et poteslate sibi data de-
super.
5. Et hae claves qua? ? Poleslas nperiendi, et clau-
dendi, alque inter excludendos et admillendos discrelio.
Et non iu serpenle thesauri, sed in Cbristo. Et ideo
non potuit dare sciendum serpens, quam non habuit :
led qui habuit, dedit. Nee enim ipse poluit habere po-
testatcm, quam non accepit ; sed qui acccpit, habuit.
Dedit Chrislus, accepit, Petrus, nee inflatus de scienlia,
ncc praecipilandus de potenlia. Quare ? Quia in neutia
extollitse adversus soientiam Dei, qui nihil horum pree-
tor Dei scientiam aflerlavit : sicut ille qui dolose cgit in
conspectu ejus, ut inveniatur iniquitas ejus ad odium.
Quomodo denique prapter scientiam Dei, qui se scribit
Aposlolum Jesu-Chrisli secundum pnescienliam Dei
Palris ? Et haec dicla sint pro eo quud incidil de zelo
Dei, quem inlendil in pravaricant.es angclum hominem-
que, (nam in ambobus reperit pravilalem :) qua-
liler videlicet in ira et in furore sno destroxerit
omnem altitudinem, extollentem se adversus scientiam
Dei.
6. Nunc jam rcciirrcndum ad zelum misericordls, id
eat qui non inlenditur, sed qui immittilur : quoniam
qui inteodilur (ut jam diximus) judicii est, ct satis nos
terruit ex memoratis exemplis tarn graviler punilorum.
Proplerea ibo ego mini ad locum lel'ugii a facie fuioris
Domini, ad ilium utique pielalis zelum suaviter arden-
lem, el'licaciler expianlem. Numquid uon expial charitas?
Et potcnter. Legi quod operiat mullituuincm peccato-
rum. Sed dico : numquid non idonea est sen sufllciena
ad dejiciendam, humiliandauiipie omnem cxlollenliain
oculorum et cordis ? Et maxiinc ; nam non extullilur,
non inllatur. Si ergo Ijominus Jesus dignetur venire ad
me, vel polius in me, non in zelo furoris, et ne in ira
quidem, sed in cbaritate et spirilu mansuetudinis,
aemulans me Dei afimulatione (quid enim ita Dei, ut
charitas ? ncuipc et Deus cat) si, inquam, in ista vo-
SOIXANTE-XELTIEME SERMON SLR LE CA.NTIQL'E DES CAXTIQUES. 495
et de douceur, rempli pour moi d'une cliarile, meure produise eutre fame et le Verbe, et quelle
d'une jalousie toule divine. Qu'y a-t-il qui soit confiance ne nait-il point da cetle familiarity?
plus de Dieu quo la cliatite, puisque la cliarile c'est Je tro's qu'une telle ame pent dire sans crainte :
Dieu? Je reconnailrai par-la qu'il n'est pas seul, « Mori bien-aime a moi ; » puisque sentant quelle
mais que sou Pere est aussi venu avec lui. Car aime Dieu et quelle l'aime d'un amour violent,
qu'y a-t-il qui ressente davantage la tendresse d'un elle ne duute point qu'elle n'en soit aussi passion-
Pere? Aussi est-ce pour cela qu'il n'est pas seule- nemeut aimee ; et par l'intention parliculiere,
ment appele Pere du Verbe, mais Pere des mise- l'application, le soin, l'attention, la vigil ince, et le
ricordes. C'est une cbose qui lui est propreet natu- zele dont elle se sent animce daus la recherche in-
relle de pardonuer toujours et le fairegrace [2 CV. cessante et ardente des moyens de plaire a Dieu,
l. 3). Lorsque je sens que uior esprit s'ouvre pour elle counait sans aucun doute que tons ces mou-
l'intelligence de l'Ecrilure sairte, que des paroles vements sont en lui, et elle se ressouvient de cette
de sagesse sortent avec abundance de mon cceur, promesse du Sauveur : « On vous oiesurera avec
que lesmvsleresme sontrevele par l'infusion dune la mememesure que vous aurez mesure les autres
lumiere d*en haut, on que le c.el eteud sur moi, et [Mallh. vu, 2). » II est vrai que cette Epouse pru-
repand dans mon ame les phues fecondes de la dente aime niieux mettre de son cote la reconnais-
meditation, ie ne doute point que l'Epoux ne soit sance de la grace, jiarce qu'elle sail que son bien-
present. Car ces ricbesses viennenl du Verbe, et aime l'a prevenue. C'est pour cela qu'elle parle
nous les recevons de sa plenitude. Si en oulre, je auparavant du soin que l'Epoux a d'eile, en di-
me sens encore pene re de la rosee et de l'onction saut : « Mon bien-aime a moi et moi a lui. » Par
d'un zele humble et devot, en sorte qie ramour les propnetes natu: elles qui sont en Dieu, elle re-
de la verite corinue engendre ei moi la haine et le counait done et ne doute point, que puisqu'elle
m^pris de la vanile, et empec ie que la science ne l'aime elle n'en soit aimee. II en est en elfet ainsi.
m'entle, ou que la frequence d s visiles de Dieu ne L'amour de Dieu pour l'ame engendre l'ainour de
m'eleve ; alors je reconn lis avti certilude que c'est lame pour Dieu. et l'application qu'il a pour elle
l'etfet d une tendresse piterne le, et je ne doute fait qu'elle s'appliqi.e aussi a lui. Car je ne sais par
point que i Pere ne soit aussi present. Mais si je quel rapport nature! il se fait, que lorsque l'ame
persevere a correspondre an a:.t que je puis a une peut une fois contempler la gloire deDietl a decou-
si graude bonle par des mouvements et des actions vert, elle luidevient aussitolconforme, et esttrans-
qui lui soient en quelque sor e proporlionues, et foriuee en une meine image avec lui. Dieu dune
que la grace de Dieu ne suit >as value en moi, sera envers vous tel que vous serez envers lui. II
alors je sins assure que le Pei.3 et le Verbe font sera saint, dit le Prophele, avec 1 hum me saint, et
leur demeure en moi, 1'un en aie nournssant, et innocent avec 1 boiuuie innocent [Psal. xvn, 26).
1'autre en ui'iustruisant. Et pourquoi ne sera-t-il pas aussi aimant avec
7. Quel! familiarite pensez-vous que cette de- celui qui aime, en repos avec celuiqui se repose,
L'smour que
nous atons
pour Hien est
un inilice que
Dieu nous
aime.
nerit, in hoc cognoscam, quod nor sit solus, sed venerit
etiam Paler iuus cum eo. Nam qjid aeque patera um 7
Propter hoc Dempc, nun Pater /erbi tantutn, sed et
Pater misericorJiarum est appclla us, quod innaium h.i-
beat isisereri semper et parejre. ?i sensero aperiri mibi
sensual, ut intelligam Suripturas : aut sermouem sa-
pientite quasi ebullire ex iolimi:, aut infuso lumine
desuper rev'l.ui mysteria, aut eerie cxpandi mibi quasi
qujddaai l..;gissiruuui cueli gremium, et uberiores de-
sursum influere animo meditationuui inibres , non
ambigo Sponsura adesse. Verbi siquidem h;e copiae
sunt, el de pleaitudine ejus ista accipimus. Quod si
se p inter infaderit humilis q ia:dam, sed pinguis in-
tima; adspersion s devotio, ut amor agnit* veriiatis
necessarium quoJdam odium vanitalis in me geueret
ct conte.nptum, ne forte aut scientia inQet, aut fic-
quenlia visitutionum extollat me : tunc prorsus palerne
sentio agi mecum, et Palrein adesse nou dab. to. Si
autcm pei jvcro huic digtiationi digais semper ( quod
in me est) affectibus et artibus respondere et gra-
tia Dei apud me vacua noa f lerit : etiam mansio-
ncm apud me faciet tarn Pater enutriens, quam Yerbuui
erudiens.
7. Quanta pubis ex hac mansione inter animam et
Yorbum familiarilalis gratia oriatur, quanta de familia-
ritale sequatur liducia ! Nun est (utopmor) quod jam ta-
lis anima diceie vercatur, DUectits mtntsmM : quae ex eo
quod se diligere, et vebementer dihgere, sentil, etiam
diligi nihil. uniiius vehemenler non ambigit, ac de sua
singulari intentione, sollicitudine, cura, opera, diligen-
tia, sludioque, quod incessanter et ardenter invigilat,
qucmadmodum placeat Deo, ujque baec omnia in ipso
indubitanter agnoscit, i-ecordans promissiunis ejus : In
qua mews ma mensi fueritu, remittitur vobis. Xisi quod
redhibitionem grat:te prudens Sponsa ad suain magii
cauta est trahere partem, scions se potius prsventam a
dileclo. lnde est quod illius . peram praefert : DiUctui,
inquiens, mens mihi.et ego ilti. Ergo ex propriis qu*
sunt penes Ueum aguos,:it : nee dubilat de ain.iri qua;
am it. lta est. Amor Dei amore.n auims parit, et il.ius
pra3currens intentio inlcntam animam faeit, sollicitudo-
que sollici am. Nescio uiim qua viciuitale naturae, cum
semel revelala facie gloiiam Dei speoulari anima pole-
rit, mox ill] se confonnari necesse est, atque in eam-
dem iniaginera translormaii. tgitur qualem te para-
veris Deo , talis oportet appareat tibi Deus. Cum
sancto sanctus erit, ct cum viro innocente innocens
erit. Quidni seque el cum amaute amans , etcumvacaate
4V8
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
applique avec celui qui s'applique, soigneux Mb
Celui qui a dil :oin? SERMON LXX.
8. Car il dit : « J aime ecus qui m'aiment, et
wux qui soveilleroiit matin pour me chercher, Pourguoi I'Epoux est appele bien-aime. Les lis au
L'amoor de
Dieuprevii-nt
cl mrpasse le
LoLTC.
me trouveront {I'rov. vm, 17)1 Voycz commc il
vous assure non-seulemeiit de son amour, si vous
l'aimrz, mais encore de son soin et de son appli-
cation, si vous avez soin de ce qui le regards i Si
Tousveillez.il veille. Levez-vous la nuil, hatez-
au milieu desquek il se promenc, sont la verite. It
mansw'lude, la justice et les aulres vcrtus.
1. « Mon bien-aime a moi, et moi a lui, a luiqui se
repait parmiles lis {Cant, n, 16). » Qui pent accuser
vous lant que vous voudrez de prevetlir les Senti- |/Epousede presomption oud'insolence parce qu'elle
nelles memes vous le trouverez. mais vous ne le ,j|t qU'elle a fait societe avec celui qui so r.-pait
previemlrez pBS. Vous seivz tnu.'i ■aire, si, en ce parmi les lis ? Quand il se repnitrait parmi les as^
point, vous vous nttribticz quelque eliose devaut tivs, par cela seul qu'il se repaitrait,je ne vois pas
lui mi plus que lui. 11 vous aime plus que vous ne ce qH«y y aurait de grand a contractor amitie on
Tainiez. et avant que vous t'aiuuez. Vous etonne- familiarite avec lui. Car cemot, serepaitre.enferme
rcz-vons qu line ftltie qui connait res verites se un sensbns.el sonned'une maniere peu noble a l'o-
glonlie que eclte Majeste souveraine s'applique a reine< irt lorsqu'elle dit qu'il se repait parmi les
tllf, romme si elle n'avait pas soin de tout le reste Us. eiie se met encore plus a l'abri de tout repro-
des creatures, lorupie, mettantelle-meme lout autre ci,c j0 tpmerite.Car qu'est-ce les lis ? Selon la pa-
affaire de cole, elle se conserve uniquement et in- ro|e du Seigneur, e'est de l'herbe qui est aujour-
violablement pour lui ? 11 est temps que je finisse. d'hui sur [Aid, et que demain on mettra au feu
Je dirni settlement pour les spirituels qui sont (Mutlh. i.xu, 30). Que peut done etre celui qui se
parmi nous, vine chose qui semb'.e elonnaute, mais repait d'herbe comme un agneau ou comme un
qui neanmoins est Ires-veritable, e'est que Tame veau? Oui, e'est en elfet un agneau et un veau gros.
qui voit Dieu ne le voit point autrement que si Mais peut-etre direz-vous qu'ici les lis tie sont pas
elle e\i\t vue toute seule de lui. C'est done dans designes comme sa nourriture, mais comme le lieu
celte contiance quelle dit qu'il s'applique a elle, et oil il se repait, car il n'est pas dit, qu'il se repait
elle a lui, car elle ne voit rien qu'elle et lui. Que de lis, mais parmi les lis. Je le veux, il ne mange
vous etes bon, Seigneur, a l'ame qui vous cher- pas de l'herbe, comme un baeuf; mais quelle gran-
chc '. vous allez an devaut d'elle, vous l'embrassez, deur peut-il y avoir a se trouver au milieu de
Tons la trailez en epoux, vous qui etes son Sei- l'herbe, et couche sur l'herbe, comme le dernier
gneiir, et qui etmt Dieu au-dessus de toutes choses des hommes ; et quelle gloire en peut tirer celle
etes bem dans tous les siecles des siecles. Ainsi dont le bien-aime agit ainsi? Selon le sens litterul,
soil-il. la retenue de l'Dpouse et la discretion avec laquelle
vacans, et cum intcnto intcntus, et sollicitus cum solli-
cito?
8. Denique ait : Ego diligentes me diligo, et gut,
mane vigilaix-rmt nil me, i/iveiiicnt me. Vidcs qtiomodo
non solum de amore suo ccrtum te reddat, siquidem tu
aroej ilium : sed eliam de sua solliciliulinc, quam pro
le gerit, si le sensciit sollicilum sui. Vigilas In ? vigilal
el ipse. Consurge in node in principio vigiliarum tua-
ruui, nccelcraquantumvis eliam ipsas anlicipare vigilias :
inveniea eiun, BOB praeveuies. Temere in tali (leg
vel piius aliquid tribuis tibi, vel plus : et ma-is umat
el ante. Si hsecanima soil, imo quia scit : miiaris q lOd
lllani majestatem, quasi cetera non curanlcm sub sibi
interulere glurieiur, eui soli ip~a, postposilis curis omni-
bus lota se devolionceustudit ? Sermo (ine.n desiderat :
sed ununi dico spirilualibus qui in vobis sun1, minim,
quidem, sed vcium i animam Deum videntcm baud
Becu9 videre, qnam si sola videatur a Deo. Ea ergofidu-
cia dicil illuna intendeve sibi, seque illi, nihil prater se
et ipsum videos. Bonus cs, Domine, animal qnnercnti te I
occurris, amplecteris, spoasum te exhibes, qui Dominu9
es, iuio qui ea super omnia Deus benedictus in sscula.
Aaieu.
SERMO LXX.
Vnde Sponsus dilectus dicatur ; et de veritate, mansue-
tudine et justitia, cceterisque virtutibus, quae sunt lilia,
inter quae puscilur.
\. Dilectus mens mi/ii, et ego illi, qui pascitur inter
lilin. Quis huic jam imputet praesumptioni vel insolen-
tiBe, si se dical iniisse sockstalem cum illo, qui pescitur
inler lilia ? Etiamsi inter sidera pasceretur, eo 30I0 quod
pascei-elur, nescio quid magnum vidcri possit cum cjus-
modi amicitias scu familiaritalem habere. Aliquid pror-
sus ignubile et bnmile sonat, pasci. Nunc vero cum et
]>asci inter lilia perhibctur, drjectionis adjectio longius
amavet et propuUut lemerilj,tis notam. Quid enim sunt
lilia? Juxta veibum Domini, fcenum, quod hodie est, et
eras in clibannm mittitur. Qnanlus est iste qui tono
pascitur, quasi unus agnorum aut vitulorum ? Et agnus
plane, et vitulus saginatus. Sed tu forte vigilantius ad-
vertisti, non pabulum hoc loco designari, sed locum ;
nee enira dictum est, liliis eum pasci, sed, inter li-
lia. Esto. Non foenum comedit ut bos : in fieno tamen
versari, et super fcenum discumbere inslar unius de
turba quid emincntis habere potest ? Quid vero gloria
SOIXWTE-DIXIEME SERMON SUR
elle parle, est done assez evidtnte, on voit claire-
mentqu'elle regie sesdiscours selon !e jugement, et
qu'elle tempere la gloire des choses dont elle parle
par la modestie des paroles dont elle se sert pour
les exprimer.
Christ est 2. Oar elle n'ignore pas que celni qui se repait
levenu le ,, , ... *
l:n-aim6 et qui repait les autres, n est qu line meme per-
,.da"3... sonne, qu'il denieure en meme temps parmi les
lis, et regne au dessus des astres. Mais elle fait
plus volontiers, mention des actions humbles de son
bien-aime, a cause de son humilite, comme j'ai
deja dit, mais surtout parce qu'il a commence, a
etre son bien-aime, lorsqu'il a commence a se repai-
tre, ou pour mieuxdire iln'apas commence l'etre, il
l'aete de tout temps. Car celui qui est le Seigneur
dans son ciel est son bien-aime sur la terre, il re-
gno au dessus des etoiles, et il aime parmi les lis.
11 l'aimait lors meme qu'il marchait sur les etoiles,
parce qu'il ne peut pas s'empecher de l'aimer en
tout temps et en tons lieux, car il est amour. Mais
jusqu'a ce qu'il filt descendu sur les lis, et
qu'on l'eiit vu se repaitre parmi les lis, il n'a point
ete aime, il n'est point devenu le bien-aime. Et quoi,
direz-vous, n'a-t-il point ete aime par les patriar-
ches, et par les prophetes? Certainement il l'a ete,
mais ils ne l'ont point aimt:, avant de l'avoir vu
ainsise repaitre parmi les lis. Car comment li'au-
raient-ils point vu celui qu'ils ont prevu. Ilfaudrait
avoir bien peu d'esprit pour s'imaginer que celui
qui voit une chose en esprit ne voit rien. D'oii
vient done qu'ils ont ete nommes les Voyants, s'ils
n'ont rien vu (Reg. i, 90) ? C'est la raison qui fait
qu'ils ont desire voir ce qu'ils ne voyaient pas, car
ils n'auraient pas pu desirer le voir des yeux du
corps, s'ils De l'eussent vu des yeux de Tesprit.
LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 497
Mais tous ont-ils ete prophetes ? Comme si tous
avaient souh iite de le voir, ou que la foi eut ete
donnee a tous. Mais ceux qui l'ont vu ont ete pro- On voit par
phetes, ou ont cru aux prophetes. Or, avoir cru la foi-
c'est l'avoir vu. Car il me semble que ce n'est pas
se tromper de dire, qu'on peut voir une chose
en esprit, par la foi, non-seulement par l'esprit de
proplietie.
3. En daignant done descendre et paitre parmi
les lis, luiqui pait toutes les creatures, il s'est rendu
aimable, parce qu'il n'a pu etre aime avant d'etre
connu. Aussi, quaud l'Epouse fait mention de ce
bien-aime, elle marque fort bien cette circonstance
comme la cause qui fait qu'on l'aime, et qu'on le
connait. 11 faut entendre spirituellcment cette re- QU'est-ca
fectioii qui se fait parmi les lis, car il serait ridi- P*"™ Parmi
cule de l'entendre d'une refection corporelle. Nous
montrerons meme, si nous pouvons, que ces lis
sont spirituels. Je pense qu'il nous faudra encore
examiner de quoi ce bien-aime se repait parmi
les lis, si c'est des lis memes, ou de quelque au-
tre herbe ou lleurs cachees entre les lis. Et ce qui
me paraitplus difficile, c'est qu'il n'est pas dit qu'il
fait paitre, mais qu'il se repait. Car qu'il fasse pai-
tre, c'est ce dont on ne doute point, et e'est une
chose qui n'est point indigue de lui. Mais qu'il
paisse lui-meme, cela marque l'indigence, et il sem-
ble qu'on ne lui peut attribuer cette action, meme
spirituellement, sans faire quelque injure a sa sou-
veraine Majeste. Je ne me souviens pas d'avoir jus-
qu'ici remarque nulle part, en ce Cantique, qu'il
soit dit qu'il pait, aulieu que vous vous souvenez
comme moi, je pense, qu'il est dit eu un endroit,
qu'il fait paitre. Car l'Epouse a prie qu'on lui mon-
trit le lieu oil il faisait paitre oil il reposait durant
huic, habere dilectum ilium qui hoc egerit ? Et secun-
dum litteram quidem Sponsae. verecundia et cautela
prudentiasejus in loquendo satis apparet, utique dispo-
nentis sermones suos in judicio, et rerum gloriam ver-
borum modestia temperantis.
2. Alias autem nonignorat unum esse, et qui pascitur,
et qui pascit ; inter lilia commoranlem, et regnunlem
super sidera. At libentius humilia dilecti memorat,
propter humilitatem quidem, ut di\i : magis autem quod
exinde coepil esse dilectus, ex quo ct pasci. Ncc modo
exinde, sed inde. Nam qui in altissimis est Do-
minus, in imis est dilectus , super sidera regnans ,
et inter lilia amans. Amabat et super sidera, quia nus-
quam et nunquum potuit non amare, quia amor est :
sed rlonec ad lilia descendit, et pasci inter lilia comper-
tus est, nee amatus est, nee factus dilectus. Quid ? Non
est amatus a patriarchis et prophetis ? Est : sed non
prius tjuam visus est et ab ipsis inter lilia pasci. Neque
enim non videmnt, quern prasviderunt, nisi ila quis abs-
que spirilu sit, ut videntem in spiritu, putet videre ni-
hil. Unde ergo videntes (nam sic prophets appcllati
sunt) si nihil viderunt ? Inde est, quod voluerunt videre,
quern uon viderunt. Nee enim poterant velle videre in
T. IV,
corpore, quern in spiritu non vidissent. Sed dico : Num-
quid omnes propheta; ? Quasi omnes videre voluerint
ant I'uerit omnium lides. Sed enim qui viderunt, aut
prophets fuerunt, aut prophetis acquiescentes. Et cre-
didisse enim, vldisse est. Non modo namque qui per
prophetis spiritum, sed per fidem videt, si quis ipsum
quoque dicat videre in spiritu, mini non videtur errare.
3. Ila ergo quod ad lilia descendere, et inter lilia
pasci dignatus est is qui omnes pascit, dilectum fecit
ilium, quia non potuit ante diligi, quam agnosci. Ac per
hoc cum de dilecto facta est mentio, pulchre et illud
rocmoratum est, quod dilectionis et agnitionis exslitit
causa. Qiirerenda in spirilu refectio haec inter lilia : nam
corpoream cogitare ridiculum est. Quin ipsa lilia spiri-
tualia (si quidem potuerimus) demonstranda a nobis
erunt. Pulo hoc quoq*ue dicere nos oportebit, unde inter
lilia pascatur dilectus, liliisne ipsis, an aliis inler lilia re-
conditis herbis vet floribus? Et in his illud miuidiflicilius
apparel, quod pasci, non pascere pcrhibctur. Nam quia
p;iscnt dubium non est, nee enim indigmim ci : at pasci,
indigentiam sonat, et ne spiritualiter quidem sine injuria
majestatis facile illi posse assignari videtur. Nee ego
sane recordor usque modo advertisse me in hocCantico
3a
498
CEL'VRES DE SAINT BERNARD.
Ce qni a
inrrile ir.nt
dVmour a
l'Epoui.
Le lis de
l'Epoui.
le midi. Et maintenant elle dit, qu'il palt lui- 1U, dont il tire une si rare beaute ? « Avan-
meme, at ne demande pas qu'oa lui montre le lieu cez, continue le Prophete, et regnez par la
oii il palt, niais elle l'indique, c'est parini les lis. verite, par la douceur, et par la justice {Ibid.). »
Elle connalt cet endroit-ci, et elle ne connaissait Ce sont la des lis. Ce sont des lis, dis-je, sortisde
pas l'autre parce qu'elle ne peut pas connaitre la terre, brillacts sur la terre, eleves par dessus
incnt ce qui est sublime, et ce qui est bumble toutes les autres Qeurs de la terre, passant en odeur
sur la terre. Commel'ceuvie est grande le lieu est les plus ezcellents parfums. ("est done parmi ces
eleve, et l'Epouse meme n'y a pu encore ar- lis quest l'Epoux, et c'est d'eux qu'il lire son
river jusqu'a cette heure. eclat et sa beaute, car d'ailleurs, scion 1'iufirmite
h. (.'est pourquoi ils'estaneanti an point depaltre, de la chair, il n'avait ni grace ni beaute (Isaie. lui,
luiquiestle pasteur de tousles hommes. 11 aeletrouve 2).
parmi les lis, et l'Eglise l'ayant mi, elle qui etait 5. I. a verite est un lis excellent, d'une viveblan- Le premiei
pauvre, l'a aime daus ret etat de pauvrete, el il est cbeur, el d'une odeur raerveilleuse. Aussi ed-cel'c- ll9/sAla
devenu son bien-airae i cause de sa ressemblauce clat de la lumiereeternelle(S'</n>«. vn, 26), lasplen-
avec elle. Et elle ne l'a pas aime seulement pour ce deur et la figure dela substance de Dim. C'esl veri-
sujei.inais aussi a cause de la verite, de la douceur I tbleraeut un lis que uolre lerre a produtt par uue
et de la justice qui eclataient en lui, parce qu'il a nouvelle benediction, qu'eile a prepare pour etre
accuinpli ses promesses Psal. suv, 5) ; que les expose a la vue de Ions les peuples, comme une
demons superbes ont ete juges awe les princes et lumiere qui devail eclairer la nature (Luc.xi, 31).
que les iuiquiles out ete remises. II est done appa- Tant que la terre a etc maudite, elle n'a porle que
ru tel qu'il a merite d'etre aime. Veritable par sa des epines ntdes cbardons. Mais maintenant la ve-
nature, douz aux hommes, juge pour les hommes. rite, cctte (leur du champ, ce lis des vallees (Psal.
0 epoux vraiment aimable, et vraiment digne d'e- lxxxiv, 12) a gerrae de la terre, par la benediction
tre aime du fond de 1 ame ! Pourquoi l'Eglise tar- du Seigneur. Reconnaissez ce lis par son eclat,
derahVelle maintenant a. seconformertout entiere,et puisqu'il ne commence pas plusldt a lleiirir, qu'il
de tout son cceur, a celui qui accomplit si fldele- frappe de sa lumiere les yeux des pasteurs durant
ment ses promesses, qui lui remet si liberalement la unit, selon ce que dit l'Erangile, que « l'ange
ses peches, qui la protege et la defend avec tint de du Seigneur se presente devaut eux et que la clarte
justice? Le Prophete a dit de lui, il y a longtemps : de Dieu les environne [Luc. u, 2). » La clarte de
« Tout brillant de beaute et de gloire, vous n'aurez Dieu, dit-il fort bien, attendu que ce n 'etait pas
que des succes avantageux (Ibid.). » D'ou lui vient l'eclat de l'ange, mais du lis qui les environnajus-
cette beaute et cet eclat ? Je crois que c'est du lis. qu'a Belhleem. Iteconnaissez ce lis par son odeur
Qu'y a-t-il de plus beau que le lis ? De m&me qu'y par laquelle il se lit connaitre aux mages qui etaient
a-t-il de plus beau que l'Epoux. Quels sont done ces si eloignes. L'ne etoile leur apparut aussi, mais ces
pastum uspiam perhiberi, cum pascentem pnto reeorde-
mini et vos mecum. Denique postulavit sibi aliquando
demonstrari, nbi in meridie pasceret et cubaret. El nunc
quidem (quod necdum dixerat) perhibet pasci, sed non
similiter poslulat locum indicari s;bi; sed ipsa indicat,
assignans, inter lilia. Nnvil hoc, illud non novit : quia
ffiquo pr.esto esse non potest quod sublime et in sublimi
est, et quod bundle et super terram. Sublime opus, su-
blimis el locus : ncc accessus ad euai usque adhuc vel
ipsi Sponsae.
4. Et ideo semelipsum exinanivit usque ad hoc, ut
pasceretur ipse omnium pastor; et inventus est inter
Hlia, et visus ab Ecclesia, adamatus est abinope pauper,
faclus dilectus propter simililudincm. Non solum aulem,
sed et propter veriialem, et in;msuetudinem,et justiliam :
quod per eum scilicet promissioncs adimplela; sunt,
qucd iniqiiilatcs remissa1 sunt, quod supcrbi daemom-s
una cum principe suo judicali sunt. Talis ergo apparuit
qui mcrilo amnrelur, verax pro se, mitis hum.nibus,
Justus pro horn nilius. 0 vcre amandumet lolis medullis
cordis amplectendum Sponsion! Qaid jam cunctulur
Ecclesia tolacu se tula devotione coinmittere lam lido
reddilori, tarn pio Indultori, lain justo propugnatori?
Porro piaeuiiserat Propbcta, dice: Sp tua el pul-
cltritudtne tua inlende prospere. Unde species heec et
pulchritude? Puto ex liliis. Quid lilio speciosus? sic
nihil formosius Sponso. Quae sunt ergo ilia hlia, e
quibus species decuris ejus ? Proi.-ei.le, inquit, et regna
propter veritatern, et mansuetudineni, et justitium. Lilia
sunt, lilia, inquam, orta de terra, nilentia super terram,
eminenlia in fljribus terra, fragranlia super odorem
aromatum. Ergo inter liaec lilia Sponsus, et omnino ex
his speciosus el pulcher. Alias enim (quod quidem ad
carnis inlirma spectat) non erat ei species ncque
decor.
5. Bonum autem lilium Veritas, candore conspicunm,
odore pia'cipuum ; denique candor est Iucis ietcrnae,
splendor et llgura substantia; Dei. Lilium plane, quod
ad novam benedictionem terra nostra produxit, et para-
vit ante faciem omnium populornm, lumen ad revela-
tionem gentium. Donee sub malediclo fuit terra, spinas
el IriLulos germ navit. At nunc Veritas de terra orta est
Domino bi nedieeaite, speciosus omnino quidam llos
campi, et lilium convallium. Agnosce lilium ex candore,
qui mnx in ipso exortu Doris pasloiibus de node cmi-
cuit, dicente EVaugelio, quia ange/as Domini slelit Jiixfa
iilos, et elaritas Dei circumfahil illos. Bene Dei, quia
non angeli, sed lilii candor. Ille adcral, SL'd illud mi a-
bat ah usque Bethleem. Agnosce lilium et ex odorc,quo
et longe positis inuotuit Magis. Et quidem stella appa-
S01XANTE-DIXIEME SERMON SUR LE CANT1QCE DES CANT1QUES.
A99
hommes sages ne i'eussent point suivie, s'ils n'a-
vaient ete attires interieurement par l'odeur agrea-
ble du lis qui venait de mitre. Certainement la ve-
rite est un lis dont l'odeur anime la foi, et l'eclat
excite l'entendement. Jetez maintenant les yeux
sur le Seigneur, qui dit dans l'Evangile : « Je suis
la verite (Join, xiv, 6). » Et voyez avec combien
de raison la verite est compares au lis. N'avez-
vous jamais pris garde que du milieu de cette fleur
sortent de petits rejetons d'or ceints de feuilles
Ires-blanches, en forme de eouronne? Reconnais-
sez par la, eu Jesus-Christ, la divinile qui est bril-
lante comme l'or, couronnee de l'inviolable purete
de la nature humaine? C'est-a-dire Jesus-Christ
portantle diademe dont sa mere l'a eouronne. Car,
lorsqu'il porte celui que son pere lui a donne, il
habite une lumiere inaccessible, et vous ne le pou-
vez pas voir en cet etat. Mais nous parleronsde cela
une autre fois.
second lis 6. Si la verite est un lis, la douceur en est un
insuitttde. aussi; elle a, en effet, la blancheur de l'innocence,
et l'odeur de l'esperance. Car, comme dit le Pro-
phete , « il reste encore a l'homme pacifique
quelque chose a esperer aprcs cette vie (Psal. xxxvi,
37). » Un homme doux est plein d'esperance pour
l'autre vie,et en celle-ci. e'est un brillant modele de
clemence et de bonte. N'est-il pas un lis qui brille
des devoirs de la charite et qui repand partout
l'odeur agreable de l'esperance? Ajoutez que la
douceur a genne de la terre aussi bien que la ve-
rite. A moins que vous ne doutiez que l'agueau sa-
cre, qui est le soiivcrain dominateur de la terre,
(Isal. xvi, 8) soit sorti de la terre, cet agneau dis-je
qui a ete mene a la niort, sans qu'il ait ouvert la
bouchepourse plaindre (Ibid, mi, 7). Et nou-seule-
La justice
est an
troisieme lis.
ment la douceur et la verite sont sorties dela terre,
niais encore la justice, puisque le Prophete dit
« deux, versez la rosee d'en haut, et que lesnuees
fassent pleuvoir le juste ; que la terre s'onvre, et
proiluise le sauveur, et que l.i justice germe aussi
avec lui (Ibid, xlv, 8). » Or, que la justice soit
un lis, l'Ecrilure nous l'apprend en nous disant :
« Le juste germera comme un lis, et lleurira eter-
nellement devant le Seigneur (Osec. xiv. 6). » Ce
n'est pas un lis qui est aujourd'hui sur pied, et
que demain on met au feu, car il lleurira eter-
nellement, et il fleurira devant le Seigneur, dans
le souvenir de qui le juste vivra etcrnel lenient et
ne craindra point d'entendre rien de facheux (Psal.
cxii, 7); e'est-a dire d'entendre cette voix terrible
qui condamnera les pecheurs aux flammes eternel-
les. Qui nevoit point briller la blancheur de ce lis,
si ce n'est celui a qui elle ne plait point? C'est un
soleil. mais non pas celui qui se leve sur les bons
et sur Ips mecbants. Car ceux qui diront : « Le so-
leil de justice ne s'est point leve pour nous (Sap. v,
6), » n'ont pas vu sa lumiere ; ceux-la 1'ont vue a
qui l'on a dit : «Le soleil de justice se levera pour
vousquicraignez Dieu (Malac. iv, 2).» La blancheur
de ce lis est done pour les justes, mais son odeur
se repand aussi jusqu'aux mecbants, quoique cene
soit pas pour leur bien. Car nous avons entendu
les justes qui disent : « Nous sommes la bonne
odeur de Jesus-Christ en tout lieu, mais nous som-
nies aux uns une odeur de vie pour la vie, et aux
aulr. s une odeur de mort pour la mort (II Cor. i,
15). » Les plus scelerats des hommes approuvent Lesmechants
les sentiments de 1'homme juste, bien qu'ils n'ai- aPPrMvent
. . ^ les sentiments
ment pas ses actions. Heureux s Us ne se condam- des bons.
naient point eux-memes en les approuvant, mais mment''poninT
leura actions.
ruit : sed earn minime viri graves secuti fuissent, nisi
jntima quadam snaveolentia orti lilii fraherentur. Et
vere lilium Veritas, cuius odor animal (ideal, spleador
intellectum illuminat. Levaeliam oculos nunc in ipsaai
personam Domini, qui in Evangelio loquitur : Ego sum
verilaf. Et vide quam competenler Veritas lilio compa-
retur. Si non advertisti, adverte de medio floi'is hnjus
quasi virgulas a'iroas prodeunfes, et cinelascandidissimo
(lore, pulchre ac decenler disposito in coronam : et
agnosce auream in Christo divinitatem, humanse corona-
tarn puritate natura?, id eat Christum in diademate, quo
coronavit eum mater sua. Nam in quo coropavit eum
Pater suns, Iueem habitat inaccessibilem, nee posses in
ea ilium interim adhac vidcre. Sed de hoc alias.
6. Nunc vero lilium Veritas est , est et mansuetudo. Et
bene lilium mansuetudo, habens innocenline candorem,
et odorem spei, quoniam sunt rfhquitB, inquit, homim
pacifico. Bona; spei vir mansuetns, nee minus etiam in
praesenti lucidum quoddam vibe est socialis exemplar.
An non lilium, quae lucet officio, redolet spe ? Adde
quod sicut Veritas de terra orla est, ita et mansuetudo.
Nisi quis dubitet ortum de terra agnum dominatorem
terra?, ilium agnum, qui ad occisionem ductus est, et
non apernit os suum. Nee tantum mansuetudo seu Ve-
ritas de terra orta est, sed et justitia, Propheta dicente:
Rorate colli desuper, et nubes pluant justum; aperialur
terra, et germinet saloatorem, et justitia oriatur simul.
Quod aulem justitia lilium sit, recui'damini deScriptura
quia Justus germinabit sicut lilium, et florebit in (sternum
ante Dominum. Nequaquam lilium hoc hodie est, et eras
in clibanum mitlitur, quia in aeternum florebit. Et flore-
bit ante Dominum, cujus in memoria aelerna erit Justus
et ab auditione mala non timebit, ilia scilicet audilione
qua in clibanum ignis peccatores ire jubentur. Porro
hujus lilii candor cui non splendet, nisi cui non placet?
Deni(|ue sol est, sod non ille, qui oritur super bonos et
mains. Ncque enim qui dicturi sunt, sol justitia! non
ortui est nobis, lucem illius quandoque viderunt. Vide-
runt aulem quotquot audierunt : Vobis qui timetis Deum,
orietur sol justitia!. Eryo candor liujus lilii apud justos;
fragrantia eliam usque ad iniquos diffunditur, etsi non
in bonum ipsis. Denique audivimus justos dicentes
quia Chrisii bonus odor sunius in omni loeo : sed aliis
quidem odor vilre in vitam, aliis odor mortis in mortem.
Quis, vel sceleratissimus, justi non probet opinionem,
quamvis non amet opus? Et beatus, si se non judicatin
600
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
II y a antant
de li* chez
l'Epoux qae
de verlus el
d'actes.
ils se coDdamnent en approuvant lebien et ne l'ai-
niant pas. C'est pourquoi, bien loin d'etre heureux,
ils sont mis&rables et se conJainiient par leur pro-
pie jugement. Qui, est plus miserable que celui a
qui I'odeur de la vie nest pas uu messager de vie,
mais de mort '.' Que dis-je, uu messager de niurt,
c'est le coup de la mort que je devrais dire.
7. II y a encore ckez l'fipouse beaucoup d'autres
lis que ceux que nous indique le Propbele, je vem
dire d'aatres lis que la verile, la douceur et la jus-
tice. Et cbacun de nous maintenaot peut aisement
de lui-meme en trouver de semblables dans le jar-
din delicious de l'Epoux. Car il en a en abondance,
et qui les puurrait compter ? puisqu'il y a autant
de lis quede vertus, et que les vertus soul sans nom-
bje il.msie Seigneur des vertus. Dans le Christ se
trouve la plenitude des vertus, par consequent il s'y
trouve aussi la plenitude ileslis. Et peut-elre esl-ce
& cause de cela qu'il s'est appele lui-meme un lis, il
est tout euvironne. ile lis, et tout ce qui est en lui
sont des lis, sa conception, sa naissance, son genre
de vie, ses paroles, ses miracles, ses saerements,
sa passion, sa mort, sa resurrection et son ascen-
sion. Qu'y a-t-il en tout cela qui ne soit dune
fraucesvolontaires ; sa mort, par la liberie qu'il
avail de ne point mourir; sa resurrection, par la
force quVllo inspira auz martyrs; et son ascension,
par L'acco.mplissement de ses promesses. Quelle ex-
i ellente odeui de foi cbacun de ces mysteres ne
renfeinic-t-il pas , puisqne aujourd'bui encore
elle se repand dans nos cceurs, a nous qui n'en avons
vu ni la blancbeur ni l'eclat. Et heureux ceux
qui n'ont point vu et qui croient [Joan, xx, 29). La
part que j'ai dans ces lis, c'est I'odeur de vie qui
en precede. C'est la foi qui remplit de cette odour
l'odorat de mon feme, et le remplit avec d'autant
plus d'abi mil, nice, que ces lis sont en plus grand
nombre. C'est cette edeur divine qui adoucit les
travauzde mon exil, et qui renouvelle sans cesse
.in fond de mon cceur un desir ardent pour ma ve-
ritable patrie.
8. Quehiues-uns des compagnons de l'Epoux ont
aussi des lis, mais noii pas en aussi grande abon-
dance. Car si lous ont recu le Saints Esprit c'est
avec mesure [Juan, ni, 3i), aussi bien que les gra-
ces et les vertus. Celui-la seul les possede sans me-
siire, qui les possede toutes. Autre chose est avoir
des lis, autre chose de n'avoir que des lis. Qui
Eflels que
la foi produil
en nous.
blancbeur eclatante, et qui ne repande une odeur m'en donnera un parmi les enfants de la captivite
admirable *? Ainsi, sa conception brilla d'une lumiere
si resplendissaule, par l'abo:. dance de l'operation
du Saint-Esprit, que la saiute Vierge n'en aurait
pas pu supporter l'eclat, s'il n'eiit ete tempere par
la vertu du Tres-Haut qui l'environna de son om-
assez innocent et saint pour pouvoir couvrir toute
la terre de ces sortes de tleurs ? Un enfant, meme
d'un jour, n'est pas exempt de corruption (Job xv,
16), celui-la est bien grand qui a pu faire pousser
seulement trois ou quatre lis dans sa terre, au mi-
bre. Sa naissance fut toule lumineuse par la virgi- lieu des epiues et des ronces epaisses, qui sont les
nite incorruptible de sa mere; sa vie par l'innocence germes malheureuxdel'ancienne malediction. Pour
de ses mceurs ; ses paroles par la verite ; ses mira- moi qui suis si pauvre, je m'estimerai bien heureux
cles, par la pauvrete de son coeur ; ses saerements, si je puis aifranchir taut soit peu de terre, de cette
par le secret de sa pitie, sa passion, par ses souf- mechante moisson d'iniquite et de vices, en les ex-
eo quod probat ; judicat autem, probans bonnm, et non
amans : ideoque non bealus plane, sed miser, proprio
condemnatus judicio. Quid eo miserius, cui odor vil.r,
non vitae, sed mortis nuntius est? Imo nee nuntius qui-
dem, sed bajulus.
7. Sunt multa apud Sponsum et alia lilia praeter haec,
quae ex prophela inciderunt nobis, veiitatem loquor, et
mansuetudinem, et justitiam; nee erit difficile jam cui-
libet vestrum similia reperire per semettpsum in horto
tarn deliciosi Sponsi. Abundat et superabundat
talibus : quis ilia enumeret'.' Nempe quol. virtutes, tot
hlia. Qais linis viitulum apud Dominum virtutum? Quod
si plenitudo virtulum in Chrislo ; et liliorum. Et fortas-
sia proplerea ipse se lilium appellant, quod totus verse-
turin liliis, et omnia qua; ipsius suiil, lilia sinl : con-
ceplio, ortus, couveraalio, eloquia, miraeula, sacramenta,
passio, mors, resurreclio, ascensio. Quid liorum non
candidum, et non sunviaeime redolens? Tanta dgnique
in conceptiijiie retulstl euperni luminia claritas de super-
venientis abiindanlia Bpiritos, ul ne ipsa quiilem virgo
saneta sustinuissel, si nun sibi obufflbratum foret a Fir-
tute Altissiuii. Porro ortum candidavit ineorrupta virgi-
nitas mains, cooversauonem innocentia vitae, eloquia
Veritas, miraeula puritas cordis, sacramenta pietalis
arcanum, passionem patiendi voluntas, mortem libertas
non moriendi, resurrectionem martyrum fortitudo, as-
censioncm exbibitio promissionum. Quam bonus fidei
odor in his singulis nostra quidem, qui candorem non
vidimus, tempora et viscera replens. Et beali qui non
/, el crettidsrunt. Pars mea in his odor vitas, qui
procedil ex ipsis. Is inl'usus naribus meis aplo quodam
lidei instrumento; et quidem copiosius pro mullitudine
liliorum sane el exsiiium leva!, et patriae desiderium
assiduc innovat in visceribus meis.
H. Habenl lilia el aliqui sodalium Sponsi, sed non
copiam. Onincs enim ad mensuram spiritumacceperunt,
ad mensuram virtu tea et dona ; solus ille non habet
ii, qui habet totum. Aliud est lilia habere, aliud
nonnisi lilia habere. Quem dabis mibi de liliis captivi-
tatis adeo inneefnteai et sanctum, qui totam terram
suam il, nlni> Oecupare poluerit, et isliusmodi floribus?
Nee intend eerie iiuius diei sine soide esl super terram.
MagnttS est qui trla vel quatuor lilia aedilicare putuerit
iu terra sua, in tanla densilalc spinarum et tribulorum,
qua; sunt germ ma invelerala maledictionis antiquai.
Mi'riini veru, qui pauper sum, bene agitur, si unquam
ab hac pessima segete, iniqnilatum videlicet atque vitio-
rum, tantillum teme mea vindicare exstirpando et
SOIXANTE-ONZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQEES.
501
y a deux
lis qui
ous sont
cessairee.
1 faut on
jouter un
isieme aux
deux
reaiiers.
tirpant, et eu la cultivant, et y faire croitre seule-
ment un lis, aim que celui qui pait parmi les lis
daigne aussi quelquefois paitre en mon ame.
9. Mais c'est trnp pen qu'un seul lis. Ma bouche
cette fois n'a pas parle de l'abondance, mais de la
pauvrete de mon cceur. Un seul ne sufiit pas, Nous en
avons besoin de deux au nioins : et ce sont la con-
tinence et l'innocence, dont l'une ne sauvera point
sans l'autre. C'est en vain que j'inviterai l'Epoux a
venir a l'une d'elles, qu'elle quelle soit, puisqu'il
ne pait pas aupres d'un lis, mais parmi les lis.
J'aurai done sein d'avoir des lis, depeur que celui
qui veut paite(3 parmi les lis, ne m'accuse de n'en
avoir qu'un*t ne se detourne de son serviteur
dans sa colere. Je mets done l'innocence comme
la premiere de toutes les vertus, et si je puis y join-
dre la continence, je m'estimerai riche de posseder
deux lis. Mais je me croirai roi, si je puis encore y
ajouter la patience. Les deux premieres vertus peu-
vent suftire, il est vrai, mais comme elles peuvent
aussi manquer dans les tentations, car la vie de
1'b.omme sur la terre est une tentation continuelle,
il est necessaire d'avoir aussi la patience, qui soit
comme la protectrice et la gardienne de l'une et
de l'autre. Apres cela, je pense que si celui qui est
si amoureux des lis vient, et nous trouve en cet
etat, il ne. dedaignera plus de paitre cliez nous, et
d'y faire la Pique, puisqu'il trouvera une grande
douceur dans les deux premieres vertus, et une
grande securite dans la troisieme. Nous verrons plus
tard commentceluiqui pait et nourrit tout, est repre-
sente ici se repaissant lui-meme. Maintenant il est
clair que non-seulement l'Epoux parait parmi les
lis, mais qu'on ne le peut memetrouver que parmi
les lis, puisque non-seulement tout ce qui le re-
garde mais lui-meme est un lis, et 1'epoux de l'Eglise,
Jesus-Christ Notre Seigneur, qui etant Dieu par dessus
tout est beni dans les siecles des siecles. Ainsisoit-il.
SERMON LXXI.
Les lis sont les bonnes auvres, leur odeur est la
bonne conscience et leur couleur la bonne reputa-
tion. Comment l'Epoux nous pail et se repait en
noui. De I' union de Lieu le Pere avec le Fils, et de
I'dme sainle avec Dieu.
1. La fin du dernier discours sera le commen-
cement de celui-ci. L'Epoux done est un lis, mais
un lis qui n'est pas panni les epines, parce que
celui qui n'a point commis de peches n'a point d'e-
pines. II a assure que l'Epouse est un lis parmi les
epines, altendu que si elle dit qu'elle n'a point d'e-
pines, elle se seduit elle-meme, et la verite n'est
pas en elle; pourlui, il a dit qu'il etait une fleur et
un lis, mais non pas un lis parmi les epines. « Je
suis, dit-il, la fleur du champ et le lis des vallees
;/''('/.).» II ne fait point mention d'epines parce
que, seul parmi les hommes, il n'a point besoin de
dire : « Je me suis converti dans mon affliction et
lorsque je me suis senti perce d'epines [Psal. xxxi,
li). » II n'est done jamais sans lis, parce qu'il est
toujours sans vice, parce qu'il est tout et toujours
blanc, et que sa beaute surpasse celle de tous les
enfants des homines' (Psal. xliv, 3). Vous done qui
ecoulez ou lisez ces choses, ayez soin d'avoir des
lis en vous, si vous voulez avoir pour h6le cet
h6te divindes lieux plantes de lis. Que la blancheur
exeolendo sufficiam, unde unum saltern producere lilium
possim, si forte el. penes me pasci interdunj dignetnr is,
qui pascitur inter lilia.
9. At parum dixi, unum : de penuria cordis mei oS
meum locutum est. Unum prorsus non sufficit ; duo ad
minus necessaria sunt. Dico autem continentiam, et in-
nocentiam : quarum una sine altera nee salvabit. Frustra
denique ad unam quamlibet harum invilabo Sponsum,
qui non ad lilium, scd inter lilia pasci perhibetur. Dabo
proinde operam habere lilia, ne de singularitate cause-
tur lilii, qui non vult nisi inter lilia pasci, et sic decli-
net in ira a servo suo. Pono itaque primam omnium
innocentiam : et si huic jungere continentiam quivero,
divitem me putabo in possessione liliorum. Rex sum
autem, si tertiam his adjungere potero patienliam. Et
quidem possunt sufficere ills : sed quia et deticere in
tentationibus possunt, siijuidem tenlatio est vita hominis
super terram : opus profecto patientiaest, quae utriusqne
U. nutiix. sit quasi tutrix * qmeJam et custos. Puto si venerit
amator ille liliorum, et ita invenerit, quod non dedi-
gnabitur jam pasci apud nos, et apud nosfacere pascha:
ubi il 1 1 et tnnlta suavitas in duabus et magna erit secu-
ritas propter tertiam. Vcmm quo pacto dicatur pasci
qui pascit omnia, postea videbitur. Nunc vero apparet
Sponsum non modo apparere inter lilia, sed mininie
omnino extra lilia posse aliquando invenirf, cum omne
quod de eo est, et ipse sit lilium, sponsus Ecclesiae
Jesus-Christus Dominus noster, qui est super omnia
Deus benedictus in saecula. Amen.
SERMO LXXI.
De liliis spirilualibtis, id est operibus bonis, quarum
odor recta conscientia, color fama : et quomodo
Sjjonsus et pascit nos, et pascitur a nobis. Item
de unitate Dei Patris cum Filio, et animie sanctce cum
Deo.
1. Finis praecedentis sermonis, priocipium hujus. Est
ergo lilium Sponsus, sed non lilium inter spinas, quo-
niam non habet spinas qui peccatum non fecit. Denique
sponsam protestatus est lilium inter spinas : quoniam si
dixeritvel ipsa, quia spinas non babeat, seipsamseducit,
et Veritas in ea non est. Se vero florem quidem et lilium
professus est. non tamen inter spinas. Magis autem,
ego, inquit, flos campi el lilium convu/lium. Et non est
spinarum mentio, quod solus sit hominum qui opus non
babeat dicere : Converse sum in cerumna men, dam
configitur spina. Ergo absque liliis nunquam eat, qui
absque vitiis semper est : quia totus et semper est can-
502
OCl'YRES DE SAINT BERNARD.
Qnels sont
'le* lis *l>iri-
toels dont
chaque
homme doit
prendre aoio.
Comment OQ
doit les
pro tiger.
Cue bonne
convre est
Ticiee par
one mauvaise
conscience.
et l'odeur de vos moeurs tSmoigne que toutes vos
oeuvres, tousvos mouvemenlsettousvosdesirs, sont
dee lis. Les moeurs on! leurcnuleur, elles onl aussi
odeur. tar, daus les esprits, non plus que dans
le corps, la couleur n'esl pas la mdme chose que
l'odeur. La couleur c' est la conscience, el l'odeur
la reputation. « Vous avez fait sentir mauvais no-
tre odenr devanl Pharaon et devout ses serviteurs
(Exod. v, 21), » disaient les Juifs a Molse, en par-
lant de leur reputation. L'intention de voire coeur,
et le jtigement de votre conscience, donnent la
couleur a vos actions. Les vices sont noirs et les
vertus blanches. C'est la conscience qu'il faut con-
suiter pour faire le discernement entre les uus et
les anlres. Ce que le Seigneur a dit de l'oeil mau-
vais etde l'oeil limpide subsiste loujours [Malth.
vi, 22), parce qu'il a mis des bornes certaines
entre la blancheur de la vertu, et la uoirceur du
vice, et qu'il a separe la lumiere des tenebres. Ce
qui sort J'un cceur pur, et d'une bonne conscience
est done blanc, c'est la vertu, si la bonne reputa-
tion suit, c'est un lis, parce qu'il n'y manque ni
la couleur, ni l'odeur.
2. Et quoique la bonne reputation ne rende pas
la vertu plus grande, elle la rend neanmoins plus
belle et plus illustre. S'il y a quelque tache dans
la conscience, elle ne manquera pas de paraitre
dans ce qui en sortira. Car le vice de la racine se
re.pand dans les branches. Et partaut tout ce
qu'une racine corroinpue produira, paroles, ac-
tions, oraisons, quand meme cela jouirait de l'es-
time publique, ce ne doit point etre appele lis,
parce que si ca en a l'odeur, ca n'eu a pas la cou-
leur. Car comment serait-ce un lis, puisque ca a
une tache? La reputation ne pent pas rendre vertu
ce que la conscience convainc d'etre un vice. La
vertu peul se contenter de la conscience, lorsque
l'odeur de la reputation ne pent pas suivre, mais
l'odeur de la reputation n'est pas suffisante pour
excuser le vice d'une conscience decoloree. Mean-
moins on doit loujours ta.cb.er, autantqu'onlepetit,
d'avoir les bieus de la vertu, uou-seuleaient devant
Dieu, mais encore devant les homines, atin d'etre
vraiment un lis.
3. Mais il y a une blancheur de l'ame qui n'est
autre que l'indulgence de Uieu, comme il le dit
lui-meme par le Prophele : « Quand vos p6cb.es
seraient rouges comme l'ecarlate, ils deviendrunt
blancs comme la ueige, et s'ils etaient rouges
comme le ver de terre, ils deviendront comme la
laine la plus blanche [ha. 1). » 11 y a encore une
blancheur dont se revet celui qui donne avec
gaite. Car si vousregardez 1'homme charitable que
depeint le Prophete (Psal. cxi, 5), qui a compas-
sion des miseres du prochain, et qui l'assiste avec
joie, ne vous semble-t-il pas que celte joie est
comme une blancheur de piete dont il s'est revetu,
et qui parait sur son visage et dans son action?
Au contraire, lorsque quelqu'un donne avec tris-
tesse, et comme par force, son front, ses mains,
semblent noirs. c'est pourquoi « Dieu aime celui
qui donne gaiement (2 Cor. ix, 7). » Et, lui que
regarda favorablement Abel, a cause de son alle-
gresse, qui etail. comme une blancheur spirituelle,
detourna sa face de Cain, parce que son visage
elait abatlu de tristesse et de jalousie [Gen. iv, &).
Cousiderez quelle doit etre la couleur de la tris-
tesse et de l'envie, pour detourner les regards de
.
La bonni
reputation
n'en:pectae
pas le vice
d etre le vice
II j a
diu> rents da
gres 'tans
la blancheui
La galte sie
bi'-n aux
cenvres de
misericord*
et les releve
didus, speciosns forma prae iiliis hominum. Tu ergo qui
baec audis vel legis, cura habere lil ia penes te, si vis
habere nunc babitatorem lilioruinhabilantem in te. Opus
tuum, stadium tuum, dcsideriuui tuum : lilia esse pro-
testetur moralis quidam rerum ipsarum candor, alquc
odor. Habent et mores colores suos, habeut et odores.
Neque enim in spirilibus idipsum est color et odor,non
magis quam in corporibus. Ergo de colore conscientia
consultetur, de odore fama. Fattere fecis'ti odorem nos-
trum coram I'luiraone et servis ejus, aiunt illi, dicenles
de opinione. Porro colorem operi tuodat cordis intentio,
et judicium conscienli*. Nigra sunt vitia, virtus Candida
est. Inter banc atque ilia, conscientia consulta discernit.
Stat senlentia Uumini de ocido nequam et lucido, quia
inter candidum et nigrum c-erlos fixit limites, et divisit
lucem a tenebris- Quod ergo de corde puro et conscien-
tia bona egreditur candidum est, et e>t virtus :siautem
et bona fama secuta fucrit ; et lilium est, quippecuinec
candor lilii desit, uec odor.
2. Porro virtus, etsi non proptcrea major, pulchrior
tamen illustriorque el'Rcitur. Quod si in conscientia
naevus fucrit . Dec quod ex eaprodierit,carebit nyevo. Nam
si radix in vilio ; et ramus. Ac per hoc quidquid illud sit
quod radix vitiata non absque traduce vitii ex se produ-
cat, verbi gratia, sermo, actio, oratio, eliamsi fama
applauclere videatur, non est quod debeat lilium dici :
quia etsi odor connivere videtur, sed non color. Quo
pacto enim lilium cum impuritatis ntevo? Nee sane fama
valebit vindicare virtuti, quod esse vilium conv.ceril
conscientia. Erit quidem virtus contenla candore cons-
cientia, ubi sequi non poleril odorfaniEe : caeterum odor
fame nee excusare sufliciet vilium conscientia? decoloris.
Providebit lamen semper (quod in se est) bomo v'rtutis
bona, non tan turn coram Deo, sed etiam coram homini-
bus, ut vera sit lilium.
3. Sed est elium candor animae indulgentia Dei, ipso
diceute per Prophelam : Si fuerini peccuta vestra ut
coccinum, quasi nix dealbabuntur ; el si fuerint rubra
quasi vermiculus, oelut /ana alba erunt. Et est candor,
quern sibi induit is qui miseretur in hilaritate. Etenim
si inluearis ilium, quem Prophela depingit jucuiidum
hominem, qui miseretur ct cummodat : nonne is tibi
videbilur deipsaanjmi juounditate indidisse candorem
quemdam pielalis vullui pariter, el operi suo? Sicut e
regione si ex tristitia et vein t ex necessitate quis tribuat,
non candidum plane, sed tetrum praefert manu et fronte
colorem. Et ideo hilarem datorem diligit Dens. Num-
quid el tristem? Profeclo qui rcspcxit ad Abel ob ala-
crilalis candorem ; avcrtit faciem a Cain, quia conciderat
vultus * ejus, utique a tristilia et livore. Adverte qualis
'"'. facie
SOIXANTE-ONZIEME SERMON SUR LE CANTIQDE DES CANTIQUES. 503
vu non-seulement demeurer. mais encore paitre
parmi les lis? C'est ainsiquel'Epoux paissait parmi
Qn'est-ce
qup paltre
i milieu des
lis.
Dieu. Un poete profane a exprime agr£ablement
celte blancheur d'allegresse qui colore un bienfait
en disant : « Mais surtout il leur tit fort bon vi-
sage (Ovid. Met. Tin,). »EI Dieu n'aime pas settle-
ment celui i|iii donna traiemnnt, mais encore cclui
qui donne avec simplicity, parce que la simplicity
est une blancheur He l'ame. En preuve, levice con-
traire ; en effet, la dnplieite est un defaut. C'est
trop peu dire, c'est une tache. Qu'est-ce que la
dupliiite, sinon une ruse? Mais celui qui agit avee
ruse devant Dieu, attire sur lui son aversion et sa
colere (Psal. xxxv, 3). C'est pourquoi le Prophete
appelle bienbeureux celui a qui Dieu n'impute
point ses peehes (Psal. xxxi, 2), et dont l'esprit
ignore la ruse. Le Seigneur a fort bien exprime
en peu de mots ces deux taches, le deguisement et
la tristesse : « Ne paraissez pas tristes, dit-il, com-
me font les hypocrites (Malik, lxi, 16) : » L'Epoux
etant vertu, se plait dans les vertus, etant lis, de-
cieure volontiers parnii les lis; et etant blancheur,
aitne ceux qui sont blancs.
II. Et peut-elre est-ce ce que signifie, « paltre
parmi les lis. » C'est-a-dire se rejouir de la blan-
cbeur et de l'odeur des vertus. II paissait autrefois
corporellement avec Marie, et cbez Marlhe, et se
reposait meme selon le corps parmi les lis, je veux
dire parmi ces saintes femmes; il prenait plaisir a
leur zele et a leurs vertus. Si alors un Prophete,
un ange ou un bomme spirituel connaissant cette
haute mnjeste fut survenu, n'eiit-il pas ete surpris
de la familiarity avec laquelle Jesus daignait agir
avec ces Ames pures et chastes, neanmoins engagees
dans un corps terrestre, et d'un sexe faible, et
n'aurait-il pas pu temoigneravec raison qu'ill'avait
les lis, de deux manieres, corporellement et spiri- M™aj;°°etdd,,
tuellemenf. Je pense aussi qu'il les repaissait a sen Marie, Je-
. , ., . . , sus paissait
tour, mais c etait en esprit. Mais comment lesnour- parmi lei
rissait-il spirituellement en meme temps qu'elles u'3-
le nourrissaientcorporellemeiit. Comment fortifiait-
il la timidite de ces femni"s pieuses? De quelles
douceurs ne recompensait-il point leur bumilite?
Quelle onction ne repandait-il point sur leur devo-
tion? Vous voyez done pour lui, paitre, c'est repaitre.
Voyez main tenant si repailre les autres n'est point
pour lui se repaitre lui-meme. « Seigneur, qui
me repaissez des ma jeunesse [Gen. lxvui, 15, »
dit le saint palriarche Jacob. C'est un bon pere de
famille qui a aussi soin de ses domestiques, surtout
dans les mauvais jours, et qui les nourrit durant
la famine d'un pain de vie et d'intelligence, c'est-
a-dire, qui les nourrit pour la vie eternelle. Je
crois que, en nous repaissant ainsi, il se repnit aussi cifri^c^est1
lui-meme, et d'une viandequilui est tres-agreable, nolre a,al>
, cement,
je veux dire de notre progres dans la vertu. Car la
joiedu Seigneur, c'est de nous voir forts etcourageux.
5. C'est done ainsi qu'il palt lui-meme, lorsqu'il
nous repait, et qu'il nous repait quand il pait, Notre pators
il nous rassasie de sa joie spirituelle, et se re- n("°°sa$a"!
jouit de notre avancement spirituel, sa nourri- cement.
ture, c'est mon repentir; sa nourriture, c'est
mon salut; sa nourriture, c'est inoi-meme. Ne
mange-t-il pas la eendre eomme du pain, selon
la parole du Prophete? Je suis cette cendre, car
je suis pecheur, et il me mange spirituellement,
il me mange, lorsqu'il me reprend ; il m'avale,
lorsqu'il m'instruit; il me cuit, lorsqu'il me chan-
color tristitiae seu invidiam sit, qui Dei a se avertit aspec-
tuni. Pulchre et eleganter in colorando beucficio candor
jucunditalis laudatus est voce ilia poelae : super omnia
vullus accessere boni. Nee mudo hilaris dator, sed et
qui Iribuit in simplicitate, diligilur a Deo. Et simplicitas
candor est. Probamus a contrario ; nam nanus dupli-
citas. Parum dixi : macula est. Quid duplicilas
nisi dolus? Sed enim qui dolose egit in conspectu
Dei, inventa est iniquitas ejus ad odium. El ideo beatus,
cui non imputabit Dominus peccntum, nee est in spiritu
ejus dolus. Pulchre Dominus paucis utrairque notavit
inaculam, dolum, trisliliamque, no/ite, inquiens, fieri,
sicut hypocrites, tristes. Sponsus itaque etcum sit virtus,
in virtutibus complacet sibi : et cum sit lilium, libenler
inter lilia cornmoratur; et cum sit candor, delectatur
candidis.
4. Et fortassis hoc est quod dicitur pasci inter lilia,
candore et odore virtulum deiectari. Et quidem pasce-
batur olim corporali.ee apud Mariam el Martham re-
cumbens eliam corpore inler lilia (illas loqtior, nam
lilia ernnt .) nihilominus spirilum refocillabat devotiOne
et virtutibus muliei'um. Quod si ilia hura i itrasset pro-
phcta, aut angclus, seu alius quhis spiritualis, tanlum
non ignorans qua? majcslas recumbcrrt ; nonne slupens
dignationem et familiaritatem, quam illi esse conspiceret
cum puris animis pudicisque corporibus, lamen ferrenis
et sexus infirmioris : merito testaretur, quia vidi ilium
non modo commoranlem, sed et pasceutem inter lilia?
Ita ergo secundum utrumque, carnem dico et spiritum
pasci inler lilia Sponsus inventus est. Pulo autem quod
ct ipse vicissim pascerct, sed in spiritu. Hoc ipso quod
pascebatur, quomodo pascebal? Quomodo,inquam, con-
fortahat timiditalem fcrninarum, jucundabalhiiniililatenij
impinguabat devotionem? Sed si vidisti, quod pasci illi
sit pascere; vide etiam nunc, ne forte et e converso
pascere sit ei pasci. Domine, qui pascis me a juventute
mea, ait sanctus patriarcba Jacob. Bonus paterfamilias,
qui suorum domesticorum curam gerit, maxime in die-
bus malis. ut alal eos in fame, cibans illos pane vila3 et
intellectus, et sic nutriens ad vitam astcrnam. At pas-
cens, ita pnto nihilominus pascitur ipse, et quidem escis
quibus libenter veseitur, protectibus nostris. Etenim
gaudium Domini, fortiludo nostra.
5- Ha ergo et cum pascit pascitur, et cllm pascitur
pascit , simul nos suo gaudio spirilunli reficiens , et de
nustro aeqiie spiritual! prufectu gaudens. Cibus ejus pce-
nilenlia mea, cibus ejus salus mea , cibus ej'is ego ipse.
An non cinerem tanquam panem manducat? Ego aulem
quia peccator sum, cinis sum, ut manducer ab eo .
mandor cum arguor, glutiorcum instituor, decoquorcum
504
(TEUVRES DE SAINT RERNARD.
II est n&M-
eaire pour
fiire uoi de
maoger et
'tire man-
8«.
Comparaison
tiree da
roystere de
la divinite.
po ; il me digere, lorsqu'il me Iransforme en lui ; Dieu ne fasse qu'un meme esprit avec lui (1. Cor.
il m'uiiit a lui, lorsqu'il me rend conforme a lui. vi, 17). Si j'ai lu ceci quelque part, je n'ai vu cela
Ne vous etonnez pas ile cela, il mms imuip', et dans aucun endroit, et non-settlement moi qui ne
nous le manseons, pour que nous soyons plus suis qu'un neant, je n'oserais parter ainsida moi,
gtroitemi ii' attaches a lui. Autrement noire union mais il n'y a personne, sur laterre, ni Jansle del,
ail pas parfaite. Car si je le mange, sans a moins que d'etre insensfi, qui ose usurper celte
qu'il me mange aussi, il sera en moi, mais je ne parole du Fils unique de Dieu. « Mon Pere et moi
serai pas encore en lui. Aucontraire.s'il memange ne sommes qu'une meme chose (Joan, x, 30). » Et
et que je ne le DO je serai en lui, mais il neunmoins, quoique je ne soisque poudre et que
ne sera pis en moi, et dans les deux cas nous ne cendre, m'appuyant sur l'autorite de l'Ecriture,
serous qu'imparfaitement unis. Mais pour que notre je ne craindrai point de dire, que je suis un meme
union soit entiere et parfaite, il faut qu'il me esprit avec Dieu ; si toutefois je suis persuade par
mange, atin que je sois en lui, et que je le mange une experience certaine que j'adhere a Dieu, com-
aussi pour qu'il soit en moi; alors, en effet,je serai me l'un de ceux qui demeurenL dans la charito, et
en lui, et lui en moi. qui par consequent demeurent en Dieu, et Dieu en
6. Voulez-vous que je vous fasse voir ce que je eux, mangenl Dieu, et en sont manges. Car c'est
vous dis par une comparaison qui est veritablement de cette union que je crois qu'il est dit : « Que
sublime, mais quia beaucoupde rapport avec celte celui qui adhere a Dieu est un mtmie esprit avec
matierei Si 1'Epoux etait dans le Pere, sans que le lui (1 Cor. vi, 17). » Et que le Fils dit : « Je suis
Pere fiit en lui, ou si le Pere etait en lui, sans que en mon Pere, et mon Fils est en moi, et nous ne
lui fiit dans le Pere, j'ose dire que leur unite ne
serait pas parfaite, ou plutot qu'il n'y en aurait
point du tout. Mais comme il est dans le Pere, et
que le Pere est en lui, il n'y a rien de defectueux
dans leur unite, le Pere et lui sont veritablement
sommes qu'une meme chose (Joan, x, 30). » Quant
a l'homme, il dit : « Je suis en Dieu, et Dieu est en
moi, et nous ne sommes qu'un meme esprit.
7. Est-ce que le Pere et le Fils, pour etre l'un
dans l'autre, et ne faire qu'un, se maugent aussi
etparfaitemeut une meme chose. De meme, que l'ame reciproquement, comme Dieu et 1 homme se pene-
quitrouveson plus grand bien a s'altacher a Dieu, trent par une sortedemanducatiou reciproque, pour
ne croit quelle lui est parfaitement unie que lors- etre, sinon une meme chose, au moins un meme
qu'elle sentira qu'il demeure en elle, et elle en lui. esprit? A Dieu ne plaise que nous ayons cette pen-
Ce n'est pas qu'alors meme, elle soit une meme see. Car ceux-ci et ceux-la ne sont pas les uns dans
chose avec Dieu, de la meme maniere que le "Pere les autres d'une meme maniere, et leur unite est
et le Fils, bien que, selon l'Apdtre, celui qui adhere a bien ditferente. (Aussi a cette difference d 'unite est
Difference da
l'uuion entrv
Dieu el &
l'homme, et
de celle qu
eiiste eolrd
le Pere et If
Fils.
» La parenthesc que nous avons ici, manque dans les manus-
crits de Citeaux, de Saint-Germain et de Jumieges ; mais te
trouve dans tous les autres et dans ies plus anciens manuscriU
coddus. Quant a la sec-.nde parenlbese qu'on rencontrera uc peu
plus loin, au n. 8. et qui ne se tiouve fcrmee que dans le n- 10,
bien plus longue que la premiere, elleminqueau cootraire dans les
premiers manuscrits et ne se ?oit que dans les manutcrits plus
recents. L'une est l'autre sont superflues. Cette diversitevient de
ce que saint Bernard a retouche ce passage, ce qui a fait con-
fondre la pareoth^se de la premiere edition avec celle de la se-
coode. On ne trouve que la premiere dans les premieres editions,
non la seconde.
Le lecteur verra et jugera.
immutor, digeror cum transformer, unior cum confor-
mor. Nolile mirari boc: et manducat nos, el rnanducatur
a nobis, quoarctiusilliadtringamur. Non sane alias per-
fecte unimur illi. Nam si manduco et non manducor,
videbitur in me esse ille , sed nondum in illo ego. Quod
si manducor quidem , nee manduco , me in se habere
ille, sed non eliam in me esse videbitur: nee erit per-
fecla unilio in uno quovis horum, Sed enim manducet
me, ut habeat me in se ; el a me vicissim manducetur
• at. erit ul sit in me : qualenus • Integra (irmaque sil connexio ,
perinde firma cum Cg0 jn eo , et nihilominus in me ipse erit.
et Ccomple°iio 6. Vis tibi per simile oslendam quod dicitur? Attolle
integra. oculos nunc in quamdam sublimiorein quidem conve-
nientiam , similem tamen hnic. Si ipse Sponsus in Patre
ita esset, ul Dontataenin ipso Pater; aulila Paler in ipso
esset, ul non essel ipse in Patre : audeodicere; et ipso-
rum cilra pcrfectum unilas rcmanerel , si lamen jam uni-
tas esset. Nunc vero cum et ipse in Palre , et Pater in
ipso sit ; non est quo claudicet unilas, sed vcre petfec-
teque unum sunt ipse el Pater. Sic igitur anima, cui
adhaerere Deo bonurn est, non anle se existimet ipsi
perfecle unilam , nisi cum et ilium in se , et se in illo
manentem persenserit. Non quia vel tunc uuum dicatur
cum Deo , sicul unum sunt Pater et Filius : quamvis qui
adharet Deo , unus spiritus est. Legi hoc , sed illud non
legi. Non dico de me , qui nihil sum , sed plane nemo ,
nisi demens, sive de terra, sive de ccelo usurpabit sibi
illam Unigeniti vocem : Ego ei Paler unum sumus. Et
lamen ego , licet pulvis et cinis , frctus quidem Scripturae
auctoiilale, minime islud dicerc verear, quia unus cum
Deo spiritus sum : si unquarr. tamen certi fuero peisu-
asus experimenlis, Deo me adbeerere ad inslar unius
illprum, qui in charitale minent, et Dous in cis, mandu-
canles* Deum , el manducali a Deo. Nam de tali adba>
sione pulo dictum : Qui adharet Deo, unus spiritus est.
Quid ergo? Dicit Filius, Ego in Patre. et Pater in me
est, et unum sumus : dicit homo, Ego in Deo,etDeus
in me est , et unus spiritus sumus.
7. Sed numquid Pater et Filius utsint in invicem , ac
proinde unum, invicem se manducant, sicut Deus et
• at. add.
quodam
modo.
SOIXANTE-OIS'ZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 605
faite. La nature, l'essence et la volonte du Pere et
du Fils ne sont pas seulement une, mais sont une
meme chose. Car leur nature et leur etre et leur
volonte, c'est leur etre et leur nature. On ne peut
done pas dire que l'unite, par laquelle le Pere et
le Fils ne sont qu'une meme chose, se fait deleurs
marquee par ces mots, « un, et une meme chose. »
Car le premier ne peut pas convenir au Pere et au
Fils, ni le second a Dieu et a l'homme. Si vous
etiez deja intelligents dans ce mystere, vous pren-
driez cette occasion pour le devenir encore davan-
tage, remarquantprudemment que ce terme, « une
meme chose, » emporte une unite de substance et natures, ou de leurs essences, ou de lours volontes,
de nature, et que ce terme « un » signifie aussi attendu qu'elle n'est pas factice mais native. Le
l'unite, mais une unite qui est bien differente ;
parce qu'il y a bien de la difference entre l'essence
de Dieu et celle de l'homme, au lieu que l'essence du
Pere et du Fils n'est qu'une. Voyez-vous que cette
unite, de l'homme avec Dieu n'est pas proprement
une , lorsqu'on la compare a cette autre unite sin-
guliere et souveraine? Car comment l'unite se
trouverait-elle la oil il y a pluralite de nature et
difference de substance? Et cependant une ainequi
adhere a Dieu est appelee, et est, en effet, un meme
esprit avec lui, et la pluralite des essences ne pre-
judicie point a cette unite, parce qu'elle neseforme
pas par la confusion des natures, mais par le con-
sentement des volontes. C'est aussi de cette facon
qu'on dit que plusieurs coeurs n'en font qu'un, et
qu'on dit de meme de plusieurs ames qu'elles n'en font
qu'une, comme s'exprime l'Ecriture en parlant des
premiers Chretiens : « La multitude des tideles, dit-
elle, n'etaient qu'un cceur et qu'une ame (Act.
iv, 32). » Voila pour ce qui regarde cette unite.
8. Mais qu'est-ce au prix de celle qui ne se fait
pas par l'union, mais qui est de toute eternite ? Elle
ne se fait pas, comme celle-la, par une manducation
reciproque, puisqu'elle ne se fait pas, mais existe.
Elle ne comporte ni conjonction, ni composition,
ni quoi que ce soit de contraire a une unite par-
Pere et le Fils sonll'un dans l'autre, non seulement
d'nne maniere ineffable, mais encore incomprehenr
sible, ils sont capables de se contcnir et se contien-
nentegalement l'un l'autre ; mais s'ds sont capables
de se contenir, ils ne sont point divisibles, et s'ils
contienneut ils ne sont point participant l'un de
l'autre, car, comme l'Eglisechante dans une de ses
hymnes (Hym. pro feria. n matu.) : Tout le Fils est
dans le Pere, et tout le Pere est dans le Verbe. Le
Pere est dans le Fils, en qui il s'est toujours com-
plu ; et le Fils est dans le Pere, dont il est toujours
engendre, et jamais separe. Or, c'est par l'amour
que l'houime est en Dieu, et Dieu en lui, selon cette
parole de saint Jean : « Celui qui demeure en l'a-
mour, demeure en Dieu, et Dieu en lui » (1 Joan.
iv. 10). C'est a par le consentement de la volonte
qu'ils sont deux en un meme esprit, ou plutot qu'ils
nesont qu'un meme esprit. Voyez-vous la difference?
Ce n'est pas la meme chose evidemment d'avoir une
meme substance, et d'avoir un meme consenlement.
Quoique, si vous y prenez garde, la difference de
ces unites est assez marquee dans ces mots, « un,
et une meme chose, » car l'expression un ne peut
convenir au Pere et au Fils, ni cette autre, « une
a Ici, commence la seconde parenthese qu'on peut regarder,
si on \eut, comme posterieure et preferable a la premiere.
homo mutua se quadarn in sesemanducatione trajiciunt,
utique per hoc, etsi non unum , unus certe spiritus ex-
sistentes"? Absit. Nee enim imo modo insunt sibi hi at-
que 11 li , sed neque una unitas utrorumque. ( Denique
innuitur tibi unitatum diversitas per unus et unum :
quoniam nee Patri et Filio unus, nee homini et Deo unum
poterit convenire. Tu, si sapis , occasione accepta eris
sapicntior, prudenter advertens , illic quidem per unum
unitalem substantias vel naturse : hie vero pevimus aeque
unilalem, sed ideo longe alteram, quia inter substantias
et naturas, homini nempe ct Deo, sua cuique etnalura,
et substantia est, cum Patris Filiiqueconstetpenitus esse
unam. Vides illam nee unitatem esse , si quidem huic
singulari summaeque unitati comparetur. Nam quomodo
unitas, ubi numerus naturarum, substantiarum diversi-
tas? Et tamen unus spiritus dicitur, et est cum Deo ,
anima adhaerens Deo; nee praejudicat rerum pluralilas
unitali huic, quam facit non confusio naturarum , sed vo-
ltintatum consensio. Propter banc quoque miilla corda
unum , et mullaeanimae unadicunlur ,sieut scriptum est:
Mullitudinis credentium erat cor unum, et anima una. Et
haec ergo unitas.
8. Ceeterum quid ad illam, quae non unilione constat,
sed exstat aeternitate? Non plane illam quaRdam, instar
hujus, mutua manducatio facit, quia nee lit. Est enim.
Sed nee conjunctio, vel quasi compositio, vel tale ali-
quid, quod unius non est. Est autem Patri Filioque na-
tura, essentia, voluntas non modo una, sed unum. Hoc
nempe est illis esse, quod naluram esse : hoc velle, quod
esse, vel naturam esse. Non est itaque quod unitas, qua
unum sunt Pater et Filius, dicatur lieri de naturis vel
essentiis, vel voluntatibus, quia non sunt : non est quod
dicatur vel fieri, quia est. Nee enim factitia est, sed
nativa.JSunt in sese Pater et Filius, non solum ineffabili,
sed etiam incomprehensibili modo sui ipsorum capabiles
pariter ct capaces : sed sane ita capabiles, ut non parti-
biles; ita capaces, ut non * participes. Namut in hymno
Ecclesia canit : in Patre totus Filius, et totus in Verbo
Pater. Est Pater in Filio, in quo sibi semper bene
complacuit : et est Filius in Patre , a quo ut nunquam
non natus, ita nunquam est separatus. Porro per chari-
tateni homo in Deo, et Deus in homine est, dicente
Joanne : quia qui manet in charitate, in Deo manet, et
Deus in eo.) Consensio quaedam haec, ut sint duo in uno
spirilu, imo unus spiritus sint. Videsne divei'silatem?
Non est idem profecto consubslantiale, et consentibile.
Quanquam si advertisti, satis tibi per unus et unum,
ipsarum quoque innuitur differentia unitatum : quoniaffl
quidem nee Patri et F'lio unus, nee homini ct Deo
unum poterit convenire. Non possunt dici uruis Pater et
al. partioi-
bilei.
608
OEtTRES DE SAINT BERNARD.
Cest la
c\a i ile qui
unit fhoiuirte
et Dieu.
Saint Ber-
nard fait
re*sortir plus
Tivemrnt
encore lea
differences
de Mi deux
Lnions,
al. altera-
tmm.
meme chose» k l'homme et a Dieu. Oa ne peutpas decette unite dans liquelle nous lisons que plu-
dire que le Pere et le Pils ne sont qu'un, car Tun sieurs coeurs n'etaient qu'un cceur (Art. iv. 32) et
est Pere, et ['autre est Fils. On dit neanmoins qu'ils que plusieurs times n'etaient qu'une ame ? .le crois
sont une meme chose, et ils le sont aussi, parce quelle ne merite pas le noni d'unite, lorsqu'on la
que ehactin d'eux n'a pas sa substaneeparliculiere, compare a celle-ci, qui n'uuit pas plusieurs choses,
m us ils n'ont tous deux qu'une meme Btlbstance. mois qui marque siiiguliercment uue meme chose.
Au conlraire, corame l'homiue et Dieu n'ont pas la C'est done une unite excellente et souveraine que
meme substance ou la meme nature, on ne peut celle qui ne se forme pas par l'union, mais qui est
pas dire qu'ils soieut uue meme chose. Et nean- de loute. eternite. Et cette manducation spirituelle
moins on peut dire en verite qu'ils sont un meme dont nous avons parle ne la fait pas, parce que
esprit, s'ils sont attaches l'un a l'autre par le lien meme elle ne se fail pas, mais elle est toujours.
de l'amour. Mais cette unite est plulot fortnee par Encore moins faut-il penser qu'elle se fasse par la
la convenance des volontes que par l'union des es- conjonction des essences, quelle qu'elle puisse etre,
sences. ou par le consentemeul des volontes, parce qu il n'y
9. Je crois que Ton reconnait assezclairement, nun a ni plusieurs essences, ni plusieurs volontes. Car,
settlement la diversite, mais encore la disparity de nous l'avous deja dit, ils n'ont qu'une settle essence
ces unites, l'une existant dans une meme essence, et une settle volonte. Or, la ou il y a unite, il n'y
et l'autre dans des essences diverses, Qu'y-a-t-il de a ni consenlement, ni composition, ni conjonction,
plus different que I'liuite de plusieurs choses, et ni rien de semblable. 11 faut au moins deux volontes
celle dune meme chose? Les mots, « un, et une pour qu'tl puisse y avoir consenlement, et deux es-
meme chose, » rendent la difference entre ces deux settees pour que ceconsentement en produise Tuition,
sortes d'unites, car par ce mot « une metne chose, » 11 n'y a rien de pared dans le Pere et le Fils, puis-
e'est l'unite du Pere et du Fils qui est marquee, et qu'il n'y a en eux ni deux essencesni deux volontes.
par ce terine un, c'est un consentement ntutuel d'af- Ces deux choses ne sont qu'une meme chose pour
feclions et de volontes entre Dieu et l'homme qui, eux, ou plulot, comnie je vous l'ai dit si je m'en sou-
est designe. Neanmoins, on pent fort bien dire que viens bien, ces deux choses ne font qu'un en eux,
le Pere et le Fils sont un, en y ajoulant quelque un avee eux ; de sorte que, demeurant reciproque-
chose, par exemple un Dieu, un Seigneur, et gene- ment 1'tiu dans l'autre d'une tnauiere aussi immua-
ralement tout ceqtti a rapport achacun egaletnent, ble qu'incomprehensLble, ils sont vraiment et sin-
non a l'un enparliculier. Car leur divinite , ou leur guliereiiient une meme chose. Si neanmoins on
majeste, n'est pas plus differente que leur subs- veut dire qu'il y a consentement entre le Pere et le
tauce, leur essence ou leur nature; et toules ces Fils, je ne my oppose pas, pourvu que par-la on
choses, a le bien prendre, ne sont en eux qu'une n'entende pas une union de volontes, mais l'unite
meme chose. Je n'ai pas assez dit. Elles ne sont d'une settle volonte.
qu'une meme chose avec eux. One dirons-uous 10. Mais nous croyons que Dieu et l'homme demeu-
Filius, quia ille Pater, et ille Filius est : unura tamen
dicuntur et sunt, quod una omnino ill i s, et non cuique
sua substantia est. Quo contra homo et Deus, quiaunius
non sunl substantias vel naturae; ununi quidem dici nou
possunt, unus tamen spiritus cerla et absulula veritale
dicuntur, si sibi glutino amoris inhsreant. Quam quidem
unititem non tarn essentiarum coh;erentia facit, quam
conniventia voluntatum.
9. Patet (ni fallur) satis non modo diversitas, sed et
disparitus unitatum, una in una, altera in diversis exsis-
tente essenliis. Quid tam distans a se, quam unitas plu-
rium et unius? Ita inter unitates (ut di.xi) disteiminant
unus et unum, quod per unum quidem in Patre et Filio
essentia? unitas, per unus vero inter Deum et hominem
non hasc, sed consentanea quaedam aflectionum pie'as
designatur. Cum adjectione tamen etiam Paler et Filius
sanissime dicuntur unus, verbi causa, unus Deus, unus
Domi.ms, et quidquid aliud est, quod ad se quisque,
et non ad alteram * dicitur. Si quidem non est
illis diversa divinitas sive majestas, non magis quam
substantia, vel essentia, vel natura. Nempc haec ipsa
omnia, si pie consideres, non diversa seu divisa in
illis, sed unum sunt. Minus dixi : unum sunt ct cum
illis. Quid ilia unilas, qua multa corda unum, et mul-
tae animae una leguntur? Nee censenda (ut reor)
nomine unitatis, cornparata huic, quae non multa unit,
sed unum singulariter signat. Ergo singularis ac summa
ilia est unitas, quae non unitione constat, sed c.\s-
tal setcrnitate. Nee sane banc spiritualis ilia piiefata
manducatio facit, quia nee tit. Est etiitn. Mullo minus
euin faccre pulanda est essenliirum qualiscunque con-
junctio, seu consensio voluntatum, quia non sunt. Una
. enim illis (^ul dictum est) ct essentia, et voluntas : uni
vero non est consensus, non compositio, non copulatio,
aut tale aliquid . Duas esse oportet ad minus vuluntates,
ut sit consensus; duas aequo esscntias, ut sil con-
junctio sive unitio per consensum. Horum nihil in
Patie et Filio, quippc nee essentias duas, nee duas
habentibus voluntates. Una ett utraque res illis : vel
putius (ut pr.efatum me memioi) unum duo ista in illis,
unum et cum illis sunt, ac per hoc ipsi sicut incom-
prehensibiliter, ita incommutabiliter * inviceni in se • „;. inei*>
manentes, vere et singulariter unum sunt. Si quis tamen parabiiitar.
inter Patrem et Filium dicat esse consensum; non con-
tendo.dummodo non voluntatum uniunem, sed unilatem
intelligat voluntatis.
10. Alqui Deum et hominem, quia propriis exstant
ac distant et voluntatibus et substanliis, longe abler in
SOIXANTE-ONZIEME SERMON SIJR LE CANTIQUE DES CANT1QUES.
507
He rent 1'un dans 1'autre, d'une tnaniere bien dilfe- hii qui etait deja aime commence aussi a aimer.
Ronton
ommeavei! rente de celle-ln, paree qu'ils ont des snbslances et
aseotement des volontes propres, et subsislant separementl'une
< toIodWe. (je i"autre; en d'autres termes, nous croyons qu'il
n'y a point en eux confusion de substances, mais
consentement de volontes; leur union est une res-
semblance de vouloir et une conformite d'amour.
Heureuse union lorsqu'on l'eprouve, ce n'est rien
lorsqu'on la compare a relle doutnous avons parle.
Voici ce qu'en dit celui qui l'avait eprouve : « Mais
pour moi tout mon bien c'est de m'attacher a Dieu
(Psal. i.xxn. 28). » C'est un grand bien, a la verite, si
vous vous y attachez entitlement. Qui est ce qui
s' attache parfaitement a Dieu, sinon celui qui, de-
meurant en Dieu, comme aimede Dieu, attire Dieu
en lui, par un amour reciproque? Lors done que
Dieu et 1'homrae sont attaches ensemble de part et
d'autre, ce qui arrive lorsqu'ils sont incorpores par
un intime et mutuel amour, alors je ne fais point
de doute de dire que Dieu est dans l'honirae, et que
l'homme est en Dieu. Mais l'homme est en Dieu de
toute eternite, parce que Dieu l'a aime de toule
eternite ; si neanmoins, il est de ceux qui disent :
« 11 nous a aimes gratuitement dans son his hien-
aime avant la creation du monde (Eph. i. 6). »
;nmment ^a's Dieu n'a ete dans l'homme, que depuis que
iomme est. l'homme l'a aime, et, sicela est, l'homme peut etre dans lequel les pecheurs ont ete incorpores et qu'ils
Dieu en en Dieu sans que Dieu soit dans l'homme , mais devinsseut justice en lui apres avoir ete justifies
Dieu n'est point dans l'homme, que l'homme ne
soit en Dieu. Car, quoique peut-etre il aime pour
un temps, il ne peut pas demeurer dans l'amour,
s'il n'est aime de Dieu, mais il peut ne l'aimer pas
encore, bien qu'il soit aime de lui. Autrement com-
ment cette parole serait-elle veritable : « 11 nous a
aimes le premier (1 Joan. lv. 10)'? » Maislorsque ce-
alors l'homme est en Diou, el Dieu en l'homme.
Mais celui qui n'aime jamais, n'a certainement ja-
mais ele aime, et pourtant il n'est point en Dieu, et
Dieu n'est point en lui. Que cela soit dit pour mon-
trer quelle difference il y a entre 1' union par la-
quelle le Pere et le Fils ne sont qu'une meme chose
et celle par laquelle l'arae, s'altacliaut a Dieu, n'est
qu'un meme esprit avec lui ; si on lit de l'homme
qui demeure dans l'amour, qu'il demeure en Dieu
et que Dieu demeure en lui, et du Fils qu'il est
aussi dans le Pere et que le Pere est en lui, il ne
faut pas croire que le tils adoptif jouit de la meme
prerogative que le fils unique.
11. Cela dit, retournons maintenant a celui qui
pait parmi les lis, car c'est l'endroit dout nous
somuits partis pour faire cette digression, et c'est
a vous a juger s'il etait a propos pour nous de la
faire. J'avais deja, ce me semble,donn6 deux expli-
cations de ce passage, et dit que l'Epoux se nourrit
spirituellement des vertus des justes, lui qui est la
vertu et la spleudeur de sou Pere, ou qu'il recoit
les pecheurs a la penitence dans sou corps, qui est
l'Eghse, et ;ue, pour se les incorporer, il s'esl fait
peche, comme dit l'Apolre, lui qui n'a point fait de
peche [Ram. vi), alin de detruire le corps du peche
homme.
gratuitement.
12. Voici encore un troisieme sens qui me vient
a l'esprit; et je crois qu'il suflira non-seulement
pour expliquer ce passage, mais encore pour ache-
ver ce discours. I.a parole de Dieu est verite, aussi
bien que l'Epoux. Vous savez cela ; ecoutez le reste.
Lorsqu'on entend cette parole, et qu'on ne lui
TroiMemi
mauiere
d'eolendre
le meme pas-
sage, qui eat
de I'appli-
querau Verba
de Dieu.
se altera trum rnanere sentimus, id est non snbslantiis
confusos, sed voluntatibus consentaneos. Et base unio
ipsis comaiunio voluntutum, et consensus in charilate.
Felix unio, si experiaris : nulla, si comparaveris. Vox
experti; Mihi autem adluerere Deo bonum est. Bonuin
plane, si omni ex parte adh&'seris. Quia est qui peifecte
adhaeret Deo, nisi qui in Deo manens, tanquam dilectus
a Deo, Deum nihilominus in se traxitvicissim diligendo?
Ergo cum undique inhaeient sibi homo et Deus, (inhae-
rent autem undique intima mutuaque dilectione invis-
cerati alterutrum sibi :) per hoc Deum in homine, et
hominem in Deo esse haud dubie dixerim. Sed homo
quidem ab stcrno in Deo, tanquamabEeternodiledus,sit
tamenexillissitqui dicunt, quoniam dilexil et graiificavit
nos in dileclo Filio suo ante mundi constitutionem : Deus
vero in homine, ex quo dilectus ab homine est. Et si ita
est, homo quidem in Deo estetquando in homine Deus
non est : Deus autem in homine non est qui non sit in
Deo. Manere enim in dilectione non potest, etsi forsitan
ad tempus diligat non dilectus : potest autem nondiim
diiigere eliam dilectus. Alioquin quomodo stabit ,
quonium ipse prior dilexit nos? Poiro cum jam etiam
diligit qui ante diligebatur; et homo in Deo , et
Deus in homine est. Qui autem nunquam diligit ,
constat quod nunquam dilectus est : ac per hoc nee
ipse in Deo, nee Deus in eo est. Haec dicta sint ad
dandam dilTercntiam inter illam connexionem, qua Pater
et Films unum sunt, et illam qua adhaerens Dcoanima,
unus spiritus est : ne forte quia le^ilur de homine ma-
nente in charitate, quia in Deo manet, et Deus in eo ;
et item de Filio, quod nihilominus in Patre sit, et
Pater in ipso; par praerogativa adoptati putaretur, et
unici.
H. His ergo absolutis , recurrendum nobis ad
ilium qui pascitur inter lilia , quia inde excursus
hie faelus est usque hue : utrumnam non otiose ,
vos judicabitis. Et jam quidem loci ipsius duos inlellec-
tus posueram, sive quod virtutibus pascitur candidato-
rum, qui virtus et candor est : sive quod peccatores
recipit ad pcenitentiam in corpore suo, quod est Eccle-
sia, pro quibus sibi incorporandis seipsum fecit pecca-
lum, qui peccalum non fecit, ut deslrueretur corpus
peccati , cui aliquando complanlati fucre peccanles ,
essentque justitia in ipso justificati gratis.
12. Terliamadhuc * pono sententiam qua" occurrit; ct
satis fore reor non modo pro loci explanatione , sed et
pro tine sermonis. Sermo Dei Veritas est , et ipse sp jasus.
Nostis hoc : audite caetera. Is cum auditur, e! minirae
* al lertiilm
addo qui
occurrit.
608
OEl'VRES DE SAINT BERNARD.
obeit pas, elle deraeure, si je puis parler ainsi,
Tide et sterile, tile est triste, et se plaint de ce
qu'elle a ete pi offeree inutilernent. Mais lorsqu'on
lui obeit, ne vous semble-t-il pas qu'elle s'accroit,
et prend du corps, parce que Taction est jointe a la
parole, et ainsi elle est connue, refaite et remise
en meilleur etat par les fruits de Tobeissance et de
la justice? (Vest pourquoi elle dil dans l'Apoca-
L £pom pait b"l,se : 1 Voici que je me tiens debout a la porte,
q""beu°. '*' et je fraPPe •' Si quelqu'un entend ma voix et
m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui, et je soupe-
rai nvec lui, et lui avec moi (Apoc. in, 10'1. » U
semble que le Seigneur approuve ce sens dans un
Propbete, lorsqu'il dit, que « sa parole ue retour-
nera point vide a lui. mais quelle reussira, et fera
l'effet pour lequel il l'a euvoyee (ha. lv, u). » Kile
ne retournera point a moi, dit-il, vide ou sterile,
mais comnie reussissant en tout, elle sera rassasiee
des bonnes actions de ceux qui lui obeisaent par
amour. Aussi, dit-on comnmnementqu'une parole
il ne recoit point Taumune de la main d'un voleur,
oud'un usurier, non plus que d'un hypocrite qui,
bios loin de donner 1 auuiuin', fait sonuerla troni-
pette devant lui, alin d'etre loui- des bmnmes
[Malth. vi, 2). 11 n'exaucera point non plus la
priere de celui qui aime a prier dans les carre-
fours, afin qu'on le voie (Ibid. 9). Car la prieie du
ur lui est en execration ; et c'e>l cjuTt-rnent
en vain que celui-Aoflre sou present devant l'au-
tel, qui sait que son frere a quelque animosity
contre lui (Mall, v, i>3 . Enfin s'il ne regards pas
les presents de Cain, c'est parce qn'il n'etait pas bien
dispose pour sou frere {Gen. iv, 5). Suivant le
temoignage du Propbete, il avait aussi en abomi-
nation les fetes, les solennites, et les sacrifices des
Juifs, en sorte qu'il proteslait clairement qu'ils
lui etaient & charge, et disait : «'Quand vous etes
devant n 'oi, qui exige ces otl'randes de vos mains
ha. l,, 13i? » Je crois que ces mains ne sentaient
pas les lis, voila pourquoi il refusait les presents
est accomplie lorsqu'elle a eu son efTet, parce qu'il qu'eHes lui olfraient, a lui qui est habitue a pailre
semble quelle est vide et maigre et, si je puis ainsi
parler, famelique tant qu'elle n'est pas reniplie par
Taction.
13. Mais ecoutez de quelle nourriture elle dit
elle-meme qu'elle se nourrit. « Ma nourriture, dit
cette parole, c'est de faire la volonte de ruon Pere
(Joan, iv, 94). » C'est la parole du Verbe, qui mar-
que clairement que sa nourriture est toute bonne
Ld° Verb"6 oeuvre> si neanmoins il la trouve parmi les lis,
e'ot le bien e'est-a-dire parmi les vertus. Autrement, s'il la
'btenfkit?* rencontre bors du champ de lis, bien qu'il semble
qu'en soi ce soit une bonne nourriture, celui qui
pait parmi les lis ne la touchera point. Par exemple,
parmi les lis, non parmi les epines. Et ceux a qui
il disait : «• Vos mains sont pleines de sang (Ibid.
i5), » n'avaient-ils pjs les mains pleines d'epines.
Les mains velues d'Esaii ressemblaient aussi a
des maius couvertes d'epines ? C'est pourquoielles
ne furenl point admises a servir le saint homme
Isaac.
Ox. Je crains qu'il n'y en ait aussi parmi nous
quelques uns dont l'Epoux ne recoive pas les
presents, parce qu'ils ne sentent point le lis. Car
s'il trouve qu'il y ait de la propre volonte dans
mon jeiine, l'Epoux ne goute point un jeiine de
cette sorte, parce qu'il ne sent pas le lis de Tobeis-
Lei jeunes de
de notre |
choix na %
sont point
agreables ft
Dien.
obeditur il 1 i ; vacuus interim et jejunus quodam modo
remanet , omnino tristis etquerulus, quod prolatus in
vacuum sit. Si auteni obeditum fuerit, nonne tibi verbum
videbitur in quamdam excrevisse corpulentiam, quia
verbo opus accessit , ulpote re fee turn quibusdain frucli-
bus obediential, justitias frugibus? Inde est quod in Apo-
calypsi loquitur , Ecce sto ad ostium , et pulso : si quis
audierit vocem meant ,et aperuerit mihi januam , introibo
ad ilium , et casnabo cum eo , et ipse mecum. Videtur
approbari hie sensus et apud Proplietam sententia Do-
mini, ubi dicit, quod verbum suum non revertelur ad
se vacuum, sed prosperabilur , et faciet ad qu<e misit
illud. Xon revertelur , inquit , ad me vacuum vel jeju-
num, sed quasi prospere in omnibus agens , saturabitur
bonis actibus eorum , qui in dileclione acquiescent illi.
Denique usu loquendi sermo implelus tunc dicilur , cum
fuerit mancipatus effeclui : quod videlicet (andiu inanis
etmacer, ac quodam modo famelicus sit , donee opere
compleaiur.
13. Sed audi ipsura quo se dicat cibo ali. Meus , inquit,
ctbus est , ut fuciam voluntatem Patris mei. Verbum
Yerbi est aperte indicanlis, esse suum cibum factum,
bonum : si tamen invenerit illud inter liba , hoc est
inter virtutes. Alioquin si extra repererit , et si bonus
(quod in se est) videtur cibus , non tanget ilium is , qui
pascitur inter lilia. Verbi causa, non recipit eleemosy-
nam de manu raptoris seu foeneratoris , sed nee de hypo-
crilae quidem , qui cum facit eleemosynam , facit tuba
cani ante se , ut glorificetur ab hominibus. Sed nee illius
orationem aliquo modo exaudiet , qui amat orare in an-
giitis ptatearum , ut ab hominibus videatur. Nempe oratio
peccatoris exsecrabilis erit. Frustra quoque otferat mnnus
suum ad altare, qui conscius est sibi, quod frater suus
babet aliquid adversnm se. Denique non respexit ad Cain
munera , eo quod non recte anibularet cum fratre suo.
Teste sancto Propheta , etiam abominabatur sabbala, et
neomenias , et sacrifieia Juda>orum, ita nt manifeste pro-
testaretur odisse ea animan suam , et dicebat : Cum ve-
nzrelis ante conspectum mettm , qnis quwsivit ea de ma-
nibut vestris? Credo non redotebant lilia manus ilia? , et
propterea respuebat munus ex illis qui pasci inter lilia
consuevit , et non inter spinas. Quidni spinosas babebant
manus ,quibusaiebat : manus vestrm sanguine plence mntt
et manus Esau pilosae crant . spinosis similes; ideoque
non sunt adurissa? , ut ministrarent Sancto.
14. Vereor ne et inter nos aliqui sint , quorum non
acceptet munera Soonsus, eo quod non redoleant lilia.
Etenimsi indie jejunii mei inveniatur voluntas mea, non
tale jejunium elegit Sponsus , nee sapit illi jejunium
meum quod non lilium obedientiae, sed vitium propria
S01XANTE-D0UZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 509
sance, mais le vice de la propre volonte. II faut en et l'Epoux de l'eglise, Jesus-Christ Notre-Seigneur,
dire autant du silence, des veilles, de l'oraison, de ne fermera pas la bouche de ceux qui parlent de
la lecture, des ceuvres manuelles, et enfin de de lui, car il a coutume, au contraire, d'ouvrir
toutes les actions d'un religieux, s'il les fait de son celles qui sont fermees, lui qui etant Dieu par des-
propremouvement, non pourobeir a son superieur. sus tout est beni dans les siecles des siecles. Ainsi
Je ne croir pas qu'il faille mettre ces observances, soit-il.
quoique bonnes en soi, au nombre des lis, c'est-a-
dire des vertus ; mais celui qui en produit de sem- SERMON LXX1I.
blables, entendra du Prophete ces paroles : « Est-
ce la le service que je desire qu'on me rende, dit Ce qu'il faut entendre par ces mots : le jour parait
le Seigneur (lsa. lviii, 3)? » Et il ajoute : On trou- etles ombres s'abaissent. 11 y a diffirents jours selon
volonte
iropre
ve toujours de la volonte propre dans vos meilleu-
'vSn'm?' res actious- La propre volonte est un grand mal,
puisqu'elle est cause que le bien que vous faites
vous est inutile. 11 faut que toutes ces pratiques
deviennent des lis, car celui qui pait parmi les lis
ne goute rien >ie ce qui est infecte de la propre
volonte. 11 est la souveraine sagesse qui alteint
partout a. cause de sa purete, et qui ne souffre au-
cune corruption. L'Epoux aime done a paitre parmi
les lis, e'est-a-dire dans les cceurs purs et nets.
Maisjusques a quand se repaitra-t-il ? « Jusqu'a ce
que le jour paraisse et que les ombres s'abaissent
les hommes. Lesjustes vivant dans la lumiere jouis-
sent d'un jour d'une parfaite clarte ; quant aux
impies, comme ils sont plonges lout entiers dans
des ceuvres de tenebres, ils n'ont qu'une nuit af-
freuse.
1. « Mon bien aime est a moi, et moi, alui, etilpalt
parmi les lis, jusqu'a ce que le jour paraisse, * et
que les ombres soient abaissees (Cant, h, 16). » II
me reste a vous expliquer la derniere parlie de ce
verset. Et je ne sais a laquelle des deux precedentes
je dois la rapporter. Car je puis le faire indiffe-
(Cant. n, 17). » Get endroit est plein d'ombrages remment a l'uneet a l'autre; puisque, soit que vous
epais, n'entrons qu'en plein jour dans la foret pro-
fonde de ce myslerc cache. D'ailleurs, comme j'ai
ete un pen plus long qu'a l'ordinaire, le jour a
baisse, tandis que e'est avec regret que nous
quittons ces lis. Et je n'ai pas craint d'etre long,
parce que l'odeur de ces flours empechait qu'on ne
s'ennuyat. II ne reste que fort peu de chose de ce
verset, mais le peu qui reste est bien cache,
comme toutes les autres choses de ce cantique.
Mais celui qui revele les inysteres viendra, comme
je crois, lorsque nous aurons commence a frapper,
disiez : « Mon bien-aime est a moi, et moi, a lui,
jusqu'a ce que le jour paraisse et les ombres s'abais-
sent, « on bien, en suivant l'ordre de la lettre :
« 11 pait parmi les lis jusqu'a ce que le jour pa-
raisse, et les ombres s'abaissent, » l'un et l'autre
sens sont fort bons. II y a seulement cette diffe-
rence que, si on rapporte ces mots, « jusqu'i ce
que, » au premier membre, ils exprinient que le
a Guerry loue saint Bernard a l'occasion de ce passage,
comme la remarque en a ete faite dans la preface de ce tome,
n. ii.
. veritus
xitateui.
voluntatis sapit. Ego autem non solum de jejunio, sed
des;lentio, de vigiliis, de oratione, de lectione, de
opere mamutm, postremo de omni observantia monachi,
ubi invenitur voluntas sua in ea, et non obedientia ma-
gistri sui , idipsum senlio. Mininie prorsus observantias
illas , et si bonas in se , tamen inter lilia , id est inter
virtutes , censuerim deputandas : sed audiet a Propheta
qui ejusmodi est : Numquid tale est obsequium quod
elegi , dicil lominus? et addet : In die bonorum tuorum
inveniuntur volunlates lute. Grande malum propria volun-
tas, qua lit ut bona tua tibi bona non sint. Oporlet proinde
lilia liant qua; hujusmodi sunt , guslabit is qui pascitur
inter lilia. Sapientia est ubique altingens propter mun-
ditium suam : et nil inquinatum in earn imcurrit. Ita er-
go inter lilia pasci amat sponsus , id est apud munda et
nitiila corda. Sed quousque? Donee ads/iiret dies , et
iticlinentw umbra!'. Uobrosns locus est hie et condensu9 :
nun in! remits silvain hanc profundi sacramenti , nisi Cla-
ra luce die:. Jam enim disputante me longius , inclinata
est dies , dum invili abstraliimur ab bis liliis. Nee sum
victus * prolixilale , cui fastidium omne detraheret odor
florum. Modicum quid restare videtur de praesenti ca-
pilulo. At istud modicum reconditum nimia , sicut et
cstera universa carminis hujus. Sed qui revelat mysteria
aderit , ut confido , cum pulsare cceperimus : et nonclau-
det ora loquentium se, cui familiare magis est reserare
clausa, sponsus EcclesiEe Jesus-Cbristus Dominus noster,
qni est super omnia Deus benedictus in saecula . Amen.
SERMO LXXII
Dies adspirans, et um6>'«inclinatae qua; sinl. Deindevarii
hominun dies exponuntur. Et quod juitos, utpote in
luce viuentes , maneat clarior dies : impios vero in
operibus tenebrarum versantes celerna nox.
1 . Dilectus metis tnihi, et ego Mi, qui pascitur inter lilia;
donac adspiret dies , et inclinentur umbra. Novissima
tantum capituli hujus tractanda pars est , et dubito in ipso
ingressit , cttinam pofissimum eamjungam duarumpra
cedenlium ; nam possum indifferenter utrique. Sive enim
dicas, Dilectus mens mini, et ego itli donee adspiret du :,
et inclinentur umbra; , interposito tantum , qui pascitur
inter lilia; sive pro lrfteras serie , qui pascitur inter liliu,
donee adspiret dies , et inclinentur imbra; : non incon-
venienter utrovis assignas. Hoc sane refert , quod donee
si primo junxeris , inclusivum oportet intelligas : si me-
dio , exclusivum sentias necesse est. Esto nempe quod
510
OEUVRES DE SAINT DEHNARD.
Sens litteral
et liaison du
conteite.
jour est inclus ; et si on les joint avec le second, la fin du monde, l'Epoux est dans un royauma qui
il faut entendre que c'est jnsqu'au jour exclusive- brille de toutes parts, d'une infinite de beaux lis,
nient. Car supposez que l'Epoux cesse de paitre et qu'il y jouisse de delices incomparables, on ne
parmi leslis lorsque lejour se leva, cessera-t-il aussi pourra pas dire neanmoins qu'il s'y repaisse corame
d'etre a l'Epouse on l'Epouse d'etre a lui? A Dieu il avait coutume de le faire auparavant. Car oiiy
ne plaise. lis eontinueront cternellenient a etre aura-t-il des pecheurs que Jesus-Christ puisse s'ia-
niutuellenient l'un a l'autre, avec ce seul change- corporer apres les avoir manges, pour ainsi dire,
nient que leur union sera d'autant plus heureuse comme avec les dents dune discipline austere, je
qu'elle sera plus forte, et d'autant plus forte quelle veux dire avec les dents des afflictions de la chair,
sera plus libie. 11 faut done entendre ces mots, et dela contrition du cceur? Le Verbe Epoux n'exi-
« jusqu "a ee que, » comme saint Mithiou, lorsqu'il gera plus celte nourriture des actions de l'obeis-
dit que Joseph ne connut point Marie, « jusqu'a sauce lorsque l'uuique action sera d'etre dans le
ce qu'elle eut enfante son premier ne. » Car il ne repos, et lorsqu'on ne s'occupera qu'a contempler
la connut pas nou plus apres. Ou comme dans ce et a aimer. II est vrai que la nourriture de ce Fils
verset d'un psaunie : « Nos yeux sont tournes unique, est de faire la volonte de son Pere, mais
vers le Seigneur notre Dieu, jusqu'a ce qu'il ait c'est iii, non dans le ciel, car comment la ferait-il,
compassion de nous [Psul. cxn, 2). » Car nous ne puisqu'clle est faite, et qu'il est constant qu'elle
les detournerons pas de lui, lorsqu'il commencera sera parfaite alors? C'estencemomentque les saints
a avoir compassion de nous. Ou bien encore comme conuaitront clairenient quelle est la volontede Dieu,
dans cette parole du Seigneur aux apotres : « Voici cette voloute sainle, juste et parfaite. Que reste-t-il
que je suis avec vous jusqu'ci la consommalion des a faire lorsque tout est parfait? 11 ne resle plus
siecles [Matt, xxvm, 20). » Car il ne cessera pas qua jouir, non a faire quoique ce soit, a eprou-
d'etre avec eux apres la fin du monde. Voila. done ver, non pas a travailler, a vivre de cette divine
comment il faut entendre ces mots, « jusqu'a ce voloute, non pas a s'exercer a l'accomplir. N'est-ce
que, » si vous les rapportez a ces paroles : « Mon pas elle que nous avons appris du Seigneur a de-
bien-aime est a raoi, et nioi, a lui. » Mais si vous inander avec instance qu'elle s'accomplisse dans le
aimez mieux les rapporter a ces autres : « II pait ciel et sur la terre {Mutt, vi, 11), aim que lorsque
parmi les lis, » il faudra les prendre dans uu autre nous serous dans le ciel nous n'ayons plus qua en
sens. Et alors il sera bien plus difficile de monlrer recueillir le fruit? Le Verbe Epoux n'aura pas
comment l'Epoux cesse de paitre, lorsque le jour besoiu de la nourriture des bonnes oeuvres, parce
commence a soufller. Car si ce jour est celui de la qu'il faut que toute ceuvre cesse lorsque nous
resurrection, pourquoi ne se plail-il pas davautage serous tons aboudamment remplis de la sagesse.
a paitre parmi les lis en un temps oil il y en a uiie Car ceux qui agissenl moins l'acquierent, selon la
grande abondance ? Voila pour ce qui regarde les parole du sage meme {Eccli. xxxvm, 25).
rapports des texles. 3. Mais voyons maintenant si ce que nous disons
2. Considerez maintenant avec moi que si, apres peut subsister avec le sens que nous avons donne,
Le Christ
dans lai'loin
se renatt-fl
parmi les
lis?
L'occuptioo
dans la
gloire nt la
repos.
designat Sponsus pasci jam inter lilia , ubi adspiraverit
dies; numquid similiter cessabit etiam ''ponsae inlendere,
aut ipsa illi? Absit. In Eeternum perseverabunt sibi ; nisi
quod tunc felicitis , cum veheme.itius ; tunc vehementius,
cum e.vpedilius. Sit ergo lale hoc donee , quale est illud
apud Malilia'iim , ubi narratur non cognovisse Mariana
Joseph, donee peperil Fitiun suum primogeniium. Non
enim post cognovit. Yel cert ! quale est illud in psalmu:
Oculi nostri ad Dominion Utuin nostrum, donee mise-
reulur nostri. Non enim avcrlcnlur , cum cceperit mise-
rcri. Vel quale item illud Domini ad Apostulos : Eece
ego vobiicum sum usque nd eonsummationem sceeuti. Non
enim post non erit cum illis. Verum hoc ita , si donee
referas ad Dilectus meus mihi , et ego illi. Sin aulem ad
qui patcitur inter lilia rcspicere malis , erit alio sensu
accipicudum. Porro operosius ostendetur, quomodo tunc
dilectus pasci desinat, cum adspiraverit dies. Etenim si
dies rcsurreclionis is est, quidui mullo magis pasci ibi
inler lilia juvet, ubi liorum major admodum copia erit 1
Etproaptanda quidem litteraB coasequeatia hasc dicta
sint.
2. Nunc jam adverte mecuin, toto licet liliis fulgenti-
bus regno, Sponsoque medio exsistenteet deliciente, non
tamen esse quod dicatur et pasci, juxta id quidem quod
ante consueverat. Ubi namque jam peccatores, quos sibi
Incorporet Chrislus, mansos morsosque quasi quibusdatn
denlibus disciplins austerioris, afilictione scilicet carnis,
et cordis contritione ? Sed neque cibum sibi jam exiget
Verburn Sponsus ex aliquibus factis seu operibus obe-
dienliae, ubi omne negolium otium ; soloque in intuitu
et afl'ectu res erit. Et quidem cibus ejus, ut facial vo-
luntalem Palris sui : sed hie, non ibi. Quid enim faciat
factam ? Et pcrfeetam tunc esse consUit. Denique pro-
bare jam tunc est omnibus Sanctis, qua? sit voluntas
Dei bona, el bcneplaccns, el. perfecta. Et certe post per-
fectum, faciendum superest nihil. Frui de cEetero restat,
non fieri; expeiiri, non operari ,ea vivere, non exerceri
in ea. Nonne ipsa est, quam instantissima prece docti
quidem a Domino, sicut in cnelo, ita et in terra perfici
postulamus, quo ejus jam delectet fructus, actus non
fatiget ? Non erit itaque Sponso Verbo operis cibus,
quia cesset nccesse est omne opus, ubi plenius ab uni-
versis percipitur sapientia. Nam qui minorantur aetu
percipiunt earn.
S0IXANTE-D0UZ1EME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 511
ainsi que quelqups-uns''ont fait, aces paroles : «Se il daigne avoir cette bonte, ou plutdt elle reconnalt
repaitre parmi les lis; » c'est-a-dire se rejouir de la et declare le terme deja fixe endisant, « jusqu'a ce
blatukeur des vertus. Car nous n'avons point omis que le jour paraisse, et que les onibres s'abais-
cetleinterpretation. Dirons-nous qu'alors il n'y aura sent. » Carelle sait bien qu'apres celail doit plutdt
point de vertus ouquel'Epoux n'y prendra point plai- s'abreuver que se nourrir devertus. C'estd'ailleurs
sir. Ces deux pensees sontegalement extravagantes? parfailement en rapport avec ce qui a lieu d'ordi-
Mais considerez s'il ne sen rejouira point d'une au- naire, car on boit apres qu'on a mange; celui done
tre maniere, et si, au lieu qu'elles lui serventici de qui mange ici-bas, boira dans le ciel, et avec d'au-
nourriture, elles ne lui serviront point de breuvage. tant plus de plaisir qu'il le fera avec plus d'assu-
ns cette Duraut cette vie, et dans ce corps mortel, il n'ya ranee, parce qu'alors il avalera aisement les choses
on|T point P°int 'le verlu si puriiiee, et pour ainsi dire si que maintenant il coupe avec peine comnie par
samment ctarifiee, qu'elle puisse servir de breuvage al'Epoux. morceaux, pour les avaler plus facilement.
Mais celui qui veut que tons les homines soient l\. Voyons maintenant quel est ce jour, et quelles
sauves, ferme les yeux sur beaucoup de choses, et sont ces ombres dout parle l'Epouse, comment
ceux qu'il ne peut faire prendre comme breuvage, l'un souffle ou parait, et les autres s'abaissenl. Cette
il a suin d'en tirer quelque chose d'agreable au expression, « jusqu'a ce que le jour souffle » est re-
gout, et deles preparer avec art et avec peine, pour marquable, et meme tout-a-f ait particuliere a ce
s'eii servir comme d'une nourriture. II arrivera tin lieu, parce que e'est le vent qui souffle, non le
jour que la vertu sera pure et claire, en sorle que, temps. L'liomme respire l'air, les autres animaux
au lieu d'etre pressee sous la dent et fatiguee par 1« respirenl aussi, et e'est cette respiration conti-
eelui qui la mange, ou plutdt au lieu dele fatiguer, nuelle qui les fait vivre. Et qu'est-ce que l'air, si-
elle lui servira debuisson agreable, parce qu'elle ne non du vent? Le Saint-Lsprit souffle aussi, et e'est
sera plus une nourriture, mais un breuvage. C'est de la qu'il tire son nom. Comment done le jour
ce que le Seigneur nous promet dans l'Evangile, souffle-l-il, puisqu'il n'est ni vent ni esprit animal?
lorsqu'il dit : « Je ne boirai point de ce fruit de la Et encore 1'Eiiitiire ne dit pas, qu'il souffle, mais,
vigne, jusqu'a ce que je le boive nouveau avec ce qui emporte quelque chose de plus, « qu'il as-
vous dans le royautne de mon Pere (Malt, xxvt, pire. » 11 n'est pas muins extraordinaire qu'elle
29). » Hue fait aucune mention de nourriture. Nous dise, « que les ombres s'abaissent, » puisque lors-
lisons aussi dans le Prophete qu'il « est comme un que cette lumiere visible et corporelle se leve, les
hommerobuste, a qui levin donnedenouvelles forces ombres ne s'abaissent pas, mais se dissipent tout-a-
(Psal. lxxvii, 65). 11 n'est point non plus parle en fait. 11 faut done cnercker l'explication de ces choses
cet endroit de nourriture. L'Epouse iustruite de ce hors du corps. Ei si nous pouvons trouver un jour
myslere, ayant trouve et publie que son bien-aime et des ombres spinttielles, peiit-etre alors enten-
pait parmi les lis, etablit done un terme jusqu'oii drons-nous plus aisement ce que c'est que a l'aspi-
Qae fant-il
entendre par
ce jour qui
parait.
3. Sed videamus nunc, si quod dicimus stare possit,
et secundum illam senlentiam, qua pasci inter lilia, can-
didatu virtutum oblectari, quidam interpretantur. Nam
et uos ipsam inter cameras non praeterivimus. Dieemus-
De, aut non fore, aut Spanso minime sapere tunc virtu-
tes? Etquidenisentirealterutrum, dementias est. Sed vide
ne forte alias illis delectetur. Nam constat delectari, sed
forsitan polu magis, quam pastu. Sane in tempore et
corpore isto. nulla nostra virtus ita ad purum detecata
erit, nulla ita -.; .vis et mera, ut Sponso habilis sit ad
potandum. Sed ij li vult omnes homines salvos lieri,dis-
simulat multa, et quam non potest potandi interim faci-
lilate glulire, curat exea vet quippiam elicerc sapidum,
quasi arte quadam et quodam labore mandendi. Erit
cum erit virtus col.ibilis, nee premetur dente, nee fati-
gaturamandente, vet potiusnon fatigabit,mindenlemquce
bibentem absq.ie opera deleclabit, tanquamuliquepotus,
nou esca. Denique tiabes spoudentemin Evangelio, quia
nonbibam d- hoc genimine vitis, inquit, donee bibam il-
tivl n loum vobiscum in regno Pains mei. Et de cibo
nulla me .tio est. Sed apud Proptietam quoque legitur,
( f/ an p >l 'iv crapulatus a vino : de cibo autem nihil
ib! ptuitns inveuilur. Spunsa ergo conscia mysterii hu-
jus, cum dilectum pasci inter lilia comperisset ac perhi-
buisset, constituit teraiinum quoad id dignaretur, imo
constitutum agnovit et perhibuit dicens, donee aspiret
dies, et inelinentur umbra. Sciebat enim virtutibus eum
postea potandum potius, quam pascendum. Connivere'vi-
deturet consuetudo, qua post cibum potussumi de more
solet. Ergo qui hie manducat,illic bibet, eo tuncsuavius
quo securius ; glutiturus et ea ipsa , qua; scrupulo-
sius modo, et quodam modo laboriosius quasi maudendo
liquat.
4. Nunc jam intendamus considerare de die illo et
illis umbris, qui ille, qute ista3 : ilte qua ratione adspi-
rans, hie in qua potestate habeant inclinari. Signanter
omnino dictum est, donee adspiret dies, imo singulariter.
Solo quippe hoc loco (nisi fallor) diem adspirantem
comperics. Aura; nempe, non tempora spirare dieuntur.
Spirat homo, spirant animalia ctetera, quibus indesi-
nenter reciprocratus aer vilam continuat. El q lid hoc,
nisi ventus ? Spirat et Spiritus-Sanctus, et inde spiiitu .
Quo pacto ergo dies spirans, qui nee ventus, nee spiri-
tus nee animal est? Quanquam nee spirans quidem, sed
quod signantius sonat, adspiruns dictus sit. Nee
minus prseter solitum dictum inelinentur umbra; De-
nique ad exortum hujus corporei visibilisque luminis
umbra? non inelinantur, sed annullantur. Extra pruiade
corpora quaerendie has res. Et siquidem spirituales
inveneriraus diem et umbras, tunc forsitam et iacluiatio
at. coots*
aire.
612
ration t> de l'un et « l'abaissement » des autres. Si
on croit que c'est d'un jour corporel que le Pro-
phete a dit : « un jour dans votre maison vaut
mieux que mille ailleurs (Psal. ixxxm, 2), » je
ne sais ce qu'on ne devra point entendre d'une uia-
niere corporelle. il y a aussi un jour qui se prend
en mauvaise part et que les prophetes out mau-
dit (Job. lit, 3 etJcr. at, 14). Mais Dieu nous garde
de croire que ce soitunde ceux que nous voyons
desreux du corps. C'est done un jour spirituel.
5. Qui doute aussi que l'ombre quienvironna Ma-
rie, lorsqu'elle coneut, ne soit spirituelle ; ainsi que
celle dont parle le Prophete quand il dit : « Le
Seigneur Christ est un esprit present devant nous;
nous vivrons sous son ombre, parmi les nations
(77iwi.iv, 20) ?» Je crois neanmoins qu'ici, les om-
bres designent les puissances ennemies qui ne sont
pas seulement des ombres etdes tenebres, mais que
l'Apolre appelle meme « les princes des tenebres
d'ici-bas [Bpk.n, 12). » Elles designent aussi, ceux
d'entre nous qui leur sont attaches, et qui sont en-
fants de la nuit, non pas du jour ou de la lumiere.
Car lorsque le jour paraitra, ces ombres ne seront
pas entitlement aneanties; au lieu qua la presence
du soleil sensible, les ombres corporelles ne dispa-
raissent pas seulement, mais sont absolumeut de-
truites. Elles ne seront done pas aneanties, mais
elles seront plus miserables que si elles l'etaient.
Elles subsisleront, mais abaissees et soumises. « il
s'abaissera, » dit le Prophete en parlant sans doute
du Prince des tenebres, « et il tombera lorsque le
regne des pauvres sera arrive [Psal. ix, 10). i> Sa
nature ne sera done pas aneantie, mais sa puis-
sance lui sera oteej sa substance ne perira pas,
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
mais le temps de la puissance des tenebres pas-
sera. Us sont precipites, afin qu'ils ne voient point
la gloire de Dieu, et ils ne sont pas aneantis, afin
qu'ils soieut toujours brules. Les ombres ne seront-
elles pas abaissees, lorsqu'on fera descendre les
puiseaots de toots trones, et qu'ils deviendront le
marchepied de Dieu ? Ce qui doit arriver bientot ;
car la derniere heure est venue. La nuit a precede
et lejour approche (Rom. xm, 12). Le jour aspirera
et la nuit expirera. La uuit c'est leviable, la nuit
c'est l'ange de Satan, quoiqu'il serransfigure en
ange de lumiere. La nuit c'est aussi l'Antechrist, que
le Seigneur tuera du souffle de sa bouche, et de-
truira par la lumiere de son avenement. Le Sei-
gneur ne sera-t-il pas un jour ? Oui, c'est un jour
qui eclaire, et qui souffle en meme temps, qui
chasse les ombres par le souffle de sa bouche, et
detruit les fautouies par la lumiere de son avene-
ment. Ou si vous aimez mieux entendre plus simple-
ment eet « abaissement » des ombres, en ce sens
que abaisse signifie aneanti, je ne m'y oppose pas;
nous disons que les figures et les enigmes de l'E-
criture sont des ombres, ainsi que les discours des
sophistes, et leurs arguments subtils et captieux,
qui couvrent la lumiere de la verile. Car nous ne
connaissons qu'en partie (1 Cor. xm, 9),et ne devi-
nons aussi qu'en partie. Mais lorsque lejour paraitra,
les ombres seront aneanties, parce que la plenitu-
de de la lumiere occupant tout, il ne pourra plus
rester de tenebres. « Car lorsque ce qui est par-
fait sera venu, ce qui est imparfait sera detruit
(Ibid. 10).
6. Cela pourrait suffire si l'Ecriture disait que le
jour « souffle » non pas qu'il aspire. Mais je crois
Aotre intei
prelatiOD,
Pans iT.cr
lure il n'y.
rieu d'oises
harum, et illias adspiratio facilius elncebit. Quid ilium
diem, de quo Propheta dicit, Melior est dies una in
atriis tins super mitlm, corporeum opinatur, nescio quid
jam non corporeum opinetur. Est el in mala signilica-
tione dies, cui maledixere prophetae. Absit autem, ut
ex visibihbus his, quos fecit Dominus. Ilaqae spiritualis
est.
5. Jam umbram quis ambigat spiritualem, qua Maris
obumbrabratum est concipienti ; et item in earn, quae
in Propheta sic memoralur : Spiritm ante fticiem nos-
tram Chriitus Dommus, m1) tmbra ejus vivemut inter
gentes ? Ego tamer urubrarjm nomine hoe loco magis
arbitror designatas co -.tales, quae non modo
umbr<e, vel tenebiae, sed el principei tenebrarum harum
ab Apostolo perhibentur, sioiulque inbserentes illis ex
generc nostro, filios uliqne noctis, et non lucis, neque
dies. Ha? siquidem umbra?, non plane cum adspiraverit
dies, in nihilum reverlcntur, sicut a facie hujus cor-
poreae lucis umbras corporeas non disparere tantum;
sed et penitus deperire videmus. Ilaque erunt minime
quidem exlremius nihilo, raiserius tamen. Erunl, sed
inclinalae et subditae. Denique inciinabit se, inquit, et
cadet, (baud dubium quin princeps umbrarum) cum do-
minatus fuerii paiperum. Ergo non natura delebitur,
sed potentia subtraihetin*'% non peribit substantia, sed
transibit hora et potestas tenebrarum. Tolluntur, ne vi-
deant gloriam Dei : non annullantur, ut semper urantur.
Quidni inclinabuntur umbra?, cum deponentur potentes
de sede, ponenturque scabellum pedum "? Quod utique
oportet fieri cito. Norissima hora est : nox praecessit,
dies autem appropinquavit. Adspirabit dies, et exspira-
bit nux. Nox diabolus est, nox angelus Satan* ; ets; se
transfigure! in angelum lucis. Nov etiam Antichristus,
Dominus inlerftciet spiritu oris sui, el destruet il-
luitralione adientus sui. Numquid non Dominus dies
est ? Dies plane illustrans et spirans, qui spiritu oris
sui fugat umbras, et destruit larvas illustratione adven-
tus sni. Aut magis placet verbum inclination^ simplici-
ter accipere, nibilque aliud inclinari, quam annibilari
esse putandum ; ne Duic quoqie desimus sensui, dici-
mus umbras Bffnras et aenigmata scripturarum, necnon
et sophisticas Iocutiones, cavillationesque verborum et
implicita argumentorum, quae omnia vcritatis interim
lumen obumbranl. Ex parte enim cognoscimus, et ex
parte prophelamus. Verum adspirante die, inclinabun-
tur umbrae : quia occupante omnia luminis plenitudine,
nulla pars superesse poterit tenebrarum. Denique cum
venerit quod perfectum est^ tunc evacuabilur quod ex
parte est.
6. Hactenns de his sufficere poterat, si spirans dies
SOIXANTE-DOUZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
513
qu'il est necessaire d'ajouter encore ici quelque
chose, pour expliquer la raison de celte petite ad-
dition, et de la difference qu'elle produit. Car, pour
vous parler en toute vdrite, je suis persuade qu'il
n'y a rien d'inutile dans le texte precieux et sacre
de l'Ecriture, et que la moindre particule a son
sens particulier. Or, nous avons coutume de nous
servir de ce mot, lorsque nous desirons passionne-
ment quelque chose. Comme, par exemple, lorsque
nous disons, un tel « aspire » a cet honneur, ou a
cette dignite. Cette parole done, marque une mer-
veilleuse abondance de l'Esprit-Saint, qui doit se
manifester, lorsque non-seulement nos ames niais
nos corps merne deviendront spirituels a leur ma-
niere, et que ceux qui en seront trouves dignes
seront enivres de l'affluence des biens de la maison
de Dieu, et abreuves d'un torrent de delices.
7. Ou autrement encore. Le jour sanetifie a deja
eclaire les anges, en leur soufflant, comme un vent
iinpetueux, les secrets ineffables de l'eternelle divi-
nity. Car le Prophete dit que l'impetuositedu fleuve
rejouit la cile de Dieu (Psal. xlxv, 5) ; mais la cite
a laquelle il dil : « Tous ceux qui demeureront en
vous seront combles de joie (Psal. lxxxvi, 7). »
Mais lorsque ce jour aura souftle pour nous qui
habitons la terre, il ne sera pas seulement un jour
■ « soufflant » mais un jour « aspirant, » parce qu'il
nous recevra comme en ouvrant son sein. Ou bien.
afin de reprendre les choses d'un peu plus haut, et
delestraiter avecplus d'etendue, apres quele Crea-
teur eut forme l'homme du limon de la terre,
l'bistoire veridique rapporte qu'il « souffla sur sa
face un souffle de vie (Gen. n, 7). » C'est pourquoi
cejour la fut pour lui un jour « inspirant. » Mais
une nuit maligne et envieuse se mela artiflcieuse-
ment dans ce jour, en se revetant d'une fausse lu-
miere ; car en promettant a l'homme une luniiere
de science bien plus brillante que la sienne, par ce
conseil pernicieux, elle remplit nos premiers pa-
rents de soudaines tenebres, et d'une obscurite pro-
fonde et affreuse. Malheur ! malheur ! ilsneconnu-
rent pas le piege qu'on leur tendait, ils marcherent
dans les tenebres sans le savoir, et prirent les
tenebres pour la lumiere, et la lumiere pour les te-
nebres. Car la femme mangea du fruit que lui
avait donne le serpent, et que Dieu lui avait de-
fendu de manger, elle en donna a son mari, et un
nouveau jour commenca a luire poureux. Caraus-
sitot leurs yeux furent ouverts (Gen. m, 7), et ce
jour fut pour eux un jour conspirant qui detruisit
le jour inspirant, et le remplaca par le jour expi-
rant. En effet, la malice du serpent, les caresses
de la femme, et la faiblesse de l'homme, conspire-
rent ensemble contre le Seigneur et contre son
Christ. Aussi le Seigneur et son Christ se disaient-
ils l'un a l'autre : « Voila Adam qui est devenu
comme l'unde nous (Gen. in, 22), » parce qu'il avait
acquiesce aux cajoleries des pecheurs, par une la-
ehete qui leur faisait injure a tous deux.
8. Nous naissonstous dans cejour. Nous portons en
effet impnme sur nous, le caractere de celte an-
,=, .. , Qael est le
cienne « conspiration, » car Eve vit encore dans j0m- que les
notre chair, et le serpent s'efforce sans cesse par le ea^°tseu™au"
moyen de la concupiscence que nous avons heritee
d'elle, de nous faire consenlir a la rebellion. C'est
pourquoi, comme je l'aidit, des saints de laloi an-
cienne ont maudit ce jour, et souhaite que la du-
ree en fut abregee, et qu'il fut bientcit change en
ilia, et non adspirans dicta ftiisset. Nunc vero pro tan-
tillo licet additauiento adhuc aliquid addendum exis-
timo, nimirum pro investiganda hujus diversitatis
ratione. Ego enim (ut verum fatear) jam olim mihi
persuasi, in sacri pretiosique eloquii lextu nee modicam
vacare particulam. Solemus autem hac voce uti, cum
vehemeuter aliquid desideramus, ut (verbi gratia) cam
dicimus, ille ad ilium honorem, vol illam dignitatem
adspirat. Designantur itaque per hoc verbum mira affu-
tura affluentia, vehementiaque spiritus die illo, cum non
solum rorda, sed et corpora suo quidem in genere spiri-
tualia erunt; et qui digni invenientur, inebriabuntur ab
ubertate domus Domini, et torrente voluptati; illius po-
tabuntur.
7. Vel aliter. Jam Sanctis angelis dies sanctificatus
llluxit, spirans illisjugi impelu perpetis meatus mellifiua
sempiternas divinitatis arcana. Denique fluminis impetus
Icetificat civitatem Dei ; sed civitatem, cui dicitur : Sicut
Iceianiium omnium habitaiio est in te. Cum autem et
nobis qui terrain inhabitamus, spirare adjecerit, erit non
modo spirans, sed et adspirans, quod dilatato sinu ad-
mittat et nos. Vel (utpaulo altius repetamus, et dissera-
mus latius) plasmato homine de limo terra?, plasmator,
sicut verax narrat historia, inspiravit in faciem ejus spi-
raculum vita, factua proinde illi dies inspirans : et ecce
T IV.
invida nox callide impegit in diem hanc, luce utique si-
mulata. Nam dum quasi splendidius lumen scientia
pollieetur, inopinatas novas luci offudit pravi tenebras
concilii, et primordiis originis nostrae tetram damnosfe
pryvaricationis invexit caliginem. Vae, vaj, nescierunt,
neque intellexerunt, in tenebris ambulant nescientes,
ponentes tenebras lucem, et lucem tenebras. Denique
comedit de ligno mulier, quod sibi dederat serpens, ve-
tuerat Deus : deditque viro suo, et ccepit il] is quasi de
novo diescere. Nam illico aperti sunt oculi amborum,
et factus est dies conspirans, inspirantem exlundens, et
substituens exspirantem. Conspiraverunt siquidem et
convenerunt in unum adversus Dominum, et adversus
Christum ejus, serpentis astutia, mulieris blanditia;, viri
mollities. Unde et loquebantur mutuo Dominus scilicet
et Christus ejus : Ecce Adam factus est quasi unus ex
nobis, quod ad utriusque injuriam Iactantibus se pecca-
toribus acquievisset.
8. In hac die nascimur universi. Portamus denique
omnes impressum nobis cauterium conspirationis anti-
qua?, Eva utique vivente in carne nostra, cujus per he-
reditariam concupiscentiam serpens nostrum sua; factioni
sedula satagit sollicitudine vindicare consensum. Prop-
terea (ut dixi) huic diei maledixere sancti, brevem op-
tantes, et cito verti in tenebras, quod sit contentionis et
33
514
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
tenebres, parce que c'cst un jour de contention et dra point sur ce jour renaissant, il hut dans les
de contradiction, ou la chair ne cesse de selevor tenebres, et les tenebres ne l'ont point enveloppe.
contre l'esprit, et oil la loi des membres est dans Cette lumiere de vie ne se perdra pas meme avec
une conlinueUe reyolte contre la loi de l'esprit. la vie, et celui qui mourra de la sorte pourra dire
C'est pourquoi il est devenu un v jour expirant. » avec raison : « La unit meme est devenue, pour
La mort est Car quel est l'homme qui vivra et ne vena point moi, un jour tres-agreable. » Et comment ne ver-
°" 'i'?/')'' la morl- Qu'on °,iso» si lon veut» 1ue cest un eiret rait-il point plus clair, lorsqu'il sera degage des
p pica»e->. de la colore de Dieu, pour moi, je croirai tou jours nuages, ou plutot de la corruption du corps? 11
que c'est uu ell'et de sa misericorde, atin que les sera delivre, n'en doutez pas, des liens du corps,
elus, pour qui il fait toutes choses, ne soient point hbre parmi les morts, et clairvoyant parmi les
si longtemps tourmentes par une contradiction aveugles. Car, coinme autrefois, pendant que per-
malheureuse. Car ils abhorrent et soull'rent avec Sonne ne voyait clair dans I'Egypte, seul, le peu-
grand peine cette captivite bonteuse et cette mise- pie d'Israel voyait au milieu des tenebres, suivant
ruble contradiction. ce que dit l'Ecriture, « qu'il faisait jour parlout ou
9. Hatons-nous done de « respirer »de cette « cons- etait le peuple d'Israel (Exod. x. 23), ode meme
piration » ancienne et criminelle, parce que les les jusles brillerout d'une vive lueur parmi les en-
jours de 1'homme sont courts. Que le jour « respi- fants des tenebres, et, dans une teire couverte de
rant » nous reeuive et nous eclaire, avant qu'une l'ombre de la mort ils verront d'autant plus clair
nuit pleine d'korreur nous enveloppe dans les qu'ils seront degages des ombres du corps. Car,
tenebres exterieures d'une obscurite eternelle. pour ceux qui n'auront point respire parce
Demandez-nous en quoi consiste cette « repara- qu'ils n'ont point cherehe la lumiere du jour ins-
tioc » ? C'est en ce que l'esprit commence a son pirant, et que le Soleil de justice ne s'est point
tour a concevoir des desirs contraires a la leve sur eux, ils passeront de ces tenebres en d'au-
chair. Modifier les ceuvres de la chair, par trts tenebres encore plus epaisses, en sorte que
l'esprit, c'est « respirer. » La crucifier avec ses acces ceux qui sont converts de tenebres le seront davan-
et ses concupiscences, c'est « respirer ». « Je cha- tage, et que ceux quivoient verront encore mieux.
tie mon corps, dit l'Apotre, et lereduis en servitu- in. On peut fort hien appliquer, ce me semble,
de, de peur que lorsque j'aurai precbe aux autres, acepropos, cette parole du Sauveur : « Que, a celui
je nesoismoi-meme reprouve (I. Cor. ix. 17). » C'est quia quelque chose, on donnera des biens en
la le cri d'un bomme qui respirait, ou plutot qui abondance; et que a celui qui n'a rien, on 6tera
avait deja respire. « Allez-vous-en, et faites de meme meme ce qu'il semble avoir (Luc. xix. 26). » Oui,
(Luc. x. 97), » aOn de faire connaitre que vous avez car a la mort, il sera donne une nouvelle lumiere,
aussi respire, afin que le jour « inspirant » nous a ceux qui voyaient deja, et a ceux qui ne voient
eclaire de nouveau. La nuit de la mort ne prevau- point, on otera meme le peu qu'ils semblent avoir.
Pour les jui
tcs, le vra
jour se levi
a la mort.
Pour lei ',
impies la
mort est uB
nuit pro-
fonde.
contradictionis dies, dum non cesset in ea caro concu-
pisccre adversus spiritum, legique mentis membrorum
contraria lex rebellions infatigabili assidue contradicat.
Itaque dies expirans factus est. Extunc cnim et dein-
ceps, qui est homo qui vivet, et non videbit mortem ?
Dicat pro ira quis : ego non minus pro miscricordia
putem, ne electos scilicet, propter quos omnia liunt, din
defaliget niolesta contradictio, qua captivi ducuntur et
ipsi in lege peccati, qua? est in membris ipsoruni Hor-
rent nimirum, iegerrimeque ferunt turpem captivitatcm
et tristem contenlionem.
9. Eestinemus proinde respirare a conspirationc anti-
qiia et iniqua, quoniim breves dies hominis sunt. Ante
sane excipiat nbs dies rcspii-ans, quam nox sus,>irans ab-
sorbeat, a-terna; caliginis tenebris exlcrioribus invol-
vendos. Qu;eris in quo respiratio ista '? In co, si incipiat
spiiitus vicissim concupiscere adversus carnem. Huic si
repugnas, respiras : si spirilu facta carnis mortiDcas,
re.-pirasti : si banc cum vitiis et concupiscentiis suis
crucitigis, respirasti Cindy), inquil, corpus meum, et in
servitutem redigo, ne forte cum aliis prcedicaverim ,
ipe reprobus efficiar. Vox est respirantis : imo qui jam
respiraiat. Vade, et tu far. similiter, ut le respirasse
probes, ut diem denuo inspirautem tibi noveris illuxisse.
ISeo nox mortis pr&ivalebit adversus redivivum hum;
diem : magis antem in tenebris lucet, et tenebra eum
non comprehenderunt. In tantum non reor nee vita de-
cendente cedere lumen vibe, ul neniini congruentius,
quam sic mortuo assignandam censeam vocem illam :
Et nox illunu'natio met in delicti? meis. Quidni clarius
videat, nube, vol potius f.ece corporis evolutus ? Erit
sine dubio vinculis solulus corporeis inter mortuos liber,
et inter caecos videns. Nam quemadmodum olim, omni
oculo caligante per universam /Egyptum, solus in uie-
diis tenebris dare videbat populus videns Deum, id est
populus Israel, dicente Scriptura, quia ubicumque Israel
erat, lux erat : sic inter (iliostenebrarum, in letra mor-
tis caligine fulgebunt justi, et videbunt, eo utique cla-
rius, quo exuti corporum umbris. Nam et hi qui ante
non respiraverunt (nee enim qua;sierunt inspirantis diei
lumen, et Sol juslitia; non crlus est eis :) hi, inquam,
ibunt de tenebris in tenebras densiores, ut qui in tene-
bris sunt, tenebrescant adhuc ; et qui vident, videant
magis.
10. Ubi non inconvenienter forsitam adducctur eliara
sermo Domini, quern dixit, quia Ivibenti dahitur, et
abuwlabit ; ei autem qui nun habet, et quid videtur ha-
bere, auferelur ab eo. Ita est : et aduitur in morte
videntibus, et non videntibus demitur. Quo enim bi
minus et minus, eo illi magis magisque vident, donee et
SOIXANTE-TREIZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
515
Car, a proportion que ceux-ci voient moins, ceux-Ia
voient davantage , jusqu'a ce que les uns en-
trent dans une nuit « soupirante » et les autres
dans le jour « aspirant », qui sont les deux extre-
mes ; un extreme aveuglement, et une supreme
clarte. Alors il n'y aura plus rien a oter a ceux qui
seront absolument denues de tout, ni a ajouter a
ceux qui seront pleins de tout, si ce n'est que ces
derniers esperent recevoir encore quelque chose
au dela de la plenitude, selon la promesse que le
Sauveur leur a faite en disant : « On mettra dans
voire sein une mesure bonne, pleine, entassee, et
qui regorgera par dessus (Luc. vi. 78). » Ce qui
regorge ne vous semble-t-il pas plus que ce qui
est plein ? Cette plenitude surabondante ne vous
surprendra pas quand vous verrez qu'il est dit :
« Dans l'eternite, et au dela (Exod. xx. 18). » Ce
jondance v '
la recom- sera done la le comble du jour « aspirant ». II
ajoute, dis-je encore, quelque chose a la plenitude
« inspiree, a l'abondancedujouriuspirant)), il aug-
mente iufiniment l'eclat de la gloire, et la fait re-
jaillir sur le corps meme. Car e'est pour cela qu'il
est appele le jour aspirant , parce qu'il ajoute
a « l'inspirant ». Ce que le Saint-Esprit a marque
par cette preposition a « aspirant », parce que ceux
que ce premier jour eelaire au dedans, celui-ci les
orne au dehors, et les revet d'une robe de gloire.
1 1. Je crois que cela suflit pour rendre raison de ce
mot « aspirant ». Et si, voulez-vous que je vous le
dise, le jour « Aspirant » e'est le Sauveur que nous
attendons, qui reformera notre corps vil et bas,
en le rendant conforme a son corps glorieux (Phil.
in. 21). 11 est aussi le jour « inspirant », parcequ'il
pense
ernelle
nous fait respirer premierement, dans la lumiere
qu'il « inspire », afin que nous soyons aussi en lui,
un jour « inspirant », en tant que notre arne inte-
rieure se renouvelle de jour en jour, et dans l'es-
prit, en se rendant semblable a l'image de celuiqui
l'a creee, et devient ainsi jour de jour, et lumiere
de lumiere. 11 y a done deux jours en nous, le Ce qa'il qn'il
jour « inspirant », qui est la vie du corps, et le jour f pVr"' jSm"
« respirant », qui est la sanctitication de la grace,
et il en reste un troisieme, le jour « aspirant », qui
nous eclairera par la gloire de la resurection ; il est
manifeste que le grand mystere de bonte qui s'est
accompli dans le chef, s'accomplira aussi dans les
membres, selon ce temoignage du Prophete : « 11
nous viviliera apres deux jours, il nous ressusci-
tera le troisieme jour ; nous vivrons en sa pre-
sence; nous serons intelligents, et nous lesuivrons,
afin de connaitre le Seigneur (Osee. vi. 3). » C'est
lui que les anges desirent eontempler, l'epoux de
l'Eglise, Jesus-Christ Xotre-Seigneur, qui etant Dieu
est eleve et beni par dessus tout dans les siecles des
siecles. Ainsi soit-il.
SERMON LXXIII.
Comment le Christ doit venir au jugement dans la
forme humaine, afin de sembler doux aux elus.
Comment il est moindre que les anges et plus ilevi
qu'eux.
1. « Reveuez et soyez semblable, mon bien-aime,
a la chevre et au faon de biche (Cant, u, 17). »
Comment, il ne. fait que de s'en aller, et vous le
inspirant,
expirant et
aspirant.
hos excipiat suspirans nox, et illos adspirans dies, qua?
sunt novissima utrorumque, extrema videlicet ca?citas,
et suprema claritas. Ex hoc jam non est quod dematur
omnino vacuis, non est quod addatur plenis : nisi quod
hi nescio quid pleno amplius se ao.cepturos praesumunt
secundum promissionem ad se factam. Et promissionis
quidem verbum tale est : Uensuram bonam, et confer'
tarn, et coagitatam, et supereffluenlem dabuni in sinum
oestrum. An non plus pleno quodam modo tibi esse
videtur quod superefiluit ? Porro placide audies plenum
et plenius, si te legisse memineris, in internum et ultra.
Ergo is cumulus adspirantis erit diei. Ipsa, inquam, ad-
jiciet ad mensuram inspirats plenitudinis, ad inspii-anlis
diei copiam, supra modum in sublime pondus gloria?
operans, ita ut redundet in corpora supereflluens clari-
Dcationis adjeclio. Hac de causa enim non spirans, sed
adspirans dicta est, quod addat ad inspiranlem,
hoc significant Spiritu-Sancto per adjer.lam, ad, pra?-
positionem : quiaquos ilia intus illuminat, hos istaador-
nat foris, et stola gloriae induit eos.
11. Atque id salis pro danda ratione vocabuli quod est
adspirans. Et si vultis scire, dies adspirans ipse est
Salvator quem exspectamus, qui rel'ormabit corpus
humililatis nostrae, configuratum corpori claritatis sua?.
Nam et inspirans nihilominus idem ipse est, secundum
operationem, qua nos respirare prius facit in lumine
quod inspirat, ut simus et nos dies respirans in ipso
secundum quod interior noster homo renovatur de die
in diem, et renovatur in spiritu mentis sua? ad imaginem
ejus qui secreavit, factus proinde dies ex die, et lumen
e.x lumine. Cum igitur duo in nobis pr;eeedant dies,
unus quidem inspiians pro corporis vita, alter vero res-
pirans in sanctilicationis gratia, porro tertius supersit
adspirans in resurectionis gloria : claret profecto ali-
quando adimpletum iri in corporequod pra?cessit in ca-
pite, magnum utique pielatis sacramenlum, et Prophetae
testimonium, qui ait : Vivificabit nos post duos dies, in
die tertia S'iscitabit nos, et viveoius in conspectu ejus ;
sciemus, sequemurque , ut cognoscamus Dominum. Ipse
est in quem angeli prospicere concupiscunt, sponsus
Eeclesiae Jesus-Christus Dominus noster, qui est super
omnia Deus benedictus in saecula. Amen.
SERMO LXXIII.
Qualiter Chrisius adjudicandum veniet in forma humanu,
ut suavis appareat electis ; et quomodo minor angelis,
iisdemque sublimior.
{.Revertere, similis esto,dilecte mi, caprere hinnuloque
cervorum. Quid ? Modo it, modo revocas ? Quid subitum
in tam brevi emersit? Oblitane aliquid? Et am oblita
616
OEIVRES DE SAMT BERNARD.
Etficacite
l'amour.
rappelez ? Qu'est-il arrive de noureau en si peu de
temps? Avez-vous oublie quelque chose? oui, sans
doute l'Epouse B oublie tout ce qu'il n'est point, et
s'est oubliee elle-meme. Car, quoiqu'ellene soit pas
privee de raison, il semble neamnoins que pour le
moment elle ne se possede pas. Et il ne parait
point quelle conserve dansses paroles cette padeui
qui bnlle si fort dans ses actions. C'est la violence
' de l'amour qui en est cause. C'est lui, dans son
triomphe, qui impose silence a tout sentiment de
pudeur, de bienseunce et de retenue, et qui lui fait
negliger le temps et les mesures convenables. Car,
voyez, l'Epoux est a peine parti d'aupres d'elle,
qu'elle le conjure aussitot de revenir. Elle le prie
meme de se hater et de courir comme les betes des
bois les plus agiles, comme la chevre et le taon de
la biehe. Yoila pour ce qui concerne la suite de la
lettre. Et c'est la part des Juifsa.
2. Mais pour moi, comme je l'ai appris du Sei-
voile, prend le voile qui couvre le mystere. Pour-
quoi cela? sinon parce qu'il y a encore uu voile
sur son cceur. Ainsi le son de la lettre est pour
lui, et le sens en est pour moi. II trouve la
mort dans la lettre, et je trouve la vie dans
l'esprit. Car c'est 1'esprit qui donne la vie, parce
qu'il donne 1'intelligence. L'intelligence n'est-elle
pas la vie ? « Uonnez-nioi l'intelligence et je vivrai
(Psal. cxvin, Ulx), » dit le Prophete au Seigneur.
L'intelligence ne demeure pas au dehors, n'est pas
altachee a la surface, ne marche pas a tatons
comme un aveugle, mais penetre au fond des
choses, d'oii elle tire souventles tresors dela verile,
et dit avec le Prophete : « J'ai autantde joie d'avoir
decouvert vos paroles, qu'un homnie qui a trouve
de riches depouilles [Ibid. 162). » C'est ainsi que le
royaume de la verite soutfre violence, et il n'y a
que ceux qui lui font violence qui le ravissent
[Ualth. n, 12). Mais ce frere aine de l'Evangile
gneur, je chercherai l'esprit et la vie dans le sens (Luc. xv, 25), qui revient du champ est la figure
protond et mysterieux de cette parole sacree, et du peuple ancien et grassier, qui ne travaille que Avenglemei
c'est la ma portion, parce que je crois en Jesus- pour un heritage lerrestre, gemit sous le pesant ^sjj,"'^™
Christ. Pourquoi ue tirerais-je pas une nourriture
agreable et salutaire de cette lettre sterile et insi-
pide, comme je tire le grain de la paille, la nois
de son enveloppe, la nioelle de l'os ? Je ne veux
point m'en tenir a cette lettre qui ne sent que la
chair, et qui donne la mort, mais ce qu'elle cache
est du Saint-Esprit. L'Esprit parleun langage mys-
terieux, selou le temoignage de l'Apotre (1. Cor.
xlv, 2), mais Israel, au lieu du mystere qui est
» Le Juif ne tient qo'au sens litteral et charnel, a l'ecorce
meme du sens. C'est ce qui fait dire a saint Bernard dans le
nombre suivant: ■ le son de la lettre est ponr le Juif, et le sens
de la lettre est poor moi. ■
fardeau de la loi, et porte le poids du jour et de la
chaleur; ce frere aine, dis-je, parce qu'il n'a point
d'intelligence, demeure encore a present dehors,
et ne vent pas entrer dans la maison du banquet,
bien que son pere l'y convie, se privant ainsi lui-
nieme encore aujourd'hui du concert de musique,
et du veau gras. Malheureux, il refuse d'eprouver
combien il est doux et agreable a des freres de
demeiarer ensemble . Que cela soit dit pour mon-
trer la diflerence de la part de l'Eglise, et de celle
de la Synagogue, et pour qu'on reconuaisse plus
clairement l'aveuglement de l'une et la pru-
dence de l'autre, et que la felicite de celle-ci pa-
totum quod non ille est, se quoque ipsam. Denique cum
sit rationis non expers, nou tamen modo, ut videtur,
rationis est compos. Sed nee in sensu illi ullatenus
apparel verecundia esse, quam forte babet in moiibus.
Amor intemperans facit hoc. Nempe is est qui omnem
in se triumphans captivausque pudoris sensum, conve-
nientiae modum, deliberationis concilium ; totius mo-
destice, et opportunitatis neglectum quemdam et quamdaui
iucuriam parit. Nam vide nunc quomodo ilium, pene
adhuc incipientem ire, jam tamen redire uagitat. Etiam
accelerare rogat, et quidem currere instar unius alicujus
ferffl silvarum velociler currentis, verbi gratia, caprea;,
hinnulivecervorum. Hie littcrae tenor, et hasc Judteorum
portio.
2. Ego vero, quemadmodum accepi a Domino, in
profundo sacri eloquii gremio spiritum mihi sciutabor
et vilam; et pars mca ha?c, qui in Chrislum credo.
Quidni eruam dulce ac salutare epulum spiritusde slerili
et insipida littera, tanquam granum de palea, de testa
nucleum, de osse medullam? Nihil mihi et litters huic,
qus gastata carneai sapit, glutita mortem atTert : sed
enim quod in ea ledum esl, de Spiritu sancto est.
Spirilus autcm loquitur mysteria, teste Apostolo : sed
Israel pro velato mysterio ipsum mysterii velamen tenet.
Quare nisi quia adhuc velamen est positum super cor
ejus? Ita quod sonat littera, illius est; quod signal *,
nieuni est; ac per hoc illi ministratio mortis in littera,
mihi vita in spiritu. Nam spiritus est qui vicificat : dat
quippe intellcetum. An non vita intellectus? Intellectual
da mihi, et viuani, ait Propheta Domino. Intellectus
non remanet extra, non haeret in superficie, non instar
caeci palpat forinseca, sed profunda rinutur, pretiosissimas
solitus exinde veritatis exuvias lota avidilate deripere ac
tollere sibi, et cum Prophela dicere Domino : Lftabor
ego super eloquia tua, sicut qui vnenit spo/ia mu/ta.
Nempe ita regnuui veritatis vim patitur, et violenli
rapiunt illud. Verum ille senior frater, qui de agro
veniens formam tenuit populi veteris et terreni, qui pro
terrena baereditate doctus diligere Irituram, attrita fronte
gemit anxius sub gravi jugolegis, portatquepondusdiei et
aestus. Is, inquam, quia intellcctum non habuit, foris stat
etiam nunc, et non vult nee invitatus a patre intrare
domum eonvivh, semelipsum fraudans usque adhuc
participio symphonise, et chori, et vituli saginati. Miser
qui renuit experiri, quam bonum sit et quam jucundum
babitare fraties in unum. Et haec dicta sint pro distine-
lione partis Ecclesia?, partisque Synagogae , quo et
caecitas hujus ex illius prudentia monifestior flat , et
al. design!
SOIXANTE-TREIZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
517
raisse davantage par la malheureuse folie de
celle-la.
3. Examinonsmaintenant les paroles de 1'Epouse,
et ticbons d'exprimer tellement les chastes alfec-
tions d'un saint amour, qu'il ne paraisse rien
contre la raison, nirien d'indecent dansce discours
sacre. Si nous nous souvenons de l'heure oil le Sei-
le faon. Elleveut done, ace que.je crois, que, tout en
revenant avee puissance, il ne paraisse pas nean-
moins au jugement dernier dans laforme de Dieu,
mais en celle oil il est ne, ou il est ne petit enfant
pour nous, ne seulement du sexe faible. Pourquoi
cela ? Afin que Tun et l'autre l'avertissent d'etre
doux envers les pecbeurs au jour de sa colere, et
gneur Jesus, qui est l'Epoux, passa de ce monde de se souvenir au jugement de faire prevaloir la
a son Pere, et en meme temps de l'etat ou etait misericorde sur la justice. Car s'il examine les
l'Eglise, sa nouvelle Epouse, lorsque, comme une peches a la rigueur, je dis meme ceux des elus,
veuve desolee, elle se vit abandonnee de son unique qui pourra subsister en sa presence {Psal. cxxiv,
esperance.je veuxparler des apotres, qui apres avoir 3) ? Les astres ne sont pas purs devant lui, et il
tout quilte l'avaient suivi, etetaient demeures avec trouve des tacbes dans ses anges mernes (Job. xxv).
lui dans ses tentations ; si, dis-je, nous pensons a Ecoutez, en effet, ce qu'un saint, un elu dit a Dieu.
ces cboses, je crois que nous trouverons que ce « Vous m'avez remis la malice de mon pecbe, et •
n'est pas sans raison ni bors de propos qu'elle est tout juste priera pour ses pecbes au temps favora-
si fort en peine de sun retour, qu'elle s'altriste de ble pour en obtenir le pardon (Psal. xxxi, 5). » Les
de son depart, surtout en se voyant ainsi seule et saints meme ont done besoin de prier pour leurs
delaissee. L'amour qu'elle porte a son bien-aime, pecbes pour etre sauves par la misericorde de Dieu,
et l'indigenee oil elle se trouve sont une double sans se contier en leur propre justice. Car tous ont
raison pour elle de l'avertir que, puisqu'elle ne pecbe, et ont besoin de la misericorde. Afin done
peut lui persuader de ne point remonter aulieu ou que, lorsqu'il sera en colere, il se souvienne de sa
il etait auparavant, il se hate au moins d'accomplir misericorde, 1'Epouse le prie de paraitre dans une
la promesse de son retour. Car si elle desire et forme qui le porte a faire misericorde, e'est-a-dire
demande qu'il soit semblable aux betes les plus dans celle dont parle l'Apotre lorsqu'il dit : « 11 a
vites a la course, e'est une marque de la violence ete trouve semblable a un homme selon la form*
et de l'empressement de sou desir, qui ne trouve exterieure (Philip, n, 7). »
rien d'assez prompt. N'est-cepas ce qu'elle demande 5. Et certes il est bien necessaire pour nous qu'il
tous les jours lorsqu'elle dit dans sa priere : « Que en soit de la sorte, car si, nonobstant ce tempfe-
notre regne arrive (Matlh. vi, 10)? » rament, il doity avoir tantd'equite dans ses arrets,
U. Je pense neanmoins qu'elle n'a pas seulement de se>erite dans ce juge, d'eclat dans sa majeste,
voulu marquer 1'agilite, mais encore la faiblesse, et de changement dans la face de la nature, que
celle du sexe dans la chevre, et celle de 1'age dans selon un Prophete, « On ne saurait seulement
felicitas illius ex hujus miseranda fatuitate praee-
miaeat.
3. Nunc jam serutemur verba Sponsae , et sic conemur
castos exprimere sancti amoris aflectus , ut nil in sacro
eloquio ratione carens , nil indecorum importunumve
resedisse omnino appareat. Et si in mentem venerit
hora ilia, cum Dominus Jesus ( is enim Sponsus est)
transiret ex hoc mundo ad Pa (rem , simulque quid tunc
animi gereret sua ilia domestica Ecclesia, nova utique
nupla , cum se deseri cerneret quasi viduam desolatam
unica spe sua (aposlolos loquor , qui reliclis omnibus
secuti fuerant eum , atque cum ipso permanserant in
tentationibus suis : ) si haec , inquam , cogitaverimus ,
non immerito neque incongrue , pulo, videbitur, quan-
tum de abscessu tristis , lantum sollicita extistisse de
reditu , prasserlim sic alTecta , et sic relicta. Itaque dili-
genli et indigenti hose ipsa duplex ratio erat commo-
nendi dilectum , ut, quandoquidem persuaderi non
poterat quin iret et ascenderet ubi erat prius, saltern
promissum denuo maturaret advenlum. Quod enim oplat
et postulat similem fore f'eris , et ejusmodi feris , quae
cursu agiliores esse videntur; cupientis animi indicium
ebt , cui nihil satis festinatur. Nonne hoc quotidie pos-
tulat , cum dicit in oratione , Adoeniat regnum turn ?
i. Ego tamen praetep agilitalem , existimo non minus
signanter exprimi etiam inlirmitatem , et quidem sexus
Lee saints
librae doi-
vent prier
pour leurs
pech6s.
in caprea, astatis in hinnulo. Vult itaque eum (ut mihi
videtur) etsi cum potestate venire, non tamen in forma
Dei in judicio apparere : sed sane in ea , qua non mods
natus , sed et parvulus natus est nobis, idque solo de
infirmiori femineo sexu. Cur hoc? Nempe ut ex utroque
admoneatur infirmo mitescere in die ira3 , memineritque
in judicio misericordiam superexaltare judicio. Etenira
si iniquitates observaverit , etiam electorum, quis susti-
nebit? Astra non sunt munda in conspectu ejus, et in
angelis suis reperit pravitatem. Audi denique sanctum et
electum quid dicatDeo: Tu, inquit, remiiistiimpietatem
peccali mei. Pro hac orabit ad te omnis sanctus in tem-
pore opportune. Opus itaque habent el sancti pro peccatis
exorare.ut de misericordia salvi (iant , propria? justitiae
non (identes. Omnes enim peccaverunt , et egent omnes
misericordia *. Ut ergo cum iratus fuerit , misericordiee
recordetur; rogatur ab isla apparere in misericordia? ha-
bitu , illo , de quo Apostolus :Et hubitu , inquit, inventus
id homo.
5. Necessarie quidem. Si enim cum hoc quoque tem-
peramento tanta erit injudicio aequitas, in Judiceferitas,
in majestate sublimitas, novitas in facie ipsa rerum, ut
secundum Prophetam non possit cogitari dies adventus
ejus : quid putas foret , si ignis ille consumens (Deum
loquor omnipotenlem) in ilia suae divinitatis magnitu-
dine, fortitudine, puritate venisset, contra folium quod
al.add.lM.
518
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
An jucpment
I6bqs-( hrist
ne monlrera
point ?a di-
TiiiiLe, mais
•on humanite
penser au jour dp son avencment [Malac. in, 2); » dit David : « Ce Jesus qui vousaquittes pour mon-
que croyez-vous que ce serait, si cefeu consumant, ter au ciel, viendra de meme que vous l'avez vu,
qui i ist Dieu meme, venait dans toute cette gran- lorsqu'il y est monte (Actus, l, 11), » c'est-a-dire
deur, eelte force, et cet eclat de la divinite, pour dans cette mgme forme et substance corporelles.
f.iire voir sa puissance contre une feuille qui est 0. On voit clairemenl par toutes ces choses, que
le jouet du vent, et pour poursuivre une paille l'Epouse a en elle un conseil divin, et quelle n'i-
seche ? C'est vua homme, dit le Prophete, etcepen- gnore pas le mystere de la volonte supreme, elle
dant qui pourra lever seulemenl les vein surlui? marque, par maniere d'oraison et de pro,dietie,
Qui pourra soutenir ses regards? Conibien moiiis que la nature la plus infinne, ou pluldt la nature
les honimes le pourraient-ils supporter, s'il se fai- la moins excellente (car alors elle ne sera plus
sait voir a eux dans sa divinite toute pure, sans infirme) doit se montrer au jugement, en sorte que
etre revetu de son hunianite, et dans cet etat oil il celui qui ebranle le ciel et la terre par sa
est inaccessible par sa lumiere, et par sa bauteur, vertu, s'armera de puissance contre les pecbeur3,
et incomprehensible par sa majeste souveraine? et neanmoins paraitia doux et affable et comme
Mais maintenant; lorsque sa colere s'enflammera desarme aux elus. A quoi on pent ajouter encore,
Dieu a donne
le pouToir
de juger au
Fil? en tant
qu'houime et
pourquoi.
(Psal. n, 13), comme dit le Propbete, que l'huma-
uite dont il sera couvert paraltra agreable aux
enfants de la grace ! Ce sera pour eux laffermis-
seruent de leur foi, la force de leur esperance, et
l'accroissement de leur confiance, il exercera sa
misericorde envers les saiuts, et il regardera favo-
rablement ses elus. Car Dieu le Pere lui-meme a
que, pour discerner les tins d'avec les autres, ilaura
besoin, non-seulement de I'agilite du faon de bicbe,
mais eucore des yeux clairvoyants de la cbevre,
aQn que, dans une si grande multitude, et dans un
si grand bouleversement, il puisse reconnaitre ceux
sur lesquels il doit sauter spirituellement, et ceux
qu'il doit passer, pour ne pas fouler aux pieds le
donue au Fils la puissance de juger, non parce juste au lien de l'impie, lorsqu'il brisera les peu-
qu'il est son ills, mais parce qu'il est fils de
l'homme. 0 vrai Pere des misericordes ! 11 veut
que les bornmes soient juges par un homme, afin
que dans une si grande frayeur, et au milieu de
tant de maux, la ressemblance d'une meme nature
donne de la confiance aux elus. Le Propbete David
avait predit cela autrefois, dans une propbetie faite
en forme de priere : « 0 Dieu, dit-il, dounez au
roi voire puissance de juger, et votre justice au
fils du roi (Psal. lxxi, 2). » La promesse que les
anges firent aux apotres, apres avoir emporte le
Sauveur dans le ciel, ne s'eloigne pas de ce que
pies dans sa colere. Car, pour les impies, il faut
que la propbetie de David, ou plutot la parole du
Seigneur, qui parlait par saboucbe, s'accomplisse :
« Je les mettrai en poudre pour servir de jouet au
vent, je les foulerai aux pieds, comme l'on foule
la boue des places publiques (Psal. xvn, 43). » Et
que cette autre parole d'un autre Propbete soil
aussi accomplie, lorsque, retournant vers lesanges,
il dira : « Je les ai foules aux pieds dans ma colere
et dans ma fureur (ha. lxiii, 3). i>
1. Si quelqu'un croit qu'il raut mieux entendre
les paroles de l'Epouse en ce sens, que notre faon
vento rapitur , ostensurus potentiam suam , ct stipulam
siccam persecuturus? Et homo est, inquiet , et quis
videbit eum '? Et qui stabil ml videndum eum ?
Quanto ma^is Deum nobis absque homine exhibentem
nemo hominum feret, utpote claritale inaccessibilera ,
celsitutline inaltingibilem , incomprehensibilem majes-
tate? Nunc vero cum exarserit in brevt ira ejus, quam
grata propter filios gratis' apparebit blanda qtiaedam vi-
siobominis , sane fiimamentum fidei , spei robur, fiduciaj
augmentum quod scilicet gratia et misericordia sit in
sanctos ejus, et respectus in clectos illius. Denique ipse
Pater Deus dedit Filto judicii potestatem , et non quia
suus , sed quia filius hominisest. 0 vere Palrem mise-
ricordiarum! vult per hominem homines judicari, quo
in tanta trcpidatione et perturbatione malorum , electis
fiduciam praBstet naturae similitudo. Praedixerat hoc
quondam sanctus David , orans pariter et prophetans :
Deus, inquiens, judicium tuum regi da et jus/Mam
iuum filio regit. Sed nequc huic dissunat promissio facta
per ange!os,qui eo assumpto ita ad aposlolos loqueban-
tur : Hie Jems <j"i assumptus est a vot/is in caelum, sic
veniet , quemadmodum vidistis eum euntem in ccelum ,
hoc est in hac ipsa corporis forma atque substantia.
6. Liquet ex his omnibus Sponsam in se divinum ha-
bere concilium, et mysterium supernae voluntatis minime
ignorare , qua; sub umbra imbellium imbecilliumque ani-
man'ium naturam infirmiorem , vel potius inferiorem
(quia jam infirma non erit) in judicio exhibendam , et
oranlis alfectu, et spiritu prophetantis enuntiat, quatenus
qui ccelum tcrramque movebit in virtute sua, accinctus
potentia contra insensatos , et suavis nihilominus ct mi-
tis, et quasi omnino inermis appareat propter electos.
Ubi hoc quoque addi potest, quia ad discernendum alle-
rutros a se , opus erit quodam modo illi , cum hinnuli
quidem saltibns, luminibus capreaa , qualenus videre et
discernere in tanta multitudine et in tauta turbatione
possit , in quosnam salire, et quos transilire oporteat ,
ne forte contingat justum pro impio conculcari, cum in
ira populos coufringet. Nam quantum ad impios , ne-
cesse est ut impleatur prophetia David , imo sermo
Domini loquentis per os ejus ; quia comminuam eos ut
pulverem ante faciem venli, ut lutum plalearum delebo
eos : ct item alius sermo, quern per alium prophetam
praedixerat , implelus nihilominus tunc, cognoscetur ,
cum ad angelos rediens dicet : Calcavi eos in furore
meo , et concukavi eos in ira mea.
7. Si cui aulem magis ita intelligendtim videtur, ut
malos potius transilire, atque in bonos salire hinnului
SOIXANTE-TREIZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
519
grace est
nnee aux
uds et
usee aux
autres.
de biche passera les mechants, et sautera sur les cellentes montagnes, il paraitra « d'autant meilleur
bons, je le veux bien, pourvu qu'il tombe d'accord que les anges, qu'il arecu en parlage unnombeau-
qu'il reglera ses sauts, en sorte, qu'il fera line dif-
ference entre les buns et les mechants. Car je pen-
se, sije m'en sou viens bien, que c'est aussile sen's
que j'ai donnedans un autre discours, ou j'ai expli-
que ce meme verset (Serm. v, h). Mais alors ce
faon sautait, ou passait outre, selon la dispensation
de la grace qui est donnee aux uns, dans cette vie,
et refusee aux autres, par un juste mais secret ju-
gement de Dieu. Mais ici c'est pour recompenser
les merites d'une derniere et differeute nianiere.
coup plus noble qu'eux, cornme dit l'Apotre (Beb.
ii, It). Qu'il aete rendu un pen inferieur aux an-
ges [Psal. vm, 6); » cela n'empeche pas qu'il ne
soit meilleur qu'eux, l'Apotre et le Prophete
ne se sont pas contredits, pnisqu'ils etaient
animes du meme esprit. Car c'est par sa
volonte, non par necessite, qu'il a ete inferieur aux
anges. E:i sorte que, bien loin que cela diminue
rien de sa bonle, au contraire cela l'augmente.
Aussi, le Prophete ne dit pas, qu'il est moindre
Comment le
Christ a-t-il
ete rendu
inferieur
aux anges.
El peut-etre les dernieres paroles de ce verset que que les anges, mais qu'il a ete rendu inferieur aux
j'avais presque oublie.favorisent-elles ce sens. Car,
apres avoir dit : «Soyez semblable, mon bien-aime,
a la chevre et au faon de biche, elle ajoute sur les
montagnes de Bethel [Cant. 11, 17). » Car il n'y a
point de mauvaises monlagnes dans la maison de
Dieu, qui est ce que signilie Bethel. C'est pourquoi
l'Epoux, en saulant snr elles, ne les foule pas, mais
les rejouit, et cette parole de l'Ecriture se trouve
accomplie : « Les montagnes et les collines chan-
teront des louanges en la presence de Dieu (Isa. lv,
12). » II y a, en ellet, des montagnes que, selon l'E-
vangile, la foi compare a un grain de moutarde,
transports d'un lieu a un autre ; mais ce ne sont
pas les montagnes de Bethel. Car la foi n'enleve
pas ces dernieres, elle les cultive.
8. Si les Principautes, les Puissances, et les au-
tres troupes des esprits bienheureux, enfin, si rou-
tes les vertus celestes sont les montagnes de Be-
anges, relevant ainsi la grace de sa misericorde,
sans faire tort a sa grandeur. Sa nature ne lui
permettait pas d'etre moindre que les anges, mais
la cause de son ahaissement au dessous d eux, en
est lexplication. Car il ne leur a ete inferieur que
parce qu'il l'a bien voulu. II l'a ete par sa volonte,
et pour notre avantage, et ainsi cet abaissement
n'est l'effet que de la compassion qu'il a eue pour
nous. II n'a done rien perdu en s'humiliant, puis-
que sa clemence a gagne tout ce qu'il semblait que sa
majesteeut perdu. L'Apotre n'a pas passe sous silence
ce grand mystere d'une bonte si extreme, lorsqu'il a
dit : « Ce Jesus qui a ete un peu abaisse au dessous
des anges, nous le voyons, a cause de sa passion,
couronne d'honneur et de gloire (Heb. n, 9). »
9. Que cela soit dit pour l'explication de la com-
paraison que l'Epouse fait de l'Epoux avec un faon
de biche, et pour faire voir qu'elle ne fait point in-
L'amoindris-
semenl da
Christ fut_
une pure mi-
sericorde,
thel, en sorte que nous entendions d'eux ce qui jure a sa majeste. Que dis-je ! elle n'en fait pas
est dit : « Ses foudements sont dans les montagnes meme a son infirmite. II est un faon de biche,
saintes, » ce faon de biche ne paraitra point vil et il est un petit enfant. II est semblable a une
meprisable, puisqu'il est eleve au dessus de si ex- chevre, comme etant ne d'une femme, et nean-
nostcr debeat, non contendo : tantum cogilet saltus dis-
posituminin discriminalionem bonorum , malorumque.
Nam et a me (si benememini) ita dictum est in sermone
altero , ubi capitulum idem alibi supra et ab auclore po-
situm , eta me expositum nihilominus reperitur. Verum
ibi secundum dispensationem quidem gratis , quae in
praesenti vita aliis datur , aliis non datur, justo quidera
Dei judicio, sed occulto, satire, et transilire is hin-
nulus dicius est : hie autem secundum ultimam ac va-
riam retribetionem mcritorum. Et forte sensui huic vi-
deatur adslipulari extremum capiluli hujus, quod qui
dem pene oblitus fueram. Dicens namque , Similis esto ,
ditecte mi , caprece hinnutoque ccruorum , addit , super
monies Bethel. Necenim in domo Dei (quodsonat Bethel)
mali monies sunt. Quamobrem saliens in eos hinnnlus
non conculcat, sed lastificat , ut Scriptura implcntur quae
dicit : Mmdes et colles canlabunl coram Deo /nudes. Et
quidem sunt monies , quos secundum Evangclium tol-
lit tides comparata sinapi , sed non sunt monies Bethel.
Etenim quicumque sunt Bethel, minime eos tollit tides,
sed col it.
S. Quo J si Principatus et Potcstates , necnon et cae-
tera nihilominus beatorum Spiriluum agmina , ccelo-
rumque Virtutes monies sunt Bethel , ut de his intel-
ligamus dictum, Fundamenta ejus in mont ibus Sanctis ;
non sane is hinnulus vilis ac contemnendus, qui su-
pra tarn excellentes monies visus est apparere , tanto
ungelis melior effectus , quanto differeidius prce Wis no-
men hcereditavit. Quid enim , si in psalmo legimus ml-
noralum ab angelis? Neque enim ideo non melior , quia
minor ; nee contraria sunt locuti Apostolus et Propbeta,
quippe babentes eumdem spiritum. Nam si dignalionis
fuil quod minoratus est , non necessitatis ; nihil plane in
hoc bonitati prsscribitur , sed adscribitur. Deniqnemi-
noratum Propheta perhibuit, non minorem , attollens
gratiam , et propellens injuriam. Nam et minoritatem
natura recusat,et minorationem excusat causa. Nempe
minoratus est, quia ipse voluit : minoratus est sua vo-
luntate , et nostra necessitate. Sic minorari , misereri
fuil. Quienam perditio haec? Profecto accessit pietati,
quidquid majestali visum est deperiisse. Quanquam nee
Apostolus tacuit hoc magnum magna? pietatis arcanum ,
sed ait : Eum autem qui modico quam anye/i minoratus
est , videmus Jesum , propter passionem mortis gloria et
honore coronatum.
9. Et haec dixcrimus pro nomine et similitudine hin-
huli, qualenus Sponso earn, juxta sermonem Sponsae,
absque majestatis injuria aptaremus. Quid dico absque
520
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
moins il est sur les montagnes de Bethel, il a ete
faitplus eleve que les Cieux" [Eeb, vn, 26). » L'A-
potre ne dit pas qui est, ou qui subsiste plus eleve
que les cieux de peur qu'on ne s'imaginat rju'il
voulut parler de la nature de celui qui est l'Elre
par excellence. Lors ni£nte qu'il le prefere aux
anges, il ne dit pas qu'il est on qu'il subsiste,
mais « qu'il a ete fait meilleur qu'eux [Heb. 1, h). »
D'ou il parait que, non-seulement selon ce qu'il
est de toute ilernite, mais encore selon ce qu'il a
Le Christ on ^tt- fait dans le temps, il est eminemment eleve au
qn'homme dessus de toutes Principautes et de toutes Puissan -
gra'nd qaeles ces> e* en^a au dessus de toutes creatures, comme
anges. le premier-ne de toutes les creatures. Aussi, ce qui
parait folie en Dieu est plus sage que toute la sa-
gesse des homines, et ce qu'il y a de faible en lui
est plus fort que toute leur force (I Cor. i, 25).
C'est ce que dit l'Apotre ; mais, pour moi, je crois
qu'on peut encore, sans se tromper, dire la meme
chose a l'egard des anges. On peut done appliquer
ce passage a l'Eglise universelle.
10. Pour ce qui est d'une ame en particulier,
Car une a\me peut etre epouse, si elle aime Dieu
avec douceur, avec sagesse et avee passion, tout
homme spirituel peut remarquer en soi ce que sa
propre experience lui enseigne sur ce sujet . Pour moi,
je ne craindrai point de vous declarer ce que Dieu
t Dans tons les manuscrits et dans les premieres editions des
CEovres de saint Bernard, on lit la lecon qne nons donnous ici :
Borstius a In • demeure. » On retrouve dans le sermon soixante*
qniuzieme, le mot que nous tradnisons ici par « qui est ■ et que
les editeurs ont remplace par le mot « qni s'asseoit. ■ Toutefois il
est a remarquer que dans ea sermon soixante-treizieme, on lit
au»si on peu plus lorn, < il demeure on il existe. ■
m'a fait la grace d'en ressentir ; car quoique cela
puisse sembler vil et meprisable, je ne m'en soucie
guere, attendu que celui qui est spirituel ne me
meprisera point. Mais reservons ce sujet pour un
autre discours. Peut-ctre y en aura-t-il qui seront
edifies de ce que l'epoux de l'Eglise Jesus-Christ
Nolre-Seigneur m'inspirera sur les prieres qui lui
seront faites, lui qui etant Dieu et eleve au
dessus tout, est beni dans les siecles des siecles
Ainsi soit-iL
SERMON LXXIV.
Visiles du Verbe epoux a I'dme sainte ; combien elles
sont secretes. C'est ce que saint Bernard fait connaU
Ire a ses auditeurs, pour leur edification, avec Au-
milite et une sorte de pudeur.
1. « Revenez {Cant, n, 17), » dit-elle. II reste
manifeste que l'Epoux nest pas present puisqu'elle
le rappelle, et neanmoins il l'a ete fort peu de
temps auparavant puisqu'il semble quelle le rap-
pelle au moment oil il s'en allait. Ce rappel qui
parait si hors de propos est la marque de l'amour
extreme de l'un et de la beaute aimable de l'au-
tre. Oil sont ceux qui cultivent si fort l'amour, et
qui sont si passionnes pour lui ; qu'ils n'ont ni treve
ni paix dans sa poursuite? Je me souviens que je
vous aipromis d'appliquer ce passage au Verbe eta
1'ame j maisje confesse que pour le fairetantsoitpeu
dignement, j'ai grand besoin du secours du Verbelui-
meme. Et veritablement ce discours sierait mieux ™?d«»''« *•
sunt Bernart
a une personne qui aurait eprouve plus que moi quandii pari
de lui.
Crainte et
majestati9 injuria, quando nee infirmitas inhonorata
remansit? Hinnulus est, parvulus est; caprasae quoque
similis perhibetur, tanquam factus ex muliere : atlamen
super monies Bethel, altamen excelsior ccelis factus. Non
dicit, excelsior ccelis ens vel exsisteus : sed excelsior
calis factus, ne quis putet de ilia nalura dictum, in qua
est qui est. Sed et ubi praefertur angelis, melior nihilo-
minus perhibetur effectus, et non didtur manens vel
existens melior. Ex quibus apparet, quod non modo in
eo quod ab aeterno est, sed etiam in eo quod in tempore
factus est, omnem sibi eminentiam vindicet supra omnem
Principatum et Polestatem, supra omnem denique
creaturam, utpote primogenitus omnis creaturae. Itaque
quod slultum est Dei, sapientius est hominibus ; et quod
infirmum est Dei, fortius est hominibus. Hoc quidem
Apostolus. Mihi autem non videtur errare, si quis etiam
sapientiae et fortitudini angelorum praferendum dicas
idemtidem stultum infirmumque Dei. Ita ergo praesens
locus convenienter aptabitur universali Ecclesias.
10. Jam vero quod ad unam singulariter animam
epcclat (nam et una, si Deum dulciter, sapienler, vehe-
menter amat, sponsa est ) quisque spirilualis in semelipso
advertere potest, quid sibi inde proprium respondeat
experimentum. Ego vero quidquid Ulud est, quod in me
de bujusmodi experiri donatum est, coram eloqui non
verebor. Nam etsi vile forsitan cum fuerit auditum, et
despicabile videatur; non mea refert : quia qui spiritualis
est, non me despiciet ; qui minus, non me intelliget.
Attamen si in alium istud sermonem servavero, forte
nou deercnt qui aedificentur in iis, quae exoratus interim
Dominus inspirabit, sponsus Ecclesia? Jesus-Christus
Dominus noster, qui est super omnia Deusbenedictus in
sascula. Amen.
SERMO LXXIV.
De visitationibus Verbi Sponsi, quam occulte fiant ad
animam sanctam, idque Bernardus suiipsius exempto
ad ozdificationem suorum demisse ac verecunde declarat.
{.Revertere, inquit. Liquet non adesse quern revocat;
affuisse tamen, idque non longe ante : quippe qui dum
adhuc abiret, revocari videtur. Intempestiva revocatio,
magni unius amoris, magna? alteritus amabilitatis indi-
cium est. Qui sunt isli cbaritalis cultores, amatoriique
tam indefesi sectatores negotii, quorum allerum pro-
sequitur, alteram urget tam inqnietus amor? et mihi
quidem, utmemini meae promissionis, incumbit assignare
hunc locum Verbo et animae : sed ad hoc ut digne vel
aliquantisperflat, ipsius adjutorio Verbi egere me fateor
SOIXANTE-QUATORZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
521
les secrets de l'amour divin et les possederait plus
a fond. Mais je ne puis me dispenser de ce que je
vous dois, et de satisfaire vos desirs. Je sais bien le
danger oil je m'engage, et je ne l'evite pas, par-
ce que vous me contraignez a m'y engager. Vous
m'obligerez, pour user des termes du Propbete, a
entreprendre des choses qui sont grandes et pla-
cees inliniinent au dessus de moi. Helas ! Je crains
qu'on ne me dise : Pourquoi racontez-vous mes de-
lices, et pourquoi une boucbe aussi impure que la
votre parle-t-elle de mes mysteres? Ecoutez cepen-
dant un bomme qui apprehende de parler, et qui
ne saurait se taire. Peut-etre cette apprehension
meuie excusera-t-elle ma hardiesse , surtout si
cela sert a votre edification ; et peut-etre Dieu au-
ra-t-il aussi egard aux larmes que je verse. Reve-
nez, dit l'Epouse. Elle avait raison. II s'en allait, et
elle le rappelle. Qui me decouvrira la raison myste-
.mbien les rieuse de ces changements? Qui m'expliquera di-
ies dc i£- gnement ce que c'est que ces allees et ces retours
iconnues. du Verbe ? Est-ce que l'Epoux est inconstant ?
D'oii peut sortir et oil peut aller ou retourner ce-
lui qui remplit tout ? Quel mouvement local peut
avoir celui qui est Esprit ? ou quel mouvement
peut-on attribuer a Dieu, a celui qui est absolument
immuable?
2. Que celui qui peut comprendre ces choses les
comprenne. Pour nous, marcbant simplement et
avec prudence neanmoins, dans l'exposition de ce
discours mystique et sacre, suivons l'exemple de
l'Ecriture qui se sert de nos paroles pour expri-
mer la sagesse cacbee dans ce mystere, et
qui, pour figurer Dieu a nos esprits, nousl'insinue
par les images des choses sensibles, nous presen-
tant ainsi un avantage precieux : je veux parler de
ce qu'il y a d'inconnu et d'invisible en Dieu, dans
des vases d'une matiere de peu de valeur. Imi-
tons-la, et disons que le Verbe de Dieu, qui est
Dieu, et l'epoux de l'ame, vient dans l'ame de la
maniere qu'il lui plait et la laisse ensuite, pourvu
seulement que nous croyions que cela se fait par un
sentiment interieur de l'ame, non par un mouve-
ment du Verbe. Par exemple, lorsqu'elle sent la
grace, elle reconnait que le Verbe est present, et
lorsqu'elle ne la sent pas, elle se plaint de ce qu'il
est absent, et demande qu'il revienne a elle, en di-
sant avec le Prophete : « Toutes les affections de
mon ame vous cherchent, je chercherai, Seigneur,
votre presence {Psal. xxvi. 8). » Et comment ne le
chercberait-elle pas, puisque lorsque cet aimable L? d^lr *J
Epoux s'est retire, elle ne saurait desirer autre
chose que lui, ni penser a autre chose qu'a lui. 11
ne lui reste done que de le chercher avec soin
quand il est absent, et de le rappeler quand il s'en
va. C'est done ainsi que le Verbe est rappele, et il
est rappele par le desir de l'ame, mais de l'ame a
qui il a eu la bonte de se faire goiiter une fois. Le
desir, n'est-ce pas une voix?Oui, e'en est une, et
forte meme. Car « le Seigneur », dit le Propbete,
« a exauee le desir des pauvres {Psal. ix. 17). »
Lors done que l'Epoux s'en va, le seul cri de l'ame,
son seul et continu desir, sa seule et unique de-
mande, c'est qu'il revienne.
3. Donnez-moi maintenant une ame que le Verbe
Epoux ait coutume de visiter souvent, a qui la fa- ame s\git-u
miliarite donne de la hardiesse, le gout de la faim,
le mepris de toute choses du repos, et je ne ferai
point difficulte de lui attribuer la voix et le nom
rappelle
l'Epoai.
De quelle
Et certe sermo iste decuerat magis expertum, magisque
conscium sancti et arcani amoris : sed non possum
oflicio deesse meo, non vestris omnino votis. Periculum
meum video, et non caveo j vos me cogitis. Prorsus
cogitis ambulare in magnis et in mirabilibus super me.
Heu 1 quam vereor ne subinde audiam : Quare tu i narras
delicias meas, et assumissacramentum meum per os tuum ?
Audite me tamen hominem qui loqui trepidat, et tacere
non potest. Excusabit forsitan ausum trepidatio ipsa mea ;
magis autem vestra, si provenerit, aedificatio. Et forte ha?
lacrymae pariter videbuntur. Revertere, ait. Bene. Abibat,
revocatur. Quis mihi reseret hujus mutabilitatis sacra-
mentuin? Quis mihi digne explicetire, et redire Verbi?
Numquid levitate utitur Sponsus? Unde, quo venire sou
denuo ire queat, qui totum implet . Quern denique
motum habere localem possit qui spiritus est? Aut quem
postremo vel cujuscumque generis motum das illi qui
Deus est? Est quippe omnino incommutabilis.
2. Verum haec qui potest capere, capiat. Nos aulem
in e.\positione sacri mysticique eloquii caute et simpli-
citer ambulantes, geramus morem Scriptural, qua? nos-
tril verbis sapientiam in mysterio absconditam loquitur;
nostris atfectibus Deum , dum figurat, insinuat; notis
rerum sensibilium similitudinibus, tanquam quibusdam
vilioris materiae poculis, ea quae pretiosa aunt, ignota et
invisibilia Dei, mentibus propinat bumanis. Sequamur
proinde et nos eloquii casti consuetudinem, dicamusque
verbum Dei Deum sponsum animae, prout vult et venire
ad animam, et iterum dimittere earn : tantum ut sensu
animae, non verbi motu, istafieri sentiamus. Verbi causa,
cum sentit gratiam, agnoscit pr<esentiam : cum non,
absentiam querilur, et rursum praesentiam quaerit, di-
cens cum Propheta : Exquisivit te fades mea, faciem
tuam, Domtne, requiram. Quidni requirat? Neque enim,
subducto sibi tam dulci sponso, interim aliquid aliud
non dico desiderare, sed nee cogitare libebit. Restat
igitur ut absentem studiose requirat, revocet abeuntem.
Ha ergo revocatur Verbum , et revocatur desiderio
animae, sed ejus animae, cui semel indulserit suavitatem
sui. Numquid non desiderium vox? Et valida. Denique
desiderium pauperum, inquit, exaudivit Dominus. Verbo
igitur abeunte, una interim et conlinua animae vox, con-
tinuum desiderium ejus, tanquam unum continuumque
revertere, donee veniat.
3. Et nunc da mihi animam, quam frequenter Verbum
sponsus invisere soleat, cui fumiliaritas ausum, cui gea-
tus famem, cui contemptus omnium otium dederit : et
ego huic incunclanter assigno vocem pariter et nomen
sponsae ; nee ab ea penitus locum, qui in manibus est,
censuerim alienum. Talis nempe inducitur hie loquen»-
522
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
L'£poiu
feint de
passer outre
pour eic ter
l Ks erand
desir de le
potseder.
d'Epoui et de lni appliquer les paroles que nous
expliquons maintenant. Telle est enefTet eelle dont
il est question ici. Car elle temoigne assez, en rap-
pelant I'Epoux, qii'elle a me.rite sa presence si elle
n'est pas digue encore de toute l'abotidance de ses
graces. Autrement elle ne le rappellerait pas, rnais
elle l'appellerait; rappeler marque le retour, et
peut-iHre nes'est-il retire < j 1 1 < ■ pour quelle le rap-
pelat avec plusd'ardeur, et quelle l'embrassatplus
elroiferaent. Car lorsqu'il feignait tin jour de vou-
loir aller plus loin, il n'en avait point envie, en ef-
fet, mais il .lesirait s'entendre dire ces paroles:
« Demaudez avec nous. Seigneur, car il est tard
(Luc. xxiv. 39). » Et, une autre fois, lorsqu'il mar-
chait sur la mer et que les Ap6tres naviguaient et
avaient beaucoup de peine a avancer, il lit sem-
blant de vouloir passer outre, et cependant ce n'e-
tait pas son dessein, mais il vontait seulement 6prou-
ver lpur foi et se faire prier. Car commeditrEvan-
geliste :« lis furent troubles et erierent, croyatitque
ce fut un fanldme (Marc. vi. 49). » Cettepieuse dis-
simulation, ou plutut cette salutaire dispensation,
dontle Verbe usad'une maniere corporelle, lememe
Verbe, qui est Esprit, continue .i y avoir encore
recours d'une facon spiritue lie avec l'ame qui l'aime;
quand il passe outre, il veut elre retenu, etquand
il s'en va, il vent etre rappele, car le Verbe, qui est
la parole de Dieu, n'est pas irrevocable. 11 va et
revient selon son bon plaisir ; il visite l'ame des le
matin, comnie dit le Prophete, et il l'eprouve aus-
silot, en se retirant : s'ilva dans l'ame, c'est un ef-
fet de sa grace spontanee, et s'il y retourne, cela
depend absolument de sa volonte ; mais il ne fait
1'un et l'autre qu'avec un jugement dont il connait
seul la raison.
Comment ]
l'absence d»j
l'Kpout
U- Toujours est-il, que ces vicissitudes du Verbe,
qui s'en va etqni vieut, se passent dans l'ame, ainsi
qu'il le dit lui-mdme. « Je vais et je viens envous
(Joan. xiv. 20).« Et ailleuts : « Vous ne meverrez
plus dtirant un peu de temps, et un peu apres
vous me verrez (Joan. xvi. 7). » 0 peu de temps et
pen de temps ! 0 que ce peu de temps dure long-
temps I Mod doux Sauveur, comment pouvez-vous ei ■>'<** r<
court a f-n '
appelercoart le temps que nous ne vous voyons pas? meme temi
Je n'ai garde d'accuser la parole de mon Seigneur,
mais le temps mesemble long, excessivement long !
L'un et l'autre est veritable. 11 est court, si on con-
sidere dos merites, mais il est bien long, si on re-
garde nos desirs. C'est dans ce sens que le Prophete
dit : « S'il dill'ere a venir, attendez-le, car il vien-
dra bientol (Abac. H. 3). » Comment ne tardera-t-il
point, s'il demenre quelque temps a venir, sinon
parce qu'il viendra assez tot, selon nos merites,
mais non pas selon nos vceux? Or, l'ame qui aime,
est euiportee par la ferveur de ses voeux, elle est
entrainee par ses desirs, elle oublie son pen de me-
rite, elle n'a point d'yeux pour voir la majeste de son
epoux, et n'en a que pour les plaisirs dont elle sou-
baite jouir ; ne regarde que sa grace salutaire, et elle
agit familierement avec lui. Enfin , sans crainte
et sans pudeur, elle rappelle le Verbe , et rede-
mamle avec confiance ses premieres delices, elle ne
le nomme pas son Seigneur, mais son bien-aime,
avec sa liberte habituelle. « Revenez, mon bien-
aimi', dit-elle, et elle ajoute : Soyez semblable a
la chevre et au faon de biche sur les montagnes de
Bethel » Mais nous expliquerons ces paroles plus
tard.
5. Maintenant, souffrez mon indiscretion. Jeveux
vous dire, parce que je vous l'ai promis, comment
Quem enim revocat, ejus absque dubio probat se me-
ruisse prasscntiam, etsi non copiam. Alioqnin non revo-
catsel ilium, sed vocasset. Porro revocalionis verbura
rev -.Here est. Et forte ideo subtraxit se, quo avidius
revocaretur, leneretur fortius. Nam et aliquando simu-
labat se longius ire, non quia hoc volebat, sed volebat
audire : Mane nobiscum, Domine, quoniam aduesperascit.
Et rurstim alia vice super mare ambulans, cum apostoli
navigarent et laborarcnt in remigando, quasi volens
pralerite eos, nee tunc quidem istud volebat, sed magis
probare fidem, et clicere precem. Denique, sicut ait
Evangelista, turbali sunt, et clamnverunt, putantes phan-
tasmata esse. Ergo istiusmodi piam simulationem, imo
salularem dispensalionem, quam tunc corporaliter Vcr-
bum corpus inteidum exbibuit, non cessat idemlidem
Verbum spirilus, modo suo spiritual!, cum devota sibi
anima sedulo actitare. Praeteriens tencri vnlt, abiens
revocari. Ne.jue enim hoc irrevocable verbum. It, et
redit pro bcneplacito suo, quasi visitans diluculo, et
subito probans. Et ire quidem illi quodam modo dis-
pensatoiium; redire vero semper volunlaiium est :
utrumque autem plenum judicii. At penes ipsum horum
ratio.
4. Nunc vero constat in anima fieri hujusmodi vicissi-
tudines cuntis et redeuntis Verbi. sicut ait : Vado, et
venio ad vos. Hem, Modicum, et non videbitis me; et
iterum modicum, et videbitis me. 0 modicum et modi-
cum ! o modicum longum ! Pie Domine, modicum dieis,
quod non videbimns te? Salvum sit verbum Domini
mei : longum est, et multtim valde nimis. Verumlamen
ulrnmque verum : et modicum meritis, et longum "
votis. Habes ulrnmque in Propheta : S/ moram fecerit,
inquit, exspecta eum, quiaveniensveniet,etnontaribihil.
Quomodo non tardabit, si moram fecerit, nisi quia quod
ad medium satis est, ncn est satis ad votum? Porro
anima amans votis fertur, trahitur desideriis, dissimulat
merita, majeslali oculos claudit, apcrit voluptati, ponens
in salutari, et fiducialiter agens in eo. Intrepida denique
et inverecunda revorat Verbum, et cum (iducia repelit
delicias suas, sol i ta libertate vocans, non Dominum, sed
dilectum. Revert ere, di/ecte mi. Et addit : Simitis esto
ciprece, liinnuloque cervorum super monies Bethel. At
istud postea.
5. Nunc vero sustinete modicum quid insipienliaimeas.
Volo dicete, nam et hoc pactus sum, quomomo mecum
agitur in ejusmodi. Non expedit quidem. Sed prodar
SOIXANTE-QUATORZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
523
perienee
e saint
ierpard
la visite
1'Epoui.
abien tos
,e*de YE-
mi soat
icreles.
ces choses se passent en moi. Cela n'est pas a pro-
pos, je l'avoue, mais jeme livre volontiers, pourvu
que cela vous serve. Si vous en prolitez, je me con-
solerai de mon peu de retenue, sinon j'avouerai
ma folie. Je confesse, quoique ce soitpecher centre
la modestie de vous le dire, que le Verbe m'a aussi
visite et qu'il l'a fait meme plusieurs fois. Mais
quoiqu'il soit entre souvent en moi, je ne men
suis pas ueanmoins apercu. J'ai seuti qu'il y etait,
je me souviens qu'il y a ete, j'ai pu meme quelque-
fois pressentir son entree, mais je ne l'ai jamais
sentie, non plus que sa sortie. Car d'oii venait-il
quandil vint dans mon ame, et d'oii s'en est-il alle
lorsqu'il l'a quittee, par oil est-il entre, ou sorti ?
e'est ce que je confesse ignorer maintenant. selon
cette parole : « Vous ne savez d'oii il vient, ni oil il
va (Joan, ill, 8). » Et il ne faut pas s'en etonner,
puisque e'est a lui qu'un prophete a dit autrefois :
« Et Ton ne connaitra point la trace de vos pas. »
II est hors de doute qu'il n'est entre ni par mes
yeux, car il n'est pas colore, ni par mes oreilles,
car il n'est pas un son, ni par mon nez, car il ne se
mele pas avec 1'air, mais avec l'ame, et ne l'affecte
pas.maislafait; ni par mon gosier, car il nese mange
ni ne se boit. Je ne l'ai point non plus reconnu au
toucber, car il n'est pas palpable. Par oil done est-
il entre ? Car il n'est pas venu du debors, puisqu'il
n'est aucune des cboses qui paraissent au dehors.
Cependant il n'est pas venu du dedans de moi, car
e'est un bien etle bien n'babite point en moi, je le
sais. Je suis aussi monte au dessus de moi, et j'ai
trouve que le Verbe est encore plus haut. Ma cu-
riosite me l'a fait chercber au dessous de moi, et
j'ai trouve pareillement qu'il est encore plus bas.
J'ai regarde hors de moi, et j'ai reconnu qu'il est
encore au dela de ce qui est hors de moi ; et enfin
je l'ai chercbe au dedans de moi, et j'ai vu qu'il
m'est plus interieur que moi-meme. Et alors j'ai
reconnu la verile de cette parole : « Nous vivons,
nous dous mouvons, et nous subsistons en lui [Act.
xvn, 28). » Mais heureux celuien qui il est, qui vit
pour lui, qui est mu par lui.
6. Vous demandez sans doute comment done j'ai te5 monro-
pu reconnailre qu'il etait present, puisque ses voies .."ur'fncU-
quent sa
presence
sont si incomprehensibles, mais il estvifet efficace,
et aussilot qu'il est venu en moi, il a reveille mon
ame qui dormait, il aremue, amolli, et blesse mon
cceur, qui etait dur comme la pierre et malade. II
s'est mis aussi a arracher, a detruire, a edifier, et
a planter, a arroser ce qui etait sec, a, eclairer ce
qui itait tenebreux, a ouvrir ce qui etait serre, a
enflammer ce qui etait froid, a redresser ce qui
etait tortu, etaaplanir ce qui etait rude et raboteux,
ensortequemoname benissaille Seigneur, et tout ce
qui est en moi glorifiait son saint nom. C'est doncainsi
que le Verbe epoux, en entrant quelquefois en moi,
ne m'a fait connaitre son entree par aucune mar-
que, ni par la voix, ni par la figure, ni par la de-
marche. Enfin je ne l'ai connu par aucun mouve- Operations
ment de sa part, je n'ai apercu par aucun de mes de ' EP°al-
sens, qu'il se fiit glisse dans le fond de mon ame.
J'ai soulement reconnu sa presence par le mouve-
ment de mon cceur, comme je l'ai deja dit, j'ai re-
marque la puissance de sa vertu par la fuitedes vi-
ces, ut par l'amortissement des passions qu'elle
operait en moi. J'ai admire la profoudeur de sa
sagesse dans la discussion et la reprobation de mes
fautes secretes, j'ai eprouve sa bonte et sa miseri-
sane ut prosim : et, si profeceritis vos, meam insipien-
tiam consolabor : si non, meam insipientiam confilebor.
Fateor et mihi adventasse Verbum, in insipientia dico,
et pluries. Cumque saepius intraverit ad me, non sensi
aliquoties cum intravil. Adesse sensi, afluisse recordor,
inlerdum et prssentire potui introitum ejus, sentirenun-
quam, sed ne exitum quidem. Nam unde in animam
meam venerit, quove abierit denuo earn dimitlens ; sed
et qua vel introierit vel exierit ; etiam nunc ignorare me
fateor, secundum illud : Nescis unde veniat, aul quo
vadat. Nee mirum tamen, quia ipse est, cui dictum est:
Et vestigia tua non cognoscentur. Sane per oculos non
inlravit, quia non est coloratum : sed neque per aures,
quia non sonuit : sed neque per nares, quia non aeri
miscetur, sed menti ; nee infecit aerem, sed fecit : ne-
que vero pep fauces, quia non est mansum vel haustum :
nee tactu comperi illud , quia palpabile non est. Qua
igitur introivit ? An forte nee introivit quidem, quia non
deforis venit ? Neque enim est unum aliquid ex
iis quae foris sunt. Porro nee deintra me venit quoniam
bonum est, et scio quoniam non est in me bonum. As-
cendi etiam superius meum : et ecce supra hoc Verbum
eminens. Ad inferius quoque meum curiosus explorator
descendi : et nihilominus infra inventum est. Si foras
ispexi, extra omne ex ten us meum comperi illud esse :
si vero intus, et ipsum interius erat. Et cognovi verum
quidem esse quod legeram : quia in ipso vivimus, mo-
vemur et sitmus : sed ille beatus est, in quo est ipsum,
qui illi vivit, qui eo movetur.
6. Quaeris igitur, cum ila sint omnino investigabiles
via? ejus, unde adesse norim ? Vivum et efficax est :
moxque ut intus venit, expergefecit dormitantem animam
meam , movit, et mollivit , et vulneravit cor meum ,
qnoniam durum lapideumque erat, et male sanum. Cce-
pit quoque evellere et destruere , aediticare et plantare,
rigare arida, tenebrosa illuminare, clausa reserare, fri-
gida inflammare, necnon et mitterre prava in directa, et
aspera in vias planas; ita ut benediceret anima mea
Domino, et omnia quee intra me sunt nomini sancto
ejus. Ita igitur intrans ad me aliquoties Verbum spon-
sus, nullis unquam introitum suum indiciis innotescere
fecit non voce, non specie, non incessu. Nullis denique
suis motibus compertuui est mihi, nullis meis sentibus
illapsum penetralibus meis : tantum ex motu cordis
(sicut praefatus sum) inlellexi prssenliam ejus, et ex
fuga vitiorum, carnaliumque compressione afTectum ad-
verti potentiam virtutis ejus, et ex discussione sive
redargutione occultorum meorum admiratus sum pro-
funditatem sapientise ejus , et ex quantulaeunque
emendatione morum meorum expertus sum bonitatem
524
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
corde par un amendement de ma vie, j'ai decou-
vert en quelque sorte sa beaute infinie par le re-
nouvellement et la reformation de mon esprit,
c'est-a-dire de mon homme interieur : en regardant
toutes ces choses ensemble, j'ai ete surpris d'eton-
nenient de sa grandeur incomprehensible.
Tont •« re- 7. Mais comme toutes ces choses, lorsque le Verbe
8. L'une et l'autre choses me sont necessaires, la La Tiril4
virile afin que je ne puisse me cacher devant '* grace so
elle, et la grace afin que je ne le veuille pas. Si
l'une n'est accompagnee de l'autre, la visite de l'E-
poux sera imparfaite. Car la severite de la premiere
est penible sans la gaiete de la seconde, etla gaiete
de la seconde semblc un peu trop libre sans la gra
neccssiiire
pom que
la vi-ile 6
Verbe so:
parf.iite.
froidit qoand seretire, commencent aussitot a languir et a se re- vile deli premiere. La verite est amere, si elle n'est
il • eloigne. '
II faot le
rappeler atec
ardeur.
froidir, de meme que si on Ate le feu de dessous un
vase qui bout, et que c'est la la marque de sa re-
trace, mon ime estabaltue de tristesse, jusqu'a ce
qu'il revienne ; mais quand mon cueur se rechauffe
en moi, ce m'est un temoignage de son relour. Apres
avoir ressentipar experience le bonheurde posseder
le Verbe, faut-il s'etonner sije mesers aussi dela voix
de l'Epouse pour le rappeler lorsqu'il s'est absente,
puisque je suis louche d'un desir non pas tout-a-
fait pareil. mais du moins en partie sembl able au
sien? Tant que je vivrai j'userai familierement de
cette voix, et pour rappeler le Verbe je me servirai
du verbe du rappel qui est le mot revenez ; et tou-
tes les fuis qu'il s'eloignera de moi, je le rappelle-
rai et ne cesserai de crier par les desirs ardents de
mon cceur, qu'il revienne, qu'il me rende la joie de
sa grace salutaire, qu'il se rende a moi. Je vous l'a-
voue, mes cbers enfants, je ne prends plaisirarien
jusqu'a ce que celui qui fait seul tout mon plaisir
soit de retour. Et je le prie de ne plus revenir vide,
mais « plein de grace et de verite, » selon son
ordinaire, et comme il l'a fait bier et avant-hier.
En quoi il me semble qu'il a beaucoup de rapports
avec la chevre et avec le faon de biche, la verite
ayant des yeux aussi percants que ceux de la che-
vre, et la grace ayant la gaiete du faon de biche.
assaisoun&e de la grace; et laferveur dela devotion
est quelquefois un peu legere, immoderee et trop
libre, si elle n'est retenue comme par le frein de
la verite. Combien y en a-t-il a qui il n'a servi de
rien d'avoii recu la grace, parce qu'ils n'ont pas
recu en meme temps le temperament que la verite
apporte? lis out eu trop de complaisance en la
grace ; ils n'ont point apprehende les regards de
la verite, ils n'ont point unite la gravite de la che-
vre, mais seulementlalegerete el la gaiete du faon de
biche. Aussi ont-ils perdu cette grace dont ils vou-
laient se rejouir en particulier ; on aurait pu leur
dire, mais un peu tard, d'apprendre a servir « Dieu
avec crainte , et a se rejouir en lui avec |tremble-
ment, [Psal. n, 11). » Car l'ime sainte qui avait dit
dans son abondance : « Je ne serai jamais ebran-
lee (Psal. xxix, 7), » a senti soudain que le Verbe
a detourne sa face d'elle, et a appris par cette af-
fliction, qu'avec la piete et le zele qu'elle avait re-
cus, elle avait encore, besoin du poids de la verite.
La plenitude de la grace ne consiste done ni en la
grace seule, ni en la seule verite. Que vous sert-il
de savoir ce que vous devez faire, si Dieu ne vous
donne pas la grace de le vouloir? Et que vous sert-
il de le vouloir, si vous ne le pouvez pas ? Combien
n'en ai-je pas vus qui etaient devenus plus tristes
mansuetudinis ejus, et ex renovatione ac refurmatione
spiiitus mentis meae, id est interioris hominis mei, per-
cepi utcunque speciem decoris ejus, et ex contuitu
horum omnium simul expavi niuUiludinem magnitudi-
nis ejus.
7. Verum quia haec omnia, ubi abscesserit Verbum,
perinde ac si olla? bullienti subtraxeris ignein, quodam
illico languore torpentiaet frigidajacere incipiunt ; atque
hoc mihi signum abscessionis ejus. Tristis sit necesse
est anima mea, donee iterum revertatur, et solito reca-
lescat cor meum intra ue ; idque sit reversionis indicium.
Tale sane experimentum de Veibo habens, quid mirum
si et ego usurpo mihi vocem Sponsae in revocando il-
lud, cum se absentaverit, quietsi non pari, similitamcn
vel ex parte desiderio feror? Familiare mihi erit, quoad
vixen , pro Verbi revocatione revocatiouis verbum ,
quod utique reoertere est. Et quoties elabetur, toties re-
petetur a me, nee cessabo clamitare quasi post tergurn
abeuntis ardenti desiderio cordis ut redeat ; et reddat
mihi laetitiam salutaris sui, reddat mihi seipsum. Fa-
' ml. dieo. teor " vobis, (ilii, nil aliud interim libet, dum non praesto
est quod solum libet. Et hocoro, ut non vacuum veniat
sed plenum gratia? ct veritatis : more utique suo,
sicut heri et nudius tertius. In quo mihi similitu-
diaem capres et hiunuli exhibitum iri posse videtur,
cum Veritas caprea oculos habeat , gratia hinnuli hila-
ritatem.
8. Utraque res necessaria mihi : et Veritas quidem,
cui abscondi non possim ; gratia auteni, cui nolim.
Alioquin sine alterutra visitalio plena non erit, cum et
illius severitas absque hac onerosa, et hujus bilaritas
absque ilia dissoluta possit videri. Amara est Veritas
sine condimento gratia? ; sicut absque veritatis freno le-
vis et nesciens modum, plerumque et insolens ipsa
devotio. Quam mullis non profuit grati;im percepisse,
pro eo quod temperamentum de veritate pariter non
acceperunt ? Ex hoc enim plus quam oportuit compla-
cuere sibi in ea, dum veriti non sunt veritatis obtutus,
dum non respexerunt ad capreje maturitatem, magis au-
tem se totos hinnuli levitali hilaritatique dederunt. Inde
factum est, ut in qua privatim exsullare voluerant, gra-
tia privarentur, quibus vel sero dici putuerit : Eunles
ergo discite quid sit, Servite Domino in iimore, et exsul-
tale ei cum tremors. Dixerat denique sancta anima
quosdam in abundantia sua, Non movebor in celernum :
cum subito sensit aversam a se faciem Verbi, seque non
modo motam, sed eliam conturbatam ; et sic in tristitia
didicit opus fuisse sibi, cum munere quidem devotionis,
etiam pondere veritatis. Ergo non in sola gratia pleni-
tude gratise est, sed ne in sola quidem veritate. Quid
SOIXANTE-QUATORZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES
apres avoir ronnu la verite ? et cela parce qu'ils ne
525
cTSce sans
i verk6
boiteuse.
pouvaient plus desormais s'excnser sur leur igno-
rance, puisqu'ils savaient ce que la verite deman-
dait d'eux, et ne le faisaient pas.
9. Puisqu'il en est ainsi, 1'une ne sufQt pas sans
l'autre ; c'est trop peu dire, il n'est pas merne avaii-
tageuxde recevoir l'une sans l'autre. Qui nous
l'apprend ? C'est l'Apotre en disant : « Celui qui
sait le bien, et ne le fait pas commet un double
pecbe. Et encore : Le serviteur qui sait la volonte
de son maitre, et n'agit pas conformement h cette
connaissance, sera beaucoup plus battu (Luc. xn,
47). » Voili pour la verite et voici pour ce qui re-
garde la grace. II est ecrit : « Et apres qu'il eut
avale le morceau que lui donna le Sauveur, Satan
entra en lui (Joan, xm, 27). » L'Evangeliste parle
de Judas qui recut le don de la grace, mais parce
qu'il ne marcbait pas dans la verite et la sincerite
avec le maitre de la verite, ou plutot avec la verite
qui devait lui servir de maitre, il donna entree en
lui au demon. Ecoutez encore : «I1 les anourrisdu
plus pur froment, et les a rassasies du miel sorti
de la pierre (Psal. lxxx, 17). » Qui sont ceux-la?
« Les ennemis du Seigneur, ajoute le Propbete, ont
menti contre lui. » Ceux qu'il a nourris de miel et
de froment ont menti contre lui et sont devenus
ses ennemi-, parce qu'ils n'ontpas joint la verite a
la grace. 11 est dit encore ailleurs a leur sujet :
«Des enfants etrangers ont vieilli dans leurs crimes,
ont boite dans leurs voies (P*al. vn, 46). » Et com-
ment n'auraient-ils pas boite puisqu'ils ne mar-
cbaient que sur uu pied, car ils ne se soute-
naient que sur le pied de la grace, auquel ils ne
joignaient point la verite. Leur supplice sera done
eternel com me celui de leur prince, qui n'est pas
lui-meme demeur£ ferme dans la vSritS, mais qui
a ete menteur des le commencement. Et c'est pour-
quoi on lui a dit : «Tuas perdu ta sagesse par ta
beaute (Ezeck. xxvm, 7). » Je ne veux point d'une
beaute qui me fasse perdre la sagesse.
10. Demandez-vous quelle est cette beaute si
nuisible et si dangereuse? C'est la votre. Peut-etre
nem'entendez-vous pasencore. Ecoutez-donc,je vais
parler en termes plus intelligibles. C'est la beautfi
quivous est propre. Neblamons point le dondeDieu,
mais le mauvais usage qu'on en fait. Car, si vous
y prenez garde, il n'est pas dit que Lucifer ait perdu
la sagesse par la beaute, mais « par sa beaute. »
Or la beaute de l'ame, si je ne me trompe, aussi
Men que celle de l'ange, c'est la sagesse. Car que
sont-ils l'un et l'autre sans la sagesse, sinon une
maliere informe ? La sagesse n'est done pas seu-
lement sa forme, elle est aussi sa beaute. Mais il
l'a perdue, lorsqu'ilsel'est appropriee, en sorte que
lorsqu'on dit, qu'il a perdu la sagesse par sa beaute,
cela veut dire qu'il a perdu la sagesse par sa pro-
pre sagesse, C'est parce qu'il se Test appropriee
qu'il l'a perdue. 11 n'a perdu la sagesse que parce
qu'il s'est estime sage, n'a pas donne la gloire a
Dieu, n'a pas rendu grace pour grace, ne l'a pas
possedee selon la verite, mais en a abuse seloD sa
propre volonte : voila pourquoi il l'a perdue ou plu-
tot voilace qui l'a perdu. Car, posseder la sagesse
de cette sorte, c'est la perdre. «Si Abrabam, dit l'A-
potre, a ete justilie par les ceuvres, il a eu de la
gloire, mais non pas en Dieu (Rum. vi, 2). » Ainsi
en est-il de moi, je ne suis point en surete, car je
perds lout ce quejenepossede point en lui. En effet,
qu'y a-t-il qui soit plus perdu que ce qui est bors
de Dieu? Qu'est-ce que la mort, sinon la privation
prodest scire quid te oporteat facere, si non detur et
velle facere ? Quid si velis quidem, sed minime possis ?
Quantos expertus sum agnita veritate tristiores, et ideo
magis, quod jam confugere ad ignorantiae excusationem
non liceret, scientes, ct non facientes quod Veritas hor-
taretur?
9. Quae cum ita se habeant, neutrum sine altero suf-
ficit. Parum dixi : non expedit quoque. Unde id
scimus ? Scieitti, inquit, bonum, et non facienti, pecca-
tum est illi. Hem, Serous sciens voluntatem domini sui,
et non faciens digna, vapulabit mullis. At istud pro
parte veritatis. Pro gratiae quid? Scriptum est, Et post
buccellam introivit ineum satanas. Judam loquitur, qui
accepto munere gratiae, quia in veritate non ambulat
cum veritatis Magistro, vet potius cum magislra Veritate
locum in se diabolo dedit. Audi adliuc : Cibavit illos
ex adipe frumenii, et de petra melle saturavit eos. Quos ?
Inimici Domini men/iti sunt ei. Quos melle cibavit et
adipe, hi mintiti sunt ei facti inimici : quia verilatem
gratiae non junxcrunt. De quibus alibi habes ;
Filii alieni mentiti mihi, filii a/teni inveterati sunt,
et claudicaverunt a semitis suis. Quidni claudi-
carent, uno pede gratiae contenti , et non appo-
nentes veritatem ? Erit igitur tempus eorum in
sascula, sicut et principis ipsorum, qui et ipse in veri-
tate non stetit , sed fuit mendax ab initio , ideoque
audivit : Perdidisti in decore tuo sapientiam. Nolo de-
corem, qui mihi sapientiam tollat.
10. Quaeris quis ille tarn noxius, tamque perniciosus
decor? Tuus. Adhuc forte sine intellect es? Planius
audi, Privatus, proprius. Non culpamus donum, sed
usum. Denique si advertisti, non in decore, sed in sua
decore dictus est ille perdidisse sapientiam. Et (ni fal-
lor) unus angeli, auima?que decor ipsa est. Quid enim
vel hose vel ille absque sapientia, nisi rudis deformisque
materia est ? Ea ergo ille non modo formatus, sed et
formosusfuit. Sed perdidit earn, cum fecit suam : ut non
sit aliud in decore suo, quam in sua sapientia perdidisse
sapientiam. Proprietas in causa est. Quod sibi sapiens
fuit quod non dedit gloriam Deo, quod non retulit gri-
liam pro gratia, quod non secundum veritatem ambula\ it
in ea, sed ad suam earn retorsit voluntatem : istud t-t
cur earn perdidit, imo istud est quod earn perdidit,
Elenim sic habere, perdere est. Et si Abraham, inquii
ex operibus juslificatus est, hubet gloriam, sed non apud
Deum. Et ego : Non * ego in tuto, inquam. Perdidi
quidquid habeo non apud Deum, Nam quid tarn perdi-
tum, quam quod extra Deum exsulat ? Quid mors, nisi
Ponrquoi
le demon
a perdu
sa beaut£.
ergo.
626 CEUVRES DE SAINT BERNARD.
delavie? Qu'est-ce que la perte du vrai bien, si- qu'il passe par dessus
non la separation d'avec Dieu ? Malheur a vous qui
etes sages a vos propres yeux, et qui vous es-
timez prudents a voire jugement. C'est de vous
qu'il est dit : « Je perdrai la sagesse des sages, et
laprudence des prudents (Cor.i, 19). » Us ont perdu
la sagesse, parce que leur sagesse les a perdus.
Que n'ont point perdu eeiis quise sont perdus eux-
memes? Or ceux que le Seigneur ne connait point,
ne sont-ils point perdu??
11. En elTet, les vierges folles qui ne sont folles, je
pense, que parce que se croyant sages, elles sont
devenues folles; ces vierges, dis-je,entendrontcette
parole terrible : . Je ne vous connais point (Matth. II faul chercher ffyoux dans le temps, de la
ixv, 12). » l)e meme ceux qui lirent im sujet de
gloirede la grace des miracles entendront aussi la
meme parole : jenevous connais pas. En sorte que
Ton voit clairement, par tout ce que nous avonsdit,
que la grace nuit plutot quelle ne sert, lorsqu'elle
n'est point accompagnee de la verite. L'Epoux
possede evidemment l'une et l'autre, puisque saint
Jean-Baptiste dit : « Que la grace et la verite ont
tjndla visile ete bornees par Jesus-Christ. » Si done mon Sei-
mes peches, en faisant
comme s'il ne les voyait pas, et qu'il regards avec
compassion la peine que je merite. Qu'il entre
comme s'il descendait des montagnes de Bethel,
plein d'allegresse et de magnificence, et comme
s'il sortait du sein de son Pere, plein de douceur et
de bonte, afin qu'il ne dedaigne pas d'etre appele
et de devenir l'epoux de l'ame qui le cherche, lui
qui etant Dieu, est eleve par dessus tout, et beni
dans les siecles des siecles. Ainsi soit-il.
SERMON LXXV.
mere et dans le lieu qu'il convient : c'est maintenant
le (naps favorable pendant lequel chacun de nous
peat trouver le Seigneur pour soi et opirer son salut.
craiodre-
de 1'EpoDX
gneur Jesus, qui est le Verbe de Dieu et l'epoux
de l'ame, frappe a ma porte n'ayant que l'une des
deux, il n'entrera pas comme epous, mais comme
juge ; mais a Dieu ne plaise que cela arrive, a Dieu
ne plaise qu'il entre en jugement avec son servi-
teur. Qu'il entre pacifique, qu'il entre gaiet joyeux,
et neanmoius qu'il soit serieux et grave, atiu que,
1. « J'ai cherche toutes les nuits,dans mon petit
lit, celui qu'aime mon ame. (Cant. m. 1). » L'Epoux
n'est point revenu a la voix et selon les desirs de
celle qui l'a appele. Pourquoi ? Afin que son desir
augmente, pour eprouver son affection, et enflam-
mer davantage son amour. Ce n'est done qu'un
effet de la dissimulation de l'Epoux, non de son in-
dignation. Mais puisqu'il n'a pas voulu venir quand
on l'a appele, ilnereste plus qu'a le chercher, pour
voir si on pourra le trouver, puisque le Seigneur
dit que « quicouque cherche, trouve (Mall. vii.
). » Or, voici les paroles dont elle s'est servie, pour
SoUTPDt D
difl^re 8
presenc
pour qu'oi
cberche a
plus
d ardeul
i • " * ^ — » "'■ "*> »uu.ne» paroles uont elle s est wrrp nnn
par le visage severede la verite, il reprime ce qu'il le rappe.er : « Revenez, soyez semb ab le mon'b' 2
7 a de trop emporte en moi, et tempere 1'exces de aime, a la chevre et au faon de biche , L Epo^x
ma joie. Qu il entre en sautant comme un faon de n'etant point revenn h wn» JL ,
biche, mais qu'il ait la circonspection de la chevre, que ^ us Ivons i te 1'Eno , ' 'T raiS°DS
, 4ue uuus avons elites, 1 Lpouse, qui 1 aime passion-
privatio vits ? Ita nihil perditio, nisi alienalio a Deo
est. Vie qui sapientes estis in oculis vestris, el coram
Vobismetipsis prudentes! De vobis dicilur : Perdam sa-
pientiam sapientium et prudentiam prudentium repro-
babo. Perdidcrunt sapientiam, quia sua sapienlia
perdidH cos. Quid non perdidcrunt, qui est ipsi per-
dili sunt J An vero non perditi, quos nescit Deus?
11. Porro autem virgines fatuae, quas quidern non
aliunde fuluas pulo, nisi quia dicenles se esse sapientes,
stullcE factae sunt ; hae, inquani, a Deo audire habent :
Nescio vo-t. Et item illi, qui gratiam miraculorum ad
suam usurpaverunt gloriam, niliilominus audituri sunt,
quia non nnvi vos : ut liquido ex his clareseat, gratiam
non prodesse, ubi veri'as non est intentione ; sed obesse
magis. Et quidem penes Sponsum ulrajue res. Denique
gratia et Veritas per Jesum-Christum facta est, ait Joan-
nes Baptista. Si ergo cum una quavis harura sine altera
pulsaverit ad ostium meum Dominus Jesus-Christus
(ipse est enim Dei Verbum, animae sponsus : ) intrabit
sane non tanquam sponsus, sed tanquam judex. Absit,
nequnquam liat hoc. Non intret in judicium cum servo
suo. Intret pacilicus, intret jucundus et bilaris : maturus
tamen et serius intret, qui severiori quodam veritatis
vultu in me, dum insolenliam reprimit, purget laatitiam,
Intret quasi hinnulus saliens, quasi caprea circumspeclua
qui culpam dissimulando transiliat, poenam miserando
respiciat. Intret quasi descendens de montibus Bethel
festivus et splendidus, et quasi procedens a Patre sua-
vis et mitisqui non dedigneturdici et fieri sponsus anima
qua;rentis se, cum sit super omnia Deus benedictus in
sscula. Amen.
SERMO LXXV.
Deus qua>rendus est debito tempore, modo, et loco. Et
auod nunc sit acceptabile tempus, in quo quisque per
bona opera potest sibi invenire Deum, ac suam ope-
rari salutem.
1. In lectulo meo qu&sivi per nodes quern diligit anima
men. Non est reversus Sponsus ad vocem et votum
revocantis. Quare ? Ut desiderium crescat, ut probetur
aftectus, ut exerceatur amoris negotium. Sane ergo dis-
simulate est, non indignatio. Sed superest ut qua;ratur
si forte repenatur qnaesitns, qui vocatus non venit, di-
cente Domino : Omnis qui qu&rit, invenit. Porro ver-
bum revocations tale est : Revertere, assimilare, dilecte
mi, caprea; hinnutoque cervorum. Ad quam vocem dum
non est reversus, utique ob illas causas quae dicta: sunt :
nine ista quae amat facia cupidior, mox sese ad requi-
SOIXANTE-QUINZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 527
nement, se sent embrassee d'un plus violent de- affaire. Mais s'il faut que je reponde et que je sa-
sir encore, et s'applique a le chercber avec une ar- tisfasse, selon mon peu de capacite, aux ames qui
deur extraorninaire. D'abord, elle cbercbe dans son chercbent Dieu, je dois lirer de l'Ecriture sainte,
petit lit, mais ne l'y trouvant point, elle se leve, qui est leur nourriture, quelque cbose de nourris-
fait le tour de la ville, va et vient, dans les places sant et de spiriiuel, aQn que les pauvres mangent,
publiques, dans les carrefours, et son epoux ne se et soient rassasies, et que leurs cceurs trouvent la
onstage presente point a elle et ne parait point. Elle inter-
•echercher ro§c tous ceus <ju*elle rencontre, et elle n'en ap-
'Epoui. prend rien de certain. Elle ne le cbercbe pas
dans une seule rue, ou pendant une seule nuit,
puisqu'elle dit : Je l'ai cbercbe durant toutes les
nuits. Quel desir, quelle ardeur font qu'elle se leve
la nuit, qu'elle n'a point de honte de paraitre en
ce temps, qu'elle court toute la ville, interroge
bardiment tous ceux qu'elle rencontre, et ne pent
etre detournee de le cbercber par aucune raison,
vie. Or, quelle est la vie des cceurs, sinon mon
Seigneur Jesus-Christ, dont un grand Apotre, qui
vivait de lui, disait : « Lorsque Jesus-Christ votre
vie , paraitra , alors vous paraitrez aussi dans sa
gloire (Coloss. in. U). » Qu'il vienue done lui-meme,
au milieu de nous, aQn qu'on puisse dire aussi de
nous avec verite : « celui que vous ne conuaissez
pis est assis au milieu de vous {Joan. l. 26). »
Quoique je ne voie pas comment l'Epoux, qui est
esprit, peut n'etre pas connu des personnes spiri-
ni empechee par aucune difflculte, ni relenue par tuelles, je dis de celles qui out fait tant de progres
l'amour du repos et du sommeil, par la pudeur dans la viedesesprits, qu'ellespeuvent dire avee un
d'une epouse, par les craintes et les frayeurs de la Prophete : « I.e Seigneur Jesus-Christ est un esprit
nuit? Et cependant, nonobslant cela, ses desirs ne present devant nous(77(rc/i. vn. 20), » etavec l'Apo-
sont point encore accomplis a cette heure. Pour-
quoi ? Que veut dire un refua si long et si opiniu.-
tre, qui nourrit les ennuis, fomente les soupcons,
allume 1'impatience, irrite l'amour, et cause le de-
sespoir ? Certes, sie'est encore une dissimulation de
l'Epoux, cette dissimulation est bien penible.
2. Je veux qu'elle ait ete utile et salutaire, lors-
que l'Epouse ne faisait encore que l'appcler ou le
rappeler. Mais, maintenant qu'elle le churcne de
cette maniere, a quoi bon dissimuler plus long-
tre : « conuaitre Jesus-Cbrist, selon la chair, ce n'est
pas le connaitre (11 Cor. v. 16). » N'est-ce pas lui
que 1 Epouse cherchait ? 11 est maintenant un epoux
aimant et aimable. Oui, dis-je , il est vraiment
epoux comuie sa chair est vraiment viande, et
son sang vraiment breuvage ; tout ce qui est de
lui, etant vrai comme lui, qui est la verite meme.
3. Mais d'oii vient que cet epoux ne se trouve
point, quand on le cbercbe, surtoutquand on lecher-
che avec tant d'ardeur et de vigilance, tantot dans le
temps ? S'il s'agit icid'epoux chaniel, et d'aniours lit, tantot dans la ville, ou metne dans les places
desbonnetes, comme il senible que la lettre y porte publiques et dans les rues ? N'a-t-il pas dit lui-
a premiere vue et si de semblables cboses arrivent uieme : « Chercbezet vous trouverez. Et, celui qui
parmi eux, je ne m'en mets pas en peine, e'est leur cbercbe trouve [Math, vu)? » Le prophete Jeremie
rendum tofa aviditate dedit. Et primo quidem quaerit
ilium inleetuh, sed minime invenit. SurgU inde, circuit
civilalem, it et redit per plateas et vicos ; et non oceui1-
rit, neque apparel. Interrogantur quique forte occurre-
rint; nibilque cerli reportatur. Neque vicis unius, aut
unius noctis qusesitio h;ec frustratio, cum dicat ista,
quia qwvui'i per nodes. Quid hoc desiderii est et ardo-
ris, ut surgens de node publicum non erubescat, per-
currat civilatem , percunetetur palam et passim de
dilecto, atque a vestigandis semitis ejus nulla valeat ra-
tione averti, nulla praepediri difficultate, non tempestivae
retineri amore quietis, non Sponsae verecundia, non
vel timore nocturno ? Et tamen in his omnibus frus-
trata est usque adhuc a desiderio suo. Quaere? Quid
sibi vnlt pertinax baec et diuturna fraudalio, Isdiorum
nutrix, suspicionum fomes, impatienliae fax, novercaamo-
ris, mater desperationis? Si adhuc dissimulalio est, ni-
mis est molesta.
2. Esto qnod pie uliliterqne interim fuerit dissimula-
tum ; donee in sola adhuc vocatione sea revocatione res
erat. Nunc vero cum requirilur, et ita requiritur, quid
jam cunferre polerit dissimulatio ? Si de carnalibus
Sponsis et pudendis amoribus quaestio est, sicut litteralis
superlicies praelusisse videtur ; et si inter iUos talia con-
tingere queant, mea non interest, ipsi viderint. Quod si
aniaiarum quaerenlium Dominum menlibus et affectibus
pro quantulocumque posse meo respondere et satisfacere
me oportet, eruendum sane est de Scriplura sancta, in
qua se vitam habere confidunt, eo vitale aliquid, quo
spiriluale ; ut edant pauperes et saturentur, et vivant
corda eorum. Et quid lamcordium vita, quam Dominus
meus Jesus- Christus, de quo aiebat qui eo vivcbal, quia
cum Christus apparuerit vita vestra, tunc et vos uppa-
rebitis cum ipso in gloria ? Ipse ergo ad medium veniat,
quo et nobis veraciter dici possit : Medius autem res-
train stat, quern vos nescitis. Quanjuam nescio quomodo
non sciatur a spiritualibus Sponsus spiiitus, qui tamea
ita in spiritu profecerunt, ut possint dicere cum Pro-
plieta : Spiritus ante faciem nostrum Christus Dominus.
Et cum Apostolo : Etsi coynovimus Christum secundum
carnem, sed nunc Jam non novimus. Nonne is est, quem
sponsa qusrebat ? Is vere est sponsus, et amans, et
amabilis. Is, inquam, vere sponsus : sicut caro vere est
cibus, et sanguis ejus vere est polus : et tolum quod de
ipso est, vere est, quando ipse est non aliud sane quam
ipsa Veritas.
3. Verum is Sponsus quid est quod non invenitur
quaesitus, cum requiratur tarn studiose et impigre, nunc
quidem in lectulo, nunc vero in civitate, aut etiam in
plateis vel vicis, ipse autem dicat : Qwxrite, et inve-
528
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
a dit de mfme en s'adressant a lui : « Que vous
6tes bon, Seigneur, a l'ame qui vouscherche (Tien.
in. 25). » Et le prophete lsaie : « Cherchez le Sei-
gneur, pendant qu'on le peat trouver (ha. lv. 6). »
Comment done les Ecritures seront-elles accom-
odate avant qu'on l'appelle, on sent qu'il est pre-
sent. Car ecoutez ce qu'il promet : « Avant, dit-il,
que vous m'invoquiez, je dirai : me voici present
(ha. ixv, 26). » Le Psalmiste n'a pas ignore non
plus que e'est mainlenant le temps propre et fa-
It 7 a trois
causes qui
foot que ceux
qui cherchent
Jesus ne le
trouvent pas.
1. On ne le
cberche pas
dans le temps
qu'il taut.
plies ? Car celle qui cherche l'Epoux ici n'est pas vorable, puisqu'il a dit : « Le Seigneur a exauce les
de celles a qui lui-meme a dit : « Vous me cher- desirs des pauvres ; votre oreille, mon Dieu, a en-
cherez et ne me trouverez point (Joan, vn, 34). » tendu les cris de leur coeur (Psal. ix, 17). » Si nous
Ecoutez trois raisons qui se presentent a moi pour cherchons Dieu par les bonnes ceuvres, il faut que
lesqiu'lles ceux qui le cherchent ordinairement ne nous fassions du bien a tout le monde, pendant
le trouvent pas : cela arrive, ou parce qu'ils ne le que nous en avons le temps (Gal. vi, 10), d'autant
cherchent pas dans le temps qu'il faut, ou parce- plus que le Seigneur a dit que la nuit vient ou
qu'ils ne le cherchent pas coin me il faut, ou parce personne ne pourra plus rieu faire (Joan, ix, 4).
qu'ils ne le cherchent pas oil il faut. En effet, Pensez-vous trouver dans les siecles a venir un
si tout temps est propre pour le chercher, pour- autre temps pour chercher Dieu, et pour faire de
quoi le Prophete dit-il : « Cherchez le Seigneur, bonnes ceuvres, que celui que Dieu meme vous a
pendant qu'on peut le trouver (Isa. lv. 7) ? » II faut donne pour cela, et dans lequel il sesouviendra de
done qu'il y ait un temps ou on ne puisse pas le vous? Ce temps est le jour du salut, parce que
trouver. Etc'estpourquoi il a dit encore : « lnvo- e'est le temps oil celui qui est notre Dieu et notre
quez-le pendant qu'il est proche » ; e'est parce qu'il roi avant tous les siecles, a opere le salut au milieu
arrive™ un tempsou ilnele sera pas. Et cependant de la terre (Psal. lxxiv, 12).
qui ne le cherchera point alors ? « Tout le monde, 5. Apres cela altendez au milieu des enfers, » le
dit-il, pliera le geuou devant moi (Isa. xxxxv. S3lut qui s'est deja opere au milieu de la terre.
24). » Et neanmoins les impies ne le trouveront Quel est ce pardon chimerique que vous esperez au
point, parceque les anges vengeurs les empeche- milieu des feux eternels, lorsque le temps de faire
rout de le trouver, et les chasseront de peur qu'ils grace sera passe? Vous ne pourrez plus offrir de
ne voient la gloire de Dieu. Les vierges folles crie- viclime pour vos peches, lorsque vous serez mort
ront aussi, mais en vain [Math. xxv. 10), et il ne dans vos peches. Le Ills de Dieu ne sera point
sortira point vers elles, parce que la porte sera crucitie de nouveau. II est mort une fois, et il ne
fermee. Qu'elles prennent done pour elles ceque mourra plus (Rom. vi, 9). Le sang qui a ete re-
dit le Sauveur : « Vous me chercherez et ne me
trouverez point (Joan. vn. 34). »
4. Mais uiaintenant e'est le temps favorable, e'est
le temps du salut (2 Cor. vi, 2), e'est le temps de
chercher et d invoquer l'Epoux puisque souvent,
Errenr
au sujet
d'une second
redemption
• Saint Bernard serable aTOirici Origene en vue, ou du moins
unc erreur qui lui est attribute, de meme que nous l'avons vu
s'elever conlre d'autres erreurs de cet ecrivain ecclesiastique
dans le trente-qualrieme de ses sermons divers, et dans le cin-
quante-quatriome sermon sur le Cantique, n. 3. On pent consul-
ar encore sur ce sujet Ambroise Aulpert, livre X. sur VApoca-
lypsc, a ce verset . rien de suuilbi n'y eatrera, » oil il refute la
meme erreur que saint Bernard.
nietis ; et qui qucerit invenit ? Propheta quoqne loquatur
ad eum, Bonus es , Domine, animce qucerenti (e ; Et
item sanctus Isaias, Quwrite Dominum, dum inveniri
potest ? Quoinodo ergo iraplebuntur ScriptursJ Neque
enim quae hie inducitur quaerces, una est ex his, quibus
ipse ait : Quaeretts me, et non invenielis. Sed attendite
tres esse causas, quae interim occurrunt, et quaerentes
frustrari solent : cum aut videlicet non in tempore quae-
runt, aut non sicut oportel, aut non ubi oportet. Si
enim omne tempus aptum est ad quaerendum, cur ergo
dicit Propheta (quod jam memoravi,) Quarite Dominum,
dum inveniri potest ? Erit absque dubio cum inveniri
non potent; et ideo addit, ut invocetur dum prope est:
quia fulurum est jam non prope futurum. A quo enim
tunc non requiretur ? Mihi , inquit , curvabitur omne
genu, etc. Nee tamen invenietur ab impiis, quosultores
angeli arcebunt profecto , et tollent ne videant glo-
riam Dei. Frustra inclamabunt et fatuaj virgines :
minime prorsus jam ad eas exit, clausa janua. Sibi
proinde dictum putent illse : Quceretis me, et non inve-
nielis.
k. Caeterumnunc tempus acceptable, nunc dies salutis
ron't; tempus plane et quasrendi, et invocandi, quando
plerumque, et antequam invocetur , adesse sentUuf.
Audi denique quid polliceatur. Antequam me invocetis,
Inquit, dicam, Ecce adsum. Nee latuit benignitas haec
et fucilitas temporis quod nunc est, ilium qui in psalmo
loquitur : Desiderium pauperum exaudivit Dominus,
pneparationem cordis eorum audivit auris tua. Quod si
per bona opera quaeritur Deus, ergo dum tempus ha-
bemus operemur bonum ad omnes : prassertim quia
Dominus aperte praenuntiat venire noctem, quando nemo
potest operari. Tune aliud ad quaerendum Deum, ad
operandum quod bonum est, reperturus es tibi tempus
in saeculis Venturis, praeter hoc quod constituit tibi
Deus, in quo recordetur tui ? Et ideo dies salutis : quia
in his ipse Deus, rex noster ante scecu/a, operatus est sa-
lutem in medio terras.
5. I ergo tu, et in medio gehennae exspectato salutem
quae jam facta est in medio terra?. Quam tibi somnias
proventuram inter ardores sempiternos facultatem ve-
niam promerendi, cum jam transiit tempus miserendi?
Non relinquitur tibi hostia pro peccatis, mortuo in pec-
catis. Non crucifigitur iterum Filius Dei : mortuus est
semel, jam non moritur. Non deseendit ad inferos san-
guis, qui effusus est super terram. Biberunt omnes
peccatores terrae : non est quod sibi ex eo vindicent
dasmbnes ad restinguendos focos euos ; sed neque homi-
SOIXAXTE-QUIXZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CAMIQUES.
529
panda sur la terre ne descend™ point dans les
enfers. Tons les pecheurs de la terre en ont bu.
Les demons n'en pourront reclamer lenr part pour
eteindre les flammes qui les devorent, et les hom-
mes qui seront les compagnons de leur misere ne
le jiourront pas non plus. L'ime, non le sang de
Jesus-Christ, est descendue une fois en ce lieu; et
c'est la le partage de ceux qui elaient dans cette
prison, c'est la seule visite qu'ils recureut de
lui, de son ame; pendant que sou corps inaninie
etait sur la terre, son sang a arrose la terre, l'a
treuipee et enivree ; son sang a retabli la pais
entre la terre et le ciel ; mais l'enfer n'a point eu
de part a cette reconciliation. L'ame du Sauveur,
comme je l'ai dit, y est descendue seulement une
fois, et y a opere la redemption en partie, afin qu'il
ne fut pas un moment sans faire des ceuvres de
charite \ mais il n'y retournera plus. C'est done
mainlenant le temps favorable et propre pour le
cbercher, le temps oil celui qui le cherche le trou-
ve, si neanmoins il cherche oil, et comme il faut
le chercher. Car line des choses qui peuvent em-
pecher que ceux qui cherchent l'Epoux ne le tiou-
commeilfaut vent, c'est lorsqu'ils ne le cherchent pas dans le
e cberc er. tempSC0Ilvenable. Mais elle n'empeche pas l'Epouse,
parce qu'elle ne l'invoque et ne le cherche jamais
que dans le temps qu'il faut. Elle ne le cherche
pas non plus avec tiedeur et avec negligence,
ou par maniere d'acquit, mais elle le cherche avec
2. Si Ton ne
le cherche
et
un coeur ardent et un zele infatigable, comme il
convient qu'elle le fasse.
0. 11 ne reste que la troisieme, qui est lorsqu'on
le cherche oil il ne faut pas le chercher. « J'ai
cherche dans mon petit lit. dit-elle, celui qu'aime
mon ame (Cant, in, 1). s Peut-etre ne devrait-elle
pas le chercher dans son petit lit, lui pour qui la 'cherche"^
terre entiere est trop petite, mais dans son lit. comme U
.,-. • , . .: , , . convient.
iSeanuioins ce petit lit ne me deplait pas, parce
que je sais que l'Epoux s'est fait petit enfant. Car
un petit enfant nous est ne [ha. ix, 6), dit le Pro-
phete, c'est a Sion a se rejouir de ce que le saint
dlsrael parait dans son enceinte avec toute sa
gloiie et sa grandeur [ha. xii, 6). Mais le meme
Seigneur, qui est grand dans Sion, est petit parmi
nous, il est inQrme, il est faible, et a besoin de se
coucner, et de se coucher dans un pelit lit.Ce petit
lit n'est-ce pas son tombeau ? Ce petit lit n'est-ce
pas sa creche ? N'est-ce pas le sein de la Vierge ? 0"'e^"" {j™
Car le sein adorable de son Pere n'est pas un petit d* l'Epoux.
lit, mais un lit tres-grand, dont il parle quand il
dit a son Fils : « Je vous ai engendre dans mon
sein avant l'etoile du jour (Psul. cix, 3). » Quoi-
que apres tout ce serait peut-etre une pensee plus
digne de sa majeste de dire, que le sein du Pere
n'est pas un lit, puisqu'il y est, non comme in-
firme dans son lit, mais comme sur son trone.
Car dans le Pere, il gouverne toutes choses avec
le Pere. Entin la foi ne nous enseigne pas qu'il '
i Telle est laTersion donnee par la plnpart des manuscrits et
des premieres editions des ceuvres de saint Bernard. C'est a peine
si qnelques-uus ont In « jiiele ■ anlieode « charite. » Horsiius a
la an pluriel, ■ afin que les ceuvres de charite ne manquassent
jamais, i Mais dans cit endroit la pensee de saint Bernard
n'elait pas, comuie Horstius l'a cru. ainsi qu'on le voit par ses
noies, que plusieurs damnes avaient tie deiivres de l'enfer par
les merites de Jesus-Christ, mais seulement que les saints de
l'ancien testament avaient ete tires des limbes que notre saint
docteur p'ace » dans l'enfer merce, » comme on le voit par son
premier sermon pour le jour de Piques, n. 5, ou il l'appelle
« la prison d'enfer; » et dans son quatrieme sermon pour le
jonr de la Toossaint, n. i, oa, en voulant expliquer ce qu'on en-
nes socii daemoniorum. Semel illo descendil, non
sanguis, sed anima , et ha;c porlioeorum qui in carcere
erant. Una ilia visitatio, qua? tunc facta esl per praesen-
tiam animse, cum coipus penderet exanime super
terram. Sanguis aridam rigavit, sanguis infudit terram,
et inebriavit earn ; sanguis quae in terra, et quae in ccelis
sunt pacificavit, non autem et quae apud inferos : nisi
quod semel illo, ul di.xi, anima ejus e.tcurrit, et fecit ex
parte redemptionera, ne vel eo momenti vacaret opera
charitatis; sed ultra non adjiciet. Ergo nunc tempus
acceplabile et aptnm ad quaerendum, in quo plane qui
quaerit invenit : si tamen ubi, et uti oportet, quaeril. Et
haec una causa, quae impedire potest, ne inveniatur
Sponsus a quaerentibus se, cum non quaerunt in tempore
opportuno. At non ea impedit Sponsam,nempe invocan-
tem et quaerentem in tempore opportuno. Sed ne ilia
quidem eum tepide aut negligenter seu perfunctorie
quaerit : nam corde ardenti et omnino infatigabiliter
quaerit, plane ut decet.
T. IV.
tend par le sein d' Abraham, il dit qn'avant la venae da Christ,
l'entree du ciel u'eliit ouverte a aucun « juste, » et que Dieu
leur avait assigne « dans l'enfer meme un lieu de repos et de
rafraicbissement, « tel | omtant qa'il y avait ao grand chaos
entre eur et les ames des damnes. c Car. dit— il, bien que ces
deux sortes dimes fussent rijns les tenebres. elles n'etaient pas
egalement dans la peine. En descendant dans ce lieu, le Sau-
veur en brisa la porte d'airain, eu rompit les gnnds de fer, et
apres en avoir fait sortir tons ceux qui etaieut dans ce sejour
comme dans une prison, etc. • ce passage explique a merveille
la pensee de notre Saint, dans le passage qui nous occupe en ce
moment.
6. Restat ut de terlia videamus, ne videlicet ubi non
decel quaeral. In lectulo meo qu<esivi quern diligit anima
mea. An forte non lectulo quaerendus erat, sed in lecto :
quippe cni orbis angustus est ? Sed non horreo lectu-
lum, qui novi parvulum. Parvu/m denique nob's natus
est. Exsulla tu et lauda habitatio Sion, quia magnus in
mediotursanctus Israel. At idem Dominusiu Sion magnus
apud nos parvulus, ajuid nos infirmus repertus est : ex
uno jacere, ex altera et in lectulo jacere habeas. An non
leclulus tumulus'? an non lectulus prstsepium ? an non
lectulus uterus Virginia '? Neque enim magni Patris ute-
rus lectulus est, sed lectus magnus, de quo ad Filium :
Ex utero, inquit, ante lu:iferum genuile. Quanquam ne
lectus quidem forsitan digne censendus sit uterus ille,
qui regentis potius, quam jacentis est locus. Manens
enim in Patre regit cum Patre uoiversa. Denique non
jacere, sed sedere ad dexteram Patris Filium fides indu-
bitata habet ; et ipse ccelum sibi sedem esse, non
lectum perhibet : ut scias ilum in suis, id est in superis,
34
530
CEL'VRES DE SAINT BEltNAItD.
est couche, mais qu'il e--t assis a la droite de son 8. Pour qui done veillez-vous, o saintes femmes, ceqne siRT1(
Pere, et lui-meme dit, ijue le del est son Irone pour qui achetez-vous des parfums, pour qui prt- n° ''EPnux
u a\ ii i i . ., , , n J. . cherclte ino
(Isa. lxvi, 1), non son lit, aim de nous apprendre, parez-vous des mules de senteiirs? Si vous saviez tiiemeni daa
que paruii les siens, e'est-a-dire parmi les bien- combien grand et combien libre eutre les morls 80nPeWh,■
Le? infirmites
du Christ
vuniirnl
de nous.
heureux. il n'a pas les soulagements de 1'infirmiU
humaine, mais des marques de la puissance.
7. C'est done avec beauconp de raison que 11"-
pouse, en parlant dn petit lit, cl it qu'il est a ellp,
parce qn'il . que loul ce qu'il y a d'infir-
me en Dieu ne lni esl pas propre et nalurel, mai3
est ce mort que vous allez pour embaumer, vous
lui demanderiez plutot qu'il repandil ses parfums
sur vous. N'esl-ce pas lui que son Dieu a sacre
d'une luiile dejoie, d'une mauiere plus excellente
que tons ceux qui participenl a sa gloire (Psal.
si. iv, 8 ? Vous serez bien bcureuses, si en retour-
vienl de nous. I! a pris de nous ce qu'il a soutfert nant, vous pouviez vous glorifier et dire : a Nous
Sa naissanre,
ton allaiie-
ment.sa mort
el sa
sepulture.
pour nous, sa naissance, son allaitement, sa mort
et sa sepulture. La mortalite de si naissance vient
de nioi, 1'inQrmite de son enfance vient de moi,
les douleurs de son crucifiemeut viennent de nioi,
le sommeil de sa morl vieut de moi, Toules ce.s
cboses sont passees, et maintenant tout est nou-
tu si recu quelque ebose de la plenitude
(Juan, i, 10;. o (.'est. en effet, ce qui est arrive. Car
ces femmes qui etaient venues pour rembaiiiuer,
s'en retournerent embaumees eiles-memes. Et com-
ment n'auraient-ellt*s \ oint ete embaumees ]iar
.ble nouvelle d'une resurrection si odorife-
veau. « J'.ii ctaerche dans mon petit lit, durant raute?Que les pieds de ceux qui annoncent la
toutes les units, celui qu'aimemon ame.nQuoi! vous pais, de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles,
cberebez dans ce qui est J vous celui qui s'est re- sontbeaux! Envoy ees par 1'ange, elles font les fonc- Les saintei
tire dans ce qui lui appartient? N'avez-vous point lions tie predicateurs, et devenues apdlres des Dnt et.- ie«
vu le lils tie l'honime monter la oil il etait aupa- apdlres m^mes, en se hitant d'annoncer des le i^'^'g,
ravant ? II a echange le tombeau et l'etable eon- matin la misericorde du Seigneur, elles disettt :
tre le ciel, et vous le cberebez encore dans votre « Nous courous dans l'odeur de vos parfums. »
petit lit 1 11 est ressuseile, il n'est pas ici. Pourquoi Depuis ce temps-la, c'est done en vain qu'on cher-
cbercbez-vous dans ce petit lit celui qui est plein cbe l'Epoux dins son petit lit, pirce que l'Eglise
de for.f, dans ce petit lit celui q ;i est inQniment ue le connatt plus maintenant selon la cbair, e'est-
grand et eleve, dans l'etable celui qui est environne a-dire selon la faibless i de la chair. II est vrai que
de gloire? II est entre dans les puissances du Sei- saint Pierre 1 1 saint Jean l'ont cherche depuis tlans
gnenr; il s'est revetu de force et de beaule, et celui le sepulcre, mais aussi ne l'y out-ils pas trouve;
qui a ete coucbe sous une pierre est assis mainte- et cbacun d'eux pouvait tlire alors avec raison :
naut sur les Clierubins. 11 n'est plus coucbe « J'ai cbercbe dans mon petit lit celui qu'aime mon
mais assis, et vous lui preparez des soulagements ime. je l'ai cborcbe et je ne l'ai pas trouve. » Car
comme s'il etait coucbe. Or, il est assis pour juger, la cbair du lils de Dieu, cette cbair qu'il u'avait
ou bien il est debout pour nous aider, pour dire pas tiree du Pere, avuut d'aller au Pere, s'est de-
toute la verite. pouillee de toute faiblesse par la gloire de la re_
nequaquam solatia habere inlirmitatis, sed potestatis in-
signia.
7. Merito proinde Sponsa ponens lectulum , dicit
suum : quia omne quod inlirmum esl Dei, non de pro-
prio incsse ille manil'es'.um esl, sed de nostro. Ex nobis
assumpsit qua; pro nobis suslinuit, nasci, laetari, mori,
sepeliri. Mea est mortalitas nati, hum inlirmitas parvuli,
mea exspiratio crucifixi , mea sepulti dormitio. Que
piiora transicrunt, et ecce nova su.it omnia. In lectulo
■meo qiuesivi pernoctes quern diligit anima men. Quid?
In tuo quaerebas, qui se jam in sua receperal? Non vi-
deras Fil'ium bominis ascendeutem ubi erat prius ? Jam
coelum lumuln coram utavit et stabulo, el tu ilium in tuo
adhuc leclulo quajris ? Surrexit, non esl bic, Quid quae-
ris in lectulo forlem, in le.-lulo magnum, clariOcatum in
stabulo? Iniroivit in polenlias Domini, decorem induit
el foriitudinem : ecce sedet super Cherubim , qui
sub lapide jacuit. Ex hoc jam non jacet , sed se-
det : et tu tanquam jacenti subsidia paras ? Sive , ul
absolutior Veritas sit, aut sedet judicans , aut slat ad-
juvans.
8. Sic vos, o bonae mulieres, cuinam quaeso excubias
exhibetis? cni aromata comparatis, paratis unguenta ?
Si seiretis quantus is sit, quamque sit inter morluos li-
ber morluus iste quern ungere pergilis, vos forsitan
pctissetis ab eo potius uugi. Xonne iste est, quern unxit
Dens suus oleo Isetitiae pr;e consortibus suis ? Beati
eritis vos, si frloriari potuetilis reverlentcs; et direie,
quia de plenitudine ejus et nos accepimus. Enimvero
factum esl ila. Nam revera untta> remeant, qiue unctu-
ra venerant. Quidni unctae tana laeto nuntio novae
odorifera?quc resurreclionis ? Quam spe iosi pedes evan-
gelizantium pnetm, evangelizanlum bona! Missa? ab
antjelo opus faciunl Evangelists : factajque apostola;
aposlolorum, dum festinant ad annuntinndiim mane mi-
s ii irdiam Domini, dicunl : In odoie unguenlorum
tuorum currimus. Exlunc ergo et deinceps frustra in
lectulo qu*situs est Sponsus : quia etsi cognoverat eum
Ecclesia secundum carnem, id est secundum carnis in-
Grmilatem, sed nunc jam non novit. Denique quaesitus
est postmodinn a Petroet Joanne idemtidem in sepulcro,
sedminimeinvenltis.Yitleln,ulrumneaple el competen-
ter quisque horumt unc dicerequiveril ; Inlectuto meoqucc
siviquem diligit anima mea ; quasivi, et non inveni. Nem-
SOIXANTE-QUINZIEME SERMON SUR LE CANT1QUE DES CANT1QUES.
531
snrrection ; elle s'est r.einte de puissance et de ma-
jeste;e.lles'est revetuedelumiere, comrae d'un riche
vetement, et s'cst ornee de la glnire et de la ma-
gnificence dont ilelait convenable qu'elle se parat
pour se presenter devant le Pore,
^'arnonr de 9. Or, c'est a bun droit que l'Epouse ne dit pas :
n'^niuei. « celui que j'aime, mais, celui qu'aime mon ame, »
jn chamel. parce q„0 l'amour spirituel appartient ventable-
mentet proprenient a l'ame, comme, par exemple,
l'amour de Dieu, d'un ange, ou i-'une ame sem-
bluble a elle. Tel est encore l'amour de la justice,
de la verite, de la piete, de la sagesse, etdes autres
vertus. Car lorsque l'ame aime, on plul6t desire
quelque cbose s don la chair, comme la nourriture,
les habits, la puissance, et Ins autres cboses cor-
porelles et terrestres, cet amour appartient plulot
a la chair qu a l'ame. Je fais cette reflexion pour
expliquer ce que l'Epouse dit d'unc t'acon moins
ordinaire, mais non moins propre, que son ame
aime l'Epoux, en faisant voir par la que l'Epoux
est espnt et qu'elle l'aime d'un amour non pas
charnel, mais spirituel. Et c'est encore fort a pro-
pos qu'elle dit qu'elle 1'a cherehe durant toutes les
m Us. Car, si selon I'Apdlre, « ceux qui dormenl,
donnent la nuit, etceux qui sunt ivres, le sont la
nuit (Thcss. v, 7),» on pent dire aussi, comme je
crois, ([lie ceux qui iguorent la verite, l'igiiorent
la nuit, et pourtaut que ceux qui la ch*rcuent, la
cbercheiit la nuit. Car qui cherehe ce qui parait a
decouveit? Or, le jour decouvre ce que la mat
couvrait, et 1'on tr«.uve le jour ce qu'on cherchait
la nuit. 11 est done nuit pour l'ame taut qu'elle
cherehe l'Epoux, parce que s'd et.iit jour, elle le
Verrait aisemelit et ne le chereberait pas. En voila
assez stir ce sujet, a moins qu'on ne dise que ce
nombre de nuits signilie encore quelque chose.
Car l'Epouse ne dit pas qu'elle l'a cherehe durant
la null, mais durant les units.
10 II me semble, si vous n'avez rim de mieux a Les nnits do
, . p niondL' sont
proposer, qu'on en pent donner cette raison. Le noalbreUses.
monde-ci a ses nuits, et elles sont nombreuses. Que
dis-je ? non-seulement il a des nuits, mais il n'est
presque qu'une nuit, et il est toujours plonge dans
les tenebres. La nuit, c'est la perfidie des Juifs ;
la nuit, c'est l'ignorance des paiens, c'est l'erreur
opiniatre des heretiques; la nuit, enfln, c'est lacon-
duite charnelle et aminale des calholiques. N'est-
ce pas une nuit lorsqu'on negoute point les cboses
de l'esprit de Dieu? De meme, autant il y a de sec-
tes heretiques ou schismatiques, autant ilyade
nuits. C'est en vain que dans ces nuits vous eherchez
le Soleil de justice, et la lumiere de la verite qui est
l'Epoux. il n'y a aucune alliance entre la lumiere
et les tenebres. Mais dira-t-on peut-elre, l'Epouse
n'est pas assez insensee, ni assez aveugle, pour
chercher la lumiere dans les tenebres et son
bien-aime parmi ceux qui ne le connaissent et ne
l'aiment point. Comme si l'Epouse disait qu'elle le
cherehe, non pas qu'elle l'a cherehe. Elle ne dit
pas, je cherehe: mais, « j'ai cherehe duranl toutes
les nulls celui qu'aime mon ame. » Et le sensdeces
paroles est, que, lursqu'elle etai! petite, elle n'avait
que des sentiments et des pensees proporlionnees a
la faiblesse de son age,et die cherchait la veiite oil '
elle n'est pas, errant de toutes parts pour la trou-
ver, et ne la trouvant point, selon ce qui est dit
dans un psmme: « J'ai erre comme une brebis
perdue (Psal. cxvm. 176). » Aussi dit-elle qu'elle
pe Hura ad Patrem caro quae non erat ex Palre, prius per
gloriam rosurrectionis omne mlirmum sc exuit, accinxit
polentia indiht lumine sicut vestinento : in quali ni-
mirum gloria et omatu decuit earn paterais aspedibus
praesentari.
9. Pulchre vero Sponsa, non quern diligo ego, sed
qw?m diiigit anima men, inquit : quod vere et propriead
solam pertiaeat animam ilia dileclio, qua illiquid spiri-
tualitcr diiigit, verbi gratia, Deum, angelum, animan.
Sed et diligere justitiam, veritatem, pietalem, sapien-
tiam, virtutesque alias, ejusaiodi est. Nam cum
secundum carnem quippiam diiigit, vel potius appelit
anima, verbi gratia cibum, vestimenlum, dominium, et
qua? istiusmodi sunt corporalia sive terrena, carnis po-
tius; quam anima3 amor dicendus est. Et hoe pro eo
qimil Sponsa minus usilate, sed non minus proprie,
animam suam Sponsum diligere dicit, monstrans proinde
spiritum esse Spoiuim, et a se non carnali, sed spiri-
tuali amore diligi. Et bene per nod** se qussisse eum
ait. Nam si juxta PauUim,7KJ' rtormiuat, nocte dormiunt ;
et qui ebrii sunt, node ebrii sunt : ita non absurde
(ut opinor) dici potest, quo I qui ignorant, nocte igno-
rant; ac per hoc qui quaerunt, nocte quierunt. Qms
enim quaerat, quod palam habet? Porro dies palam fa-
cit, quod nox abscondit, ut reperias in die, quod in
nocte quawieras. Nox est ita que donee qusrilur Spon-
Sus: quoniam si dies esscl, de medio fieret, et mmime
quEereretur. Et de hoc satis : nisi forte numerositas
l,,ic noctium aliquid adbuc quaerendum signet *, quia .„unsinuet.
non noclem, sed noetcs posuit.
10. Et rnilii videtur, si tu melius non habes, talis
posse ratio reddi. Habet mundus iste noctessuas, et non
paucas. Quid dico, quia nodes habet mundus, cum
pene lo!us ipse sit nox, et totus semper versetur in te-
nebi'is? Nox est Judaica perfidia, nox ignoiantia paga-
norum, nox haerelica pravitas, nox etiam catholicorum
carnali's, aoimalisve conversatio. An non nox, ubi non
percipiuntur ea qua; sunt spiritus Dei? Sed et apud
bsteticos vel schismalicos quot sects, tut noctes. Prus-
l,a per has nodes justitiiE solcm et lumen quientis
verilatis, id est Sponsum : quia nulla socielas luei ad
tenebras. Sed dicit aliquis, quod non sit tam stulta,
tamve cieca Sponsa, ut quasrat lumen in tcneb.is, quauat
dilectura apud ignoranles, et qui non diligunt eum.
Quasi vero se per nodes nunc qu;erere dicat, et non
potius quasisse. Non ait, qusro ; sed, qutesioi per noc-
),-, quern diiigit anima mea. Et est sensus, quia cum
esset parvula, sapiebat ut parvula, et quaerebat veritatem
ubi non erat, errans, et non invenieus, juxta lllud in
psalmo : Erravi sicut ovis qua periit. Demque in tec-
532 OEL'VRES DE SAINT BERNARD,
etait alors dans son petit lit, c'est-a-dire fort peu
avancee en age et faible d 'intelligence.
11. Mais si on accepte ee sens, il faut expliquer
ces paroles : « Dans mon petit lit, en sous enlen-
dant le mot couchee ou itant; et traduire ainsi : « j'ai
cherche dans mon petit lit, celuiqu'aime mon Ame. »
Je ne l'ai pas cherche dansmon petit lit, mais c'cst,
etanl dans nion petit lit que je l'ai cherche. C'est-
a-dire : lorsque j'6tais encore faible et intirme, in-
capable de suivre l'Epouz partout ou il allait, de le
suirre dans les ebemins rudes et escarpes on il iuou-
tait, j'ai rencontre plusieurs personnes qui, eonnais-
sant mon desir, me disaient: « le Christ est ici, le
Christ est la [Mure, xni, 21), » et il n'etait ni la, ni
ici. Neanmoins je ne suis pas fachee de les avoir
reucontrees. Car plus je me suis approchee d'elles, et
plus je les ai examinees de pres, plus j'ai reconnu
avec certitude qui; la verite n'etait point parmielles.
Car je L'ai cherchee et ne l'ait point trouvee, et j'ai
experiments ijue ce qu'elles appelaient jour, etait
une veritable nuit.
12. Alors j'ai dit en moi-meme : « 11 faut que je
me leve et que je fasse le tour de la ville ; il faut
que je cherche par les rues et par les places publi-
ques celui qu'aiine mon ame (Cant, in, 2). » Voyez-
vous mainlenant qu'elle etait couchee, puisqu'elle
dit qu'elle se relevera ? et certes elle avait bien rai-
son de le dire, car comment ne se leverait-elle point
apres avoir appris la resurrection de son bien-aime ?
Mais, 6 bienbeureuse Epouse, si vous etes ressusci-
tee avec Jesus-Christ, il faut que vous gouliez les
choses du ciel, et que vous ne cherchiez pas Jesus-
Christ ici-bas, mais la-haut, oil il est assis a la
droite du Pere (Coloss. m, 1). « Je ferai le tour de
la ville. » Dites-nous pourquoi cela?Ce sont les
impies qui marchent en tournant. Laissez cela aux
Juifs, dont un de leurs propheles a predit « qu'ils
enrageront de faim comme iles chiens, et qu'ils
tourneront dans toute la ville (Psal. lviii, 7). » Si
vous entrez dans la ville, dit un autre prophete,
vous lestrouverez exlenues de faim (Jer. xiv, is);
ce qui, sans doule, n'air.vcrait pas si elle avait ete
hirn pourvue du pain de vie. 11 s'est leve des en-
trailles de la terre, mais il n'est point demeure sur
la terre. II est monte ou il etait avant de venir au
monde. Car celu) qui est descendu est celui-la
meme qui est moule, le pain vivant qui est des-
cendu du ciel, L'Epoux de I'Eglise, J6sus-Christ
Notre-Seigneur, qui etautUieu, eteleve par dessus
tout, esl beni dans les siecles des siecles. Ainsi
soit-il.
SERMON LXXV1.
Clarte de I'Epoux; e'est dans cette clarte qu'il est assis
egal a son pere el a la droile de sa yluirc. Les bons
pasteurs doivent Ore atlentifs, vigilant* el discrets,
en faisant paitre les brebis qui leur sunt cunfiees.
1. « Je chercherai par les rues et par les places
publiques celui qu'aime mon ame (Canl. in, 2). »
Elle n'a encore que le sentiments dune petite en-
fant. Je pense quelle a cm qu'aussitot qu'il est sorti
du tombeau, il s'est produit en public pour ius-
truire les peuples selon la coutume, pour guerir
les malades, pour manifester sa gloire dans Israel,
alin de voir s'ils le recevraieut ressuscite, apres
avoir promisde lerecevoir s'il descendait de lacroix.
tulo se memorat tunc adhuc esse, tanquam aetate imbe-
cillem ac parvulam sensu.
11. Si taaien ila conslruas, In lectulo meo, subaudis,
exsislcns vel jacens, qua'sivi quern dUigitanima mea;
'ticmss.non I10n qua?sivi in lectulo, sed ens * in leclulo quaesivi :
•edem, hoc est, Cum adhuc infirma et invalida forem, et om-
nino minus idonea sequi Sponsum quocumque iret,
sequi ad ardua et excelsa sublimitatis illius ; incidi in
mullos, qui cognoscentes desiderium meum, dicebant
mihi : Ecce hie est Christus, ecce illic est : et neque
hie, neque illic erat. Incidi autem, et non ad insip>en-
tiam mihi. Nam quo proprius acccssi, et cxploravi diligen-
tius, eo cilius cerliusque cognovi, veritatem apud eos
minime esse. Queesivi enim, et non invent : et depre-
hendi nodes, qui se dies meutiebantur.
12. Et dixi : Surgam, et circuibo civitatem : per viens
et plateai quxram qu-tn diligil anima mea. Intaere vel
nunc, quia jacet qua? dicit, Surgam. Pulchre omnino.
Quidni surgeret, cognito de resurrcctione dilecti ? Cx-
terum, o beata, si consurrexisti cum Christo, quae sur-
sum sunt sapias oportet ; neque deorsum, sed sursuin
quadras Christum necesse est, ubi sedet in dextera Pa-
tris. Sed circuibo ais, civitatem. Ad quid ? In circuitu
impii ambulant. Juda»is istud relinquito , quibus
proprius eorum Propheta hoc vaticinatus est, quia fa-
mem patientur ut canes, et circuibuni civitatem. Et si
introieris in civitatem , secundum Prophetam ahum,
ecce attenuati fame : quod utique non esset, si in ea
fuisset panis viUe. Surrexit de corde terra?, sed super
terrain non remansit. Ascendit. autem ubi erat prius.
Nam qui descendit, ipse est et qui ascendit, panis vivus
qui de ccelo descendit, idem ipse sponsus Ecclesiae Je-
sus-Christus Dominus nosier, qui est super omnia Deus
benedictus in scecula. Amen.
SERMO LXXVI.
De c/aritate Sponsi , »j qua coaqualis Patri sedet a
dextris gloria! ejus : et qualiter boni pastores debent
eise solUciti vigiles et discreti circa pascendas animas
sibi commissas.
i, Per vicos et platens quaernm quern diligil anima
mea. Adhuc ut parvula sapit. Puto arbitrata est, egres-
sum de tumulo publicum mox peliisse, ut solito doceret
populos, ac sanaret inlirmos, et nt manifestaret gloriam
suam in Israel, si I'orte reciperent resui-gentem de morte
qui se recepturos promittebant descendentem de cruce.
Verum ille perfecerat opus, quod sibi dederat Pater
ut faceret, quod sane ista intellexisse debuerat vel ei
S0IXANTE-SE1ZIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTJQUES. 533
lip. il, 6). Que la place duFils unique soit done un
Pourquoi ^ais ^ avaut ac'ieve l'oeuvre que son Pere lui avait
Christ est ordonne de faire, ce qu'elle aurait du comprendre
au moins a celle parole qu'il dit avec tant de force
lorsqu'il t'ut pres d'expirer: « Tout est consomme
(Joan, xix, 10). » Iln'avait plusbesoin de se montrer
denouveau parmilepeiiple.puisquepeut-etreiln'eiit
pas cru d 'a vantage en lui. Et ilsehatait d'aller a son
Pere qui luidisait: «Asseyez-vousamadroite,jusqu'a
cequej'aiereduit vosennemisa etre l'esoabeaude vos
pieds (Psal. cv, 1).» Car lorsqu'il sera eleve de laterre,
il tirera toutes choses a lui avec plus de force et de
puissance. Mais l'Epouse croit qu'il faut le chercher
par les rues et les places publiques, parce qu'elle
desire ardemment jouir de sa presence, et ne sait
pas ce mystere ; e'est pourquoi se voyant encore
frustree de son esperance, elle dit encore, « je l'ai
cherche, et ne l'ai point trouve (Cant, m, 2), » afin
que ce qu'il a dit soit accompli : « Je vais a mon
Pere et vous ne me verrez plus (Joan, xm, 16). »
La lisinn 2. Mais peut-etre, dit-elle : Comment done croi-
meritede ront-ils en celui qu'ils n'ont point vu? Comme si
lafoi? ]a f0i venait de la vue, nou pas de l'ouie. (Juelle
merveille y a-t-il a croire ce qu'on voit, et quelle
louange inerite-t-on d'ajouter foi a ses yeux ? Mais
Iorsque nous esperons ce que nous ne voyons pas,
nous 1'attendons avec patience, et cette patience est
un mente. Bienheureux sont ceux qui n'ont point
vu, et n'ont point laisse de croire (Joan. xx. 29).
C'estdonc afin qu'elle ne perde point le merite de la
foi, et pour donner lieu a la vertu, qu'il se soustrait
a ses yeux ; d'ailleurs il est temps qu'il se retire
chez lui. Si vous me demandez oil il se retire, je
vous dirai e'est a la droite du Pere. Car il ne croit
pas faire un larcin en se rendant egal a Dieu (Phi-
zes mots
est assis 1
la droite
du Pere.
lieu inaccessible a toutes sorlcs d outrages. Qu il
> j . . ».. , „. c Ce qu'il faut
s asseye, non au dessous, mais a cote du Pere, afin entendre par
quetousglorifientleFilscommelePere. C'estencela jf
que paraitra l'egahte de sa puissance et de sa ma-
jeste s'il n'est ni ihferieur ni posterieur au Pere.
Mais l'Epouse ne considere aucune de ces cboses.
Enivree d'amour, elle court ca et la, et cher-
che des yeux celui quin'e4 plus visible aux yeux,
mais a la foi. Car elle ne croit pas que Jesus-Christ
doive entrer dans sa gloire, si auparavant la gloire
de la resurrection n'est rendue publique, l'impiete
confondue, si les fideles ne se rejouissent, les dis-
ciples ne se glorifient, les peuples ne se convertis-
sent, et enfin si tout le monde ne le glorifie, apres
que sa presence et sa resurrection auront convaincu
tous les hommes de la verite de ses predictions.
Vous vous trompez, 6 Epouse, ces choses doivent
arriver, en elTet, mais en leur temps.
3. Mais maintenant, voyez s'il n'est pas plus di-
gne de la majeste de Dieu , et plus conforme
a sa justice, de ne pas donner le saint aux chiens,
et les perles aux pourceaux; d'dter l'impie, comme
dit l'Ecriture, de peur qu'il ue voie la gloire de
Dieu (ha. xxvi. 10), de ne pas priver la foi de son
merite, parce qu'elle est plus eprouvee lorsqu'on
croit ce qu'on ne voit point, de reserver en elle, eTriTdTfleie"
pour ceux qui en sont dignes, ce qui est cache a
ceux qui sont indignes, alin que ceux qui sont souil- ■
les de crimes le soient encore plus, et que ceux
qui sont justes deviennent encore plus justes, s'ils
ne s'endorment d'ennui. Que les cieux, et les cieux
des cieux, sechent de deplaisir, et soient confondus
dans leur attente, plutdt que le Pere tout-puissant
L'ascerjsioi
du Christ
voce pendenlis, ilia scilicet, qnaillico exspiraturus ait :
Consummation est. Non erat jam quod se denuo crede-
ret turbis, qua! nee sic forsitan erant in eum crcditurse.
Et festinabat ad Patrem, qui sibi diceret : Sede a dex-
trin meis, donee ponam inimicos tuos scabellum pedum
tuorum. Fortius netnpe atque divinius, cum exaltatus
fuerit a terra, omnia trahet ad seipsum. Ha?c autem per
vicos et plateas quterendum putavit, fruendi avida, sed
ignara mysterii. Uerum ergo frtislrata repetit dicens,
Qua>sivi ilium, et non inveni ; ut sermo impleietur
quern dixit : Quia vado ad Pat rem, et jam non videbi-
tis me.
2. Dicat forsitan ista : Quomodo ergo credent in
eum, quern non videbunt ? Quasi fides ex visu sit, et non
potius ex audita. Quid magni est credere quod videris, et
tuis non negare oculis fidem qui laudis meretur ? Sed
si quod non videmus speramus, per patienliam exspec-
tamus ; et pnticntia meritum est. Beati, detiiquc qui non
viderunt, et crediderunt. Proinde ut non evacuetur me-
ritum lidei, sitbducat se visui, dans virtuti locum. Etiam
et tempus est ut jam in suum sese recipiat. Quaeris,
in quern suum? In dexteram patris. Neque enim rapi-
nam arbilrabitur esse se aequalern Deo, cum sit in
forma Dei. Ergo is sit Unigeniti locus, in quo omnis
ejus injuria propulsata videatur. Sedeat sane juxta, non
infra, ut omnes honorificent Filium, sicut honorificant
Palrem. In hoc apparebit majestatis iequalitas, si nee
inferiorem Patre, nee posteriorem suspexeris. At ista
interim nihil horum advertit : sed quasi ebria prae amore
hac illacque discurrens, quasrit oculis, quern jam octilus
non contingil, sed fides. Non enim existimat Christum
alitor oportcre intrare in gloriam suam, nisi prius resur-
rectionis gloria palam mundo innotescente confutetur
impietas, exsultent fideles, glorientur discipuli, populi
convertantur, demumque ab universis glorificetur ipse,
cum ex prajsentia resurgentis cunctis claruerit Veritas
pr33dicenlis. Falleris, o Sponsa. Oportet quidem hcec
fieri, sed in tempore.
3. Nunc vero interim vide, ne forte id dignum magis
et supernos consentaneum jnstitise sit, si non detur
sanctum canibus, et margaritae porcis : si potius, secun-
dum Scripturam, lollatur impius, ne videat gloriam Dei;
si non fraudetur fides merito, quas tunc sane probatior
esse dignoscitur, cum ereditur quod non videtur : si
penes ipsam servetur dignis, quod occultatur indignis ;
ut qui in sordibus sunt sordescant adhue, et justi justi-
ficentur magis, si non dormitlent pra? taedio. Cceli et
cceli ccelorum tabescant et conlundanlur ab exspectalione
sua, si non ipse Pater omnipolens diutius jam frustretur
a desiderio cordis sui ; si non demum Unigenitus ultra
5;u
OEUVRES DE SAINT ISERNAlin.
Si I* Christ
deli loritier
ce o'esl paa
suppliant.
soit frustre plus longtemps du desi de son omir, maute du Pere 1 Evidemment, il y a egalite la oil
plut6l que le Fils unique differe d'avantage d'en- il y a coeternite ; mais line egalite si grande que la
trer dans sa gloire, re qui serait souverainement gloire de tous deux n'est qu'une meme gloire,
indigne. Qu'est-ce que toute la gloire des mortels, commeils nesonttousdeux qu'unemSme chose; e'est
quelque grande qu' lie puisse etre, pour fitre capa- pourquoi lorsqu'il dit em ore : « Mon I'ere, glori-
ble de le reteuir lanl soil pen el rempeeher d'al- (lez notre nom {Joan. xn. 28) », il inc semble qu'il
leriouirde celle que son Pere laur prepare de ne demandeauliv chose, sinon qu'il le glorilie lui-
loule eternitc? Ajoutez a cela, qu\l n'est pi> rai- meme, parcc que e'est en lui, el par lui, que le nom
sonnable, que la demande du Fils Undo plus long- du Pere est glorifie. Aussi 11- Pere lui repuudil-il « Je
temps a etre exaucee : >■ Mon Pere, gloriliez to- l'ai glorilie el le glontierai encore denouveau [Ibid.
tre l ils [Joan. xvii. 1). » Ce qu'il ne demande pas, xth). » Reponse qui ne lui pas une petite glorilica-
acequeje crois, comme suppliant, mais comme turn du Fils. Mais il fut glorifie d'une maniere bien
sachaul ce qui doit arriver. II demande librement, plus grande el |>lu> auguste aufleuve du Jourdain,
ce qu'il esl en son pouvoir de recevoir. Cette de par le.temoignage de saint Jean, par la colombe
mande du Fils, n'est done pas un effetde necessite, qui apparut sur lui, et par cette voix qu'on en-
nui- de d spensation, parcequ'il donne avec le Pere tendit : « Voici mon Fils [Matt. m. 16). » De meme
tout ce qu'il a recu du Pere. sur le mont Thabord, devantles trois disciples, il
It. 11 faut aujourd'hui remarqiier que, non- fut glorifie d'une facon Ires magnifique, taut par
seulement, le Pere glorifie le Fils, mais que le la meme voix qu'on entendit encore du ciel, que
Fils aussi glorifie de Pere, alin que personne ne par cette merveilleuse et excellente transfiguration
dise que le Fils est moindre que le Pere, paree- de son corps, et meme pour l'altestation de deux
qu'il ieci.it la gloire de son Pere puisque lui- prophetes, que les apotres vireut s'entretenir aTec
meme glorilie son Pere. Car il dit lui-meme : lui.
« Mon Pere glontiez notre Fils, aim que noire Fils 5.Ce qui reste done, e'est que, selon la promesse
vous glorifie {Ibid). » Mais peut-etre croirez vous du Pere, il soit encore glorilie une fois, et ce sera
que Fils est niomdre que le Pere. parce qu'il semble le comb'.e et la plenitude de sa gloire, a laquelle
que, n'ayant point de gloire de lui-meme, il en on ne pourra plus rieiiajouter. Mais, oil cette gloire
recoive du Pere, pour la lui rendre ensuite. Ecou- lui sera-t-elle donnee. Ce ne sera pas, comme pen-
tez il n'en est pas ainsi : « Gloritiez-moi, dit-il, sait l'Epouse, dans les places publiques, on dans
de la gloire que j'ai ene en vous, avant que le les rues d'une ville « Vus places, Jerusalem, sont
nionde fut eree. » Si done la gloire du Fils n'est pavees d'or pur, et Ton chanters des chants de
pas poslcrieure at celle du Pere, puisqu'il la possede joie par toutesvos rues (Tub. xlu. 22) . » Car, e'est
de touleeternile, il est visible quele Pere etle Fils dans ces places que le Fils a recu duPere un gloire
se glorilient egalement. Cela etaut, ou est la pri- si grande, qu'on n'en pourra point trouver de pa-
Sur lo moi
Tliabor.
La plus
graniie es
dans
les cieux.
ab introitii gloria; snip (quod vcl solum indijrnissimum
est) aliquatenus retardelur. Qnanli pntas *stimanda sit
gloria quantacumque mortalium, ut ab ea, qua? a Palre
suo ab iElcrno parata est, debeal eum vel ad modicum
retinere? Adde quod nulla ratione in longius protrahi
decel ipsiiis Filii pelilionem. Quam dicara pelitionem
quaeris? Nempe Warn, qua liicit : Pater, clarified Filium
luum. Quod lumen cum peliis.se senserim, non nl sup-
plicem. sed ul prascium. Liliere pclilur, quod in polos-
tale peienlis accipere est. Ergo dispensatoria est Filii
pelilio, non ncressaria : quippe donunlis cum Palre,
qnidquid a P.ilrc acceperit.
4. libi et hoc dicendum, quia non solum pater clari-
lical Filium, sed cl Films clarificat Palrem : ne qtiis
dicat Filium minorem Patre, quasi qui a Palre clarifi-
celur, cum et ipse clarilicet Pa rem, dicente Filio :
Pater, clarifica Filium tuum, ul Filius f"«? clmifieet le.
Sed forie adbuc summittendum pules Filium, quod
quasi inglorius videatur a Patre recipere claritafem,
quam demum P.itii rernndat. Audi quia non est ita.
Clarifica me, inquit, P 'ate quam habui, prius-
quavi mundui fiernt, apud le. Si ergo claritas Filii pos-
terior non est, ulpotc quae ab seterno est : ex a;quo se
clariflcant Pater et Films. El si ita est, ubi Palris pri-
matus? /Equalitas profeclo est, ubi coaeternitas est. Et
usque adeo aeqnali las, ut una sit chrilas amborum, s'cut
ipsi nnuui Eunt. Unde mihi vidclur dicendo rursum,
Pater, clarifica nomen luum, non sane aliud pctere,
quam se clarificari, in quo, et per quern nomen Patris
procul dubio clarificarelur. El responsum accepit a
Palre : £7 clarifica'), el iterum ciarificubo. Qua? quidem
ipsa Palris responsio non parva Filii glorilicalio fuit.
C.rter.im abundanlius ad Quenta Jordanis, augusliusque
clariiicatus dignoscilur, et Joinnis tcslimomo, et co-
lumbie desigualione, et voce Palris dicenlis : Hie est
Films man dilectus. Sod el in monle coram tribus dis-
cipulis nihilomiuus magnificentissime clarificaius esl,
turn voce eadem denuo ad se ccelilus delapsa, turn mira
ilia cximiaque transflguratione corporis sui, turn etiam
prophetarum allestatione duorum, qui ibidem apparue-
runt cum eo loquenles.
5. Superest ergo ut juxta promissum Patris semel
adhuc clarificetur, eaque erit plenitudo glorias, cui non
queat amplius addi. Sed ubi ilia dabilur benedictio? Non
enim, ul ista suspicala est, in plateis vel vicis, nisi forte
in illis, de quibus dicitur : Pluletr lua;, Jrrusalem, iltr-
nenlur auro mundo, et per omnes vicos tuos alleluia
ibiiur. In bis revera illam recepil a Palre Filius
clarilalem, cui non potcril similis inveniri, ne in cceles-
tibus quidem. Cui enim aliquando angelorum dictum
S0IXANTE-SEIZ1EME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CAIS'TIQUES.
535
reille, meme parmi les esprils celestes. Car a qui, bite dans leurs coeurs par la foi. Qu'y a-t-il de
parmi les anges, a-t-on dit : « Asseyez-vous a ma plus proche? Cherchez done avec confiance, cher-
II n'y t que
le Cbritt
\u\ soil assis
a la droite
du Pere.
droite (llcb. I 13). » Non-seulement, il ne s'est
point tinuvr d'anges, mais il ne s'est pas meme
trouve d'archanges, ni d'autre ordiv encore plus
eleve qui ait ete digne de recevoir une gloire
si excellenle. Cetle parole glorieuse n'a ete adres-
see a aucun d'eux. et pas un n'en a eprouvel'effet.
Les Troiies, les Dominations, les Principautes, les
Puissances, desirent bien sans doute le coulempler,
mais n'oseraient se comparer a lui. C'est done a
chez avec zele : « Le Seigneur est bon a l'ame qui
le cherche (Thren. in. 25). » Cherchez- le par vos
desirs, suivez-le par vos actions, Irouvez le pir la
foi. Qu'est-ce que la foi ne trouve point'? Elle at-
teiut tout ce qui est inaccessible, elle decouvre
ce qui est cache, elle comprend l'immensite, elle
s'etend jusqu'aux choses les plus reculees, et enfiu,
elle enferme comme dans son sein l'eternite meme.
Je dirai hardiment : jene compremls pas la trinite
mon Seigneur seulement que le Seigneur a dit et bienheureuse et eternelle, mais la croyant, je la
accorde de s'asseoir a la droite de sa gloire, comme compremls, en quelque sorte, par la foi.
lui etaut egal en gloire, consubstantiel en essence, 7. Mais on dira : Comment croira-t-elle, si on
semblabie par sa generation, pared en majeste, en nel'instruit? Car la foi entre en nous par l'ou'ie
Ou et com-
ment il faut
, hercher
le Bien-aime.
eternite. C'est la, oui, c'est la que celuiqui le cher-
chera le trouvera, et ce sera sa gloire ; non une
gloire comme celle des autres, mais un gloire digne
du Fils unique du Pere, (Joan. i. 14). »
6. Que ferez-vous o l'Epouse ? Croyez-vous le
(Rom. x. 17). Dieu y pourvoira. Et, voici deja
des personnes qui se presentent, pour informer
celte nouvelle Epouse qui doit etre unie a l'Epoux
celeste des choses qu'cllc doit savoir, pour lui en-
seigner ce qui regarde la foi, ce qui concerne la
pouvoir suivre jusque-la. Osez-vous, ou pouvez- piete et la religion. Car, ecoutez ce quelle ajoute
vous entrer dans un secret si saint, et dans un
sancluaire si secret, pour conlempler le F:ls dans
le Pere, et le Pere dans le Fils? .Non cerles. Vous
ne pouvez pas aller maintenant oii il est, mais,
vous y viendrez un jour. Ne perdez pas courage,
ueanmoins, suivez-le, et que ses claries et ses gran-
deurs inaccessibles ne vous detournent point de
cette recherche, et ne vous fassenl point desesperer
de letrouver. Si vous pouvez croire, tout est pos-
sible a celui qui croit (Mall. IX. 12) . «LeVerbe,
« Les sentinelles qui gardent la ville m'ont trouvee
(Cant. in. 3). » Qui sont ces sentinelles? Ce sont
ceux que le Sauveur, dansl'Evangile, appelle bien-
heureux, s'il les trouve vigilants lorsqu'il viendra
(Luc. xu. 37). » Combien sont bonnes les sentinel-
les qui veillent, lorsque nous tlormons, comme
devant rendre compte de nos ames. Quelle n'est
pas la bonte de ces gardiens, dont l'esprit veille
toujours, etqui, passant la nuit en oraison, recon-
naissent adroitement les embuches des ennemis,
est proche de vous, il est dans votre bouche, il est previenneut leurs mauvais desseins, decouvrent
dans votre coeur (Rum. x. 8). » Croycz, et vous l'a- leurs lilets, eludeut leurs artilices, eventent leurs
vez trouve. Les lideles savent que Jesus-Christ ha- stratagemes. Ce sont les amateurs de leurs freres
Les senti-
Dtlles et lei
gardes ce
soot les
pasteurs dee
ames.
est, sede a dextrin meisl Non modu autem de numero
angelorum, sed nee de superioribus quidem reliquis
beatorum ordinibus oninino qnis reperlus iduneus est
ad capessendaai superexcellentem hanc gloriam. Ad
nemincai prorsus illorum facta est vox ilia gloria; singu-
laris, nemini vocis in se effieienliam experiri datum. Sive
Tbroni, sive Uoniinuliones, sive Principalus, sive Po-
tentates, profecto desiderant in cum prospicere, non se
illi comparare prcesumunt. Igitur Domino meo singula-
riter a Uoniino el dictum, et datum est, sedere a dex-
tris g*>ri* ipsuis, utpole in gloria coaequali, in essentia
consubstantiali, pro generatioue consimili, majestate non
dispari, slernitate non posteriori. Ibi, ibi ilium qui
quaerct inveniet, et videbit gloriam ejus : non gloriam
quasi unius caeteronmi, sed plane gloriam quasi Um-
(jeniti a Patre.
6. Quid facies, o Sponsa? Pulas potes seqni eum
illuc? Aut te ingerere audes vcl vales huic tarn snncto
arcano, tamque arcano sancluario, ut Filium in Patre,
et Palrem intuearis in Filio'?Nun ulique. Ubi est ille,
lu non potes venire mode, venies autem postea. Age
tauien, sequere, quaere; nee te inaccessibilis ilia claritas
vcl sublimitas a quxrendo deterreat, ab inveniendo des-
perare faciut. Si potes credere, omnia possibilia sunt cre-
denti. Prope est, inquit, verbum in ore tuo, et in corde
tuo. Crede, ct invenisti. Nam credere invenisse est. No-
runt lideles inhabitare Christum per lidem in cordibussuis.
Quid propius est? Quaere ergo secura, qua're devota.
Bonus est Dominus an'unae qmErenti se. Qua're volis,
sequere aetibus, fide inveni. Quid non inveniat Fides?
Attingit inaccessa, deprehendit ignota, comprehendit
immensn, apprehendit novissima, ipsam denique aeterni-
tatem suo illo vastissiuio sinu quodani modo circumclu-
dit. Fidenter dixerim, aeternam bealamque Trinitalcm,
quam non intelligo, credo; ct fide leneo, quam non
capio mcnle.
1. Sed dicit aliquis. Quomodo credet sine praedicante,
cum (ides ex auditu sit, audilus per verbum prasdica-
tionis? Deus hoc providebit. Et ecce jam pra;sto sunt
qui novam sponsam, ccele-sli nupturam sponso, de quibus
oportel, instiuant et informent, fidem doceanl, formam
pietatis ac religionis tradanl. Audi namqueqnid adjiciat.
Inrenerunt me vigiles, qui custodiunt civitatem. Quicnim
vigilcs hi? Ncmpe illi, quos Salvator in Evangelio bea-
tos pronunliat, si, cum venerit, invenerit vigilantes.
Quam boni vigilcs, qui nobis dormienlibus ipsi pcrvi-
gilant, quasi rationeui reddiluri pro auimabus nostrisl
Quam boni custodes, qui vigilantes animo, atque in ora-
tionibus pernoutantes, hostium insidias sagaciter explo-
rant, anticipant concilia malignantium, deprehendunt
536
(EUVRES DE SAINT BERNARD.
Quand tous
les autret
doroieDt ils
moDtent la
garde.
Les fideles
c'est la rite
TEnoose.
les brebis.
Ce qu'on
exige atact
tout d'on
pasteur c'est
l'amour.
et du peuple fidele, ceux qui prient beaacoup pour
le peuple et pour toute la sainte cite. Ce sont ceux
qui, pivnant grand soin des troupeaux quele Sei-
gneur leur a confies, offreiil des le matin, des
sacrifices an Seigneur, qui Its a crees, et le prient
en la presence du Tres-Haut. lis veillent el ils
prient, sachant combien ils sont pou capables
d'eux-m£mes de garder la cite, et, comme dit le
Prophele, « que c'est en vain qu'on garde une ville,
si Dieu no la garde lui-meme [Psal. c. vi. l).»
8. En effet, puisque le Seigneur commande de
veiller et de prior, de peur qu'on u'entre en tenta-
tion, il est visible que sans ce double exercice, et
cette double application de gardiens fldeles, la ville
ne petit pas etre en surete, non plus que l'Epouse
et les brebis. Demandez-vous quelle difference il y
a enlre les brebis, l'Epouse, et la cite ? Ce nest
qu'une meme chose. C'est line cite parce que c'est
l'asseuiblee des fideles, une Epouse a cause de l'a-
mour, des brebis a cause de la douceur. Voulez-
vous que je vous fasse voir que l'Epouse est la
meine chose que la cite : « J'ai vu, est-il dit, la cite
sainte, la nouvelle Jerusalem descendant du ciel,
que Dieu avait paree comme une epouse ornee
pour son epoux [Apoc. xi, 2). » Vousr econnaitrez
qu'il en est de meme des brebis, si vous vous sou-
venez combien le Sauveur recommanda l'amour au
premier pasteur, je veux dire a saint Pierre, lorsqu'il
lui confia ses brebis pour la premiere fois. Ce que
ce maitre si sage n'aurait pas fait avec tant de soin,
s'il n'eiit senti qu'il etait epoux, comme sa cons-
cience lui en rendait temoignage au fond de son
cceur. Ecoutez i eci, amis de lepoux, si toulefois
vous etes ses amis. Mais j'ai trop peu dit en vous
appelanl simplement amis. II faut que ceux qu'il
daigne honorer du privilege d'une si grande fami-
liarite soienl ses amis au superktif. Ce n'est pas en
vain que, conllant le soin de ses brebis a saint
Pierre, il lui .lit trois fois : « M'airaez-vons [Joan.
XXI, 15? » Et je crois qu'il lui a vouhi dire ensub-
tauce : si votre conscience ne vous rend leraoignage
que vous m'aimez, et que vous m'aimez beaucoup,
parfaitement, c'est-a-dire plus que vos propres in-
terets, plus que vos parents, et plus que vous-meme,
atin d'accomplir le nombre de cette triple repeli-
tion, ne vous chargez point de ce soin, et n'entre-
prenez point de gouverner mes lirebis pour les-
quellesj'ai repandu tout mon sang. Parole terrible
et capable d'emouvoir les coeurs les plus endurcis
de ceux qui exercent une domination tyrannique.
9. C'est pourquoi qui que vous soyez, qui avez
ete appele a ce ministere, vefflez exactement sur ^"fon'luV"
pasteur*.
cette triple in- 8"0dueJu^r'
vous-meme et sur le precieux depot qui vous a ete
contie. C'est une ville, veiUez pour la garder et la
maintenir en pais. C'est une epouse, ayez soin de
lorner; ce sont des brebis prenez garde a les bien
nourrir. El peut-etre n"est-ce pas secarter du sens II, doireni
que de rapporter ces trois choses a
terrogation que Jesus-Christ fit a saint Pierre. Pour
bien garder la ville, il faut la defendre de trois
maux, de la violence des tyrans, des ruses des he-
retiques, et des tentations des demons, l/ornement
de l'Epouse doit consister dans les bonnes ceuvres, L\V. nournr!'
dans les bonnes moeurs, et dans une conduite pru-
dente et legitime. La nourriture des brebis doit se
puiser ordinairement dans les paturages excellents
de l'Ecriture sainte, comme dans l'heritage du Sei-
gneur, mais ilyfautapporterquelquediscernement.
•aqueos, eludtint tendiculas, retiaeula dissipant, machi-
namenla frustranlur ! Hi sunt fratrum amatores et populi
Christiani, qui mullum orant pro populo ot universa
sancta civitate. Hi sunt, qui mullum solliciti pro sibi
commissis dominicis ovibus, corsuum tra.lunt ad rigi-
landum dilueulo ad Dominum qui fecit illos, et in cons-
pectu Altissimi deprecantur. Et vigilant, et deprecantur,
scientes suara insulficientiam in custodienda civitate, et
quia nisi IJuminus cuslodierit civitatem, frustra vig'ilat
qui custodit cam.
8. Porro cum Dominus ita pracipiat, vigitate, ei orate
ne inlretii in ienintionem ; liquet quod absque duplici
hoc exercitio Odelium, sludioque custodum, non potest
esse secura civilas, non Sponsa, non oves. Horum diffe-
rentiam qua>ris.» Unum sunt. Civitas propter collectio-
nem, Sponsa propter dilectionem, oves propter mansue-
tudinem. Vis scire hoc Sponsam, quod civitatem esse?
Yidi, inqnit, emtaiem sahctam Jerusalem novum des-
eendentein de cae/o a Deo, paratam ttmquam sponsam,
ornalam vim suo. Idemtidcm tibi hoc et de ovibua
liquido apparebit, si recorderis, primus ille custos (Pe-
trum loquor) cum sibi primo oves commilterentur, quam
attcnte simul de amore commonilus sit. Quod utique
tanti cura sapiens creditor non fecisset, nisi se sentiret
sponsum, id sibi utique ex intimo rcspondente conscien-
tia. Audite haec, amici Sponsi, si tamen amici. At pa-
nim di\i, amici : amicissimi sint oporlet, qui privilegio
tanta? familiaritatis donantur. Non otiose tolies repeti-
tum est, Pelre arnas me, in commissione ovium. Etego
quidem id signiQcatum perinde puto, ac si illi dixisset
Jesus : nisi testimonium tibi perbibenle conscientia
quod me ames, et valde perrecleqne ames, hoc est plus
quam tua, plus quam tuos, plus quam ctiam te, ut bujus
repetilionis mea; Humerus impleatur; nequaquam sus-
cipias curam hanc, nee te intromiltas de ovibus raeis
pro quibus sanguis utique meus efTusus est. Tembilis
sermo, et qui possit etiam impavida qnorumvis tyranno-
rum eorda concutere.
9. Proptereaattendite vobis, quicumque opus ministerii
hujus sortiti estis; atlendite, inquam, vobis, et pretioso
deposito, quod vobis creditum est. Civitas est : vigilate
ad custodiam, concordiamque. Sponsa est : studete or-
natui. Oves sunt : intendile pastui. Et b;ec Iria ad illam
Domini trinam sciscitatiooem forte non incongrue peiti-
nere dicenlur. Porro custodia civitatis ut sit sufllciens
trifaria erit, a vi tyrannorum, a fraude ha'reticorum, a
tenlationibus dsemonum, Sponsae vero ornalus in bonis
operibus, et moribus, et ordinibus. At pastus ovium
communiter quidem in pascuis Scripturarum, tanquam
in hsreditate Domini : sed est distinctio in illis. Nam
SOlXANTE-SEIZlEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
537
Car il y des commandements qui sont imposes aux
esprits durs et charnels, par une loi de vie qui est
inviolable. II y a des dispenses qui sont donnees
par misericorde aux personnes infirmes et faibles.
1 y a trois Et il y a des conseils forts et solides, qui sont pro-
patara?cs , - , , . .
differeuts. poses par une sagesse prohmde a ceux qui sont
sains et exerces a discern er le bien d'avee le mal.
Car a ceux qui sont dans l'enfance on ne donne
comme a des enfanls que le lait des exhortations,
non des viandes solides. II faut ajouter a cela que
les bons et fideles pasteurs ne cessent point d'en-
i graisser leur troupeau par des exemples salutaires
et agreables, etplutotpar les leurs que par ceux des
autres. Car s'ils le font plulot par ceux d'autrui que
par les leurs propres, cela tourne a leur confusion,
etil s'enfaut bien quele troupeau profite autant. Par
exemple, si moi, qui a votre egard semble tenir la
place depasteur, je vous par lede la douceur deMoise,
de la patience de Job, de la misericorde de Samuel,
de la saintete de David, et d'autres exemples sem-
blables de vertus, et que je sois severe et impatient,
sans misericorde et sans piele, vous goiiterez moins
sans doute ce que je vous dirai, et m'ecouterez
avec moins d'ardeur. Or, j'apprehende bien que
cela ne soit ain;i a mon egard. Mais je laisse a la
divine bonte a suppleer ce qui vous manque de
notre part et a corriger ce qui est defectueux en
nous. Le bon pasteur aura suin aussi d'avoir en
lui ce sel dont il est parle dans l'Evangile (Marc.
lx, 69), sachant qu'un discours assaisonne de ce sel
est aussi agreable que salutaire. Voila ce que j'a-
vais a dire touchant le garde de la cite, l'ornement
de l'Epouse et la nourriture des brebis.
sunt mandata, quae duris atque carnalibns animia impo-
nuntur ex lege vitae et discipline : et sunt olera dispen-
sationum, quae infirmis et pusillis corde de respectu
misericordiae apponuntur : et sunt conciliorum solida
fortiaque, qtiae ex intimis sapientiae proponuntur sanis ,
et qui exercitalos habcnt seusus ad discretionem boni
et mali. Parvulus namque, tanquam agniculis, adhorta-
tionis lac potus datur, non esca. Ad baec boni sollicili-
que pastores impinguare pecus non cessant bonis laelis-
que exemplis, et suis magis, quam alienis. Nam si alienis
et non suis; ignominia est illis, el pecus ita nonprolicit.
Si cnim, verbi causa, ego qui videor inter vos pastoris
gerere curam, vobis apposuero Moysi tnansuetudinem,
patientiam Job, misericordiam Samuclis, David' sancti-
talem, et si qua sunt ejusmodi exempla bonorum, im-
mitis ipse et impatiens, atque immiscricors et minimc
sanctus : sermo (ut vereor) minus sapide eveniet, el vos
minus avide capietis. Verum hoc supernae pietali relin-
quo, ut quod minus vobis ex nobis est, isla suppleat ;
et quod perperam, ipsa corrigat. Nunc vera bonus pas-
tor hoc quoque curabit, ut secundum Evangelium inve-
nialur habere sal in semelipso , sciens, quia sermo sale
conditus quantum placuerit ad graliam , tantum pro-
derit ad salutem. Hcec interim de custodia civi-
latis, atque ornatu sponsae , necnon et pastu ovium
dicta sint.
10. Je veux neaumoins encore expliquer cela Quality*
plus en detail pour ceux qui briguaut les bonneurs requises eo
avec une a vidite excessive, s'engagenttemeraireruent
a porter des fardeaux qui sont au dela de leurs for-
ces, et s'exposent a de tres-grands perils, afin qu'ils
sachent pourquoi ils y sont entres, selon cette pa-
role de l'Ecriture : « Mon ame, pourquoi etes-vous
venue ici. » Car pour garder seulement la cite
comme il faut, il faut un bomme fort, spirituel, et eiige iroi»
fidele. Fort, pour repousser les insultesde l'ennemi, ° 0'e'''
spirituel, pour decouvrir ses etiibiiches, et lidele,
pour nepaschercber ses propres interets. D'ailleurs,
pour regler et corriger les mceurs, ce qui regarde
l'ornement de l'Epouse, il n'y a personne qui ne L'oraemeot
voie qu'une ceinture exacte de la discipline y est dem.
absolument necessaire? C'est pourquoi quiconque
est engage dans ce ministere doitetre enllamme de
ce zele dont etait embrase cet homme si jaloux de
la gloire de l'Epouse du Seigneur, lorsqu'il disait :
« J'ai pour vous une sainte jalousie. Car je vous ai
fiances a Jesus-Christ, alin que vous vous conser-
viez purs pour lui seul (1 Cor. xi, 2). » De plus,
comment un pasteur ignorant pourrait-il conduire
les troupeaux du Seigneur dans les piturages des
Ecritures divines ? Mais quand il serait savant, s'il
n'est homme de bien, n'y a-t-il pas sujet de crain-
dre qu'il ne nourrisse pas taut sou troupeau par l'a-
bondance de sa doctrine, qu'd ne lui nuise par la
sterilite de ses vertus? Sans la science done et la .
bonne vie, c'est temerairement qu'on s'ingere dans
cet emploi. Mais je suis oblige de finir, quoique ne-
anmoins je n'aie pas acheve tout ce que j'ai a dire
sur ce sujet. Nous sommes appeles a une autre ma-
id. Volo tamen adhuc eadem paulo expressius desi-
gnare propter eos, qui dum avide nimis honoribus
inhiant, minus provide gravibus se supponunt oneribus,
exponunt periculis : ut sciant ad quid venerint, sicut
scriptum est : Amice, ad quid venis(i ? Ni fallor, ad so-
lain civilatis custodiam, ut quantum satis est procuretur,
opus est viro forti, spirituali, tideli. Forli ad propulsan-
das injurias, spirituali ad deprebendendas insidias, fideli
qui non quse sua sunt quaerat. Porro autem ad mores
honestandos vel corrigendos (quod utique ad decorem
pcrl.inet sponsae) quis non liquirio agnoscat pernecessa-
riam fore cum multa quidem diligentia disciplinae cen-
suram? Eapropter omnis, cui hoc opus incumbit, opor-
tet ferveat zelo illo, quo accensus praecipuus ille aemu-
lator sponsae Domini aiebat : JEmulor vos Dei cemu/a-
ttone , despondi enim vos uni viro virginem castam
exhibere ChriHo. Jam quomodo in pascua divinorum
educet eloquiorum greges dominicos pastor idiola? Sed
et si doctus quidem fuerit, non sit autem bonus: veren-
duin ne non tarn nutriat doctrina uberi, quam sterili vita
noceat. Temere ilaque et in hac parle hoc onus subitur
absque scientia pariter, vitaque laudabili. Sed ecce, quod
non laudannis, tinis indicitur, ubi non erat (inis. Evoca-
mur in materiam alteram, et cui hanc cedere indiynum.
Angor undique, et quod aegrius ferain ignorn, avelli ab
ista, an distendi in ilia : nisi quod utrolibtl simul utrtun-
538
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Here • A laquelle il est indigne que celle-ci cede presents, et ils ne peuvent pas aimer egalement
le pas. Je me tronve pressfi detous cotes, et je ae Jesus-Christ, parce qu'ilsont donnfi les mains aux
sais leqnel des deux je <U>is souffrir plus iuipatiora- richesses. Voyez comment ils simt brillantset pares,
ment, on d'Stre arrache de celle-ci. ou d'etre con- veins comme une epouse cpii sort de la ehambre
traint d'entrer en celle 14, a moinsde dire que ces nuptiale. Si vous en voyez un de cette sorte venir
deux main ensemble sunt bien plus facheux que de loin, ne le prendriez-vous pas plutot pour
l'un d'eux en particulier. 0 servitude, 6 nfecessite ! l'Epouse que pour un gardien de I'Epoux. Mais d'ot'i D'oii vient la
Je ne fais pus ce que je veux, niais ce que je nais. croyez-vous que leur vient cette aboudance de ton- de l'Egiise.
Remarquez n&anmoins s'd vous plait ou nuns en tes choses, celte magniflcenee dans les habits, ce
sommes restes, aPin que des qu'il nous sera libre luxe de table, ces monceaux de vaisselle d'or et
de reprendre ce discours, nous commencions par d'argent, sinon des biens de l'Epouse. Voila pour-
la an nom de l'epoux de l'Egiise, Jesus-Christ No- ipioi die est pauvre, indigente, et pourquoi elle a
Ire Seigneur, qui etant Dieu, est eleve au dessus un exterieur si miserable, si neglige, si pile et si
de lout, et beni dans les siecles des siecles. Ainsi defait. Certes, ce n'est pus la aimer l'Epouse, mais
soit-il.
SERMON LXXVII.
Afauvais posteurs de lEglise. Comment les bien-
heureux dans le del et les anges viennent en aide
aux elus iur la terre..
Saint Ber-
nard MAme
le line
de* prelats.
V. sermon
mill, 15.
la depoitiller ; ce n'est pas la garder, mais la de-
truire ;ce n'est pas la defendre, mais I'exposer; ce
n'est pas I'instituer, mais la prostituer; ce n'est pas
paitre le troupeau, mais e'est le maltraiter, ledevo-
rer. Selon cette parole du Seigneur : « Us devorent
mon peuple comme ils i'eraient d'un morueau de
pain [Psal. xiu, 6). Et : Us out devore Jacob et
desolesademeure (Psa.Lxxvui,7). » Etdans une au-
1. Or ca, nous sommes a notre poste ; nous tre pi'ophelie : « Us mangeront les peches de mon
avons vu bier quels sont les condueteurs que nous peuple (ha. v, 8;, » c'esl-a-dire, ils exigent le
souhaiterions avoir dans les chemins oil nuus mar- prix des peches, et ils u'out pas soin des pecheurs.
chons, mais non pas quels sont ccux que nous Qui Irouverez-vous parmi ceux qui sont proposes Avarice
avons. Us sont bien different* des premiers. Tons au gouvernement de l'Egiise, quine songe pasplu- ieh P45'™"
ceux que vous voyez aujourd'hui aulour de tot a vider la bourse, qu'a extirper les vices de
l'Epouse et comme a ses coles, ne sont pas amis de de ceux qui lui sont sounds. Oil sont ceux qui ile-
l'Epoux. II y en a ties-pen parmi eux qui ne cher- chissent la colere de Dieu par leurs prieres, qui
chent point leurs propres interets. Us aiment les qui apprennentaux amesaruenager lesuiisericordes
a Ces paroles indiquont que ce sermon u ete interrompu par vait indigne de subordonoer le developpemcnt de son sujet. L'af-
une u^cessite qnelconque et que saint Bernard a du le terminer f'aiie importante elait plut6t ce qui fait le sujet du sermon sui-
la a ud signal donne, soit parce que 1'lieure de la table commune vant, si on en juge par les paroles pur lesquelles il com-
etait sonnee, soit pour touteautre occupation a, laquelle il trou- mence.
que moleslius. 0 servitutem ! o nccessitatem ! non quod
volu hoc ago, scd quod odi illud facio. Notafe tamen ubi
desininius, ut quam cito in id rediro liberum crit, inde
mox ordiamur, in nomine spoiH Ecclesiae Jesu-Chrisli
Domini nosti-i, qui est super omnia Dius bencdiutus in
s.vcula. Amen.
SERMO LXXVII.
De ma/ii pastorfbus Ecclesia; item quomodo beati in
ccelo simul cum angelis adjutorio sunt electis adhuc
peregrinantibus.
1. Eia expedili sunius. Diximus hesterno sennone,
quales in via hue qua uinbulamus, vellemus habere duces,
non quales habemus. Longe dissimilea experimur. Non
omnes sunt aniici Sponsi, qiios hodie Sponsie tunc inde
assislere cernis, et qui (ut vulgo aiunt) earn quasi addex-
trare videnlur. Pauci admodum sunl, (|iii nun qu:e sua
sunt quadrant, ex omnibus caiis ejus. Diligent munera,
nee possunt paiiler diligerc Christum : quia mantis
dederunt mammonae. Intuere quomodo incedunt nitidi
ct ornati, circumamicli varietatibus, tanquam sponsa
procedens de thalamo suo. Nonne si quempium talium
repente eminus procedentcm aspexcris, sponsam potius
putabis, quam sponsie ciislodcui? Unde vero banc illis
exuberare exislimas rerum aftluenli.'m, vcslium splen-
dorem, mensarum luxuriem, congeriem vasorum argon-
teoruni et aurcorum, nisi de bonis sponsae? Inde est,
quod ilia pauper, et inops, et nuda relinquitur, facie
miseranda, inculta, hispida, ex Sangui. Propter hoc non
est hoc tempore oraare Sponsam, sed spoliare ; non est
custodire, scd perdere; non est defenders, sed exponere;
non est instiluere, sed prostituere, non est pascere gre-
gem, scd mactare et devorare, diccnte de illis Domino :
Qui devorant plebem meum, ut cibum panis. Et quia
comederunt Jacob, et locum ejus desolauerunt. Et in
alio Prophets : peccata populi mei comedent. Quasi
dical : peccalorum pretia exigunt, et peccantibus debitam
sollk'itudincm non impendunl. Quern dabis mihi de
niimcro pra?posilorum. qui non plus invigilct subditorum
vacuandis marsupiis, quam viliis exstirpandis? Ubi qui
oiando flectat iram , qui pia'dicct annum placabilem
Domino ? Le\iora loquimur : graviora gravius manet
judicium.
SOIXANTE-DIX-SEPTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
539
du Seigneur. Encore, ne parlons-nons que des hommes apostoliques. Ce sont vrairaent eux qui
moindres maux, ils en font de beaucoup plus gardent la ville,c'est-a-dire l'Eglise qn'ils ont trou-
La correction
leur est
odieuse et
insuppor-
table.
grands, dnnt ils seront bien severemcui punis.
2. Mais c'est en vain, que nous nous arretons a
leur parler, ]iui?qu'ils ue nous enten.lent pas. Et
quand meme ce que nous disons serait mis par
ecrit, ils dedaigneront de le lire ; ou >'ds le liseut,
vee, et qui la ganleut avec d'autant plus de soin et
de vigilance, qu'ils la voient, en ce temps, exposee
a de plus grands perils, aux maux douiestiqiies et
hit mes, a nsi qu'il est ecrit : « Et les ennemis de
I'homme sont ses domestiques [Mich, vn, G). » Car
ils se facheront contre moi, quoiqu'ils devraient ils ne delaissent pas celle pour qui ils ont combat-
bien plulot se lacber conlre eux-uienics. Laissons tu jusqu'a 1'etFiisioii de leur sang, mais ils la prole-
donc ces hommes. qui ne trouvent pas l'Epouse, gent et la gardent jour et nuit, c'est-a-dire dans
mais qui la vendent, et considerons plutdt ceux leur vie et dans leur mort meme. Car si la mort des
par qui l'Epouse dit quelle a ete trouvee. Ceuxd'a- sainls du Seigneur est precieuse a ses veux, je
present ont bien herite de leur ministere, mais non ne i'ais point de doute qu'ils ne la prutegent main
pasde leur zele. Tous desirent leur succeder, mais tenant d'autant plus puissamment que leur auto
peu les imiter. 0 qu'il serait a souhaiter qu'ils t'us- rite et leur puissance se sont acer
sent aussi vigilants a s'acquitter des fond ions de tage.
leurs charges, qu'ils sont ardents a briguer leurs /j. Vous assurez ces choses dira-t-on
chaires. Si celaetait, ils veilleraient avecbienplus de
soin qu'ils ne le font a garder celle qu'ils ont trouvee,
et qui leur a ete commise. Ou plutot ils veilleraient
sur eux-memes, et ne donueraient passnjet de dire
d'eux : « Mes amis et mesprochesse sont approehes
de moi pour me combattre {Psal. xxxvn, 12). »
sont accrues davau-
Les paMeurs
negligents
se perdeut
eui et
leurs bi-bif
avec eux.
comme si
tous les voyiez de vosyeux. Cependant nulhomme
ne les a jamais vues. A quoije reponds : Si vous
croyez que le teouoignage de vos yeux est fidele, le
temoignage de Dieu Test bien davanlage. Car il
dit • « Jerusalem, j'ai etab'i des sentinelles sur vos
murs pour vous garderjour et nuil, etellesuese tai-
Cetle plaiute est sans doute tres-juste, et elle ne rout jamais Isa. lxit, 6). » Mais ceU < oncerne les
peut plus justement convenir qu'a noire siecle. a:iges, diivz-vous. Je ue le nie pas. Ces esprits
Nos sentinelles nesecontentent pas dene nous point bicuheureux sont tous les ministresde Dieu pour
garder, elles nous perdent. Car ensevelies dans un executer ses ordres. Mais qui m'empechera de
profond sommeil, elles ne s'eveillent point ..:. ton- croire la meme chose de ceux qui ne sont [.as ine-
nerre des menaces du Seigneur, pour redouter an gaux aux anges en puissance, et qui, par leur af-
moins leur propre peril. De la vient q let.uil impi- Eectiou et leur bonte, nous sont peut-etre d'autant
toyables pour elies-memes, elles n'ontgarde d'avoir plus favorables, qu'ils nous sunt plus unis par la
de l.tpitie pour ceux qui leur appaitiennen!, elles participation d'une meme nature ? Ajoutez a cela
les font perir, et perissent avec eux. qu'ils ont souffert les memes afflictions, et les me-
3. Mais quisontles sentinelles par qui l'Epouse dit mes miseres auxquelles nous sommes encore expo-
qu'elle a ete trouvee ? Ce sont les apotres et les ses en cette vie. Ces ames bieuheureuses ne sont-
2. Sine causa tamen vel his. vel illis ioimoramur,
quia non audiunt nos. Sed et si litteris forsitan manden-
tur isla qua? dicimus, dedignabuntur lcgere : aul si
forte legerint, mihi indignabuntur, quamvis reciius sibi
boc facerent. Propterea rehnquamus istos. non iavento-
res Sponssp, sed vendilores; et inquiramus polius illos,
a qtiibus Sponsa se inventam loquitur. Et quidem illo-
rum isti sortili sunt ministerii locum, sed non zehim.
Successores omnes cupiunt esse, imitatores panci. 0
utinam tarn vigiles reperirentur ad curam, quam alacres
currunt ad cathedram'? Vigilarent utique, sollicite ser-
vantes ab dlis inventam, sibi credilam. Imo vcro evigi-
larent pro semetipsis, nee sinrrent de se dici : Amici
mei, et proximi mei adversum me appropinquaverunt et
sleterunt. Justa omnino querimonia, nee ad ullam jus-
tius, quam ad nostram referenda aetatem. Parum es
no-tris vigilibus quod non servant nos, nisi et perdant.
Alio quippe demersi oblivionis somno, ad nullum domi-
nicae comminationis lonitruum expergiscuntur, at vel
suum ipsorum periculuiu expavescant. Inde est, nt non
parcant suis, qui non parcun! sibi, perimentes pariter et
peretmtes.
3. Sed enim quinam illi sunt vigiles, a quibusse inven-
tam perhibet Sponsa? Nempe apostoli , atque apostoiici viri .
Vere hi sunt qui custodiuntcivitantem, id est earn ipsam
quam invenerunt Ecclesiam, eoquc vigdintius, q'io
nunc temporis gravius periclitantem conspiciunt, a malo
utique domeslico et intestino, sicut scriptum est : Et
inimici hominis domestid ejus. Neque enim pro qua us-
que ad sanguinem restiterunt, suo derelinquunt patro-
cinio destilutam, sed protegunt et cuslodiunt earn die
ac noete, hoc est in vita et in morte sua. Et si pretiosa
est in conipeclu Domini mors sanctorum ejus, non am-
bigo ego quin ctiam tanto in morte potentius id
agant, quanto in ipsa amplius confortatus est principatus
eorum.
4. Sic ista asseris, ait quis, ac si oculis tuis videris
ea : sunt autem ab humanis seclusa conspectibus. Cui
ego : Si tu tuorum oculorum testimonium fldele pulas,
testimonium Dei majus est. Ait vero ; Super muros
tuot Jerusalem cnnsUtui custodes : tola die et tota node,
in perpetuum non tacebunt. Sed de angelis, inquis, id
dictum 'est. Non abnuo : omnes sunt administratorii
spiritus. At quis me prohibeat itidem et de istis sentire
qui potentia quidem minime jam ipsis angelis imparcs
sunt : affectu autem et misericordia eo nobis forsitan
germaniores exsistunt, quonatura conjuncliores ? Junge
et tolerantiam earumdem passionum et mi?'::iarum, in
340
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
elles point touchees d'une plus grande compassion envoyes ? Aussi lisons-nous dans l'Evangile que le
pour nous, lorsqu'elles se sourienncnt qu'elles ont
passe par le feu et par l'eau, et vous nous avez fait
eutrer dans an lieu de rafraichissement [Psal. iw,
12)? » Quoi ! ils nous laisseront au milieu des I'eux
et des flots, qu'lls ont traverses eux-memes et ils ne
daigneront pas settlement tend re la main a leura
Seigneur dit aux apotres : « Allez, e'est moi qui
vous envoie [Luc. x, 3). » Et : « Allez, prechez l'E-
vangile Moute creature [Mare, xvi, 15). » II en est
ainsi, elle cherchait l'Epoux, et I'Epoux le savait
Lien, parce qu'i] I'avait excitee lui-meme a lecher-
cher, et lui avait donne le desir d'accomplir ses
enfants en danger? Non sans doute ils ne le feront preceptes et la loi de vie, pourvu que quelqu'un
Mission dee
predieateurs.
pas. Vous etes bien lieureuse sainte Eglise notre
mere, vous etes Lien heureuse dans le lieu de voire
exil, puisque vous recevez des secours du ciel et de
la terre. Ceux qui vous gardent ne dorment ni ne
Lm anges sommuillent point. Vos gardes sonl les saints anges,
,n*"- vos sentiuelles sont les ames des jusles. Cetix-l.i ne
se trompent point qui croient que vous avez ete
egalement trouvee des uns et des autres, et que lea
uns et les autres vous gardent egalement. Ils ont
tous mie raison particuliere pour prendre soin de
vous. Cettx-ci parce qu'ils ne recevront point leur
perfection sans vous , et ceux-la, parce que leur
nombre ne sera rempli que par vous. Car qui ne
sait que Satan, en tombaut du ciel avec ses corn-
Cause de
tette garde
l'instruistt, ellui enseignut lavoie delasagesse. C'est
pourquoiil envoie audevantd'elle, des person nes poor
planter et pour arroser, e'est-a-dire pour l'entrete-
nir et la contirmer dans la certitude de h verite,
en lui apprenaut des nouvelles certuines de son
Bien-aime, car ce que son ame chercbe, et ce
qu'elle aime passionnement, c'est la verite. Et, en
ell'et, qu'est-ce que l'amour lidele et veritable de
l'aine, sinon celui qui lui fait aimer la verite? Je
suis done de la raison, je suis capable de la verite,
mais a quoi cela me sert-il, si je n'ai de 1'amour
pour ce qui est vrai? C'est la le fruit de ces bran-
ches, el moij'en suis la racine. Je ne suis pas en
surete contre la cogne.-1 si on me trouve sans cet
11 n'y a que
l'amour de
la vet ite
qui soil an r
et vrai.
plices, a beaucoup dimiuue le nombre des anges? amour. C'est proprement en cela que je suis forme
lis attendent done tous leur consommationde vous,
les uns celle de leur nombre, et les autres celle de
leursdesirs. Recunnaissez par consequent que cette
parole du psaume vous concerne : « Les justes at-
tendent que vous me recompensiez (Psal. exu,
8). »
5. Et remarquez qu'il n'est pas dit. qu'elle les a
trouves, mais que ce sont eux qui Tont trouvee,
parce que, comme je le pense, ils etaieut destines a
cet emploi. Car comment precheront-ils s'ilsnesont
a l'image de Dieu, et que je suis plus excellent que
tous les autres animaux ; c'est ce qui donne la har-
diesse a mon ame d'aspireraux doux et chastes em-
brassements de la verite, et de me reposer en son
amour avec toute sorte de plaisir et de conDance,
si neanmoins elle trouve grace devant les yeuxd'un
si grand Epoux, et s'il la juge digne d arriver a un
si haut comble de gloire, ou plutot s'il se la rend
exempte de tacnes et de rides, et de toute sorte
d'impurete. A quel danger et a quel supplice
quibus nos pro tempore adhuc versamur. Nihilne am-
plius miserationis pro nobis vel sollicitudinis operabilttr
in mentibus Sanctis, quod et se transisse per eas procul
dubio meininerunl ? Nonne ilia ipsorum vox est, Tran-
swimus per ignem el aquam, et eduxisti nos in refre-
r/ernun? Quid ? Ipsi trausieruot, et nos in mediis
iguibus vel fluctibus derelinquent, nee saltern minum
porrigere dignabuntur pcriclitantibus filiis ? Non est ita.
Bene tecum agitur, o mater Ecclcsia, bene tecum agitur
in loco peregrinationis Iiut : de ctelo et de terra venit
au.xilium tibi. Qui cuslodiunt te, non dormilant, neque
dormiunt. Custodes tui angeli sancti, vigiles tui spiritus
et animee justorum. Non errant qui te ab urrisque in-
ventam spiritibus senserint, ab ulrisque pariter custodiri.
Et est bujus sollicitudinis ratio quibusque sua : his qui-
dem, quod sine te non consummentur : illis vero, quod
nisi de te ad sui plenitudinem minime restaurentur.
Nam quis nesciat, Satana cadente de ccelo et ejus com-
plicibus, numerum supernae multitudinis parte non mo-
dica imminutnm ? De te itaqueomnes consummationem
e.xspeclant, alii numeri, alii desiderii sui. Agnosce
proinde vocem in psalmo : Me exspectant jasti, donee
retribuas mihi.
5. Et advertendum, quod non ista illos, sed illi istam
potius invenitse referuntur, utque ego suspicor ad hoc
ipsum studio destinati. Nam quomodo praedicabunt, nisi
mittanlur ? Denique habes loquentem in Evangeliis :
Ite, ecce ego initio vos. Et, Ite, pi dedicate Evangelium
omni creaturw. Ita est. Ilia qiuerebat Sponsum, et
fc'punsum non latebal. Nempe qui in hoc ipsum excita-
vcral earn ut se qmereret, et dederatilli cor ad prascepta
et legem vita; el disciplinas, dummodo esset qui inslrue-
ret et doceret viam prudentiaa. Et misit in oecursum
ejus planlatores et rigatores, qui earn enulrirent, et
confirmarent in omni certitndine veritalis, hoc est,
indicarent illi certamque redderent de dilecto j quia
Veritas est quam vere diligit anima ejus. Et revera quis
fidus verusve animas amor, nisi utique is, quo Veritas
adamatur ? Ralionis sum compos, veritatis sum capax :
sed utinam non lorem, si amor vcri defuerit. Horum
quippe ramorum is fructus est, et ego radix. Non sum
securus a securi, si absque eo inveniar. In illo nimi-
rum naturae niunere illud divinae imaginis enitere insi-
gne haud dubium est, ex quo caeteris praestet
animantibus. Inde est quod audet anima mea ad
dulces castosquc assurgere veritatis amplexus, et sic in
amore ipsius tola securitate ac suavitale quiescere,
si tamen inveniat gratiam in ocnlis lanti sponsi, ut
dignam reputet, quaj ad hanc pertingat gloriam ;
imo ipse earn eibi e.xhibeat non habentem maculam aut
SOIXANTE-DI.X-SEPTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
641
croyez-vous que s'expose celui qui laisse oisif un si
precieux don de Dieu ? Mais nous vous parlerons
de cela line autrefois.
C'est/ep-arer 6. L'Epouse ne trouve done point celui qu'elle
e'engager cherchait, et elle est trouvee de ceux qu'elle ne
sans guide cherckait point. Que ceux qui sont assez hardis
dans la vie , . , ....
spirituelle. pour marcher dans lesvoies de la vie sans guide et
sans conducteur, ecoutent ceci. lis sonteux-memes
leurs maitres et leurs disciplesdans cet art spirituel.
lis ne se contentenl pas de cela, ils assemblent des
disciples, et ces aveugles conduisent d'autres aveu-
gles. Combienen a-t-ou vus qui, par la, se sontdan-
gereusement egares du droit cbemin, car, ignorant
les artifices de Satan et ses ruses, il est arrive que
ceux qui avaient commence, par l'esprit ont acheve
par la cbair, sont tombes dans des desordres hon-
teux et abominables. Qu'ils prennent done garde
de marcber avec precaution, et qu'ilsprennentexem-
ple sur l'Epouse, qui u'a pu altendre en aucune
sorte celui qu'elle desirait, qu'elle n'ait ete d'abord
rencontree de ceux du ministere de qui elle s'est
servie pour avoir quelque connaissancede son bien-
aiiue. C'est-a-dire pour apprendre la crainte duSei-
gneur ; celui qui ne veut pas douner la main a un
maitre la donne a un seducteur. Et celui qui laisse
aller les brebis aux paturages sans gardien, fait
paitre, non 1 s brebis, mais les loups.
7. Mainlenant voyons en quel sens l'Epouse dit,
quell* a ete trouvee, car il me semble qu'elle se
sert de cetle expression, d'une facon assez extraor-
dinaire, et coniaie si l'Eglise n'etait venue que
d'un lieu, quoiqu'elle soit venue de l'Orient et de
l'Occident et des extremites de la terre, selon la
parole du Seigneur (Matth. vm, 11). Elle u'a nas En quel
__« ui ipi , .,■ . sens l'Epome
meme ete d abord assemblee en un meme lieu pour dit qu ells
pouvoir etre trouvee par les apotres ou par jes »il^lr0UT^
anges, et conduite a celui qu'aime son ame. Est-ce
qu'elle a ete trouvee avant qu'elle ait ete assemblee?
Non certainement, puisqu'elle n'etait pas encore ?
C'est pourquoi, si elle avait dit qu'elle a ete assem-
blee ou ramassee, ou, pour parler en ternies plus
convenables pour l'Eglise, convoquee par les pre-
dicateurs, j'aurais passe cela simplement sans y
faire aucune reflexion, car ce sont les coadjuteurs
du Dieu qui dit lui-meme, « que celui qui
nerecueille point avec lui, dissipe (Matth. xn, 30). »
On pent dire memo avec raison qu'elle a ete fondee
et edifiee par eux, avec celui qui dit dans l'Evan-
gile : « J'edifierai mon Eglise sur cette pierre
(Matth. xvi, 18). Et : elle est fondee sur cette
pierre ferme ( Matth. vn, 15). » Au lieu que main-
tenant elle ne dit rien de tout cela, mais usant
d'une maniere de parler peu commune, elle dit
quelle a ete trouree. Ce qui nous donne lieu de
nous arreter un pen, et de croire qu'il y a en cet
endruit quelque cbose de cache que nous devons
examiner avec plus de soin.
8. J'avais dessein, je vous l'avouerai, de passer
outre, pour ne point m'engager a une recherche
dont je suis absolument incapable. Mais quand je
me souviens en combien d'endroits obscurs etdiffi-
ciles j'ai ete aide, contre mon esperanee, parlese- -
cours de vos prieres, j'ai honte de mon peu de foi ;
et, blamantma crainte, j'entreprends, non pasavec
temerite, mais sans crainte, ce que je voulais eviter.
J'espere que l'assistance accoutumee du Seigneur
rugam, aut ali ;uid cjusmodi. Quanti putasessediscrimi-
nis, quave dignum ptena, tantum Dei dunum oliosum
tenere ? Verum hoc alias.
6. Nunc vero sponsa quern qua»rebat, minimereperit;
et quos non quajrebat, l'eperla est ab ipsis. Audianthoc,
qui sine duce et praceptore vias vilaj ingrcdi non furrai-
dant ; ipsi sibi in arte spirituali exsistentes et discipuli
pariler et magistri. Non suflicit hoc : eliam coacervant
discipulos sibi, caeci duces caecorura. Quam multi ex
hoc a recto tramite periculosissime aberrasse comperti
sunt! Nimiru.,1 ignoranles astutiasSatana? et cogitationes
ipsius, factum est ut qui spiritu coeperant, carne con-
summarentur, abducti turpiler, lapsi damnabililer. Vi-
deant proinde qui cjusmodi sunt, quomodo caule
ambulent, et de Sponsa exemplum sumant, quae non
prius ad eum , quem desidetabat , ullo modo valuit
pervenire, quam sibi OCCUrrerent, quorum magisterio
uletelur ad cognoscendum oe dilecto, certe ad discen-
dum timorem Domini. Seductori dat isanuiu, qui
dare dissimulat prasceptori. Et qui diniiltit oves in pas-
cua absque < istode, pastor est non ovium, sed lu-
porum.
7. Nunc jam videamus de sponsa, quomodo se dicat
inventam. Mihi enim insuete satis verbum inventionis
posuisse videtur. Nam ita hoc dicit, ac si uno de loco
Ecclesia venerit. Venit autem ab Oriente de Occidents
jnxta verbum Domini, et a cunctis finibus terras. Sed
neque aliquando congregala est in unum locum, ubi ab
aposlolis seu ab angelis inveniretur deducenda vel diri-
genda ad eum, quem diligit anima sua. Fueritne prius
inventa quam collecta? Non : qui nee erat. Quamobrem
si collectam, si congregatam, si certe (quod magis voca-
bulo Ecclesia? competit) convocatam a prEedicatonbus se
dixisset, transissem simpliciter, minime in aliquo cunc-
tabundns. Coadjutores enim Dei sunt, quem et audiere
loquentem : Qui non colligit mecum, dispergit. Sed
neque hoc mihi ab re videbitur, si dixerit quis ab eis
lundatam sive asdificatam. Siquidem hoc fecerunt una
cum illo, qui in Evangeliis loquitur : Et super hanc
peti-am tedi/icabo Ecelesiam meant. Et, quia fundala est
supra firmam petram. Nunc vera nihil horum loquens,
sed prater soblum quidem perhibens se inventam ; cunc.
tari aliquanlum nos facit, alque in suspicionem adducit
latere loco, quod sit diligenlius intuenduai.
8. Volebam, fateor, prasterire, meque subducere hu;.-
scrulinio, cui suffieere non senlirem. Caeterum reminis-
cens in quantis aeque dubiis et obsi-uris, vobis quidem
rursum corda levantibus, etiam supra spem meam adju-
tum me senserim, pudet dU'udentiae : et reprehendens
timorem meum, adorior non quidem temere, quod
timide refugiebam. Aderit (ut confido) solitum adjuto-
rium : quod si minus, apud benevolos tamen auditorai
562
CEL'VRES DE SAINT BERNARD.
ne me manquera pas; mais si je n'en suis pas di- comment Dieu ne prendrait-il pas soin iles noces
gne, au moins ce que je vous dirai ue sera pas sacrees de son Fils bien-nime : il le fait et de tout
tout-a-fut inutile, puisque vous l'ecoutez avec son coeur? Pourlui, il seraitsuffisantdel'accoDQplir
bienveillance et attention. M.iis ce sera pour le par sa seule volonte, et par lui-m&me, sans le
discours suivant, car il est temps de ftnir. Je prie seco irs de ceux-ci; mais eux no peuvent rien faire
l'epoux de 1'Eglise, Jesus-Christ Nolre-Seigneur, sans lni. Si done il s'est servi d'eux dnns ret ou-
de vous faire la grace, non-senlenient de reteuir vrage, ce n'a pas fete pour en tirer du secours,
les cboses que vous entendez, mais encore de les mais pour leur propre bien. Car il a place pour les
aimer et de les accomplir efticacement, lni qui hommes le merite dans les oeuvres, selon celte
etant Dieu, et eleve par dessus tout, est beni dans parole :« L'ouvrier est digne de sa recompense
les siecles des siecles. Ainsi soit il . (Luc. x, 7) : Et cliacun recevra selon son travail
(1 Cur. in, 8), » tant celui qui plante dans la foi,
SERMON LXXVIII. que celui qui arrose ce qui est plinle. De meme
lorsqu'i) se sert du ministere des anges pour le
L'Epouse, e'est-a-dire 1'EijHse <le* illis, a iU prides- salut du genre humain, n'est-ce pas alin que les
tinie <le Diea avaiit itw les siecles, et prevenue de hommes les aiment? Car, que les anges ainicnt
sayu'ne pour lechercher et se convertir. les hommes, rest re dont on ne pent douter, puis-
qu'ils n'ignorenl pas que ce sont les hommes qui
1. Nous nous souimes arrele, si je m'en sou- doivenl re.parer Les anciennes mines de leur cite.
viens bien, a I'endroit mi I'Epouse dit qu'ulle a eie El cerles il etaii bien digne que le royaume de
trouvee par ses predicateurs, et nous avons hesite & 1' Amour ne fat point gouverne par d'aulres lois
passer outre par une sorle de serupule. Nous avons que par l'amour mutuel de ceux qui y doivenl
dit quelle e ait l.i cause de noire hesitation et de regner ensemble, et par les pures affections des
notre repugnance a passer outre, e'est qu'il nous uns et des auires envers Dieu.
semblait qu'il y a quelque chose de cache dans ces 2. Mais il y a bien de la dilference dans la ma-
paroles, mais nous ne l'avons pas pu expliquer, mere dout ces trois causes operent, selon la no-
parceque nous etions presse de finir. Que nous blesse et la dignite de chacune d'elles. Dieu fait
reste-l-il done a faire, sinon ate air notre promesse? ce qu'il veut par sa seule volonte, sans empresse-
Dans le grand mystereque le Docteur des nations
a interprets du mariage chaste et saint de Jesus-
Christ avec 1'Eglise [Ephes. v, 32), et qui est l'ou-
vrage de notre salut, trois choses concourent en-
ment, sans mouvement, sans changement de lieu
ou de temps, de causes ou de personnes. Car il est
le Seigneur des armees qui juge toutes choses avec
tranquillite [Sap. xu, 3j. II est la souveraine sa-
sernble, Dieu, l'ange et l'bomrae. Et, en verite, gesse qui dispose tout avec douceur. L'ange n'agit
non erit otiosum quod volui. Verum hoc habe'iil s •-
aliens scrmo principium, nam prjssentem hie c'a di-
mii3. Ipse autem del vobis ea qua? dicuntur non solum
tenere memoriter, scd et ardenter diligere, et eflieaciter
adimiilere, spo.isus Eccles.a? Jesus-Christus Dominus
noster, qui est super omnia Deus benediclus in saecula.
Amen.
SERMO LXXVIII.
QuodSponsa, id est Ecclesia eleclorum, pradeslinata est
a Deo anle siecula, ei prcevenla ab eo id qucereret eum,
et converteretur.
1. Ad vcrbum inventionis (si bene memini) illic steli-
mus et hiPsimus, scrupulosiiis videlicet andientes, quod
Sponsaa praedicutoribus suis se inventam dixciit. Porro
causa; nostra? cunclationis et dubitationis a nobis expres-
sa? sunt, ct visum est aliquid esse qua>rendum : sed non
in calce sermon's, quo jam arctabamur, quod qua?silum
est. potuit esplicari. Quid restat, nisi ut debitum jam
solvamns? In explicatione sacramenti magni (illud lo-
quor, quod doctor gentium interprctalus est, in Christo
et in Ecclesia, sanctum castumque connubium ; ipsum
est opus nostra? salutis :) in eo, inquam, tres sibi invi-
cem coopcrantur, Deus, angelus, bomo. Et Deus qui-
deni quidni nperelur, et curam gerat nuptiarum riilecti
Filii sui? Ipse vero, ac tota volunlate. Et ulique per se
ipse sut'licercl. et absque adminiculo horum : hi autem
sine ipso possinl facerc nihil. Ergo quod ex illis adscivit
in i pus min.slcrii hujiis, non sibi solatium, sed profec-
tum quaesivil illis. Nam hominihus quidem merita
locavit in opere, secundum illud : Dignus est operartus
mercede sun. El quia vnusquisque secundum proprium
laborem accipiet, sive qui in tide plantal, sive qui rigat
quod plantatura merit. Angel orom autem cum ad salu-
tem humani ,-ienei'is ministerio utitur, nonne facit ul ab
hominihus angeli diliganlur? Nam quia abangelis homi-
nes diliganlur, inde vol maxime adveiti potest, quod
anliqua sus civilatis damna ex hominihus resarcitum iri
angeli non ignorant. Necaliis profecto legibus vegnum
charitalis rcji decebat, quam piis ipsorum, qui pariter
regnaturi sunt, miituisqne amoribus, et puris alTectioni-
bus in invicem, et in Deuro.
2. Est autem in niodo operandi difTerenlia mulla, pro
enjusque nin irum opcrarii dignilate. Deus nempe facit
quod vull sola ipsa facilitate volendi, sine aestu, sine
molu, sine praejndicio loci vel temporis, vel causa5, vel
persona1. Est enim Dominus sabaolh, qui cum tranquil—
litate judical omnia. Est et sapientia disponens omnia
suaviter. Porro angelus non absque motu operatur, tarn
ocali, quam * temporali, sine aestu tamen. Homo autem
SOlXANTE-DIX-HUITlE.ME SERMON SUR LE CANTTQUE DES CANTIQUES.
iUS
'rois choses
ans l'reuvre
e nnlre salul
>ont prop res
a b i <r u .
La predes-
tination.
point sans changer de lieu et de temps, et toute- desseins de sa volonte, a la louange et a ia gloire
fois il agit sans aucunempressement. Mais l'huiume de la grace dont il dous a gratifies en son fils
ne pent agir ni sans empressemeut et chaleur bien-aime (Ibid, v). » Et il n'y a point de doute
d'esprit, ni sans tin monvement local et corporel. que cela ue soil dit an nom de tous les eltis. qui
Aus-i lui ordonne-l-on d'operer son salot avec sont I'Eglise. Qui done, meme entre les esprils
crainte et tremblement (Phil. 11, 12), et tie manger bieuheureux, a jamais pu trouver cette Eglise daus
son pain a la suour de sou visage (Gen. l I, 19). l'abime si profotid de l'eternite, avant que lou-
3. Cela suppose, eousiderez maintenant avec moi vrage de la creation fit produit an jour, sinon
que dans l'ouvrage magnilique de noire salut, il celiu a qui l'eternite meme, qui est Dieu, l'a vou-
y alroischoses que 1)1. u.qtii enestl'auteur,s'appro- lu reveler.
prie, et en quoi il previent tons ceux qui I'aident Zi. Et lorsque, aueommandementducreateur,elle
et qui cooperent avec lui. Ce sont la predestination, aparusousles especes et les formes visibles des
lacreation, l'inspiration. La predestination n'a point corps, neanmoins elle n'a pas ete aussitOt trouvee
commence avec I'Eglise ni meme avec lemonde,mais paries bommes ou par les anges, car elle n'etait
elle est de toute etermle et avant tous les temps, pas connue, et selrouvait environnee des ombres
La creation a commence avec le temps. Et l'inspi- de 1'hoinme terrestre et couverte de la nuit epaisse
ration se fait dans le temps ou Dieu vent, et quand de la mort. Or mil enfant des bommes n'est venu
il veut. Selon la predestination, l'asseuible*) des au monde sans le voile de cette confusion gene-
elus aloujours ete en Dieu. Si l'iniidele s'en etonne, rale, excepte un seul, celui qui y est entre exempt
qu'il appentie une chosequi est bieu plus e'.on- de toute tacbe. C'est Emmanuel, qui neanmoins
nante encore, e'est qu'elle lui a tonjours ete agrea- s'est revelu de nous et pour nous de la ressem-
ble, et qu'il l'a toujours aimee. Pourquoi ne pu- blauc, non de la realite de la malediction et du
blierais-je pas hardiment un secret que m'a decoti- peche. Car nous lisons dans l'Apotre, « qu'il est
vert, dans le sum de Dieu, celui qui nous a fait part apparu dans la ressemblanee de la chair de peche,
du tanld'autres secrets? Je veux parler de saint Paul, atiu de detruire par le peche meme, le peche
qui n'a pas craiut dedivulguer ce secret qu'il a tire qui etait dans Ia chair (Rum. mil, 3). » Tout
des tnsoi le la bonte de Dieu. « 11 nous a benis, le reste, elu ou reprouve est entre dans cette vie
dit-il, en Jesus-Christ, de toutes les benedictions de la meme maniere,-car il n'y a point de distinc-
celestes, ainsi qu'il nous a choisis en lui avant la tion, tons out peche, et tous portent les marques
creation du moude, atiu que l'aimaut, nous soyons de leur bonte. ("est done pour cela que, quoique
saints et sans laches en sa presence [Ephes. l, 3). I'Eglise fiit deja creee. elle ne pouvait pourtant
Et il ajoute : il nous a predestines pour etre ses pas etre trouvee ou reconnue par aucune creature,
enfants adoptifs par Jesus-Christ en lui, selon les atteudu qu'elle etait cachee d'une merveilleuse nia-
nec ab a>slu aniini, nee a raotu corporis animi:;ue liber
est in operand.). Dcnique cum limore et tremore suam
ipsius jubetur operari salutem, atque in sudore valtus
sui comedere panem suam.
3. His Ha explicitis, intuere nunc mecum in hoc tam
magnilico opere nostrae salutis tria esse queedam, qua;
sibi vindicat aactor Deus. pra?veDitque in illis omnes
auxiliatores et cooperatores suos, prsedestinationem,
erealionem, inspirationetn. Quarum praedestinalio, non
dico ab exortn Ecclesiae, sed ne a mundi principio qui-
dem princii-ium habtiit, non denique ' a tempore illo
vel ilia : ante tempore esl. Porro creatio cum tempore;
inspiratio jam in tempore fit, ubi et quando vult Ileus.
Sane secundum praidestinationem nunquam Ecclesia
elcctorum penes Deum non wit Si miraturhoc infidelis
andiat quod magis mirelur : nuiquam non grata exstilit,
nunquam non dilccta. Quidni audacter loquar arcanum,
quod mibi de corde Dei promplus ille supernorum de-
lator conciliurum aperuit? Paulum dico, qui ut multa
alia, ila hoc quoque de divitiis bonitatis ejus non est
veritus div l^are secretum. Benedtxit not, inquiens, in
Omni benedictione spiritual!, in catlesliOus it Christo,
sicut elegit nos in ipso ante mundi constilifHonem,
ut essemus suncti el immaculati in compectu ejus
in charitate. Et addit : Qui prcedestinavil nos in
adoptionem filiorum per Jesum-Christum in ipso ,
i. La crea-
tiOB.
secundum proposilum voluntatis sure , in law/em
gioria? gratia! saw, in qua gratiftcavii nos in di-
lecto Ftlio suo. Nee dubium quia voce omnium
elcctorum ista dicantur : et ipsi Ecclesia sunt. In
ilio igilur tam pr jfundo aetcrnilatis sinu , ante-
quam in lucem opusque prod; ret hujus creatiunis ,
quis illam vel beatorum spirituum invenire aliquo
modo valuerit , nisi si cui ipsa aetemitas Deus
voluerit revelare?
4. Sed et cum jam ad nutum creantis visa esl emer-
sisse in species formasque has facticias atque visibiles,
non continuo tamen mventa est a quoquam hominum vel
angclorum, eo quod non agnoscerelur, imagine terres-
tris hominis adumbrala, et operta mortis caligine. Sine
quo piofc-cto generalis velamine conf^sionis nemo filio-
rum hominum intravit hanc vilam, uno sane excepto,
qui ingreditur sine macula. Emmanuel :s est, qui tamen
et ipse ex nobis, pro nobis nostri se induit maledicti,
noslrique peccati siinilitudinem, non ventatem. Sice, n
habes, quia appanut in simtlitudtne carnii peccafi, >tt
de peccato damnaret peccatum income. De c;etero u: '5
omnibus per omnia introitusest, electis dico et reprobi .
Non enim est distinctio. Omnes peccaverunt, et omnes
caputium " sua? verecundis portant. Propter hoc itaque
etsi in rebus conditis jam creata existens Ecclesia, nee
sic tamen a creatura ulla inveniri poterat vel agnosci.
at. pileoiq.
5&t
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
J. I/inspira-
tion ou
infusion de
la grace.
uiere, dans le sein de la predestination et dans la
masse d'une malheureuse damnation.
5. Mais oelle que la sagesse predestinante aTait
cacbee de toute eternite, et que la puissance crca-
trice n'avait point produite au commencement du
monile, lagrace visilantel'arelevee dans son temps,
par l'operution quej'ai nominee inspiration, parce
pas dire qu'il l'ait trouvee, comme on dit qu'il
l'a convertie. Car, voila. comment les choses se
passeut : Le Seigneur ne trouve pas ; il previent,
or, le prevenir exelut de trouver. En elFct, que
trouverait celui qui n'a jamais rien ignore « Or,
le Seigneur, dit l'Apotre, connait ceux qui sont a
lui (II Tim. n. 19). » Et que dit-il lui-meme « Je
qu'il s'est fait une infusion de l'esprit de l'Epoux dans eonnaisceux quej'ai choisis des le commencement.))
les hommes, pour les preparer a l'Evangile de la
pais, c'est-a- dire pour preparer unevoie au Seigneur,
et a la connaissance de sa gloire, dans les cceurs
de tous ceux qui etaient predestines a la vie. Cesl
en vain que les sentinelles auraient travaille a la
predicatiou de l'Evangile, si cette grace nVut pre-
cede. Mais en voyant maintenant que la parole de
Dieu court avec vitesse, comme dit le Propbete,
que les peuples se convertissent aisement au Sei-
Evidemment, on ne pent pas dire, que celle que
Dieu a connue, cboisie, aimee et formee de toute
eternite, ait ete trouvee par lui; neanmoins, je di-
rai hardiment qu'il l'a preparee, aGn qu'on la trou- efprlpare'
vat. « Car, celui qui l'a vu, en a rendu temoi-
gnage, et nous savons que son temoignage est ve-
ritable {Joan. xix. 35). » « J'ai vu, dit Saint-Jean,
la sainte cite, la nouvelle Jerusalem, descendre du
ciel, Dieu l'avait preparee comme une Eponse
C'est a Dico
qu'il Taut
attriboer
noire
•onTersion.
gneur, que les tribus et les langues, comme parle oroee pourun epoux (Apoc. ixi. 2). » Etcet aputre
l'Ecriture, concourent dans I'unitede la foi, et que, etait une des sentinelles qui gardent la cite. Mais
des extrcnntes de la terre ils se rassemblent dans ecoutez celui-la meme, qui l'a preparee ainsi, il la
le sein d'une mime mere catholique, ils reconnais- nioutre du doigt, aux sentinelles, sije puis parler
sent les richesses de la grace, qui depuis tant de ainsi, quoique sous une autre figure : « Levez les
siecles etaient di-meurees cachees dans le secret de yeux, dit-il, et voyez les regions qui sont deja tou-
la predestination eternelle, et ils se rejouissent tes jaunes, c'est-a-dire, toutes preparjes pour la
d'avoir trouve celle que le Seigneur s'est cboisie moisson (Joan. iv. 35). » Voila comment le pere
pour Epouse avaut tousles temps. de famille invite les ouvriers a travailler quand il
t>. On voit par la, je crois, que ce n'est pas sans voit que toutes cboses sont ainsi preparees, afin
raison que l'Epouse temoigne quelle a ete trouvee ; que sans beaucoup de travail deleur part, ils puis-
mais en ce sens qu'ils l'ont assemblee, non pas sent se glorifier d'etre les coadjuteurs de Dieu. Car,
cboisie, qu'ils l'ont rencoutree non pas convertie. qu'ont-ils afaire ? Ils ont a cbercber l'Epouse, et.
Car, la conversion de cbacun des Udeles doit etre quand ils l'ont trouvee, a lui apprendre desnouvel-
attribuee a celui a qui lout le monde doit dire avec les de son bien-aime. Car, ils ne cberchent pas leur
le Psalmiste : « Couvertissez-nous, 6 Dieu, qui eles propre gloire, mais celle de l'Epouse, parcequ'ils
noire salut (P sal. lxxxiv. 5j. » Mais on ne peul sout ses amis. Et ils n'auront pas beaucoup a tra.
sail* in
maoifcsta
•daierat.
miro utroque modo interim latens , et intra gremium
beats praedcstinationis, et intra massam niiserae damna-
tionis.
5. Casterum quam celaverat ab aeterno prsedestinans
sapientia, el item * creans potenlia minime prodiderat ab
"pofentfa"5 initio; vi'silans profeclo gratia suo in tempore revelavil,
secundum operalionem, quam ideo inspirationem supra
nominavi , quod de Sponsi spiiitu tumanis infusum
spiritibus quippiam fueiit in praparatiunem Evangelii
pacis, id esl paraie viam Domino, atque Evangelio glo-
ria' ejus ad corda omnium, quotquot erant praedestinati
ad vitam. Frustra vigiles laborassent in praedicando, si
non hffic gratia pracessisset. Nunc vera videntes veloci-
tercurrerc vcrbum,etpopulus nationum ad Dominum in
omni facilitate convcrli, concurrere in unitatem tidei
tribus et linguas, atque in unam colligi matrem catho-
licam tenuinos terra;; cognoverunt de diviliis gratia?,
quae a saculis abscondilae Icnebantur in abdito praedes-
tinalionis sterna, et gavisi sunt earn se invenisse,
quam ante sacula Dominus elegerat in sponsam sibi.
6. Ex quo (ut opinor) clarum fit non otiusum esse,
guod se inventam ab hisSponsa testataest, sed propterea
quod se ab ipsis collectam agnoceret, non eltctam ;
oompertam, non conveream. Ei nempe adscribenda cu-
jusqu* conversio est, cui dicere necesse habent universi
illud de psalmo : Converte nos Deus salutaris nosier.
Sed non aeque illi fortassis invenlionis vocem compe-
tenler aptaiim, sicut conversionis. Imo vero sic est.
Non est invenire Domino, sed pra?venire, et inventio-
nem praventio excludit. Dcnique quid inveniat, qui
nihil unquam non novit ? Nouit Dominus qui sunt ejus,
ait quidam. Ipse vero quid ? Ego scio, ail, quos elege-
rim a principio. Plane quam ab aeterno prascivit, quam
elegit, quam dilexit, quam condidit ; ralionis non erat
ab eodem perhiberi inventam. Praparatam tamen ab
ipso ul iuvenirelur, fidenter dixerim. Nam qui vidil,
testimonium pcrhibuit : et scimus quia verum est testi-
monium ejus. Vidi, inquit, ciuitatem sanctum Jerusalem
novum descendentem de carlo, a Deo paraiam tanquam
sponsam ornalam vi,-o suo : isque e vigilibua unns, qui
custodiunt civil.item. Sed audi ipsum ejus pracparatorem,
veluti digito earn deraonstrantem vigilibus, sed sub tropo
allero. Levate oculot veslros, ail, ei videte regiones, quia
albx sunt jam, id est praparata, ad messem. Ex hoc
Paterfamilias operarios invilat ad opus, quando jam sen-
serit sic omnia praparata, ut absque mullo suo ipsorum
labore gloriari et dicere queant, quoniam coadjulores
Dei sumus. Quid enim facluri sunt? Nempe Sponsam
quaesituri, inventaque indicaturi de dilecto. Non enim
»uam querent, ted Sponsi gloriam, quoniam Sponsi
S0IXANTE-D1X-HUITIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
545
vailler pour cela, puisque 1'Epouse est deji pre-
sents , et qu'elle le cherche avec toute l'ardeur
imaginable, taut sa volonte est bien prepares par
le Seigneur.
7. Car, bien que ces senlinelles ne lui disent en-
core rien, elle les interroge au sujet de son bien-
l'Epouse du Seigneur a quelque chose de sembla-
ble a sa mere en ce point. Car, si elle ne s'elait
trouvee aussi remplie du Saint-Esprit, elle n'eiil pas
interroge si familerement ceux qui la cherchaient,
au sujet de celui dont il est l'Esprit. Elle n'attend
pas qu'il lui disent pourquoi ils etaient venus a.
Apres avoir
prepare l'ame
Dieu envoie
ses ouvners.
• at. add.
vigilibus.
aime, et elle previent ses predicateurs, prevenue elle, elle leur parle elle-meme, et de l'abondance
elle-meme par lui: « N'avez-vous point vu, leur ducoRur. « N'avez-vous point vu celui qu'aime mon
dit-elle, celui qu'aime mon ame {Cant. in. 3) ? » ame ? » Elle ne savait pas que les yeux quil'avaient
C'est done avec raison quelle dit qu'elle a ete vu etaient bienheureux, et, dans son admiration
trouvee par ceux qui gardent la ville, car elle sait pour ceux qui avaient eu ce bonlieur, elle disait :
qu'elle est deja connue et prevenue par le maitre N'etes-vous point de ceux qui ont recu la grace
meme de la ville, aussi les sentinelles la trouvent- de voir celui que tant de rois et de propheles ont
elles et ne la font-elles pas ce qu'elle est. Voila souhaite voir, et n'ont point vu ? N'est-ce pas vous
comment Corneille fut trouve par saint Pierre, et qui avezmerile de voir la sagesse dans la chair, la
saint Paul, par Ananie. Car, tous deux etaient pre- verite dans un corps, Dieu en l'homnie ? Plusieurs
venus et prepares par le Seigneur. Qu'y avait-il de disent, il est ici, il est la. Mais je pense qu'il est
plus prepare que Saul, qui avait deja crie d'une plus siir pour moi, de vous croi re, vous qui avez
voix et d'un esprit soumis : « Seigneur, que vou- bu et mange avec lui, depuis qu'il est ressuscite.
lez-vous que je fasse (Act. ix. 6). » Et Corneille ne
l'etait pas moins, puisque par les aumones et les
oraisons que le Seigneur lui inspirait de faire, il
merita de parvenir a la foi (Act. x. 5). Saint Phi-
lippe trouva aussi Nathanael. Mais le Seigneur l'a-
vait deja vu auparavant, lorsqu'il etait sous le fi-
guier (Joan. i. 44). Ce regard du Seigneur n'elait-
il pas une preparation? De meme, il est rapporte
que saint Andre trouva Simon son frere (Ibid. 41\
mais il avait aussi ete connu et prevenu par le Sei-
gneur, en sorte qu'il, fut appele Cephas (Ibid. 42),
e'est-a-dire ferine dans la foi.
8. Nous lisous de la Vierge, qu'elle fut trouvee
grosse par l'operation du Saint- Esprit. Je crois que
Je crois que cela suflitsurla demande que 1'Epouse
fait aux sentinelles, sinon nous suppleerons lereste,
dans un autre discours. Mais, toujours est-il evi-
dent qu'elle a ete prevenue par le Saint-Esprit, et
trouvee par ceux qui gardent la ville , puisque
c'est maintenant elle que Dieu a connue, predesli-
nee de toute eternite, et preparee pour etre dans
tous les siecles les delices immortelles de son Dls
bien-aime, germant comme un lis, et fleurissant
eternellement devant le Seigneur et le pere de mon '
Seigneur Jesus-Christ, l'Epoux de l'eglise qui,
etant Dieu, est eleve par dessus tout, et beni dans
les siecles des siecles. Ainsi soit-il.
amici sunt. Et pro hac non mtiltum apud illam
laborabunt : adest, jamque ilium tota devutione re-
qiiirit . in tantum praeparala est voluntas ejus a
Domino.
7. Dcnique necdum illis * quidquam loqucntibus in-
terrogat de dilccto, et prtKvcuit pnedicalores suos pra>-
venla ipsa, percunclans et dicens : Num quern diligit
anima mea vidislis? Bene proindeseinventam pcrhibuit
ab his qui cuslodiunt civitatem, qua? a Domino civitatis
prseungnitain jam se noverat et prcevenlam, quatenus
il li talcrn earn invenirent, non facerent. Sic a Pelro
Cornelius, et Paulus ab Anania inventi sunt. Nam ambo
pi'icvcnti a Domino erant et praeparati. Quid Saulo
paratius, qui supplici jam et menle et voce clamaverat :
Dnmine, quid me vis facerel Nee minus Cornelius, qui
eleemosynis et orationibus suis , Domino quidem eas
sibi inspirante, promeruit pervenire ad (idem, Invenit
quoque Philippus Nathanaelem : sed prius Domiuus
ilium, cum esset sub ficu, jam viderat, qua? Domini
visio, numquid non piaeparatio fuit? Et Andreas Simo-
nem fralrem suum niliilominus invenisse referlur, sed
praevisum eeque a Domino atque praescitum, ut vocare-
tur Cephas, quasi fortis in tide.
8. Legimus de Maria, quod inventa fuerit in utero
habens de Spiritu-Sancto. Existimo autem simile quid
habere in hac parte sponsam Domini matri ipsius. Nisi
T. IV.
enim et ipsa inventa esset. habens de Spiritu-Sancto,
nequaquam ab invenloribus suis tarn familiariter requi-
sisset de eo, cujus apiritua est ille. Non sinlinuit ut illi
efTarentur ad quid venissent : ipsa locuta est, et quidem
ex abundantia cordis. Nam quern diligit anima mea
vidistis? Sciebat quia beati oculi qui vidissent ; et admi-
rans cos qui vider.int, aiebat : Num vos estis, quibus
videre donatum est, quern tot reges et prophets volue-
runt videre, et non viderunt? Num vos estis qui me-
ruistis in carne aspic.ere Sapienliani, in corpore Verita-
tem, in homine Deum ? Multi dicunt : Ecce hie est, et
ecce illic . sed ego tutius mihi arbitror lidem accommo-
dare vobis, qui manducastis et bibislis cum eo, post-
quam resurrexit a inortuis. Et hue dictum- sit de eo,
quod Sponsa sciscitata est a vigilibus. Si quomiuus,
supplebitur sermone alio. Nunc aulem ex hoc vel
maxime liquet prtpventam fuisse a Spiritu-Sancto : ab
his vero qui custodiunt civitatem inventam compertam-
que, quod vere ipsa sit quam praescivit et pra-deslinavit
ante ssecnla Deus, praeparavilque dilccto Filio suo deli-
cias sempiternas in s«culis eeternis, ut sit sancta et
immaculala in conspectu ejus, germinans sicul lilium,
et florens in selernum ante Dominum Patrem Domini
mei Jesu-Cbristi, sponsi Ecclesiae, qui est super omnia
Deus benediclus in stecula. Amen.
35
546
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
SERMON LXXIX.
De quel amour fort et indissoluble I'dmc tient t£-
poux embrase. Retour de lEjwux, a In fin des
stecles, vers la Synagogue des Juifs, pour la sau-
ver.
1. « N'avez-vous point vu celui qu'aime mon
Forea et Ame {Cant. 111. 3)? » 0 amour violent, amour bru-
tUmania 1:jnt- allll,ur impt'-tueux, qui ne laisse point penser
de i'lmour. a autre clio^e qua loi, qui meprises tout le reste,
et es conlent de loi-menie! Tu confouds I'ordre,
tu netiens pas compte de l'usage. tu ignores toute
mesure, tu triomphes en loi-meme, de toules les
regies de ['opportunity de la ruison, de lapudeur,
de la prudence et dujugement, tu foulesaux pieds
tout cela. Toutes les pensees et les paroles de l'E-
pouse, sont pleines de loi, a l'exception de tout
le reste, tant lu t'es empare de sou coeur et de sa
langue. « N'avez-vous point vu celui qu'aime
mon ame? » Com me s'ils connaissaient ses pensees;
vous demandtz des nouvelles de celui qu'aime vo-
ire ame, mais quel est son nom. Qui etes-vous, et
qui est-il ? Si je fais cette remarque, e'est a cause
de cette facon singuliere de parler, et de cette ne-
gligence si remarquable de paioles, en quoi cette
partie de l'Ecnture parait bien difference des au-
tres. Aussi, dans cet epithalame, il ne faut point
considerer les paroles, n'.ais les affections et les
mouvements, parce que l'amour saint, qui en fait
tout le sujet, ne doit pas etre pese par les paroles
ou par la langue, mais par les ceuvres et par la
verile. L'amour y parle partout. Et, si qnelqu'nn
vent en acquerir quelque intelligence, il faut qu'il
aime. En vain, celui qui n'aime pas ccoutera ou
brace cantique d'auiour, lesdiscours enflammes
ne peuvenl etre compiis par une ame froide. Car,
comme la langue grecque ou latine ne pent etre
entenduede ceux qui nesavent ni le grec ni le la-
tin, ainsi en est-il de ce langage d'amour;
il est elrange et barbare a ceux qui n'aiment pas,
el ne trappe leurs oreilles que de sons vains et ste-
riles, comme celui de 1'airain et des cymbales.
Mais parce ijue ces sentinelles ont appris du Siint-
Espnt a aimer, elles entendent le langage du
Sainl-Espril, et piuventrepondre surle champ aux
paroles d'amour qui leur sont dites. et y repondre
en la nioine langue, e'est-a-dire par des sentiments
d'amour et par des devoirs de piete.
2. Car ils 1'instruiseut si bien en peu de temps
de ce quelle cberclie, quelle dit : « A peine les
eus-je un peu depasses, que j'ai trouve celui
qu'aime mon ame (Cunt. in. U). » Un peu, dit-elle,
parce qu'ils lui ont donne une parole abregee, en
lui donnant le symbole de la foi et ce qui suit dans
lesmemes termes. 11 fallaitque l'Epouse passat par
eux, afin de connailre la verile, mais il fallait aussi
quelle les depassat. Car si elle ne les avait point
depasses, elle n'aurait point trouve celui qu'elle
cherchait. Et ne doutez point qu'eux-memes ne
le lui aient eonseille. Carils ne s'annoneaient pas
eux-memes, mais annoneaient le Seigneur Jesus,
qui, sans doule, est au dessus d'eux et au dela.
C'est pourquoi il dit : « I'asseza moi, vous tons qui
desirez me posseder {Eccles. xxiv. 20). » Et il ne
SERMO LXXIX.
De amore tenaci et indissolubili, quo anima tenet Spon-
sion : item de reditu Sponsi in fine scecu/i adSynugo-
gum Judueorum saloandam.
1. Num quern di/igit anima mea vidistis? 0 amor
praceps, vehemens, Ihgrans, impeluose, qui prster le
aliud cogitare non sinis, f:isti.;is cetera, conlemnis
omnia pr*ler fe, le contemns. Confundis ordinos,
dissimulas usum, modum ignoras ; lotum quod opporlu-
nitalis, quod ralionis, quod pudoris, quod conoilii judi-
ciive esse videlur, Iriumphas in temetipso, et redi^is in
caplivita em. En omne quod cogitat isla, et quod loqui-
tur, te sonat, le redolel, et aliud nihil : ita tibi ipsius
et cor vindicasli, et lmguam. Ail : Num quern arfigit
ammn mea vidistis? Quasi *ero hi sciant quid cogitet
ipsa. Quern diligit anima lua, de ij.so sciscitaris ? Efnon
habet nomen? QuaBnam vero tu, et illc quis? Et hiec
ita dixerim propter singularitate n eloquii, et insignem
verborum incuriam, qua prasens scripturaca-leris dissi-
milis satis apparel. Unde in epithalamio hoc non verba
pensanda sunt, sed alTcrtus. Cur ita, nisi quod amor
sanctus, quem totius hujus voluminis unam constat esse
matcriam, non verbo sit ajstimandus, aut lingua, sed
opere et veritate? Amor nhique loquitur : et si quis
hurum quie leguntur, cupit adipisci nolitiam , amet.
Alioquin frustra ad audiendum legendumve amoris
carmen, qui non amal, accedit : quoniam omnino non
potest capere ignilum eloquium frigidum pectus. Qno-
modo er.im graece loqnentem non intelligil qui graecum
non novit, ncc latine loqnentem, qui lalinus non est, et
ita de ceteris : sic lingua amoris ei qui non amal, bar-
bara erit, eritque sicut aes sonans, aut cymbalum lin-
niens. Isti vero (vigiles loquor) quoniam de S| irilu et
ipsi acceperunl ut anient, sciunt quid loquitur spiritus,
et amoris vocihtis oplime compertis sibi, in prouiptu
hahent respondere in simili lingua, id esl studiis amoris
pietalisque officiis.
2. Denique ila in brevi edoclam emittunt de eo quod
qnaerit, ut dicat : Pnululum cum pertransistem eos
inveni quem ddigit anima mea. Bene paululum, quia
verbum abbreviatum lecerunt ei, symbolum fidei tra-
dentes. Et quod sequitur, tale esl." Oportebat quidera
Sponsam transire per eos, per qtios cognoscer et verila-
tem : sed lamen et pertransire. Nisi enim perlransisset
et ipsos, non invenissct quem quajrebal. Atque hoc
ipsum suasam * ab illis non ambigas. Non enim praedi-
cabant semetipsos , sed Dominum suum Jesum , qui
absque dubio et supra ipsos esl, et ultra. Unde et ait :
Transite ad me omnes qui concupiscitis me. Nee suffi-
Ita mst.
SOIXANTE-DIX-NEUVlEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
547
lui sufQsait pas de passer, mais on lui enseigne .a tion et par l'ascension. Car Jesus-Christ est les pre- Notre foi ,uit
passer outre, parce que celui qu'elle eherchait etait inices de. l'unet del'autre : s'U a precede, notre lot a
aussi alle plus loin. Car, non-seulement, il etait precede aussi. Car oil nele suivrait-elle point? S'll
passe de la mort a la vie, mais il etait passe jus- monte au ciel, elle y est ; s'il descend dan? les en-
qu'a la gloire. 11 fallait done qu'elle passat outre, fers, elle y est encore. Quaud i] prendrail des ailes
Autrement, elle n'aurait pu atteindre celui dont des le matin, et s'envolerait a l'eitremite de la mer,
elle n'eutp'as suivi les traces, partout ou il etait voire main, dit-elle a Dieu, m'y conduirait, et vous
liA m'y tiendriez de votredroite. YesL-ce pasentin selon
L, Mine la 3.' Et pour expliqtier ceci plus clairement : si celte foi que le Pere de l'Epoux souverainement
re.arrection raon Seigneur Jesus etait ressuscite., mais ne fut puissant et souverain ment bon nous ressuscitera
l'Mcenifon. point monte au ciel, on ne pourrait pas dire de lui et nous fera asseoir a sa droite dans les cieux ?
qu'il a passe outre, mais seulement qu'il a passe, Voila pour expliquer ce quel'Eglise dit: « Je les ai
et pourtant il ne serait pas necessaire que l'Epouse depasses, » parce qu'elle s'est passee elle-meme en
qui le cherche depassat ceux qui l'ont trouve, il lui demeurant par la t'oi oil elle n'est pas encore arri-
eut sufQ de passer devant eux. Mais comme, en vee. EnefTet, je crois qu'il est clair maintenant,
montant au ciel, il a passe au-dela de la resur- pourquoi elle a mienx aime dire qu'elle a passe
rection, e'est avec raison que l'Epouse dit qu'elle outre, que de dire qu'elle a passe simplement. Pas-
a passe 'outre, attendu que, par la foi et par son sons done aussi a ce qui suit,
zele, elle l'a suivi jusque dans les cieux. Ainsi done, U- « Je le tiens, et je ne le laisserai point aller,
croire la resurrection, c'esl passer, croire l'ascension,
e'est passer outre. Et peut-elre connaissait-elle la
premiere et ne connaissait-elle pas la seconde,
comme je me souviens d'avoir dit dans un dis-
cours que j'ai fait a l'une de ces fetes. C'est pour-
quoi etant instruite par eux dece qui lui manquait,
et ayant appris que celui qui etait ressuscite etait
aussi monte aux cieux, elle y est monlee egalement,
e'est-a-dire, elle a passe plus loin, et l'a trouve. Et
comment ne. l'aurait-elle point trouve, en s'elevant
en esprit jusqu'au lieu oil ilest en corps? cd.es ayant
un pen passes. » C'est avec rnison qu'elle parle de
le Christ
partout.
jusqn'a ce que je l'aie faitentrer dans la maison de
ma mere, et dins la chambre decelle qui m'a en-
fantee {Cant, m, &). » Depuis ce temps la le peu-
ple iidele n'a point manque, la foi n'a point failli
stir la terre, ni la charite dans l'Eglise. Le> fleuves
se sont debordes, les vents ont souflle et Font bat-
tue avec violence, et elle n'est point toinbee, parce
qu'elle etait fondee sur la pierre ; et cette pierre
c'est Jesus-Christ. Voila pourquoi ni le verbiage des
pbilosophes, nilessublilites captieuses des hereti--
ques, ni lep':e des persecuteurs n'ont pu et ne
pout't'ont jamais la separer de l'amour qu'elle a
plusieurs, car notre Clief a passe et precede en deux pour Dieu en Jesus-Christ, tant elle tient fortement
choses ta'nt ses apotres que tons ses autres mem- celui qu'aime son ime, tant elle trouve qu'il lui est
bres qui sont sur la terre, a savoir par la resurrec- avantageux d'etre altachee a Dieu.» C'est uu grand
al. tid».
ciebat transire, sed et pertransire docetur. Siqnidem
perir<insiernt is quem vestigabat. Non modo cnim de
morte ad vilam transient, sed pertransierat ad gloriam.
Quidni eliaai banc oportuit pariter pertransire? Alioquin
non poterat apprehendere, quern non per eadem vestigia
sequereturqiiocumque ierat.
3. Et ut quod dico clarius sit, si Dominus metis Jesus
surrexisset quidetn a mortuis, sed ad coelos minime as-
cendisset, non poterat dici de eo,quod pertransierit.sed
tantutn transierit : ac per hocSponsam ilium quaerentem
transire solummodo opo"teret, non pertransire. Nunc
vero quoniam jam restirgendo transicrat, et arijecerat
pertransire, utique ascendendo ; merito se etiam istanon
transisse, sed pertransisse perhibuit, qua: bunc quidem
Hde et devotione ad coelos usque sccuta est. Igitur cre-
dere rcsurrectionem tnnsire est, credere etiam ascen-
sionem pertransire. Et forlasse (quod una dierum dixisse
me memini cum tractarem) noverat ilbim, istam non
noverat. Ergo quod sibi deerat instruct,! ab illis, quia
scilicet qui resurrexerat, etiam ascendisset; ascendit et
ipsa pariter, hoc est pertransiit, et invenit. Quidni inve-
nerit pertingens mente *, ubi ille corpore est? Puutulum
cum pertransissem eos. Et bene eos. Nam tam ipsos,
quam caelera membra sua, et qua? sunt super terram,
caput nostrum punctis praecessit duobus, atque trans-
cendit, resurrectione (ut jam diximus) et asconsione.
Etenim pritnitiae Christus. Quod si ille praecessit; et
(ides nostra. Ubi enim ilia eum non sequerel.ur? Si
as'-enderit in ecelum, ipsa illic est; si descenderil in
infernum, adest : et si sumpserit pennas suas diluculo,
et habitaverit in extremis maris; illuc, ait, manus tua
deducet me, et tenebit me dextera tua. Nonne denique
secundum hanc omnipotens et sumnie bonus Pater
Sponsi consuscitavit, et consedere nos fecit in dextera
sua '? Atque pro eoquod dixit Ecclesia, quia pertraniivi
eos : quoniam et semet pertransiit, fide stans, quo nec-
dum re ipsa pervenit. Arbitror et illud planum, cur se
pertransisse potius, quam trnnsisse dicere maluit. Et nos
transeamus ad ea qua: sequunlur.
4. Tenui eum, nee dimittam, donee inirodueam ilium
in domum matris mece, et in cubiculum genitricis mece.
Ita est, extunc et deinccps non deficit genus clirislia-
num, nee fides de terra, nee charitas de Ecclesia. Ve-
nerunt flumina, flaverunt venti, et impegerunt in earn,
et non cecidit, eo quod fundata esset supra pelram.
Petraautem est Christus. Itaque nee verbositate philo-
sophorum; nee cavillalionibus bereticorum, nee gladiis
persecutorum potuit ista, aut pnterit aliquando separari
a charitate Dei, quae est in Christo Jesu : adeo forliler
tenet quern diligit auima sua, adeo il li adhsrere Deo
at. add. in
Cutlestibus'
5A8
OELVRES DE SAINT BERNARD.
bien, ditlsaie, d'y etre attache avec de la glu (Tsa sa misencorde. « Je letiens, ef nele laisserai point
xl, 7). » Qu'y a-t-il de plus ferme que ceUe glu aller, jusqu'a ce que je l'aie fait enlrer dans la mai-
que les caux ne peuvent dissoudre, que les vents son de ma mere, et dans la chambre de celle qui
ne peuvent arracher, que le fer ae peut couperT
Car les eaux les plus abondantes ne sauraient
eteindre la charite. « Je le tiens, et ne Le laisserai
point aller (Cant, m, A). » Un saint patriarche dit
aussi : « Jenev ous laisserai point aller, si votis ne
me donnez votre benediction (Gen. xxxu, 26). » Elle
m'a enfantee. » Cortes, la charite de 1'Eglise est
bien grande, puisqu'elle n'envie pas ses delices a
sa rivale mdme, qui est la Synagogue. Quel plus
grand exces de bonle que d'el re prete a faire part
asonennemie deceluiqu'aimeson time. Neanmoins
on ne doil pas s'en etnnner, puisque le salut vient
Chnrite do
1'K^lise pour
l.'i Synagogue
ne veut pas non plus le laisser aller, meme quand des Jail's (Joan, iv, 12). Que le Sauveur retourne
il lui donnerait sa benediction. Le patriarche le d'ou il esl parti, alin de sauver les restes d'lsrael.
laisse aller apres avoir recn sa benediction, mais Que les branches ne soient pas ingrates envers
n'en est pas de meme de celle-ci. Je ue veux point, lour tronc, ni les enfants envers leur mere. Que les
dit-elle, de rotre benediction, je vous voux vous- branches n'envient pas a la racine la seve quel les
meme. Car sans vous que peut-il y avoir d'aimable
pour moi sur la terre ou dans le ciel (Psal. lxxix,
25)? Je ne vous laisserai point aller, quand meme
vous me dounerioz votre benediction.
5. « Je le tiens et ne le laisserai point aller. »
out tiree d'olle, ni les enfants a leur mere le lait
qu'ils out sure de ses mamelles. Que 1'Eglise done
tienne fei moment le salutque laJudeea perdu, jus-
qu'a ce quo la plenitude des nations outre dans le
ciel, el qu'ainsi tout Israel soit sauve. Elle veut bien
Peut-etre ne desire-t-il pas moins qu'elle d'etre quelle participe au salut coaimun, parce que tous
tenu par elle. car il dit : « Mos delices, e'est d'etre y peuvent avoir part, sans que cela fasse tort a cha-
avec les enfants des homines (Prou. vui, 31'. » Aussi cun en particulior. Elle fait plus, elle lui souhaite
est-ce la promesse qu'il leur fait dans l'Evangile : le nom et la beaute d'Epouse.
a Je serai toujours avec vous jusqu'a la consomma- 6. Cette charite -erait. sans doute incroyable, sice
tiou des siecles (Malt, xxvui, 20j. » Qu'y a-t-il de qu'elle dit n'en faisait foi. Car, si vous y avez pris
plus fort que cette liaison, qui est scellee par la vo- garde, elle dit qu'elle veut faire enti'or eelui qu'elle
lonte, et par ledesirreciproquode tous les deux ? «Je tient, non-seulomont dans la maison de sa mere,
le tiens » dit-elle. Mais il la tient aussi, puisqu'elle mais encore danssa chambre, ce qui est la marque
lui dit ailleurs : « Vous m'avez tenue par la main d'uue prerogative singuliere. II suffisait pour son
droite [Psal. lxxii, 24). » Celle que l'on tient et qui salut qu'il entr.it dans la maison. mais qu'il enlre
tient peut-elle tomber ? Elle le tient par la fermete dans le secret de la chambre, est un signe de la
de sa foi, elle le tient par la ferveur de son zele. grace. « Aujourdhui, dit le Sauveur, le salut est
Mais elle ne le tiondrait pas lougtemps, s'il ne la arrive a cette maison (Luc. xix, 9). » Comment le
tenait aussi. Et il la tient par sa puissance et par Sauveur, entraut dans une maison, ceux quil'hab-
bonum est. Glutino bonum est, ait Isaias. Quid hoc
tenacins glutino, quod nee aquis eluitur, nee ventis dis-
solvilur, nee scinditar gladiis? Denique aqme mall*
non poterunt exstinguere charitatem. Tenui eum, nee
dimittam. Et sanctus Patriarcha : Non te, inquit, dimil-
tam, nisi benedixeris mihi. Ita ista non mil eum dimit-
terc, ct forle magis quam patriarcha id non vult quia
nee pro benedictione quidem, siquidem illebenedictione
accepta dimisit eum, base autem nun sic. Nolo, inquit,
benedictiuiiem tuam, sod te. Quid enim mihi est in cash,
el a te quid volui super terrain. Non dimittam te, nee
si benedixeris mihi.
a. Tenui eum, nee dimittam. Nee minus forsitan ille
teneri vult, cum perhibeat dicens : Deticiie rnece esse
cum filiis hominum, quodque pollicens ait : Ecce ego
vubiscum sum omnibus diebus uique ad dbnsummationem
sceculi. Quid hac copula fortius, quas una duorum tain
vehementi voluntate (irmata est? Team eum, inquit. Sed
nihdominus ipsa vicissiin tenetur ub eo quern tenet cui
alibi dicit : Tenuisli manum dexterum meum Qua; tene-
tur, et teaet, quomodo jam cadere potest? Tenet lidei
firmitate, tenet devotionis aflectu. At nequaquam din
tenerel, si non teeeretur. Tenetur autem potentia et
misericordia Domini. Tenui eum, nee dimil'am, donee
iatroducam ilium in domum matris mece, et in cubicu-
turn genilrieis meat. Magna Eoelesias charitas, quae ne-
a-muls quidem Synagogae suas delicias invidet. Qt-id
benignius, quam, ut quem diligit anima sua, ipsum
communicareparata sit et iniinicfe? Nee mirum tamen,
quia salus ea Judceis est. Ad locum unde exicrat, rever-
tatur Salvator, ut reliquiae Israel salvas tiant. Non rami
radici, non matri (ilii ingrali sint. Non rami radici invi-
deant quod ox ea sumpsere : non lilii m;ilri, quod de
ejus suxerc uberibus. Teneat itaque Ecclesia lirmiler
salutem, quam Judaa perdidit, ipsa approbendit, donee
plenitudo gentium introeat, et sic omnia Israel salvos
flat. \'clit in commune communem venire salutem, quas
sic all omnibus oapitur, ut nil singulis minuatur. Utique
hoc facil, et plus. Quid plus? Q iod ct nomen Sponsae
illi optat, et graliam. Prorsus super salutem hoc.
6. Incredibilis charitas, si non senno quern locuta est
ipsa, fecisset lldem. Dixit enim (si advert.sti) velle se
introducere quern tenebat, non modo in domum matris,
sed et in cubicu. urn quoque, quod est prerogative indi-
cium. Suffiuiebat ad salutem, si domum intraret : at
sccrctum cubiculi signal gratiam. Itodie, ait, liuic domui
solus facta est. Quidni sit domeslicis salus, Salvatore
ingresso domum? Sed qua? in cubiculum meretur reci-
pere, seorsum habet secreium suum sibi. Salus domui
fit : thalamo delicias reconduntur. In domum matris
QUATRE-VINGT1EME SERMON SUR
tent ne seraient-ils pas sauves? Mais celle qui me-
rite tie le recevoir dins sa chambre a pour elle son
secret a part. Le salut est pour la maison, niais les
delieessoDt reservees pour la chambre. « Je le ferai,
dit-elle, enlrer dans la maison de ma mere. » De
quelle maison parle-t-elle, si non de celle dont le
Seigneur avait dit aux Juifs: « Voire maison sera
deserte et abandoning (Luc. xm, 35;? » 11 a fait ce
qu'il avait dit, selon qu'il le temoigne dans la pro-
phetie : « J'ai laisse ma maison, j'ai abandoime mon
heritage [Jerem. xn, 7). » Et maintenant l'Epoux
>ar amour promet de l'y ramener, et de rendre a la maison
PEUousen Je sa mere "le falut q"'e,le a perdu- S' cela vous
Christ 'est semble peu de chose, eeo:itez ce quelle ajoute :
rep'oaLT R Et dans la chambre de celle qui m'a eufantee. »
Sy..aso:jue q^j ^ entre jan3 ]a ch;irobre nuptiule, est l'e-
poux : que la puissance de l'amour est grande ! Le
Sauveur etait sorti de sa maison et de sou heritage
avec indignation et colere ; et maintenant, adouci
par les caresses de son epouse, il se laisse tellement
fleehir, qu'il retourne, non-seulemeut comine Sau-
veur, mats comme epoux. Soyez benie du Sauveur,
6 sainte fille, qui apaisez sou indignation, et reta-
blissez son heritage. Que voire mere vous benisse,
puisque c'est par vous que la colere de son Seigneur
est calmee, que le salut retourne vers elle, qu'il revient
a elle. et luidil: « Jesuis votre salut [Psal. xxxiv,
3). »Cela ne suflii pas encore : 11 ajoute : «Je vous
epouserai par la foi, je vous epouserai par un effet
de justice et de misericorde tout ensemble {Osee.
u, 19j. » Mais souvenez-vous que celle qui concilie
cette amitie a sa mere, c'est l'Epouse. Comment
done cede-t-elle son epoux, et un tel epoux, a sari-
vale, pour ne pas dire quelle est la premiere a le
lui souhaiter '? 11 u'en vapas ainsi. Cette bonne fille
LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 5i9
le souhaite bien a sa mere, mais ce n'est pas pour
leluiceder, c'est pourle partager avec elle. Un seul
est suflisant pour deux, si ce n'est qn'elles ne se-
ront plus deux, mais line en lui. Car il est notre
paix qui de deux n'en fait qu'une, atin qu'il n'y
ait qu'une epouse, et qu'un epoux Jesus-Christ
Notre-Seigneur, qui etant Dieu, et eleve par dessns
tout est beni dans les siecles des sieclee. Ainsi
soit-il.
SERMON LXXX.
Ce sermon
a ete prfeb*
Dispute subtile sur V image ou le Verbc de Dieu, et apres le
„. ..„•.>,■• , /-• • r» COnc le term
sur [dme qui est faite a I image de Lieu. Lrreur 4 Reinls en
l'annee 11*8,
dans lequel
de Gilbert, eve'que de Poitiers.
1. J'apprends que quelques-uns de vous trou-
vent a redire de ce qu'ayant pris plaisir durant
quelques jours a nous arreter a la profondeur
elonnante des mysteres qu'enferment les paroles
de l'Epouse, nos discours sont peu ou moins assai-
sonnes du sel des reflexions morales. II est vrai
que c'est contre notre ordinaire. Neanmoins per-
metlez-moi de faire un retour sur les choses que
nous avons expliquees, car je ne puis passer outre
avant de les y avoir toutes reprises. Dites-moi, je
vous en prie, l'endroit oil j'ai commence a vous
priver de cette satisfaction, pour que je le recom-
mence de nouveau. Car c'est a moi a reparer ces
fantes, ou plutot au Seigneur dont nous presumons
tout. Je pense que c'est a cts paroles : « J'ai cher-
che Jans mon petit lit durant toutes les nuits celui
qu'aime mon arae {Cant, ill, 1). » Depuis cet en-
droit, tout mon soin a ete de developper les alle-
groies, et de produire au jour les secretes et sain-
tes delices de Jesus-Christ et de l'Eglise. Retour-
Gilbert avait
ete condamne
niece introducam earn, inquit. In quam domum, nisi de
qua olim praenunliarat Judaiis : Ecce relinquetur vobis
domus vestra deserta? Fecit quod dixit, sicut habes et
de hoc testimonium ejus in Propheta : Reliqui, ait, do-
mum meam, dimisi hcereditaiem meam; et nunc ista
pollicetur reducere ilium, et domui matris suae perditam
salutem restituere. Et si hoc parutn videtur, audi quid
boni adjiciat : Etin cubicn/um genitricis mem. Qui in-
greditur thalamum, Sponsus est. Magna amoris potential
Salvator indignabundus exierat de domo ct baredilate
sua : et nunc ad hujus gratiam mitigatus inllectitiir ila,
ut redeat non modo Salvator, sed et Sponsus. Bcnedicta
tu a Domino (ilia, quae et indignationem compescis, et
hasreditatem restiluis. Benedicta lu matri tua>, oujua
beneticio avertitur ira, revertitur salus. revertitur qui
dicat illi : S'dus tua ego sum. Non suflicit hoc : addat
et dicat : Desponsabo te mihi in fid'-, desponsabo te
mihi in judicio eijustitia, desponsabo te mihi in miseri-
cordin et miserationibas. Sed memento, quia quae has
conciliat amicitias, Sponsa est. Quomodo e;go Sponsum,
el hunc Sponsum alien cedit, ne dicam cupit? Non est
ita. Cupit quidem ilium mairi lilia bona, non lamen ut
cedat illi, sed ut communicet. Suflicit unus duabus,
nisi quod jam non erunt duae, sed una in ipso. Ipse est
enim pax nostra, qui facit utramqne unam, ut sit un3
Sponsi, et sponsus unus Jesus-Cbristus Dominus nos-
ter, qui est super omnia Deus benedictus in ssecula.
Amen.
SERMO LXXX.
D? imagine su-e Verbo Dei, et anima qua; ad ima-
ginem est, subtiiis disputatio : et de en-ore Gitteberti
Pictavensis episcopi.
1. Quidim vestrum (ut comperi) minus aequo animo
ferunt, quod eece jam per aliquot dies, dum stupori et
admirationi sacramentorum inhaerere dclectat, sermo
quern ministramus, aut nullo fuerit, aut exiguo admo-
dum moralium sale conditus. Id quidem prosier solitum.
Sed num quae dicta sunt, reviscre licet ? Non procedo
nisi prius revolvam omnia. Eia, dicite, si recordamini,
a quonam Scripturae loco cceperit defraudatio haec, ut
rursum inde adoriar. Meum est resaicire damna, imo
Domini, de quo totum priesumimus. Quo itaque repe-
tendum principio ? An inde, In lectulo meo quiesivi per
nodes quern diligit anima mea ? Ni fallor, inde. Abhinc
tanlum et deinceps cura una fuit mihi, harum allegoria-
rum densa discussa caligine, ponere in lucem Chiisti et
Ecclesias secretas delicias. Igitur redeamus ad indaganda
moralia. Nee enim mihi poterit esse pigrum, quod vo-
550
Parent*
OD p'uttH
similitude
de 1'inie et
du Vcrbc.
OELVRES DE SAINT BERNARD.
nons done au sens moral. Car je ne puis trouver sans aucune convenance avec la chose dont elle est
penible ce qui peut vous elre avantageux. 11 sera l'image, car il est dlt de celui qui est l'image :
d'ailleurs facile de vous satisfaire, en appliquant « qu'ayant une meme essence avec Dieu , il
au Verbe et a 1'ame ce que nous avonsditde Jesus- n'a pas cru faire un larcin de se rendre egal a
Christ et de 1 Eglise. lui (Plrilip. ii, C . >> Voiis voyez par la que sa rec-
i!. Mais mi dira peut-fitre : Pourquoi joignez- titude est marquee dans I'essence qu'il partage
ces deux c hoses? que) rapport y a-t-il entre avec Dieu, et sa majesle dans l'egalite qu'il a avec
l'ame et le Verbe '? II y en a un grand a tons les lui ; afin que la rectitude etant comparee a la rec-
points de vue. Premierement, il y a une si grande titude, et la grandeur a la grandeur, on connaisse reproduit s
aflinite entre leur nature, que l'un est l'image de que l'image, et ce qui est fait a l'image, out sa 'fa,nD^ruer1
Dieu, et 1'autre est laile a son image. D'ailleurs, queluue rapport en l'une de ces deux choses, et is reciitud
. ,,. , de 1 image.
comme aussi 1 image se rapporte en ces deux ma-
nures a celui dont elle est l'image. Car e'est de lui
image quele saint toi Davidadit : oNotre Seigneur est
la ressemblance qui est entre eux est encore une
preuvi aflinite. Car l'ame n'est pas seu-
lement faite a son image, mais a sa ressemblance?
Me demandez-vous en qnoi elle lui est semblable? infiniment grand, etsa puissancen'a point de bornes
Ecoutez premierement comme quoi elle est faite a {Psal. cxi.u, 5). Et : le Seigneur notre Dieu est
son image. Le Verbe est vuitc, sagesse, et justice, droit, et il n'y a point d'injustice en lui (Psal. cxli,
Voila l'image. De qui est-il l'image ? De la justice, 16). » C'est de ce Dieu si grand et si droit que son
de la sagesse, et de la verile. Car cette image est image tire sa rectitude et sa grandeur, et c'est de
justice de justice, sagesse de sagesse, verite de cette image que Fame qui est faite sur elle, tire
vente, dc meme que lumiere de lumiere, et Dieu aussi toule la sienne.
de Dieu. L'ame n'est rien de tout cela, parce qu'elle 3. Mais quoi, l'image n'a-t-elle done rien de
n'est point image, elle en est neanmoins capable, plus que l'ame qui est faite sur elle? Car nous
et elle les desire, et c'est peut-eMre pourcela qu'elle donnons a l'une el a l'aulre la grandeur et la rec-
est faite a l'image du Verbe. C'est une creature titude. Certes il y a bien de la difference. Celle-
elevee, puisqu'elle est capable de cette majeste, et ci a recu ses qualites avec mesure, et celle-la les
le desir qu'elle a de la recevoir est une marque de recoit avec egalite. N'y a-t-il que cela? Ecoutez
sa rectitude. Nous lisons que Dieu a fait l'homme encore une autre difference. Celle-ci n'a recu l'une
droit. Et quant a sa grandeur, sa capacite, comme et 1'autre que par creation ou par misericorde, et
nous avons dit, en est une preuve suffisante. Car celle-la les a recites par generation. 11 n'y a point
il faut que ce qui est a l'image d'une chose soit de doute que cette derniere facon de recevoir ne
couforme a cette image, et n'ait pas part en vain soit beaucoup plus niagnilique. Mais ce qu'il y a
au nom de l'image, de meme que l'image elle- de plus excellent que cela encore, c'est que l'un
meme n'est pas appelee ainsi seulenient de nom, et ne recoit ces deux qualites que par la liberalile de
bis commodum fueiit. Atque hoc ita congrue fiet, si
qua dicla sunt in Christo et in Ecclesia, Verbo aaimae-
que eadem nibiluminus assignemus.
2 Sed dicit milii aliquis : Quid tu duo ista conjungis ?
Quid enim anitna? et Verbo '? Multum per omnem mo-
dura. Priino quidem quod naturaram tanta coguatio est,
ut hoc imago, ilia ad imaginem sit. Deinde quod co-
gnalionem similitudo testetur. Nempc non ad imaginem
tantum, sed ad shnilitudinem facia est. In quo similis
sit quaeris ? Audi de imagime prius. Verbum est Veri-
tas, est sapienlia, est justitia : et base imago. Cujus ?
Juslitiae, sapienliae, et veritatis. Est enim imago h;ec
justitia de justitia, snpientia de sapientia, Veritas de ve-
ritate, quasi de lumine lumen, de Deo Deus. Harum
rerum nihil est anima, quoniam non est imago. Est ta-
men earumdem capax, appetensque : et inde fortassis ad
imaginem. Celsa creatura, in capacitate quidem majesta-
tis, in appetentia autem rectitudinis insigne praeferens.
Leginius quia Ueus hoaiinem rectum fucit, quod et
magnum capaci as ui dictum est) probat. Oportel nam-
que id quod ad imaginem est, cum imagine convenire,
et n m in vacuum participare nomen imaginis, quemad-
moduin nee imago ipsa so'o vel vacuo nomine vocitatur
imago. Ilahes vero de co qui imago est, quia cum in
forma Dei essel, non rapinam arbitratus est esse se
rvquilem Deo. Ubi tibi utique ejus et in forma Dei in-
nuitur rectitudo, et in aequalitate majestas : ut duni
rectitudini rectitudo, et magnitudo magnitudini compa-
ratur, consonauter sibi altrinsecus respondere appareat
quod ad imaginem est, et imaginem : sicut imago quo-
que niliilominus in utroque respondet ilii cujus imago
est. Nempe ipse est, de quo sanctum David audistis in
psalmis canentem, nunc quidem -.Magnus Dominus nos-
ter, el magna virtus ejus : nunc vero, Rectus Dominus
D^us nosier, et non est iniquitas in eo. Ab isto recto et
magno Deo habet imago ejus, ut et ipsa recta, et ma-
gna sit : habet aninia quae ad imaginem est.
3. Sed dico : Nihilne ergo amplius habet imago ab
anima quae ad imaginem est, quia et huic magnum rec-
tumque assignamus ? Et plurimum. Hebc ad mensuram
accepit, ilia ad aequalitatem. An non plus hoc? adverte
et aliud. Huic utrumque aut creatio, aut dignatio con-
tulit ; ilii generatio. Atque id magnilicentius esse non
dtibium est. Sed ne hoc quidem eminentius esse quis
abnuat, quod cum a Deo huic, ilii et de Deo utrumque
sit, id est de Dei substantia. Est enim consubslantialis
Deo imago sua, ct onine quod eidem sua? imagini im-
pertiri videtur, ambobus est substantial, non accidentale.
Adhuc unum attende, in quo imago non parum eminet.
Magnum ct rectum (ista duo natura a sese discrepare
QUATRE-VINGTIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
551
Dieu, au lieu que 1'autre les tire de la substance de
Dieu ruerae. Carl'image de Dieu lui est consubstan-
tielle, et tout ce qu'il semble communiquer a son
image est substauliel a tons de.'ix, non accidentel.
Voici encore line autre chose en quoi l'image sur-
]iasse inQuinient celle qui a ele formee sur elle.
Qui ne sail que la grandeur et la rectitude sotit
capable du saint, puisque, comme je l'ai dit, c'est
par la eapacile de l'ame qu'on juge de sa gran-
deur. Or, comment pourrait-elle esperer ce dont
elle ne serait point capable?
4. C'est done par la grandeur qu'elle relient
encore, apres avoir perdu sa rectitude, que l'hom-
me passe dans l'image de Dieu, ne se soulenant encii'n,errant
L'ame a
penlu ca
rpoiituii'lout
deux cboses distinctes de leur nature? Cependaut q\ie sur un pied, comme on pourrait dire, et elant fa Rraildour'
elles ne sont qu'une meme chose dans l'image.
Bien plus, elles ne sont qu'une meme chose avec
l'image. Car non-seulement c'est une meme chose
pour l'image d'etre droite etdetre grande, mais
sa rectitude et sa grandeur ne sont point dilTeren-
Comment tes de son etre. 11 n'eu est pas ainsi de lame. Car
droiture la grandeur et la rectitude son! differentes defame
etderie'4me"ie na^mej et s0,lt meme dillerenles entre elles. Car,
si, comme je l'ai dit, lame est grande parce qu'elle
est capable des choses eternelles, et droite, parce
qu'elle les desire, celle qui ne cherche et ne goiite
point les cboses d'en haut, mais les choses de la
terre, n'est pas entierement droite, elle est cour-
bee, ce qui ne fait pas qu'elle nedemeure toujours
grande, puisqu'elle demeure toujours capable de
l'elernite. Car bien qu'elle ne la receive jamais,
elle ne laissera pas pour cela d'etre toujours capa-
ble de la recevoir, alio que cetle parole de l'Ecri-
ture soit verifiee : « L'homme passe dans l'image
(Psal. xxxvm, 7). » Neanrnoins, ce n'est qu'en par-
tie, afin que l'eminence qu'a le Verbe sur elle
ressorte davantage, parce qu'il possede toujours
ces deux qualites tout entieres. En eHet, comment
le Verbe perdrait-il sa grandeur ou sa rectitude,
puisqu'il est lui-meme sa rectitude et sa grandeur?
devenue un enfant etranger. Car je crois que c'est
de ceux qui sont ainsi qu'il est dit : « Des enfants
etrangers ont menli contre moi, ils se sont endur-
cis dans leurs crimes, et ont cloche dans leurs
voies (Psal. xvn, 46). » C'est avec raison qu'il les
appelle des enfants etrangers. Car ils sont enfants
a cause de la grandeur qu'ils ont retenue, et
etrangers a cause de la rectitude qu'ils out perdue.
Et il n'est pas dit qu'ils ont cloche, mais qu'ils
sont tombes, ou quel. pie autre chose semblable,
s'ils se fussent depouilles entierement de l'image
a laquelle l'homme a ete fait. Mais maintenant
l'homme passe dans l'image, selon la grandeur;
mais selon la rectitude il cloche, il est trouble, et
il dechoit de cette image, selon ce que dit l'Ecri-
ture : « L'homme passe dans l'image, mais c'est en
vain qu'il se trouble. C'est en vain qu'il amasse
des tresors, puisqu'il ne sait pas pour qui il les
amasse (Psal. xxxvin, 7). » Et pourquoi ne le
sait-il pas, sinon parce que, se penchant sur les
choses basses et terrestres, il n'amasse que de la
terre. Ceries il ignore absolument pour qui il
amasse les choses qu'il conlie a la terre, si ce n'est
point pour les vers qui les rongent ou pour les
voleurs qui les enlevent en percant la muraille,ou
Ou bien l'hoinrae la possede en partie, de peur pour les ennemis qui les pillent, ou pour le feu
que s'il en etait entierement prive, il ne lui restat qui les devore. Aussi est-ce au noni de cet homme
plus d'esperance de son salut. Car si son ame malheureux qui se courbe et rampe contre la terre
cessait d'etre grande, eile cesserait aussi d'etre qu'il est dit dans le psaunie: « Je suis tout courbd
quis nesciat '?)in imagine unum sunt. Ne.pie hoc solum :
unum sunt et cum imagine. Imagini enim non modo id
rectum est esse, quod magnum esse sed etiatn id ma-
gnum rectumque esse, quod esse. Animae non ita. Et
magnitudo ejus, et rectitude ipsius diversae ab ea, di-
vers* ab invicem sunt. Si enim (ut supra docui) eo
anima magna est, quo capax eeternorum; eo recta, quo
appetens supernorum : quae non queen! nee sapit quae
sursum sunt, sed quae super terram, non plane est recta
sed curva, cum tamen pro hujusmodi magna esse non
desinat, manens utique etiam sic aeternilatis capax. Ne-
que enim illius aliquando non capax erit , eliamsi
nunquam capiens merit, ut si quomodo Scriptum est,
Verumlumen in imagine pertransit homo : ex parte ta-
men, ut eminentia Verbi appaieat de ipsa integrilate.
Quo enim a magno rectove Verbum cadat, quod sic ea
utique habet, ut sit quae habet ? Vel ideo ex parte, ne
si toto privaretur, non supcresset spes salutis. Nam si
desinat magna esse : et enpax. Quippe de capacitate
(ut dixi) aestimatui' animae magnitudo. Quid vero sperare
posset, cujus capax non foret?
4. Ilaque per magnitudinem, quam retentat etiam
perdita rectitudine, in imagine pertransit homo,uno quasi
claudicans pede, et factus lilius alienus. De talibusenim
reor dictum ; Fdii alieni mentiti sunt mini, filii alieni
inveterati sunt, et ctaudicaverunt a semitis suis. Pulchre
appellali sunt fihi uUeni, nam filii propter retenlam ma-
gnitudinem, alieni propter amissam rectitudinem. Nee
dixisset, ctaudicaverunt, sed corruerunt, aut quippiatn
simile, si ex toto liomines * imagintm exuissent. Nunc
vero secundum magnitudinem quidem in imagine per-
transit homo: quantum vero ad rectitudinem, veluti clau-
dicans, conturbalur et deturbatur ab imagine, Scriptura
ita dicente : Verumtamen in imagine pertransit homo ;
sed et frustra conturbalur. Frustra omnino, nam sequi-
tur : Thesaurhat, et ignomi cui congregabd ea. Cur
ignorat, nisi quia inclinans se ad haec inlima et terrena,
thesaurizat si bi terram ? Prorsus ignorat de his quae ter-
ras commiltit, cui congregabit ea, tineaene demolienti,
an furi effodienti ; bosti diripieuli, an igni devoranli?
Et inde miscro homiiu incurvanti se, et incubanti bis
quae in terra sunt, flebilis vox ilia de psalmo : miser foc-
al, tiominii.
552
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
et tout abattu, etje marche toujours avec an vi-
sage triste et deligure [Psal. xxxvn, 7). » Car il
eprouve en lui la verite de cette parole du sage :
o Dii-u ;. fait I'homme droit et juste, mais il s'est
engage lui-meme dans line intiuitede maux [Eccles.
est differente de sa grandeur, puisqu'elle ne peut
pas se I'approprier a elle seule? Si done l'une n'esl
pas dans toute ame, el l'autre ne se rencontre pas
dans lame seule, il est raanifeste que l'unc et
l'autre different d'elle. De plus, ce .lont elle est la
_,, on . ,., •, , l~ """" • •iiueiem u eiie. lie p us, ce i out el e est Is
*n,30j .EtdaentanduaiWtM cette parole de forme n'est pas une forme nulle Or a irandenr
moquerie : . Courbez-vous, aQn que nous passions de I'an st la forme de rj Et i 1 ne I , tm
"It^ :°US ':'■ ' '• 23 *™ que ,e a'esl pas ,a ta,e STS
5. Maiscommenl en sommes-nous venus la? e'est inseparable d'elle. Car tou.es Is dinte£Tw£
envoulant montrerquela grandeur el la rectitude, tantielles sont de la sorte, non-seuleS Us
q mm.,,1 es deux fcens que nous avons assign* a qiu son, lellenient propres a une elio'e q ell " n
limagedeD.eu.ne sout pomt une meme chose, peuvent eonven.r a une autre, ni; us encore ^
dans l'ame ni avec I'anie, comme nous avons fait
voir qu'il est de foi que ce sont une meme chose
dans le Verbe et avec le Vei be. Quant a la rectitude,
il est visible, par ce que nous avons dit, quelle est
differente de l'ame el de la grandeur de lame,
emrfSe'et Puis,I,"'> lorsqu'elle ne snbsiste plus.l'amedemeure
la grandeur toujours, et conserve nieuie sa grandeur. Mais
ques-unes qui sunt communes a plusieurs natures.
L ame n'est done point sa grandeur, non plus que
le corbeau n'est sa noirceur. ni la neige sa blan-
cheur, ui I'homme sa faculte de rire ou de raison-
ner ; quoiqu'on ne trouve jamais ni corbeau sans
noirceur, ni neige sans blancheur, ni homme qui
ne puisse rire ou raisonner. C'est ainsi que Tame
comment montrerons-nous que la grandeur de et l^ranZrX , T v ^ •- "*" *" ' ^
nm,„.(„lno , ... ' b 7 eur M et ld giaiiileui -del ame, bien qu inseparables, sont
1 ame est ante , hose que 1 ame meme. Nous ne le neanmoins differentes Tune de l'autre Et comment
Pouvons pas aire de la meme facon que nous avons ne le seraient-elles pom., piusqu" 1 un eT da,i
montre la ditlerence de la reel imle dHlV>n,„,i'o i :„. ... .. ,. . ' .' uu4ue ' une esi aans
niontre la difference de la rectitude de 1'ame d'avec
l'ame, puisqu'elle ne peut etre privee de sa gran-
deur, comme elle peut l'elre de sa rectitude. Ce-
pendant il est certain que lame n'est pas sa gran-
deur, car bien que l'ame ne se trouve point sepa-
ree de sa grandeur, neanmoins la grandeur se
trouve hors de 1 ame. Demandez-vous oil ? Dans les
anges. Car les anges sont grands de meme que
l'ame, e'est-a-dire par la capacile qu'ils out .our
lesujet,et que l'autre est lesujet et la substance
meme ? La seule nature souveraine et increee, qui
est la Triuile adorable, s'appropne cette pure et
Singuliere simphcite d'essence, en sorte qu'il n'y a
pas en lui une chose et une autre, ici et la, ni
tantot et tantot, Car demeurant en elie-meme, elle
est tout ce qu'elle a, et tout ce quelle est, elle l'est.
toujours, etd'uue meme maniere. Tout ce qui est se-
pare ou different dans les autres etres, est reuni
I)iea eo* suu-
verainement
sintpU', un
et imoiuable.
,.,, ... _. * r ^ ' ""* >wlii wc im umtR'iii ua s Jes au res etres est r^imi
1 ternite 1 est constant que Fame est differente et rendu semblable en elle, de sorte qu'enenefe
de sa rectitude, puisqu'elle en peut etre privee ; nombre ne cause point la durable ni a divt",t
pourquoi ne serait-il pas certain de meme qu'elle 1'alleration. Elle coniient t us le eu e n'eS
tus sum, el curvatus sum usque in finem, lota die con-
tristolus ingn-diebur. In semetipso siquideiu experitur
verftalem illius senfenliae Sapieniis : Deus rectum im-
minent fecit, ipse autem se implicuii doloribus multis.
Et continuo vox ludibrii ad cum : Iticurvare nt transe-
amus.
5. Sed unde venimus hue ? Nempe inde, cum docpre
vellemus, rectum magnumque (quo gemino bono diffi-
nieramus imaginem) nee in arima esse unum, nee cum
anm1,1' '1 lc a i» Verbo et cum Yerbo ea unum
esse lideli a-quc asserlione docuimus. Et de rectiludine
quidem ex his qua; dicta sunt, liquet quod diversa et ab
anima sit, et ah animae magnitudine : quandoquideai ea
etiam nun exsistente, et anima manet, et magna. Verum
magaitudinis anima?que diversilas unde docebitur ? Xon
enim inde potest, mule reclitudinis animajque monirata
est, cum non sicut rectiludine, ita el magnitudine sua
pm-an annua possit. Non esl lamen Mia magnitado ani-
ma. Nam el si anima nun invenitur absque magnitudine
sua, ip-a lamen el extra animan reperitur. Qusris ubi ?
In angelis. Inde quippe magni sum angeli, unde ani-
mae magnitudo eomprobatur, excaptu videlicet asternita-
lis. Quod si eo constiut animam disoreparea recUtudine
sua, rjuod ea carare possit :quidm *que liqueat esse di-
versam et a sua magnitudine, quam sibi propriam rindi-
pare non possit ? Cum itaque nee ilia in omni, nee ista
in sola sit anima, paid utiamqne indifferenter riifferre
ab ea. Item, nulla forma esl id, cujus est forma. Est
autem magnitudo forma anima?. Nee enim ideo non for-
ma, quia inseparabilis est illi. Hoesiquidem sunt subs-
lanlialcs differentia! omnes, hoc non modo pioprie pro-
pria, sed et propria qu.edam, hoc etiam alia- innumera-
biles formaj. Non igitursuamagniludoanima.non inagis
quam sua mgredo curvus, quam suus candor ni\, quam
sua risibilitas eeu raUonalitas homo : cum lumen nee
corvum sine nigredine, nee sine candore nisem nee
hominem, qui non et risibilis sit et rationalis, un'quam
repenas. Ita et anima, et anima? magnitudo, elsi inse-
parables, diversa; lamen ab invieemsunl. Quomodo non
diversas, cum ha-c in subjecto, ilia subjectum el subs-
tantia sit ? Sola sunima et increala nalura, qua> est Tii-
nilas Deus, hanc sibi vindioat meram singularemque sna
essentia; simplioitatem, ut non aliud ct aliud, non alibi
quoque et alibi, sed ne modo quidem, et modo invenia-
tur in ea. Nempe in scmct manens, quod habct est et
quod est, semper et uno modo c.-t. In ea et multa
in unum, et diversa in idem rediguntur, ul nee
de numerositate rcrum sumat pluralitatem. nee. alter-
QUARTE-VINGTIEME SERMON SUR
contenue dans un aucun lieu, elle place chaque
chose en son lieu. Les temps -assent au dessous
d'elle, mais non pas pour elle. He n'altend point
l'avenir, die ne se souvient poi it du passe, elle ne
sent point le present.
6. Eloignons-nous, mes cliers freres, eloignons-
nous de ces novateurs que je n'uppelerai pas dia-
lecticiens, niais heretiques, qui, dans leur impiete
extreme, soutiennent que la grandeur par laquelle
Dieu est grand, que la bonte, la sagesse, la justice,
et la divinite par laquelle il est bon, sage, juste el
Dieu, n'est pas Dieu meme. 11 est Dieu, disent-ils,
par la divinite, mais la divin le n'est pas Dieu.
Sn Dieu, ni Peut-etre ne daigne-t-elld pas elre Dieu, paree
,on essence, qU'eue est si grande quelle fait Dieu, oil elle n'est
jttribuis ne rien du tout. Yous dites qu'elle n'est pas Dieu,
aedilu!°CU wis ne pretendrez pas non plus, je crois, qu'elle
ne soit rien, puisque vous avouez qu'elle est si
necessaire a Dieu, que non-seulrment Dieu ne pent
pas etre sans elle, mais qu'il est par elle. Si c'est
quelque autre chose que Dieu, ce quelque chose
sera moindre que lui, ou plus grand, ou egal a lui.
Mais comment serait-ce moindre, puisque c'est par
cela qu'il est Dieu? 11 reste doi.c que ce soit plus
grand que lui, ou egal a lui. Si c'est plus grand
que lui, c'esl ce quelque chose la qui est le souve-
rain bien, non pas Dieu. Si ce lui est egal, il y aura
deuxsouveraitsbiens. Or, Tun et l'autresontegale-
ments contrtires a la foi cathol que. Nous sommes
dans le memo sentiment toucha.it la grandeur, la
bonte, la jusliceet la sagesse de Dieu, quetouchant
sa divinite, et nous tenons que ces attribute ne sont
qu'une meme chose en Dieu et avec Dieu. Car il
ne tire point sa bonte d'autre part que sa gran-
deur, ni sa justice ou sa sagesse d'ailleurs que sa
LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 553
grandeur ou sa bonte, ni toutes ces choses ensemble
que d'ou il lire sa divinite, c'esl-a dire de lui-
meme.
7. Mais un heretique me dira : Qnoi? Nieriez-
vous qu'il soit Die u par la divinite? Non. Mais je
soutiens que la divinite par laquelle il est Dieu,
est Dieu meme, de peur que je ne sois oblige de
consentir qu'il y a quelque chose de plus excellent
que Dieu. Je dis qu'il est grand par la grandeur,
mais qu'il est lui-meme cette grandeur, car je ne
veux rien reconnaitre de plus grand que Dieu. Je
confesse qu'il est bon par la bonte, et que cette
bonte n'est autre chose que lui-meme, de peur
qu'il ne semhle que j'etablisse quelque chose de
meilleur que lui, et ainsi du reste. C'est a\ec plai-
sir, avec roiiliance, et avec une assurance entiere
de marcher dans le chemin de la verite, que j'em-
brasse le sentiment de celui qui a dit : « Ce Dieu
n'est grand que par la grandeur qui est ce qu'il
est lui-meme, parce que autreinent cette grandeur
serait plus grande que Dieu (s. Augus. lv, de
Tren. Cap. x) . » Et celui qui a prononce cette sen-
tence, c'est saint Augustin, le tres-fortmarteau qui
a brise les heretiques. Si done ou peut attribuer
en propre a Dieu quelques-unes des qualites que
nous voyons dans les homines, il est plus a propos
et plus regulier de dire, que Dieu est sa grandeur,
sa bonte, sa justice, et sa sagesse, que de dire :
Dieu est grand, bon, juste ou sage.
8. Aussi est-ce avec raison que, dans le concile
que le pape Eugene vient de celebrer a Reims, lui
et les autres eveques trouverent mauvaise et sus-
pecle cette explication que Gilbert, eveque de Poi-
tiers, donnait dans son livre a ces paroles de Boece,
qui sont tres-vraies et tres-eatholiques : « Le Pere
ationem de varielate sentiat. Loca omnia continet,
el quajque suis ordinat locis, nusquam contents locorum.
Temporasub ca transeunt, non ei. Futura non exspectat,
praeterita non recogitat, praesentia non e.vperitur.
6. Recedant a nobis, charissimi, reced.int novelli, non
dialectici, sed hajrelici, qui magnitudinem, qua magnus
est Deus; et item bonitalem, qua bonus; sed et sapien-
tiam, qua sapiens; et juslitiam, qua Justus; postremo
divinitatem, qua Deus est, Deum non esse impiissime
disputant. Divinitale,inquiunt, Deus est, sed dhinitasnon
est Deus. Forsitan non dignatur Deus esse, quae tantaest
ut faciat Deum. Sed si Deus non est, quid est ? Aut
enim Deus est, aut aliquid quod i.on est Deus, aut nihil.
Equidem non das Deum esse, s=ed ne nihilum quidem
(utopinor) dabis, quam usque adeo necessariam Deo esse
fateris, ut non modo absque e;; Deus esse non possit, sed
ca sil. Quod si aliquid est, quod non est Deus : aut
minor erit Deo, aut major, aut par. At quomodo minor,
qua Deus est ? Restat ut aut majorem fatearis, aut parem.
Sed si major, ipsa est summum bonurn, non Deus ; si
par, duo sunt summa bona, nun unum quod utrumquc
catholicus refugit sensus. .lam de magnitudine, bonilate,
justitia, sapientiaque, idem per omnia, quod de divini-
tate, sentimus : unum in Deo sunt, et cum Deo. Nee
enim aliunde bonus, quam unde magnus j nee aliunde
Justus aut sapiens, quam unde mngnus et bonus; nee
aliunde deniqoe simul ha?e omnia est, quam unde Deus,
et hoc quoque nonnisi se ipso
1. Sed dicit haerelicus : Quid? Deum divinitate ' esse"
negas? Non, sed eamdem divinitatem, qua est, Deum
nihilominus assero, ne Deo excellcnlhis aliquid esse
assentiar. Nam et magniludine dico magnum, sed qua?
ipse est, ne majus aliquid Deoponam: et bonilate fateorbo-
num, sed non alia, quam ipse est, ne melius ipso aliquid
mihi videar invenisse : et de caeteris in hunc modum.
Securus et libens pergo inoffenso (ut aiunt) pede in ejus
sentenliam qui dicebat : o Deus nonnisi ea magniludine
niagnus est, quae est quod ipse. » Alioquin ilia erit ma-
jor magnitudo, quam Deus, Auguslinus hie est, validis-
simus malleus haereticorum. Si quit itaque de Deo pro-
prie dici possit, rectius congtuenliusque dicetnr, Deus
est magnitudo, bonilas, justitia, sapientia, quam : Deus
est magnus, bonus, Justus aut sapiens.
8. Unde non immerito nuper in Concilio, quod papa
Eugenius Remis celebravit, tam ipsi.quam cajteris epi-
copis perversa visa est et omnino Biiapecta expositlo ilia
in libro Gilleberti episcopi Pictavensis, quo super verba
Boetii de Trinitate. sanissima quidem alquc catholica,
• al. diTiai-
latera.
*al.add. non.
554
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
est vente;. cest-a^ire, ajoutait cet eveque j il est il a condamne de sa propre bouche, tant ce que
vra, Et «, du Fds et du Saint-Esprit. . Et ces nous avons rapports, Routes les cboses quit- P— "
trws ensemble ne sont pas trow ventes, mais une rent trouvees dignes de blame. Nous les disons
6euevenle;» cest-a-Jire, ajoutait-il encore, un pour ceux qui, dit-on, lisent et transcrivent ce «•"»*
seul ,ra». 0 explication obscure et perverse ! Com- livre, coatre la defense du pape, qui ful publiee JXZ*
bien ,.lus saiutem, at et ,,105 venlablemeut aur.it- au me.ne lieu, ets-opiniatrent obstinement a suivre Coito^e
.1 d.t au coi.tra.re 1, Pere est vr,i, c'esl-a-dire de un eveque dans ses senUments dont il sVst depart!
la vente. el de meme du F.ls et du Samt-Ksprit ; lui-meuie, aimant mieux 1 avoir pour maitre de
et ces tro.s sont un sent vrai, c'est-i-dire une seule leur erreur. que de leur correction. Et nous ne la-
verile. Ce qu il aurait fad, s'il daignait imiter saint vons pas fait seulement pour enx, mais encore pour
Fulgence qui du >Une seule rente dun seul Dieu, vons, a loccasion de la ditrerence de rin.age de
ou plutot une se.de rente, qui est un seul Dieu, ne D.eu et de Fame qui a ete faite a cet iu.u-e et
souffre pas d, rendre a la creature le serv.ce et le j'ai cru quil etait necessaire de [aire cette dlgres-
culte quin est du quau creator (s. Fulg de fide sion, ad que si peut-etre quelques una avaieut bu
orth adDonat. cap. v).» Cetaita ce grand bomme ceseaux derobees, quisemblent plus douces que les
de defendre la ver.te. puisqu'il en parlait si veri- aulres, .Is les von.issent en prenant cet antidote
tablen.ent, puisqu'il avail des sentiments si pieux et ayant ainsi purilie lestomac de leur ame si
et s. ortbo.loxes de la vraie et pure siinpUcile de je puis ainsi parler, ils ecoulent ce qui nous res'te a
la substance divine, dans laquelle il ne pent rien y dire, suivant notre prouiesse, de la resseniblance
avoir qu. ne so.t elle-menie, et elle-meine est de lime avec le Verbe. et puiseut des eaux plus
D.eu. Lehvre de Gilbert contenaitd'autres passages pures. .ion pas a uos fontaines, mais a celles du
qu.selo.gna.ei,tdelapuretedelafoi,j-enrappor- Sauveur, lEpoux de l'Eglise, Jesus-Christ qui
tern encore un exempte. Boece avail d.t: Lorsquon etant Dieu, et eleve par dessus tout, est beni dans
d.t. Dieu, Dieu, Dieu, cela regarde la substance ; tous les s.ecles des siecles. Ainsi soit-il.
notre commentateur avail ajoute, non la substance
qu'il est, mais par laquelle il est. Mais a Dieu ne SERMON L\\\I
plaise que l'Eglise catholiquetuinbe jamais d'accord ' ' '
de cette proposition, qu'il y ait une substance ou Conveyance el similitude du Verbe, sous le rapport
quelque autre cbose que ce soil par laquelle Dieu de lulenUte de son essence, de limortalile de sa
soil et qui ne soil pas Dieu. vie et de h lii)erU de sm ^^
Gilbert 9. Mais ce u'est pas contre lui que nous disons
'S!™' ces choses, puisque dans ce meme concile, acquies- 1. (.'est avec raison que Ion a demande dans le
...urou cant bumblemenl a Opinion des aulres eveques, discours precedent qu'elle afUmteil y a enlrelame
commentahatur hoc modo. « Pater est Veritas, id est ve-
rus : Filius est Veritas, id est verus : Spiiilus-Sanctus
est Veritas, id est verus. Et hi res simul non Ires veri-
tates, sed una Veritas, id est unus verus. » O obscuram
pprversamque explanationem! Quam verins saniusque
per contrarium ita dixisset : Pater est verus, id est Ve-
ritas ; Filius est verus, id est Veritas : Spiritus-Sanctus
est verus, id est Veritas. Quod quidem fecisset, si sanc-
tum dignaretur Fulgentium imilari,qui ait : u Una quip-
pe Veritas unius Dei, iuio una Veritas unus Ileus non
palitur se.-vilium atque culturam creaturia cieaiuneque
conjungi. » Bonus corrector, qui veracissime de verilate
loqueretur, qui pie catholiceque sentiret de vera et u.e-
ra divina; simplicitate substantia;, in qua nihil essepossit,
quod ipsa non sit, et ipsa Deus. Quanquam manifestius
in nunnullis locis aliis a rectiludine lidei liber ille pra;-
fati episcopi visus est discrepare, quorum (verbi causa)
adhuc unum pono. Nam dicenlc auctore : u Cum dice-
tur, Deus, Deus, Deus, pertinet ad substanliam : noster
commentator intulit : Non qua; est, sed qua est » Quod
absit, ut assentiat catholica Ecclesia, esse videlicet sub-
stantial^ vel aliquam omnino rem, qua Deus sit, etquaj
non sit Deus.
9. Sed h#c minimejam contra ipsum loquimur, quippe
qui in eodem convenlu senlentias episcoporum humi-
liter acquiescens, tarn ha3C, quam caelera digna repre-
hensione inventa proprio ore damnavit ; sed propter eos
qui adhuc librum ilium, contra apostolicum utique pro-
mulgatum ibidem interdictum, truns-scribere etlectitare
ferunlur, contentiosius persislentes sequi episcopum in
quo ipse non stetit, et erroris quam correclionis magia-
trum habere malentes. Non solum autem, sed et prop-
ter vos, occasione accepta de differentia imaginis et ani-
ma?, qu.e ad imaginem facta est, opera; pretium credidi
excursum hunc facere : ut si qui forte ex aquis furlivis
quas dulciores videntur, aliquando aliquid biberint •'
sumplo antidoto evomant illud, et puryato mentis slo-
macho, ad id, quod secundum promissionem nostram
dicendum de similitudine superest, accedenles, puriora
jam in gaud.o non de nostris hauriant, sed de fontibus
Salvatoris, sponsi Ecclesi® Jesu-Christi Domini nostri
qui est super omnia Deus benedictus insscula. Amen. '
SERMO LXXXI.
De convementia et similitudine anima; cum Verbo secun-
dum idenfilatem essentia;, tt vita; immmorta/itatem
et arbitrii libertutem. '
1. Qnaesitum est ante de affinilate anima; ad Verbum,
atque id quidem necessarie. Qua; enim conventio tanta:
majeslati et tanta; paupertati, ut more et amore sponso-
QUATRE-VUNGT-UNlEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES
S55
et rapport
•Dtre I flmeet
le Verne.
et le Verbe. En effet, y en a-t-il entre une si grande
majeste et une si grande n.i-ere, pour pouvoir
dire qu'une grandeur si sublime et une bassesse
si profonde, s'enibrassent comrue deux epoux, qui
s'aiment uuiqueuient, et entre qui il y aurait quel-
que egalileY Si ce que nous dxons est vrai, nous
avons sujet de nous rejouir avec couliance, niais
s'il est faux, c'esl a nous, une audace bien punis-
sable de parler ainsi. C'est pourquoi ila fallu cher-
cher la couvenance qu'il y a entre eux, et nousl'a-
vons deja remarquee eu bonne parlie, mais non
pas en tout point. Car, qui <.-t assez stupide pour
ne pas voir combien il y a de rapport enlre l'i-
mage et ce qui est fait sur celteimage?Si vousvous
en souvenez, nous avous fait voir dans le sermon
d'hier, que le Verbe est 1'image de Dieu, et que
Time est faite a cette image, et nous avons prouve
l'affinite qu'elle a avec lui, m.a-seulemerit parce
quelle est faite a son image, niais parce qu'elle est
faite a sa ressemblance. Mais nous n'avons pas en-
core explique en detail en quoi cette ressem
la ressemblance entre elle et son image, non pas de
l'egalile. C'est un degre qui est proche, mais pour-
tant c'est un degre. Car, il y a une difference d'ex-
cellence et de grandeur entre etre el vivre simple-
nient, et etre et vivre heureux. Si done le Verbe pos-
sede l'un, a cause de sa sublimite, et l'ame I'au-
tre, a cause de sa ressemblance, sans prejudice
pour 1'emineiice du Verbe, l'affinite des deux na-
tures et la prerogative de l'ame soiit visibles. Et,
atin d'expliquer ceci plus chirement : il n'y a que
Dieu seul en qui ce soil la meme chose d'etre et
et d'etre bienbeureux, et c'est la premiere et la
plus pure simplicity. La seconde qui lui est sembla-
ble, c'est d'etre et de vivre, et c'est ce quiestpropre a
l'ame. De ce degre, quoique inferieur, on peut
nionter non-seulement a la bonne vie, mais a la
vie bienheureuse, non qu'alors ce soit la meme
cbose en celui qui y est parvenu, d'etre et d'etre
bienbeureux ; car, bien qu'il se glorifie de sa res-
semblance, la diswarile qu'il y a entre lui et son
image lui donne toujours sujet de dire, et de le
core explique en aeiau eu i,uui «uc i„™..— D- — - — . -
blance consisle principalement. Tachons doncmain- dire au plus profond de soncce.ir: « Seignem, qu.est
. __„,ui„i,i., 4 ..mm? « r» ileore ne lame neaninoilis
tenant de le faire, atin que lame, ayant une con
naissance plus parfaite de son origine, ait plus de
honte aussi, d'en degenerer par le deregleinent de
sa conduite; ou plutot, atin qu'elle s'eludie a refor-
mer par ses soins ce qu'elle reconnaitra dans sa
nature de corrompu par le peelie; et que, avec l'as-
sistance de Dieu, se comportant dune facon digne
de lui, elle puisse s'approcher avec confiance, des
embrassements du Verbe.
2. Qu'elle reconnaisse done que de cette ressem-
blance divine, elle tire une simplicile naturelle de
substance, en sorte que ce lui est une meme chose
d'etre et de vivre, quoique d'une vie, qui n'est pas
toujours bonne et bienheureuse, alin qu'il y ait de
semblable a vous? » Ce degre de l'ame neanmoins
est excellent, puisque c'est par lui seul qu'on peut
alteindre a la vie bienheureuse.
3. Car il y a deux sortes de choses qui ont vie.
Les unes ont du sentiment, et les antres n'en ont
point. Les choses sensibles sont preferables a celles
qui sont insensibles : mais il faut preferer aux unes
et aux autresles etres qui vivent et sentent eu meme
temps. La vie et ce qui vit ne sont pas dans un
meme degre d'excellence, beaucoup moins done la
vie, et ce qui n'a point de vie. La vie est verita-
blement l'ame qui vit, mais elle ne vit que par elle-me-
me; c'est pourquoi, a proprement parler, elle n'est pas
tant vivante, qu'elle n'est la vie meme. De la vienl
rum, velutiex aequo, sese complecti ret'erantur sublimi-
tas ilia, et ilia humilitas ? Nam si vere iddicimus, valde
beta fiducia est : si falso, valde punienda audacia, prop-
terea ergo de convenientia horum quaeiendum fuit.-qua?
quidem jam multa inventa est, sed Donomnis. Quisenim
vcl nimishebes non videat, quam see vicino respieiant
imago, et quod ad imaginem est? Quorum utique unum
uni, et alterum alteri sermo (si recolitis) assignavit hes-
ternus. Nee de imagine tantum, sed etiam de similitu-
dine demonstrata ibidem propinquilas est : nisi quod
ipsa similitudo, in quo vel in quibus potissimum cons-
tei, necdum a nobis est declaratum. Age jam intenda-
mu's declaralioni huic, ut quo anima plenius suam agno-
scct originem, eo amplius erubescal vitam habere dege-
nerem : imo vero quod peccato vitiatum deprehende-
rit in natura, studeat neformare industria : ut digno suo
genere, Dei quidem munere, sese regens, ad amplexus
Verbi fldenter accedat.
2. Advertat igitur ex hac divine ingenuitate similitu-
dinis inesse sibi illam suaj substanTia- naliiralem simpli-
citatem, qua boc est illi esse quod were, etsi non
quod bene, quodve beate vivere : ut sit similitudo non
eequalitas. Gradus propinquus : gradus tamen. Neque
enim unius excellentia; parisve fastigii sunt, hoc habere
esse quod vivere, et item habere hoc esse quod beate
vivere. Ergo si Verbi est illud propter sublimitatem,
hoc anima? propter similitudinem, salva quidem eminentia
Verbi ; palam est aflinitas natuiarum.palam animaj pr*-
rogativ'a. Et ut quod dicitur planius fiat, soli Deo id
est esse, quod beatum esse : atque boc primum et
purissimum simplex. Secundum autem simile est huic,
id videlicet habere esse quod vivere : atque hoc anims
est. Ex hoc, et si inferiori gradu, ascendi potest, non
modo ad bene, sed etiam ad beale vivendum : non quia
vel tunc sit hoc esse, quod beatum esse illi qui eo per-
venei-it : quatenus ita gloiictur pro similitudine, ut ta-
men pro disparitate habeat semper, unde omnia ossa
ejus dicant : Domine, quis similis tibi ? Bonus tamen
anima? gradus , ex quo, et solo , ad beatam ascenditur
vitam.
3. Sunt namque viventia, et horum genera duo, quae
senliunt, et qua? non sensiunt. Porro insensibilil'.o sen-
sibilia pra?feruntur, atque utrisque vita, qua vivitur et
sentitur. Non stabunt pariter in gradu uno vita et vivens:
556
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
qu'etant dans le corps, elle lm donne la vie, niais
le corps, par la presence de la vie. lie devient pas
«UD'e!t7,PsS v'e' mais v'va,lt- D'0L1 a l,aruU clairement que ce
nno mfme n'est pas une meme chose pour le corps qui vit,
•t^e rit'te. d,Ml'e et de vivre. Puisqil'il prut ellVel He vivre pas!
Les choses qui sont privets de vie, s'elevenl encore
bieu moins a ce degre. 11 ne s'ensuit pas meme que
toutce qu'on appelle vie, on qui Test en effet, y
puisse aussitot atteindre. 11 y a la vie des lutes et
la vie des arbres : l'une est pourvue de sentiment,
el l'autre en est privee. Cependant, dans !es uns
Di dans les autivs, ce n'est point une meme chose
d'etre et de vivre, puisque, ainsi que plusieurs le
croient, leur vie a etc dans leselements, longtemps
avint quelle ait ete dans leurs branches, ou dans
leurs membres. lit, selon ce sentiment, loreque leur
vie cessedelesaniuier, ilscessent de vivre niaisnon
pis d'etre. Elle se dissout, comme n'etant pas lire
seulemeut, mais entrelaeee avec eux. Car elle
n'est pas une matiere simple, niais composee.
CVst pourquoi elle n'est pas reduite au neant, mais
elle se separe en plusieui'3 parties, et chacune re-
tourne a son priucipe, aiusi, l'air retourne a l'air,
le feu au feu, et le restr ue meme. Ce n'est done
pas la meme chose a cede vie d'etre et de vivre,
puisqu'elle subsiste, quoique la forme ne subsisle
pas.
Quels «res fi. Or, ce en quoi l'etre n'est point inseparable
iDcipablee de de '» vie, n'arrivera jamais a la vie heureuse, at-
eatitude. tenju qu-il n-a pas mime J)U ar,.iTer au degr^ in_
ferieur a celui-la. La seule ame de l'homuie y
peut atteindre, parce quelle a ete creee vie par la
vie, simple par celui qui est infiniment simple,
immortelle par l'immortel, en sorte quelle n'est
pns eloigned du supreme degre, ou l'ttre est la
meme chose que la vie heureuse, dans lequel se
Irouve seul celui qui est parfaitemenl heureux, et
inliniment puissant, le roi des mis, et le Domina-
teur des dominateurs du monde. Encore done
qu'il ne soit pas de l'essence de l'ame d'etre bien-
beureuse, elle le peut elre neanmoins, et s'approche
ainsi, autant qu'il sepeut, dusouverain degre, mais
neanmoins n'y arrive pas. Car, comme nous avons Le .econd
deja dit, quand meme elle sera bienheurense si raPPnr' c'«i
<..■• ... , *•»»<» „ue i'jmeist
lelieite ne sera pas une meme chose avec son elre. immortelle.
Nous demeurons d'accord de la ressemblance, mais
nous nions 1'egalite. Par exemple, Dieu est vie,
el l'ame est vie aussi, elle lui est semblable et dif-
fere cependant de lui. Elle lui est semblable, par-
cequ'elleest vie, parce quelle vit d'elle-meme, par-
ce quelle ne vit pas seulement, mais quelle doune
la vie, comme ilest tout cela lui-meme. Mais elle est
differente de lui, autant qu'une creature est diffe-
rente de son createur. Elle est differente ence que,
comme ellene serait point s'il ne l'avait creee, elle ne
vivrait point s'ilne lui avaitdonuela vie. Elle nevivrait
pas, dis-je, mais de la vie spiriluelle, non de la vie
naturelle. C.r, celle qui ne vit point de la vie spi- ^pjort"1
riluelle, vit toujours de la naturelle. Mais quelle vie avec Die" Par
est-ce que celle la, puisqu'il aurait ete plus avan- ipWUwUB.
tageux de ne 1'avoir jamais recue, que de ne la
pouvoir perdre ? C'est plutot une mort, mais une
morl d'aulant pluscruelle, quelle vient du peche,
non de la nature. Car la mort des pecheurs est
tres-funesie. {Psal. xxxtu. 22.) L'arae done qui vit
ainsi, selon la chair, est morte, quoiqu'elle soit vi-
vante, parce qu'il vaudrait mieux pour elle de ne
point vivre du tout que de vivre de la sorte. Et,
multo minus vita, et quae sunt sine vita. Vila anima est
vivens quidem, sed non aliunde quam seipsa : ac per
hoc non tarn vivens, quam vita, ut proprie tie ca loqua-
mur. Inde est, quod infusa corpori vivifical illud, ut sit
corpus de vita? praesentia, non vita, sed vivens. L'nde
liquet, ne vivo quidem corpori id vivere esse, quod esse:
cum esse, et minime vivere possit. Multo minus qua;
vita; expeitia sunt, ad nunc gradum assurgent. Sed nee
omnequod vita dicitar, vel esl, continue valebit pertin-
gere hue. Est pecorum, est et arborum vita, sensu altera
vigens, altera carens. At neutri tamen idem esse quod
'teO. Erope- vivere est : Cum (ut quidem multorum ■ opinio est)
doc.sorom. ame in elementis, quam vel ilia in membris, vel isla in
ramis exstiterin!. At secundum hoc cum desinunt vivi-
ficare, simul vivere cessant, sed non et esse. Solvuntur
pariter et dissolvunbir, lanquam non alligatae tantum,
sed et colligats. Neque enim unum simplex est quanrae
harum, sed ex ploribus constans. Et proplcrea non re-
digitur in nihilum, sed dissilit in paries, ut et ad suuoi
quodque recurrat principium, verbi causa aer ad aerem,
ignis ad ignem, et reliqua in hunc modum. Nequaquani
lgilur tali vital idem esse el were est, quae est et quan-
do non vivit.
4. Poiro nihil horum, quibus non hoc esse quod vive-
re sit, ad bene beateque vivendum quandoque proficiet
vel emerget : quippe quod neque ad hunc inferiorem
gradum potuit pervenire. Sola, qua; in ipso stare cog-
noscitur anima hominis, in eo dignitatis creata est, vitaa
vita, simplex a simplici, immortalis ab immorlali : ut
non sit longe a summo gradu, ubi scilicet id esse quod
beale vivere est, in quo solus slat neatus, et solus potens,
Rex regum, et Dominus dominanUum. Accepit * itaque * al. accipit
in sui conditione anima, eisi non esse, posse lamen esse
beata ; summo proinde gradui, quantum licet, appro-
pians, non peitiugens tamen. Neque enim vel ipsi (ut
supra duimus) hoc eril aliquando esse quod bealam es-
se, nee quando beata erit. Falemur similitudinem, asqna-
litalein remiimus. Verbi causa, rita Deus, vita et anima
esl : similis quidem, seddispar. Porro similis, quod vita,
quod Beipso vivens, quod non tantum vivens, sed et vi-
vificans : sicut et ille ha;c omnia est. Disparvero, quan-
tum acreante creata. Dispar, quod, ut nisicrcataab illo
non esset, sic nisi ab ipso viviticata non viveret. Non
viveret dico, sed spiritual! vita, non naturali. Nam na-
turali quidem, etiam qua; non spiritualiler vivit, immor-
talitcr vivat necesse est. At qualis vita ! in qua salius
foret non nasci, quam non ab ea mori. Mors potius est:
et ideo gravior, quia peccati.non natural. Denique mors
peccalo,um pessima. lta ergo qua; secundum carnem vi-
vit anima, vivens mortua est, quippe cui bonam era!
QUATRE-VINGT-UNIEME sermon sur le cantique des CANTIQUES. 557
elle ne ressussitera jamais decelte mort vivante, sije nature duVerhe sous un double rapport, par lasim-
puis parlerainsi, si ce n'est par la parole de vie, ou plicite de son essence, et parlaperpeluitede sa vie.
plutdt par le Verbe qui est vie et qui donne la vie. 6 Mais il me vieut encore a l'esprit une autre
5. Mais d'ailleurs l'ame est immortelle, et en cela ressemblance que je ne veux point passer sous si-
elle est encore semblable au Verbe, niais nou pas lence, parce qu'elle ne contribue pas moins a la di-
egale. Car l'immortalite de Dieu est tellement au- gnite de l'ame que les autres, et ne la rend pas moins
dessus de celle de l'ame, q<ie l'Apolre dit, que « Dieu et peut-etre la rend-elle plus semblable au Verbe.
seul possede l'immortalite [Tim, xi, 16). »Ce qu il C'est le libre arbitre, don tout divin qui brille dans
a dit, je crois, pane que lui seul est immnable par l'arue comme une pierre precieuse encbassee dans
sa nature, comme il le dit daus le Prophete : « Je del'or. Carc'estjiarluiquVllefaitlediscernement en-
suisle Seigneur, et ne change point [Mala, in, 6). » trelebienetle mal, enlrela vieet lamort, entrela lu-
Car la vraie et parfaite immortalite n'est pas plus miere et les tenebrcs et toutes les cboses pareilles
susceptible de changement que de lin, attendu que qui peuvent se rapporter a Time, et pent cboisirce
tout changement est une imitation de la mort. Car qui lui plait davantagc. Cet ceil de l'ame est comme
tout ce qui change, en passant d'un etre a un autre, un censeur ou un arbitre qui discerne et choisit
meurt a ce qu'il est pour commencer a etre ce qu'il entre les choses opposees. Aussi l'appelle-t-on hbre
n'est pas. S'll y a autant de morts que de change- arbitre parce qu'il lui est permis d'agir selou qui]
merits, oil est l'immortalite. Or la creature est sujet- semble bon a la volonte. De la vient que 1'homme
te a ces alterations et a celle misere, non de son est capable de merites. Car tout le bien ou le mal
bon g:e, mais pour suivre l'ordre de Dieu qui l'y que vous faites, et qu'il vous est libre de ne pas
a soumise, et avec l'esperance d'en etre delivreeun faire, vous est impute, avec raison, a merite. Et
jour [Rom. vnt, 20). L'ame neanmoins est immor- comme on lone avec justice, non-seulement celui
telle, parce que, etant a elle-meme sa vie, comme qui, ayant pu faire le mal ne l'a point fait, mais en-
elle nepeut pas seperdre elle-meme, elle nepeut pas core celui qui, ayant pu ne pas faire le bien l'a
lleestchsn- non plus perdre sa vie. Mais comme il est constant fait; ainsi on blame justement aussi celui qui a fait
saffecfiSnl. 1U elle caange Par ses affections et ses mouvements, le mal, ayant pu ne le point faire, et celui q:ii n'a
elle doit reconnaitre, en se trouvant semblable a pas fait le bien lorsqu'il le pouvait faire. Mais oil il
Dieu par l'immortalite, qu'il ne lui en manque pas n'y a point de liberie il n'y a point de merite.
une faible parlie, et ceder l'immortalite parfaite et C'est pourquoi les ani maux qui sont prives de rai-
consommee acelui-la seul, qui ne soutfre pas l'oin- son ne merilent point, parce que, manquant de
bre d'une alteration ni dun ciangement. Ce que jugement, ils manquent aussi de liberte. lis sont
nous avonsdit neanmoins fait voir que la mollesse pousses par leurs sens, tmportes par leur inipetuo-
de l'.ime n'est pas petite, puisqu'elle approche de la site natuielle, tnti aines par leurs appetits. Ils n'ont
Sa ressem-
blance par
suite de son
libre arbitre.
D'on vient au
libre firbitr^
lenomqa'il .
La i ... i iii est
necessaire
au merite.
Les animau;.
sans raison
sont incapa-
- bles de
merite.
omnino nou rivere, quam sic vivere. A qua nimirum
vitali quadam moi'te ininime unquara resurget, nisi per
Verb ii in vit;e, imoper Verbum vilara, viventcm ulique
el vivilicantem.
5. Alius autem immortalis est anima , et hoc nihilo-
minus Verbo similis quidein, sed non fequalis. Nam in
tantiim superexcellit immortalitas Ocitali.-, ut Apostolus
dicat de Ueo : qui solus /label immortulitatim. Quod ego
rcor pro eo dictum, quod solus sit natura incommutabi-
lis Deus, qui ait : Ego Dominus, et non mutor. Vera
nimjue et ..itegra immortalitas tain non recipit muta-
tionem, quam nee line.n, quod omnis mutaiio quajJam
mortis imitatio sit. Oinne etenim quod mutatur, dum de
uno ad al.ud transit esse, quodim modo necesse est
moriatur quod est, ul esse incipi.it quod non est. Quod
si tot morles quot mutitiones, ubi immortalitas? El buic
vanilati subjecta est ipsa creiitura non volens , seu prop-
ter eum qui subjecit earn in spe. Attamen immortilis
anima est : quomam cum ipsa sibi vita sit; scut non est
quo cadat a se, sic non est quocidata vita. Verum cum
constet sui- all'ectibus mulari earn; agnoscat ita se Deo
in immorlalitate similem , ut sciat sibi deesse non mo-
dicam immortalitatis parlem, soli cedens absolutain per-
fcctamqne immortalitalem, apud quern non est transtnuta-
tio, nee vicissttudinis obumbratio. Non mediocris tamen
anione dignitas prasenti disputatione comperta est, qua
gemina quadam vicinilate naturas Verbo appropiare vi-
cletur, simplicitate essentia;, et perpeluitale vilse.
6. Sed enim adhuc unum oceurnt, quod minimepra-
teribo: nee enim minus insignem similemve minus Verbo
animam facit , et forte etiam plus. Aibitrii libertas ha?c
est, plane divinum quiddam pra>liilgens in anima, tuii-
quam gemma in auro. Ex hac nempe inest il 1 j inter
bonum quidein et malum ,necnon inter vitam et mortem
sed et nibilominus inter lucem et teucbras , et cognitio
judicii, et optio cligendi , et si qua sunt alia, quse simi-
liter circa animi habitum sese e regione respicere vide-
antur. Nihilouiinus inter ipsa censorius quidam arbiter
(is anima> oculus) dijudicat et discernit , sicut arbiter in
discernendo , ita in eligendo liber. Unde etliberum no-
minator arb.trium, quod liceat versari in his pro arbi-
trio voluntalis. Inde homo ad promerendum potis. Omne
etenim quod foceris bonum malumve , quod quidem non
facere liberum fuit , merito ad meritum repulalur. El ut
merito laudatur, non is tantum qui potuit facere mala, et
non fecit ; sed et qui potuit non facere bona, et fecit ■ ita
malo non caret merilo tarn is qui potuit non facere nola,
et fecit; quam is qui potuit facere bona, et non [., t.
Ubi autem non est libertas, nee meritum. Propterea
qus sunt carentia ratione animalia , nihil merenlur : quia
sicLt deliberatione , ita et libertate carent. Sensu agun-
tur , feruntur impetu , rapiuntur appetitu. Neque enim
558
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
point de jngemfnt pour faire reflexion sur leurs reuse : « Seigneur, je souP.re violence, repjndez
actions ni pour se conduire, ils n'ont pas meme le pour moi, s'il vous plait {/sa. xxxviu, 14). » Mais
principedu jugement qui est la raison, et ils ne sachant d'autre part qu'il ne pouvait pas se plain-
sont point jugt's parce qu'ils ne jugent point. Car dre de Dieu avec justice, parce que c'etait sa pro-
y aurait-il justice a leur demander raison, quaud pre volonte qui etait cause de li violence qu'il souf-
ils n'ont point recu la raison. trait, eeoutez ce qu'il ajoute : « Que dirai-je ou
7. 11 n'y a que l'honime qui ne soulTre point que repondra-t-il pour moi, puisque c'est iuoi-oie-
cette violence de la nature. C'est pourquoi il n'y a me qui me suis engage danscette misere [Ibid.) ?»
11 elait accable par un joug pesant, mais par le
joug d'une servitude volontaire : sa servitude elait
digne de compassion, mais sa volonte le rendait
inexcusable. Car c'est la volonte qui, etant libre,
s'est rendue esclave du peche en consentant au pe-
que lui de libre entre tous les etres vivants. Nean-
moins le pecbe lui fait aussi souffrir quelque vio-
lence, mais cette violence vient de sa volonte, non
de la nature, en sorte quelle ne le ptive pas de la
liberte qui lui est naturelle. Car ce qui est volon-
L» cmicD- taire est libre aussi. Le peche est cause que le corps clie. Et c'est encore la volonte qui se soumet elle-
fJr^eliiaiiDue <I,U est suJet a la corruption appesantit 1'ame, mais meme au peche, ea s'y assujettissant volontaire-
la Toioniaire. ji agit par l'amournon par sa masse. Car, de ceque ment.
lame qui a pu tomber par elle-meme, ne peut se 8. Mais on me dira peut-etre : « prenez garde. Ap-
relever par elle-meme, c'est la volonte qui en est pelez-vous volontaire ce qui est devenu necessaire
cause, parce qu'etant toute languissante et abattue de l'aveu de tout le monde ?» II est vr.ti que la vo-
par l'amour vkieux et corrompu du corps, elle lonte s'est assujettie elle-meme, mais elle ne de-
n'est plus capable de l'amour de la justice. Etainsi,
je ne sais comment, il arrive que la volonte torn-
bee par le peche dans un etat sifuneste, s'impose a
Cnen*ces»it« elle-meme une espece de necessite, de telle sorte
volontaire
o'excuse pas
de pecbe.
que cette necessite, etant volontaire, ne peut pasex-
meure pas volontairement dans cet etat, elle y est
retenuepar force etmalgre elle. Vous accordez done
au moius qu'elle est retenue. Mais considerez que
c'est la volonte que vous confessez etre ainsi rete-
nue. Vous dites done que la volonte ne veut pas ?
cuser sa volonte, et que la volonte etant charmee Cependant la volo.ite n'est jamais retenue sans
par le faux bien qui l'attire. ne peut pas exclure qu'elle le veuille. Car elle n'est volonte que parce
cette necessite, c'est une necessite volontaire, si on qu'elle veut. Si ell.; est retenue parce ou'elle le ■
.... I, • . La volonte
pent parler ainsi. C eit une douce violence qui op- veu*, elle se retient done elle-meme. Que dira-t-elle ne peut sir
prime en flaltant et flatte en oppriinant; done la done, ou comment s'excusera-t-elle devant Dieu, contramte'
volonte crtminelle qui a une fois consenti au pe- puisque c'est elle-meme qui la fait ? Qu'a-t-elle
che ne peut plus se d''gager par elle-meme, et ne fait? elle s'est rend te esclave du peche. D'oii vient
saurait neanmoins s'excuser raisonnablement sur qu'il est dit : « Celui qui commet le peche est es-
son impuissance. Dela cette plainte de celui qui clave du peche [Joan, vm, 34). » C'est pourquoi,
gemissait sous le poids de cette necessite malueu- lorsqu'elle a peche, et elle a peche lorsqu'elle a resolu
jndiciuTi habant, quo se dijtidicent sive regant : serf ne
instrumentum quidem jndicii, id est ratiotiem. Inde est
quod non judicantur , quia non judicanl. Quanam quip-
pe ratione ab his exigatur ratio, quam nonacceperunt?
7. Hanc vim a natura solus homo non patitur, el idco
solus inter animantia liber Et tamen intervenienle pecca-
to patitur quamdam vim et ipse , sed a voluntale , non
a natura, ut ne sic qui le.n ingenita libertate privctur.
Quod enim voltinhrium , et liberum. Et quidem pecca-
to factum est , nt corpus quod corrumpittir , aggravet
animam ; sed amore, non mole. Nam quod sur^ere tmi-
ma per se jam non potest qua; per se cadere potuit , vo-
luntas in causa est , qtne corrupti corporis vitialo ac
v,tioso amore langnescens et jacens, amorem pariter
justitiae non admitlit. Ita nescio quo pravo et miro modo
ipsa sibi voluntas, peccato quidem in delerius mul;ita,
necessilatem facit : ut nee necessitas ,cum voluntaria sit,
excusare valeat voluntatem ; nee voluntas cum sit illccta
excluderenecessitalem. Est enim necessitashjec quodam-
modo voluntaria. Est fovorabilis visquaedam, premendo
blandiens, et blandiendo premens : unde sese rea voluntas,
ubl aemel peccato consenserit, nee excutere jam per se,
nee excusare tamen ullatenus de ratione queat. Inde que-
rn)* ilia voxveluti geoientis subonere necessitatis buj us:
Domini-, inquit, vim potior, reiponde pro m-.. Sed rur-
sus sciens , quod non j isle causareturad versus Dominum,
cum voluntas sua ipsiis polius in causa foret, atlende
quid secutus inlulerit : Quid dicam , aut quid responds-
til nuhi, cum tpse/feeerwj* ?Premebaturj>igo, non alio
tamen, quam voluntari.e cujusdam servilutis; et era! pro
servitute quidem misorabilis, sed pro voluntale inexcu-
sabilis. Voluntas enim est, qu;e se, cum e<set libera,
servam fecit peccati , peccato assentiendo : voluntas- ni-
hilominus est, quae se sub peccato tenet, voluntarie
serviendo.
8. Vide quid dicis, ait aliquis mihi. Tune voluntari-
um dicis , quod jam necessanum constat esse? Verum
quidem est, quod voluntas seipsam aifdixeril : sed non
ipsase retinet, magis retinetur et nolens. Bene hoc sal-
tern das, quia rctiieiur. SeJ vigilanter reline vuluntatem
esse, quam retineri faeris. Ilaque voluntatem nolentcm
dicis? Non utique v il mtas retineturnon volens. Volun-
tas enim volentis es; , ion nolentis. Quod si volens reti-
netur , ipsa se rctincl. Quid ergo dicet , aut quid respon-
deat ei, cum ipsa le;ent? Quid fecit ? Servam sefacit,
unde dicetur : Qui /ncit ptccatur/t , serous est peccati.
Propterea cum peccawt (peccavitautem cum peccato obe-
dire decrevit) servam se fecit. Sed fit libera , si non adhuc
In Valgats,
fecerit.
QUATRE-VINGT-UNIEME SERMON SUR LE CAISTIQUE DES CANTIQUES. 559
d'obeir au peche, elle s'est rendue esclave. Maiselle semblable a Dieu , je suis miserable parce que je
devient libre lorsqu'elle ne peche plus. Or elle pe- suis contraire a Dieu. « 0 souverain maitre des
che volonlairement dans la servitude oil elle s'est hommes, pourquoi m'avez-vous fait contraire a
engagee, parce que la volonte u'est pointretenuesans vous (Job. vu, 20)? » £ar vous l'avez fait lorsque
qu'elle le veuille, car elle est volonle. Si done elle vous ne l'avez pas empeche. Aulrement c'est moi-
s'est faite esclave volontairement, e'est volontaire- meme qui l'ai fait et qui me suis devenu a charge
mentaussi qu'elle demeure dans son esclavage. a moi-meme. Et certes, il est bien juste que voire
Que pourra-t-elle done repondre pour s'excuser ? ennemi soit aussi le mien, et que celui qui vous
e'est ce qu'il faut nous demander souvent puisque combat me combatte egalement. De sorte qu'en
sa servitude a ete et est encore son fait. vous etant contraire et en 1 etant aussi a moi-meme,
9. Mais vous ne me ferez pas croire, direz-vous, je sens dans mes membres une revolte contre mon
que je ne souffre point de conlrainte, puisque je espri! et contre voire loi. Qui me delivrera de mes
l'eprouve en moiet queje lacombatssanscesse.Ou, propres mains? Car je ne fais pas ce que je veui,
je vous prie, seidez-vous cette contrainte? N'esl-ce et ce nest pas un autre, e'est moi qui m'en
pas dans la volonle? Vous ne voulez done pas empeche. Et je fais ce queje hais, et ce u'est pas
avec pen de force ce que vous voulez ; vous voulez un autre, e'est moi qui me pousse a le faire. l'liit
beaucoup ce que vous ne pouvez pas ne point vou- a Dieu que cet empeehement ou cette impulsion fut
loir, quelque elfort que vous fassiez. Or oil il y a tellement violenle, qu'elle ne fut pas volontaire, car
volonte, il y a liberte. Ce que j'entendsde la liberte peut-etre de cette facon pourrais-je m'excuser; ou
naturdle, non de la spirituelle, qui est celle que plut a Dieu au moins qu'elle tut tellement volon-
Jesus-Christ nous a acquire, comme dit l'Apotre. taire, qu'elle ne fut pas violente, car peut-elre pour-
Car le meme Apotre, parlant de ctlte liberie dit : rais-je nie corriger. Mais maintenant, ntalheiiieux
« Oil est l'esprit du Seigneur, la est aussi la li-
berie. » C'est ainsi que la volonte est esclave et
libre tout ensemble sous cette necessite volontaire,
et malbeureusement libre. Elle est esclave, a cause
de la necesute ; elle est libre par la volonte. Et ce
qui est plus merveilleux et plus deplorable, elle est
que je suis, je ne voisaucune issue, la volonte d'une
part me rend inexcusable, et la necessite de l'autre
me rend incorrigible. Qui me delivrera des mains
du pecheur, des mains de celui qui combat voire
loi et du mediant ?
10. Quelqu'un me demandera peut-elre de qui
coupable, parce qu'elle est libre, et elle est esclave je nie plains ? De moi-meme. C'est moi qui suis ce
parce qu'elle est coupable, et ainsi elle est esclave pecheur, cet homme sans loi, ce mediant. Je suis
parce qu'elle est libre. Malheureux homme que je pecheur, parce que j'ai peche , sans loi, parce que
suis, qui me delivrera d'une servitude si honteuse ? je persiste volontaireRient a violer la loi. Car uia
Je suis miserable, mais je suis libre. Je suis libre, volonte est une loi qui resisle dans mes membres,
parce que je suis homme, je suis miserable, parce et qui combat conlre la loi de Dieu. Et parce que
que je suis esclave ; je suis libre, parce que je suis la loi du Seigneur est la loi de mon esprit, ainsi
facit. Facit autem , in eadem servitute se retinens. Ne-
qne cnim non volens voluntas tenetur : voluntas enim
est. Ergo quia volens , servum seipsam non modo fecit,
sed cl facit. Mcrito proinde (quod saepe memoran-
dum est) quid respondeat il 1 1 , cum ipsa fecerit, ipsa et
facial ?
9. Sed non me , inquis , decredore facies necessitatem
quam patior. quam in me metipso cxperior, contra quam
et assicluc luetor. Ubinam quasso hanc necessiiaiem
sentis? Nonne in volunlale ? Non ergo parum similiter
vis, quod et necessario vis. Multum vis quod nolle ne-
queas , nee mulluin oliluctans. Poito ubi volunlas, et
liborlas. Quod tanien dico de naturali , non de spiritual!,
qua iibeitale (ut dirit Apostolus) Cbristus nos liberavit.
Nam dc ilia idem ipse d.cit : Vbi spirit us Domini, ibi
libertas. Ha anima miro quodam ct malo modo sub bac
voluntaria quadam ac male libera necessitate, et ancilla
tenetur, et libera : ancdla propter necessitatem , libera
propter volualatem : et quod magis mirum, magisque
miserum est, eo rea quo libera, eoque ancilla quo rea,
ac per hoc eo ancilla quo libera. Miser ego homo, quis
me liberabit a calumnia hujus pudenda? servitulis? Mi-
ser, sed liber. Liber , quia homo : miser, quia servus.
Liber, quia similis Deo : miser, quia contrarius Deo. 0
custos hominum , quare posuiiti me contrariurn tibi ?
Posuisli enim, cum non prohibuisti. Aliuquin ipse me
posui , et factus sum mihi meiipsi gravis. Justissime
quidem , ut hostis tuns , hostis sit et meus ; et qui tibi
repugnat , repugnet et mihi. Ego vero , qui tibi , e,,'0 ,
qui mihimet contrarius factus sum, atque in membris
meis invenio quod contradicat , et menli meae , et legi
tusR. Quis me liberabit de manibus meis? Non enim
quod volo , hoc ago , sed me , non alio prohibente : et
quud odi , illud l'acio , sed me , non alio compellente.
Atque ulinam prohibitio haac, et base compulsio ita esset
violenta, ut non esset voluntaria; fortisan enim sic pos-
sem excusari : aut eerie ita esset voluntaria , ut non vio»
lenta; profecto enim sic possem corrigi. Nunc vero nua-
quam exit-is misero patet , quern et voluntas (ut dixi)
inexcusabdem , ct incorrigibilem necessity faoit. Quis
me eripiet de manu peccatoris, et de manu contra 1 -
gem agenlis et iniqui?
10. Queerit quis, de quo querar? Deme. Egoille pecoa-
tor, ille exlex, ille iniquus. Peceator, quia peccavi :
exlex, quia voluntate persisto agere contra legem. Nam
mea voluntas ipsa est lex in membris meis, legi divinaj
recalcitrans. Et quoniam lex Domini lex mentis meae ;
sicut scriptum est : Lex Dei ejus in corde ipsius; per
560
OELVKES DE SAINT BERISAUD.
qu'il est ecrit : « La loi de son Dieu est dans son « ce n'est pas moi qui fais le mal que fait ma chair,
MBur [Psal. xxxvi, 31). » Cela fail que ma propre uiais le peche qui habile en moi {Ibid. 20). » Et
volonte m'est contriire a moi-meme, ce qui est le c'est peut-etre pour celte raison qu'il marque ex-
comble de I'iniquitr. Car a qui ne serais-je point
injuste, quandje lesuis pour moi-meme? « Celui,
dit le Saju\ qui est mediant envers soi-minie, en-
vers qui pent - il «Hi'e hoii {Ecclc. xiv, 5)? » Je ne suis
pas bon, je l'avoue, i)aree que le bien n'habite pas
en moi. Je me consolerai toutefois parce que un
pressement, qu'il a trouve une autre loi dans ses
niembresj parce qu'il l'estimait etrangere et comma'
venue du dehors. C'est pourquoi j'oserai bieu en-
core ajouter sans tenierite, que saint Paul n'elait
point pecheur a cause du pechii qui residait dans
sa chair, mais plutot vertueux a cause du bien qui
saint a dit aussi : « Je sais que lebien n'habite pas habitait dans son esprit. En efTet, celui-la n'cst-il
en moi [Rom. vm, 18). » Neanmoins il met quelque pas bon qui obeit a la loi de Dieu parce qu'elle est
difference en ce qu'il dit en soi, il entend par-la sa bonne? Car bien qu'il confesse qu'il est eselave de
chair, a cause de la loi qui y reside et qui est con- la loi du peche, c'est selon la chair, et selon
traire a celle de Dieu. Car il a aussi une loi dans l'esprit. Mais, obeissant selon l'esprit a la loi de
['esprit, mais qui est bien ineilleure que l'aulre. Dieu, et selon la chair a celle du peche, c'est a
En ett'et, la loi de Dieu n'est-elle pas bonne? S'il vous a voir laquelle de ces deux obeissances doit
est mechant a cause de la mauvaise loi, comment etre plutdt imputee a cet apotre. Pour moi,je suis
ne serait-il pas boo a cause de la bonne? Dira-t-on persuade que ce qui est selon l'esprit est plus que
que la mauvaise loi est lasienne, parce qu'elle est ce qui est selon la i hair, et ce n'est pis moi seu-
dans sa chair et que c'est pour cela qu'elle est lement qui suis de ce sentiment, mais c'est saint
mauvaise, sa loi tlaut mauvaise, sans dire qu'il Paul meme qui dit, corume nous l'avons deja rap-
est bon, lorsqne sa loi est bonne; cela ne se peut poite : « Si je fais re que. je ne veux pas, ce n'est
pas. La loi de Dieu est dans son esprit, et elle y est pas moi qui le fais, mais le peche qui habile en
tellemeut que c'est la loi meme de son esprit, te- moi {Ibid. 20). »
uioin ct'lui qui dit : « Je trouve dansmes meuibres 11. Mais en voila assez sur la liberte. Dans le
une autre loi qui resiste a la loi de mon esprit trade que j'ai compose touchant la Grace et le
(Rom. vu, 25). » Est-ce que ce qui est a sa chair est hbre arbitre, vous trouverez peut-etre d'autres
a lui, et ce qui est a son esprit ne Test pas ? Je dis choses, mais non pas contrairesa celles-ci, sur l'i-
plus. Et pourquoi ne dirais-je pas ce que ce meme mage et la ressemblance de l'homme avec Dieu.
maitre a dit ? Car, « lorsque je suis soumis a la loi Vous avez lit ce traile, et vous avez enlendu ce que
de Dieu, c'est par l'esprit que je le suis, tandis que nous venons de dire. Je vous laisse a juger lequel
c'est par la chair que je suis eselave de la loi du de ces deux discours est le meilleur, ou si vous
peche. » Je montre assez clairement par la ce qui savez quelque chose de raieux, je m'en rejouis et
est a lui, puisqu'il regarde le mal qui est dans sa m'en rejouirai. Quui qu'il en soit, je crois que vous
chair, comme lui etant etranger, quand il dit : vous souvenez bien que nous avous remarque trois
Les mouvn
menls iml61l
beres de
la concu-
piscence n(
sont paa dt
pechea,
hoc et mihiipsi mea ipsius voluntas contraria invenitur ,
qua? est iniquilas maxima. Cui enim non iniquus , qui
mihisum? Quisibtneguam, sit, cui bonus? Faleor non sum
bonus , quia non est in me bonum. Consolabor me tamen,
quia et sanctorum vox ista est : Scio quia non est in me
bonum , inquit. Disc-emit tamen quod dicit, in se , in
came sua interpretans , propter contradictoriam legem ,
qua- in ea est. Nam habet legem et in mente , eaque
melior. An non lex Dei bona? Quod si mains propter
legem malam, quomodu non propter bonam bunus ? An
mala sua est qua est in carne sua et ideo de mala ma-
ins ; et minime bonus de bona ? Non est ila. Lex Dei
ejus in mente ipsius , atque ila in mente, ut sit et men-
tis. Testis est ipse qui ait : Invenio aliam legem in mem-
bris meis , repuynantem legi mentis mne. Numquid suum
quod carnis sua; est , et non suum quod mentis sua? est?
Ego dico et plus. Quidni dicam , quod idem ipse magis-
ter dicit? Nam mente quidem servient legi Dei , carne
autem legi peccati; quid magis suum fatcalur evidenter
oslendit , cum malum quod in came est , ila a se alie-
num censet , til dicat : Hague jam non ego operor illuil,
sed quod habitat in me peccatum. Et Ideo fortassis si-
gnanler aliam dixerit legem invenlam in membris 9iiis ,
quod abenam hanc , et quasi adventitiam reputaret. Un-
de et adhuc ego aliqnid audeo amplius, baud temere
quidem : Paulum viuelicet non jam malum, propter
malum quod in cam • habet, magis autem bonum, prop-
ter bonum quod in mente habet. An non bonus, qui
consentit legi Dei, q.ioniam bona est ? Nam et si se it-
idem faleatur servin legi peccati, carne ho facit, non
mente. Cum autem lente quidem serviat legi Dei , car-
ne autem legi pecdti ; quidnam potissimum borum
Paulo impiilandum , utes, tu videris. Nam mild fateor
facile persuasum, quud mentis, quam quod carnis est,
pluris esse , non solum mild, sed et ipsi Paulo , ut jam
dictum est, qui ait : Si autem quod nolo, Mud facio ,
jam nun ego operor Mud, sed quud habitat in me pecca-
tum,
11. Sed de libertate ista suffieianl. In libello , quem
de gratia et libera ail itrio scripsi , diversa fortassis de
imagine et simililudine disputata leguntur, sed (utarbi-
tror) non ad versa. Legisti ilia , ista audistis : quaenam
magis probelis*, vestro jodicio derelinquo ; vel si quid
melius utrisque saji'uis, in hoc gaudeo et gaudebo. At
quoquo mode ilia se babeant, tria quadam inpraesentia-
rum prscipua coinn endala lenetis , simplicitalem , im-
mortabtatem, liberi ten. Et hoc vobis liqiido apparcre
jam arbitror animaai pro ingenita atque ingenuasimili-
QUATRE-VINGT-DEUXIEME SERMON SUR LE ANTIQUE DES CANTIQUES.
561
avantages singuliers de la nature de l'ame, la sim-
plicite, I'immorlalile, et la liberie. Et je pense que
vous voyez clairement maintenant que l'ame, par
ces trois sorles de ressemblances qui lui soni nil n-
relles, et qui la relevent si fort, n'a pas une medio-
cre aftinite avec le Verbe epoux de l'Eglise. Jesus-
Christ Notre-Seigneur, qui etant Dieu, et eleve par
dessus tout, est belli dans les siecles des siecles.
Ainsi soit-il.
SERMON I.XXXII.
Comment l'dme,tnuten demeurant semblable a Dieu,
perd neanmoins, par le pcclie", wie partie de sa res-
semblance avec lui dans sa simplicity, son immor-
talite et sa liberie.
1. Ne vous semble-t-il pas, mes freres, que dous
pouvons maintenant reprendre l'ordre de notre dis-
cours, puisque vous voyez a cette heure Ires-clai-
remenl 1'aflinite de 1 ame avec le Verbe, dont la
demonstration a ete le but de cette digression. Je
crois que nous le pourrions, sije ne sentais qu'il
reste encore qnelque obscurite dans ce que nous
Tout predi- avons dit. Je ueveux ricti vous dei'ober. Je ne passe
faireUgen°6- P*s volontiers ce queje crois pouvoir vous etre
reusemeot utile. Et comment l'oserais-ie faire, surtout en des
part a . J ' ,
•es auditeurs cnoses que je ne recois que pur vous les commu-
e dI.-u"6 iiiquer? Je connais une personne 3 qui durant
lui doone. qu'eiie parlait, voulant relenir ce que le Saint-Esprit
lui suggerait, et le reserver pour une autre fois
ou elle. serait obligee de traiter la meme matiere, il
a Saint Bernud parte ici de lui-meme en emprunlant a saint
Paul une de ses tournurcs. C'est ce que nous ipprend Ce*ar
d'Heirslerbac, dins son si rmon pour I'Oclavede Noel, oil i! iiil :
t Vb juur. il disait je ne s.iis pins i]uoi : il lui vint une pensee
qui tiuuvait sa place la oil il en eiait, conime il voulait la reser-
lui sembla entendre une voix qui lui disait : Tant
quevous reliendrezcelavousne recevrez point autre
chose. Or elle nelefaisait pas par un sentiment d'in-
fidelite, elle temoignait seulement son peu de foi.
Qn'eut-iedonc etc si elle eut re'.enu, non pour pour-
voir a sa propre indigence, mais par un sentiment
de jalousie qu'elle aurait eu de l'avancement de ses
freres? N'aurait-il pas ete juste delui 6ter ce qu'elle
semblait meme avoir? Je prie Dieu de bannir une
semblable pensee bien loin de l'esprit de son ser-
viteur, comme il Fa loujours fait jusqu'a present.
Que cette fontaine inepuisable d'une sagesse si sa-
lutaire veuille se repandre aussi abondamment sur
moi, comme il est vrai que je vous at toujours com-
munique sans envie tout ce dout elle a daigne me
faire part jusqu'ici. Si je vous en frustrais, ne de-
vrais-je point craindre d'etre frustre a mou tour
par Dieu meme.
2. 11 y a done qnelque chose dans ce que nous Dontcan
avons dit, qui peutetre un sujet de chute, du moins sujet de la
. , . . ,,.,•■ i ressemblance
je le crams, si nous ne 1 eclatrcissons davantage. de lame avec
Et sije ne me trompe, il y en a parmi ceux qui j/^te M"ie
m'ecoutent a qui cequeje veux dire a deja donne plus haut.
qnelque scrupule. Ne vous so ivetiez-vous pas qu'en
remarqinnt la triple ressemblauce de l'ame avec
le Verbe, nous avons dit qu'elle etait inseparable-
ment atlachee a sa nature ? Cependant il y a des
passages de 1'Ecriture qui d'abord semblent com-
ballre ce sentiment, comme celui-ci du Psaume :
« Lorsque l'lioinme etait eleve eu honneur, il
ii. i point eu d'uitelligenee, et il est devenu sem-
blable aux ammaux qui n'ont putnt de raison [Psal.
ver pour la fin oil il oraign lit d'etre a court, il enlendil une voil
du ciel qui lui dit : Si tu reserves cette pensee pour plus lard,
lunen auras plus d'aulre. u On vuit par la, dit .M.uniqne, que
ce n'c^l pas lui qui parlait, mais que c'etuit Dieu meme qui par-
lait en lui.
tudine , quae in his fam eximie claret, non parvam cuiu
Verbo habere affinitatem , sponso Ecclesiae Jcsn-Chiisto
Domino nostra, qui est super omnia Deusbcnediclusin
saecula. Amen.
SERMO LXXXII.
Quo/iter anima similis Deo manens , per peccalum (amen
dissimilis facta est in simplicitate , immortahtate , et
libertate.
1. Quid vobis vidctur ? Possumusne jam regredi
ad ex ponendi ordinem digressi sumus : quia patet
propinquilas Verbi et anims , pro qua utique de-
moustranda digressio ipsa facia est ? Possemus (ut mihi
vidclur( nisi p.irum quid dubictalis in his, qua? dicta
sunt, adhuc residere senlheni. Nil furari volo. Non li-
benler preeteieo quod vobis utile putem. Et qiiomodo
id audeam , de his prasertim quae vobis accipio '? Seio
huminem aliquid aliquando inter loquendum ex his quae
suggerebat Spiritus, etsi non inlideli , minus tamen fi-
denti animo retentantem et reservantem sibi, ut haberet
T. IV.
qnod diceret denuo tractatnrus : et ecce vox ad eum, ut
quidem ei visum est : Donee istiul tenebis, almd non
accipies. Quid si relinuissel , non providendo sua; ino-
piae , seil fraternis profectibus invidendo '? nonne merito
et hoc ipsum , quod videbatur habere , auferretur ab eo?
Quod quidem longe a servo veslro semper faciat Deus ,
sicut et sen per fecit. Sic mihijugiler abundare dignetur
fons ille indeliciens sapienlite salularis , quomodo sine
invidia vobis communicavi, et rel'udi quidquid mihi in-
fnndere haclenus dignatus est ipse. Si ego vos fraudo,
a quo jam non verear ipse fraiulari ? Ne a Deo quidem.
2. Est ilaque in his quae dicta sunt aliquid, quod (ut
vereor ego) olfendiculum dare queatsinon complanetur.
Et, ni fallor, sunt de hie stantibus, quibusjam scrupu-
lum movit quod dicere volo Trina ilia Verbi similitudo,
quam aniuup assignavimus, imo qua insignitam adver-
limns, recolitisne quod etiam inseparabiliter inesse illi
visa lucril nobis? Id quidem videatur aliquibus scriptu-
rarum lestimoniis obviate, ut verbi gratia, est i.lud in
psalmia : Homo cum in houore essut, non intellextt; corn--
paratus est jumentis insipientibus, et sum/is factus est
it/is ; et item illud : Mutaveruut gloriam suam in simi-
30
562
iLTin, 21), et, ilsont change lcurgloire en lares-
semblance d'un veau qui mange de l'herbe (Psal.
cv,
OEUYRES DE SAINT BERNARD.
20). » Et ce qui est dit au nom de Dieu
La simplicity de Time demeure inebranlable dans
son fondemenl ; mais elle ne paralt point, parce
qu'elle est couverte de fourbe, de dissimulation et
d'bypocrisie.
3. Que le melange de la duplicite avec la simpli-
city natu.vllede I'ame est laid et difforme? Quelle
indiguite d'elever un edifice si pauvre sur un fon-
C'est la
duplicity.
oYous avez cru, mechant, que je serais sembldble a
vous(Psa/. xlix,21),» etbeaucoup d'autres passages
qui semblent insinuer que, apres le pecbe, la res-
semblance de Dieu a ete eflaeee en l'bomme. Que
rePondrons-nousdoncacela?Uu,.ceStroischo5es dement si precieux ? C'est de cette duplicite que
ne sont point en Dieu, et qu'aiusi il en faut cher- le serpent s'etait revetu, lorsque, pour seduire la
bUnc™ cher j'autres en quoi nous mettions la ressemblance i'emme, il faisait semblant de la conseiUer en ami.
p^i^w que rhonune a avec hu ; on qu'elles sont en Dieu, C'estencore d'elle que se revetaient aussi lescrtoyens
Lis non dans lime, et qu'ainsi elle ne lui est duparadis terrestre,apres qu lis eurent ete subor-
poiut semblnble ; ou qu'elles sontaussi dans Tame, nes par le serpent, lorsqu ,1s tacherent de cou-
mais quelles peuvent ny etre pas, et pourtant qu'el- vrir leur bonteuse nudite par 1 ombre d un arbre
les n'en sont pas inseparables? A Dieu ne plaise touffu, par les feuilles dont .Is se ceigna.ent, et par
que nous soyons dans aueun de ces sentiments. El- les paroles dont .Is s'exc.isa.en. A quelle distance,
les sont en Dieu, elles sont en fume, ft elles y sont depuis lors.le vemn hered.ta.re de 1 hypocrisie n a-
toujoursetnousnavons point sujet de nous re- t-il pas mfeste leur poster.te ! Donnez-mo. un des
pentir daucune de ces propositions que nous avons enfants d*Adam qui veuille paraitre ce ; qui] est.
avancees tant elles sont toutes appuyees sur une Mais neanmoins la simplicity naturelle de 1 ..me ne
Terite certaine et indubitable. Mais quand l'Ecriture laisse pas de subsister avec cette duplicite qu elle
parle de la dissemblance qui est arnvee entre Dieu tire de son origine. afin que ce rapprochement
,,jen.nDeetrhomme.ellen'eiitendpasquecetteressemblance augmente sa confusion. L immortal te y subs* te
&?* aiteteelTacee, mais qu une autre y a ete ajoutee. aussi toujours, ma.s une immortalite sombre et
.'X-'il L'4me ne s'est pas depouillee de sa forme naturelle, noire, comme couverte des enebres epaisses de la
mais elle s'est revetue comme d'une forme etran- mort du corps. Car, bien qu elle ne sort pas pmee
gere par dessus celle-la. L'une a ete ajoutee, mais de la vie, neanmoins elle ne la pent plus rendre
Lire n'a pas ete detruite, et celle qui est surve- propre a son corps. Que d.ra.-je de ce qu elle ne
nue a pu obscurcir la naturelle, mais non pas l'ex- conserve pas meme sa vie spintuelle ? Car ime q »
terminer. « Leur coeur insense, dit l'Apotre, s'est pecbe, mourra, d.t D.eu dans un prophete. Cette
obscurci [Rom j, 21). » Et un prophete : « Com- double mort dans laquelle elle tombe ne rend-elle
mentleurorsest-ilterni, et comment la couleur pas bien tenebreuse et bien miserable immorta-
excellentequ'il avail a-t-elle ete cbangee (Thren. lite qui est attachee a sa nature? Ajoutez a cela,
1V 1) 1 „ II se plaint de ce que cet or se soil terni, que la pente qu'elle a vers les cboses terrestres, qui
mais if demeure pourtant toujours or? Use plaint toutes lui causent la mort. epaissit encore seste-
qne sa couleur excellent* a change, mais il ne dit nebres, de sorte qu'une ame en cet etat a le visage
pas que le fondement de cette couleur ait disparu. tout pale et defait, et est une image de la mo.t. Et
Le venin de
l'hypo-crisie
est nereili-
taire cliei
les enfants
d'Adam.
Quplle e9l
1'immortalile
de 1'liomme
apres son
peche.
litudinem vituK comedentis fcenum. sed et quod aperte
dictum est in persona Dei : ExutimasU imque, quodero
b i mnlis; etpleraque alia, qu* similitudinem Dei in
nomine post peccatum deletam concorditer assevcrare
videntur! Quid ergo dicemus ad h<ec ? Tria ilia in Deo
minime esse, et sic alia qusrenda, in quibus sunilitucli-
nemassignemus?aut esse quidem in Deo, sed nomnanimu,
et ne sic quidem in bis similitudinem invcn.n ? aut esse
anima sed posse etiam non inesse , ac per hoc non inse-
parabilia esse? Absit. Et in deo, etin anima sunt, et
semper insunt : nee est quod nos al.quid borum dixisse
pceniteat itatotum subnixum est indubitata et absoluus-
sima veritate. Sed quod Scriptura loquitur, sed quia
alia superducla. Non plane anima nativam se exult for-
mam sed superinduit peregrinam. Ilia addita, non ista
perdita est : et qua; Biipervenit, obacurare ingemtampo-
tuit sed non exterminare. Denique obscuration est m«-
piens cor illorum, ait Apostolus, et propheta : Qumnodo
obscuratum est aurum, mutatus est color optimus ? Obs-
curatum aurum plangit, sed aurum tamen j mu atum
colorem optimum, sed non fundamentum colons evulsum.
Manet in fundamento prorsusinconcussa simplicity, sed
minime apparet duplicitate operta humana; dolositatis,
simulationis, hypocrisis.
3. Qnam incongrue simplicitati duplicitas admiscetur,
quam indigne lali fundamento talis structura committitur.
Hujusmodi sibi versutiam serpens induerat, cum se, ut
deciperet, consiliarium exhibebat, simulabat amicum.
Hujusmodi quoque seducti ab eo paradisi incol* indue-
rant sibi, cum pudendam jam nuditatem tegere conaren-
tur, et umbra frondosi ligni, et frondium succinctoriis,
et verbis excusatoriis. Quam late exlunc et deinceps
omnem postcritalem bareditarinm hypocrisis virus inlecitl
Quem dabis de filiis Adam qui quod est, non dico velit,
sed vel patiatur videri ? Sed perseverat nihilominus in
omni anima cum originali duplicitate generalissimplici-
tas, ut de collatione confusio augnatur : perseverat ffique
immortalitas, sed fusca et tetra, irruente tenebrosa cor-
poreae mortis caligine. Nam et si non privatur vita, vitae
tamen beneficium suo corpori jam non sufficit vindicare.
Quid quod ne suam quidem spiritualem duntaxat vitam
retinet sibi ? Anima nempe qua peccaverit, ipsa morie-
QUATRE-VINGT-DEUXIEME SERMON^SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
563
au lieu qu'etant d'une nature immortelle, elle de-
C'est avec vrait desirer des choses immortelles comme lui
l'homme'ne e'ant conformes, afln de paraitre ce qu'elle est, et
soupirant (je vivre de la vie qui lui est propre; elle a des sen-
qu apres les . ' ' r'
choies timents et des inclinations toutes contraires, et se
m°mortel.eS' rendant seinblable aux choses morlelles et perissa-
bles, par une vie degeneree de la noblesse de sa
nature, elle obscurcit la blancheur de son immorta-
lite par une malheureuse habitmle, qui comme une
poix sale et noire decolore sa beaute naturelle. Et
comment le desir des choses mortelles ne rendrait-
il pas mortelle l'ame qui est immortelle, puisque,
comme dit le sage, on ne saurait manier de la pois
sans se souiller (Eccli. xni, 1) ? En jouissant des
biens mortels, elle s'est revetue de la mortality et
elle a defigure sa robe d'immortalile par la ressem-
blance de la mort, niais elle ne s'en est pas de-
pouillee.
h. Considerez Eve, comment son ame immor-
telle a terni l'eclat de son immortalite en s'atta-
chant aux choses morlelles. Pourquoi, etant im-
mortelle, n'a-t-ellepas meprise les choses mortelles
et passageres pour se contenter des choses immua-
bles et eternelles? « Elle vit, dit l'Ecrilure, que
cet arbre etait agreable a voir, et que le fruit en
6tait fort bon a manger. » (Gen. m, 6).) » Cette
beaute, 6 femme, que vous voyez dans cet arbre,
et qui parait si agreable a vos yeux, n'est pas la
beaute qui vous est propre. Elle ne vous regarde
que selon la partie de vous-meme qui est de fange
et de boue ; elle ne vous est pas particuliere, mais
elle est commune a tons les animaux de la terre ; la
beaute qui vous appartient veritablement est autre, et
vient d'ailleurs, elle est eternelle et c'est un rayon
tur. Nonnemorte ista duplici incursante, ilia qualiscum-
que immortalilas, quam retentat, tenebrosa satis reddi-
tur, etmisella? Adde quod appetentia terrenorum (qua?
quidem omnia ad interitum sunt) densat tenebras, itaut
in anima sic vivenle nil a parte aliqua nisi pallida facies
et imago qua>dam mortis apparere cernatur. Cur non
cnim quae immortalis est, similia sibi immorlalia appetit
et aeterna, ut quod est appareat, et quod facta est vivat?
Ceelerum contraria sapit et quaerit, et mortalibus sese
degeneri conversatione conformans, immortalitatis can-
dorem quodam mortifera consuetudinispiceo colore de-
nigrat. Quidni mortalium appetitus immortalem morlali
similem; immortali dissimilem faciet ? Qui Inngilpicem,
ait Sapiens, inqmnabitur abea. Fruendo mortalibus mor-
talitatem se induit, et vestem immortalitatis incidente
mortis similitudine decoloravit, non exuit.
4. Evam attende, quomodo ejus anima immortalis,
immortalitatis sua; glorias secum mortalitatis invexit,
mortalia utique affectando. Ut quid enim, cum immortalis
esset, mortalia non conlempsit et transitoria, contents
sibi similibus, immortalibus et aeternis? Vidi, inquit,
lignum quod esset pulchrum oculis, et aspectu deleclabile,
ac suave ad vescendum. Non est tua, o mulier, ista sua-
vitas, ista delectatio, istaque pulchritudo : et si sua pro
parte luti, non tua solius, sed communis cunctis ani-
de l'eternite. Pourquoi imprimez-vous a votre ame
une autre forme, ou plutot une difformile etran-
gere? Car, ce qu'elle souhaite d'avoir, elle craint
de le perdre, et cette crainte, est une espece de
couleur qui, teignant la liberte, la couvre et se la
rend semblable. Combien serait-il plus digne
qu'elle ne desirat rien, alin qu'elle ne craignit rien,
etque, ainsi elle defendit sa liberte de cette crainte
servile, et demeurit dans sa vigueur et sa beaute
originelles! Helas! il n'en est pas ainsi. Sa couleur
excellente a change. Vous fuyez et vous vous ca-
chez, vous entendez la voix du Seigneur, et vous
vous retirez. Pourquoi cela, sinon parce que vous
craignez celui que vous aimiez auparavant, et
qu'une forme servile a remplace la beaute de voire
liberte.
5. Cette necessite meme volontaire, dont j'ai
parle ci-dessus, et cette loi des membres conlraire
a la loi de l'esprit opprime la liberte, et, attirant
une creature libre par sa propre volonte, elle l'as-
sujettit a une honteuse servitude, et la couvre de
confusion et d'ignominie, en sorte que, au moins,
selon la chair, elle obeit meme malgre elle, a la loi
du peche. Aussi, pour avoir neglige de defendre la
noblesse de sa nature par l'innocence de ses mceurs,
il est arrive, par un juste jugement de son cr&a-
teur, qu'elle s'est, non depouillee de la liberte qui
lui est propre, mais revetue de sa propre honte,
comme d'un voile epais. Je dis qu'elle s'est revetue
d'une seconde robe, parce que sa liberte demeurant
a cause de la volonte, sa conduite toute servile fait
voir qu'elle est accompagnee de necessite etde con-
trainte. On peut dire la meme chose de lasimplicite
et de l'immortalite de l'ame, et, si vous y prenez
Quelle est la
liberte qui
reste
a l'bomme
devenu
pScheur.
mantibus terrae. Tua, qua» vere tua est, aliunde, et alia
est : nam aeterna est de aeternilate. Quid tu animae tuae
aliam formam, imo deformitatem imprimis alienam?
Enimvero quod delectat habere, id etiam perdere timet :
et timor color est. Is libertalem dum tingit, tegit, et
earn nihilominus sibimet reddit dissimilem. Quam
dignius sua origine nihil cuperet, ubi nihil metucret, ac
per hoc a servili Umore islo ingenitam sibi defendere
lihertatem, manentem in vigore et decore suo ! Heu non
ila est ! mutatus est color optimus. Fugitas, et latitas :
audis vocem Domini Dei, et abscondis te. Cur boo,
nisi quia quern amabas times, et libertatis speciem forma
servilis exclusit?
5. Sed et volunlaria ilia necessitas, et contraria lex
indicia membris (de qua proximo sermone disserui)
eidem incubat libertati, et liberam natura creaturam per
propriam ipsius voluntalem, dum allicil, subjicit servi-
tuti, inplens faciem ejus ignominia, ita ut vet carne
serviat legi peccati, et non volens. Quia ergo natura;
ingenuitalem morum probitate defensare neglexit
justo auctoris judicio factum est, non quidem utlibertate
propria nudaretur, sed tamen superindueretur, sicut di-
ploide, consufiono sua. Et bene sicut diploide, ubi veste
veluti duplicata, manente libertate propter voluntatem
servilis nihilomiuus conversatio necessitatem probat
56a
OELYRES DE SAINT BERNARD.
La peine du
pcche.
L'tiomnoe
reduit a la
ressemblance
des beies.
earde vous ne tronverez rien en elle qui ne soit dans {'accouchement? Yoila done comment, dans
convert de cette double robe de ressemblance et de la conception et dans la naissance, dans la vie et
dissemblance, N'est-ce pas une double robe lorsque dans la mort, l'homme a ete compare aux betes
la Erande est comrae attachee et cousue, pour ainsi brutes, et leur est devenu semblable.
dire, a la simplicite, la mort, a I'immortalite, la 6. Que dirai-je de ce qu'une creature librene
ilaliberte? Car" la duplicile de coeur ne gouverne pas on reine la concupiscence, et
detruit point la simplicite de sou essence, la mort ne so la soumette pas; mais la suive et lui obeisse
volontaire du peche, ou naturelle du corps, ne comme une servanle? Ne se met-elle pas encore, en
mine point I'immortalite de s.i nature, ni la ne- ce point, an rang des animaux sans raison, a qui
cessite dune servitude volontaire n'eteint point la la nature n'a point donne de liberie, mais qu'elle
liberie de sonlibre arbilre. Ainsi cesmaux etrangers a reduits comme en servitude pour serviraleur
ue succedant pas, mais etant ajoules aux biens qui appetil ? N'est-ce pas avec raisou, que Dieuahonte
lui sont naturels, ils les defigurent sans les extermi- d'etre eslime semblable a un homme qui est tel, et
ner. Dela vient que I'ameest differente d'elle-meme. qu'il dit : « Vous avez em, mediant, que je serais
C'estpource sujet qu'elle est comparee aux betes semblable a vous (Psal. xi.ix, 21). » Et il ajoute :
brutes (Psal. sum, 3), et qu'elle leur est deve- « Je voucs halierai, et vous ferai voir a vous-m«me,
mblable. C'est ce qui fait dire qu'elle a danstoute votre laideur . * Ce n'est pas a-une ame
change sa gloire en la ressemblance d'un veau qui qui se voit et qui se conuait, de enure que Dieu lui
maime de l'herbe (Psal cv, 20); que les homines est semblable, surloutauneftme comme la mieune,
comme des renards, out des tannieres de duplicite mechante et pecheresse. Car e'esi cede qui est de
et de fraude, et comme ils se sont rendus sembla- la sorte que Dieu reprend ainsi : « Vous avez cm,
bits aux renards, ils en seront la proie. C'est en- mechant » ; non pas, vous avez crn, homme, ou
core pour cela que, selon Salomon, l'homme et la bien, vous avez cm, 6 ame, que je serais semblable
bete out une menie tin (Eccl. in, 19). Et pourquoi, a vous. .Mais, si le mediant est mis devant ses pro-
ceux qui ont vecude meme ne mourraient-ils pas pres veiix, et se trouve comme devant la face pile
aussi deineme? U s'est attache auxchoses terrestres, et deliguree de son homme inlerieur, en sorte qu'il
comme les betes, il lesquittera aussi comme les be- ne puisse pas ne point voir l'impurete de sa cons-
tes. Etoulez encore une autre pensee la dessus. cience, les ordures de ses peches, la difformite de
Pourquoi s'elonner que nous sortions de cette vie ses vices, il ne pourra pas croire que Dieu suit sem-
de la meme manic-re que les betes, puisque nous blable a lui, mais, je crois que cette difference si
y sonimesentresde meme qu'clles? Car, d'ou vient, grande le portera a s'ecrier : a Seigneur, qui est
sinon de leur ressemblance avec les betes, que les semblable a sous (Psal. xxxiv, 10/?» Ce quis'en'end
boiumes resseulent une ardeur si violente, pour les de cette ressemblance nouvelle et volontaire. Car,
rapprochements sexuels et une douleur si excessive la premiere ressemblance demeure tonjours ; et
Hoc de simplicitate, hoc de immortalitate anima; ad-
vertere es; ; et nil tibi in ea, si bene considercs appa-
rebit, quod non sit istiusmodi similitudinis pariter et
dissimulitudinis diploide adopertuai. An ion diplois,
ubi Doninnata,sedalGxa,el quadam quasi acupeccau'assu-
taest simplicilati fraus, immurtatilati nuns, necessitas li-
berlali? Nequc enim essentia; simplicilati pr*scnbitdu-
plicitas corois ; non natune immortalitati niurs, aut vo-
luntaria peccati, aut n is ; non arbitrii li-
bert.ti necessitas voluntary servitutis. Ita boDis nature
mala advenlilia, dam non succedunt, sed accedunt,
turpant ulique ea, non exlerminant; conturbant nun dc-
turbant. Inde anima dissimilis Deo, inde dissimilis est
et sibi : inde comparata jumentis insipientibus, etsuui-
lis facta est litis: inde quod legitur conunuUisse gloriam
suam in similitndinem vituli comedenlis fcenum : inde
homines, taoquam vulpes, duplicilatis el fiaudis foveas
habent : et quia pares us se fccerunl, partes
vulpium erunt : inde, juxta Salom neno, uma exitus
hn:, mil el jumenlo. Quidni similiter exeat, qui similiter
vixitt More bestiali incubuil terrenis, nioite bestiali
excedet ten-is. Audi aliud. Quid minim si similem sor-
tiniurexilum, qai et similem habemus inlroiluin ? Undo
enim hominibus, nisi de similitudine bestiali , ille tam
jntemperans ardor in coitu, tam immoderatus delor in
partu? Ita homo in conceptu et ortu, in vita et morte
comparatus est jumentis insipientibus, et similis factu9
est illis.
(i. Quid quod libera creatura sibi subditum appelilom
non regit ul domina, se I sequitur et obsequitur utancil-
la ? Nonne et in hoc se assimilat el annumerat cajleris
animantibus, qua; natura non in libciiatem vocavit,
indidit iu serivlutem servirc suo ventri, appetitui
obedirc ? Nonne tali merilo eonfunditur perliiberi vel
cxistimari similis Deus? Ideoquc ait : Extstimasti inique ,
quod ero tuisimitis. et infer! : Arguam le, el staluam
contra faciem luam. Non estsese vider.lis anima? , Deum
exislimare similem sibi , animae duntaxat (qualismea est)
peccatricis et iniquse. Ejusmodi namque arguitur : Exis-
timasti inique, ait; et non dicit, exisiimasti anima,
vel existimasti homo, quod ero tui similis Sedsi statualur
iniquus ante faciem suam , et contra vullum quemdam
morbidum putidumque inteiioris hominis sui sistntur ,
ut dissimulare aut declinare nonqucat impuritalem cons-
cientia; sua; , sed videat vel invitus sordes peccatorum
suorum , vitiorum inspiliat deformitatem ; nequaquam
jam potent exislimare Deum fore similem sibi, sed
quasi diflidens pro tanta dissimilitudine quam videbit,
puto exclamabit , et dicet: Domine , quis similis Ubi?
quod quidem dictum pro volunlaria ilia et novitia dia-
QUATRE-VINGT-DEUXIF.ME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
565
c'est ce qui rendcette difference encore plus insup-
portable. 0 que l'une est un grand bien,etque l'au-
tre est un grand mal ! Chaque cbose neanmoins,
en son genre, pa rait davantage par lacomparaison
de l'une et de l'aulre.
L'homme 7. Lorsque l'ame voit en elle-meme des choses si
pe'moitisn" differentes et si opposees, comment done ne s'e-
rfpaw sa criera-t-elle pointentre l'esperance et V desespoir :
avec le « Seigneur, qui est semblab'e a vous {Psal. xxxiv,
lagrace. *") • " *- n sl grand mal la pone an desespoirj mats
un si grand bien la rappelle et lui dnnne quelque
esperance. De la vient que plus elle se deplalt dans
le mal qu'elle voit en soi, plus elle aspire avec ar-
deuraubien qu'elley voitaussi, et desire de devenir
semblable k celui a l'image de qui elle a ete for-
tnee, e'est-a-dire simple, droite, craignant Dieu, et
s'eloignant du mal. Et comment ne ponrrait-elle
point s'eloigner d'ou elle a pu s'apnroclier? ou
s'approcher d'ou elle a pu s'eloigner. Ce que nean-
moins elle doit presumer de la grace, non de la
nature, ni memo de son travail. Car c'est la sa-
gesse qui surraonte la malice (Sap. vil, 30), non le
travail ou la nature. Et elle a sujet de l'esperer ;
car naturellement elle est tournee vers le Verbe.
La noble alliance de l'ame avec le Verbe et sa
ressemb lance eternelle dout je vous entretiens
depuis trois jours, n'est point oisive dans le Verbe.
• 11 daigne s'associer selon l'esprit celle qui lui est
semblable selon la nature. Et certes naturellement
cbacun cherche son semblable. Ecoutez la voix de
celui qui la cberche : « Revenez, Sulamite. revenez
afin que nous vous voyions (Cunt, vi, 12). » Celui
qui ne la pouvait voirlorsqu'elleluietaitdissembla-
ble, laverra volontierslorsqu'elle lui sera semblable
et se fera voir d'elle. « Car nous savons que lorsqu'il
apparailra nous lui serous semblables, parcequenous
le verrons tel qu'il est {Joan, m, 2). » Croyez done
que ce qu'elle dit « Seigneur, qui est semblable a
vous (Psal. xvxiv, 10)? » c'est p'.utot parce que cela
est difficile que parce qu'elle le juge absolumeut
impossible. \
8. Ou, si vous 1'aimez mieux, c'est le cri de l'ad- Lacbarite e»t
r. . . . . , une vision.
miration. Certes, c est une ressemblance surpre-
nante et admirable que celle que la vision de Dieu
accompagne, ou plutot quiest celte vision meme.
J'entends parler de la vision qui se fait dans l'amour,
car l'amour est cette vision et cette ressemblance.
Qui ne s'etonnerait de la bonte de Dieu quirappelle
l'ame qui l'a meprisee ? C'est certainement avec
raison que le mecbant, que nous avons represents
ci-dessus comme usurpant la ressemblance deDieu,
est repris par lui, puisque, en aimant l'iniquite,
il ne pent ni s'aimer soi-meme, ni aimer Dieu;
car il est ecrit, « que celui qui aime l'iniquite, hait
son ame (Psal. x, 1). » L'iniquite done, qui est
cause de la difference qui se trouve en partie entre
Dieu et lame, etant otee, il y aura entre eux une
union parfaite d'esprit, une vision mutuelle, et un
amour reciproque. Car lorsque ce qui est parfait
arrivera, ce qui est imparfait sera detruit, ([ Cor.
mi), et il y aura entre Dieu e-t l'ame un amour
cbaste et consomme, une pleine connaissance, une
vision manifeste, une union ferme, une societe in-
divisible, une ressemblance parfaite. Alors .l'ame
connaitra Dieu comme elle est connue de lui; elle
l'aimera comme elle en est aimee, et 1 Epoux se
rejouira de son Epouse, parce que la connaissance
et l'amour seront reciproques entre elle et lui
similitudine. Nam manet prima similitudo : et ideo ilia
plus displicet, quod ista manet. 0 quantum bonum ista,
quantumque malum ilia ! Ex mutua tamen collatione
utraque res in genere suo plus eminet.
7. Cum ergo anima tantam in se una rerum dislantiam
cernit, quidni clamel, inter spem ct desperationem ulique
posita : Domine , quis similis tui? Trahitur in despera-
tionem pro lanto malo : sed revocatur in spem a tanto
bono. Inde est, ut quo sibi plus displicel. in malo quod
in se videt , eo se ardentius ad bonum , quod «que in se
conspicil, trahat, cupiatque fieri ad quod facta est, sim-
plex et recla, et limens Deum, ac recedens a malo.
Quidni recedere possit , ad quod accedere potuit V Quidni
accedere, a quo recedere potuit? Quod tameu ntrumque
dixerim de gratia prresumendum , non de natura , sed
ne de induslriaquidem. Nenpe Sapienlia vincil maliiiam,
non industria, vel natura Nee deestoccasiopraesnmendi :
ad Vcrbum est conversio ejus. Non est apud Verbum
otiosa anima? generosacognalio, de quatriduojam trac-
tamus, et cognationis testis similitudo perseverans. Dig-
nanter admitlit in societalem Spiritus similem in natura.
Et eerie de ratione natura;, similis similem quaerit. Vox
requirentis : Reverter? Sulamilis revertere ut intueajnur
le. Intuebitur similem, qui dissimilem non videbat : sed
et se intuendum praestabit. Sa'mus quoniam cum ap-
paruerit , similes ei erimus , quoniam videbimus eum si-
cuti est. Puta ergo de dif'fictiltate magis, quam de im-
possibilitate venire illam percunctationem : Domine,
guts similis til/i?
8. Ant , si hoc magis probas , vox est admirantis. Ad-
miranda prorsus et stupenda ilia similitudo , quam Dei
visio comilalur, imo quae Dei visio est : ego autera
dico in charilate. Charitas ilia visio, ilia similitudo est.
Quisnon stupeat charilatem Dei spreti et revocantis? Me-
rito iniqiius arguitur ille , qui supra induclus est, Dei
similitudinem usurpans sibi , cum diligendo iniqui-
tatem , neque possit se diligere , neque Deum ; sie
enim habes : Qui diligit imquitatem , odil animam
suam, Pacta igitur de medio iniquitate , qua? earn quae ex
parte est dissimilitudinem facit , erit unio spiritus, erit
mutua visio , mutuaquedilec'io. Siquidem veniente quod
perfectum est, evacuabitur quod ex parte est; eritquead
allerutrum casta et consummata dilectio , agnitio plena,
visio manifesta, conjunctio lirma , societas individua , si-
militudo perfects. Tunc cognoscet anima , sicut cognita
est; tunc amabit, sicut amala est; et gaudebit Sponsus
super Sponsam, cognoscens et cognitus, diligens et di-
lectus , Jesus-Christus Dominus nosier, qui est super
omnia Deus benedictus in soBcula. Amen.
566
GEUVRESDE SAINT BERNARD.
\
qui etant Dieu et eleve par dessus tout est beni dans
les siecles des siecles. Airisi soit-il.
SERMON LXXH1I.
Comment rdme, quclque chargce de vices quelle soil,
peut encore, par tin amour chaste et saint, recouvrer
sa resemblance avec I'Epoux, c'est-a-dire, avec le
Christ.
1. Nous avons employe pendant trois jours, tout
le temps que nous nous sommes domic pour vous
parler, a expliquer l'aftinite de l'ame avec le Verbe.
Mais quel est le profit qu'on pent tirer de ce tra-
vail ? Le voiei. Nous avons fait voir que toute Ame,
bien que chargee <le vices, enveloppee de peehes,
comme de Qlets, charmed par les attraits de la vo-
lupte, captive dans sou exil, enfermee dans son
corps comme dans une prison, enfoncee dans la
boue, plongee dans la fange, attaehee a ses meni-
bres, accablee de soins, absorbee par les affaires,
saisie de crainte, pressee de douleurs, devoyee par
l'erreur, rongee d'ennuis, inquietee de soupcon, et
enfin etrangere sur la terre de ses eunemis (Bar.
m, 11), comme parle le Propbete, souillee avec les
morts, reputee du nombre deceus qui sont dans
l'enfer, qu'une ame, dis-je, ainsi damnee et deses-
peree, peut trouver dans elle-meme, non-seule-
ment de quoi respirer dans l'esperance du pardon,
qoiTd'aT^e et ^e 'a nnsencordfy mais encore de quoi oser as-
de vices qu'ei- pirer aux noces celestes du Verbe, a contra cter
encore S alliance avec Dieu, et a porter le joug agreable de
capable de la i'amour avec ie ro; jes anges. Car, que ne peul-
la telitite. elle point entreprendre avec conliance aupres de
SERMO LXXXIII.
Qualiter anima , qunntumcumque vitiis corrupta per
amorem castum et sanctum potest redire ad simili-
tudinem Sponsi, id est Christi.
4 .Quantum quidemregularishorapermisit, quara nobis
' ai biduum constituimus ad loquendum, triduum * hoc in demons-
' tranda Verbi animajque aflinitate expcnsum est. Q''3suti-
litas in omni labore islo? Nempeha?c. Docuimus omnem
aniinam , licet oneralam peccatis, vitiis ii'retitam,eaptam
illecebris , exsilio caplivam , corpore carceralam , luto
haerenlein , intixam limo , aflixam membris , confixam
curis, distentam negotiis, conlractam timoribus,arfiiclarn
doloribus, erroribus vagam , sollicitudinibus anxiam, sus-
picionibus inquietam , et postremo advenam in terra
inimicurum, juxla Prophetaa vocem, coinquinatam cum
mortuis , depulatam cum his qui in inferno sunt; licet,
inquam, sic damnatam, el sic desperalam ; docui-
mus tamen hanc in sese posse advcrtere, non modo
unde respi rare in spem venia? , in spern misericordis
queat; sed etiam unde audeat adspirare ad nuplias Verbi,
cum Deo inire foedus societalis non trepidet , suave amo-
••is jugum cum rege ducere angelorum non vereatur.
elle
empreinte
dans
l'hoaime.
celui dont elle sait qu'elle porte encore l'image et
la ressemblance ? Quel sujet a-t-elle d'apprehender
une si haute majeste, lorsqu'elle considere la no-
blesse de son originc 1 Tout ce qu'elle a a faire>
c'cst d'avoir soil) de conserver la puretedesa nature
par I'honnetete de sa vie, on plut6t d'omeretd'em-
bellir par quantite de vertus et de bonnes oeuvres,
comme par de riches couleurs, cette image illustre
qui est imprimee par la creation dans le fond de
son fitre.
2. Car pourquoi demeure-t-elle oisive et inutile? p0urquoi
Certes le travail et l'industrie sont un grand donde ' m'1fl)feeade
la nature ; et si nous ne les employons, toutes ses demeure-t
bonnes inclinations ne se perdront-elles pas, ne
demeureront-elles pas endormies ou asssoupies ?
Et quelle plus grande injure peut-on fairc a son
auteur ? C'est pourquoi Dieu meme a voulu qu'il se
conservat toujours en l'ame comme une etincelle
de vertu et de generosite, alin que cette ressem-
blance qu'elle a avec le Verbe, l'avertisse sanscesse
ou de demeurer avec lui, ou d'y retourner lors-
qu'elle l'a quitte. Or, elle ne les quitte pas en sor-
tant d'un lieu, ou en marcbant avec les pieds, mais
elle les quitte a la maniere des substances spiri-
tuelles, c'est-a-dire par ses affections, lorsqu'elle
se rend dissemblable a soi-meme, et qu'elle dege-
nere de sa noblesse, par le dereglemeut de sa vie
et de sa conduite ; cette dissemblance neanmoins,
n'est pas une extinction, mais unvice desa nature,
qui en releve autaftt le bien par la comparaisan,
qu'elle le souille par son union. Mais le retour
de l'ame, c'est la conversion au Verbe, pour 6tre
reformee par lui, et pour Metre rendue conforme.
Car il est ecrit : « Soyez les imitateurs de Dieu,
Quid enim non tute audeat apud eum ,cujusse insignem
cernit imagine, illustrem similit udine novil? Quid, inquam,
vereatur de majestate , cui de origine fiducia datur?
Tantum est ut curet nature ingenuitatem vitae honestate
servare, imo ccelesledecus , quod sibi originaliter inest,
dignis quibusdamstudeatmorum affectuumque venustare
et decorare coloribus.
2. Utquid enim dormitet industria ? Grande profecto
in nobis donum natural ipsa est : qua? si minus sua ex-
sequatur paries, nonne quod reliquum habet natura in
nobis, totum turbabilur, totum quasi quadam veluslatis
operietur rnbigine. Id quidcm injuria auctori. Et utique
ad hoc auclor ipse Deus divinae insigne generositatis per-
petuo voluit in anima conservari , ut semper hae.c in sese
ex Vcrbo, aut redire , si mota fueril. Non mola quasi
locis migrans , aut pedibus gradiens , sed mota (sicut
substantia? utiquo spirituali moveri est) cum suis atTecti-
bus, imo defectibus, a sc quodam modo in pejus va-
dil,cum se sibi vit;B et morum pravilate dissimilem facit,
reddit degenerem : qua; tamen dissimilitudo non naturae
abolitio , sed vilinm est, bonum ipsnm naturae quantum
sui comparatione attollens , tantum foedans conjunctions.
Jam vero anima; reditus, conversio ejus ad Verbum ,
reformandae per ipsuin , conformands ipsi. In quo ? In
charitate. Ait enim : Estote imitalores Dei, sicut filii cha-
QUATRE-V1NGT-TR0ISIEME SERMON
comme des enfants tres-chers, et aimez-le cons-
tamment, puisque Jesus-Christ vous a taut aimes
(Ephes. in, 1). »
La conformite 3. C'est cette conformite qui fait un manage
le Verbe6 entre l'dme et le Verbe, lorsque lui etant semblable
unit l'une 4 par sa nature, elle tiehe encore de lui ressembler
1 autre. r ' .
par sa volonte, en l'aimant comme elle est aimee
de lui. Si done elle l'aime parfaitement, elle devient
son epouse. Qu'y a-t-il de plus agreable que cette
conformite, qu'y a-t-il de plus desirable que cet
amour, qui fait que Tame, ne se contentant pas
des instructions qu'elle recoit des bommes, s'ap-
procbe bardiment elle-niume du Verbe, s'attacbe
fermement a lui, l'interroge et le consulte fami-
lierement sur toutes cboses, la capacite de son in-
telligence devenant la mesure de la hardiesse de
ses desirs. Voila le contrat d'un mariage vraiment
sacre et spirituel; c'est trop peu dire, ce n'est pas
un contrat, c'est un embrassement, oui, un embras-
sement, puisque la liaison parfaite de leurs volon-
tes ne fait qu'un esprit de deux. Etil ne faut point
apprebender que 1'inegalite des personnes, rende
defectueuse en quelque chose la conformite de
leurs volontes. Car l'amourne sait ce que c'est que
la_crainte respectueuse. L amour tire son nom
d'aimer, non pat d'honorer, que celui qui est frap-
pe d'horreur, d'etonnement, de crainle, ou d'ad-
miration, honore si bon lui semble : toutes ces
absorbe ions choses n'ont point lieu dans un amant. L'amour
les autres est tout plein de soi. Lorsque l'aniour nait dans
sentiments. r ^
une ame, il absorbe en lui toutes les autres pas-
sions. C'est pourquoi celle qui aime, aime, et ne
sait rien autre chose. Celui qui, avec raison, merite
d'etre honore et admire, aime mieux neanmoins
ill
* at. conni-
veatiam.
rissimi ; et ambulate in dilectione ,sicut et Chrutus dilexit
vos.
3 Talis conlbrmitas maritat animam verbo , cum cui
videlicet similis est per naturam, similem nihilominus
ipsi se exhibet per voluntatem , diligens sicut dilecta
est. Ergo si perfecte diligit , nupsit. Quid hac confor-
mitate jucundius? quid optabilius charitate, quafit, ut
humano magisterio non contenta , per temet , o anima,
fiducialiler accedas ad Verbum , Verbo constanter iu-
haereas, Verbum familiariter percuncleris , consullesque
deomnire, quantum intellectu capax , tantum audax
desiderio? Vere spirituals , sanctique connubii contrac-
tus iste. Parum dixi , contractus : complexus est, corn-
plexus plane, ubi idem velle , etnolle idem, unum facit
spiritual de duobus. Nee verendum ne disparitas perso-
narum claudicare in aliquo faciat convenientiam * vo-
luntatum, quia amor reverentiamnescit. Abamandoquip-
pe amor, non ab honorando denominatur. Honoret,
sane qnihorret, qui stupet, qui metuit, qui miratur :
vacant hmc omnia penes ainantem. Amor sibi abundat:
amor ubi veneril,caeteros in se omnes traducit etcaptivat
affectus . Propterea quae amat, amat, et aliud novit
nihil. Ipse qui honori merito , merito stupori et mi-
raculo est : amari tamen plus amat. Sponsus , et sponsa
9unt. Quam quaeris aliam inter sponsos necessitudinem
SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES. 567
etre aime. Ce sont l'epouxetl'epouse. Quelle autre
liaison voulez-vous qu'il y ait entre des epoux, en
dehors de celle qui consiste a aimer, et a etre
aime ? Ce nceud est meme plus etroit que celui
qui unit les peres aux enfants. C'est pourquoi, le
Sauveur dit dans l'Evangile, que « l'homme lais-
sera son pere ct sa mere, et s'attachera a son
epouse [Matth. xix, 5). » Voyez-vous comme cette
passion ne surmonte pas seulement dans des epoux
toutes les autres passions, mais se surmonte encore
elle-meme.
U. Ajoutez a cela que cet epoux n'est pas seule-
ment amant, mais amour. N'est-il point aussi hon-
neur? Le soutienne quivoudra, je ne l'ai point lu;
mais j'ai lu que Dteu est amour (1 Joan, iv, 16). Ce
n'est pas que Dieu ne veuille etre honore, puisqu'il
dit : « Si je suis Pere, ou est l'honneur qu'on me
doit (Malac. m, 6) ? » II dit cela comme pere. Mais
s'il parle comme epoux, ne dira-t-il pas ; si je suis
epout, oil est l'amour qui m'est du? Car il a dit
aussi auparavant : « Si je suis Seigneur, oil est la
crainte qu'on doit avoir pour moi {Ibid.) » ? Dieu
done demande qu'on le craigne comme Seigneur,
qu'on l'honore comme pere, et qu'on l'aime comme
epoux. Laquelle de ces trois choses est la plus ex-
cellente ? C'est l'amour. Sans lui la crainte est pe-
nible, et l'honneur sans recompense. La crainte est
servile tant qu'elle n'est point affranchie par l'a-
mour, et l'honneur qui ne part pas de l'amour
n'est pas un honneur, mais une flalterie. Et eerfes
l'honneur et la gloire ne sont dus qu'a Dieu, mais
il n'acceptera ni l'une ni l'autre de ces deux choses,
si elles ne sont comme assaisonnees du miel de
l'amour. L'amour est seul suflisant par lui-meme.
Ce qui est
vrii surtout
de l'amoar
conjugal.
Dieu aime
mieux Aire
aime que
craint
et honore.
vel connexionem, praeter amari, et amare? Hie nexus
vincit etiam quod natura arctius vinxit, vinculum pa-
rentum ad filios. Denique propter Aoc,ait, relinquet
homo pat rem suum et matrem suam , et adhixrebit sponsa;.
Vides iste affectus quam sit in sponsis , non caeteris tan-
tum affectibus , sed etiam seipso potentior.
4. Adde quod iste sponsus non modo amans, sed amor
est. Numquid honor? Contendat quis esse : ego non
legi. Legi autem quia Deus charitas est; et non quia
honor est, vel dignitas legi. Non quia honorem Don
vult Deus, qui ait : Si ego pater, ubi est honor meus?
Verum id Pater. Sed si sponsum exhibeat, puto quia
mutabit vocem, et dicet : Si ego sponsus, ubi est amor
meus? Nam et ante ita locutus est : Si ego ut Dominus.
ubiest timor meus ? Exigit ergo Deus timed ut Dominus,
honorari ut Pater, et ut sponsus amari. Quid in his
prasstat, quid eminet ? Nempe amor. Absque hoc et timor
pcenam habet, et honor nonhabetgratiam. Servilisest ti-
mor, quandiu abamore non manu-mittitur. Et qui deamore
non venit honor, non honor, sed adulatio est. Et quidem
soli Deo honor et gloria : sed borum neutrum accep-
tabit Deus, si melle amoris condita non fuerint. Is per
se sufficit, is per se placet, el propter se. Ipse meiltum,
ipse pr33mium est sibi. Amor praeter se non requirit
causam, non fructum. Fructusejus, usus ejus. Amo, quia
508 OEUVRES DE SAINT BEUNAHD.
L'amour est aeul agreable par Ini-meme et pour
L antnir sent
»e «uffit. lui-meme. L'amour est hsoi-meme son menta et
s.i recompense, li ne chert-he uors de soi, 711
raison, ni avantage. Jaime p .:■■ e que j'aime,j'aime
pour aimer. L'amour esl line grande i
iraoins il retourue ;i son principe, s'il remonte
a -.mi origiue et a si source, s'il en lire toujours
comme de uouvelles eaux pour coulur sans cesse.
De tons les mouve.ments <!<■ lame, l'amour
L'lniBir mi 1 r iequej |a creature raisonnalile peul en
DOU* pennt't ...
de noca
arquitler
envcrs Dieu,
Le pur amour
n'est point
no amour
mercenaire,
toutefuis il
ne ra point
sans sa
recompense.
qnelque sorte reconnailre les gi ftees qu'elle a n
de son createur. Par exemple, si Dieu est en colere
contre moi, me mettrais-je aussi en colere coi
lui? Nullemect. Mais je m humilierai,jetremblerai
devant lui, je lui demanderai pardon. De meme
s'il me reprend. je ne le reprendrai pas de mon
cote, mais je reconnaitrai qu'il me reprend avec
justice. S'il me juge, je ne lejugerai pas, mais je
l'adorerai. Lorsqu'il me sauve, il n'exige pas de
moi que je le sauve, niqueie le delivre, parce que
c'est lui qui delivre et sauve tout le monde. S'il use
de I'empire qu'il a sur moi, il faut que je le serve;
s'il me commande qnelque chose, il faut que j'o-
beisse, et rion pas que j'exige du Seigneur le meme
service 011 la meme obeissance que je lui rends.
Quelle difference quand il s'agit de l'amour ! Lors-
que Dieu aime, il ne demande autre chose que
d'etre aime, parce qu'il n'aime qu'aliu d'etre ame,
sachant que ceux qui l'aiment deviendront bien-
lieureuxpar cet amour meme.
5. L'amour, comme jel'aidejadit, estune grande
chose, mais il a des degres. L'epouse est au plus
eleve. Les enfants aiment, mais ils pensent a 1 he-
ritage ; et dans la crainte qu'ils ont de le perdre,
ils ont plus de respect que d'amour. Cet amour-
amo ; amo, ut amem. Magna res amor, si tamen ad suura
recurrat principium, si sua? origini redditus, si refusus
suo fonli semper ex eo sumat, unde jugiler dual. Solus
est amor ex omnibus anuria: motions, sensibus alque
aflectibus, in quo putcst ereatiira, etsi non ex a,quo,
respondere anclori, vel de simili muluam rependere
vicem. Verbi gratia, si mibi irascatur Deus, nnm illi ego
simililer reirascar? Non utique, sed pavebo, sed con-
tremiscam, sed veniam deprecabor. Ita si me arguat,
non redarguetur a me, sed ex me potins justificabitur,
Nee si me judicabit, judicabo ego euni, sedadorabo : et
salvans me non qua'i-it a mc ipse salvari, nee vicissim
eget ab aliquo I bcrari, qui liberal omnes. Si dominalur
me oportet servire : si imperat, me oportet parere; et
non vicissim a Domino \el servilium exigere, vel obse-
quium. Nunc jam videas de amore qnam aliter sit. Nam
cum amat Deus, non aliud vult quam amari : quippe
non ad aliud amat nisi ut ametur, sciens ipso amore
bealos qui se amaverint.
5. Magna rea a nor: sed sunt in co gradus. Sponsa
in snmmu stat. Am. nit enim el lllii, sed de haeredilate
cogilant : quam du.n vercntur q |uo modo amiltere,
ipsuoi a quo exspectalur htereditas, plus reverentur, mi-
nus amant. Suspectus est mibi ainor, cui aliud quid
lh m'est suspect, il semble n'etre produit que par
I'esperance d'acqufirir quelque autre chose. 11 est
faible, puisque cette esperance venant a fetre ravie,
il s'eteint ou diminue beaucoup. II n'est pas pur,
puisqu'il desire autre chose que ce qu'il aime.
I. 'amour pur n'est point mercenaire. 11 netire point
sa force de I'espftratice, et neanmoins il n'entre
point ni defi tnce. C'est l'amour de l'epouse, parce
que tout ce qu'elle est n'est qu'amour. Le bien et
1 ranee unique de 1 Spouse, c'est l'amour. L'e-
pouse le possede en abondance, l'epoux en est
content. II n<' lui demande point autre chose, elle
n'a in'ii autre chose a lui doiiner. C'est ce qui fait
que 1 un est epoux, et 1 'aut re epouse. Cet amour
esl propre aux epoux, etpersonne n'y a part, pas
meme leFils. Car il crie auxenfants : «Ouestl'hon-
neur qui m'est du [Mala. 1) ? » II ne dit pas, oiiest
l'amour qui in e I du, parce qu il reserve cette
prerogative a I'Epouse. Ainsi nous voyonsque Dieu
commande aux ent'ants d'honorer leur pere et leur
mere (Deut. v, 16), et ilne parle point de les aimer,
non qu'ils ne le doivent faire, parce qu'il y eu a
plus qui sout portes a les honorer qu'a les aimer.
11 est vrai qu'un roidesireque 1'honneur qu'il fait,
soit recu avec respect ; mais l'amour de I'Eponx,
on plutot l'Epoux qui est l'amour meme, ne de-
mande en echange que l'ainour et la fidelite. Qu'il
soit done permis a I'Epouse de l'aimer. Et comment
ne l'aimerail-elle pas, puisqu'elle est epouse, et
l'epouse de l'amour ; comment n'aimerait-elle pas
l'amour meme ?
6. C'est avec raison que, renoncant a, toute autre Ko(re amonr
peiisee, elle est toute entiere a r amour, puisqu'elle compare
,, , . a l'amour
pent reconnailre celui qui est amour par 1111 amour de Dieu n'est
reciproque. Car quand elle foudrait tout entiere "en-
adipiscendi spessuffragari videtur. Inlirmus est, qui fort
spe subtracta, aut exstingu tur, aut minuitur. Impurus
esl, qui et aliud r.upit. Purus amor mercenarius non est.
Purus amor de spe vires nonsumit, nee tamen dilTidentiae
damna sentit. Sponsa? hie est, quia hoc sponsa est quap.
cuinque est. Sponsse res et spes unus est amor. Hoc
spon-a abundat, hoc contentus est sponsus. Nee is aliud
qua'i'il, nee. ilia aliud habet. Hinc ille sponsus, et sponsa
ilia est. Is sponsis proprius est qnem alter nemo allingat,
nee filius quidem. Deni pie ad lilios clamat : Vbi est ho-
nor metis ? el mm, Ubi est amor meus dicit, servans
sponsa? praerogativam. Sed et jubetur homo honorare
patrem suum et matrem sunn, et de amore tacetur, nnn
quia non amaudi sinlparcntes a filiis, sed quia mulli lilio-
runi honorare parenles magis, quam amare allecti sunt.
Esto quod honor regis judicium deligat : sed sponsi amor,
imo sponsus amor solam amoris vicem requirit et
fidem. Liceat proinde redamare dilectam. Quidni amet
sponsa, el apnnsa amoris? Quidni ametur amor ?
tl. Meiito cunclis renuntians afTectionibus aliis, soli et
tola Incumbil amori, qua; ipsi respondere amori habet
in redhibendo amore. Nam et cum se lotam esffuderit in
amorem, quantum est hoc ad illius fontis perenne pro-
fluvium? Non plane pariubertate fluunt amans et amor
rager.
QUATRE-VLNGT-QUATRIEME SERMON
en amour, que serait-ce en comparaison de cette
source inepuisable d'amour? Les eaux de l'amour
et de l'aiuante, de l'ame et du Verbe, de l'Epouse
et de l'Epoux, dnCreateur et de la creature, de celui
qui a soil' et de la fontaine qui desaltere, ne coulent
pas avec une meme abondance. Quoi done, les
voeux de PEpouse, ses desirs, son ardeur, sa con-
iiance, seront-ils perdus, parce qu'elle ne peut
courrir aussifort qu'un geant, parce qu'elle ne ptut
pis disputer en douceur avec le miel, en bonteavec
l'agneau, en blancheur avec le lis, en clarte avec
pour"ant °pas ly soleil, en amour avec celui qui est amour? Son
sans doute. Car quoique la creature aime moins
celui dont elle est aimee, parce qu'elle est beaucoup
iuferieure a lui ; neanmoins si elle l'aime de tout
son pouvoir, il ne manqnera rien a son amour,
parce qu'il est aussi parfait qu'il puisse etre. Voila
pourquoi j'ai dit, aimer ainsi, e'est contracter ma-
nage avec Dieu, parce qu'elle ne peut pas aimer
de la scrte, et etre peu aimee, or un mariage n'est
parfait que par le consentement des deux parties ;
a moins qu'on revoque en doute que l'ame soit
aimee du Verbe, avant qu'elle l'aime, et plus
qu'elle ne l'aime. Certes, elle est prevenue et de-
passee en amour. Heureusecelle qui a merite d'etre
prevenue dans la benediction d'une si grande dou-
ceur. Heureuse celle qui jouil de ces chastes et
sacres embrassements, quine sont autre chose qu'un
Quel est ,
l'amour de amour saint et pur, un amour charmant et agrea-
dD'ume ^'e' un amour auss' calme que sincere, un amour
mutuel, intime, violent, qui joint deux personnes,
non en une meme chair, mais en un meme esprit,
qui de deux personnes n'en fait plus qu'une, selou
ce tetnoignage de saint Paul : « Celui qui est atta-
che a Dieu nest plus qu'un meme esprit avec lui
(II Cor. i, 17). » Mais ecoutez pluiot sur ce sujet
SUR LE CANT1QUE DES CANTIQUES. f.69
celle que l'onction de la grace et une experience
frequente ont rendue plus savante que tous les au-
tres dans ce myslere de l'amour; a moins que vous
trouviez plus a propos que nous remettions cela a
une autre fois, de peur que nous ne resserrions
une matiere si excellente dans les bornes etroites
du peu de temps qui nous reste pour parlor. Si
done vous me le permetlez, je tinirai ce discours
avant d'en avoir acheve le sujet, afin que demain
nous nous assemblions de bonne heure pour gouter
avec avidite les delices sacrees dont l'ame sainte
merite de jouir avec le Verbe, et dans le Verbe son
epoux, Jesus-Christ Notre-Seigneur, qui elant Dieu,
est eleve par dessus tout et beni dans les siecles des
siecles. Ainsi soit-il.
SERMON LXXXIV.
L'dme qui cherche Dieu est prevenue de lui, en quoi
consisle celle recherche oil elle a Hi prevenue de
Dieu.
1. « J'ai cherche dans mon petit lit durant toutes
les units celui qu'aime mon aine (Cant, in, 1). » gran(i b;ea
C'est un grand bien que de chercher Dieu. Je crois '"£ ^n'*""
que c'est le premier des dons de Dieu, etle dernier
progres de l'ame. 11 ne s'ajoute a aucune vertu, et
ne cede a aucnne. A quelle vertu serail-il ajoule,
puifque aucune ne le precede? A quelle vertu cede-
rait-il, puisque c'est la consommation de toutes les
vertus? Car quelle vertu peut avoir celui qui ne
cherche point Dieu, ou quel terme peut-on prescrire
a celui qui le cherche ? « Cherchez toujours son
visage (Psal, civ, U), » dit le Prophete, je crois que
lors meme qu'on l'aura trouve, on ne cessera point
de le chercher. Dieu ne se cherche pas par le niou-
anima et Verbum, Sponsa et Sponsus, Creator et crea-
tine, non magisquam sitiens et tons. Quid ergo? Peribit
propter hoc, et ex toto evacuabitnr nupturae votum, de-
sideriumsuspiranlis, amantis ardor, prasumentis (iducia,
quia non valet ex aequo currere cum gigante, dulcedine
cum melle contendere, lenitate cum agno, candore cum
lilio, claritate cum sole, charitalecum eoquicliarilasest?
Non. Nam etsi minus diligit creatura, quoniam minor
est ; tamen si ex tola se diligit, nihil dc est ubi totum
est. Propterea ( ut dixi ) sic amare, nupsisse est : quo-
niam non potest sic diligere, et parum dilecta esse, ut
in consensu duorum integrum stet perfectumque con-
nubium. Nisi quis dubitet, animam a Verbo et prius
amari, et plus. Prorsus et pra?venitur amando, et vin-
citur. Felix, qua? meruit praeveniri intantaebeneditionedul-
cedinis! Felix, cui tantaesuavitatiscomplexum experirido-
natumest! Quod non est aliud, quamamorsanctusetcastus,
amorsnavisetdulcis; amor tan tassereiutatis, quanta? elsin-
ceritatis; amor rnutuus, intimus, va'idusque, qui non in
carne una, sed uno plane in spiritu duosjungat, duos
faciatjam non duos, sed unum, Paulo i*a diceute : Qui
udhatret Ueo, uniu spiritusest. Et nunc potius earn super
his audiamus; quam facile magistram de omnibus fecit
et magislra unctio, et frcquens experientia. Nisi forte id
melius servamus in aliud sermonis principium, in rem
bonam coarctemus inter angustiash ujusjampropemodum
fmiendi. Et si probatis, facio finem etiam ante finem :
ut famelici tempestive conveniamus eras ad delicias
santae anima?, quibus beata meretur frui cum Verbo,
et de Verbo, sponso utique suo, Jesu Christo Uomino
nostro, qui est super omnia Deus benedictus in saecula.
Amen.
SERMO LXXXIV.
Quod anima quwrens Deum, praventa est ab eo : et quid
sit ilia qucesitio, in qua jam ab eo prceventa est.
1. In lectulo meo per nodes qucesivi quern diligit anima
mea. Magnum bonum quarere Deum. Ego hoc nulli in
bonis anima? secundum existimo. Primum in donis, ul-
tiinura in profectibus est. Virtutum nulli accedit, cedit
nulli. Cui accedat, quam nulla praacedit? Cui cedat, ques
omnium magis consummatio est? Qusb enim virtu* ads-
870
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
Quaml on a
trnnte Dieu,
les ilt'sirs
de 1'nToir
angmenteot
encore.
Avant toot,
qoc celui qui
chercho
Dieu se garde
bien de
l'ingratitude.
vement des pieds, mais par les desirs. Et quand on
a et£ assez heureux pour le trouver, bien loin que
cela diminue le desir qu'on a de ltd, cela ne fait au
contraire que le redoubler. La consommation de
la joie est-t'lle l'extinction du desir ? c'est plutut
comme de l'huile qu*on jelte sur lc feu, car le desir
merae est un feu. 11 en est ainsi. La joie sera com-
blee, mais on ne cessera paint de desirer, non plus
que de chercber. Or pensez, si vous le pouvez, une
reeberche sans indigence, et un desir sans peine
d'esprit. La presence sans doute bannit l'un, et
l'entiere possession exclut l'autre.
2. Ecoutez maintenant a quel sujet je vous ai dit
ceci, c'est afin que quiconque de vous cherchera
Dieu, sache qu'il en a ete prevenu et cberche avant
dans ce sentiment ; je reconnais que c'est par la
grace de Dieu que je suis ce que je suis ; mais si, en
attendant, il tftche d'acquerir de la gloire par le
moyen de cette grace qu'il a recue, n'est-ce pas un
voleur et un larron ? Que celui qui agit de la sorte
ecoute cette parole : « Je vous juge par votre pro-
pre boucht', nuVhant serviteur {Luc. xix, 22). »
Qu'y a-t-il de plus criminel qu'uu serviteur qui
usurpe la gloire de son maitre ?
3. « J'ai cberche dans mon petit lit duraut les
nuits, celui qu'aime mon ame. » Mon ame cberche
le Verbe, mais il l'a cbercbee auparavant. Autre-
ment, une fois sortie ou chassee de la presence du
Verbe, elle ne retournera plus pour jouir des biens
qu'elle a perJus, si le Verbe ne la cberche. Notre
Parce qu'on
a ete
rcchercbS
par lui avant
qu'on te !
cborcliat.
qu'il le cberche. Car sans cette connaissance nous ame, Liissce a elle-meme, est un esprit qui s'en va
pourrions convertir un grand bien en un grand et qui ne revient point. Ecoutez les plaintes et la
mal, si, remplisdes biens du Seigneur, nous nenous priere d'une ame errante et vagabonde : « J'ai erre,
servions des dons que nous en avons recus comme dit-elle, comme une brebis 6garee, cherchez, s'il
si nous ne les avions point recus, et n'en rendions vous plait, voire serviteur {Psal. cxvm, 176). « 0
point gloire a Dieu. C'est sans doute comme cela homme, vous voulez revenir, mais si cela depend de
qu'il arrive que ceux qui paraissent tres-grands a votre volonte, pourquoi demandez-vous de l'aide et
cause des graces qu'ils ont recues, sont tres-petits du secours ? Pourquoi mendiez-vous ailleurs ce
devant Dieu, parce qu'ils ne les connaissent point, que vous trouvez en vous avec abondance ? II est
Tl faut rendre
grictiu Dieu.
J'ai trop peu dit en disant qu'ils deviennent tres-
petits de grands qu'ils etaient. J'aivoulu vousepar-
gner en ne vous exposant pas ma pensee dans toute
sa force. J'aurais du dire que de tres-bons qu'ils
Staient, ils deviennent tres-mechants. Car c'est une
chose certaine et indubitable, que celui-la est d'au-
tant plus mechant qu'il parait meilleur, s'il s'attri-
bue ce qui le fait parailre si bon. Et c'est un des
plus grands crimes qu'on puisse commettre. Quel-
qu'un dira peut-etre. A Dieu ne plaise que je sois
manifeste qu'il veut, et qu'il ne peut; mais c'est un
esprit qui s'en va et ne revient point, quoique celui
qui ne veut pas meme revenir soit encore bien
plus eloigne du salut. Je ne voudrais pas dire que
cette ame qui desire de retourner a Dieu, et d'etre
cberchee de lui, soit entierement exposee et aban-
donnee. Car d'oii luivient cette volonte ? C'est sans
doute de ce que le Verbe l'a deja visitee etcherchee,
et cette recherche n'a pas ete inutile, puisqu'elle a
opere la volonte, sans laquelle le retour etait im-
ftl. qnffi-
r«oai.
cribi possit non quasrenti Deum, autquis terminus quae-
rcnti* Deum? Qucerite, inquit, faciem ejus semper.
Existimo, quia nee cum inventus fuerit, cessabitur a
quaereudo. Non pedum passibus, sed desideriis quae-
ritur Deus. Et utique non extundit desiderium sanctum
felLxinventio,sed extendit. Numquid consummatiogaudii,
desiderii consumptio est? Oleum magis est illi : nam
ipsum flamma. Sic est. Adimplcbitur laetilia : sed de-
siderii non erit linis, ac per hoc nee quaerendi. Tu vero
cogita, si poles, qua;ritandi hoc sludium sine indigentia,
et desiderium sine anxielate. Alterum profecto prassen-
tia, alterum copia excludit.
2. Nunc jam videte cur ista praemiserim. Nimirum,
ut omnia inter vos anima quaerens Deum, ne magnum
bonum in magnum sibi detorqueat malum, noverit se
pra;venlam in illo, et ante quaesitam quam quaerentem.
Sic enim de magnis bonis mala oriri non minima solent,
cum facti eximii de bonis Domini, utimur donis tan-
qnam non datis, non damus gloriam Deo. Ita profecto
qui maximi videbantur pro accepla gratia, pro non re-
dhibila minimi reputantur apud Deum. Ego aulem
parco vobis. Usus sum modestioribus vocibus, maximo,
minimoque : sed quod sentio non expressi. Discrimen
involvi, ipse nudabo : optimum, pessimumque dixisse
debueram. Nam vere et absque dubio, eo quisque pes-
simus, quo optimus est, si hoc ipsum quo est optimus,
adscribat sibi. Nempe pessimum hoc. Quod si dicat
qtiis : Absit, agnosco, gratia Dei sum id quod sum ;
studeat autem captare gloriolam pro gratia quam acce-
pit ; nonne fur est et latro ? Andiat qui ejus modi est ;
Ex ore tuo te judicio serve nequam. Quid nequius servo
usurpanle sibi gloriam domini sui ?
3. In lectufo rueo per noctes qucesivi quern diligit anima
mea. Quaerit anima Verbum , sed quae a Verbo prius
quapsita sit. Alioquin seme] a facie Verbi egressa vel
ejecla, non revertelur oculus ejus ulvideat bona ,si non
requiratur a Verbo. Quasi vero aliud auima nostra sit,
quam spiritus vadens et non rediens , si sibi fuerit dere-
licta. Audi profugam et deviam , quid doleat, et quid
petat. Erravi , ait , sicui ovis quce periit : quaere servum
tuum 0 homo , red ire vis? Sed si in voluntate res est,
quid opem flagitas? Quid aliunde mendicas , in quo
abundas tu tibi? Palam est, quia vult, et non potest ,
sed spiritus esl vadens et non rediens , etsi is sit longius
agens , qui nee vult. Quanquam non omnino illam ani-
mam expositam dixerim vel reliclam , quae reverti cupit,
et requiri petit. Undo enim voluntas haec illi? Inde (ni
fallor) quod a Verbo visitata jam sit et quasila. Nee
otiosa quaesitio , quae operata est voluntatem , sine qus
reditus esse non poterat. Sed non sufficit seiael quaeri :
QUATRE-VINGT-QUATRIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
571
nt Ber-
I reprend
jui de
religieui
li sont
larfaits.
possible. Mais il ne suffit pas d'etre chercbi une
fois, tant la langueur de l'ame est grande, et tant
elle a de peine a revenir. Elle le veut, il est vrai.
Mais que sert la volonte sans la puissance ? « Je
veux faire le bien, dit l'Apdtre, mais je nevois point
comraentjele puis faire {Rom. vn, 18). » Qu'est-ce
done que demande le Prophete que nous avons cit6
tout a l'heure? 11 ne demande autre cbose que d'e-
tre chercbe ; ce qu'il ne demanderait pas, s'il ne
l'avait deja et6, ou s'il l'avait assez ete. «Cherchez,
dit-il, votre serviteur (Psal. cxvm, 176), » et que
celui qui m'a donne la volonte de bien faire, m'en
donne encore la force, selon son bon plaisir.
U. Je ne crois pas neanmoins que les paroles de
l'Epouse puissent convenir a une ame qui n'a pas
encore recu la seconde grace, et qui veut, mais qui
ne peut approcberde celui qu'elle aime. Car com-
ment ce qui suit pourrait-il s'appliquer a elle ?
se lever, faire le tour de la ville, cbercber son bien-
airue, par les rues et par les places publiques
{Cant, in, 2). « Puisqu'elle meme a besoin d'etre
cherchee, que celle qui peut faire cela le fasse.
Qu'elle se souvienne seulement qu'elle a ete cher-
chee et aimee la premiere, et que c'est ce qui fait
qu'elle cberche et qu'elle aime. Prions, mes freres,
que ces misericordes nous previennent bientot,
parce que nous sommes extremement pauvres.
Ce que je ne dis pourtant pas de nous tous ; car je
sais qu'il y en a beaucoup parmi vous qui tachent
de reconnaitre l'amour dont Jesus-Christ nous a
aimes, et qui le cherchent en simplicite de coeur;
mais il y en a quelques-uns, et je le dis a regret,
qui ne nous ont encore donne aucune marque de
cette prevention salulaire, et par consequent aucun
tantus est anima? languor, tantaque in reditu difficultas.
Quid enim si vult? Jacet voluntas, ubi facultasnon sup-
petit. Nam velle adjacet mihi, inqnit , perficere autem
bonum non inuenio. Quid ergoille, quern de psalmo iu-
duximus , quaerit? Non plane aliud quam quaeri : quod
non quaereret , nisi quaesitus fuisset; et rursum non qua:-
situs satis fuisset. Quod et postulat , Quaere, inquiens,
servum tuum , ut qui dedit velle , det et perficere pro
bona voluntate.
4. Mihi tamen non videtur istiusmodi animae posse
compelere locus praesens , quaesecundamgratiam necdum
percepit , volens quidem , sed non valens adire quem
diligit anima sua. Nam quomodo potest illi convenire
quod ibi sequitur, surgere et circuire civitatem , sed et
per vicos et plateas quaerere dilectum , quae eget ipsa
qua»ri ? Faciat hoc quae potest : tantum se meminerit
quaesilam prius , sicut et prius dilectam ; atqueindeesse,
et quod quaerit , et quod diligit. Oremus et nos, charis-
simi , ut cito anticipent nos misericordiae istae ,quiapau-
peres facti sumus nimis ; quod non de omnibus vobis
dico. Scio enim quam plurimos vestrum ambulantes in
dilectione , qua Christus dilexit nos , et in simplicitate
cordis quaerentes ilium. Sed sunt aliqui (quod tristis dico)
qui nullum nobis adhuc in sededere indicium hujus tarn
salutaris auticipationis , ao per hoc nee suae salutis : ho-
signe de salut ; qui s'aiment eux-memes, non le
Seigneur, et qui chercbent leurs propres interets,
non les interets de Dieu.
5. « J'ai chercbe, dit l'Epouse, celui qu'aime
mon Ame. » C'est a quoi vous provoque la bonte de
celui qui vous a prevenue, en vous cherchant et en
vous aimanlle premier. Vousnelechercheriez etvous
nel'aimeriez point, dame, sivousn'en aviezete cher-
chee et aimee auparavant. Vous n'avez pas ete pre-
venue d'une seule benediction, mais de deux, de
l'amour et de la recherche. L'amour est la cause
de sa recherche, et sa recherche est le fruit et le
gage assurti de son amour. Vous avez ete aimee,
afin que vous ne craigniez point qu'on vous cher-
chat pour vous punir. Vous avez ete cherchee, afin
que vous nevousplaignissiez point d' avoir ete aimee
inutilement. L'une et l'autre de ces deux grandes
faveurs vous ont donne de la hardiesse et ont ban-
ni la honte, vous ont persuade de revenir et out
emu votre affection. C'est de la que procedent ce
zele et cette ardeur de chercber celui qu'aime vo-
tre ame, parce qu'infailliblement vous ne le pour-
riez pas chercher, s'il ne vous eut cherchee, et vous
ne pourriez pas maintenant ne le point chercher
apres qu'il vous a cherchfe.
6. Mais n'oubliez pas d'ou vous etes arrivee la,
et pour me faire a moi-meme l'application de ce
que je dis la, car ce procede est plus sur, n'est-ce
pas vous, 6 mon ame qui, ayant quitte votre pre-
mier epoux, avec qui il vous etait si avantageux
de demeurer avec lui, avez viole la foi que vous lui
deviez pour aller apres vos amants? Et maintenant que
vous avez commis avec eux autant d'adulteres qu'il
vous a plu, et que peut-etre vous en avez ete me-
L'amour et It
recherche
de Dieu
ont prevenn
les notrei.
Grande grace
que Dieu fait
au pecheur
en le
rechercbant.
mines seipsos amantes, non Dominum-.et quaerentes quffi
sua sunt, non qua; Domini.
5. Qu&sivi, ait ilia, quem diligit anima mea. Nempe
hue te provocat anticipantis benignitas illius, qui te et
prior quaesivit, et prior dilexit. Miuime prorsus nisi pri-
us quaesita quasreres, sicut nee diligeres nisi dilecta prius.
Non in una tantum benedictione, sed in duabus prteven-
ta es, dilectione et quaesilione. Dilectio causa qussitio-
nis: quaesitio fructusdilectionisestetcertitudo. Dilecta es,
neadsuppliciumpotiusquaesilam suspiceris ; quaesita es,
ne frustra dilectam conqueraris. Utraque tarn arnica com-
perla suavitas et ausum dedit, et verecundiam depulit,
et reditum persuasit, et movit affectum. Hinc zelus, hinc
ardor iste quwrendi quem diligit anima tua : quia pro-
fecto nee non quaesita quaerere poteras, nee non quaerere
quaesita nunc potes.
6. Sed noli oblivisci unde hue veneris. Et ut in me
potius transfigurem quae dicuntur (id enim tutius ,) tune
es, 6 anima mea, quae relicto viro tuo priore, cum quo
fibi bene fuerat, primam (idem irritam fecisti, iens post
amatores tuos ? Et nunc quoad libuit fornicatacum illis,
forte et contempta ab illis, audes impudens et frontosa
velle reverti ad ilium, quem superba contempsisti ? Quid?
Digna latebris quaeris lucem, et curris ad ^ponsum,
dignior plagis, quam osculis ? Mirum si non pro sponso
67J
OEITVRES DE SAINT BERNARD.
prisSe, Tousavez l'impudence et l'eflronterie do vou-
loir retourner a, celui que vous avez meprise avec
tant d'insolence. Quoi ? Lorsque vous ne deviez
souger qu'a vous cacher, vuus cherchez la lumie-
re, et vous courez a voire epoux lorsque vous
meritez plutdt de lui des coups que des baisers?
N'avez-vous point peur qu'au lieu d'un epoux qui
S^ch rite
exltt>nie de
1 iaie
qui time.
i''prouve sa cl£mence et qui suis persuade de ma rk-
conciliation avec lui ?
7. Mes freres, penser a ces choses, c'est etrechcr-
che du Verbe ; en etre persuade, c'est etre trouve
de lui. Mais tons ne comprennent pas cette parole.
Que ferons-nous a nos pettits enfants, je veuz dire
a ceu1; qui ne font encore que coramencer e' qui
Condaite
doivcnt .|
lee novic
Lea .irncs
exporiei
vous caresse, vous netrouviez un juge qui vous oeanmoius ne sont pas absoluraent dans l'enfance
condamne ? Heureui celui qui entendra son
dme repondre ainsi a ces reprocb.es : Je ne crains
point, parce que j'aime. Et je n'aime pas suule-
ment, mais je suis aimee. Car si je n'elais aimee,
je n'aimerais point. Que pent apprebender celle qui
est aimee. Que celles qui n'aiment point ap
prehendent, parce qu'elles n'ont pas sujet de croire
qu'on les aime. Mais pour moi qui aime, je ne
doute pas plus que je sois aimee, que je ne doute
que j'aime. Je ne puis redouter la presence de celui
dont j'ai ressenti l'amour. Me demandez-vous en
quoi je l'ai ressenti ? En ce qu'etant aussi misera-
ble queje suis, non-seulement ilm'acherchee, mais
encore il m'a donne le desir de )e cbercber, et par
consequents certitude de le trouver dans ma re her-
cbe. Pourquoi ne correspondrais-je pas a sa recher-
che, puisque je corresponds a son amour? Se
mettra-t-il en colere lorsque je le cbercherai, lui
qui ne s'y est point mis lorsque je l'ai meprise?
11 m'a cbercbe, quand je le meprisais, pourquoi
me repousserait-il maintenant que je le cbercbe?
L'esprit du Verbe est doux et bienveillant, il me
fait entendre sa bonte extreme, le zele et l'af-
fection qu'il a pour moi. Et il ne peut pas iguorer
ces choses, puisqu'il sonde les plus hauls secrets
de Dieu, et sait que ces pensees ne sont que des
pensees de paix et non pas d'indignation. Comment
ne serais-je point aniruee a le cbercber, moi qui ai
de la vertu, puisqu'ils ont deja le commencement
de la sagesse, car ils sont sou mis les uns aux au-
tres, dans la crainte de Jesus-Christ ? Comment, dis-
je, leiir persuaderons-noUS que cela se passe ainsi
dansl'Epouse, puisqu'ils ne l'ont pas encore experi-
ment*! eux-memes ? II faut que nous les renvoyions
a une personne dont la foi ne ieur peut Aire
suspecte. Qu'ils lisent dans un livre ce qu'ils ne
croient pas dans le ccenr d'autrui parce qu'ils ne le
voienl pus? II est ecritdans les propbeties : « Si un
mari quitte sa fern me et quelle, se retirant, en
epouse un autre, pourra-t-elle relouruer a son pre-
mier mari ? Cette femme la ne sera-t-elle pas impure
et souillce? Mais vous, vous vous etes prostituee a plu-
sieurs, et cependant le Seigneur ne laisse pas de
vous dire : Retournez a moi, et moi je vous rece-
vrai (Jer. in, 1). » Ce sont les paroles du Seigneur.
II n'est pas permis d'en revoquer en doute la verite.
Qu'ils croient ce qu'ils n'ont pas encore eprouve,
alin que, par le merite de leur foi, ils soient dignes
un jour d'en avoir 1'eXperience. Je crois que nous
avons asssez explique ce que c'est que d'etre
cbercbe par le Verbe, et quel besoin l'ame a d'en
etre Cherokee, quoique celle qui l'a ep;ouve le
connaisse encore plus purfaitement et plus heureu-
sement. II reste a montrer dans le discours suivant
que les ames alterees de la grace cherchent celui
dont ellesout ete cherchees, ou plutdt apprenons-le
Judicem oflendas. Felix, qui ad haec animam suam res-
pondentem audierit : Non timeo, quia amo : quod non
amata omnino non facerem. Itaque etiam amor. Nihil
dileclje timendum. Paveant qua; non amant. Quidni as-
eidue inimicitias suspicentur ? Ego vero amans, amari
me dubitare non possum, non plusquani amare. Nee pos-
sum vcreri vultum, cujus sensi alTectum. In quo ? In
eo quod talem non modo quaBsivil, sed et affecit, fecit-
que certam proinde de quaesitu. Quidni respondeam in
quaesitu, cui in affectu respondeo ? Numquid irascctur
quaesitus, qui etiam contemplus dissimulavit ? Quin imo
non repellet requirentem, qui et conlemnenlemrequirit.
Benignus est spiritus Verbi, et benigna nuntial mihi,
intimans et suadens de Verbi zelo desiderioque, quod
utique sibi non potest esse absconditum. Scrutatur alta
Dei, conscius eainm, quas cogitat cogitationes pacis, et
non afflictionis. Quidni animer ad quaerendum experta
Clemen tiam, et persuasa de pace ?
7. Fratres, hoc suaderi, a Verbo quaeri est, persuade-
ri, inveniri est. Sed non omnes capiunt hoc verbum.
Quid faciemus parvulle nostris, illos loquor, qui adhuc
inter nos incipientes sunt, non tamen insipientes, cum
teneanl initium sapienliae, subjeeti iuvicem in timorc
Cbristi ? Uude illis, inquam, facimus (idem, quod haec
ita se habeant penes Sponsam, ipsi t-alia agi secum nec-
dum persenserint ? sed milto eos ego ad talem, cui de-
credere non debeant. Legant in libro, quod in corde
allero quia non cernunt, nc.n credunt. Est scriptum in
Prophelis : Sj dimiserit vir uxorem suam, et ilia rece-
dens duxerit oirum alium, numquid revertelur ad earn
ullra ? numquid non polluta et conlaminata erit mulier
ilia ? Tu autem fornicuta es cum umatoribus multis : et
tamen reverter? ad me, dicit Dominus, el ego suscipiam
te. Verba Domini sunt : non est fas suspendere fidem.
Crcdant quod non experiuntur, ut fructum quandoqne
expcienliae fidei merito consequantur. Satis arbitror
declaralnm, quid sit quaeri a Verbo, et qua? haec sit ue-
cessitas non Verbo, sed animae : nisi quod quae cxperla
est, et plenius isla novit, et felicius. Reslat, ut sequenti
trnctatu doccamus sitientes animas quaerere a quoquas-
sitas sunt, vcl potius id discamus ab ilia, quae hoc loco
inducitur quaerens ipsum, quern diligit anima sua,
QUATRE-VINGT-CINQUIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
673
de celle dont il est question ici, et quichercliecelui
qu'aime son ame, l'epoux de Time, Jesus-Christ
Notre-Seigneur, qui etant Dieu, et eleve au dessus-
de tout, est beni dans les siecles des siecles. Ainsi
soit-il.
SERMON I..XXXV.
II y a sept necessites qui engagent I'dme a chercher le
Xerbe. Une fois quelle est reformee, el'.e s'appro-
ehe pour le contempler et pour goitter la douceur de
s<] presence.
1. J'ai cherche dans mon petit lit eelui qu'aime
mon ame (Cant, in, 1) » Pourquoi l'a-t-elle cher-
che ? Nous l'avons deja dit, et il est superilu de le
repeter. Neanmoins, en faveur de qnelques-uns qui
n'y elaient pas, j'en rapporterai en peu de mots
quelques raisons que eeux meme qui y onl ele ne
seront peul-etre pas fiches d' entendre. Car nous
n'avons pas pu tant dire alors. L'auie cherche le
Verbe atin defecevoir avec joie ses reproches, 4f en
ncclicic e lirer des lumieres et des connaissauces,'ae 5 appuyer
sur lui pour etre vertueuse,MfSlre reform/ e par lui
pour etre sage, tie lui devenir conlurme pour etre
belle, "de lui etre fiancee pour etre feconde, kfen
jouir et de le posseder pour etre heureuse. C'est
pour toutes ces raisons que l'ame cherche l'Epoux.
Je ne doute point qu il n'y en ait encore plusieurs
autres, mais voila celles qui se presentent mainte-
nant a moi. Chacun pourra aisement apres cela en
ttouver d'autres en soi, s'll veut s'y appliquer. Car
notre misere n'est pas petite, les besoins de Time
sont infinis, et ses faiblesses sont sans nombre.
c est pour
en etre
reprise,
pt canses
pour
Mais le Verbe est encore plus riche et plus abon-
dant que nous ne sommes pauvres et miserables;
sa sagesse surmonle noire malice, et ses biens sur-
passed nos maux. Mais ecoutez la raison de celles La premiere
que j'ai etablies . Et premierement, voyez comment
Fame consent aux corrections de Dieu. Nous lisons
dans l'Evangile : « Consentez a ce quevoudra votre
ennemi pendant que vous etes avec lui en cbemin,
de peur quil ne vous livre au juge, et le juge au
bourreau (Math, v, 15). » Qu'y a-t-il de plus salu-
taire que ce conseil ? C'est le Verbe lui-meme qui
le donne, si je ne me trorape , en protestant qu'il
est r.otre ennemi, parce qu'il s'oppose a vos de-
sirs charnels, lorsqu'il dit : « Leur cceur est tou-
jours dans l'egarement (Psal, xnv, 10). » Mais
vous qui ecoutez ceci, si dans une sainte frayeur
vous commencez a vouloir echapper a la colere qui
est pres de tombersur vous, vous avez soin d'etre
d'accord avec cet ennemi qui semble vous en me-
nacer d'une maniere si terrible. Or cela est impos- „
.... r Poar noui
stble si vous n etes conlraire a vous-meme, si vous mettre
* . , d'accord avec
ne vous opposez a vous-meme, si vous ne combat- Di.u, il faut
tez vous-meme avec un travail continuel et infati- nons ?e'lre
... en lutte
gaDle, eulin si vous ne renoncez a vos anciennes coutre nous.
hahiliides et a vos mauvaises inclinations. Cela est
rude, ja 1'avoue ; el si vous croyez en venir a bout
par vos propres forces, c'est comuie si vous
tachiez d'arreter un torrent du doigt, ou de faire
encore une fois remonter le Jourdaiu vers sa
source. One ferez-vous done? Cherchez le Verbe a '
la volonle de qui vous consentiez par sa grace.
Allez trouver celui qui vous est contraire, afin
que, par son secours, vous deveniez tel, qu'il ne
vous soit plus contraire, et que celui qui vous me-
sponsum animas Jesum-Christum Dominum nostrum,
qui est super omnia Deus benedictusin sscula. Amen.
SERMO LXXXV.
De septem necessitatibus, propter quns anima qttcerit
Verbum qua; tandem re formula accedit ad ejus dul-
cedinem conlemplandam atque perfruendum.
1 . In lectulo tneo qua?sivi quern diligit anima mea. Ad
quid? Dictum, est, et iterare supertluum : propter quos-
dam tamen, qui non interfuerunt cum tractaretur, dico
aliquid breviter, et quod furtasse ne hos quidem qui in-
terfuerunt, audire pigebit. Nee enim totum diet tunc
potuit. Qiiceri t anima Verbum, cui consentiatad correp-
tionem, quo illuminctur ad cognilionem, cui innitttur
ad viftulem quo refurmetur ad sapientiam, cui confor-
metur ad decorem cui maritetur ad fuecunditatem, quo
fruatur ad jicunditatein. Propter has omnescausas qute-
rit anima Verbum. Non ambigo esse quam plures et alias:
sed ha? interim occurrnnt. Poterit autem, si cui cordi
fuerit, facile alias : atque alias advertere in semetipso.
Siquidem multae sunt aversiones nostra;, multa; et infini-
te animae necessitates, et anxietatum non est numerus.
At Verbum ditiuspleniusquesuperabundatin bonis, utpo-
te Sapientia vincens malitiam, vincens in bonis mala.
Et nunc harum, quas posui, accipile rationem . Et pri-
mo quod prinmm, est videte quemadmodum consentiat
ad correptionem. Legimus Verbum in Evangeliisioqu-
ens : Esto consentient, inquit, adversario tuo, dum es
cum illo in via, ne forte tradat tejudici, et judex torlo-
ri. Quid consultius ? Vcrbi concilium est (ni fallor) se
adversarium protestantis , quod adversetur carnalibus
desideriisnostris dum dicit : Semper hi errant enrde. Tu
ergo qui hasc audis, si pavens coeperis velle fugere a
ventura ira, credo sollicitus eris, quomodo huic con-
sents adversario, qui tibi illam tarn terribiliter intenta-
re videlur.At istud impossibile, nisi dissentias tecum,
nisi libimet adverseris, nisi gravi et vigili lucta tu ips8
contra teipsum infatigabiliter prslieris ; postremo nisi
valefacias inveterata? consuetudini , innateque affectioni.
Id quidem durum. Si tuis attentavcris viribus, tale erit,
ac si uno digitorum tuorum torrentis impeium sislere,
aut ipsum denuo coneris Jordaneui converlere retrorsu n.
Quid fades ? Qu^re Verbum cui cunsenlias, ipso faci-
ente ut consentias. Fuge ad ilium qui adversatur, per
quern talis fias cui jam uon adversetur ut blandiatur qui
minabatur, et sit adimmutandum efQcacior infusa gratia,
quam intensa ira.
La second*
cause c'est
pour cue
■clairee et le
coonalire.
La Iroisieme
pour Sire
fortifiee.
674
naeait vous caresse, et que l'infusion de sa grace
soit plus efficace pour vous changer, que sa colere
la plus violente.
2. C'est la, comme je pense, le premier besoin
qui porte l'ame a chercher le Verbe. Mais si vous
ignorez ce que demande celui a la volonte de qui
vous consentez deja, nedira-t-onpasausside vous,
que vous avez le zele de Dieu, mais que ce zele n'est
pas regie par la science (Rom. x, 1) ? Etalin que
vous ne croyiez pas que cette ignorance soit peu de
chose, souvenez-vous de ce qui est ecrit, que celui
qui ne connaitra pas la volonte de Dieu sera me-'
connu delui (1 Cor. xiv, 38). Voulez-vous savoirce
que je vous conseille de faire dans ce besoin? C'est
ce que je vous ai conseille dans le premier. Si vous
voulez m'en croire, vous irez au Verbe, et il vous
enseignerases voies, de peur que, voulant faire le
bien, mais ne le connaissant pas, il ne vous arrive,
en courant, de sortir du chemin et de tomber dans
l'crreur. Car le Verbe est une lumiere. Et comme
dit le Prophete : « Ses paroles sont claires, eclai-
rent l'ame, et donnent l'intelligence aux simples et
aux petits [Psal. cxvui, 130). » Vousserez heureux
si vous pouvez dire aussi : « Votre parole est une
lampe qui eclaire mes pas, et une lumiere qui lint
dans le sentier ou jemarche [Ibid. 105). » Et votre
ame n'aura pas peu profite, si votre volonte est
changee, si votre raison est eclairee, en sorte
quelle veuille le bien et quelle le connaisse. En
l'un elle aura recouvre la vie, et en l'autre la vue.
Car elle etait morte quand elle voulait le mal, et
aveugle quand elle ignorait le bien.
3 . Votre ame done vit, elle voit, elle est etablie dans
le bien, mais c'est par le secours et l'assistance du
Verbe. Si elle est debout, c'est le Verbe qui l'a le-
vee avec la main, comme sur les deux pieds de
l'amour et de la connaissance. Elle est debout,
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
dis-je, mais qu'elle prenne pour elle ce qui est
ecrit : « Que celui qui croit etre debout prenne
garde de ne pas tomber (1 Cor. x. 12). » Cro3*ez-
vous qu'elle puisse se tenir debout par elle-meme,
elle qui n'a pas pu se lever meme ? Pour moi, je
ne le pense pas. Quoi? les cieux ont ete affermis
par la parole du Seigneur (Psal. xxm. 6), et celui
qui n'est que terre pourra l'etre sans le Verbe, qui
est cette parole? Si elle pouvait demeurer ferme
par elle-meme, pourquoi done un homme tire de
la meme terre, aurait-il dit : « Affermissez-moi
par vos paroles (Psal. cxvui, 28)? » Aussi, avait-il
eprouve que cela est impossible, puisqu'i] dit ail-
leurs : a J'ai etc pousse avec effort, etj'etaispres de
tomber, mais le Seigneur m'a soutenu (Psal.
cxvn. 13). » Me demandez-vous qui est celui qui
le poussait ? 11 n'y en a pas qu'un, c'est le dia-
ble, c'est le monde, c'est l'homme. Voulez-vous
savoir encore qui est cet homme ? C'est chacun de
nous, pour soi-meme. Ne vous en etonnez pas.
Chacun est tellement a soi-meme une occasion de
chute et de mine, que vous n'avez point sujet de
craindre qu'un autre vous fasse tomber, si vous
pouvez vous sauver de vos propres mains. « Car,
qui est celui, dit l'apotre saint Pierre, qui vous
pourra nuire, si vous avez une sainte emulation
pour le bien (I Pet. m. 13)? Vos mains, c'est votre
consentement. Si le diable, ou le siecle voussugge-
rent quelque chose de mal, et que vous refusiez
d'y douner votre consentement, que vous ne fassiez
point servir vos menibres d'armes a l'iniquite, et
que vous ne souffriez point que le peche regne en
votre corps mortel, vous avez cette sainte emula-
tion, et, bien loin que la malice de vos ennemis
vous ait nui, elle vous a ete extremement utile.
Car, il est ecrit : « Faites le bien, et vous en rece-
vrez des louanges (Rom. xiu, 3). » Ceux qui cher-
L'homme
Irois coil
qui le poi
sent poo
le faire
tomber,
Le premii
e'en Don)
niemet.
2. Haec prima (ut opinor ) necessitas, ob quam anima
incipit quaerere Verbum. Sed si ignoras quid ille velit
cui jam voluntate consentis, nonne et de te dicetur,
quia zelum Dei babes, sed non secundum scientiam ?
Et ne hoc leve existimes, memineris scriptum, quia
ignorans ignorabilur. Scire vis quid consulam et in hac
necessitate? Quod in prima. Meo concilio nunc quoque
ibis ad Verbum, et docebit le vias suas, ne volendo
quidem, sed ignorando bonum, dum curris, contingat
excurrere, et errare in invio, et non in via. Lux est
enim Verbum. Declaratio denique sermonum illuminat,
et itdellectum dat parvulis. Beatus es, si dicas et tu :
Lurerna pedibus meis verbum tuum, et lumen semitis
meis. Nee parum profecit anima tua, cujus immutata
voluntas, cujus illuminata ratio est, ut bonum et velit,
et noverit. In altera vitam, in altera visum recepit.
Nam et malum volendo morteaerat, et bonum ignoran-
do Cceca.
3. Jam vivit, jam videt, jam stat in bono, sed ope et
opere Verbi. Stat manu Verbi levata veluti super pedes
duos, devotionem et agnitionem. Stat, inquam, sed
sibi putet dictum : Qui se existimat stare, videat ne
cadat. Putasn. stare per se possit, qua? surgere per se
non poluit? Non opinor. Quid enim ? Verbo Domini
cxh firmati sunt, et terra stabit sine Verbo? Cur ergo
si stare per se poterat, orabat homo de terra : Confirma
me, inquiens, in verbis tuis ? Denique et probarat. Ejus
ipsius ilia vox fuit ; Impulsus eversus sum ut caderem, et
Dommus suscepit me. Quaeris quis ille impulsor? Non
est unus. Impulsor diabolus est, impulsor mundus, im-
pulsor homo. Quis iste homo sit quieris? Quisque sui.
Noli mirari. Usque adeo homo impulsor sibi est, et
suimet precipitator, ut non sit quod ab altera impulsore
formides, si ipse a te proprias contineas manus. Quit
emm, inquit, vobis nocere potent, si boni cemulatores
fuentisl Manus tua, consensus tuus, Si diabolo sug-
gerente , vol saeculo suadente quod non opoertet,
assensum tuum tenueris, et non dederis membra tua
arma iniquitati, ec permiseris regnare peccatum in tuo
mortali corpora : bonum te ssmulatorem probasti, cui
malitia omnino nil nocuit; vide ne magis profuerit.
Scriptum est enim ; Bonum fac, et habebis laudem ex
QUATRE-VINGT-CINQUIEME SERMON
chaicnt votre ame seront confondus, et vous chan-
terez : « Si mes habitudes vicieuses ne regnent
point en uioi, je serai puret sans tache (Psal. xvm,
\U). » Vous lemoignez que vous etes anime d'une
sainte emulation si, suivant le conseil du Sage, vous
avez pitie de votre ame [Eccl. xxx, 247), si vous
gardez votre coeur avec tout le soin possible, si, se-
lon l'Apotre, vous vous conservez chaste. Autre-
ment, quand vous gagneriez tout le monde, si vous
perdez votre ame, nous ne croirons pas que vous
ayez eu cette emulation salutaire, puisque le Sau-
veur meme nous apprcnd a ne pas le croire.
h- 11 y a done trois adversaires qui rnenaeent de
renverser l'homme lorsqu'il est debout. Le diable
le pousse par sa malice et sa jalousie, le monde,
par le vent de la vanite, l'homme lui-ueme, par
Nile diable lepoids,de sacorruption. Le diable le pousse, mais
ni le monde ., , ... , • ,
ne peovent il ne le renversera pas, s n ne consent point a ses
renverser suggestions. Car nous lisons dans un apdtre :
malgre lui. « Resistez au diable, et il s'enfuira de vous (Jac.
iv, 7). » C'est lui qui, dans sa jalousie, a pousse et
fait tomber ceux qui etaient debout dans le paradis
terreslre, parceque, loin de lui resister, ils consen-
sentirent a sa malice. C'est lui qui, par son or-
gueil, s'est precipite lui-meme du liauldu ciel, sans
que personne le pousslt, pour nous apprendre que
l'homme se duit done encore bien plus apprehen-
der lui-meme, a cause du poids de la concupis-
cence qui l'accable. Le monde nous pousse aussi,
parcequ'il est plein de malignilc. 11 nous pousse
tous, mais il ne renverse que ses amis, e'est-a-dire,
que ceux qui consenient a ce qu'il demande d'eux.
Je ne veux point 6tre ami du monde, de peur de
tomber. Car, celui qui veut 6tre ami du monde
devient ennemi de Dieu, ce qui est la plus grande
SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
575
ilia. Confusi sunt qui quaerebant animam tuam, tu vero
cantabis : Se met non fuerint dominati, tunc immucu/a-
tus ero. Boni plane usinulatoris insigne dedisti, si con-
silio Sapientis misereris animae tuaa, si omni custodia
servas cor tuunj, si juxta Apostolum teipsum caatum
custodis. Alioquin, etsi universum mundum lucreris,
anima; autem tuae detrimentum patiaris non plane bo-
num te ceiisemus aemulatorem, quoniam quidem nee
Salvator.
' Editire- 4. Cum igitur tres sint stanti imminentes ' ; horum
""• diabolus livore malitise, mundus vento vanitalis, homo
semetipsum pondere suae corruptionis impcllit. Impellit
diabolus, sed non evertit, siquidem tuumauxilium, tuum
il li negaveris vel assensum. Deniquehabes : Resisifde dia-
bolo, el furjiet a nobis. Iste est qui stantes in paradiso
impulit invidus et evertit, sed eonsentientes, non resis-
tentes. Isle est qui seipsum de ccelo superbus nullo
impellente praecipitavit : ut scias multo magis hominem
suo ipsius c:i'iui imminere, quern propriae substantias
pondus gravat. Est et mundus impulsor, quia in mali-
gno positus est. Impellit omnes, sed solos evertit ami-
cos suos, id est consentaneos sibi. Nolo esse amicus
mundi, ne cadam. Nam qui vult esse hujus mundi ami-
cus, inimicus Dei constituitur, quo utique nullus graviof
chute qu'on puisse faire. On voit par la, que
l'homme est a soi-mfime la principale occasion de
sa chute, puisqu'il peut tomber de son propre mou-
vement, sans qu'un autre le pousse, et qu'il ne
peut tomber par 1'impulsion d'autrui, s'il ne se
pousse lui-m£me. Auquel deces trois ennemis, doit-
on resister davantage?C'estevidemmenta celui qui
est d'autant plus irnporlun qu'il est plus interieur,
et qui suffit seul pour nous faire tomber, au lieu
que les autres ne peuvent rien faire sans lui. Ce
n'est pas sans raison que le Sage a prefere un
homme qui sait se dominer a celui qui force des
villes [Prov. xvi, 31). Cela vous regarde tout par- Nous avone
ticulierement. Vous avez besoin d'une grande force, Jljce'"^^
et d'une force qui ne peut venir que d'en haut. Et, force
si elle est parfaite, elle rendra aisement l'esprit vie- pour
torieux de soi-meme, et, par consequent, invincible dD^oitiuQ
contre tout autre. Car, c'est une vigueur d'esprit
qui ne sait reculer lorsqu'il faut defendre la raison.
Or, si vous l'aimez mieux, c'est une vigueur d'es-
prit qui demeureferme etimiuuable avec la raison,
ou encore une vigueur d'esprit qui, autant qu'il
est possible, rassemble et rapporte tout k la rai-
son.
5. Qui montera sur la montagne du Seigneur ? Tous no»
Quiconque entreprendra de monter au sommet de p°°sr ^'^j,
cette montagne, e'est-a-dire, k la perfection de la '» perfection
vertu, saura combien cette montee est rude, et ,an3 iiieu.
combieu la chute en est aisee, sans le secours du
Verbe. Heureuse l'ame qui a excite l'etonnement et
la joie des anges qui la regardaient , et qui les a
eutendus se dire les uns aux autres, a son sujet :
« Qui est celle-ci qui monte du desert dans une af-
fluence de toute sorte de delices, appuj-ee sur son
bien-aime {Cant, vm, 5)?» Car tous ses efforts sont
casus. Ex quibus satis claret, quam sit homo praecipuus
impulsor sui, qui suo sine alieno impulsu cadere potest,
alieno absque suo cadere non potest. Cuinam horum prae-
cipue resistendum ? Nempe huic, qui eo molestior, quo
interior, solus dejiceresuflicit, cum sine ipso alii possint fa-
cere nihil. Non sine causa Sapiens expugnatori praetulit ur-
bium virum, qui animo dominatur. Multum hoc ad te :
opus virtute habes, et non quacumque, sed qua induaris
ex alto. Ipsa enim, si perfecta sit, facile facit animum
victorem sui, et sicinvictum redditad omnia, Estquippe
vigor animi cedere nescius pro tuenda ratione. Aut, si
magis probas, vigor animi immobiliter stantis cum rati-
one vel pro ratione. Vel sic : vigor animi, quod in se
est, omnia ad rationem cogens vel dirigens.
5. Quis ascendet in montem Domini ? Hujus ad ver-
ticem montis, id est ad virtutis perfectionem, quisque
contendere* adorietur, sciet profecto, quam sit ascensus . .
arduus, et cassus conatus * absque Verbi adjutorio. Fe- 'dere.
lix anima quae, angeljs spectantibus prasbuit gaudium * BdiKemvs
pariter et miraculum sui, ut audiret de se loquentes : '
Qua; est ista, quce ascendit de deserto, deliciis affluens,
innixa super ddectum suum ? Alioquin frustra nititur, si
non innitur. Sane etiam contra se innitens invalescet, et
facta seipsa validior coget pro ratione universa : iram,
■wd niendost.
57*
QEUVRES DE SAINT BERNARD.
inutiles, si elle ne s'appuie sur Dion. En se combat-
tant elle-meme, elle prendre de nouvelles forces,
el, devenant ainsi plus forte qu'elle-meme, si je
puis parler ainsi, elle soumttra toutes ses passions
a la raisoo. Elle reglera ses coleres, ses craintes,
ses convoitises et ses joies, comme un bon cocher
montagne de l'alliance (ha. xiv, 13). » Mais Dieu
en jugea autrement . il ne demeura pas debout,
et ne s'assit point, mais il est tombe, selon eclte pa-
role du Seigneur : « Je voyais Satan tomber du
ciel comme un eclair [Luc x, xvm). » Que celui
done qui est debout, s'il ne veut pas tomber, ne se
qui conduit son char avec adresse : elle reduira en confie pas en soi-meme, mais s'appuie sur le Verbe
servitude tous ses desirs charnels, et elle assujet-
u confiance tira tous ses sens a la rais<>n et a la vertu. Com-
•o D,ea reDd ment tout ne serait-il pas possible a un homme. enri
commo lout- s appuie sur celui qui peut tout? Combien cette
puiMmi. paro]e doit nous donner de confiance : « Je puis
tout en celui qui me fortifie [Philip, iv, 13). » Rien
ne montre plus clairement la puissance du Verbe,
que de ce qu'il rend tout-puissants, tous ceux qui
esperent en lui. Car tout est possible a celui qui
croit. Or, celui-la n'est-il pas tout-puissant a qui
tout est possible ? C'est ainsi que l'esprit, s'il ne
presume rien de soi, mais est fortifie par le Verbe,
pourra se dominer, de sorte que aucune iniquite
ne le dominera. ('.'est ainsi qu'etant appuye sur le
Verbe, et revetn de la vertu d'en haut, nulle vio-
lence, nul artifice, nul attrait des voluptes, ne le
pourra renverser, ni dominer.
6. Voulez-vous ne pas craindre que Ton vous
pousse?Ne vous laissez point aller a I'orgueil
Le Verbe dit : « Sans moi, vous ne pouvez rien
faire [Joan, xv, 5). » Cela est vrai, sans le Verbe,
nous ne pouvons ni nous lever pour faire le bien, ni
demeurer fermes dans le bien. Vous done, qui etes
debout, donnez gloire au Verbe, et elites : « II a
I'talili nies pieds sur la pierre et a dirige mes pas
[Psal. xxxix, 3).» II est necessaire que la meme main
qui vous a releve vous tienne loujours et vous
empeche de tomber. Voila, pour expliquer ce que
nousavonsdit, que nous avonsbesoindu Verbe pour
nous appuyer sur lui, afin de demeurer fermes
dans la vertu.
7. II faut maintenant examiner ce que nous
avons dit aussi, que, par le Verbe, nous som-
mes reformes dans la sagesse. Le Verbe, c'est la
force, le V.-rbe c'est la sagesse. Que l'ame done
premie des forces de la force, de la sagesse de la
sagesse, et quelle attribue Tun et Pautre don au
seul Verbe. Autrement, si elle s'appuie surl'un ou
Quelle be-
som noui
avons du
Verbe pour
nous refor-
mer a !a sa-
gesse.
La s a gesso
vient de
Dieu.
<-' — ......^.ui uij Ji vill. J ^J'|H11G Jill 1 LIU IJ
C'est par la que sont tombes ceux qui vivent dans sur l'autre, quelle dise done aussi que le ruisseau n
le crime. C'est par la que sont tombes le (lia-
ble et ses anges. Et bien qu'ils n'aient point ete
L'orgueil fnt pousses du dehors, neanmoins, ils ont etc chasses
Ia dubie.1** eln'onlPu demeurer debout. Car, celui-la n'est
point demeure debout et ferme dans la vente, qui
ne s'est point appuye sur le Verbe, et qui s'est
eonfie & ses propres forces. Et meme s'il a voulu
s'asseoir, c'est peut-etre parcequ'il ne pouvait de-
meurer debout. Car il dit : « Je m'asseoirai sur la
vieut pas de la source, le vin de la vigne, la lu-
miere de la lutniere. Cette parole est veritable :
« Si quelqu'un a besoin de sagesse, qu'il la de-
mande a Dieu, qui donne, a tous des biens en
abondance et ne reproche point ses dons ; et elle
lui sera donnee [lac. j, 5). » Voila ce que dit saint
Jacques. Mais, pour moi, je. crois qu'il en est de
meme de la force. La force a beaucoup d'afiinile
avec la sagesse. La force est un don de Dieu. II la
metum, enpiriitatem, el gaudium, veluti quemdam animi
currum, bonus auriga reget ; et in captivilatem rediget
omneni carnalcm affecluin, et carnis sensum ad niiturn
rationis in obsequium virtu lis- Quirini omnia possibilia
sint innitenli super eura, qui omnia polest ? Quanta;
fiduciiE vox ; Omnia possum in eo qui meconforlat .' .\il
omnipolentiam Verbi clariorem reddit, quam quod om-
nipolentes facit omnes. qui in se sperant. Denique om-
niapossibiliasuntcredenli .'Ilaanimus,si nonpr.psumatde
sesedsiconfortetur a Verbo, polerit utique dominari sui,
ut non dominetur ei omnis injuslilia. Ita, inquam, Verbo
innixum, et indutum virtule ex alto, nulla ftaus, nulla
jam illecebra polerit vel stantem dejicere, vel subji-
cere dominanlem.
6. Vis non limere impulsorem ? Non venial tibi pes
superbise, et manus impellenlis non movebil le. Ibi ceei-
deruni qui operantur iniquitutem. Ibi diabolus el angeli
ejus corruerunl, qui licet non impulsi exlrinsecus, e.x-
pulsi sunt tamen, nee potuerun' stare. Denique in verilate
non slctil, qui non innLxus est Verbo, qui in sua virtule
conflsus est. Et ideo fortassis sedere voluit, quia stare
non valuit. Dicebat enim : Sedebo in monte testnmenii.
Ca'lcrum Deo aliter judicante, nee stetit, nee sedit, sed
cecidit, dicenle Domino : Videbam Satanam sicut fulgur
de cwlo cadentem. Ergo qui slat, si non vultcadere, non
Hdal si hi, sed nilatur Vcibo. Veibum loquitur : Sine
me m/iii potestis facere. Ita est : nee surgere ad bunutn,
nee stare in bono possumns sine Verbo. Tu ergo qui
stas, da gloriam Verbo * , et die ; Statuit supra petram
pedes nieos, et dtrej it gressus meow Cujus manu erige-
ris, ipsius necesse est virtule tenearis. Hsc proeoquod
dixi, opus nos habere Verbo, cui innilamurad virlutem.
7. Nunc j.-.m videndnm est de eo quod item memora-
vi, per Veibum sc licet nihilominus nos reformari ad
sapientiam. Verbum virlus, Veibum sapientia est.
Sumat ergo anima de virtule virtulem.ac desapientiasa-
pitntiam, el uni Verbo munus utrumqnc adscribal. Alio-
quin si aliunde aut utramque, aut allerutram arrogct
sibi ; negct etiam sinml vel de foule rivun, vel de vile
vinum, vel lumen oriri de lumine. Fidelis sermo : Si
guts, inquit, indiyet sapientia, postulet a Deo, qui dal
omnibus affluenter, el non improperal ; et dabdur ei.
Haer ille. Ego vero baud secus de virtule senserim. Co-
gnata virtus sapientia; est. Donum Dei virtus est, depu-
' al. Deo.
quatre-vingt-cinquiEme sermon
faut mettre au nombre des dons excellents, et elle
descend aussi d'en haut du Pore dn Verbe. Si quel-
qu'un croit qu'ilesten tout sernblable a la sagesse,
je ne le nie pas, mais cette ressemblance parfaite
La sagesse est dans le Verbe, non pas dans l'ame. Car les
dilTere de la
force. qualites, qui ne sont qu'une meme chose dans le
Verbe, a cause de la singuliere simplicite de la
nature divine, n'ont pas neanmoins un meme effet
dans l'ame, mais s'accordent a ses divers besoins.
D'apres cela, c'estdoncautre chose pour l'ame, d'etre
raniuiee par la force, et d'etre conduite par la sagesse.
Car, bien que la sagesse soit puissante et la puis-
sance douce, pour conserver toutefois aux paro-
les la signification qui leur est propre et naturelle,
la force emporte dans son sens quelque vigueur de
l'ame, et la sagesse, line moderation d'esprit, ac-
compagnee d'uue douceur spirituelle. Je crois que
l'Apulre l'a designee, lorsqne, apres avoir fail beau-
cou[> d'exhortalions au sujet de la force, il ajoute,
pour ce, qui concerne la sagesse : « Dansla douceur,
dans l'Esprit-Saint (11 Cnr. vi, Cj. » II y a done
de l'honneur a rosier fernie, a resistor, a repous-
serla violence par la violence, qui sont les proprietes
de la force et du courage, mais ily a aussi beaucoup
de travail. Ce n'est pas la meme cbose de defen-
dre voire honneur avec peine et avec danger, et
de le posseder en repos. Ce n'est pas la meme
chose de travailler, el de jouir du fruit de son tra-
vail. Or, la sagesse jouit de tons les travails de la
verlu, et ce que la sagesse ordonne, delibere, res-
senl, la vertu Texecute.
Qo'est-ceque 8. « Eerivez sur la sagesse dans le repos (Eccli.
la sagesse.
sxxviu, 25), » dit leSage. Le repos de la sagesse est
done un travail, et plus la sagesse se repose, plus
SUR LE C.VNTIQUE DES CA.NTIQUES. 577
elle travaille a sa maniere. Au contraire, plus la
vertu est eprouvee, plus elle a d'eclat; et elle
ne se monlre dans son lustre qu'au milieu des dif-
fieultes. Si on vent definir la sagesse, l'amour de
la vertu, peut-etrequ'onnesetrompera pas, car ou est
l'amour d n'y a plus de travail, il n'y a que des
delices, peut-etre meme le mot sagesse tire-t-il
son nomde saveur, parce que c'estcommel'assaison-
nement de la vertu qni lui donne du gout et de la
fa veur, an lieu que d'elle-memo elle est rude et
insipide. Je crois done que l'onpeut dire aussi que
la sagesse est le gout du bien. Nous avons perdu ce
gout presque des le commencement de notre ori-
gine. Des que le renin de l'ancien serpent a cor-
rompu et infeste notre ame, elle a commence a ne
plus gouter le bien et un gout deprave a pris la
place de celui qui lui etait naturel. « Car les incli-
nations et les pensees de l'homme sont portees au
mal dessajeunesse [Gen.vm, 21), e'est-a-dire depuis
la folio de la premiere femme; e'estdone la foliedela
femmequi nous a fait perdrele gout du bien, parce que
la malice du serpent a trompe sa folle simplicite.
Mais cela meme qui a fait vaincre la malice pour
un temps la vaincra pour l'eternite. Car la sagesse
a rempli de nouveau le corps et le cceur d'une
femme, alin que comme nous etions tombes dans
la folie par une femme, nous fussions retablis dans
la igesse parnne femme. Et maintenant la sagesse
surmoute oonslamment la malice dans Fame de
ceux on elle enlre, on detruisant par une bonne
saveur cede du mal que colle-la y avait apportee.
La sagesse, en entrant dans une ame, lui rend
insipides tons les plaisirs de la chair, purilie l'eii-
tende.ment, guerit et repare le sentiment spirituel
' al. datis. tanda in donis* optimis, descendens et ipsa desursum a
Palre Verbi. El si quia exislimet idpei omnia earn quod
sapienliam esse, non inGcior, sed in Verbo, non in ani-
raa. Quae eniui in Verbo pro ejus singular] divinae natu-
rae simplicilate unum sail, unum tamen effectum in
anima nun habent, sed ad illius varias et diversas neces-
sitates, veluli di versa, sese parlicipanda ace iramodant.
Juxia quam rationeai profecto aliud est animo virtute
agi, et aliud snpiealia regi : aliud dpminari in virtute,
aliud in suavitale deliciari. Licet naaique et sapienlia
potens, et virtus suavis exsistat ; ut tamen propriasqui-
busque reddamus vocabulis significantias, vigor virtu tem,
sapienli.im placiditas animi cum spiritual! quidam sua-
vitale demonstrat. Hanc puto ah Apostolo designatam,
ubi post multa hortamenta pertiaanlia ad virtutem, ad-
jecit quod sapientiae est : hi suavitafe, in S/'iritu-Sunclo.
Igitur stare, resislere, vim vi repnllerc, qua; utiqae in
partibus virtulis depulanlur, honor quidem, sed labor est.
Non est cnim idipsum honorem tuum laboriose defen-
ders, et quiele possidere. N in est idem virtute agi, et
virtute frui. Quidquid virtus elaboral, sapienlia fruitur :
et quod sapienlia ordinat, deliberat, moderatur; virtus
exscquilur.
8. S'ipientiam scribe in otio, ait Sapiens. Ergo sapien-
tial olia negotia sunt, et quo otiosior sapienlia, eo exer-
T. IV.
.C'est par
Eve que le
{iremier
lumrae a
perdu la
sagesse ou
la saveur
du bien.
La Sagesse
eternelle
nous l'a
rendue par
Marie.
Efiets de la
sagesse dani
lame.
cilalior in genero suo. E regione virtus exercitafa cla-
ri ir est, eo pie probatior, quo officiosior. Et si quis sa-
pientiam virlulis amore... dil'linierit, non mihi a vero
deviare videlur. Ubi mi tem amor est, labor non est, sed
saim'. Et forte sapientia a sapore denominatur, quod
virtnli accedens, quoddam veluli condimentum, sapidam
reddat, qua perse insulsa quodam nioJo etasperasen-
tiebatur. Nee duxcrim reprchen lcndnm,si quissapientiara
rem boni difiinial. tlunc saporcm perJidimus ab ip-
so pene exortu generis noslri. Ex quo cordis palatum
sensu i amis praevalente infecit virus serpentis antiqui,
ccepit animae non sapere bonum, ac sapor noxiussubin-
Denique pro ensus hominis, et aigitaliones
alum ab adoleseentia, hoc est ah insipientia prima
millions. Ita insipientia mulieris saporem boni exclusit,
quia serpentis malitia mulieris insipientiam circumvenit.
Sed undo malitia visa est vicisse ad lempus, inde se
victam dolet in aeternum. Nam ecce denno Sapientia
mulieris cor et corpus impievit, ut qui per feminam
deformati in insipienliam sumus, per feminam reforme-
murad sapientiam. El nunc assiduc sapientia vincit ma-
litiam in mentibus ad quas intiuveiil, saporem mali,
quem ilia invexit, sapore exterminans meliori. Intrans
sapientia, duni sensum carnis infatuat, purificat intellec-
tual, cordis palatum sanat el reparat. Sano palato sapit
37
578
GEUVRES DE SAINT BERNARD.
On"c«t-«
qu'tMre
reforme
> la sagesse.
La malice
Mt le gout
da mal.
Marques aux-
qoelles on
reconnalt
la vertu et la
•agesse dans
une &me.
Dispositions
a la s agesse.
du cceur, et ce sentiment etant repare, il commence mitre 1'homme de cceur. Et c'est avec raison que
a pouter le bieii, il goute meme la sagesse, qui est nous avons mis la sagesse apres laforce; puisquela
le bien le plus excellent de tons. force d'esprit est en effet comme un foiulement ine-
9. Combien de bonnes actions fait-on sans que branlable, sur lequel la sagesse se batit une mai-
ceux qui les font en prennent aucun gout, parce son. Or il a fallu faire preceder l'une et r autre de la
qu'ils ne se portent pas a le3 faire par l'dmour de connaissance du bien, parce qu'il n'y a point d'al-
la vertu, mais y sont obliges ou par raison, oil par liance entre la lumiere de la sagesse rt les tenebres
oi casion, on pour neees-iie? Et, an contraire, com- de l'ignorance. 11 a fallu de mime placer avant olio
bien de mal fait-on sans y prendre aucun plaisir, la bonne volonte, parce que la sagesse, selon la Sa-
mais parce qu'on y est con iraint par la crainte, ou gesse mfime, n'entrera point dans une ame me-
altire par quelque desir, plulot que par la satisfac- chante [Sap. i, 4).
tion qu'on Irouve a mal faire? Mais reus qui agis- 10. Apres avoir vu comment 1'ame recouvre la
sent de leur propre mouvemeut, et avec une vo- vie par le changement de volonte, la sante, par l'ins-
lonte deliberee, ou sont sages, et ils se plaisent dans truction que Dieu lui donne, la stability, par le cou-
le gout et la douceur de la vertu, ou ils sont me- rage, et la maturity , par la sagesse, il reste a lui
cbants, et ils se plaisent dans le mal, sans yetre at- trouver la beaute, sans quoi elle ne peut plairc a,
tires par l'esperauce d'aucun avantage parliculier. celui qui esfele plus beau des enfants des homines.
Car qu'est-ce que la malice, sinon le gout qu'on Car elle sait qu'il est dit : « Le roi concevra de l'a-
trouve au mal t Heureuse lame qui n'a que dugout mow pour votre beaute [PsaL xliv, 12). » Nous
pour tout ce qui est bien, et que du degoiit pour avons enumere beaucoup de biens de l'ame qui
tout ce qui est mal ? C'est ce que j'appelle etre re- sont des dons du Verbe, la bonne volonte, la science,
forme a la sagesse, et avoir le bonbeur d'eprouver la force d'esprit, la sagesse, et cependaut nous ne
la victoire dela sagesse. Car, en quoi la sagesse sur- voyons point que le Verbe desire rien de lout cela.
monte-t-elle plus visiblement la malice, que lors- U est dit seulement : « Le roi concevra de l'a-
que, apres avoir bauni le gout du mal, qui n'est au- mour pour voire beaute. Et ailleurs; Le Seigneur
tre chose que la malice meme, l'ame se sent pene- regne, il s'est revelu de beaute [Psul. xen, 1). »
tree intimement dune saveur douce et agreable du Comment ne desirerait-il pas un semblable vete-
bien. C'est donca la force asoutenircourageusement ment a celle qui est tout ensemble et son image
les afllictions, et a la sagesse a serejouir dans les af- et son Spouse ? Elle lui est d'autant plus chere,
lliclions.-fortiflervolrecceuretattendreleSeigneuren qu'elle lui ressemble davantage . En quoi consiste
patience, c'est l'ouvrage de la force; gouter et voir done la beaute de l'ame ? N*est-ce point dans l'hon-
combien le Seigneur est doux, c'est l'ell'et de la sa- netete? bisons que oui, puisqu'il ne nous vient a
gesse. Et pour que chaque vertu eclate d'avantage cette heure rien de mieux. Or l'bonnetete parait
par le bien qui lui est naturel, la moderation d'es- dans la couduite exterieure ; non qu'elle en soil la
prit fait conuaitre le sage, et la constance fait con- cause, mais parce que c'est par elle qu'on la con-
Lacinquieme
cause c'est
pour reposer
la beaute de
l'ame.
jam bonum, sapit ipsa sapientia, qua in bonis ullum me-
lius.
9. Quam multa fiunt bona, ct non sapiunt facientibus !
siquidem non sapore boni ad ilia, sed au". ratione, aut
qualicunque occasione, seu necessitate impellunlur : et
e contrano multis, quae faciunt, non sapiunt mala, sed
ad h»c inducuntur, aut metu, aut cupidilate rei cujus-
piam potius, quatii sapore mali. Qui autem transierunt
in affectum cordis an I sapientes sunt, et ipsodeleclantur
sapore boni : aut maligni sunt, et in ipsa complacent
sibi matitia, etiam nulla spe allerius commodi blandi-
enle. Matitia vero quid, nisi sapor est mali ? Beata
mens, quam sibi totam vindicavit sapor boni, et odium
mali. Hoc reforuiari ad sapientiam est, hoc sapientia;
victoriain feliciter e.vperin. Nam in quo cvidentius sapien-
tia vincere malitiaui comprobatur, quam cum exeluso
sapore mali, qui non aliud quam ipsa malitia est, boni
quidam intimus sapor mentis inthna occupare tola sua-
vitate senlitur ? llaque ad virtutem special tribulationes
fortitersustinere : ad sapientiam, gaudere in triuulatio-
nibus. Confortare cor tuum, et sustinere Dominum, vir-
tutis est : gustare et videre quoniam suavis est Dominus,
sapientiae est. Et ut magis ex propriae bono naturae bo-
num utrumque clarescat : modestia animi probat sapi-
enlem, contantia virum virtutis ostendil. Et bene post
virtutem sapientia : quod virtus sit quoddam quasi sta-
bile fundamentum, super quod sapientia aedilicet sibi
donium. Opoituit aulem pracedere notitiam boni : quia
non est socielas luci sapientiiE, et lenebris ignorantiae.
Oportuit et bonam voluntatem : quia in malevolam ani-
ii, an i non introibit sapientia.
10 Jam si in voluntatis mutatione reddita innotuit
animae vita, in eruditione sanitas, in virtute stabilitas, in
sapientia poslreino maturitas : superest ut decorem il li
inveniamus, sine quo specioso forma prae liliisbominum
placere non potest. Denique audit, quia concupiscet rex
decorem tuum. Quanta enumeravimus animae bona, do-
na Yerbi, voluntatem bonam, scientiam, virtutem, sapi-
entiam, et nihil horum Verbum rex concupiscere legi-
tur:sed tanlum, Concupiscet, inquit, rex decorem tuu:>^
Ait Propheta : Dominus regnuvit, decorem induit. Qui-
dni iinagini suae pariter et sponsae simile cupiat indu-
mentum 1 Tanto profecto sibi carior ilia, quanto simili-
or erit sibi. In quo ergo animae decor? An forte in eo
quod honestum dicitur ? Hoc interim sentiamus, si me-
lius non occurnt. De honesto autem exterior interroge-
tur conversatio : non quod ex ea honestum prodeat, sed
per earn. Nam in conscientia et habitatio ejus, et origo.
QUATRE-VINGT-CINQUIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANT1QUES.
579
nalt.Sademeureet sonoriginesontdansla conscience
qui ne lire son eclat que du temoignage qu'elle se
rend. II n'y a rien de plus resplendissant que cette
lumiere, rien de plus glorieux que ce temoignage,
Qu'estce que lorsque la verite brille dans l'ame, et que lame se
tete. voit dans la verite . Mais comment s'y voit-elle ?
Chaste, modeste, retenue, circonspecte, degagee de
tout ce qui peut obscurcir la gloire d'un temoignage
si avantageux, ne se sentant coupable de quoi que
ce soit qui puisse lui faire craindre la presence de
la verite, et qui l'oblige a detouruer son visage en
rougissant comme si elle ne pouvait soutenir l'eclat
trop vif de la luiniere de Dieu. C'est la sans doute,
c'est la cette beaute que Dieu prend le plus de
plaisir a regarder que tous les autres biens de l'ame.
et que nous nommons honnetete.
11. Mais lorsque la splendeur de cette beaute s'est
repandueavec plusd'abondance jusque dans le plus
profond du coeur, il est necessaire qu'elle se pro-
duise au dehors comme un lampe cachee sous le
Efftts ext6- boisseau, ou plutot comme une lumiere qui luit
neur de dans les tenebres et qui ne saurait etre cachee ; de
1'honneteUS. . - . «, . , .
sorte qu u sen tut une ellusion surle corps image
de l'ame; le corps la distribue ensuite par tous ses
membres et par tous ses sens, si bien qu'elle pa-
rait dans ses actions, dans ses paroles, dans ses re-
gards, dans son rire meme, si tant est qu'elle sou-
rie, ce qu'elle ne fait qu'avec gravite et retenue.
Lors done que tous les mouvemenls du corps, tous
ses gestes, toutes ses demarches sout graves, pures,
modestes, eloignees de toute licence, de loute lege-
rete, de toule mollesse, de toute indecence , alors
la beauts de l'ame est visible, pourvu qu'il ne se
cache point d'hypocrisie en elle. Ciril peut se faire
que toutes ces choses soient feintes, et ne parteut
pas de l'abondance du cceur. Et pour mettre cette
beaute dain tout son lustre, definissons, s'll vous
plait, l'honnetete, etdisonsen quoi nous la meltons.
C'est une eandeur de l'ame, qui a soin de joindre
une reputation avantageuse avec une bonne cons-
cience; ou, selon l'Apotre: « De faire le bien non
seulement devant Dieu, mais encore devant les
homines (2 Cor. m, 21). » Heureuse l'ame qui s'est
revetue de cette beaute, de cette blanche ur celeste
de l'innocence, par laquelle elle acquiert une con-
formity glorieuse, non avec le monde, mais avec le
Verbe dont il est dit, qu'il est la lumiere et la vie
eternelle, et l'iinage de la substance de Dieu {Eeb.
i,3).
12. De ce degre, l'ame commence deji a penser La g^ma
a son mariage avec le Verbe. Comment n'y pense- cau"e ce'1
^ r pour que
rait-elle pas, quand elle se voit d'autant plus nubile, 1'ame soil
pour ainsi parler, qu'elle lui est plus semblahle ? econ e'
Lamajestede cet epoux ne l'epouvante point, parce
que sa ressemblance l'associe avec lui, son amour
l'unit a lui, sa profession la fiance avec lui. Or
voici la forme de sa profession : « J'ai jure et resolu
de garder les ordounances de votre justice (Psal.
cxvn, 106). » Les apotres avaient sum cette forme
lorsqu'ils disaient: « Vous voyez que nous avons
tout quitte pour vous suivre [Malik, xix, 27). » Ce
qui, sou? la liguredu mariage charnel, doits'enten-
dre du mariage spirituel de Jesus-Christ et de l'E-
glise est encore semblable : « C estpourquoi l'hom-
me laissera son pere et sa mere et s'attachera a.sa
femme, et ils seront deux en une meme chair
(Epli.es. v, 31). » Et dans le Prophete l'Epouse se
gloritie en ces termes : « Pour rnoi, mon plus grand
bien, c'est de m'altacher a Dieu, el de mettre mon
esperauce dans le Seigneur (Psal. lxx.ii, 28). » Lors
Siqnidem clarilas ejus, leslimonium conscientiae. Nihil hac
luce clarius, nihil hoc gloriosiusteslimonio, cum Veritas in
menle fulget, et mens in veritate se videt. Sed qualem? Pu-
dicam, verecundam, pa vidam,circu mspectam, nihil peni-
tus admittentein quod evacuet gloriam conscienlise attes-
tants : in nullo conseiam sibi, quo erubescatpra'sentiam
veritatis, quo cogatur avertere faciem quasi confusam et
repercussam a luaiine Dei. Hoc plane, hoc illud deco-
rum est, qusd super omnia bona animae divinos oblectat
aspectus; et nos nominamus, ac diflinimus honcstum.
11. Cum aulem decoris hujus claritas abundantius in-
tima cordis repleverit, prodeat foras neceose est, tan-
quam lucerna latens sub modio, imo lux in tenebris
lucens, latere nescia. Porro etTulgentem, et veluti qui-
busdam suis radiis erumpenlem, mentis simulacrum
corpus excipit, et diffundit per membra et sensus, qua-
lenus omnis inde reluceat aecio, sermo, aspectus, inces-
»us, risus (si tamen risus) mixtus gravitate, et planus
honesti. Horum et alio:um profecto artuum sensuumque
motus, gestus et usus, cum apparuerit serius, purus.
modestus, totius etpers insoleniias alque lasciviae, turn
levitatis, turn ignavias alienus, aaquitati autem accom-
modus, pietati officiosus ; pulchritudo animae palam erit,
si tamen non sit in spiritu ejus dolus. Potest enim fieri
ut simulentur omnia hac et non ex abundantia cordis
taliler moveantur. Et ut magis eluceat is animae decor,
ipsum, si placet, honestum, in quo hunc Iocandumeen-
suimus, dil'liniatur , mentis ingeuuitas, sollicita servare
cum conscientia bona famae integritatem. Vel, juxta
Apostolum, providere bona, non tantum coram Deo,
sed etiam coram hominibus. Beata mens, quas hoc se
induit castimoniae decus, et quemdam veluti ccelestis
innocentiae candidatum, non mundi, sed Verbi, de quo
legitur, quod sit candor vitw aiternm Splendor et figura
substantia Dei.
12. Ex hoc jam gradu audet quae hujusmodiest, cogi-
tare de nupliis. Quidni audeat, eo se nuhilem, quo si-
milem cernens ? Non terret celsitudo, quam sociat si-
mditudo, amor conciliat, professio maritat. Professionis
forma hae^ est : juravi et stalui custodire judicia justi-
tue tux. Hanc secuti Apostoli aiebant : Ecce nos reli-
quimu-i omiia et secuti sumus te. Simile est illud quod
in carnali quidein connubio dictum, Christi et Ecclesiae
connubium spirituale signavit : propter hoc relinquet
homo patrem suurn, et niatremsuum, et adluerebit uxori
sues ; et erunt duo in earns una, et apud Prophetam
gloriatio maritalae : Mihi autem adhcerere Deo bonum
est, ponere in domino Deo spent meam. Ergo quam vi-
580
OEUVRES DE SAINT BEHNAUD.
Quelle est donc mle rous TCHPei llr>c- ame tpi'j aptvs avoir tout
)'ftpon«e du quitti> s'attaehe au Verbe par tons les desirs de son
coaur, tie vit que pour le Verbe, se conduit par le
Verbe, concoit du Verbe pour enfanter pour le
Verbe, en sorte qu'elle puisse dire : h Jesus-Christ
est ma vie, el ce m'esl mi grand avantage de mou-
rir pour lui {Philip, l, 21), » eroyez qu'elle est l'E-
potise ilu Verbe. Sou Epoux peut se reposer en elle
avee confiance, en sachantque 1'ame qui a mepris6
tout pour l'amour de lui, et quiregarde lout comme
du fumier pour le gagm c el le posseder unique-
nient.lui est ndele. II savait que telle etait l'ame de
eelui dontildisait : nCelui-la m'est un vase d'eleclion
Act. ix, LS . o Certes l'ame de saint Paul etait une
bonne mere et une epouse lidele, lorsqu'il disait :
« Mes pelits enfants que je concois de nouveau
dans mon sein jusqu'a ce que Jesus-Christ soit
forme en vous [Galat. iv, 19). »
13. Mais remarquez quedansle mariagespirituel
ily a deux sorles d'enfanlenients, et par consequent
deci sones deux sortes d'ent'ants qui sans elre contraires sont
d enfaiile- 1
meDis. ditlerents, car les sautes meres engendrent des
ames a Dieu par la predication, ou produisent des
intelligences spirituelles par la meditation. tffans
cetle derniere sorte d'enl'aiitements il arrive quel-
quefois que l'ame est tellement transportee hors de
soi et detachee des sens, qu'elle nese sent pas elle-
meme, bien qu'elle sente le Verbe. Cela arrive
lorsque etant pleine de la douceur ineffable du
Verbe, elle se derobe a elle-meme en quelque fa-
con, ou plutot est ravie et s'eckappe de soi pour
jouir du Verbe. L'ame n'est pas dans la meme dis-
position lorsqu'elle fait du fruit par le Verbe, et
lorsqu'elle joint du Verbe. En l'un, elle est pressee
paries soins du prochain, en l'autre elle est attuve
par les douceurs du Verbe. C est une mere quia
veritablenient beaucoup de joie d'engendrer des en-
Dans le
manage spi-
rituel ii y a
Le ravisse-
roeot de la
contempla-
tion.
fants spirittiels, mais qui en remit bien davantage
des cli isles embrassi nienls de son epoux. Ses en-
fants lui sunt chers el precieux, mais les baisersde
son epoux lui sont intiniment |ilus agreables. C'est r_a >ept;emc
une bonne chose de sauver plusieurs ames, mats il c,U5.e ■*"}
1 pourjouirdu
est bien plus doux de sortir comme hors de soi, et Verbe.
d'etre avec le Verbe, Mais quand cela arrive-t-il, et
combien cela dure-t-il I Cest un doux commerce,
mais il est bien court lorsqu'on I'eprouve, et il est
bien rare de l'eprouver, Et c'est la, ce mesemble,
la septieme raison pourlaquelle j'ai dit plusettout,
que lame cherche le Verbe, c'est atin de jouir de
ces douceurs.
l!i. IVul-i'lre me demandpra-t-on encore ce que Qo'est-ceque
c'est que jouir du Verbe. Je reponds qu'on doit le Verbe.
demander plutot a eelui qui l'a eprouve, croyez-
vous que je f » i i i ~ - . ■ vous decouvrir ee raystere inef-
fable? Ecoulezqtielqii'ira qui 1' avail eprouve : « I.ors-
que nous nous elevons extraordinairement, c'est
pour Dieu, et lorsque nousparlons d'une manure
moins elevee , c'esl pour nous proporlionner a vo-
ire faihlesse (II Cor. v, 13). » C'esl-a-dire, lorsque
je m'enlretiens avec Dieu, seul a seul, je parle au-
trement que lorsque je parle pour vous instruire.
J'ai eprouve la douceur de cet entretien, mais je ne
puis vous dire ce qui s'y passe. El quant a eelui
que j'ai avec vous, jetache de condeseendre a vo-
ire inlirmile, alin que vous puissiez comprendre ce
que je vous dis. 0 vous, qui desirez savoir ce que
c'est que de jouir du Verbe, preparez voire esprit,
non vos oreilles. Ce n'est pas la langtie, mais la
grace qui enseigne un si haut secret. II se cache aux
sages et aux prudents, et ne se revele qil'aux pe-
tits. L'humilite, mesfreres, est une grande vertu.
C'est une grande vertu, je le ropete, puisqu'elle me- nn'est donn4
rite d'eprouver ce qui ne s'apprend point par les qa'aoi petits
j- » ■ ii . r i- • • • delepron-
discours, et qu elle est digne d acquerir ce qui ne ?er.
deris animam relectis omnibus, Vcrbo votis omnibus
adhaerere, Verba < ivere, Verba se regere, dc Verbo ron-
cipere quod parial Yerbo ; qwe possit dicere, Milii vire-
re Chritlus est, el mori lucrum : puta conjiueai, Veibo-
que muritutam. Conlidit in ca cor viri stu, sciens lide-
lem, qua? prsB se omnia spreverit, omnia arbitretur ut
slercora, ut sibi ipsum lucrifaCiat. Talem novcral, dc quo
diceLat : fas eleclionus est milii isle. Prorsus pia mater
et Ddclis viro suo anima Pauli, cum riicerel : Filiolimei,
guos iterum parturio, dome formelur Christus in robis.
13. Sed allende in spirituali malrimonio duo esse ge-
nera pariendi, et c.\ buc etiatn diversas soboles, sed non
adversas : cum sanely malres ai.t pnedicando animas,
aut medilanto intelligenlias pariunt spirituales. In hoc
ultimo geneie ipjerdum excedilur, et seceditar etiana a
corporcis seusibus, ut sese non senti.it qu»! Verbum
sentit. Hoc lit, cum mens ineOabilis Verbi illecta dulce-
dine, quodam modo se sibi furatur, imo rapitur alque
elabilur a seipsa, ut Verbo fiuatur. Abler sane alficitur
mens fructificans Verbo, aliter fruens Verbo. Illic solli-
citat necessitas proximi, hie invilat suavitas Verbi. Et
quidem la'ta in prole mater : sed in amplcxibus sponsa
laetior. Caia piguora filiorum : sed osculaplusdelectant.
Bonum est salvare in n If os : excedere autem et cum Ver-
bo esse, mullo jucundius. Al qnando hoc, aut quandiu
hoe ? Dulce comnicrcium : sed breve moinenlum, et
experimental!] rarum. Hoc est quod supra post alia nie-
mini me dixisse, quaerere utique animam Verbum, quo
fruatur ad j icunditalem.
14. Pergal quis foraitan quaerere a me etiam, Verbo
frui quid sit '? Respondep : Qmerat polius cxpertum a
quo id quadrat. Aut si et mini experiri darctur, pntas
me posse eloqui qnod ineffabile est ? Audi cxpertum :
Stve, inquil, mente excedimus, U'n; are sobrii sumKi
vobis. Hoc est, aliud mini cum Deo, solo arbitror Deo:
aliud vobiscum mihi. Ill ud licuit experiii, sed minime
loqui : in hoc ita eondescendo vobis, ut et ego dicere,
et vos capere valealis. 0 quisquis curiosus cs scire quid
sit hoc, Verbo frui ; para illi non aurcm, sed mentem.
Non docet hoc lingua, sed docet gratia. Absconditur a
sapientibus et prudentibus, et revelatur parvulis. Magna
fratres, magna et sublimis virtus humilitas, quae prome-
QUATRE-VINGT-SIXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
581
se peut enseigner, de concevoir du Verbe qui est esperer un jour? N'est-ce pas comme une verge
la parole de Dieu, ce qu'elle-meme n'a point de pa-
roles pour expliquer. Pourquoi cela? Ce n'est pas
qu'elle merit*? d'obtenirune sigrande fa veil r, mais
c'estlebon plaisir duPeredu Verbe epoux de l'ame,
Jesus-Christ Notre-Seigneur, qui etant Dieu est
eleve par dessus tout et beni dans tous les siecles
des siecles. Ainsi soit-il.
SERMON LXXXVI.
Modestie el retenue de I'Epouse guand elie cherche le
Verbe. Eloge de la modestie.
1. Je crois qu'on ne me deuiandera plus mainte-
nant pourquoi l'ame cherche le Verbe ; car nous
l'avonsamplement montre. Continuous a expliquer
de correction, qui sans cesse presente devant ses
yeux, reprime en lui tous les mouvements d'un age
porte au dcsonlre et toutes les actions legeres ou
insolentes. Qu'y a-t il de plus conlraire aux paro-
les honteuses et aux actions deshonneles? La pu-
deur est sceur de la continence. 11 n'y a point de
marque plus visible d'une simplicite de colombe,
ni detemoin plus siir do I'innocence de l'ame. C'est
une lampe qui luit sans cesse dans une ame chaste,
en sorle qu'il n'y peut rien entrer d'impur et d'in-
decent qu'elle ne le decouvre a l'heure meme.
C'est l'exterminatriee de tous les vices, la protec-
trice de la candeur naturelle de l'ame, la gloire de
la conscience, la gardienne de la bonne reputation,
l'ornement de la vie, le tr6ne et les premices des
vertus, la gloire de la nature, et l'enseigne de toule
ce qui reste du verset du Cautique, seulement pour honnetete. Combien la rongeur meme des joues,
Be! eloge de
la modestie.
La modestie ce qui regarde la morale. Remarquez premiere-
tres"a*reabie men' 'a pudeur de I'Epouse, car je ne sais si ce
n'est point une des plus belles vertus qu'uu homme
puisseposseder. J'ai dessein avanttoutde la prendre
dans nies mains, si je puis ainsi parler, et de cueillir
cette belle lleur pour la presenter a nos jeunes
gens. Ce n'est pas que ceux qui sont dans un age
plus avance ne ladoivent aussi conserver avec soin,
puisqu'elle est l'ornement de tousles ages de la vie,
Sortout chez mais c'est que la grace d'uue tendre pudeur brille
"gens"6' d'un plus grand et plus vif eclat dans un age plus
tendre. Qu'y a-t-il de plus aimable qu'uti jeune
causee par la honte, donne-t-elle de graces et d'a-
grements !
2. La pudeur est un bien si naturel de Time,
que ceux memes qui ne craignent point de mal
faire ont honle toutefuis de se montrer. Selon
cette parole du Seigneur : aQuiconque fait mal hait
la lumiere (Juan, in, 20). » Ne voyons-nous pas
aussi, dit l'Ap6tre, que ceux qui dorment, dorment
la nuit, et que ceux qui s'enivrent le font durant la
nuit, et couvrent de tenebres ces ceuvres de tene-
bres dignes d'etre eternellement cachees ? II faut
neanmoins ici mettre une difference entre la -pu-
ll y a une
sorte de
pudeur meme
chez les
pecheura.
homme modesle ? Que cette perle des vertus parait deur de ces personnes et celle de I'Epouse, en ce
belle et brillante dans la vie et sur le visage d'un qu'ils n'ont point honte de commettre ces actions,
jeune homme ! Quelle marque certaine et veritable mais seulement qu'on les decouvre, c'est pourquoi
de la boute de son naturel, et de ce qu'on en doit ils les cachent, au lieu que I'Epouse ne les cache
retur quod non docetur, digna adipisei quod non valet
addisci, digna a Vcrbo, et de Verbo concipere, quod
suis ipsa verbis explicare non potest. Cur hoc ? non
quia sic merilum, sed quia sic placitum coram Patre
Verbi sponsi animas, Jesu-Chrisli Domini nostri, qui est
super omnia Deus benedictus in sa?cula. Amen.
SERMO LXXXVI.
De caute/a el verecundia sponsce gucerentis Verbunt; et de
commendatione verecundia?.
1. Non est quod a me jam quaeratur, cur quaerat ani-
ma Verbum : salis superque id intimalum supra. Age,
proscquamnr reliqua pra?sentis capituli, dunlaxat qua?
ad mores spectant. Ubi primam nunc adverle Sponsae
verecimdiam, qua nescio an quidquam gratius adverli in
moribus hominum queat. Hanc primo omnium libet
quodam modo in manilms sumcre, et quasi speciosum
quemdam tlorem decerpere loco, nostrisque apponere
adolescenlibus. Non quia non sit el in provectiori aelale
omni studio retinenda, quae est certe omnium ornatus
a?talum : sed quod tenerae gratia verecundia? in tenerio-
ri stale amplius, pulchriusque eniteat. Quid amabilius
verecundo adolescente ? Quam pulchra ha?c, et quam
splendida gemma morum in vita et vultu adolescentis I
quam vera et minime dubia bonae nuntia spei, bona? indolis
index! Virga disciplinae est illi, qua? pudendisatTectibus
imminens,lubricae a?tatis motus, actusque leves coerceat,
comprimat insolentes. Quid ita turpiloquii, et oninis
deinceps turpiltidinis fugitans? Soror continentia? est.
Nullum aeque manifestum indicium columbina? simplici-
tatis : etideoetiam testis innocentiae. Lampasest pudicae
mentis jugiter lucens, ut nil in ea turpe vel indecorum
residereattentet,quod non ilia illico prodat. Ita expunc-
trix malorum, et propugnatrix puritatis innalae, specia-
lis gloria conscientia? est, famae custos, vitae decus, vir-
tues sedes, virtulum primitia?, natura> laus, et insigne
toliushonesti. Rubor ipse genarum, quem forte invexerit
pudor, quantum gratia? et decoris suffuso atTerre vultui
solet?
2. Usque adeo genuinum animi bonum verecundia est,
ut et qui male agere non verentur, videri tamen vere-
cundentur, dicente Domino : Omnis -gui male agit, odit
lucem. Sed et qui dor-miunt, node dormiunt ; et qui ebrii
sunt, node ebrii sunt : opera nimirum tencbrarum, el
digna latcbris, tenebris occultanles. lnleresl tamen, quod
occulta dedecoris, qua? verecundia horum non habere,
sed prodere erubescit, sponsa? verecundia omnino non
operit, sed exspuit, sect propellit. Idcirco ait Sapiens
532
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
pas, mais les rejette et les bannit absolument. Aussi, la faites precealer de la modestie, en disant : « Je
le * ige dit-il, « qu'il y a une pudeur qui cause le suis jeune et meprise, mais je n'ai point oublie vos
peche, et une pudeur qui apporte de la gloiiv (Eccl. ordonnauces (Psal. cxvui, lit). »
iv, 15) . » L'Epouse cherche le Verbe, mais avec une 3. Bienpltis, U taut que celui qui vent bien
certaine pudeur; elle le cherche, en etTet dans son prier, observe oon-seulemeut le lien, mais aussi le
lit, et durant la unit ; cede pudeur est glorieuse et temps oil il le doit faire. Les lits sont plus propres
Pourquoi
e.-t-il
eommande
de prier aa
reveil.
II y a m
temps
puur prier.
non criminelle. Llle le cherche pour purifier sa
conscience, elle le cherche pour servir de temoi-
gnage a sa purele, afin dep uroirdire : alia gloire
c'est le temoigoage de ma conscience (2 Cor. i, 12).
J'ai cherche dans mon petit lit durant les units ce-
lui qu'aime nion ame (Cant. in). » Sa pudeur, si
vous y prenez garde, vous est marquee par le lieu
et par le temps. Qu'y-a-t-il de plus agreable a une
persoune rnodeste que le secret? Or le secret
ne se trouve-t-il pas durant la unit et dans le lit?
Aussi est-ce pour cela que le Sauveur nous com-
mande dVntrer dans notre chambre , lorsque nous
roulous prier (Alalt.'i. vi, C). C'est un conseil de
prudence a la verite, de peur que si on prie publi-
quemeut, les louanges des hommes ne nous dero-
bentle fruit de notre oraison, et ue nous en fassent
perdre l'ellet : mais il ne laisse pas neanmoins de
nous enseigner la modestie. Car qu'y-a-t-il de plus
propre a cette vertu que d'eviter des louanges me-
me legitimes, que de fuir la vaine gloire? 11 est
done clairque le Fils qui estle maitre de la pudeur
nous a ordonne de chercher le secret dans nos pri6-
res, atin de conserver la modestie. Qu'y-a-t-il de
plus indecent, surtout a un jeune homme, que de
faire montre de sa saintele ? Et neanmoins, c'est
principalement a cet age qu'on est propre a entrer
en religion et a servir Dieu, selon cette parole de
Jereniie : « II est avantageus a l'homme de porter
le joug du Seigneur des sa jeunesse (Thren, m, 27). »
Votre oraison aura 1'effet que vous desirez, si vous
et plus commodes pour t'oraison. Et surtout du-
rant le silence profond de la nuit, Cir alors la
prie.re est plus libre, et plus pure. « Levez-vous
durant la nuit, dit un prophete, lorsque vous eom-
niencez a vous eveiller, et repaudez votre cceur
comme de l'eau en la presence du Seigneur voire
Dieu (Thren. n, 19 . » Que l'oraison nionle au ciel
avec contiance pendant la nuit, lorsqu'ou n'ena que
Dieu seul pour temoin avec notre ange gardien qui
la recoit pour La lui, presenter stir 1 aulel celeste!
Quelle est agreable et lumineuse quand la pudeur
lui donneun nouvel eclat! Quelle est sereine ettran-
quille, quand elle n'est troublee par aucun bruit!
Enfiu, qu'elle est pure et sincere, quand elle n'est
point souillee par l'impurete des soins de la terre,
ni tenlee par les louanges et les flatteries de ceux
qui pourraient etre presents ! C'est done pour cela
quel'Epouse, qui n'est pas moinsprudente que rno-
deste, cherche le secret du lit et de la nuit pour
prier, e'est-a-dire, pour chercher le Verbe. Car
c'est la merne chose. Autrement vous ne priez pas
comme il faut, si dans votre priere vous cher-
chez quelque autre chose que le Verbe, ou que
vous ue le cherchiez pas pour le Verbe, parce que
touteschosessont en lui. En luisetrouvent leremede
de nos plaies, le secours de nos miseres, le soula-
gement de nos faiblesses, l'abondance des verbis et
de toutes sortes de biens necessaires et avantageus
aux hommes. C'est done sansraison qu'on demande
autre chose que le Verbe, puisqu'il est lui-meme
II ne faut
chercher que
Dieu dans
la priere.
Tout est dans
le Verbe.
' ai. minister,
Est pudor adducens peccalum, et est pudor adducens
gloriam. Quaerit Sponsa Verbum verecunde quidem,
quia in Iectulo, quia per noctes : sed haec verecundia
habet gloriam, non peccatuni. Quaerit hoc ad purilica-
tioneui conscientiae, quaerit ad testimonium, til possit
dicere : Gloria meaha:c est, testimonium conscientiae mea.
In lectulo meo per noctes quo?sivi quern diligil anima
men. Verecundia tibi, si adverlis, et loco signatur, et
tempore. Quid tarn amicum verecundo aninio, quam
secretum ? Puro secretum et nox, et lectulus habet.
Denique orare volcntes jubemur intrare cu iculum,
utique secreti gratia. Id quidem ad cautelam : ne coram
orantibus laus humana oralionis furetur fructum, frus-
trctur eflectum. Sed doceris nihilominus verecundiam
sententia hac. Quid tarn proprium verecundia:, quam
proprias vitarc laudes, vilare jactanliam? Patet i|iiod
signanler et ad verecundiam orantibus petere secretum
indixcril pudoris Mills et magisler. * Quid tarn indeco-
rum, maxime aloleseenti, quam oslentatio sanotilatis?
Cum tamen ab bac potissimum aetate aptum profecto
capiatur .emporaneumque rcligionis exordium, Jeremia
dicente ; Bonum est homini, si portaverit jugum ab
adolescentia sua. Bona eommendatio seruturae orationis,
si praemittas verecundiam, dicens : Adolescent ulus sum
ego et contempt us, justiftcationes tuas non sum ob/itus.
3. Nee modo locum, sed et tempus observare oporlet
eum,qui sibi orare voluerit. Tempus feriatum commo-
dius aptiusque, maxime aulem cum profundum noctur-
nus sopor indicit silentium, tun6 plane liberior exit
puriorque oratio. Cvnswge in node, inquit, in principio
vtgilmrum tuaruni, et eflitutle sicut aguam cor tuum
ante conspectum Domini Dei tui. Quam secura ascendit
de node oratio, solo arbitro Deo, sanctoque angelo, qui
illam superno allari suscipit praesentandam ! Quamgrati
el lucida, verecundo colorata rubore ! Quam serena et
placida, nullo intcrlu rbata clamore vel strcpitu ! Quam
denique munda atque sincera, nullo respersa pulvere
terrcnae sollicihidinis, nulla aspicientis laudc sen adula-
lione tentata? Piopier hoc ergo Sponsa non minus ve-
rocunde, quam caule , et lecluli secretum petebat et
noctis, orare; hoc est Verbum quaerere, volens. Unum
est enim. Aliuquin non recle oras, si orando pnfiter
Verbum aliquid quaeras, aut quod propter Verbum non
queras, quoniam in ipso sunt omnia. Ibi remedia vul-
QUATRE-VINGT-SIXIEME SERMON SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES.
583
Le petit lit
de l'Epouse
est la
faibl'sse de
l'homme.
que toute chose. Car quoique nous demandionsquel-
fois des biens temporels lorsque nous en avons be-
soin, si ce n'e^t pour l'amour d\i Verbe que nous
les demandons, ainsi que nous le devons faire, ce
n'est pas proprement ees biens, mais c'est lui-me-
nie que nous demandons, parce que nous rappor-
tons toutes ces choses a son service. Ceux qui ont
coutume de se servir de toutes les choses de la
terre pour lacher de nieriter le Verbe, savent bien
ce que je dis.
h. Examinons encore le secret du lit et de
la unit, pour voir s'il n'y a point quelque autre
chose de cache qui puisse vous etre utile. Si par le
lit nous entendousl inlirmile de la nature humaine,
et par les tenebres de la nuit, l'ignorance de cette
meme nature, ce n'est pas sans raison que 1 Epouse
cherche avec taut d'empressement le Verbe, qui est
la force et la sngesse de Dieu, pour l'opposer a ces
deux niaux originels. Car qu'y a-t-il de plus conve-
nabie que d'opposer la force a la faiblesse, et la
sagesse a l'ignorance ? Et atin qu'il ne reste aucun
doute aux personnes simples sur le sujet de cette
expl icat ion, qu'ellesecoufentcequ'end it un saint pro-
phete : « Que le Seigneur l'assiste lorsqu'il est ac-
cable de douleurs dans son lit : 0 Seigneur, vous
avez vons-meme remue son lit dans sa mala-
die, alin qu'il fut couche plus a son aise (Psal.
xl, i). » Voila pour ce qui est du lit. Quant a la La nuit cat
nuit de l'ignorance, qu'y a-t-il de plus clair que ''go0"""'
ce qui est dit dans un autre psaume : « lis n'ont
point connu ni entendu, ils marchent dans les te-
nebres (Psal. i.xxxi, 5), » on il marque l'igno-
rance ou naissent tons les homines ? C'est, comme
je crois, dans cette ignorance, que le bienheureux
apotre confesse etre ne, et c'est d'elle aussi qu'il se
rejouit d'avoir ele delivre, lorsqu'il dit : « C'est lui
qui nous a tires de la puissance des tenebres (Co-
loss, l, 13). » D'oii vient qu'il dit encore : » Nous ne
somme> pas enfants de la nuit, ni des tenebres
(Thesi. v, 5). » Et, en parlanta tous les elus : « Mar-
chez, dit-il, comme des enfants de lumiere (Ephes.
v, 8). » *
a Ici s'arrctcnt les sermons de saint Bernard sur le Cantique
des canliques ; la mort I'empi^cha de les finir. Ce dernier
sermon est lui-meme demeure incomplet. II est, eneffet, notable-
ment plus court que les autres et ne se teriniue point par la for-
nerum, ibi subsidia necessitatum, ibi resarcilus defec-
tuum, ibi profccluum copiae, ibi denique quidquid aoci-
pere, vet habere hominibus expedit, quidquid decet,
quidquid uportet. Sine causa ergo aliud a Verbo pelitur,
cum ipsum sit omnia. Nam et si ista temporalia, cum
necesse est, postulare videmur, si Verba ai in causa
est, ut quidem dignum est ; non utique ilia, sed
hoc polius quaprimus, propter quod alia postu-
lamus. Nonint hoc , qui omnein usum harum
rerum ad promerendum Verbum dirigere consue-
vu-runt.
4. Non pigeat tamen scrutari adhuc secreta lectuli
hujus et temporis, si forte in his aliquid lateat spiri-
tuale, quod venire ad medium prosit. Et si placet sentire
lectuli quidem nomine humanam figurari in'irmilatcm,
nocturnis aulem tenebris ignorantiam a'que humanam;
consequens est et congruum satis, ut Dei virtus et Dei
mule ordinaire. Gilbert de I'lle d'Hoy a continue les sermoDs sur
le Cantique des canliques commences par saint Bernard, comme
on peut le voir au commencement du tome T, qui est le suivant.
sapienlia Verbum contra utrumque originate malum
instantius requiratur. Nempe quid convenientius, quam
ut infirmitati virtus, ignorantiae sapicntia opponatur?
El ne quid simplic orum cordibus dehac interpretatione
resideat dubium, audiant quid super hoc sanctus Pro-
plteta dicat. Dominus opem feral Mi super ledum
doloris ejus ; universum stratum ejus versasti in infir-
mitate ejus. Atque id quidem de lectulo. Jam de igno-
rantiae node quid manifestius, quam quod in alio idem-
tideni loquitur psalmo : Nescierunt neque intellexerunt,
in tenebris ambulant? Pro certo exprimens ipsam, in qua
nati sunt, totius bumani generis ignorantiam. Ipsa est
(ut opinor) cui se beatus Apostolus et fatetur natum, et
gloriatur ereptum, dicens : Qui emit nos de polestate
tenebrarum. Unde et dicebat : Non sumus filii noctis
neque tenebrurum. Item ad omnes electos : Ut filii,
inquit, lucis ambulate.
FIN DC QUATRIEME VOLUME.
FLEURS OU PENSEES
EXTIUITES DES
(EUVRES DE SAINT BERNARD.
1. La chaslete est en peril au sein des delices,
l'huwilite, au comble des richesses, la piete, dans
le lorrenl des affaires, la verite, dans les conversa-
tions sans fin et la ch irile, au milieu de ce siecle
pervers [De Comer, ad. cler. n. 37).
2.Riendeplusprecieux que le temps ; mais helas !
rien n'est aujourd'hui regarde commeplus vil (Tr.
<ie com. Man. ,id cler. n. 55.)
3. Les jours de salut s'ecoulent, et persnnne n'y
songe : personne ne se reproched'avoirlaisseperdre
des moments qui ne se representeront jamais [Ibid).
U. 11 n'y a riendesidur,quinecedea plusdur que
sm (IV. de C»7wid[.c.iri.n.8).Aussin,ya-t-il point
d'habitude qui ne puisse triompher dune aulre.
5. Impute: -vous tout ce que vous souflrez de celui
qui nepeut rien vous hire sans vous [de Con. \y, n. 9).
6. Ce n'esl pas dela lete du scorpion, mais de
sa queue, ou se cache son dard, qu'il i'aut se defier
(IV. de Consid. iv. n. 9).
7. One vous serl-il d'etre sage, si vous ne letes
point pour vous (Ibd).
8. On manque de tout, quand on seilattede tout
posseder II. de Comid. vji. lZj).
9. L'ji homme insense sur le lr6ne, n'est qu'un
singe sur le haul d'uri bit [Ibidem.).
lO.Tenez-vous dans un juste milieu, si vous
ne youlez point exceder la mesure [Ibidem, x. 1.9).
11. Sur un homme qu'elle prend au depourvu,
la prosperite, fail lVil'el du leu sur la cire,
ou des rayons du soleil, sur la ueige [Ibid, xii. 21)!
12. 11 n'est. pas difficile d'etre humble dans
une basse condition, mais l'elre au comble des
honneurs, e'est faire preuve d'une grande et rare
vertu (IV. Horn. sup. miss. 9).
13. II n'y a pas demisere plus miserable qu'une
fausse joie [Tract, de Lib. Arb. n. lb.).
li. Nous soninies convaincus d'avoir voulu une
chose, lorsqu'elle ne serait point arrivee, si nous
ne l'avions point voulue {Ibidem).
15. Un esprit repandu au dehors, ne sent pas le
mal qui le ronge au dedans [de Con. ad cler. iv.
n. 15).
FLORES SEU SENTENTI^E
EX S. BER.XARDI
OPERIBUS DEPROMPT^E.
1. Pcriclitaturcastilas in deliciis, humilitas in divitiis
pictas in negoliis, Veritas in multiloquia , charitas in
hoc neipian) saeculo.
2. Nihil preliosios tempore : sed, heu ! nihil hodie
vilius EPslimatuc.
_ 3. Transeunt dies salutis, et nemo rccogitat : nemo
sibi non redilnra momenta perisse causal ur.
4. Nil lam durum, quod duriori non cedat.
5. Tibi imputa, quidquid patens ab eo, qui sine te
potest nihil.
6. Scorpioni non est in facie quod formides, sed pun-
git a cauda. r
7. Quid juyat sapientem esse, si tibi non fueris ?
8. Omnia illi desunt, qui nihil sibi deesse putat.
9. Simla in tecto, rex fatuus in solio s'edens.
10. Tene medium, si non vis perdere mouum.
11. Prosperilas hoc est incautis, quod ignis ad ceram,
soils radius ad nivcni.
12. .Non magnum est essehiimilemin abjectione : rara
virtus, humililas honorata.
13. Nulla verior miseria, quam falsa latitia.
[1. Velle plane convincimur, quod non fieret si
nollemus.
15. EtTusus animus damna interiora non sentit.
16. Fiigere persecutionem, non est culpa fugienlis, sed
persequenlis.
17. Voluntas pro facto habctur, ubi factum excludit
uecessilas.
18. Nemo magis iram mcrelur, quam amicum simu-
lans inimicus.
19. Non est cur fures timeant, qui sibi in ccelo the-
saurizant.
FLEURS OU PENSEES.
.r)85
16. Si on fuit la persecution, ce n'est pas la faute
de celui qui fuit , mais Je celui qui persecute
(Epist. i).
17. La volonte est reputee pour le fait, la ou le
fait exclut toute necessite (Tract ad Bug).
18. Nul ne merite plus notre colere, qu'un en-
nerni qui feint d'etre notre ami (De Conv. ad
Bug).
19. Ceux qui placent leur tresor dans le ciel,
n'ont rien a craindre des voleurs (Ibid. Zjl).
20. Quiconque ne plait point a Dieu, est incapa-
ble de se le rendre favorable (Ibid. 32.)
21. La negligence des eveques, est la mere de
l'insolence des clercs (Epis. clu).
22. On doit faire le bon plaisir de ses amis, mais
non pas au point de leur donuer la mort (Epist.
ccxv).
23. Des que l'eau d'un fleuve cesse de couler,
elle se corrompt (Scrm. l. de quadra).
2i. Toutes les cboses du monde ont une fin,
et leur fin n'a pas de fin (Serm. is. in Cant).
25. Vous donnez a votre parole un grand poids,
si vous commencez par etre convaincu vous-meme
de ce dont vous voulez convaiucre les aulres
(Serm. lxv. n. 3).
26. J'aime a entendre une predication qui ne
cherche point a se faire applaudir , mais a me faire
gemir ([bid).
27. La voix de la tourterelle n'est point douce,
mais ce quelle dit est doux (Ibid).
28. Bon gre, mal gre, le Jebuseen habite dans
vos frontieres ; on peut le subjuger, mais l'exlermi-
ner, jamais (Scrm. lvii. in Cant. n. 10).
29. C'est pen de couper une fois, il faut tailler
souvent, toujours (Ibid), parce que les vices repous-
sent constamment.
30. Le vice et la vertu , ne peuvent pousser en-
semble, il faut couper la cupidite, pour donner de
la force ala vertu (Ibid.)
31. Retranchez le superflu, le salutaire pousse.
Tout ce que vous retrancbez a la cupidite, profite
al'utilite (Ibid).
32. LTn pasteur qui est instruit, mais qui n'est
pas bon, nourrit moins par l'abondance de sa
science, qu'il ne nuit par la sterilite de sa vie
(Serm. lxxvi. in cant. n. 18).
33. Quelquefois, l'ambition, au comble de ses
vceux, nuit moins que lorsqu'elle est decue (Epist.
cxxvi), parceque alors, elle recourt aux moyens
violents.
3i. C'est en vain qu'on entreprend de lire, ou
qu'on veut entendre un poenie d'amour, quand on
ne connait point l'amour (Scrtn. lxxix. in cant,
n. 1). _
35. Un cceur de glace ne peut comprendre une
parole de feu (Ibid) ; de nieme que celui qui ne
sait pas le grec ne comprend point un grec.
36. La renommee ne peut altribuer a la vertu
ce que la conscience taxe de vice (Serm. lxxi.
n. 9).
37. La vertu se contente de la candeur de la
conscience, quoiqu'elle ne soit pas acconipagnee de
la bonne odeur d'une bonne reputation (Ibid.).
38. II y a bien des cboses que vous dedaignez
dans l'oisivete, et quevousmangez avec appetitapres
le travail [Epist. i. n. 11), car le meilleur assaison-
nement, c'est la faim.
39. L'ennemi est plus ardent a nous passer l'e-
pee dans les reins, que ferme a nous resister en
face (Ibid. n. 12).
/|0. Faire mal, quel que soit celui qui Tordonne,
ce n'est point obeir, c'est desobeir (Epist. vi. n. 3),
a Dieu.
il. Ce que chacun prefere a tout, voila quel est
son Dieu (Tract, decant, num. ad cler. v. 17).
42. 11 y en abeaucoup qui ne courraient pas avec
tanl d'ardeur apres les honneurs, s'ils sentaientque
ce sont en rnenie temps des charges (Trac. de off.
Epist. vi. 17).
20. Non placat, qui ipse non placet.
21. Insolenliaa clericorum mater est negligentia epis-
coporum.
22. Amicis oportet gerere morem, sed non in suam
mortem.
23. Fluminis aqua si stare ccpperit, computrescit.
24. Omnia quae in mundo sunt, finem babent : finis
autem eorum, non erit finis.
25. Dabis voci tuae vocem virtutis, si quod suades,
prius tibi ipsi persuaser-is.
26. Illius doctoria libenter audio vocem, qui non sibi
plausum, sed mibi planctum move it.
27. Turturis vox non dulce sonat, sed dulcia signat.
28. Velis, nolis, intra fines tuos habitat Jebusaeus :
Eubjugari potest, sed non exterminari.
29. Parum est semel putasse : saspe putandum est,
imo semper.
30. Non potest virtus cum vitiis pariter crescere : pu-
tetur cupidilas, ut \irtus roboretur.
31. Tolle superflua, et salubria surgunt. Utilitatiacce-
dit, qnidquid cupiditati demis.
32. Pastor doctus, sed non bonus, non tarn uberi
doclrina nutrit, quam stcrili vita nocet.
33. Minus quandoque nocet potita votis ambitio, quam
frustrata.
34. Ad audiendum, legendumve anions carmen frus-
tra qui non amat accedit.
35. Non potest capere ignitum eloquium frigidum pectus.
36. Fama non valet vindicare virtuti, quod esse vitium
convincit conscientia.
31. Virtus est contenta candore conscientiae, etsi noo
sequalur odor famae.
38. Mulla qua? respuis otiosus, post labojoi sumes
cum desiderio.
58S
OEUVRES DE SAINT BERNARD.
63. Plaise a Dieu que nos modernes Noes nous
laissent au nioins de quoi nous couvrir [Ibid. n.
29. vuil, tant on peehe maintenant, ouvertement
et sans pudeur.
66. N'avoir pas de hautes pensees de soi en liaut
lieu n'est pas chose facile.
65. Si vous aimez mieux elre grand que bon,
ne comptcz point sur le prix, mais sur le precipice
[Epist. xxn. '/■/ Ardut).
66. Cest folie de deposer un tresor la oil on ne
pourra point le reprendre quand on voudra (Tract,
de Off.Epis. v).
67. Cest l'epreuve qui montre la foi de chacun
[Ibid, iv.)
68. Si on nous a ordonne d'aimernotre prochain
comme nous-momes, c'est pour nous apprendre a
nous aimer d'abord [Ibid. iv. 10).
69. Ce qui fait une bonne conscience, c'est de se
repentir, et de s'abstenir du mal (Ibid. iv).
55 . La mesure, pour aimer Dieu est de l'aimer
sans mesure (Tact, de Dil Deo. i. n. n).
56. Je n'approuve point un savant qui ne sait
point la maniere de savoir (Serm. xxx vi. 3).
57. 11 y en a qui veuleut savoir seulement pour
savoir ; c'est curiostte.
58. II y en a qui veulent savoir pour se faire con-
nallre ; c'est vanite.
59. II y en a qui veulent savoir, pour vendre leur
savoir, c'est un commerce bonteu\.
60. II y en a qui veulent savoir pour s'edifier ;
c'e-t de la prudence (Srrm. xxxvi. 3).
Gl. Prendre de la nourriture et ne point la dige-
rer, c'est une chose peruicieuse, pour celui qui le
fait (Ibid. 6).
62. Celui ilont la lumiere de la discretion n'e-
claire point la course, ne court point, il se preci-
pite (Serm. in crum Icis).
6'i. It est impossible que celui qui plait aux bons
50. Les medecins se servent du meme feu, pour et deplait aux mechants, ne soit pas bon (Epist.
amputer unmembrea un roiqu'aunsujet(/'>irf. 11). cxi.vin).
51. C'est le propre d'un bon pasteur de ne point
chercher, mais de sacritier ses interets (IV. de
Const. 11).
52. Dispenser sans necsssite et sans utilite, ce
n'est point dispenser, mais dissiper (III deconsid. iv).
53. Quand tu appartiens a tout le monde, sois
done au inoins un de ceux a qui tu appartiens
(I de consid. v. 6).
56. I. 'amour parait souvent insense, mais c'est
a ceux qui ne conuaissent point l'amour (Prof, in
bib. de consid).
66. 11 n'est pas sur de dormir pres dun serpent.
(Episl. ccxi.i).
65. II peut arriver a la verivable amitie, de faire
entendre des reproches ; des flatteries , jamais
(Epist. ccxlii).
66 Mieux vaut qu'un homme perisse que l'u-
i] i t .'■ Epist. en). II faut expulser celui qui trouble la
Concorde.
67. I.e seul cas, oil il ne soit pas permis d'obeir
a nos parents, c'est quand Dieu lui-meme est en
cause (Epist. cxi.)
39. Ilostis audacius insistit a tergo, quam resistat in
faciem.
40. Kacere malum, quolibet etiam jubente, non obe-
dientia, sed inobedicntia est.
41. Quod quisque prae cauteris colit, id sibi Deum
constituisse probatur.
il. Multi non tanta alacritate currerent ad honores,
si esse sentirent et onera.
43. Utinam relinquant nobis moderni Noe, unde a
nobis possint operiri.
44. In alto positum, non altum sapere, difficile.
45. Si altiorem quam meliorem esse delectet, non
praeoiium, sed praecipitium exspecta.
46. Slultum, ibi thesaurum recondere, unde non
valeas resumere, cum volueris.
47. Qualis sitcujusque fides, tribulalio probat.
48. Qui ad aui mensuram proximum jubetur diligere,
prius seipsum diligere norit.
49. Bonam reddunt conscientiam pcenitere de malis,
et abstinere a malis.
50. Eodem utuntur medici ferro secandis regibus, quo
et popularibus hominibus.
51. Boni pastoris est, non quaerere qua? sua sunt, sed
impenderc.
52. Uispcnsatio sine necessitate et utilitate, non Ddelis
dispensatio, sed crudelis dissipalio est.
53. Cum omnea te habeant, esto etiam tu unus ex
htbentibus.
54. Amans quandoque videtur amens, sed ei qui non
am;it.
55. Modus d ligendi Deum, est diligere sine modo.
56. Non probo multa scienlem, si sciendi modum
nescierit.
H7. Sunt qui scire volunt tantum ut sciant; et curio-
si tas est.
58. Sunt qui scire volunt ut sciantur ipsi ; et vani-
tas est.
59. Sunt qui scire volunt, ut scientiam vendant; et
turpis quaestus est.
60. Sunt qui scire volunt, ut aedificentur ; et pru-
dentia est.
61. Sumenti cibum, et non digerenti, perniciosum
est ei.
62. Sine lumine discretionis incurrit qui currit.
63. Non potest non esse bonus; qui placet bonis, vel
displicet malis.
64. Non est tutum vicino serpente somnum capere.
65. Habet vera amicitia nonnunquam objurgalionem,
adulationem nunquam.
66. Melius est, ut pereat unus, quam unitas.
67. Sola causa, qua non liceat obedire parentibus,
Deus est.
68. Gustato spiritu, neccsse est desipere carnem.
69. Non plus satiatur cor hominis auro, quam corpu*
aura.
70 Argumentum auperbiae, privatio e»t grati».
TLEURS OU PENSEES.
587
68. Quand une fois on a goute a l'esprit , la
chair ne ptut plus causer que du degoiit (Ibid)
69. Le coeur de l'homme ne se rassasie pas plus
d'or que son corps, d'air (de Conv. ad cler).
70. Le fait de l'orgueil, c'est la privation de
la grace (Serm. uv in cant),
71. Noussommes toujours sousl'ceil qui voittout,
bien qu'il ne soit vu de personne (Serm. lv. in cant).
72. Un homme de bien ne se laisse prendre qu'a
la feinte du bien (Serm. lxvi in cant).
73. II faut prendre les heretiques, non par la
force desarmes,maisparcelle des arguments (Serm.
lxjv in cant). Voir les notes au meme endroit.
74. La lumiere est agreable a l'homme, sur-
tout quand il sort des tenebres (Serm. i.xvm in
cant).
75. La science sans la charite, enlle ; la charite,
sans la science, erre (Serm, lxix. in cant).
76. Le jour montre ce que la nuit avait laisse
dans les tenebres (Sertn. lxxv in cant).
77. Mieux vaut le scandale, que l'abandon de la
verite (Epis lxxviii).
78. Quiconque n'a d'autre maltre que soi, est dis-
siple d'un sot (Epist. lxxxvii).
79. On ne saurait juger de la meme maniere,
deux conduites qui, pour etre semblables dans leurs
resultals, ne le sont nullement dans leurs motifs
(Epist. lxxxiv).
80. Hien de moins glorieux que d'etre trouve
avide de gloire (Epis. cvi).
81. Quand on aspire a de grandes choses, les pe-
tites uous semblent moins agreables (Epist. cun).
82. Quiconque ne court pas, ne saurait attein-
dre celui qui court (Epist. ccliv. 4).
83. Ne point aspirer a monter, c'est descendre
[Ibid).
84. On ne fait jamais bien, ce qu'on fait malgrS
soi (Epis. cci.viu).
85. II faut etre grand pour tomber dans l'ad-
versite sans lombei de la sagesse (II de Consid.
xn).
86. Le chien defend le foin quoiqu'il n'en mange
point (Epist. cccxu n. 1).
87. Si vous etes sage vous serez une vasqueplutdt
qu'uutuyau (Ser. xvin.3), c'est-a-dire. vous ne don-
nerez aux autres que quand vous serez plein vous-
me.me.
88. Ce qui montre la difference d'un pasteur
d'avecun mereenaire, c'est la persecution (De Conv.
ad cler. xxn).
89. L'ignominie de la croix n'est point desagr&i-
ble a celui qui n'est point ingrat envers le Cru-
cifie (Serm. xxv. n. 8).
90. Etre toujours avec une femme et ne point
pecher avec elle, c'est plus que ressusciler un mort
(Serm. lxv. n. It).
91. Un maitre familiei nourrit un serviteur in-
sense. (Serm. cont. vit. ingr).
t»2. C'est un acte de clemence en Dieu, de refu-
ser aux ingrats ce qu'ils demandent (Ibid), (c'est ne
leur point douner l'occasion de pecher par ingrati-
tude).
93. 11 est facile de nager quand on nous soutient
le menton (Serm. xu. in cant. 8).
94. Dieu nous charge, quand il nous decharge ;
et il nous charge de ses bienfaits, quand il nous
decharge de nos peches (Serm. xv. in psal. qui
habitat. 1).
95. Efforcons-nous de plaire a tous en tout, mais
pardessus tout a celui qui est plus que tout (Ibid,
n. k).
96. C'est une vaine excuse que de dire qu'on a
71 . Praesto est oculus, cui omnia patent, etsi non pa-
tet ipse.
72. Bonus nunquam , nisi simulatione boni, dececjtus
est.
73. Hsrelici capiantur, non armis , sed argumentis.
74. Jucunda honiini lux, sed magis emergenti de te-
nebris.
75. Eruditio absque dilectione inflat, dilectio absque
eruditione errat.
76. Dies palam facit, quod nox abscondit.
77. Melius est ut scandalum oriatur, quam Veritas re-
linquatur.
78. Qui se sibi magistrum constituit, stulto discipulum
subdit.
79. In similibus factis causa dissimilis simile recusat
judicium.
80. Nil tarn inglorium, quam glorias ctipidum depre-
hendi.
81. Speranti grandia, modica minus grata venire so-
lent.
82. CurreDtem non apprehendit, qui et ipse non cur-
rit.
83. Nolle proficere, est deficere.
84. Nemo invitus bene facit, etsi bonum est quod
facit.
8"). Magnus, qui incidens in adversa, non excidit a
sapientia.
86. Canis foenum, quod non comedit, defendit.
87. Si sapis, coucham te exhibebis, non canalem.
88. Pastores a mercenariis persecutio discernit.
89. Grata ignominia crucis ci, qui Crucifixo ingratui
non est.
90. Cum femina semper esse, et non peccare cum fe-
mina, plus est quam mortuum suscitare.
91. Kamiliaris dominus fatuum nutrit servum.
92. Divinae dementias est denegare ingratis quse pos-
tulant.
93. Suaviter natat, cujus alter sustinet mentum.
94. Onerat nos Deus, cum exonerat : onerat benelcio
cum exonerat peccato.
95. Contendamus placere omnibus per omnia, sed ei
maxime qui est mfximus super omnia.
96- Inanis excusatio de humana obedientia. ubi in lt«-
ntn eonvicetur facta transgressio.
588
OECVRES DE SAINT BERNARD.
obei aux horumes, si on a desobei a Dieu (Episi.
Til. 8).
97. Qui croira la nmraille qui pretend enfauter
le rayon du soleil qu'elle laisse entrer par la fe-
netre [Serai. 111. in cant. 5)1
98. La beaute d'une peinture ou d'une creature,
ne fait point la louange du pinceau Ibid, n. 6. et
Serin, xvn. de diver).
99. C'est avoir du gout que de trouver aux cbo-
ses le gout qu'elles ont.
100. II n'y a pas plus grande demangeaison pour
I'ceil quo l'envie {Sunn, de Verb. Isa. n. 10.)
101. Nous naissons sur la terre, nous mourons
sur la terre et nous retoiirnons dans la terre, d'oii
nous sommes sortis (Serin, s. Mart n. 1.)
102. Ne point donner aux pauvres ce qui appar-
tient aux pauvres, c'est un crime egal au sacrilege
[Trad, de conl. nun ad cler. n. 21).
103. Si vous occupez un poste plus eleve, il n'en
est pas plus sur (Epis. ccxxxvn).
104. De meme que ce qui plait n'est pas tou-
jours permis, de meme ce qui est permis n'est pas
toujours a propos (Epist. xxv. 2).
105. Celui dont la vie est meprisee, n'a plus a
s'attendre qu'a voir sa predication egalement me-
prisee (Serin, i, pas. n. 10).
106. On ne se repent, guere d'une cbute, quand
on demeure encore sur un terrain glissant (Serin.
l. in fas. 16).
107. I.'indice de la vraie componclion se trouve
dans l'eloignement des occasions (Ibid).
108. C'est une triste pauvrete que le manque
de rnerite, et de trompeuses richesses que la pre-
soaiption qui fait croire qu'on en a (Scrm. lxvi. in
caul. 6).
109. On n'est point excusable d'etre ignorant,
qnand on fait profession d'instruire les enfants
(Tract, de Con. in. num. ad Cler. v. 15).
97. Quis credat par-ieti, si se dicat parturire radium,
quem suscepit per fenestram.
98. Non est Ijus calami laudabilis pictura, sive scrip-
lura.
99. Sapiens est, qui quasque res sapiunt, prout sunt.
100. Nullus tarn gravis pruritus oculi, quam invidia
est.
101. In terra orimur, in terra morimur, revertentes in
earn unde sumus assumpti.
102. Res pauperum non pauperibus dare, par sacrile-
gio crimen esse dignoscitur.
103. Altiorem sorlitus es locum, sed non tutiorem.
104 iMcut non omne quod libet licet, sic non omne
quod licet expedit.
103. Cujus vita despicitur restat ut et praedicatio con-
tern nutur.
10G. Non satis cecidisse piget hominem, qui adhuc
manet in lubrico.
107. Indicium verse compunclionis est, subtractio oc-
casionis.
110. C'est se montrer indigne dc laitet de laine,
que de ne vouloir point faire paltre les brebis (Ibid.
20).
Ill Malheur a toi, ecclcsiastique ! la mort est
dans la bonne chere, la mort est dans les delices
[Ibid. 20). (Car ta manges uinsi lespechesdu peuple.)
112. Malbeur a ceux qui, vivant dans la (hair,
ne sauraient ]>laire a Dieu et presument pouvoir
se le rendre propice [De eonv. ad cler).
113. Le zele sans la science nuit la meme oil il
s'empresse de rendre service. (Ibid. 38).
114. Tout ce qui n'est pas Dieu ne saurait suffire
a uue ime qui a soif de Dieu. (Dc Cunt. mid. 33).
115. Sauter saus regarder, c'est tomberavant de
tombrr. (Ibid. 26).
116. Un malade qui ne sent plus sonmal estbien
mal. (I de consid. l).
117. L'homme qui fuit le travail ne fait point ce
pour quoi il est ne. Be cont. ad Cler. 29).
118. C'est le propre du sage de s'en rapporter
plus au jugement des autrcs, dans les eboses dou-
teuses, qu'au sien. (Epis. lxxxii, 1).
119. Je me passerai voloutiers d'un bien spi-
rituil, si grand qu'il soit. si je ne puis me le pro-
curer qu'au prix d un scaudale. (Epis. i.xxxu).
120. Ce qui est dans l'ordre d'une f.icon aussi
belle que salutaire, c'est que vous porliez, le pre-
mier, le fardeau que vous voulez faire porter aux
autres. (Epis. ccxxi, 3).
121. La parole que les oeuvres accompagnent
est forte, mais ce qui assure a la parole et aux
ceuvrcs la grace et l'efiicacite, c'est la priere.
(Ibid).
122. Uu faux catholique est plus nuisible qu'un
herelique declare. (Seim. lxv, in cant. 4).
123. Ce n'est pas un etbange sans profit lorsque,
se trouvant mailre de tout, on renonce a tout.
[Tract, de Cont. Mund. ad Cler.i)).
108. Perniciosa paupertas, penuria meritorum; pra;-
sumptio autem, fallaccs divitiie.
109. Ignorantia non potest excusare eum, qui se ma-
gistrum infanlium proQletur.
110. Indignus lacte et lana convincitur, qui nonpascit
ovcs.
111. Vs tibi, clerice I mors in ollis carnium, mors in
deliciis.
112. Va?, qui viventes in carne Deo placere non pos-
sunt, et placare prtesumunt.
113. Zelus absque scientia dum prodcsse festinat, in-
venitur obesse.
114. Animam Dei capacem, quidquid Deo minus est,
ncn implebit.
115. Saliens antequam videat, casurus anlequam debcat.
116. .Eger sese non sentiens pcriculosiiis laboral.
117. Homo si laborem refugil, non fucit ad quod na-
tus est.
118. Sapienlibus conlingit, in rebus dubiis plus alie-
no se quam proprio credere judicio.
FLEURS OU PENSEES.
589
124. C'est plus la concupiscence que la substance
du raonde qui nuit. (Ibid).
125. Ce qui fait surtout qu'on doit fuir les ri-
chesses, c'est qu'on ne peut qu'a grand'peine et,
pour ainsi dire, jamais les posseder, sans s'y atta-
cher. (Ibid).
126. Le cceur de l'homme s'attache facileraent a
ce qu'il voit tous les jours. (Ibid).
ne point la tendre au precepteur. (Serm. lxxvii,
in cunt.).
139. Quiconque envoie paitre ses brebis sans
gardien est le pasleur des loups non des brebis.
(Ibid n. 6).
140. La vie du pauvre est repanduedans les rues
qu^ parcourent les riches. (IV, deConsid. it).
141. L'ambition est la croix des ambitieux : elle
127. Celui qui se propose de tout quitter doit se tourmente tout le monde, et plait a tout lemonde.
compter au nombre des choses a quitter.
128. Le veritable amour a S3 recompense dans
ce qu'il aime. (Tract, de dilig. Deo, n. 17).
129. Qu'un simple sujet fasse fausse route, il se
perd seul ; inais que ce soit uu prince , il en en-
traine beaucoup d'hommes a sa suite. (Epis. cxvn).
130. La vraie joie est celle qui vient du Createur,
non de la creature. (Epis. cxiv).
131. L!n bomme vicieux u'a point horreur des
vicieux. (I. de Cons. x).
132. La oil tout le monde sent mauvais, la mau.
vaiseodeurde Fun ne su fait point remarquer. (Ibid).
133 Les honneurs charment ceux qui ne font que
lesconsiderer; maiscesont desfardeaux quieffraient
ceux qui les pesent. (Trad, de Off. el Mor. Epis.vn).
134. La vraie charite n'est point sans sa recom-
pense, et pourtant elle n'est point mercenaire.
(Tract, de Dili. Deo il).
135. Celui qui garde son corps garde un bon
castel. (Serm. it, de Ass.n.1). Proverbe oulgaire.
136. II n'y a que les malheureux qui a'aient point
d'envienx. (Se-m. v, de Verb. Is).
(Ill, de Consid. l).
142. Dans la bouche d'un homme du monde,
des plaisanteries sont des plaisanteries, dans la
bouche d'un prelre ce sont des blasphemes. (Lib.
ii, de Consid. 15).
143. Une ame vaine imprime. la marque de sa
vanile au corps. (Apol. ad Guil. ix).
144. La mollesse dans les vetements iudique la
mollesse de l'ame. (Ibid).
145. L'Eglise brille dans ses murailles et gele
dans ses pauvies. (Apol. ad. Guil. 11).
146. C'est aux frais des pauvres qu'on flatte les
yeux des riches. (Ibid.)
147 Je crams plus la dent du loup que la hou-
lette du berger. (Tact, de Vit. et Off. Epis. 35).
148. Hippocrate enseigne l'art de sauver son
ame en ce monde, et le Christ, celui de la perdre.
(Serm. xxxi, in Cant.).
149. Le plaisir du gout auquel on sacriDe tant
de nos jours s'exerce dans un espace qui u'est pas
large de deux doigts. [de Cons, ad Clar. n. 13).
150. L'amour insatiable des richesses tourmente
137. Mauilit celui qui gate lui-meme son propre bien plus l'ame par le desir, qu'il ne la rafraichit
sort. (Lib. de Consid. et Serm. de sept, panibus). par l'usage. (Ibid. 14).
138. C'est tendre la main au seducteur que de 151. Les richesses ne servent apeupres qu'aceux
119. Libenter carcbo quantolibet spiritualiquasstu,qui
non possit acquiri nisi cum scandalo,
120. Pulcher et salubris ordo, ut onus quod portan-
dum imponis, tu portes prior.
121. Vocis virtus est opus, sed et operi, et voci gra-
tiam efficaciamque promerelur oratio.
122. rius nocet falsus Catholicus, quam verus hsere-
ticus.
123. Non inutilis commutatio, pro eo, qui super om-
nia est, omnia reliquisse.
124. Plus concupiscenlia mundi , quam substantiano-
cet.
125. Fugiendarum causa divitiarurn est, quodaut vix,
aut nunquam sine ainore valeant possideri.
126. Facile cor humanum omnibus quae frequentat
adhairet.
127. Qui relinquere universa disponit, se quoque in-
ter relinquenda numerare meminerit.
128. Verus amor liabet prsemiurn, sed id quodamatur.
129. Si quis de populo deviat, solus perit : principis
error mullos involvit.
130. Verum gaudim est, quod non de creatura, sed
Croatore concipitur.
131. Vitiosus conscientias vitiorum non refugit.
132. Uhi omncs sordenf, unius fcetor non sentitur.
133 Meditantibus honores blandiuntur, pensantibus
onera formidini sunt,
134. Vera charitas vacua mercedenon est, ncc tamen
mercenaria est.
135. Bonum servat castellum, qui custodit corpus
suum.
136. Sola miseria caret invidia.
137. Maledictus qui partem suamfacit deteriorem.
138. Seductori dat manum, qui dare dsssimulat prae-
ceptori.
139. Qui absque custode dimittit oves in pascua, pas-
tor est non ovium, sed luporum.
140. Pauperum vita in plaleis divitum seminafnr.
141. Ambilio ambientium crux, omues torquens om-
nibus placet.
142. Nuga; in ore sascularis, nugae; in ore sacerdotis
blasphemiae.
143. Vanum cor vanitatis notam ingerit corpori.
144. Mollia indumenta animi mollitiem indicant.
tl45. Fulget Ecclesia in parietibus, et in pauperibr,
alget.
146. De sumptibus egenorum servitur oculis divitum.
147. Lupi dentes plus timeo, quam virgam pastoris,
148. Hippocrates docet animas salvas facere in hoc
mundo, Christusperdere.
6W
CEUVRES DE SAINT BERNARD.
qui ne les ont pas ; les riches n'en ont guere que le vient de Dieu a couturue de proceder ainsi : plus
nom et Lea ennuis. [Ibid). die fait de progres, moins ellecroit en faire. (Serm.
152. l.e demon ne tend guere d'embuches se- x\,deDiv. 4).
rieuses qua la perseverance, parce qu'il sait que 163. Voici deux choses qui plaisent egalernent a
c'est 1'unique vertu qui doit etre courounee. (Epis. Dieu, un pecheur contrit et un juste devot. Et rien
xjiv). ne lui de.|ilait davantage qu'un juste ingrat et un
153. La garde de la langue est toujours utile, pecheur tranquille dans son peche. (Serm. de Diu.
toutefois elle ne doit point exclure 1'affabilite. (IV, til-
de Consid. vi, 23).
154. Partout il faut mettre un frein a la langue
164. Celui qui se porte bien ne sent pas le mal
d'un autre, non plus que 1'homnie rassasie ne res-
toujours prete a parler, mais il le faut surtout a sent les tourments du famelique. (Trucl. de Grad.
table. [Ibid.)
155. Voila l'exterieur qu'il convient d'avoir : des
manieres reservees, un visage serein, un langage
serieux. (Ibid).
156. Quandonest assis sur le tr6ne, on n'a plus
que faire des degres qui y ruenent. (V, de Consid.
22).
157. Lequel des deux est pire de medire ou
d'ecouter medire? C'estceque je n'oserais decider.
(11, de Cutuid. n. 12).
'tun. n. 6).
165. C'est un belle chose que l'humilite, puisque
l'orgueil meme en emprunte le manteau, de peur
de paraitre trop laid. (Ibid. n. 47).
166. C'est une triste victoire que de vaincre un
houime et d'etre vaiucu en meme temps par le
vice. (Exlii. ad mill. n. 2).
167. C'est dans toutes sortes de detours que s'e-
garent les im pies qui cherchent, parun mouveuient
naturel, isatisfaire leur appetit, et negligent, com-
158. La prudence suspend son jugement quand me des insenses, les moyens d'arriver a leurs tins.
elle delibere. (Serm. de s. Magi. n. 1).
159. Une tristessereligieusepleure ses peches ou
les peches d'autrui. (Ibid. 2).
160. Reconuais, 6 homme, l'estime queDieufait
de toi, par ce qu'il est devenu pour toi. (Serm. i,
deEpiph).
161. C'est le comble delademence d'etre effronte
pour le mal, et honteux pour la penitence ; de
courir fete baissee au devant des blessures, et de
n'oser recourir au remede de son mal. (Serm. in
Circutn).
162. Pour conserver son humilite, une piete qui
(de Dilig. Deo. n. 19).
168. Celui qui aime Dieu n'a pas besoin d'etre
excite a le faire par l'appat d'une recompense qui
n'est pas Dieu lui-meme. Autrement ce ne serait
point Dieu qu'il aimerait, mais la recompense.
[Ibid. 17).
169. Naturellement tout le monde aspire au
souverain bien. Voulez-vousy arriver? Commences
jiarviser plus haut : (T'ad.de Cont. mund. ad Cler.
33). Car si vous vous visez plus bas, vous n'alteindrei
jamais au but.
170. La route qui conduit au souverain bien est
149. Voltiptas gutturis, quae, tanti hodie a;stimatur, vix
duoium oblinet latitudinem digitorum.
150. Diviliarum amor insatiabilis longe amplius tor-
quet desiderio, quam refrigeret usu.
151. Diviliarum usus aliis fere; divitibus solum no-
men et sollicitudo cedit.
152. Daemon soli perseverantiaepotissimum insidiatur,
quam solam virtutum novit coronari.
153 Utilis semper custodia oris, quae tamen affabilita-
tis gratiam non excludat.
154. Ubique frenanda lingua preceps, maxime autem
in convivio.
155. Ille convenientior habitus, si actu quidem serve-
rus sis, vultu serenus, verbo serius.
156. Nil scabs opus tenenti jam solium.
157. Detnihcre, aut detrahentem audire, quid horum
damnabilius sit, non facile dixerim.
158. Duliborans providentia suspenditjudicium.
159. Religiosa tristilia, aut alienum luget peccatum,
aut propiium.
160. Quanti te fecit Deus, ex hi3, quaj pro te factus
•st, agnosce.
161. Extrems dementis est, quod ad obscena invere-
cundi sumus, et pcenitentiam erubescimus : male pronl
in vulnera, in remedia verecundi.
16i. Conservandas humilitatis gratia, sic divina solet
ordinare pietas, ut quo quis plus proficit, eo minus se
reputet prol'ecisse.
163. Placet utrumque Deo, et peccator compunctus,
et Justus devotus : displicet vero tam ingratus Justus,
quam peccator securus.
164. Nescit sanus, quid sentiat asger ; aut plenus, quid
patiatur jejunus.
165. Gloriosa res bumilitas, qua ipsa quoque super-
bia palliare se appetit, ne vilescat.
166. Infelix victoria, qua superans hominem.succum-
bis vilio.
167. In circuitu impii ambulant ; naluraliter appeten-
tes unde finiant appelitum, et insipienter respuentes,
unde appropinquent lini.
168. Deum amans anima aliub praeter Deumsuiamo-
ris pi-aemium non requirit ;aut sialiudrequirit, illud,non
Deum diligit.
169. Naturali desideriosummumquivisappetit bonun.
Vis pervenire ? incipe transilire.
FLEURS OU PE.NSEES.
691
etroite et presque impraticable ; il vous sera plus
facile de la parcourir si vous meprisez, que si vous
acquerez tout. (Ibid. 33).
171. C'est un ediange nialkeureux et d'une folie
extreme, que delaisser le travail avec les hommes
pour le feu de Tenfer avec les demons. (Ibid.
27).
170. Anfracluosa via est, et inambulabilis : facilius
pervenies spretis omnibus, quam adeptis.
111. Misera, et extremae plena dementis commutatio.
humanum declinare laborem, et cum diabolo stridorem
eligere sempiternum.
flN DES PEN3EKS.
- <*-*2S&Zelig&*-*i-
CHRONOLOGIE
DE SAINT BERNARD.
L'an 1091 de Notre-Seigneur, quatrieme annee
du pontificat du pape Urbain II, trente-cinquieme
du regne de l'empereur Henri IV, et trenle et
unieme de celut de Philippe 1 roi de France, naqnit
Bernard, a Fontaines, pies de Dijon, en Boulo-
gne. Son pere, Tescelin Sore, etait seigneur de
Fontaines, etsa mere Alelhelait tille du seigneur
de Montbar. Le chateau de ses peres a ete donne
aux religieux Feuitlants et change en monastere.
On peut lire sur la famille de saint Bernard l'Avis
place en tete de sa Vie, ainsi que Jean l'Lrniitedans
sa quatrieme vie de noire saint, oil, dit-on, il fait
descendre saint Bernard de 1'anoienne famille des
dues de Bourgogne, parson pere.
L'aul098.Le b enh ureux Robert, abbe de Moles-
mes,prend avec lui douze religieux de ce monastere
et se retire dans le desert de Citeaux, oiiil construit
un nouveau monastere dans le diocese de Chulons-
sur-Saone, environ a trois lieues de Dijon, avec
l'aide et ['approbation de Gautier, eveque de Cha-
lons-sur-Saone, et de llugues, archeveque del.yon.
Eudes, due de Bourgogne, lui donna l'endroit oil il
devait, avec ses compagnons, pratiqner, dans toute
sa purete, la regie de saint Benoit ; e'est le jour de
la fete de ce saint, qui tombait cette annee-la le
dimanche des Rameaux, que ltobert jeta les pre-
miers fondements de souceuvre. Parmises premiers
compagnons, on coinpte Aubry, Eudes, Jean,
Etienne, Latour et Pierre.
L'an 1099, quarante-troisieme annee du regne de
l'erapereur Henri IV, trente-neuvieme de celui de
Philippe I roi de France, le 29 juillet, Pascal, II qui
aval1 ete moine a Cluny, succede a Urbain II, mort
dans la onzieme annee de son pontificat.
Le bieiiheureux Robert, sur les reclamations des
religieux de Holesmes dans le concile de Rome, et
sur l'ordre du souverain pontife, revient a Moles-
mes. Aubry,quietait prieur deCiteaux, lui succede
dans cette maison avec le litre d'abbe. L'eglise de
ce monastere est dediee a la Sainte Vierge dans le
courant tie cette meme annee.
En 1100, Aubry envoie Jean et llbod, deux de ses
religieux, a Rome, avec des leltres de recomman-
daliou des cardinaux Jean et Benoit, de Ungues,
archeveque de Lyon, et de Gautier, eveque deCh'i-
lons-sur-Saone. C'est a leur priere que le pape
Pascal II conlirme l'institut de Citeaux par un pri-
vilege particulier donne a Troja, le 18 avril, indic-
tion viu, seconde annee de son pontifical. On
pen I voir ce privilege dans Baronius et dans Manri-
que.
En 1101, l'abbd Aubry etablit, dans le nouveau
monastere, la stride observance de la regie de saint
Be oil, el reforme tout ce qui est contraire a celte
regie.
La meme annee, meurt le bienheureux Bruno,
fondateur des chartreux. Cet ordre prit nais-
sance en 1086. Bruno etait originaire de Cologne;
ce fut un homme non moins remarquable par sa
saintete que par son savoir.
110?. Mortd'Eudes, due de Bourgogne, fondateur
de Citeaux. 11 est inhume dans l'eglise de ce mo-
nastere. La meme annee, Henri son tilspreud l'h ihit
religieux a Citeaux.
1103. On place generalenient cette annee-lit la
substitution de l'habit blanc au noir cbez les Cis-
terciens. On croit. aussi que c'est alors qu'ils se
mirenl a reciter l'olfice de la Sainte Vierge.
1105. C'est lel"septembrede celte annee, suivant
le necrologe de saint Benigne de Dijon, ou elle fut
inhumee, qu'on place en general la mort d'Aleth,
mere de saint Bernard. Son corps fut transfere a
Clairvaux cent quarante-cinq ans pins tard. Guil-
laume a decrit sa mort au livre i de la Vie de saint
Bernard, chapilre i.
L'an 1106, seplieme annee du pontificat de Pascal
II, quarante-sixieme du regne de Philippe I roi 'de
France, Henri IV Quit, par line mort uialheureuse,
CHRONOLOGIC DE SAINT BERNARD.
693
un regne de qunrante-neuf ans. II eut pour suc-
cessetir Henri Vsur le trone imperial com me dans
sa haine pimr I'Eglise. II ilia a llomeet porta les
mains sur le pape I'ascal, a qui il extorqua de forci;
les investitures ecclesiastiques, ainsi que la cou-
ronne imperiale, en 11 .1.
I/an 1108, le 30 juillet, neuvieme annee du pon-
tifical cle Pascal II. deuxieme annee dn regne de
Henri V, mort de Philippe I, roi de France, a Meii-
don. Loui5 son lils surnomiie le Gros lui succeile.
1109. Le 25 Janvier, mort du bienbeureux Au-
bry, second abbe de Citeaux, apres neufanset demi
de prelalure. 11 a pour successeur le bienheureux
Etienne Harding, d'une famille d'Angleterre. II
avait rempli auparavant les fonctions de prieur, et
il etait un de ceux qui avaient qnitte Molesmes pour
aller a Citeaux mener une vie plus austere.
1110 Le 29 avril, mort du bienheureux Robert,
abbe de Molesmes, premier foudaleur de Citeaux.
Cesl a tort que quelques-uns out place sa mort
en 109S.
1113. (Juatorziemo annee dupontificatde Pascal II,
la huitieme du regne de Henri V, et la sixieme
de celui de Loin-' VI Cette annee esl devenue bien
celehre par la conversion de Bernard. II avait en-
viron vingt-trois ans quaud il alia se meltre avec
trente autres jeunes gens, ses couipagnous, sousla
conduite d'Etieuue, abbe de Citeaux. Cost a partir
de ce moment-la que l"ordre de Citeaux conunenca
a se repaudre d'une mauiere extraordinaire.
La meme aim v, fondatiun de I'ahb iye de la Ferle,
premiere lille de l.lieaux, au diocese de Chilous-
sur-Saoue, sur la Giou •, par les seigneurs de
Vergy, Sav.irie e; liudla.ime son tils, co.ules de
Cj.Vo.i— sur-S i«'me. Le pre uier abbj de celle mai-
son t'ut Be fraud.
1114. S.iin1 Bernard oblient du ciel la force et le
talent de lure la moissoii, ee qu il n'avail pu l.iire
jus [u'alors, a cause de son extreme delical
Vou s i V ie, livre i, eh ipitre iv.
Fondation de Pontig iy, seco i le (ill - '1 ■ Citeaux,
a quatre lieues d'Autun, dans la terre alio liale de
Henbert, chanoine d'Autun, avec le concours de
Hervee, comte de Nevers, suus l'episcopat de llum-
bault. Plus tard Thibaut comte de Champagne,
construisit la basilique de ce mouastere i ! merita
ainsi d'en etre appele le fondateur. Le premier abbe
de Pontigny fut Hugues de Ma un, qui devint en-
suite eveque d'Autun. Saint Bernard lui ecrivit
plusieurs lettres.
1115. Fondation de Clairvaux e.tMoriraond, troi-
sicuie et quatrieine tides de Citeaux. Clairvaux, sur
l'Aube en Champagne, au diocese de Liiig.'cs, t'ut
fundi le 25 join, nun point par Thibaut, comme
l'ont cru a tort ceux qui confondent la translation
T. IV.
du mnnas'ere de Clairvaux en 1035 avec sa fonda-
tion, mais par Hugues, comte de Troyes, ainsi qu'il
est ditdans les notes de la lettrexxxi. Bernard premier
abb ■ de ce mpnas ere qui fut beni, en eclle qualite,
par Guil'aume de Champeaux, eveque de Chalons-
sur-M anil-, en 1'absence de Josceran, eveque de
Langres, etait alors age de vingt-quatre ans.
Voir sa Vie, livre I, chapitre vh.
Quant a Morimond, il fut fonde dans le meme
diocese, par Odolric d'Aigremont et Adeline sa
femme, seigneurs rle Choiseul. Sun premier abbe
fut Arnold, a qui est adressee la leltre iv de saint
Bernard.
Ces quatre abbayes sont comme les quatre Clles
ainees de Citeaux, d'oii sont sorties toutes les
autres.
La meme annee mourut Ives, eveque de Char-
tres. C'etait un homme tres instruil. II eut pour
successHiir Ge.offroy, qui fut honore du titre de
legat du saint siege. II etait tres-cher a saint Ber-
nard. II est parle <le lui dans les leltres xv, xlv, et
i.\, dans le livre iv ile la Consideration, chapitre v,
ainsi que dans la Vie de saint Bernard, livre 11,
chapitre i el vi, el livre iv, chapitre iv.
1116. Premier chapitre general de Citeaux, tenu
par I'abbe Etienne. II est decide da^s ce chapitre
qu'il se reuuira desurmais tuns les ans le 13 sep-
tembre, selon ce que rapporte Jean de Vitry, dans
so:i hisloire d'Occideut, chapitre xiv.
1117 Sainl Ber ard,aileint d'une maladie grave, -
esl confie ,m\ soil s d'un medecin de la campagne,
que hu procure Cud: nime, ft\ eque de Chalons-sur-
Mame. Livre i de sa Vie, chapitre vn.
On place vers rette meme annee la conversion de
Ti scelin, pere de sa ut Bernard. II mourut peu de
temps apres en tres-grande udeu de sainlele, le 11
avid, selon ne qui es i dans le necrologe
de saint Benig lijou.
L'an 1118. douzieme annee du regne de HenriV,
et dixieme de celui de Louis VI, Pascal II nieurt
apres onze ans et cinq mois de ponlificat. Gelase n
lui succede, il avait ele comme lui moine a Cluny.
Henri lui opposa Maurice Bourdin, areheveque de
Prague qui prit le norn de Gregoire.
La meme annee est fonde 1'ordre militaire du
Temple, dunt les premiers chevaliers furent Hugues
du Paiens, GeotlYuy de Saint-Oiuer, au rapport de
Guillaume de Tyr, dans sou livre x.u de la guerre
sainte. Selon le meme auteur cet ordre fut continue
au concile de Troyes e i 1 128, ainsi que le rap-
porte aussi Michel, se rut lire du concile. II devait
etre aboli plus tard, en 1313, par Clement V
suus Philippe IV rui de France, au concile de
Vienne.
Fondation du monastere de Trois-Fontaines ,
38
59i
CHRONOI.OGIE DE SAINT BERNARD
premiere Qlle de Clairvaux, au diocese de Chalons- religieux, l'abbe Suger a qui saint Bernard £crivit
sur-Sa6ne. Son premier abbe fut Roger; le second plusieurs fuis.
fv.t Guy, a qui sont adressces les leltres i.xix et lxx I. an 1124, dix-huitieme annee du regne de Henri V,
de saint Bernard. seizieine de celui de Louis VI roi de France, le
Fondatiou aussi de Fontenay, seconde fillc de pape Calliste II meurt dans la sixieme annee de son
Qairvaux, au diocese d'Autun. Son premier abbe fut ponlificat. 11 a pour successeur, la nieme annee,
Geoffroy, frere de saint Bernard. Cet abbe, selon
le livre des sepultures de Clairvaux, revint a son
cber premier monaslere, apres avoir fonde et par-
faitement organise celui de Fontenay. Ilfut le troi-
sieme prienr de Clairvaux, et devint eveque de
Lanfrres.
1'evSque d'Ostie, Laurent, qui prit le nom de Hono-
rius II.
1125. Mori de Henri V a Utrecht sur le Rbin,
apres dix oeuf ans de regne. Comme il ne laissait
pas d enfant, il s'eleva, a sa raort, une longue et
funeste division que saint Bernard seraappele plus
L'an 1119, treizieme annee du regne de Henri tard a apaiser entre Lothaire, due de Saxe, et
V, onzieme de celui de Louis VI, le Pape Gelase II Conrad, neveu de Henri par sa seeur. Ce dernier
meurl a Cluny ; il a pour successeur, sous le nom avail ete proclaim- roi par Frederic son frere et par
de Calliste II, Guy, eveque de Vienne, qui celebra d'autres seigneurs. Apres avoir franchi les Alpes, il
cette nieme annee, le 31 ociobre, un concile a fut recti a bras ouverts par les Milanais, dontl'ar-
Reims et eut le bonheur de mettre fin au scbisme cheveque, nomine Anselme, le sacra roi a Modane,
de Bourdin. capitate du ruva.ume d'ltalie. Selon ce que rap-
C'est cette meme annee que le bienheureux porte Othon de Freinsingen dans le livre vu de
Etienne, abbe de Citeaux, assiste de plusieurs au- ses chroniques, chapilre xvn. Plus tard, comme on
tres abbes, etablit la charte de la Charite, comme le verra, saint Bernard dut se donner bien du mal
on l'appelle ordinairement, en trente articles ou pour reconeilier les Milanais avec le pape Innocent
chapitres, pour assurer la pais etla tranquillity et Lothaire II, qui fut elu empereur.
dans l'ordre de Citeaux. Elle fut approuvee par La meme annee, une grande famine desole parti-
le pape Calliste II. On la trouve dans Mauri- culierement la France et la Bourgogne, et donne a
que. saint Bernard l'occasion d'exercer sa charite, comme
1120. Saint Norbert, que saint Bernard appelle on le voit dans sa Vie, livre i cbapitre x. Cette
la Trompelte du Sainl-Esprit, dans la lettre lvi, annee-la, aussi saint Bernard fait une maladie qui
fonda l'ordre de Premontre, dans le Laonnais. Voir met ses jours en danger, il n'en revient que par la
la lettre cclv de saint Bernard et les notes. protection de la Sainte Vierge, de saint Benoit et de
1121. Concile de Soissons contre Abelard, sousla saint I aurent. Des cette epoque, sa reputation de
prcsidence de Conan eveque dePalestrine, legat du
saint siege. Ce concile force Abelard a livrer de ses
propres mains oux llammes son livre de la Tri-
nite.
saintete singuliere et de science se repand par la
ville et par le nionde entier.
1126. Othon, qui devint plus tard eveque de Frei-
sengen, historiographe celebre, prend l'habit de
C'est au commencement de cette meme annee Morimond. Radevig son ami intime, nous apprend
que mourut Guillaume de Champeaux eveque de
Chalons-sur-Marne. Voir a son sujet les notes de la
lettre in.
Fondalion de Foigny, au diocese de Laon. C'est
a son premier abbe Rainaud que Bernard a adresse
ses lettres Lxxn, lxxui, et lxxiv.
1122. Pierre Maurice, originaire de l'Auvergne,
surnomme le venerable, que saint Bernard aiiuait
qu'il etait arriere petit-tils de l'enipereur Henri IV,
neveu par sa mere de Henri V ; frere uterin de
Conrad et oncle de Frederic par son pere, le pieux
et illustre prince Leopold, margrave d'Au-
triche; sa mere etait Agnes, fille de Henri IV.
1127. C'est vers cette annee que Etienne qui, de
chancelier de France etait devenu eveque de Paris,
s'eluigna de la cour sur les avis de Bernard, pour
d'une affection singuliere, devient abbe de Cluny mener une vie (ilus reguliere, et se vit persecute
pendant l'octave de 1 Assomption, Voir les notes de
la lettre l de saint Bernard.
1123.C'ejt vers cette annee que Pierre, abbe de la
Ferle,est elu eveque de la Tarentaise. C'est le pre-
mier eveque sorti de la famille de Clairvaux; il a
par Louis VI, qui Unit par le recevoir en grace sur
les instances des Cisterciens et surtout de saint
Bernard.
Henri, archeveque de Sens, fut pen de temps apres,
et pour des motifs semblables, trade par le roi de
pour successeur, a la Ferte, Barthelemy, frere de Frauce,de la meme maniereque l'avait ete celui de
saint Bernard. Paris; il eut aupres du roi le meme avocat et le
La meme annee, Adam abbe de saint Denys, a meme defenseur. On peut voir a ce sujet la lettre
pour successeur d'un commun accord de tous les xlv et ses notes.
CHR0N0L0G1E DE SAINT BERNARD.
595
Fondation d'Igny, qnatrieme fille de Clairvaux,
dans le diocese de Reims, par Raynaud Despres
archeveque de Reims. Son premier abbe est Hum-
bert, qui de religieux de la Case-Dieu, devint reli-
gieux de Clairvaux, Peu de temps apres, par amour
du repos, il se demit de sa prelature et revint a
Clairvaux. Bernard, qui etait alors retenu en ltalie
pour les affaires du scbisme, le blame beaucoup de
cetle resolution dans sa leltre cxli, ce qui ne l'em-
pecha point de perseverer dans sa retraite jusqu'a
sa mort. Saint Bernard fit, a ses funerailles, l'eloge
de ses excellentes vertus. 11 cut pour successeur a
Igny l'abbe Guei'ri, celebre par sa piete et par ses
eerits. On a sesdiseoursa la suite de ceux de saint
Bernard.
HIS. Le jour de la fete de saint Ililaire, concile
de Troyes, qu'on place a tort en 1129, cornice il
ressort des temoignages de Michel qui en tut le
secretaire. 11 ful preside par Mathieu, eveque d'Al-
bano, legal du Saint siege. On y compta parmi les
assistants, Elienne de Citeaux, Bernard deClairvaux
et d'autres abbes du meme ordre. C est dans ce con-
cile qvi'on determina les couleurs blanches des ha-
bits a donner aux Templiers, et la regie qu'ils de-
vaienl suivre. Ce n'est que plus tard, que le pape
Eugene HI leur lit placer la croix rouge sur leurs
habits.
Fondation do Regny au diocese d'Autun.
1129. Le jour de. la purification de la sainte
Vierge, tenue d'un concile a Chalons-sur-Marne,
par Mathieu d'Albano, legat du pape, ancien reli-
gieux de Cluny. Dans ce concile, sur I'avis de saint
Bernard, Henri, eveque de Verdun, ilonne sa demis-
sion; uncertain abbe de Saint-Denys de Reims,
lui succede pendant deux ans.
Fondation du monastere d'Ours-Camps, au dio-
cese de Noyons, par l'eveque Simon.
L'an 1130, cinquieme annee <lu regne de Lo-
thaire II, vingt-deuxieme de celui de Louis VI, roi
de France, le pape Honorius meurt, le 16 Janvier,
dans la sixieme annee de son pontificat. Un
scbisme tres-grave regne dans l'Egliso de Dieu,
Gregroire, elu canoniquement sous le nom d'lnno-
cent II le 17 fevrier, se vit disputer le trone par
Pierre, lils de Pierre de Leon, appuye par la vio-
lence de s.-s amis qui etaient tout-puissants a Rome,
et par Roger, roi usurpaleur de Sicile. Pendant
huit ans entiers, Bernard defend it avec courage la
cause d'Innocent. Voir la letlre cxxiv et les suivan-
tes. En effet, entre autres choses, dans le concile,
tenu a ce sujet, cette meme aiinee a Etampes, il
fut choisi tout d'une voix, par les peresdu concile,
comme arbitre du differend, et se declara pour In-
nocent contre Anaclet. II amena le roi d'Angleterre
Henri, a la reconnaitre egalement. Voir sa Vie,
livre II, chapitre I, et notre preface generale au
tome IV.
La meme annee, Bernard, avec une hurnilite
admirable, refusa l'eveche de Genes, devenu va-
cant 1 annee precedente par la mort de Sigefroy.
Ce fut cette annee-la aussi que Baudoin, fut le
premier des Cisterciens . promu au cardiualat
dans le concile de Clermont, ainsi, du moins on
le croit, que Martin, cet bomme si saint, dont
Bernard fait mention dans le livre IV de la Consi-
deration, chapitre V. Au sujet de Baudouin, on peut
consulter les lettres cxi.iv et ccxuv de saint Ber-
nard.
1131. Innocent, apres avoir ete recu avec magni-
ficence a Liege, etait revenu en France a la fin de
l'annee precedente. Saint Bernard repritl'empereur
Lolhaire qui reclamait les investitures ecclesiasti-
ques. Innocent le couronna roi de Germanie etant
encore en en France, sereservant de lui donner la
couronne imperiale deux ans apres a Rome. II passa
le careme de cette annee a Liege, et de retour en
France, il se rendit, an mois d'octobre, a Reims,
au concile assemble dans cette ville contre Ana-
clet, et sacra roi Louis le jeune, a la place de Phi-
lippe son frere, qui avaitperi miserablement, d'une
chute de cheval. Apres le concile, dit Suger dans
sa Vie de Louis-le-Gros, le seigneur pape fixa sa re-
sidence a Autun tout le reste de la presente annee,
apres avoir visite Cluny, dont il consacra l'eglise,
puis Clairvaux et quelques autres communautes,
accompagne, dans toutes ces courses, par Bernard.
Ernald, dans sa vie de saint Bernard, livre II
chapitre I, place le concile de Reims avant le
voyage d'Innocent a Liege, contrairement a ce que
dit Suger.
La seconde annee, selon la grande chronique de
Belgique, Bernard refusa l'eveche de Chalons-sur-
Marne, oil il avait ete elu et fit elever a sa place,
Geoffroy, qui etait abbe de saint Medard de Soissons.
Aubry rapporte la meme chose, etajoute deplus, que
le pape Innocent consacra l'eglise de saintMedard,
le 15 octobre, avant de se rendre au concile de
Reims, selon ce que porte la chronique de ce meme
monastere.
La meme annee encore, Thomas, prieur de Saint-
Victor de Paris, homme d'une grande vertu, est
cruellement assassine pour la justice, par les ne-
veux de Thibaut de Nottieres, archidiacre de Foix,
qui le haissait a cause des reproches qu'il en
avait recuspour ses exactions envers les ecclesiasti-
ques. Peu de temps apres, Archambault, sous-dia-
cre d'Orleans, mourut pour la meme cause, et de
la meme maniere, sur les instigations deJean ega-
lement archidiacre de l'eglise de Sainte-Croix. Ber-
nard ecrivit pour ce prieur de Saint-Victor ses let-
596
CIIUONOI.OGIE DE SAINT BEIINAH1).
trescLTin, cux, ru et clxii, ft sa lettre i.xipour
le sous-diacre d'Orleaus. Les deux causes furent
6voque.es el agitees au concile de Jouarre, au dio-
cese de Meaux.
Fundation de Moreruela en Castille, dan? le pays
de Zauiora ; tlu monaslere de Saint-Jean de Ta-
rouca, en l.usitanie, diocese de I.amigo; de Long-
pout, au diocese de Roissons ; de Cherlieu, au dio-
cese de Besancon; de Bonnemont, en Savoie, dio-
cese de Geneve ; de Ridal, en Angleterrc, dioi ese,
d'Yorck.
1132. Depart dn pape Innocent de France, pour
l'ltalie, Bernard I'accompagne. II reconcilie les Pi-
sans el les (iiiiuis. L'eveche de Genes lui est offer!
pourlaseconde fois, avant que Syrus y soil nomme,
et menu: apres la nomination de Syrus qui veul se
demeltre. II refuse avec la meme perseverance el la
nieine humilile qu'auparavaat.
Grande controverse eutre les Clunistes et les Cis-
terciens, a I'occasi I'un privilege par 1< quel le
pape Innocent dispense ces derniers de payer la
dime. Voir la lettre i u.x.xxiii.
Fundatiou du nionastere de Paueellcs, au diocese
de Cimbrai. Voir la lettre clxxxvi, et de Trois-
Fonts en Angleterrc, dioce.se d'Yorck. Voir les let-
tres xcu, xliv et suivantes.
1133. Saint Bernard, qui elait alle en llalie avec
Innocent, l'annee preeedeute, ecril la lettre cxxvw
a Henri, roi d'Angleterre, pour lui demander lies
subsides en faveur du pape, qui lie pouvnit occu-
per de Home, avec le pen de troupes dont il dispo-
sal!; car l'einpereur Lolhaire ne lui avait donue
que deux mille homines d'armes. Cepelldant, Inuo-
cei.l Quit par eiilivr dans la ville, et remet la cou-
ronne imperials, sur la tele de Lolhaire, dans la
busilique de Latran. Mais, apres le deparl de l'em-
Dereur, Anaclet reprit le dessus a Homo, et Inno-
cent, oblige de s'elo'uner encore, se n-tira a Pise.
De eelte derniet'e ville. Bernard est envoye en i.er-
nianie, pour reconcilier Conrad avec Lothaire,
Prolilant de cetle occasion, lloger, lyran de Sicde,
decore du nom de roi par I 'an ti pape Anaclet, s'ef-
force de retuvr les 1'is.uis de l'obedience di. pape
innocent. Mais ds linrenl bou dans le<irs senti-
ments de lidcllte, el Bernard leur ecrivit sa lettre
cxxx, pour us en hlii i i r.
Cost a 1'epo.pie de ce voyage que se place la
conversion de Masccau, dont i! esl parte au livre
IV de la ie de sunt Bernard, cliijtiuv III, aiusi
que eille de li ducliesse de Lorraine, doiil il est
qiieS. U Mienie eii.lli.lt.
1134 i.oiici.e de l'i-e. Pendant que Bernard,
sur lordre du pape Innocent, sy rendaiL en traver-
sal la Lombardie, apres avoir reconcilie ensemble
Lolhaire et Conrad, il recoit des Milanais, excouiuiu-
nies et prives de la d ignite de Hetropole, pour
avoir. a la si iie d' Ansel me, leur archeveque, em-
brasse le parti de Conrad eL d'Anaclet, one letlre
on ils le prieiit de les faitv rentrer en grace avec
Lolhaire et Innocent, II leur proniet par sesleltres
cxxxn et cxxxiii, de se rendre au milieu d'eux,
aussildl que le concile sera terraine.
I'll ell'el, a peine, grace a si prudence, le concile
fut-il clos, qu'd pari it pour Milan, avec lescardinaux
Matthieu, eveque d'Albano et Guy, eveque de Pise,
aiin de Iravailler a la reconciliation de celte ville.
II I'ul recti par Ions les habitants avec de grandes
demonstrations de joie el une tres-grande venera-
tion ; on lui oflrit la dignite archiepiscopale et ce
n'esl pas sans ]ieiue qu'il lit. agreer aux Milanais
son reftis ion lant de la recevoir. II lit beaucoup
ile conversions parmi eux, comnie on le voit par la
lettre i xxxv, . I Fonda, dans leur ville, la premiere
colonie da son ordie, Ciiravalle, qu'on a souvelit,
mais a tort, designe aussi sons le nom de Clairvaux.
Apres cela, sur 1'onlre du pape Innocent, scion ce
que rapporte Sigonio dans son histoire d llalie, li-
vre n, il se ri'iidit dans plusieurs villus de Lombar-
die pour retalilir la paix enlre elles, el particuhe-
rement a Pavie el a Cremone. Ay. ml completement
echoue aupres des Cremonais, dans sa mission, il
til part de leur bstinalion au pape Innocent dans
sa letlre cccxvui.
Cependanl apres le concile de Pise, Norbcrt, fon-
dateur de I'ordre de Premontre est rappele de la
telle aux cieu.X, de tilenie que Elienne, abbe de Cl-
teaux qui nioiirul le 23 mars. Guy, qui avail ele elu
a sa place avant meme qu'd cut rendu le dernier
SOllpir et qui retint en ses mains la houletle pasto-
rale pendant six mois, se vit enlin rejele et laissa la
place i Rainaud, tils de Mdon comte de Bar-sur-
S i.e. si Ion ce que rapporte Orderic, inoine de
Clairvaux, dans son livre via. Ce fut eel abbe qui,
d o:s mi chapitre general de I'ordre, renferma
dans qualre-vingl-sept chapitres les beaux inslituls
de Cileaux, qu'on peut lire dans les aunales de
Manrique.
Fondation de Ciaravalle de Milan; d'Hermerode, au
diocese de Treves; de Vau-clair, au diocese de Laon,
Le premier al be de cetle maison fut Murdach, a
qui esl adressee la lettre i ccxxi.
1135. Bernard passe par Milan en revenant d'lta-
lie, et revicnt a Clairvaux, dont on Iraiisl'e.re les bail-
ments dans un lieu plus commode, ainsi qu'il est
rapporte au livre u de sa Vie, chapitre iv et v. II
eul a peine le temps de poser a son monastere, car
il retail presque aussilot I'ordre de se rendre en
Aquit.iiiie avec Geoll'roy de Charlres, pour ramener
Guillaume, comte de Poitiers et plusieurs autres
seigneurs que Gerard, eveque d'Angoulerue, avait
CHRONOLOGIE DE SAINT BERNARD.
507
entnlnes dans le schismft, comme nn le roil dans
le livre 11 de sa Vie, ehapitre vi. C.ela fait, el re i u
un pen a lui-meme, il entreprit, a h priere
autre Bernard i i 01 es, prieur des charlreux
I'explicalion du Canlique des cantiques, ainsi qu'il
est dit dins les leltres CLUi el cliv.
Fondation de Buzay, <i'i diocese de Ninles, pap
Ermeng irde, comtesse de Brelagne, qu'il avait, dans
son voyage d'Aquitaine, retiree desvanitesdumonde.
Voir les leltres cxvi et cxvu. Le premier abb.'' de
cette maison fut Jean, a qui est adressee la lettre
ccxxxvn. Fondation aussi de Hautecombe, an dio-
cese de Geneve, de la Gr&ce-de-Dieu, diocese de
Saiutes et d'Eberbach, diocese do Mayence.
1136. Guy, l'aine des freres de saint Bernard,
meurt a Pontigny, hors de Clairvaux, coin me le
saint le lui avait predit, ainsi qu'il est dit au livre
a de sa Vie, ehapitre xu.
Fondation de Balerne, au diocese de Besancon ;
son premier abbe est Burcli tr I, a qui est adressee
la lettre cxlvi ; de la Maison-Dieu, sur le Cher,
diocese de Bourges ; son premier abbe fut Robert,
cousin de Bernard, e'est a lui qu'est adressee la
lettre i et d'Auberine, diocese de Langres.
Adoption de I'Abbaye des Alpes, diocese de Geneve,
sur la proposition do sun abbe Gucrin, qui devint
plus lard eveque de Siou. Voir la lettre ccLin.
L'an 1K!7, huitieme du pontificat d'lnnocent,
douzieme du regne de l'empereur l.othaire, Louis
VI meurt a Paris le leraout. dans la vingt-neuvieme
annee de son regne. II a pour successeur Louis VII,
son fils. surnomme le Jeune, pour le distinguer de
son pero, ilu vivant de qui il fut associe au Irone.
La meme annee, Bernard, appele par le pape
Innocent, repasse une troisieme t'ois les Alpes pour
retourner en Italie qui geinissait, sous Anac el, des
vexations de Roger de Sicile. Ce prince, vamcu,
grace aux prieres de Bernard, par le due Ruuoul-
phe, voyaut qu'il ne pouvait l'emporter par la force
des armes, eut recours a la force de ['eloquence et
coiiiia la defense de la cause d'Anaclet a Pierre de
Pise, honamed'un rare talent pour la parole ; mais
le voyant vaiucu et ramene du schisme par Ber-
nard, il n en revint pas lui-nieme a de meilleurs
sentiments.
Fondation de l'abbaye de Colomba, eu Italie, dio-
cese de Plaisance; de Boccnn en Hongrie, dio-
cese de Vesprin. Plusieuts auteurs rapportent, mais
a tort, cette fondation ii l'aunee 1153.
Adoption de l'aobaye de Belfont, appele depuis
Valparayso, en Espagne au diocese de Zamora.
113S, le 3 deeemhre, Lothaire II cesse de p irter
la couronne, apres treize ans de regne. II a pour
successeur Conrad, due de Franconnie, qui avait ete
autrefois son rival.
La meme snnV, mirt. malhrrirens^ de l'.infi-
'. i it, & qui la IV iction de Roger donna
pour successeur le -a" li i il G - '■ ;oi • -, ,[ ii prit ie
nom le Victor et q ii se depouilla des iusigues du
■ es hi his .1 ■ Ber i ir I. Le schisme
se trouva dcic ainsi term ne grace a i zele el a la
prudence di'. Beruarl, apres avoir dure sepl ans.
Voir la leltre cc x n. Get leureux result.it obteuil,
le saint abbe quilta sans retard la cour de Rome,
n'emporlant d'ltalie, pour tout present de route,
qu'une dent de saint Cesaire et quelques autres re-
liqnes de saints. Voir le livre iv de sa Vie. ehapitre
l. In forme en route qu'il avait e!6 precede a l'elec-
tion de leve [ue de Langres, par Larcheveqiie de
Lyon, nonobstant la promesse que ee dernier
avait f.iile a Rome, Bernard cent sa leltre
Clxv et les suivantes . Mais une douleuc plus
grande devait s'ajouler a celle-la, e'e-t celle qu'il
ressentit 'le la perte. de Gerard son frere. II avait
ohlenu de Itieu eu Italie, on il I'avait accomp.igne,
un repit a cette mort. II lui tit une oraison t'ui.ebre
dans uo8 sermon xxvisur leGantique des cantiques,
en reprenant le cours interrompu de ce couimen-
taire.
La meme annee, mort de Rainaud, archeveque de
Reims, selon l'Auctaire de Gembluux. Deux ans
apres, e'est-a-dire en HZiO, Samson, eveque de
Ch irtres, est promu a la dignite d'archeveque de
Reims, a 1 1 place et au refus de Bernard d'accepter
ce tit re.
Fondation de Benissons-Dieu, diocese de Lyon ;
cette abbayea pour premier abbe Aubry a qui est
ecrite la lettre tlxxiii.
Adoption de l'abbaye des Dunes, diocese de Bru-
ges; sou premier abbe fut Robert, a qui est ecrite
la lettre cccxxiv, le meme qui devait un jour suc-
ceder a Bernard ii Clairvaux.
1139. Concile de pres de mille eveques assembles
a Rome dans l'eglise de Latran : il condauine de
nouveau les partisans de Pierre de Leon, et aniiule
ses ordinations; il interdit les tournois, et con-
dauine Arnault de Brescia, comme beretique, asor-
tir de l'ltalie. Bernard s'elforce de soustraire a la
severile du ilecret porte contre les fauteurs de
Pierre de Leon, le cardinal Pierre de Pise, qu'il
avait reussi a reconciher auparavant avec le pape
Innocent, comme on le voit par la leltre cexm.
Peu de temps apres, Innocent est fait prisonnier
par Roger, due de Sicile, qui s'empare de lui par la
ruse. Get eveneinent bale la conclusion de la
paix si longlemps desiree eutre le pape et Roger.
La meme annee, l'archeveque Malachie primat
d'Irlande, entreprend un voyage a Ro i.e. ("est a
turl que Baruimis place ce voyage il la date de
1137, puisque saint Bernad lu:-inenie nous ap-
598
CnRONOLOGIE DE SAINT BERNARD.
prend, danssa Viede saint Malachie, que ce dernier
ue survecut qneneufans a ce voyage : or il
niourut en 1148. C'est pendant ce voyage que
Malachie vint a Clairvaux, oil il laissa sis de ses
compagnons de route, pour s'y former a l'instilut
<Je Citeaux, afin de I'etablir ensuite en Irlai
1140. Concile de Suns contre Abelard qui en
appela au Saint Siege, de la condamnation de ses
principales erreurs; mais, sur le conseil de Pierre-
le-Venerable, il renonca k donner suite k eel appel
et se fixa £1 Cluny. Pierre-le-V6nerable le reconcilia
avec l'Eglise. Apres avoir passe deux ans d'unema-
niere exemplaire a Cluny, il se rendit au monaslere
de Saint-Marcel de Chalons-sur-Saone, pour y
soigner sa sante devenue naauvaise : il y niourut.
Voir les lettres exevn et suivantes etleurs notes.
Fondalion de Clair-Morets, au diocese de S.-rinl-
Omer; de Blanckeland en Angleterre, dans Li pro-
vince de Galles, diocese de Man ; de l'Oursiere,
dans le royaume de Galice, diocese d'Aureusej deLa-
rivoir, diocese de Troyes, ayant pour premier abbe
Alain qui devint plus tard arcbeveque d'Autun, et
compila une Vie de saint Bernard.
La meme annee, Innocent donna le monaslere de
Trois-Fontaines de Saint-Anastase, aux religieux
de Clairvaux, apres l'avoir retabli avec un disciple
de saint Bernard, nomine egalement Bernard, ori-
gieaire de Pise, lequel devint pape, dans la suite,
sous le nom d'Eugene III.
Adoption du monaslere de Bencbor, c6de h saint
Bernard par Malachie, primat d'lrlande,etdeCasa-
mario, a Verulo en Italic
1141. Le pape Innocent, au rapport de Robert
du Mont, jetfe l'interdit sur les terres du roi Louis,
parce qu'il ne voulait pas recevoir l'archeveque de
Bourges, qu'il recul pourtantplus tard, et qu'il delia
d'un sennent, qu'il avait fait contre toutes les lois
de la raisin. Voir les lettres ccxvm et suivantes.
La meme annee, le roi Louis, toujours au dire
du meme outeur, tomba avec toutes ses troupes
sur le comte Tbibaut, devasta ses possessions, et
particulieremeut la Champagne, oil il brula Vitry.
Dans cet incendie, treize cents ames perirent,
toujours selon Robert, dans son supplement a.
Sigebert, qui place ces evenements a l'annee 1143.
Voir les lettres ccxvn, ccxx, ccxxu, cexxm.
Vers la meme epoque, se place la mort de Hum-
beline, sceur de saint Bernard, dont il estparle au
livre I de sa Vie, cbapitre VI.
Fondation de Mellifoiit, en Irlande, au diocese
d' Armagh, par les soins de Malachie qui y placa
les compagnons de voyage qu'il avait laisses a
Clairvaux, pour s'y former a la regie, et qui
eurent Chretien pour abbe. Voir les lettres cr.cxxxv,
et ccclvii.
1142. Yves, qui de chanoine regulier de Saint-
Victor pres Paris, etait devenu cardinal pretre, est
envoye en France pourprononcer la sentenced'ex-
communicatinn qui frappail Rainoulphe, comte
de Saint-Quentin, pour avoir repudie sa femme
Pelronille, soaur du comte Thibaut, et avoir epouse
ensuite une lille de Guillaume, due d'Aquitaine,
sceur dela reiue de France .Dans le meme anatheme
se trouvaient enveloppfis Barthelemy, eveque de
Laon, Simon, evfique de Noyon, et Pierre, eveque
de Senlis, auteurs du divorce du comic. Voir les
lettres CI Ml, CCXVI, CCXX, CCXXI.
La meme annee, Alpbonse, roi de Portugal, se
fait tributaire ainsi que son royaume de 1'abbaye
de Clairvaux, a, laquelle il assigne une rente de
cinquante doublons d'or Cn.
Cede meme annee encore, toujours d'apres
Robert du Mont, ou du moins vers la I'm del'annee
precedente, com me le rapporte Ortelius, dans An-
selme deGembloux, chez le Mire, mort de Hugues
de Saint-Victor, ami et grand admirateur de saint
Bernard , l'Augustin de son siecle. Voir la leltre
LXX.
Fondation des monasteres de Melon en Galice, dio-
cese deTuyjdeSobrado, a peu pres a la meme epoque,
dans le diocese de Compostelle; de Ilaute-Cresteen
Savoie, diocese de Lausane.
L'an 1143, cinquieme de Conrad III, sixieme de
Louis VII roi de France, mortdu pape Innocent, le
25 septembre, apres un poutilic.it de quatorze aus.
II cut pour successeur Guy de Castel, qui prit le
nom de Celestin II : c'est a lui que sont adressees
les lettres 1 < wxiv et cexxxv.
Fondation d'Alvastem, en Suede, diocese de Lin-
coping; de Ni-dal,au meme pays. Quelques auteurs
placent la fondalion du dernier monaslere qualre
ans plus tard. Fondalion de Belle Percbe, diocese
de Montauban ; de Meyra en Galice, diocese de
Lugo.
1144. Mort dn pape Celestin, qui ne siegea pas
meme six niois. II a pour successeur Gerard le
Camerier qui, de chanoine regulier, etait devenu car-
dinal pretre, du litre de sainte croix de Jerusalem.
II prit le nom de Lucius II. A la meme epoque,
Bernard retablit la bonne intelligence entre le roi
de France, Louis VII, et le comle Thibaut. Lire ice
sujet ses lettres ccxx et suivantes.
La meme ann6e, mort de Bartbelemy abbe de la
Ferte, frere de saint Bernard; et d'Elienne de
Chalons, cardinal evdque de Palestrine,de l'ordre de
Citeaux, homme d'une grande saiatete, a qui Ber-
nard ecrivit plusieurs lettres.
Fondalion de Beaulieu, diocese de Rhodez.
L'an 1145, septieme du regnede 1'empereurConrad
III, huitieme, de celui de Louis VII, roi de France.
CHUONOLOGIE DE SAINT BERNARD.
599
le pape Lucius II meurt le 25 fevrier. 11 a pour
successeur Eugene III, abbe de Saiut-Anastase aux
Trois-Fontaines. C'est l'abbe Bernard, dont il a ete
parle a l'annee 1140. Voir les letlres ccxxxvu et
suiyantes.
A la meme epoque, saint Bernard, consulte parle
roi Louis sur la croisade, renvoya la decision de
cette 3tTaire au jugement du pape, comme nous
l'avons dit dans notre preface generate, a l'arti-
cle vii.
Fondation de la Pree, au diocese de Bourges.
11&6. Concile de Cbartres assemble a l'occasion
de la guerre sainte. Pierre le venerable est invite
a y assister par la lettre cclxiv de saint Bernard;
il ne put s'y rendre, ainsi qu'ou le voit par sa
reponse a saint Bernard. Sa lettre est la xvni du
livre vi. Bernard, elu generalissime des troupes,
exborte, sur l'ordre du pape Eugene, par seslettres
et par ses predications qu'il appuvait de miracles,
les peuples de la Germanie, les Francs orientaux,
les Bavarois, les Anglais et d'autres encore, a pren-
dre la croix. Voir ses letlres ccxxm et ccci.xv, ainsi
que le livre de ses Miracles.
La meme annee, l'Eglise de Tournai, qui avait
pendant cinq cents ans et plus, ete gouvernee par
les eveques de Noyon, eut un eveque propre, du
nora d'Anselme, qui avail ete abbe de saint Vincent
de Laon. Cette ville recut son eveque de la main du
pape Eugene, qui leluidonna,alarecommandation
de plusieurs personnages, mais entre autres de
saint Bernard.
Fondation de Boxley en Angleterre, diocese de
Cantoibery; de Villers en Brabant, diocese de Na-
mur. L'Auctaire de Gembloux, dans le Mire, place
cette fondation a l'annee suivante, et s'exprime en
ces termes : « Denize moines avec l'abbe Laurent,
et cinq convers, envoyes en Brabant par Bernard de
Clairvaux, fonderent le monastere de Villers. »
1147. Eugene, chassede Rome, l'annee precedente
par la faction d'Arnaud qui avait souleve les Ro-
mains contre lui, comme op. le voit dans la lettre
ccxLii, s'etait refugie en France. II est reeuenll47
a Paris avec beaucoup d honneur, par le roi Louis
qui, le dimancbe des Raineaux de l'annee prece-
dente, selon ce que rapporle Robert du Mont dans
son Appendice a Sigebert, avait pris la croix avec
son frere Geotfroy, couite de Meulan et plusieurs au-
tres seigneurs, lesquels quitlerent Paris cette nieme
annee, selon la ebroniquedeCluuy, pour allercom-
baltre les Sarrazins en Syrie.
Cette annee-la vit plusieurs synodes se rennir en
differents endroits ; le premier a Etampes : il y fut
pris, en presence de Bernard, des arrangements
pour l'expedition de la terre sainte, et pour l'aduii-
nistration du royauine qui fut conliee a Suger,
abbe de Saint-Denis, comme il est dit au tome II
du Spiuilege, dans la chronique de Saint-Denis, et
dans le livre des Miracles de. saint Bernard, cbapi-
tre xvi. Le second est celui d'Autun, sous lapresi-
dence du pape Eugene. Le troisieme a Paris, selon
Othon de Fivissingen, dans son bistoire de Frederic,
livre i chapitre l. La cause de Gilbert de la Porree,
appelee a ce concile, futrenvoyee al'examen de ce-
lui qui devait se tenir l'annee suivante a Reims.
Voir notre preface generale.
La meme annee, Bernard va combattre l'hereti-
que Henri en Aquitaine, avec Aubry cardinal eve-
que d'Ostie et legat du saint siege, et Geoffrey,
eveque de Cbartres. 11 est question de cet Henri
dans notre preface generale et dans la lettre ccxia
de saint Bernard.
La meme annee, Alphonse, roi de Portugal, s'e-
tant empare de la ville de Santaren par la vertu des
prieres de saint Bernard, demande par lettres des
moines de Citeaux, pouretablir un monastere de cet
ordre dans son royaume.
Fondation d'Alcobaza par le meme roi de Portu-
gal dans le diocese de Lisbonne; de Vauricher, au
diocese de Bayeux ; de Morgan, dans le pays de
Galle; de Spina, au diocese de Valentia en Castille,
par Sanche, sceur du roi Alpbonse. Voir la lettre
ccci de saint Bernard.
Adoption de Grandselve, de l'ordre de saint
Benoit, au diocese de Toulouse. Son abbe nomme
Bernard se donna lui et tous ses religieux a l'ordre
de Citeaux. Voir la lettre ccxlii.
1148. Concile de Reims le 19 mars, sous la pre-
sidence du pape Eugene. Eon, un fou beretique,
y est condamne a la prison ; quant a Gilbert de la
Porree, eveque de Poitiers, convaincu d'etre tombe
dans l'erreur, par saint Bernard, ilretracle ce qu'il
avait enseigne. Peu apres le pape Eugene,
sur les instances du saint abbe, approuve les eerits
d'Hildegarde, dans le concile de Treves; mais avant
de se rendre a ce concile, il avait fait la dedicace de
l'eglise deToul; saint Bernard assistait a cette cere-
monie. La meme annee, le pape Eugene assisla au
cbapitre general de Citeaux, benit de nouveau le ci-
metiere de cette abbaye, et apres avoir pris conge
des religieux qui fondaient en larmes, il reprit le
cbemin de l'ltalie.
Eugene venait de quitter la France, lorsque saint
Malacbie, primat d'lrlande entreprit un second
voyagea Rome pour y aller recevoir le pallium; mais
il mourut a Clairvaux le jour et a l'endroit qu'il
avait desires, e'est-a-dire le jour de la commemora-
tion des morls. Sa meuioire devint celebre des les
premiers temps qui suivireut sa niort. Voir la lettre
que saint Bernard ecrivit aux lrlandais pour les
consoler, c'est la ccclxxiv; voir aussi sa Vie dans le
coo
CI1RONOI.OGIE DE SAINT BERNARD.
tome 11 et deux sermons de stun) Bernard pronon-
ces le jour i icrailles, tome in. SainlMala-
cliie lo ruiers mom nts quand, lesbl-
tiuionls du nou reau
la translation des r en pares qui
i ... v, de Pan-
cien cimet it-re dans le noiivean,le jour tie la Tous-
s lint , comme on le voil | ar le sermon 1 sur Maid-
clue, ii. 2. Sa canonis ition, I'api 5s la I lliroui pie <le
Clairvaux, est rapportee [iar Chill'let, a f annee
1192.
Fondation de CamLron, an diocese -le Cambrai,
avec Fastrad de Clairvaux pour premier abbe, lequel
devinl plus lard, a | ires Robert, abbe de Clairvaux.
Adoption de l'abbave d'Alne, qui fntd'abord line
abb iye de Bi neali inis. puis de clianoiues reguliers,
an diocese de Li«'-ge Lamdme annfie, dans un cha-
pitre general del Items, Sorbon, abbe tie Saviguyse
soumet & Clairvaux, lui et Irente benedict ins Ju
monastere de Savigny, situe dans le diocese d'A\ ran-
ches. En meme temps, Elienne, pfere el instituteur
de la congregation d'( Ibasine, diocese de Limoges,
soumet quatre maisons a celle de Clairvaux.
1149. Funeste issue de la guerre suuito ; Louis
revient en France, voir la lettre cccr.xxxvi, le livre
n, de la Consideration, cap. i, et la Vie 'le saintBer-
nurt, livre in, chapilre iv ; le roi de France se pre-
pare a une seconde expedition, il est arrele dans
ses preparatifs par les Cistercians, selonce que rap-
porte 1'abbe Hubert dans sa Chronique, a l'annee
1150.
La meme annee, Henri, frere de Louis VII, roi de
France, selou ce que rapporte la Chronique de
Tours, apres avoir ete tresorier de saint Martin de
Tours, et avoir pris l'habit religieux a Clairvaux,
est prorau a I'evfeche de Beauvais. La Chronique de
Saint-Pierre- Vif de Sens place ees faits a l'annee
suivaute. Lire sur ce sujet a la lettre cccvn, et ses
notes.
Fonlal ion dc Font-Morigny, dans le diocese de
Bourges; d'Aubepierre, dan* celui de Limoges ; de
Longuay dans celui de Langres, et de Loz daus
celui de Tournai.
adoption de Boullancourt, monastere de clianoi-
guliers, du diocese de Tro
1150. Eugene, apres b.cii des traverses, ayant
fini par renlrer en possession de Rome et de son
siege, saint Bernard lui envoie son livre u de la
Consideration, en teleduquel il avail placfiunejus-
titication de la seconde croisade. II recoil une Icltre
de consolation de Jean, alibi' deCasamario, monas-
tere situe. dans la ville de Verulo. Celle lettre est
maintenant la ccclxxxvi, de la collection de celles
de saint Bernard.
1151. Vers la fin de l'annee precedent e, le 1
di'cerulire, l'abbe Rainaud etnit mort, il eut pour
surcessenr, fiosvin, abbe de Bunneval de Vienne.
\ oir I i I. iir • r. i.w.
Mori de II igues, eveque d' Auxerre, que la f.bro-
■Vif uppelle iiii bomme tie bonne
mi ire. Voir po ir ce q n concenie I'eleclion de
cur, les lellres c i.\i, Ci i.xxiv, et sui-
v.i ites.
Mo t tl • Euger, abbe deSaint-Renis, homme d'une
graude sain tele." Bernard lui ecrivit, dans ses der-
niers moments, une lettreqni est sa r.ci.vi.
I t mis VII it E.eonore, scion ce que rapporte Ro-
bert dtiMont, ay mi aflirme par sernient, penlant
le careme de relte meme annee, h Beaugency,
devanl une assemble? d'eveqw s el d'archeveques,
qu'ils etaienl parents, furent separes cauomque-
nient.
Fontlation du monastere d'Esron, diocese de
Roschilt.
L'an 1152, builieme du pontificat du pape Ei-
gene, quinzie ne du regne de Louis VII, roi de
France, mort tie Conrad, t[iti laiss.; la pourpre im-
peri.ile a sun neveu de frere.
Le 8 Janvier de la meme annee, mort de Thi-
liaut comte tie Champagne, bomme d'une insigne
pieic ; il est inhume dans le monastere de Lagny-
sur Maine, dont il avail ete l'avocat. Saint Bernard
lui avait ecrit pen tie temps avaut sa niorl une let-
tre qui est la CCLXXI.
Adoption de Marolles, diocese de Mallezes.
Fondation de I'abbaye de Clermont, diocese du
Mans.
Vers la meme eporpie, adoption d'Arminlera, en
Cilice, diocese de Compostelle
L'an 115'?, deuxieine du regne de I'empereur
Frederic I, sci/.ienie du regne de Lou s VII, roi de
France, le 10 juillet, mort du pipe Eugene, apres
un ponlitic.it de buit ans, quatre mois el treize
jours. II a pour successeur Conrad qui, de chanoi-
ne regulier, elait devenu eveque de Palerme. II
p il le iiuiii tl'Anaslase [V.Peude temps apres, noire
ties-saint doi:leur Bernard, apres avoir travaille.
pour I'Eglise de Dieu, raalade depuis le milieu de
I'niver precedent, ainsi qu'il le dit lui-inetne daus
seslettres 1 1 lxx.whi, ccciii, el cccvm, meurtenpaix
apres avoir retabli la pan enlre les habitants de
Metz, le 20 aoui a neuf beures du matin, dans la
soix iiite-truisie in- annee de son age, la quarautie-
me tie sa profession religieuse, et latrente-huitieme
tie sa prelature.
Dans la meme semaine, la ville tres-forle d'Asca-
lon, en Palestine, tut prise paries Chretiens, selon
que le saint I'avail predit a plusieurs reprises,
comuie l'alteste Geolfroy dans le livre in de sa Vie
de saint Bernard, chapitre iv.
CHRONOLOGIE DE SAINT BERNARD.
001
Bernard eut pour successeur a Clairvaux, Robert,
qui etait abbe d s Dunes.
Fondation du mouastere de la Perouse, diocese
dc Perigueux, <jt de Mores diocese tie Langres.
Adoption de l'abbaye de Monle-Ilaaio, diocese
d'Orense en Galice.
CENSURE * D'ETIENNE, SECOND ABBE DE
C1TEAUX.
SCR QCELQCES PASSAGES DE LA BIBLE.
Le frere Etienne, abbe de Npwmonster, a tous
presents et fulurs serviteurs de Dieu, salut.
Nous disposant a ecrire cette hisloire, parmi les
livres que nous avons rassembles en grand nonihre
de diverses communautes, poursuivre le plusexact,
nous en avons trouve un qui differait beaucoup de
la plupart des autres. Com me il etait le plus coru-
plet de toi;s, nous l'avons pris pour guide pour
ecrire cette histoire selon les renseignements que
nous y avons rencontres. Mais apres l'avoir ecrite,
nous n'avons pas ete pen frappes de la difference
de toutes ces histoires. I.a raison nous disait, en ef-
fet. que le texte que tous les ecrivains de notre
temps ont recu des mains d'un seul interprete, je
veux dire de saint Jerome, sans se mettre en peine
des autres, a ete traduit de l'hebreu, seiile source
authent.que, doit etre partout le uieme. Mais il y a
des livres de 1'aucien Te-tame.ut qui ont ete traduits
parte ineme pere, non sur le texte hebreu, mais sur
le texte chaldaique, parce qu'il ne les a trouves
que dans ce dialecte, meine cbez les Juifs, ainsi
qu'il nous le dit lui-menie dans son prologue sur
Daniel. Nous avons adopte. cette version cotnme
celle des autres livres. Mais fort etonne de la diffe-
rence que nos livres, traduits par un meine auteur,
presentaieut avec les autres, no> s sommes alle
trouver des Juifs reputes tres-instruits dans leurs
ecrilures, et nous avons rapproche avec le plus de
soin possible du texte latin, tous les passages des
s Cette censure que nous placons ici, se trouve dnns le ma-
nuscril de la Bible <Je Ctteaui, que le second abbe de ce mo-
Ditslere, noinnie Etienne a pris soin de faire copier, coroine l'at-
teste celle remarque placee a la fin : ■ L'an 1109 de l'tncarna-
lion de Notre Seigneur, a ele termioee l'ecrilure de ce present
rim, sous le goDvernemeat d'Etienoe, second abbe de Uteanx.
E 'ritures oil se lisaient les testes et les endroits
que nous trouvions dans l'exemplaire dont nous
avons parte plus bant, el que nous avions deja fait
entrer dans notre travail, ais que- nous n'aviouspas
rencontres dans la plupart des autres livres lal ins.
Ces juifs, feuillelant avec nous pltisieurs de leurs li-
vres, nous traduisaient les passages que nous leur
indiquions, de 1'hebreu oil du chaldaique en latin,
mais ne tronverent ni les endroits ni les versels qui
nous inqnietaient le plus. En consequence, nous
avons retranche, comnie superflu, ainsi qu'on le
voit en plusieurs endroits de ce livre, et surtout
dans les livres des Rois, oil se trouvait le plus d'er-
reurs, tout ce qui ne se rapportait ni a 1'hebreu,
ni an chaldaique, ni a la version donnee par les
livres latins ou ces passages faisaient defaut. Et
maintenant nous prions tous ceux qui 1 iron t ce vo-
lume de ne plus y replacer ces endroits et ces
passages supertlus. 11 est bien facile de reconnaitre
a quelle place ils se trouvaient, puisque le parche-
niin conserve en cet endroitles traces du grattage
auquel il a ete soumis. Nous defendons aussi, au
nom de Dieu et de notre ordre, a qui que ce soit de
se servir avec peude precaution de ce volume que
nous avons prepare avec tout le soin possible et d'y
faire avec l'ongle, aucuue marque sur le texte ou
sur les marges.
DES ACTES DU CHAPITRE GENERAL
DE CITEAUX,
TENU EN LANN'EE MCXXVI.
A la requete de Monseigneur l'archeveque de
Lyon, qui deniande qu'on corrige la lecon de l'E-
vangile de la passion de Notre-Seigneur qui se lit
selon saint Mathieu le dimanche des Rameaux, il
est enjoint a l'abbe de la Ferte de voir avec soin ce
que pensent de cette correction les Eglises de Cluny
et de l.yon, et d'en faire sou rapport au procuain
chapitre.
l'an mcc.
On ecrira dans le texte de l'evangeliste saint
Mathieu ces mots quiy manquent : « llssepartage-
rent ses vetements. »
NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON,
SUR LES SERMONS CONTENUS DANS LE QUATR1EME VOLUME.
SUR LE XLVI DES SERMONS DIVERS.
280. Cetle vertu a peri chez moi. Saint Bernard
parle ici de la virginite. Ces paroles font douter k
Bellarmin que ce sermon soitbien de saint Bernard
qui, tout le moude le sait, a conserve sa virginite
intarte jusqu'a la fin de ses jours. Et en elTet, il
semble qu on ne pent se dispenser de dire d'apres
cela, ou que ee sermon n'est point de saint Bernard,
ou bien, s'il est de lui, que faint Bernard n'est pas
demeure vierge. Toutefois je crois que rien n'em-
pecbe , malgre les paroles citees plus haut, de dire
que ce sermon est de saint Bernard, et que notre
saint est demeure vierge. En effetfl est assez ordi-
naire aux saints et aux predicateurs de la parole
de Dieu de parler au nom de leurs auditeurs et de
s'atlribuer le peche qu'ils ont en vue de reprendre
et de ckatier. Ainsi, pour en revenir a saint Ber-
nard, je pense qu'il parlait en s'exprimant ainsi,
s'il l'a fait, au nom de ses auditiurs, comme s'il
s'elait demande ce qui reste aupres de la Vierge,
mere de Dieu, a ceux qui ne peuvent plus se glo-
rifier avec elle d etre vierges encore. Or, dans un
si grand nombre de religieux, comment peut-on
douler quil s'en soit trouve quelques-uns dont la
vertu avail fait naul'ragedans le mondeavant qu'ils
vinssent au monastere saisirla planche du salut que
leur offrait la penitence?
281. D'ailleurs saint Bernard s'exprime a peu
pres de la meme maniere en parlant de lui dans
son trenlieme sermon sur le Canlique des antiques,
n. 7, oil il dit que, dans lesiecle, sa foi etait morte,
pui;qu elle etait depourvue de bonnes ceuvres, et
que si, depuis sa conversion, elle se Irouve dans un
etat un peu moins mauvais, cependant il arrive
encore bien souvent que les boutons a fruits d* ses
bonnes ceuvres se trouvent etouffes par la colere,
emportes p3r la jactance, souilles par la vaine
gloire, qu' il n'est pas jusques aux peches de gour-
mandise qui ne la compromeltent quelque fois. Or,
tout le monde sait que personne ne fut jamais
plus dotix, plus bumble et plus sobre que saint
Bernard.
On pent rapprocher de ce passage le langage que
notre saint tient encore sur son propre compte, en
termes a peu pres pareils, dans son cinquante-qua-
trieme sermon sur le Cantique des cantiques, n. 8.
(Note deHorslius.)
POUR LE L" DES SERMONS DIVERS.
282. // tie dit point VEcclesiasle ou Idida. Salo-
mon a ete appele par le prophete inspire de Dieu,
Nathan I' Aimable au Seigneur, en hebreu Fedi-
deja, dont on a fait Idida. 11 avait done deux noms,
bien que rEcriture ne lui donne que ce dernier
(n Reg. xn, 25). On peut meme dire qu'il en eu
trois, si ou compte celui d'Ecclesiaste. (Note de
Horstius).
POUR LE V SERMON SUR LE CANTIQUE
DES CANTIQUES, n. 9.
283. Les corps des anges, etc. Les Peres et les prin-
cipaux docteurs de l'Eglise ne sont point d'accord
sur la question du corps des anges ; les uns preten-
tendeut que les anges sont corporels, et les autres,
mais en moins grand nombre, soutiennent le con-
traire. C'est ce qui fait quele Mailre des sentences,
en voyant cette divergence d'opinions, n'a point ose
se prononcer lui-meme sur ce point [Lib. u, Dist.
8). Je vois que saint Augustin est indecis sur cette
question, tout en inclinant pour l'opinion qui donne
un corps aux anges. lmbii de la doctrine de Platon,
il rapporte quelque part ce sentiment des Platoni-
ciens sur la nature des anges, de mauiere a faire
voir qu'il n'est pas loin de l'admettre pour son
NOTES TE HORSTIUS ET DE MABILLON.
603
propre compte [Lib. vm, de Civit. Dei, cap. xiv, xv, nes suggestions, et y font le bien, comme on dit
xvi . Bien plus, en certains entlroits, il dit que les avee raison, selon ce mot de Zacharie : Un ange
angessont des animaux, et qu'ils ont un corps, parlait en moi. Saint Bernard se sort de ce passage,
Toutefois dans un passage de ses ouvrages [Enchiri. dans son cinquienie livre de la Consideration, cha-
lix), il dit que la question des corps des anges est pitre cinquienie, oil il etablit tres-bieu ce point
tres-delicate. 11 s'exprime en ce sens dans plusieurs toucbant les anges, et oil il exphque tres-clairement
autres lieux encore que nous nous dispensons de que cela se fait ditKremruent par les anges et par
ciler; mais Eslius en a note plusieurs dans le livre Dieu. « Tel est le langage d'Estius a l'endroit cite.
n des Sentences, distinction 8.
Aujourd hui c'est une doctrine aussi certaine que
generate que les anges sontincorporels, c'est-a-dire
n'ont point de corps par nature. Voir saint Tbomas
i. p.q. h, art. 1, et p. u, art. 1 et 2. Mais est-ce
line verite de foi, ounon, c'est cedonttout le nionde
n'est pas d'accord. Voir Estius, loco citato. Sixtede
Sieune loue saint Bernard d'avoir eu la modestie
de ne se point prononcer dans cette question et
meme d'avouer son ignorance (Lib. v, biblioth.
sancla annot. 8). (Note de Horstius .
SURLE SERMON n. 10.
284. Que cette prerogative soil done mise de cdlc.
etc. 11 s'agit ici de la prerogative par laquelle Dieu
descend dans fame buraaine, ce que d'autres au-
teurs expriment en d'autres termes de cette ma-
niere : Dieu ne peut descendre substantiellement
dans 1'ame humaine, on l'esprit de l'bomme, et
la remplir. C'est la doctrine de Did vme, dans son li-
vre du Saint Esprit, de Gennade dans son livre des
mes de VEglise, cbapitre lxxxii, de Bede dans
ses Commenlaires sur les actes, cap, v; du Maitre
des sentences, danslasecoude partie de la liuilieme
distinction. Estius cite plusieurs temoignages de
cette doctrine dans la seconde partie de sa huitieme
distinction, paragrapbe douzieme. « Etd'abord, dit-
il, il faut avouer que Dieu seul peut remplir l'ame
de l'bomme, selon sa substance; en d'autres termes,
il n'y a que Dieu qui par la presence de sa nature,
soitintimement dans l'ame tout enliereen la contenant
Cassius etablit sur des raisous graves et solides la
meme doctrine, dans sa septieme collat. cbap. xui
(Note de Horstius.)
SUR LE VII SERMON SUR LE Cantique, n. 6.
285. Qu'ils se retirent avec indignation. Voici la
remarque que fait, sur ce passage, Sixte de Sienne
(Lib. v, Biblioth. S. Annot. 216). « Lesscolastiques,
dit-il, ont coutume d'alleguer les paroles de saiut
Bernard dans sa septieme bomelie sur le Cantique
des canliques, pour prouver que les anges gardiens
abandonnent quelquefois le garde qui leur est con-
flee. Albert le grand (I Tom. sum. qu. 8) expli-
quant ce passage dit : les bommes sont abaudonnes
par leurs anges gardiens, non point quant au lieu,
c'esl-a-dire quant a la garde locale, mais quant a
1 1 vertu et a l'efiicaeite de cette garde. Cela ne
vient pas de paresse cbez l'ange, mais de faute
dans riiomme, de la meme maniere que les saints
disent ordinairement que le pecheur s'eloigne de
Dieu, cela ne s'entend point d'undeplacement local,
mais d'un eloignement au point de vue du merite
(note de Horstius). »
SUR LE XX11I SERMON SUR le Cantique, n. 9.
286. Si toutefois e'en est une autre. N'y eut-il
qu'une seule Marie qui oignit le Seigneur, comme
on le lit en plusieurs fois dans l'Evangile, et qui
etait sceur de Marthe, ou bieny eneut-il plusieurs?
Cela a ete, parmi les anciens, le sujet de grandes
controverses, entre autres dans Jansenius de Gaud
inlerieurement, en la conservant, en la gouvernant (Concor. Evang. cap, xlvu), qui traite ce sujet avec
et en operant en elle; 2° quant a la capacite de son
desir ; 3° par la connaissance, attendu qu'il sonde
et connait tons les replis et les secrets du cceur ;
4° Par la maniere toule parliculiere par laquelle
Dieu entre dans l'ame de l'bomme, quand il l'a
sanctiflee par la presence de sa grace et en fait sa
demeure et son temple. »
« D'un autre cote lorsque quelqu'un cede aux
suggestions du demon, on dit que le demon entre
en lui, et le remplit de sa presence, nou point de
la maniere que nous avons dit plus baut, mais a
cause de la suggestion exterieure et quant an pou-
voir de le damner. 11 faut entendre les cboses de
meme pour ce qui est des bons anges qui entrent
egalement dans le cceur de l'homme par leurs bon-
sa solidite babituelle. 11 y en a plusieurs, particu-
lierement parmi les Grecs, entre autres Origene et
Tbeopbilacte qui pensent qu'il y eut trois femmes
de ce nom. L'une etait la pecberesse que saint Luc
ne nomnie pas, la seconde une autre pecberesse
dout saint Matbieu (Sap. xxvi) et saint Marc (cap.
xiv) parlent, egalement sans la nommer, et la
troisieme, lasoeur de Martbe, dont saint Jean a parle
duns son cbapitre xn. Saint Jean Clirysostome
pensait de son cote qu'il n'y eut que deux Marie,
[Bom. lxxxi), une qui oignit deux fois de parfums
la tete de Notre Seigneur, ce seraitla sceur de Mar-
tbe, ditlerente d'une autre Marie qui re pandit des
parfums sursespieds dans la maison des Phansiens.
Saint Ambroise semble du meme avis dans son
604
NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON.
commentaire sur saint Luc. Gregoire le Grand n'en
admet qu'une, el la pltiparl des auteurs sont de son
avis. Saint Ambru se dit mime qu'il ae ropugnera
point de croire quo ces deux Marie n'en fort qu'une,
a ipii on devrait imi ce cas rapporler ce qn'on atlri-
L>iif a iIlmix ; en sorte que >< la meme Marie, aprcs
avoir commence pur etre la faun-use pecheresse de
l'Evangile, devint sainte par 1 i suite. Car, si I'Eglise
ne change point lapersonne, quant a son ame, die
la change oourtant quant a ses progres dans le
bien. a Quoi qu'il en soit, saint Bernard ex prime le
meme doute dans sondouzieme sermon sur le Con-
tinue ; mais dans son deuxieme sermon pour le
jour de l'Assomption, n. 2. il etablit assez longue-
nient que c'est de la meme et unique Marie qu'il
est question dans saint Maltliieu, c. xxvi, dans sunt
Mare, c. xiv, dans saint Luc, c. vn, et dans sunt
Jean, c. sn. Enetl'el, il s'expnmeeuces termes a ce
sujct : « Voyiz la prerogative de Mane et quel avo-
cat elle a en toute circonstance : Si le pharisitn
s'indigne de ce quelle fait [Luc. vn), si sa soeur se
plaint (Joan, xu) et meme si ies disciples niurmu-
rent [Mutt, xxvi el Marc, xiv), toujours elle garde
le silence, mais Jesus-Christ parte pour elle. » Uon-
sullez Vossius dans son Harmonie des Eixmyiles
{Lib. i, cap. in), et les autres interprets. (.Note de
Mabillon).
POUU LE XXVI SERMON SUM le Cantigue.
287. Dans ce sermon, saint Bernard deplore en
termes pleins d'energie et avec l'expression de la
plus vive douleur, la mort de son bien-aime frere
Gerard. II put, par nn effort de volonte, empeeher
pendant quelque temps ses larmes de couler, mais
il le fltde telle sorte qu'il en arracha a ses auditeurs
et qu il en fait tomber meme des yeux de ses lec-
teurs. Avanl lui, saint Ambroise avait,avee la meme
eloquence, fait l'oraison funebre de son frere Salyre.
Tel est le lan.;age pathetiqiie de ces deux grands
saints en cette circonstance, <iue si l'amour meme
prenait la parole pour deplorer la perte de ses fre-
res les plus cherts, il ne saurait trouver des expres-
sions plus propres a emouvoir les cceurs. Le lec-
teur pourra trouver dans le Miroir de la chariti: (Lib
i. cup. xxxiv), un discours analogue , prononce par
un disciple de saint Bernard, Aired abbe de Ri lal
sur la mort d'un ami ; et il verra au style elegant
et aux sentiments de cette oraison funebre, que le
disciple a bien suivi les lecons du mailre. Si on lit
ce discours, et si on le compare avec celui de saint
Bernard, on n'aura pas lieudeserepeutir de la peine
qu'on se sera donniie pour cela. Remarquez.en pas-
SJiit, combien il sen faut que ces saints homines
soient d'uue insensibilite stoique, des hommes
apathiques et indolents, comme quelques auteurs
ont semble. vouloir l'insinuer. Saint Bernard dit, on
effet, en parlant de lui meme dans ce sermon : Je
ne suis point insensible a la peine, je I'avoue, etc.
n. 13. Dans ce sermon, noire saint docteur semble
douler ilu saltlt de Jonatlias ; mais tons les autres
Peres et interpreles le regardent comme elant au
r.iel. Voir Rangolius sur le chapitre \ni du livre i
des rois, n. 2 : Salien, en I'autiee du nioude 2!)79,
n. 135; Abulens. loco citat. II ne faut point se lais-
ser troubler par la pensee de sa fuueste tin avec
son pere Saul. La mort des impies, en quelque lieu
quelle arrive, est digne de leur vie, de meme, de
quelque manic-re que succombent les saints, ilsfont
toujours une mort pieuse et sainte. (Note do Ilors-
tius).
POUR LE XXVII" SERMON SUR le Cantigue n". 6.
5s38. D'oi'i elle tire son ori</int>. Berenger, disciple
d'Abelard, insiste sur ces paroles de saint Bernard,
dans son Apologie pour son maitre dirigee coutre
le concile de Sens et centre noire saint docteur, et
veuten tirer la preuve que saint Bernard croit que
les ames sont creees dans le ciel et envoyees en-
suite dans les corps oil elles doivent liabiter. Voici,
en elfel, en quels termes blessants, cet ecrivain s a-
dresse au saint docteur : « Vous vous eles trompe
bien certainement, quand vous avez dit que les
ames tirent leur origine du ciel, je veux rapporter,
en le prenant de plus haut pour le lecleur judi-
cieux, comment vous prouvez ce que vous avancez
ainsi, car c'est une chose aussi utile que facile a
savoir. II y a un livre schirhaschirim en hebreux,
et en latin, Canlicum canticorum, le Cantigue des
cantigues, dont le sens cache sous la leltre est
rempli de mysteres divins pour les esprits vi-
gilants. » Un pen plus loin il ajoute : « Vos
expressions goutees avec attention senteut l'beresie
pour tout palais chretien. En elTel, si vous preten-
dez que les ames tirent leur origine du ciel, parce
que un jour elles doivent y retourner, pour y etre
heureuses, il faut en dire autantdu corps qui doit,
lui aussi, aller un jour goiiterlafelicite dans le ciel.
Ou bien si vous dites qu'elles sont celestes, quant a
leur origine, parce qu'elles sont nees et ont ete
crees, dans le principe, dans le ciel, or c'est ce qui
s'ecoule de vos paroles, vous tombez dans l'erreur
d'Origene. » Voila en quels termes ce temeraire
auteur s'exprimait dans son Apologie. Apres tout,
qu'est-ce qui empeche qu'on ne dise que l'ame est
celeste, puisqu'elle a un Pere dans les cieux, que
sa vie doit 6tre tout entiere dans les cieux, et que
sa patrie est dans les cieux, en meme temps que
par sa nature, elle est au dessus de tout ce qui est
terrestre"? Aussi saint Augustin en s'adressanl *
NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON.
60s
Jnlien qu'il combat, dit-il : « Notre corps etant de
la teire et notre anie du ciel, il s'ensuit que nous
sommes et terre et ciel en meine temps. » Mais,
assez comme cela avec ce Berenger , l'injuste
calomniateur de notre saint. (Note de Mabillon.)
POUR LE MEME SERMON, n. 8.
289. L'dme du juste est le siege de la sagesse. Cette
citation est frequente dans saint Bernard et dans
beaucoup d'autres Peres de l'Eglise, tels que saint
Augustin, saint Gregoire , etc. Toutefois, jusqu'a
present, je n'ai pas trouve ce teste dans la Vulgate,
en ces lermes, bien que dans leurs ouvrnges les
Peres le citent comme tire de l'Ecriture. Ainsi saint
Augustin la cite de celte maniere dans son ex pli-
cation tin psaume xlvi, au verset 9; dans son n
sermon pour le jour de l'Epipliinie, ou xxx" ser-
mon du temps. « Pourquoi, en ell'et, dit-il, ne nous
regarderions-nous point comme aulant de cieux
puisque nous sommes devenus les sieges de Dieu,
selon ce qui est ecrit : L'dme du juste en le si- ye de la
sagesse ? » Saint Gregoire dans sa xxix Morale, eua-
pitre xv, dit : « Qu'est-ce que le ciel dont il est
question ici sinon la vie sublime des saints'? C'cst
de ce ciel que le Seigneur a dlt : Leciel esl mon siege,
siege dont il estecrit ailleurs : L'dme du juste est le
si<-<je de la sagesse. « Le meme pere ilit encore ail-
leurs, xxxviii homelie, sur 1 Evangile au commen-
cement : « L'assemblee des justes est appelee ciel
parce que le Seigneur dit par la bouche d'un pro-
pliete : Le cie1- esl mon siege ; et Salomon ajoule :
L'dme du juste est le siege de la sagesse etc. » Ainsi
voila ces paroles attributes a Salomon, bien plus,
en marge, nn lit ['indication de la source, S tpienliml.
On sail que le hvre de la sagesse est attribue par
plusieurs anciens peres de l'Eglise a Salomon. Or
dans le livre de la Sagesse au verset 7, du chapitre
vii. on lit. « J'ai invoque le Seigneur et 1 esprit de
sagesse est venu en moi : » paroles d'oii il semble
que les peres out forme la phrase citee par eux,
comuie etant de l'Ecriture saiute. Nous livrons
cette opinion i Tappreciation du lecteur, s'il n'en
a pas line a lui preferer. De plus, il est a propos de
se rappeler que les Peres citent souvent l'Ecriture
d'apresles Septante, comme nous avons eu plusieurs
fois I'occasion de le faire remarquer au lecteur dins
lesceuvres de saint Bernard. II est vrai que pour
le texte qui nous occupe, celte observation n'a pas
lieu, puisque le livre de la Sagesse a etc ecrit en
grec, ou du moms que certainement on n'en a
piu= le texte hebreu. (Note de Borstius).
POUR LE SERMON XXXII, sw le Cantique, n. 8.
290. La foi ft foible, mais descendant de grandeur
d"dme. Comment concilier la faiblesse de la foi et
1 1 grandeur d'ime ? Mais dans celte pensee de
saint Thomas, saint Bernard distingue deux cho-
ses : l'une, qu'il refusa de croire, ce en quoi il
manquade foi ; l'autre qu'il mit une condition a
sa foi, c'est-a-dire qu'il verrait les cicatrices de ses
blessures. Or vuila ce qui est grand et a rapport a
la grandeur d'ime dont le propre est d'aspirer aux
grandes cboses. Cette maniere d'enlendre la pensee
de saint Bernard se trouve appuyee sur le clxi
sermon du temps de saint Augustin ou on lit :
« quelque honime de pen de foi, quelque faible de
genie que soit un chretien, il ne pourra jamais
mettre ses doutes sur la meme ligne que le doute
inquisiteur de saint Thomas. Kn elfet, jamais ce
dernier, apres avoirentendu Jesus meme lui parler,
l'avoirreconnnetliiiavoir parle, n'aurait ose luide-
mander de constater, de sespropres mains que e'e-
tait bien lui, tie s'assurei' que e'etait bien un honime
qu'il avait sous les yeux, et de reconnaitre sa re-
surrection plutot aux traces des ignominies de sa
passion qua l'eclat de ses miracles, etc. » Voir
encore sur ce sujel I'upinion de Guillaume de Saint-
Thierry, dans son livre de/u Contemplation de Dieu.
a, n. 5, dans le tome v de celte edition. (Note de
Mabillon.)
POUR LE LX1V SERMON sur le Cantique n. 8.
291. Je dis done qu'on doit les prendre, mais non
point par les amies. C'est aii:>si l'avis de saint Au-
gustin dans sa lettre cxxvn. Ad Donat : « Nous
voulons, dit-il, corriger, non pas tuer les donatis-
tes ; sans vouloir negliger d'user a leur egard de
la discipline, comme lis le meritent, pourtaut notre
pensee n'est point de leur faire souffnr les suppli-
ces meme qu'ils out merites. Reprituez done leurs
peches, mais failes-le sans aneantir ceux qui doi-
vent se repeutir d'avoir peehe, etc. » Le meme
pere dans ses letlres clviii, cliv et ci.x, aux prefets
Marcellin et Aprmgius, les exhorte a punir les
heretiques, sans aller toutefois jusqu'a les trapper
de molt, car lis ne dmvent point oublier la vertu
chretienuede la douceur. Cependant dans la lettre
xlviii a Vincent, il montre, parde nombreux exem-
ples, que les heretiques ont ete ramenes a la foi ca-
tholique, par la crainte et par la vigueur des lois.
Toutefois, il declare que, quant a lui, il n'a pai
toujours ete de l'o[iiniou qu'on dut traiter les he-
retiques avec rigueur, mais plutot qu'on devait les
persuader par la predication. Cependant l'exemple
et le sentiment des autres lui ont fait changer d«
COS
NOTES DE HOHSTIUS ET DE MABILLON.
maniere de voir, et penser qn'on pouvait legitime-
ment recourir aux lois, aux amies du pouvoir
civil contre les heretiques, a condition pourtant,
qu'oo in' le fosse qui' dans I'intenUon de les ame-
ner a resipiscence. II s'appuie pour soutenir cette
opinion sur la comparaison parfaitement juste d'lin
fou qui court se jeter dans un precipice, et a qui
on rend un veritable service en lui liant les pieds et
les mains, et il continue son dire par le fait dun
grind nonibre de Circumcellions ramenes ainsi a
l'Eglise. « Or, dit-il, jamais ils ne seraient revenus
a de meilleurs sentiments sans ces lois qui vous
deplaisent lant (il s*adressait a Vincent Rogalien),
etpar lesquelles ils ont ete lies comme de vrais
frenetiques qu'on garrotte. » Et plus loin il conti-
nue : « Voila done les exemples qui m'ont fait re-
venir a l'avis de Does collogues. Car, pourmoi, dans
le principe, ma pensee elait qu'on ne devait ra-
mener personnc deforce a l'unite du Chri?t, qu'on
ne devait proceder contre eux que par la parole,
les combatlre que par la discussion, les vaincre que
par la raison, si on ne voulait point avoir des clne-
tiens feignant d'etre Chretiens, quand nous savons
qn'au fond de 1','ime ils sont. heretiques. Telle
etait mon opinion, mais elle dut ceder, sinon aux
raisons, du moins aux nombreux exemples qui
m'etaient apporles pour la couibattre. En effet, a:i
premier rang on m'opposait ma propre ville epis-
copalequi, apivs avoir ete tout entiere devouee aux
erreurs de Donat, revint a la vraie foi sous l'im-
pression de la crainte que lui inspiraient les lois
des empereurs. Or elle deteste maintenant voire
erreur an point de faire douter qu'elle l'ait jamais
partagee, etc. » II nous apprend, par deux mots,
dans la meme lellre, pour qu'elle raison il voulait
qu'on ajoutlt la crainte et la violence a la force de
la doctrine. « Cost que si on les intruit sans les
forcer a entrer, il arrivera que, endurcis dans leur
vieilles habitudes, ilsn'en rentreront que plus difli-
cilemeut encore dans les voies du salut. » Telle fut
la doctrine de saint Augustin dont notre saint ne
s'eloigne ordinairement pas. Aussi dans son ser-
mon lxvi, sur le Cantique n. 12, s'exprime-t-il
ainsi : « 11 faut non pas imposer mais persuader la
foi (Juoique, apres tout, on ne saurail douter qu'il
vaut mieux encore contraindre les heretiques par
le glaive de celui qui ne l'a point recu en vain,
que de les laissET dans leur erreur. » Par-la on voit
qu'il n'est pas difficile de concilier les opinions
ditferentes qu'ont eues les saints sur ce sujet. Ainsi
on doit proceder par la douceur a l'egard de
ctnx dont la conversion semble facile, ceux-la
mieux vaut les eclairer que les contraindre.
Mais pour ceux qui s'eQbrcent de repandre le
venin de la perfldie dans le cceur des autres, il
faut les arreter par la severite des lois. (Note de
Borstius.)
POUB LE LXV« SERMON SUR LE Cantijue n. 3.
292. La yloire de* rois est de caclier leur parole, etc.
Saint Gregoire le Grand a entendu ci's mots dans
le meme sens, dans son livre 1 sur Ezechiel, home-
lie VI, an commencement. Or, aujourd'Uui nous
lisons lout le contraire dans notre Vulgate; il y a
en effet : « La gloire de Dieu est de cacher sa pa-
role, et celle des rois d'etudier leureonduite {Piov.
v, 2). » Aussi Cornelius a Lapide dit-il, que sunt
Gregoire a fait la une lourde faute, et en conse-
quence, non-seulement il corrige ce passage de
l'Ecriture, mais meme, si je ne me trompe, il
change les paroles, la pensee et le but de saint
Gregoire. En effet, dans cet eudroit, saint Gregoire
se proposait de nous convaincre que si dans ces
paroles du Prophele, se cachaieut des mysleres
d'une grande ob>curite, cependaut, comme il y va
de la gloire de Dieu que nous les recbercbions, que
nous decouvrions le sens mysterieux deses paroles
c'est a quoi nous devous employer tons nos efforts,
etc. 11 est evident que c'est dans le meme sens que
saint Bernard cite ces paroles. Notre remarque u'a
pas pour but de critiquer la lecon originale du
teste, mais de montrer comment les Peres l'ont
lue, selon que leurs citations ditl'erent du teste de
notre Vulgate. Qui s'imaginera qu'on doive les
corriger tons sur la Vulgate. Disons en passant
que cetle parole de 1'ange Raphael aux deux Tobie •'
ii ear il est bon de tenir cache le secret d'un roi,
mais il y a de l'lionneur a decouvrir et a publier
les ceuvres de Dieu(7o&. xn, 7),»convient parfaite-
nient a la pensee de Salomon, selon la lecon des
Peres. D'ailleurs ce n'est jibint notre affaire mais
celle des iuterpretes de concilier la pensee des Peres
avec le proverbe de Salomon; pour nous, nous
avons autre chose a faire pour le moment. (Note
de Horstius).
POUR LE LXVI' SERMON SUR LE Cantique, n. 8
293. De conxacrer le corps et le sang du Christ.
Peul-elre quelques-uns verront-ilsdans ce passage,
que saint Bernard nie aux heretiques le pouvoir de
consacrer, ce qui serait abonder dans le sens hete-
rodoxe des Uonatistes, qui pretendaient que les
sacremeiits etaient souilles par les pecheurs, et leur
effet empecbe, en sorte que tout ce qui se fait par eux
ou par les heretiques doit etre considere comme
non avenu et recommence. Saint Augustin combat
cette erreur en plusieurs endroits, en citant a
l'appui de sa doctrine la coutume immemoriale de
NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON.
l'Eglise, de ne point reiterer le bapteme des here-
tiques, ainsi que phisieurs temoignages tires de
l'Ecriture et des raisons tres-concluantes. C'est
done avec raison qu'a ete fait contre cetle erreur
le canon XII, de la session VII du concile de
Trente : « Si quelqu'un dit que le miuistre en etat
de peche mortel, meme s'il observe tout ce qui est
necessaire a faire ou a eonferer un sacrement, ne
fait ou ne confere point ce sacrement, qu'il soit
anatheme. La doctrine de ce canon, dit Eslius
(Lib. iv, sent. dist. 1, par. 25), etant generale, doit
etre entendue d'une maniere generale, de tout
ministre se trouvant en etatde peche mortel, qu'il
s'y trouve secrelement ou ostensiblenient qu'il
soit encore catholique ou deja herelique, enun mot
dans toute hypolhese possible. Aussi, dans le para-
graphe suivant, a l'objection tiree de ce passage de
saint Bernard, repond-il en ces lermes : « Saint
Bernard en cet endroit, parle de ceux qui se nom-
ment eux-memes apostoliques et se disent en\0}es
par les apotres, sans etre toutefois ni envoyes ni
ordonnes par les successeurs des apotres, et qui,
par consequent, ne sont pas veritablement prelres. »
On voit, en effet, combien saint Bernard etait eloi-
gne de cette erreur, par le langage qu'il tient plus
loin, quand il reproe.he aux heretiques de prelen-
dre que les pecheurs sont incapables d'administrer
et de recevoir les sacrernents. (Note de Mabdlon.)
fl07
POUR LE LXVII° SERMON SUR LE Cantique, n. 10.
POUR LE MEME SERMON, n. 12.
294. Mis a I'eprcuve du jugement par I'eau, etc.
Autrefois il y avait plusieurs manieres pour se
justifier, en usage, tantpour demontrer qu'on etait
innocent, que pour repousser l'accusalion de cer-
tains crimes : telles etaient les epreuves par la
sainte Eucbaristie, par le feu et par le fer rouge,
par l'eau froide ou cbaude, par le combat singulier,
et autres. Mais toutes ces epreuves ont ete defendues
et condamnees par les canons, les conciles et les
decrets des souverains pontifes. Cependant il n'a
pas manque de gens qui pretendissentque l'epreuve
par l'eau, do:it parle ici saint Bernard, etait loua-
ble, et qvii meme s'appuyaientdu langage que notre
saint docteur tient en cet endroit pour conlirmer
leur opinion. Mais Delrio monlre que ces gens-la
ont fort mal entendu notre saint (Lib. iv, disa.
mag. cup. iv, 9, 5, sect. 2). En effel, il n'approuve
point en cet endroit ce qui s'est fait, mais il dit ce
qui s'est fait, a une epoque on, en matiere d'bere-
sip, ce genre d'examen et de preuve etait encore
prali pie, sans que les magistrats, qui fermaieut les
yeux, et n'avaient pas assez de zele pour faire
observer les canons sur cette matiere, s'y opposas-
sent. (Note de Horstius.)
295. II ne saurait plus y dvoir place pour la grdce
la ou le mtrite subsiste tout entier. Pour compreudre
comment il ne repugne point de reunir le merite
et la grace, il fant savoir que toute la source de nos
merites est dans la grace de Dieu par Notre-Seigneur
Jesus-Christ. Car si nous avons perdu tous nos
biens en Adam, il faut confesserque nous les avons
recouvres tous en Jesus-Christ, dans les bonnes
ceuvres que Dieu a preparees, afin que nonsy mar-
chassions (Eph. n, 10). » Par ou il est facile de faire
disparailre la repugnance qui semble se trouver
entre la grace et le merite. En effel, les merites sur
lesquels.et pour lesquels nous esperons la vie eter-
nelle, ne sont point, a vrai dire, presenles comme
nous etant propres, c'est-ii-dire comme etant pro-
duits par nos propres forces, mais comme nous
etant acquis par la grace de Dieu, en vertu des
merites de Jesus-Christ. Aussi, quand nous rap-
portons tous nos merites a la grace de Dieu, nous
proclamons bautement que c'est de cette meme
grace, source de tous nos merites, que nous vient
la recompense que nous allendons. A ce compte,
la vie eternelle est en meme temps une grace et
une recompense ; c'est une grace pour Adam, de-
puis la chute et pour nous tous qui naissons de lui
selon le siecie; c'est une recompense pour ceux qui
travaillent bien a leur salut; e'est-a-dire pour tous
les homines qui ont ete regeneres en Jesus-Christ
par la grace. Voici a ce sujet, le langage que tient
saint Auguslin dans sa leltre cv : « La vie eternelle
meme, dit-il, qui sera possedee a la fin etsans Ho,
est la recompense des merites precedents. Cepen-
dant, comme ces merites, dont elle est la recom-
pense, ne sont point en nous le fruit de notre suffi-
sance, mais sont le fait de la grace en nous, elle
prend aussi le nom de grace; et ce n'est point pour
une autre raison que parce que elle nous est don-
nee gratuitement. Ce n'est point 4 dire quelle
n'est pas accordee aux merites, mais, e'est-a-dire
que les merites meme auxquels elle est accordee,
nous sont donnes gratuitement. » Et plus bas, il
continue en ces termes encore, a Quand l'Apolre
dit : Le salaire du peche c'est la mort, n'est-on pas
en droit d'ajouter comme juste consequence, la
recompense de la justice c'eH la vie eternelle'! II n'y a
rieii de plus certain. En effet, de meme que la
mort est la retribution que merite le peche, de
meme la vie eternelle est celle que reclame la jus-
tice. Mais le saint Apolre voulant combattre la
presomption en nous, dit avec inlinimentdesagesse:
Le salaire du peche c'est la mort. Pius, pour empe-
cber la justice de se glorilier du merite de l'homme
comme etant bou en soi, tandis que on ne peut
OS* TOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLOH.
douter, que le merite de rhomme ne soit mauvais, langage de saint Augustin expliqrte exactement ce
ne soit le peche meme, il ne dit pas le salaire de quest le merite et comment la vie eternelle est
la justice est la vie eternelle, maia : La grace de en meme temps une grace et une recompense.
Dieu e'tsl la vie iternelle, » Un peu plus loin.il con- Saiut Bernard nous a donue une detinition aussi
linue ainsi : « 0 homme, si tu doisrecevoir la vie clairequ'elegaute du merite Chretien, dans son
eternelle, il est vrai qu'elle est la retribution dela sermon lxvui, sur le cantique, n. 6, qu'on ne
justice, maispour loi elle nVn est pas moinsune pourra lire qu'avec beaucoup de fruit. Aussi m'e-
grace, puisque la justice elle-meme est pour toi tonne-je que la doctrine chretienne, apres avoir ete
une grace. Et ce serait a toi, qu'elle serait donnee exposed d'une maniere si claire par saint Augustin
comme une dette, si la justice, a qui elle est due, et saint Bernard, les heterodoxes aient encore
venait de toi. » Pans son livre de la Grdce el du trollVL' '« lmi)v« ^ "e point voir et de setromper.
libre Arbitre, chapilr. vn, il dit encore : « Si la vie Ainsi nos merites ne derogent en rieu a ceux du
eternelle est donnee aux bonnes oeuvres, corome le Christ, parce qu'ils ne sont pas autre chose
dit fort bien la siinte Ecriture, lorsque Dieurendra
a chacun selon ses a-uvres, comment se !'ait-il que
la vie eternelle soit une grace 1 La grace, en diet,
ne se donne pas aux bonnes oeuvres, mais grain!
eux-memes, que les merites de Jesus-Christ, d'ou
tons nos merites tircnt leur valeur, cuminele bour-
geon tire du cep sou sue et sa seve : ils ne soul en
ellet fondes que sur une pure promesse, non point
tement. t Pius, un peu plus loin il ajoute : « Cette Sl"' la Juslic« d'"Mt; chose donueeet recue.En effet.
nos oeuvres, qui sont J plus d'un titre dues a Dieu,
sont des ilous de sa grace el ne hii sont d aucuue
utilile. Pourquoi cela'? Parce que les merites de
Jesus-Christ sont plutdt rehausses d'un nouvel
eclat par nos propres merites, qnand nous leur
reconnaissons une telle puissance qu'ils donneut
a nos ceuvres meme la puissance de uioriter. ( ^ote
de Horstius.)
POUR LE LXXV" SERMON SUR LE Cantique n. 6.
296. Une fois son dme y alia etc. Ces paroles
question me senible tout a fait insoluble, a nioins
qu'il ne soit bien compris que les bonnes oeuvres
elles-memes auxquelles la vie eternelle est donnee,
se rapportent aussi k la grace de Dieu. « Ailleurs,
dans sun livre de la Reprimande et de la grdce, cha-
pitre xiu, il dit : « Comme la vie eternelle elle-
meme, que nous savons certainement elre donnee
aux bonnes oeuvres, est appelee grace de Dieu par
un si grand apotre, puisque la grace n'est pas
donnee aux bonnes oeuvres, mais est donnee gratui-
tement, il u'y a pis de doute qu'on ne doive con-
fesser que la vie eternelle est appelee grace, parce
qu'elle est donnee aux merites que la grace prouve semblent indiquer que saint Bernard a cru que le
a rhomme. » Tel est le langage de saint Augustin, Christ, dans la descente aux enfers, en lira un
chez qui on trouve encore bien d'auires passages &uunii. Saint Cyprien insinue la meme pensee
seinl.lables, oii il moutre, comme dans son traite dans son sermon s,„. p Ascension du Seigneur, ou
de la Grdce et du Libre Arbitre, chapitre vi et vn, ;l s'eXprHne amsj . „ Dieu ne cedera pasdavantage
que tons nos merites sont des dons de Dieu. 11 en a la pme (pour ceux qui simt une fois damnesd ins
est de meme dans le livre ix de ses Co»fessioni, l'enfer), et il ne pretera plus I'oreille a leur re-
chapitre xllt; dans son Enchiridion, chapitre cvn; pentir. Leur confession arrivera trop tard, el une
dans les psaumes lxvui etexvm, et dans lepsaume fois la porle des cieux fcruiee; e'est en vain que
civ. Enfin, pour contirmer cette doctrine par une ceux qui en auront ete exclus, parce qu'ils n'avaieut
plus giande autorite encore, voici comment le point d'huile dans leur lampe, crieront pour qu'on
concile d'Orange, dont le pontife romain tut moins ja ieur ouvre, le Christ ne descendra plus vers
le contirmateur que l'auteur, decide la chose dans eux. pjon, c,.ux (|U; seront scelles dans les tenebres,
son dix-huitieme canon. « II est du une recom- ne reverront plus Dieu; la sentence qui les aura
pense aux bonnes oeuvres, quand il y en a de fades, frappes sera sans retour, et leur jugement immua-
mais ces bonnes oeuvres ne sont faites que par la biei etc. » Saint Gregoire de Nazianze, semhle
grace qui les precede et qui ne leur est point due. » incliner vers la meme opinion dans son discours
Avant Leon, le pape Celestin avait dit dans sa xlii, et saint Clement d'Alexandrie l'embrasse
lettre aux eveques de la Gaule, chapitre x I : « La ouvertement dans ses Slromates livre vi.
bonte de Dieu envers tons les hommes est si grande, |1 faut savoir pourtant, que, s'il est certain et de
qu'il vent que ses dons meme soient nos merites foi, que les peines des damnes sont eternelles,selon
et qu'il nous donne la vie eternelle, pour ses propres que les theologiens l'etablissent loul au long, dans
largesses. « Les premiers mots de cette pensee de la quatrieme sentence, distinction quarante-qua-
saint Augustin se trouvent reproduils par le con- trieme, il n'est pas egalemeut de foi, que Dieu ne
cile de Trente, dans sa session vi, chapitre vi. Le dispense jamais de cette loi. Les Peres cites plus
NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON
haul, ne parlentdonc point dela loi generale, mais
de 1 exception ; et meme ils neparlent de celte der-
mere que par hypothese, non point d'une maniere
absolue et dans ce sens que, si un jour il s'est
trouve un damne tire de l'enfer, c'est qu'il a du eu
etre ainsi, au moment oil Jesus-Christ est descendu
aux enfers. Or, cette opinion semble etre assez
conforme a la raison, et n'empeche point qu'il ne
soit certain que personne n'a jamais ele tire de
l'enfer, attendu qu'il n'a jamais fallu que personne
en sortit. Toutefois, nous n'entreprenons point ici
dejustifier saint Clement de laccusation de Mar-
cionisme.
609
_ Quant a l'Ame de l'empereur Trajan, deliyree de
l'enfer a la priere de saint Gregoire le Grand, les
auteurs ne sont point d'accord sur ce qu'il 'faut
penser de ce fait. Les uns regardent cette histoire
comme un conte ; les autrescherchent a l'espliquer
a leur maniere. Voir sur ce point, Baronius, tome
vii. annee 60*; Bellarmin, (de Purgat. lib. u, cap.
8 ; Suarez, tome n, in m, part. disp. 43, sect. 3) et
Mendon. (In lib. i, reg. vi, cap. n, 21, 6.) (Note de
Horstius).
KIN DES .NOTES ET DU QUATRIEME VOLUME.
X. IV.
39
TABLE DES MATURES
CONTENUES DANS LE QUATRIEME VOLUME.
XLV Sermon. De la trinite en Dieu et dans
l'homme 1
XLVI Sermon. De la connexion de la vir-
ginite et de I'humilite 3
XLVI1 Sermon. Les quatre orgueils 4
XI.V1I1 Sermon. La pauvrete voloutaire 5
XL1X Sermon. Des trois sortes de paroles ou
de vertus 6
L Sermon. II faut bien regler les affections de
lame 7
LI Sermon. La purification de Marie et la cir-
concision du Christ 8
LII Sermon. De la maison de la sagesse di-
vine, c'est-S-dire de la Vierge Marie 9
LIU Sermon. Les noms du Sauveur 11
LIV Sermon. De 1'apparition du Christ 12
LV Sermon. Les six urnes spirituelles 13
LVI Sermon. II faut remplir les sis urnes
dun triple amour 15
LVII Sermon. Les sept sceaux rompus par
le Christ 16
LV1II Sermon. Les trois saintes femmes qui
vont embaumer le corps de Jesus mort,
sont l'esprit, la main et la langue qui tra-
vaillent au salut du prochain 17
L1X Sermon. Les trois pains de l'homme spi-
rituel 18
LX. Sermon. Jesus-Christ est descendu et il
est remonte, ainsi descendons-nous et re-
montons-nous aussi 19
LXI Sermon. II y a quatre montagnes a gra-
vir 21
LX11 Sermon. Veritables et differentes manie-
res de suivre le Christ 22
LXII1 Sermon. Des trois moyens de trouver
la beatitude prescrite par Jesus-Christ dans
ces termes : que celui qui veut venir apres
moi 23
LXIV Serm. La vie et la mort des saints sont
precieuses 23
LXV Sermon. Rapport entre les trois parabo-
les que nous lisons en saint Matthieu : « Le
royaume du ciel est semblable a un tresor
cache dans un champ, etc 24
LXVI Sermon. Les huit beatitudes sont oppo-
sees a autant de peches 25
LXVII Sermon. La loi comprend deux sortes "
de preceptes : les preceptes moraux et les
liguratifs 26
LXV'III Sermon 27
LXIX Sermon. Le triple renouvellement d'une
triple vetuste 27
LXX Sermon. Dela vigilance et dela sollicitude
qu'il faut apporter au soin du salut 28
LXXI Sermon 29
LXX1I Sermon 30
LXX1II Sermon 33
LXX1V Sermon 33
LXXV Sermon 34
I.WVI Sermon 34
LXXVII Sermon 35
LXXVIIl Sermon 36
LXXIX Sermon 36
LXXX Sermon 37
LXXXl Sermon 38
LXXXII Sermon 38
I.XXXIII Sermon 39
LXXXIV Sermon 40
LXXXV Sermon 41
LXXXVI Sermon 41
LXXXVII Sermon 42
LXXXV1II Sermon 45
612
TABLE DES MATIERES.
LXXXIX Sermon 46 CXX Sermon...
XC Sermon 47 CXXI Sermon...
XCl Sermon. Les trois plants 50 CXXI1 Sermon..,
XCII Sermon. Triple introduction, dans le CXXI II Sermon..
jardin, dans le cellier et dans la cham- CXXIV Sermon. .
bre 54 CXXV
XCIU Sermon. Vos dents sont comme un
troupeau de brebis tondues, remontanl da
lavoir et portant un double fruit, sans
qu'il y en ait de sleriles parmi elles [Cant.
iv. 8) 56
XCIV Sermon. Du progres de la vie rhro-
tienne, d'apres la figure d'Elie fuyantJeza-
bel 57
XCV Sermon. Les predicateurs doivent adou-
cir l'amertume de la doctrine 59
XCVI Sermon. Les quatre fontaines du Sau-
veur et l'eau qu'on doit y puiser 60
XCVII Sermon. Douceur de la parole et du
joug du Christ, qui est dur au dehors, mais
tres-doux au dedans 64
XCVI II Sermon. Des tils de la paix en qui Dieu
habite 66
XCIX Sermon . 11 y a quatre sortes d'bommes
qui vont a Dieu 67
C Sermon. Difference entre le peuple et un
prelat 68
CI Sermon. 11 y a quatre manieres d'aimer.. 68
CII Sermon. Maniere de revenir a Dieu 69
CHI Sermon. II y a quatre degres qui mar-
quent le progres des elus 70
CIV Sermon. Quatre obstacles a la confes-
sion 72
CV SermoD. Conditions requises pour la jus-
tification et le salut 73
CVI Sermon. Trois choses neeessaires pour
faire penitence 74
CV1I Sermon. Sentiments qu'il faut avoir dans
la priere 75
CV1I I Sermon. Des saignees spiriluelles 76
CIX Sermon 77
CX Sermon. Paroles de l'homme a soi-meine
ou plulot a son ame 78
CXI Sermon. 11 faut prouver sa foi et par ses
mceurs, ou les six temoignages a rendre a
Dieu 78
CXI I Sermon. 0 mon ame, rentre dans ton re-
pos (Psal. civ. 7) 82
CXI1! Sermon 82
CXIV Sermon 83
CXV Sermon 83
CXVI Sermon 84
CXVH Sermon 84
CXVlIi Sermon 85
CXIXSermon 85
PENSEES DE SAINT BERNARD
AUTRES PENSi 3 DE SAINT BERNARD
PaRABOLES VCLGA1REMENT ATTRIBUTES A SAINT
Bernard
I Parabole. Le commit spiritdel
II Parabole. Le combat spirituel
III P irabole. Le combat spirituel
IV Parabole. Le Christ et l'Eglise
V Parabole. La foi, I'esperance, et la charite.
fonmci.f. de confession pr1vee, od priere tres-
devote d'dne ame fkrvente a dieu, attribiee
avec qufxqde raison a saint bernard
Office de saint victor confesseur , compose
par saint bernard, a i.a demande de guy,
abbe de hootier-rameY
PREFACE DE MAB1LL0N pour le tome iv de
son edition des ceuvres de saint Bernard...
Sermons de saint Bernard, abb£ de clairvadx
sl'r le cantjque de- cant1qdes
I Sermon
II Sermon. Avec quelle impatience les patriar-
cbes et les prophetes attendaient l'incarna-
tion du Fils de Dieu. qu'ils out annoncee.
III Sermon. Le baiscr des pieds, de la main,
et de la bouche du Sauveur, etc
IV Sermon. Destrois progres defame, signifies
par les trois baisers des pieds, de la main
et de la bouche du Seigneur
V Sermon. 11 y a quatre sortes d'espnts : celui
de Dieu, celui de l'ange, celui de l'homme
et celui de la bete
VI Sermon. L'esprit supreme et incirconscrit
est Dieu : en quel sens on dit que les pieds
de Dieu sont la misericorde et le juge-
ment
VII Sermon. De l'ardent amour de lame pour
Dieu et de l'atlention qu'd faut apporter
dans l'oraison el dans la psalmodie
VIII Sermon. Le Saint-Esprit est le baiser de
Dieu; e'est ce baiser que I'Epouse demande,
afin qu'il lui donne la connaissance de la
Sainte -Trinite
IX Sermon. Des deux mamelles de l'Epoux,
e'est-a-dire de Jesus-Christ, dont l'une est
la patience a attendre la conversion des pe-
cheurs lorsqu'ils se convertiss nt, et 1'autre
la bienveillance ou la facilite avec laquelle
il les accueille
X Sermon. Les trois parfums spirituels des
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162
TABLE DES MATIERES.
tuamelles de l'Epouse, la contrition, la devo-
ti«n et la piete 168
XI Sermon. 11 faut remarquer deux choses
prineipales dans la redemption des hom-
ines, le fruit que nous en tirons, et la
maniere dont elle s'est accomplie 172
XII Sermon. Le parfuin de la piete est le plus
excellent de tons. Respect que les infe-
rieurs doivent avoir pour leurs supe-
rieurs 177
XIII Sermon. Nous devons faire remonter a
Dieu, comme a la source de tout bien,
toutes les graces que nous recevons de lui. 183
XIV Sermon. De l'Eglise des Chretiens fidcles,
et de la Synagogue des Juifs perfides 189
XV Sermon. Vertu merveilleuse du nom de
Jesus-Christ, pour les Chretiens fideles dans
toutes leurs adversites 194
XVI Sermon. La contrition du cceur. II y a
trois especes de confessions veritables 199
XVII Sermon. 11 faut observer avec grand
soin le moment ou le Saint-Esprit vient
dans l'ame, et celui oil il sen eloigne. Ja-
lousie que le diable a concue contre les
hommes 207
XVIII Sermon. Des deux operations du Saint-
Esprit, dont l'une s'appelle affection et l'au-
tre infusion 211
XIX Sermon. Nature, mode et propriete de
l'amour de Dieu qui est dans les anges, se-
lon les divers degres de gloire qu'ils posse-
dent 216
XX Sermon. Trois sortes d'amours dont nous
aimons Dieu 220
XXI Sermon. Comment l'Epouse, c'est-a-dire
l'Eglise, demande a Jesus, qui est son Epoux,
d'etre attiree apres lui 226
XXII Sermon. Des quatre parfums de l'Epoux
et des quatre vertus cardinales 232
XXIII Sermon. Trois manieres de contempler
Dieu, representees par les trois celliers 239
XXIV Sermon. Contre le vice detestable de la
detraction ; en quoi consiste surtout la
rectitude de l'homme 249
XXV Sermon. L'Epouse, je veux dire l'Eglise,
est belle mais elle noire 255
XXVI Sermon. Saint-Bernard pteure la mort
de son fidele Gerard 260
XXVII Sermon. De la parure de l'Epouse : En
quel sens l'ame sainte est appelee au ciel... 270
XX VIII Sermon. De la noirceur etde la beaute
de l'Epouse; prerogative de l'ouie sur la
vue, en ce qui concerne lafoi 279
XXIX Sermon. Plaintes de l'Eglise contre les
persecuteurs, c'est-a-dire contre ceux qui
sement la division entre les freres
XXX Sermon. Le peuple fidele, ou les ames
des elus, sont les vignes dont l'Eglise est
etablie la gardienne. La prudence de la
chair est une mort
XXXI Sermon. Excellence del.i vision de Dieu.
Comment a present le gout de la presence
de Dieu varie dans les saints, selon les diffe-
rents etats de leur ame
XXXII Sermon. Le Verbe se communique, sous
la forme d'un epoux, aux ames embrasees
d'amour pour lui, et sous la figure d'un
medecin, a celles qui sont encore faibles et
imparfaites. Les pensees de l'ame different
les unes des autres : d'oii vient cette diffe-
rence
XXXIII Sermon. Ce qu'une ame devote ne
doit cesser de rechercher. Que faut-il en-
tendre par cemot midi. 11 y a quatre ten-
tations qu'on doit toujours eviter
XXXIV Sermon. De l'humilite et de la pa-
tience
XXXV Sermon. Deux reprimandes que l'Epoux
fait a l'Epouse. II y a deux ignorances par-
ticulierement a craindre et a fuir
XXXVI Sermon. La connaissance des belles-
lettres est bonne pour notre instruction,
mais la connaissance de notre propre infir-
rnite est meilleure pour notre salut
XXXVII Sermon. 11 y a deux connaissances et
deux ignorances : maux ou detriments
qu'elles nous causent
XXXVIII Sermon. En quel sens l'Epouse est
appelee la plus belle des femmes
XXXIX Sermon. Le chariot de Pharaon, qui
est le diable, et des princes de son armee qui
sont la malice, l'mtemperance et l'avarice...
XL Sermon. L'intention est le visage de l'ame ;
sa beaute, sa laideur , sa solitude et sa pu-
rete
XLI Sermon. Grande consolation de l'Epouse
dans la contemplation des splendeurs de
Dieu, en attendant qu'elle arrive a sa claire
vision
XLI1 Sermon. II y a deux sortes d'humilites:
l'une nait de la verite, l'autreestenflainmee
par la charile ,
XLIII Sermon. Comment la meditation de la
passion etdessouffrancesde Jesus-Christ fait
passer l'Epouse, je veux dire l'ame fidele,
par la prosperity et l'adversite sans en etre
affectee
XL1V Sermon. La correction doit se regler sur
le caractere de ceux qu'on reprend : elle
doit etre douce quand elle s'adresse a des
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61 'l
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personnes humbles et faciles, et severe quand
on a affaire a des Ames dureset obstinees..
XI. V Sermon. Les deux beautes de L'&me ;
comment L'ame park au Verbs el le Verbe
a l'ame; leurlangue 365
XLV1 Sermon. Etat et composition de l'Eglise,
comment on parvient a la contemplation
par la vie active qui se passe dans l'obcis-
sance 370
XLVI1 Sermon. Les trois Qeuxs de la virgi-
nite, du martyre et des bonnes ceuvres : de
la devotion pour l'oftice divin 375
XLVIll Sermon. Louauges que 1'Epoux etl'E-
pouse s'adresseut reciproquemeat. L'ombre
de Jesus-Christ c'est sa chair et la foi en
lui 379
XLIX Sermon. Commentle discernement regie
la charite et fait que tous les membres de
l'Eglise, c'est-a-dire les elus, se tiennent
par des liens reciproques 384
L Sermon. Deux sortes de charites, l'affective
et l'actuelle. De l'ordre de ces deux chari-
tes • 388
LI Sermon. L'Epouse demande que les fruits
des bonnes ceuvres soient aussi nombreiix
que les fleurs, et aussi abondants que les
parfums de l'esperance. De L'esperance et
de la crainte , 393
LII Sermon. Du ravissenient qu'on appelle
contemplation, dans lequel 1'Epoux fait re-
poser l'ame sainte, et se met en peine de
lui assurer le calme et la paix 398
LIU Sermon. Les monts et les eollines signi-
fient les esprits celestes par dessus lesquels
passe 1'Epoux, en venant sur laterre, c'est-
i-dire en se faisant homme 403
LIV Sermon. Comment on pent troii-
ver encore que les montagnes representent
les anges et les houinies, tandis que les colli-
nes representent les demons. U y a trois
sortes de craintes, que tout homme doit
ressentir, s'il ne veut pas perdre la
grace de bien faire qu'il a recue de
Dieu 407
LV sermon. Comment on peut, par la vraie
penitence, eviterle jugementde Dieu 413
LVI Sermon. Nos peches et nos vices sont
comme une muraille elevee entre Dieu
nous
LV1I Sermon. 11 faut observer les visit es du
Seigneur ; i quels signes et a quelles mar-
ques on peut le reconnaitre 421
LVU1 Sermon. Comment 1'Epoux invite l'E-
pouse, c'est-a-dire les hommes parfait.s, a
se charger des imparfaits. On doitcouper
TABLE DES MATURES.
chez eux le vice jusque dans sa raciue
pour que les vertus poussent a la place 427
L1X Sermon. Gemissement de l'ame qui sou-
pire apres la celeste patrie; eloge de la
chastete el do, la viduit§ 434
LX Sermon. Incrcdulite des Juifs, qui mirent
le comble a la niesure de leurs pares, en
tuant le Christ 439
LX1 Sermon. Comment l'Eglise trouve les ri-
chesses de la ruisericorde divine dans les
trous des plaies de Jesus-Christ. Force que
les martyrs ont puisee dans Jesus-Christ..., 444
LXII Sermon. Qu'est-ce pour une Sme Qdele
que demeurer dans les trous de la pierre
et de se trouver dans les fentes des murail-
les. II vaut mieux chercher la volonte de
Dieu, que sonder sa gloire et sa majeste;
purete de cceur qu'il faut avoir pour pre-
cher la verite 448
LXII1 Sermon. L'homme pieux et sage doit
cultiver sa vigne, c'est-a-dire sa vie, son
ame, sa conscience. U y a deux sortes de
renards, les flatteurs, et les detracteurs ;
tentations des jeunes religieux 454
LXIV Sermon. Tentations des religieux plus
avances. Leurs renards, c'est-a-dire, tenta-
tions le plus redoutables pour eux. Les he-
retiques sont aussi des renards ; il faut les
prendre 458
LKTTRE n'EVERVIN, PRKVOT DE ST1NFELO, a
saint Bernard abbe, au sujet des heretiques
de son temps 463
LXV Sermon. Heretiques clandestius : saint
Bernard signale leurs principes religieux,
leur soin a cacher leurs mysteres et leur
scandaleux commerce avec les femmes 467
LXV1 Sermon. Erreurs des heretiques, tou-
chant le mariage, le bapteme des enfants, le
purgatoire, les prieres pour les defunts,
l'invoeation des saints 472
LXYli Sermon. Meuvement et admirable effu-
sion d'amour de l'Epouse, en retour de l'a-
muiir que lui temoigne le Christ son
epoux 481
LXV1I1 Sermon. Comment 1'Epoux, qui est
Jesus-Christ, fait attention a l'Epouse, qui
est. l'Eglise, et comment elle le paie de
retour en cela. Soin particulier que Dieu
prend de ses elus. Merite et confiance de
l'Eglise 487
LXIX Sermon. Tout ce qui s'eleve contre le
service de Dieu est abaisse. Venue et
demeure duPere et du Verbe dans l'ame
diligente, d'ou decoule une certaine familia-
rite entre l'ame etDieu 491
et
417
TBLE DES MATIERES. 615
LXX Sermon. Pourquoi l'Epoux est appele terre 538
bien-aime. Les lis au milieu desquelsilse pro- LXXVIU Sermon. L'Epouse, e'est-a-dire l'E-
meue, sont la verite, la mansuetude, la jus- glise des elus, a ete predestinee de Dieu
tice et les autres vertus 496 avant tous les sieeles, et prevenue de
LXXI Sermon. Les lis sont les bonnes oeuvres, sa grace pour le ckercher et se con-
leur odeur est la bonne conscience, et leur vertir 542
couleur, labonne reputation. Comment l'E- LXXIX Sermon. De quel amour fort et indisso-
poux nous pait et se repait en nous. De luble lame tient l'Epoux embrasse. Retour
l'union de Dieu le Pere avec le Fils et de de l'Epoux, a la fin des sieeles, vers la
1'ame sainte avec Dieu 501 Synagogue des Juifs, pour la sauver 546
LXX1I Sermon. Ce qu'il faut entendre par ces LXXX Sermon. Dispute subtile surl'image
mots : le jour parait et les ombres s'abais- ou le Verbe de Dieu et sur l'ame qui
seat. II y a differents jours selon les hom- est faite a l'image de Dieu. Erreur de
mes. Les justes, vivant dans la lumiere, Gilbert, eveque de Poitiers 549
jouissent d'un jour d'une parfaite clart6 ; LXXXI Sermon. Convenance et similitude du
quant aux impies, comrne ils sont plonges Verbe, sous le rapport de l'identite de son
tout entiers dans des ceuvres de tenebres, essence, de 1'immortalite de sa vie et de la
ils n'ont qu'une nuit all'reuse 509 liberte de son libre arbitre 554
LXXI11 Sermon. Comment le Cbrist doit venir LXXXII Sermon. Comment l'ame, tout en de-
au jugement dans la forme humaine, afin meuraut semblable a Dieu, perd nean-
de sembler doux aux elus. Comment il est moins par le peche une partie de sa res-
moindre que les anges et plus eleve semblance avec lui, dans sa simplicity,
qu'eux 515 son immortalite et sa liberte 561
LXXIV Sermon. Visites du Verbe a l'ame LXXX1II Sermon. Comment l'ame, quelque
sainte : combien elles sont secretes : e'est chargee de vices qu'elle soit, peut encore,
ce que stint Bernard fait connaitre a ses par un amour cbasteet saint, recouvrer sa
auditeuii, pour leur edification avec humi- ressemblance avec l'Epoux, e'est-a-dire '
lite et une sorte de pudeur 520 avec le Christ 566
LXXV Sermon. 11 faut chercher l'Epoux dans LXXXIV Sermon. L'ame qui chercbe Dieu est
le temps, de la maniere et dans le lieu qu'il prevenue de lui : en quoi consiste cette re-
convient, e'est maintenant le temps favora- cherche ou elle a ete prevenue de Dieu 569
ble, pendant lequel chacun de nous, peut LXXXV Sermon. II y a sept necessites qui en-
trouver le Seigneur pour soi, et operer son gagent l'ame a chercher le Verbe. Une fois
salut 526 qu'elle est reformee, elle s'approche pour le
LXXVI Sermon. Clarte de l'Epoux; e'est dans contempler et pour gouter la douceur de sa
cetle clarte qu'il est assis egal a son Pere et presence 573
a la droite de sa gloire. Les bons pasteurs LXXXVI Sermon . Modestie et retenue de
doivent etre attentifs, vigilants et discrets l'Epouse quand elle cherche le Verbe.
en faisant paitre les brebis qui leur sont Eloge de la modestie 581
coufiees 532 Fledrs ou pensees 584
LXXVIl Sermon. Mauvais pasteurs de l'Eglise. Chhonologie de saint Bernard 592
Comment les bienheureux dans le ciel et Notes de horstius et de uabillon 602
les ang. viennent en aide aux elus sur la
PIN DE LA. TABLE.
Perigueux. — Imprimerif A. Boucharie et Ce.
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